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Où l’on apprend que les astronautes ne mangent pas de space cake, que demander des nouvelles du chien, ce n’est pas du populisme, et que les maires de quartier ont du travail mais peu de pouvoir.

N°22

MAGAZINE TOULOUSAIN ACTUEL snobisme – p.42

Mais pourquoi boude-t-on le fronton ?

Fabriqué à Toulouse

sans filtre – p.58

Capitole, PS, Macron Lemorton dit tout

OCTOBRE 2017


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BOUDU N° 22 – OCTOBRE 2017

SOMMAIRE BOUDU le magazine toulousain actuel, est édité par TRENTE&UN, société coopérative à capital variable, au capital de 48 150 €. RCS Toulouse n° 802388017. Siège social : 20, rue des Blanchers - 31000 Toulouse redaction@editions31.com Gérant et directeur de la publication  : Jean Couderc.

Rédaction Rédacteur en chef  : Jean Couderc Directeur artistique et photographe : Matthieu Sartre

ENQUÊTE FRONTON, LE MAL-AIMÉ

Et si on se collait sérieusement à la question du fronton, vignoble au mieux ignoré au pire honni, dont les progrès qualitatifs pourraient bien lui permettre de prendre une revanche méritée sur les snobs et les grincheux ?

Chef d’édition : Sébastien Vaissière

42 PHOTOLÉGENDE ÈRE DE JEU

Réalisation graphique : Clara Doineau Journaliste : Julie Guérineau

52

Correcteur : Noé Gaillard

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Et si on fouillait dans les archives de Philippe-Gérard Dupuy, grande figure de la photographie toulousaine, pour en tirer des images d’yeux et d’oreilles de piliers, de jazzmen, de femmes nues floues, de voitures accidentées et de nains qui fument ?

marc.brunel@editions31.com 06 86 15 01 75

REPORTAGE BLOB BUSTER

Retrouvez nos offres abonnés p. 26 Service abonnement : abonnement@editions31.com

Imprimé par SA Escourbiac (Graulhet). Tous droits de reproduction réservés. ISSN 2431 - 482X. CPPAP : 1118 D 92920

 38

«

Et si on partait à la chasse aux organismes unicellulaires avec une chercheuse du CNRS, dans un petit bois crado, sec et malfamé des environs de l’université Paul-Sabatier ?

58

CONVERSATION CATHERINE LEMORTON, ancienne députée de la première circonscription de la Haute-Garonne

LES MAIRES DE TOULOUSE SONT INCONNUS DU MICROCOSME PARISIEN. QUAND ON DIT QU’ON EST ÉLU DE TOULOUSE, AU MIEUX ON NOUS PARLE DE L’AÉRONAUTIQUE. SINON, RIEN.

»


BOUDU N° 22 – OCTOBRE 2017

SOMMAIRE actuel

LE FAIT p. 7 PAROLES, PAROLES p. 8 MICRO-ONDES p. 10 POLITITWEET p. 16 TRIBU p. 18 ÇA SE PASSE AUSSI EN OCCITANIE p. 20 L'HOMME DU FUTUR p. 22 FALLAIT L’INVENTER p. 24

réel

EN COUV’ p. 28 RIVERAIN, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN Empêcheurs de bâtir, de détruire ou d’aménager en rond, les riverains réunis en association ont de plus en plus de poids à Toulouse. Pour le meilleur, souvent, pour le pire, parfois.

REPORTAGE p. 48 AU CŒUR DE L’ÉCOUTE

Être écoutant chez SOS amitié, c’est un sacerdoce. Une activité cachée et anonyme, qui n’apporte ni gloire ni plaisir, si ce n’est celui de porter secours à ses semblables. À Toulouse, ça fait 50 ans que ça dure, et les appels sont de plus en plus nombreux.

relax

L'AFFICHE p. 67 PORTRAIT p. 68 MEILLEUR ESPOIR FÉMININ En lisant ce portrait de Norieh, auteure, compositrice et interprète toulousaine, on se dit que son single 2 titres, intitulé New Hopes, porte bien son nom.

CULTURE INTENSIVE p. 70 L'ADDITION p. 74 ALLONS-Y QUAND MÊME p. 76 OBJO-THÉRAPIE p. 78 TENDANCES p. 79 MARINE RACONTE p. 80 DITES-LE QUAND MÊME p. 81


ÉDITO

Homo Rebellis A l’heure où nous mettons sous presse, le pays n’est pas (encore) bloqué par les manifestations. Le sera-t-il d’ailleurs dans les semaines à venir ? Le gouvernement a beau s’en prendre violemment au code du travail, la mobilisation demeure modeste, à des années lumière de ce que nous annonçaient les syndicats ou du souvenir des grèves de 1995 contre le gouvernement Juppé. Faut-il en conclure que le Français, épuisé par une campagne électorale à rallonge, est résigné, comme l’avance Catherine Lemorton dans nos colonnes ? Pas si sûr. Parce que lorsqu’il s’agit de défendre son pré-carré, il sait retrouver le chemin des barricades. À Toulouse, depuis une vingtaine d’années, le pouvoir du citoyen n’a cessé de progresser. On ne compte plus les projets urbanistiques remaniés, amendés voire tout simplement abandonnés sous la pression des riverains. Très impliqué dans la vie de sa cité, plus découragé lorsqu’il s’agit des affaires de son pays, tel est le paradoxe qui semble caractériser le Toulousain du début du XXIe siècle… 

PAR

JEAN COUDERC


STARRING PAR ORDRE D’APPARITION

Me Ételin - avocat Me Lebonjour - avocat Me Bisseuil - avocate Me Lèguevaques - avocat Me Lévy - avocat Me Rastoul, - avocat Me Alfort - avocat Me Cohen - avocat Virginie Rozière - présidente du Comité régional du tourisme d’Occitanie Benjamin Toullec - ingénieur spatial Daniel Moukouko - fondateur de Providentiel coquillage Pierre-Louis Taillandier - architecte Jean-Michel Lattes - premier adjoint au maire de Toulouse Loïc Blondiaux - sociologue Chantal Beer-Demander - présidente du Collectif contre les nuisances aériennes Guillaume Drijard - président de l’Union des comités de quartier de Toulouse Pierre Cohen - conseiller municipal Céline Loudier-Malgouyres - socio-urbaniste Didier Bargiacchi - ancien président de l’Association de défense du quartier de Lardenne Une source anonyme d’Oppidea - société d’économie mixte d’aménagement de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc - maire de Toulouse Frédéric Brasilès - conseiller municipal délégué aux fêtes Audrey Dussutour - chercheuse Frédéric Ribes - vigneron Benjamin Piccoli - directeur du syndicat des vignerons de Fronton Didier Cujives - président du Comité départemental du tourisme 31 Pierre Collin - sommelier chez Michel Sarran Eric Serrano - directeur de l’Institut français des vins pour le Sud-Ouest Hugo Cavagnac - maire de Fronton François-Xavier Trauque - caviste Thomas Cabrol - caviste Cédric - caviste Sylvie Rouillon-Valdiguié - adjointe à la mairie de Toulouse en charge du tourisme Gérard, Jean, Anne et Cécilia - écoutants chez SOS amitié Philippe-Gérard Dupuy - photographe Catherine Lemorton - ancienne députée Norieh - diva François Terrieux - chef de chœur Salomé Perli - violoniste du Neko Light Orchestra Yohan Travostino - chef cuisinier

Ont collaboré à ce numéro : Marine ANDRIEU, Maud BENAKCHA, Elodie BOMPA, Julien BOMPA, Louise BUYENS, Sarah JOURDREN, Juliette MAS, Guillaume MONTARON


Actuel

PAROLES,  PAROLES - MICRO-ONDES - POLITITWEET - TRIBU - L'HOMME DU FUTUR - FALLAIT  L'INVENTER

p. 8

p. 10

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p. 24

© Matthieu Sartre

adj. QUI A LIEU DANS LE MOMENT PRÉSENT

BYE BAIL LE SOCIAL ? En ex-région Midi-Pyrénées, la baisse des APL pour les foyers du parc social pourrait empêcher la construction ou la rénovation de 4 000 logements chaque année. Et mettre en péril les bailleurs sociaux les plus fragiles.

À

la mi-septembre, le gouvernement annonçait dans le cadre de son plan d’économies une baisse d’entre 50 et 60 euros des APL des foyers logés dans le parc social. Une baisse compensée par une réduction des loyers à la charge des bailleurs sociaux. Depuis, les bailleurs sociaux de l’ex-région Midi-Pyrénées alternent entre stupéfaction, colère et inquiétude. Preuve de l’ampleur du problème, des associations comme la Fondation Abbé Pierre, des groupements de locataires, des constructeurs, et des collectivités locales comme le département de la Haute-Garonne et la région Occitanie ont répondu en fin de mois à l’appel de l’Union sociale pour l’Habitat Midi-Pyrénées (USHMP), qui regroupe

les bailleurs sociaux de l’ex-région, pour dénoncer des « mesures d’affaiblissement et de démantèlement des bailleurs sociaux ». Si le ton se fait pressant, c’est parce que cette mesure représenterait une chute de revenus de 59 millions d’euros par an pour les bailleurs sociaux de Midi-Pyrénées. Soit l'équivalent de 4000 logements construits ou rénovés en moins chaque année. Selon l’USHMP, certains bailleurs sociaux pourraient, à minima, avoir du mal à entretenir leur parc dès l’an prochain, voire même mettre la clé sous la porte par manque de liquidités, les revenus issus des loyers servant aussi à rembourser les emprunts contractés auprès de la Caisse des dépôts pour construire de nouveaux logements


MICRO-ONDES L'actualité réchauffée

27 / 08

01 / 09 LIFTING Le marché Victor Hugo rouvre ses portes après un mois de travaux.

DISTRAITS Un jeune trafiquant, qui cherchait à échapper aux policiers dans le quartier Empalot, laisse tomber sa carte d’identité dans le sac de cannabis dont il venait de se débarrasser. Quelques jours plus tard, un jeune homme demande à des policiers en civil une cigarette pour se rouler un joint dans le square Charles-de-Gaulle.

© PHOTO Matthieu Sartre

COÏT L’Insee publie une étude qui révèle que Toulouse est la deuxième ville de France en terme de naissances derrière Paris en 2016 avec 15 000 nouveau-nés.

30 / 08


02 / 09 PAS FOULÉ

CONSÉCRATION Le Toulousain Sofiane Oumiha, médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Rio, décroche le titre de champion du monde amateur en moins de 60 kilos.

CULOTTÉ

02 / 09

Les résidents d’un immeuble HLM situé dans le quartier des Izards découvrent dans leurs boîtes aux lettres un message de mise en garde rédigé par les dealers du quartier et signé « La Direction ».

L’équipe de France de football, qui n’avait pas foulé la pelouse du Stadium depuis 9 ans, se prend les pieds dans le tapis en concédant un piteux 0-0 contre le Luxembourg en éliminatoires de la Coupe du monde 2018.

03 / 09


EN COUV'

© Juliette Mas


ENQUÊTE

riverain

UN VOISIN QUI VOUS VEUT DU BIEN - par Julie GUÉRINEAU -

TEMPS DE LECTURE

14

MIN

Dans le calme d’un pavillon coquet, dans l’obscurité d’un local encombré, ou pendant la sieste du petit dernier, ils sont des centaines à consacrer leur temps libre à la défense de leur quartier. À Toulouse, en quelques années, les riverains se sont imposés comme un contre-pouvoir redoutable avec lequel élus, promoteurs et entreprises privées doivent désormais composer.


EN COUV'

I

mpossible d’ouvrir un journal local sans voir surgir un riverain au regard déterminé, pointant d’un doigt accusateur l’objet de son irritation. Un promoteur grattouille à deux pas de son jardin ? Les avions et les moustiques volent trop bas ? Les antennes menacent sa santé ? Les fêtards font la bringue trop tard ? Les lampadaires économiques ne sont pas assez chics ? Piqué au vif, il lance l’offensive, et fait souvent mouche. Ses cibles principales : les petits et grands projets urbains et d’infrastructures comme la Tour d’Occitanie, le tracé du tram ou de la troisième ligne de métro. Derrière l’urbanisme et le patrimoine, la circulation, la sécurité et la propreté viennent compléter le palmarès de ses bêtes noires. Et dans ces domaines, depuis une dizaine d’années, les riverains accumulent les victoires. Le Collectif contre les nuisances aériennes de l’agglomération toulousaine a notamment réussi à interdire le décollage et l’atterrissage des avions les plus bruyants entre 22 heures et 6 heures du matin. Non loin de là, l’Association de défense du quartier de Lardenne a obtenu la mise en pause de plusieurs projets de promoteurs. Bien Vivre Toulouse Centre a convaincu la municipalité de restreindre les espaces dédiés aux terrasses et de mettre en place une commission – où elle siège – qui peut imposer des fermetures administratives aux bars les plus bruyants. À Saint-Michel, le comité de quartier a convaincu les élus

d’intégrer au sein de l’hôtel de Région la crèche municipale rasée lors la construction de son extension. Et la liste continue. En période de vache maigre, la presse locale raffole de ces militants, loin du cliché de l’agitateur révolutionnaire, qui leur concoctent happenings photogéniques et pancartes explicites. Mais la montée en puissance des riverains toulousains n’est pas (seulement) une construction médiatique. « Il y a dix ans, deux permis de construire déposés sur dix étaient attaqués. Aujourd’hui, c’est presque 100 %, et les autorités nous demandent régulièrement d’en retirer », constate l’architecte toulousain Pierre-Louis Taillandier, qui travaille beaucoup avec les promoteurs privés. Autre chiffre parlant : selon la Fédération régionale des promoteurs immobiliers, en 2016, la construction de 3943 logements privés dont les permis de construire étaient en règle était bloquée par des recours contentieux dans la métropole, contre 2869 en 2013.

Élu sans pouvoir vs riverain expert

Alors comment expliquer l’augmentation de la visibilité et du pouvoir des riverains à Toulouse ces dernières années ? Des projets plus nombreux ? Des riverains plus tatillons ? Des politiques plus ouverts d’esprit ? Sans doute tout cela à la fois. D’abord, la démographie de Toulouse, l’une des plus dynamiques d’Europe, impose de construire toujours davantage. Plus grand, plus dense, plus proche du centre-ville. De quoi déstabiliser des riverains jusque-là habitués à un tissu urbain de faible densité. À cela s’ajoute le développement des réseaux sociaux, blogs et pétitions en ligne, qui donnent aux riverains une chambre d’écho précieuse dans un monde où le poids d’une cause se

Chantal Beer-Demander, l’indéboulonnable Baudis I, II et III, Douste-Blazy, Moudenc I et II, Cohen : à 63 ans, elle a vu défiler les maires, mais reste indéboulonnable. En tailleur ou pyjama, l’ancienne prof d’espagnol qui a tout lâché pour élever ses quatre enfants, lutte inlassablement contre le bruit des avions, l’agrandissement de l’aéroport, et la politique de ses actionnaires chinois.

mesure aussi à son nombre de likes. Mais la montée en puissance des riverains est surtout le symptôme d’une transformation de la société. « Les citoyens sont de plus en plus demandeurs d’une démocratie de proximité là où, autrefois, c’était l’élu suprême qui décidait », analyse Jean-Michel Lattes, premier adjoint au maire de Toulouse.

« IL Y A DIX ANS, DEUX PERMIS DE CONSTRUIRE DÉPOSÉS SUR DIX ÉTAIENT ATTAQUÉS. AUJOURD’HUI, C’EST PRESQUE 100 %. » Pierre-Louis Taillandier, architecte C’est d’ailleurs l’apparition de ce phénomène qui a incité Philippe Douste-Blazy, alors maire de Toulouse, à créer l’échelon de maire de quartier au début des années 2000, puis ses successeurs à élargir le dispositif et dédier une direction administrative à la démocratie locale. Une prise de conscience largement poussée par une législation française et européenne de plus en plus exigeante sur la consultation des citoyens lors du lancement de grands projets. Pour Loïc Blondiaux, sociologue spécialisé dans la démocratie participative, la montée en puissance des mobilisations riveraines est due à la conjonction de deux facteurs. « D’un côté, les capacités d’action et la légitimité des autorités publiques se sont affaiblies. De l’autre, le niveau d'éducation des citoyens s'est élevé. » À Toulouse, certains riverains ont su s’imposer comme des interlocuteurs incontournables pour leur expertise. Parmi eux, Chantal Beer-Demander, présidente du Collectif contre les nuisances aériennes de l’agglomération toulousaine. La fringante sexagénaire a tout appris sur le tas. Depuis sa première pétition en 1988, elle passe chaque jour de longues heures à se documenter sur les modèles d’avion ou à lire les dernières études sur les nuisances sonores. Et aujourd’hui, Chantal, « ce n’est pas le genre de personne qu’on enfume. Même les hauts res-


Guillaume Drijard, l’expert Expert ès réglementation doté d’un réseau à la Huggy les bons tuyaux, « Guillaume » est l’atout-maître des riverains. À 47 ans, le président du Comité de quartier Saint-Michel et de l’Union des comités de quartiers de Toulouse accumule les victoires. Et trouve parfois des portes de sortie honorables à des élus embourbés dans des projets décriés. ponsables savent que si elle dit quelque chose, c’est qu’elle a raison », glisse un riverain qui l’a souvent vue à l’œuvre.

La fin de l’élu tout-puissant

Autre grande figure, Guillaume Drijard (« Guillaume » tout court, pour certains élus). Le président du comité de quartier Saint-Michel et de l’Union des comités de quartier de Toulouse, qui regroupe 50 associations de la métropole, a lui aussi acquis son expertise en se plongeant dans les PLU et les rapports d’expertise les plus pointus : « Il faut connaître et comprendre les contraintes des élus et des acteurs privés, pour leur proposer des alternatives et ne pas être dans une opposition stérile ». Guillaume Drijard maitrise les ficelles du jeu politique. Il sait ce que pèsent 50 associations de riverains unies face à des édiles en campagne. Il sait proposer le bon projet quand les élus cherchent une porte de sortie honorable, et activer les bons réseaux pour préparer une contre-offensive avant même que les projets ne soient rendus publics. Il sait aussi mettre à profit les effectifs réduits de certains services municipaux : « Au moment de la révision du PLU, les riverains de Lalande ont proposé aux services municipaux des hauteurs maximum d’immeubles, rue par rue. 80 % de leurs propositions ont été suivies. Les premiers qui s’y collent, et permettent à des fonctionnaires compétents mais en sous-effectif, de gagner du temps en faisant le boulot de terrain, sont les premiers servis ». De l’autre côté de la barrière, on reconnaît que l’expertise des riverains peut s’avérer précieuse. Même l’ancien maire de Toulouse, Pierre Cohen, qui n’était pourtant pas réputé pour son sens du dialogue avec les riverains, reconnaît à certains « une expertise citoyenne de très grande qualité, qui amène des débats pointus ». Et de citer en exemple un collectif contre les

nuisances le long de la rocade, qui a démontré aux ingénieurs de la DDE que les murs anti-bruit avaient été mal posés. « Les habitants ont une expertise d’usage indispensable aux urbanistes pour affiner leurs projets », souligne Céline Loudier-Malgouyres, socio-urbaniste chargée de consulter les habitants sur plusieurs projets de cœurs de quartiers

LES RÉSEAUX SOCIAUX DONNENT AUX RIVERAINS UNE CHAMBRE D’ÉCHO DANS UN MONDE OÙ LE POIDS D’UNE CAUSE SE MESURE AUSSI À SON NOMBRE DE LIKES. toulousains. Cette nouvelle donne contraint élus et entreprises privées à changer leur façon de faire. En première ligne, les promoteurs immobiliers ont appris à lâcher du lest pour ne pas voir tous leurs chantiers bloqués. « Même si certains recours sont parfois abusifs et purement financiers, on peut avoir des concertations constructives avec les riverains de bonne foi. Le promoteur accepte de mettre une haie, reculer un peu

le bâtiment, etc. », explique l’architecte Pierre-Louis Taillandier. Pour les politiques, la transition est plus ardue puisqu’elle implique une mise en perspective de la légitimité de l’élu, autrefois tout-puissant. « Aujourd’hui, si les arguments que vous donnez ne sont pas crédibles, vous allez dans le mur », assure tout net Jean-Michel Lattes. Aux affaires depuis le début des années 1990, il a peu à peu vu les riverains s’équiper de calepins et lui demander des comptes. « Écouter les riverains permet de calmer le jeu. Mais ils sont attentifs. Et si on ne fait que les écouter, ils ne sont pas idiots, ils s’en rendent compte ».

Le précédent Cohen

Alors aujourd’hui, quand il prend une décision, Jean-Michel Lattes se fixe des critères qui lui permettront de « justifier [s]es décisions de manière objective auprès de ceux qui pourraient les remettre en cause ». Voilà les élus condamnés par les riverains à davantage de transparence. Et de pédagogie. « Souvent, les riverains se mobilisent lorsque l’information a été mal faite. Et il peut y avoir de véritables loupés », assure Jean-Michel Lattes. Pierre Cohen en sait quelque chose. Sa campagne pour les municipales de 2014 a été plombée par le mécontentement des riverains toulousains, savamment mis à profit par Jean-Luc Moudenc. Épisode emblématique aux yeux de tous, ce soir du 20 mars 2013, où 1500 riverains de Lardenne inquiets de l’impact du projet du BHNS (Bus à Haut Niveau de Service), font face à Pierre Cohen au Zénith. Le maire sortant se borne ce jour-là à réaffirmer qu’il respectera sa promesse de campagne, convaincu que reculer lui ferait perdre les élections. « S’il nous avait expliqué son choix et les contraintes auxquelles il faisait face, il n’y aurait sûrement

Richard Mébaoudj, le petit nouveau Derrière son écran jusqu’aux aurores pour alimenter la presse et les réseaux sociaux, Richard Mébaoudj est le petit dernier dans le sérail des riverains toulousains. À 64 ans, l’ancien commercial mène depuis quelques mois son premier combat contre la Tour d’Occitanie pour pouvoir profiter de sa retraite « dans un quartier populaire et sans gratte-ciel ».


© Louis Derigon

Il y a chez Ruby Cube un peu de la désinvolture polie de Damon Albarn (Blur), un peu de la diction britonne de Robert Smith (Cure) et, parfois, un soupçon du génie de Lawrence Hayward (Felt, Denim). Ça ne signifie pas pour autant que ce jeune groupe toulousain qui monte se contente de singer. Loin de là. Après quelques années de purgatoire sur les scènes et sur Youtube, le voilà qui presse un premier album frais et ultra soigné, Flesh, sorti fin septembre. Que ceux qui aiment être là où il faut quand il faut se pressent au Connexion Live le 12 octobre pour le concert inaugural, car il est possible qu’une grande et belle histoire démarre ce soir-là. Ruby Cube au Connexion Live Le 12 octobre à 20 heures

Autan suspends ton vol

Pour la deuxième édition de la résidence photographique 1+2, événement fondé sur la transmission des savoirs et la valorisation du patrimoine (parrainé cette année par Jean-Christophe Ruffin), Philippe Guionie, son grand manitou, déploie une étrange panoplie en proposant à un photographe de renom (Israel Ariño) et à deux jeunes talents (Leslie Moquin et Christian Sanna) de frotter leur art au patrimoine local. Chez Boudu, le travail donquichottesque de Leslie Moquin, chargée de photographier le vent d’autan, a soufflé tout le monde. Esthétisé à outrance, balançant entre réalité et on-ne-saitpas-trop-quoi, le résultat est électrisant, bizarre et parfois irritant. Comme l’autan. Résidence 1+2, édition 2017, exposition d’Israel Ariño, Leslie Moquin et Christian Sanna au Musée Paul-Dupuy (Toulouse) Du 13 octobre au 19 novembre

Urbi et orbite

100 astronautes à la Cité de l’espace. On n’avait pas vu autant de représentants du ciel à Toulouse depuis le concile de 1229 contre l’hérésie cathare. Ces stars de l’orbite basse sont réunies pour 4 jours de rencontres et de débats (la plupart ouverts au public sur réservation) par l’Association des explorateurs de l’espace, club très fermé des hommes et femmes ayant accompli au moins une orbite autour de la Terre. On profitera de leur présence pour leur faire souffler les 20 bougies de la Cité de l’Espace, plantées sur un gâteau qui, hélas pour le symbole, ne sera pas un space cake. Ce qui est certain en revanche, c’est que l’entrée de la Cité sera gratuite pour l’occasion, toute la journée du 20 octobre. 30e congrès mondial des astronautes Du 16 au 20 octobre à la Cité de l’Espace

© Thomas PESQUET/ESA/NASA

© Leslie Moquin

Suivez la flesh


© Pascal Victor

Rire noble

Certainement la conversation de voisinage la plus drôle dont vous serez le témoin cet automne, servie sur un plateau par Arditi et Russo, et introduite par cette question abrupte : «  Vous êtes juif  ?  ». La pièce est l’œuvre de Jean-Claude Grumberg, fils d'un couple mort en déportation. Il fut recueilli à l’époque avec son frère, comme 500 autres enfants juifs, à la Maison des enfants de Moissac, avec la complicité de la population de la ville. Ce passé n’en donne que plus de relief au propos, et plus de noblesse au rire. L’Être ou pas à Odyssud (Blagnac) Du 18 au 21 octobre

Seul Two

Guerre, Cie Samuel Mathieu © Pierre Ricci

En vogue dans les universités, où on l’utilise pour assurer l’égalité des malchances, le tirage au sort gagne le chapiteau du Festival du cirque actuel, à Auch, qui fête cette année son 30e anniversaire avec une programmation en béton armé. Si 23 spectacles sur 24 sont accessibles à tous, il est question de tirage au sort pour Ringside, solo de trapèze pour un seul spectateur désigné par le sort. Imaginée par Ellie Dubois, performeuse et metteuse en scène dont le propos, la puissance, la fragilité, l’univers et la rousseur sont tout sauf ordinaires, ce moment suspendu d’une dizaine de minutes restera gravé dans la mémoire de son unique témoin. CIRCa, festival du cirque actuel à Auch Du 20 au 29 octobre


ALLONS-Y QUAND MÊME

SEPT RAISONS D'ALLER À

CAHORS

QUAND ON N’AIME PAS LE MALBEC

– PAR Louise

BUYENS –

Qu’on aime ou pas le vin de Cahors, c’est toujours grâce ou à cause de son cépage autochtone, le malbec, cousin de la négrette de Fronton et fils du soleil. Et c’est généralement pour le goûter in situ qu’on se déplace aux abords de la préfecture du Lot. Cahors a pourtant autre chose à offrir que le tourisme éthylique. En voici la preuve par sept. TEMPS DE ROUTE 92 MIN

POUR LA VUE Lovée dans un méandre du Lot, Cahors est encerclée par la rivière et les collines. Géographie atypique qu’on peut admirer depuis le mont Saint-Cyr, culminant à 800 mètres d’altitude. Le site est accessible en voiture ou en usant ses mollets sur le parcours de randonnée. Une fois au sommet, la récompense est de taille : une vue panoramique sur la ville et le Lot qui l’entoure. Idéal pour la fonction panorama de votre smartphone. Route du Mont Saint-Cyr, Cahors Départ de la randonnée : Côte des Ânes, quartier Cabessut, Cahors © Lot Tourisme / C. Novello

2 POUR LES VESTIGES ET LE CRÉPUSCULE

Le centre historique de Cahors regorge de vestiges gallo-romains et moyenâgeux. Ruelles sinueuses, maisons à colombages, hôtels particuliers, restes affleurants d’un amphithéâtre gallo-romain et cathédrale Saint-Étienne, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. S’ajoutent à cela les 25 jardins secrets de la ville où poussent herbes médicinales et matières premières à la sorcellerie. En fin de journée, on regarde le jour tomber depuis le pont Valentré. Installez-vous sur la terrasse du bar à cocktails qui vient d’ouvrir tout récemment, la vue sur l’édifice est imprenable ! © Jérôme Morel


© Lot Tourisme / E. Ruffat

Parapente, montgolfière ou ULM, dans le Lot, les activités dans les airs ne manquent pas. Pour découvrir autrement Cahors et ses alentours, on prend une demi-journée pour survoler la vallée du Lot, ses vignobles, le parc naturel régional et les méandres de la rivière, en se donnant, en même temps, quelques sensations fortes. Pour chaque activité, il existe plusieurs parcours pour les débutants comme pour les confirmés. Départs, selon les parcours, à : Saint-Géry-Vers, Cabrerets, Douell, Crayssac

©D R

POUR VOLER

POUR LE DIAMANT NOIR

POUR MARCHER Pour tracter les bateaux chargés de marchandises, un chemin de halage a été construit au bord du Lot en 1845. Aujourd’hui, le parcours de 5 kilomètres, dont une partie est creusée dans la roche, est devenu un incontournable des randonneurs. Pour vous y rendre, vous emprunterez l’une des routes les plus pittoresques du département, qui passe par Saint-Cirq-Lapopie, où Breton a cessé de se désirer ailleurs, et par Cajarc, refuge de Françoise Sagan, de madame Claude et du café Moulino, cher à Coluche. Itinéraire de Bouziès à Saint-Cirq-Lapopie

© DR

Mecque de la truffe, Lalbenque est incontournable avec son marché et tout le folklore qui va avec. Moins connue, la propriétaire d’une truffière dans le village de Limogne-en-Quercy, au sud de Cahors, fait visiter son domaine, accompagnée de sa chienne. Avec, à la fin de la visite, des amuse-bouche faits maison… à base de truffes, évidemment. 151 chemin du joncas, Limogne-en-Quercy

Pour les DINOS Direction Crayssac, sur les hauteurs de la vallée du Lot, où se trouve une lagune ensoleillée… vieille de 150 millions d’années. La plage aux ptérosaures, aujourd’hui recouverte d’un toit, est maculée d’empreintes de crocodiliens, tortues, dinosaures et ptérosaures de l’ère Jurassique. Directement sur le site de fouilles archéologiques international, on suit à la trace le quotidien et l’évolution de ces reptiles disparus. Mas de Pegourdy, Crayssac

© DR

POUR LE TRIANGLE NOIR Le jour, le parc naturel régional des Causses du Quercy, à 35 kilomètres de Cahors, fait le bonheur des promeneurs à la recherche de nature ou d’activités sportives. Quand la nuit tombe, un spectacle prend place dans le ciel. Avec des pollutions lumineuse et atmosphérique parmi les plus faibles de France, le parc est dans une zone que l’on appelle le « triangle noir du Quercy ». Que l’on soit apprenti scientifique équipé d’un télescope ou amateur allongé dans l’herbe, la détente est garantie, la tête dans les étoiles et la Voie lactée. 11 rue Traversière, Labastide-Murat

© DR


OÙ L'ON A APPRIS

que ça défouraille sec à l’Œil doux · que l’Occitanie a les défauts

de ses qualités ·  que les panneaux solaires produisent de la démocratie  ·  qu’on peut broyer des coquilles et avoir des valeurs    que les maires de quartier ont

· beaucoup de travail et peu de pouvoir · que les élus veulent laisser des traces · qu’à Saint-Michel c’est tellement merdique qu’il n’y a pas d’accidents   ·  que l’Australien est un bisounours · que Piccoli boit du fronton · que le bonheur des phonophiles est simple comme un coup de

· demander des nouvelles du chien, ce n'est pas du populisme

fil   qu’une souris est morte d’une overdose de beurre  ·  que

·  qu’on

peut avoir quatre k dans son nom de famille ·  que Norieh est allée au Hellfest  ·  que les astronautes ne mangent pas de space cake  ·  que Michel Dussau vise mal ·  que Madame Claude aimait Cajarc · qu’on peut dépenser 39 euros pour un photophore · que Louis XI n’était pas super fun ·

et que l’ours des Pyrénées a de l’appétit ·

Qu'apprendrez-vous dans le prochain numéro ? Réponse le 2 novembre.

Boudu 22 - Octobre 2017  

Où l’on apprend que les astronautes ne mangent pas de space cake, que demander des nouvelles du chien, ce n’est pas du populisme, et que les...

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