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N°45

Où l’on apprend que jeûner donne envie de divorcer, que les Balmanais aiment les muscles et les slips satinés, et que Francis Duranthon dort torse nu.

BOUDU MAGAZINE TOULOUSAIN ACTUEL

Mieux qu’à Ibiza – p.60

Tous à Bourcagneux pour le réveillon !

Vallée de l’Orbiel – p.48

Au cœur du paradis empoisonné

Lentille cultivée à Ansan (Gers)

Retour sur terre Fabriqué à Toulouse

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DÉCEMBRE 2019 - JANVIER 2020


L'HOMME DU FUTUR

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BOUDU N° 45 – DÉCEMBRE 2019 - JANVIER 2020

SOMMAIRE BOUDU le magazine toulousain actuel, est édité par TRENTE&UN, société coopérative à capital variable, au capital de 48 150 €.

EN COUV' RETOUR SUR TERRE

RCS Toulouse n° 802388017. Siège social : 24, rue de la Sainte-famille, 31200 Toulouse redaction@editions31.com

Dans cet article on croise des gens de bonne volonté, parmi lesquels un paysan jusqu’au-boutiste qui soigne les sols et veille au grain, et un chef de cantine qui satisfait les appétits des collégiens et les exigences de la restauration durable. Et à la fin, on comprend que pour changer le monde, il faut finir ses lentilles.

Gérant et directeur de la publication  : Jean Couderc

Rédaction Rédacteur en chef  : Jean Couderc Chef d’édition : Sébastien Vaissière

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INTERVIEW IL FAUT RESTAURER… LA CONFIANCE

Direction artistique et graphisme : Clara Doineau Photographe : Rémi Benoit

Publicité

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Oïkos Développement Jean Couderc jean.couderc@editions31.com 06 16 23 64 52

Retrouvez nos offres abonnés p. 9 Service abonnement : abonnement@editions31.com

Imprimé par SA Escourbiac (Graulhet). Tous droits de reproduction réservés. ISSN 2431 - 482X CPPAP : 1123 D 92920

Interdiction du foie gras, corrida, bio, confusion entre produits locaux et produits de qualité, labels, modèles agricoles, rémunération inexistante chez 20 % des paysans… Carole Delga, présidente de la région Occitanie, balaie sans détour tous les sujets alimentaires et agricoles du moment avant de couper le ruban du salon Regal.

REPORTAGE LE PARADIS EMPOISONNÉ

Un an après les inondations qui ont ravagé la vallée de l’Orbiel, cette partie de l’Aude continue de subir une forte pollution due à l’arsenic échappé de la mine de Salsigne. Potagers et jardins d’enfants sont désormais interdits, et les habitants sont toujours en colère.

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«

PORTRINTERVIEW LE RURAL MOINS LES MURS

SI JE JOUAIS ENCORE AVEC LE MEC AVEC QUI J’AI DÉBUTÉ, ON SERAIT UN DUO DE VIEUX CONS. ET UN DUO DE VIEUX CONS, À TOULOUSE, IL Y EN A DÉJÀ UN.

»

Jean-Jacques Cripia, fondateur du Duo des Non


BOUDU N° 45 – DÉCEMBRE 2019 - JANVIER 2020

SOMMAIRE Actuel LE FAIT p.7 PAROLES, PAROLES p.8 MICRO-ONDES p.10 VITE DIT p.16 BOUDUFIL p.18 TRIBU p.20 FALLAIT L'INVENTER p.22

Réel CADDIE p.34 5 FRUITS ET DILEMMES PAR JOUR

Pas facile d’être jeune, de disposer d’un budget réduit, et de consommer durable, responsable, éthique, sain et bon. Témoignage sans fard d’une femme au bord de la crise de nerfs, qui ne sait plus casser la croûte sans se casser la tête.

ÉPOQUE p.40 COUP DE JEÛNE

Ceux qui ont tenté le jeûne thérapeutique, pratique désormais ancrée dans les mœurs, semblent en revenir ragaillardis et revigorés. Non, jeûne regrette rien.

IN VIVO p.42 LA VIE DE LABO

Le laboratoire toulousain Toxalim est en pointe dans l’étude de la toxicité alimentaire. Grâce à lui, on sait qu’il faut faire mariner la viande, et que le bisphénol S n’est pas moins nocif que le bisphénol A.

VÉCU p.46 BROUILLÉE AVEC LE BRUNCH

Si vous pensez que le brunch du dimanche à l’hôtel du coin est plus sexy que le poulet dominical de chez mémé, c’est que vous n’avez rien compris à cet article.

Relax L’AFFICHE p.57 INTERVIEW p.58 AGENDA CULTURE p.64 L’ART ET LAMAZÈRES

Dans la jungle touffue de l’offre culturelle toulousaine, Greg Lamazères débroussaille pour nous un chemin subjectif.

BOUDUMONDE p.76 L’ADDITION p.78 RESTOS p.79 OBJO-THÉRAPIE p.80


ÉDITO

Du plus au mieux

© Laurent Gonzalez, California studio de création

Pendant des décennies, pour faire simple depuis le début des trente glorieuses jusqu'à la crise des subprimes, les chantres de la qualité alimentaire n'avait pas voix au chapitre. Seules comptaient alors la productivité, le rendement et, bien évidemment, le prix. Cette époque semble bel et bien révolue. Tout le monde s’accorde sur un point : ce n'est pas tout de nourrir la population, il faut aussi se préoccuper de la qualité. Et aussi, comme le souligne Carole Delga dans l’interview qu’elle nous accorde dans ce numéro, de la richesse que l'on est susceptible de créer, pour ceux qui produisent et ceux qui consomment, en favorisant tel type de production plutôt quel tel autre. D'où le choix, opéré par Boudu, ce mois-ci, de mettre en lumière le Gers, et plus particulièrement Didier Renaud et Jean-Christophe Bady, qui font leur maximum pour bien nourrir les collégiens du département. Car, comme le dit le chef auscitain, « Faire manger les enfants c’est un métier passionnant, à condition de placer ses pratiques dans un cercle vertueux ». Et en matière de vertu, Jean-Christophe Bady n’a de leçon à recevoir de personne. Pas étonnant que notre regretté ami Denis Meliet, qui nous expliquait avec passion, il y a pile un an, le sens de sa démarche au J’Go, le tenait en haute estime. Les gens de conviction savent se reconnaître  

PAR

Jean COUDERC BOUDULEMAG.COM _ 5


STARRING PAR ORDRE D’APPARITION

Pierre Cohen - conseiller municipal Generation.s Bénédicte Blanc - visiteuse médicale Yves - roboticien Florent - manipulateur et mécano Aline - dermato Alex- vélo mécanique Héloïse - dermato Rémi - vélo mécanique Julien - vélo mécanique Fanny - manipulatrice et mécano Jean-Kévin - manipulateur et mécano Laure Khoury - fondatrice de Preditox Marc Audebert - fondateur de Preditox Anne Comby - responsable du service restauration durable dans les collèges du Gers Jean-Christophe Bady - paysan Didier Renaud - chef cuisinier au collège Carnot Carole Delga - présidente de la région Occitanie Marie-Chantal Cabanac - naturopathe Isabelle Oswald - directrice de Toxalim Vassilia Theodorou - directrice adjointe de Toxalim Mathieu Benoit - gérant du BatBat Patricia - gérante de Bleu Canard Denis Morel - habitant de Conques-sur-Orbiel Jean-Louis Tessier - premier adjoint de la commune de Lastours Guy Ogé - ancien chercheur au CNRS Laurie Bauer - habitante de Conques Marlène Simonet - habitante de Conques Gilles Marty - habitant de Mas-Cabardès Francis Duranthon - conservateur du Muséum de Toulouse Jean-Marc Sor - infirmier en bloc opératoire Manu Galure - chanteur Jean-Jacques Cripia - fondateur du Duo des Non Delphine Delacambra - humoriste Romain Brard - chef cuisinier

Ont collaboré à ce numéro : Elodie et Julien BOMPA, Valentin CHOMIENNE, Perrine DEBACKER, Greg LAMAZERES, Clara MARIE, Maylis JEAN-PRÉAU, Charlotte ROLLIN, Matthieu SARTRE, Frédéric SCHEIBER, Héloïse THEPAUT


PAROLES,  PAROLES

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MICRO-ONDES

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VITE  DIT

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BOUDUFIL

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TRIBU

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FALLAIT  L'INVENTER

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© Matthieu Sartre

adj. QUI A LIEU DANS LE MOMENT PRÉSENT

LA TROISIÈME VOIE ? Alors qu’Archipel Citoyen s’est (enfin) doté d’une tête de liste en la personne de l’écologiste Antoine Maurice, l’ancien maire de Toulouse Pierre Cohen a fait irruption dans le débat pour, dit-il, créer les conditions d’un rassemblement.

L

a formule était tentante… sinon qu'elle est (pour l’instant) inexacte. Non, Pierre Cohen n’entre pas officiellement en campagne. Mais à trois mois et demi de l'élection municipale, l'ancien maire de Toulouse est sorti de sa boîte. Fort d'un sondage (commandé par Génération.s et ses partenaires du MRC et de la Gauche Républicaine et Socialiste) qui indique qu’il est la personnalité de gauche la plus connue des Toulousains (69 %), largement devant Nadia Pellefigue (29 %), il entend peser de tout son poids pour réussir le rassemblement des gauches dès le premier tour, condition indispensable, à ses yeux, pour battre Jean-Luc Moudenc. Une perspective suffisamment incertaine à ses yeux à l’heure actuelle pour qu’il envisage de

prendre le leadership d’une liste unitaire si les conditions étaient, le moment venu, réunies. Pas question néanmoins d’ajouter de la confusion ni de la division à une gauche aujourd’hui partagée entre deux blocs avec d’un côté les Verts et les Insoumis réunis sous la bannière Archipel Citoyen, et de l’autre les socialistes et les communistes regroupés avec le mouvement Une derrière Nadia Pellefigue. Pierre Cohen se trouve désormais face à un double défi : celui de convaincre la gauche qu'il est le mieux placé pour la représenter ; et celui de démontrer, par ses propositions, que laisser Jean-Luc Moudenc six années de plus au Capitole serait dangereux pour la ville. N'est-il pas déjà trop tard ? « Il peut encore se passer beaucoup de choses », prophétise-t-il BOUDULEMAG.COM _ 7


MICRO-ONDES L'actualité réchauffée

17 16/11

INÉDIT La toute nouvelle sélection d’Occitanie de rugby dispute et perd le premier match de son histoire 17-12 contre l’Espagne sur la pelouse d’Ernest Wallon.

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RAMBO La Cour de cassation confirme le licenciement d’un cadre d’Airbus pour avoir mis en danger la santé d’un de ses subordonnés en le contraignant notamment, lors d’une séance de « team-booster », à marcher sur du verre pilé.

18

IMPARDONNABLE Le pont de Mirepoixsur-Tarn s’effondre au passage d’un poids lourd de plus de 40 tonnes alors que l’édifice est interdit au plus de 19 tonnes.


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LAMENTABLE Des échauffourées éclatent dans la file d’attente d’Independence Burger, pour l’inauguration du premier restaurant de la chaine de fast-food à Toulouse qui offrait un an de burgers aux 100 premiers clients…

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TENDU Une manifestation contre les violences faites aux femmes et les féminicides réunit 2000 personnes dans les rues de Toulouse. © Frédéric SCHEIBER

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PARDI ! Le journal Le Monde classe le Ciné 32 d’Auch parmi les cinq plus beaux cinémas d’Europe. COMPILÉ PAR

Jean COUDERC


EN COUV'

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CADDIE

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INTERVIEW

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ÉPOQUE

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IN VIVO

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Réel

VÉCU

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n.m. CE QUI EST, CE QUI EXISTE, CE QUI ARRIVE EN FAIT

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REPORTAGE

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EN COUV'

Lentille cultivée à Ansan (Gers) par Jean-Christophe Bady

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Retour sur terre Ce qui est embêtant quand on veut changer le monde en général et l’alimentation en particulier, c’est qu’on ne sait jamais trop par où commencer. Sous l’impulsion de politiques publiques nouvelles, Jean-Christophe Bady et Didier Renaud ont, eux, commencé par changer de lentilles. Le premier est un paysan méditatif et jusqu’au-boutiste. Le second un chef de cantoche opiniâtre et pragmatique. Ensemble, chaque jour, à l’échelle d’un collège et d’une ration de légumineuses, ils influent positivement, sans tambour ni trompette, sur l’alimentation et la santé de centaines de collégiens gersois… par Sébastien VAISSIÈRE photographie Rémi BENOIT TEMPS DE LECTURE

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EN COUV'

À

force de scandales sanitaires, d'urgence écologique, d'impasses agricoles et de recommandations nutritionnelles, l’alimentation a définitivement déserté le champ de l’insouciance. Au festif « manger c’est tricher » qui présidait jadis aux nuits toulousaines, s’est substitué l’injonctif « manger, c’est voter », qui confère au moindre poireau vinaigrette la gravité d’un premier tour de présidentielle. La prise de conscience n’en est pas moins salutaire. Elle invite à un retour sur Terre - et à la terre - bienvenu, après des années passées hors sol à confondre qualité et quantité, abondance et santé, industrie et progrès. Chacun désormais veut bien faire, bien agir, bien manger, bien rémunérer les paysans (locaux si possible) et donner – signe des temps - un sens moral à chacun de ses coups de fourchette. La chose agite aussi bien les responsables de cantines d’Ehpad que les toques penchées sur les pianos des restaurants étoilés, et tourmente le Parlement national aussi bien que les collectivités territoriales. En Occitanie, deuxième région agricole de France, l'alimentation a même été décrétée grande cause régionale en 2018 et 2019. Une décision tout sauf anodine pour ce territoire qui concentre 2 000 entreprises du secteur agroalimentaire, plus de 16 % des exploitations agricoles du pays, et dans lequel les fermes familiales du piémont pyrénéen voisinent avec les grandes exploitations céréalières du Lauragais. Un territoire, qui plus est, où la bouffe est un sujet de conversation récurrent et un solide marqueur identitaire. La grande consultation citoyenne lancée par la Région en 2018, a montré ce que chacun savait déjà (la population veut manger mieux et local), et débouché sur un Pacte régional pour une alimentation durable, mis en œuvre en janvier 2019, qui mêle environnement, santé, conso, innovation et éducation. Sa réussite dépendra certainement d’une prise de conscience générale sur le fait que local n’est pas automatiquement synonyme de qualité, et que l'agriculture biologique est loin d'être la panacée pour les sols, la fertilité naturelle et la biodiversité. Nuances difficiles à imposer à l'ère de la punchline et des idées simples. Pour changer les choses, paysans, cuisiniers, politiques et consommateurs sont donc invités à ruer dans les brancards et à se faire rebelles. Rebelle, c’est d’ailleurs le

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substantif brandi par l’association Un plus Bio, structure militante nationale créée en 2002, qui remet chaque année à l’Hôtel de Ville de Paris, les « Victoires des cantines rebelles » aux élus, agents, structures ou quidams qui lui paraissent méritants. Un rapide coup d’œil au palmarès 2019 nous apprend que le seul occitan qui ait trouvé cette année grâce aux yeux de cette asso est le Gers, récompensé pour son statut de premier département bio de France et pour son « programme alimentaire ambitieux dans les collèges avec 26 % de bio dont la moitié en local ». Au siège auscitain du département, Anne Comby, responsable du service restauration durable dans les collèges, justifie ces efforts : « Ces dernières décennies, la restauration collective a préféré assembler plutôt que cuisiner, et acheter en gros à de grands prestataires plutôt que de s’approvisionner le plus directement possible à la source des produits. Cela a considérablement dégradé le secteur. Il y a toute une sphère, tout un tissu de relations à reconstruire. Pour cela, on s’attache à conserver de petites structures, et on table sur l’échange entre les individus. Car finalement, quand deux humains se rencontrent, ce qui leur paraissait impossible devient subitement envisageable ». D'où, par exemple, l'organisation régulières par le Département de speed-dating au cours desquels directions de collèges et producteurs se rencontrent, se parlent et font parfois affaire. Si le cas des cantines gersoises est intéressant, c’est que l’échelle est suffisamment modeste pour rester humaine, et assez significative pour servir d’exemple. Dans ce département ultra agricole, 20 restaurants de collège s’emploient chaque jour à satisfaire 8000 appétits, soit environ un million de repas annuels. Et puisque chaque repas représente 2,10 € de matière première, on peut considérer qu’il y a, à la louche, plus de deux millions d’euros possiblement relocalisables et susceptibles d’être employés à rémunérer des paysans engagés dans des pratiques vertueuses. Des vertus économiques doublées de vertus nutritionnelles et culturelles : « Philippe Martin (président du Conseil départemental ndlr) considère le repas de midi comme un temps d’éducation aussi important que les heures de cours. Réapprendre le goût, réapprendre à prendre son temps, faire attention à ce que l’on mange, et redécouvrir la saveur véritable des aliments (notamment des yaourts et du pain non industriels). En clair, revenir à la normale après des années de course à la standardisation », résume Anne Comby.


Philippe Martin, justement, qui occupait encore le mois dernier la présidence de l’Agence française pour la biodiversité, veut atteindre au plus vite l'objectif d’un premier collège 100 % bio, pour en faire le totem de sa politique. Intention louable qui, si elle a le mérite du symbole, ne semble pas remplir tous les critères de la durabilité. Anne Comby le concède d'ailleurs : « Le bio à tout prix, ça ne sert à rien. On sait très bien que le bio industriel n'est pas idéal en matière d’impact sur l’environnement. Nous aidons les collèges à l’achat de produits plus vertueux et locaux qui ne sont pas obligatoirement bios. Il ne faut pas remplacer un excès par un autre. Ce qui importe, c’est de donner du sens. Encourager un collège à acheter des lentilles à un agriculteur qui travaille à quelques kilomètres de là et fait tout pour améliorer les qualités environnementales de sa production et les vertus nutritionnels de ses produits, voilà qui donne du sens ! Le bio fait partie de ces critères, mais ne fait pas tout ». Puisqu'on en est à parler de vertus du bio et de plats de lentilles, autant franchir les quelques kilomètres qui séparent Auch du petit village d’Ansan, où Jean-Chris-

tophe Bady produit céréales et légumineuses de population. Depuis quelques temps, il fournit le collège Carnot, à Auch, en lentilles, pois carrés et petit épeautre.

« J’essaie simplement de produire sans détruire » Jean-Christophe Bady paysan gersois C'est un pionnier des couverts végétaux, et du soin de sols. Il pratique une agriculture jusqu’au-boutiste, privée de tout arrosage, conditionnée aux règles de l’agroforesterie, reposant sur l’absence de labour, le BOUDULEMAG.COM _ 15


VÉCU

Brouillée avec le brunch « Est-ce que tu viens bruncher dimanche ? » Visiblement plus cool qu’un simple déjeuner, le virus brunch se propage à Toulouse, comme ailleurs. Salons de thé, hôtels, et restaurants s’en donnent à cœur joie. Malgré toute la mauvaise volonté du monde, je n’ai pas réussi à décliner cette invitation. Retour d’expérience. - par Clara MARIE photographie Rémi BENOIT -

10h30, dimanche. J’ouvre un œil difficilement

après la soirée de la veille (un plateau-télé devant Fort Boyard, ne me jugez pas ! ). J’ai à peine le temps d’émerger que mon téléphone sonne. Non, je n’avais pas oublié que je devais rejoindre des amis pour déjeuner aujourd’hui. « On a entendu parlé d’un petit brunch hyper sympa en ville ! Il paie pas de mine, mais tous les produits viennent de petits producteurs gningningnin bio gningningnin option végétarienne gningningnin super rapport qualité-prix… » Ah oui. Parce que ce n’est pas pour déjeuner que j’ai rendez-vous, c’est pour bruncher. Depuis 5 ans, difficile de passer à côté d’une telle invitation. Cette contraction de breakfast et de lunch permet aux lève-tard du week-end (jusque là, je suis dans la cible) de migrer de leurs draps directement aux oeufs-bacon-pancakes (toujours dans la cible) sans passer par la case petit-déjeuner. Deux repas en un, de 11h à 15h, alliant sucré et salé, (traditionnellement, du bacon, des oeufs, des tartines, des viennoiseries (dans la cible), une boisson chaude, un jus de fruit…) dans l’ordre que l’on choisit. Un sacré pied de nez aux déjeuners classiques du dimanche (le combo gagnant belle-famille, nappe à carreaux, poulet rôti). « Pour la nouvelle génération, le repas dominical est en perte de vitesse. Pour certains, il est remplacé par le brunch. C’est plus fun, on met ce qu’on veut sur la table, c’est ce qui plaît aux jeunes », explique la gérante de Eve cuisine Maison, qui propose un brunch par mois. « La grande différence avec le repas dominical classique, c’est que c’est moins traditionnel, plus à la bonne franquette. » Dans les établissements du centre-ville, c’est une clientèle plutôt jeune et citadine qui se presse dans les “déjeunettes” (le terme recommandé par l’Académie française) des restaurants. « Disons 30-35 ans, et c’est plus féminin que masculin » pour le gérant du BatBat de

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la Daurade, Mathieu Benoît. « C’est plus jeune qu’au restaurant normal : en général, entre 20 et 35 ans grand maximum, avec quelques exceptions. Ce sont surtout des couples et des groupes d’amis » complète son confrère du restaurant Autour de l’assiette. 11h30. À propos d’assiette. J’entends d’ici un reste de pizza qui m’appelle dans le frigo, mais je m’autorise seulement un café (vital) et quelques cacahuètes fraîches d’hier soir pour patienter jusqu’à midi. Ne pas se voiler la face quant au problème de fond : j’ai faim. Dans le concept du “deux repas en un”, je n’avais pas réalisé que je loupais une occasion de manger.

Le côté “doudou” de la préparation

« Dans les pays anglo-saxons, ils le font depuis plus longtemps, il n’y a pas cette tradition autour des trois repas. C’est plus une question de mode de vie », analyse Patricia, la gérante de Bleu Canard, table d’hôtes à Rangueuil spécialisée dans le brunch. Elle y reçoit davantage de familles avec parfois plusieurs générations à la même tablée. Et toutes ne s’adaptent pas de la même façon à l'art du brunch. « Les gens âgés trouvent ça bizarre de boire leur café en même temps que leur assiette salée. Donc ils me le demandent à la fin du repas. » 12h. Je fais l’impasse sur le quart d’heure toulousain et pointe le bout de mon nez brumeux (estomac vide) sur le seuil du dit “petit brunch hyper sympa”. Les amis me rejoignent et, timing parfait, une minute avant la crise d’hypoglycémie débarquent une corbeille de pain, ses beurre-confitures, des viennoiseries, une assiette mêlant bacon grillé, oeufs brouillés,


salade de fruits, frites... Je me rends compte qu’un seul poulet rôti vous manque, et tout est dépeuplé. Je n’arrive décidément pas à trouver un intérêt gastronomique à l’ensemble. Pourtant, c’est bien dans un restaurant où nous sommes. Si les salons de thé n’ont plus le monopole du brunch, les restos ne se sont pas pour autant lancés dans une course à la subtilité pour leurs préparations brunchesques. Une simplicité assumée par certains : « On ne révolutionne pas la cuisine, mais on a des produits frais », explique-t-on aux Fils à Maman. Chez Eve cuisine Maison, c’est le côté “doudou” de la préparation qui primera : « C’est pas de la grande cuisine, je mise sur le côté réconfortant, avec du pain perdu par exemple. »

Surfer sur la vague

14h. Si “repue” signifie “qui a mangé à satiété”, alors je n’en suis plus là. J’en viens à regretter de ne pas avoir opté pour l’option doggy bag pour les pâtisseries. Je passe à la caisse en me demandant si c’est vraiment nécessaire, toute cette violence. Je tente de faire bonne figure en payant les 22 € (+ un supplément “marshmal-

low” sur mon chocolat) et je ne peux m’empêcher de me demander si ce resto (aussi sympa soit-il) ne surfe pas sur un concept juteux. Mathieu Benoît le concède : « Il y a un effet de mode, c’est dans l’air du temps. » « C’est un passage obligé dans le sens où on sait que ça fonctionne très bien, c’est une grosse valeur ajoutée à un menu », continue un autre. Mais pour Patricia de Bleu Canard, « un resto qui surferait sur la vague du brunch avec quelques produits pas top ne va pas perdurer. Il y a un côté mode pour des établissements comme la Fiancée, où la clientèle est vraiment 25-35 ans, bobo, dans un lieu cosy… Ils ont misé là-dessus. » Aïe. Le mot interdit. Sur mon vélo pour rentrer à la maison, je me demande ce qui me réjouit le plus : ne plus devoir manger pendant une semaine ou participer activement à redresser le PIB du pays. J’allume la radio et tombe sur une chronique de Nora Hamzawi sur France Inter (chut) : « Finalement, le brunch, c’est juste un déjeuner où tu bouffes le dessert avant le plat et où le plat est principalement constitué d’oeuf, mais ça reste un déjeuner. » Amen. J’appelle belle-maman. Dimanche prochain, c’est moi qui apporte le poulet ! BOUDULEMAG.COM _ 17


REPORTAGE

LE PARADIS EMPOISONNÉ En octobre 2018, des inondations ont ravagé la vallée de l'Orbiel, dans l'Aude. Mais pour les habitants, le pire restait à venir. Dix mois après la catastrophe, 58 enfants sont surexposés à l'Arsenic, produit chimique nocif extrait de la mine de Salsigne toute proche. Pour éviter le pire, les riverains doivent vivre sous cloche. - par Maylis JEAN-PRÉAU photographie Frédéric SCHEIBER TEMPS DE LECTURE

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A Denis et Cindy Morel avec leurs enfants

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u nord de Carcassonne, grimpant vers la montagne Noire, apparaît un petit bout d'Aude au charme fou. La vallée de l'Orbiel est un paradis naturel avec ses collines verdoyantes, ses rivières bucoliques, les ruines romantiques des quatre châteaux à Lastours, les maisons dans la roche de Mas-Cabardès... Pourtant, dans ce village, le jardin de Lucas, Benoît et Léa semble à l'abandon. Les enfants de neuf, sept et deux ans ont délaissé leur balançoire, leurs jeux et les grands arbres fruitiers. « Nous croulons sous les pommes et les poires mais nous les laissons pourrir sur place », se désole Denis Morel, le père des trois écoliers, assis à la table de sa cuisine. « Tout l'été, nous avons regardé les tomates mûrir sans pouvoir les cueillir », poursuit Cindy Morel, son épouse. Privés de jardin, les enfants s'amusent derrière les murs de la petite maison. Après chaque sortie, ils se lavent soigneusement les mains. La petite Léa ne peut surtout pas jouer en mettant les mains dans la terre. Comme les autres enfants de la commune, depuis le mois d'octobre, ils n'ont plus accès à l'aire de jeux du village testée par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et dont les concentrations en


REPORTAGE

L'ancien chercheur Guy Ogé

arsenic, plomb ou mercure sont « bien supérieures aux niveaux de concentrations admissibles ». Au total, 10 sites publics sur 25 sont concernés. Pour respecter les consignes de l'Agence Régional de la Santé (ARS) Cindy et Denis Morel devraient aussi lessiver le sol de leur maison plusieurs fois par jour, ne plus consommer les végétaux locaux, proscrire la chasse aux escargots. « Nous avons choisi de nous installer ici en 2012 parce que c'était pour nous un paradis. Personne ne nous a parlé de la mine. Ni le notaire, ni l'agent immobilier. C'est en nous promenant que nous l'avons découverte », raconte Denis Maurel.

Une pollution presque invisible

Retour un an plus tôt. Dans la nuit du 14 au 15 octobre 2018, suite à des orages, les rivières montent et inondent plusieurs communes de l'Aude. Dans la vallée, Conques-sur-Orbiel et Lastours sont particulièrement touchées. « Nous avons vu de nos propres yeux des traces de pollution dans la rivière ! », se souvient le premier adjoint de Lastours, Jean-Louis Tessier. Ce natif du village sait très bien ce qui se cache derrière la carte postale : l'ancienne mine d'or et d'arsenic

de Salsigne fermée en 2004 après une dépollution partielle réalisée par l'État, mais aussi le site d'enfouissement de la SEPS, qui incinérait par exemple les décodeurs de Canal+. Il suffit d'une petite balade dans la vallée de l'Orbiel pour prendre conscience de ce lourd passé et de son héritage presque invisible. Cette colline sur laquelle on s'installerait aisément pour piqueniquer, c'est le Pech de Montredon, où sont stockés 120 tonnes de résidus miniers, et qui n'est plus étanche. « Il n'y a pas de clôture et le panneau Entrée Interdite vient d'être posé », lâche Guy Ogé, ancien chercheur au CNRS et habitant de la vallée. À quelques kilomètres de là, à la sortie de Salsigne, nous empruntons le chemin de la mine. Des traces brunes remontent à la surface et une odeur âcre pique les yeux et les narines : « Il n'y a pas que de l'arsenic, qui est un toxique cancérigène dont on connaît mal les conséquences sur la santé, mais aussi des métaux lourds, du plomb, du cadmium. Sur les sept sites il y a 1,2 million de tonnes de déchets toxiques dans 14 millions de tonnes de tout venant », poursuit le chercheur. Cent tonnes d'arsenic pur ont été abandonnées à l'air libre sur le site de Nartau. Le ruisseau du Grésilhou passe à ses pieds. BOUDULEMAG.COM _ 21


Relax

INTERVIEW - PORTRINTERVIEW - AGENDA -

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RÉCIT - BOUDUMONDE - L'ADDITION - OBJO-THÉRAPIE

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© Anthony Jean

adj. REPOSANT, CALME, DÉTENDU, À L’AISE

L'AIDANT DU BONHEUR L'AFFICHE

« J’ai rencontré des femmes exceptionnelles. Elles ont gagné mon respect pour la vie. » Old On project, du 20 décembre au 5 janvier dans la galerie des publics du musée des Abattoirs

L

e Sicoval, la communauté d’agglomération du Sud-Est toulousain, aime bien les pas de côté. Pendant que sa voisine Toulouse Métropole s’enorgueillit de sa jeunesse, ce territoire lauragais dont Ramonville et Castanet sont les cités principales, consacre une semaine entière à ses vieux. L'opération, baptisée « Seniors, et alors ? » s’est achevée officiellement début décembre, mais se poursuit jusqu’au 5 janvier 2020 à la galerie des publics du musée des Abattoirs de Toulouse, avec l'exposition Old On project. Son auteur, le photojournaliste toulousain Anthony Jean, y dévoile sans artifice et avec un remarquable sens du cadre, le

quotidien des aides à domicile du Sicoval : « Je ne suis pas un habitué de ce genre de sujets. Je suis photographe militant pour les droits de l’Homme, plus coutumier des zones de guerre ou des bateaux de migrants que des domiciles de personnes âgées. J'ai découvert un métier éprouvant et rencontré des femmes exceptionnelles. Elles ont gagné mon respect pour la vie. J'ai essayé de montrer leur quotidien avec un peu poésie mais sans rien embellir. Si je peux contribuer à les sortir de l’ombre, cela suff ira à mon bonheur » confiet-il. Une rencontre frontale avec la vieillesse, et un hommage à ceux qui en soulagent les maux  

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L'art et Lamazères

À Toulouse, la programmation culturelle pléthorique impose de faire des choix. Et comme choisir c’est renoncer au reste, ce n’est pas aussi aisé qu’on croit. Boudu a donc confié à Greg Lamazères le soin de tricoter une sélection subjective des immanquables du moment, guidée par ses instincts de Toulousain, journaliste, écrivain et joueur d’harmonica. - par Greg LAMAZÈRES -

TEMPS DE LECTURE

1

MOIS

théâtre

© DR

Outrage au public

Dans une lettre à se tordre adressée au directeur d’une revue théâtrale (à retrouver dans le recueil Sur les traces de la vérité), Thomas Bernhard vante le génie de son acteur favori Minetti, à qui il consacre la pièce éponyme: « Nous ne rencontrons au cours du même siècle que très peu d’artistes qui nous mettent véritablement les nerfs à vif ! ». À la suite de quoi, le génial grincheux autrichien se jette au cou du public « ennemi de l’esprit » qui « n’aspire qu’au divertissement le plus imbécile, tout le reste n’est que mensonge, or j’ai toujours eu en horreur les idioties divertissantes, je ne peux donc qu’exécrer le public, il est et doit rester un ennemi, et si je change d’avis, ma place est sur le tas de fumier du public, que j’abomine aujourd’hui, parce qu’il foule aux pieds ce qui m’est le plus cher ».

© Claire Gontaud

Minetti mis en scène par Jean-Pierre Beauredon, du 5 au 12 décembre au théâtre du Pavé

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© Christophe Toffolo

Autofiction

chanson

Tôt ou tard, les chanteurs ont envie de faire le point et de répondre aux questions de leurs fans. C’est Phil Collins, Kanye West ou Eddie Vedder dévoilant les dessous de leurs chansons dans la fameuse émission de VH-1 Storytelers, l’un dans l’autodérision, le deuxième se plaignant de ses fantômes, le troisième révélant qui est le rude ado sans père de son hit Alive. Sur Netflix, ce sont les récentes introspections familiales de Springsteen et Loudon Wainwright III. De la même façon, notre Fugain national a conçu une « causerie musicale » pour régaler ceux dont la vie a pour bande-son ses chansons. Accompagné de trois musiciens, vif comme un gardon (77 ans) et entouré des portraits de ses quatre auteurs (le plus connu étant Pierre Delanoë), Fugain dit et chante tout : comment lui sont venues les chansons, s’il faut coucher pour réussir, anecdotes et secrets de fabrication qui nous ramènent à une époque colorée et optimiste qui ne se prenait pas au sérieux. Michel Fugain, le 7 décembre à Altigone, Saint-Orens

théâtre

Dis-moi que ce n’est pas vrai !

Le Grenier de Toulouse relève tous les défis ; il s’attaque maintenant à Oscar. Pierre Matras en Bertrand Barnier, homme d’affaires roulé dans la farine et gesticulant dans le chaos familial comme s’il avait les doigts dans la prise, immortalisé par de Funès, Laurence Roy dans le rôle de sa femme et Laurent Collombert en kiné, on salive d’avance tout en se demandant comment la troupe va s’y prendre pour qu’un spectacle aussi débridé et dont le film a été vu mille fois à la télé puisse trouver, sinon une nouvelle jeunesse, la même intensité, et comment (ou si) Matras va jouer la scène du nez en caoutchouc. Oscar par le Grenier de Toulouse, du 6 au 31 décembre à l’Escale à Tournefeuille

La carte et le territoire

livre

Qui fait l’Histoire d’une ville ? À chacun son roman ! Avec l’encyclopédie de Mathieu Arnal, nous avons un kaléidoscope de figures drôles, un acrobate, des sœurs modistes, un aventurier collectionneur, une circassienne déchue, un magicien roué et même un goal devenu braqueur, qui alternent avec les héros tragiques, les valeureux tribuns, les innovateurs de tout poil, une féministe méconnue, de terribles poètes et tous ceux qui marquent leur temps en risquant tout. Les uns comme les autres ont eu du cran ou une folie, la vista toulousaine, mais inévitable débat: « Pourquoi Truc plutôt que Machin ? ». En tout cas, on est frappé par le nombre de détails récoltés par le journaliste, en particulier sur les fins : décapitation, dévissage dans la montagne, cancers, œdème, strangulation, bûcher, AVC, accident d’avion, coups de couteau, balle et même variole noire ! Ces Toulousains qui ont fait l’Histoire de Mathieu Arnal, paru chez Le Papillon Rouge Éditeur

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L'ADDITION

Romain Brard Votre premier émoi gustatif ? Les tomates farcies de ma mère. Le plat que vous détestiez enfant ? Les andouillettes… mais ça a beaucoup changé ! Votre madeleine de Proust ? La poule au pot. Le plat le plus difficile à réaliser ? Les desserts. Votre plat signature ? Tournedos rossini. L’aliment que vous préférez ? L'aubergine. Celui que vous détestez ? Le natto. Les pires associations ? Fraise/foie gras. Votre pêché mignon ? Le caviar. Le piège en cuisine ? Se lancer dans quelque chose que l’on ne sait pas faire. Le pire souvenir en cuisine ? Deux groupes de 40 Japonais arrivés en même temps dans mon resto qui ne compte que 60 couverts. J’ai cru qu’il s’agissait de la même réservation… Ce que vous inspire Trip Advisor ? J’aime bien, d'ailleurs je m’en sers pour choisir mes restos. Votre penchant alimentaire honteux ? Les sodas. Le plat ou le produit pour lequel vous êtes prêt à faire 100 km ? Un gibier d’exception comme une bécasse ou des ortolans (même si on n’a plus, en théorie, le droit de les chasser). L’homme ou la femme avec qui vous aimeriez dîner en tête-à-tête ? Alain Ducasse. Votre mentor ? Daniel Boulud. Le chef que vous admirez le plus ? Alain Ducasse, pour sa longévité au top niveau. L’aliment le plus bizarre que vous ayez mangé ? Jagaimo, une sorte de patate gluante asiatique. Si vous étiez un ustensile de cuisine ? Un économe. Le Genty Magre, 4 rue Genty Magre

© Rémi Benoit

Il n’a pas honte de l’affirmer : « Quand on sort d’un restaurant, il faut avoir bien mangé… mais aussi être calé ! ». À la tête du Genty Magre depuis 15 ans, après avoir fait ses armes au Relais de la Poste à Magescq dans les Landes, puis auprès de Daniel Boulud à New York avant de vivre une expérience à Tokyo, Romain Brard assume pleinement une vision de la cuisine en rupture avec l’époque. Généreuse, traditionnelle, avec de « grosses portions », il la conçoit sans fard, dans l’assiette comme dans le service, qu’il exige impeccable sans verser dans le pompeux.


RESTOS

Ça vient d'ouvrir

Hito

Hito, 26 rue de la Fonderie

Célébré comme le retour de l’enfant prodige, l’ouverture de M by Mo Bachir, dans le quartier des antiquaires, a fait grand bruit. Dans un écrin classieux et intimiste, ce nouvel établissement, qui se veut gastronomique mais pas guindé, propose une cuisine française enrichie par les voyages. À découvrir. M by Mo Bachir, 8 rue Mage

© Hito

Ce n’est pas parce que l’on vit dans une époque où l’on use et abuse de l'emphase, que l’on doit s’empêcher, au motif de vouloir s’inscrire en faux avec cette tendance, de s’enthousiasmer. Parce qu’autant le dire tout de suite, chez Hito est incontestablement l’une (sinon LA) des grandes révélations culinaires de l’année à Toulouse. Aux manettes de cette nouvelle adresse sis rue de la Fonderie en lieu et place du restaurant spécialisé dans les hambugers À l'Excès, Hitoshi Araki, un cuisinier nippon qui, après avoir officié dans un restaurant français à Tokyo a débarqué dans l’Hexagone en 2006. Après diverses expériences chez des étoilés en Bourgogne, ou chez Yannick Delpech à Colomiers, il tente l’aventure en solo pour la première fois. Et ce qu'il y a de bien avec Hito, contrairement à certains de ses confrères, c’est qu’il ne se trompe pas de priorité. Ici, l’assiette, c’est la star. De l’entrée au dessert, tout est raffiné, onctueux, bref excellent (avec une mention pour les jus, exquis) ! Et pour couronner le tout, le prix (18€ le menu le midi, 35€ le soir) est raisonnable. N’en jetez plus !

ET AUSSI...

Voici un nom qui ne manquera pas de rappeler de bons souvenirs aux noctambules des années 2000 à Toulouse. Ô faim de nuit, qui présente la particularité de fermer à 2h du matin pour rouvrir à 5h, axe sa carte autour de pièce de viande et de plats de pâtes. Tout ce qu’il faut après une soirée bien arrosée… Ô faim de nuit, 24 rue Bayard Une pizzéria, la Pizze e Basta Cosi, vient d’ouvrir à proximité du quartier de Saint-Aubin. À la carte de ce nouveau restaurant qui garantit l’authenticité des produits (italiens), une vingtaine de pizzas différentes dont la Tolosa, à base de gésiers. Fallait y penser… Pizze e Basta Cosi, 17 rue Caraman


OÙ L'ON A APPRIS

Que jeûner peut donner envie de divorcer ·  qu'Antoine

Kombouaré va adorer les mois qui viennent ·   que le brunch, c’est juste un

déjeuner où tu bouffes le dessert avant le plat   que le mieux à faire quand on n’a rien, c’est de sourire    que Croesus est plus rare que riche    que les fruits et les légumes ne sont pas forcément bons pour la santé    qu’un Japonais peut

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· toujours en cacher un autre  que ·

les speed-dating ont bien changé · que le Minotaure a une dermato

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·  qu’il faut du

cran pour être paysan que sur la route on est plus transpirant qu’inspiré   que les choses changent trop lentement pour que l’on s’en aperçoive    que les Balmanais aiment les muscles et les slips satinés · que Zola, c’est une question de génération · que Francis

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Duranthon dort torse nu ·  que les chercheurs sont des éternels optimistes ·  que l’usine à papier de Saint-Gaudens est instagrammable  ·  que l’humour communautaire ne fait

rire que soi   · que le manchot est frugal ·  qu’il vaut mieux manger de la viande marinée que boire un biberon · que les cochons de laboratoire ont la clim’ · qu’Isabelle Oswald ne pipette plus · que les

 

Parisiens ne savent pas nous contrefaire · que Vanille aime les pantalons · qu’il faut reconstruire le lien entre producteur et consommateur· et que manger doit rester un plaisir

Qu'apprendrez-vous dans le prochain numéro ? Réponse le 5 février.

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Boudu 45 - Décembre 2019 - Janvier 2020  

Où l’on apprend que jeûner donne envie de divorcer, que les Balmanais aiment les muscles et les slips satinés, que Francis Duranthon dort to...

Boudu 45 - Décembre 2019 - Janvier 2020  

Où l’on apprend que jeûner donne envie de divorcer, que les Balmanais aiment les muscles et les slips satinés, que Francis Duranthon dort to...

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