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Où l’on apprend que Lacroix a bien fait de jouer au Kaino, que ce n’est pas en payant que l’on fait revenir sa femme, et qu’on trouve les journées longues quand on grandit à Saint-Gaudens.

N°41

MAGAZINE TOULOUSAIN ACTUEL

? e t n e t n e e l b i s s o p m i ’ l

Fabriqué à Toulouse

JUILLET-AOÛT 2019


BOUDU N° 41 – JUILLET-AOÛT 2019

SOMMAIRE BOUDU le magazine toulousain actuel, est édité par TRENTE&UN, société coopérative à capital variable, au capital de 48 150 €. RCS Toulouse n° 802388017. Siège social : 24, rue de la Sainte-famille, 31200 Toulouse redaction@editions31.com Gérant et directeur de la publication  : Jean Couderc

Rédaction Rédacteur en chef  : Jean Couderc Chef d’édition : Sébastien Vaissière

EN COUV’ MOBILITÉS, L’IMPOSSIBLE ENTENTE ?

Exit l’antagonisme piéton / chauffard qui dominait la rue toulousaine depuis les années 1960. L’heure est à l’empoignade multimodale et à la naissance de tribus (vélos, trottinettes, gyropodes, transports collectifs…) aux discours comparables et aux intérêts contradictoires. Une pagaille racontée par ceux qui la subissent, et illustrée en couverture et au fil des pages par le dessinateur ariégeois Jean-Yves Ferri, réjouissant scénariste d’Astérix (prochain album en octobre) et du Retour à la terre (tome 6 sorti en avril).

Direction artistique et graphisme : Clara Doineau

PORTRAIT L’EMPÊCHEUSE DE TOURNER EN ROND

Photographe : Rémi Benoit

Publicité Jean Couderc jean.couderc@editions31.com 06 16 23 64 52

Retrouvez nos offres abonnés p. 9 Service abonnement : abonnement@editions31.com

Imprimé par SA Escourbiac (Graulhet). Tous droits de reproduction réservés. ISSN 2431 - 482X CPPAP : 1123 D 92920

22 Odile Maurin a osé défier le canon lanceur d’eau des CRS lors d’une manifestation de gilets jaunes à Toulouse. Depuis, la ville découvre cette activiste en lutte depuis 20 ans pour les droits des handicapés, dont la vie est un combat, et l’histoire un roman.

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REPORTAGE DERNIER RAIL POUR LA NUIT

On dit le train de nuit Toulouse-Paris menacé. Boudu a donc pris place à bord avant qu’il ne disparaisse, en compagnie de passagers pas encore assoupis mais déjà nostalgiques.

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«

INTERVIEW DU RIFIFI SUR LA CHAUSSÉE

JE ROULE SANS CASQUE COMME JE ROULAIS SANS CEINTURE EN VOITURE AVANT QUE CE SOIT OBLIGATOIRE. JE SAIS QUE J’AI TORT.

»

Jean-Michel Lattes, premier adjoint aux déplacements à la mairie de Toulouse


BOUDU N° 41 – JUILLET-AOÛT 2019

SOMMAIRE Actuel LE FAIT p.7 PAROLES, PAROLES p.8 MICRO-ONDES p.10 TRIBU p. 18 POLITITWEET p.22

Réel SCIENCE FICTION p.29 DÉJÀ DEMAIN

Du taxi volant au téléphérique urbain, Boudu passe en revue les moyens de transports dont on profitera à coup sûr demain à Toulouse, et ceux qu’on n’y trouvera sans doute jamais.

INTERVIEWS p.32 et 46 DÉPLACEMENTS POLITIQUES

Le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc d’un côté, et la présidente de la Région Occitanie Carole Delga de l’autre, détaillent leur vision des transports et leur conception de la mobilité.

TEST p.36 LA COURSE À L’ÉCHALOTE

Qui du cycliste, du passager d’autobus, de l’automobiliste ou du pilote de trottinette arrivera le premier (et en bon état) à Jeanne-d ’Arc au départ du palais de Justice ? Boudu compte les points.

INTERVIEW p.56 « CONTRAINDRE LA POPULATION, C’EST S’EXPOSER À LA RÉVOLTE » Précurseur des enseignements sur la mobilité, Robert Marconis brosse le portrait des transports toulousains de l’hippomobile à l’hyperloop.

ÇA SE PASSE AUSSI EN OCCITANIE p. 44 LA GRANDE MOTTE, IDÉAL DE MOBILITÉ

Quand un Balladur s’occupe de mobilité douce, ça donne La Grande Motte. Un modèle du genre.

Relax L’AFFICHE p.65 VITE DIT p.66 ÉTOILES ET TOILES p.68 L'ART ET LAMAZÈRES p.70 L’ADDITION p.76 ALLEZ-Y QUAND MÊME p.78 OBJO-THÉRAPIE p.80


ÉDITO

Hommage Ayant fait le choix d’y consacrer ce numéro d’été, la logique aurait voulu qu’il soit question de mobilités dans cet édito. Sinon qu’en ce mois de juin où nous avons partagé le bonheur du peuple toulousain d’avoir renoué avec les (bonnes) habitudes d’antan, à savoir ramener le Bouclier de Brennus place du Capitole, nous avons aussi eu la douleur de perdre un être cher, Denis Méliet, fondateur des restaurants J’Go. Gascon revendiqué, Denis était, pour nous, bien plus qu’un simple restaurateur... même si c’est dans son établissement de la place Victor-Hugo que nous l’avions rencontré pour la première fois et que nous avions compris toute la signification des mots accueil et générosité. « Comme si sa propre vie ne lui suffisait pas, il remplissait les nôtres d’énergie, d’amitié, de projets, de rencontres, de fêtes et de pastifret », résumait si bien Rémi Branco il y a quelques jours. Lorsque nous nous sommes lancés, en 2015, dans ce projet un peu fou de sortir un magazine de société à Toulouse, il a été l’un des premiers à nous assurer de son soutien. Total. Et quand nous lui avons révélé notre intention de l’appeler Boudu, alors même que beaucoup autour de nous nous le déconseillaient, craignant le côté « plouc » du mot, il nous a félicité pour notre audace. Sans doute parce que personne mieux que Denis Méliet ne revendiquait ses origines paysannes avec autant de panache

PAR

JEAN COUDERC BOUDULEMAG.COM _ 5


STARRING PAR ORDRE D’APPARITION

Christophe Legrand – marchand ambulant Correntin et Florian Marcos - marchand ambulant Loïc Dourneau - marchand ambulant Ouma Diallo - marchand ambulant Corinne Sourbié - marchande ambulante Marine Laffont - marchande ambulante Stéphane Chapuis – chauffeur et secrétaire général CGT Tisseo Jérôme Bonato - chauffeur sur la ligne L9 Antoine Roigt – membre du collectif Toulouse métro-politaine Marie-Pierre Bès – présidente de l’Autate Jean-Michel Lattes – premier adjoint au maire en charge des déplacements 135 euros – héraut des vélos Guillaume Crouau – président de l’association 2 pieds 2 roues Jacques Noisette – responsable de la communication des VNF Sud-Ouest Richard Mébaoudj – président de l’association 60 millions de piétons 31 Lionel Kizilcelik – agent de sécurité Tisseo Michel Ribet – président de l’Automobile club du midi Jean-Luc Moudenc – maire de Toulouse Odile Maurin – présidente d'Handi-social Jérôme Arnaud – directeur de station à La Grande Motte Thomas Blancart – directeur associé de Temaprod Carole Delga – présidente du Conseil régional d’Occitanie Dominique Tilak – directrice générale d’Atmo Occitanie Aurore – kinésithérapeute Steven – restaurateur à Paris Guillaume – voyageur en train de nuit Julie – voyageuse en train de nuit Lucie – ex-étudiante en cinéma Max – lycéen Robert Marconis – professeur émérite de géographie à l’Université Jean Jaurès Céline Soulié – directrice générale de la coopérative Motolib Eloi – auto-partageur Myriam – auto-partageuse Mathias Malzieu – chanteur de Dionysos Camille Baggio – cheffe

Ont collaboré à ce numéro : Elodie et Julien BOMPA, Alicia GACH, Marie HIRTZBERGER, Greg LAMAZÈRES, Nicolas SADOURNY, Matthieu SARTRE, Valentin SCHOLZ

Illustrations de couverture et dossier : Jean-Yves FERRI


LE FAIT

p. 7

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PAROLES,  PAROLES

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MICRO-ONDES

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TRIBU

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Actuel p.8

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© Matthieu Sartre

© Rémi Benoit

adj. QUI A LIEU DANS LE MOMENT PRÉSENT

UN SANS FAUTE Sept ans après sa dernière finale, le Stade Toulousain est devenu champion de France en battant Clermont 24-18 à l’issue d’une finale maitrisée. À l’image d’une saison où (presque) tout lui a réussi.

E

n ramenant le Bouclier de Brennus sur les bords de la Garonne, pour la 20e fois de son histoire (record national), le Stade Toulousain renoue avec une habitude que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Mine de rien, cela faisait sept (longues) années que le peuple rouge et noir était sevré de titre. Si le triomphe au Stade de France, face à l’autre équipe dominante de l’année, Clermont, ne souffre d’aucune contestation, elle n’était toutefois pas évidente à pronostiquer en début de saison. Sur la ligne de départ, rares étaient ceux qui imaginaient que la mayonnaise allait prendre aussi bien entre la classe biberon propulsée au premier plan (Cros, Dupont,

Ntamack, Ramos, Bonneval, Tauzin…) et les vieux briscards quelque peu en perte de vitesse comme Guitoune, Médard ou Huget. Certains s’interrogeaient même sur le bien-fondé de la venue de Jérôme Kaino, certes double champion du monde avec les All Blacks, mais plus proche de la fin que du début de sa carrière. Des paris risqués qui soulignent encore davantage la performance du staff et le flair de Didier Lacroix qui aura réussi, en à peine deux saisons, le tour de force de faire quasiment oublier Guy Novès, redonner du plaisir aux spectateurs et ramener le titre de champion. Le tout sans faire de folies financières. Chapeau Mister president ! BOUDULEMAG.COM _ 7


MICRO-ONDES L'actualité réchauffée

11/06 NAÏF Le marabout « Maître Diakité » écope de 18 mois ferme pour avoir escroqué près de 100 000 euros à un Toulousain à qui il avait assuré que sa femme reviendrait...

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VENGEANCE La Rochelle, battu par le Stade Toulousain l’avantveille en 1/2 finale du Top 14, débauche Philippe Gardent, le manager du Fenix Toulouse... Le club de hand de la ville.

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FACHÉ Opposé à la nouvelle procédure mise en place par le PS pour l’investiture aux prochaines municipales, Romain Cujives décide de se retirer de la course... tout en se réservant la possibilité de se présenter hors parti.


14 DÉBARQUEMENTS La famille Obama prend ses quartiers pour une semaine de vacances dans une maison à Villeneuve-lez-Avignon, dans le Gard. L’ancien rugbyman devenu tétraplégique Tony Moggio réussit quant à lui l’exploit, après un an d’entraînement, de traverser le golfe de Saint-Tropez (4,5 km) à la seule force des bras en 3h05.

15 HOMMAGE Pour l’anniversaire de sa naissance, la mairie de Toulouse donne le nom de Johnny Hallyday à l’esplanade du Zénith en présence de Laetitia. © photo Rémi BENOIT

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GASCOGNE Edouard Baer et son émission Lumières dans la nuit (France Inter) s’installent pour un soir dans le restaurant le J’Go, orphelin de son emblématique fondateur Denis Méliet. disparu quelques jours auparavant. Tchao l’artiste !

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EN COUV'

e l b i s s o p l’im ? e t n e t en entin H et Val C A G ia lic

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-

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SIÈR ien VAIS t s a b é S - par

Jadis, se déplacer était un luxe, hier un droit. Désormais, c’est une nécessité. Ce nouvel impératif social né sur fond d’urgence climatique et emboucané par l’automobile, pourrit la vie des Toulousains, des ruraux, des banlieusards, et occupe une place prépondérante dans le débat public. Sur la chaussée, au centre-ville, la chose se traduit par une tension croissante entre des véhicules de plus en plus variés, de plus en plus rapides, et de plus en plus nombreux, menés par des utilisateurs persuadés de leur bon droit. Zigzaguant entre pistes cyclables, trottoirs bondés et voies de bus, Boudu a pris le pouls des pros, des associatifs et des anonymes, en regardant bien à droite et à gauche avant de traverser. TEMPS DE LECTURE

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- illustration Jean-Yves FERRI photographie Rémi BENOIT 10 _ BOUDULEMAG.COM


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ur la papier, tout le monde est d’accord. Chacun aspire à des déplacements rapides, agréables, propres, simples et sûrs. En pratique, chacun prêche pour sa paroisse. Autos, motos, vélos, trottinettes, gyropodes, hoverboards, piétons, skateboards, inconditionnels des transports collectifs, ... Tous revendiquent leurs droits, en omettant souvent d’en évaluer l’impact sur l’intérêt général. À Toulouse, où le schéma urbain antique et les prises de conscience tardives ne facilitent pas les choses, l’historique ménage à trois des années bagnole (chauffard dominateur – piéton soumis – cycliste minoritaire) a vécu. L’heure est désormais à l’empoignade multimodale et à la constitution de tribus aux discours comparables mais aux intérêts contradictoires. Les témoins privilégiés de cette pagaille sont les chauffeurs de bus des lignes Tisséo. Dominant la chaussée depuis leur cabine, ils assistent, impuissants, au spectacle effarant de la mobilité contemporaine. « On ne peut que partager ce constat d’anarchie, s’afflige Stéphane Chapuis, chauffeur et secrétaire général CGT Tisséo. Le problème, c’est que les voies de bus ne sont plus réservées qu'aux bus mais ouvertes aux vélos. En clair, on mélange les plus gros véhicules avec les plus petits. C’est dangereux. Et puis il faut ajouter les taxis, les véhicules d’urgence, le stationnement anarchique… En clair, on a beau augmenter la fréquence des bus, on se retrouve cul-à-cul, pris dans le trafic. » Et le syndicaliste de révéler que les automobilistes constituent la plaie principale : estimant avoir tous les droits, s’octroyant

toutes les priorités et forçant systématiquement le passage. Des comportements qui mènent fatalement à des échanges, au mieux d’insultes, au pire de gnons : « Les violences, heureusement, sont à la marge. Mais nous nous faisons insulter tous les jours et cela crée un ras-le-bol chez les chauffeurs toulousains ». Si Stéphane Chapuis souligne le caractère anarchique des rues toulousaines, son collègue Jérôme Bonato, chauffeur sur la ligne L9 et président de l’ASPTUIT (Association pour la sauvegarde du patrimoine des transports urbains et inter-urbains toulousains) va plus loin encore : « Au centre-ville, entre les vélos, les taxis, les motos, ceux qui roulent à contresens, c’est la guerre. Je le constate à longueur de journée. Les gens ne respectent ni les règles, ni les autres. Je n’ai rien contre les vélos, mais quand on voit une piste cyclable de trois kilomètres de long et de quatre mètres de large qui leur est réservée, c’est incompréhensible de les retrouver sur la route ! ». Ce fondu d’autobus ne comprend pas que les Toulousains continuent de prendre leur voiture alors que les transports en commun sont désormais souples et pratiques. « C’est pourtant simple. Il suffit de regarder sur son application. On se dit : “ Tiens ! Le prochain bus est à 18. J’y vais à 14, je m’assois, je regarde le paysage. Et puis le bus arrive ” . Résultat, on a économisé de l’essence, ses pneumatiques, ses suspensions et son énervement ! » Les derniers chiffres publiés par la Métropole sont pourtant sans appel : les Toulousains étaient, en 2018, 19,2 % à utiliser les transports en commun, et 64,1 % la voiture. Parmi ces derniers, Antoine Roigt, du Collectif Toulouse métro-politaine, une association qui milite BOUDULEMAG.COM _ 11


« Les conflits entre Jean-Luc Moudenc

«

usagers m’inquiètent

L’actuel locataire du Capitole n’échappe pas à la règle : comme ses prédécesseurs, c’est principalement autour du sujet des mobilités qu’il structure son action municipale. Sinon que l’époque a changé et que la pression démographique rend, à Toulouse sans doute plus qu’ailleurs, l’équation de plus en plus complexe à résoudre. Jean-Luc Moudenc a livré à Boudu sa vision des transports de demain. - propos recueillis par Jean COUDERC photographie Rémi BENOIT -

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INTERVIEW

Pourriez-vous envisager la mise en place d’un code de bonne conduite ? Il y a déjà un code de la route ! Des réglementations, des conditions, des interdictions, ont été posées dans la loi sur les mobilités. C’était vraiment nécessaire. Parce que nous, les maires, sommes démunis face à ces sujets-là. Pourquoi a-t-on le sentiment qu’il est plus difficile de se déplacer à Toulouse qu’ailleurs ? C’est un discours tarte à la crème que l’on verra sans doute resurgir lors des prochaines échéances électorales. Mais ce n’est pas vrai : quand on regarde le nombre de passagers transportés par le réseau Tisséo, on se trouve au 3e rang national alors que l’on est la 5e métropole de France. On est donc en avance. Pourquoi dès lors cette impression de retard ? Parce que la croissance démographique et économique se fait à un rythme plus fort encore que la progression des investissements en matière de transports et d’infrastructures de déplacements. Et que la congestion automobile est toujours là. Mais quand on se rend dans les autres agglomérations, y compris celles qui ont fait des choix différents comme Bordeaux avec le tout-tramway, on s’aperçoit que la congestion est la même. C’est propre à toutes les métropoles en développement. C’est une vérité qui n’est pas toulousaine mais nationale.

« Quand on se rend

dans les autres agglomérations, on s’aperçoit que la congestion est la même.

«

Commençons par l’apparition des nouveaux modes de transport comme le vélo électrique, la trottinette.... Que vous inspire ce foisonnement ? Il est le produit du progrès technologique et aussi d’une modernisation de la société. Mais plus on ajoute des moyens de transport, plus la difficulté est grande de les concilier. D’autant que l’espace public, lui, ne s’élargit pas et que l’on avait déjà des conflits entre les automobilistes, les vélos et les piétons. Ce sont des conflits qui me désolent en tant qu’élu car lorsqu’il y a conflit, c’est toute la mobilité qui est contrariée et toute la dynamique que nous voulons impulser qui est compromise. C’est donc pour moi une source d’inquiétudes.

Vous ne partagez donc pas l’avis de ceux qui estiment que vos prédécesseurs auraient manqué d’ambition en matière de transports ? Quand on veut quitter les habits de la démagogie politique et du discours électoraliste, et que l’on regarde la réalité ailleurs, on relativise la situation toulousaine. Ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés, bien au contraire d’ailleurs, puisque l’on a fait un effort bien supérieur à ce qui avait été fait auparavant. Entre 2014 et 2020, nous aurons investi dans le développement des transports en commun 1 milliard 120 millions d’euros, soit 30 % de plus qu’au cours de la période 2008-2014.

été suivi par ses camarades lorsqu’ils se sont retrouvés aux commandes.

Pourquoi ces questions de mobilité crispent-elles autant le débat ? Parce que je pense qu’il y a d’un côté une approche très politique, dogmatique, et de l’autre une approche, qui est la mienne, qui recherche l’efficacité et le pragmatisme. Cela ne date pas d’aujourd’hui puisque les débats étaient déjà vifs lorsque Dominique Baudis était aux commandes. La seule fois où il n’y a pas eu de débat, c’était pour la 2e ligne de métro.

En vous écoutant dire que les investissements vont toujours moins vite que la croissance démographique, on est en droit de se demander si on parviendra à synchroniser les deux. Une piste ne serait-elle pas d’œuvrer à une meilleure répartition de l’activité sur le territoire ? J’y suis favorable. Mais je sais aussi que les arbitrages rendus par les investisseurs et les chefs d’entreprises pour se localiser à un endroit ou à un autre obéissent à des paramètres qui ne sont pas politiques mais extrêmement réalistes. C’est la proximité par rapport à un certain nombre de services qui prime, ce qui explique pourquoi les entreprises préfèrent parfois se regrouper autour du noyau toulousain plutôt que de se disperser dans la périphérie ou plus loin encore.

Pourquoi y a-t-il eu consensus autour de la 2e ligne de métro ? Parce que Pierre Izard, qui était à la tête du Département, avait fait preuve de bon sens et de lucidité. Il m’avait dit  : « Nous avons perdu la bataille du métro en 1983, à l’occasion de la première ligne. On ne va pas en lancer une autre pour la 2e ligne parce qu'on la perdrait. Les Toulousains ont déjà tranché en faveur du métro ». Il n’a pas forcément

En étudiant l’histoire des élections municipales à Toulouse, on s’aperçoit qu’elles se sont souvent jouées autour de la question des mobilités. Pourquoi ? C’est effectivement toujours le thème dominant pour une raison très simple : Toulouse bat tous les records de croissance. Il n’y a pas d’autre agglomération en France qui crée autant d’emplois, et qui connaisse une aussi forte croissance démographique. Par conséquent ces deux phénomènes, complètement liés l’un à l’autre, conduisent à des besoins de mobilité croissants.

Quelle est la solution ? Elle est entre les mains des acteurs BOUDULEMAG.COM _ 13


PORTRAIT

L’empêcheuse de tourner en rond

Impossible, depuis le début des manifestations des gilets jaunes, de passer à côté d’Odile Maurin. Véritable porteétendard du mouvement depuis qu’elle a osé défier, seule avec son fauteuil roulant, un camion lanceur d’eau des CRS, elle n’en est cependant pas à son premier fait d’armes. Depuis plus de 20 ans, elle fait entendre sa voix, et sa différence, pour obtenir les mêmes droits que les valides. Boudu est allé à la rencontre de cette femme à qui la vie n’a rien épargné, qui a souvent été sur le fil du rasoir mais qui a fini par trouver dans sa haine de l’injustice le moteur de son existence. - par Jean COUDERC photographie Rémi BENOIT -

« O

ù est votre matricule RIO ? Je veux voir votre matricule RIO !  » Pour n’importe quel habitué des manifestations de ces derniers mois dans les rues toulousaines, cette phrase porte une signature, celle d’Odile Maurin, véritable pasionaria du mouvement des gilets jaunes s’adressant aux forces de l’ordre. Son moment de gloire ? Le 12 janvier dernier, lors de la 8e semaine de mobilisation, lorsque, seule contre tous, munie de son masque à gaz et de son fauteuil roulant, elle empêche un camion CRS d’avancer, n’hésitant pas à traiter les forces de l’ordre de « bande de salopards ». Mi-admirative, mi-interloquée, la ville entière, et même au-delà, découvre ce jourlà une femme à la langue bien pendue, que rien ne semble pouvoir arrêter. Au point que certains n’hésitent pas à la traiter d’illuminée ou de kamikaze. Sinon qu’Odile Maurin n’est ni l’une ni l’autre. Miraculée, en revanche, oui. Née à Paris d’un père de droite, cadre dans le domaine du transport, souvent absent mais avec lequel elle partage la passion des 14 _ BOUDULEMAG.COM

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sports auto et du bricolage, et d’une mère de gauche, fonctionnaire, elle découvre très vite ce que les divergences de vue signifient. Après avoir beaucoup bougé au gré des changements de poste de son père, elle se fixe en région parisienne où son enfance est marquée par la lecture, un côté garçon manqué très prononcé - « J’avais compris très tôt que les garçons et les filles n’avaient pas les mêmes droits. » - et des conflits permanents avec l’autorité, particulièrement à l’école : « J’étais une excellente élève mais avec 0 de conduite depuis la maternelle. Je répondais aux profs, j’étais très insolente, je supportais mal qu’ils veuillent imposer leur autorité. J’étais une raisonneuse ». Elle ignore surtout, ce qu’elle découvrira plus tard, qu’elle est autiste Asperger (ou haut potentiel). Tout sauf anodin, en particulier dans son rapport aux autres. Comme la majorité des personnes touchées par le syndrome d’Asperger, Odile Maurin a un caractère entier qui lui joue des tours : trop franche, susceptible, incapable de mentir, ressentant le sentiment d’injustice avec beaucoup de violence, elle rencontre


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© Henri Comte

LA GRANDE MOTTE

UN IDÉAL DE MOBILITÉ

Il y a cinquante ans, en plein âge d’or de la civilisation automobile, l’architecte-philosophe Jean Balladur faisait surgir des sables mouvants du Languedoc une ville offerte au piéton, au cycliste, au végétal et à la lenteur. Une cité dont n’oseraient même pas rêver les associations pro-vélo d’aujourd’hui, et qui doit son existence aux atouts maîtres dont jouissait son concepteur : le temps, l’espace… et les pleins pouvoirs. - par Sébastien VAISSIÈRE TEMPS DE LECTURE

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Le 14 juin dernier, c’est à La Grande Motte que le Conseil de l’ordre des architectes d’Occitanie a choisi d’organiser son traditionnel Rendez-vous de l’architecture. Sur les 400 professionnels présents, l’écrasante majorité s’est pliée à l’exercice de la visite guidée. À cela, rien d’étonnant : la station balnéaire emblématique de l’aménagement de la côte languedocienne par de Gaulle et Pompidou a toujours eu la cote chez les architectes. Ses immeubles pyramidaux autorisant à chaque balcon une place au soleil ; sa proportion un tiers béton / deux tiers végétal ; son dialogue permanent entre dieu soleil, sainte famille et trinité républicaine ; ses inévitables sous-entendus maçonniques ; ses modénatures, ses jeux d’ombre et de lumière… Tout concourt à faire de cette cité de 9 000 habitants l’hiver et 100 000 l’été, le totem des architectes et des urbanistes. Pour les autres, le coup de foudre fut immédiat en 1968, mais la suite fut moins passionnée. Devenue le symbole abhorré du tourisme de masse, du béton et de l’indifférenciation, La Grande Motte fut traitée par le 16 _ BOUDULEMAG.COM

mépris au cours des décennies 1990 et 2000. Depuis quelques années pourtant, le goût du vintage et l’intérêt croissant de la population pour la question de la mobilité douce braque à nouveau les projecteurs sur La Grande Motte. Il faut reconnaître qu’en matière de déplacement, le parti pris de l’architecte-philosophe Jean Balladur, cousin d’Édouard et ancien disciple de JeanPaul Sartre, était culotté. Essayez d’atteindre le front de mer en voiture comme à Nice, par exemple, et vous comprendrez pourquoi. Les voitures en sont bannies, contenues sur des parcs de stationnement situés à dix minutes à pied de la mer. Le trajet s’effectue le plus souvent à l’ombre, via des passerelles hérissées d’antennes d’escargot, à travers des jardins, des pinèdes, et dans une ambiance sonore affranchie des bruits de moteur. « Au début des années 1960, rappelle l’actuel directeur de la station Jérôme Arnaud, la voiture était un objet iconique chargé de valeurs positives. Facteur d’évasion, d’équilibre et d’équité sociale. Lorsque de Gaulle lui a confié le soin de créer La Grande Motte, Jean Balladur a décidé de prendre le contrepied de son


© Olivier Maynard

© Olivier Maynard

ÇA SE PASSE AUSSI EN OCCITANIE

époque. Et de laisser toute la place à la mobilité douce. » Ce qui pousse Balladur à ce choix tranché n’a rien à voir avec les préoccupations de notre époque. La pollution, la congestion et le prix du pétrole n’étaient alors pas en question. La protection de l’environnement non plus, d’ailleurs, comme le rappelle Thomas Blancart, directeur associé de l’agence parisienne de valorisation architecturale et patrimoniale Temaprod : « La pensée de Jean Balladur n’est pas le fruit de considérations écologiques. Elle se focalise sur le cadre de vie et l’agrément. Quand il décide de consacrer 2/3 de la surface au végétal, ce n’est pas pour décarboner, mais pour que les estivants puissent marcher à l’ombre ! De plus, bâtir cette ville rêvée de la mobilité douce a nécessité la création d’un écosystème artificiel et donc un acte assez violent sur la nature ».

Et marche à l’ombre

Ce qui meut Jean Balladur quand il conçoit les plans de circulation de La Grande Motte n'est donc pas l’écologie mais son humanisme. La conviction, comme le synthétise Thomas Blancart, « qu’il ne s’agit pas de mettre l’Homme à sa place, mais de donner une place à l’Homme. » Tout en s’inscrivant dans la continuité des architectes qui ont pensé la modernité comme Le Corbusier, il s’en détache, conscient des limites de leur modèle. À l’époque, la politique des grands ensembles commence déjà à montrer ses faiblesses. Cinquante ans plus tard, le résultat n'en est pas moins bluffant. À l’heure où tous les maires de France se demandent comment organiser les flux de circulation, le modèle de Balladur fait figure d’exemple. Évidemment,

les 100 000 personnes qui transhument à La Grande Motte de leur appartement vers la plage n'ont pas les mêmes besoins en matière de mobilité que le million d’habitants de l’agglomération toulousaine qui vont travailler aux quatre coins de l’aire urbaine. Malgré tout, certains principes grand-mottois pourraient être appliqués dans les villes. « Pourquoi ne pas s’inspirer des passerelles qui permettent aux piétons d’enjamber les voies de circulation automobile ? Et penser aux frondaisons ! À Toulouse ou Montpellier, je trouve hallucinant qu'on ne pense jamais au confort du piéton. Toutes les déambulations y sont caniculaires. Chaque nouvel immeuble inauguré est accompagné de quatre pauvres arbres parce qu’il faut mettre des arbres pour faire bien. Mais rien de suffisant pour que le trajet à vélo ou à pied soit agréable. S’il ne fallait garder qu’une idée de Balladur pour améliorer les villes, ce serait celle-là : l’équilibre entre bâti et nature », suggère Jérôme Arnaud.

« À TOULOUSE OU À MONTPELLIER, JE TROUVE HALLUCINANT QU’ON NE PENSE JAMAIS AU CONFORT DU PIÉTON. » Jérôme Arnaud, directeur de la station de La Grande Motte Reste que contrairement aux aménageurs d’aujourd’hui, Jean Balladur bénéficiait d’avantages non négligeables pour arriver à ses fins : « D’abord, il a une page blanche, un territoire vierge qu’il va pouvoir aménager comme il veut. Ensuite, il a les pleins pouvoirs. Il est architecte en chef, et quand quelque chose bloque, cela remonte directement à de Gaulle ou Pompidou. Enfin, il a l’assurance de la longévité. Pendant 30 ans, il reste à la tête de la mission, ce qui lui permet de livrer un plan urbain intelligent, compréhensible et cohérent », égrène Thomas Blancart. Les maires et aménageurs d’aujourd’hui qui ne disposent ni de temps, ni d’espace, et encore moins du pouvoir absolu, apprécieront sans doute le message BOUDULEMAG.COM _ 17


REPORTAGE

Un dernier rail pour la nuit C'est l'une des trois dernières lignes nocturnes en France. Menacé de suppression par la SNCF, le train de nuit reliant Toulouse à Paris s’accroche à la vie. Ses usagers, de tous horizons, lui sont fidèles et ne souhaitent en aucun cas sa mort. Récit d’une nuit passée dans l’historique « Train bleu », bercé par les ronflements des voisins et le ronron des wagons. - texte et photographie Valentin SCHOLZ TEMPS DE LECTURE

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haleur étouffante. La nuit est tombée il y a une dizaine de minutes à Toulouse. Trois jeunes touristes discutent en arabe en pénétrant dans la gare Matabiau. « Paris, c’est par là. Voie numéro 1 », leur signale un employé de gare, vêtu en orange fluo pour être mieux distingué dans l’immense hall. Les trois valises virent à gauche et empruntent dans la destination indiquée. Au loin, une file d’attente. Les voyageurs présentent à tour de rôle leur titre de transport aux agents de la SNCF, reconnaissables à leur gilet, leur casquette bleu marine à liserés rouges, et leur boîtier électronique. Les contrôleurs guident les passagers du train de nuit vers leur sommeil. À 22h30, le train numéro 3730, à destination de Paris-Austerlitz, s’enfoncera dans la nuit. À son bord, une famille chilienne, un touriste américain, des salariés parisiens, de jeunes vacanciers toulousains… Ils prennent tous le dernier train de la journée. Parce qu’ils n’avaient pas le choix. Parce qu’il est plus économique. Parce qu’ils le chérissent, ce train de nuit. « J’adore ce train parce qu’on n’y perd pas son temps », défend Aurore, kinésithérapeute à Rangueil. Sa couverture et son oreiller sont en place. La délicate lumière de la liseuse brille à peine sur son visage. Trois ans durant, la quadragénaire rejoignait la capitale par le train de nuit, le dimanche soir, pour ses études : « J’avais l’impression de prof iter à fond de mon week-end. On mange, on prend sa douche, on se brosse les dents… Et on se rhabille pour prendre le train. Et puis je n’ai jamais eu de galère. Pas de grève, pas de rupture de correspondance ». Son compagnon, Nicolas, est allongé paisiblement sur son lit bordeaux. Il n’a plus pris le train de nuit depuis une classe de neige en 1975. L’odeur n’a jamais changé. Un mélange de poussière, de rance, adouci par le parfum des passagers. « Les relations avec les

gens sont plus posées, analyse-t-il. Malheureusement, dans les trains de jour, les gens sont stressés.»

Des souvenirs en bagage

Sur le quai, sous la lueur jaunâtre des réverbères, les derniers sms sont envoyés. Les derniers éclats de rire se font entendre. La dernière cigarette est grillée avant de monter dans les voitures. Une voix crache dans les enceintes : « Mesdames, messieurs, bonsoir. La SNCF et votre chef de bord de l’équipe Intercités vous souhaitent la bienvenue dans le train numéro 3730 à destination de ParisAusterlitz. Il desservira les gares de Montauban, les Aubrais-Orléans ainsi que Paris-Austerlitz, son terminus. Nous vous rappelons que ce train est non-fumeur, y compris dans les toilettes. Pour la tranquillité de tous, nous vous demandons de passer vos appels téléphoniques sur les plateformes ». En première classe, les passagers sont quatre par compartiment. Six en seconde classe. Dans les autres voitures, les corps fatigués sont recroquevillées dans une couverture, sur des sièges faiblement inclinables. Moins cher, mais plus douloureux pour les articulations. Au milieu de la rame, un homme est perdu. « Voiture 6, voiture 6, voiture 6 », rabâche-t-il dans un français hésitant, appuyé sur sa béquille. Son billet indique une place dans la voiture 6. Or, bien que les contrôleurs l’aient précisé dès le hall de la gare, la voiture 6 a été supprimée au dernier moment. Ses locataires ont été répartis dans la voiture 5. Les agents de la SNCF ont l’habitude de répéter les mêmes instructions. Ils ne sont pas avares de bavardage non plus. Mais la direction ne les a pas autorisés à s’exprimer. La faute à l’absence de responsable de communication à bord du train pour ce voyage. Steven, restaurateur à Paris, se tient debout devant son compartiment. Son sourire coquin est habitué BOUDULEMAG.COM _ 19


EN COUV'

CONDUIRE SANS POSSÉDER La voiture personnelle n’a plus la cote en ville. En posséder une n’est plus le marqueur social de jadis. S’en servir est devenu, pour beaucoup, l’ultime recours. Pour ces derniers, à Toulouse, deux opérateurs proposent de réserver des véhicules en libre-service pour un trajet donné, garés à différents endroits de la ville. Le service a mis quelques années à se développer, mais aujourd’hui l’autopartage est devenu un automatisme. - par Marie HIRTZBERGER illustration Clara DOINEAU TEMPS DE LECTURE

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S

i à Paris les Autolib' ont déserté les rues depuis l’été 2018, à Toulouse, les véhicules partagés gagnent du terrain. « Notre chiffre d’affaires est en expansion depuis deux ans. Plus 42 % en 2017 et plus 17 % en 2018 », s’enthousiasme Céline Soulié, directrice générale de la coopérative Mobilib qui développe notamment les véhicules Citiz dans l’agglomération toulousaine. Citiz est le premier acteur privé à s’être lancé dans l’autopartage à Toulouse, il y a 11 ans. Le principe est de louer, pour quelques heures ou quelques jours, un véhicule stationné en ville ou proche banlieue, et de payer uniquement pour son utilisation. Pas de rendez-vous chez le garagiste ni de dépenses imprévues pour remplacer les plaquettes de frein. En 2009, lorsque Citiz démarre son activité, les utilisateurs sont peu nombreux. Il est d’autre part difficile de disposer de places réservées pour garer les véhicules. Si Autolib’ n’existe plus aujourd’hui à Paris, le modèle a paradoxalement permis à Citiz de se développer. « Lorsqu’Autolib' est arrivé sur le marché à Paris, tout le monde a tout de suite compris de quoi on parlait », explique Céline Soulié. Du côté des pouvoirs publics, la Scop (Société coopérative et participative) a rapidement bénéficié du soutien de la municipalité, qui a mis à disposition des places de parking en surface. Logique, pour Céline Soulié : « L’autopartage rend un service public aux villes. Toulouse est en plein développement démographique. Les problématiques de stationnement et de qualité de l’air pèsent sur les collectivités. Une voiture en autopartage, c’est 8 à 10 véhicules de moins sur la chaussée. Il est très intéressant pour une ville que cela soit pris en charge par le secteur privé ». En 2016, un nouveau modèle, Yea!, pendant de Citiz en version instantanée, est lancé pour les utilisateurs qui trouvaient l’ancienne formule avec réservation un peu contraignante. « Cela nous a permis de démultiplier le nombre d’utilisateurs », justifie Céline Soulié. Signe du succès de l’autopartage à Toulouse, une autre entreprise a vu le jour il y a deux ans, Iodines, dont le parc de véhicules est exclusivement électrique. Aujourd’hui, Citiz compte 3 500 utilisateurs actifs. Les profils sont hétéroclites : « On accepte les jeunes conducteurs à partir de 18 ans, sans trop de pénalités financières, et les seniors ont également recours à nos services lorsqu’ils ne veulent pas racheter de voiture ». L’autopartage concerne aujourd’hui aussi bien les particuliers que les professionnels. « Ils représentent une grosse partie du chiffre d’affaires », reconnait la directrice générale de Citiz, pour qui le système permet à la fois d’éviter l’usure de leur propre véhicule tout en n’ayant pas à amortir de frais. « Et puis nos voitures sont disponibles également dans les zones où sont situées les entreprises, dans la première et la

deuxième couronne toulousaine ». Entrepreneur de 36 ans, Eloi fait partie de la tribu des autopartageurs : « Nous utilisons Citiz ma femme et moi, depuis deux ans environ. Nous ne voyons pas l’utilité d'un véhicule personnel ». Une phrase qu’il était encore quasiment impossible d’entendre quelques années auparavant mais qui traduit l’évolution d’une société où la notion de propriété semble s’estomper au profit de la liberté. Myriam n’a pas hésité non plus avant d’opter pour l’autopartage. Guyanaise, elle ne vient que ponctuellement à Toulouse, où elle dispose d’une résidence secondaire : « Lorsque je viens ici, ce n’est que pour quinze jours ou trois semaines. Jusqu’à 2016, je louais des véhicules. Mais il fallait aller les chercher et surtout trouver à se garer dans le centre-ville. Alors qu’avec l’autopartage, tout est plus pratique, même s’il existe parfois des problèmes de communication avec la centrale, en particulier en cas de retard ».

« UNE VOITURE EN AUTOPARTAGE, C’EST 8 À 10 VÉHICULES DE MOINS SUR LA CHAUSSÉE. » Céline Soulié, directrice générale de la coopérative Mobilib De plus, en 10 ans, les tarifs ont évolué à la baisse : « Avant, il était obligatoire de payer 40 euros de frais d’inscription et 150 euros de dépôt de garantie. C’était assez contraignant. Depuis mi-mai, Citiz offre désormais la possibilité de ne payer que 10 euros de droits d’entrée pour pouvoir louer un véhicule », explique Céline Soulié. À Toulouse et dans la région Occitanie, Citiz dispose de 72 véhicules. S’il reste encore beaucoup à faire dans la zone métropolitaine toulousaine, la coopérative n'exclut pas d’élargir son champ d’action aux zones rurales même si sa directrice reconnaît que la rentabilité serait moins au rendez-vous. La Scop projette néanmoins de se développer dans le Parc naturel régional des Grands Causses. « Nous avançons, prudemment. Il y a encore beaucoup de surface à couvrir », affirme Céline Soulié, convaincue que l’autopartage va dans le sens de l’Histoire

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VITE DIT

p. 66

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Relax

PLEIN AIR

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AGENDA

p. 70

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L'ADDITION

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ALLEZ-Y

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OBJO-THÉRAPIE

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TENDANCE

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Yves Klein, monochrome bleu sans titre (IKB 4), 1961, pigment pur et résine synthétique sur toile, 92 x 73 x 3,5 cm (détail) © Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris, 2019

adj. REPOSANT, CALME, DÉTENDU, À L’AISE

VENTREBLEU L'AFFICHE

Klein s’éprouve donc mieux avec le ventre qu’avec la tête, avec les tripes qu’avec la raison. Yves Klein, des cris bleus au Musée Soulages de Rodez jusq'au 3 novembre

D’Yves Klein, on connaît le fameux bleu déposé à l’Institut national de la propriété industrielle et les monochromes rose, bleu ou or qui lui ont valu tantôt le qualificatif de génie, tantôt la réputation de mystificateur. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il fut aussi le judoka français le plus gradé de son époque, titulaire d’un 4e dan obtenu à Tokyo au début des années 1950. C’est loin d’être un détail, car tout indique que ses rencontres avec le judo et le Japon shintoïste ont influencé sa quête quasi mystique du beau. Elena Palumbo-Mosca (l’une des jeunes femmes dont l’artiste niçois badigeonnait le corps nu de bleu pour les besoins de ses fameuses anthropométries), va même plus loin dans un entretien publié par le musée Soulages pour l’exposition Yves Klein, des cris bleus : « On mettait de la peinture

à certains endroits très précis du corps, le ventre, les seins, les cuisses (…) Yves et moi avons vécu au Japon en milieu shintoïste, avec la notion d’énergie, le Ki. Le ventre y est justement le siège de la force vitale. Nous Occidentaux, ne considérons pas assez ce qui se passe dans le ventre (…) Yves, la tête ne l’intéressait pas, parce que le cerveau créatif en Orient, c’est plutôt le ventre ». Klein s’éprouve donc mieux avec le ventre qu’avec la tête, avec les tripes qu’avec la raison. Postulat idéal pour qui souhaite aborder sereinement la visite estivale de cette exposition exceptionnelle, ou les outremers de Klein côtoient les outrenoirs de Soulages. Voisinage naturel, puisque c’est chez le marchand de couleurs Édouard Adamen et en présence de Soulages, que Klein fut saisi par la beauté immatérielle du pigment bleu outremer BOUDULEMAG.COM _ 23


L'art et Lamazères

À Toulouse, la programmation culturelle pléthorique impose de faire des choix. Et comme choisir c’est renoncer au reste, ce n’est pas aussi aisé qu’on croit. Boudu a donc confié à Greg Lamazères le soin de tricoter une sélection subjective des immanquables du moment, guidée par ses instincts de Toulousain, journaliste, écrivain et joueur d’harmonica. - par Greg LAMAZÈRES - TEMPS DE LECTURE 1 MOIS

Chevaux de baudruche

expo

Julie Chaffort filme des scènes à peine animées, à la fois drôles, méditatives et inquiétantes, en plan fixe, avec des gens rencontrés lors de résidence de création. Dans une scène de son moyen-métrage Hot Dog tourné en plein hiver sur une île d’un lac de la Creuse, un chasseur se tient accoudé à un piano droit posé à l’orée d’un bois, dans l’herbe cramée et les plaques de neige, tandis qu’un autre joue un boogie-woogie. Fusils en bandoulière. Un renard empaillé montre les canines. Puis, on voit des zèbres flotter dans l’air froid. Autre moment : un type en costume, dans l’eau jusqu’à la poitrine, traverse le lac, son téléphone en position selfie. Dans Les cowboys, le temps s’étire tout aussi lentement. Des handicapés à la campagne font leur western en Stetson et leggings, retiennent des chevaux de baudruche, dégainent. Devant l’objectif, des danseurs de quadrille suivent une chanson de Don Williams. Le travail de la jeune femme tient autant du documentaire que de la fiction, voire de l’installation, et semble vraiment nouveau.

Les cowboys, 2016 © Julie Chaffort

Julie Chaffort du 20 juillet au 22 septembre à l’Été photographique de Lectoure (Gers)

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La fin du guitar hero

techno

Bob passe pour un Van Halen local mais les temps changent et il n’est plus qu’une ombre au royaume de l’électro. Les groupies se sont détournées de lui pour se jeter aux pieds des DJ’s, et il n’y a plus que des têtes blanches à ses concerts dans des salles municipales. Il se jetterait bien à la gorge de ce nouveau monde pour lui faire passer sa morgue mais aucun revendeur n’accepterait d’échanger un AK contre une Gibson, même de 1969. Il a pris un billet pour le gros festival techno qui va transformer un vaste domaine privé de Villemur en centre de transe. Le voilà errant entre le château, le resto gastronomique et les installations du festival, ignorant les coups de boutoir de la sono. Il longe la piscine en forme de violon avec une soudaine envie d’uriner. Il se poste sous une scène et se met à fixer l’amazone américaine au regard ténébreux qui manipule ses machines et la foule en secouant sa crinière. À l’insu de son plein gré, Bob se met à onduler comme un poulpe en se frottant aux autres et il se sent en paix pour la première fois depuis longtemps. Oui, les temps ont changé.

© Renaud de Foville

© DR

Onyvaa au Fabulous Festival du 13 au 14 juillet au château de la Garrigue, à Villemur-sur-Tarn

Réveille-matin

soul

Sept heures. Les yeux comme des boules de loto, il abat son marteau sur le réveille-matin qui grelotte de peur, à la suite de quoi il fourre les éclats sous le lit avant d’aller enfoncer le bouton de la chaîne Hi-Fi. La musique de Malted Milk explose dans les baffles et lui fouette les sangs. En faisant cracher la machine à dosettes, il se dit que les disques de ce groupe nantais de blues et de soul ne changeront pas la face du monde mais qu’ils vous sauvent de l’asphyxie. Il a vu Malted Milk il y a longtemps dans les rues de Cahors où ils reprenaient à quatre ou cinq des trucs funky de B.B.King. Depuis quelques années, la formation façon Motown embarque une section de cuivres et explore toutes les musiques noires. Notre héros bondit hors de chez lui, prêt à filer une raclée à la vie, avec dans la tête le morceau The Best in Me, qui lui fait penser à Robert Cray ou John Mayer. Malted Milk Soul Orchestra (15 musiciens) le 14 juillet au Cahors Blues Festival (Lot). Nouvel album : Love, Tears & Guns.

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L'ADDITION

Camille Baggio Votre premier émoi gustatif ? Un biberon de chocolat chaud Le plat que vous détestiez enfant ? Les endives au jambon Votre madeleine de Proust ? Le poulet rôti de Mamie ! L’aliment que vous préférez ? Un bon magret de canard Celui que vous détestez ? Les tripes. Je n'aime ni l'odeur, ni la texture. Les pires associations ? Le fromage frais et la saucisse sèche. J’avais essayé de manger ça après un service, très mauvaise idée. Votre pêché mignon ? La tarte au citron, sans la meringue Vos sources d’inspiration ? Tout ce que j’ai appris dans mes anciens boulots. Le piège en cuisine ? Croire qu’il faut suivre les recettes au pied de la lettre ! Le pire souvenir en cuisine ? Quand j’ai dû tuer des langoustines. Il faut en prendre une rapidement, lui enlever la tête. Toutes les autres essayent de te pincer pendant ce temps, c’est horrible… Ce que vous inspire Trip Advisor ? Ça m’angoisse beaucoup. Je regarde les avis et je réponds à chaque fois même si je préfère discuter avec les clients. Votre penchant alimentaire honteux Un fast-food, en fin de service… Ça passe toujours bien. Le plat ou le produit pour lequel vous êtes prête à faire 100 km ? Une pizza à Florence, faite par un Napolitain L’homme ou la femme avec qui vous aimeriez dîner en tête-à-tête ? Ma grand-mère. Je porte beaucoup la famille dans mon cœur. Votre mentor ? Rémi, mon premier chef, dans un restaurant gastronomique en Irlande. C’était une vraie machine de guerre culinaire. L’aliment le plus bizarre que vous ayez mangé ? Un nuage de persil Si vous étiez un ustensile de cuisine ? Un couteau éminceur La Parenthèse, MIN de Toulouse, 200 avenue des Etats-Unis

© Rémi Benoit

À 10 ans, Camille Baggio le savait déjà : plus tard, elle ouvrirait son propre restaurant. Après un BTS hôtellerie-restauration, une licence et plusieurs expériences à l’étranger, elle a décidé de se lancer. Depuis six mois à la tête de La Parenthèse, au sein du Marché d’intérêt national (MIN), elle jongle entre le restaurant la semaine, la partie traiteur le week-end et les formalités administratives... Tout le temps ! Rien d’insurmontable, visiblement, pour cette jeune cheffe au caractère bien trempé.


RESTOS

Ça vient d'ouvrir

L’Écluse Saint-Michel

Toute la ville (au moins les passionnés de restauration extérieure) ne parlant que de ça depuis son ouverture, il fallait bien que l’on aille voir par nous-mêmes ce que cette écluse avait dans le ventre. Force est de constater que la situation de l’établissement, sur la pointe nord de l’île du Ramier, est tout à fait sympathique. De là à considérer qu’elle offre la plus belle vue sur la Garonne, il y a un pas que nous ne saurions franchir... surtout si vous n’avez pas la chance d’être placé sur l’une des (rares) tables qui donnent sur le fleuve ! Pour cette deuxième saison, ce restaurant éphémère ayant décidé de faire la part belle aux poissons et aux fruits de mer, quoi de plus logique que de se laisser tenter par un merlu à l’espagnole pour deux. Copieux, bien assaisonné, il avait tout pour nous séduire...  à ceci près qu’il était un poil trop cuit. À 60 euros la pièce, difficile de ne pas trouver ce détail regrettable... L’Écluse Saint-Michel, 2 impasse du Pont Saint-Michel

ET AUSSI... Le Flon-Flon vient d’ouvrir ses portes dans le parc du château de Thégra, à Balma. Dans un cadre champêtre, avec une vue imprenable sur Toulouse, cette nouvelle adresse, qui fermera ses portes à la fin de l’été, propose une carte de tapas élaborée par Jérémy Morin, le chef étoilé de L’Aparté, et Philippe Braun du restaurant Chez Fifi. Un gage de qualité à priori. Flon-Flon, 62 route de Gauré, Balma

Il n’est désormais plus tabou de se rendre au 1 chemin des Étroits puisque la boite échangiste éponyme a laissé sa place à une guinguette, Les Terrasses de l’Atelier, qui, accueille sur un terrain spacieux pourvu d’un terrain de pétanque, des food trucks différents tous les soirs de l’été Les Terrasses de l’Atelier, 1 chemin des Étroits

Vous l’aurez compris, désormais à Toulouse, c’est la fête à la guinguette. « Chez Jeannette » vient ainsi d’ouvrir sur la commune de Fonsorbes dans un ancien corps de ferme. Entouré par trois lacs, ce nouveau lieu propose des tapas et des plats uniques à base de produits frais. Le tout garanti fait maison.  « Chez Jeannette », chemin de Birazel, Fonsorbes


OBJO-THÉRAPIE L'impossible mission

En couple à la ville comme en studio, Élodie et Julien, architectes d’intérieur de formation, ont créé à Toulouse la marque de papeterie Say Cheese.

MOBILE ÉTÉ À la croisée des chemins et des destins, les nomades bougent perpétuellement. Ils ne s’arrêtent que pour se reposer. Viabilité et légèreté facilitent leur déplacement. Pour les baroudeurs, Boudu liste les outils indispensables à la vadrouille. – PAR Élodie ET Julien BOMPA –

Bento lunchbox Monoprix, 39 rue d'Alsace-Lorraine 25 €

Skate Okla Shop, 4 rue des Puits-Clos 170 €

Jar en verre avec couvercle et paille L'appartement de Pénélope, 19 rue du Fourbastard 2,50 €

Trousse à pharmacie nomade Home, 8 bis rue de la Trinité 11 €

Panier à pique-nique Nature & Découvertes, 64 rue de la Pomme 90 €

Matelas à langer nomade Bobinette, 58 rue des Tourneurs 35 €

Housse pour tablette Trait, 60 rue des Tourneurs 37 €

Gourde ultra-plate L’interprète, 15 rue Sainte-Ursule 26,50 €

Étagère mobile Casa, 9 rue des Puits-Clos 59 €

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Bloc-mémo Say Cheese www.say-cheese.fr 8€

Enceinte bluetooth Bang & Olufsen, 46 rue du Languedoc 175 €

Sac baroudeur Sandqvist NDIX8, 18 rue de la Pomme 119 €

Vélo électrique cargo MobilityUrban, 9 place du Parlement 2 499 €

Machine expresso portable Nature & Découvertes, 64 rue de la Pomme 79 €

Lampe nomade Trentotto, 14 rue Paul-Vidal 69,90 €

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OÙ L'ON A APPRIS

Qu'on trouve les journées longues quand on grandit à Saint-Gaudens ·  que les Irlandais hurlent au hurling  ·   que

·

Lacroix a bien fait de jouer au Kaino   que le piéton craint la trottinette    qu’Atmo

· est plus fiable que Plume ·  que le taxi, ce sera bientôt du vol  ·  que pour améliorer la situation des handicapés, il faut lutter contre le capitalisme    qu'on va dans le mur · que le train de nuit met une heure pour

·

· qu'Edouard Balladur n’avait pas le flair de son cousin Jean·  que ne pas posséder rend libre · que les piétons parisiens sont au bord de l’insurrection · que la marche est égalitaire ·  que les langoustines sont solidaires ·  que la politesse dans les bus est une spécialité toulousaine  ·  ·  que ce n’est pas en payant que l’on fait revenir sa femme   

faire Toulouse-Paris

que l’écologie, ce n’est pas que planter · qu’un des arbres chauffard dort en chacun de nous   · qu’à Toulouse, on peut aller au travail à cheval ·  qu’on fait les choses mieux quand on a le temps · que la mobilité, c’est le désir d’être arrivé avant d’être

 

parti · qu’il y a des cons partout, même chez les gilets jaunes

· que c’est bien de bouger pour pouvoir revenir chez soi · que le skatepark du port de l’Embouchure est toxique · et que faire la manche peut conduire à l’Olympia

 

Qu'apprendrez-vous dans le prochain numéro ? Réponse le 5 septembre.

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BOUDU 41 - JUILLET-AOÛT 2019  

Où l’on apprend que Lacroix a bien fait de jouer au Kaino, que ce n’est pas en payant que l’on fait revenir sa femme, et qu’on trouve les jo...

BOUDU 41 - JUILLET-AOÛT 2019  

Où l’on apprend que Lacroix a bien fait de jouer au Kaino, que ce n’est pas en payant que l’on fait revenir sa femme, et qu’on trouve les jo...

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