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No 44

Printemps - EtĂŠ 2015


Editorial

Le printemps des élégances Par Pierre Brunschwig Partner Brunschwig & Cie SA

Jeux de styles, jeux d’élégances. Ces mots, vous allez les retrouver, ce printemps 2015, dans les magazines chic et sur les sites internet du luxe glamour. Pourquoi? Parce qu’ils expriment, de façon très contemporaine, notre envie que tout change et notre désir de renouer, aussi, avec une forme de beauté intemporelle. Jeux de styles, jeux d’élégances et depuis ce printemps - L’Elégance est dans la Nature, locution qui accompagne notre nouvelle campagne de communication. Voilà qui tombe bien, ce sont des mots profondément liés à l’histoire de Bongénie Grieder, à tel point qu’ils ont plusieurs fois fait partie de nos slogans et de nos campagnes. Ce sont d’ailleurs ces jeux d’élégance qui servent de fil rouge au magazine que vous tenez entre les mains. Il y a d’abord nos histoires de mode photographiées au soleil. La première met en scène une des tendances de la saison: un esprit bohème de luxe inspiré des années 70 (pages 13 à 21). La seconde, saisie en mer sur le pont d’un voilier, dessine une élégance plus familière et naturelle (pages 28 à 37). La troisième raconte combien l’homme Bongénie Grieder peut conjuguer, à côté de son style classique et formel, une allure contemporaine, urbaine ou sportive (pages 46 à 55). Tout cela sans compter le jeu des nouveautés qui font leur entrée chez Bongénie, et qui sont racontées dans ces pages. Nouvelles marques, nouvelles tendances. Nouveaux horizons avec la joaillerie qui fait une première apparition dans nos magasins. L’élégance comme source d’inspiration. Les élégances, même. A vous de jouer. Bonne lecture!

Prix indiqués dans ce magazine: Au jour d’impression, à savoir le 20.01.2015, vu le cours du franc suisse, le pourcentage de rabais consenti sur les prix publiés dans ces pages est de 20%. Bongénie Grieder se réserve le droit d’adapter ce rabais en fonction de l’évolution du franc suisse. Impressum mars 2015 Ce magazine «In the Mood» est publié par les magasins Bongénie Grieder. Tirage: 144’000 exemplaires. Prochain numéro: automne 2015. Rédacteurs en chef: Stéphane Bonvin et Valérie Fromont / RP et coordination: Claudia Torrequadra / Photographes BG Studio: Thanos Verveniotis, Nicolas Haeni, Olga Cafiero / Réalisation et production: Transphère SA - www.transphere-com.ch / Traduction: Barbara Matas-Zeltner Photolitho: Bombie / Impression IRL plus SA Sur la couverture, Mona Johanesson porte une robe et veste sans manches (ensemble) 3.1 Philipp Lim (Fr. 330.-) et un collier diamant serti clos Feidt (Fr. 550.-). Elle est photographiée par Stian Foss. © Bongénie Grieder


Désirs

CÔTÉ JARDINS

Lunettes Valentino Fr. 390.Eau de parfum Le Gemme Amarena, Bulgari Fr. 350.Sautoir Gas Bijoux Fr. 210.Chaussures Repetto Fr. 440.Sneakers vernies Marc by Marc Jacobs Fr. 410.Nu-pieds Marc by Marc Jacobs Fr. 130.Sac Postina Zanellato Fr. 880.-

La fine fleur des accessoires du Bongénie fait l’école buissonnière Photos / Sandra Pointet

Sandales Fabiana Filippi Fr. 490.Ballerines Fabiana Filippi Fr. 490.Lunettes Chloé Fr. 390.-, Sac Tory Burch Fr. 520.Collier à franges et plumes Ruby Feathers Fr. 165.Sautoir Chan Luu Fr. 295.-

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Sandales Atelier Mercadal Fr. 380.Collier Chan Luu Fr. 198.Espadrilles plates Castañer Fr. 165.Bracelets Gas Bijoux dès Fr. 98.Etole Gaynor Fr. 270.Sac Gedebe Fr. 850.Sandales Sam Edelman Fr. 360.Lunettes Balenciaga Fr. 575.Sac Charlie Lancel Fr. 1’280.Eau de toilette Acqua di Parma Blu Mediterranneo senteur «Fico di Amalfi» Fr. 165.- (150ml) Bougie et sa cloche Jovoy senteur «L’arbre de la connaissance» Fr. 98.Sac See by Chloé Fr. 495.Rouge à lèvres Insidious Tom Ford Fr. 62.Rouge à lèvres Cherry Lush Tom Ford Fr. 62.-

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Sandales Santoni Fr. 680.Chapeau Grevi Fr. 198.Lunettes Balenciaga Fr. 310.Blush Flash Fiesta by Terry Fr. 67.Sac Let&Her Fr. 720.-

Réalisation / Stéphane Bonvin Papiers peints / Boutique Détail, Geneviève Vadi, Genève Assistante photo / Magali Dougados Stylisme / Magali Dougados, Francis Asses TAPISSIER / FATLUM NEBIHU, FASTRENO

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Te n d a n c e s

Un été pour aimer Que préférer pour embellir sa garde-robe? Six coups de cœur célébrés par les blogs et les magazines. Six pièces indispensables pour les beaux jours. Et six attitudes so 2015! Texte / Sarah Jollien-Fardel Illustration ORIGINALE / Aurore de La Morinerie

Un été pour aimer la pudeur et pour la sacraliser. Pas seulement la pudeur des sentiments, ce serait trop facile. Un été pour réhabiliter aussi la pudeur du corps. Un été pour aimer, donc, les jupes rallongées. Pour envoyer balader ses escarpins de 12 et pour enfiler des sandales plates à la semelle presque sévère, comme dans les années 1990 – c’était il y a un siècle, il y a prescription. Un été pour que la peau joue à cache-cache sous des drapés merveilleux. Un été pour, en cette ère d’exhibition généralisée, remettre de la distance entre soi et les autres. Un été pour, comme dans l’illustration de droite, rendre le monacal terriblement sexy.

mixtes: marier un accessoire de grand luxe et des sneakers, une veste d’allure couture et un pantalon de jogging chic – notez, s’il n’y en a qu’un, cet été, ce sera celui-là. Ne pas oublier d’ennoblir le plus roturier de tous: le jean, uniforme éternel de nos jours passe-partout. Surtout le jean qui se révèle en jupe fendue, se déploie en combinaison overall, s’exprime en chemise. Moitié rudesse, moitié délicatesse. Un été pour dépuceler ses idées préconçues, si. Pour oublier que le bermuda est un sans-panache. Parce que plein de marques le sortent du purgatoire, le bermuda! Matières élégantes, coupe distinguée. Presque une provocation après tous ces étés surpeuplés de shorts très (trop!) courts.

Un été pour aimer la liberté. Et quoi de plus facile, pour sentir une brise libertaire, que d’enfiler une chemise. Mille chemises, sujettes à mille fois mille variations. Manches coupées à la saignée du coude ou qui descendent jusqu’aux bouts des doigts. En version courte, façon robe, chasuble, djellaba. La chemise, cette accoucheuse d’attitudes.

Un été pour sortir en robe à bretelles. Même en soirée über-chic, même au bureau. Grâce à elle, révéler la sensualité de sa nuque, le moelleux de son épaule. Quoi? La robe à fines bretelles contredit l’envie de pudeur monacale décrétée ci-dessus? Justement. 2015, un été pour aimer faire de l’exceptionnel sa règle.

Un été, aussi, pour aimer la nonchalance. Et se soumettre au roi de la saison: le sportswear. Célébrer plein d’unions Silhouette ample, volumes, couleurs denses voire sombres, chaussures plates. Une tendance forte de l’allure printemps 2015.

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On the rocks Photographe / Stian Foss

Les prix affichés dans ces pages sont susceptibles d’avoir baissé en fonction de l’évolution du franc suisse. Détails: lire en page 3.

Réalisation / Valérie Fromont Stylisme / Philipp Junker

Gypset

Robe Hôtel Particulier Fr. 590.Collier Roberto Cavalli Fr. 710.Bague Roberto Cavalli Fr. 580.Chaussures de Siena Fr. 350.-

Gypsy + jet set = Gypset. Ce mot désigne à la fois une attitude, une manière de vivre ainsi qu’une façon de s’habiller dans l’esprit du temps et dans l’air de cet été. Nuances et décryptage Texte / Valérie Fromont

On ne répétera jamais assez les avantages des mots-valises, ces néologismes qui permettent de faire se caramboler des valeurs a priori irréconciliables. Et qui s’avèrent si pratiques lorsqu’il s’agit de décrire des comportements nouveaux, des modes inclassables ou des tribus socio-esthétiques qui empilent les tendances façon club-sandwich. «Gypset», c’est donc la formule magique de la mode de cet été 2015, une tendance issue d’une longue tradition esthétique mais qui la donne à voir sous un jour nouveau. Un pied dans la bohème, l’autre dans les paillettes.

conciliables. C’est la partie visible d’une démarche intérieure très libre qui associe sans scrupule le batik et l’ikat, la méditation et le surf, le bio et les boucles d’oreilles chandelier, partant du principe que ce qui est bon pour l’âme l’est aussi pour les yeux.

La tribu gypset n’a pas attendu la naissance de ce mot-valise pour essaimer son art de vivre. Que l’on pense à l’intellectuelle et aventurière suisse issue de la noblesse russe Isabelle Eberhardt, à la fin du XIXe. Que l’on se souvienne d’Yves Saint Un pied dans la bohème, Laurent faisant la fête en compagnie de Talitha Getty dans les palais décatis La tribu gypset a été ainsi baptisée par l’autre dans les paillettes de Marrakech. Les gypsets sont donc Julia Chaplin. Cette ancienne reporter issus d’une longue lignée d’esthètes est l’auteure de plusieurs ouvrages sur aventuriers, tricotant leur propre capiles comportements contemporains. A l’origine, le style gypset désigne ces groupes de gens tal esthétique en marge des conventions. Souvent fortunés créatifs non-conventionnels, libres de leur temps et de et insouciants, ces bohémiens jetlagués ont toujours fait leurs mouvements. Des gypsies sans tabou, des globe-trotdes émules parmi les moins privilégiés qu’eux-mêmes. ters d’un nouveau type qui ont aussi intégré les références Pour autant, les gypsets de 2015 ne sont pas les babas globalisées et sophistiquées de la jet set plus traditionnelle. d’avant-hier ni les bobos d’hier. Raffinée, ornementale et Être gypset, c’est une façon de vivre et, bien sûr, de s’hasensuelle, la mode de cet été incarne une approche plus biller. Faire du yoga à Tulum en sarong, dormir sous un précieuse et libre que jamais, mariant sans frein les motifs tipi à Montauk en kaftan brodé, et puis s’en aller surfer à floraux et les couleurs néon, le flou et les textures festonnées, les imprimés aztèques ou liberty. Un antidote coloré, Guéthary en maillot navajo. Dans un clash d’imprimés, de joyeux et décomplexé à une certaine uniformisation de la couleurs et d’ornements, la gypset-society suit un mode de mode, où chacun peut construire son propre répertoire, vie éclectique nourri de références culturelles et ethnologiques glanées sur les cinq continents et a priori peu en quête d’été et de liberté.

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Gilet Hôtel Particulier Fr. 290.Bikini Missoni Fr. 450.Jupe Chloé Fr. 1’980.Colliers Chan Luu dès Fr. 195.Collier Mathilde Danglade Fr. 290.Bracelets Gas Bijoux Fr. 175.- pièce Bague Roberto Cavalli Fr. 420.-

Kaftan Etro Fr. 2’500.-

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Tunique Fr. 1’220.- et pantalon Fr. 1’120.- Roberto Cavalli Sandales Sam Edelman Fr. 310.-

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Kaftan Missoni Fr. 980.Bracelet Gas Bijoux Fr. 175.-

Tunique Tooshie Fr. 350.Bracelet portĂŠ en collier Brunello Cucinelli Fr. 550.Collier Ruby Feathers Fr. 790.-

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Production LZ Production - BMR Fotografen Mannequin / Iuliia Danko @ Modelwerk Maquillage et coiffure / Rachel Bredy Assistante stylisme / Yvonne Wigger

Robe Victoria Beckham Fr. 1’680.Bracelet Gas Bijoux Fr. 225.-

Robe Ba&sh Fr. 550.Bague Roberto Cavalli Fr. 420.Chaussures de Siena Fr. 350.-

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Shopping

Un printemps et des diamants Le Bongénie élargit son offre de bijoux avec l’arrivée de la marque de joaillerie Messika. Feux! Texte / STéphane bonvin

Tous les diamants sont éternels. Mais certains ont plus d’ambition: ils rêvent d’être aussi de leur temps. C’est le cas des diamants qui palpitent sur les bijoux de la marque Messika. Eternels et contemporains. Pour toujours et pour maintenant. On peut le vérifier au Bongénie de Genève, premier magasin du groupe à servir d’écrin aux créations étincelantes de la marque française Messika. C’est une nouveauté puisque le Bongénie se concentrait essentiellement sur le bijou fantaisie ou couture. Désormais, l’enseigne entre en joaillerie. Le nom du nouvel espace dit tout de cette montée des marches du glamour: Nothing but Diamonds!

décorum, qui sortent aussi bien le jour que le soir, comme s’il fallait encore se poser ce genre de question, allons, allons. Messika, ce sont des pièces souvent articulées de manière à onduler, ondoyer et danser le twist. Messika, c’est une sensation d’intimité entre la peau et la pierre. Le glam’ zen. Et même une ligne, Move, où les diamants coulissent dans de petits rails. Messika, et cela compte, c’est une entreprise familiale qui souscrit à des exigences éthiques comme le protocole Kimberly - lequel vise à empêcher que les diamants bruts ne proviennent de pays en guerre, et certifie que les pierres sont taillées auprès de sources légitimes… Messika, c’est la vraie séduction, celle qui s’offre le luxe d’avoir l’air improvisé.

Messika, c’est d’abord une jeune femme, Valérie, que son père diamantaire a initiée aux secrets des pierres. Messika, ce sont des parures précieuses mais faciles à porter, sans

Un vrai bijou de Parisienne toujours à traverser la vie vêtue d’un pantalon parfait, d’un trench serré, d’un trait de rouge et de diamants-talismans. Un bijou d’amoureuse.

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Lapo Elkann Texte / Aurore Jackson

Manteau en cuir taillé au laser Fabiana Filippi Fr. 2’150.-

Mon basique pour la vie

Lapo Elkann et sa collection de lunettes qui débarquent, ainsi que ses jeans, chez Bongénie Grieder.

Texte / Stéphane Bonvin

Il est un allié. Il a toujours l’air d’être un allié. Votre allié. Ce genre de basique amical sort rarement de nulle part. Comme sur la photo, par exemple: est-ce que ce manteau Fabiana Filippi, c’est une entreprise familiale, née au de cuir est votre allié depuis ce matin? Ou depuis toucœur de l’Italie il y a 25 ans, en Ombrie, dans la petite jours? Et d’ailleurs, quelle importance?… Pourvu qu’il ville de Giano, près de Pérouse. Deux frères, Mario et soit là. Dans un film de la Nouvelle Vague, il tiendrait le Giacomo, imprégnés d’artisanat et de design créatif. Une rôle secondaire mais capital du confifaçon de marcher avec son temps mais dent aux épaules solides. Mais c’est de ne pas céder à la globalisation. Des «Parce que c’était lui, un vêtement. Une forme de présence. vêtements pensés et nonchalants. parce que c’était moi» Presque un ami. Fabiana Filippi, c’est aussi une des marL’écrivain Michel de Montaigne, ques les plus successfull de Bongénie Hommage donc à ce genre de basique à propos de l’amitié qui, comme ce manteau Fabiana Filippi Grieder. Pour la toute nouvelle colen cuir printanier est vraiment dans lection printemps-été 2015: des cuirs l’air du temps (peau douce, zénitude très 2015, structure confortables, des mailles fraîches et douces, des pantadécoupée au laser pour un effet «écailles» allégeant). lons de peau souple, des chemisiers élégants, une palette Mais qui, on le sent à son cuir fait pour durer et à son de couleurs naturelles jusque sur les accessoires et les classicisme sophistiqué, survivra à la valse des trends, au chaussures. Avec des touches de sequins et des paillettes. tourbillon des déménagements, au carrousel des changePour rappeler, comme le ferait un ami, que le printemps ments de vie. est avant tout une fête.

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Dans l’album très classe qui raconte l’entreprise de Monsieur Elkann et de ses amis, la première image résume tout: par temps d’orage, un monstre cylindré est garé devant une bâtisse aristocratique. Une voiture de super héros façon Batman, l’héritier orphelin, le beau gosse millionnaire, le cœur sur la main.

masculins sont désormais vendus chez Bongénie Grieder. Finitions soignées. Philosophie de l’entreprise imprimée à l’intérieur («Etre indépendant c’est écrire chaque jour soi-même sa propre histoire»). De l’éthique. Du «made in Italy 2.0». Du Lapo Elkann nouvelle version, surtout. Ces dernières années, il a été élu quatre fois «homme le mieux habillé du monde» par «Vanity Fair». Petit garçon dyslexique, perdu par le remariage et les maternités de sa mère, Lapo s’est créé une seconde peau. Il porte les costumes croisés de son célébrissime nonno (grand-père), affectionne les lunettes de noceur qu’il commercialise au Bongénie, le noir/blanc de la Juventus, son club de foot, sa folie. Tout est sur mesure, des chaussures aux chemises (Lemmi à Pérouse, Finollo à Gênes), jusqu’aux tatouages. Dix-sept, pour dire sa quête de reconnaissance. En 2005, il est sorti de la route. Affaire de mœurs et de drogues, du lourd. Depuis, il s’est converti au Judaïsme. Au bureau, il y a des posters de Gandhi avec des phrases justes. Pour vendre des jeans, c’est un bon début.

Lapo Elkann, 37 ans, dont la Maserati est photographiée sous la pluie devant chez lui, joue à Batman dans sa vie. Les super pouvoirs ont toujours rassuré les enfants un peu cassés. Il est le petit-fils de feu Gianni Agnelli, richissime patron de Fiat. Aujourd’hui, le fils de Margherita Agnelli et de l’écrivain franco-italien Alain Elkann est actionnaire de contrôle du groupe Fiat. Il codirige surtout une entreprise de luxe cool qu’il a lancée avec deux amis, baptisée Italia Independent, qui bénéficie de son statut de jet-setteur et d’héritier du style de son grand-père. En association avec la marque Care Label, l’entreprise de Lapo Elkann produit des jeans dont des spécimens

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Inspiration

Inspiration

Néo-urbain. Romantique. Mais désinvolte, aussi. Classique. Avec pourtant un grain de folie. Le new-yorkais Phillip Lim a fait une entrée tourbillonnante dans les dressings pointus et son style met tout le monde de la mode d’accord. Chinois d’origine, basé à New York, Phillip le prolifique est désormais à la tête d’une marque multi-facettes: lignes homme, enfant, femme bien sûr, maillots de bain, lingerie, chaussures, lunettes et même une gamme écologiquement responsable baptisée Go Green Go. Sous ses airs faciles à porter, la garde-robe Phillip Lim se révèle sophistiquée, façonnée par diverses sources d’inspirations. Ce dont ce quadragénaire au visage d’enfant a bien voulu nous parler, prélevant des images de son compte Instagram et les commentant depuis New York...

cuir pour mes clés et, à l’arrière, une sacoche en tapis touareg, achetée chez un antiquaire. Les rues de New York, que je traverse à vélo, sont des scènes extraordinaires. J’y suis toujours attentif, l’inspiration est partout. La garde-robe idéale pour la femme, cet été 2015? Rien qui ne soit dicté par une saison. Quelque chose qui fonctionne pour elle. Tout simplement!

BIO EXPRESS Phillip Lim naît en Thaïlande, de parents chinois, en 1973.

Racontez-nous ce que vous voyez autour de vous, en ce moment? Mon atelier baigne dans la lumière naturelle sous une fenêtre zénithale. Il y a chaque semaine un nouveau bouquet de fleurs atypiques. Autour de moi, je peux voir des objets chinés: ma lampe rétro, deux coiffes amérindiennes authentiques, un tableau de Robert Longo.

Sa famille déménage peu après en Californie du Sud. Sa mère travaille comme couturière et son père devient joueur de poker professionnel. Une fois son diplôme universitaire en économie en poche, un job chez Barneys lui donne envie de se lancer dans le design de mode. Il obtient un stage chez Katayone Adeli où il gravit les échelons jusqu’au poste de directeur de la création.

Qu’est-ce qui vous touche dans ce tableau? J’adore ce tableau de Robert Longo parce qu’on dirait qu’il regarde le ciel, à travers la verrière de cette pièce.

Dans l’atelier de Phillip Lim Le designer new-yorkais est en pleine ascension. Entre deux collections et deux traversées de New York à vélo, ce fils d’un joueur de poker nous raconte son environnement et ce qui l’inspire, autour de lui. Texte / Emilie Veillon PHOTOS / Phillip Lim

A 31 ans, avec son ami et partenaire d’affaires Wen Zhou, il lance sa propre marque qu’il nomme 3.1, en clin d’œil à son âge d’alors.

Votre nouvelle collection s’inspire de la chambre à coucher. Comment vous est venue cette drôle d’idée? J’ai été confiné dans une chambre à coucher pendant que d’importants travaux de rénovation avaient lieu dans mon appartement. Je me suis laissé porter par les éléments qui caractérisent cette pièce - le matelassé, la surpiqûre, les contrastes entre l’exposition et la protection, entre le confort et l’opulence, l’ombre et la lumière. Au final, on retrouve un peu de tout cela transposé sur des vêtements si confortables qu’on pourrait les porter recroquevillé sur son lit.

Depuis, Lim collectionne les prix et les honneurs. Ses collections sont vendues dans plus de 250 boutiques et grands magasins, aux Etats-Unis et dans une trentaine de pays. Et, bien sûr, chez Bongénie Grieder…

Un artiste qui vous a inspiré? Pour cette saison, Woody Allen. Ses intérieurs hyper stylés m’ont aidé dans l’étude des textures et tissus dont je voulais m’emparer. L’objet qui vous rend créatif? La musique. Et ma bicyclette vintage que j’ai customisée avec une pochette en

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Les prix affichés dans ces pages sont susceptibles d’avoir baissé en fonction de l’évolution du franc suisse. Détails: lire en page 3.

Entre le

CIEL EAU et l’

Photographe / Stian Foss Réalisation / Valérie Fromont Stylisme / Philipp Junker

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Pantalon Fr. 895.- et top Akris Fr. 990.-

Tunique Weekend MaxMara Fr. 209.30

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Combinaison Stella McCartney Fr. 1’980.Collier diamant serti clos Feidt Fr. 550.-

Top Brunello Cucinelli Fr. 850.32


Blaser 120% lino Fr. 270.Pantalon Fabiana Filippi Fr. 520.Bikini Eres Fr. 365.-

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Production LZ Production - BMR Fotografen Mannequin / Mona Johanesson @ IMG Maquillage et coiffure / Rachel Bredy Assistante stylisme / Yvonne Wigger

Robe Ralph Lauren Fr. 1’865.Etoles Gaynor Fr. 270.-

Robe Chloé Fr. 1’680.36

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Shopping

Shopping

Texte / Emilie Veillon

Mode FeMMe No u ve l l e s e n t ré e s

Carioca Caroline Najman Eleventy Giuseppe Zanotti Pa r m i n o s i n c o n to u r n a bl es

Alaïa Armani Collezioni Balenciaga Brunello Cucinelli Chanel Chloé Etro Givenchy Gucci Lanvin Pierre Hardy Ralph Lauren Roberto Cavalli Stella McCartney Valentino

Mode hoMMe Nou velles en trées

Chiara Ferragni

Stella McCartney

Kenzo

Du strass. Un clin d’œil bleu, maquillé de noir corbeau. E basta! Chiara Ferragni, la célèbre blogueuse milanaise – alias The Blond Salad - inspire des millions d’internautes et pose en égérie des grandes marques. Désormais, elle chausse la mode à son pied. Sa collection de «itshoes» à paillettes (mocassins, stilettos et ballerines de princesse) brille depuis peu chez Bongénie Grieder.

Un vent chaud qui caresse les jambes nues, et virevolte avec grâce sous une robe évasée juste ce qu’il faut... Stella McCartney voile cet été les corps de tenues fluides, aériennes et décontractées. Un défilé d’imprimés précieux, de mailles vanille, menthe et marine ou de superpositions de soies nude et organza brodé, qui ondulent à chaque pas dans un sillage séducteur.

Allonger la silhouette, comme une ombre qui s’étire sous la lune. Avec ces chaussures à plateformes et une pochette elle aussi métallisée, pour mieux contraster avec les tons chauds de l’été. Deux accessoires à accorder avec d’autres pièces de Kenzo dont la marque aux accents futuristes est dessinée par les newyorkais Carol Lim et Humberto Leon.

Atelier Scotch Care Label Gabriele Pasini Paul Smith Philipp Plein Tela Genova The Gigi Wooyoungmi

Pa r mi n os in con tou r n a bles

Brioni Brunello Cucinelli Dsquared2 Dries van Noten Kiton Lanvin Maison Martin Margiela Tom Ford

Valentino Des coraux de lumière sur un canevas de sable. Rose, soleil, spritz, émeraude, turquoise... Autant d’éclats de rêves d’un bord de mer italien. Un regard pop estival sur l’art du camouflage contemporain. Avec cette ligne qui comprend entre autres des sacs,

des chaussures et des portefeuilles, les designers Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli rendent hommage au grand débarquement d’imprimés militaires orchestré par le Maestro Valentino Garavani dans la Haute Couture il y a près de vingt ans.

ConCePtion

Chloé Berthaudin & Diego Fellay

BonGenie

Prise de vue

Jeremy Ayer

PanoraMa de nos Marques TESTE-5.indd 3

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L i s te c o m pl è te d e n o s marqu es: w w w.b o n gen i e- g r i eder.ch

18.11.14 14:34

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Récit La façade du Bongénie de Lausanne, une nuit de printemps, dessinée par l’illustrateur japonais Tadahiro Uesugi.

Ma nuit au Bongénie La lune s’est levée sur Lausanne. Les passants flânent et flirtent devant les vitrines. Pendant ce temps-là, enfermé dans le bâtiment, un journaliste réalise un fantasme: avoir, pour lui tout seul, l’univers foisonnant d’un grand magasin… Texte / Stéphane Bonvin

les êtres qui les ont traversés. Et comme ces bibliothèques publiques où l’on croit entendre des millions de mots qui attendent d’être lus, les grands magasins frémissent du récit de toutes les nouvelles vies que leurs articles sont sur le point d’entamer. Tant d’habits, de chaussures et de parfums, tant de trésors, de parures et de bâtons de rouge, tant de sacs à main, de cravates et de slips, tant de mocassins, de gourmandises et de foulards, tant de marques, d’univers et de logos, tant d’esthétiques, de goûts et de styles, tant de costumes de jour, de robes du soir ou de déshabillés du matin, tant de cadeaux bon marché, de bibelots ou de bijoux luxueux, tant de métiers, d’arts et de créativité débridée, tant et tant et tant d’objets sur le point de changer de vie. Je déteste les magasins de seconde main, je m’y sens comme dans un cimetière. Alors qu’ici, allongé au rayon «Lingerie», j’ai l’impression de me réveiller dans un jardin de promesses, entouré d’un millier de lendemains qui chantent, alangui dans un

C’est la nuit. La ville dort. Et je viens d’ouvrir les yeux. Quel silence. Je suis allongé sur une banquette, au 4e étage du Bongénie de Lausanne. Je porte un pyjama Zimmerli bleu ciel que j’ai fauché au rayon «Homme» du rez-de-chaussée, moi qui d’habitude ne dort que vêtu de rien. Je ne me sens pas seul parce que j’ai choisi de m’endormir au rayon «Lingerie», en compagnie de tout un peuple de soutiens-gorge brodés, de déshabillés volages et de culottes en dentelle (Hello girls, my name is Bonvin, Stéphane Bonvin). Plus loin, j’aperçois des mannequins qui me toisent dans le contrejour lunaire, aussi énigmatiques que les statues de l’île de Pâques. C’est la nuit. La ville se repose. Mais pas l’édifice qui m’abrite, tiède comme un ventre, profond comme un conte. Les magasins ne dorment jamais tout à fait. C’est la première chose que j’ai apprise, ce soir. Comme les forêts enchantées, leur étonnant silence bruisse de tous

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© Tadahiro Uesugi / Tiphaine-illustration.com

Illustration originale / Tadahiro Uesugi


Récit

L’hebdomadaire économique de référence www.handelszeitung.ch

juger lorsque je sème le bronx au rayon «Chocolaterie». Personne, pas un client, pas un vendeur pour m’observer tandis que je déambule, affublé d’un peignoir de soie. Même les miroirs, ce soir, ont perdu leur acuitié critique. Je mesure alors combien un grand magasin, c’est avant et par-dessus tout un tissage de regards, une texture d’interactions sociales. Un théâtre. «Est-ce qu’une bougie parfumée existe si on ne la regarde pas?», m’avait lancé, en guise de boutade, le fameux directeur poète. Robinson exilé sur son Bongénie solitaire, sans un œil pour me jauger, sans une caméra pour me surveiller, je me pose la même question: qu’est-ce qui resterait de moi si personne ne me voyait? Et voilà que je me sens nu, malgré mon smoking de jet-setteur magnifique.

Diamantino. Le vigile zélé qui m’a enfermé seul ici, sur le coup des 20 heures s’appelle Diamantino. Un prénom qui sonne comme un sésame étincelant. Temple du luxe, ouvre-toi à moi! Qui l’aurait cru? A peine seul, je me suis irrésistiblement dirigé vers les étages pour la femme. Avant de me retrouver ainsi enfermé, j’imaginais que je commencerais par me déguiser en banquier privé ou en gentleman farmer, que je foncerais déclencher une grande panique au rayon cravates de soie, causer un tsunami de senteurs opulentes du côté de la parfumerie de niche, que j’enfilerais toutes les doudounes branchées et tous les manteaux chiquissimes, comme on rêve d’essayer plein d’existences virtuelles. Mais non. Voilà qu’à 20h02, je me retrouve à retourner des robes de soirée (c’est comment, à l’intérieur, un fourreau Armani?), à caresser les cachemires Cucinelli (je nage en plein fantasme ou les pulls des filles sont plus doux que ceux des garçons?) et même à palper du pinceau de maquillage. Maman, rassure-toi. Ton fils aîné ne rêve pas, à 51 ans, d’une reconversion chez Michou. C’est simplement que j’avais envie, juste une fois, de toucher, de caresser, de pétrir, de froisser, de respirer, de humer toutes ces merveilles purement féminines – autant d’actions qu’on ne saurait faire de jour sans passer pour un pervers ou pour un homme menant double vie.

Déjà, 4 heures a sonné au clocher de la place. Lausanne va s’éveiller. J’aurais pu vous raconter qu’un grand magasin, une fois les lumières éteintes et la musique coupée, c’est une succession d’odeurs puissantes qu’on ne devine pas dans le brouhaha du jour. L’espace «Chaussures», avec ses stilettos au garde à vous et ses ballerines piaffantes exhale une large odeur de cuir indécelable durant la journée. Le rayon «Costumes masculins» sent le tissu précieux. Quant au nuage olfactif compact du rayon «Parfumerie», il se diffracte, à la nuit tombée, en une multitude de senteurs distinctes et de bulles délicieuses.

stimulant DEPuis 1861

Photo: Alberto Venzago

nirvana d’âmes toutes neuves et prêtes à être réincarnées. Soudain, je comprends ce que voulait dire Christian Lacroix quand il m’avait confié que créer des robes, c’est écrire des fictions... Deux heures du mat’. J’ai des frissons. Et l’imagination lyrique. L’influence de la lingerie, sans doute.

Mais c’est l’heure. Je devrais raconter, aussi, combien celles qu’on appelle les grandes surfaces, révèlent, la nuit, leur profondeur et leur relief enivrants. Je devrais surtout ranger le désordre que j’ai fichu un peu partout mais je ne résiste pas à laisser des traces derrière moi. Et comment s’appellera-t-il le gardien qui viendra me tirer de ma retraite dorée, portera-t-il un nom de passeur, comme ceux qui, dans les mythes, vous ramènent à la surface de la vie?

Le regard des autres, justement. Il m’en avait parlé, le directeur de ce magasin qui m’avait décrit son édifice comme on raconterait un théâtre. «Vous verrez, Monsieur Bonvin. Passés l’excitation et le fantasme de pouvoir tout vous offrir sans rien payer, c’est autre chose qui va vous étonner».

Quatre heures et des poussières. Me voilà dehors. L’impression d’avoir passé la nuit entre Shakespeare et «Toy Story», ne sachant plus très bien si j’ai visité un temple de la consommation ou un temple tout court. Mince. Je suis dehors, je suis libre. Et je n’ai rien volé, rien emporté, rien maraudé. J’aurais pu tout prendre sans payer. Et je n’y ai même pas songé.

J’ai vu. J’ai mesuré l’étrange impression produite par l’absence des regards, quand un grand magasin est soudain dépeuplé et plongé dans la pénombre. Personne pour me

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Ta l e n t s

Ta l e n t s

Ils sont créatifs, inspirants et en vue. Ils s’habillent chez Bongénie Grieder (mais pas que). Ils ont du style, leur style.

Textes et réalisation / Anne Niederoest Photos / BG Studio

Dans son atelier genevois des Pâquis, Mai-Thu Perret porte une robe Alaïa (Bongénie Grieder). Boots et bijoux personnels.

Dans la salle de son restaurant zurichois, Fabian Spiquel porte un T-shirt Dsquared2 et un cardigan Daniele Fiesoli (Bongénie Grieder). Pantalons et baskets personnels.

Fabian Spiquel

Mai-Thu Perret

Cuisinier visionnaire

Artiste prodigieuse

Profession chef cuisinier de maison manesse, zurich

Profession Artiste, Genève - Talent Peinture, sculpture, écriture, vidéo, danse et théâtre.

Talent Avant-gardiste d’une cuisine extraordinaire et sans chichis.

Faits importants en 2015 Expositions personnelles chez BLONDEAU & Cie à Genève, du 28 mai au 31 juillet 2015.

Dinstinction Première étoile Michelin en 2014

Et au Nasher Sculpture Center fin 2015 à Dallas, USA

Si vous n’étiez pas cuisinier? J’aurais été gastronome. Un cuisinier élégant, c’est… Fabian Fuchs de EquiTable à Zurich, il est très chic, j’adore manger là-bas. Votre manière de cuisiner? Si je devais la résumer en quelques mots, je dirais, avec une âme multi-culturelle, sans aucun plan. Parfois audacieux, toujours très excitant. Comment gérez-vous votre style? Je vérifie la météo le matin avant de m’habiller. Cela m’aide beaucoup. Et c’est tout. Une règle de cuisine qu’il ne faut jamais suivre? Je ne reconnais aucune règle, et s’il y en avait une, il faudrait absolument la briser. Par contre, un conseil, ne pas essayer de cuisiner à la maison; le mieux, c’est d’aller au resto. Là-bas, ils font aussi la vaisselle après le festin.

Votre style artistique? Je suis une conceptuelle qui croit en la matière. Un artiste stylé? Marcel Duchamp, pour son jeu avec l’androgynie et le travestissement. Votre rapport avec la mode? Elle fait partie de notre quotidien. Quand on la regarde, on voit le monde changer. Tout est question d’époque, comme dans l’art. Comment gérez-vous votre style? J’essaie de ne pas trop y réfléchir, et de laisser de la place au hasard. C’est totalement instinctif. Si vous n’aviez pas été artiste? J’aurais été écrivain. Une règle artistique que personne ne devrait jamais suivre? Les règles qu’on suit aveuglément sont stupides, mais il y a une vraie libération dans la contrainte.

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Les prix affichés dans ces pages sont susceptibles d’avoir baissé en fonction de l’évolution du franc suisse. Détails: lire en page 3.

D’ÉTÉ

L’heure

Photographe / Stian Foss Réalisation / Valérie Fromont Stylisme / Philipp Junker

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Pull Altea Fr. 350.Pantalon PT01 Fr. 320.-


Pull Brunello Cucinelli Fr. 490.Pantalon Brunello Cucinelli Fr. 580.Chaussures Santoni Fr. 420.-

Polo Orlebar Brown Fr. 180.Short Orlebar Brown Fr. 245.Lunettes Italia Independent Fr. 240.-

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Polo Etro Fr. 290.Pantalon Berwich Fr. 240.-

Veste Isaia Fr. 2’950.Chemise Brunello Cucinelli Fr. 550.Jeans 7 for All Mankind Fr. 320.Ceinture Orciani Fr. 210.-

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Costume The Gigi Fr. 780.Chemise IGN Joseph Fr. 295.Ceinture Orciani Fr. 210.-

Cardigan Paolo Pecora Fr. 360.-

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T-shirt Fr. 210.et pantalon Fr. 495.Dries van Noten

Production LZ Production - BMR Fotografen Mannequin / Wouter Peelen @ Sight Management Maquillage et coiffure / Rachel Bredy Assistante stylisme / Yvonne Wigger

Veste Boglioli Fr. 950.Chemise Dries van Noten Fr. 340.Pantalon Eleventy Fr. 320.-

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Ve s t i a i re

Ve s t i a i re Les fameuses chemises de la marque Ign. Joseph et leur concepteur.

Chaussure Santoni en daim et canevas Fr. 580.-

L’objet culte La chaussure multi-codes de l’été. Dessinée comme un mocassin slip-on, mais profil rappelant celui d’une Vans. Dotée d’un canevas couleur sable qui respire la liberté des vacances. Mais pourvue d’un bout fleuri en daim plus formel. La nonchalance d’un type qui vient de dénouer sa cravate. Relax, man. Photo / BG Studio

Deux souliers rouges. Une signature. Depuis que les blogueurs de mode l’ont photographié chaussé d’écarlate, Ignatious Joseph ne sort jamais sans ses pompes légendaires. «La première fois, raconte-t-il, j’avais dix ans, et j’ai teint en rouge la toile blanche de mes souliers de cricket. Je suis né au Sri Lanka, je suis un enfant du Commonwealth et du Flower Power, donc la couleur, pour moi, c’est naturel.» Et maîtrisé aussi, tant Ignatious Joseph manie avec distinction ce qu’il appelle «ein dezentes Overstatement» - une flamboyance retenue.

Chemise en scène Voici «Ma leçon de style», par Herr Ignatious Joseph. Texte / Stéphane Bonvin

Deux chaussures spectaculaires, donc. Et pourtant, ce que cet ancien manager hôtelier qui a longtemps travaillé en Suisse, porte de plus singulier, ce sont ses chemises. D’abord, parce que la chemise est le vêtement qui est le plus proche du corps de l’homme, de son cœur, de ses gestes, de sa carotide même; le seul habit classique qui fasse autant le lien entre ce qu’il a d’intime et ce

qu’il montre en public. Ensuite et surtout parce que les chemises que porte Ignatious, ce sont les siennes. Celles qu’il conçoit. Dont il contrôle la chaîne de production. Qu’il commercialise sous le label Ign. Joseph. Cette quête de la perfection a commencé il y a 15 ans. Ignatious s’installe à Düsseldorf et se consacre à sa passion: le vêtement artisanal. Il s’inspire de la grande époque du vestiaire viril, les années 30. Il sillonne l’Europe, l’Italie surtout, testant les meilleurs petits fournisseurs traditionnels, les cotons égyptiens raffinés. C’est le col qui signera la chemise Ign. Joseph: mou, souple, cousu sans artifice. Confortable. Amical.

Aujourd’hui, Ign. Joseph reste une marque confidentielle même si elle est vendue dans plus de 25 pays. Une maison dont on se passe les codes luxueux. Un credo: l’habit ne fera jamais l’homme; mais la chemise peut faire de l’homme un gentleman.

COMMENT PASSER À LA COULEUR Trois conseils inspirés par Meister Joseph. 1. Une façon chic, virile et sous-utilisée: les chemises pastel très pâles. Rose à peine visible, bleu délayé, jaune discret. 2. Pour le costume business très normé: diversifier le jeu sur les gris et les bleus. 3. Ne pas oublier les chaussettes. Très colorées si on le peut. Si le dress code est strict, juste une touche ou une nuance de couleur raffinée.

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Mes fidélités par…

Ve s t i a i re

Brunello Cucinelli interview / Fabio Gaffo

Eleventy

Dsquared2

Nos 10 commandements Dsquared2

Solomeo, siège de son entreprise.

Pour un été masculin, contemporain et stylé

quelqu’un travaille dans de bonnes conditions, s’il se sent estimé à sa juste valeur, il développe ce qu’il a d’unique, son génie personnel, et son sens des responsabilités.» Le repas qui me renforce «Le déjeuner, en famille et avec les amis. Un moment spécial de partage composé de choses simples. Le pain, l’huile d’olive, le fromage, les pâtes à la tomate et au basilic, la base de notre culture alimentaire.»

Texte / Stéphane Bonvin

1. Se (re)mettre au sport. En tout cas côté vestiaire. Acheter un blouson. Agrandir sa collection de baskets. Et adopter le pantalon de jogging «upgradé» par les designers, à porter à la place d’un pantalon de loisir.

6. Avoir plus d’un bracelet ethnique à son poignet. Liens de cuir, perles d’argent tissées, scoubidous mous tressés par sa fille cadette, joncs de métal. Tout un bazar, quoi. Et, comme sur le blog du Sartorialist, mixer ces souvenirs de baroudeur à une montre de luxe.

2. Passer à la veste de costume croisé, dite aussi «à double boutonnage». Chiche.

7. Le sac? Zéro loi. Sac de sport, cabas de couleur ou bagage inspiré de la serviette classique.

3. Bonne résolution facile à tenir: acheter autant de polos que de t-shirts. Et même plus de polos que de t-shirts.

8. Au moins une paire de chaussures de cuir de couleur. Bleu profond. Rouge lie de vin. Etc.

4. Porter son pantalon de loisir roulé au-dessus de la cheville, façon «feu au plancher». Laisser les canons trop longs aux accordéonistes, aux armuriers et aux clowns.

9. Choisir ses costumes «fittés», c’est-à-dire près du corps. Comme le Prince Charles. Se souvenir que si Charles n’est toujours pas monté sur le trône, c’est lui qui règne sur les codes du vestiaire masculin.

5. Juste pour voir: imiter les hipsters qui boutonnent leur chemise tout en haut, jusque sous le menton.

10. Suivre toujours le conseil de la marque The Gigi: Don’t look back.

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Brunello Cucinelli. Ses vêtements de luxe pour homme et pour femme sont vendus chez Bongénie Grieder depuis une quinzaine d’années.

Un bourg, comme une oasis plantée en Ombrie, dans la campagne italienne. C’est là, à Solomeo, que Brunello Cucinelli a établi sa marque il y a presque quarante ans, veillant à faire fleurir son affaire, attentif à cultiver ses fidélités – aux hommes, à l’esprit des lieux. Derrière le grand luxe cachemire et l’artisanat haut de gamme vendu dans le monde entier, il est resté le designer-entrepreneur attaché à des valeurs qui empreignent son art de vivre et de faire vivre.

L’objet qui me guide «Mes livres.» L’œuvre d’art qui m’éclaire «Les classiques de la littérature. En particulier les «Pensées» de Marc Aurèle. Un texte actuel, une inspiration inépuisable.» Le rituel qui m’accompagne «La promenade dans et autour de Solomeo. Le soir, je m’attarde à travers le bourg. Si c’est l’été, je peux aussi me balader dans les chemins de la campagne environnante. Je prends alors du temps pour réfléchir, pour penser à l’existence. Il y a des phrases qui me reviennent toujours: «Vis selon la nature»; «Prends ton parti»; «Vis comme si c’était le dernier jour»; «Fais des projets comme si tu vivais pour l’éternité»... «Je ne pourrais jamais renoncer à ce temps-là».

Le lieu qui m’inspire «Solomeo. Restaurer Solomeo a été notre rêve, et cela restera celui de toute une vie. Parce que vivre et travailler dans un bourg du Trecento italien, cela vous rend spécial. Travailler entouré par le Beau aide à réaliser le Beau: à Solomeo, grâce au château médiéval, au théâtre, à l’académie et à la bibliothèque, on est plus créatif. Je suis convaincu que la formule entrepreneuriale que nous avons mise sur pied ici peut fonctionner ailleurs. Si

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Jardin secret

Ta l e n t s

Les beautés du geste «Et puis, je suis tombé amoureux des filles et de leurs parfums»

Fin 2014, le Prix Head Bongénie récompensait et exposait les créations de trois designers brillants. Flash-back. Texte / Stéphane Bonvin

Fourrure de métal. Par Julie-Vanille Montaurier. © Sandra Pointet

En parfumerie, ce sont les sensations et les souvenirs qui nourrissent la création. Interview «Mes cinq sens» de l’éditeur de parfums Frédéric Malle. interview / Sarah Jollien-Fardel

L’Odorat «Ma mère portait Miss Dior quand j’étais enfant. Les salons de ma grand-mère à Biarritz étaient toujours ornés de grands bouquets de lys. Ma famille jouait au golf, j’adorais l’odeur de l’herbe fraîchement coupée. Puis je suis tombé amoureux des filles et de leurs parfums. C’est là que j’ai compris qu’il y avait une dimension en plus.»

ses extraordinaires gaufres. Ces merveilles restent une des choses que je préfère!» L’ouïe «De Bach aux Rolling Stones en passant par Wagner ou Bowie, la musique m‘a accompagné toute ma vie. C’est mon opium, ma façon de m’élever.» Le toucher «Celui de la peau. Un élément-clef de la sensualité de chacun.»

Le goût «Mon père divorcé n’a pas pris un repas chez lui pendant 20 ans. Nous étions proches, ce fut l’occasion de goûter à toutes sortes de cuisines dans les restaurants. Un vocabulaire de plus. Si on remonte à la plus petite enfance, ma grand-mère maternelle nous emmenait une fois par an prendre un thé chez Meert à Lille, connu pour

La vue «Ce sens, j’ai le sentiment de l’aiguiser grâce au viseur de mon Leica. Un instrument que je trimbale depuis plus de 30 ans et qui me suit dans mes voyages. Je fais de la photo depuis l’âge de 12 ans.»

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© Photo portrait / Brigitte Lacombe Parfums vendus au Bongénie

De loin, une fourrure chatoyante qui jette des éclairs, un genre de vison gelé, voyez vous-même sur la photo, si vous pensez que j’exagère. De près, une forêt d’aiguilles, une Amazonie d’aiguilles même, 3,5 kilos d’aiguilles enfoncées une à une, 10 jours de plantage à raison de 9 heures quotidiennes pour obtenir un vêtement qui invite à la caresse puis à la répulsion, qui redessine les frontières entre l’homme et l’animal, le familier et l’étranger.

sa tradition de soutien aux jeunes talents de la mode. Lors du défilé automnal de la Head, il attribue plusieurs prix d’une valeur totale de 8’000 francs. En octobre 2014, à côté de Julie-Vanille Montaurier (Prix Bachelor), ont aussi été récompensées les extraordinaires robes pour hommes réalisées au point tapisserie par Mikaël Vilchez (Prix Bachelor) à partir d’une nuisette ayant appartenu à sa grand-mère. Et les tenues sport-extrême modulables de Jenifer Burdet (Prix Master). Trois lauréats, trois façons de confronter le corps à son environnement, de lui construire des armures qui accentuent la beauté de ses fragilités…

Ce pelage d’un troisième type constituait le clou de la collection de diplôme de Julie-Vanille Montaurier, fraîchement issue de la Head, la Haute école d’art et de design de Genève dont la réputation croît de manière exponentielle. On aura aussi pu l’admirer, cette dépouille-armure, l’automne passé durant trois semaines, dans les murs du Bongénie de Genève plus habitué à abriter les dernières élégances de Valentino, d’Akris ou de Zegna. Et pas toute seule, puisque d’autres vêtements de néo-créateurs lui tenaient compagnie.

Mais pourquoi soutenir des designers encore si peu «vendables»? La réponse de Jean-Marc Brunschwig, associé du Groupe Brunschwig et membre du Jury, au moment de remettre leurs chèques aux gagnants embués: «Parce que le Bongénie est attentif à ceux qui ont une mode d’avance, à ceux qui inventent, en Suisse, des esthétiques de niveau international.» Célébrer, encore et toujours, les nouveaux jeux d’élégance.

Cela fait plusieurs années que le Bongénie a renoué avec

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TRANSPHERE SA

l’élégance par nature

www.bongenie-grieder.ch


ITM n°44 P/E 2015