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L’envol Il joue dans un immense champ de fleurs. C’est si beau. La joie de vivre qui émane de lui me réchauffe le cœur. Soudain, son visage d’ange me regarde et je vacille. Son sourire est éblouissant et il rayonne, bien plus que le soleil éclatant dans le ciel. Brusquement la nuit tombe. La plaine se transforme en un grand lac gelé. Il fait sombre. Cependant grâce aux lampadaires, je peux distinguer une femme, assise sur un banc. Étrangement, elle me ressemble, énormément : on dirait ma jumelle. Elle discute avec quelqu’un que je ne reconnais pas ; mais cela ne me paraît pas important de m’attarder sur lui. Cette femme ne se rend pas compte du drame qui va se dérouler. L’enfant s’amuse toujours sur le lac. Tout à coup on entend un craquement. L’horreur m’envahit lorsque je vois son regard rempli de détresse. Je me précipite vers lui, en même temps que mon double. Je suis près de lui la première mais quand j’essaie de le prendre, mes bras passent à travers lui… je le vois sombrer peu à peu. L’autre femme est là maintenant et elle, elle peut le toucher. Elle le ramène sur la terre ferme et je la vois paniquer… Le petit être ne bouge plus, ne respire plus. Elle et moi, à l’unisson, crions : - NOOOOOON ! Je me réveille en sursaut. Mes joues sont trempées. J`ai pleuré, comme toutes les fois où je revis cette soirée. Pourquoi dois-je revoir cela encore et encore alors que je ne peux rien changer? N’ai-je pas assez souffert ?! Je suis seule dans le lit. Robert n’est pas encore rentré. Il travaille souvent jusqu’à tard depuis quelques mois, il évite d’être à la maison. Il m’évite. C`est normal, après tout : c’est de ma faute si Max est mort… Je n’ai pas fait assez attention à lui, je n’aurais jamais dû le laisser jouer sur cette glace. Le réveil sur la table de nuit indique qu’il est 23h30. Je ne vais pas pouvoir me rendormir avant plusieurs heures. Je sors donc du lit pour aller me préparer un thé. En allant à la cuisine, je passe devant sa chambre mais la porte est fermée, comme d’habitude. Je n’y suis pas allée depuis si longtemps. Je n’en ai pas la force et pourtant je sais que tôt ou tard j`aurais à vider cette pièce. J`entends la porte d’entrée s’ouvrir ; c`est Robert. Il me demande : - Tu es encore réveillée à cette heure ? - Oui. J’allais me préparer un thé, tu veux quelque chose ? -Non, ça ira merci. Bonne nuit.


Et voilà. La plus longue conversation que nous ayons eue depuis plusieurs jours ; depuis qu`il m’a demandé si nous pouvions aller voir un psychologue ensemble. Nous n`avons pas encore fait notre deuil et il pense que cela pourrait nous aider. Mais je ne veux pas. Je veux m`accrocher à mes souvenirs, surtout ceux que j’ai de nos jours heureux. Nous étions tellement complices, Robert et moi. Je regrette tant cette époque. Je bois mon thé dans le salon, en repensant à tout ce que nous avons vécu lui et moi… Nous nous sommes rencontrés le 13 Novembre 1999. Comme à mon habitude, en allant travailler, je passais acheter un café. J’étais en retard : pour ne pas changer! Donc je l’ai pris à emporter. Je répondais à un message en sortant du café, par conséquent je n’ai pas réalisé qu’il y avait quelqu’un devant moi. Je l’ai percuté et avec ma chance habituelle, le café brûlant s’est renversé sur sa chemise. J’étais sur le point de m’excuser quand j’ai croisé son regard. Alors je suis restée bouche-bée. Je me suis perdue dans ses magnifiques yeux verts. J’ai eu l’impression qu’il me parlait, mais sa voix ne me parvenait pas clairement. Sa main a frôlé ma peau et j’ai senti une sorte de décharge parcourir mon corps. C`est alors que je compris ce qu’il me disait : - Je suis vraiment désolé, je ne vous avais pas vue. - Ce n`est pas de votre faute mais de la mienne ! Je ne regardais pas devant moi et… et… et… - Détendez-vous. Ce n`est pas très grave, je n’aimais pas cette chemise de toute façon et il fait froid. C’est là qu’il a déclaré qu’il me pardonnerait si je prenais un repas avec lui. Bien évidemment j’acceptais et ce soir-là reste une des plus belles soirées que j’ai. Lorsqu’il m’a embrassé pour me souhaiter une bonne nuit, j’ai alors compris… C’était un coup de foudre et cet amour était vrai, pur et éternel… Du moins c’est ce que je pensais à l`époque, au moment où je lui ai dit « oui » et jusqu`à quelques mois encore… Je me lève du canapé et me dirige vers la chambre. Robert s’est endormi, je l’entends ronfler. Mais je ne veux pas me rendormir, pas pour l’instant. Il y a une sorte de force qui m’attire dans la chambre de Max. En tremblant, je tourne la poignée de la porte et j’entre dans la pièce. Toutes ses affaires me rappellent sa mort. Je fais quelques pas et je me retrouve


près de son lit. Son ours en peluche a l’air triste… ou je me fais peut-être des illusions. Je m’effondre ; incapable de me contenir plus longtemps. Je m’allonge sur son petit lit, et serre fort son ours dans mes bras, comme il avait l’habitude de le faire. Je pleure toutes les larmes de mon corps... Je me réveille en sursaut. Robert me crie dessus… Il me demande ce que je fais là. Il affirme que je ne devrais pas être là. Pourquoi n’aurais-je pas ce droit?! C’est ma maison à moi aussi! C’était mon enfant à moi aussi! Je n’ose pas lui dire cela pourtant, j’ai peur de sa réaction. Il m’insulte et élève de plus en plus la voix. C’est là que je croise son regard et que je vois toute la haine qu’il éprouve pour moi. Il n’y a plus aucun amour dans ses yeux. Ce ne sont plus que deux billes vertes, froides et vides. Il m’en veut et ne pourra jamais me pardonner... Je ne peux pas et je ne veux pas en entendre davantage. Je sors de là sans lui répondre. La lumière du jour pénètre dans la maison. Je vais vite dans la chambre d’amis. Là, je trouve une feuille de papier et un crayon. Je m’en empare, Robert doit connaitre la vérité, toute la vérité… Robert, Je sais que la perte de Max est très douloureuse pour toi, et je suis désolée de devoir accentuer ta douleur. Il y a quelque chose que tu ne sais pas, cette nuit où tout a basculé j’étais enceinte. A ce moment, je ne savais pas que j’attendais un autre enfant, le docteur me l’a appris plus tard. Mais lorsque je suis rentrée dans l’eau glacée pour essayer de sauver Max, je l’ai perdu. Je me sens si coupable, et je sais que tu m’en veux; que c`est de ma faute… J`ai vu dans ton regard toute la haine que tu éprouves pour moi. Je comprends que tu ne puisses me pardonner. Et je l’accepte. Mais moi je t’aime encore, comme au premier jour… Et pour toujours, Christelle.

Je la prends et vais la déposer sur son oreiller. Je l`entends sangloter dans la chambre de Max. Je sors précipitamment de la maison. Je me dirige vers la falaise. Et je saute. J’ai l’impression que je vole… C’est merveilleux.

hum  

Nouvelle ecrite par moi

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