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Où l'on apprend que prêter sa voiture à son fils, c’est déjà de l’autopartage, qu’on ne poireaute jamais dans le monde rural et que les mémés valsent dans les bus Tisséo.

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MAGAZINE TOULOUSAIN ACTUEL

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FERRI, L'ARIÈGEOIS QUI S'AMUSE AVEC

INTERVIEW

DE GAULLE ET ASTERIX

2020 VU PAR MOUDENC

Reconversion

DÉCLIC COVID DÉCEMBRE 2020 - JANVIER 2021

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Fabriqué à Toulouse


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SEUL LE 1ER ENFANT COTISE*

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ON NE CHOISIT PAS TOUJOURS LA MEILLEURE PROTECTION


BOUDU N° 53 – DÉCEMBRE 2020 - JANVIER 2021

SOMMAIRE BOUDU le magazine toulousain actuel, est édité par TRENTE&UN, société coopérative à capital variable, au capital de 19 500 €. RCS Toulouse n° 802388017. Siège social : 24, rue de la Sainte-famille, 31200 Toulouse redaction@editions31.com Gérant et directeur de la publication  : Jean Couderc

Rédaction Rédacteur en chef  : Jean Couderc

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EN COUV’ LE GRAND RAS-LE-JOB

On y a tous pensé au moins une fois au cours du confinement. Quitter son job, changer de métier, passer à autre chose. La Covid et son cortège de drames et d’incertitudes ont convaincu les plus courageux de franchir le pas. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne le regrettent pas.

Chef d'édition : Sébastien Vaissière Direction artistique : Laurent Gonzalez

INTERVIEW LE SAVOIR-FAIRE RIRE DE FERRI

Photographe : Rémi Benoit

Publicité Jean Couderc jean.couderc@editions31.com 06 16 23 64 52

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Scénariste d’Astérix depuis 2013, JeanYves Ferri préside à la destinée de deux autres bandes dessinées cultes : Le retour à la terre (avec Larcenet) et De Gaulle à la plage, adapté en dessin animé et diffusé sur Arte depuis l’automne. Boudu a passé un moment avec cet Ariégeois réfugié dans les Pyrénées et dans la BD.

PHOTO-LÉGENDE L’ÉDIFICE PRÉFÉRÉ

Retrouvez nos offres abonnés p. 9 Service abonnement : abonnement@editions31.com

Imprimé par SA Escourbiac (Graulhet). Tous droits de reproduction réservés. ISSN 2431 - 482X CPPAP : 1123 D 92920

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Pendant 6 ans, le nouveau bâtiment de la Toulouse School of Economics a collectionné les pépins de chantier. Depuis le printemps, il collectionne les récompenses. Prix Pritzker en mars, Prix de l’Équerre d’argent le mois dernier. Cela méritait qu’on pousse les grilles pour découvrir ses entrailles de brique et de béton.

INTERVIEW LA POSITIVE ATTITUDE « BRANDIR DES CARICATURES QUAND ON N’EST PAS SOI-MÊME CARICATURISTE EST-IL LE MEILLEUR MOYEN DE FAIRE RECULER L’ISLAMISME ? » Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse


BOUDU N° 53 – DÉCEMBRE 2020 - JANVIER 2021

SOMMAIRE Actuel PAROLES, PAROLES P.8 MICRO-ONDES P.10 TRIBU P. 16 INTERVIEW P.18 PORTRAITS P.20

Réel PORTRAIT P.38 CHAUFFEUR, SI T’ES AUTEUR

Non seulement Stéphane Garnier trimballe les Toulousains dans son bus Tisséo, mais en plus il croque gentiment leurs travers dans de petits textes désopilants.

REPORTAGE P.58 SUPERMARCHOUETTE

Dans cette coop, les chouettos surveillent leur Piaf. Pour comprendre le sens de cette phrase, lisez l’article.

Relax L’AFFICHE P.63 AGENDA CULTURE P.70 L’ART ET LAMAZÈRES

Dans la jungle touffue de l’offre culturelle covidée, Greg Lamazères débroussaille pour nous un chemin subjectif.

SPÉCIAL CADEAUX DE NOËL P.75 LE CATALOGUE DE LA BOUDOUTE

Sélection Boudu de cadeaux locaux adaptés à toutes les bourses et aux injonctions de l’époque. À vos listes !

© Dargaud

L’ADDITION P.80 OÙ L’ON A APPRIS P.82


ÉDITO

Et s’il suffisait d’y croire ?

© Laurent Gonzalez, California studio de création

par Jean COUDERC

Alors que 2020 touche (enfin) à sa fin, on ne peut que pousser un ouf de soulagement… en espérant fébrilement que 2021 ne lui ressemblera pas ! Mais avant de tourner définitivement la page d’une année qui restera incontestablement l’une plus marquantes de l’après-guerre, Boudu a souhaité la terminer sur une note d’espoir en braquant les projecteurs sur ceux que la Covid-19 n’a pas empêché de réaliser leur rêve. Un peu facile ricaneront certains à la lecture de ce choix éditorial. Pour les jargonneux, le terme de marronnier sera peut-être même avancé. On ne peut que leur donner raison. Sinon que les abîmes de réflexions existentielles dans lesquels le confinement a plongé les témoins de notre dossier nous ont semblé suffisamment universels (partagés ?) pour être relayés. S’écouter, changer de vie, faire le grand saut, prioriser les choses autrement… ces questions ont préoccupé la plupart d’entre nous pendant ces longues semaines de privation de relations sociales et professionnelles. Donner la parole à ceux qui ont osé franchir le pas malgré l’incertitude de l’époque, c’est aussi une manière de se souvenir que l’adversité ne doit pas annihiler les rêves. Le tout sans avoir une seule fois recours au sacro-saint concept de résilience. Qui dit mieux ?

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STARRING PAR ORDRE D'APPARITION

Alexandre Jouaville, directeur de Citiz Toulouse Gérard Lucas, retraité Marielle Bovo, consultante en ressources humaines au club CIBC AGIRe en Haute-Garonne Hélène Picot, coach en reconversion Stéphanie Pautal, responsable événementiel à l’IoT Valley Julia Grigel, pâtissière Rémy Companyo, cofondateur de la société Ilek Anne-Hélène Labissy, coach Caroline Gayral, psychopraticienne Céline Hermet, coach en petite enfance Chloé Dubois, graphiste Geneviève Bonnet, viticultrice Léa Bernabeu, commerçante Loris Assemat, fromager Patrick Contreras, marchand d’épices Stéphane Pannetier, fromager Stéphane Garnier, chauffeur de bus Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse Chrystel Gérard, coordinatrices du projet Chouette Cop Delphine, naturopathe Jean-Yves Ferri, scénariste-dessinateur de BD Nicolas Brousse, chef cuisinier

Ont collaboré à ce numéro : Agnès BARBER, Orane BENOIT, Émilie DIAS, Greg LAMAZERES, Matthieu SARTRE, Frédéric SCHEIBER. 6 _ BOUDULEMAG.COM


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MICRO-ONDES • L'ACTU RÉCHAUFFÉE

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27 INDULGENT Le tribunal de grande instance d’Auch relaxe les cinq prévenus qui étaient poursuivis pour vol en réunion après le décrochage de trois portraits d’Emmanuel Macron au nom de la liberté d’expression.

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OCT.

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ESCALADE Le lendemain de l’attaque terroriste à Nice, le maire de Béziers Robert Ménard lance une campagne d’affichage dont le message, sur fond du Christ ensanglanté cloué sur sa croix, est clair : « Attaques au couteau, va-ton enfin réagir ? Expulsion des islamistes ».

IMPUNITE Les gendarmes interviennent suite aux appels de riverains pour tapage nocturne causé par un policier qui avait organisé une petite soirée... en plein confinement.


NOV

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FUSEE Un automobiliste est flashé à 235 km/h sur l’A9 dans les PyrénéesOrientales.

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SYMBOLIQUE Le cap des 1000 décès dus au Covid-19 est franchi en Occitanie.

INSURRECTION Un millier de personnes se rassemble, à l’initiative de la CPME 31, place du Capitole pour alerter l'opinion publique sur l’état de santé des entreprises de la région. © photo Rémi BENOIT

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Réel

n.m. CE QUI EST, CE QUI EXISTE, CE QUI ARRIVE EN FAIT

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EN COUV'

Le grand ras-le-job C’est l’une des conséquences inattendues du premier confinement. Assignés à résidence avec du temps pour penser et des raisons d’avoir peur, la plupart des actifs ont envisagé de changer de métier et d’horizon au cours de ce printemps désolant. Désir mu le plus souvent par un ras-le-bol général, quelques questions existentielles, et l’envie de mettre du sens dans son job. Rien que de très courant dans le monde du travail… mais cette fois la Covid et ses conséquences ont donné l'élan nécessaire aux candidats à la reconversion, qui sont, depuis le mois de mai, de plus en plus nombreux à franchir le Rubicon. Par Sébastien Vaissière, Agnès Barber et Orane Benoit TEMPS DE LECTURE

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« La société dans laquelle je vis me dégoûte ; la publicité m’écœure ; l’informatique me fait vomir. Tout mon travail d’informaticien consiste à multiplier les références, les recoupements, les critères de décision rationnelle. Ça n’a aucun sens. Pour parler franchement, c’est même plutôt négatif ; un encombrement inutile pour neurones. Ce monde a besoin de tout, sauf d’informations supplémentaires. » Cette confidence synthétise si bien les témoignages que l’on recueille en cet automne 2020 auprès de nos contemporains qu’elle pourrait avoir été entendue tout à l’heure à la sortie d’une PME de Toulouse, Labège ou Montpellier. Il n’en est rien. On la trouve à la page 41 du roman de Houellebecq Extension du domaine de la lutte, paru il y a un quart de siècle. On le saura la prochaine fois : pour connaître l’avenir de la société, mieux vaut lire Houellebecq que les journalistes et les sondeurs. Ces derniers, d’ailleurs, sont bien meilleurs pour décrire le présent. Preuve en est cette enquête Ifop parue en juin : 58% des salariés y estiment que le confinement a changé leur rapport au travail, et 81% déclarent que le bienêtre constitue désormais leur enjeu prioritaire… contre 56% à peine en 2018 ! Parmi les éléments garantissant ce bien-être, 31% mentionnent « donner du sens à son activité ». Quant aux principaux changements attendus, la « meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle » concerne 27% des sondés. Ainsi s’annonce la nouvelle donne post-covid du monde du travail. Phénomène que Stéphane Pannetier, salarié toulousain que Boudu a rencontré et qui a quitté son emploi pour vendre du fromage (voir p.31) appelle « l’effet confinement. » Effet à la fois perturbateur, révélateur et accélérateur, que mesure depuis le printemps Marielle Bovo, consultante en ressources humaines au club CIBC AgirE en Haute-Garonne, Lot et Tarn-et-Garonne : « Je rencontre de plus en plus de personnes pour qui le confinement a été un accélérateur de prise de décision, avec des projets plus ou moins

mûris. Je vois des salariés de 81% des salariés 30/35 ans qui ont consacré déclarent que 10 ans à leur activité le bien-être au professionnelle et qui travail est leur souhaitent aujourd’hui des conditions de travail préoccupation plus compatibles avec leur majeure… contre vie de famille. J’observe 56% en 2018. » que les conditions de travail qui étaient acceptées il y a quelques années le sont beaucoup moins aujourd’hui. » Au sein de cet organisme qui propose Bilan de compétences et Conseil en évolution professionnelle, deux dispositifs-clefs du parcours de reconversion professionnelle, Marielle Bovo constate que près de la moitié de ceux qu’elle rencontre souhaite s’orienter vers des métiers différents. Elle cite pour illustrer ses propos ce pharmacien qui se rêve boucher, et cet assureur qui reprend un petit commerce avec sa compagne : « Il y a le souhait d’être utile à la collectivité, et de se sentir plus citoyen » résume-t-elle. INSPIRATION Être utile, donner du sens. Nous voilà au cœur des aspirations nouvelles. Tout sauf une passade. Un véritable phénomène de société si l’on en croit Hélène Picot. Cette ancienne de Publicis devenue coach de reconversion se définit comme un « incubateur à rêve », et une « fée des temps modernes » capable de reconnecter à leur être les candidats à la reconversion : « La quête de sens est une lame de fond dans la société, amplifiée par la Covid-19. Pour beaucoup, le fait d’avoir moins de travail ou de se retrouver au chômage partiel a libéré du temps pour se questionner. Et là, le non-sens des bullshit jobs (les fameux “jobs à la con” théorisés en 2013 par l’anthropologue américain David Graeber ndlr) est apparu BOUDULEMAG.COM _ 13


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PORTRAIT

Chauffeur, si t’es auteur Après de longues années de labeur dans l’édition parisienne, Stéphane Garnier s’est fait chauffeur de bus de ville à Toulouse. Depuis 15 ans, il scrute ses contemporains qui tanguent dans son autobus, et les croque dans de petits textes désopilants. PAR AGNÈS BARBER • PHOTOGRAPHIES RÉMI BENOIT

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uand j’ai commencé dans le métier, je ne pensais pas qu’il laissait autant de temps de cerveau disponible. La lente monotonie des journées busiennes regorge de mille et une péripéties que petit à petit, je me suis amusé à relater dans ma tête d’abord, puis sur le papier », c’est ainsi qu’on monte à bord du livre de Stéphane Garnier : Haut le pied !  50 délicieuses chroniques, qui assoient le lecteur sur le siège-conducteur, et lui permettent de se glisser dans la peau du chauffeur de bus, « cet homme tronc qui, de sa position surélevée dirige, commande, décide et guide ». Que se passe-t-il dans la tête de celui qui doit, en plus de nous mener d’un point A à un point B, assurer notre sécurité, éviter les coups-de-frein « valse-mémés », attendre la monnaie « coincée », calmer les esprits échauffés, guider les désorientés, esquiver les vélos imprudents et les piétons insouciants ? « Avec un ou deux mots chipés au vol, je m’invente des histoires », nous explique Stéphane Garnier, 53 ans, qui collectionne « des strates d’anecdotes » venant nourrir la galerie de portraits de ceux « qui montent dans le bus (…) cahotant à l’intérieur de l’habitacle, de liane en liane ». Ces usagers que les imprévus de la circulation font parfois se raccrocher in extremis aux barres salvatrices. Ce sont donc ses contemporains qui tanguent que le conducteur de la ligne 31, s’amuse à épingler gentiment, comme un naturaliste ses coléoptères. Dans l’inventaire malin du conducteur, on trouve de tout. Des égarés : « Tous les gens qui se perdent et pour qui on est vraiment une bouée de sauvetage ». Des « vieux vieux », comme l’auteur les

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« C’EST UNE VIE À PART, ON EST DEDANS ET À LA FOIS UN PEU DÉCONNECTÉ. » appelle et au sujet desquels il écrit d’emblée : « pas de ces jeunes vieux dynamiques, croquant leur retraite telle une deuxième jeunesse », les vrais, ceux pour qui « une balade en bus meuble facilement une matinée (…), ceux « qui traînent la patte, peinent à monter, flageolent de tous leurs membres, grelottent des rides. » Il y a aussi les amoureux qui se bécotent sous les abribus, les nantis, épinglés à la Desproges, cité en tête de chapitre : « On me dit que des nantis se sont glissés dans le bus ». Il y a aussi le passager clandestin, ce dormeur malheureux qui se réveille sur la route du dépôt, et bien sûr, ces bataillons d’enfants qui investissent le 12 mètres en courant, s’imaginant dans « le chat-bus magique de Miyazaki ». Il faut dire que la ligne 31 Compans-Grand Rond est un sacré terrain d’étude pour empailler un public très varié puisqu’elle dessert les Cités universitaires des Amidonniers, l’école de commerce, la fac de médecine, Le Village by CA, incubateur de start-ups, le Palais de justice, le restaurant social du Ramiers, et enfin le secteur préféré de Stéphane Garnier, le toujours populaire quartier Saint-Cyprien. « Nombre BOUDULEMAG.COM _ 15


LA POSITIVE ATTITUDE 16 _ BOUDULEMAG.COM


INTERVIEW

Covid-19, crise dans l’aéronautique, colère des commerçants, fusillades aux Izards, pour Jean-Luc Moudenc les motifs d’inquiétude n’ont pas manqué en 2020. Le maire de Toulouse reste malgré tout confiant pour l’avenir, persuadé que sa ville dispose de ressources insoupçonnées. Et qu’elle a besoin, à la barre d’un capitaine optimiste et aguerri. PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN COUDERC • PHOTOGRAPHIES RÉMI BENOIT

Que vous inspire la situation sanitaire ? Les effets positifs du couvre-feu et du confinement semblent se faire sentir. Tant mieux. L’autre bonne nouvelle, c’est que la recherche sur les vaccins semblent aboutir, plus rapidement que ce que l’on pouvait espérer. Ce sont des signes positifs dont on a bien besoin dans cette crise sanitaire inédite.

Comprenez-vous la défiance d’une partie des Français à l’égard des vaccins ? Non, et c’est un particularisme qui complique encore les choses ! C’est une défiance bien antérieure à la crise et qui s’exprime sur de nombreux sujets comme, tout récemment, celui de la 5G. Nous vivons une période difficile de transformation accélérée du monde, qui suscite des craintes et des suspicions. Et puis il y a ce fond complotiste qui crée, par définition, une ambiance de méfiance quasisystématique.

Comme l’illustre le succès du documentaire Hold-up ? Cela m’inquiète parce que c’est un moyen de manipuler l’opinion publique et de profiter de l’inquiétude des gens pour faire passer tout et n’importe quoi. Comme notre société est en perte de repères, cela favorise le crédit que l’on apporte à ce type d’approche.  Est-ce-à-dire que l’opinion publique est plus crédule ? Elle est plus craintive et moins confiante. Donc plus crédule. La confiance vis-à-vis de tout ce qui

relève du concept d’institution est en recul important depuis bien longtemps.

Avez-vous le sentiment que la pandémie aggrave cette tendance ? Je le crains pour deux raisons : d’une part parce qu’elle révèle un dérèglement et des difficultés ; d’autre part parce que les gens ont vite le réflexe de chercher un coupable, de trouver un bouc émissaire et, au fond, de ne jamais se poser la question de leur propre responsabilité. La notion de responsabilité individuelle a fortement reculé elle aussi.

Après les avoir félicités au printemps, vous avez tancés les Toulousains à la rentrée. Comment jugez-vous leur comportement face à cette crise ? Ils ont été très majoritairement civiques pour le respect des règles dans l’espace public. Je m’attendais, par exemple, à un taux d’irrespect supérieur lorsque le préfet a décidé, en août, de rendre le port du masque obligatoire. Pour une ville réputée frondeuse, elle a été assez respectueuse. J’ai, en revanche, la conviction que la deuxième vague est en grande partie imputable à un relâchement dans la sphère privée. J’irais même jusqu’à dire qu’une partie non négligeable de la population a fait le choix conscient de ne plus respecter les règles. Comment analysez-vous cette prise de risque délibérée ? Je l’explique par l’individualisme croissant de notre société. Autant la notion de responsabilité

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« UNE PARTIE NON NÉGLIGEABLE DE LA POPULATION A FAIT LE CHOIX CONSCIENT DE NE PAS RESPECTER LES RÈGLES. » individuelle n’a cessé de régresser, autant l’individualisme, c’est-à-dire une forme d’égoïsme, conjugué au refus d’adhérer à des organisations collectives, n’a fait que croître. À Toulouse, comme ailleurs. C’est le moi Je qui l’emporte sur le nous.

Plusieurs maires d’Occitanie, comme Brigitte Barèges à Montauban, ont pris des arrêtés pour permettre aux commerces non-essentiels d’ouvrir. On sent souffler, un peu partout, un vent de révolte. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Un certain nombre de collègues épousent cette ambiance générale qui consiste à contester l’autorité voire l’État de droit. Je considère que c’est grave parce que le maire, élu par les concitoyens, a un devoir d’exemplarité et de vérité. Et de soutien à l’autorité républicaine. J’ai refusé de prendre de tels arrêtés parce que je savais qu’ils étaient illégaux. Mais les collègues qui les prenaient le savaient également ! Comment voulez-vous, quand on est maire, avoir de la crédibilité, BOUDULEMAG.COM _ 17


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L’ÉDIFICE PRÉFÉRÉ Livré l’an dernier après six ans de travaux épiques, le bâtiment de la Toulouse School of Economics est déjà doublement couronné. Après le prix Pritzker (sorte de Nobel des archis) remis en mars à ses conceptrices irlandaises, l’édifice a reçu fin novembre le prix de l’Équerre d’Argent. Intrigué par son austérité apparente, Boudu s’en est fait ouvrir les grilles pour découvrir son architecture intérieure. Et imaginer son influence sur les 200 chercheurs et doctorants qui, menés par Jean Tirole, y pensent l’économie de demain. PHOTOGRAPHIES ORANE BENOIT ET SÉBASTIEN VAISSIÈRE

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La nouvelle TSE dans l’axe de la rue de la Boule, entre Saint-Pierre et canal de Brienne.

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SUPERMAR CHOUETTE 20 _ BOUDULEMAG.COM


REPORTAGE La Chouette Coop est le premier supermarché coopératif et participatif à but non lucratif toulousain. Un concept né à Brooklyn dans les années 1970, qui se développe en France depuis une décennie. Ses clients, tous coopérateurs, consacrent une partie de leur temps à la gestion de la coopérative, univers cousu de chartes éthiques, de démocratie directe et de jargon rigolo. 566 chouettos animent les lieux depuis son ouverture en juillet… et 200 autres sont encore sur liste d’attente. PAR ÉMILIE DIAS • PHOTOGRAPHIES RÉMI BENOIT

L

e bâtiment vert de La Chouette Coop éclaire les rues du quartier de Marengo. Les lieux ont tout du supermarché traditionnel : rayon des produits frais, épicerie, espace vrac, caisses sur le côté. Jusque-là rien de nouveau. Sinon que pour y entrer, il faut être muni d’un badge, seul élément qui permet de prouver son identité de Chouettos. Autrement dit, que le client est bien un coopérateur. « Il y a trois conditions pour rejoindre la coopérative : avoir plus de 16 ans, être sociétaire et donner trois heures de son temps toutes les quatre semaines », résume Chrystel Gérard, l’une des coordinatrices du projet. Ce matin-là, Gilles, Delphine, Hichem et Lloyd et quatre autres Chouettos viennent donner un peu de

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leur temps. Vêtus de leur tablier à l’effigie de La Chouette Coop, ils s’activent à parfaire leur Piaf, (Participation Indispensable au Fonctionnement) en langage chouettien. Mission de la matinée : réceptionner les marchandises. Jorge chapeaute le groupe : « Vous devez regarder si le stock est bon et vérifier la date limite de consommation pour les produits frais. » Jorge est un habitué. Son expérience de deux ans dans la coopérative fait de lui un référent apprécié : « Ce n’est pas un rôle directif, ici tout le monde est traité de la même façon. » La mécanique est bien huilée : un camion arrive, des chouettos déchargent la marchandise, d’autres la réceptionnent. Llyod, lui, s’occupe de la mise en rayon des produits frais comme un pro.

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Relax adj. REPOSANT, CALME, DÉTENDU, À L'AISE

L'AFFICHE L’Orchestre national du Capitole exécute, sous la baguette de son brillant chef ossète, les grands classiques de la musique symphonique du cinéma. Tugan Sokhiev fait son cinéma – Halle aux Grains - vendredi 18 et samedi 19 décembre à 19H (nouvel horaire) Réservations : onct.fr

Il s’en est fallu de peu que la pandémie ne nous prive du concert le plus réjouissant de l’année. Le désormais traditionnel Tugan Sokhiev fait son cinéma de décembre aura pourtant bien lieu le premier week-end des vacances scolaires. Pour les méfiants qui préfèrent rester à l’écart de leurs contemporains en attendant le vaccin (considérant que s’il y a bien un endroit où les gens toussent, c’est au spectacle) le concert du samedi sera retransmis en direct sur les réseaux sociaux. Pour le reste, on connaît le principe : depuis 2018, quelques jours avant noël, l’Orchestre national du Capitole exécute, sous la baguette de son brillant chef ossète,

les grands classiques de la musique symphonique du cinéma. Les œuvres au programme sont alléchantes : la douce et triste valse d’Augustine de Cosma composée pour Le château de ma Mère, l’iconique Love theme du Parrain par Nino Rota, la mélodie usée jusqu’à la corde du thème de Camille (Geroges Delerue) dans Le Mépris, les grandes envolées de Maurice Jarre pour Lawrence d’Arabie, les tubes de Morricone puisés dans Il était une fois dans l’Ouest et Le Clan des Siciliens… et en apothéose la Suite pour Les Dents de la Mer de Williams,  qui accompagne la scène finale du premier Jaws. BOUDULEMAG.COM _ 23


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© Dargaud / Rita Scaglia


INTERVIEW

LE SAVOIR FAIRE RIRE DE FERRI Le mois dernier, Arte diffusait De Gaulle à la plage, une série animée adaptée de la bande dessinée éponyme écrite par Jean-Yves Ferri, par ailleurs scénariste des aventures d’Astérix. Un bon prétexte pour rendre (enfin) visite au dessinateur ariégeois pour parler humour, ruralité, héros et long voyage. PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN COUDERC

Comment est venue la proposition d’adapter De Gaulle à la plage en dessin animé ?

Du patron des studios Cube qui avait déjà produit Athleticus, une histoire d’animaux qui participent à des Olympiades. J’avais bien aimé le dessin animé, lui aussi réalisé par Philippe Rolland (qui a adapté De Gaulle à la plage, ndlr). J’étais donc plutôt confiant. Le petit bout qu’il m’a montré m’a rassuré sur le fait qu’il avait compris l’humour de la bande dessinée. Il a réussi à restituer l’atmosphère, le silence, parce qu’on n’est pas dans un dessin animé de Tom et Jerry. Il y a vraiment du dialogue.

Pourquoi avoir choisi de consacrer une bande dessinée à de Gaulle ? Un peu par hasard. Un jour j’ai dessiné un petit de Gaulle en maillot de bain. Je me suis tout de suite aperçu que c’était rigolo parce que ce personnage n’était pas adapté à ce genre de situation. Aussi quand Dargaud a lancé un album sur la politique et m’a proposé d’y participer, le personnage est ressorti. De là à rendre de Gaulle drôle… Ce qui est amusant, c’est que je ne vois pas du tout l’homme politique pesant et tristouille qu’on nous montre. Pour moi, de Gaulle a un vrai potentiel comique. Mais ce qui m’intéresse chez lui n’est pas d’ordre historique ou politique. C’est le personnage lui-

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même, un peu inadapté, qui se retrouve toujours un peu en porte-à-faux avec ses semblables, comme durant la guerre où il est persuadé d’être le seul à comprendre ce qui se passe, à incarner le pays. Ce caractère, c’est de l’or pour un humoriste. Et la parenté avec Monsieur Hulot de Jacques Tati m’a frappé parce qu’ils ont tous les deux la même silhouette, l’allure un peu dégingandée.

Vous êtes-vous attaché au personnage ? J’ai lu récemment la biographie de Julian Jackson, un Anglais, qui parle bien de la dimension intime de l'homme. Il y a des choses qui sont touchantes. Il n’était pas d’une pièce, il a traversé pas mal de souffrances, notamment par rapport à son éloignement pendant la guerre, sa petite-fille trisomique… Vos lecteurs attendent la suite des aventures de de Gaulle depuis déjà quelques temps. Est-elle pour bientôt ? Oui, De Gaulle à Londres, c’est le prochain dossier qui m’attend. Le fait de réécrire pour de Gaulle m’a bien remis sur le personnage.

« Un jour j’ai dessiné un petit de Gaulle en maillot de bain. Je me suis tout de suite aperçu que c’était rigolo. » BOUDULEMAG.COM _ 25


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Catalogue Noël 2020

Voici une sélection de cadeaux fabriqués en Occitanie et compatibles (tant que faire se peut) avec les injonctions de ce Noël 2020 : tu ne commanderas point sur Amazon, tu choisiras des cadeaux fabriqués près de chez toi, tu n’offriras rien de genré, tu chercheras le moral, l’éthique et l’écolo, tu n’engraisseras pas les Gafa, tu fuiras les écrans, tu n’embrasseras pas mamie de peur de lui coller la Covid, et tes cadeaux seront suffisamment appréciés pour ne pas finir sur Le Bon Coin le 26 décembre au matin. À vos listes, et joyeux Noël !

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avec

l’atelier du Père Noël se trouve en

dansmazone.laregion.fr

" Passez vos commandes aux artisans, fabricants et commerçants de notre région pour réussir ce Noël ensemble. " Carole Delga

Présidente de la Région Occitanie

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2020 - Crédits photos : Shutterstock / Belle Lurette / Région Occitanie - Boutonnet Laurent / Tribu Graphik / Région Occitanie - Ferrer Fabien

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Boudu 53 - décembre 2020 - janvier 2021  

Où l'on apprend que prêter sa voiture à son fils, c’est déjà de l’autopartage, qu’on ne poireaute jamais dans le monde rural et que les mémé...

Boudu 53 - décembre 2020 - janvier 2021  

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