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GRAND PARIS

MERCREDI 1ER JUIN 2011

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JUSTICE Le nombre de recours contre les projets urbanistiques de la Ville de Paris explose

DES ASSOCIATIONS À L’ATTAQUE

A. GELEBART / 20 MINUTES

« On n’est pas que des emmerdeuses »

Agnès Popelin (à g.) et Elisabeth Bourguinat (à dr.), de deux des associations organisatrices du Grand Prix de la casserole.

MAGALI GRUET

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a nous donne beaucoup de travail, mais on a de bons avocats et de bons juristes », sourit le directeur des affaires juridiques de la Ville de Paris. Depuis le début de la mandature de Bertrand Delanoë (PS) en 2001, la Mairie de Paris accumule les procédures d’associations à l’encontre de ses projets d’urbanisme de façon exponentielle. Avec 78 recours entre 2000 et 2005, puis 178 entre 2005 et 2011, le service des affaires juridiques a dû doubler ses effectifs pour traiter les dossiers qui s’amoncellent dans ses bureaux.

Le réflexe d’aller au tribunal

Préemptions de la Ville pour créer des logements sociaux, constructions d’immeubles ou rénovations de quartier, les citoyens dégainent désormais la carte tribunal à la moindre modification du paysage. « Il y a une nouvelle habitude d’aller devant la justice car les habitants sont davantage au courant de ce qui se passe. De plus, on a modifié pas mal de règles d’urbanisme sur la mandature, certains peuvent ne pas apprécier le changement », selon la Mairie. Une poignée d’avocats s’est également spécialisée dans les recours contre la Ville. « C’est vrai qu’il y en a trois ou quatre

que je retrouve assez souvent, et ils sont bons ! » s’amuse le directeur des affaires juridiques. Pour Anne Hidalgo,

« Une montée des associations présentes sur les dossiers pour les bloquer. » Anne Hidalgo première adjointe (PS) chargée de l’Urbanisme, « il y a une montée des associations qui sont présentes sur tous les dossiers parisiens pour les bloquer. On a beau mouiller le maillot avec des centaines de réunions publiques pour consulter les habitants, ce n’est jamais

assez. Je suis pour le droit aux recours, qui soulèvent parfois de vrais points de droit, mais les motivations de certains ne sont pas dictées par l’intérêt général. » Les travaux de l’hôpital Laennec (7e) ont ainsi été retardés de six ans, ceux de l’hôpital Necker (15e) de huit mois, le quartier Beaugrenelle (15e) a perdu trois ans. Et difficile de chiffrer le coût pour les Parisiens car au-delà du prix des avocats, ce sont des milliers d’emplois qui n’ont pas été créés durant tout ce temps. Hier soir, huit associations ont entrepris de délivrer un « Grand Prix de la Casserole parisienne » (lire ci-dessous) à la Mairie. « Aucun projet de la Ville n’a jamais été abandonné sous la pression », rappelle Anne Hidalgo. W

Assise à un bistrot en face du jardin des Halles (1er), Elisabeth Bourguinat (à droite sur la photo) salue d’un signe de la main les riverains qu’elle croise aux abords de l’église SaintEustache. Elle est devenue, depuis son installation en 1989, une figure du quartier. La secrétaire de l’association Accomplir utilise toutes les voies de recours pour bloquer l’immense projet de destruction-reconstruction des Halles, lancé en 2002 par Bertrand Delanoë. « On n’est pas que des emmerdeuses. Nous n’acceptons pas que 343 arbres du jardin soient détruits », assène-t-elle. Pourtant, aux premières heures, l’association a soutenu le projet architectural de David Mangin, désigné ensuite par le jury. Aujourd’hui, Elisabeth Bourguinat justifie ce retournement de situation par un sentiment de déception. « On a cru qu’on pourrait négocier. Nous étions de bonne volonté. Mais la Ville ne nous a pas écoutés lors des réunions publiques  », grommelle-t-elle. Du coup, l’association a décidé de sortir l’artillerie lourde et de contester toutes les procédures : permis de construire, de démolir, signature de contrats, avenants… Accomplir aligne une facture de plus de 30 000 € sur les Halles, en frais d’avocats et de recours devant le tribunal administratif de Paris. Un montant principalement financé par les adhésions d’une centaine de membres et quelques dons. W WILLIAM MOLINIÉ

La « casserole » décernée au nouveau Roland-Garros Jean Bouin, les Halles, la Samaritaine, la Tour Triangle, Roland-Garros… Huit projets d’urbanisme étaient en compétition hier soir à la salle Jean-Dame (2e). Une dizaine d’associations ont décerné le «  Grand Prix de la casserole parisienne ». Comprendre « les projets les plus nuls sur le plan de la démocratie participative à Paris  ». Cinq minutes étaient accordées à chaque association pour convaincre son public. Les attaques

fusent. Sur les Halles d’abord : « Promesses non tenues, instrumentalisation de la concertation  », énumère Gilles Pourbaix, d’Accomplir. « On ne tient pas compte de l’avis des habitants », renchérit Fabrice Piault, de Tam-Tam, contre le projet de tours dans le quartier Masséna-Bruneseau (13e). Applaudissements. Au tour de Bertrand Biette, du comité de défense du sport de proximité à Jean-Bouin : « Même les renseigne-

ments généraux nous disent que pour le 16e, les familles se mobilisent beaucoup. » « On a pris le parti d’en rire. Pour une fois. Mais je vous assure, les recours, ça ne nous amuse vraiment pas », reconnaît un membre d’association. A l’issue du vote, c’est le projet de RolandGarros sur le site classé des serres d’Auteuil qui a reçu le prix. Les associations ont prévu de remettre aujourd’hui leurs casseroles au Maire de Paris. W W. M.


Bilans de militants

Élisabeth Bourguinat : de l’histoire littéraire à la bataille pour le quartier des Halles La secrétaire de l'association Accomplir consacre la moitié de son temps à la défense des intérêts des habitants du centre de la capitale. La spécialiste de la littérature a dû s'initier au droit pour faire face à la complexité d'un dossier aux enjeux financiers considérables François Legaret, le maire (UMP) du 1er arrondissement, il fallait donc se regrouper ». Fin 2002, Accomplir découvre les intentions de la Mairie de Paris pour les Halles : « Un projet d’une dimension si importante que certains d’entre nous ont estimé que nous risquions de ne pas nous faire entendre ». Ceux qui restent à Accomplir demandent « une vraie concertation » à Alain Le Garrec, président PS de la SEM Centre, en charge du réaménagement. Des réunions publiques sont organisées sur les transports, les équipements. « Au bout de six mois, nous avions 90 propositions » raconte Elisabeth Bourguinat. Mais très rapidement, nous avons dû déchanter. Le projet est devenu un chantier de reconstruction complète du site. Ainsi,Accomplir découvre dans les quatre projets d’architectes que les 4,3 hectares de jardin, où les habitants se sentent bien, deviennent constructibles. « Nous nous sommes retrouvés devant une opération aux enjeux financiers considérables. Nous faisions circuler les dossiers entre les membres de l’association ».

C

’ est l’histoire d’une spécialiste de la littérature du 18e siècle qui se bat pour rendre acceptable l’un des plus grands chantiers de la capitale. Élisabeth Bourguinat est secrétaire d’Accomplir depuis sa création en 1999. Cette association regroupe les militants du quartier des Halles. « La destruction des pavillons Baltard avait été une erreur impardonnable menée sans aucune concertation, rappelle Elisabeth Bourguinat. L’association des Champeaux avait tout de même réussi à empêcher la démolition totale du quartier ». Le Forum des Halles n’est pas une réussite, ce qui a conduit la Mairie de Paris à lancer l’opération à laquelle l’association Accomplir est aujourd’hui confrontée. Elisabeth Bourguinat n’était pas préparée à affronter un tel dossier.Venue de Pau il y a 24 ans, elle habite un appartement pittoresque sous les toits, rue SaintDenis. Elisabeth a ce qu’elle appelle le

« virus association » depuis toujours. Etudiante, elle participait à une chorale, animait un théâtre de marionnettes. A Paris, elle rencontre des parents du quartier des Halles à la sortie des écoles où vont ses enfants. Convivialité En 1995, elle joue de l’accordéon dans une chorale de rue. Les Bachiques Bouzouks se produisent souvent dans le jardin des Halles où les spectateurs reprennent en chœur leurs chansons. « Avec les pique-niques géants que nous organisions, cela permettait de créer de la convivialité dans un quartier où les 6 000 habitants sont un peu perdus au milieu des 300 000 personnes qui sor tent chaque jour du RER ». Dans les discussions informelles, chacun parle circulation, sécurité, SDF, espace pour enfants, salle de réunion… « Pas moyen de se faire entendre de Jean-

Se regrouper Des documents importants sont adressés à Accomplir. Élisabeth Bourguinat doit s’initier au droit pour les analyser. Son activité de militante l’occupe autant que son travail de rédactrice indépendante. Et, depuis 2006, elle est aussi présidente de l’association « Mains libres ». Celle-ci a créé une bagagerie où les SDF peuvent laisser leurs affaires pendant la journée. Pour Élisabeth Bourguinat « l’engagement associatif, c’est sortir de l’impuissance » : « Quand j’étais adolescente, j’étais révoltée par l’état du monde et j’ai voulu changer les choses. Aujourd’hui, je peux faire en sorte que les décisions sur le quartier des Halles soient un peu moins absurdes. Et, dans plusieurs années, à la fin du chantier, nous serons là, avec Accomplir, pour faire un bilan et tirer des leçons ». Christophe de Chenay Liaison n°146 septembre 2012

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transports

Ce sont les bêtes noires de Delanoë Blogueur, syndicaliste ou dirigeants d’association, ils mènent la vie dure au maire de Paris en matière d’urbanisme ou de politique sociale. Enquête sur des opposants très actifs.

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esponsables d’associations de quartier, délégué syndical ou blogueur, ils apparaissent comme autant de cailloux dans la chaussure du maire de Paris, Bertrand Delanoë, cherchant par leurs actions à entraver son action. Dernier exemple en date, le 12 mai. A la suite d’un recours

déposé par l’association Accomplir, le tribunal administratif suspend le permis de démolir du jardin des Halles. La Ville a beau dire qu’il s’agit d’un arbitrage de « pure forme », la mobilisation de quelques riverains très actifs a donné un coup d’arrêt au gigantesque chantier de réaménagement du ventre de Paris.

En remportant haut la main les municipales de 2008, le maire de Paris a certes réussi à étouffer l’opposition de droite et à marginaliser ses alliés verts. Mais, si ses adversaires d’aujourd’hui ne siègent pas au Conseil de Paris, ils n’en sont pas moins efficaces. Leurs armes : les recours en justice, les

Elle fait trembler les Halles C ’est un moulin à paroles difficile à arrêter dès qu’on ouvre le dossier des Halles. Elisabeth Bourguinat mène une bataille acharnée contre le projet de rénovation du quartier avec son association Ac-

complir. Elle a même réussi à faire suspendre le chantier en contestant le permis de démolir. A l’Hôtel de Ville, cette pasionaria agace. « Conservatrice », « butée », « tyrannique »… font partie de la longue liste

de critiques formulées à son encontre. « Accomplir soutenait au départ le projet Mangin qu’ils fustigent aujourd’hui », aime à rappeler Bertrand Delanoë. « Mangin, nous le soutenions parce que c’était le seul à ne pas construire dans le jardin. Aujourd’hui, le jardin, il le défigure ! » lâche du tac au tac cette tête brûlée à la tignasse grise. « Elisabeth aime bien vivre dans le conflit », soupire un élu socialiste qui l’a côtoyée. « Je suis énervante, ça, je le conçois », admet cette rédactrice free-lance.

réunions publiques, les manifestations, le tout relayé par Internet. Projet de rénovation de la place de la République, wi-fi dans les bibliothèques, construction d’immeubles de grande hauteur dans la capitale… chacun a ses combats, mais ces empêcheurs de gouverner en rond peuvent s’allier ponctuellement comme

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outes proportions gardées, Serge Federbusch, énarque, est un peu le Eric Besson parisien. Ancien conseiller en urbanisme de Delanoë, il est remercié de la tête de la SEM Paris Centre, en 2004, après un clash autour du réaménagement des Halles. Dans la foulée, ce magistrat de formation quitte le PS où il militait depuis 1977 pour la Gauche moderne avant de se faire élire conseiller du Xe sur une liste UMP lors des municipales de 2008. Très critique contre le projet de rénovation de la place de la République, « qui va créer des embouteillages monstres jusqu’aux portes de Paris », l’élu porte surtout le fer sur Internet. Son blog* vise à « démonter la machine à esbroufe qu’est la mairie de Paris ». Les Halles, le cinéma le Louxor, le stade Jean-Bouin, la réduction de la circulation, les finances… : ses billets, qui alternent révélations et mauvaise foi, s’attaquent à « des projets conçus dans une optique de communication. Cette politique à court terme laissera une ville endettée et exsangue », prophétise-t-il. Une manière de régler des comptes

Elisabeth Bourguinat fait tout ce qu’elle peut pour contrer le projet de rénovation du quartier. Le projet « Mangin, nous le soutenions parce que c’était le seul à ne pas construire dans le jardin. Aujourd’hui, le jardin, il le défigure ! » explique-t-elle. (LP/M.-A.G.)

Ce syndicaliste aime la com

Il se bat contre les tours V

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« J’aime bien défendre les personnes » Au placard les tracts. Oublié les manifestations. Le Supap préfère dégainer les communiqués de presse. « Les opérations de communication, les mails au personnel, ils savent très bien s’en servir chez Delanoë. Pourquoi, on s’en priverait ? » lâche Bertrand Pieri. Ces dernières années, sa voix s’est de plus en plus fait entendre. « Les élus de gauche en font telle-

C’est avec des communiqués de presse que Bertrand Pieri agace la mairie sur les dossiers qui dérangent. (LP/M.-A.G.) ment des tonnes sur la défense des salariés, le maintien des effectifs, les conditions de travail qu’on aime bien les prendre au mot », explique-t-il C’est presque par hasard qu’il a fait ses premiers pas dans la lutte syndicale. « J’ai reçu par erreur une convocation à une réunion. » Il a vite pris le goût. « J’aime bien défendre les personnes », susurre-t-il. M.-A.G.

MARIE-ANNE GAIRAUD ET JULIEN SOLONEL

Un énarque gonflé à blog

Elle épluche le moindre document pour trouver « la » faille Ne laissant jamais rien passer, elle épluche le moindre document qui passe sous ses yeux pour trouver « la » faille. « J’ai passé huit ans de ma vie à écrire une thèse sur le persiflage au XVIIIe siècle, je suis un peu tordue », sourit-elle. A 44 ans, cette mère de deux filles de 17 et 20 ans a conservé la spontanéité et l’emportement d’une adolescente. Mais c’est sans doute aussi cette vitalité qui l’a aidée à ouvrir la bagagerie pour SDF au Forum. « Ça, c’est le combat de ma vie. Les Halles à côté, c’est rien. » M.-A..G.

vec son dos un peu voûté, ses lunettes rondes et sa sacoche en bandoulière, il a la dégaine du héros du dessinateur Cabu, le Grand Duduche. Mais sous son attitude un peu débonnaire, Bertrand Pieri, 44 ans, est un vrai stratège. Au sein du Syndicat unitaire des personnels des administrations parisiennes (Supap-FSU), ce bibliothécaire passe son temps à titiller le maire de Paris. Le wi-fi dans les bibliothèques qui incommode certains bibliothécaires, un fichier espion du personnel des parcs et jardins, les déclarations du maire lors du vol des tableaux au musée d’Art moderne… sont autant de dossiers que ce syndicat, apparu en 2005, dénonce avec des méthodes assez inhabituelles.

sur l’emblématique dossier des Halles. De Fabrice Piault, qui lutte contre les tours, à Elisabeth Bourguinat, la pasionaria des Halles, en passant par le blog acerbe de Serge Federbusch, revue de troupe des bêtes noires de Delanoë.

Serge Federbusch s’oppose, sur son blog, au projet de rénovation de la place de la République, « qui va créer des embouteillages monstres jusqu’aux portes de Paris ». (LP/J.S.) personnels avec son ancien patron ? « Je ne suis pas anti-Delanoë, veut-il faire croire. Je me bats simplement parce que j’aime Paris. » La preuve : il a appelé sa fille aînée Lutèce… J. S. * Www.delanopolis.fr.

ingt ans qu’il organise des forums, fait des propositions ou dépose des recours devant les tribunaux pour qu’on prenne en compte les habitants dans les projets d’aménagement de la capitale. ZAC Paris-Rive-Gauche, ou concertation sur les Halles : à la tête de l’association Tam-Tam, Fabrice Piault s’est surtout fait connaître pour sa guérilla contre l’implantation du tribunal de grande instance sur le site de Tolbiac (XIIIe). Allié à la mairie de Paris dans ce combat, ce journaliste de 50 ans constate aujourd’hui « le retour en arrière de Bertrand Delanoë ».

La Ville a décidé de construire en hauteur avant même de dialoguer et de voir si la hauteur était la bonne réponse Sur la question des tours notamment. « La Ville a décidé de construire en hauteur avant même de dialoguer et de voir si la hauteur était la bonne réponse. C’est le fait du prince, alors que les sondages montrent que deux tiers des Parisiens sont contre les tours », critique Fabrice Piault. A coups de réunions publiques ou à travers les cahiers de do-

Parmi les combats qu’il mène, Fabrice Piault lutte notamment contre la construction de tours à coups de réunions publiques ou à travers les cahiers de doléances de l’enquête publique. (LP/J.S.) léances de l’enquête publique, Tam-Tam se mobilise contre les totems de la seconde mandature Delanoë. En mars, Fabrice Piault a aussi participé à la manifestation Concertation à Paris, un temps de retard.

« Dans son premier mandat, Bertrand Delanoë avait instauré de nouvelles relations avec les citoyens. Mais, depuis 2008, on a l’impression qu’il ne s’intéresse plus à ce qui se passe à Paris. » J. S.


ART DE VIVRE

samedi 15, dimanche 16 juin 2013

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EN SOCIÉTÉ Ces amoureux de la chanson n’attendent pas la Fête de la musique pour se produire

devant les passants, qu’ils accompagnent toute l’année dans les parcs parisiens

Les Bachiques Bouzouks font chanter la rue

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tués à l’issue de la fête. « Par ailleurs, on baisse chaque chanson d’un ou deux tons, pour que ce soit plus confortable pour ceux qui sont le moins à l’aise. Et nous ne sonorisons pas nos instruments, pour ne pas prendre le pas sur les voix des chanteurs : nous sommes là pour les accompagner, donner l’impulsion, la respiration, le rythme », insiste Élisabeth Bourguinat.

Le seul prix à payer pour ces séances est de participer !

GILLES POURBAIX

n air d’accordéon s’élève du square Jean-XXIII, niché sur l’île de la Cité, au chevet de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Une rengaine familière, entraînante, sous la pluie de la fin de mai. Le passant, intrigué, tend l’oreille, se rapproche. Et s’arrête. Là, sur le kiosque sans toit, un trio, banjo-contrebasse-accordéon, emporte dans son sillage musical une bonne centaine de chanteurs, foule bigarrée et mouvante, qui entonne non sans malice L’Orage de Brassens, un livret à la main, le parapluie dans l’autre. Peu importe l’averse, le plaisir est palpable, l’ambiance est à la fête. Il est tentant, alors, pour le promeneur curieux, de se saisir des feuillets qu’on lui tend et de se fondre dans le chœur. Pour le moins informelle, cette chorale est pourtant loin d’être improvisée : c’est la dernière réjouissance musicale commise par les Bachiques Bouzouks. Les « Bachiques », c’est, depuis près de vingt ans, un mélange d’investissement et de liberté, un mouvement collectif dont les membres n’ont jamais trouvé utile de se constituer en association. Preuve vivace, joyeuse et généreuse, que l’amour de la musique et du chant n’a parfois pas besoin d’autre cadre que le plaisir de se retrouver. Ce sont des « piliers », aujourd’hui au nombre de 11 : trois musiciens – Élisabeth à l’accordéon, Alban au banjo et Yves à la contrebasse – et huit chanteurs, qui donnent rendez-vous sept à huit fois par an, dans les rues de Paris, au millier de fidèles inscrits sur leur site (lire les repères), pour trois heures ininterrompues de chansons, accompagnées d’un buffet partagé quand le lieu le permet. L’aventure est née au début des années 1990, de la rencontre de quelques parents d’élèves mélomanes d’une école maternelle du quartier des Halles, à Paris, à l’occasion de la fête de l’établissement. « Nous avons très vite ressenti l’envie de partager avec “l’homme de la rue” notre plaisir de faire la fête en musique », explique avec enthousiasme Élisabeth Bourguinat, l’accordéoniste et l’une des fondatrices, en 1995, de ces Bachiques

Chacun participe à sa façon : en chantant, en dansant ou par une simple présence. Bouzouks au patronyme gaiement tintinophile et vinicole. Depuis, du pont des arts aux jardins des Halles, des marches de Montmartre au kiosque du Luxembourg, nombreux sont les souvenirs de cette chorale urbaine, qui déroule gaillardement un répertoire principalement composé de chansons françaises populaires ou « révolutionnaires » – Trois petites notes de musique, Un jardin extraordinaire, Les Pt’its Papiers, La Varsovienne ou Le Temps des cerises. « Le livret évolue tous les trois ou quatre ans, sur la base du vote des piliers. On répète alors les nouvelles chansons en petit comité, avant de les proposer dans nos fêtes, explique ainsi Élisabeth Bourguinat. On a notamment enrichi notre liste de chansons européennes, comme Les Enfants du Pirée, dont on a retranscrit les paroles phonétiquement, dans un souci d’accessibilité. » Car, sous une évidente décontraction, tout est pensé pour accueillir le plus grand

nombre. Ils sont jusqu’à 300 chanteurs, piliers, fidèles venus des quatre coins de France et choristes de passage, à occuper pendant les beaux jours jardins et rues de Paris. L’hiver venu, ils se réfugient dans l’accueillante salle paroissiale de Saint-Eustache, aux Halles : « Nous sommes alors une bonne centaine à nous tenir chaud ! » Et c’est dans le même esprit de partage que les Bachiques Bouzouks, accompagnés d’une trentaine de volontaires, acceptent régulièrement, et toujours bénévolement, d’aller chanter avec les pensionnaires de foyers de SDF, de maisons de retraite ou d’animer des fêtes de quartier. Ici, personne ne s’observe, mais les regards se croisent et les sourires s’échangent. Parce qu’il est « important de faire masse, de créer un environnement sonore harmonieux », les piliers encadrent et soutiennent vocalement la troupe chantante, tout en distribuant à qui veut l’un des 150 livrets à disposition – resti-

Pas de concert, donc, ni de public, lors de ces séances de chant collectif, dans lesquelles le seul prix à payer est de participer, chacun à sa façon : en chantant, en dansant ou par une simple présence. « C’est trois heures de bonheur ! », s’exclame Sigrid, qui est venue cet après-midi de mai avec son petit-fils d’une dizaine d’années. Marie-Thérèse habite à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) et est une habituée de ces rendez-vous, où elle emmène le plus souvent possible mari et amis : « C’est le seul endroit où je peux chanter en chœur, simplement pour le plaisir, sans avoir honte de ne pas vraiment “savoir” ! », sourit-elle entre deux airs. Elle a découvert les Bachiques Bouzouks il y a plusieurs années, un soir de Fête de la musique, et compte bien les retrouver cette année encore… FABIENNE LEMAHIEU

Rendez-vous le 21 juin p Programme des prochaines fêtes ba-

chiques : www.bachiquesbouzouks.com

p Les Bachiques Bouzouks se produiront

pour la Fête de la musique vendredi 21 juin, à Paris, sur le parvis de SaintEustache, côté rue du Jour, de 21 heures à minuit. Puis, le 31 août, au parc Montsouris et le 19 octobre, au jardin du Luxembourg. p Programme de la fête de la musique : www.fetedelamusique.culture.fr

SURFER

Réviser son bac sur son téléphone

d Plongés dans le monde des smartphones de plus en plus tôt, les jeunes y ont désormais souvent recours pour réviser leur baccalauréat.

À la veille du baccalauréat, on assiste à une course aux livres d’annales, dans les rayons des librairies, pour le plus grand intérêt des éditeurs. De plus en plus, les élèves leur préfèrent cependant les applications pour smartphones, qui ont l’avantage de réunir tout cela, de manière plus accessible pour eux. Un certain nombre de ces applications connaissent déjà un certain succès depuis quelques années. « Bac S 2013 dans la poche » par exemple, pour les scientifiques, par l’éditeur DigiSchool, a pour objectif d’aider à réviser le bac. Il est disponible depuis deux ans. La version de l’application existe aussi pour les séries ES (économique

et sociale) et L (littéraire). Les cours ont été rédigés par des professeurs. Mais cette fois, le nombre de téléchargements professeurs et sont donc conformes aux programmes de est moindre, même s’il reste important : entre 100 000 et l’éducation nationale. Pour chaque matière, on trouve les 200 000. À noter que les séries S (scientifique) et ES sont les annales des années précédentes, des fiches plus téléchargées. Du côté des matières, de révisions, un quiz pour pouvoir s’évaluer Les séries S (scientifique) la palme revient à l’histoire. et, enfin, les statistiques pour connaître les et ES sont les plus Les jeunes ayant un smartphone de plus sujets qui ont le plus de chances de « tom- téléchargées. Du côté en plus tôt, les applications de révisions ber » au bac. Cette année, le nombre de des matières, la palme se sont développées aussi pour le brevet, téléchargements de l’application est de revient à l’histoire. en fin de collège. Ainsi, « Objectif Brevet » 400 000, il a presque doublé en deux ans. de « Nomad Éducation ». L’éditeur estime « Coach BAC S 2013 » a également pour objet les révisions, qu’un jeune sur cinq passant le brevet cette année utilise et a été conçu par « Nomad Éducation ». Elle date de cette cette application… Les concepteurs de ces applications année et existe sous deux formes : une pour les séries S, ES, cherchent aujourd’hui à développer l’aspect « ludique » L et STG et une destinée a une matière précise. Tout comme pour… rendre les révisions plus agréables. l’application précédente, les cours sont rédigés par des TANGUY SIMON


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et le maire de Pais. < Onestdesgens degauche,et lorsqueIa Ville nousq parld deconcertationsur Iechantier desHalles, on y estalldslafleur au fusil ! > Mais l'enthousiasme des d6buts laisse vite place d l'amertume. Pour Elisabeth, les projets pr6sent6sapparaissentcommeune < sdriede conneries). La concertation ? ( De Ia poudre aux yeux. > Pire: BertrandDelano6lui-m!me serait devenu en cours de mandature un ( despote>. En fait, la pierre d'achoppementfut la destructiondu jardin Lalanne et l'abattage de 346 arbresde l'ancienparc,incompr6hensiblesauxyeux dAccomplir. Une foisle d6sastreaccompli,l'associations'estbattuepour prdsewerla placeRen6-Cassin, un lieu majeurde rassemblementel d'ovver|')te.< Une promesseencorenon tenue>,affirme celle qui ddsormaisn'h6site pas d sonir l'artillerie lourde - recours, p6titions, lettres d'information pour s'opposerauxprojetsdu maire. Pourtant, grAced son combat, les enfants du quartier rdcupdrentun espacede jeux encoreplus grand,et bienqueremola placeRen6-Cassin, del6e, conservera sa sculpture symbole,d'Henri de Miller. Pasde quoi trouver grAceaux yeux de la pasionariadesHalles. CORINNEBOUCHOUCHI

rbattantduqtnrtier I le terrain et font entendreieur voix.

ElisabethBourguinat La pasionaria

pensertantd'argent? relenouveau Ialles ? .delors du choix du tural de r6novation. :elui de Rem I(oo1r projet magniflque. Ltilnhpas 6t6retenu. rt-iaune? Le ciel qui Leseraplus bleu ? Je verraquand ce sera rousinquidte,c'estla Lvaux.Nous n'avons mation. Comment :uler?OnsefaitvraiEt puis il ne faudrait ndevienneletemple ation.Ilyalapiscine, : Forum des Images idable qui permet a e grands films. Les :esteraussiun lieu de e. paTCLAIEEFLEURY

"Les Halles doivent rester un lieu de vie et de culture."

Il y a Elle aimejouer de 1'accord6on. seizeans,ellemonteun groupe,Les BachiquesBouzouks,avecquelques parentsdtldvesdeltcole maternelle de sesfllles,o pour crderde la convivialitti " sur I'air du ( Petit Vin blanc >.De < celrrc r, dit Elisabeth Bourguinat,estn6equelquesann6es plus tard une associationcitoyenne, Accomplir (t), <pourparler decequi nhllait pas aux Hqlles : I'insdcuritd, Iesdealets.lesSDE,..). Cettefemme de ceur etde conviction,brief6epar Jodl Terry (z), < unflic rdpublicain formidable ", s'emparealorsdu probldmedessans-abris,o rriverainsdu qugrtierdpart entidre>,etcr6epour euxen2005une bagagerie.Quelques portesenfonc6esplus tard, les SDF disposentauxHalIesd'uneconsigne ( 5Ocasiers otlaisserleurpaquetage, autogdrdsen grande partie par les usagerseux-m!mes>. < C'estde la ddmocratieparticipative ! Celleque Delanodnousrefuse>, stcrie-t-elle aveccefranc-parlerqui en irrite plus d'un aujourd'hui. Tout avait pourtant bien commenc6entrela militante associative

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