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Où l’on apprend que Johnny est déjà allé en boite à jeun, que remuer la merde, c’est bon pour le climat, et que l’on peut rentrer en France pour une envie de carbonara.

N°43

BOUDU MAGAZINE TOULOUSAIN ACTUEL

La slow libraire

SONIA LUQUE Portrait p.54

Municipales p.16 CES CITOYENS QUI VEULENT RENVERSER LA TABLE

GINETTE

la dame pipi des stars Portrait p.44

Le pilier

podologue CLÉMENT CASTETS

Portrait p.26

ROBERT MÉNARD

On a rencontré le diable ...

et on a survécu ! Conversation p.34

Les travailleurs indépendants se mettent à boire Reportage p.30

OCTOBRE 2019


BOUDU N° 43 – OCTOBRE 2019

SOMMAIRE BOUDU le magazine toulousain actuel, est édité par TRENTE&UN, société coopérative à capital variable, au capital de 21 600 €. RCS Toulouse n° 802388017. Siège social : 24, rue de la Sainte-famille, 31200 Toulouse redaction@editions31.com Gérant et directeur de la publication  : Jean Couderc

Rédaction Rédacteur en chef  : Jean Couderc Chef d’édition : Sébastien Vaissière Direction artistique et graphisme : Clara Doineau Photographe : Rémi Benoit

CONVERSATION MAL EMBOUCHÉ

Pour certains, il est le diable en personne. Un ancien défenseur des Droits de l’Homme reconverti en maire populiste de la cinquième ville d’Occitanie. Pour d’autres, il est l’avenir de la droite. Celui qui fera voler en éclats la frontière de plus en plus poreuse entre les Républicains et le Rassemblement national. Pour les Biterrois, il est le maire sortant dont on annonce la réélection dans un fauteuil. Mais pour savoir qui il est vraiment, autant lui poser directement la question.

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PORTRAIT LA SLOW LIBRAIRE

Si tu ne vas pas à la lecture, la lecture viendra à toi. C’est en substance la devise de Sonia Luque, qui après avoir parcouru les zones de conflit dans le monde sous l’égide du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, est rentrée en France porter, dans sa librairie roulante, le plaisir de lire là où il est le plus rare.

Publicité Jean Couderc jean.couderc@editions31.com 06 16 23 64 52

Retrouvez nos offres abonnés p. 9 Service abonnement : abonnement@editions31.com

Imprimé par SA Escourbiac (Graulhet, Tarn). Tous droits de reproduction réservés. ISSN 2431 - 482X CPPAP : 1123 D 92920

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EXPÉDITION LAPÉROUSE REVISITÉ

Bernard Jimenez a accompli un tour du globe inédit. Un périple terrestre sur les traces du glorieux marin albigeois Lapérouse, réalisé d’escale en escale, en sept ans… et par intermittence !

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«

PORTRAIT MERKI LA VIE

JE LUI AI FAIT UNE PETITE BISE SUR L’ÉPAULE ET IL M’A DIT : “EH OH ! DIS-DONC. ON EST MARIÉS MAINTENANT ! C’EST TERMINÉ LES FRICASSÉES DE MUSEAU.”

»

Ginette Mone, ex dame pipi des Bains-Douches


BOUDU N° 43 – OCTOBRE 2019

SOMMAIRE Actuel LE FAIT p.7 PAROLES, PAROLES p.8 MICRO-ONDES p.10 REPORTAGE p.18 EN BONNE MARCHE

L’Archipel Citoyen veut constituer une alternative citoyenne crédible pour les prochaines municipales, en partageant les idées et le pouvoir. Plus facile à dire qu’à faire.

TRIBU p.18 FALLAIT L'INVENTER p.20 DLQM p.21 BOUDUFIL p. 22

Réel PORTRAIT p.26 UN CASTETS CHOISI

Les rugbymen pro qui poursuivent des études supérieures ne sont pas légion. Clément Castets est de ceux-là, qui prépare son diplôme de podologie tout en s’imposant aux avant-postes du Stade Toulousain.

REPORTAGE p.30 TRINQUER POUR MIEUX BOSSER

Pour éviter l’isolement professionnel, menace principale qui pèse sur les travailleurs indépendants, ces derniers ont décidé de réseauter en sirotant, lors des apéros indés. La tendance pro du moment.

BONNES FEUILLES p.40 ET SI ON LISAIT AUTRE CHOSE

Il n’y a pas que Moix et Dubois dans la vie littéraire. Il y a aussi Sandoval, Nanteuil et Billioud.

INTERVIEW p.60 LA SOCIÉTÉ NUIT GRAVEMENT À LA SANTÉ

Les Hommes naissent libres et égaux en droit, mais pour la santé, c’est une autre paire de manches. Heureusement, l’épidémiologiste toulousain Cyrille Delpierre travaille à développer des campagnes de prévention et des politiques publiques plus efficaces pour résorber ces inégalités.

Relax L’AFFICHE p.63 L'ART ET LAMAZÈRES p.64

Dans la jungle touffue de l’offre culturelle toulousaine, Greg Lamazères débroussaille pour nous un chemin subjectif.

L’ADDITION p.70 OBJO-THÉRAPIE p.72


ÉDITO

© Laurent Gonzalez, California studio de création

Préjugés On a tous des idées préconçues, admises sans démonstration, fondées sur des mythes, des croyances ou des intuitions. En un mot, sur des préjugés. Le numéro de Boudu que vous avez entre les mains en est la preuve. Lorsque nous avons décidé de nous rendre à Béziers, à la rencontre de Robert Ménard, il n’a pas été simple de faire abstraction du tumulte qui entoure le personnage, peu avare, il est vrai, en outrances depuis une quasi décennie. À l’arrivée, l’homme se montre moins excessif qu’annoncé. À l’écouter raconter son enfance en Algérie, le désarroi de sa mère à son arrivée en Aveyron, sa révolte par rapport aux injustices, sa maîtrise parfaite de la provoc’ et de la communication, on comprend mieux l’homme, ses failles et, par extension, ses dérapages. Une réflexion qui vaut également pour Sonia Luque dont le récit de dix ans dans l’humanitaire, dans quelquesunes des zones les plus difficiles de la Planète, interpelle. Et bat en brèche certaines idées reçues comme celle qui consisterait à penser que « les pauvres ont plus de valeurs que les autres ». Et que dire de l’ouverture d’esprit imposée par Louis XVI à l’explorateur albigeois Lapérouse, à qui il demanda de défricher des terres inconnues avec le souci permanent des populations rencontrées, et en évitant coûte que coûte de faire couler le sang ? Finalement, dans ce numéro d’octobre, la seule idée reçue qu’on acceptera comme une vérité (par amour de la belle formule), est celle de Ginette Mone, ancienne dame pipi à la grande époque des Bains-Douches, qui nous assure, sans jamais lui avoir adressé la parole, que « Catherine Deneuve est une vraie conasse ».

PAR

Jean COUDERC BOUDULEMAG.COM _ 5


STARRING PAR ORDRE D’APPARITION

Caroline Honvaut - porte-parole Archipel Citoyen Véronique Chauveau - commerciale convertie Maxime Le Texier - porte-parole Archipel Citoyen Alex - professeur des écoles France - ancienne avocate Jade - pitchoune Mazarine - pitchoune Hayet - pitchoune Salomé - pitchoune Ayoub - pitchoune Yassine - pitchoune Sana - pitchoune Mohamed - pitchoune Rasul - pitchoune Bilel - pitchoune Vincent - pitchoune Méline - pitchoune Cédric Laurent - fondateur de Colibri Clément Castets - pilier du Stade Toulousain Bruno - graphiste Jarvik - organisateur des apéros indépendants Clarisse - organisatrice des apéros indépendants Robert Ménard - maire de Béziers Gabriel Sandoval - écrivain Sophie Santeuil - éditrice Ginette Mone - retraitée Bernard Jimenez - retraité Sonia Luque - libraire ambulante Cyrille Delpierre - épidémiologiste Simon Fétis - chef du restaurant « Les têtes d’ail »

Ont collaboré à ce numéro : Elodie et Julien BOMPA, Perrine DEBACKER, Julie GUERINEAU, Marie HIRTZBERGER, Greg LAMAZERES, Matthieu SARTRE, Claire VILLARD


MICRO-ONDES

p.10

-

REPORTAGE

-

TRIBU

-

FALLAIT  L'INVENTER

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DLQM

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Actuel p.16

p. 18

p. 20

p. 21

BOUDU  FIL  

p. 22

© Matthieu Sartre

© Rémi Benoit

adj. QUI A LIEU DANS LE MOMENT PRÉSENT

SUR LES CHAPEAUX DE ROUES Le 12 septembre, JeanLuc Moudenc annonçait l’instauration d’un arrêté anti-bivouac permettant à la police municipale de verbaliser et de provoquer la saisie de la police nationale pour procéder à des contrôles d’identité. Une décision qui a suscité un tollé dans les rangs de l’opposition.

É

ait-ce un moyen (et le moment) d’envoyer un signal fort à son électorat des Républicains alors qu’il vient d’annoncer son intention de briguer un nouveau mandat de maire ? Toujours est-il que l’annonce faite par JeanLuc Moudenc de signer un arrêté anti-bivouac pour mettre fin aux campements illicites dans le centre-ville de Toulouse n’a pas manqué de soulever l’indignation dans les rangs de l’opposition. Et ce d’autant plus que le locataire du Capitole a également pointé du doigt des « associations politisées qui organisent cette exposition sur le domaine public pour affoler les Toulousains ». Directement visé, le DAL31 s’est défendu en lui reprochant de vouloir « cacher la

misère » et « condamner la solidarité » tandis que du côté d’Archipel Citoyen, on estime que « cet arrêté, qui organise une véritable chasse aux pauvres, marquera d’une tâche son mandat, et disqualifie sa candidature aux prochaines élections municipales ». Un avis partagé par Nadia Pellefigue d’Une qui considère pour sa part que « faire disparaître les tentes ne fera pas disparaître la misère » ou François Briançon du PS pour qui « le propos populiste du maire de Toulouse revient en force » à l’approche des élections. Réactions auxquelles le maire de Toulouse a fait face en se positionnant comme le rempart contre la coalition « rouge-verte des ultras qui veut prendre le contrôle de la ville ». Ambiance… BOUDULEMAG.COM _ 7


MICRO-ONDES L'actualité réchauffée

02/09

29/08 ABSOLUTION Les deux juges d’instruction en charge de l’enquête sur le crash du vol AF447 Rio-Paris prononcent un nonlieu général pour Airbus.

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DÉRANGÉ Un cambrioleur avoue à la barre du Tribunal de Toulouse qu’il a craché partout lors de ses larcins pour être identifié et mis en prison... afin de regarder les programmes pour adultes de Canal +.

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RASSURANT Les jeunes internationaux stadistes Antoine Dupont, François Cros et Cyrille Baille prolongent leur contrat au Stade Toulousain jusqu’en 2023.


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LÂCHE Dans une vidéo publiée par Eurosport, l’ancien international Christophe Dominici reconnaît être l’auteur des insultes proférées à l’encontre de Guy Novès en pleine nuit, en février dernier.

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ÉPOQUE Le festival Tubecon des influenceurs se déroule à Diagora Labège. © photo Rémi BENOIT

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TRIBU

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Les liens du sport – PHOTO

Rémi BENOIT –

Ils se sont fait connaître en réussissant à attirer le Tour de France pour la première fois de son histoire dans un quartier populaire. Les jeunes de l’association Média Pitchounes ont entre 9 et 17 ans, habitent et sont scolarisés dans le Grand Mirail, à Saint-Cyprien, à Mermoz, mais leur quartier de cœur est désormais Bagatelle. Plusieurs fois par semaine, ils s’y rassemblent pour faire du sport, préparer leur participation à des événements et s’initier au journalisme sportif. Du CM1 à la terminale, ces jeunes s’attachent à défendre l’image de leur quartier, et s’ils ne veulent pas tous devenir journalistes, ils sont tous réunis autour d’une même passion : le sport. Plus qu’une association, Media Pitchounes est devenue pour eux une « vraie famille ». 1 - Jade

11

l’animatrice de télévision

2 - Mazarine

l’œil derrière la caméra

3 - Hayet

la doyenne aux dix ans d’ancienneté

4 - Salomé

la journaliste polyvalente

5 - Ayoub

le philanthrope

6 - Yassine le benjamin

7 - Sana

l’intervieweuse

8 - Mohamed le footballeur

9 - Rasul le cycliste

10 - Bilel

le sportif curieux

11 - Vincent

l’adepte des jeux de société

12 - Mélina

l’anti-vélo

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BOUDU FIL

Posté sur les réseaux, pisté par la rédac

Saint-Bertrand-de-Comminges, août 2019, en marge de l'évènement The Village photographie Rémi BENOIT


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PORTRAIT

p.26

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REPORTAGE

p.30

-

CONVERSATION

p. 34

-

RENTRÉE LITTÉRAIRE

p. 40

Réel

n.m. CE QUI EST, CE QUI EXISTE, CE QUI ARRIVE EN FAIT

-

INTERVIEW  

p. 58


PORTRAIT

Un Castets choisi À gauche de la mêlée toulousaine, il s'est imposé, depuis la saison dernière, comme une alternative crédible au titulaire du poste, Cyrille Baille. Une vraie performance dans un club qui a battu tous les records, mais qui ne l'a pourtant pas dissuadé de poursuivre ses études supérieures en podologie à l'IFPP, en dépit d'un emploi du temps pas toujours facile à gérer. - par Jean COUDERC photographie Rémi BENOIT TEMPS DE LECTURE

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« J'aimerais bien parfois ne rien faire, glander un peu à la maison. » La phrase pourrait raisonner comme un regret. Mais il n'en est rien. Car même s'il lui arrive de devoir se faire violence pour filer, sitôt l'entrainement terminé, à l'IFPP pendant que ses coéquipiers regagnent tranquillement leur domicile, Clément Castets ne perd jamais de vue sa motivation première : ne pas avoir à se lever, un jour dans son existence, pour faire quelque chose qui ne lui convient pas. « Une carrière dans le rugby, ça se termine, au mieux, à 35-37 ans. Après, il faut bien travailler. Et je déteste l'idée de faire quelque chose qui ne me plait pas. J'ai donc compris assez jeune que je voulais faire un métier qui me satisfait. » Pas question, dès lors, de tout miser sur le rugby qui est du reste, durant son enfance, un hobby parmi d'autres. Né à Toulouse d'un père policier et d'une mère infirmière, il s'initie au ballon ovale, en même temps qu'au judo, à Canet Sainte-Marie dans les Pyrénées-Orientales. Jusqu'à l'adolescence, c'est le plaisir de retrouver les copains qui prédomine. Sauf qu'à 15 ans, il intègre le pôle espoirs puis l'équipe de BOUDULEMAG.COM _ 17


ROBERT MÉNARD

MAL EMBOUCHÉ - propos recueillis par Jean COUDERC et Sébastien VAISSIÈRE photographie Rémi BENOIT -

18 _ BOUDULEMAG.COM


CONVERSATION

Hier encore, Robert Ménard était un héros. Célébré à gauche et à droite pour son action à la tête de Reporters sans frontières. Désormais, c’est un salaud. Unanimement condamné par les « bienpensants » qu’il abhorre, pour s’être ouvert en 2014 les portes de la mairie de Béziers, la 5e ville d’Occitanie, avec une ligne proche du Front National. Boudu, qui ne croit ni aux héros trop parfaits ni aux salauds trop évidents, lui a proposé de se prêter à l’exercice de la conversation. Nécessaire, mais insuffisant pour cerner cet hyper-maire adepte du faire vite et du parler vrai, personnage étrange, inconvenant, provocateur, franc du collier, faux dur, faux frêle, végétarien, aficionado, à la fois défenseur et pourfendeur des journalistes, ancien trotskiste, ancien socialiste, ancien pompiste et ancien activiste, qui serait devenu prêtre si sa mère ne s’y était pas opposée, et reconnaît avoir appris sur le tard à ne plus avoir honte de penser ce qu’il pense. TEMPS DE LECTURE

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SONIA LUQUE

L’itinérance du savoir

PORTRAIT

Depuis un peu plus d’un an, c’est au volant de son camion-librairie Libre Cours, sur les marchés de l’agglomération toulousaine, que l’on peut la croiser. Mais avant d’apporter la lecture à ceux à qui elle s’est (trop) longtemps refusée, Sonia Luque a parcouru le monde, au plus près de populations en détresse. par Jean COUDERC photographie Rémi BENOIT TEMPS DE LECTURE

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MIN

Qu’ont en commun les montagnes afghanes et le quartier toulousain de Borderouge ? À première vue, pas grand chose. Sinon d’avoir vu, au cours de ces dernières années, une jeune femme pleine d’espoir y œuvrer avec l’énergie de ceux qui pensent un autre monde possible. Sonia Luque n’a pourtant pas été biberonnée à l’humanitaire. Au militantisme, en revanche, oui. Née à Toulouse de parents espagnols arrivés en France dans les années 1960 avec la vague d’immigration économique, la jeune femme grandit dans une famille où la lutte n’est pas un vain mot : « Ils étaient tous les deux syndicalistes. Autant dire que j’ai évolué dans un environnement assez militant… ». Très timide, Sonia caresse l’espoir de faire des études d’art. Un désir qui se heurte à la volonté maternelle de la voir devenir professeur d’espagnol. Mais son attirance pour l’Amérique Latine va la convaincre de s’inscrire en faculté d’espagnol. Et c’est finalement un hasard qui va décider de son avenir. Le mémoire qu’elle a choisi de consacrer au Guatemala l’amène à traverser l’océan Atlantique. Une révélation. Immédiatement happée par la question des mouvements indiens, elle décide d’y retourner à deux reprises, avec une association, Collectif Guatemala. « C’est comme ça que j’ai mis un pied dans l’humanitaire et les droits de l’Homme. » Et même mieux puisqu’elle décide, à son retour, d’orienter ses études dans cette direction. Avant de se confronter directement à la

réalité du terrain sous l’égide des Nations unies et de son Haut commissariat aux droits de l’Homme, elle intervient successivement d’abord au Kosovo, puis en République démocratique du Congo (RDC), en Haïti et enfin en Afghanistan. Tout sauf un parcours de santé.

Seigneurs de guerre vs carbonara

Une presque décennie mouvementée, riche en découvertes… et en leçons de vie : « Cela renvoie à beaucoup d’humilité. On a des attitudes trop colonialistes dans les têtes et dans les pratiques ». L’absence de résultat probant est aussi là pour éviter d’attraper la grosse tête : « Quand tu commences dans l’humanitaire, tu te dis que tu vas changer le monde alors qu’au final c’est lui qui te change. Avec le temps, on devient réaliste. Il y a des moments où tu n’y crois plus, d’autres où tu deviens cynique. L’humanitaire, c’est une tectonique permanente. Mais le pire c’est qu’au final, je n’ai pas l’impression de mieux le comprendre. Je suis même revenue avec plus de questions que de réponses ». Les a priori, eux, en revanche, ont volé en éclats : « Au départ, on est très manichéen. Et puis on s’aperçoit qu’il y a des logiques derrière toute forme de violence, y compris criminelle. On devient très facilement bourreau. C’est effrayant ». De ces expériences, elle revient avec une conviction : seule la culture peut constituer une digue solide à l’obscurantisme : « Là où tu détruis la culture, tu crées les conditions pour ne plus savoir réfléchir ». BOUDULEMAG.COM _ 21


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AGENDA

p. 64

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Relax L'ADDITION

p. 70

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RESTOS

p. 71

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OBJO-THÉRAPIE

p. 72

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L'ON

A

p. 74

APPRIS

adj. REPOSANT, CALME, DÉTENDU, À L’AISE

Abdelhamid Bouchouk et Saïd Brahimi découvrent le nouveau journal du Toulouse Football Club, janvier 1957 © André Cros, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi6423

DIASPORAMA

L'AFFICHE

Touffu, cassegueule, complexe, ce projet-montagne avait tout pour accoucher d’une souris, et c’est tout le contraire qui est arrivé. Ô Blédi ! Ô Toulouse, présences maghrébines dans la ville rose 1945-2001. Jusqu’au 12 janvier 2020 à la médiathèque José-Cabanis.

S

ur le papier, le défi était immense : retracer dans une expo de médiathèque un siècle de présence maghrébine à Toulouse, depuis les expositions coloniales jusqu’au premier album de Bigflo et Oli, en passant par Alfred Nakache, Zebda, et la Marche des Beurs. Touffu, cassegueule, complexe, ce projet-montagne avait tout pour accoucher d’une souris, et c’est tout le contraire qui est arrivé. Le mérite en revient en grande partie à l’historienne et documentariste Naïma Yahi, commissaire scientifique de l’exposition, déjà coauteure en 2009 de l’exposition Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France à la Cité nationale de l’histoire et de l’immigration de Paris. L’autre explication se trouve sans doute dans la connaissance absolue de Toulouse et de ses compo-

santes maghrébines par le Tactikollectif et son chef de file Salah Amokrane, commissaire général de l’expo. Ensemble, ils proposent avec Ô Blédi ! Ô Toulouse, le premier travail scientifique, exhaustif et sensible jamais pondu localement sur le sujet. Histoire, urbanisme, culture pop, mouvements sociaux, politique, drames et moments heureux, les grands thèmes sont tous abordés avec une grande clarté. On apprend beaucoup, et l’on découvre énormément de figures et d’épisodes de l’histoire toulousaines. Et alors que d’ordinaire on peine à aller au bout des textes dans les expos de ce genre, on est porté par la clarté du propos, et emballé par la beauté des reproductions numériques grand format des photos d’archives, notamment celles de Jean Dieuzaide BOUDULEMAG.COM _ 23


L'ADDITION

Simon Fétis Votre premier émoi gustatif ? La crème anglaise de ma grand-mère. Le plat que vous détestiez enfant ? Les concombres mais aujourd'hui, j'aime tout. Votre madeleine de Proust ? Le millasson de la pâtisserie Suberbielle. Le plat le plus difficile à réaliser ? Moi je ne fais rien de compliqué, je prends des bons produits et je leur fous la paix. Votre plat signature ? Je n’en ai pas vraiment car on renouvelle très régulièrement la carte, les gens ne viennent pas pour remanger la même chose. L’aliment que vous préférez ? J’aime beaucoup les champignons. Celui que vous détestez ? Je n’ai pas la culture des fruits exotiques, je n’aime pas les travailler. Les pires associations ? Je ne sais pas, pour moi il faut goûter. J’aime bien les associations un peu débiles comme du pigeon avec des petits pois, des cerises et des myrtilles. Vos sources d’inspiration ? Instagram, je regarde ce que font les meilleurs, surtout les chefs étrangers. Le piège en cuisine ? Le show-off, vouloir prouver qu’on est bon alors qu’il faut juste faire ce qu’il nous plaît, on ne peut pas plaire à tout le monde. Le pire souvenir en cuisine ? Cuisiner avec les pieds dans 10 cm d’eau avec des fils électriques dénudés et des gens en train de les bidouiller au milieu de la cuisine. Ce que vous inspire Trip Advisor ? Les gens ne devraient pas rester anonymes puisque nous on ne l’est pas. Le plat ou le produit pour lequel vous êtes prêt à faire 100 km ? Les plantes et les champignon que mon cueilleur me ramène. Votre mentor Sylvain Joffre, c’est lui que j’appelle quand j’ai besoin de conseils. Le chef que vous admirez le plus David un grand chef à Madrid, une sorte de punk-rock star complètement barré et sans limites. Les mecs un peu habités comme ça, j’adore. L’aliment le plus bizarre que vous ayez mangé Les petits pois à la banane et cornichons de ma cousine. Si vous étiez un ustensile de cuisine ? J’aimerais bien être un couteau mais je pense que je suis plutôt une spatule.

Les Têtes d'Ail, 6 rue de la Fonderie

© Rémi Benoit

Après avoir parcouru l’Australie puis l’Espagne, puis s’être essayé aux arts appliqués, il prend la direction de Tarbes pour ramasser des haricots avant d’intégrer une école de steward. De retour à Toulouse en 2010, Simon Fétis travaille deux ans à la Braisière avant de reprendre sa formation au CFA de Blagnac. Après une alternance au restaurant En pleine nature, il ouvre, avec sa compagne, le restaurant Les têtes d’ail en 2015, et est lauréat, cette année, dans la catégorie table gourmande du Prix Lucien Vanel.


RESTOS

Ça vient d'ouvrir

Restaurant Colette

ET AUSSI...

Il y a des successions qui ne sont pas forcément aisées. En choisissant de s’installer, pour la première fois à son compte, en lieu et place de Chez Fi-Fi, dans la très chic rue Croix-Baragnon, Alexandre Bourany se savait attendu au tournant. Surtout après sept ans au Bibent, dont quatre aux commandes des cuisines. Pensé comme un restaurant d’épicuriens proposant de la cuisine traditionnelle raffinée avec des détails revus de façon contemporaine, Colette affiche d’emblée une ambition réjouissante : que le client ressorte avec le sourire. Objectif atteint à tous les niveaux : le cadre épuré sans être froid, l’accueil prévenant sans être ampoulé, la cuisine qui allie avec brio le raffinement et l’authenticité des produits (avec en particulier une remarquable variété de légumes différents dans la même assiette), cette nouvelle table fait un zéro faute. Même si le prix (25 € pour entrée+plat+dessert à midi) n’est pas forcément pour toutes les bourses. Mais on n’a rien sans rien, comme disait ma grand-mère…

Qu’il paraît loin le temps où l’idée de se rendre rue Bayard pour trouver des bons produits paraissait saugrenue. Après avoir vu le quartier se doter, ces derniers mois, d’une poissonnerie et d’une boucherie, Chez Aude, vient d’ouvrir sur la petite place Robert Schumann. Un bar à vins qui propose une petite restauration canaille le midi de très bonne facture.

Restaurant Colette, 17 rue Croix-Baragnon

© Rémi Benoit

Chez Aude, 2 place Robert-Schumann

Cantine historique des avocats toulousains, le Languedoc a profité de la rentrée pour se refaire une beauté. Désormais rebaptisé Bouillon Languedoc, on y mange, comme dans les bouillons d’antan, des plats traditionnels à prix abordables. Et c’est déjà pas mal… Bouillon Languedoc, 4 rue du Languedoc

Amateurs de cuisine exotique, un restaurant de spécialités arméniennes et russes a ouvert ses portes avant l’été rue des Filatiers. Au Troika Royal, on déguste de la dolma, du Bortsch ou du xachapuri. Vous ne savez pas ce que c’est ? Et bien poussez la porte et laissez vous tenter. Troika Royal, 23 rue des Filatiers


OÙ L'ON A APPRIS

Que les ultras veulent le Capitole ·  que Cyril

Hanouna veut la place de Jean-Luc Moudenc ·  que remuer

·

la merde, c’est bon pour le climat   qu’on peut être assureuse    qu’à

· la mairie, on ne peut virer personne ·  que Deneuve est une conasse  ·  que l’amour ne suffit pas    que le Crillon n’est ·

pas très confortable  · que le livre est un couteau suisse

· que l’égalitarisme n’est pas équitable · qu’il

y a quelqu’un à l’intersection des Deschiens et des Chevaliers

· qu’il y a quelque chose de Xachapuri au royaume d’Arménie  ·  que l’Algérie des années 50, c’était l’Amérique ·  qu’on a le

du Fiel

droit d’être soi ·  que les philosophes des Lumières avaient une vision simpliste

 

 

du monde · que Johnny est déjà allé en boite à jeun · qu’un sportif peut se régaler d’aller à l’école · qu’on peut faire 100 bornes pour une plante · que les Australiens perdent

parfois les pédales · que l’on peut rentrer en France pour une envie de carbonara · et qu’il y a beaucoup de bienveillance chez les indépendants

Qu'apprendrez-vous dans le prochain numéro ? Réponse le 6 novembre.

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BOUDU 43 - Octobre 2019  

Où l’on apprend que Johnny est déjà allé en boite à jeun, que remuer la merde, c’est bon pour le climat, et que l’on peut rentrer en France...

BOUDU 43 - Octobre 2019  

Où l’on apprend que Johnny est déjà allé en boite à jeun, que remuer la merde, c’est bon pour le climat, et que l’on peut rentrer en France...

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