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NAMUR – Saint-Servais - Ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » Etude réalisée à la demande du comité de quartier de Bomel-SaintServais dans le cadre du projet de reconversion du site. Thérèse Cortembos, historienne de l’architecture. Janvier 2013

ETAT DES LIEUX

Périmètre d’étude Le site accueille aujourd’hui les sociétés CEMA, DEMA et ENTRANAM qui occupent les anciens bâtiments industriels construits par la « Société des produits émaillés ». Cette ancienne zone industrielle, traversée par le Houyoux aujourd’hui couvert, est délimitée : -

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au nord par l’important site des carrières et fours à chaux d’Hastimoulin, aujourd’hui zone Natura 2000, comprenant d’importants fours à chaux et de longs murs calcaires repris à l’Inventaire du patrimoine architectural de la Région wallonne. au sud, en contrehaut : par la rue de l’Industrie et la rue des Emaillés (redescendant vers le quartier Germinal). La forte dénivellation, liée à la vallée du Houyoux, est reprise par des murs de soutènement en pierre calcaire. à l’est par la rue de l’Avenir, qui borde le vaste ensemble de logements Germinal : quatre tours construites dans les années ’70, qui englobent la chapelle d’Hastimoulin du XIIIè siècle, classée comme monument (cfr l’étude de Jean-Louis Antoine, 1986) à l’ouest, par la rue de l’Industrie proche du site des carriers Briot.

Toponymie La symbolique intéressante de la toponymie locale a volontairement marqué et perpétué le souvenir du lieu industriel: -

rue du Houyoux, rappelant la présente du ruisseau qui a généré une industrie depuis le moyen-âge rue Moulin Lavigne, rappel d’un ancien moulin visible sur la carte de Ferraris au XVIIIè siècle. rue des Fours à chaux (toujours bien présents !), anciennement rue des Carrières rue d’ l’Industrie, en contrehaut du site rue des Emaillés, en souvenir de l’usine située en contrebas où l’on fabriquait des ustensiles de cuisine émaillés, d’où le nom de « quartier de la Casserole ».

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Paysage Le paysage traduit l’intime relation entre ressources naturelles et présence industrielle : D’une part, les anciennes carrières et fours à chaux d’Hastimoulin sont bien présents visuellement au nord, en contrebas de Vedrin ; la masse des fours à chaux et l’ampleur du front de taille végétalisé sont impressionnantes.

D’autre part, la présence de la vallée du Houyoux est bien perceptible par l’important dénivelé au sud: des échappées visuelles intéressantes sont ménagées depuis la rue de l’Industrie et la rue des Emaillés, vers le versant sauvage de la vallée; un beau tilleul signale la présence de la chapelle Saint-Donat, à l’intersection de ces voiries.

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Vue depuis la rue de l’Industrie vers le versant opposé de la vallée. Importante végétation très présente dans le site

Tracé viaire

Le tracé viaire, intéressant, est principalement généré par la présence du Houyoux et de sa vallée jusque dans la 2è moitié du XIXè siècle. A ce moment, la nouvelle industrie s’y installe et s’y développe jusqu’au milieu du XXè siècle. Elle crée alors, à l’intérieur du site, des liaisons quasi privées desservant les différentes parties de l’usine et dont subsistent certaines servitudes de passage. Ce tracé viaire constitue un témoin du passé industriel, au même titre que les bâtiments.

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Le plan en relief du milieu du XVIIIè siècle (Lille, Musée des Beaux-Arts) : à l’avant-plan à gauche, le tracé du Houyoux et le futur site de la « Société des produits émaillés » ! Dans le fond, la vieille ville de Namur, dont les fossés nord sont alimentés par le Houyoux.

Atlas des chemins vicinaux, 1842. En vert, le tracé du Houyoux ; cercle bleu : emplacement du futur complexe industriel de la Société des produits émaillés ; en jaune, les grandes chaussées de pénétration ; en pointillé mauve, le nouveau chemin de fer au nord de la ville ancienne. L’urbanisation du nord de la corbeille n’a pas encore commencé Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013.

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Architecture et histoire Il serait utile, à l’avenir, de mener une recherche sur les fonctions primitives des bâtiments actuels, par l’enquête orale, bibliographique et archivistique, afin d’en comprendre le sens au-delà de la simple matérialité architecturale. Un pan important de l’histoire industrielle de Namur, à la fin du XIXè et dans la 1ère moitié du XXè siècle, se matérialise encore dans ce quartier dont le parcellaire et les bâtiments sont les héritiers de l’accroissement progressif de l’usine et dont on ne peut balayer la mémoire. Cette industrialisation a été, en effet, un des moteurs de l’important développement urbanistique de Saint-Servais et qui lui donne aujourd’hui son identité bien spécifique. D’après l’étude de Anne Mossiat (1994), l’origine de l’usine semble remonter à 1873, date à laquelle Eugène Castin-Demeer établit une fabrique d’émaux dans son ancienne fabrique de colle, située à « Hastimoulin ». En 1875, il la cède à Oscar Hans et consorts qui y ajoutent une salle à étamer et une forge. En 1881, l’entreprise est constituée en société anonyme et prend de l’ampleur : de nouveaux magasins, four et ateliers sont construits. La « Société Nouvelle des Produits Emaillés et Etamés de Saint-Servais-lez-Namur » s’est ainsi principalement développée durant le dernier quart du XIXè siècle, jusqu’à son apogée dans l’entre-deux-guerres, par achat progressif de terrains. Elle fermera définitivement ses portes en 1956 pour être vendue à différents établissements.

Analyse des bâtiments, selon les propriétés actuelles :

1. Ensemble « Cema » et Institut technique de Namur: fin du XIXè siècle ?

Ces deux propriétés sont présentées ensemble car elles forment un tout architectural indissociable. L’ensemble est racheté en 1957 par Cema, société de fabrication de carrelages, à la fermeture de l’usine des produits émaillés. Il est composé de quatre halls jointifs et parallèles à la vallée, et de quatre petits halls perpendiculaires à la vallée, fermant l’ensemble du côté de la rue des Fours à chaux.

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Les quatre halls jointifs, alternativement courts et longs, constituant probablement l’embryon de l’usine. Elévation du côté de la rue de l’Avenir

Le 4è hall occupé par l’Institut technique de Namur, ainsi que les quatre petits halls perpendiculaires à la rue des Fours à chaux Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013.

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Halls parallèles à la vallée : Extérieur : Ensemble composé de quatre halls jointifs en briques couverts de toitures en bâtière, parallèles à la vallée et alternativement courts et longs. Les halls courts (environ 14, 50m), sont prolongés par des hangars plus bas, celui du sud supprimé au profit d’un jardin privé. Les halls longs (environ 47,50m) présentent deux longs volumes de brique rejoignant la rue du Houyoux. La façade vers la rue de l’Avenir, reflétant ces quatre halls, présente ainsi une scansion de quatre pignons de même hauteur, alternant une largeur de deux et trois travées séparées par des pilastres colossaux redentés. Ces derniers reçoivent la retombée de grands arcs de brique en tiers-point, en saillie, qui animent l’élévation. Les fenêtres du rez-de-chaussée ont les appuis et linteaux traditionnellement en pierre calcaire, sous décharge, tandis que celles de l’étage ont un linteau métallique continu. Y subsiste un seul châssis d’origine, métallique. Les pignons, quant à eux, sont aveugles. La façade vers la rue du Houyoux, quant à elle, reproduit un rythme similaire bien marqué par le parcellaire, mais atténué par le pignon du hangar, plus bas, et par l’absence de hangar à l’endroit du jardin, à droite.

Elévation du côté de la rue du Houyoux Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013.

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Le grand hall occupé aujourd’hui par l’Institut technique présente côté nord, vers la rue des Fours à chaux, une longue façade bien scandée par ses pilastres colossaux en saillie portant un entablement sur frise de briques. Ces pilastres déterminent 9 modules de deux travées de fenêtres, seules prises de lumière du hall. Le mortier de pose, gris-noir, est apparemment composé de chaux hydraulique naturelle et de scories, mortier courant à cette époque (échantillon à la porte gauche, dans l’ancienne traverse).

Hall 4 prenant jour sur la courette, modulé toutes les deux travées par des pilastres colossaux

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Lui faisant face, un ensemble de quatre petits halls, perpendiculaires à la rue des Fours à chaux, délimitent une courette longeant le grand hall. Un autre bâtiment bas en ponctue l’angle avec la rue de l’Avenir.

Intérieur : numérotation des halls depuis le sud (côté rue Moulin Lavigne) au nord (côté rue des Fours à chaux) :

Curieusement, les quatre halls sont techniquement construits en deux temps, la zone Est des façades (vers la rue de l’Avenir) n’étant pas liée aux maçonneries de l’ensemble (coutures bien visibles dans le grenier). Cependant, le grenier ne révèle aucune trace d’une façade antérieure, mais montre un simple mur « de refend ». On peut hypothétiser un arrêt de chantier, pour une raison inconnue, plutôt qu’un accroissement des bâtiments. Cette zone, qui « devance » les quatre halls, est couverte au rez-de-chaussée de voussettes de briques sur poutrelles métalliques, d’origine.

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Mur de refend courant devant les quatre halls et toitures en bâtière épousant les quatre pignons à rue.

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Structure ancienne devançant les quatre halls: voussettes de brique sur poutrelles métalliques

Caves : Les halls 1, 2 et 3 sont cavés d’une seule venue jusqu’au passage du Houyoux qui borde le hall 4 : structure sur piliers et voussettes de briques sur poutrelles métalliques (160m² de caves parait-il !). Ces caves se prolongeaient également sous le bâtiment voisin au sud (occupé aujourd’hui par Entranam) mais ont été remblayées.

Rez-de-chaussée : Plafonds refaits en béton, après l’achat des bâtiments en 1957, hormis la partie « avant » des quatre halls (cfr plus haut). Façade arrière du hall 3 également refaite en béton.

Etage sous combles: o Traces de communication transversale, entre les halls (à première vue, dans le même axe) : 

Halls 1 et 2 : grand portail d’origine, bouché

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Halls 2 et 3 : porte d’origine, bouchée

Halls 3 et 4 : large porte d’origine, bouchée

o Traces de communication longitudinale, ancienne, entre partie « avant » (côté façade) et arrière : 

Hall 2 : large porte d’origine, en place

Hall 4 : large porte ancienne, mais probablement percée après coup (coutures)

o Traces de communication verticale : cage d’escalier primitive dans le hall 3, supprimée au profit d’une nouvelle cage dans le hall 2 Les deux grands halls (n°2 et 4) sont couverts de charpentes métalliques légères, à triangulations multiples, dont les 15 fermes du hall n°2 sont espacées de quelque 2,50m (charpente du hall 4 inaccessible, non vue). Ce type de charpente a perduré de nombreuses années et ne sont peut-être pas d’origine (renseignements à prendre auprès d’historiens des techniques –CHST Liège).

Ils prennent lumière respectivement vers le sud pour le hall 2 et vers le nord pour le hall 4 par une suite de 16 et 18 fenêtres. Les linteaux et appuis sont traditionnellement en pierre bleue, sous décharge, tandis que les arrières-linteaux intérieurs sont constitués de poutrelles métalliques boulonnées. Les châssis ont été refaits en béton au hall 2 dans les années 1960 et en bois dans le hall 4 dans les Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 12


années 1980. De ce dernier côté, les fenêtres du rez-de-chaussée ont été pour la plupart agrandies en porte pour les besoins scolaires, de même que la structure des sols refaite en béton.

Hall 2 ouvert vers le sud sur le petit jardin de la famille Maes

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Contraste entre les logements de la cité Germinal et l’échelle humaine des bâtiments industriels (hall 4 de l’ITN)

Ensemble des quatre petits halls côté rue des Fours à chaux, perpendiculaires à la vallée, contemporains des quatre halls. ou Bâtiment « Van Diick », du nom du propriétaire précédent : construits en brique et pierre bleue sur base de calcaire, ils se composent de quatre travées percées d’une porte et marquées par des pilastres ; des pignons, évidés d’un oculus, en rythment la composition qu’accentuent les toitures en bâtière.

A l’intérieur, la structure quadripartite fait place à un espace unique, aujourd’hui occupé par une salle de sport aménagée vers 1980-1981 par l’Institut technique de Namur (ITN). La nouvelle structure en béton a épargné une colonne en fonte et des pilastres, au revers de la façade, qui rappellent la division extérieure. Les charpentes métalliques sont aujourd’hui cachées par des faux-plafonds. Fonctions anciennes de cet ensemble: Concernant les fonctions de cet ensemble, seule Madame Maes, propriétaire de Cema depuis 1957, a pu m’indiquer quelques renseignements lors d’une visite le 7 août 2012. Une étude plus approfondie, notamment dans les archives de l’Etat Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 14


concernant les enquêtes « commodo-incommodo », pourraient peut-être en préciser d’avantage. -

Petit hall n°1 (en partant du sud, côté Entranam ou rue Moulin Lavigne) : Stockage des émaux en poudre (transformé en habitation par la famille Maes). Ancien monte-charge de la cave au grenier. En prolongement derrière, un hangar (actuellement le jardin de chez Maes) menait à un petit bâtiment d’angle toujours en place, sur la rue du Houyoux, où s’effectuait le « sablage » des tôles, avant leur émaillage. Adossées à ce dernier : les latrines. Dans ce hangar, des rails Decauville permettaient le transport des matériaux par wagonnets. Un égout dans le sol (60 x 60 cm) longe toute la façade du grand hall contigu (hall n°2). On y voyait couler de l’eau colorée!

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Grand hall n°2 : o Rez-de-chaussée : réservé à l’émaillage ? Présence de conduits de cheminée. o Etage : stockage des tôles (pressées en forme d’objet) avant l’émaillage, dans des étagères. Le sol était en brique réfractaire ; il fut remplacé en béton par les Maes. o Grenier : vestige visible de 5 conduits de cheminée en encorbellement

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Petit hall 3 : ?

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Grand hall 4 (actuellement ITN bâtiment « Van Dijck »): o Rez-de-chaussée :? o Étage : stockage des tôles avant émaillage ?

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Petits halls perpendiculaires à la rue des Fours à chaux (ITN bâtiment « Van Dijck ») : atelier de réparation des machines.

2. Ensemble « Dema » : « Historique » de Déma : renseignements du propriétaire du n°30, rue Moulin Lavigne : a. Propriété de Mr Dulière, entrepreneur à Wépion b. Marcq Gérard, quincaillerie c. Dema Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 15


A l’avant-plan, le tracé du Houyoux qui coule sous les bâtiments

Cet ensemble comprend deux grands halls formant un L : o Hall 1 (hall d’entrée du magasin): grand hall parallèle à la rue des Fours à chaux, plus récent : structure métallique et remplissage en brique blanchie, dont la partie supérieure des deux murs gouttereaux présente des contreventements métalliques. Structure intérieure cachée par des faux plafonds, qui se devine çà et là (poteaux métalliques de support). Premier tiers du XXè siècle ? Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 16


Structure métallique du hall 1

o Élément d’articulation entre les deux halls.

o Hall 2 : Fin XIXè-début XXè siècle ? Ce hall est surtout intéressant par l’élévation côté rue du Houyoux, où ses volumes répétitifs (6 + 2 ajoutés) en briques chaulées sont une réponse à l’ensemble Cema : rythmique des pignons et toitures en bâtière perpendiculaires à la rue du Houyoux ; régularité de la composition trinaire, pilastres structurants qui portent des arcs en tiers-point saillants. Les portes et fenêtres aujourd’hui bouchées, de facture traditionnelle, allient brique et pierre bleue au rez-de-chaussée et arc surbaissé en briques à l’étage.

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Elévation structurée sur la rue du Houyoux : à gauche, volumes répétitifs répondant à l’ensemble de Céma de l’autre côté de la rue. Dans le fond, front de carrière végétalisé qui répond à l’opposé au front bâti de l’ensemble industriel d’Entranam.

A l’arrière, dans l’impasse, les pignons sont intacts ; seuls les percements ont été bouchés. L’extrémité sud de cet ensemble, vers la rue Moulin Lavigne, fut en grande partie reconstruite en blocs de béton, épargnant quelques vestiges dont un grand pignon monumental plus ouvragé, cantonné de pilastres colossaux qui encadrent une grande baie en plein cintre entre deux portails surbaissés et deux oculi. Le travail de la brique, denticules et redents, y est particulièrement soigné.

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Cet ensemble, bien modulé de l’extérieur, présente par contre à l’intérieur un vaste espace rectangulaire, parallèle à la rue du Houyoux, dont la structure est portée par une suite de 6 x 7 rangées de colonnes en fonte très fines, avec base et chapiteau. Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 19


3. Ensemble « Entranam » « Historique » d’Entranam : renseignements de Monsieur Jean-Marie Noël, directeur d’Entranam, rue Moulin Lavigne: Le quartier s’appelait le « quartier de la Casserole ». a. Au départ : « Société des produits émaillés », qui occupait tout le quartier. b. Cartonnerie c. Transports Gustin d. Entranam

Ensemble bloc A Cet ensemble, en briques et blocs de béton, semble postérieur et fortement retravaillé, peut-être dans les années 1960. Ses volumes bas, assez lourds, sont partiellement fermés côté rue Moulin Lavigne et les pignons sont aveugles. Les percements existants sont assez récents. Ces halls sont peu intéressants sur le plan de leur architecture et difficilement convertibles.

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B1 = appentis Ensemble B2 - B4 : Ces trois halls de briques blanchies, plus trapus que les suivants, présentent en façade trois pignons perpendiculaires à la rue Moulin Lavigne. Les pilastres qui les séparent reçoivent de grands arcs en tiers-point formant encorbellement. Deux grands portails au linteau métallique, transformés, donnent accès au rez-dechaussée, tandis qu’un 3è, au centre, est condamné ; à l’étage sous toiture, des fenêtres jumelées s’ouvraient jadis dans les pignons. L’intérieur constitue un seul espace, divisé par des colonnes en fonte.

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B7 : Hall plus récent, situé en appentis à l’arrière de B9. Structure interne en poutrelles métalliques.

Ensemble B9 - B13 : 1er quart du XXè siècle ? Ce bel ensemble, affirmant une plus grande modernité technique, développe cinq grands halls identiques et contigus, construits en briques sombres sur trois niveaux, dont le dernier sous toiture. Des pilastres colossaux redentés portent de grands arcs en tiers-point en encorbellement, selon une morphologie observable ailleurs dans ce site.

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Les mortiers gris sont composés apparemment de chaux hydraulique naturelle, de loues de chaux et de scories (cfr montant gauche du portail B12), assez semblables à ceux observés dans l’ensemble Cema-ITN. L’élévation très structurée est marquée par les cinq pignons qui scandent et animent le parcellaire côté rue Moulin Lavigne. Le rez-de-chaussée est percé de grands portails alternant avec des fenêtres, aux linteaux métalliques continus. Le 1er étage est largement éclairé par des bandeaux de fenêtres également aux linteaux métalliques, continus.

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L’étage sous combles est ouvert de cinq fenêtres jumelées ; certains châssis métalliques d’origine y sont encore en place. La façade arrière, enterrée du côté d’une impasse formant placette, proche de la rue des Emaillés, est pratiquement aveugle.

L’élargissement de la ruelle formant placette, à l’arrière des blocs B9-B13

Les faces latérales sont largement pourvues de 2 x 6 fenêtres plus traditionnelles, sous arc de décharge, aux linteaux et appuis en pierre calcaire.

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La structure portante interne est faite de fortes piles rectangulaires en briques qui devaient probablement alterner avec des colonnes en fonte plus légères, dont deux subsistent à l’étage du hall B13. En outre, au rez-de-chaussée, de grandes dalles carrées en pierre bleue divisent au sol l’espace entre les structures de briques. Elles indiquent probablement le positionnement des anciennes colonnes en fonte, comme elles assurent aujourd’hui la fondation des piliers de béton qui sont venus sans doute les remplacer pour renforcer la structure de l’étage.

Alternance des piles de briques, d’origine, et des piliers de béton qui ont probablement remplacé des colonnes en fonte.

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Les intéressants plafonds du rez-de-chaussée conservent l’ensemble des voussettes de briques sur poutrelles métalliques, avec trace de l’une ou l’autre trémie. Les plafonds récents du 1er étage cachent une charpente en bois, entrevue dans le hall B12. Des vestiges de rails Decauville subsistent çà et là au rez-de-chaussée.

A l’extrémité de la rue Moulin Lavigne, en face du n°30, subsistent trois hangars sans doute des années 1930 (à en croire un portail métallique à droite), sur de hauts piliers de briques. L’intérieur, abandonné, est couvert de plafonds en caissons de brique sur structure métallique. La façade arrière, donnant sur la rue de l’Industrie, est aveugle mais quelque peu structurée.

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INTERET DU SITE

Paysage Ce lieu met en tension nature et présence humaine de manière forte, immédiate : d’une part sa situation géographique, en fond de vallée, doit rester bien perceptible et même être renforcée par un travail sur la présence visuelle et physique de la vallée ; d’autre part, le site des carrières, dans toute son âpreté, doit être un des atouts majeurs de la recomposition du lieu. Ce site doit rester « dominé », par la nature au nord d’une part et par les rues densément habitées du versant sud de la vallée d’autre part.

Tracé viaire Il est important de maintenir le tracé viaire du quartier, dont la trame urbanistique est indissociable de la mémoire du quartier. Les axes longitudinaux sont générés par la géographie de la vallée du Houyoux : -

la rue de l’Industrie prolongée par la rue des Fours à chaux au pied du versant nord

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la rue Saint-Donat prolongée par la rue des Emaillés, au sud

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la rue du Moulin Lavigne induite par le cours du Houyoux

Les axes transversaux structurent les anciens bâtiments industriels: -

la rue du Houyoux

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la rue de l’Avenir

Architecture et histoire L’ensemble du site de « la Casserole » est un des rares sites industriels encore présent sur le territoire de Namur. Sa vente morcelée et sa reconversion après la fermeture en 1957 a sauvé les bâtiments d’une destruction certaine, même s’ils ont pâti de transformations parfois irréversibles. Cette première analyse du site a permis cependant d’y dégager une hiérarchie de valeur que nous proposons ci-dessous. Deux ensembles émergent principalement, de par leur représentativité architecturale, leur positionnement dans le site, leur état de conservation et leur potentialité de réaffectation : l’ensemble Cema-ITN et l’ensemble Entranam pour les blocs B9-B13.

1. Cema et ITN Ces deux propriétés formaient au départ un tout indissociable sur le plan fonctionnel et architectural. Ces quatre halls, jointifs et parallèles au ruisseau du Houyoux dont ils ont tiré parti, constituent vraisemblablement l’embryon de l’usine. Les deux grands halls prennent une lumière abondante, l’un vers le sud, l’autre vers le nord. Les plateaux intérieurs, quant à eux, donnent toute liberté à la réaffectation.

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La façade du hall nord (ITN), quant à elle, est particulièrement intéressante par sa modulation qui, transposée dans la structure interne, permettrait un aménagement en logement individuel. La courette privative qui longe ce hall est à l’abri de la rue des Fours à Chaux grâce aux petits bâtiments perpendiculaires qui la clôturent. Il est donc important de maintenir calme et intimité vis-à-vis de la rue passante, que ce soit par la réaffectation de ces petits halls, ou la reconstruction de cette partie en bordure de voierie. L’ensemble « Cema – ITN » pourrait ainsi être le point d’ancrage des nouvelles compositions.

2. Entranam (B9-B13) Ce deuxième ensemble, bien construit et très peu transformé, mérite également d’être conservé, vu sa forte présence en contrebas de la rue Saint-Donat et son bon épaulement du versant de la vallée. Dans l’axe de la rue du Houyoux, il constitue une toile de fond industrielle répondant à celle, naturelle, du versant boisé des carrières. Par ailleurs, la qualité de son architecture industrielle se traduit par sa rythmique répétitive intéressante, sa structure solide et facilement modulable, ses plafonds industriels intacts et le bel éclairement intérieur de ses trois niveaux. Le rez-de-chaussée, avec ses grands portails alternant avec des fenêtres côté rue Moulin Lavigne, peuvent se prêter structurellement à une affectation commerciale, tandis que les étages, avec leurs grands bandeaux lumineux, pourraient être adaptés en logement. Les façades arrière, aujourd’hui aveugles, pourraient s’ouvrir sur le petit cul-de-sac qui forme placette, à valoriser. Les structures, simples et répétitives, pourraient en tout cas être exploitées de manière assez libre bien que rationnelle. Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 30


Entranam : vue transversale

3.

Dema Ce vaste ensemble présente moins d’intérêt sur le plan architectural, sur le plan structurel et sur celui de sa conservation. L’absence d’une structure forte à l’intérieur ne favorise guère sa réappropriation. L’élévation sur la rue du Houyoux est cependant très dynamique et bien articulée, et répond à l’ensemble de « Céma ». Elle pourrait inspirer une nouvelle trame urbanistique dans la rue du Houyoux, avec en toile de fond l’ensemble très structuré d’ Entranam (Bloc B9 à B 13). Par ailleurs, l’ample pignon ouvert sur la rue Moulin Lavigne, s’il est maintenu, pourrait être exploité comme « ruine » dans la scénographie du lieu.

En conclusion

Il me semble opportun de maintenir et réaffecter deux ensembles-pivot à partir desquels la reconstruction du quartier doit se réfléchir et s’articuler : l’ensemble Cema-ITN et l’ensemble d’Entranam B9 – B13. En effet, leur position dans la structure du quartier, leur qualité architecturale, leur symbolique industrielle, ainsi que leurs potentialités de réappropriation en font des témoins privilégiés de ce vaste ensemble industriel. Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 31


Par ailleurs, le tracé viaire épouse une structure sitologique majeure qu’il serait artificiel de contrecarrer si l’on veut s’inscrire dans la géographie du lieu. Le cour du Houyoux, aujourd’hui morcelé et peu perceptible, devrait être remis en exergue par un cheminement public piétonnier visant à rejoindre le site des anciens abattoirs, et au-delà le quartier des tanneurs, afin de mettre en lumière ce ruisseau qui fut générateur d’industries. Enfin, il est aujourd’hui évident de valoriser l’imposant site des carrières, avec ses fours à chaux monumentaux, qui sont un atout majeur du quartier. Lui répondrait en aval de Namur le site, tout aussi imposant, des carrières et fours à chaux des Grands malades à Beez, autre pôle industriel de Namur aujourd’hui remis en lumière par la restauration des Moulins de Beez.

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Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 33


BIBLIOGRAPHIE

Jean-Louis ANTOINE, La chapelle Notre-Dame d’Hastimoulin, dans « Annales de la société archéologique de Namur », t.64, 1986, p.253-322. Anne MOSSIAT, La casserole. La vie en émaillé à Saint-Servais, Province de Namur, 1994. (catalogue de l’exposition réalisée à la Générale de Banque à Namur, avec la collaboration scientifique du Musée des Arts anciens du Namurois). COOPARCH-R.U., Schéma directeur d’aménagement durable de Bomel – Saint-Servais, Rapport du 22 – 06 – 2009, Ville de Namur. Patrimoine architectural et territoires de Wallonie, Namur, édition Service public de Wallonie DGO4 - Mardaga, Wavre, 2011. Les anciennes carrières d’Asty-moulin. Carnet de route du petit botaniste, Ville de Namur, sans date. Comité scientifique de la conservation de la Nature et de la Protection des eaux.

Thérèse CORTEMBOS, Etude de l’ancien site industriel de la « Société des produits émaillés » dite « La Casserole » à Saint-Servais (Namur), janvier 2013. Page 34

Etude urbanistique sur le site "Asty Moulin"  

Le site d'Asty Moulin, appelé aussi "La casserole", à Saint Servais, est l'objet de projets immobiliers. Le Comité de quartier de Bomel a fa...

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