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Où l'on apprend qu’il ne faut pas mordre la main qui nous nourrit, qu’il n’y a qu’en Mongolie qu’on peut déconnecter et que les chansons à boire font pleurer.

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MAGAZINE TOULOUSAIN ACTUEL

5 ans, n a l é ' l e d s r u toujo

numér o e anniversair

REPORTAGE

NOVEMBRE 2020

Fabriqué à Toulouse depuis 2015

p.46

ces a r t s e l r u S tex de jean Cas BOUDULEMAG.COM _ 1


BOUDU N° 52 – NOVEMBRE 2020

SOMMAIRE BOUDU le magazine toulousain actuel, est édité par TRENTE&UN, société coopérative à capital variable, au capital de 19 500 €. RCS Toulouse n° 802388017. Siège social : 24, rue de la Sainte-famille, 31200 Toulouse redaction@editions31.com Gérant et directeur de la publication  : Jean Couderc

Rédaction Rédacteur en chef  : Jean Couderc

ENQUÊTE SUR LES TRACES DE JEAN CASTEX

Choisi par Emmanuel Macron pour calmer le courroux de la France périphérique, le nouveau Premier ministre Jean Castex est un gars de chez nous, natif du Gers et élu catalan. On raconte pourtant que sous le vernis de l’accent et du pedigree se cache un énarque comme les autres, à la limite du parigot. Boudu est allé vérifier dans son fief du Conflent.

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Chef d'édition : Sébastien Vaissière Direction artistique : Laurent Gonzalez

PORTRINTERVIEW CROQUISTADORE

Photographe : Rémi Benoit

Comme un Titouan Lamazou au féminin, la Toulousaine Stéphanie Ledoux parcourt le monde en crayonnant des visages sur son cahier à croquis, pour nourrir son appétit des autres et alimenter son compte instagram.

Publicité Jean Couderc jean.couderc@editions31.com 06 16 23 64 52

44 PATRIMOINE ENCORE UN MARTIN

Retrouvez nos offres abonnés p. 9

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Pendant qu’Anglais et Américains s’arrachent ses toiles à des prix hors de portée des musées de chez nous, les Toulousains d’aujourd’hui continuent de snober Henri Martin. Mais que ces derniers se ravisent : ce natif du quartier Saint-Michel, maître de la lumière et décorateur star de la IIIe République, prépare son grand retour.

Service abonnement : abonnement@editions31.com

58 Imprimé par SA Escourbiac (Graulhet). Tous droits de reproduction réservés. ISSN 2431 - 482X CPPAP : 1123 D 92920

PORTRAIT L’ENCHANTEUR « AU FAIT, JE T’AI PARLÉ DE MA PREMIÈRE GUITARE QUE J’AI ACHETÉE À UN LUTHIER MANCHOT ? » Tito, fantaisiste


BOUDU N° 52 – NOVEMBRE 2020

SOMMAIRE Actuel LE FAIT P.7 PAROLES, PAROLES P.8 MICRO-ONDES P.10

Réel ANNIVERSAIRE P.30 BOUDU, 5 ANS !

Le 4 novembre 2015, Boudu faisait son apparition dans les kiosques. Il nourrissait alors une double ambition : durer, et contempler Toulouse, l’Occitanie et l’époque avec le sourire. 52 numéros plus tard, Boudu est toujours là (malgré la crise) et le sourire aussi (malgré l’époque).

CÉRÉMONIE P.32 LES BOUDU D’OR

Pour la première fois, Boudu se met au diapason de la presse locale en distribuant des prix et des bons points. D’où ces Boudu d’or des meilleures citations glanées dans les 51 premiers numéros du mag. On rit pas mal, on pense aussi, et on se souvient.

TRIBU P.42 ENSEMBLE, C’EST MIEUX

Depuis 5 ans, Boudu fige des Toulousains qui travaillent ensemble. Ils sont réunis, joyeux, proches, à visage découvert, et ont le sourire aux lèvres. Bref, que des choses devenues rares en ces temps pandémiques, et qui décuplent notre plaisir de les revoir.

FLORILÈGE P.50 PORTRAIT CRACHÉ

De la saucisse, des avions, du rugby, de vieilles gloires, de la tech et des inégalités. C’est le portrait en creux de Toulouse qui se dégage du feuilletage de 5 ans de Boudu.

Relax L’AFFICHE P.69 L’ART ET LAMAZÈRES P.76

Dans la jungle touffue de l’offre culturelle sous couvre-feu, Greg Lamazères débroussaille pour nous un chemin subjectif.


ÉDITO

Merci

© Laurent Gonzalez, California studio de création

par Jean COUDERC

Elle a décidément le chic pour venir gâcher les (maigres) satisfactions que nous offre le calendrier. Alors que nous nous apprêtions à planter les bougies sur notre gâteau d’anniversaire, voilà que l’épidémie de Covid-19 vient de conduire le gouvernement à décider d’un reconfinement général. Quelles conséquences cette nouvelle mise sous cloche aura-t-elle sur notre pays ? Difficile à prévoir, même si les mois à venir s’annoncent sombres, en particulier sur le terrain de l’économie. Et donc de l’emploi. N’est-ce pas, dès lors, déplacé de consacrer une partie de ce numéro à notre 5e anniversaire ? Peutêtre. Sinon que, chez Boudu, on a le sentiment, que dans cette période interminablement plombante, sourire est plus que jamais nécessaire. D’où cette petite compilation de moments, citations, récits, qui nous ont tantôt étonné, tantôt amusé au cours de ce quinquennat. Que le temps passe vite. Et en même temps qu’il nous semble loin, ce 4 novembre 2015, sortie du premier numéro de Boudu avec Omar Hasan en couverture. Notre espérance de vie n’était alors que de trois mois, voire six mois. Maxi un an pour les plus optimistes. Cinq ans ? Soyons honnête, personne ne l’imaginait… pas même nous ! Alors que dire à part un grand merci à vous, lecteurs, sans qui cette folle aventure ne pourrait continuer.

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STARRING PAR ORDRE D'APPARITION

Nicolas Berjoan, professeur d’histoire Yves Delcor, maire de Prades François Calvet, sénateur LR des Pyrénées-Orientales José Montessino, maire d’Eus Pierre Bataille, maire de Fontrabiouse Jean-François Denis, ex préfet Nicolas, patron du bar le Central Julien Baraillé, ancien conseiller municipal de Prades François Lietta, directeur des relations publiques à la mairie de Perpignan Jean-Pierre Villelongue, maire de Joch Guy Cassoly, maire de Los Masos Henri Guitart, maire de Vernet-les-Bains Roger Paillès, maire d’Espira de Conflent Sophie Arieu, kiosquière Stéphanie Ledoux, artiste Tito el Frances, fantaisiste Christophe Lamezas, serveur Axel Hémery, directeur du musée des Augustins Sandra Buratti-Hasan, conservatrice du musée des Beaux-Arts de Bordeaux Sabine Magiani, directrice adjointe du musée de Cahors Henri-Martin Rachel Amalric, directrice du musée de Cahors Henri-Martin Yvonne Papin-Drastik, conservatrice du musée de Lodève

Ont collaboré à ce numéro : Agnès BARBER, Julie IMBERT, Greg LAMAZERES, Vincent SARTHOU-LAJUS, Matthieu SARTRE, Frédéric SCHEIBER. Couverture : Carnaval de Toulouse 2019, avenue de la Colonne • @ Rémi Benoit 6 _ BOUDULEMAG.COM


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MICRO-ONDES • L'ACTU RÉCHAUFFÉE

SEPT.

28 EFFICACE Une patrouille de surveillance de bailleurs sociaux est attaquée aux cocktails Molotov dans le quartier du Mirail par des jeunes visiblement dérangés par leur présence qui nuit au trafic de drogue.

COMPILÉ PAR

Jean COUDERC

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OCT.

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OUTRÉ Le président du Conseil départemental de Haute-Garonne Georges Méric dépose plainte contre Eric Zemmour suite aux propos tenus par le chroniqueur de CNews sur les migrants mineurs, les qualifiant de « voleurs, violeurs et assassins ».

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EXPLOITS Le jeune Toulousain Hugo Gaston, classé 239e mondial, réalise la plus belle performance de sa carrière en se qualifiant pour les 1/8e de finale de Roland Garros en battant l’ancien vainqueur du tournoi le Suisse Stanislas Wawrinka. Deux jours plus tard, il pousse le numéro 3 mondial Thiem au 5e set.


OCT.

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SYMBOLE Présentée comme la pépite de l’économie toulousaine depuis une décennie, Sigfox annonce un plan social.

SURSIS Contrairement à Lille, Lyon ou Grenoble, Toulouse ne bascule pas en zone d’alerte maximale.

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DÉFILÉ En déplacement à Toulouse avec Jean-Michel Blanquer, Gérald Darmanin et Eric DupondMoretti, Jean Castex annonce le renfort de 111 policiers supplémentaires dans la ville. © photo Frédéric Scheiber

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Villages Eus - Pyrénées Orientale

Réel

n.m. CE QUI EST, CE QUI EXISTE, CE QUI ARRIVE EN FAIT

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S! AN oudu de B

Des belles, des moches, des réussites et des ratages. Des pantoufles, une langue, des gueules. Des femmes, des hommes, une lentille. Du premier, du deuxième et du troisième degrés. Un astronaute, un Martien, un soldat de l’Empire galactique. Tintin, Nougaro, le Minotaure. Des urbains, des rurbains, une paysanne. Des questions, des réponses, des doutes. Des sourires, des masques, des moues. Des bringues, de bons moments et des drames. Reflet de cinq années toulousaines dans le miroir en papier de Boudu. Il vous en maque un ? Complétez votre collection sur boudulemag.com

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© Laurent Gonzalez,

Un vrai titre de presse locale, en général, ça remet des prix. De l’entrepreneur(e), des sports, de la com, de l’immo, des 1000 startups, de l’innovation, du meilleur livre, du meilleur burger, du meilleur lycée, de la meilleure école de commerce, chaque canard y va de son trophée. 5 ans après son premier numéro, Boudu s’y met enfin, et récompense les 50 meilleures citations parues dans ses colonnes. Des prix remis à distance, sans discours, sans petits fours et sans location de salle. Pile poil dans l’époque.

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ANS !

D'OR « Catherine Deneuve, je l’ai vue une dizaine de fois. Pas un regard, pas un sourire, pas un pourboire. Rien. Une vraie connasse. » GINETTE MONE, chanteuse, poétesse, ancienne dame pipi des Bains-Douches, aujourd’hui retraitée dans le Gers • Boudu N°43

« Le problème aujourd’hui c’est le triomphe du mot sur la phrase et celui du réel sur la réflexion. »

© Rémi Benoit • Matthieu Sartre

ALAIN COSTES, Directeur scientifique Mapping Conseil • Boudu N°37

Ex aequo

DE L’ANALYSE DU MONDE CONTEMPORAIN

« C’est incroyable cette capacité qu’ont certains à être généreux dans les idées et d’un égoïsme effréné dans leurs vies. » ROBERT MÉNARD, Maire de Béziers • Boudu N°43

DU LARD OU DU COCHON

« Les footballeurs sont bien plus intelligents et instruits qu’on croit. » PASCAL DUPRAZ, ex-entraîneur du TFC • Boudu N°10

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ANS !

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Kiosque aquí Nous ne pouvions fêter les cinq ans de Boudu sans convier buralistes et kiosquiers à souffler les bougies avec nous. Sans eux, impossible de faire vivre un magazine local papier décontracté à l’ère de l’info digitale, hystérique et mondialisée. Comme ils ne rentraient pas tous sur la photo, nous avons choisi de mettre en avant l’une des dernières arrivées : Sophie Arieu, kiosquière place Lafourcade, qui en plus de vendre des journaux, rend service, renseigne, et essai de donner une âme à son quartier. PAR JULIE IMBERT

Le rideau de son kiosque s’est levé pour la première fois le 7 juillet, dans une ambiance timide de congé estival post-confinement. La crise de la presse écrite, la covid-19, la faillite du principal diffuseur de presse de l’hexagone, tout semblait alors réuni pour décourager n’importe quel projet d’installation. Pas suffisant pour déstabiliser Sophie Arieu : « J’ai mis tellement d’énergie dans la recherche de fonds et les démarches administratives que je ne vais pas lâcher maintenant : ce kiosque, je rêve de l’ouvrir depuis un an » soufflait-t-elle alors. Quatre mois plus tard, la passion est intacte, même si l’indélicatesse de certains badauds sans-gêne, et l’agression verbale qu’elle a subie parce qu’un passant lui reprochait violemment d’afficher la une de Charlie Hebdo, ont quelque peu douché son enthousiasme. Ce n’est rien en regard des amitiés nouées avec les habitants du quartier. Comme ce septuagénaire qui vient chaque semaine acheter son Télé Loisirs, son Charlie, et partager un moment. Et cette dame, cliente du coiffeur d’en face, qui vient tous les matins boire son café. Et tous ces gens qui n’achètent rien mais passent la tête pour un sourire ou un bonjour. Le jour de notre visite, une odeur de café et une guirlande d’oiseaux en papier journal flottait dans l’air, comme une invitation à entrer. Sophie Arieu reçoit quelques sourires timides, qui laissent place à une pluie de questions : « Vous avez des timbres ? », « Ils sont où vos journaux ? », « Vous vendez des masques ? Et des Smarties ? ». Son expérience dans le milieu associatif et la médiation culturelle (notamment la création d’une résidence d’artistes en hôpital psychiatrique) l’ont conduite à aborder le métier de kiosquière d’une manière singulière. « Mettre en contact des gens qui ne se ressemblent pas, c’est un peu mon truc ! » Convaincue qu’on change la société avec de modestes actions individuelles, elle rêve d’organiser des rencontres littéraires, des lectures et des mini-concerts. Au cœur de son concept : la volonté de fabriquer du lien social Point relais colis, répertoire d’artisans et de

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professionnels de l’aide à la personne, offre-découverte de talents et savoir-faire locaux comme la photographe Cendra Guiraud ou l’auteure Fanny Embleg, le kiosque est un petit comptoir à tout faire grand ouvert sur le quartier Saint-Michel. Ça ne remplit pas encore le frigo, mais au moins ça réchauffe le cœur.

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Hors les murs 18 _ BOUDULEMAG.COM

© Alessandro Di Rienzo

ANS !


S

fantasmé comme nous le racontait Dan, jeune homme de 21 ans originaire du Lauragais pour qui « Israël, ce n’est pas un refuge. La vie est dure ici et si on n’aime pas ce pays, on se fait manger ». Plusieurs mois après, la même Marine Vlahovic traversait une nouvelle fois la Méditerranée, direction l’Algérie et Mostaganem, cette cité balnéaire située entre Oran et Alger dont sont originaires les vendeurs de clopes à la sauvette du quartier Arnaud-Bernard. Un reportage qui mettait en lumière la détresse d’une jeunesse en manque d’avenir, consciente, comme nous le confiait Ahmed que « Toulouse est comme un hameçon jeté à la mer. Chacun finit forcément par y mordre ». Notre curiosité nous a également amené à traverser la Manche pour comprendre comment la marque anglaise Gilbert avait réussi à damer le pion aux multinationales de l’équipement sportif type Nike ou Adidas en matière de ballon de rugby. Ou comment la tradition a parfois raison de la mondialisation...

© Oren Ziv

En publiant, dès le premier numéro, un reportage à Naples réalisé au plus près des protagonistes transalpins du célèbre TFC-Naples de 1986, nous annoncions la couleur : Boudu ne resterait pas confiné dans les frontières administratives de l’Occitanie. Tout comme on conseille aux jeunes de parcourir le monde pour parfaire leur formation, nous étions, et sommes toujours, convaincus que c’est (aussi) en quittant notre territoire qu’on comprend qui on est réellement. Sans compter qu’il est toujours instructif de découvrir comment on est perçu de l’étranger. Que découvre-t-on, par exemple, en retrouvant la trace des supporteurs ou commentateurs italiens de l’époque ? Qu’ils n’avaient pas imaginé pouvoir être éliminés de la Coupe d’Europe par un club aussi « faiblard » que le TFC. Plus croustillant est d’apprendre que l’échec de Maradona dans la séance de tir au but s’expliquerait par l’annonce, dans les jours précédant la rencontre, de l’existence d’un fils naturel de l’icône argentine, né d’une liaison cachée. Quelques temps plus tard, la journaliste Marine Vlahovic s’envolait pour Israël à la rencontre de ces juifs toulousains de plus en plus nombreux à faire leur Alya, en particulier depuis le massacre de l’école toulousaine Ozar Hatorah. On y découvrait alors l’envers du décor d’un retour au pays souvent

© Romain Laurendeau

i Boudu s’est naturellement et principalement intéressé, depuis sa création, à ce qui se passe dans notre région et aux hommes et femmes qui l’habitent, il nous est cependant arrivé de franchir les frontières. Histoire de voir ce que l’on dit de nous, et de mieux comprendre qui nous sommes…

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Qui a dit ?

ANS !

Ils l’ont dit dans Boudu et on a tout mélangé. Saurez-vous deviner l’auteur de chaque citation? « Finalement, traîner un peu le matin, ce n’est pas déprimant. »

« Je ne cherche pas le risque. Je l’accepte quand il est le passage obligé pour progresser ou apprendre. »

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b

« Etudiant, j’étais un oiseau de nuit. » « J’ai très tôt revendiqué le fait que mes parents étaient agriculteurs. »

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« L’ennemi du peuple, c’est chacun d’entre nous. »

« Jouir, ça s’apprend. »

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« À neuf ans, certains adorent Batman. Moi, c’était Chirac. »

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« En politique, ce sont souvent les médiocres qui gagnent. »

« Je ne suis pas aigri, je suis ravi. »

« J’avais décidé que je valais 15 000 balles. Ça s’appelle un seuil psychologique. »

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« On a beau vouloir pondérer les inégalités entre hommes et femmes, on n'y peut rien : ce sont les femmes qui portent les enfants. »

« On n’ouvre jamais les bras assez grand »

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7 Christophe Lèguevaques, avocat

9 Stéphane Lévin, explorateur

11 Capucine Moreau, sexologue

3 Jean-Luc Moudenc

4 Olivier Sadran, ex-président du TFC

12 Sébastien Bournac, directeur du Sorano

8 Crédits photos © Matthieu Sartre • Rémi Benoit • Stéphane Lévi

Maguelone Pontier, patronne du Grand Marché 2 10 Aurélien Pradié, député du Lot

Alain Di Crescenzo, président CCI Occ

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Carole Delga

1 Pierre Cohen

6 Delphine Sauguet, consultant RH

Réponses : a • 1 b • 9 c • 3 d • 8 e • 12 f • 11 g • 10 h • 7 i • 4 j • 2 k • 6 l • 5 BOUDULEMAG.COM _ 21


ANS !

Portrait craché

En 5 ans, plus d’un millier de personnes se sont exprimées dans Boudu. Profitant que les guillemets soient ouverts, elles ont souvent glissé une analyse, un compliment ou une vacherie à propos de Toulouse ou des Toulousains. Une suite de considérations lapidaires et subjectives dont l’énumération brosse un portrait fidèle de notre ville et de ses habitants.

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DE LA SOUFFRANCE

DES VIEUX CONS

Laurent Maunier, consultant CHSCT

Jean-Jacques Cripia, comédien en duo

DE LA SAUCISSE

DES RUES SALES

Karsten Fröhle, délégué syndical

Robert Marconis, professeur de géographie

DU FRONTON

DES IDÉES ET DES URNES EN CONTRADICTION

« Derrière le mythe de Toulouse ville industrielle prospère où tout va bien, il y a des souffrances énormes. »

« À Toulouse le vendredi matin, on s’accorde de la saucisse au petit-déjeuner. »

« Quand on conseille un fronton à Toulouse, il faut toujours se justifier. Et presque s’excuser auprès du client. » Thomas Cabrol, ex-patron du n°5 Wine Bar, élu meilleur bar à vins du monde

DES CŒURS D’ARTICHAUT « Les Toulousains sont sensibles. »

« Si je jouais avec le mec avec lequel j’ai débuté, on serait un duo de vieux cons. Et un duo de vieux cons à Toulouse, il y en a déjà un. »

« En 1968, le centre-ville de Toulouse était un taudis. »

« Les Toulousains sont majoritairement de gauche. » Jean-Luc Moudenc, maire Les Républicains de Toulouse

DES V.I.P.

« À Toulouse, il n’y a jamais eu que deux V.I.P. : Claude Nougaro et Ticky Holgado. »

Quentin Charoy, candidat animaliste à la mairie de Toulouse

Arnaud Chérubin, figure de la nuit toulousaine

DES JAMAIS CONTENTS

DES HYPOCRITES

« Quand j’y suis, Toulouse m’énerve. Quand je n’y suis pas elle me manque. Bref, je suis Toulousain. » Philippe Guionie, photographe

DES MANIÈRES QUI SE PERDENT

« Dans les années 1960, à Toulouse, tu ne pouvais pas sortir dans la rue sans dire bonjour aux gens. » Gabriel Sandoval, écrivain

DES COUDES QUI SE LÈVENT

« À Toulouse, il y avait un bar dans l’entreprise. Du coup, le soir, quand les gars de Paris étaient dans les embouteillages, ceux de Toulouse buvaient le Pastis. » Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie

DES COMPLEXES DE PROVINCIAUX

« À Paris, à part Nougaro, le rugby et la saucisse, ils ont du mal à situer Toulouse. » Martin Le Gall, réalisateur

DES BAFFES QUI SE PERDENT

« Toulouse, c’est très derrière les tentures, un peu chattemite, comme disait Molière. » Philippe Saurel, ancien maire de Montpellier

DES FRACTURES

« À Toulouse vous avez d’un côté l’excellence de TSE et de l’autre le Mirail, une formidable fabrique à chômeurs. » Philippe Chalmin, historien et économiste

DES VENDEURS DE CLOPE À LA SAUVETTE

« Toulouse, pour les jeunes de Mostaganem, c’est comme un hameçon jeté à la mer. Tôt ou tard, chacun finit par y mordre. » Hamed, jeune habitant de Mostaganem

DES CLICHÉS

« Toulouse porte une telle réputation de manque de soutien à l’art contemporain, que ceux qui y restent finiront par être taxés de losers. »

« Les Toulousains manquent de civisme. »

Marianne Plo, plasticienne

Catherine Lemorton, ancienne députée PS

DES APPÉTITS

DES AVANTAGES ET DES INCONVÉNIENTS

« J’aime le côté village de Toulouse même si je déteste son côté pipelette. »

« Quand je suis à Toulouse, je mange tout le temps de la saucisse. Quand je n’y suis pas, j’en cherche partout. » Benoît Delépine, grand reporter à Groland

Christian Authier, écrivain

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© Kares

PORTRINTERVIEW

CROQUISTADORE Stéphanie Ledoux parcourt le monde carnet à dessin sous le bras, à la recherche de visages à croquer et de rencontres à faire. À la fin du mois, elle exposera une sélection de ses portraits au Museum d’histoire naturelle de Toulouse. Une bouffée d’oxygène en ces temps de voyage prohibés, et une leçon de patience à l’ère du culte de l’instantanéité. PAR AGNÈS BARBER

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TEMPS DE LECTURE

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« J’AI RÉALISÉ QU’EN N’AYANT PLUS LE TEMPS DE VOYAGER NI DE DESSINER, JE ME PRIVAIS DES DEUX CHOSES QUI ME FONT LE PLUS VIBRER. » Stéphanie Ledoux

à Londres à la Royal Geographical Society, et dans son fief, à Toulouse, à la médiathèque José-Cabanis. Stéphanie prend alors son envol, loin des champs de tournesol et déploie tout son talent pour croquer la vie du bout du monde, capter les regards, détourner les matières et les techniques, valorisant l’artisanat local et exprimant toute la singularité de cultures traditionnelles au bord de l’extinction. À grand renforts de crayons gras, d’aquarelle ou de collages, transformant d’anciennes fenêtres indiennes en tableaux surprises, peignant sur d’anciennes cartes marines, ou réalisant de délicates boîtes à trésors, garnies de souvenirs de voyage, de la plume d’un cacatoès à huppe jaune

© DR

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l faut se hisser au troisième étage d’un ancien moulin, franchir une première porte, puis monter un autre escalier, petit goulot étroit et escarpé, pour enfin prendre une grande respiration –masquée-. L’ascension valait le coup : on plonge littéralement dans la Garonne, depuis cette immense pièce, à la fois cuisine, salon et atelier. Se rendre dans l’atelier de Stéphanie Ledoux, c’est déjà un petit voyage, même si la brique rose rappelle que l’on est bien à Toulouse. La fine et longue silhouette, liane souriante a l’œil « khôlé » comme les femmes qu’elle a peint au bout du monde et qui nous scrutent depuis les murs de l’entrée, prévient : « Je suis désolée, j’ai rangé. Il n’y a plus grand chose. J’ai fait une overdose après les portes ouvertes de mon atelier, il y a trois semaines. Quand on vit et qu’on travaille au même endroit, on a parfois envie de désencombrer. » Stéphanie Ledoux vit et travaille à Toulouse, où les Toulousains commencent à la connaître, surtout depuis qu’elle a réalisé l’affiche de l’édition 2019 de Rio Loco. Mais son métier d’artiste globetrotteuse, l’emmène ailleurs une bonne partie de l’année : du Yémen à la Papouasie, du Mexique à l’Indonésie, en passant par la Birmanie ou le Baloutchistan. Depuis maintenant 10 ans, la liste est longue des pays où elle a promené son crayon et ses carnets de croquis. « J’étais une grande fan de voyage et de dessin, donc j’ai fait ma tambouille : j’ai mixé les deux, et j’ai réussi à faire en sorte que ce soit mon métier ». Vie de rêve. Pour la jeune femme, le déclic a eu lieu il y a une dizaine d’années, au milieu d’un champs de tournesol de la région : « Cet été-là, mes parents étaient partis au Vietnam, un pays que je rêvais de visiter. Et pour la première fois je n’avais pas réussi à me libérer pour partir avec eux. » Jeune ingénieure agronome, "coincée " dans son job depuis 4 ans, elle commence alors un blog pour "faire revivre" les voyages réalisés avec ses parents depuis l’adolescence : « J’étais frustrée et en colère de passer l’été à faire des relevés dans mon champ ». 

En partageant sur Internet sa passion du dessin de terrain, elle a trouvé une respiration pour "tenir" dans cette vie qui ne lui convenait pas. Ses carnets de voyage, elle les faisait pour elle depuis l’adolescence. Activité pratiquée en famille, avec son petit frère, sans imaginer qu’un jour elle puisse inspirer d’autres personnes. Très vite une petite communauté se forme autour de son blog. Stéphanie est même sollicitée pour exposer. Elle entrevoit alors la possibilité de tourner le dos à une carrière non-désirée : « Dans mon métier d’agronome, je me sentais le rouage d’une grosse machine. J’ai réalisé qu’en n’ayant plus le temps de voyager ni de dessiner, je me privais des deux choses qui me font le plus vibrer. » Aussi, quand l’ambassade du Yémen lui propose une mission artistique sur le pays, le renouvellement de son contrat d’ingénieure n’y résiste pas. « On me fournissait là, la meilleure des excuses. Au Yémen, c’était passionnant, j’ai rencontré d’autres dessinateurs, d’autres gens de la même espèce que moi». Au retour, les opportunités d’exposer pleuvent : à Paris, à l’Institut du monde arabe,

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© Sébastien Vaissière


PORTRAIT Sur la scène d’Odyssud où Édouard Baer présente ce mois-ci sa dernière pièce, les Toulousains familiers des nuits de Victor-Hugo, du gras de Noir de Bigorre et du son de la guitare sèche, reconnaitront la silhouette de Tito. Guitariste d’élite, maître coupeur de jambon, grand viveur, saltimbanque à la joie communicative, quelque part entre le marlou d’Audiard et la créature fellinienne, cet Aquitain a traversé bien des déserts avant de vivre, à la radio, au théâtre et au cinéma, une vie rêvée d’amuseur et de fantaisiste. PAR VINCENT SARTHOU-LAJUS

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i je te dis tout, je pars en prison et ton magazine sera retiré des kiosques ! » Tito s’esclaffe en remuant sur place avec son air canaille, à la fois inaltéré et toujours surprenant. Presque vingt ans pourtant qu’on connaît l’animal, dans le genre félin ondoyant, regard aux aguets, voix mélodieuse au bord du rire. On se souvient de lui la première fois en 2002 ou 2003, derrière le comptoir du J’Go, l’établissement de la place Victor-Hugo : il coupait, avec une inlassable patience méthodique, des lamelles de Noir de Bigorre, puis à la fin du service, troquant le jambon et le couteau pour la guitare, il avait diverti les derniers clients jusqu’à l’aube dans un mélange, qui depuis a fait sa légende, de chansons à boire et de mélodies à pleurer. Cette nuit qui en a appelé beaucoup d’autres en sa compagnie, on se rappelle l’avoir trouvé spirituel, racé, flamboyant, une gueule de Cheyenne et des manières délicates ; aujourd’hui à 55 ans, frais grand-père, il n’a pas beaucoup changé. Il revient ce mois-ci Odyssud (du 19 au 21 novembre), où il accompagne sur scène Édouard Baer dans son spectacle Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce. Un titre à rallonge comique, très baeresque, mi-De Broca mi-dada, qui conviendrait également très bien pour présenter la vie de notre sujet. En guise d’amorce édifiante, le jour de notre rendezvous, il se pointe vêtu d’une improbable chemise à motifs floraux taillée sur mesure en Chine et siglée El Tito sur la bande du col (« Je t’ai pas raconté ? Ma photo avec François Hollande trône dans le plus grand souk de Shanghai… »). Sans attendre, il en retrousse les manches pour découvrir ses avant-bras couverts de tatouages à l’encre turquoise estompée (dans le détail : un poignard de la vengeance, une tombe, un parchemin, une tête de diable, le A cerclé de ceux qui ne fréquentent ni les isoloirs ni les églises, et un très distinct encore : Mort aux Vaches). Voilà saisi, en quelques touches rapides, le baroquisme du personnage : chemise sur mesure et tags sur la peau ; la Chine et l’anarchie ; les goûts d’aristo et les habitudes de mauvais garçon, à moins que ce ne soit l’inverse. Celui qu’on appelle Tito est né sous un autre nom au Bouscat, dans la banlieue bordelaise. Pourquoi Tito, au fait ? « Gamin, j’étais maigre comme un moineau et

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je sifflais tout le temps. Titi, Tito, le surnom est venu. Maintenant tout le monde m’appelle comme ça, à part les gens de l’administration et les flics quand ils m’arrêtent. » On sent que ça le ravit, cette distinction à la sonorité enfantine. On suggère, comme chez beaucoup d’artistes, le désir, même inconscient, de s’inventer, de s’arracher de la sorte aux clous identitaires ; il fait la moue, rétorque qu’il n’a pas choisi mais accepté ce surnom ; une manière bien commode cependant, nous glissera-t-il plus tard, de « tenir à distance les fantômes du passé ». Car oui, comme il en va proverbialement des amuseurs, sous l’apparente fantaisie débonnaire, les fantômes chez lui aussi sont là, certains bien agités et douloureux encore, que la pudeur s’emploie à chasser.

DOINEL EN SANTIAGS

Tito a grandi dans une Cité HLM à Mérignac, un de ces grands ensembles à la grisaille bétonneuse qui ont fleuri en périphérie des villes dans la France de l’après-guerre. Il y a vécu son enfance et une partie de sa jeunesse, avec son père René, sa mère Christiane, et ses deux grandes sœurs Catherine et Christine, à cinq dans un appartement où Tito le dernier-né, n’ayant pas de chambre, dort dans la salle à manger avec le chat. Maman, native du Bassin, travaille à l’usine Mod’s 8, le fabricant de chaussures. Papa, aux origines diverses (italo-autrichienne par la mère, suisse-allemande par le père), est pupille de la nation ; placé dans un orphelinat, illettré, il travaille aux champs, puis devient maçon, puis fonctionnaire aux PTT. Tito ne s’étend pas, mais entre les lignes on devine l’âpreté de la vie ouvrière, sa pesante fatigue, ses

« À 3 ans, l’enfant fait des caprices : il ne veut manger que dans l’assiette où il y a le dessin du monsieur en tenue de mandarin qui joue de la guitare. » BOUDULEMAG.COM _ 27


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Relax © David Koskas

adj. REPOSANT, CALME, DÉTENDU, À L'AISE

NON-DITS L'AFFICHE On est curieux de découvrir ce que Lucas Belvaux a fait de Des hommes, dans lequel Mauvignier échafaudait, sur fond de guerre d’Algérie, un récit universel sur la peur, le choix, la jeunesse et l’incommunicabilité. Des hommes – de Lucas Belvaux d’après Laurent Mauvignier - avec Gérard Depardieu, Catherine Frot et Jean-Claude Darroussin. Sortie en salles le 11 novembre.

Profil rare dans le mundillo littéraire français contemporain, le Toulousain Laurent Mauvignier est à la fois un grand styliste et un grand raconteur d’histoire. Une aubaine pour les metteurs en scène de théâtre qui, depuis 20 ans, puisent dans ses romans des trames narratives efficaces et un regard singulier sur le monde. Les cinéastes, eux, commencent à peine à y songer. Avec Des hommes, du Franco-Belge Lucas Belvaux, qui sort ce mois-ci, c’est la deuxième fois qu’un livre de Mauvignier est porté à l’écran. On est donc curieux de découvrir ce que le réalisateur de Chez nous a fait de Des hommes, roman habile dans lequel Mauvignier échafaude, sur fond de guerre d’Algérie, un récit universel sur la peur, le choix, les mémoires fermées

et les plaies ouvertes. L’adaptation paraît d’autant plus ardue que tout dans cette histoire repose sur un empilement de non-dits. D’abord ceux des appelés qui, de retour d’Algérie, furent impuissants à partager avec leurs proches ce qu’ils avaient fait, vu et subi. Ensuite les non-dits comme ressorts littéraires, dont Mauvignier est coutumier, et sur lesquels les cinéastes se cassent généralement les dents. Les navets tournés à partir des romans d’Hemingway, maître absolu du nondit, en sont l’illustration. Reste tout de même le casting alléchant (Depardieu, Frot, Darroussin) qui justifie à lui seul l’achat du billet et les deux heures passées assis(e)s et masqué(e)s dans une salle obscure et climatisée. BOUDULEMAG.COM _ 29


PATRIMOINE

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Encore un Martin 30 _ BOUDULEMAG.COM


Les Anglais le badent. Les Ricains l’encensent. Le Lot l’adule et Bordeaux l'estime. Les collectionneurs se l’arrachent à des prix hors de portée des musées de notre région. Et nous, Toulousains, passons devant ses toiles sans même les voir. Il est donc urgent de redécouvrir le Toulousain Henri Martin à la triple faveur de l’expo temporaire du musée de Lodève, de la réouverture annoncée du musée de Cahors, et du regard neuf posé par le monde de l’art sur ses premières toiles, dans lesquelles, derrière le Martin académique, le Martin pointilliste ou le Martin coloré des vieux jours, se cache encore un Martin de jeunesse, symboliste, mélancolique et mystérieux. PAR SÉBASTIEN VAISSIÈRE

Mais si. Vous savez bien…

Henri Martin. Celui qui a peint « Les rêveurs » qu’on voit au Capitole. Dans cette pièce en long qui mène salle des Illustres. Mais si. Cette grande toile avec Jaurès et d’autres barbus à chapeau qui lambinent sur les marguerites des berges de Garonne, dans la lumière orangée du printemps toulousain. Voilà, vous y êtes. Henri Martin. Celui devant les œuvres duquel nous passons sans les voir, par dédain, indifférence ou paresse, au Capitole comme au Salon rouge du musée des Augustins. Ne vous en blâmez pas, on fait tous pareil. Et d’ailleurs, le directeur des Augustins, Axel Hémery, a une explication : « On se méfie de lui parce que sa peinture est facile d’accès. On y trouve tout de suite le meilleur. C’est une peinture du bonheur fugitif qui parle à tout le monde. De même, on se méfie de son statut de peintre de commandes. Et le public n’aime pas les peintres officiels ». Le regard porté sur Henri Martin est pourtant en train de changer. Sandra Buratti-Hasan, conservatrice du patrimoine du musée des Beaux-Arts de Bordeaux qui abrite une trentaine de toiles du peintre, annonce même sa sortie du purgatoire : « On observe chez les artistes du XXe siècle qui ont été au cœur des grandes commandes, une forme de gloire qui les a desservis. Aujourd’hui, on regarde à nouveau ces artistes et leur travail. Les yeux sont

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un peu plus propres. Le temps a passé. Les grandes avancées sont faites. On n’est plus dans la posture, ni dans la bataille. » Soit le monde de l’art a changé de regard. Mais ce n’est pas toujours le cas du public : « Le musée d’Orsay s’intéresse de près à ses grands décors, mais le grand public préf ère les impressionnistes », résume Axel Hémery.  Sollicité par nos soins pour évoquer la chose, le musée d’Orsay n’a pas trouvé le temps de nous répondre, sans doute trop occupé à sonder la profondeur des décolletés pour déterminer qui a le droit de pénétrer en son sein. Cela ne change en rien le cas d’Henri Martin qui a l’habitude de susciter l’indifférence : « C’était déjà un problème de son vivant. Il n’était déjà pas assez moderne pour les modernes, et trop moderne pour les autres… » sourit le directeur des Augustins. À cheval sur les anciens et les modernes, le XIXe et le XXe, Paris et le Sud, la commande et la création, Toulouse et le Lot, les décors et le portrait, Henri Martin résiste à toute tentative de classification. « Lui-même refusait de se cataloguer, analyse Sabine Magiani, directrice adjointe du musée de Cahors Henri-Martin. Dans sa correspondance, il parle de ce qu’il ressent devant la lumière, devant les paysages. Il développe sa touche personnelle de façon instinctive sans se soucier des chapelles ni des mouvements. Il voulait amener l’art au culte du bel idéal. » À défaut de le ranger dans une case, on peut tout de même se

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faire une idée du personnage en survolant sa biographie. Il naît en août 1860 à Toulouse, où il suit les cours des Beaux-Arts. Il monte à Paris en 1879 les poches lestées par une bourse d’études. Sur place, il est l’élève de Jean-Paul Laurens, autre ancien élève des Beaux-Arts de Toulouse, maître de la peinture d’histoire et archétype de l’artiste officiel. C’est à lui qu’on doit la Mort de Sainte-Geneviève au Panthéon, le plafond de l’Hôtel de Ville de Paris et la salle des Illustres du Capitole. Après Paris, Henri Martin voyage en Italie.

Henri Martin - Beauté Peinture à l'huile - 1900 - Musée des Augustins © Daniel Martin

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AGENDA CULTURE

Music-hall TOQUÉS Mis sur pied à Montpellier à l’époque des vestes à épaulettes, le trio de music-hall Chanson Plus Bifluorée continue de vocaliser ses gags parodiques. Les potaches passent à table, dûment toqués, au Bascala, avant l’heure du coup de

feu en cuisine. Sur scène, un pianotable, les couverts et le jaja sur la nappe plissée. On fait tourner le Sopalin, les bérets volent. À s’escaner de rire, la chanson du végétarien pris dans un pinceau de projo vert, qui donne des courgettes à son chat ; mais pour le sketch de la cervelle d’ourson à la basque, les âmes sensibles

devront sortir. On marche sur des œufs ! CPB annonce enfin, pour la première fois sur scène, son « nouveau grand succès international », parfait pour les fins de banquet : Ah, la chloroquine ! (déjà disponible en karaoké sur internet). Le 14 novembre au Bascala, Bruguières

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Musée

SOLILOQUE « C’est le pot au noir, ici, ça me fout le cafard ! - Mais enfin, chéri, ne parle pas si fort, les gens nous regardent, on est dans le temple du grand Soulages, fais un effort! -Moi, je pense comme Brasseur dans la Métamorphose des cloportes, sur le plan de l’arnaque, les coups les plus tordus ne sont rien à côté de la peinture abstr… -Reste assis sur cette banquette, regarde le calendrier des Postes sur

internet et tais-toi ! (Monsieur se tourne vers un curieux tableau.) -Attends, c’est rigolo, ça. -Ah, tu vois. -Mais c’est du Geluck ! C’est le Chat qui dit qu’il trouve beau le truc noir sur le mur, et c’est son ombre ! -lls ont parsemé le musée de blagues du Chat. Ça te plaît ? -Je crois pouvoir comprendre cet humour noir. » Le Chat visite le musée Soulages, Rodez jusqu’au 9 mai 2021

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Où l'on a appris

en 5 a

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que

Moudenc a failli abandonner la politique le 16 mars 2008 à 20H05 · que Jésus nous aime · que le vélo d’appartement, au bout d’un moment, on en a plein le cul · que les Portugais sont moins machos que nous · que Luis Fernandez est un abruti · que pour être bien payé quand on est acteur de cinoche, il faut jouer nu · que les Français sont crados et nonchalants · que Louis Aliot manie bien le polochon · que Didier Lacroix était casse-couilles sur le terrain · que le hoki aux gnocchis, c’est gore · qu’on peut faire 100 km pour une andouille · que le Sorano a pris la place de la Fifa · qu’à la fin des années 1960, les gens ne pensaient qu’à baiser · que SUPAERO c’est pas du pipeau mais de la guitare · que demander des nouvelles du chien, ce n’est pas du populisme · que le plus important n’est pas que les étudiants étudient · que même les aventuriers ne tiennent pas plus d’une heure en Ariège · qu’à Limoux, il y a des bistrots de droite et des bistrots de gauche · que les Gersois sont ingrats, les banquiers jaloux et les Québécois mafieux · que les producteurs de cinéma ont peur de l’accent toulousain · que les Allemands font des plans pour aller aux toilettes · qu’on peut être cocu et content · que l’on ne peut pas demander à un promoteur de faire du joli · que les maires de quartier ont du travail mais peu de pouvoir · qu’il ne fait pas bon perdre sa serviette dans les clubs échangistes · que les plus forts, évidemment, c’est les vers · qu’il faut frapper avant d’entrer dans une chambre d’ado · qu’Yves Montand est presque mort à Saint-Bertrand-de-Comminges · que le Petit Prince avait des crampes et faisait des hypoglycémies · que Victor Hugo est né à Toulouse · que Zebda n’est pas un groupe de banlieue mais des faubourgs · que Lacroix a bien fait de jouer au Kaino · qu’on peut digitaliser un boucher · que remuer la merde, c’est bon pour le climat · que les fourmis ne connaissent pas les embouteillages · que les Balmanais aiment les muscles et les slips satinés · qu’il y a un dauphin à Bordeaux et un élan à Toulouse · qu’un militant, c’est d’abord un soldat · qu’on peu rire de tout mais plus avec grand monde · que les yeux et les oreilles de la France sont en Occitanie · que ça se passe mieux quand on se choisit · qu’on peut promener les fleurs et arroser le chien, et que Boudu a 5 ans.

Qu'apprendrez-vous dans le prochain numéro ? Réponse en décembre.

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Boudu 52 - novembre 2020  

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