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LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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LES GRANDS ENSEMBLES “RÉ-ENCHANTEMENT” D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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I- PREFACE

- page 2 -

II- INTRODUCTION III- DEMARCHE

- page 6 -

VII- SENSIBILITE / SUBJECTIVITE

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1- REFERENCER ET ETUDIER POUR DEFINIR ET TESTER DES STRAGEGIES DE PROJET p.8 2- COMPATIBILITES DES SCENARIOS AVEC LES ATTENTES DU SITE p.9

IV- RATIONALITE / OBJECTIVITE

- page 10 -

1- DIX PROJETS DE REFERENCES p.10 2- REFERENCEMENTS p.16 3- BOITES A OUTILS p.17 4- SCENARIOS p.18

V- APPREHENDER UN SITE

- page 28 -

1- DONNEES GENERALES p.28 2- POINT DE VUE SOCIAL p.34 3- POINT DE VUE URBAIN p.37 4- POINT DE VUE ARCHITECTURAL p.40

VI -LES GRANDS ENSEMBLES, ENTRE PATRIMOINE, MARGINALISATION ET HERITAGE SOCIAL - page 42 -

- page 52 -

1- COMPATIBILITE DES SCENARIOS AVEC LES ATTENTES DU SITE p.52 2- COMPATIBILITE DES SCENARIOS AVEC LES NOTIONS DEFENDUES SUR LES GRANDS ENSEMBLES p.55 3- VERS UN ULTIME SCENARIO p.57

VIII- STRATEGIE

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- DANS LE GRAND TERRITOIRE / Attirer et désenclaver p.58 - MICRO-CENTRALITE / Attirer p.60 - CIRCULER / Désenclaver p.62 - REDISTRIBUER LE FONCIER / Diversifier p.64 - PROGRAMMATION / Attirer et diversifier p.66 - ORIENTATION / Densifier p.68 - POTENTIEL / Densification p.70

IX- OUVERTURE BIBLIOGRAPHIE

- page 72 -

- page 74 -

1- PATRIMOINE - CONSERVATION - HERITAGE SOCIAL ET ARCHITECTURAL p.42 2- VALEUR NEGATIVE - MARGINALISATION p.45 3- DIMENSIONS HUMAINE ET SOCIALE p.47 4- RE-ENCHANTEMENT p.49 5- LIMITES ET DERIVES DE L’ANRU p.50

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Après la Seconde Guerre Mondiale, en France, on comptait dans les deux mille communes sinistrées, quelques quatre cent cinquante mille logements détruits et plus d’un million endommagés. La possibilité de disposer de terrains rendus libres par les bombardements, quelle que fut leur proximité par rapport aux centres urbains, ouvrait alors aux responsables politiques et aux urbanistes des perspectives jusqu’alors impensables et inconnues : le système de tabula rasa était d’un coup possible. Les besoins auxquels devait répondre le pays en logements à partir de 1955, tenaient essentiellement à deux types de causes : l’insuffisance et la vétusté du parc. Cellesci résultaient de la faiblesse de la construction de l’entre deux guerres. La France fut en proie à une crise du logement sans précédent, affectant à un degré ou un autre la majeure partie des catégories sociales. L’héritage que trouve en la matière la Vème République est lourd : quatre millions de logements insalubres ou surpeuplés, des caves, des combles mal aménagés, et des arrières-cours obscures constituent la seule perspective pour des millions de ménages. DE L’ENCHANTEMENT AU DÉSENCHANTEMENT

I- PREFACE ...Rétrospective

Les nouveaux besoins de la population émanent de la croissance démographique, et de l’exode rurale qui se manifestent dès que la reconstruction de l’appareil productif reprend et se confirme avec l’expansion économique des années soixante. A l’exode rurale s’ajoute les mouvements intérieurs d’une région à l’autre, liés à des investissements industriels dont la localisation s’inscrit dans la politique d’aménagement du territoire relancée par la Vème République. Les grands ensembles abritant des logements modernes et dotés de confort, avec leurs espaces découlant d’un ordonnancement simple, deviennent du fait de leur banalité des structures interchangeables qui peuvent faciliter les migrations1 et l’insertion des nouveaux venus. Ne revendiquant aucune histoire, ce qui permet à tout le monde de s’y reconnaître, chacun d’eux semblent obéir aux mêmes principes : largement conçus pour la circulation, ils s’organisent de rondspoints en parkings, de voies rapides en hypermarchés, cette fluidité ayant évidemment pour contrepartie un zonage rigoureux et une ségrégation généralisée. Telles sont les grandes idées vers lesquelles devaient tendre les grands ensembles. DE L’ENCHANTEMENT POUR CES NOUVELLES CATHÉDRALES 2 Ces lieux qui, aujourd’hui, sont mal considérés aux yeux de l’opinion publique, ont d’abord été conçus comme des innovations audacieuses qui allaient satisfaire aux exigences d’une manière moderne d’habiter et de vivre la ville. Si l’on s’attarde à comprendre la naissance de cet urbanisme d’après guerre, on peut supposer qu’il prend sa source à partir de la fin du XIX ème siècle dans les propositions élaborées dans le milieu des réformateurs sociaux qui veulent restructurer la ville. Les grandes lignes de ces propositions avaient pour objectif de restructurer la ville pour en un faire espace de pacification sociale correspondant aux exigences de l’hygiène publique et de la gestion rationnelle des populations dans la société industrielle. Dans les origines intellectuelles des grands ensembles, on peut sans doute repérer

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l’empreinte des cités-jardins, avec leur aspiration à l’air et à la verdure, leurs soucis des équipements et du confort des logements, et l’idée que l’habitat peut devenir un lieu de réconciliation sociale. L’influence la plus déterminante est celle du courant moderne, à travers les CIAM, où la question du logement est alors mise en avant et considérée comme de premier ordre. Cette pensée repose sur les principes d’hygiénisme, de rationalisme et de fonctionnalisme. Incontestablement, les grands ensembles ont marqué l’évolution de la société et de la ville au-delà de la trace historique qu’ils ont laissé. Pour prendre un exemple, on peut souligner que le territoire francilien de l’Essonne est passé de un millions quatre cent milles habitants en 1946 au double en 1966. La réponse apportée à la crise du logement après-guerre offrait une réponse satisfaisante, car elle donnait un logement décent à une grande majorité de la population. Les grands ensembles ont été plébiscités et salués autant par la société que par les politiques en place. Cependant ce sentiment s’est rapidement estompé et dégradé au fil du temps, et ce bien avant l’arrêt de la production de ce standard architectural. DU DÉSENCHANTEMENT À LA MARGINALISATION Très rapidement, la joie de la découverte d’un logement neuf censé répondre aux nouvelles exigences de la modernité laissa place à la désillusion engendrée par toute une série de malfaçons caractéristiques de ces constructions. Ce qui devait apparaître comme un moyen de promotion fut au contraire très vite perçu comme doté d’un caractère pouvant conduire à la stigmatisation sociale, effet inverse de ce qui était escompté. Dès le début des années soixante, apparaissent les premières dénonciations de ce que l’on peut appeler les malfaçons de l’urbanisme moderne, l’inhumanité d’un cadre de vie sans rues, sans espaces publics d’échanges et de convivialités. La sarcellite en référence à Sarcelles, est alors rentrée dans le langage courant pour désigner le mode de vie pathogène de ces cités-dortoirs que sont les grands ensembles3. «Ces réalisations qui furent en leur temps célébrées sont entrées en disgrâce dans les années 1960, un opprobre qui s’est alourdi dans les années 1970, décennie où les architectes essaient massivement des solutions alternatives, et surtout depuis le début des années 1980 avec leur assimilation aux quartiers défavorisés. Depuis les premières démolitions – USA années 1970, France années 1980 – s’est imposée l’idée que toute cette production était en quelque sorte une aberration antiurbaine, architecturalement insignifiante et arrogante, et socialement couteuse, voire criminogène.» CHASSEL Francis, L’habitat social depuis 1945. Une production en mal de reconnaissance. Extrait de l’ouvrage: Faut-il protéger les grands ensembles ? Sous la direction du Ministère de la Culture et de la Communication, Comité des GPNA.

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Ces lieux ont basculé, peut-être la faute à un urbanisme rationnel, récurrent et de zoning qui a mené à assimiler les grands ensembles à des lieux d’habitat et de vie pour les pauvres avec les effets du temps et l’évolution de la société. On doit garder en mémoire dans le naufrage des grands ensembles, l’idée que les prémisses intellectuelles du mouvement moderne en matière d’urbanisme, le caractère plus esthétique et doctrinal que scientifique et opérationnel, et l’utilisation faite de l’idée de progrès avec la logique qui en a découlé, sont des causalités justifiant la dérive de ces ouvrages. Ce qui caractérise les grands ensembles aujourd’hui, au-delà de leur architecture que l’on tend à voir disparaître du fait de la politique de l’ANRU menée par les Grands Projets de Ville, c’est leur stigmatisation comme des lieux marginalisés. L’opinion publique considère très mal ce type d’habitat au profit du reste de la ville, et leur attribue tous les dommages que celle-ci subit actuellement. Au-delà de la marginalisation d’un lieu, c’est avant tout une population qui est mise en marge de la société et de la ville, tant des points de vue spatial que social. DE LA DISQUALIFICATION VERS UN «RÉ-ENCHANTEMENT»

Certes la qualité technique du bâti laisse parfois à désirer, les problèmes sociaux qui s’y cristallisent sont sérieux, mais ce ne sont pas les seules parties de la ville à connaître ce type de situation. En effet, un logement, un bâtiment, et a fortiori un quartier, ne constituent pas seulement des modes d’habiter, mais font référence à un ensemble d’éléments sociaux et culturels. Il est certain que les grands ensembles ont été pénalisés par la pauvreté du système symbolique de l’architecture et de l’urbanisme modernes. On a tendance à faire abstraction de la première période de leur existence, où la vie y fut plutôt source de gratification et d’intégration sociale réussie. Mais il est vraisemblable que dans ces territoires nouvellement édifiés, la répétition des mêmes formes, l’absence de repères ou de quelques signes que ce soit, le défaut d’ancrage culturel des espaces communs, les difficultés d’investissements affectifs dans ces lieux totalement normés, les ont privé de la constitution d’un système de reconnaissance et identitaire, ne permettant pas de se défendre face aux premières crises connues par ces lieux et engendrant une stigmatisation négative. Situés à l’écart de la ville traditionnelle, souffrant d’un isolement typologique, du fait de ce bâti insolite par rapport à leur environnement, les voilà déjà identifiés comme un monde spécifique. Leur caractère massif les désignant au regard alors que leur accessibilité est aléatoire, ils sont paradoxalement à la fois hors de la ville et omniprésents dans son paysage : séparés et pourtant visibles de loin. Dis moi où tu habites, je te dirais qui tu es : ce proverbe illustre parfaitement la situation dans laquelle se trouve la population des grands ensembles, tant bien même qu’elle s’applique également à toute la société. La représentation d’un habitat se joue en partie sur le registre des signes, de l’image véhiculée et perçue, et invoque sa fonction de faire valoir aux yeux de la société c’est à dire celle de vitrine sociale. De ce point de vue, les habitants des grands ensembles subissent de plein fouet l’attitude de rejet dont ces architectures font l’objet. Les habitants voient leur territoire dévalorisé mais au 5


delà c’est leur logement qui est remis en cause, et ce à travers l’image que l’extérieur peut avoir d’eux. Cette image du quartier vécu comme un jugement accentue leur marginalisation au sein d’une société et d’un territoire. C’est contre une forme de systématisme que s’opère le travail effectué autour du grand ensemble choisi : systématisation à la fois dans les réponses apportées aujourd’hui aux problèmes des grands ensembles, et également dans la perception, surtout véhiculée par les médias. Opérer à un ré-enchantement, c’est revaloriser ces lieux aux yeux de la population, aussi bien extérieure qu’auprès des habitants.

n.1 (page 2) « Le peuplement de ces grands ensembles est fait dans un premier temps de provinciaux venus travailler dans les grandes métropoles, de rapatriés d’Algérie, de jeunes employés et de jeunes fonctionnaires en voie de promotion sociale, ainsi que de représentants de la classe ouvrière intégrée et de la petite classe moyenne incitées à quitter les logements insalubres et surencombrés des centre-villes. » CASTEL Robert, La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? Édition Le Seuil, collection La République des Idées. 2007. n.2 (page 2) « Des règles infrangibles assureront aux habitants le bien-être du logis, la facilité du travail, l’heureux emploi des heures libres. L’âme de la cité sera vivifiée par la clarté du plan. Les plus enthousiastes compareront ces groupements d’immeubles qui s’édifient à la verticale au milieu de friches ou de champs de betteraves à de nouvelles cathédrales ». CASTEL Robert, La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? Édition Le Seuil, collection La République des Idées. 2007. n.3 (page 2) « Mais dans un premier temps toujours, il s’agit d’une pathologie pourrait-on dire de type « middle class », ou de la classe ouvrière intégrée : elle affecte des individus ou des familles ordinaires privés de ces rencontres et de ces échanges relationnels dont la ville a toujours constitué le terreau. Pour ces premières critiques, ce que les « grands ensembles » ont manqué, c’est la possibilité de donner à leurs habitants, dans l’espace qu’ils dessinent, les conditions de base pour se construire une sociabilité à visage humain. Le problème des banlieues a commencé par être la question du mal à vivre de populations d’origine métropolitaine ou pieds-noirs qui par ailleurs, sur le plan matériel, vivent relativement à l’aise. » CASTEL Robert, La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? Édition Le Seuil, collection La République des Idées. 2007.

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«Sur un écran de télévision, à l’image d’un immeuble cerné de bandes grises ou noires succède un nuage de fumée blanchâtre; juste auparavant, on a pu entendre quelques coups sourds. Et réapparait, la figure du présentateur, qui explique que la barre X ou la tour Y, dont les incidents de toutes natures ont, des années durant, émaillé les journaux du vingt heures, n’est plus qu’un tas de gravats, et qu’à la place on y reconstruira de petits immeubles « plus humains » le long d’une rue, un ensemble médical, ou encore que l’emplacement sera transformé en espace vert. Puis retour sur « le terrain » pour la minute d’interview : une femme dans la soixantaine explique, devant la caméra compatissante, que c’est un lieu merveilleux que l’on vient de démolir et toute une tranche de vie qui est, au sens propre du terme, partie en fumée. Une large part des ingrédients de la question des grands ensembles sont rassemblés dans ces deux minutes et demie : la difficulté de ces quartiers « de béton » à se greffer sur la ville, le caractère ambivalent, voire contradictoire, de la réalité sociale qu’ils abritent, l’attitude ambigüe des médias.»

II- INTRODUCTION ...Personnelle

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Extrait de l’introduction de l’ouvrage: Utopie et désordre urbains. Essai sur les grands ensembles d’habitation Pierre Peillon, Édition de l’aube, Mai 2001, Géménos.

Les grands ensembles ? On y vit, on y reste, et parfois on les quitte accèdant par divers moyens à un autre logement, grimpant l’échelle sociale. Lorsque l’on en part, on les admire, on les regarde de loin, et peu à peu ils deviennent des lieux complètement étrangers. On a alors accès à des portes qui peut-être seraient restées fermées si l’occassion de quitter ces lieux que l’on rejette et accuse de tous les maux ne s’était pas présentée, puis on les regarde maintenant disparaître soufflés par la dynamite. Ceci est un récit de vie ou bien encore une réalité trop présente. Au fil du temps, on apprend à affirmer sa propre opinion protestant contre l’avenir qu’on leur destine et leur disparition au profit d’une architecture plus louable et plus serviable pour la ville et son électorat ; et on s’indigne contre l’idée que l’on juge une part de la société du simple fait qu’elle habite, au delà d’un logement social, dans un grand ensemble ou bien encore dans une cité ! Les populations qui y habitent sont entièrement dépendantes de l’image perçue par la société et véhiculée par les médias, pour preuve le concept de discrimination positive est un principe qui aujourd’hui ne devrait pas exister puisqu’il renvoie malgré tout à l’idée que celui ou celle qui vit dans un grand ensemble ne connait pas de fait les mêmes chances de réussite cause de sa condition sociale et de son lieu de vie. On apprend à connaître ces lieux, savoir quelle attitude adopter et ne pas se laisser bercer par ce que relègue les médias. Doit-on les mettre au banc de la société et de la ville, renier leur existence en effaçant tout simplement leur trace, et faire table rase du passé et de l’histoire qu’ils représentent autant pour la discipline architecturale, que pour une part de la société qui y a forgé son identité, s’est créée des souvenirs, et qui malgré tout ce que l’on peut imaginer y est attachée ? 8


Tout cela aboutissant à une réflexion d’ordre général sur les grands ensembles, et une ciblée autour du site de diplôme choisi : le grand ensemble des Bergeries au sud-est de Paris sur les communes de Draveil et de Vigneux-sur-Seine. Comment interroger un grand ensemble aujourd’hui, et émettre la plausibilité de son évolution alors même qu’il existe une matière à réflexion très étendue, et des actes urbains et architecturaux qui sont des réponses récurrentes de nos jours pour résoudre ce que l’on appelle le problème des banlieues ? Comment comprendre ce qui constitue aujourd’hui les stratégies de projets autour de leur renouvellement ? Comment ne pas admettre un schéma type et une programmation qui soient issus seulement des réponses offertes depuis quelques années par les grands projets de ville ? Est-il possible d’admettre, alors même que les grands ensembles ont vécu bien audelà de leur destinée, qu’ils soient un potentiel d’avenir pour l’évolution de la ville et bien plus encore pour ses populations ? Quelle stratégie faut-il entreprendre pour que ces lieux soient réinscrits dans une ville et une société, que les habitants ne ressentent plus le poids du jugement sur leur lieu de vie ?

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Travaillant sur un grand ensemble, ou plus communément appelé dans le langage courant cité qui est souvent assimilée à une vision restreinte de la banlieue, qu’elle soit parisienne ou celle de villes de province; il ne s’agit pas de proposer un projet de renouvellement urbain qui s’alignerait avec la politique actuelle qui tend vers une forme de systématisme dont on peut interroger la réussite sur le long terme. Mais de développer une réflexion et une stratégie de projet tendant à faire oublier la connotation négative des grands ensembles pour l’imaginaire collectif, et bien plus encore de palier à leur marginalité sans pour autant éradiquer le modèle architectural qu’ils représentent et sans provoquer le déplacement de ses populations. Tout en mettant en avant les potentiels sociaux, architecturaux et économiques que peuvent représenter ces lieux pour l’avenir.

III- DEMARCHE ...Vers une stratégie

La démarche de réflexion et de projet mise en place se scinde en deux temps. En premier lieu, elle consiste en un travail purement objectif / rationnel sous forme de prospections et de connaissances, laissant de côté le site de diplôme choisi, abordant la question des grands ensembles dans un contexte global. Dans un second temps, il s’agit de réintroduire le site choisi et ses différentes problématiques ; la subjectivité rentrant alors en ligne de compte. Le tout aboutissant à une stratégie de projet propre au site choisi, le grand ensemble des Bergeries. 1- REFERENCER ET ETUDIER POUR DEFINIR ET TESTER DES STRAGEGIES DE PROJET

La première partie de la démarche de projet mise en place consiste, en toute objectivité à établir différents scénarios, entendons différentes stratégies de projet possibles autour de la question du renouvellement urbain des grands ensembles, terme généralisé que l’on attribue à ces opérations aujourd’hui. a- DIX PROJETS DE RENOUVELLEMENT DE GRANDS ENSEMBLES Dix projets de références ont été choisis, regroupant chacun des approches différentes sur les stratégies à mettre en place sur les grands ensembles, ou bien encore similaires mais avec des aboutissants différents. Ces dix références ont donc permis d’établir les composantes de ces différentes stratégies de projet, se distribuant à trois échelles. Premièrement, les outils les constituants : on peut les assimiler à des concepts ou des volontés premières qui n’ont pas de traductions physiques du point de vue formel mais qui sont la composition d’un ensemble d’opérations architecturales et urbaines. Pour exemple, la résidentialisation ou bien le désenclavement sont des outils constituants une stratégie qui peut être orientée autour de la revalorisation d’un grand ensemble. Deuxièmement, ces différentes stratégies de projet ont permis de comprendre et de définir de quelle manière les outils se traduisent architecturalement et urbainement. Pour finir, ces stratégies ont été étudiées sous l’œil des dimensions sociale, économique LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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et spatiale. Ce qui correspond à mesurer quels sont leurs impacts sur une population à une échelle plus ou moins restreinte. b- DÉFINIR ET TESTER DIFFÉRENTS SCÉNARIOS

potentiel d’avenir autant pour la ville que pour la société. De plus, l’architecture étant là, la crise du logement se creusant d’années en années, pourquoi éradiquer un potentiel d’habiter ?

Par la suite, des définitions sont données aux différents outils utilisés dans les stratégies de projet afin d’établir quatre scénarios - des hypothèses - applicables au site. Cependant la part de subjectivité sur la position à adopter vis-à-vis de l’évolution des Bergeries ne rentre pas encore en compte. Définir ces scénarios permet de mesurer les impacts de plusieurs hypothèses de stratégies, et de toutes les composantes qu’elles regroupent, sur un grand ensemble et particulièrement ensuite sur celui des Bergeries. 2- COMPATIBILITES DES SCENARIOS AVEC LES ATTENTES DU SITE

Mesurer les compatibilités se décomposent en trois étapes, oscillant entre objectivité dans un premier temps et subjectivité par la suite. Premièrement, il s’agit de tester les différents scénarios, entendons les stratégies mises en place, d’un point de vue formel illustré, chiffré pour permettre de donner un ordre de grandeur aux possibilités des scénarios, et tenant également compte du récit. Le but propre de ces scénarios est de mesurer la recevabilité des différentes actions menées aujourd’hui autour de la question des grands ensembles sur le site choisi. Après avoir appliqué ces scénarios, la part de subjectivité, connaissance du site dans toutes ses dimensions, rentre en compte. Ces différentes stratégies de projet sont informées dans des grilles d’observations pour définir si elles répondent favorablement ou non aux conditions et aux besoins des Bergeries, qui sont définis par une analyse de site recoupant les dimensions sociale, architecturale et urbaine. La part de subjectivité atteint son maxima avec une grille d’observation qui rend compte de la recevabilité de ces scénarios vis-à-vis des notions personnelles défendues concernant la conservation des grands ensembles, le renversement de leur image, leur marginalité par rapport à la société et à la ville, etc. La résultante finale de cette démarche de recherche et de réflexion autour des programmations que l’on peut émettre aujourd’hui sur les grands ensembles vise à dégager une stratégie de projet qui a pour objectif principal d’opérer à un réenchantement de ces lieux. Cette démarche est entreprise dans la volonté de ne pas répondre à ce que l’on qualifie de problème aujourd’hui dans la société par une politique de renouvellement qui abuse de la démolition sous prétexte notamment d’un financement plus important attribué aux prestataires; et de démontrer qu’il existe une croyance autour de la démolition d’un modèle architectural qui tendrait à faire disparaître les problèmes de banlieues, forme de systématisme, qui ne serait pas fondée mais qui ne ferait que déplacer le problème. Ceci sous entend que ces grands ensembles sont peut être des lieux porteurs d’un LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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La dimension importante donnée à la recherche et à la réflexion pour aborder le sujet des grands ensembles, rejoint l’idée même de ne pas mettre en place une programmation qui soit seulement induite et influencée par les opérations de renouvellement des grands ensembles aujourd’hui. Prenant le parti dans ce mémoire, de mettre en place une méthodologie qui interroge la politique de l’ANRU. 1- DIX PROJETS DE REFERENCES

Pour comprendre le destin auquel on voue les grands ensembles aujourd’hui, et permettre une appropriation personnelle des solutions mises en avant, dix projets présentants des stratégies sur les grands ensembles ont été décryptés, regardés sous un même angle et formatés afin d’extraire tous les processus qui émanent de ces interventions architecturales et urbaines.

IV- RATIONALITE ...Objectivité

(1) PANTIN, Les Courtillières. Agence AUC et Agence RVA. Paysagiste Florence Mercier. MO : Ville de Pantin, OPHLM Pantin Habitat, SEMP. (2) MONTREUIL, Cité Bel Air. Édith et Olivier GIRARD. MO : Ville de Montreuil, Office Municipal HLM. (3) ORLEANS, La Source. Sarea, Alain SARFATI architecte en chef. MO : Ville d’Orléans. (4) GRENOBLE, Teisseire. Philippe PANERAI. MO : Ville de Grenoble, Office HLM Actis, SEM Grenoble Habitat. (5) TRELAZE, Les Plaines. Martine Gestin-Morin, etGilles ROUSSEAU architecte – urbaniste. MO : Ville de Trélazé, Le Toit Angevin. (6) VAULX-EN-VELIN. Atelier des Paysages, Alain MARGUERIT, Atelier de la Gère, Bernard PARIS. MO : Ville, Grand Lyon, État, Région, Conseil Général, OPAC. (7) ALLONNES, Quartier de Chaoué. Atelier Alexandre CHEMETOFF et BERTHOMIEU Architectes. MO : Sarthe Habitat, Ville d’Allonnes, Communauté Urbaine du Mans. (8) GLASGOW, Crown Street..CZWG Architectes. MO : Scottish Enterprise, Municipalité de Glasgow, Institution Régionale Comunities Scotland, Conseil de quartier des Gorbals. (9) LONDRES, Stonebridge. Shepheard Epstein Hunter Architectes. MO : Stonebridge Housing Action Trust (10) BERLIN, Marzhan. MO : Bailleur, Ville.

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(1) LES COURTILLIÈRES, PANTIN. Agence AUC et agence RVA. → La stratégie proposée passe au-delà du site lui même, et prend en considération les quartiers contigus au site, en leur redonnant une nouvelle dynamique. Celle-ci tend à injecter dans le Serpentin une nouvelle impulsion pour l’ancrer dans son territoire. Échelle : échelle communale puis échelle rapprochée. Outils de la stratégie : Désenclavement - Résidentialisation - Remembrement parcellaire - Démolition. Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Réhabilitation des logements et/ou des façades. - Création d’espace public. - Construction équipement(s) culturel(s). - Nouveau maillage viaire. Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - Intensification des pratiques sociales. - Renouvellement des pratiques intercommunales des habitants localisées autour du quartier du grand ensemble : utilisation de l’action culturelle. - Redynamisation du système économique.

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(2) CITÉ BEL AIR, MONTREUIL. Édith et Olivier Girard. → La stratégie du projet réside dans le dialogue entre ce qui est existant et construit assurant ainsi, par la construction d’un nouveau type de logements, une base urbaine au site qui jusque là n’en bénéficiait pas. Elle s’appuie également sur la volonté de ne pas en faire un îlot fermé mais un lieu où prime la perméabilité. Échelle : échelle rapprochée Outils de la stratégie : Démolition (130 logements) - Reconstruction (125 logements) Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Valoriser les espaces existant. - Densification d’un axe viaire stratégique (du front de rue / construction de logements de type maison individuelle ou logement intermédiaire). - Nouveau maillage viaire piéton et/ou automobile. - Réhabilitation des logements et/ou façades. Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - Valorisation des espaces publics de qualité sur le site à travers les nouvelles constructions. - Fluidité et perméabilité du site conservées dans l’idée de la cité jardin des années soixante et soixante-dix par le choix de ne pas résidentialiser. - Partage du site par tous : nouvelles pratiques sociales insufflées par la rencontre entre les anciens habitants et les nouveaux habitants des constructions. - Réorganisation spatiale complète du site qui fonctionne désormais comme un îlot ouvert.

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(3) LA SOURCE, ORLÉANS. Alain Sarfati.

(4) TEISSEIRE, GRENOBLE. Philippe Panerai.

→ Créer de la mixité sociale à travers un changement d’image radicale en rupture avec celle des grands ensembles.

→ La stratégie du projet repose sur l’espace public qui peut-être vecteur de connexions entre le site et les quartiers environnants.

Échelle : échelle rapprochée puis échelle communale.

Échelle : échelle communale

Outils de la stratégie : Multiplicité des financements (État, région, département, ville bénéficiant de l’Anru) - Démolition (421 logements sociaux) - Reconstruction (logements privés ou locatifs 420 logements) - Résidentialisation - Désenclavement.

Outils de la stratégie : Démolition (200 logements) - Remembrement parcellaire Privatisation - Résidentialisation - Désenclavement.

Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Densification d’un axe viaire stratégique - Réhabilitation des commerces - Réhabilitation des logements et/ou des façades - Construction équipement - Nouveau maillage viaire piéton et/ou automobile - Restructuration des équipements culturels / scolaires Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - Ouverture physique du site par les démolitions et la réorganisation des espaces publics et des voies sur le site, et des nouvelles constructions. - Ouverture sociale du site par la création d’un pôle de loisirs à l’échelle de la commune, et la remise en service de la plate forme commerciale. - La diversité des logements présents sur le site entend générer de la mixité sociale. - La mise en place d’une résidentialisation presque pensée à l’immeuble avec une privatisation des stationnements, des espaces verts et également des espaces de jeux tend à changer radicalement l’image d’origine de ce grand ensemble. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Création espace public - Nouveau maillage viaire piéton et/ou automobile - Réhabilitation des logements et/ou des façades - Restructuration des commerces - Restructuration des équipements - Création de jardins privatifs Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - Chaque unité résidentielle créée appartient aux habitants : ils peuvent influer directement sur les décisions et les choix de projet auprès du bailleur, entrainant un sentiment d’appartenance. - Espace public : les nouvelles constructions aux fonctions commerciales et culturelles doivent générer un lieu de rencontre entre habitants et population environnante. Cette place a également le but de relancer une économie et une attractivité sur le site. - La réhabilitation doit être un moyen de faire évoluer les modes d’habiter en intervenant sur les plans des logements par leurs extensions en façade au moyen de loggias ou de balcons. 14


(5) LES PLAINES, TRÉLAZE. Gilles Rousseau.

(6) VAULX-EN-VELIN. Bernard Paris.

→ L’espace public est utilisé comme une approche permettant d’ouvrir et de structurer ce quartier influant sur la revalorisation de l’image.

→ Le projet n’est pas présenté en tant que projet urbain mais comme stratégie de projet. Il s’agit d’inscrire sur le site des points forts qui permettraient de tenir la composition générale du site. Tisser des liens entre des morceaux de ville en venant construire un nouveau quartier qui se situe à la croisée de deux sites classés en ZUP et d’une zone commerciale.

Échelle : échelle communale, échelle du quartier et échelle du logement Outils de la stratégie : Démolition (160 logements collectifs) - Reconstruction (200 logements collectifs et individuels neufs) - Résidentialisation (300 logements) Désenclavement - Remembrement parcellaire Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Création d’espace public - Nouveau maillage viaire piéton et/ou automobile - Restructuration des équipements - Rénovation des jardins familiaux - Réhabilitation logements et/ou façades Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - Le désenclavement tend à résoudre à travers différentes actions les multiples dysfonctionnements sociaux, urbains et spatiaux que connait le site. - La création de plusieurs espaces publics et d’un axe majeur de distribution participent activement au désenclavement permettant l’apport d’un réseau de transport en commun sur le site et une relance économique à travers les activités, les services et les commerces (bureaux, hôtel, restaurant..)

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Échelle : échelle communale Outils de la stratégie : Désenclavement Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Construction d’un nouveau quartier à proximité du grand ensemble - Construction de logements, activités, de bureaux, de commerces, d’un lycée et d’un jardin public. Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - Tisser des liens entre des systèmes sociaux et économiques différents. Redynamiser les quartiers difficiles alentour par cette nouvelle centralité permettant de leur offrir une certaine qualité de vie en attendant que les grands ensembles bénéficient d’une action de renouvellement urbain.

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(7) QUARTIER DE CHAOUÉ, ALLONNES. Alexandre Chemetoff, et Berthomieu architecte.

(8) CROWN STREET, GLASGOW.

→ La stratégie du projet repose dans l’idée de créer du charme à ce site en exploitant sa proximité avec une forêt et également en apportant une programmation de reconstruction engendrant de la mixité sociale.

→ Démolir en grande majorité pour reconstruire une architecture en rupture avec celle du grand ensemble afin de changer radicalement l’image et de créer une mixité programmatique.

Échelle : échelle rapprochée du site

Échelle : échelle de la ville

Outils de la stratégie : Démolition ( 52 logements) - Construction (25 logements HLM répartis en sept entités).

Outils de la stratégie : Démolition (totale des différents grands ensembles) Reconstruction - Multiplicité des financements (investisseurs privés, région et ville)

Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Réhabilitation des logements et/ou des façades - Valoriser l’environnement existant

Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Construction d’un nouveau quartier à proximité du grand ensemble (reconstruction d’un quartier de toute pièces : 80% de logements libres, 20% de logements sociaux, un centre commercial, une bibliothèque, des activités tertiaires, un hôtel, des logements étudiants et un parc).

Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - Du point de vue architectural l’idée de la maisonnée peut apparaître comme une solution contradictoire face à la typologie du grand ensemble, mais un dialogue entre les deux s’inscrit grâce à la reprise dans les nouvelles constructions d’éléments de l’écriture du grand ensemble telles que les ouvertures ou les rambardes de balcons : dialogue entre ancien et nouveau. - La construction de ces maisons, même si le déficit en logements est notable, permet de créer de nouvelles interactions entre les habitants des immeubles et des maisonnées, certainement favorisées par le fait que ces constructions sont vouées à du logement social.

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Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - L’efficacité du projet réside en majorité dans la disparition des grands ensembles au profit d’un quartier neuf où domine une classe sociale qui ne sera pas celle des logements sociaux minoritaires sur le site. L’opération a le mérite de changer radicalement l’image du site.

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(9) STONEBRIDGE, LONDRES. Shepheard Epstein Hunter

(10) MARZHAN, BERLIN.

→ La stratégie de démolition / reconstruction, qui prévoit une part importante de démolitions de logements sociaux, est pensée comme un moyen d’amener sur le site une nouvelle population et également d’intégrer la communauté existante dans le quartier alentour (les maisons comme faire valoir aux yeux de la populations).

→ Intensifier c’est à dire dans ce cas composer avec ce qui existe pour ne pas faire sombrer ces lieux dans le rejet tant de la part de la population qui y habite que de celle qui l’a déserté. Redonner ces lettres de noblesse à ce grand ensemble à travers leur personnalisation.

Échelle : échelle rapprochée

Échelle : échelle du quartier

Outils de la stratégie : Démolition / reconstruction (absence de la donnée 1 logement démoli / 1 logement construit)

Outils de la stratégie : Densification (ponctuelle des grands ensembles)- Démolition reconstruction

Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Densification ? - Nouveau maillage viaire piéton et/ou automobile - Création de jardins privatifs

Manifestations physiques (architecturales et urbanistiques) des outils : - Réhabilitation des logements et/ou des façades - Création de jardins privatifs - Restructuration des commerces

Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - Changer l’image en construisant des logements à la typologie traditionnelle britannique après démolition est un moyen efficace d’y parvenir. Mais il n’y a pas de prise en compte des barres de logements qui sont restées sur le site et qui ne bénéficient d’aucune réhabilitation. - Réintégrer l’échelle domestique sur le site.

Traductions sociale et économique de l’emploi des outils : - La densification ponctuelle des grands ensembles permet d’influer sur l’ambiance et de recréer des îlots plus traditionnels à l’image de Berlin et de restatuer le réseau viaire. - La valorisation des soubassements des immeubles permet de redéfinir le rapport entretenu entre les barres / les tours et l’espace extérieur.

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2- REFERENCEMENTS

Le travail d’étude mené autour des différentes références est ici consigné dans des tableaux de référencements. Permettant ainsi d’offrir une vision normée et globale des différentes stratégies de projet, et également de dégager une définition de chaque outil employé dans ces dernières. L’absence d’un document de synthèse offrant une vision globale des impacts sociaux

et économiques des stratégies de ces différents projets est volontaire. De fait, il n’y a pas de généralisation possible face à ces projets puisque chaque grand ensemble possède une forte identité entrainant l’impossibilité de déterminer quelle action architecturale entraine tel impact social. Les réponses sont alors multiples, influencées par la présence d’une mixité culturelle et de populations appartenants à des catégories sociales diverses alors même que l’on pense souvent à tord qu’une seule catégorie habite dans les grands ensembles.

TABLEAU DE RÉFÉRENCEMENT 1 : LES DIFFÉRENTS OUTILS EMPLOYÉS DANS LES STRATÉGIES DE PROJET

TABLEAU DE RÉFÉRENCEMENT 2 : LES DIFFÉRENTES MANIFESTATIONS ARCHITECTURALES ET URBAINES DES OUTILS EMPLOYÉS DANS LES STRATÉGIES DE PROJET LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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3- BOITES A OUTILS

La démolition touche en premier lieu les logements, ce qui fait l’essence première des grands ensembles, les barres et les tours. Elle peut, pour exemple, être un acte nécessaire pour faire passer en son emprise un nouveau réseau viaire, et peut également avoir pour but de libérer de l’emprise foncière pour accueillir une nouvelle programmation (équipements, espace public, etc). La démolition est un acte qui ne trouve pas de répondant dans la reconstruction, et peut créer un déficit de logements par rapport à un état initial. La démolition peut concerner également les structures de type équipement, ou commerce.

La résidentialisation est une action des plus récurrentes dans les opérations de réhabilitation des grands ensembles. Elle a pour but de redonner une échelle humaine à ces sites en créant des entités plus restreintes, et tend à donner un caractère privé aux immeubles. Cela peut se manifester par la pose de grilles, l’aménagement en pied d’immeubles de jardins privatifs ou bien encore par la création d’un espace autour d’un immeuble, ou d’un groupement d’immeubles, qui leurs soit exclusivement alloué regroupant des aires de jeux, des jardins partagés, des stationnements, etc. Elle est souvent employée comme solution pour résoudre diverses difficultés connues par les grands ensembles, et générer un sentiment d’appartenance de la part des habitants. A plus grande échelle, la résidentialisation est exploitable, elle se traduit par la mise en place d’une limite physique entre la propriété qu’est le grand ensemble et l’espace public. La globalité du site devient alors inaccessible, et incompatible avec le principe de désenclavement.

Le principe de démolition / reconstruction concerne avant tout les logements. Dans la politique de l’ANRU, un logement démoli équivaut à un logement reconstruit cependant au nom de la mixité sociale le nombre de logements sociaux n’a pas d’équivalence dans la reconstruction puisqu’une partie est privée. La reconstruction de logements sociaux peut être cependant équivalente au nombre de démolitions , il ne faut cependant pas oublier que les logements reconstruits étant normalement de prestations et de qualités supérieures entrainent une modification des loyers et à terme une évolution des populations qui étaient alors présentes sur un site. On peut également voir apparaître une reconstruction exclusive de logements privés. Cette notion de démolition / reconstruction est un acte qui peut toucher les équipements, les commerces ou les différents services présents sur un site.

La densification est parfois employée à tord lorsque l’on évoque la reconstruction de logements après démolition, alors même que le nombre de logements reconstruits n’est jamais supérieur au nombre de celui démoli. La densification reviendrait à densifier sur l’emprise foncière d’un grand ensemble, sans pour autant altérer la constitution du patrimoine immobilier de ce dernier, ou bien encore de mettre en place une reconstruction qui génère un nombre de logements supérieur à celui démoli. La densification est une action qui n’exclue pas une programmation autre que celle du logement, bien encore elle peut être employée afin de créer de la mixité sociale, et de la mixité de programmes Elle peut également permettre de redistribuer le patrimoine foncier pour accueillir les nouvelles constructions assurant ainsi une évolution possible du tissu urbain.

Le désenclavement tend à considérer les grands ensembles comme enclavés par rapport à leur tissu environnant ; conséquence d’une position à l’écart de la ville, d’un enclavement par rapport à un tissu environnant, d’une desserte en transport inadaptée, etc. Cette action vise à réintroduire un site au sein d’une ville; il regroupe plusieurs actions possibles pour tendre à la réinsertion de ces enclaves, comme la création d’un nouveau maillage viaire, d’espaces publics, de commerces, de services, le développement des transports en commun, la mise en place de relations programmatiques ou physiques avec les quartiers alentour,etc. Le désenclavement peut être le fait d’une programmation qui influe sur la dimension sociale du terme en générant par exemple de l’emploi, ou bien encore permettant de tisser des liens sociaux avec les populations environnantes.

Le remembrement parcellaire consiste à redistribuer l’emprise foncière sur laquelle le grand ensemble est implanté - souvent construit sur une unique parcelle, ou bien en nombre mais de superficies toujours conséquentes. Cet acte contribue à redistribuer le patrimoine foncier d’un bailleur, dont les bénéficiaires peuvent être divers, instances publiques, étatiques ou privées. Elle assure sur le long terme une évolution possible du tissu, peut engendrer une densification, interférer sur le désenclavement et générer de la mixité. Le remembrement parcellaire peut également permettre au bailleur de réhabiliter son parc immobilier puisqu’il est une source de financement.

Chaque stratégie de projet mise en place autour des grands ensembles rend compte de l’utilisation d’outils. Le travail de référencements sur les dix projets de référence aboutit à la mise en place d’une boite à outil permettant d’attribuer des définitions à tous les termes employés lorsque l’on évoque le renouvellement des grands ensembles.

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4- SCENARIOS

La privatisation peut être une suite logique de la division parcellaire. Le sens qui lui est donné ici correspond à l’idée de céder une partie du patrimoine immobilier ou foncier à des acteurs privés (on pourrait également admettre des acteurs étatiques). Cette action peut avoir pour conséquence d’ouvrir les grands ensembles à la société, et de ponctuellement générer de la mixité sociale. Elle peut également être envisageable comme un glissement vers la propriété pour les habitants, passant du statut de locataire à celui de propriétaire. A terme la privatisation peut faire glisser les grands ensembles vers le statut de copropriété permettant une implication et une appropriation plus importante de la part des habitants.

La démarche se compose ensuite de la mise en place de scénarios, qui sont la composition de différents outils. Mettre en place plusieurs hypothèses de scénarios permet par la suite de répondre au mieux aux attentes du site choisi, et également de voir de quelles manières elles peuvent intervenir positivement ou à l’inverse négativement sur les Bergeries. Afin de donner une dimension visuelle aux scénarios mis en place, le site des Bergeries sert d’illustration, dont l’état initial est présenté ci-dessous. Il faut également prendre en compte le fait que les données graphiques des scénarios sont arbitraires, en aucun cas figées elles sont là pour donner du relief au propos.

La multiplicité des financements est à considérer à partir du moment où des fonds financiers sont injectés au-delà des instances traditionnelles – l’État, la ville et le bailleur. Cette pratique est surtout opérée dans les projets à l’étranger avec des partenariats privés. Cette action se couple avec la privatisation, ou bien encore le remembrement parcellaire et toutes les causalités qui en découlent.

BASE SCÉNARIO. ETAT INITIAL

DU

GRAND

ENSEMBLE

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SCÉNARIO 1 : PRIVATISER / FAIRE ÉVOLUER LE TISSU.

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Ce scénario est la résultante d’interactions entre cinq outils – démolition, désenclavement, résidentialisation, remembrement parcellaire et privatisation. La démolition intervient sur le bâti le plus significatif de l’image du grand ensemble, les barres plus imposantes que les tours et en confrontation directe avec le bâti pavillonnaire alentour. Cette démolition engendre un arasement de certaines barres et/ou une division de celles-ci en plusieurs immeubles permettant de libérer du foncier pour ouvrir des vues sur l’intérieur du site et atténuer la massivité des immeubles. La démolition des activités, la plate-forme de commerces notamment, permet de restructurer l’emprise au sol en libérant du foncier sous la gestion de la commune et créer de l’espace public; il en est de même pour les autres activités du site. La démolition doit également permettre de créer des unités résidentielles favorables à la résidentialisation. Elle a aussi pour objectif de libérer de l’emprise foncière afin d’établir un nouveau maillage viaire. Après les démolitions imputées au bâti existant, le remembrement parcellaire intervient et permet de distribuer une partie du foncier entre les communes, et des investisseurs privés, divisant par plus de deux le patrimoine foncier géré par le bailleur. Ainsi les communes peuvent mettre en place des équipements, des services et créer de l’espace public sur les emprises dont il dispose.

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La privatisation se manifeste à travers deux actions, dans un premier temps par le remembrement parcellaire étant donné qu’une partie du foncier est cédée à des investisseurs privés, ce foncier correspondant à des espaces aujourd’hui inexploités par le bailleur. Des programmes de logements, autres que du logement social par exemple, émergent sur ces emprises foncières et permettent à terme de créer de la mixité sociale. En second lieu, la privatisation du patrimoine immobilier est envisageable, suite à la résidentialisation qui créait de petites entités résidentielles et qui favorise la redistribution des immeubles. La privatisation se manifeste par le rachat de ce patrimoine par des investisseurs privés ou étatiques comme les communes, allant de l’immeuble à l’unité résidentielle (groupement de plusieurs immeubles). Cette redistribution des patrimoines foncier et immobilier offre une évolution possible du site sur le long terme. L’ensemble de cette démolition / privatisation par le biais du remembrement parcellaire doit permettre de désenclaver le site qui n’est desservi que par un seul axe routier et cerné par du tissu pavillonnaire, et également de diversifier la population du site. Ainsi en venant implanter des espaces publics et des nouvelles activités en divers points du grand ensemble, le nouveau maillage viaire prend forme et tend à le désenclaver. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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L’impact peut être visible également sur le parc central qui reste ouvert aux yeux de tous.

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A l’échelle de l’immeuble, l’intervention sur le grand ensemble prend en compte la réhabilitation du bâti conservé, au delà du simple ravalement il s’agit d’ajouter une nouvelle façade aux immeubles permettant d’offrir aux logements une ouverture sur l’environnement extérieur, se manifestant par des balcons, des loggias ou bien des jardins d’hiver. La résidentialisation est pensée à l’échelle de l’immeuble ou du groupement d’immeubles engendrant une privatisation et une mutualisation des places de stationnements. Elle comporte également une extension des logements en rdc, ce qui permet d’offrir des jardins privatifs. Il est à noter que le remembrement parcellaire peut permettre au bailleur de disposer des financements nécessaires pour la réhabilitation des immeubles existants. L’échelle d’intervention sur ce grand ensemble s’applique au quartier, c’est à dire à la prise en compte du tissu pavillonnaire environnant, des équipements et des services présents. La programmation des nouvelles activités doit être pensée en relation avec ce qui existe dans l’environnement du grand ensemble, tout en prenant en compte les besoins au quotidien des habitants. Quant au parc, sa densification végétale et son exploitation doivent être pensées comme un prémice à la forêt non loin.

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SCÉNARIO 2 : CHANGER L’IMAGE / MIXITÉ

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Ce scénario est la combinaison de quatre outils – démolition / reconstruction, désenclavement, résidentialisation et multiplicité des financements. La démolition touche 295 logements, les tours les plus hautes du site et les barres sont arasées ou bien scindées par la suppression de niveaux, ou un découpage verticale en modifiant les plans des logements. La démolition touche aussi les équipements sur le site dans la volonté souhaitée par la commune de les faire disparaitre. Cette démolition massive s’inscrit dans la logique “un logement démoli / un logement reconstruit” cependant il y a une variante à ce terme puisque la totalité des logements reconstruits intègre du logement privé. En prenant en considération le plan cadastral du site, les parcelles sont redistribuées entre plusieurs investisseurs financiers différents, d’où l’emploi du terme multiplicité des financements, en considérant que les parcelles vouées à la promotion privée ne le soient pas par les communes. Les parcelles sont redistribuées entre trois sources financières différentes : le bailleur actuel et un nouveau bailleur, leurs projets étant en partie financés par l’État et les communes, et des investisseurs privés. Le bailleur actuel cède une partie de son patrimoine foncier lui permettant de financer plus largement les réhabilitations de logements et les nouvelles constructions. Il cède également une part de son patrimoine immobilier à ce nouveau bailleur.

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Diversifier la gestion permet de faciliter l’entretien et le contrôle du site pour les bailleurs. La reconstruction compte autant de logements reconstruits que démolis mais dans une moindre mesure, puisque la promotion privée rentre en compte. Par le biais des démolitions et de l’émergence d’un nouveau bâti, un nouveau maillage viaire se dessine contribuant au désenclavement de ce dernier. Le désenclavement ne se limite pas à l’aspect physique mais bien encore social étant donné que les nouveaux programmes de logements accueillent différentes classes sociales. A l’échelle du bâtiment, l’hypothèse de scénario développe la résidentialisation puisque chaque nouveau propriétaire, des bailleurs aux promoteurs privés, va créer ses propres limites sur la globalité du site pour se différencier de ses voisins. Dans cette situation on admet que l’échelle de la résidentialisation puisse être plus importante que celle de l’unité résidentielle. Pour les logements sociaux conservés, comme dans le scénario précédent, la résidentialisation s’intéresse à l’échelle de l’unité résidentielle avec la mutualisation des places de stationnements, des aires de jeux privées, et l’organisation de jardins privatifs pour les logements en rdc. Elle est particulière en fonction des programmes développés par ces trois nouveaux gestionnaires et commanditaires de LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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projet. Tout comme l’hypothèse sur la réhabilitation, les logements conservés subissent une intervention particulière en fonction du bailleur, l’investissement financier dans cette réhabilitation est supposé important puisque par la reconstruction et une gestion multiple on vient sceller l’avenir des bâtiments conservés.

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L’échelle d’intervention se limite strictement au site, puisque les services et les commerces démolis ne sont pas repensés par la suite. On vient lotir un site qui possède un fort potentiel foncier, où le profit est avant tout maître de la programmation souhaitée par les différents investisseurs. De plus les terrains possèdent tous un statut privé quand bien même certaines parcelles appartenaient aux communes.

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SCÉNARIO 3 : DÉSENCLAVER / DENSIFIER

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Ce scénario est la résultante d’interactions entre trois outils – privatisation, remembrement parcellaire et densification. D’un COS de 0.4, le site a un fort potentiel pour être densifié. La densification s’opère sans altérer les logements sociaux existants, il s’agit de composer avec ce qui existe. Dans un premier temps, une amplification du maillage viaire est mise en place couplée à un remembrement parcellaire pour définir le patrimoine foncier que le bailleur peut céder à des promoteurs privés, et ainsi permettre de définir des emprises favorables à l’émergence La privatisation s’opère par une distribution du patrimoine foncier à des investisseurs privés venant ainsi permettre la réalisation de programme de logements privés. La privatisation de certains points du site peut contribuer à un désenclavement du point de vue social en générant de la mixité sociale. Comme dans le scénario précédent, cela permet de dégager des fonds financiers pour le bailleur afin de réhabiliter et d’apporter des améliorations à la fois à l’intérieur des logements, sur les immeubles et également sur les espaces extérieurs. La densification concerne également les activités sur le site, profitant de l’apport d’une population supplémentaire les activités sont restructurées, requalifiées ou encore certains équipements et services sont construits. Les équipements et les activités existants profitent d’extensions programmatiques, ou bien encore leurs terrains sont lotis par des nouveaux programmes en prévision de la croissance du nombre d’habitants. Les programmations développées peuvent répondre aux besoins de la population du grand ensemble, et également avoir un périmètre d’action plus large.

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L’échelle d’intervention ne se situe pas seulement à l’échelle rapprochée du site mais s’étend au quartier en prétendant trouver une programmation profitable à tous. Après remembrement parcellaire, la densification s’opère par l’intermédiaire de promoteurs privés, avec la réalisation de plus de 180 logements de type petit habitat collectif afin de ramener une échelle plus domestique au site sans pour autant contraster et mettre en opposition deux typologies, ce qui auraient pu se produire avec du logement individuel. La part de foncier vendu par le bailleur peut, à terme, permettre une réhabilitation des immeubles du grand ensemble. De fait, la question de la résidentialisation va également se poser entre logement social et logement privé. La privatisation et le nouveau maillage viaire vont entrainer la mise en place d’espaces partagées entre les différents acteurs au cœur, ou en marge, du site et en relation avec les différentes activités. L’apport de logements privés et l’insertion de petites centralités possibles autour des nouvelles activités peuvent permettre d’agir sur le désenclavement du site en créant une nouvelle attractivité. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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SCÉNARIO 4 : RASER / CHANGER L’IMAGE

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Ce scénario est la combinaison de trois outils – démolition / reconstruction, privatisation et multiplicité des financements. La démolition touche la quasi totalité du grand ensemble. Le scénario met en avant un cas extrême que l’on ne connait pas en France, mais qui est exploité largement en Angleterre: raser pour créer une rupture avec l’image du grand ensemble. Sur une période de quelques années, le bailleur vend progressivement son patrimoine à des investisseurs privés engendrant la disparition du grand ensemble. La finalité de cette opération est la survivance de quelques immeubles au milieu de nouvelles opérations de logements. Tout comme la démonstration en est faite dans les projets de renouvellement urbain en Angleterre, comme témoins d’une époque révolue, vestiges d’un problème dont la solution la plus radicale semble être la meilleure pour satisfaire une partie de l’opinion publique. On rase une cité-dortoir pour reconstruire une cité-dortoir mais diffuse. Les démolitions concernent également les services publics remplacés par des entreprises. Le grand ensemble cède sa place à l’habitat individuel ou au petit collectif ponctué d’activités, commerces, entreprises, qui viennent faiblement agrémenter ce morceau de quartier qui en trois phases et quelques années voit son image complètement métamorphosée. La reconstruction est entreprise par des bailleurs qui mettent en œuvre des petites opérations de logements. La promotion privée vient s’y mêler sans répartition particulière si ce n’est celle d’une division cadastrale très proche de la parcelle pavillonnaire. La ville diffuse reprend ses droits avec une multiplicité de petits financements équivalente aux nombres de parcelles que l’on peut dégager sur le site. La part du logement social reconstruit est bien évidemment très inférieure aux pertes engendrées par la démolition, mais en accord avec la politique communale.

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Raser est la stratégie du projet sans pour autant profiter du potentiel du site avec une densification massive.

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Pour comprendre et appréhender la démarche proposée et le processus d’observation mis en place dans la suite du travail concernant l’étude des scénarios, il semble inévitable de présenter le site des Bergeries sur lequel la question du ré-enchantement des grands ensembles est posée. De plus, l’ensemble de l’analyse a contribué à établir ce que l’on verra après, les grilles d’observations rendant compte des points essentiels concernant les dimensions sociales, urbaines et architecturales. 1- DONNEES GENERALES

a- DU GLOBAL AU LOCAL : LOCALISATION ET MOBILITÉ Localisation

V- APPREHENDER UN SITE ...Données sur le grand ensemble des Bergeries

Le site choisi se situe en banlieue parisienne, à vingtcinq kilomètres au sud-est de Paris. Géographiquement, le territoire est encadré à l’ouest par la Seine, et à l’est par son affluent l’Yerres. Du point de vue des infrastructures, le territoire est encadré par trois infrastructures autoroutières l’autoroute 86 au Nord, la A6 à l’ouest, et la Francilienne au Sud. De plus, il est important de remarquer la présence de l’aéroport d’Orly à moins de dix kilomètres du site retenu. Le territoire est également marqué par la forêt de Sénart, un des premiers poumons verts depuis Paris sur le territoire sud-est de l’Ile de France. Le site se situe à cheval sur deux communes, celles de Vigneux-sur-Seine et de Draveil. Cependant, il est peut-être plus important de le situer dans un premier temps vis-à-vis de Draveil, du fait qu’il n’existe pas de réel centre-ville sur la commune de Vigneux et que les services de la ville sont très éloignés du site. A l’époque de sa construction, le grand ensemble a émergé sur un terrain en marge de la ville qui aujourd’hui voit son environnement colonisé par un tissu pavillonnaire conséquent, et également par une zone industrielle et commerciale qui ne cesse de croître. Du grand ensemble, les services proposés par celle-ci sont plus accessibles à pied que le centre-ville lui-même. Il est important également de souligner l’avantage que représente la situation géographique du site avec une accessibilité piétonne à un des deux poumons verts de la ville qui est la forêt de Sénart, le second étant la Base Régionale de Loisirs du Port aux Cerises sur les berges de la Seine. Mobilité On évoquera les connexions routières qui existent avec le site ultérieurement, il est important dans un premier temps d’évoquer les transports ferroviaires qui sont un moyen de déplacement important notamment pour les habitants du canton pour rejoindre Paris, une autre commune du département ou encore celle d’un département voisin. Le centre de Paris est accessible en vingt minutes depuis les gares rer de Juvisy et de Vigneux-sur-Seine. La gare de Juvisy est également un pôle routier avec

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un fort développement du réseau de bus qui permet de desservir le département, et même au delà puisqu’il est possible d’accéder par ce moyen aux portes de Paris. Au sud du grand ensemble se situe un des trois pôles routiers du réseau de bus, les deux autres correspondant aux gares rer citées précédemment. Du point de vue des transports en commun, on ne peut pas attribuer au site la particularité d’être enclavé cause d’une faille dans le système des transports. Il est donc facile de rejoindre les gares rer, ou encore la gare routière de Juvisy. De plus, il existe un réseau de bus passant à proximité des Bergeries qui dessert deux hopitaux importants, notamment celui de Villeneuve-Saint-George, à partir duquel il est possible de rejoindre la gare rer de cette ville. Il relie également des pôles d’équipements importants, tels qu’un centre commercial et un lycée mais également la gare de Montgeron.

A DROITE, UNE VUE AÉRIENNE PRÉSENTANT LES ÉLÉMENTS NOTABLES DONT ON ÉVOQUERA LA PRÉSENCE ET LEURS RELATIONS ENTRETENUES AVEC LE GRAND ENSEMBLE DES BERGERIES (POSITION CENTRALE SUR L’IMAGE ET ENCADRÉ EN ROUGE). LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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b- GÉOGRAPHIE ET RELIEF Le grand ensemble des Bergeries se situe sur un plateau dominant la Seine, sur le versant est de la vallée de la Seine. La notation les Bergeries sur la coupe est équivalente à notre site. On peut tirer de cette coupe quelques constatations. Il existe de part et d’autre de la Seine un plateau d’une altitude de 76 à 80 mètres, à peu près uniformément plat tant à l’est qu’à l’ouest. Ce plateau était, il y a des millénaires sans interruption, la Seine a creusé sa vallée jusqu’au niveau actuel, mais en formant un méandre ce qui a engendré une pente plus raide du côté de Juvisy, et une pente plus douce du côté de Draveil. On imagine assez aisément que la vue depuis les logements les plus hauts du grand ensemble doivent offrir une vue globale de la vallée de la Seine, qui peut être à considérer comme un élément valorisant. c- LE GRAND ENSEMBLE DES BERGERIES Vue d’ensemble L’ensemble a été construit à partir de 1968, lorsque la société Seimaroise devint acquéreur du parc du château des Bergeries. La cité des Bergeries se composent de 29 immeubles dont 10 se trouvent sur la ville de Vigneux sur Seine, et 19 sur la commune de Draveil.Les immeubles sont de types barre et plot, d’une hauteur allant du R+5 au R+9, ce qui reste modéré pour un ensemble de ce type. Elle compte 910 appartements de type HLM dont la répartition n’est pas uniquement réservée à la population bénéficiare de ce type de logements. Elle a contribué à l’expansion de la ville de Draveil à la fin des années 1960.

CI-DESSUS, LE PLAN DU RÉSEAU DE BUS DE DRAVEIL ET VIGNEUX AVEC LES TROIS PÔLES ROUTIERS. A DROITE, LA LIGNE DE BUS QUI FAIT LA TRANSVERSALE DRAVEIL ET VILLENEUVESAINT-GEORGES.

ENTRE L’EXTRÉMITÉ SUD DE

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“Le XXe siècle est celui des lotissements et du passage du statut de village à celui de ville. Jusqu’en 1957 dominent les lotissements pavillonnaires, de la première cité coopérative de France, celle de Paris-Jardins, aux coteaux de Champrosay, en passant par les “cabanons” de la Plaine des Sables. Après 1957, les ensembles collectifs moyens socialement différenciés et les pavillons s’alternent. D’un côté, sont construits Villiers en 1958, Danton, Brosolette, les Mazières, les Bergeries et l’Orée de Sénart, en 1966 ; de l’autre le Parc de Champrosay et les rives de la Seine. Aujourd’hui, Draveil présente le paradoxe des contraintes croissantes de l’habitat moderne, comme la circulation et le mode de vie, et de la préservation de quartiers champêtres, entre forêt et base de loisir, à moins de 25 kilomètres de la capitale.” FONTAINE René, Draveil et son histoire, Milly-la-Forêt, 1981.

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Site

CI-DESSUS, UNE CARTE MONTRANT LA POSITION DU SITE PAR RAPPORT À LA VALLÉE DE LA SEINE .

LE

CHÂTEAU DES

BERGERIES

ET SON

DOMAINE AVANT LA CONSTRUCTION DU GRAND ENSEMBLE DES

BERGERIES.

VUE AÉRIENNE DU SITE

LE CHÂTEAU DES BERGERIES ACCUEILLANT L’ECOLE NATIONALE DE POLICE (AU 1ER PLAN), ET LE GRAND ENSEMBLE DES BERGERIES ACTUELLEMENT. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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Les hauteurs des différents bâtiments de l’ensemble sont modérées, de plus en comparaison à d’autres opérations elles apparaissent minimes. Il y a un traitement subtile dans les hauteurs en fonction du dénivelé du terrain puisque l’on constate que les bâtiments les plus hauts sont majoritairement concentrés au point le plus bas du site à l’inverse les hauteurs les plus basses sont quant à elles concentrées dans la partie haute : assurant ainsi une certaine homogénéité des hauteurs du bâti en coupe.

Le bâti de type barre est rejeté sur les lignes extérieures du grand ensemble, alors que se concentre à l’intérieur de l’ancien domaine une typologie en plot qui est pensée par regroupement de trois ou quatre immeubles. En revanche, on remarque que l’implantation du bâti est en contradiction avec le tissu environnant qui est orienté sud-est / nord-ouest, c’est à dire dans le sens Forêt - Seine, alors que l’orientation du grand ensemble est nord / sud. Equipements, services et commerces. Sur le site, on relève la présence de plusieurs services et équipements. Au nord, des commerces sont présents, notamment au pied de la tour la plus haute. Aujourd’hui la quasi totalité est fermée et ne fonctionne plus; il reste une boulangerie, une pharmacie et un café. A l’ouest, la maison de quartier est gérée par des bénévoles et un employé de mairie qui s’occupent essentiellement de mettre en place des activités pour les jeunes et les adolescents. Au centre, un groupement d’équipements et de services gérés par la ville de Draveil, comportant une école maternelle, une halte garderie et une annexe de poste, auquel il est adjoint un local dédié aux jeunes mais actuellement fermé cause d’un commerce parallèle qui s’y est développé. Le centre médico-social, ensemble de préfabriqués, quant à lui est fermé. On compte également sur le site de nombreuses aires de jeux qui, faute d’entretien, ne sont plus utilisées. Quelques chiffres Superficie du site : 19,1 hectares Décomposition en 13 parcelles sur deux communes. Emprise au sol : 18 510 m² soit 1.8 hectares Moins de 10% de surface bâtie. Shon totale logements (approximative) : 75 000 m² Shon totale activités (approximative) : 4 500 m² COS : environ de 0.4

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Sources INSEE POPULATION TOTALE : 4 167 habitants. Les moins de 20 ans représentent un tiers de la population, chiffre au dessus de la représentation de cette tranche au sein des villes de Draveil et de Vigneux. Les habitants de nationalités étrangères sont minoritaires, près de 90% des habitants sont de nationalité française. Le chômage touche 13,2% de la population des Bergeries, alors que le taux de chômage des communes s’élèvent à 10,8%. NOMBRES DE LOGEMENTS : 1 411 dont 910 regroupés dans les 29 immeubles (englobe un périmètre plus large que celui de la cité des Bergeries : une partie du quartier est classée en ZUS en plus du site) RÉPARTITIONS DES LOGEMENTS : 87 logements 1 pièce / 51 logements 2 pièces / 274 logements 3 pièces / 560 logements 4 pièces / 301 logements 5 pièces / 71 logements de plus de six pièces. On observe une dominance des logements de 4 pièces, alors que la tendance à l’échelle des communes est de favoriser les logements 3 pièces. MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE : Plus de la moitié des habitants sont arrivés avant 1990 dans les logements, ce qui est identique à la mobilité résidentielle dans les communes. DÉPLACEMENT DOMICILE TRAVAIL : Plus de 72% des actifs travaillent dans une ville autre que celle où ils habitent mais comprises dans la région parisienne. 56% des personnes utilisant un seul mode de transports pour se rendre au travail le font en voiture, contre seulement 21,2% qui utilisent les transports. Alors que les transports sont plus utilisés à l’échelle des communes par les habitants, et de l’unité urbaine qui est Paris. La population habitant les Bergeries est diverse, il existe cependant deux populations d’origine différente dominante, celle d’origine africaine et celle issue des pays du maghreb. Il faut relever également la présence d’habitants qui ont obtenu un logement par le biais de leur statut de fonctionnaire à la mairie de Draveil. Cependant il existe une vraie ségrégation entre ces derniers, et ceux qui sont passés par la voie habituelle pour l’obtention d’un logement social puisque les fonctionnaires sont regroupés par cage d’escalier dans les immeubles se situant sur les limites extérieures de l’ensemble. 2- POINT DE VUE SOCIAL

a- LES HABITANTS Paupérisation de la population On observe une concentration plus importante de la population qui bénéficie d’un pouvoir financier moindre vis-à-vis de la population des deux communes, et beaucoup LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

plus touchée par le chômage.

→ 40% des ménages ne sont pas imposés dans la concentration de la ZUS contre 27% pour les communes. → Le revenu moyen par unité de consommation est de 13 244 euros tandis que le revenu est de 18 812 euros par unité sur les communes.

Population jeune On note une forte population jeune sur le site qui est souvent sortie du système scolaire. → 40% de la population à moins de 25 ans. → Le taux de chômage de cette part de la population est de 20%. → 30% ont un CAP / BEP. 17,3% ont un CEP. 9,6% ont le BEPC. 11,1% ont le BAC ou un brevet professionnel. 6,7% ont un bac + 2. 4,4% ont un diplôme supérieur.

Domaines d’activités des actifs Sur la population totale de la ZUS des Bergeries, la majorités des actifs sont employés, suivis par les ouvriers.

→ 18,1% sont employés. La majorité étant employé dans la fonction publique, suivie par des employés administratifs. → 13,2% sont des ouvriers, dont la majorité sont des ouvriers qualifiés. Un quart de ces ouvriers sont étrangers. → Les retraités représentent 10,9% de cette population. → Sur cette part d’actif, 17,3% travaillent dans le domaine de l’éducation, de la santé et du social; 14,4% dans le domaine des services aux entreprises; 15,6% dans le commerce. 13,2% dans l’administration; 12,3% dans l’industrie. Le reste étant réparti entre la construction, les transports, les activités financières, et les services aux particuliers.

Bilan → Forte population jeune, parfois peu diplômée, qui domine sur le site en terme de population. Il y a beaucoup de qualifications dans le domaine ouvriers sur le site. Cette alliance pourrait s’ouvrir sur l’idée de créer, faute de formations et des difficultés à trouver un emploi, un pôle jeune entreprise en utilisant le potentiel jeune, et les qualifications des actifs. De plus, les jeunes qui sont diplômés ont souvent une formation CAP ou BEP. → Utiliser le potentiel jeune comme un moyen de redynamiser le site. → Le taux de chômage étant plus important sur le site que sur les communes, il faut créer de l’emploi et de nouvelles activités par l’insertion d’une maison de l’Emploi en plein cœur du site. → Population qui est plus pauvre que sur le reste de la commune. Apporter des richesses par la création d’emplois sur le site. 36


PROFIL DE LA ZUS DES BERGERIES b- LES PRATIQUES SOCIALES Pratiques sociales internes : lieux de stagnations et de sociabilités → La plate-forme commerciale : stagnation devant le café et l’arrêt de bus. La population stagnante est à la fois jeune (porte d’entrée sur le site) et non active, profitant de la desserte en bus, de la boulangerie et de la pharmacie. → Les merlons : lieux de jeux pour les enfants. → Les aires de jeux encore utilisables : lieux de jeux pour les enfants et de rencontres pour les mères. → L’allée centrale : lieu de stagnation en journée pour les mères de famille, et lieu de stagnation pour les activités diverses des jeunes le soir, ou la nuit (malgré le fait qu’elle soit encerclée par des bâtiments, elle reste à l’abri des regards). → La salle associative (fermée aujourd’hui, à côté du bureau de poste) : lieu de stagnation pour les jeunes étant à l’abri des regards et dominant les Bergeries (fait office de point haut) → La maison de quartier et le terrain de foot : lieu de stagnation en journée pour les jeunes. → École maternelle et Centre médico-social.

Pratiques sociales internes : déplacements. → Traversée unique en voitures nord-sud. Utilisation de cet axe de circulation en tant que piéton la nuit. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

→ Circulation automobile pendulaire pour le reste du site : aller-retour. → Traversées piétonnes : nord – sud par l’allée centrale ou variante par la rue de l’école. Absence de distribution piétonne est-ouest. Distribution dans la logique de déplacement d’un point haut vers un point bas ou inversement (de bus à bus / ou de la zone commerciale aux logements). → Déplacements piétons pendulaires sur la partie est du site. Pas de traversée possible.

c- BILAN → Il existe des lieux de sociabilités qu’il faut préserver et mettre en avant via une programmation amplificatrice de ces pratiques. → Conserver les pratiques de déplacements internes, en les amplifiant et les repensant de telle sorte qu’il n’y ait plus de craintes à traverser le site autant de jour que de nuit. Il faut favoriser les déplacements piétons est-ouest. → Repenser la traversée du site : la distribution nord-sud est cohérente mais sinueuse (elle a le mérite de limiter la vitesse de circulation). Exploiter le réseau qui existe et ne pas bitumer à outrance. Favoriser un axe est-ouest. → Inciter la stagnation des populations, quelles soient internes ou extérieures : programmation qui incite à rester, et qui offre autre chose aux habitants de la cité. Cela peut se traduire par l’insertion de logements, de commerces, d’équipements, et de services. 37


d- APPROFONDISSEMENT Bien que la plate-forme de commerces se situant au nord du site soit aujourd’hui quasiment désertée, on serait tenté de dire que cette dernière ne représente plus un pôle de sociabilité sur le site. Cependant, c’est un lieu où se retrouve plusieurs groupes de jeunes, et d’autres personnes du fait notamment de sa position stratégique comme porte d’entrée sur le site (donc de contrôle) et également comme point de desserte du réseau de bus. De plus, elle fut autrefois un lieu d’affrontements entre bandes rivales au sein des Bergeries, chose qui n’est plus notable maintenant. Ce renversement s’est opéré à travers un des commerces : le café qui était auparavant géré par des personnes extérieures, et actuellement dirigé par des habitants d’une quarante d’années, bénéficiant d’un certain pouvoir et respect aux yeux de la population du quartier ; en conséquence les faits divers alimentant le quotidien ont disparu.

Plusieurs lieux destinés aux enfants et aux mères de famille existent sur le site. Dans un premier temps, on dénombre des merlons situés entre les groupements de trois ou quatre petites tours d’habitation qui sont de véritables lieux de jeux pour les enfants. Les aires de jeux se situant au centre de ces groupements d’immeubles sont également très convoitées alors même que celles qui se trouvent au pied des immeubles de type barre sont délaissées et quasiment à l’abandon. L’allée centrale, bien qu’elle soit dans un état de désuestude (lampadaires arrachés, bancs inutilisables) est un lieu de promenade pour les mères de famille et leurs enfants cela étant dû certainement au fait que c’est un des axes les plus praticables du site à pied.

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3- POINT DE VUE URBAIN

a- SE DÉPLACER Déserte du site

Le terrain de foot et la maison de quartier sont des lieux très importants pour la population jeune des Bergeries. La maison de quartier propose plusieurs types d’activités hors cadre scolaire et également un encadrement après l’école. Tout comme les commerces, sa gestion est possible en partie grâce à des habitantes, mères au foyer, qui assurent bénévolement des activités en son sein ; et également par des animateurs employés par la commune de Draveil. Par un manque d’entretien ou par une difficulté de gestion certains lieux qui ont été, ou sont encore porteurs d’une forte dimension sociale structurante pour la vie des habitants, tendent à disparaitre. L’élément le plus important est l’école maternelle. Aujourd’hui, pour diverses raisons, la mairie a qui appartient le terrain sur lequel elle se situe souhaite la fermer, et rediriger les élèves sur le site voisin de Mainville où un complexe scolaire est entrain de se développer. Cependant, on peut s’interroger sur la fermeture de cette école alors même que non loin se développe un important projet de lotissements. Des lieux ont contribué fut un temps à la dynamique du quartier. Un local associatif, construit en 2005 fonctionnant conjointement avec la maison de quartier, est aujourd’hui condamné alors même qu’il a été le lieu de réunion d’un collectif de jeunes regroupés en association de danse urbaine. Sa fermeture a été la conséquence d’un trafic de drogues dont il était devenu une des plaques tournantes. En 2005, avant que sa construction soit décidée, un local accueillant une église évangéliste a été brûlé. Cet évènement a été relayé par la presse, les causes de cet acte n’ont jamais été élucidées. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

→ Les transports en commun sont une donnée favorable pour le site puisqu’autant à l’échelle urbaine que rapprochée, ils sont présents : dessertes via le rer et un réseau important de transport de bus. → Du point de vue automobile, le site est encadré sur ses trois côtés par un réseau viaire. Une seule route dessert le site de part en part du nord au sud. → La déserte piétonne est quelque peu similaire sauf que les axes empruntés peuvent être différents mais sont toujours dans une distribution nord-sud. → Proximité de la Nationale, et de la Francilienne.

Circulation interne au site → Traversée automobile du site par l’allée des Bergeries. Absence d’autres circulations. → Traversée piétonne inexistante : le réseau viaire entourant le site n’engendre pas la nécessité de le traverser à pieds pour les populations environnantes. → Seule traversée envisagée : rejoindre depuis le tissu au nord du site le supermarché ou la zone industrielle au sud. La population a tendance à se tourner vers deux autres plates-formes commerciales beaucoup plus éloignées. Ces déplacements n’obligent pas à un déplacement via les Bergeries, et se font souvent en voiture. → Les déplacements vers la forêt de Sénart ne se font pas via le site. Autre cheminement via Mainville (centre historique beaucoup plus attrayant). → Aucune nécessité pour la population environnante de se déplacer au coeur du grand ensemble, hormis pour bénéficier des services : le bureau de poste et la halte-garderie.

b- ENVIRONNEMENT IMMÉDIAT Environnement immédiat échelle de la ville → Cadre naturel très intéressant : entre Seine et Forêt. → Situation du centre ville quelque peu éloignée : peu de services de proximité à disposition. → Situation physique très proche de la zone commerciale et industrielle. → Autre proximité : centre équestre, piscine, complexe sportif, maisons de retraites. → Fort tissu d’habitat individuel, et proximité du cœur historique de la ville de Draveil.

Environnement immédiat échelle de la ville → L’enclavement du site est manifeste, non pas du point de vue de la distribution en terme de transports en commun ni même autoroutier ; mais il se manifeste par la confrontation directe du grand ensemble avec le tissu urbain environnant et l’absence de dialogue entre leurs réseaux viaires respectifs. → Triple tissus au sein duquel le grand ensemble présente une démarche d’implantation en contraste avec toute logique alentour : tissu pavillonnaire classique qui tend vers une 39


régularité due à la promotion privée de lotisseurs mais plus lâche qu’en centre ville ; tissu moins régulier issu du hameau historique composé d’habitats de type individuel ponctués de petits collectifs; et le tissu de la zone industrielle et commerciale constitué de très grandes parcelles avec des hauteurs de bâti peu élevées.

c- TRAITEMENT URBAIN → Pauvreté du traitement des limites espaces publics et privés. → Pauvreté du traitement des espaces verts du site, et du traitement au sol. → Mauvaise démarcation entre les espaces praticables en tant que piéton et en tant que voiture. → Aucune lisibilité du site. → Emprise des parkings beaucoup trop importante. → Absence d’un éclairage profitable à la traversée piétonne du site. → Absence de relation entre les immeubles et le sol.

DYSFONCTIONNEMENTS DE L’ÉCLAIRAGE DU SITE

d- BILAN → Manque de desserte sur le site. → Orienter la programmation de telle sorte que les services qui ne sont pas dispensés en tant que services de proximité par la zone commerciale et industrielle puissent l’être à proximité du site, étant donné l’éloignement du centre ville. → Concernant le tissu, le renouvellement du site peut s’opérer dans l’idée de retrouver une cohérence d’implantation du bâti avec celui environnant, c’est à dire orienté dans le sens Seine - Forêt. → Faibles déplacements sur le site pour les populations du tissu environnant. Favoriser les déplacements piétons et cyclistes (en lien avec la forêt de Sénart). → Le site présente de grosses lacunes du point de vue urbain : il faut recréer de la lisibilité à travers les revêtements, les distributions, le mobilier urbain... → Redonner une autre dimension à la place de la voiture. → Ne pas privatiser mais faire en sorte que l’on remarque la présence de ce quartier comme quelque chose que l’on a envie de pratiquer alors même qu’avant c’était un lieu rejeté. → Requalifier le parc, c’est à dire qu’il peut être présenté comme une prémisse à la forêt de Sénart : cœur d’ilot vert et dense qui soit un passage obligé et agréable à pied ou en vélo.

DOMINATION DE LA VOITURE

e- APPROFONDISSEMENT Le site présente de nombreux dysfonctionnements notamment dans le rapport entretenu avec ses espaces extérieurs, et également avec les différents tissus qui l’entourent. Cependant le site offre un cadre remarquable grâce à sa grande pelouse centrale, mais on a le sentiment qu’elle laisse les habitants complètement indifférents, ils le LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

ABSENCE DE RAPPORT AU SOL DES IMMEUBLES

REVÊTEMENT URBAIN DÉSUET 40


traversent, parfois s’arrêtent pour y discuter, mais cela ne va guère au-delà. Peut être est-ce du à l’importante surface d’emprise libre qui appartient à tous mais n’appartient à personne ?

Il y a un véritable enjeu autour de ce parc qui peut avoir une double fonction attractive autant pour les habitants que pour les personnes environnantes. Il est certain que beaucoup de personnes qui jugent mal les Bergeries ne soupçonnent même pas son existence. Cette attractivité autour de ce dernier peut se jouer également à travers l’atout que représente la forêt de Sénart. Dans un second temps, ce parc qui n’appartient dans la symbolique à personne peut être redistribué aux habitants. Par exemple, les logements en rdc pourraient se voir doter d’une extension extérieure sur le parc.

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4- POINT DE VUE ARCHITECTURAL

a- TYPOLOGIE Typologie des bâtiments → Barres et plots : aucune différenciation du point de vue architectural. Standardisation des ouvertures. Absence de variété. Monotonie. Aucune extension des logements vers l’extérieur. → Distribution des logements : deux logements par palier pour les barres (appartements traversants), quatre/cinq logements par palier pour les plots (appartements mono orientés ou à deux orientations). Majorité de logements de quatre pièces. → Revêtement des façades : plaques de granulés dans les tons pastel pour tous les immeubles. Absence d’isolation thermique (très faible après la réhabilitation qui a eu lieu dans les années quatre-vingt). → Réhabilitation actuelle : traitement des halls d’entrée, et des rez-de-chaussée en façade avec la pose d’une isolation thermique et d’un parement de brique (plusieurs teintes employées). Absence de cohérence entre les différents immeubles due à l’utilisation de teintes de briques en rez-de-chaussée multiples. → Aucun accès de plain-pied aux halls.

Regroupement typologique → Regroupement des bâtiments de type plots par lot de trois ou quatre composé d’un réseau viaire en impasse (aller-retour par le même chemin) et de stationnements en contact direct avec les entrées d’immeubles. → Autre typologie les barres : elles sont principalement situées le long de l’unique axe traversant nord-sud en voiture. Les parkings sont en vis-à-vis, et donc visibles depuis les logements.

b- COMMERCES ET SERVICES → Plate-forme commerciale sur un seul niveau composée de préfabriqués. Absence de rapport avec la rue, hormis un espace tampon avec une placette. Elle tourne le dos aux Bergeries → Les services au centre du site sont peu accessibles d’un point de vue viaire (impasse), et peu visibles. Contraste de revêtement entre la rue qui appartient à la mairie et qui vient d’être refaite, et le réseau viaire vétuste du grand ensemble appartenant au bailleur. → La maison de quartier de type chapiteau est un élément sans cohérence avec le tissu environnant. Elle est abandonnée au milieu d’une grande zone de parkings très peu employée car un nombre restreint de logements ont une vue directe dessus. → Les locaux poubelles sont de même typologie : base rectangulaire, parement de briques rouge, toitures en zinc, et tous de même dimension. Éjection des locaux poubelles à l’extérieur des logements.

c- BILAN → Rompre la monotonie, la répétitivité de la typologie et de l’écriture architecturale. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

Développer les richesses possibles du bâti. → Différencier ou unifier l’architecture existante : rendre particulière cette architecture. → Créer un rapport entre les groupes d’immeubles autre qu’un regroupement spatial. → Réintégrer la plate-forme commerciale dans un double rapport : à la fois tournée vers l’intérieur du site et vers le bâti environnant. → Relier la maison de quartier à l’ensemble. → Remanier l’éclairage du site. → Traiter les pieds d’immeubles : rapport bâti / sol. → Remanier les accès aux immeubles (parkings / demi niveau) → Renforcer le confort des logements en terme d’isolation thermique. → Offrir des vues plus importantes sur l’extérieur depuis les logements. d- APPROFONDISSEMENT La typologie dominante sur le site est celle de la tour, on peut l’assimiler à celle du plot étant donné que les hauteurs de ces dernières sont modérées, n’excendant pas R+8 avec un demi niveau enterré pour les caves. Des travaux de rénovation à l’intérieur des logements, et de requalification des extérieurs sont en cours sur le site. “La société BATIGÈRE a programmé la réhabilitation de l’ensemble immobilier situé rue Jules Guesde, allée des Bergeries et des Deux Communes. Objectifs : offrir un nouveau cadre de vie, améliorer le confort et la sécurité des habitants. La réalisation de ces travaux a été confiée à GTM Bâtiment.”

Cette intervention peut être critiquable du point de vue architectural, mais la question qui se pose est de savoir si fondamentalement elle a pour objectif de modifier l’image des immeubles dans le but propre de valoriser le site. Cette intervention est contestable dans le sens où elle ne régle apparemment pas les difficultés connues par le grand ensemble, et n’interfère pas sur l’image véhiculée puisque les populations extérieures n’ont pas nécessairement l’occasion de s’y déplacer et ne peuvent pas constater les changements. De plus, les interventions sur les façades se limitent au niveau des rez-de-chaussée, et emploient toutes les teintes possibles de parements de briques : effectivement si le but était de différencier les bâtiments des uns et des autres, c’est un moyen efficace mais il n’en ressort aucune cohérence entre immeubles voisins. On peut également se demander si cette intervention a été pensée avec l’existant étant donné le choc visuel entre les façades conservées et les modifications ! Ving-deux millions d’euros viennent d’être débloqués afin de continuer les travaux mais ils ne concernent toujours pas la réhabilitation totale des façades. 42


LES INTERVENTIONS ACTUELLES SONT PENSÉES INDIVIDUELLEMENT SANS RAPPORT NI AVEC L’ENVIRONNEMENT NI AVEC LES BÂTIMENTS EXISTANTS

LES ACCÈS AUX HALLS D’ENTRÉE SONT TOUJOURS SURÉLEVÉS, ET DONNENT POUR LA GRANDE PARTIE SUR LES AIRES DE STATIONNEMENTS. (PHOTO DE GAUCHE) LA PLATE-FORME DE COMMERCES N’EST PAS OUVERTE SUR LES IMMEUBLES DE LOGEMENTS, ET SE TOURNE EXCLUSIVEMENT SUR L’EXTÉRIEUR DU SITE. (PHOTO DE DROITE)

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La notion de patrimoine liée à l’idée de conservation guide l’orientation de la programmation sur le site du grand ensemble des Bergeries. Elle respecte l’idée même que ce lieu a accompagné des tranches de vie, que ses habitants y sont attachés même si parmi eux certains rêvent de la maison individuelle. Cependant, ils font face à une situation qui peut être difficile à vivre, à travers le jugement de leur lieu de vie c’est eux mêmes que l’on juge, influençant la vision qu’ils portent eux mêmes sur leur lieu de résidence. 1- PATRIMOINE - CONSERVATION - HERITAGE SOCIAL ET ARCHITECTURAL

a- HÉRITAGE PATRIMONIAL ET CULTUREL

VI -LES GRANDS ENSEMBLES, ENTRE PATRIMOINE, MARGINALISATION ET HERITAGE SOCIAL ...Prise de position personnelle

Le patrimoine est l’héritage de la société auquel elle reconnaît une valeur, elle la considère comme un élément représentatif de son identité, et surtout comme un témoin de l’histoire. Comment alors ne pas considérer que les grands ensembles font partis d’un patrimoine lorsque l’on voit que le paysage est largement ponctué de ce modèle architectural ? Il ne s’agit pas de dire qu’il faut classer ces lieux, les conserver à tout prix sans admettre les dysfonctionnements qu’ils connaissent aujourd’hui, mais la reconnaissance de ces lieux comme un héritage permettrait de démontrer que les populations qui y habitent ne sont pas des reclus et des parias, et qu’ils peuvent se forger une identité et une reconnaissance dans la société et dans l’évolution de la ville qu’ils ont largement nourri. C’est par cette valeur donnée au patrimoine que la société le juge digne d’être conservé et transmis aux futures générations. On constate que ce qui est aujourd’hui considéré comme une valeur sont les grands équipements de pouvoir ou encore l’habitat, mais qui lui s’apparente aux lieux de vie des classes sociales les plus aisées. L’habitat populaire, plus particulièrement l’habitat social, n’est pas reconnu en tant que patrimoine. Pourtant, on constate qu’il peut exister une légitimité à lui donner une valeur patrimoniale. C’est cette notion que développe Rachid Kaddour4, il nous explique que sa légitimité se justifie du fait d’une forte valeur historique : le 19ème et le 20ème siècles ont été ceux de la croissance démographique, de l’industrialisation, de l’immigration, de l’urbanisation, et surtout des difficultés de logements aux sorties des deux guerres mondiales. Le parc de logements s’est donc constitué pour répondre à l’urgence de loger le plus grand nombre d’habitants. C’est un témoin majeur de l’histoire contemporaine française. En cela, on ne peut pas se permettre de nier son existence et de remettre autant en cause sa légitimité aujourd’hui. Sa valeur patrimoniale se justifie également d’un point de vue architectural, par des aspects techniques novateurs pour l’époque et par les grands principes de conception basés autour de l’hygiène, de la lumière, du confort, etc. Même si ces derniers sont fortement remis en cause face à la déviance des grands ensembles. On peut admettre que ce modèle ne répond plus aux attentes actuelles, que cela soit dans les modes de vie ou bien encore dans leur rapport avec un environnement souvent désuet et pauvre. Mais ils représentent un potentiel et sont un objet qu’il faut faire évoluer aujourd’hui au sein de la ville en les faisant muter,

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comme on le fait avec bon nombre d’architectures, si ces dernières sont dans un état de conservation acceptable et que la démolition n’est pas un acte nécessaire. La reconnaissance des grands ensembles comme une valeur patrimoniale reste marginale aujourd’hui. Il y a une forte déconsidération de la part de l’opinion public qui ne les perçoit souvent qu’à travers la presse généraliste, les médias télévisés, etc. La dimension culturelle se couple également à celle de la valeur patrimoniale dont ne jouit d’aucune reconnaissance cet habitat social de masse. Seuls quelques historiens spécialisés de l’architecture reconnaissent la valeur « patrimonial » au sens culturel des grands ensembles, et ce par l’énormité qu’ils représentent, et perspectivement la principale source patrimoniale des politiques à venir. L’hypothèse du classement de ces lieux est soulevé par Francis Soler5 à propos de Sarcelles. Le fait du classement tient plus à l’idée d’apporter de la considération à ces lieux, leur donner une place légitime au sein de la société française, et également redonner aux populations une dignité. Il ne s’agit pas nécessairement de les classer pour leur architecture, beaucoup ne présentent pas les singularités nécessaires, mais pour un ensemble, une vie, et également en rappel de l’histoire, de son émergence d’une urgence sociale et urbaine. Une classification ne doit pas être envisagée comme un processus qui reviendrait à figer les grands ensembles dans le temps. Le contre exemple étant la cité de la Muette de Drancy, ensemble classé non pas pour sa particularité mais pour le lieu de mémoire qu’elle représente, où les habitants ont longtemps été contraints de ne pas pouvoir changer une simple fenêtre, le classement patrimonial du lieu en étant la cause. Ne pas figer mais assurer une reconnaissance patrimoniale par l’État, bien évidemment nous sommes peut être là dans le domaine du fantasme ; estce que l’État serait prêt à se lancer dans un méli mélo de subventionnements ? b- HÉRITAGE SOCIAL Si l’on s’attache à regarder de plus près les populations des grands ensembles, on s’aperçoit quelles y habitent généralement depuis au moins une décennie voire même plusieurs générations. Sur le site des Bergeries, on constate que la majorité de la population y habite depuis plus de vingt ans, ils y sont arrivés avant 1990. Il y a malgré tout ce que l’on peut en dire une forme d’attachement au quartier, que cela soit pour les personnes qui y vivent, ou bien celles qui en sont parties mais ayant habitées ces lieux lorsqu’elles étaient jeunes. Il existe, ce que l’on ne voit pas nécessairement d’un œil extérieur, un véritable sentiment d’appartenance, et une structuration sociale plus complexe que l’on peut l’imaginer. Les Bergeries appuie cette idée, il existe bien une vie sociale, même si elle n’est pas apparente et exclusivement réservée aux ayants droit. A l’image du site, l’exemple du quartier Solaure6 à proximité de Saint-Étienne montre l’attachement des habitants pour leur quartier et les réseaux sociaux qui s’y sont développés avec le temps, même si les modes de vies et de partages ont évolués et tendent parfois à disparaître, il y a un réel sentiment d ‘appartenance que les habitants ont mis plus d’une dizaine d’années à construire. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

«En 1997, poursuit Daniel, toujours disert, nous avons créé un comité d’habitants qui regroupe deux cents locataires. Nous essayons de faire en sorte que les logements soient maintenus en état. Beaucoup de choses n’ont pas été changées depuis 1958 (…) Ils ont organisé leur vie quotidienne (…) Comme les autres, je n’ai pas envie de quitter le quartier. Les logements sociaux qui le composent répondent à un besoin et doivent continuer à exister.» On peut attribuer une sorte de généralisation à cette question de la conservation et voir les habitants engagés contre la démolition des grands ensembles. Dans les cas les plus extrêmes, causes d’un entretien médiocre de la part des bailleurs et d’une dégradation lourde, même si les habitants peuvent tendre au rêve de la maison individuel, ils veulent surtout dans un premier temps que l’on s’occupe de leur lieu de vie - remettre en état les halls, les espaces extérieurs, les parkings et bien plus encore leur logement. Situation bien plus extrême, certains logements qui sont voués à la démolition et vidés de leurs âmes voient quelques habitants persévérer à y vivre afin d’empêcher leurs disparitions. Il y a une demi mesure à porter à ce propos, si l’État et les collectivités étaient en mesure d’assurer un logement pour chaque personne après la démolition dans un cadre de vie similaire, c’est à dire sans déplacer les populations encore plus loin, et que l’on s’engagerait à leurs attribuer des logements qui leurs seraient financièrement accessibles alors les démolitions ne seraient pas si mal accueillies par les populations. Bien encore, elles ne se rendraient compte que trop tard, après le spectacle qu’est le dynamitage et l’effondrement d’un bâtiment, que c’est une tranche de leur vie que l’on vient de réduire à néant et que peut être ils ne refouleront jamais ces lieux au quotidien, ou bien même avant quelques années. On trouve beaucoup de témoignage d’habitants qui s’insurgent sur la disparition de leur logement, et plus encore l’impossibilité pour eux d’offrir un héritage à leurs descendants. Un habitant de la Grande Borne7 s’exprime en ce sens, se disant choqué que la démolition soit la seule solution envisagée des lieux qui furent ceux de l’enfance et de l’histoire de tant d’individus. Est-il imaginable que l’on puisse effacer le témoignage d’une partie de la vie d’une majorité de la population ? «Mes petits enfants ont la chance de pouvoir admirer les pavillons et les bâtiments construits avec la meulière que leur arrière-arrière-grand-père a extraite, taillée et transportée. Ces bâtiments témoignent qu’ils ont des racines, que ce n’est pas en vain que leur aïeux ont souffert et connu la misère. Ces parties de ville sont la preuve qu’ils sont aujourd’hui bien intégrés, par le travail, le vécu, les souffrances, les misères et les joies qu’elles représentent. L’histoire ce n’est pas seulement ce qu’on dit, mais c’est aussi ce qu’il en reste. Une partie de la vie de mes enfants peut disparaître demain. Qu’auront-ils à montrer de leur vie à leurs petits-enfants ? Faisons en sorte que renouvellement ne rime jamais avec effacement, ni reconstruction avec disparition.»

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c- PRÉSERVER UNE MIXITÉ CULTURELLE Aujourd’hui, la mixité sociale et culturelle est une volonté récurrente dans les opérations de logements alors même que le développement de l’habitat individuel concentre ces pouvoirs dans une société de plus en plus individualiste, où la mixité sociale existe mais ne démontre pas sa réussite, il en est de même dans les opérations de logements collectifs8. Les grands ensembles sont peut être un échec du point de vue de la mixité sociale, puisqu’ils concentrent des classes sociales que l’on qualifie de pauvres, mais ils ont réussi concernant la mixité culturelle. C’est une réelle richesse qu’il ne faut pas perdre. C’est ce que mettent en avant les habitants du grand ensemble de FirminyVert9 à Saint-Étienne; ils nous expliquent que si le quartier multiculturel n’était plus ils seraient poussés à quitter le quartier. Les Bergeries possèdent en son sein cette mixité multiculturelle qui génère une vie de quartier qu’il ne faut pas faire disparaître dans un objectif de renouvellement, et qui est à considérer comme un héritage et une valeur à transmettre. Cependant s’il semble nécessaire de conserver cette mixité culturelle sur le site, on ne peut oublier l’hypothèse qu’elle a peut être contribué, ou au moins n’a pas été nécessaire et suffisante pour palier aux dérives des grands ensembles, car même si le mélange des cultures est une richesse, il ne suffit pas pour les populations à outrepasser les difficultés économiques, sociales et familiales10. d- CONSERVATION ET ARGENT ? On peut admettre que la conservation est possible d’un point de vue financier et économique. Si un bailleur dispose des financements nécessaires à une réhabilitation pourquoi démolir un grand ensemble alors que pendant ce temps il faudra reloger une population, qui certainement plus tard ne reviendra pas y habiter et sera par conséquennt expulsée plus loin ; de plus pendant ce temps le bailleur injecte de l’argent mais n’en gagne pas. Si les terrains des bailleurs sont propices à la densification et la privatisation pourquoi ne pas vendre une partie de son patrimoine immobilier ou foncier à des investisseurs privés, ou bien à d’autres bailleurs, générant ainsi les fonds nécessaire à la réhabilitation pour le bailleur. Il ne faut pas que la démolition / reconstruction soit employée à des fins de ségrégation sociale. Comme l’exemple de la cité des Mazières sur la commune de Draveil, où le maire a souhaité reloger des fonctionnaires pour la plus grande partie, et des couples de jeunes ne répondant pas aux critères sociaux existants au préalable, et surtout en effaçant radicalement la dimension multiculturelle de ce grand ensemble. On a souvent en tête l’idée que la démolition - reconstruction coûte moins chère qu’une réhabilitation, cela étant du principalement à leur structure difficilement modifiable. Cette idée est fausse, c’est ce que le rapport PLUS11 nous fait entendre :

par logement. Or, le budget nécessaire à une transformation de l’existant est de trois à six fois moins élevé. Ce qui est énorme. A l’intérieur de ce coefficient, il y a matière à trouver des solutions alternatives qui permettraient de modifier l’existant de manière progressive, évolutive et durable.» e- BILAN La reconnaissance patrimoniale et culturelle prenant à contre pied cette déconsidération des grands ensembles serait un moyen de permettre leur revalorisation auprès de la population et de ceux qui y vivent. A travers cette notion de patrimoine, la conservation est la position adoptée face au projet. Elle est possible sur le site, étant donné la réhabilitation qui a été effectuée par le bailleur permettant une mise aux normes, et au propre de tout les logements, et également des circulations verticales internes aux bâtiments. De plus, les plans des logements sont spacieux, à double orientations ou bien traversants. On peut même appuyer l’idée qu’ils présentent des qualités qui n’existent plus aujourd’hui dans certains programmes de logements sociaux ou privés. Sur ce point, la conservation est envisageable, et doit être massive sur le site. Il n’apparaît donc pas légitime de démolir des barres et des tours, de plus que celles-ci sont de hauteurs modérées, au profit d’un nouveau programme d’habitat. Les grands ensembles font partis d’un patrimoine architectural, mais ils ont également un héritage social que l’on ne peut pas renier, et que l’on doit léguer à la postérité. Même si les habitants souffrent de l’image de leur lieu de vie, ils s’y sont forgés une histoire et une identité, et c’est à nous, architectes, de faire en sorte qu’ils se sentent fiers à juste titre d’y habiter sans porter le poids de l’image négative que la société leur renvoie. Générer de la mixité sociale est aujourd’hui certainement une notion à mettre en place mais nous ne disposons pas encore des moyens de juger de sa réussite ou bien même de son échec. Comment pouvons nous croire à l’instant présent que l’on peut régler les difficultés que l’on attribue à ces lieux par le simple fait d’introduire une population appartenant à une classe sociale différente ? La réalité de la société est bien là, certainement triste, mais « promouvoir une mixité réelle exige de désamorcer les enjeux stratégiques du lieu de résidence. C’est la seule voie possible pour éteindre les tensions ségrégationnistes enfouies en chacun de nous. Une telle ambition est sans doute hors de portée de politiques centrées sur l’urbanisme et le logement. Elle réclame une réforme de la société beaucoup plus profonde, une réforme des principes mêmes de distribution des destins scolaires et sociaux, lesquels sont aujourd’hui beaucoup trop malthusiens et élitistes pour ne pas être la source d’une anxiété et d’une concurrence généralisée »12

«Actuellement, le gouvernement engage 15,000 euros par logements pour la démolition et 152,000 euros pour la construction en neuf. Si on est dans la logique de 1 pour 1-une démolition pour une reconstruction- on dépense 167,000 euros LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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2- VALEUR NEGATIVE - MARGINALISATION

Dans son introduction, Éric Maurin13 met en avant l’idée que la ségrégation urbaine concerne presque toutes les formes d’inégalités (revenus, emplois, etc.) et ne se limite pas seulement à ce que l’on appelle les quartiers difficiles. Pour autant que cela soit un constat, comment se fait-il alors que lorsque nous évoquons la ségrégation, et le mal de vivre notre esprit se focalise essentiellement sur les grands ensembles, sur ces quartiers dits difficiles ? Cette évidence, trompeuse, est avancée dans la mémoire collective, et portée par la politique de la ville depuis vingt ans. Ainsi une large part de la société et des pouvoirs croient pouvoir résoudre le problème de la société en résolvant les difficultés de quelques centaines de quartiers dits sensibles, d’éducations prioritaires, etc, qui sont ne l’oublions pas puisque c’est une réalité bien inavouable, les lieux de concentration des exclus. Venant ainsi asseoir l’idée aux yeux de tous que les grands ensembles concentrent tous les maux de la ville ! C’est la traduction fatale et inévitable qui tend à entretenir la marginalisation de ces lieux et de ces populations. a- LE FILTRE CULTUREL VÉHICULANT UNE IMAGE NÉGATIVE n.4 (page 42) KADDOUR Rachid, article Les HLM, un patrimoine à reconnaître. Extrait de l’ouvrage : HLM et PATRIMOINE. L’héritage de l’habitat social dans la Loire. Éditions Lieux Dits, septembre 2008, Lyon. n.5 (page 43) Faut-il protéger les grands ensembles ? Sous la direction du Ministère de la Culture et de la Communication, Comité des GPNA. n.6 (page 43) HLM et PATRIMOINE, Édition Lieux Dits, septembre 2008, Lyon. n.7 (page 43) Témoignage de Jacky BORTOLI, habitant de la Grande Borne. Extrait des Rencontres de la DIV : Les grands ensembles entre histoire et mémoire. Délégation Interministérielle à la Ville, 24 Avril 2001 n.8 (page 44) « La mixité sociale représente une valeur et un objectif à peu près unanimement partagés, en tout cas parmi les politiques et les intellectuels. Pour autant, les comportements résidentiels – y compris et surtout ceux des élites du pays – sont en opposition avec cet objectif. » MAURIN Eric, Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social. Édition Le Seuil, collection La République des Idées. Octobre 2004. France. n.9 (page 44) « Le quartier est resté multiculturel, et c’est bien ainsi. Si, un jour, cette mixité disparaît, nous partirions à notre tours, car on ne veut pas élever nos enfants dans un ghetto.» Extrait du témoignage d’Elisa Azzerareck et Abdel Cheltir, pages 69 à 71, extrait de l’ouvrage : HLM et PATRIMOINE, Edition Lieux Dits, septembre 2008, Lyon. n.10 (page 44) Entretien avec Francis SOLER. Extrait de l’ouvrage: Faut-il protéger les grands ensembles ? Pages 80 à 85. Sous la direction du Ministère de la Culture et de la Communication, Comité des GPNA. n.11 (page 44) DRUOT Frédéric, LACATON Anne et VASSAL Philippe, Rapport PLUS : les grands ensembles de logements et les équipements, territoires d’exception, étude réalisée pour le Ministère de la Culture et de la Communication, Direction de l’Architecture et du Patrimoine, août 2004. n.12 (page 45) MAURIN Eric, Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social. Édition Le Seuil, collection La République des Idées. Octobre 2004. France.

LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

Les médias, par voie de presse et de télévision contribuent largement à cette image négative. Peut être que la tendance tend à évoluer, mais les évocations des grands ensembles par le filtre culturel sont rarement ponctuées d’un discours faisant amende honorable pour ses habitants; et ce très rapidement après leur construction. Ce sont les médias qui vont d’abord trouver et mettre en avant les dysfonctionnements des grands ensembles, hasards malchanceux ou bien séries noires, tout commence avec Sarcelle, et le mal que les médias vont lui attribuer, la Sarcellite14. Venant marquer un premier ancrage dans la population, Sarcelles, et donc les grands ensembles ne sont pas des lieux où il fait bon vivre. La presse va ensuite fortement reléguer tous les faits divers, délinquance, violence, trafic en tout genre, et ce à partir de 1990 avec les émeutes qui ont lieu à Vaulx-enVelin. Cependant ce discours négatif tenu par les médias à vite était appréhendé par les habitants, quant à savoir s’il y a eu une influence de cette image négative via le filtre culturel qui a alors tendu à influencer le discours des habitants même, on peut en émettre la plausibilité. Puisque dans les années 1950, alors que se développe un discours louangeur de la part des premiers habitants, qui ont le sentiment de vivre une expérience pionnière en venant s’installer dans les grands ensembles - dans la modernité - un récit négatif sur ces derniers apparaît par le biais des habitants qui les ont quitté ne trouvant pas de réponses satisfaisantes à leurs attentes. Ce discours se développe également par le biais des promoteurs ou bien encore des maires15, certains refusant de voir des grands ensembles se construire dans leur ville. C’est l’émergence du rejet de ce modèle architectural, et l’engrenage vers la marginalisation. Les récits louangeurs, qui ont existé lors de la promotion de ce modèle architectural et quelques temps après son émergence, faits par les habitants ou même les promoteurs sont le reflet de l’espoir qui a été mis dans ces cités nouvelles, l’accès pour les habitants aux grands ensembles s’inscrit au départ dans un projet social de recommencement. Ils 47


ont aujourd’hui, pour les politiques et la société, atteint une certaine forme de non retour où la seule solution envisagée est la démolition, quand bien même il y a préservation c’est avec une mise à distance des populations y habitant : renouvellement doit rimer avec projet social de recommencement. Aujourd’hui, les médias relèguent l’actualité des grands ensembles à travers les incidents ou bien le grand sujet du moment, la discrimination positive, rien de valorisant pour les habitants a qui on rappelle sans cesse qu’ils sont dépendants des autres, et qu’ils vivent dans des lieux nuisibles. Rien d’étonnant à ce que la société porte un jugement très négatif sur ces lieux et que personne ne veuille y venir, et ce presque immédiatement après leur émergence sur le territoire. C’est donc également contre cette discrimination16 et connotation négative présentes dans la mémoire collective que doit opérer le projet proposé. Ce dernier doit également contribuer à redonner, ce que l’on pourrait appeler, une fierté aux habitants des grands ensembles qui subissent ces jugements, et qui sont largement discriminés par le fait d’y habiter. Si l’on s’intéresse aux idées véhiculées sur les Bergeries, on comprend mieux pourquoi elles sont dotées d’une mauvaise réputation. La presse depuis six mois enchaine les articles aux titres peu avenant pour ce quartier : « Cambrioleurs écroués », « Coups de feu aux Bergeries », « Tentative d’assassinat », « Le violeur présumé se vante par SMS »17. b- JEUNES, DÉLINQUANCE ET VIOLENCE : SCHÉMA UNIQUE ? Bien évidement ce dont on accuse les grands ensembles à la fin des années 1950, n’a rien à voir avec les montées de violence qui vont se produire dans les grands ensembles à partir des années 198018. On ne peut pas nier qu’il existe des difficultés liées à la délinquance, au trafic illicite, et bien d’autres activités que l’on ne soupçonnerait pas. Mais limiter ces lieux simplement à ça, c’est prendre en considération une infime partie de la population qui y habite, et une infime partie de la vie qui s’y joue, en oubliant que les habitants sont des citoyens à part entière. Ils sont ainsi jugés sur leur lieux de vie, tous sont assimilés à une forme négative de la société alors même que certains habitants sont certainement plus impliqués citoyennement que bien d’autres. Tous les grands ensembles sont logés à la même enseigne, tous leurs habitants sont catalogués de la même manière, et tous sont exclus de la société car on les juges et les discrédites : comment sommes nous arriver à destiner les habitants des grands ensembles à un même destin : jugement à travers le lieu d’habitation, discrimination à l’embauche, réussite scolaire, etc ? La toile de fond sur laquelle ont été reléguées les nuits d’émeutes de novembre 2005 est trop schématiquement dessinée - pauvreté, chômage, immigration, délinquance – alors même que les grands ensembles, ou les cités, ne représentent pas une réalité homogène sociologique. Il peut exister des immeubles où sont regroupés des populations dites sensibles mais également d’autres au sein du même ensemble où les habitants sont investis dans leur quartier et mènent une vie tranquille. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

Cette vision systématisée qui renvoie inévitablement à la délinquance fait qu’aujourd’hui nous sommes dans un processus de réponse unique face à ce que les politiques appelle le problème des banlieues. Ce processus présente une stratégie d’approche généralisée à travers la politique de l’Anru mais pire encore il offre maintenant une réponse unique, c’est à dire une seule solution architecturale et urbanistique qui même si elle peut être faite de variantes pousse à une même réponse. Il est possible de mettre en place une stratégie de projet, ou plutôt une démarche qui tende à sensibiliser et humaniser ces lieux en prenant en considération leurs habitants, c’est à dire ne pas faire une opération dans le but de satisfaire l’opinion public et de faire croire à la légende qu’une fois les tours disparues tous les maux de la ville seront réglés, mais bien de faire une intervention dans l’intérêt des habitants des grands ensembles. Cet état de causes à effets est tel aujourd’hui que nous ne pouvons que constater, et faire en sorte, que nous architecte, nous puissions redonner aux habitants de ces lieux une forme de fierté, à juste titre, d’y vivre; non pas de dire que ces habitants ont du courage de vivre dans la cité X, mais qu’ils se sentent sur un pied d’égalité avec l’habitat individuel, la propagation des lotissements... «Comment faire passer cette société imaginaire – qui a tous les traits de la nôtre – de son régime de ségrégation à un régime de mixité ? La réponse à cette question passe, je pense, par un effort de compréhension et de mesure des effets de contexte qui semblent au principe des tensions ségrégationnistes enfouies en chacun de nous.»

MAURIN Eric, Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social. Édition Seuil, collection La République des Idées. Octobre 2004. France

n.13 (page 45) MAURIN Eric, Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social. Édition Le Seuil, collection La République des Idées. Octobre 2004. France. n.14 (page 45) Marc Bernard dans l’ouvrage Sarcellopolis traite le thème de la Sarcellite. Il attribut cette maladie aux femmes, « qui ne travaillent pas et qui s’ennuient dans le grand ensemble », cherchant ainsi à mettre en parallèle l’histoire sociale et celle des grands ensembles. Extrait des rencontres de la DIV, 24 avril 2001. n.15 (page 46) Vers 1957, le président de la Caisse des Dépôts n’est pas favorable à la construction des grands ensembles, et va chercher à développer un autre modèle dans la banlieue sur de Paris , en chercher à bâtir une ville à la campagne sur le modèle des grands ensembles d’Europe du Nord, ce qui va alimenter beaucoup de recherche française au début des années 1960. n.16 (page 46) «Être discriminé négativement , c’est être assigné à un destin sur la base d’une caractéristique que l’on n’a pas choisie, mais que les autres vous renvoient sous la forme d’un stigmate. La discrimination négative est une instrumentalisation de l’altérité constituée d’un facteur d’exclusion.» CASTEL Robert, La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? Édition Le Seuil, collection La République des Idées. 2007. n.17 (page 46) Articles parus dans le journal Le Parisien entre Octobre 2008 et Mai 2009. n.18 (page 47) MADZOU Lamence, J’étais un chef de gang. Édition La Découverte, Saint-Amand-Montrond, septembre 2008.

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3- DIMENSIONS HUMAINE ET SOCIALE

Comme nous avons commencé à l’expliquer précédemment il y a une forte dimension sociale à prendre en compte dans la question du renouvellement des grands ensembles, qui doit influencer les décisions architecturales et urbaines. Cette approche sociale ne doit pas s’inscrire dans la tendance générale qui consiste à assimiler tous les grands ensembles de la même manière, mais doit être basée sur le particularisme de chacun d’entre eux. C’est ainsi que l’on en revient à dire qu’il y a une possible pratique identique dans l’approche d’un site et la mise en place d’un projet concernant les grands ensembles - en soit une démarche de projet unique - dont les résultantes peuvent aboutir, en fonction des études menées, à des solutions et des réponses architecturales particulières. Si l’on considère ces lieux avant tout comme un vivier humain et social avant l’objet architectural qu’ils sont, c’est que l’architecte, encore plus lorsqu’il s’agit des grands ensembles, doit faire preuve de sensibilité. Cette sensibilité s’inscrit, et se retrouve chez certains architectes dans les positions qu’ils développent sur le sujet, et prime sur les décisions architecturales et urbaines. Ce que l’on attribue au domaine du sensible chez certains architectes, au delà de la sensibilité possible face à l’architecture moderne que représentent les grands ensembles, c’est bien encore la prise en considération d’une population, de pratiques sociales, et tout simplement de la vie qui les anime, qu’elle soit merveilleuse ou bien ponctuée de faits divers. A partir de trois discours d’architectes et d’urbanistes, on comprend alors l’importance qui peut être dégagée dans certaines stratégies de projet, voire de l’utilisation faite d’une approche sociale autour de l’individu que représente l’habitant dans son quotidien, dans sa vision et dans sa pratique d’un lieu. Ces trois discours, reprenant les notions humaines et sociales, permettent d’appuyer une position personnelle : pensant que l’architecte à un rôle social à jouer dans ces opérations dont l’habitant et la société sont des paramètres qui doivent influencer ses décisions, et ses actes. a- KLOUCHE DJAMEL : INTENSIFIER À PARTIR DU RÉEL19 Dans ce texte, l’architecte revient sur la notion du particularisme : chaque grand ensemble est particulier des points de vue architectural, topographique, géographique, économique et bien évidemment social. Tous ces différents éléments constituent une réalité dont chaque grand ensemble est porteur d’une manière différente. Cette réalité doit rentrer dans un processus de compréhension de la part des architectes - on pourrait également ajouter à la liste les hommes politiques, les bailleurs, et une large partie de la société - sans se laisser bercer par nos aprioris. Cette compréhension doit être la première étape d’une stratégie de projet de renouvellement autour des grands ensembles. « Chaque quartier par son échelle, son inscription topographique, dans la ville ou en périphérie, a une personnalité, qui se dégage de réalités sociales, économiques, morphologiques, géographiques, institutionnelles infiniment complexes.» LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

Toute stratégie de projet doit alors s’attarder sur les pratiques et le vécu des lieux ; processus que l’on fait dans bien d’autres opérations architecturales. Il y a également une part sociale donnée à la programmation, lorsque l’architecte évoque sa position sur l’injection de micro-centralités dans les grands ensembles, les programmations envisagées de ces nouvelles centralités concernent en premier lieu les habitants : des micros-programmes associatifs, culturels, ludiques ; puis dans un second temps on peut imaginer que le rayonnement de ces programmes peut avoir une dimension plus importante à l’échelle d’un quartier ou bien même d’une ville. Ainsi la considération sociale ne se limite pas à l’échelle même du site mais s’étend à l’échelle communale, permettant dans un idéal de réintroduire socialement et urbainement ces quartiers dans une ville, la programmation étant établie en fonction des besoins des habitants et de leur pratique autant à l’échelle du site que plus largement, puis ensuite par l’établissement de cette dernière tendant à servir les habitants des grands ensembles et venant également attirer l’attention des populations environnantes. b- MICHELIN NICOLAS : COMMENT ÉVITER DE PASSE DE LA BARRE À L’ÎLOT ?20 Tout comme le signifie Djamel Klouche dans l’article cité précédemment, la stratégie autour du renouvellement des grands ensembles consiste à une mise en valeur des données existantes en regardant la pratique de ces lieux par les habitants. C’est également ce que met en avant Nicolas Michelin en affirmant qu’il existe dans les cités des lieux de convivialités, et qu’il faut les considérer comme des potentiels autour desquels la stratégie et le projet doivent se développer ; et cela tant bien même que généralement ces lieux sont désavoués au nom de la sécurité qui est souvent mise en avant par les bailleurs. Avant d’intervenir sur un grand ensemble, il est nécessaire de s’afférer à regarder et comprendre l’appropriation de certains espaces, le délaissement d’autres par les habitants, voire par les populations extérieures. Les nouvelles interventions doivent prendre en compte les espaces de sociabilités, l’attachement des populations à certains lieux et leurs pratiques, il s’agit de faire concorder social et architectural, de composer avec ces deux dimensions. Pour élaborer des plans de restructurations de grands ensembles, il faut s’appuyer avant tout sur la façon dont les habitants vivent leur quartier, sur la manière dont ils utilisent les espaces. Et si des usages peuvent parfois paraître précaires et mal définis, il faut en reconnaître le potentiel. Au lieu de plaquer une vision classique de l’urbanité, il faut suivre cette logique originale de l’interprétation des espaces par les habitants selon leurs cultures, qui a détourné les lieux de leur vocation initiale en leur conférant un autre rôle social, il faut respecter ces glissements de sens qui se sont opérés partout et à toutes les échelles. La logique interprétative que l’on établie par une étude de terrain et les connaissances regroupant un champ majoritairement plus large que celui de l’architecture et s’intéressant particulièrement à la vie du site doit permettre de déceler ce qu’il est possible de mettre 49


en œuvre – de révéler l’usage et de façonner ensuite l’espace qui en découle – ainsi le projet émane de l’usage fait des lieux par les habitants, la dimension sociale prime sur les dimensions architecturales et urbaines en les influençant largement. c- FUKSAS MASSIMILIANO : FAUT-IL PROTÉGER LES GRANDS ENSEMBLES ?21 Le discours de Fuksas dans cet entretien sur la question des grands ensembles est très engagé et sensible, c’est à dire orienté autour de la dimension humaine de l’intervention sur ces ouvrages. Il met en avant le potentiel que représente la banlieue, et les grands ensembles en France, en comparaison à d’autres pays, dans son caractère multi éthnique, et qu’il faut exploiter dans les nouvelles opérations et faire perdurer. C’est ce qu’il démontre en évoquant un de ses projets où il devait traiter de l’enclavement du site propice à des problèmes de drogue, et où les habitants étaient complètement repliés sur euxmêmes. Contrairement aux politiques actuelles menées sur la rénovation des grands ensembles, l’intervention a permis de faire passer de l’ombre à la lumière du jour ce grand ensemble, et de résoudre les problèmes émanant des trafics sans pour autant changer les populations qui y habitaient. Il est alors imaginable que les opérations sur les grands ensembles puissent aujourd’hui se situer dans une optique de préservation des populations qui y ont construit leur vie et leur histoire, et qui redécouvre un lieu qu’ils avaient peu à peu fini par détester à cause d’une dérive reléguée par divers médias. Le grand ensemble peut être reconnu pour et par autre chose que pour ses faits divers. Pourtant très engagé, il avoue de lui même qu’il ne faut pas prendre en considération ces propres convictions, sans les alimenter tout du moins par le vécu des habitants. Ce n’est pas l’architecte qui doit faire le projet, mais l’architecte qui utilise l’outil qu’est l’habitant pour faire le projet. Sa position est très investie quant à la cause humaine et sociale. Dans cet entretien il présente des réponses qui nous font admettre qu’il y a une réelle importance à comprendre les habitants, alors même qu’à travers les opérations autour des grands ensembles on a tendance aujourd’hui à l’oublier lorsque l’on applique une formule X ou Y que l’on croit juste et favorable alors qu’elle devrait être non pas pensée au préalable mais induite par l’habitant. Il s’agit de réhabiliter les habitants dans un premier temps, et ensuite réhabiliter les immeubles : social puis architecture. « En art comme en architecture, il faudrait plus d’éthique, moins d’esthétique. […] Cela montre bien que la première restauration est celle des habitants, pas des bâtiments. La restauration des bâtiments n’est que la deuxième des missions.»

4- RE-ENCHANTEMENT

Comme la préface le laisse deviner, l’enchantement puis le désenchantement ont parcouru les grands ensembles, les conduisant au discours négatif qu’ils subissent aujourd’hui. Toute la problématique sur ce sujet n’est pas tant de réaliser un projet urbain de requalification, de restructuration, ou bien même de renouvellement urbain mais bien un projet de ré-enchantement. Bien au delà de l’image très bucolique et poétique que notre esprit peut développer par l’emploi de ce terme, il s’agit de recréer ces lieux, de les repenser dans une société et une ville afin de leur redonner un certain charme autant pour ses habitants que pour la part de la société qui les regarde de loin. Faire que ces lieux ne soient plus fuis ni craints mais que chacun y trouve une valeur positive. La naissance de l’emploi du terme ré-enchantement dans la réflexion s’est imposée suite à la lecture du rapport PLUS22 de Lacaton et Vassal qui traite de la question du renouvellement et de l’avenir des grands ensembles. Ils mettent en avant une attitude à adopter face à ces lieux qui rend compte la notion de désenchantement : « Faire passer des éléments a priori jugés comme très négatifs en très positifs, soit par leur renversement, soit par leur excès, il s’agit de provoquer une évolution inverse à celle du désenchantement qu’a connu un lieu.» a- L’ENCHANTEMENT Au sens strict, enchanter consiste à soumettre quelqu’un ou quelque chose à une action magique, surnaturelle, grâce à une opération magique, qui est un charme. On parle encore d’enchantement pour décrire ou imaginer une action qui embellit une situation, une personne, un paysage. Enchantement (du latin incantare, chanter), cérémonie mystérieuse, accompagnée de paroles auxquelles on attribue un pouvoir surnaturel, et appelée ainsi parce que, dans l’antiquité, ces paroles étaient chantées. L’effet que l’on croyait obtenir s’appelait charme, il consistait dans une illusion des sens, ou sort, sortilège, maléfice. Les premiers récits relatant l’enchantement émanent de la mythologie avec ceux d’Homère et d’Euripide. On retrouve ce terme également dans les récits grecs, et bien encore au Moyen Age avec ceux orientés autour de la magie et de la sorcellerie. Le mot enchanter y apparaît avec le sens de produire un effet merveilleux au moyen d’une incantation, soit au sens large d’exercer une action paralysante sur quelqu’un. La critique faite du fonctionnalisme, en rapport avec les principes guidant l’émergence des grands ensembles, laisse à croire que l’enchantement n’est pas un terme applicable à la modernité puisque le Postmodernisme pensait au contraire que les bâtiments issus du Modernisme échouaient dans leur quête de satisfaire les besoins

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humains de confort et de beauté pour le corps et les yeux, soit le désir de beauté sensible ou académique. Le problème s’est accru avec l’émergence de toutes les difficultés qu’ils ont connu par la suite autant du point de vue architectural que social. Le Postmodernisme pensa résoudre le problème en réintroduisant l’ornementation et le décor pour ré-enchanter ces quartiers. Il assimile l’enchantement dans l’architecture à l’emploi de l’ornementation en réintroduisant la dimension historique tout ce que le Modernisme avait laissé de côté. Cependant l’enchantement ne semble pas exclu de la Modernité. En prenant en main la Charte d’Athènes, on prend conscience que même si la traduction architecturale de ce qui était souhaité ne s’apparente pas à l’enchantement, l’idée générale et la manière dont les Modernes ont porté leurs croyances laisse entendre qu’il y avait une volonté de l’ordre de l’enchantement. b- LE DÉSENCHANTEMENT DU MONDE Max Weber, repris plus tard par Marcel Gauchet23, s’appliquera à réfléchir sur la notion de désenchantement. A partir du moment où les croyances religieuses ont reculé, ou bien encore les croyances magiques, en tant que mode d’explication des phénomènes ; il y a eu ce que l’on appelle une perte de sens du monde dès lors que l’explication scientifique est apparue comme répondant aux actes et aux faits. Une fois que tout est explicable par la science, on ne cherche alors plus le sens caché des choses. Cette perte de sens et de volonté de comprendre les choses cachées est un état de fait autour des grands ensembles aujourd’hui, effectivement la société croit ce que relaient les médias et les politiques puisque nous sommes face à une puissance de communication dont nous pensons pas qu’elle puisse être porteuse d’une information non pas erronée mais limitée ; alors même que la part de la société réceptive qui n’y habite pas se contente de ce que les informateurs peuvent dire. Marcel Gauchet exprima un versant plus positif du désenchantement du monde ; celui du devenir humain au travers de la lutte des hommes pour droits et devoirs, comme au travers de leur éducation, enfin celui de l’échec toujours possible de ce devenir humain. Ce versant dressant un procès moins noir du monde ; on peut tout de même tempérer notre propos autour de la valeur de lutte aujourd’hui dans la société. C’est un des paramètres du désenchantement encore bien trop applicable au monde des grands ensembles, seuls face au reste du monde, ou pire celui de la fatalité de l’échec, une sorte de destin que la société, celle de l’extérieure, continue d’entretenir en mettant en marge de la société cette population. c- RÉ-ENCHANTER Projet de ré-enchantement : peut être complètement utopique ou bien même ambitieux, il ne faut pas assimiler ce terme à une image définie, une illustration poétique de l’emploi de ce terme, mais bien à celle d’une condition sociale par le biais architecturale qu’il faut faire évoluer. Ce ré-enchantement s’opère à travers les LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

différentes notions développées précédemment : conservation, patrimoine, héritage, marginalisation, valeur négative, dimension sociale et humaine primant sur l’acte architectural, etc. L’impulsion à donner aux grands ensembles à travers l’emploi de ce terme est possible par l’exploitation de la valeur existante de ces sites : une population, une architecture, des espaces, une qualité de vie, etc... Mais il doit également contribuer à une réhabilitation aux yeux de la population extérieure, il doit contribuer à résoudre une certaine réalité négative, amplifiée par les média, qui entretient le désenchantement des grands ensembles. Comme dit précédemment, on peut établir un lien entre l’enchantement et la Charte d’Athènes. Il réside par son intermédiaire une possibilité de réintroduire l’enchantement dans ces lieux : retrouver dans la Charte des points qui sur le papier sont magnifiques et peuvent participer à l’enchantement des lieux. Aujourd’hui on peut - peut être - par une nouvelle programmation trouver une réponse dans ces grands ensembles aux volontés de la Charte d’Athènes, bien évidemment en mesurant les propos employés par les modernes, et appliquées à un cadre contemporain. Il ne s’agit pas de re-faire la modernité dans ces lieux. Quelques exemples sur certains points de la Charte d’Athènes : Article 2 : […] Isolé, l’homme se sent désarmé; aussi se rattache-t-il spontanément à un groupe. Livré à ses seules forces, il ne construirait que sa hutte et mènerait, dans l’insécurité, une vie soumise à des dangers et à des fatigues aggravés de toutes les angoisses de la solitude. Incorporé dans le groupe, il sent peser sur lui la contrainte de disciplines inévitables mais, en échange, est-il assuré, dans une certaine mesure, contre la violence, la maladie, la faim; il peut songer à améliorer son logis et assouvir aussi son besoin profond de vie sociale [...] Aujourd’hui les termes employés sont obsolètes, mais en réintroduisant cette notion d’un point de vue contemporain et actuel, il s’agit de réintroduire une certaine sécurité pour les habitants des grands ensembles, du point de vue de la violence dans un premier temps, car on ne peut nier qu’elle existe même si elle n’est pas dirigée contre les habitants en général. Rompre non pas l’isolement de l’homme seul mais rompre l’isolement du groupe les opposants au reste de la société. Ainsi pourront-ils que mieux vivre dans un environnement qui est respecté. Article 37 :[...] Les surfaces vertes devront, avant tout, jouer un rôle utile, et ce sont des installations de caractères collectif qui occuperont leurs pelouses : crèches organisations pré ou post scolaires, cercles de jeunesse, cercles de jeunesses, centre de délassement intellectuel ou de culture physique, salles de lecture ou de jeux, pistes de course ou piscines en plein air. Elles seront le prolongement de l’habitation et devront comme elle, être soumises au « statut du terrain ». 51


L’utilité souhaitée aux surfaces vertes est complètement absente des grands ensembles, quand bien même elle existe aujourd’hui les activités sont arrivées bien plus tard après leurs constructions, elles agissent généralement comme des entités indépendantes, qui ne trouvent de répondant d’un point de vue spatiale avec les immeubles d’habitations, et qui peuvent socialement fonctionner pour les habitants mais qui sont souvent absentes de relation avec les habitants extérieurs au site. Il faut réintroduire des activités qui existent déjà comme des lieux où peuvent se jouer la mixité sociale, et également être porteurs d’un autre regard de la société sur les grands ensembles, leur culture et leur population. Article 62 : Le piéton doit pouvoir suivre d’autres chemins que l’automobile. Cette volonté de la Charte d’Athènes ne présente pas en soit une absurdité aujourd’hui à vouloir la réintégrer dans les projets de renouvellement. Si elle n’existe pas il s’agirait de la créer, dans le cas inverse de l’entretenir et de l’amplifier. Pouvoir traverser un site autrement que par l’utilisation de la voiture, ou en suivant son tracé, peut entrainer la curiosité et démontrer qu’ils peuvent être des lieux agréables.

n.19 (page 47) Article issue de l’ouvrage de MASBOUNGI Ariella (sous la direction de), Régénérer les grands ensembles. Édition de la Villette; Collection Projet Urbain, Décembre 2005, Saint-Denis. n.20 (page 48) MICHELIN Nicolas, Comment éviter de passer de la barre à l’îlot? où les logiques interprétatives contre la résidentialisation, AMC, n°127, Septembre 2002. n.21(page 48) Entretien avec Massimiliano FUKSAS extrait de l’ouvrage: Faut-il protéger les grands ensembles ? Sous la direction du Ministère de la Culture et de la Communication, Comité des GPNA. n.22 (page 49) DRUOT Frédéric, LACATON Anne et VASSAL Philippe, Rapport PLUS : les grands ensembles de logements et les équipements, territoires d’exception, étude réalisée pour le Ministère de la Culture et de la Communication, Direction de l’Architecture et du Patrimoine, août 2004. n.23(page 49) GAUCHET Marcel, Le désenchantement du monde. Edition Foliio. Collection Essais, novembre 2005. 1ère édition Gallimard 1985.

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5- LIMITES ET DERIVES DE L’ANRU

A travers toutes ces dimensions traitées précédemment, une possible stratégie doit émerger sans partir du constat simple, celui de la politique actuelle de l’Anru. Il ne s’agit pas de remettre en question les opérations de renouvellement urbain des grands ensembles à travers la politique mise en place, mais bien de proposer une alternative, et réfléchir à une démarche d’approche qui soit différente du systématisme actuel. a- LA POLITIQUE DES GPV ORIENTÉE AUTOUR DE L’ANRU La politique de l’Anru s’applique sous forme de conventions entre l’État, les collectivités et les bailleurs ; elle concerne tous les quartiers, englobant des grands ensembles, classés en ZUS (Zone Urbaine Sensible). De la ZUP24 à la ZUS25, nous sommes passés en quarante ans d’un urbanisme opérationnel où l’on répond à une demande de logements, à un objectif de lutte contre l’exclusion sociale, voire à un processus d’éradication d’un modèle architectural. La ZUS n’est plus la seule appellation aujourd’hui que l’on attribue à certains grands ensembles. On parle également de ZRU26, ou bien encore ZFU27. Quoiqu’il en soit chacun de ces lieux est touché aujourd’hui par la politique de la ville. Elle se résume dans le Programme National de Rénovation Urbaine (loi Borloo), qui vise à restructurer les quartiers difficiles, dans un objectif de mixité sociale, et de développement durable. D’où l’émergence de ce que chacun connait, l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) qui passe alors des conventions avec les bailleurs et les communes concernant les ZUS. Elle a été mise en place pour résoudre le problème des banlieues, solution à un problème social puis architectural. La critique que l’on pourrait émettre est que l’architecture et l’urbanisme sont employés pour répondre à un problème social, et que l’on pense qu’ils peuvent résoudre tous les problèmes sociaux connus dans les grands ensembles, alors même que ces difficultés sont certainement bien plus profondes et ancrées dans la société. b- LA POLITIQUE DES GPV ORIENTÉE AUTOUR DE L’ANRU Au 1er février 2007, l’ANRU prévoyait la démolition de plus de 97000 logements et la construction de plus de 96000 logements, soit un logement construit pour un logement démoli ; et également plus de 200000 logements à réhabiliter, et à résidentialiser. Aujourd’hui, le bilan de l’ANRU montre qu’il existe beaucoup plus de logements démolis que reconstruits; l’Anru remplissant pour l’instant son contrat avec la part des démolitions. Les actions architecturales et urbaines menées par cette politique sont des réponses trouvées applicables à tous les grands ensembles. Nous sommes donc dans une réponse formalisée28 face à des grands ensembles qui répondent à des facteurs sociaux et économiques différents. 52


Peut-on aujourd’hui considérer que l’Anru s’essouffle et mérite peut être une reconsidération de la part des politiques ? Dans un premier temps, les conventions signées sont le signe d’un engagement financier de la part de l’État, mais dispose-t-il encore des financements nécessaires ? De plus, on tend vers une application quasi habituelle de la démolition des bâtiments, au profit d’une architecture de barrette. Dans ce cas on peut s’interroger sur le quota, un logement démoli pour un logement reconstruit, que prévoit l’Anru. La démolition est devenu un acte récurrent, les politiques ne se posent plus nécessairement la question des conséquences d’une démolition ni même ce que les populations en pensent, ils font le choix de démolir car la promesse d’un financement plus important est considérablement plus intéressant. Bien encore, on peut voir apparaître des démolitions, sous l’impulsion des politiques, dans le but de récupérer les terrains lotis par des grands ensembles. Dans le reportage, La cité va craquer29, on comprend alors que le maire souhaite la démolition d’un des grands ensembles de sa ville car ce dernier bénéficie d’un terrain très bien positionné et qui pourrait accueillir un futur grand équipement financé par l’État dont les retombées financières seraient importantes. De plus l’aberration est poussée à son paroxysme, un terrain voisin appartenant à la mairie est disponible et présente les caractéristiques pour accueillir cet équipement mais ce dernier doit être loti par des promoteurs privés pour la construction de logements individuels. Autre exemple voisin du grand ensemble des Bergeries. L’Orme des Mazières, grand ensemble construit entre 1955 et 1962, bénéficie actuellement d’une convention signée avec l’Anru. Une première phase est aujourd’hui achevée et permet d’imager parfaitement les dérives que peut connaître cette politique. En premier lieu, une barre de plus de neuf étages a été démoli, en son lieu trois barrettes ont émergé ne répondant absolument pas à la règle un logement reconstruit pour un logement démoli. De plus, le temps des travaux les populations ont été déplacées trente kilomètres au sud, non pas temporairement mais bien définitivement puisque le maire a ensuite choisi de reloger des personnes de la commune selon ses critères : de la mixité sociale à une forme d’épuration sociale ! L’Anru ne tend pas à favoriser les populations des grands ensembles, qui à terme se voient souvent déplacées et incapables d’y revenir, soit par le manque de logements sociaux reconstruits, soit par l’augmentation des loyers, ou bien encore par la simple disparition des logements au profit d’un autre programme. On pense que l’on peut régler les maux de la ville en réglant la question des grands ensembles, est-ce que cette politique ne tend pas à déplacer le problème ? S’interroger sur ces différentes notions permet par la suite de prendre position sur une stratégie de projet retenue pour le site des Bergeries. En effet, tous les points développés précédemment ont été recensés dans une grille d’observation permettant de mesurer dans quelle mesure les quatre hypothèses de scénarios répondent à ces prises de positions. Cette étape est le point de basculement entre la démarche de projet vers une stratégie de projet, de ré-enchantement, retenue. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

n.24 (page 50) Zone à Urbaniser en Priorité : procédure administrative d’urbanisme opérationnel créée à partir de 1957 afin de répondre à la demande croissante de logements. Les ZUP seront abandonnées en 1969 au profit des ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) pour développer les villes nouvelles, et rompre avec l’urbanisme des grands ensembles. n.25(page 50) Zone Urbaine Sensible : créée en novembre 1996, l’objectif était de lutter contre les phénomènes d’exclusion dans l’espace urbain et de favoriser l’insertion professionnelle, sociale et culturelle des populations qui habitent dans les grands ensembles ou des quartiers d’habitats dégradés. Ce terme formalise la notion de quartier en difficulté. n.26(page 50) Zone de Redynamisation Urbaine : ZUS qui connait des difficultés particulières, appréciées en fonction de leur situation dans l’agglomération, de leurs caractéristiques économiques et commerciales et d’un indice synthétique. Les conditions sont fixées par décret, en fonction : du nombre d’habitants, du taux de chômage, de la population des jeunes de moins de 25 ans, de la populations des personnes sorties du système scolaire sans diplôme, et du potentiel fiscal. n.27(page 50) Zone Frange Urbaine : zone correspondant à une population de plus de 8500 habitants, particulièrement défavorisée au regard des critères pris en compte pour la détermination des ZRU. n.28(page 51) Les opérations d’aménagements prévues par l’Anru : Réhabilitation, démolition, production de logements ; création, réhabilitation et démolition d’équipements publics ou collectifs ; réorganisation d’espaces d’activités économiques et commerciales. n.28(page 52) La cité va craquer, reportage émission Envoyé Spécial.

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Suite au travail sur l’acquisition des connaissances du site, la démarche comporte maintenant une donnée jusque là laissée de côté : le domaine du sensible et de la subjectivité. Elle s’exprime grâce à l’étude du site réalisée, et bien encore aux rencontres, et à la pratique de ce grand ensemble. Le glissement vers la subjectivité tend à aboutir à une stratégie de projet retenue, celle la plus adaptée et répondant le mieux aux besoins des Bergeries et de ses habitants, sans pour autant laisser de côté la ville dans laquelle il s’inscrit.

1- COMPATIBILITE DES SCENARIOS AVEC LES ATTENTES DU SITE

VII- SENSIBILITE ...Subjectivité

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Les travaux préalablement réalisés sur les scénarios et les attentes rentrent en interaction de manière à mettre en place la stratégie de projet. La démarche consiste à porter un regard sur les quatre scénarios et analyser leurs compatibilités avec les réelles attentes des Bergeries. Il s’agit de comprendre de quelle manière ils peuvent y répondre favorablement ou non, et être générateurs d’une stratégie de projet. Les outils et la stratégie de projet se dégagant ne sont pas le fruit d’une seule analyse de site, mais d’un regard porté sur les répercussions possibles des scénarios et leurs conséquences sociales, architecturales et urbaines.

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GRILLE D’OBSERVATION RAPPORTANT LES COMPATIBILITÉS DES SCÉNARIOS AVEC LES ATTENTES SOCIALES

a- LES ATTENTES SOCIALES Scénario 1

Scénario 3

A1 – A2 : Répond de manière tempérée : puisque les démolitions et/ou les privatisations entrainent une perte du nombre d’habitants sur le site. Les potentialités sont réduites. A3 : Intervention sur le taux de chômage de deux façons différentes au sein du site : les nouvelles activités peuvent résoudre à petite échelle la question du chômage en créant des emplois; la disparition d’une partie de la population fait nécessairement baisser le chômage. B4 : Création d’espace public au cœur du site avec des activités qui peuvent attirer des personnes de l’extérieur. La faible densité du site peut cependant entraver cette démarche.

A2-A3 : Possible par la création d’une programmation destinée aux jeunes du grand ensemble. Le reste de la programmation, autre que du logement, ne rend pas compte des qualifications du reste de la population. Il y a donc une influence possible sur le taux de chômage des jeunes (qui est la plus importante sur le site), mais sur le reste de la population au chômage. B1 : Conservation voire amplification de certaines pratiques sociales autour de la plateforme de commerces notamment. Mais le densification tend à en faire disparaître, cependant elle peut permettre dans créer de nouvelles. B5 : Possible par la programmation d’un nouvel équipement adjoint à la maison de quartier, mais elle reste par sa position excentrée. Il faudrait alors repenser la voie principale existante qui traverse le site, la déplacer permettrait d’étendre la densification à travers du logement et de mieux centraliser la maison de quartier.

Scénario 2 A5 : Faire évoluer l’idée que ce site est destiné à un type de population est possible par la construction de logements à la fois sociaux et privés, mais elle est envisageable dans une échelle restreinte ceci étant la cause d’une programmation (activités, équipements, etc...) inexistante. B1 : Les lieux de sociabilités autour des aires de jeux sont conservés et améliorés, mais ceux autour de la plate-forme de commerces, des services et des équipements ont disparu avec la démolition. B4 : Le nouveau maillage peut entrainer une nouvelle fluidité sur le site mais il n’y a pas d’attractivités pour les populations extérieures. Cela étant accentué par les reconstructions et la redistribution du foncier entre plusieurs propriétaires qui tendent à faire disparaître le parc central, atout du site. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

Scénario 4 B2 : Le site a une position géographique telle et une spatialité définie par le tissu environnant que l’opération engendrerait nécessairement la récurrence de certaines pratiques de déplacements.

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GRILLE

D’OBSERVATION

COMPATIBILITÉS

DES

RAPPORTANT

SCÉNARIOS

AVEC

LES LES

ATTENTES URBAINES

b- LES ATTENTES URBAINES Scénario 1 C1 : La prolongation des voies existantes permet d’amplifier quelque peu le réseau viaire mais n’est pas une action suffisante pour désenclaver de manière significative le site. D2 : Les limites privé / privé sont induites par la résidentialisation et la redistribution du foncier, et peuvent tendre vers le simple traitement de la « clôture » engendré par le faible remaniement urbain du site. Scénario 2 C2 : Possible, mais il n’y a pas de densification massive puisque nous sommes dans le processus de démolition / reconstruction : faible impact de ce nouveau tissu même s’il renoue avec la logique du tissu environnant. C5 : La multiplicité des propriétaires fonciers et l’absence de terrains sous la gestion des communes tend à noyer le site sous une programmation unique, celle du logement, ce qui peut en altérer la lisibilité. D5 : Diminuer la place de la voiture en tant qu’élément visible est possible sur le site par les nouvelles constructions mais plus difficile concernant celles conservées. Scénario 3 D5 : Diminuer la place de la voiture en tant qu’élément visible est possible sur le site par les nouvelles constructions mais plus difficile concernant celles conservées.

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GRILLE

D’OBSERVATION

RAPPORTANT

LES

COMPATIBILITÉS DES SCÉNARIOS AVEC LES ATTENTES ARCHITECTURALES C-

LES ATTENTES ARCHITECTURALES

Scénario 1 E3 : La résidentialisation induit une forme de privatisation (tout en restant dans le domaine du bailleur) par le regroupement d’immeubles. On reste dans un simple regroupement spatial qui peut évoluer vers un particularisme : chaque résidentialisation peut se traduire différement à travers l’organisation spatiale, les revêtements, l’emploi des matériaux en façade, etc. E5 : La maison de quartier est recontextualisée dans un espace public via l’insertion conjointe d’un nouvel équipement, sans pour autant trouver de répondant au cœur du site. Elle reste quelque peu en marge. F3 : La résidentialisation induit d’allouer une superficie limitée aux groupements d’immeubles engendrant de faibles manœuvres pour modifier l’organisation existante. De plus, elle est couplée à la conservation des accès viaires (impasses) ce qui figent les unités. Scénario 2 E2 : Dans une moindre mesure car il y a une forte altération de l’image du site par la démolition massive. E3 : Le rapport qui peut être traduit se situe dans la nouvelle répartition du foncier entre plusieurs propriétaires, mais ce n’est pas une réponse complète à l’échelle architecturale. Celle-ci dépend du particularisme mis en place par chaque propriétaire. F3 : Possible pour le bailleur actuel puisqu’il bénéficie de fonds financiers grâce à la vente de son patrimoine foncier. F4-F5 : L’intérêt premier pour le bailleur actuel est de s’occuper des démolitions / transformations et des démolitions / reconstructions. Le patrimoine existant conservé LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

en état n’apparait pas dans ses premières préoccupations. Pour la promotion privée et les nouvelles constructions, ces paramètres sont intégrés. Scénario 3 E4 : Envisageable : cela dépend de l’emprise au sol des nouvelles constructions. Les commerces peuvent être pensés comme un moyen d’aller de l’extérieur du site (frange en limite du pavillonnaire) vers l’intérieur, voire même de tisser des liens entre les constructions existantes et les nouvelles. E5 : La maison de quartier est recontextualisée dans un espace public via l’insertion conjointe d’un nouvel équipement, sans pour autant trouver de répondant au cœur du site. Elle reste quelque peu en marge. F3 : Une forte densification peut limiter les marges de manœuvre pour remanier les accès aux immeubles. F5 : Dans une moindre mesure : il n’y a pas de réponse unique à l’ouverture des logements sur l’extérieur étant donné que la densification peut limiter cette action. Elle doit rendre compte d’une gestion des vues entre existant et nouveau. Scénario 4 E4 : Envisageable, cela dépend du rapport entretenu entre les nouvelles constructions. Les commerces peuvent être pensés comme un moyen d’aller de l’extérieur du site (frange en limite du pavillonnaire) vers l’intérieur, voire même de tisser des liens entre les constructions.

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GRILLE

D’OBSERVATION RAPPORTANT LES

COMPATIBILITÉS DES SCÉNARIOS AVEC LES POSITIONS PERSONNELLES

3- COMPATIBILITE DES SCENARIOS AVEC LES NOTIONS DEFENDUES SUR LES GRANDS ENSEMBLES

La résultante de ce travail entre les scénarios et les attentes du site aurait pu être une stratégie de projet. Mais la part de sensible et de subjectivité est poussée à son paroxysme, afin de définir et de retenir un cinquième scénario qui est celui de la stratégie proposée. Il prend en considération la partie relatant les différentes notions sur le patrimoine, l’héritage, etc, qui sont des prises de positions personnelles. Il a été effectué le travail similiaire que précédemment, c’est à dire comprendre si les scénarios sont compatibles ou non avec les attentes personnelles développées. Scénario 1 G4 : Valable pour le site et son potentiel. Mais l’utilisation de ce potentiel à travers la population existante est limitée puisque celle-ci est amputée par la démolition et la privatisation d’une partie du patrimoine immobilier. G5 : Dans une moindre mesure : conservation de certains lieux au centre du site, et modification de lieux de sociabilités par démolition / reconstruction d’activités. La programmation seule peut permettre la conservation ou l’évolution des usages initiaux. H1 : Moindre mesure : la programmation des activités n’a pas quelque chose de particulier. H3 Conservation et démolition sans reconstruction d’un autre type de logements : l’introduction d’une nouvelle population sur le site n’est pas visible. H4 : La mise en place d’espaces publics peut faire dériver les choix architecturaux et LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

urbains vers les logiques d’organisations des centres villes. Scénario 2 G5 : Possible dans la nouvelle programmation de logements mais amputé par le fait qu’il y ait un fort déplacement des populations existantes par les démolitions. H2-H3 : Possible par les nouveaux logements qui sont construits sur le site, notamment à travers les logements privés, mais la pauvreté de la programmation engendre un faible impact sur cette volonté. Scénario 3 G3 : La dimension patrimoniale est possible dans le sens où il y a une volonté de conservation des bâtiments à l’inverse de la position actuelle des politiques de la ville. La dimension culturelle est mesurée, il faut pour cela une programmation lourde de sens pour l’équipement adjoint à la maison de quartier. G4 : La densification peut altérer certaines de ces données. G5 : Pour que cette action soit possible, il faut que la densification soit mesurée et définisse des zones non constructibles correspondant aux espaces de sociabilités. H2 : Contradiction: la densification s’opère par de l’habitat urbain, mais cette colonisation peut contribuer à revaloriser le rapport entretenu entre ce type d’habitat et celui du logement social des grands ensembles. H4-H5 : Il faut une approche mesurée de l’espace public et de son emploi pour ne pas tomber dans ce schéma. 58


3- VERS UN ULTIME SCENARIO

Si l’on veut résoudre toutes les difficultés que connait un grand ensemble aujourd’hui, et le faire évoluer vers un avenir qui serait meilleur que celui qu’il connait, on ne peut prétendre à répondre à toutes les attentes qui ont été définies. Il y a des volontés et des nécessités qui s’expriment mais sont en parfaites contradictions. On peut citer pour exemple la volonté de désenclaver les Bergeries, cet acte passant en partie par une cohérence de dialogue avec le tissu environnant. En admettant une densification par l’apport de nouveaux bâtis et d’un nouveau maillage viaire, on s’aperçoit alors que le site présente des caractéristiques et une logique qui lui sont propres. De plus, si on met en avant la conservation de l’existant, on ne peut pas alors rompre la logique du site en venant implanter un nouveau tissu qui serait celui de l’habitat individuel. Ce serait alors une démarche en parfaite opposition avec l’idée de faire valoir cette architecture et ces habitants comme légitimes, marginalisant un peu plus le modèle architectural du grand ensemble. Le désenclavement ne trouve donc pas de réponse, et doit se manifester d’une autre manière dans les programmes implantés sur le site, ou bien encore en rendant cette architecture, par la conservation, encore plus différente qu’elle ne l’est. C’est donc par ce processus que passe l’écriture du cinquième et ultime scénario, en plus d’être mis en place par les positions personnelles défendues sur les grands ensembles.

SCÉNARIO 5 : DENSIFIER / ATTIRER Le scénario retenu est la composition de quatre outils – la densification, le désenclavement, le remembrement parcellaire et la démolition / reconstruction. Synthétiquement, il s’agit de redistribuer le foncier appartenant au bailleur actuel entre deux autres acteurs, les communes et un nouveau bailleur; et d’offrir par le biais de la densification une nouvelle programmation sur le site qui tendrait à un désenclavement par le biais des activités. Ce dernier s’opérant également avec une amplification du maillage viaire à partir des existants. La densification se manifeste par l’apport de nouveaux logements sociaux. La démolition / reconstruction apparaît dans une moindre mesure, puisqu’elle concerne des activités dont les locaux sont devenus trop vétustes, ou encore une tour de logement représentant une infime partie du patrimoine du site. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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OFFRIR LA POSSIBILITÉ DE TRAVERSER LE SITE ET DE SUSCITER L’INTÉRÊT D’UNE POPULATION AUTRE QUE CELLE DU GRAND ENSEMBLE. ECHELLES COMMUNALE ET RAPPROCHÉE

VIII- STRATEGIE ...Densifier / Attirer DANS LE GRAND TERRITOIRE ...Attirer et désenclaver

La stratégie proposée s’intéresse dans un premier temps à l’échelle communale. Le grand ensemble a une position stratégique, dominant la Seine il se situe au centre de plusieurs sites de loisirs et de détente, les plus importants étant la Base de Loisirs du Port aux Cerises et la forêt de Sénart. Aujourd’hui, on constate que les différents déplacements piétons ou cyclistes qui existent entre ces lieux ne s’effectuent pas par la traversée des Bergeries. On contourne ce lieu, sans jamais le traverser, alors même qu’il pourrait faire parti des possibles cheminements. La raison essentielle s’explique par le fait que les gens n’habitant les Bergeries ont une image très négative du lieu, et ne s’y sentent pas en sécurité. Ce phénomène est amplifié par un manque de dessertes et une attractivité inexistante qui ne déclenche par l’intérêt pour ces populations extérieures. Il s’agit d’offrir une option supplémentaire aux déplacements entre ces différents lieux de loisirs et de détente : la traversée du site avec en son centre un parc, prémisse de la forêt de Sénart, serait une option parmi les possibles cheminements. Inciter la traversée des Bergeries doit se déclencher également par une programmation qui tende à donner aussi bien aux habitants qu’aux populations environnantes, une nouvelle attractivité - générer une dynamique - qui se manifeste par l’implantation de programmes qui jusque là se trouvent éloignés en centre ville ou intégrés à des platesformes commerciales de grande ampleur. EXPLOITER LE POTENTIEL EXISTANT Le grand ensemble dispose déjà d’une programmation liée aux services de proximité, mais celle-ci bénéficie aux habitants du site pour la plus grande part, et présente de profondes lacunes. Il faut partir de cette base, et exploiter le potentiel qu’elle peut représenter. Il en est de même pour le parc central, peu de gens connaissance son existence, bien qu’il présente peu de qualités paysagères. Il faut partir de l’état existant proposé aujourd’hui, l’amplifier en le transformant en un parc qui pourrait être convoité et pratiqué par une population autre que celle du grand ensemble. INFLUER SUR LES APRIORIS Il ne s’agit pas de dire que le site doit être obligatoirement traversé, mais qu’il soit, à juste titre, un cheminement possible comme tout le reste du tissu environnant, et qu’il puisse offrir des services vecteurs d’une forme de mixité sociale et d’interactions, notamment avec la population qui jusque là n’osait pas y venir. De plus, cette alliance entre attrait et désenclavement peut interférer sur l’image perçue actuellement du lieu; puisque celle-ci s’est forgée dans l’esprit des gens non pas par

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connaissance du site mais par a priori. C’est à partir des données existantes du grand ensemble et par sa compréhension que toute la stratégie doit être pensée.

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RÉVÉLER DES MICRO-CENTRALITÉS AUTOUR DES ACTIVITÉS QUI EXISTENT EXPLOITER L’EXISTANT Aujourd’hui il existe une seule interaction entre le grand ensemble et son environnant proche sur la frange nord avec ce qui persiste comme commerces, ne contribuant donc pas à faire pénétrer les gens vers l’intérieur du site. La centralité actuelle au cœur du site quant à elle est peu dynamique. Le centre médico-social et la salle associative étant fermés, le service postal fonctionnant en dilettante et l’école maternelle sur le point de fermer, ne contribuent plus à attirer.

MICRO-CENTRALITE ...Attirer

Pour attirer sur le site une population extérieure, et également contribuer à améliorer le quotidien des habitants, la stratégie suggère de créer plusieurs micro-centralités à partir de l’existant. Elles doivent à la fois être en relation et interagir avec l’environnement extérieur du grand ensemble. Trois lieux de centralités, correspondant à une programmation regroupant services, commerces, équipements, etc, sont définis à partir des programmes existants. Elles s’inscrivent dans la logique des pratiques sociales internes en conservant les lieux de sociabilités qui existent, la finalité etant de les amplifier et d’en créer de nouveaux. → Au nord du site, à partir de la programmation existante de la plate-forme de commerces : recréer une dynamique qui serait à la fois tournée vers le grand ensemble et vers le tissu pavillonnaire faisant face, incitant autrui à pénétrer au cœur des Bergeries, voire à les traverser. Sur la carte à l’échelle communale présentant les cheminements projetés possibles, la position stratégique de ce point du programme s’appuie également sur la présence d’une desserte en transport en commun. → Au cœur du site, à partir des services déjà dispensés : créer une dynamique qui contribue à palier aux difficultés connues par les habitants et intervenant directement sur celles relevées dans l’étude sociale, c’est-à-dire le chômage et l’inactivité d’une part cette population. Cette dynamique doit être induite à travers le potentiel que représente les jeunes. → A l’ouest du site, à partir de la maison de quartier : créer une centralité autour (et pour) des activités exercées par les jeunes qui manquent de moyens pour se regrouper et s’exprimer. Cette programmation doit être, comme l’est actuellement la maison de quartier, le reflet des habitants. Elle doit se définir comme un faire valoir du grand ensemble, et un moyen de diffuser au grand public toute la créativité, toutes les activités, et tous les talents que peuvent exprimer les jeunes. UN PARC PAYSAGER ET DENSE Ces trois centralités rayonnent autour d’une forte centralité qu’est la transformation du centre vert existant en parc paysager, entendons par là qu’il serait arboré et massivement planté. Elles n’agissent pas en entités autonomes puisque les programmes peuvent être redondants et se nourrir des données des unes ou des autres.

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Au sud du site, on projette également une petite centralité pensée autour des terminus de bus, afin de marquer également une entrée sur le site au sud, et de montrer la possibilité de le traverser de part en part. Ces nouvelles entrées sont pensées avant tout à l’échelle du piéton ou du cycliste, et s’accordent avec l’idée des cheminements qui relient les multiples points naturels et de détente alentour. La création de ces petites centralités n’est pas seulement bénéfique au site et à ses habitants mais l’est pour les populations environnantes. La description faite ici de ces dernières interagit directement avec l’échelle communale puisque elles doivent permettre d’attirer une population extérieure et de proposer la traversée des Bergeries. La programmation au nord profite aux habitants du tissu pavillonnaire, et celle au centre peut également bénéficier à toutes personnes extérieures. La programmation en lien avec la maison de quartier est plus réservée aux habitants du site, mais n’exclue pas des intervenants extérieurs.

MAISON DE QUARTIER

PLATE-FORME DE COMMERCES

SERVICE POSTAL ET CMS

VUE DEPUIS LES TERMINUS DE BUS

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OFFRIR LA POSSIBILITÉ DE CIRCULER NE PLUS CONTOURNER Le réseau viaire existant se résume en une série d’impasses et un seul axe nordsud qui permet de traverser le site en voiture. Concernant les circulations piétonnes, elles se calquent sur cette dernière, bien qu’il existe la possibilité de traverser le grand ensemble sans pour autant suivre le cheminement automobile. Il existe également une série d’axes mineurs reliant les différents groupes d’immeubles, en revanche on note l’absence d’une circulation piétonne est-ouest. En tant que piéton, l’utilisation est faite de ses cheminements en journée par les habitants du site, mais très peu en soirée ou bien même la nuit. Un réseau viaire encadre le site, sauf sur la partie ouest, ce qui contribue aujourd’hui au fait qu’on le contourne et que l’on ne le traverse pas.

CIRCULER ...Désenclaver

AMPLIFICATION DU MAILLAGE VIAIRE EXISTANT Dans un premier temps, le nouveau maillage viaire concerne le réseau automobile. → Relier les impasses existantes qui obligent actuellement chaque habitant à faire un détour pour rejoindre les deux voies principales encadrant le site au nord et au sud. → Relier l’école de Police au site, qui jusque là lui tourne le dos et accentue son enclavement, avec la création d’une entrée secondaire et d’une nouvelle voie qui relierait l’entrée au réseau existant du grand ensemble. → Créer une nouvelle voie qui prend son emprise sur l’axe majeur de circulation au sud du site, et qui vient se relier aux voies existantes du tissu à l’ouest, et venant ensuite se connecter à l’axe principal nord-sud traversant le grand ensemble. Ainsi on multiplie les options d’entrées et de circulations, cela permet également de reconnecter les lieux avec l’habitat individuel auquel il tournait le dos jusque là. Dans un second temps, on conserve les voies piétonnes qui contribuent aux habitudes de déplacements des habitants, et l’on vient créer une transversale est-ouest qui permet de relier la maison de quartier et sa future programmation à la dynamique créée au centre du site. On vient également prolonger l’axe piéton nord-sud, offrant la possibilité de traverser le grand ensemble s’en être obligé de suivre l’axe automobile, et reliant les stations de bus. L’axe nord-sud et la transversale créée viennent se rencontrer au coeur du parc paysager. Un troisième type de voie se développe au nord avec la création d’un axe à dominance piétonne qui marque l’entrée du site. Elle correspond à la mise en place d’une percée, ou encore d’une entrée piétonne qui doit mener au centre du grand ensemble et venir à la rencontre du parc. Sa position est déterminée par la future programmation, et la volonté de conserver les lieux de pratiques sociales des habitants. Il ne s’agit pas de développer un réseau viaire plus important qu’il n’existe en venant

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multiplier les options de circulations sur le site, mais d’amplifier le maillage existant en connectant les voies entre elles. De plus, la stratégie repose sur la conservation des bâtiments existants, toute démolition pour faire passer une voie est exclue. Permettre de circuler c’est offrir la possibilité pour autrui de le traverser et de venir voir ce qui s’y passe, et de contribuer à un désenclavement qui n’a pas seulement un impact sur l’urbain mais également sur la dimension sociale.

DESSERTE STATIONNEMENTS ET IMMEUBLES

ALLÉE PIÉTONNE NORD-SUD

VOIE PRINCIPALE NORD-SUD

IMPASSE DESSERVANT LES IMMEUBLES

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REDISTRIBUER LE FONCIER ...Diversifier FAIRE ÉVOLUER L’ARCHITECTURE ET INSTAURER UNE CONCURRENCE SAINE DISTRIBUER LE FONCIER À PARTIR DE LA DIVISION CADASTRALE EXISTANTE Comme beaucoup de grand ensemble aujourd’hui, le site n’échappe pas à des difficultés de gestion conséquences d’une emprise foncière et d’un parc de logements considérables à entretenir. On aurait pu admettre, puisque la stratégie prévoit de densifier le site, de ne pas redistribuer le foncier et de venir implanter de nouveaux programmes de logements sous la responsabilité du bailleur actuel, mais la question financière entrave cette hypothèse étant donné que ce dernier connait déjà des difficultés pour réhabiliter ses logements. Actuellement l’emprise du site auquel nous nous intéressons, soit 19 hectares, n’est pas sous la gestion exclusive du bailleur Batigère, puisque les communes possèdent les parcelles où sont implantés la maison de quartier, le terrain de foot, les services et l’école au cœur du site, représentant un tiers de sa superficie. Le terrain de l’école de Police quant à lui appartient à l’État ce qui laisse peu d’interventions possibles sur cette parcelle autre que l’action proposée de venir instaurer un lien avec le grand ensemble par la création d’un nouvel accès. La stratégie proposée envisage que le bailleur actuel vende une partie de son patrimoine foncier et immobilier à un nouveau bailleur social, et aux communes. Cette redistribution du foncier s’opère à partir du plan cadastral existant, le site étant divisé en treize parcelles sur les deux communes. Batigère cède donc à un nouveau bailleur l’équivalent de cinq hectares, tandis que les terrains vendus aux communes sont moins importants puisque elles disposent, avant la redistribution, de sept hectares. Cependant, on leur attribue une parcelle au sud et une partie des terrains au nord, cela étant en relation avec la programmation future envisagée, et également une parcelle contiguë à la maison de quartier dont la commune de Draveil est la gestionnaire. INSTAURER UNE CONCURRENCE SAINE Le fait de diviser ce patrimoine entre deux bailleurs peut engendrer une concurrence LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

saine, en plus de faciliter la gestion du site. Elle implique que les bailleurs rentrent dans un processus de comparaisons avec la gestion faite du même parc immobilier par l’autre ; jusque là le bailleur n’avait de compte à rendre à personne puisqu’il était à couvert de tout regard. Cette concurrence engendrerait donc une implication, un entretien des logements et des espaces extérieurs plus importants de la part des gestionnaires qu’ils ne le sont aujourd’hui, et cela au bénéfice des habitants. D’un point de vue financier, c’est également une opération intéressante et prometteuse pour l’évolution et le renouvellement des immeubles. La réhabilitation est une action couteuse, si le bailleur revend une partie de son patrimoine il dispose alors des fonds nécessaires à la réhabilitation des logements, des parties communes, des façades et des espaces extérieurs. Concernant le nouveau bailleur, on constate généralement que lorsqu’il investit dans l’immobilier il entreprend des travaux sur son nouveau parc répondant à sa politique. Dans ces deux situations, le remembrement parcellaire contribue à une évolution possible du bâti. A partir de là, la réhabilitation est un acte envisageable. Elle concerne tous les édifices de logements conservés, et gérée comme souvent à l’étranger dans les projets de renouvellements des grands ensembles par un plan de référence faisant par la suite appelle à différents architectes. Interférant directement sur l’image des immeubles et permettant de multiplier les possibilités d’évolutions des bâtiments et des logements, et ainsi de créer une diversité. Rendre particulière cette architecture et la diversifier aura un impact sur la perception que les gens n’y habitant pas en ont, et permettra de développer un sentiment d‘appartenance chez les habitants puisque chacun se référera à ce que renvoie leur immeuble et non pas à l’ensemble qui est assimilé à la même image négative. C’est une alternative au sentiment d’appartenance souhaité lorsque des opérations de résidentialisation sont mises en place, puisque l’emploi de cet outil n’est pas voulu dans la stratégie mais qu’il comporte une dimension sociale qu’il est intéressant de réintroduire. LA DÉMOLITION DANS UNE MOINDRE MESURE La démolition est entreprise sur le site, mais de manière modérée. Elle est envisagée s’il y a une réelle nécessité, et toujours dans l’optique d’une reconstruction par la suite. Tous les bâtiments démolis contribuant activement à la vie sociale des Bergeries doivent impérativement être reconstruits. Le choix de ne pas rentrer dans un processus de démolition plus important, et bien évidemment mis en avant pour affirmer la nécessité d’une conservation aujourd’hui. C’est une action bénéfique pour les habitants et fructueuse pour le bailleur en admettant que ce dernier perd moins d’argent à reloger les habitants ailleurs sur une période plus longue que serait celle de la réhabilitation. Du point de vue des habitants la conservation permet de ne pas les déplacer, de ne pas les reloger dans du logement social encore plus éloigné de Paris, et de ne pas venir rompre leur quotidien et leur attachement à leur quartier. 66


La démolition / reconstruction concerne à la fois des logements et des activités présentes sur le site. → La plate-forme de commerces au Nord devenue vétuste car les locaux ne répondent plus aux normes actuelles. Sa reconstruction est envisagée au même endroit, mais elle devra présenter des qualités qui n’existent pas aujourd’hui, notamment être ouverte à la fois sur le tissu pavillonnaire lui faisant face, et également sur l’intérieur du site. → Un immeuble d’habitation de cinq étages, voisin des commerces, est voué à la démolition. Les raisons ne concernent pas des questions de vétusté ou d’insalubrité, mais il s’agit de créer une nouvelle entrée sur le site par la création d’une perspective offrant une vue directe au coeur des Bergeries, et suggérant à autrui d’y pénétrer. Elle est un des paramètres contribuant au désenclavement. Bien évidemment cette démolition serait suivie par une reconstruction dans le programme de densification des 26 logements démolis. → Le centre médico-social au cœur du grand ensemble constitué de préfabriqués et qui est devenu avec le temps vétuste. Sa reconstruction est également envisagée, c’est un service essentiel pour les habitants au delà du rayonnement du site. Une seule démolition sans reconstruction intervient, celle de l’école maternelle voisine du CMS. Aujourd’hui, la volonté des communes est de la fermer puisqu’un complexe scolaire est en construction non loin de là. On aurait pu admettre une reconstruction puisque l’on vient densifier le site, elle aurait donc pu être nécessaire. Mais il faut tenir compte du fait que les équipements publics sont financés en partie par les communes et le Conseil Général, s’ils s’opposent à cette reconstruction il n’y a alors pas de financement possible.

VUE SUR L’IMMEUBLE DÉMOLI

CONSERVATION DE LA MAISON DE QUARTIER

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PROGRAMMATION ...Attirer et diversifier

DENSIFIER ET ATTIRER PAR DES PROGRAMMES BÉNÉFIQUES POUR LES HABITANTS DENSIFIER LE SITE : LOGEMENTS ET ACTIVITÉS La faible emprise au sol des surfaces bâties sur le grand ensemble laisse envisageable une densification. Celle-ci se compose de programmes mixtes et de logements. La construction de nouveaux logements concernent à la fois Batigère, le nouveau bailleur et également les communes. Concernant les différentes activités, les nouveaux édifices sont voués au financement des communes, et d’autres intervenants étatiques qui peuvent être des sources de subventionnements, puisqu’elles s’implantent sur leurs propriétés. Les nouvelles programmations souhaitées ont pour objectif de répondre aux attentes sociales, c’est à dire aux besoins des habitants aussi bien dans les domaines du travail, du loisir, que des services, tout en permettant de créer une nouvelle dynamique au rayonnement plus large que celui des Bergeries. Ces programmations ont pour objectif d’attirer une population extérieure. PROGRAMMES MIXTES : ÉQUIPEMENT CULTUREL ET SERVICES. Ces programmes sont pensés autour de la maison de quartier à l’ouest, et de la halte garderie au centre du site. → La programmation autour de la maison de quartier prévoit la création d’un équipement culturel dont bénéficierait directement cette dernière. Plusieurs manifestations sont organisées par la maison de quartier chaque année, elle accueille pour exemple tous LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

les ans un festival de musique urbaine tout en ne disposant pas encore des locaux nécessaires à une diffusion de cet événement hors des Bergeries. Par ailleurs, il existe un collectif de jeunes danseurs qui ne dispose plus de lieux pour s’exprimer; on note également une fascination pour la musique de ces derniers. L’équipement culturel proposé serait à la fois, un lieu pour accueillir des événements et permettre de les distribuer au public, et un ensemble de locaux qui soient alloués aux jeunes pour leur permettre de pratiquer leurs différentes passions et activités au quotiden, ce qui aujourd’hui manque. Le développement de cet équipement peut se faire en association avec la maison de la Culture en centre ville de Draveil. → Au cœur du site, la programmation prévoit dans un premier temps la reconstruction du centre médico-social. Puis la mise en place à la fois d’une mission locale (maison de l’Emploi) et d’une série de locaux pour les jeunes entreprises. Il existe déjà sur la commune de Draveil une Maison de l’Emploi, seulement cette dernière manque d’espace pour assurer des formations. La proposition faite est de la déplacer aux Bergeries ; solution envisageable puisque le site est aussi accessible en transports que l’est le centre ville, et cohérente avec la proximité d’une plate-forme d’aide sociale regroupant assistantes sociales et travailleurs sociaux à quelques rues avec laquelle il est possible de mettre en place des projets. Cela serait bénéfique en imaginant les interactions possibles avec le micro-pôle pour les jeunes entreprises. Créer ce dernier est une donnée essentielle autant pour les habitants, puisque de nombreux jeunes ne disposent pas nécessairement des moyens financiers et techniques de se lancer dans un projet futur dans le domaine du travail. Bien évidemment, il ne leur est pas exclusivement réservé et doit pouvoir toucher toute la population. PROGRAMME MIXTE : COMMERCES ET LOGEMENTS. → Au nord du site, on conserve la programmation existante liée aux commerces, cependant celle-ci est agrémentée de logements. Par la création d’une perspective qui signifie la nouvelle entrée sur le site, comme expliqué précédemment, les services de proximités et les différents commerces doivent permettre aux populations extérieures de pénétrer à l’intérieur des Bergeries. Les destinations des différents commerces correspondent à ceux qui existent : pharmacie, boulangerie, coiffeur, café, et sont agrémentés d’autres commerces dont on accorderait en partie la gestion à certains habitants. Cependant, il ne faut pas partir du principe que tous les nouveaux emplois soient destinés aux habitants, cela irait à l’encontre de l’état d’autarcie dont on essait de dégager les Bergeries : une partie des emplois doit donc être attribuée à des personnes extérieures. Ces commerces tendent de manière infime à générer des emplois et à palier au chômage. Une partie des surfaces construites est vouée aux jeunes entreprises, en lien avec le micro-pôle, et peut interférer avec la maison de l’Emploi par le biais de partenariats entre les différentes activités et entreprises. Concernant les logements, ils sont destinés aux fonctionnaires de la commune de Draveil puisque nous sommes sur un terrain lui appartenant. Cela permettra de libérer des logements sociaux sur le grand ensemble qui sont attribués à ces derniers aujourd’hui. 68


EMPRISES D’ESPACES PUBLICS Aux extrémités nord et sud du site, deux emprises d’espaces publics se dégagent en rapport avec les stations de bus existantes. On peut émettre des hypothèses concernant le traitement de ces espaces publics. Au nord un revêtement minéral avec un traitement végétal construit et ordonné. Tandis qu’au sud, on profiterait de la recrudescence des arbres pour mettre en œuvre des plantations dispersées absentes de toutes régularités en partant de l’implantation des arbres existants. PROGRAMME DE LOGEMENTS Trois zones de densification sont définies pour accueillir des opérations de logements sociaux réparties entre les deux bailleurs. Puisque la volonté est d’apporter par toutes les programmations autres une mixité sociale temporaire, les logements construits sont exclusivement des logements sociaux. Le choix de ne pas mettre en œuvre de la promotion privée s’explique aussi par l’idée que la mixité sociale est une volonté récurrente chez les politiques mais qu’aujourd’hui on ne peut ni démontrer sa réussite, ni son échec. De plus, il y a un réel manque de logements sociaux sur la commune de Draveil expliquant que cette densification soit plus importante sur ses terrains ; cette programmation aide à y palier dans une moindre mesure. La promotion privée peut également se faire au détriment du parc immobilier existant, sans oublier que la résultante de cette dernière soit la résidentialisation ce qui n’est pas envisegeable dans la stratégie proposée.

MAISON DE LA CULTURE DRAVEIL

MAISON DE L’EMPLOI DRAVEIL

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projetées doivent être de gabarits intermédiaires, n’excédant pas le R+3. → Au cœur du site, les fronts bâtis proposent de marquer les alignements sur les voies prolongées, et à celle existante desservant la halte-garderie ; laissant libre court à l’imbrication des architectures au centre du terrain. De plus, il est nécessaire de structurer la voie créée menant à la seconde entrée de l’école de Police car elle doit avoir autant d’importance à terme que celle qui existe. → A l’ouest du grand ensemble, le front bâti représentant le futur équipement alloué à la maison de quartier doit marquer la nouvelle voie créée reliant le tissu pavillonnaire et l’axe majeur de circulation nord-sud. Cet alignement permet d’envisager un espace partagé au centre entre l’existant et le nouveau programme, et également de laisser une superficie de terrain destinée aux stationnements. LES FRONTS BÂTIS : IMMEUBLES D’HABITATION.

ORIENTATION ...Densifier BILAN : CIRCULER, BÂTIR ET PROGRAMMER. La dernière carte évoquant la stratégie de projet propose un aperçu des différentes données exprimées jusque là, et permet de suggérer un projet architectural et urbain sans imposer des choix qui n’auraient pas été maitre de la volonté des politiques, des habitants et des bailleurs. La vocation de la stratégie est, à mon sens exploitée, c’est à dire qu’elle suggère la plausibilité d’un projet sans figer une image dont les décisions reviennent à des acteurs bien au delà de ma propre personne. LES FRONTS BÂTIS : PROGRAMMES MIXTES. Après la redistribution parcellaire et les zones à densifier établies, des fronts bâtis ont été définis afin de donner une orientation plus précise à la stratégie proposée. Les fronts bâtis représentent les alignements et les angles à tenir si l’on projette une architecture et un aménagement urbain, laissant toutes les possibilités de formes architecturales à l’arrière. A contrario les interstices entre ces fronts bâtis représentent des percées et des vues à préserver ou à créer. → Au nord du site, la densification doit s’opérer de part et d’autre de la percée à dominante piétonne créée. L’emprise publique dégagée à son extrémité doit être accentuée par l’architecture proposée, et s’offrir à toute personne extérieure venant à la rencontre du grand ensemble. Les interstices correspondent à des perspectives existantes, qui n’étaient pas jusque là cadrées, issues du prolongement visuel d’une rue ou encore une perspective existante entre deux bâtiments. Les hauteurs des édifices LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

→ Au nord-ouest du site, le front bâti s’implante à l’alignement de la rue extérieure longeant les Bergeries au nord. Aujourd’hui lorsque l’on emprunte cet axe depuis l’ouest, c’est la première image que l’on a du grand ensemble : massivité provoquée par les barres qui sont implantées en angle droit, et par la présence de la plus haute tour du site en arrière plan. Le front bâti doit correspondre à une architecture n’excédant pas le R+4 et permettant ainsi de rompre la perspective actuelle que tout étranger à de loin lorsqu’il s’approche des Bergeries. Cette architecture doit également permettre d’intégrer une échelle intermédiaire entre le grand ensemble et le tissu pavillonnaire lui faisant face. → Au sud-est du grand ensemble, à la limite du tissu pavillonnaire, le front bâti s’implante à l’alignement de la rue existante qui, grâce à une amplification du réseau viaire, possède un nouveau statut quant à sa fréquentation envisagée. Les constructions qui s’implanteront en ces lieux doivent être d’une hauteur restreinte étant donné la proximité du lotissement pavillonnaire, c’est à dire ne dépassant pas R+2. → Au sud des Bergeries, les architectures devront être implantées à l’alignement de l’axe piéton nord-sud : les logements doivent être pensés en relation avec un réseau de circulation moins nuisible que peut l’être la nouvelle voie automobile créée en parallèle à la limite administrative du site. Ces constructions doivent induire un nouveau dialogue entre le tissu environnant et le bâti du grand ensemble, soit un gabarit intermédiaire admissible jusqu’au R+3. Le front bâti propose également de venir marquer l’emprise publique en fonction de l’aménagement qui y sera proposé, signifiant via l’architecture l’entrée piétonne. LES AIRES DE JEUX. Hormis pour les logements envisagés à l’extrémité est et contiguës au terrain de foot, tous les fronts bâtis alliés aux édifices conservés (autres que des immeubles d’habitation) sont orientés sur des axes de circulation qui convergent vers le parc paysager. Deux aires de jeux sont conservées, en lien avec la volonté de préserver les pratiques 70


sociales existantes, et �������� repensées notamment pour répondre aux normes en �������� �������� �������� vigueur de sécurité. Une troisième, laissée à l’abandon par les habitants, est restructurée et amplifiée avec la centralisation de plusieurs espaces de jeux du site, tel que le terrain de basket. Contiguë au parc, elle sera un lieu de rencontres entre les enfants et les mères de familles des Bergeries, et toutes les personnes extérieures, celles venant en profiter au détour d’une promenade ou à l’occasion d’un mercredi après-midi.

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EVOLUTION POSSIBLE

DU BÂTI DES GRANDS ENSEMBLES.

RÉFÉRENCE : ORLÉANS LA SOURCE ALAIN SARFATI

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L’axonométrie proposée est de l’ordre de l’intention et suggère des gabarits dans lesquels les futures architectures peuvent venir s’implanter librement en fonction des maîtres d’ouvrage et des architectes. Elle permet d’évaluer le potentiel à minima et à maxima de la densification sur les Bergeries. Actuellement la Shon sur le site se répartie entre les logements (75 000m²) et les activités (4 500m²). Après le processus de démolition – reconstruction et la densification, le site atteint un COS de 0,5 lorsque l’on envisage cette dernière à maxima, soit une SHON supplémentaire équivalente environ à 20 000m².

POTENTIEL ...Densification

A minima : le site est loti d’une centaine de logements sociaux supplémentaires répartis entre les deux bailleurs. Concernant les différentes activités, la densification n’apparait pas massive, les démolitions – reconstructions touchant les commerces et le centre médico-social étant en cause ; mais elle représente tout de même 1000 m² de Shon supplémentaire. A maxima : 200 logements sociaux supplémentaires sont construits, et la surface hors œuvre nette des activités est quasiment doublée.

DENSIFICATION À MAXIMA

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DENSIFICATION À MINIMA

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POTENTIEL DE LA DENSIFICATION

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RÉ-ENCHANTER LES GRANDS ENSEMBLES, C’EST …

IX- OUVERTURE

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EXPLOITER LE POTENTIEL D’AVENIR QU’ILS REPRÉSENTENT. ROMPRE AVEC L’IDÉE QUE LA DÉMOLITION PEUT RÉSOUDRE LE PROBLÈME DES BANLIEUES. OFFRIR LA POSSIBILITÉ AUX POPULATIONS D’ÊTRE FIÈRES D’Y HABITER. PRÉSERVER LES HABITANTS, S’ATTARDER À COMPRENDRE OÙ ET COMMENT ILS VIVENT. ROMPRE AVEC L’IDÉE QUE LA DÉMOLITION PUISSE ÊTRE UNE RÉPONSE FAVORABLE POUR LES POPULATIONS. FAIRE ÉVOLUER LES A PRIORI ET LA CONNOTATION NÉGATIVE QU’ILS RENVOIENT. OFFRIR LA POSSIBILITÉ D’Y CIRCULER AU MÊME TITRE QUE LE RESTE DE LA VILLE, ET DE SUSCITER L’INTÉRÊT DU RESTE DE LA SOCIÉTÉ AUTRE QUE CELUI PORTÉ PAR LES FAITS DIVERS.

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AUJOURD’HUI RECONSIDÉRER ET REPENSER LES GRANDS ENSEMBLES VONT DE IL FAUT RÉINTERROGER LA POLITIQUE DE LA VILLE ET NE PAS ADMETTRE QU’UNE PAIRE. L’APPROCHE CHOISIE A PERMIS DE NE PAS SE LAISSER DÉBORDER PAR LES SEULE SOLUTION D’AVENIR SOIT ENVISAGEABLE. LES INTERVENTIONS, COMME LA A PRIORI QUE L’ON PEUT AVOIR. RÉSIDENTIALISATION OU LA DÉMOLITION, SONT DEVENUES TROP RÉCURRENTES, ET AU-DELÀ DU PATRIMOINE ARCHITECTURAL, QUI VA NOURRIR LES RÉFLEXIONS SUR NOUS N’AVONS AUCUNE IDÉE DE LEURS IMPACTS SUR LE LONG TERME - L’AVENIR LA VILLE ET SUR LEQUEL ON VA DEVOIR INTERVENIR DANS LES ANNÉES À VENIR, NOUS LE DIRA. LES GRANDS ENSEMBLES ONT CONNU DE MANIÈRE GÉNÉRALE DES C’EST LA SITUATION MARGINALE INDUITE PAR LA SOCIÉTÉ ET LA FAIBLE PRISE EN DÉRIVES SIMILAIRES DUES À L’UNIFORMISATION DE CE MODÈLE ARCHITECTURAL COMPTE DE TOUTE UNE PART DE LA POPULATION QUI EST INQUIÉTANTE. DURANT PRÈS DE TRENTE ANS ; IL NE FAUDRAIT PAS QUE CE SCHÉMA SE RÉPÈTE J’AI

AVEC DES INTERVENTIONS DE RENOUVELLEMENT SYSTÉMATISÉES DONT ON NE PARFAITEMENT CONSCIENCE DE LA DIFFICULTÉ À TROUVER UN ÉQUILIBRE

AUJOURD’HUI ENTRE LA SATISFACTION À DONNER À UNE MAJORITÉ DE LA SOCIÉTÉ

ET LES HABITANTS DES GRANDS ENSEMBLES; LA DIFFICULTÉ À GÉRER PARFOIS DES ZONES DE NON DROIT SANS POUR AUTANT COMPRENDRE QU’UN BAILLEUR

LAISSE DES POPULATIONS VIVRE DANS DES LIEUX INSALUBRES DONT LA SEULE PRÉOCCUPATION SOIT LA SOURCE PÉCUNIAIRE QU’ELLES REPRÉSENTENT.

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MESURE PAS ENCORE LA FORCE AUJOURD’HUI.

LA SITUATION DES GRANDS ENSEMBLES EST PRÉOCCUPANTE MAIS CELLE DE LEURS HABITANTS ENCORE PLUS. J’ESPÈRE SEULEMENT QUE LA GÉNÉRATION À LAQUELLE J’APPARTIENS NE CESSERA PAS DE S’Y PRÉOCCUPER PUISQUE LES DÉCENNIES À VENIR SERONT PONCTUÉES PAR LE PROBLÈME DE SOCIÉTÉ QU’ILS REPRÉSENTENT.

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REMERCIEMENTS A Guy Hulot, pour avoir été mon guide et mon informateur au quotidien de la vie des Bergeries. A Nicolas Simon, pour nos points de vue parfois divergents sur le sujet. A Maryse, pour m’avoir fait partager ses souvenirs sur ce lieu qu’elle a habité dans sa jeunesse. A Philippe Simon et Jac Fol, mes directeurs de diplôme qui m’ont laissé poursuivre cet ultime projet au-delà des sentiers battus habituels. LES GRANDS ENSEMBLES. «RÉ-ENCHANTEMENT» D’UN PATRIMOINE MARGINALISÉ. QUELLE STRATÉGIE ?

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Mémoire de fin d'étude - Les grands ensembles