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Décembre 2017 / N°17 / trimestriel

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SŒurs de Notre¯Dame de Charité du Bon Pasteur

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PAGE 12 ÉVÉNEMENT Un regard sur la traite des enfants


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S ŒU RS DE N OT R E- DA M E DE C HARITÉ DU B O N PASTEU R

EDITORIAL ISIGNSTOCK

être chrétien à l'heure du numérique

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Aujourd’hui, nous sommes informés en temps réel de quantité d’évènements graves ou légers, livrés comme tels, et qui se télescopent. Sans un travail de recul et d’analyse, cette surinformation ne produit pas du sens : elle donne le vertige ! Pourtant, il serait illusoire de vouloir se réfugier dans une forteresse et de considérer les outils de connexion avec méfiance. Car toute vie spirituelle nous fait rencontrer au plus intime de nous-mêmes ce qui hante le monde et que l’homme et l’Eglise doivent affronter pour grandir. Avec le numérique, comme en toute chose, il nous faut ouvrir largement nos portes et nous risquer sur les terrains nouveaux de la modernité. Non pas à la manière du monde, mais en pratiquant « cette vraie science et ce tact affiné » dont parle Saint Paul aux Philippiens (1,10). Discerner ainsi, c’est finalement chercher à voir le monde comme Dieu le voit : un mystérieux tissage de relations qu’il nous livre à travers Sa Parole, Son Verbe même, Jésus Son Fils …

Sœur Patricia Diet

Supérieure de la Province Europe BFMN

S O M M A I R E P4-5 Rencontre ❙ Marquette, la mission transmise aux laïcs P6-11 Enquête ❙ Le numérique, quelle est sa place dans nos vies ? P12-13 Événement ❙ Un regard sur la traite des enfants P14-15 Spiritualité ❙ S’engager, décider, choisir…

À LIRE Véronique Olmi Bakh ita Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme.

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ÉCHOS

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14 et 15 octobre

➽➽Grande famille : rencontre et engagement

Le week-end «Grande famille» a réuni, samedi 14 et dimanche 15 octobre, environ 130 personnes à Angers, sur le thème : «De la solidarité à la fraternité», un temps riche, où chacun a pu être touché par les différents témoignages et interventions abordant les solidarités laïques, la fraternité dans la vulnérabilité, la communion fraternelle et le choix préférentiel de Dieu pour notre pauvreté. Le père Michel Meneau, eudiste, a proposé lors d'une journée de recollection pour les associés, une méditation sur la notion d’engagement : engagement premier et gracieux de Dieu à l’égard de l’homme et réponse engageante de l’homme qui se laisse saisir

➽➽Sœur Stefania a célébré ses vœux perpétuels

Intervention "Vivre à Lazare".

par cet amour immense. La thématique de l'engagement fut donc mise à l'honneur et célébrée sous différentes formes.

➽➽Une équipe, des relais.

Sœur Stefania est italienne et dans la vie religieuse depuis 2005, date de son fiat (oui) pour le Seigneur. Depuis 2016, elle vit à la communauté de Toulon où elle approfondit sa connaissance de la congrégation et de son charisme. «Au contact des sœurs, j’ai été très sensible à la mission qu’elles vivaient et aussi au charisme auprès des jeunes filles et femmes en situation difficile. “Viens et suis-moi !”, lorsque j’ai entendu l’appel de Jésus, j’ai accueilli son amour et sa miséricorde. Toute ma vie a été comblée d’une grande joie intérieure. Pendant douze ans, j’ai approfondi ma relation avec Lui, j’ai fait l’expérience de sa force, de sa présence. Son appel, chaque jour me porte aujourd’hui à Lui dire “oui” pour toujours dans cette congrégation.» Sœur Stefania Aceti, 32 ans, a prononcé ses vœux perpétuels lors d’une eucharistie célébrée dans la chapelle du Bon Pasteur à Angers, le dimanche 29 octobre 2017.

Ils étaient 6 pour boucler les 42 kms de la 9e édition du Grenoble Ekiden ; un marathon en relais organisé en partenariat avec l’association « locomotive » qui accompagne les enfants atteints de cancer. A l’image de leur collaboration quotidienne, l’équipe de la maison de retraite de Saint Martin d'Hères était composée de salariés occupant différentes fonctions (animatrice, personnel soignant et administratif) et de partenaires extérieurs (kiné, éducateur en activités physiques adaptées).

Agenda

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Directeur de la publication : Patricia Diet Conception et réalisation : Bayard Service Édition Nord - Parc du Moulin, Allée Hélène-Boucher, CS 60090, 59874 Wambrechies - Tél. 03 20 13 36 60 bse-nord@bayard-service.com - www.bayard-service.com Secrétaire de rédaction : Xavier Lostys - Graphiste : Anthony Liefooghe Régie publicitaire : Bayard Service Régie - Tél. 03 20 13 36 70 Imprimeur : Offset impression-Pérenchies -59 - Dépôt légal à parution En couverture - Crédit photo : P. Franck - BSE-Ciric. Tous droits réservés textes et photos.

➽➽2 et 3 décembre - marché de Noël solidaire à la maison-mère du Bon Pasteur – Angers (49). ➽➽3 et 4 mars - week-end Choisis la vie sur le thème de «La joie», dédié aux jeunes – Angers. 

+ d’infos sur ces événements www.bonpasteur.com ou 02 41 72 12 40

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R E N C O N T R E MARQUET TE-LEZ-LILLE (59)

La mission transmise aux laïcs Le vendredi 8 septembre a été vécu un passage important dans l’histoire de la communauté des Sœurs de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur à Marquette-Lez-Lille.

Célébration à Marquette-Lez-Lille.

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Sœur Patricia Diet.

éunis dans l'église de NotreDame de Lourdes, les sœurs, les amis, les autres communautés du doyenné, les paroissiens et des personnalités de la ville étaient présents pour un temps d’action de grâce. Il s’agissait en effet de célébrer la présence de cette communauté sur le terrain de Marcq-en-Barœul et Marquette, depuis 165 ans. Après cette célébration, les sœurs ont en effet quitté ce lieu, tout en transmettant avec joie leur mission d’accueil de personnes vulnérables à une équipe de laïcs déjà très investie. La chorale de Wambrechies a su apporter une note légère à ce moment rempli d’émotion, en particulier lorsque sœur

LA COMMUNAUTÉ EST PRÉSENTE SUR LE TERRAIN DE MARCQ-EN-BARŒUL ET MARQUETTE, DEPUIS 165 ANS. Patricia, nouvelle provinciale et ancienne responsable de cette communauté, leur a symboliquement transmis la clé de la communauté. Au fil des décennies, les sœurs ont ouvert leur maison aux plus faibles, offrant un hébergement et une écoute dans l’attente de jours meilleurs ; mettant en avant le vivre ensemble et le partage. Aujourd’hui, la congrégation a choisi de travailler avec les laïcs dans le but de faire perdurer son charisme.

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FAIRE PERDURER LA MISSION Désormais Isabelle sera chargée de l’accompagnement des personnes hébergées, Bénédicte et Jérôme de l’animation spirituelle, Carole et Alain feront vivre l’âme du lieu, puisqu’ils se sont engagés à y demeurer. Tous ont le désir de faire perdurer l’esprit de la communauté et les valeurs de la congrégation. Isabelle est psychologue, elle connaît sœur Patricia depuis cinq ans, maman de deux grandes filles, elle a voué toute sa carrière aux autres. Chargée de l’insertion professionnelle des 16/25 ans en Mission Locale puis éducatrice en Club de Prévention, elle a pendant vingt-cinq ans abordé de larges problématiques de vie notamment la parentalité. Les relations se sont tissées avec l’Arbre de vie grâce à cette solution d’hébergement et cette prise d’autonomie offerte à plusieurs jeunes qu’elle accompagnait. Pour elle, c’est une «belle aventure» qui a débuté le 1er septembre dernier à l’Arbre de vie. Elle est touchée par l’engagement des sœurs d’ouvrir la maison «à tous, quel que soit leur passé, leur orientation religieuse», et évoque son ambition : «Je ferai en sorte de faire perdurer cette bienveillance si propre aux sœurs de la communauté». Isabelle sera en lien avec Carole et Alain, membre du comité de pilotage, connaissant la communauté «depuis toujours» comme elle se le remémore avec plaisir. Tout commence aussi par une rencontre avec sœur Patricia, Carole est alors adjointe à la solidarité. Son mari Alain a lui aussi cotoyé à de nombreuses reprises la communauté lors des animations du catéchisme. Quant à Bénédicte, elle est engagée aux Restos du cœur

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et œuvre par son écoute et son accompagnement auprès des démunis. Sœur Patricia a contacté Bénédicte et Jérôme afin de l’accompagner pour la résidence. Leurs échanges et leur avis extérieurs ont permis une analyse de la communauté et de la résidence. Ils font désormais tous les quatre partie du comité de pilotage, associés à sœur Marie Luc Dordonat.

TRANSMETTRE AVEC CONFIANCE En habitant sur place, Carole et Alain permettront l’accueil et l’animation de la maison et organiseront de nombreux temps spirituels comme les sœurs les avaient instaurés. Cinq moments de réflexion sur des thèmes variés et ouverts à tous seront programmés dans l’année, en lien avec l’encyclique Laudato Si du pape. «On va lier nos efforts avec l’expérience d’Isabelle pour créer un véritable lien entre la maison et les personnes hébergées grâce par exemple aux repas partagés.» Maintenir la mission et l’esprit, organiser des grands temps de partage, ouvrir au plus grand nombre et créer un lien durable avec les personnes hébergées seront au cœur de leurs préoccupations pour mener à bien cette mission confiée par les sœurs. Un appel pour certains, une confiance ultime pour d’autres… Que l’Esprit accompagne cette nouvelle forme de présence ecclésiale…

Elodie Comoy

Mgr Ulrich.

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S A V O I R

L’arbre de vie accueille actuellement cinq personnes L’objectif est de permettre aux personnes en difficulté de trouver un lieu pour se ressourcer, et préparer sa réinsertion sociale. Un soutien psychologique et un travail autour de la parentalité sont également proposés à chacun.


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ENQUÊTE LE NUMÉRIQUE, QUELLE EST SA PLACE DANS NOS VIES ? par Sœur Andréa Tillmanns

Nous vivons actuellement dans nos sociétés un changement profond dans la communication. C’est évident au niveau technique, mais c’est encore plus vrai culturellement. Les nouvelles technologies n’ont pas simplement changé notre manière de communiquer (emails, vidéos, blogs, applications, réseaux sociaux…), mais elles ont transformé la communication même : plus rapide, plus décentralisée, moins hiérarchisée, plus démocratisée, moins régulée. Cette nouvelle culture est aussi en train de changer la vie de l’Église et les pratiques ecclésiales.

Atelier informatique

Pour un bon usage du numérique

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a culture numérique traverse bien sûr aussi la vie consacrée, qui est donc appelée à s’interroger sérieusement sur le changement qui s’opère en l’homme et dans sa manière d’être, sur le plan religieux et comme croyant. L’Église ne condamne pas les moyens de communication, qui sont «des dons de Dieu» (Pape François), mais invite à aborder avec réalisme et prudence ces

moyens qui peuvent comporter certains risques pour la vie intérieure et le vécu authentique et réel, au-delà même de la vie consacrée, de vertus importantes pour la vie chrétienne. Quel est l’impact du numérique sur la vie quotidienne, nos relations, la vie spirituelle et la mission ? Où se trouvent les risques ? Pour y répondre, trois sœurs nous partagent leurs expériences avec le monde numérique.

«UN ÉQUILIBRE ET UNE JUSTE UTILIS ATION EST TOUJOURS À CHERCHER»

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e numérique était déjà présent dans ma vie quotidienne avant d’entrer au noviciat où je suis arrivée avec mon ordinateur portable. Le numérique a pris plus de place dans ma vie lors des changements de communautés afin de garder certains liens avec des jeunes, des sœurs, des familles. L’échange par les moyens numériques ne remplace pas les rencontres “réelles”, il ne permet pas l’entretien d’une relation durable ; le numérique n’est qu’un moyen parmi tant autres. L’impact sur ma mission, je dirai que c’est un plus. Je me servais déjà beaucoup d’internet sur mon téléphone auprès des familles aidées. Cela me permet de trouver des informations sur la Caf, lieux et horaires des centres socioculturels, bibliothèques, parcs… et bien sûr le GPS pour aller d’un lieu à l’autre. Concernant l’impact sur ma vie spirituelle, le numérique donne des supports à la prière, mais ne prie pas à notre place ni ne fait oraison. Il est crucial de se question-

ner : qu’est-ce qui est le plus important dans ma vie, se fixer des limites, faire des choix, prendre des temps de pause.

«CONCERNANT L’IMPACT SUR MA VIE SPIRITUELLE, LE NUMÉRIQUE DONNE DES SUPPORTS À LA PRIÈRE, MAIS NE PRIE PAS À NOTRE PLACE NI NE FAIT ORAISON.» C’est un bon moyen d’avancer dans ma vie spirituelle. Un équilibre et une juste utilisation sont toujours à chercher. Pour la question de l’évangélisation sur la “Toile”, internet et réseaux sociaux, je suis assez d’accord que ce sont des lieux porteurs, où nous devons être présents mais de manière raisonnée et attentive.» Sœur Nathalie Champ, sœur apostolique, née en 1982

Sœur Nathalie Champ

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ENQUÊTE «IL EST VITAL DE SE DÉCONNECTER, DE TROUVER SON SHABBAT NUMÉRIQUE»

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a vie contemplative a son propre rythme, temps de prière, de silence, temps dans la solitude, temps en communauté. Notre style de vie est pourtant aussi touché par le monde numérique. Il faut faire l’acte du discernement pour identifier ce qui est essentiel. Et pour moi, une règle d’or : faire une chose à la fois. Je consacre un temps précis pour communiquer. Bien sûr, le champ des relations numériques est plus vaste et accessible que celui des contacts postaux, mais je ressens que les relations deviennent moins profondes, moins concrètes. Je sais que les nouveaux moyens de communication facilitent la rencontre ; ils sont

«LE MONDE NUMÉRIQUE EST UN MONDE HUMAIN ET, PAR CONSÉQUENT, RENDANT POSSIBLE AUSSI BIEN LA FRATERNITÉ QUE LA HAINE.»

utiles pour la formation, permettent d’accéder à un nombre infini d’informations et aussi à renouveler nos modes de prière. Avec internet, c’est par exemple plus facile d’organiser un réseau mondial de prières pour la pla-

nète et le climat. Le monde numérique est un monde humain et, par conséquent, rendant possible aussi bien la fraternité que la haine. Il faut se rappeler toujours de la dignité de la personne et ne pas faire circuler des informations compromettantes. Il est vital, particulièrement pour une vie religieuse, de se déconnecter régulièrement, et de trouver son shabbat numérique.» Sœur Henriette Zaccaria sœur contemplative, née en 1968

«NE PAS ÊTRE DANS L’IMMÉDIATETÉ»

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e dirais aujourd’hui que je ne peux plus me passer de l’ordinateur, d’internet et de mon téléphone portable ; ce sont des outils qui me sont devenus indispensables dans ma vie. Avec eux, j’organise mes engagements, auprès de l’aumônerie, de l’hôpital, des conférences, et stocke notamment des informations sur la campagne nationale du Secours Catholique. Pour ma

«LES TECHNOLOGIES PEUVENT TUER LES RELATIONS ; ON PEUT SE LAISSER ENVAHIR PAR LE NUMÉRIQUE.»

vie spirituelle, oui, internet peut être enrichissant, comme la “Retraite dans la ville”, animée par des Dominicains ; puis dès que j’ouvre internet, des images, des informations fortes sur l’actualité me font porter ce que je vois dans ma prière, mais aussi, les nouvelles par mail de mes amis et connaissances. Les technologies peuvent tuer les relations ; on peut se laisser envahir par le numérique. Alors donnons-nous du temps pour ne pas être dans l’immédiateté. Celle-ci est un grand danger pour notre monde actuel. Quand j’utilise un outil numérique, je veux voir ce à

«Je me balade sur internet, ça fait du bien» En France, les seniors surfent de plus en plus. L’Ehpad du Bon Pasteur à Marseille est également très connecté.

quoi je m’ouvre ou dans quoi je m’enferme. Mon désir dans tout cela est de trouver comment avec ces outils numériques trouver le juste équilibre en ayant en tête l’importance de l’essentiel.» Sœur Élisabeth Foucault, sœur apostolique, née en 1960

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haque jeudi après-midi, quinze résidents (regroupés en trois niveaux et accompagnés par l’animatrice Estelle Collet et la bénévole Marie-Thé Martel), religieuses et laïcs, se réunissent pour mettre en page un texte, créer des cartes, envoyer du courrier électronique ou pour participer à la fabrication du journal de la maison. Les résidents se fixent leurs propres objectifs à chaque séance, chacun travail à son rythme et avec

ses capacités. «Je me balade sur internet, ça fait du bien. Je regarde l’actualité ; ça alimente la conversation à table, mais aussi la prière. Internet ouvre à d’autres réalités, parce que l’Ehpad est parfois un peu fermé. L’accès aux nouvelles et aux dossiers sociétaux permettent de relativiser ses propres problèmes. J’aime aussi chercher des idées de décoration et de bricolage, actuellement pour Noël ; et on trouve beaucoup de chants», décrit sœur Véro-

nique Maintenie, née en 1931. Actuellement, l’Ehpad a six postes informatiques neufs avec des écrans grand format mis à la disposition des résidents dans une salle spécifique. Un bon nombre de résidents ont leur propre ordinateur portable ; chaque chambre possède une connexion internet.

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ENQUÊTE * Citations issues du livre «Cyberthéologie, penser le christianisme à l’heure d’internet» Antonio Spadaro. Éd. Lessius. 2014.

« S u r l e n e t, on devi e nt e s s e nt i e l l e me nt u n me s sag e . » *

Petit guide de relecture A l’occasion d’un week-end « Sentinelles », les jeunes sœurs de la congrégation ont pu aborder la thématique du numérique auprès de professionnels. Grégoire Le Bel, jésuite, membre d’équipe d’animation du portail «NDWeb» propose des pistes pour entrer dans une relecture et un discernement sur la communication et les Nouvelles Technologies. NOTRE TÉLÉPHONE N’EST PAS QU’UN ACCESSOIRE

Ne pas avoir son téléphone en main tout le temps, sinon le téléphone est toujours une option. Il divise mon attention entre ce qui se passe et ce qui pourrait arriver.

RALENTIR

La vie en ligne est synonyme d’instantanéité. Mais la réponse rapide n’est pas nécessairement pleine de sagesse. Il faut se déconnecter pour réfléchir plus profondément : marcher dans la nature, écouter la musique, prier…

PROTÉGER SA CRÉATIVITÉ EN S’OFFRANT DES OASIS

Ne pas vouloir vider sa boite mail, par exemple. Fixer un temps limité pour gérer ses mails, puis fermeture d’ordinateur pour ouvrir l’autre porte aux idées nouvelles : bricoler, faire le jardin, la peinture. Tout cela stimule la créativité.

CRÉER DES ESPACES SACRÉS POUR LA CONVERSATION

Partout et toujours disponible, c’est la réalité aujourd’hui. Mais l’homme a besoin des espaces et des temps protégés où le numérique est «interdit» pour donner place à une conversation ou au silence (par exemple repas, prière).

PENSER À FAIRE UNE SEULE CHOSE À LA FOIS

Cela augmente la performance et baisse le stress. Le multitasking est un mythe ; et une conversation est un bon exercice pour vivre cet uni-tasking.

PARLER AVEC DES PERSONNES AVEC QUI ON N’EST PAS D’ACCORD

Il faut sortir de la spirale de silence et de «sa bulle numérique». On doit garder une ouverture et une culture du dialogue. C’est un chemin de croissance humaine et un témoignage important contre la polémique, le cynisme et la violence verbale que l’on trouve souvent dans l’internet.

REFUSER DE VOIR LA VIE COMME UNE APPLICATION

«La génération application» : on calcule tout, mesure tout pour obtenir des résultats particuliers. L’amitié devient quelque chose à gérer : un ami qui peut réparer l’ordinateur, un autre qui a une voiture, etc. Mais l’amitié est un don, gratuit, et ne pas une question d’utilité.

ÉVITER LA PENSÉE «TOUT-OU-RIEN»

« De l i e u de con n e xi on, l e n e t e st a p p e l é à deve n i r l i e u de commu n i on. » *

OBÉIR À LA RÈGLE DE SEPT MINUTES

On zappe, saute d’un sujet à l’autre ; on n’entre jamais dans une profondeur. Une mesure préventive : essayer de rester 7 minutes sur le même sujet. Et n’aie pas peur du silence ! C’est aussi durant les moments de silence qu’on se révèle soi-même.

La vie numérique est binaire ; elle renforce l’effet 1 ou 0, «like or dislike» ; les positions intermédiaires disparaissent. Mais une société avec des problèmes si complexes a besoin de pensées intermédiaires, de compromis pour intégrer des opinions différentes et pour réaliser une paix sociale.

« Da ns u n mon de qu i fa it p e u r , tout ce qu i e st s i mu l é a be au je u. » *

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ÉVÉNEMENT Un regard sur la traite des enfants À l’occasion de la 11e Journée européenne contre la traite des êtres humains, le Conseil de l’Europe, en partenariat avec la ville de Strasbourg, le préfet de la région Grand Est et l’Académie de Strasbourg, organisait un événement visant à sensibiliser le public aux problèmes de la traite des êtres humains et aux risques particuliers auxquels les enfants sont exposés.

et 2015, des groupes de quarante à quatre-vingts enfants agissaient ensemble dans le métro parisien.

UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE

Olivier Brisson, Sœur Marie-Hélène Halligon, religieuse N.D. de Charité du Bon Pasteur, Radia El Jribi, Guido Freddi, Geneviève Colas et Nicolas Le Coz, .

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ujourd’hui, en France, des enfants sont contraints à se prostituer, mendier, voler ou effectuer des tâches domestiques épuisantes. Ce phénomène est clandestin, donc très difficile à quantifier. Les experts du sujet sont des acteurs de terrain tel que le Secours Catholique très impliqué dans la sensibilisation. Même incomplet et centré sur l’Ile-de-France, le constat est inquiétant. Vanessa Simoni, de l’association Les amis du bus des femmes, évoque une «explosion du nombre de mineures prostituées depuis 2014». Une centaine

d’entre elles, âgées en moyenne de 14 ou 15 ans et originaires du Nigeria, sont présentes à Paris. Des mineurs originaires de Roumanie, qui seraient deux cents à quatre cents à Paris, sont eux contraints à mendier ou à commettre divers délits : vols aux distributeurs de billets, vols de portefeuilles, de téléphones, arnaques à la charité, etc. «Ce sont des groupes très mobiles, très difficiles à approcher, relate Mathilde Archambault, de Hors la rue. Participent-ils simplement à la survie du groupe familial ou agissent-ils sous contrainte ? En 2014

Réunis par Petya Nestorova, secrétaire exécutive de la Convention du Conseil de l’Europe sur l’action contre la traite des êtres humains, ce débat est le résultat d’un travail de fond et d’une ténacité de longue haleine, afin de réunir des institutions au fonctionnement dissemblable. L’ouverture du débat se fit par Gabriella Battaini-Dragoni, secrétaire-générale adjointe du Conseil de l’Europe, Nouria Yahi Boggio, directrice régionale des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes, puis Nawel Rafik-Elmrini, adjointe au maire en charge des relations européennes et internationales. Nicolas Le Coz, quant à lui, présenta les panelistes et les invita à expliquer leur travail de terrain contre la traite des êtres humains : Olivier Brisson, avocat au CCEM (Comité contre l’esclavage moderne), sœur M. Hélène Halligon, religieuse Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur, membre de Renate et du CCTEH, Radia El Jribi, de l’association Themis, Guido Freddi, réalisateur du film «#Invisibles» et Geneviève Colas, Secours catholique – Caritas France, coordinatrice du CCTEH.

SENSIBILISER LE PUBLIC Les étudiants de plusieurs écoles secondaires de Strasbourg et leurs enseignants ont été invités à regarder des documentaires sur les différentes formes de traite des êtres humains et à écouter le débat avec la participation d’experts, de militants de la société civile et d’acteurs de première ligne. Au cours de l’année scolaire, les étudiants travailleront sur un projet sur la lutte contre la traite des êtres humains dont les résultats seront présentés au Conseil de l’Europe en printemps 2018. Les enfants et les jeunes présents ont porté une grande attention au film #Invisible, qui relate les histoires croisées de jeunes victimes d’exploitation à Paris, sous plusieurs formes : esclavage domestique, mendicité forcée, exploitation sexuelle… La parole fut libre et le débat ouvert à tous. Petya Nestorova clôt le débat en ouvrant la perspective d’autres événements semblables, notamment dans les écoles toujours avec l’objectif de sensibiliser le plus grand nombre.

Sœur Marie Hélène Halligon

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SPIRITUALITÉ

S’engager, décider, choisir… Le 15 octobre dernier, lors du week-end «Grande Famille» à Angers, une récollection animée par le père Michel Meneau, eudiste, a proposé aux associés de la congrégation une réflexion sur la notion d’engagement. Nous reprenons quelques grandes lignes de son intervention.

L

’engagement n’est pas seulement une attitude humaine. Dès la Création, l’engagement est initié par Dieu. Si Dieu était resté en luimême dans sa dynamique trinitaire, l’œuvre de la Création ne se serait pas accomplie. Dieu s’est engagé en donnant à la vie les moyens de se développer. Son engagement a été jusqu’à donner à l’homme sa propre énergie, «le souffle vital» ! Rappelons-nous

cette belle réalisation de Dieu avec la glaise, pour qu’elle devienne vivante : Dieu insuffle son haleine de vie ! Il y a là un engagement énorme. L’homme devient vivant par le souffle de Dieu.

DIEU S’ENGAGE AVEC CONFIANCE ET DURÉE Dans le récit de la création, il est dit : «Dieu crée l’homme et la femme à sa

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ressemblance», ce qui veut dire que Dieu engage en sa création, son Image, sa ressemblance. L’engagement de Dieu, quel que soit ce qui peut arriver, est total ! Saint Jean Eudes met l’accent sur cet aspect essentiel lorsqu’il parle du baptême : «Promesses et obligation en lesquelles il a plu à Dieu pas un excès d’amour incomparable de s’engager vers l’homme par contrat d’Alliance.» Cet excès d’amour incomparable s’est manifesté tout au long de l’histoire du peuple de Dieu, il a pris un nom particulier : l’Alliance ; il s’agit d’un lien indissoluble voulu par Dieu, afin que les hommes et les femmes qu’il a créés s’allient à lui. Il en attend qu’ils portent témoignage de son amour à tous les peuples de la terre ; pour cela, il se choisit un peuple, le peuple de l’Alliance. L’histoire montrera que les hommes sont bien différents, ils accueillent l’Alliance de Dieu… ; mais ils s’en détournent facilement ! Dieu revient toujours à son engagement premier, il ne lâche jamais prise ! Cette fidélité prend corps par l’envoi de son Fils : l’Emmanuel, Dieu-avec nous ! Nous n’en aurons jamais fini de mesurer la portée de cet engagement mutuel : le Père engagé en son Fils pour le salut de toute l’humanité. La plénitude de cet engagement le Père l’accomplit en ressuscitant son Fils. Par ce don ineffable, le mal ne sera jamais vainqueur ; par cette grâce, nous sommes devenus frères et sœurs en Jésus et tous enfants du Père.

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DANS NOS VIES D’AUJOURD’HUI, DANS NOS SOCIÉTÉS, NOMBREUX SONT LES CHOIX ET LES RÉPONSES APPORTÉS. D’UNE MANIÈRE OU D’UNE AUTRE, QUI QUE NOUS SOYONS, NOUS SOMMES TOUS CONFRONTÉS À RÉPONDRE À L’APPEL DE PAUL DANS L’ÉPÎTRE AUX GALATES : «C’EST À LA LIBERTÉ QUE VOUS AVEZ ÉTÉ APPELÉS» ! GALATES 5.13 Comment choisir en liberté lorsque les sollicitations sont multiples ? Comment laisser se dire le vrai désir qui nous habite et nous conduit vers davantage de vie ? Choisir, c’est accorder notre désir à celui de Dieu lorsque nous sommes croyants. C’est aller jusqu’à la source de la vie, qui sourd au-dedans de chacun croyant ou non, et la laisser jaillir, cela suppose une écoute intérieure, une attention aux signes qui nous sont donnés, une relecture de ce que nous vivons et éprouvons. Pour celles et ceux qui sont baptisés, nous sommes invités à percevoir que le baptême nous a plongés en Dieu, et que par ce baptême c’est toute notre vie qui est engagée à la suite de Dieu. L’engagement se vérifie et s’accomplit dans la durée, ce qui est une difficulté dans le monde d’aujourd’hui où tout se vit dans l’immédiateté et le provisoire. En nos vies, Dieu s’engage toute la vie et jusque dans l’éternité !

CRITÈRES SIGNIFICATIFS DE L’ENGAGEMENT L’engagement est lié à un choix librement consenti. Il n’y a pas d’engagement s’il n’y a pas cette liberté.

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Sœur Marie Luc Bailly

À partir des notes du père Michel Meneau


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MÉDITATION «DIEU EST FIDÈLE, LUI QUI VOUS A APPELÉS À LA COMMUNION DE SON FILS, JÉSUS CHRIST NOTRE SEIGNEUR.» 1 CORINTHIENS 1,9

Le MAG de décembre 2017  
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Toute l'actualité de la congrégation N.D. de Charité du Bon Pasteur.

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