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Où l’on apprend que les artistes qui restent à Toulouse sont des losers, que les Allemands font des plans pour aller aux toilettes, et que les producteurs de cinéma ont peur de l’accent toulousain.

N°27

MAGAZINE TOULOUSAIN ACTUEL

état des lieux – p.42

Droite toulousaine Allô, il y a quelqu’un ?

Fabriqué à Toulouse

ciné, télé, séries – p.28

Guerre des tournages en Occitanie

MARS 2018


BOUDU N° 27 – MARS 2018

SOMMAIRE BOUDU le magazine toulousain actuel, est édité par TRENTE&UN, société coopérative à capital variable, au capital de 48 150 €. RCS Toulouse n° 802388017. Siège social : 20, rue des Blanchers - 31000 Toulouse redaction@editions31.com Gérant et directeur de la publication  : Jean Couderc.

Rédaction Rédacteur en chef  : Jean Couderc Directeur artistique et photographe : Matthieu Sartre

EN COUV’ TOULOUSE, FÂCHÉE AVEC L’ART CONTEMPORAIN ?

Si la plupart des métropoles européennes usent de l’art contemporain comme d’un vecteur de croissance, Toulouse semble encore un peu réticente. Frilosité des édiles ? Indifférence du public ? Déterminisme historique ? Boudu démêle le vrai du faux.

50 ENQUÊTE LA CHASSE AUX TOURNAGES

Chef d’édition : Sébastien Vaissière Réalisation graphique : Clara Doineau

Certains pros du cinéma prétendent que les paysages de Midi-Pyrénées sont si variés qu’on aurait pu y tourner Le Seigneur des Anneaux. Pourtant, l’exrégion et sa capitale ont du mal à attirer les grandes productions, contrairement au littoral languedocien qui, lui, fait le plein.

Journaliste : Julie Guérineau

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Oïkos développement Nadia Kharbajou nadia.kharbajou@boudulemag.com 06 51 65 37 11

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INTERVIEW LE MONDE EN CHANTIER DE YANN FRISCH

Retrouvez nos offres abonnés p. 9 Service abonnement : abonnement@editions31.com

Imprimé par SA Escourbiac (Graulhet). Tous droits de reproduction réservés. ISSN 2431 - 482X. CPPAP : 1118 D 92920

C’est une star de la « magie nouvelle » et un prodige de la cartomagie. Depuis cinq mois, il conçoit à Tournefeuille un spectacle événement et un camionthéâtre pour en accueillir les spectateurs…

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ÉTAT DES LIEUX ALLÔ, LA DROITE ?

MÊME SI, PARFOIS, LA DROITE FAIT DES CHOSES DONT J’AI UN PEU HONTE, C’EST MA FAMILLE POLITIQUE, ET JE N’EN AI PAS D’AUTRE. Laurence Arribagé, présidente LR 31

»


BOUDU N° 27 – MARS 2018

SOMMAIRE actuel

LE FAIT p. 7 PAROLES, PAROLES p. 8 MICRO-ONDES p. 10 VITE DIT p. 16 TRIBU p. 18 FALLAIT L'INVENTER p. 20 POLITITWEET p. 22

réel

INTERVIEW p.26 « LA FRANC-MAÇONNERIE EST TOUJOURS UN LABORATOIRE D’IDÉES » Les francs-maçons ne servent pas uniquement à faire la couverture du Point, de L’Express ou de Marianne en alternance avec des numéros « spécial immo ». Ils font aussi avancer la société, et les idées. C’est ce que nous explique Thierry Gervais, délégué régional sud du Grand Orient de France.

DANS L’AIR p.34 SCIENCE TOP CHRONO

Ils sont lauréats d’un concours de présentation de thèse en 180 secondes. Une façon d’être à la fois thésard et taiseux.

ENQUÊTE p.36 COUSINS GERMAINS

Essentiellement placées sous l’égide d’Airbus, les relations franco-allemandes sont parfois tendues à Toulouse. Par chance, les clichés ont la peau dure et les saucisses la chair tendre, et cela réconcilie tout le monde.

idées

THÉÂTRE p.58 L’ENNEMI DANS LA GLACE

L’ennemi du peuple, c’est comme la bombe humaine : c’est toi, c’est moi, c’est nous. Voilà, en substance, ce qui ressort de ce dialogue inédit entre Sébastien Bournac, directeur du Sorano, et Aladin Larguèche, spécialiste d’Ibsen.

relax

L'AFFICHE p. 61 CULTURE INTENSIVE p. 64 L'ADDITION p. 70 RESTOS p. 71 ALLEZ-Y QUAND MÊME p. 72 OBJO-THÉRAPIE p. 74 TENDANCE p. 75 MARINE RACONTE p. 76 DITES-LE QUAND MÊME p. 77 OÙ L'ON A APPRIS p. 78


ÉDITO

Vive les chleus ! Au moment où nous mettons sous presse, l’État vient d’annoncer qu’il ne souhaitait pas vendre ses parts dans l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Une nouvelle qui a eu le mérite de réjouir l’ensemble de la classe politique locale, inquiète de voir la structure aéroportuaire passer sous pavillon chinois. À cela (au moins) deux raisons : la décision prise par la société d’actionnaires Casil de se verser des dividendes puisés dans les réserves en juin 2017, et l’inconnue constituée par un mode de gouvernance différent du nôtre. Inquiétude humaine, à défaut d’être légitime, qui fait écho à l’enquête publiée ce mois-ci dans Boudu sur l’état des relations franco-allemandes, près de 50 ans après l’arrivée des premiers ingénieurs germaniques dans la Ville rose. Qu’y apprend-t-on, en dépit de l’ahurissante langue de bois d’Airbus sur le sujet ? Que tout n’a pas toujours été rose, malgré un objectif commun et une activité plutôt bien orientée. En cause, une rivalité née de conflits antérieurs, mais aussi et surtout des modes de fonctionnement (pour ne pas dire des coutumes) différents. Rien toutefois d’insurmontable au vu des carnets de commandes plus que remplis d’Airbus. Alors bien sûr, certains s’offusqueront que l’on puisse encore, à la cantine de l’avionneur, pester après les « teutons ». Mais quelle plus belle illustration de la fraternité entre ces deux peuples que d’apprendre que c’est saucisse pour tout le monde au menu du vendredi matin ?  

PAR

JEAN COUDERC BOUDULEMAG.COM _ 5


STARRING PAR ORDRE D’APPARITION

Catherine Dupré-Goudable – directrice de l’ERE Occitanie Sophie Desgranges – formatrice à l’École des droits de l’Homme Thierry Gervais – délégué régional du Grand Orient de France Isabelle Birbes – chargée de projets au bureau des tournages de Toulouse Philippe Aussel – fondateur du Lokal Production, président de l’Apifa Serge Regourd – président de la commission Culture du Conseil régional Martin Le Gall – réalisateur Laurence Biermé – présidente de Art Cinefeel Marie Virgo – responsable du bureau des tournages de Gindou Clément Fabre – prix du public « Ma thèse en 180 secondes » Toulouse Théo Henriel – prix du jury « Ma thèse en 180 secondes » Toulouse Camille Pierre – prix coup de coeur « Ma thèse en 180 secondes » Toulouse Michael Herbert – responsable qualité chez Diehl Aerospace Toulouse Stefanie Neubert – directrice du Goethe-Institut Susanne Salerno – présidente du club d’affaires franco-allemand Inge Riou – fondatrice des Amis du Goethe-Institut Bernard Keller – ancien maire de Blagnac Nicolas Morvilliers – consul honoraire de la République fédérale d’Allemagne Karsten Fröhlke – délégué du syndicat IG Metall Hamburg Jean-Marc Escourrou – délégué syndical FO à Airbus SAS Michel Pierre – délégué syndical CFDT à Airbus SAS Pierre Esplugas – porte-parole des Républicains 31 Laurence Arribagé – présidente des Républicains 31 Vincent Terrail-Novès – maire de Balma Dominique Faure – maire de Saint-Orens Jean-Luc Moudenc – maire de Toulouse Maxime Boyer – conseiller municipal de Toulouse Xavier Spanghero – ancien délégué de la 5e circonscription Nicolas Bonleux – conseiller national LR Pierre Médevieille – sénateur de Haute-Garonne, président de l’UDI 31 Jean-Jacques Bolzan – référent départemental du Parti radical valoisien Marthe Marti – présidente départementale du Modem Coumba Baby – présidente de l’association Ta Vie en main Martine Rønnoe-Guiraut – membre d’Amnesty International Midi-Pyrénées Annie Leotey – déléguée du Défenseur des droits en Haute-Garonne Jérôme Carrié – chef de projets arts visuels au Ciam Sylvie Corroler – directrice de la fondation Espace Écureuil Marie-Béatrice Angelé – conseillère pour les arts plastiques à la Drac Jean-Paul Barrès – président d’Art-Garonne Cendrine Krempp – commissaire d’exposition Marianne Plo – plasticienne Annabelle Ténèze – directrice du musée des Abattoirs David Mozziconacci – directeur des études à l’Isdat Joël Lécussan – coordinateur de Mix’Art Myrys Valentin Rodriguez – conservateur du patrimoine du musée des Abattoirs Sébastien Bournac – directeur du théâtre du Sorano Aladin Larguèche – historien de la littérature et des idées en Norvège au xixe siècle Yann Frisch – magicien

Ont collaboré à ce numéro : Rémi BENOIT, Élodie et Julien BOMPA, Louise BUYENS, Marine GASC, Sarah JOURDREN, Carina LOUART Photo de couverture : Matthieu SARTRE Photos du sommaire : Christophe REYNAUD DE LAGE (Yann Frisch), Rémy GRANDROQUES (Tournage)


Actuel

PAROLES,  PAROLES - MICRO-ONDES - VITE DIT - TRIBU - FALLAIT L'INVENTER - POLITITWEET

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© Rémi Benoit

adj. QUI A LIEU DANS LE MOMENT PRÉSENT

ENVOYEZ LE BOUZIN ! Après 10 jours de blocage, les agriculteurs ont fini par obtenir gain de cause avec le maintien d’une grande partie des communes de la région en zones défavorisées. Mais la facture des dégâts causés par les manifestations est salée pour les collectivités locales comme pour l’État…

L

orsqu’une poignée d’agriculteurs décide de manifester dans le Lot-et-Garonne, le 30 janvier dernier, pour protester contre la modification de la carte des communes classées zones défavorisées, les pouvoirs publics sont loin d’imaginer l’ampleur que va prendre, en quelques jours, la mobilisation. La crainte des agriculteurs de voir réduire considérablement le nombre de communes éligibles à certaines aides européennes est pourtant bien réelle. Ainsi dès le lendemain, c’est entre 120 et 140 tracteurs qui convergent sur l’A64 et l’A68 vers le périphérique toulousain. Dix jours de blocages permanents, dans le Tarn-et-Garonne, ou ponctuels, dans le Gers, à Toulouse ou dans le Lauragais, vont finir par faire

céder le gouvernement. Près de 800 des 1100 communes qui devaient sortir de la carte devraient finalement y rester. Reste que l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Passé l’émoi suscité par le désarroi des agriculteurs, place désormais à l’évaluation des dégâts occasionnés par les manifestations. Pour la Direction des routes du Sud-Ouest, la facture s’élève à 600 000 euros sur l’A64. Le département de la Haute-Garonne communique quant à lui sur une ardoise de 500 000 euros. Soit plus d’un million d’euros au total. Quant à Vinci Autoroutes, qui n’a pas encore révélé le montant des dégradations au moment où l’on met sous presse, elle se réserve le droit de porter plainte contre les organisations syndicales agricoles... BOUDULEMAG.COM _ 7


MICRO-ONDES L'actualité réchauffée

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TENU

Parti de Lectoure le 4 janvier en fauteuil roulant, Edouard Detrez, le patron de la start-up « Le Fauteuil roulant français », arrive à Paris où il est reçu pendant 45 minutes par Emmanuel Macron.

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29 FIDÈLE Malgré une baisse de 2,5 points sur un an, France Inter reste la radio la plus écoutée à Toulouse selon Médiamétrie.

29 DISTINCTION Le Sud-Ouest décroche le tire de « Wine Region of the year » à l’occasion de la soirée des Wine Star Awards organisée par le magazine Wine Enthusiast.


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COLÈRE

Les agriculteurs bloquent le périphérique toulousain pour protester contre le déclassement de plusieurs dizaines de communes des zones soumises à contraintes naturelles, dites « zones défavorisées », qui priverait les agriculteurs qui y travaillent de l’Indemnité compensatoire de handicaps naturels. © PHOTO Matthieu Sartre

05 DÉCLIC ? En s’imposant 1-0 sur la pelouse de Nice, le TFC enchaîne un second succès consécutif depuis le limogeage de Pascal Dupraz, et quitte la zone de relégation.

DES CLAQUES

On apprend sur le site de France 3 que le directeur du magasin Monoprix de la rue d'Alsace-Lorraine à Toulouse avait donné comme consigne à ses vigiles de ne pas laisser entrer les SDF entre novembre 2017 et février 2018.

03/02 BOUDULEMAG.COM _ 9


ENQUÊTE

Cousins Germains Pas un jour ne passe sans qu’un politique ou un intellectuel rappelle que le couple franco-allemand est le ciment de l’Europe. Cela n’empêche pas les deux peuples de se regarder en chien de faïence, et de se déchirer sur des sujets aussi divers que les migrants ou le football. À Toulouse, notamment avec Airbus, Français et Allemands ont appris à travailler ensemble et à s’apprécier en surmontant (parfois) des différences culturelles et managériales plus importantes qu’on ne croit. Enquête du Goethe-Institut à Airbus en passant par le bureau consulaire. – PAR Sarah

JOURDREN photographie Matthieu SARTRE – TEMPS DE LECTURE 10 MIN

Michael Herbert, responsable qualité chez Diehl Aerospace Toulouse et allemand, n'a généralement pas le temps de régler les problèmes qui se posent à ses collaborateurs français : la solution, ils la trouvent seuls avant qu’il arrive, et ils le font bien. « Les Français sont plus pragmatiques que les Allemands, qui font des plans pour tout, même pour aller aux toilettes... » Ce cadre marié à une Française, en est donc persuadé : « La meilleure équipe au monde, c’est une équipe composée uniquement de Français, avec un Allemand… et cet Allemand, c’est moi ! ». Sur le site de Diehl Aerospace à Toulouse, ils sont en fait deux. Mais à force de travailler avec des Allemands, toute l’équipe semble avoir adopté un peu de leur culture. Michael Herbert y veille et organise en France et en Allemagne des séminaires sur les habitudes des uns et des autres. Le plus grand préjugé des Allemands sur les Français ? Une certaine obsession pour « la bouffe » : « Les Allemands sont convaincus que c’est hyper important, que les repas durent des heures… et c’est vrai ! Manger ici est un plaisir, l’occasion de passer un bon moment. Je le vois avec ma femme : quand on reçoit des gens à dîner le samedi soir, elle est dans la cuisine dès 9h le matin, à se demander combien d’entrées elle va faire ou ce que vont être les amuse-bouches ! ». À première vue, donc, pas de quoi faire un fromage des

relations germano-toulousaines. Ou plutôt si, puisque c'est bien de cela qu’il s’agit : quelques clichés faciles mais inoffensifs, et souvent vites adoptés. La directrice du Goethe-Institut, pour qui le quart d’heure toulousain ressemble à une bénédiction, en est d’ailleurs le parfait exemple : « En Allemagne, j’étais toujours en retard. Je ne me suis donc pas adaptée, j’ai enfin le droit d’être moimême ! ».

Guillotine, crémaillère et langue de bois

Abandonnons donc toute retenue pour y aller franchement. Voici, en vrac et sans nommer personne, quelques traits de caractère des uns et des autres… « Si les Français donnent l’impression d’être impolis, c’est qu’ils ne discutent pas pour régler leurs problèmes : à un moment, ils coupent la tête du roi ou ils se mettent en grève ! » ; « Les Allemands sont parfois surpris de l’organisation du travail en France. C’est un peu flou, les tâches ne sont pas bien délimitées. Eux ont l’habitude d’être plus carrés. Ils sont plus organisés, mais moins démerdards. » ; « Les Français n'ont pas un sens social très développé, notamment en ce qui concerne le voisinage. En Allemagne, quand on emménage, on se présente aux voisins. En France, on le sait parce que les nouveaux pendent la crémaillère... » ; « Les Français sont polis, ils accordent de l’importance aux formes. La franchise BOUDULEMAG.COM _ 11


ÉTAT DES LIEUX

ALLÔ,

LA DROITE ? Dix mois après sa débâcle aux élections législatives, la droite hautgaronnaise tente de se reconstruire dans la perspective des prochains scrutins. Dans un contexte incertain où les lignes politiques ont bougé et les alliances d’hier sont fragilisées par l’émergence de La République en Marche, état des lieux à un an des européennes, qui auront lieu en mai 2019. – PAR Jean

COUDERC PHOTOGRAPHIE Matthieu SARTRE – TEMPS DE LECTURE

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6

MIN


D

e toute gueule de bois on finit par se remettre. Certaines sont toutefois plus longues que d’autres…même en politique. Ainsi du côté des Républicains 31, on ne cherche pas à minimiser l’onde de choc de la séquence électorale de 2017. Pierre Esplugas, son porte-parole, ne nie pas que la droite est encore groggy : « Je ne suis pas sûr que l’on soit remis du double choc de l’an dernier. On est en phase d’introspection et de reconstruction. Et elle est loin d’être achevée ! ». Mais en ce jeudi 25 janvier, salle Barcelone, pour la traditionnelle cérémonie des vœux de la droite départementale, l’heure n'est plus aux pleurs. Requinquée par un déjeuner avec Nicolas Sarkozy l’avant-veille, la patronne de la Fédération des Républicains en Haute-Garonne reçoit ce soir-là la visite de Christian Jacob, le président du groupe LR à l’Assemblée. Dans une salle bien remplie, surtout de cheveux blancs, Laurence Arribagé affiche un large sourire. Face à ses militants, l’adjointe au Capitole veut croire qu’elle a mangé son pain noir. Pour s’en convaincre, elle brandit comme un trophée les « 450 chèques reçus (en guise de renouvellement de cotisation) dans la boite aux lettres des Républicains depuis le 1er janvier », un score jamais atteint en si peu de temps d’après la patronne du parti. Une embellie qu’elle explique par l’élection de Laurent Wauquiez à la tête des LR en décembre : « Beaucoup attendaient un chef pour se remobiliser. Maintenant que c’est le cas, ils ont envie de se projeter vers le futur et de partir à l’assaut de nouvelles conquêtes ». Le discours se veut positif et au fond, quoi de plus normal de la part de la présidente locale qui tient à rappeler le cataclysme subi l’an passé : « Nous avons perdu des élections imperdables. Alors avoir fini

l’année avec 2700 adhérents à jour de cotisation, soit le même nombre que fin 2016, je trouve que c’est pas mal. Ça prouve que le parti n’est pas mort ». Pas mort, peut-être, mais un peu déboussolé après le tsunami électoral de juin dernier et l’avènement de La République en Marche, et de son positionnement hybride. Car si le nombre d’adhérents reste relativement stable, le parti semble ébranlé jusque dans ses fondations. Depuis la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle en juin 2017, la tentation est grande, dans la grande famille de la droite et du centre, de jouer sa partition individuelle au détriment du collectif.

Des mises en retrait stratégiques

Le maire de Balma Vincent Terrail-Novès, par exemple, a décidé de ne pas renouveler son adhésion dans la foulée du scrutin législatif. Neuf mois plus tard, l’ancien responsable des jeunes UMP de HauteGaronne ne regrette rien : « Je peux juger les choses plus librement. Aussi bien l’action du gouvernement, lorsque celle-ci est bonne comme avec l’allègement de l’impôt sur les sociétés, que lorsque les propositions de la droite ne vont pas dans le bon sens. J’ai, aujourd’hui, un regard objectif ». L’ancienne étoile montante de la droite haut-garonnaise dresse un constat sévère du fonctionnement des partis traditionnels : « Un parti, c’est étriqué. On y est recroquevillé sur soi, il faut faire attention à ce que l’on dit. J’en avais marre de ce fonctionnement. Sans compter que nos préoccupations, trop centrées sur des querelles de chefs, me paraissaient assez éloignées de celles des Français ». Une décision que son ancienne présidente dit comprendre dans la perspective du futur scrutin municipal : « Vincent pense avant tout à sa ville. Il essaie d’être le maire de tous les Balmanais. Je respecte son choix ». BOUDULEMAG.COM _ 13


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ENQUÊTE


CULTURE INTENSIVE

LE CAPITAL DE

MARS La culture, désormais, est un marché comme les autres. Et nous qui nous pensons esthètes ne sommes que des clients. Nous avons adopté des postures de chaland, pestant l’hiver contre la pauvreté de l’offre, geignant en mars contre son ingérable abondance, et revendiquant les droits, pourtant contradictoires, à la profusion et au talent. Frustrés par ces désirs inassouvis de consommateurs malades, nous nous livrons sans honte à un Toulouse-bashing mondain, qui consiste à encenser les programmations culturelles de Montpellier ou Bordeaux dont on ne connaît que dalle, mais qui nous séduisent parce qu’elles se trament ailleurs. Il y a pourtant du plaisir à prendre en ce mars culturel toulousain, à condition de considérer que l’art est partout chez lui, dans les symphonies de Mahler, dans la coiffure de Kim Jong-un et chez les concessionnaires BMW. – LABOURÉ PAR Sébastien

Road strip

Les aventures de Michel Vaillant, pilote automobile, aventurier et honnête homme, sont nées dans Le Journal de Tintin à la fin des années 1950. Une époque révolue où les héros s’appelaient Michel, où la ligne claire était la norme, et où l’on pouvait célébrer le moteur à explosion sans être considéré par ses contemporains comme un suppôt de Satan. Œuvre de Jean Graton reprise par son fils au début des années 1990, cette bande dessinée mythique est célébrée par l’expo itinérante Michel Vaillant Art Strips, de passage début mars chez un concessionnaire BMW toulousain. Sa grande vertu est de présenter des agrandissements imprimés sur des plaques de plexiglas, dont la taille et l’éclat révèlent au grand jour le talent et la précision diabolique du trait de Graton. On se régale à contempler le traitement graphique des « vroom », « roaarr » et autres onomatopées mécaniques, et l’intensité des couleurs. Un road trip en 12 planches, trop court mais plaisant. Expo Michel Vaillant Art Strips, du 1er au 10 mars chez BMW Pelras, 154 rue Nicolas-Vauquelin

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VAISSIÈRE –

TEMPS DE LECTURE

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MOIS


© DR

© Vincent Fournier, Johnny 5, Darmstadt, 2016

Futur antérieur

Place aux Bifrons

Les organisateurs de Wikipolis, festival des imaginaires urbains de Colomiers, nous promettent cette année une fresque géante et une exposition en réalité augmentée de l’illustrateur basque Nicolas Barrome Forgues, dont le livre jeunesse On débarque, lui aussi en réalité augmentée, nous a tapé dans l’œil. Un mélange de prises de vue réelles habitées par des personnages imaginaires et drôles : les Bifrons. Extraterrestres potaches et insouciants aux morphologies délirantes (corps polymorphes, becs d’oiseau, tétons-tiges, trompes et dentition aléatoire), ces derniers se retrouvent sur Terre après avoir épuisé les ressources de leur propre planète et brûlé la chandelle par les deux bouts…  Festival Wikipolis, du 9 au 11 mars à Colomiers On débarque ! Par Nicolas Barrome Forgues et Sophie Régnier – Éditions Les fourmis rouges – À partir de 4 ans

Comme les grands films, les grandes toiles et les phares LED des bagnoles, les photos de Vincent Fournier impriment la rétine durablement. À tel point que bien des jours après avoir vu l’exposition du Château d’Eau, qui rassemble sous le titre Past Forward une série sur les lieux mythiques de la conquête spatiale et une autre sur la place du robot dans la société de demain, on est encore hanté par certaines images. Pose affectée et étrangement humaine de robots plongés dans les décors urbains de Barcelone ou du Japon ; natures mortes hyper esthétisées de casque ou de gants de cosmonaute, ces images inspirant empathie et méfiance ont quelque chose de dérangeant et de prophétique. La bonne expo pour découvrir ce photographe dont certaines œuvres font partie des collections permanentes du Metropolitan Museum of Art de New-York et du Centre Pompidou. Vincent Fournier – Past Forward, jusqu’au 1er avril à la galerie du Château d’eau


OBJO-THÉRAPIE L'impossible mission

En couple à la ville comme en studio, Élodie et Julien, architectes d’intérieur de formation, ont créé à Toulouse la marque de papeterie Say Cheese.

LA SCIENCE DES RÊVES – PAR Élodie ET

Julien BOMPA –

Le 18 mars, c’est la journée nationale du sommeil. Mais entre le petit dernier qui ne fait pas ses nuits, le plus grand qui fait ses dents, l’ado qui fait des siennes au lycée, et le travail qui ne cesse de vous tourmenter, c’est un concept qui vous est un peu étranger. Grâce à la sélection de nos deux experts déco, vous allez enfin pouvoir rêver sur vos deux oreilles... avec style.

Brume d'oreiller à vaporiser Graine de pastel, 4 place Saint-Étienne 16,90 €

Plaid nomade 100% laine Nature & Découvertes, 64 rue de la Pomme 59,95 €

Activateur de sommeil Dodow Darty, place Esquirol 49,99 €

Dessus de lit Milk/Habitat Habitat, 3 esplanade Compans-Caffarelli 79,00 €

Livre Mon coaching sommeil de Sarah Dognin Librairie Ombres blanches, 50 rue Léon-Gambetta 14,95 €

Masque de nuit en coton et polaire L'Interprète, 15 rue Sainte-Ursule 15,00 €

Radio-réveil en bois à monter soi-même Slow Concept, 10 rue Sainte-Ursule 58,00 €

Matelas Epeda en Cachemire et Soie Grand Litier, 5 av. Cardinal Saliège, Portet-sur-Garonne 1443,00 €

Maxi coussin personnalisable Vous, 8 rue Temponières 42,00 €

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TENDANCE

C'EST NOUVEAU, C'EST TOUT BEAU 10 avenue Andromède, Blagnac

– REPÉRÉ PAR

Magasin Truffaut

© Uncle Ben

Il fleurit des concept stores un peu partout dans l’agglomération toulousaine. Le dernier en date a élu domicile à Blagnac et propose un programme éclectique composé de tatouages éphémères, expositions d’artistes, barbier et brunch dominicaux.

31 rue de Metz, 31000 Toulouse

© DR

Uncle Ben

La conquête de l’Ouest

BOUDU –

Garde à vous Deux ans que l’on ne voit (presque) que lui sur le tarmac du musée Aeroscopia sans pouvoir l’approcher. Depuis le 1er février, l’A400M, dernier-né des avions militaires d’Airbus est enfin ouvert au public. L’occasion de découvrir cet appareil qui présente la particularité d’être à la fois un avion de transport et de ravitaillement en vol.

Aeroscopia

© Airbus

allée André Turcat, 31700 Blagnac

En vert Les non-automobilistes n’auront bientôt plus d’excuse pour refuser de verdir leur appartement. La jardinerie Truffaut vient en effet d’ouvrir son premier magasin dans le centre-ville de Toulouse, dans le bâtiment haussmannien du Grand Hôtel, rue de Metz. Différents univers seront proposés (jardinerie et détente, bien-être des animaux…) sur 1200 m2.

Adoptematomate

© DR

adoptematomate.com

swimmy.fr

© DR

Swimmy

Piscine chauffée Jouir du confort d’une piscine sans avoir à se préoccuper de son entretien, c’est possible depuis l’été dernier grâce à la start-up Swimmy, sorte de Airbnb des piscines. Ce qui est nouveau, c’est que les hôtels s’y mettent comme le Pullman de Blagnac qui propose l’accès de son plan d’eau chauffée à 32° en donnant la possibilité de réserver un créneau sur la plateforme.

Pour rougir de plaisir Vous aimez le jardinage mais n’avez pas la chance de disposer d’un petit lopin de terre pour vous exercer ? La start-up adoptematomate met en relation jardiniers en mal d’espaces verts et jardins délaissés. Cerise sur le potager ? La mise en relation est gratuite.

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OÙ L'ON A APPRIS

Que les robots n’ont que faire de la confidentialité ·  qu’on

se fait de fausses idées sur la laïcité ·  que les francsmaçons sont partout   ·  qu’il

· les producteurs de cinéma ont peur de l’accent toulousain ·  que les maths peuvent sauver la planète  · que les Allemands font des plans pour aller aux toilettes · que le centre n’est plus à droite  ·  que les artistes qui restent à Toulouse sont des losers  · 

n’y a pas de de vent à Montpellier   que

qu’il y a beaucoup de cheveux blancs aux réunions des Républicains   que

· Toulouse est gay-friendly · que l’ennemi du peuple, c’est chacun d’entre nous · que l’on peut être magicien et préférer Dany Brillant à Harry Potter · que l’important dans un spectacle de magie n’est pas ce que les gens savent mais ce qu’ils sont prêts à croire  ·  qu’on peut se poiler avec les dictateurs · que le violoncelle mène au piano · que voir un Soutine à Céret, c’est comme voir un Woody Allen à Manhattan · qu’au xiv siècle, on plongeait les prostituées dans la Garonne · qu’on ne rigole pas avec l’eau du robinet · et que ça doit être agréable d’avoir un mentor. e

Qu'apprendrez-vous dans le prochain numéro ? Réponse le 4 avril.

Boudu 27 - Mars 2018  

Où l’on apprend que les artistes qui restent à Toulouse sont des losers, que les Allemands font des plans pour aller aux toilettes, et que l...

Boudu 27 - Mars 2018  

Où l’on apprend que les artistes qui restent à Toulouse sont des losers, que les Allemands font des plans pour aller aux toilettes, et que l...

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