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Où l’on apprend qu’on n’a pas besoin de confort, mais de progrès, qu’on peut faire 100 km pour une andouille, et qu’on dort sur 5 000 tonnes d’explosif mais que ça ne risque rien.

N°17

MAGAZINE TOULOUSAIN ACTUEL conversation – p.60

Sept ans après, Belloubet sort du silence

NOUVELLE FORMULE AVEC CAHIER LIFESTYLE

idées de sorties adresses à découvrir agenda culturel tourisme

reportage – p.44

Mariages : mais que se passe-t-il salle des Illustres ?

Sang neuf

Simon Johannin – Marine de Nicola. Il est un phénomène littéraire. Elle a rempli des stades en Chine. Ils sont d’ici. Ils sont l’époque.

Fabriqué à Toulouse

AVRIL 2017


BOUDU N° 017 – AVRIL 2017

SOMMAIRE BOUDU le magazine toulousain indépendant, est édité par TRENTE&UN, société coopérative à capital variable, au capital de 48 150 €. RCS Toulouse n° 802388017. Siège social : 20, rue des Blanchers 31000 Toulouse redaction@editions31.com Gérant et directeur de la publication  : Jean Couderc.

Rédaction Rédacteur en chef  : Jean Couderc Directeur artistique et photographe : Matthieu Sartre

CONVERSATION PAS SI SAGE Nicole Belloubet a quitté la mairie de Toulouse en 2010 sur un coup de tête, et le conseil régional en 2013 sur un coup du sort. Elle revient pour la première fois sur cette période troublée, sans coup férir.

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Chef d’édition : Sébastien Vaissière

SI VOUS AVEZ RATÉ LE DÉBUT LA PATATE TIÈDE

Réalisation graphique : Marylin Cayrac Journalistes : Sarah Jourdren et Julie Guérineau

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Correcteur : Noé Gaillard

Publicité

marc.brunel@editions31.com 06 86 15 01 75

REPORTAGE MARIAGE À LA TOULOUSAINE

Retrouvez nos offres abonnés p.33 Responsable abonnement : Sarah Jourdren. Contact : abonnement@editions31.com

Imprimé par SA Escourbiac (Graulhet). Tous droits de reproduction réservés. ISSN 2431 - 482X. CPPAP : 1118 D 92920

5 000 tonnes d’explosif de la guerre de 14 reposent en plein Toulouse, au fond de ballastières que personne n’approche. Depuis l’explosion de l’usine AZF voisine, l’armée promet aux élus de de s’en occuper. Des promesses, toujours des promesses.

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«

À Toulouse, les mariés doivent désormais se tenir à carreaux. Une charte punit les retards, le bruit et les incivilités. Boudu s’est glissé dans le cortège pour mettre son grain de sel et jeter sa poignée de riz.

INTERVIEW JEANFI JANSSENS, HUMORISTE :

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»

À 20 ANS, JE SUIS DESCENDU À MONTPELLIER PAR AMOUR ET POUR FAIRE FORTUNE. TROIS ANS PLUS TARD J’ÉTAIS CÉLIBATAIRE ET CRIBLÉ DE DETTES.


BOUDU N° 017 – AVRIL 2017

SOMMAIRE actuel

LE FAIT p.7 PAROLES, PAROLES p.8 INTERVIEW p. 9 MICRO-ONDES p. 10 POLITITWEET p.16 6 QUESTIONS p.18 TRIBU p.20 ÇA SE PASSE AUSSI EN OCCITANIE p.22 L’HOMME DU FUTUR P.24 FALLAIT L’INVENTER p.26

réel

EN COUV’ p. 34

Les courses parallèles de Marine de Nicola et Simon Johannin se croisent par accident dans Boudu, pour prendre le pouls de l’époque et esquisser le portrait d’une génération.

ENQUÊTE p.46 DANS LA TÊTE DES SCHIZOS Boudu recueille le témoignage d’une paire de schizos pour couper court aux idées reçues sur cette terrible maladie.

PHOTO-LÉGENDE p.50 FARCES DE L’ORDRE D’ordinaire on le dit avec des fleurs. Cette fois, disons-le avec des flics.

idées ENQUÊTE p.56 TOUCHE PAS À MON IDEX L’université toulousaine court après son label d’excellence depuis plusieurs mois. Le rattrapera-t-elle ?

relax

L'AFFICHE p. 71 INTERVIEW p. 72 CULTURE INTENSIVE p. 74 RESTOS p. 78 GLOU-GLOU p. 82 OBJO-THÉRAPIE p.84 TENDANCES p. 85 ALLONS-Y QUAND MÊME p. 86 CHRONIQUES p. 88


ÉDITO

Rester Boudu Changer. On a (trop) souvent ce mot à la bouche. À la moindre contrariété, on change. Qu’il s’agisse de machine à laver, d’avis ou de partenaire de vie, rien n’échappe au dégagisme. À la recherche de compromis, ou de solutions, l’époque préfère la radicalité du changement. Alors c’est vrai que de l’extérieur, on pourrait croire que cette fièvre contagieuse s’est répandue jusqu’à la rédaction de Boudu. Parce que ce mois-ci, c’est bel et bien une nouvelle formule de votre magazine que vous tenez dans les mains. Une nouvelle formule, mais pour quoi faire ? Les magazines ont tellement pris la (mauvaise) habitude de changer de maquette comme de chemise, qu’il convient de faire œuvre de pédagogie. On peut lancer une nouvelle formule sans pour autant se renier ni regretter ses options initiales. Il n’en reste pas moins que nous avons ressenti le besoin de prendre en compte les nombreux avis qui se sont exprimés depuis le lancement de Boudu, il y a un an et demi. Comme vous le découvrirez dans ce numéro, de nouvelles rubriques ont fait leur apparition dans une mise en page plus actuelle. Mais, reconnaissons-le, il ne s’agit pas de plaire à tout le monde. Que nos fidèles lecteurs se rassurent : notre ADN ne va pas changer. Notre promesse ? Être toujours là où il faut être et jamais là où on nous attend. Bref, faire encore et toujours honneur à Boudu, cette expression populaire et intergénérationnelle avec laquelle nous nous sentons tellement en phase 

PAR

JEAN COUDERC BOUDULEMAG.COM _ 7


STARRING PAR ORDRE D’APPARITION

Christian Hugues – maire sans étiquette Céline Soulié – directrice générale de Mobilib Chloé Pouydebat, aka FeedBack – jammeuse Chloé Delagrange, aka Clou – bloqueuse Stéphanie Medda, aka Tuericultrice – bloqueuse/pivot Killian Cros, aka Mr. Furieux – bench coach/lineup manager Audrey Magnan, aka Cash Pistache – jammeuse Amélie Marteau, aka Missy Hammer – jammeuse Laurent Laborde, aka Slash Gordon – bench coach Clara Marie, aka Olive Hoover – bloqueuse Jenna Cros, aka Jenna – bloqueuse/pivot Julie Bohr, aka Purple – bloqueuse/pivot Maïna Joly, aka Ninà Backdraft – jammeuse/bloqueuse/pivot Mélodie Mouzaoui, aka Raven – bloqueuse Laura Sanchez, aka Pépé le Punch – jammeuse Laetitia Rubio, aka Jack&Déquerre – bloqueuse/pivot Blandine Lourdelet, aka St. Blandine – bloqueuse Anaëlle Le Hir, aka Pétard'L – bloqueuse/pivot François Huet – libraire Julien Domergue – employé de Sauramps Christine – libraire Fiona Mille – membre des Jeunes écologistes Joffrey Tristan – biologiste Laurent Sicard – biologiste Alain Ciekanski – ex-conseiller régional Jean-Luc Moudenc – maire de Toulouse André Savall – professeur de chimie Philippe Douste-Blazy – ancien maire de Toulouse Martine Susset – conseillère municipale Simon Johannin – écrivain Marine de Nicola – artiste Christine Escoulan – conseillère municipale Gilbert Casamatta – président de l’IRT Saint-Exupéry Marie-France Barthet – conseillère régionale Philippe Raimbault – président de l’Université fédérale Sylem – étudiante Véronique – syndicaliste Nicole Belloubet – juge au Conseil constitutionnel Jeanfi Janssens – comique Jérémy Morin – chef cuisinier

Ont collaboré à ce numéro : Louise ALLAVOINE, Rémi BENOIT, Élodie BOMPA, Julien BOMPA, Élaine CORDON, Marie DESRUMAUX, Marine GASC, Juliette MAS, Irina MAZUET, David PERPÈRE, François DE TOCQUEVILLE Photo de couverture : Matthieu SARTRE


Actuel

PAROLES, PAROLES - INTERVIEW - MICRO-ONDES - POLITITWEET - TRIBU - FEMME DU FUTUR

p. 8

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adj. QUI A LIEU DANS LE MOMENT PRÉSENT

NOM D'UN GRATTE-CIEL À peine dévoilé, le projet de gratte-ciel « Occitanie tower », près de la gare Matabiau, a déjà ses détracteurs. Mais alors que tout le monde semble se focaliser sur son nom, trop anglais pour certains, le problème pourrait bien être ailleurs...

C

’est un gratte-ciel de 150 mètres de hauteur, 40 étages, 30 000 m2. Un paquebot de verre et de vert, annoncé pour 2021, échoué entre les quais de la gare Matabiau et les bords du canal, sur l’ancien site de tri postal. La modernité pour les uns. Une coûteuse et inutile course vers le ciel pour d’autres. Pour ses architectes, l’américain Daniel Libeskind et les Toulousains Francis Cardete et Gérard Huet, « c’est comme si le canal du Midi montait vers le ciel ». La tour, entourée d’un ruban de jardins verticaux, comprendra 11 000 m2 de bureaux, 100 à 120 logements, un restaurant panoramique, un hôtel de luxe, 2 000 m2 de commerces et les locaux SNCF.

Une petite ville dans la ville, qui devrait coûter 130 millions d’euros et suscite déjà la polémique… sur son nom. Mais alors qu’on débat sec entre « Occitanie tower » et « Tour occitane », il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’en 2009, Séville avait vu son classement au patrimoine mondial de l’Unesco menacé par le projet de construction de la « Tour Sevilla », l’organisation internationale estimant alors qu’elle altérait le paysage historique de la ville. À l’heure où Jean-Luc Moudenc a fait du classement de Toulouse l’une de ses priorités, la construction de ce gratte-ciel pourraitelle constituer une menace pour la candidature toulousaine ? BOUDULEMAG.COM _ 9


MICRO-ONDES L'actualité réchauffée

INÉDIT

CONTRE-ATTAQUE L’application de la centrale VTC 31, lancée par les chauffeurs toulousains pour contrer la plateforme Uber, entre en fonction.

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TRANSPARENCE L’expérimentation de l’enregistrement vidéo lors des contrôles d’identité débute dans les quartiers des Izards et du Mirail. De son côté, Sophie Iborra démissionne de son emploi d’attachée parlementaire pour que sa mère, la députée Monique Iborra, soit en conformité avec l’engagement d’Emmanuel Macron d’interdire l’emploi des collaborateurs familiaux.

L’astronaute Thomas Pesquet publie une photo de Toulouse prise depuis la station spatiale internationale. Voit-il les douaniers au péage de Toulouse Nord mettre la main sur 387 kilos de cannabis dissimulés au milieu de cartons de déménagement ?

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07 / 01 GÉOMÉTRIE

PRÉCAUTION Le lycée de Cugnaux est fermé pour deux jours suite à la blessure d’un élève par une lamelle métallique tombée d’un toit. Le même jour, la Ligue des droits de l’homme de Toulouse et la fondation Copernic lancent un observatoire des pratiques policières.

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FRAGILES Après la mort d’un rhinocéros abattu pour sa corne par des braconniers dans un zoo de la région parisienne, les rhinocéros du zoo de Plaisancedu-Touch sont placés sous vidéosurveillance. Pendant ce temps, une manifestation a lieu à l’occasion de la journée internationale de la lutte pour les droits des femmes.

Ségolène Royal,DE ministre PEU de l’Environnement, en visite à Les footballeurs amateurs Toulouse, annonce le lancement de de Blagnac (Divion Honneur, e MicroCarb, le6premier satellite français division) frôlent l’exploit capable de mesurer la Chamois concentration de face aux Niortais, CO2 à l’échellepensionnaires planétaire. Pendant ce temps, de Ligue 2, mais la mairie de Toulouse signe s’inclinent 1-0une en convention Coupe de de partenariat avecFrance. la fondation 30 Millions d’Amis pourMatthieu la stérilisation © PHOTO SARTRE des chats errants. © PHOTO Matthieu SARTRE

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TRIBU

Roulement à filles 16

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Matthieu SARTRE –

Le roller derby est un sport américain de contact baigné de culture punk, de références au ciné gore et d’activisme féministe. Une grande chevauchée musclée à roulettes, à mi-chemin entre le cyclisme sur piste et le foot US. L’une des meilleures formations de France est toulousaine : la Nothing Toulouse. On y trouve des hommes (chose rare dans ce milieu) et de nombreuses joueuses internationales, dont certaines ont tout quitté pour rejoindre cette prestigieuse équipe.

1 – Chloé Pouydebat, aka FeedBack jammeuse 2 – Chloé Delagrange, aka Clou bloqueuse – équipe de France (EDF) 3 – Stéphanie Medda, aka Tuericultrice bloqueuse/pivot, EDF 4 – Killian Cros, aka Mr. Furieux bench coach/lineup manager, EDF 5 – Audrey Magnan, aka Cash Pistache jammeuse, EDF 6 – Amélie Marteau, aka Missy Hammer jammeuse, EDF 7 – Laurent Laborde, aka Slash Gordon bench coach/lineup manager, EDF 8 – Clara Marie, aka Olive Hoover bloqueuse, EDF 9 – Jenna Cros, aka Jenna bloqueuse/pivot, EDF 10 – Julie Bohr, aka Purple bloqueuse/pivot, EDF 11 – Maïna Joly, aka Ninà Backdraft jammeuse/bloqueuse/pivot, EDF 12 – Mélodie Mouzaoui, aka Raven bloqueuse 13 – Laura Sanchez, aka Pépé le Punch jammeuse, EDF 14 –Laetitia Rubio, aka Jack&Déquerre bloqueuse/pivot 15 – Blandine Lourdelet, aka St. Blandine bloqueuse, EDF 16 – Anaëlle Le Hir, aka Pétard'L bloqueuse/pivot

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ÇA SE PASSE AUSSI EN OCCITANIE

Montpellier

DU RIFIFI DANS LE TEMPLE DU LIVRE

C’est une hydre du livre qui vacille. Le groupe Sauramps, qui regroupe trois librairies à Montpellier et une à Alès, est en redressement judiciaire. Après que le tribunal a refusé l’offre de reprise d’un libraire rouennais, on reparle de Benoît Bougerol, le Ruthénois qui a sauvé Privat du naufrage en 2013, comme repreneur hypothétique. – PAR Irina

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MAZUET PHOTOGRAPHIE Juliette MAS –

TEMPS DE LECTURE

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«C

’est la goutte de café qui fait déborder la tasse. » La colère est de mise chez les employés de Sauramps. François Huet, libraire depuis 22 ans au Triangle sur l’emblématique place de la Comédie à Montpellier et Julien Domergue, délégué syndical et employé à la réception des marchandises, ne cachent pas leur révolte. « Nous sommes menés par une équipe directionnelle qui n’a pas su s’adapter et a gâché le potentiel de l’entreprise. » À l’heure de fêter son 70e anniversaire, la librairie Sauramps, créée en 1957 par Henry Sauramps et reprise dans les années 1990 par trois salariés, MarieChristine Wodizko, Jean-Luc Bonnet et Jean-Marie Sevestre, son actuel PDG, a été placée en redressement judiciaire depuis le 13 mars 2017. Que s’est-il passé pour que le bateau coule ainsi à petits flots ? La crise économique, l’arrivée d’Amazon, l’avènement du livre numérique et la désertification des centres-villes ne suffisent pas à expliquer le fiasco. Il semble bien qu’il faille chercher les véritables raisons ailleurs. Car bon nombre de librairies indépendantes ont trouvé des parades à ces embûches. C’est le cas de la librairie Privat, à Toulouse. Quand Benoît Bougerol, PDG de La Maison Du Livre à Rodez, s’en porte acquéreur en 2013, l’historique librairie toulousaine est en piteux état. Propriété du groupe Chapitre, l’enseigne connaît de graves problèmes de gestion. Christine, libraire chez Privat depuis plus de 20 ans, se souvient : « Avec Chapitre, on avait l’impression qu’on tuait la vieille dame à petit feu ». À son arrivée, Benoit Bougerol identifie les problèmes de gestion (rayonnage, système informatique, etc.) comme les principaux ennemis de la rentabilité, et change tout, du sol au plafond. Chez Sauramps, on n’est pas loin de penser que c’est aussi la solution. Selon les responsables du personnel, les déficits successifs, principalement depuis 2008, sont largement dus à des problèmes de gestion. Julien Domergue nous rapporte par exemple que, depuis une dizaine d’années, il n’y a pratiquement pas eu d’investissement, ou de plan de restructuration concernant le réaménagement des rayons. « Les libraires et le personnel font beaucoup de suggestions concernant la mise en avant des produits mais ils ne sont pas écoutés .»

Livres et petits pois

Or, comme on dit chez Sauramps : « On ne gère pas une librairie comme on gère une entreprise de savon », on dit chez Privat : « On ne gère pas le livre comme une boîte de petits pois ». Christine, de Privat, se souvient : « Les choix du groupe Chapitre n’étaient pas en lien avec la gestion d’une librairie.

C’est à se demander s’ils étaient du métier ». Chez Privat, l’arrivée de Benoît Bougerol a été vécue comme une véritable bénédiction, tant la réputation de l'homme plaidait en sa faveur : « Grâce à sa connaissance du milieu et à son réseau, il a rendu à Privat son identité de librairie traditionnelle, en réorganisant les surfaces, en investissant et en redonnant à chacun son rôle de libraire. »

« ON NE GÈRE PAS UNE LIBRAIRIE COMME ON GÈRE UNE ENTREPRISE DE SAVON 

»

Rien d’étonnant, dès lors, de voir apparaître parmi les repreneurs potentiels de Sauramps, le patron de la librairie toulousaine. Dans sa première offre de rachat, avant le placement en redressement judiciaire le 13 mars dernier, il avait pointé du doigt 370 000 € d’économies potentielles, alors que le déficit annuel

du groupe était inférieur à 60 000 €. Mais contre toute attente, son offre avait été écartée par la plupart des actionnaires, au profit de celle de Matthieu de Montchalin, PDG de l’Armitière à Rouen. Finalement, le président du tribunal a jugé le dossier du libraire rouennais trop léger financièrement, et le groupe Sauramps, qui compte 140 salariés, est toujours à vendre. Plusieurs repreneurs devraient présenter une nouvelle offre, dont Benoît Bougerol, qui préfère garder le silence, tout comme la direction de Sauramps. Affaire à suivre dans les prochaines semaines BOUDULEMAG.COM _ 25


EN COUV'

M

arine de Nicola et Simon Johannin ne fréquentent pas les mêmes sphères, ne fraient pas les mêmes chemins. Elle est une ancienne étudiante du Mirail propulsée pop star en Chine avant d’être renversée par la maladie. Lui est un enfant de la Montagne Noire, du rural et du sauvage, devenu la coqueluche de la critique littéraire parisienne. Leurs courses parallèles ne se croiseront peutêtre qu’ici, dans ce 17e numéro de Boudu. Là où leurs histoires différentes et le regard identique qu’ils portent sur le monde esquissent par superposition les contours de l’époque, et le portrait complexe de leur génération. 36 _ BOUDULEMAG.COM


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INTERVIEW

Droit au brut

SIMON JOHANNIN

Il y a trois mois, Simon Johannin est entré en littérature en rentrant dans le lard de ses lecteurs. Son roman, L’été des charognes, chronique hagarde et poétique d’une enfance en milieu désolé, a fait de lui la révélation de la rentrée littéraire de janvier. Langue crue, ton neuf, humour à double tranchant, tout, chez lui, respire l’époque, y compris sa trajectoire personnelle composite, faite d’enfance rurale dans la Montagne Noire près de Mazamet, d’études d’art en Belgique, d’aspirations littéraires et de mannequinat. – PROPOS RECUEILLIS PAR Sébastien

VAISSIÈRE PHOTOGRAPHIE Matthieu SARTRE –

TEMPS DE LECTURE

Vous avez 24 ans et des tas de moyens d’expression à la mode à portée de main. Pourquoi avoir choisi d’écrire ? Parce que le livre a un côté rassurant. Parce que les seules choses qui traversent les siècles, c’est la pierre et le papier. Parce que, comme tout le monde, je suis quotidiennement écrasé, atomisé par des informations momentanées et anxiogènes, et que j’ai besoin de les évacuer. Parce que ce qu’on me propose ne me convient pas et que, plutôt que de gueuler, je préfère proposer autre chose. Parce qu’on passe beaucoup de temps (et moi le premier) à brasser de l’air sur les réseaux sociaux, et qu’il faut pour s’en guérir consacrer du temps à la lecture, à l’écriture, à l’intelligence. Parce que je me sentais capable de le faire, et parce que quand j’ai pris cette décision, j’étais un peu dans le creux, expatrié à Bruxelles dans un milieu d’étudiants en art qui ne répondait pas à mes attentes. Qu’a donc de si décevant le milieu des étudiants en art ? Je pensais faire des études dissidentes et, dès les premiers jours on m’a parlé des systèmes commerciaux et des galeries. C’est un milieu hyper compétitif. Tout le monde y parle de son travail avec des textes longs et des mots compliqués alors que ça pourrait être résumé en trois phrases. Et puis, 42 _ BOUDULEMAG.COM

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dans ces écoles, on te demande de t’exprimer en permanence, on te sollicite tout le temps. Si bien qu’on se retrouve parfois avec plus rien à dire. C’est terrible, quand on pense à tous ceux qui ont des choses puissantes à dire, mais à qui on ne donne jamais la parole. D’habitude, les jeunes écrivains viennent de Saint-Germain-des-Prés. Vous, vous venez de la Montagne Noire. Est-ce la source de votre différence ? Peut-être. J’ai grandi dans un coin particulier, sur un plateau. Sans Internet, sans portable. Il y a du brouillard, de la pluie, des conifères, des forêts de plantation, du vent. La Montagne Noire, c’est pas accueillant (rien que le nom, ça glace). C’est elle qui a forgé mon mental et mon imaginaire. Quelle enfance vit-on dans ce genre de décor ? Mes parents sont des néo-ruraux. Ils ont choisi cette vie et ne l’ont jamais subie. On était loin d’avoir des moyens extraordinaires, mais ils m’ont offert une bienveillance de tous les instants et un bonheur réel. On vivait dans un hameau de trois maisons. Les premiers voisins étaient à quatre kilomètres. Ça avait un côté tribu, une dimension insulaire… Un truc à réparer, tout le monde aidait. Des moutons à transhumer, on le faisait ensemble. Des trucs pourris


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– PAR Élaine

CORDON - ILLUSTRATIONS Juliette MAS et Marylin CAYRAC –


ENQUÊTE

Malades, fous à lier, psychopathes. Les idées reçues sur les schizophrènes sont légion. Les certitudes, plus rares. Ils sont 600 000, en France, et plusieurs milliers à Toulouse, à souffrir de ce mal méconnu. Deux d’entre eux ont accepté de partager un peu de leur quotidien, entre désir ardent de vie normale et abattement chronique.

TEMPS DE LECTURE

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P

paranoïaque et incohérente. Ses parents la font interner. À l’hôpital, on la met sous traitement pour faire disparaitre les hallucinations.

lus souvent évoquée dans les pages faits divers qu’à la rubrique Santé, la schizophrénie effraie. Pourtant, la violence des schizophrènes est plus souvent dirigée contre eux-mêmes. Selon l’Inserm, 10 % des personnes atteintes par la maladie mettent fin à leurs jours. Atteinte depuis 20 ans, Diane n’est pas étonnée par la statistique : « On a plus envie de se suicider que de tuer les autres », résume-t-elle. Pour elle, le regard des autres est un problème. Même chose pour Alain : « Quand on parle schizophrénie, les gens pensent à Psychose d’Hitchcock ». Diagnostiqué en 2001, il a appris à faire abstraction des jugements. Loin des clichés, Diane et Alain sont, comme la plupart des schizophrènes, suivis médicalement. Ils prennent un traitement et sont stabilisés. Ni violence, ni coup de folie, ni comportement bizarre. Leur mal est insoupçonnable. C’est tout juste s’ils ont l’air un peu fatigués, un peu dans la lune. Contrairement à ce qu’on croit, les schizophrènes n’ont pas une double

30 médicaments

personnalité. La maladie, en revanche, revêt des formes différentes selon les individus. Diane souffre d’une schizophrénie paranoïde. Elle a été diagnostiquée à 40 ans, alors qu’elle travaillait dans le paramédical. Mais depuis ses 30 ans, elle avait des hallucinations visuelles et auditives : « Parfois c’était effrayant, je voyais des trappes et je me disais qu’un piège m’attendait au travail.  Ça pouvait aussi être magnifique : pendant tout un après-midi, j’ai vécu une sorte d’extase mystique. Je vivais dans l’éternité, comme si le temps n’existait plus. Un jour, boulevard Carnot, j’ai vu défiler des animaux. J’avais souvent des visions en dessin-animé. » Pendant dix ans, ses symptômes vont s’accroître jusqu’à lui faire perdre pied. Elle s’isole, devient

raisonnable », sourit-elle. Ses problèmes de concentration et de fatigue chronique sont des obstacles dans sa vie quotidienne. Le matin, après le petit-déjeuner, elle n’arrive pas à se laver. Alors elle promène son chien pendant une heure avant de prendre sa douche. Toutes les activités sont entrecoupées de siestes. Elle ne prépare jamais son repas. Impossible également de regarder la télé. Trop fatigant. Idem pour les rendez-vous à la dernière minute : toute improvisation lui est impossible. Aujourd’hui, elle est suivie par une psychothérapeute, en dehors d’un hôpital psychiatrique. « Elle cherche les problèmes à la source, sans évoquer la schizophrénie. Cela me permet de respirer. »

Les médicaments sont d’une redoutable efficacité. « Avant le traitement, j’étais malade, mais pas triste. J’avais une vie intérieure riche, s’enthousiasme Diane. J’avais l’impression de vivre quelque chose de

« LES PATRONS PRÉFÈRENT PAYER DES TAXES PLUTÔT QUE D’EMBAUCHER UN MALADE. 

»

bizarre, certes, mais surtout d’unique, d’important. Je ne voulais pas que cela soit détruit. » Elle retombe alors brutalement dans la réalité et se rend compte qu’elle a perdu dix ans de sa vie. Elle sombre dans une profonde dépression. « Le suicide ? J’y pense tous les jours. Mais je n’ai jamais fait de tentative, je suis trop

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ENQUÊTE

Touche pas à mon Idex Anéantie par la décision prise l’an dernier par le jury indépendant de lui retirer l’Idex (Initiatives d’Excellence), l’Université de Toulouse va à nouveau pouvoir se porter candidate à ce label d’excellence. Depuis près de dix ans, le projet toulousain est passé par tous les états. Boudu a mené l’enquête pour retracer l’histoire tumultueuse de ce dossier, et décortiquer ses enjeux. – PAR Marie

«C

DESRUMAUX PHOTOGRAPHIE Juliette MAS –

’est un encouragement fort, la reconquête du label Idex est aujourd’hui possible, c’est une priorité pour l’excellence universitaire de Toulouse ». Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, ne cache pas son enthousiasme. Et avec lui l'ensemble du monde universitaire. En ce 15 mars, le commissariat général à l’investissement vient en effet de donner son feu vert à l’Université de Toulouse pour une nouvelle candidature au label Idex. Cela fait près de dix ans que la communauté universitaire se débat pour décrocher et conserver la précieuse distinction. Le projet est initié en 2010 par Gilbert Casamatta. Le tandem Sarkozy-Fillon vient de lancer un grand programme d’investissements pour faire repartir la croissance française, et celui qui est alors président du Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (Pres) de Toulouse, y voit une opportunité pour la ville rose de faire briller ses chercheurs et ses formations. Parmi une batterie de nouveaux dispositifs, l’Idex, label créé pour distinguer une dizaine de grands pôles d’enseignement supérieur et de recherche, et les aider à émerger à l’international. À la clé, une généreuse enveloppe de l’État de 20 millions d’euros par site et par an. Très vite, Toulouse s’engage dans la course aux projets et présente une candidature. « Notre site souffrait de sa réputation, se souvient Gilbert Casamatta. Il y avait un décalage entre nos possibilités scientifiques et notre image de site individualiste. » Il garde en mémoire une remarque de Jean Therme, ingénieur physicien réputé, alors de passage à Toulouse. « Il nous avait dit : “C’est bizarre, au pays du rugby vous construisez vos

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TEMPS DE LECTURE

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équipes avec des joueurs de tennis”. » Une manière de pointer le manque de jeu collectif des établissements toulousains.

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millions D’EUROS PAR AN

Les regrouper en un seul pôle d’enseignement et de recherche s’avère en effet titanesque, tant les institutions ont des spécialisations et des fonctionnements différents. « Il y a une diversité d’établissements à Toulouse que l’on ne retrouve pas ailleurs, précise Gilbert Casamatta. C’est une complexité indéniable, mais aussi une force. »

Des hauts et débats

En juin 2011, un premier projet est rejeté par le jury international indépendant : il faut clarifier la gouvernance. Autrement dit : revoir la façon dont les établissements vont se coordonner pour prendre des décisions et travailler ensemble. Fin 2011, un nouveau projet, avec une université fusionnée, est présenté. Cette fois, il est accepté, labellisé


avec une promesse de financement de 25 millions d’euros par an. Mais au printemps 2012, une conjonction d’évènements va porter un sacré coup au dossier toulousain. L’université du Mirail, Paul-Sabatier et l’Institut national polytechnique (INP), c’est-àdire trois des principaux établissements, changent d’équipes dirigeantes. « Les campagnes se sont faites pour ou contre le volet gouvernance du projet Idex, et ceux qui étaient contre ont gagné », rappelle Marie-France Barthet, alors directrice exécutive du Pres. Fraîchement élus, les nouveaux présidents souhaitent renégocier le projet Idex au travers d’un processus plus démocratique. « Il avait été élaboré en chambre close pour des raisons de calendrier et de confidentialité par rapport aux autres pôles académiques en compétition », reconnaît-elle. Sur le plan national aussi, l’heure est au renouvellement. François Hollande et la gauche arrivent au pouvoir, et sont embarrassés par l’Idex. Faut-il le modifier, le supprimer ? À Toulouse, Gilbert Casamatta laisse alors son bureau à MarieFrance Barthet. « J’ai été élue en pleine situation de crise, se souvient-elle. Il n’y avait pas d’autre candidat, on est venu me chercher ! » Elle met en place une large consultation. La gouvernance est retravaillée, et un nouveau projet finit par être adopté avec la

signature du gouvernement et du commissariat général à l’investissement. Il prévoit l’abandon de la fusion au profit d’un modèle fédéral, plus précisément une Communauté d’universités et d’établissements (CoMUE), créée par la loi Fioraso de 2013. En juillet de la même année, la convention attributive des fonds Idex est finalement signée. Les

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établissements programmes peuvent démarrer, avec un an de retard sur les autres sites labellisés. L’évaluation est prévue trois ans plus tard.

Retour à la case départ

Coup de théâtre le 29 avril 2016, l’Idex de Toulouse est arrêté. Pour le jury indépendant, l’objectif Idex est impossible à atteindre « sans une dynamique nouvelle et des mesures de rupture ». Au Pres, devenu CoMUE BOUDULEMAG.COM _ 59


CONVERSATION

Pas si – PROPOS RECUEILLIS PAR Jean

COUDERC ET Sébastien VAISSIÈRE –

Avant de rejoindre les sages du Conseil constitutionnel en 2013, Nicole Belloubet fut tour à tour rectrice d’académie, première adjointe au maire de Toulouse et vice-présidente du conseil régional Midi-Pyrénées. En ville, elle a laissé le souvenir d’une femme libre et affranchie, démissionnant du rectorat en 2005 pour cause de désaccords avec François Fillon, organisant, en 2008 à Toulouse, des assises de la culture ouvertes à tous, et suscitant des rumeurs tenaces lui prêtant un charisme trop fort pour le maire d’alors, Pierre Cohen. À quelques semaines de l’élection présidentielle, organisée sous la haute autorité du Conseil constitutionnel, nous sommes allés à sa rencontre. Et comme sa parole se fait rare depuis son départ du Capitole, on n’en a pas loupé une miette. – PHOTOGRAPHIE

Louise ALLAVOINE ET Matthieu SARTRE– TEMPS DE LECTURE

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Louise Allavoine

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CONVERSATION

Quel rôle le Conseil constitutionnel joue-t-il exactement dans l’organisation de l’élection présidentielle ? Nous sommes compétents de A à Z. Tout passe par le Conseil constitutionnel, des avis sur tous les textes qui organisent les élections à la vérification des parrainages. Cette année, la loi a conduit à les publier régulièrement pour plus de transparence. Et puis, passé le jour de l’élection, le conseil siège sans discontinuer pendant trois jours pour vérifier les résultats. Et c’est le président du Conseil qui proclame officiellement élu le président de la République. Vous n’étiez pas programmée pour siéger dans cette grande institution de la démocratie française… C’est vrai. Quand Jean-Pierre Bel me l’a proposé en 2013, j’étais vice-présidente du conseil régional et heureuse de l’être. Le Conseil constitutionnel, pour une ancienne étudiante en droit comme moi, semblait totalement inatteignable et magnifique. Certains, à l’époque, y ont vu un moyen de vous évincer de la course à la présidence de la Région… Être présidente de Région, c’est une fonction extraordinaire ! C’est une fonction qui m’aurait plu.

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Je l’ai d’ailleurs dit à Carole Delga quand elle s’est présentée. Ce que je fais au Conseil constitutionnel est passionnant, exceptionnel, mais plus statique. C’est un travail de contrôle. Vous empêchez certains textes qui pourraient porter atteinte aux libertés d’entrer en vigueur, mais vous n’êtes pas dans l’action, dans la construction de politiques publiques, comme on peut l’être au sein d’une région. Est-ce que c’était un piège de me proposer le conseil ? Je ne sais pas. En quoi le rôle de présidente de Région vous paraît-il si enviable ? Il paraît plus facile de représenter la Région que l’État parce que l’action y est immédiatement plus visible. Quand j’étais rectrice, je me souviens que j’étais un peu chagrine de voir Martin Malvy encensé les jours d’inauguration de lycées, alors que moi, je ramais ! Pourtant, c’est l’État qui, évidemment, mettait à l’époque le plus d’argent. À la Région, j’ai beaucoup aimé le travail d’équipe, notamment avec les élus. Et puis j’ai travaillé sur les contrats de site, avec l’idée de regrouper l’ensemble des acteurs pour créer une dynamique pour faire vivre les territoires. Un amour pour la Région qui vous conduit à abandonner votre mandat municipal en 2010. Pourquoi ? Je n’y ai pas renoncé. J’ai reçu, la veille de la clôture du dépôt des candidatures, un coup de fil de Martin Malvy me proposant de faire partie


de sa liste avec un portefeuille important autour de l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche. Immédiatement, j’ai été tentée, car cela me permettait de retrouver un domaine que je connaissais bien. Mais, même si j’ai abandonné mes fonctions d’adjointe après l’élection de Martin Malvy, j’ai gardé mon mandat de conseillère

« J’AI ÉTÉ

D’UNE LOYAUTÉ ABSOLUE AVEC PIERRE COHEN.

»

municipale parce que je souhaitais rester aux côtés de l’équipe dans laquelle j’avais été élue. Comment expliquez-vous qu’au même moment, une version tout à fait différente courait à Toulouse ? On racontait que Pierre Cohen souffrait de l’ombre que vous lui faisiez. On a raconté beaucoup de choses... Je ne vois pas en quoi je lui faisais de l’ombre. J’ai été d’une loyauté absolue et il ne pouvait pas en être autrement. Un adjoint n’a que le pouvoir que lui laisse le maire pour agir. Ma relation avec Pierre était exactement comme pendant la campagne, c’est-à-dire hors des cercles proches. Pourquoi ? Je n’en sais rien. J’en prends ma part de responsabilité. Peut-être que je ne savais pas faire. Vous aviez pourtant été rivaux lors de la primaire du PS en 2008... Sur le moment, ça m’a agacée d’avoir été battue ! Mais avec le recul, cela fait partie des aventures de la vie. Quand Pierre m’a proposé d’être seconde sur sa liste, j’ai accepté sans hésiter. J’avais d’excellentes relations avec lui. Je l’appréciais beaucoup, je le trouvais énergique, sympathique avec moi. Je trouvais que Pierre avait beaucoup de qualités. Une rigueur, une honnêteté. Et puis je n’ai pas hésité parce que je me suis dit que ce serait quelque chose de collectif. Les choses ont évolué différemment pour des raisons mystérieuses. Mystérieuses ? En réalité, ce sont des raisons très pragmatiques qui ne m’ont pas permis d’entrer dans le cercle très resserré autour du maire. Je travaillais en tant que professeure. Donc, même si tous mes cours commençaient à 8h du matin, je n’avais pas la disponibilité de ceux qui n’exerçaient pas d’activité professionnelle. J’ai fait le maximum mais je n’ai pas réussi à trouver une osmose parfaite avec l’équipe municipale. Il y a peut-être eu une incompréhension. Il vous propose pourtant d’être sa première adjointe, en charge de la culture… 

Oui, et ce furent deux années de grand bonheur. Un souvenir extraordinaire. J’ai découvert des gens formidables. On a organisé les assises de la culture qui nous ont pris une énergie folle mais elle nous a été rendue au centuple. Je sentais que ces assises créaient une communion autour des acteurs de la culture. Qu'en retenez-vous ? Qu’on peut susciter de l’enthousiasme et de l’adhésion mais qu’il faut se donner les moyens de suivre les choses ensuite. Dégager une ligne, c’est assez facile, mais après, il faut être capable de répondre aux attentes de ceux qu’on a mobilisés… et ne pas être contraint par le budget. Ces assises avaient fait naître un tel vent d’espoir que dans le milieu de la culture, où l’on aime bien l’uchronie, certains se demandent à quoi ressemblerait la culture à Toulouse si vous étiez restée à la mairie. N’avez-vous pas de regrets ? Seule, je ne pouvais pas y arriver. J’ai rarement vu des systèmes aussi centralisés que dans les collectivités territoriales. Mettre en place une politique culturelle, c’est comme dans l’éducation, il faut du temps. À la fin des assises de la culture, nous avions fait un plan sur six ans. Et nous avions commencé à le mettre en œuvre. Cette expérience a-t-elle modifié votre rapport à la culture ? Disons qu’elle m’a fait découvrir un monde et des gens. Je n’avais aucun a priori. Je connaissais seulement les membres de l’Orchestre du Capitole, que j’avais reçus pendant la campagne. J’ai découvert toutes les petites associations culturelles qui maillent le tissu local et qui font souvent un travail extraordinaire. Avec le recul, diriez-vous qu’il faut désinstitutionnaliser la culture toulousaine ? Je ne sais pas. Ce que font l’Orchestre ou le théâtre du Capitole, c’est formidable. En revanche, un accès plus large à ces lieux de culture est nécessaire. Il faut donc de l’argent et des choix politiques forts. Ce que fait le théâtre Garonne, par exemple : il n’y a pas plus institutionnel, pourtant c’est à l’avant-garde et c’est un lieu très ouvert. Certains considèrent pourtant que Toulouse manque d’événements culturels majeurs. Qu’en pensez-vous ? Autant je pense qu’il faut densifier, notamment dans les quartiers, les actions culturelles et donner accès à des espaces de culture, autant je regrette qu’il n’y ait pas quelques évènements d’importance nationale à Toulouse. Je me rends fréquemment à Montpellier pour voir de grandes expositions souvent coproduites. Je trouve dommage que cela ne soit pas le cas à Toulouse. BOUDULEMAG.COM _ 65


La peau comprise

Depuis La Peau (1994) et son alexandrinétendard (Du grand Canyon au Yémen / Et la peau est la même), jusqu’au concert post attentat de Charlie, No One Is Innocent n’a pas cessé de servir d’exutoire. Courons donc au Bikini pour secouer la tête, casser des guitares et scander des slogans en sautant sans raison sur des grattes saturées comme le périph' toulousain un vendredi à 18h. Ça nous fera du bien. No One Is Innocent - Le Bikini, Ramonville - 27 avril

Musicament générique

Placebo, Louis Sarkozy et Harry Potter ont 20 ans, mais le groupe anglais est le seul à nous inviter à sa fête, le 24 avril au Zénith. On se souvient de l’émotion ressentie à l’écoute des premiers riffs du groupe. On pensait que Molko était un hybride musical de Frank Black et Kurt Cobain, et que sa gloire serait totale. Hélas, le groupe a passé son temps à se plagier lui-même, et n’a guère fait montre de génie ailleurs que dans sa reprise de Where is my mind, des Pixies. Espérons que le morceau fasse partie du rappel le 24 au soir. Placebo au Zénith Le 24 avril à 20h

© DR

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Gitans maïs

À Seissan, dans le Gers, pays du maïs et des canards qui le mangent, se tient depuis 10 ans le formidable festival Welcome in Tziganie. Comme chez Mephisto, il y aura cette année de grandes pointures, à commencer par Goran Bregović, celui par qui la culture rom et les musiques tziganes sont arrivées jusqu’à nous dans les années 1990. Ses performances avec son orchestre des mariages et des enterrements, sont toujours des moment d’anthologie, de fête, de sourires et de désespoir. Goran Bregović à Welcome in Tziganie – Seissan (Gers) – Le 28 avril à 22h30

© DR

Come black

L’Institut supérieur couleur, image, design (UT2, Campus de Montauban), invite des designers à « interroger » la couleur noire. Leur réponse prend la forme d’objets, d’installations, de performances. Du noir à voir, à toucher et à expérimenter, entre les murs blancs de la fondation Écureuil. Black Incarnation - Fondation Espace Écureuil, place du Capitole - Jusqu’au 29 avril

© François Talairach

Montrer Christo

Comme Loana, Sébastien Chabal et Rama Yade, le Centre Beaubourg a 40 ans. Pour souffler ses bougies pompidoliennes, il éparpille cette année, dans 40 villes de France, des milliers de pièces issues de ses collections. Aux Abattoirs, c’est un ensemble exceptionnel d’œuvres estampillées Nouveau réalisme, ce mouvement dont Arman, César, Klein, Niki de Saint Phalle, Spoerri, Tinguely et quelques autres, ont signé le manifeste en octobre 1960. Leur préoccupation : « le recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire ». L’occasion unique pour les Toulousains de poser leurs yeux sur un bleu Klein, un mag empaqueté par Christo, une accumulation d’Arman ou une compression de César. À voir idéalement en avril, avant la foule des week-ends de mai. Autour du Nouveau réalisme – Musée Les Abattoirs - Jusqu’au 28 mai BOUDULEMAG.COM _ 79


OBJO-THÉRAPIE L'impossible mission

En couple à la ville comme en studio, Élodie et Julien, architectes d’intérieur de formation, ont créé à Toulouse la marque de papeterie Say Cheese.

MISE AU VERT – PAR Élodie ET

Julien BOMPA –

Au sortir de la grisaille de l’hiver, le printemps réveille en nous de furieuses envies de vert. À boire, à peindre, sentir ou exhiber, nos experts ont déniché de quoi faire entrer la nature dans nos intérieurs sans craindre le pollen.

Terrarium Green Factory L'interprète, 15 rue Sainte Ursule 45,00 €

Savon tonifiant Le Baigneur Bobine, 17 rue de la Pomme 10,00 €

Grand coussin Rice Le Petit Souk, 11 rue Baronie 45,00 €

Mouton & Haworthia TheCactusCornerShop - www.etsy.com 12,00 €

Bougie parfumée La Belle Mèche Slow Concept, 10 rue Sainte-Ursule 30,00 €

Peinture murale Farrow & Ball teinte 214 Arsenic Secrets d'Atelier, 5 place Sainte-Scarbes 81,00 €

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Vase cactus Serax Bensimon, rue de la Trinité 42,00 €

Notebook Ravenala, Say Cheese Trait, 60 rue des Tourneurs 8,50 €

Thé aux herbes P&T Bobine, 17 rue de la Pomme 20,00 €


TENDANCE

C'EST NOUVEAU, C'EST TOUT BEAU – REPÉRÉ PAR

BOUDU PHOTOGRAPHIE Juliette MAS –

ouvert de 8h à 22h

Toulouse avait déjà succombé à la mode des salons de thé. Les amateurs de mousse peuvent eux aussi désormais s'abandonner à leur péché mignon dans un « salon » depuis 37 rue de la République que La Houblonnière a ouvert au  sein de sa boutique un nouvel espace dégustation.

ouvert de 12h à 22h

La Houblonnière devient salon de bière

75bis av. de Muret

Un distributeur automatique de produits fermiers 31270 Cugnaux

Fort de son succès auprès des locavores, le distributeur automatique Les  Casiers fermiers, ouvert il y a un an avenue de Muret,  s’agrandit  ce mois-ci. En plus de fromages, miel, œufs, yaourts, conserves de  canards et petits pains, les Toulousains pourront  désormais choisir leurs charcuteries, beurre et magrets. Le tout sans intermédiaires et made in fermes d’Occitanie.

2 rue du Pré-Vicinal

Un théâtre pour tous Des fleurs sur mon mur

Candidature à partir du 21 avril

Pour la deuxième année consécutive, les Toulousains sont invités à planter… sur les trottoirs. Objectif ? Végétaliser les rues et les façades pour améliorer le cadre de vie et la biodiversité. Les candidatures, ouvertes à partir du 21 avril, seront examinées cet été ; les permis de végétalisation distribués à l’automne.

Menus indicatifs

Google play / Apple store Qui dit miam !

La ville en vert

Un théâtre qui ouvre à Toulouse, ou dans sa banlieue, c’est suffisamment rare pour être souligné. Quand en plus, la programmation se veut populaire et qualitative, que la directrice a fait ses premiers pas sur place à l’espace Paul Eluard et qu’une multitude d’activités annexes sont annoncées (ateliers, costumerie, salon de thé, studio vidéo..), on accourt !

Alors que les parents s’habituent doucement à l’application « cantine  » de la mairie, Qui dit miam ! offre désormais un nouveau service :  des suggestions pour les menus du soir, en fonction de ce que les  enfants ont mangé à midi. Des repas équilibrés et plutôt  élaborés…  mais à quand les recettes ? BOUDULEMAG.COM _ 87


ALLONS-Y QUAND MÊME

SEPT RAISONS D'ALLER À

BERLIN

MÊME SI ON N'EST PAS NIGHT-CLUBBER

– PAR Sarah

JOURDREN –

Depuis que Ryanair a ouvert une ligne, les Toulousains branchés ont enfin accès aux folles nuits de la capitale allemande. Reste que tout le monde n’a pas envie de passer 24 heures dans un club, à abîmer ses tympans sous les basses, ses neurones à coup de MD et son foie avec des flots de bière. Pour eux, Boudu a trouvé 7 raisons d’aller quand même à Berlin en avion, et au lit à 22h. TEMPS DE TRAJET 150 MIN POUR LA BOHÈME Cap à l’est vers l’un des nombreux parcs de la ville, qui regroupe, entre autres, le plus grand mémorial d’Allemagne (mémorial soviétique, 100 000 m2), une brasserie traditionnelle (Haus Zenner) et un pont construit par les prisonniers de guerre en 1916. 90 ha de verdure au bord de la Spree, où l’on peut aussi faire du pédalo ou un barbecue. Au retour, faites un détour par Rixdorf, village bohémien fondé en 1737. Des petites rues pavées, des corps de ferme et une église du xve siècle, coincés entre les très grandes Karl-Marx-Strasse et Sonnenallee. Treptower Park, Alt-Treptow – Rixdorf (  7, station Karl-Marx-Strasse)

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© Philip Koschel

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POUR FAIRE 25 ÉTAGES EN 20 SECONDES Le panorama du dernier étage de la tour Kollhoff est au moins aussi beau que celui de la mythique Fernsehturm. Pourtant, il coûte deux fois moins cher et évite trois heures de queue. Et parce que vous n’aurez pas le temps de comprendre l’histoire débitée par la dame de l’ascenseur, on vous la résume : l’engin est l’un des plus rapides d’Europe – 25 étages en 20 secondes. Panorama Punkt, Potsdamer Platz


POUR LA PLAGE POUR LES ESTAMPES Dans la guerre des égos que se livrèrent Berlin est et Berlin ouest dans les années 1960, Berlin ouest décida de créer un pendant occidental à l’historique île aux musées. Le Kulturforum, chef-d’œuvre de béton et de verre planté à la limite du mur, abrite quatre musées d’arts, dont le tout petit et peu ordinaire Cabinet des estampes. La quatrième plus grande collection d’art graphique au monde, des œuvres de toutes les époques présentées sous forme d’expositions temporaires. Kupferstichkabinett, Kulturforum, Matthäikirchplatz

Quand viennent les beaux jours, les Berlinois sautent dans le S-Bahn (leur RER) et filent piquer une tête dans un des lacs qui entourent la ville. 110 ans qu’ils usent les fauteuils-cabines en osier de la longue plage de Wannsee, au sud-ouest. Pour plus d’intimité, préférez le tranquille Flughafensee, au nord-ouest. Wannsee – Flughafensee (  6, station Otisstrasse)

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POUR LES TOILES ET LES BOREKS Le samedi, les petites mains créatives se pressent sur les bords du canal à Neukölln pour dénicher la bonne affaire parmi la montagne de tissus multicolores. Les mardi et vendredi, le marché turc régale les sens. Bruyant, parfumé et pas cher. Neuköllner Stoff / Türkenmarkt, Maybachufer (  1,  8, station Kottbusser Tor)

POUR LE BON SON Achevée en 1963, la Philharmonie de Berlin est un bijou. De l’extérieur, un chapiteau blanc et doré. À l’intérieur, deux salles à l’architecture révolutionnaire, où l’orchestre est au centre. Pour apprécier cette acoustique parfaite, le mieux est encore d’acheter une place. Du haut des terrasses penchées, derrière les musiciens, la vue sur le fantastique chef d’orchestre Sir Simon Rattle est imprenable. Herbert-vonKarajan-Straße 1 (station Potsdamer Platz)

L’astuce de la rédac’ : Prendre le bus 100 au départ d’Alexanderplatz et jusqu’à Zoologischer Garten, pour voir tous les monuments emblématiques de Berlin pour seulement 2,80 €.

© Wolfgang Scholvien

POUR L’ENFANT ROI Même si, dit-on, Berlin n’est pas l’Allemagne, une chose reste bien teutonne : l’enfant est roi à la maison, et ça se voit à l’extérieur. Des crayons de couleurs dans les restaurants, des trottoirs assez larges pour deux poussettes doubles et l’aîné en roller, une circulation des véhicules polluants limitée… La ville est particulièrement accueillante pour les enfants. Ils pourront jouer sur un bateau pirate, sur le cou d’un dragon ou dans un toboggan géant. Emmenez-les au Kolle37, un parc d’aventure et de construction, libre et écologique (à partir de six ans). ASP Kolle37, Kollwitzstraße 35, Prenzlauerberg

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© Philip Koschel BOUDULEMAG.COM _ 89


OÙ L'ON A APPRIS

Qu’on peut faire 100 km pour une andouille · que Kev Adams a vieilli · Qu’on

peut partir à Montpellier à la recherche de l’amour et de la fortune, et revenir célibataire et criblé de dettes · qu’il faut trancher entre Connors et Mc Enroe · qu’on peut devenir rectrice sans savoir ce que c’est · qu’on peut mourir pour des Idex · qu’une fleur et un flic, ça

·

peut faire une belle photo  qu’on dort depuis 100 ans sur 5 000 tonnes d’explosif mais que ça risque rien   que les femmes

·

devraient se raser le crâne une fois dans leur vie  que les mariés vont devoir la mettre en

· sourdine · qu’on peut être créatif dans un

· grâce à Marine Le Pen ·  qu’un livre n’est pas un petit-pois · qu’une rupture peut conduire à l’auto-partage ·  ·  ·  pot de sauce à nem    qu’on peut devenir écolo

que cer-

tains élus respectent leurs promesses

que l’Unesco c’est pas gagné

Qu'apprendrez-vous dans le prochain numéro ? Réponse le 3 mai.

toulouse.citiz.fr yea.citiz.fr

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Voitures en libre-service avec ou sans réservation

Boudu n°17  

Où l'on apprend qu'on n'a pas besoin de confort mais de progrès, qu'on peut faire 100 km pour une andouille, et qu'on dort sur 5 000 tonnes...

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