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La Vallée du Mars, territoire en déclin Maxime FOUCARD - EnsapBx 2013

Comment favoriser le maintien de l’activité dans la vallée, garante de l’entretien de ses paysages?

Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin


Le Cantal, en Auvergne

Les monts du Cantal occupent de manière centrale la plus grande partie du massif volcanique dans la région d’Auvergne. Ils lui ont d’ailleurs donné son nom. Ils débordent également sur la pointe nord du département de l’Aveyron. Les paysages du Cantal sont réputés pour leur caractères pittoresque et authentique, lié à une urbanisation faible et une activité pastorale reconnue.

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Table des matières Le Cantal, en Auvergne

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Embrasser le paysage

6

I/ Des paysages dictés par le relief 7 A/ l’étagement des activités pastorales 10

Prairies de fauche / pâtures sur les parties «en terrasse».

31

- Les signes d’une exploitation moindre :

31

- La lande à Genet en progression sur des surfaces auparavant entretenu par la pratique de l’écobuage (sur tout le versant) 31 - Des traces de sous-pâture

31

- Un bâti parfois abandonné (granges)

31

• Des villages répartis sur l’adret, longeant le Mars

11

- Conversion de certaines parcelles en production sylvicoles. Ces résineux alignés forment des tâches dans le paysage : les «timbresposte» 31

• Un patrimoine géologique ancré dans le paysage

12

4/ basses planèzes 32

• Un patrimoine bâti qui témoigne du passé

13

•Basse planèze - synthèse

• Un parcellaire hétérogène et morcelé

14

5/ Planèzes - terres d’estives 34

• Les signes d’une exploitation moindre

15

- Élevage et temporalité

35

• Fond de vallée - synthèse

19

- Les burons

35

2/ Versants boisés 20

•Planèzes, terres d’estives - synthèse

37

- La topographie, facteur déterminant

20

• Le cirque du Falgoux

21

II/ Une somme de processus à l’origine des grandes mutations paysagères 39

- Les traces d’une exploitation forestière à l’arrêt

21

• Un caractère exceptionnel reconnu

22

- un fort potentiel touristique

22

• Répartitions des espèces

24

• Un peuplement végétal dense qui s’étend

25

•Versants boisés - synthèse

26

1/ Fond de vallée 10

3/ Étages intermédiaires 28 • L’alternance des parcelles ouvertes et boisées

29

• La contrainte du terrain

30

• Versant intermédiaire - synthèse

31

4

33

1/ Trois communes en marge du Pays de Salers

40

2/ Une position exclue du flux touristique

41

B/ La vallée du Mars, zone de déprise 42 1/ Un des pôles de dépeuplement en France

42

2/ Un peu d’histoire pour comprendre l’exode

44

3/ Les conséquences de la migration définitive

46

C/ L’évolution des structures agraires 48 1/ Un paysage qui suit l’évolution de l’agriculture

48

2/ Une mutation double

52

3/ La problématique du foncier, au coeur des préoccupations

54

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4/ De l’abandon de la main d’oeuvre à l’abandon de la vallée

57

C/ Quand la ressource bois ne s’exporte plus 60 • La forêt domaniale et les bois privés

61

Deux siècles, deux blocs 62 III/ Comment favoriser le maintien de l’activité dans la vallée, garant de l’entretien de ses paysages ? 64 1/ Des politiques agricoles adaptées

65

2/ Propositoins transversales

66

Bibliographie 73

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Col du Puy Mary - 1787m

Embrasser le paysage

Maison de site du Syndicat mixte du Puy Mary

Lorsqu’on aborde un site aussi imposant que la vallée du Mars, on cherche dès le départ le point de vue permettant de se faire une idée de son étendue, de ses formes et de ses couleurs. Le Pas de Peyrol, plus haut col routier du Massif Central, donne accès au panorama qui sera la première entrée paysagère de mon étude. En effet, bien que réservée aux plus courageux (!), l’ascension du Col du Puy Mary aboutit sur un point de vue exceptionnel, permettant d’embrasser d’un mouvement l’ensemble des monts et vallées du Cantal :

Vallée de la Jordanne

6

Pas de Peyrol - 1589m

Vallée de la Maronne

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Roc d’Hozière


I/ Des paysages dictés par le relief Ce département de moyenne montagne est essentiellement occupé par le Massif volcanique du Cantal, d’où il tire son nom, et par ses contreforts. Vestige d’un ancien volcan dont le diamètre est de près de 60 km (le plus grand d’Europe), il forme un cercle aux pentes s’élevant et convergeant vers le centre. Usé par le temps, et dont l’existence passée se révèle difficile à lire aujourd’hui, le volcan présente les marques de l’érosion glaciaire. Sur ses flancs descendent une douzaine de vallées principales, profondément modelées en U pour les plus caractéristiques, et qui s’étendent à partir du centre de manière radiale. Chaque vallée témoigne du passage du glacier par la présence de cirques, ainsi que par leur fond plat les rendant favorables à l’installation de l’Homme. Le panorama offert par le Puy Mary permet d’en observer plusieurs, et chacune semble unique. La vallée du Mars, qui nous intéresse particulièrement, se distingue par exemple par un profil plus creusé que ses voisines (érosion hydraulique postérieure à l’ère glacière), et par une importante part de boisements.

Vallée du Mars

Vallée de la Rhue

Vallée de la Sentoire

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Vallée de l’Alagnon

7


Col du Puy Mary / Pas de Peyrol

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En venant du Pas de Peyrol, l’unique accès à la vallée du Mars se fait par la route D12. Cette départementale, sorte de colonne vertébrale de la vallée, démarre sa course en surplombant le Cirque du Falgoux, puis y descend pour longer le Mars sur une trentaine de kilomètres. En passant successivement par les versants boisés, puis par le fond de vallée, la route permet une première appréhension du site. En effet, dès la descente du Pas de Peyrol, la vue dévoile une immense vallée, et dont le parcellaire aéré ne trompe pas sur la vocation agricole des lieux. Les versants qui l’entourent forment une couronne arborée dense, en fort contraste avec l’étage supérieur totalement dépourvu d’essences ligneuses. Aucun doute possible, nous sommes en présence d’un paysage dont l’organisation est profondément influencée par les différences d’altitudes. «En montagne, chaque altitude est une saison».

Col du Puy Mary / Pas de Peyrol

N Le Falgoux

Il en résulte un système pastoral basé sur l’étagement des activités selon l’espace (relief, altitude, exposition...) et le temps (saisonnalité des pratiques). On trouve ainsi, en fonction du type d’espace, un usage, un statut foncier et un type de bâti spécifique.

D12

Le Mars Le Vaulmiers

L’organisation spatiale du territoire s’opère sur plusieurs niveaux : l’étage collinéen, qui s’élève de 700 à 900 mètres selon l’exposition, est matérialisé sur le site par le fond de vallée. Plus haut, jusqu’à 1400 mètres, les planèzes constituent l’étage montagnard. Entre les deux, on trouve les coteaux boisés, fauchés ou pâturés selon le pourcentage de la pente.

Planèzes / estives - pâturages d’été

1531 m Le Falgoux

Coteaux intermédiaires / boisés - prés de fauche - pâturages printemps-automne - stockage de l’alimentation hivernale Fond de vallée / pentes douces - prés de fauche / champs - habitat (villages) - stockage de l’alimentation et des bêtes l’hiver

1275 m Le Mars - 898 m

O km

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2,3 km

5 km

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A/ l’étagement des activités pastorales 1/ Fond de vallée

Cirque du Falgoux

Le fond de vallée débute au niveau de la partie basse du cirque du Falgoux, là où l’épais boisement de résineux s’ouvre, laissant place aux premières clairières puis à des espaces dégagés de part et d’autre du Mars. Au fil de cette rivière qui donna son nom à la vallée, on observe la juxtaposition de prairies de fauches et de pâtures, maillées par des haies bocagères dont les hauteurs varient selon l’endroit. Les dimensions du parcellaire sont hétérogènes, au même titre que leurs formes, et les pentes douces convergent vers le Mars. Si le cours d’eau est rarement visible depuis la route, son existence se traduit dans le paysage par la présence d’une ripisylve quasi continue tout au long de la vallée. Quelques moulins, en ruine ou rénovés, témoignent de pratiques passées liées à l’eau, comme la fabrication de la farine.

N Le Falgoux

Fond de vallée

Le Vaulmiers

Saint-Vincens

Le Mars

10

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N

• Des villages répartis sur l’adret, longeant le Mars Les premières habitations apparaissent dès la sortie du cirque, puis l’on traverse les trois principaux villages de la vallée : Le Falgoux, Le Vaulmiers et Saint-Vincens-de-Salers. Ces trois villages de quelques centaines d’habitants sont implantés sur l’adret, et s’organisent de manière dispersée de part et d’autre de la route. Les constructions les plus éloignées sont reliées par des routes secondaires donnant accès aux parcelles, aux granges et aux étables. Les bourgs des villages sont reconnaissables par leur église placée en position centrale, et par une densité d’habitation plus forte. On y trouve quelques commerces, ouverts surtout durant la période estivale, car la population permanente est largement minoritaire dans ce secteur. Le profil topographique de la vallée présente un rétrécissement progressif de l’auge. On constate que Le Falgoux se trouve au niveau le plus plat du fond de vallée, permettant une exploitation maximale des surfaces et donnant lieu à une part importante d’espaces ouverts-lumineux. À partir du Vaulmiers, les versants se rapprochent. Il en résulte une proximité entre boisements et villages accentuée tandis que l’on descend la vallée. Saint-Vincent-de-Salers, le village le plus en aval sur le territoire étudié, est de ce fait en contact direct avec la forêt, car surplombé par des formations rocheuses très accidentées, non praticables.

Saint-Vincent-de-Salers

Saint-Vincent-de-Salers A’

Le Vaulmiers

B’ Le Falgoux C’

A’

Le Vaulmiers Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

Col du Puy Mary

B’

C’

Les profils topographiques au niveau des villages montrent le resserrement de la vallée, en s’éloignant du cirque.

Le Falgoux 11


• Un patrimoine géologique ancré dans le paysage

Le massif cantalien actuel est le résultat d’une succession d’événements volcaniques intenses. On distingue ainsi trois phases éruptives (étalées de -20 millions d’années à -2 millions d’années), chacune venant se superposer à la précédente, et donnant lieu à l’enchevêtrement de multiples couches basaltiques, devenues les fondations du département tout entier. L’érosion glacière qui s’en suivit jusqu’à -10 000, rabotant et emportant les matériaux les plus tendres, creusa de profondes vallées dont l’origine converge dans la partie centrale du strato-volcan. Ainsi se sont formées une douzaine de vallées principales profondes, modelées en U par les glaciers, à fond plat, ce qui favorisera plus tard l’occupation humaine.

Bien que l’origine volcanique du département soit aujourd’hui difficile à lire, on constate la présence de nombreuses formations géologiques particulières, ponctuations paysagères qui au-delà de leur intérêt plastique ou scientifique, confèrent un caractère propre à la vallée du Mars. Les orgues basaltiques, le Roc d’Ozière ou encore le Roc du Merle constituent parmi d’autres des éléments minéraux marquant, de par leur dimension ou leur forme singulière. On note également la présence de pierriers, qui furent longtemps exploités pour la fabrication de pierres de taille, et notamment pour les murets et les toitures (on parle alors de toits de lauzes). Aujourd’hui encore, certaines constructions portent sur leur toit les traces de ce passé minier.

Du pierrier au toit de lauzes, une identité paysagère bien marquée 12

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• Un patrimoine bâti qui témoigne du passé

Dans les bourgs et leurs alentours, on note la présence d’anciennes maisons cossues (les «maisons de notables»), témoignant d’une certaine réussite économique passée. Quand on parcourt la vallée, et notamment les trois villages les plus en amont, le gabarit et l’architecture d’un grand nombre de maisons frappe. Très grandes, avec au moins un étage, massives et utilisant des matériaux nobles. Les jardins qui les entourent sont du même acabit, souvent grands, horticoles et soignés. Mais ces maisons, en général des résidences secondaires, ont pour la plupart leurs volets fermés durant toute la saison froide. Les villages voient ainsi leur population doubler de juin à septembre, car une majorité de propriétaires habitent les grandes villes le reste de l’année.

Étonnante parcelle en étoile, au milieu de laquelle trônent une grande maison de notable, et une étable au-dessus. Au Vaulmiers.

On trouve une église dans chaque village, ce qui peut paraître étonnant compte tenu du nombre réduit d’habitants (quelques centaines au total pour les trois communes). Elles sont l’indice supplémentaire d’une prospérité paroissiale passée, révolue.

Église datant du XIII° - Le Vaulmiers

Église du XIV° - Saint-Vincent-de-Salers Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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• Un parcellaire hétérogène et morcelé L’organisation du parcellaire répond en premier lieu aux contraintes topographiques de la vallée. En effet, bien que caractérisée par une auge à fond plat, la vallée du Mars présente nombre de microreliefs rendant l’installation de l’agriculture possible, mais obligeant la délimitation des parcelles irrégulière. Leurs formes et leurs dimensions sont ainsi restées très variables, malgré certaines opérations foncières visant à optimiser l’espace exploité.

En fond de vallée, la plupart des parcelles sont séparées par des haies bocagères, et la ripisylve marque en butée toutes les parcelles qui sont en contact avec le Mars. On note la présence de très grandes parcelles, parfois traversées par les traces d’anciennes haies aujourd’hui supprimées. Plusieurs utilisations des terres se distinguent : prairies enherbées, prairies fauchées, quelques pâturages, et des parcelles totalement boisées.

bocage entretenu ferme / grange

prairie fauchée

haie bocagère s’épaississant

route principale

pâture

prairie en herbe 14

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route secondaire


• Les signes d’une exploitation moindre

En observant le parcellaire plus en détail, on peut voir les signes de mutations des pratiques agraires. Sur ces images, deux stades de transformation sont visibles. Ci-contre, le bosquet prend la forme d’une parcelle auparavant exploitée. On note que les parcelles ouvertes ont en leur sein des maisons et/ ou des étables.

À côté de parcelles entretenues, des parcelles totalement boisées

Ci-contre, la présence d’herbacées hautes et d’arbustes montre que la parcelle n’a pas été suffisamment pâturée. De plus, les limites de cette parcelle sont difficilement lisibles. Le bocage s’épaissit et devient compliqué à entretenir.

Traces de sous-pâture sur certaines parcelles Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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bocage entretenu

Les étapes de la progression de la végétation par l’abandon de certaines parcelles :

premières traces de délaissement

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Épaississement des haies

premières traces de délaissement

progression de la strate arbustive

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Grange oppressée progression de la strate arbustive

Boisement complet de la parcelle

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Au premier plan, la densité d’arbres jeunes et de genets témoigne d’un abandon de cette partie du versant, sans doute lié à la pente. Plus au loin, en fond de vallée, on aperçoit différentes taches sombres au milieu de parcelles ouvertes. Leurs formes reprennent celles d’anciens prés, abandonnés ou volontairement boisés. Le bosquet du centre de l’image rencontre le talweg, si bien que l’on ne distingue plus la ripisylve à cet endroit.

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• Fond de vallée - synthèse - Villages implantés le long du cours d’eau et sur le bas des versants, mais en déclin démographique important (exode des artisans, fermetures d’écoles primaires...) - Maisons de notables occupées principalement l’été (touristes) - Églises remarquables - Étables et granges, dont certaines à l’abandon - Éléments d’architecture directement issus du patrimoine géologique (ex: toits en Lauzes), mais non renouvelé (les carrières et les pierriers ne sont plus exploités) - Installation prochaine d’une Maison de Site du Syndicat Mixte du Puy Mary (tourisme)

- Pas d’urbanisation, donc une bonne préservation du patrimoine local - Prairies de fauches délimitées par un réseau de haies bocagères (frêne) plus ou moins lâche. - Présence de bosquets, variable selon les pentes et le degré d’entretien des haies. - Signes de sous-pâture, progression importante du bois par endroits (problèmes de co-visibilité entre villages, ce qui augmente le sentiment d’isolement) - Épaississement des haies par endroits - Épaississement de la ripisylve en milieu ouvert

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A/ l’étagement des activités pastorales 2/ Versants boisés

Cirque du Flagoux

- La topographie, facteur déterminant Dans la partie en amont de la vallée, les deux versants qui s’opposent présentent des faciès différents du fait de leur exposition et de leur topographie distinctes. Ainsi, à partir du cirque du Falgoux, l’ubac est densément peuplé de résineux. En plus de sa faible exposition au soleil, le terrain est en pente forte, très accidenté, ce qui n’a pas favorisé l’implantation des activités agropastorales. On y trouve très peu de constructions (quelques granges en bas de versant), et seules quelques terrasses marginales sont ouvertes pour le pâturage. Sur l’adret, une configuration semblable est lisible en aval du Vaulmiers.

N Le Falgoux

En amont, la topographie du versant a permis une occupation des sols plus ouverte, donnant lieu à des dynamiques paysagères différentes qui seront abordées dans la partie suivante.

Versants boisés Le Vaulmiers

Saint-Vincens

Une végétation opaque sur tout le versant 20

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• Le cirque du Falgoux

Col du Pas de Peyrol puis D12

- Les traces d’une exploitation forestière à l’arrêt L’épaisse forêt qui occupe le cirque est essentiellement composée de conifères en futaie et de feuillus par endroits. Lorsqu’on y pénètre, les sujets sont alignés, avec une densité de plantation très forte. Mais on constate que les arbres sont vieillissants, bien trop développés pour une exploitation forestière en fonctionnement. Cet endroit, comme une partie des versants plus en aval, présente les signes d’une activité sylvicole passée, aujourd’hui à l’arrêt.

N

Le Puy Mary

Cirque du Flagoux

Le cirque du Falgoux présente une ressource en bois non négligeable pour la vallée du Mars, mais dont l’exportation est interrompue. Ici comme dans la vallée, on ne trouve ni scierie ni atelier de transformation du bois.

Le Roc d’Hozière

Le Mars

Ici, tous les arbres sont alignés, mais on ne voit pas de rotation d’exploitation (tous les arbres sont au même stade).

Le Roc d’Hozière

La strate basse est essentiellement composée de fougères. On ne trouve pas ou peu de jeunes arbres. La forêt du Falgoux, vieillissante

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• Un caractère exceptionnel reconnu - un fort potentiel touristique Le cirque du Falgoux est occupé par une forêt de 730 ha. On peut y observer chevreuils et chamois, mais aussi trois rochers impressionnants: la roche Taillade, le roc des ombres et le roc d’Hozières. Le Mars, qui prend sa source à cet endroit débute sa course par un enchainement de plusieurs cascades dont trois hautes de plusieurs mètres. En hivers, une partie du cirque est praticable en ski de fond, empruntant les anciens chemins des forestiers et les layons.

Syndicat mixte du Puy Mary. Le territoire du Grand Site comprend le périmètre du site classé de 10 000 ha autour du Puy Mary et des crêtes voisines ainsi que les 13 communes autour du Puy Mary.

- Le cirque du Falgoux est compris, dans sa totalité, par les deux directives du réseau Natura 2000. « L’ambition de Natura 2000 est de concilier les activités humaines et les engagements pour la biodiversité dans une synergie faisant appel au développement durable.»

N

Le caractère particulièrement exceptionnel du patrimoine naturel est souligné par la présence des zonages environnementaux que sont les ZNIEFF (17 ZNIEFF de type I et une ZNIEFF de type II). Certains de ces paysages, victimes de leur renommée et de la fréquentation sont dégradés, notamment au voisinage des points d’accès (Pas de Peyrol, crêtes entre Puy Mary et Puy Griou...). La réhabilitation, amorcée sur les crêtes dans le cadre du DOCOB du site expérimental doit se poursuivre dans le cadre d’une opération Grand site (OGS), autour du site emblématique qu’est le Puy Mary. Les projets envisagés dans ce cadre visent à gérer et maîtriser la fréquentation du site et à restaurer les secteurs dégradés rejoignant ainsi les préoccupations de préservation des habitats naturels qui sont celles de la démarche Natura 2000. Cette complémentarité entre les deux procédures doit se traduire par une collaboration étroite entre les opérateurs Natura 2000 et le 22

Cirque du Falgoux

«Le réseau Natura 2000 a pour objectif de contribuer à préserver la diversité biologique sur le territoire des Directive Oiseaux 27 pays de l’Europe. Il vise à assurer le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favoDirective Habitat rable des habitats naturels et des habitats d’espèces de la flore et de la faune sauvage d’intérêt communautaire. Il est composé de sites désignés par chacun des pays en application de deux directives européennes : la directive 79/409/CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages dite « Directive Oiseaux » et la directive 92/43/CEE du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvage dite « Directive Habitats ».» Source : http://www.auvergne.developpement-durable.gouv.fr, DocOb Natura 2000.

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Délimitations des deux ZNIEFF

Znieff 1 Znieff 2

N

La ZNIEFF 2 se concentre surtout sur les parties boisées du cirque et de la vallée, tandis que la ZNIEFF 1 englobe plus largement le territoire. Les fonds de vallée et les planèzes sont également contenus dans le périmètre reconnu pour sa flore et sa faune singulières.

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• Répartitions des espèces Comme indiqué sur cette carte, les espèces qui occupent les versants varient selon l’altitude et l’exposition. Sur l’ubac, on trouve ainsi les futaies de feuillus sur l’étage colinéen, puis les futaies mixtes à majorité de résineux sur l’étage

montagnard. Le cirque du Falgoux répond à cette logique, en plus de présenter quelques parcelles exclusivement peuplées d’épicéa. Sur l’adret, l’exposition permet l’installation des feuillus qui dominent le versant (hêtraies).

Saint-Vincens

Le Vaulmiers

Le Falgoux

N Source : Portail Carto IFN 24

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• Un peuplement végétal dense qui s’étend

Le versant offre un paysage insondable et dense. Le boisement (hêtraie sapinière) recouvre la quasi-totalité de l’espace, et profite de l’abandon de certaines parcelles pour progresser. Sur les planèzes comme en bas de versant, les pionnières (landes à genets, fougères, bouleaux...) gagnent progressivement les espaces autrefois pâturés.

Sur certaines parcelles, en bas de versant, «moutonnent». L’arbre progresse. Limite de versant

Planèze Fond de vallée

Progression des landes sur les parcelles abandonnée au-delà du versant

En bas de versant, une grange rattrapée par la forêt

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•Versants boisés - synthèse

- Nombreux «événements géologiques» rendant par endroits l’exploitation agricole impossible - espace occupé par des boisements denses, de feuillus sur l’adret, mixtes ou uniquement de résineux sur l’ubac selon l’altitude - routes secondaires récentes, permettant l’accès aux planèzes, mais aux abords mal entretenus (vues bouchées) - peu de constructions (quelques étables et maisons de notables en bas de versant)

Adret : - des parcelles abandonnées depuis environ 50 ans Ubac / cirque du Falgoux : - mêmes traces de vieillissement de la forêt, sans renouvellement des sujets - Tendance à gagner du terrain sur le fond de vallée et sur les planèzes

La principale dynamique est la progression des boisements de part et d’autre des versants. 26

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A/ l’étagement des activités pastorales 3/ Étages intermédiaires

Cirque du Falgoux

Comme dit dans la partie précédente, une portion du versant Nord, entre le cirque du Falgoux et Saint-Vincens-de-Salers, présente un relief plus propice à l’installation de prés de pâture et de fauche. Les multiples replats qui dominent le Falgoux se juxtaposent et se surplombent à la manière de terrasses naturelles, exploitables. Cette situation donne lieu à une occupation du sol essentiellement agricole, à l’exception de boisements pour les endroits les plus pentus ou les plus accidentés. On retrouve ainsi le parcellaire hétérogène du fond de vallée, souvent délimités par des haies bocagères d’épaisseurs variables. Un nombre important de granges ponctuent l’espace, reliées par un réseau de petites routes et chemins suivant le relief.

N Le Falgoux Étages intermédiaires

Le Vaulmiers

Saint-Vincens

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• L’alternance des parcelles ouvertes et boisées

La comparaison de ces deux images nous permet de faire la relation directe entre le parcellaire et l’occupation des sols. En effet, on constate que les surfaces s’enfrichant ou les surfaces déjà boisées correspondent parfaitement à certaines parcelles cadastrales. D’autres parties boisées apparaissent en limite de parcelles : à l’instar du fond de vallée, les haies bocagères, faute d’entretien, tendent à s’épaissir. Le maillage bocager s’en retrouve par endroits brouillé, moins lisible. Les parcelles ouvertes sont souvent celles qui supportent les bâtiments d’exploitation (en jaune ci-dessous), mais on observe parfois d’anciennes étables (en orange ci-dessous), aujourd’hui abandonnées, prises par la végétation sur des parcelles en friche.

Les cercles bleus et rouges correspondent aux mêmes parcelles sur les trois images

N

N

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L’alternance des types d’occupation du sol est intimement liée aux variations topographiques qui rythment cette partie du versant. Ainsi, les nombreux «accidents» de terrain laissent la roche nue par endroits, ou bien créé des pentes fortes, impossibles à exploiter donc boisées.

La contrainte du terrain

Burons

Forte pente empêchant l’exploitation

Bosquet lié à la pente

Accident topographique, falaise à nue, pierrier

Granges parfois délaissées Chemins secondaires permettant l’accès aux planèzes

Étable / siège d’exploitation

Délimitation de parcelles (haies bocagères)

Planèzes

Boisements

Pâturages Boisements 30

Prairies de fauche

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•Versant intermédiaire - synthèse Prairies de fauche / pâtures sur les parties «en terrasse». «Timbre-poste»

Les signes d’une exploitation moindre : - La lande à Genet en progression sur des surfaces auparavant entretenu par la pratique de l’écobuage (sur tout le versant) - Des traces de sous-pâture - Un bâti parfois abandonné (granges) - Conversion de certaines parcelles en production sylvicoles. Ces résineux alignés forment des tâches dans le paysage : les «timbresposte»

La principale dynamique est l’abandon des certaines parcelles qui se changent peu à peu en bois. Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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A/ l’étagement des activités pastorales 4/ basses planèzes

Les basses planèzes sont situées en aval du territoire étudié, et se prolongent sur plusieurs kilomètres, jusqu’à rejoindre les plaines. Le paysage agricole est ici comparable au fond de vallée, notamment par la forme du parcellaire, et par le maillage bocager rythmant l’espace.

N Le Falgoux

Cette partie des terres, bien que sur les plateaux périphériques à la vallée, se trouve à une altitude moins élevée que les planèzes. Cette caractéristique est marquée par l’installation d’une végétation variée, commune à celle présente en fond de vallée. Quelques hameaux ponctuent l’espace qui est parfaitement exploité. Les parcelles sont bien délimitées, les haies nettes, et les prairies rasses. Le Vaulmiers

Saint-Vincens

Basses planèzes 32

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•Basse planèze - synthèse Lors de la détermination des différentes unités paysagères, on aurait pu considérer les basses planèzes comme le fond de vallée. En effet, au premier abord, seule la situation spatiale différencie ces deux portions du territoire. On trouve de nombreux points communs, comme le parcellaire hétérogène, le maillage bocager, la végétation ou encore l’occupation des sols. Et si les basses planèzes ressemblent tant au fond de vallée, c’est que leur altitude permet l’implantation des hommes, de leurs bêtes, et de leurs cultures. Mais la comparaison de ces deux espaces met en évidence des dynamiques différentes. En fait, il semblerait que les basses planèzes bénéficient de la qualité plane des plateaux, tout en profitant de leur position moins enclavante que les

fonds de vallée. Ici, on ne constate pas de trace d’embroussaillement ni de phénomène d’épaississement des haies. On ne voit pas non plus de parcelles qui auraient été converties en production sylvicole. Au final, peu de problématiques sont repérables sur cette unité, c’est pourquoi elle ne sera pas ou peu prise en compte dans les parties suivantes. De plus, les basses planèzes sont situées en dehors des limites communales des trois villages de la vallée, ce qui les place en marge des situations rencontrées.

Le paysage des basses planèzes montre les signes d’une exploitation intensive et efficace, sans phénomène de déprise visible Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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A/ l’étagement des activités pastorales 5/ Planèzes - terres d’estives

Cirque du Falgoux

Ici, le paysage visuel, mais aussi le paysage sonore, sont totalement différents de ce qui se trouve en contrebas. Car si au niveau du talweg, les sons de l’eau, des oiseaux ou même des tracteurs dominent, on constate que sur les plateaux, c’est le vent qui l’emporte. Et de plusieurs façons : d’une part, d’un point de vue sonore, en ne laissant aucun répit à nos oreilles qui reçoivent même le lointain concert des cloches et des beuglements. D’autre part, physiquement sur le milieu, en battant inlassablement les graminées, et sans faire de trêve pour les ligneux qui peinent à s’installer ici. La présence de burons abandonnés, en plus grand nombre qu’ailleurs dans la vallée, est l’indice d’un changement dans les pratiques pastorales. Seul le Buron du Chaussadier est encore en état, mais il semblerait que son usage ait été détourné. Nous aurons l’occasion de rencontrer plus tard Alain Mathieu, son propriétaire.

N Le Falgoux Planèzes / terres d’estives

Le Vaulmiers

Saint-Vincens

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Élevage et temporalité Sur les estives, plusieurs troupeaux partagent l’immensité des parcelles, et il est intéressant de remarquer la variété des races bovines présentes. En effet, nous sommes dans le Pays de Salers, et il va de soi que la race locale est la Vache Salers. Pourtant, nous rencontrons également des Limousines et des Aubracs, laissant supposer l’exploitation d’une partie des plateaux par des éleveurs venus d’ailleurs. D’une façon générale, tous les troupeaux sont composés de vaches allaitantes et d’un nombre important de veaux, donc élevés pour leur viande (les broutards). Leur séjour dans les estives à lieu de mai à octobre. Durant la période froide, le bétail reste dans les étables en fond de vallée, se nourrissant des réserves de foin collectées lors des fauches printanières.

Le buron du Chaussadier est différent des autres, et pour cause, il est totalement rénové. En fait, l’agriculteur Alain Mathieu a décidé d’en faire un restaurant spécialisé dans les plats traditionnels d’Auvergne. Chaque année, de nombreux touristes viennent ainsi «manger le paysage», puisque les viandes servies arrivent directement de l’élevage du l’éleveur-restaurateur. On remarque certaines entorses architecturales, comme les fenêtres en chien-assis ou le toit refait de tôle au lieu des lauzes traditionnelles.

Le buron du Chaussadier, rénové Troupeau allaitant de Salers

Aubracs sur les estives

Les burons Le Cantal est réputé pour ses burons, structures en pierre autrefois destinées à la production fromagère. Ayant pour la plupart perdu leur fonction première, ces centaines de bâtiments confèrent aujourd’hui encore un aspect bien particulier aux paysages des plateaux d’estive. Ils marquent le point d’aboutissement de diverses transformations architecturales, liées aux changements des modes d’occupation de la moyenne montagne. Les planèzes qui dominent la vallée du Mars ne dérogent pas à cette tendance, et en les parcourant, on rencontre des dizaines de burons, plus ou moins ruine. Un buron en ruine au-dessus du Vaulmiers Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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Troupeaux de vaches durant la saison chaude

Quelques moutons

Limites de parcelles en piquets d’acacia

Certaines parcelles sont exploitées par des roumains pour leur Gentiane (fabrication d’alcool)

Buron partiellement conservé

Des prairies sont réservées pour être fanées même l’été

Chemins de terre permettant d’accéder aux parcelles

Buron en ruine

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•Planèzes, terres d’estives - synthèse - Végétation rase - Landes à myrtilles - Ne sont pas ou peu parcourues par les touristes Le foncier - On note la présence d’éleveurs étrangers à la vallée du Mars : les Aveyronnais. Ces agriculteurs exploitent les planèzes durant la période estivale pour leurs troupeaux, mais sont moins attentifs quant à l’entretien des parcelles difficiles, qui tendent à s’enfricher progressivement (notamment sur les versants).

Élevage Pâtures estivales par les vaches allaitantes (élevage de veaux, «les broutards», et moutons) - Introduction de races bovines «étrangères» (on note la présence d’Aubrac en plus de la traditionnelle Salers) - Passage de vache laitière à la vache allaitante - Abandon des burons (bâti)

Nous verrons dans la seconde partie que la problématique du foncier est fondamentale sur cette partie du territoire, et a une forte influence sur toutes les dynamiques précédemment citées

Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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38

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II/ Une somme de processus à l’origine des grandes mutations paysagères

La décomposition du territoire en unités paysagère nous permet donc d’en extraire les dynamiques contemportaines visibles. Globalement, l’évolution de la vallée tend vers un enfrichement progressif des parcelles, synonyme d’un certain déclin de la vie sur place. Si une idée devait résumer l’ensemble des processus qui animent son paysage aujourd’hui, on pourrait la formuler ainsi : << Un dépeuplement humain pour un repeuplement végétal, et inversement... >> Mais les différentes observations montrent généralement qu’il y a eu

un «avant». Les vestiges d’une intenses exploitation de l’espace sont en effet visibles, comme les haies, les burons ou encore la forêt du Falgoux. En regardant ce qui s’est passé au cours du siècle dernier, on comprend que l’entretien des paysages ouverts est avant-tout une question d’Homme et de pratique agricole. Au commencement, l’exode rural, et d’importantes mutations des structures agraires, sont à l’origine de l’abandon partiel des terres. Le caractère enclavé de la vallée a renforcé son déclin, car la plaçant en marge des flux touristiques pourtant importants dans le département.

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A/ Un territoire enclavé

N

1/ Trois communes en marge du Pays de Salers

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Pays de Salers

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2/ Une position exclue du flux touristique

Les trois communes principales de la vallée du Mars sont situées dans une position de double isolement. D’une part, on constate que leur place périphérique par rapport à la communauté de communes du Pays de Salers les éloigne du centre de décisions et d’influence que constitue la ville de Salers. D’autre part, la topographie de la vallée, très encaissée, provoque un isolement géographique très marqué. Peu de routes alimentent la vallée, et la route qui relie les deux «tours Eiffel» du département (le Puy Mary et la ville de Salers) passe en lisière de vallée, sans réellement y pénétrer. Peu de touristes font ainsi le détour pour visiter la vallée du Mars.

Saint-Vincent-de-Salers A’ Le Vaulmiers B’ Le Falgoux C’ Salers

Puy Mary

Principal axe touristique

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Unpôles des Un des 1/ Un des pôles de dépeuplement en France

Rendu diagnostic CERAMAC – Mairie du Vaulmieur ­  8 avril 2013

Rendu diagnostic CERAMAC – Mairie du Vaulmieur ­  8 avril 2013

B/ La vallée du Mars, zone de déprise

pôles de dépeuplement en France de dépeuplement en France

Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin


Rendu diagnostic CERAMAC – Mairie du Vaulmieur ­  8 avril 2013

Le contexte géographique : l’environnement humain

• Un énorme exode rural, Ces cartes mettent en des évidences les régions les plus touchées par évolutions l’exode des populations. Le Cantal apparaît clairement comme un préoccupantes des secteurs les plus concernés au cours de la seconde moitié du XX°s. Il est intéressant de noter que si le phénomène semble s’être • national Conséquences atténué au niveau ces vingt dernières années, la partie Nord du Cantal comprenant la vallée du Mars est encore largeclassiques : ment touchée. vieillissement, recul de la Plus précisément, ce graphique montre qu’au cours des deux siècles derniers, la population des trois villages de la vallée a forpopulation active

Évolution de la population en nombre d’habitants pour les trois villages de la vallée

tement diminué, avec une accélération nette à partir de la deuxième moitié du XX°s.

 En 2009, 295 habitants dont 164 (56 %) de plus Cet exode important a des conséquences qui peuvent être dramatiques pour la vie dans lade vallée : unans vieillissement général de 60 la population (en 2009, 56% a plus de 60 ans et en 2011, on ne pour Enquatre 2010, 287 compte aucune naissance décès). Il s’enhabitants suit un phénomène d’isolement logique, avec un recul des commerces et des  En 2011, 0 naissance, 4 services (fermetures successives des deux écoles primaires de la vallée, départ des derniers artisans). décès

• Isolement, recul des commerces et services, modeste développement touristique

Le développement touristique connait ainsi une stimulation très faible, malgré le potentiel de la vallée.

Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

Source : INSEE, EHESS Source : INSEE

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2/ Un peu d’histoire pour comprendre l’exode En fait, la vallée du Mars connaît un exode de sa population depuis plusieurs siècles. En effet, la pauvreté du terroir et les besoins des villes ont depuis longtemps favorisé des courants migratoires à sens unique. Les zones de montagnes aux conditions de vie difficiles sont ainsi les plus concernées avec d’un côté la fuite de la misère, mais aussi l’appel de la richesse à l’extérieur. Dès la fin du XVII°s, les cantalous sont montés à Paris pour effectuer les travaux durs et fatigants que les Parisiens boudaient, comme porteur d’eau. Avec l’arrivée de l’eau courante à Paris, les Cantalous se convertirent en marchands de charbon, plus connus sous le nom de «bougnats» (voir carte postale ci-contre). Après 1860, l’arrivée du chemin de fer bouleverse les métiers et les destinations. On voit ainsi les métiers du bois s’exporter (scieur de long, sabotiers…), et d’autres artisans comme les boulangers qui partirent

Scieurs de long 44

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vendre leur savoir-faire en Espagne (le patois Cantalou, proche de l’espagnol, favorise cette destination déjà facilitée par la Route de Compostelle). Plusieurs familles de la vallée du Mars sont concernées par cette migration. Au XIX°s, une autre activité s’accompagne de nombreux départs depuis la vallée jusqu’à Paris : les ferrailleurs ou marchands de métaux. De nombreux commerces voient le jour dans la capitale, à tel point que la vallée prend alors le surnom de «Vallée des Ferrailleurs». Les nombreux marchands partis faire fortune à Paris revinrent pour y construire de grandes maisons, massives, symbole de la richesse acquise lors de leur exode. Ces «maisons de notables» confèrent un caractère unique au paysage de la vallée, et restent le témoin d’une prospérité passée. Mais les héritiers de ces marchands sont restés dans les villes, et de nombreuses maisons devinrent des résidences secondaires lors de la disparition de leurs pères. Exportation de spécialités d’Auvergne à Paris

Les ferrailleurs à Paris Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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3/ Les conséquences de la migration définitive

On note plusieurs types de migrations : La migration saisonnière, liée aux activités rurales. La migration pluriannuelle, qui suppose un retour lorsque l’on a gagné assez d’argent. La migration viagère, qui suppose l’idée d’un retour après 10 à 30 années d’absence et une installation permanente dans la région d’accueil. Et enfin la migration définitive due à la fixation des héritiers dans le pays d’accueil. On ne revient au pays que pour les vacances. La vallée du Mars a été et est toujours concernée par ce dernier cas, avec pour conséquence nombre de maisons inhabitées durant toute la saison froide, et donc une population permanente restreinte. L’étude de la répartition des surfaces occupées par les résidents et les non-résidents permet de lier le phénomène de l’exode aux modifications du paysage. Sur la page ci-contre, les graphiques mettent en évidence un déséquilibre important, à l’origine d’une vie à deux vitesses dans la vallée. Durant la période estivale, les habitants extérieurs viennent profiter des qualités paysagères de la région et habitent la vallée dans des maisons souvent héritées de leurs ayeux. Les huit mois restants, seuls les permanents vivent ici, souvent des agriculteurs. De cette situation résulte un délaissement progressif de la vallée par les commerces et les services qui ne peuvent subsister grâce à la seule effervescence de l’été. De nombreuses maisons comme celle-ci restent inhabitées une majeure partie de l’année

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Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin


Graphique 6 6 000,00 %

La situation du Falgoux est la plus parlante. Pour le Vaulmiers, on note que les personnes 4 500,00 % En 1913, les non-résidents possédaient déjà originaires ont été essentiellement aussi 39% des surfaces (chiffre à nuancer, car le attirées par la région parisienne. La matrice plus grand propriétaire vivait au Vaulmier).3 000,00 % cadastrale de 1913 révèle que de nombreux non-résidents travaillaient dans les métaux En 1994, la situation progresse dans ce sens, (les ferrailleurs), et leurs descendants sont les non-résidents occupent 68% de la surface aujourd’hui installés dans la région parisienne. 1 500,00 % totale. Ces propriétaires se répartissent sur la quasi-totalité de la France, avec une majorité L’exode rural est donc très marqué dans cette habitant la région parisienne. commune. 0 % Résidents

1913

À Saint-Vincent-de-Salers, on relève que sur 1099 ha, 804 ha appartiennent à des non-résidents, et seulement 295 ha à des résidents permanents. Parmi les non-résidents, des Parisiens, des Allemands, et des habitants du Cher. Par rapport à 1913, la situation s’est inversée : les non-résidents sont les plus nombreux.

Non-résidents

1994

Graphique 6 70 %

60 %

80 %

53 %

45 %

60 %

35 %

30 %

40 %

18 %

15 %

20 %

0 %

Résidents

Non-résidents

Répartition des superficies des propriétés individuelles entre résidents et non-résidents en 1913 et 1994 au Falgoux

0 %

Résidents

Non-résidents

Répartition des superficies des propriétés individuelles entre résidents et non-résidents en 1913 et 1994 au Vaulmiers

Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

0 %

Résidents

Non-résidents

Répartition des superficies des propriétés individuelles entre résidents et non-résidents en 1913 et 1994 à Saint-Vincent

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B/ L’évolution des structures agraires

1/ Un paysage qui suit l’évolution de l’agriculture

Parallèlement à ces phénomènes d’exode de la vallée vers les villes, les pratiques agricoles ont connu de profonds changements en terme de types de productions et de structures agraires. Avant le XIX°s, l’agriculture rencontre des conditions difficiles en raison du climat, mais surtout de la pauvreté des sols siliceux. La nature produit spontanément des Pins sylvestres, des Genêts, des Bruyères et des airelles. C’est à ces éléments qui charment aujourd’hui le vacancier que le paysan a dû disputer depuis toujours ses terres labourables. Les champs cultivés en assolement biennal donnaient essentiellement le Seigle, céréale panifiable, car le froment ne pousse pas dans un sol aussi ingrat. Un an sur deux, le sol est en jachère, sauf quelques portions auxquelles on réserve la fumure et qui portent un peu d’orge et d’avoine, des choux, des raves et surtout des pommes de terre. Le long des ruisseaux, les fonds humides sont des prés où l’on récolte le foin pour l’hiver. Les parties les plus sèches sont les pâturages à bovins ou à moutons. Le bétail est rare et maigre. Les vaches fournissent le travail, et un peu de lait pour la consommation familiale et les veaux. Elles doivent avant tout être rustiques en raison du climat et du peu de nourriture disponible. Quelques moutons fournissent la laine. On est ainsi en présence d’une polyculture strictement vivrière, complétée si possible par quelques activités annexes, et qui n’a évolué que lentement vers la production de fromages destinés à l’exportation hors de la vallée. Progressivement et jusqu’au milieu du XX°s, la vallée du Mars jouie d’un élevage à forte dominance de vaches Salers, pour la production de lait et de fromages fermiers (principalement le Cantal et le Salers). Ce type de production à vocation essentiellement laitière était vecteur d’une exploitation totale des surfaces ouvertes, car nécessiteuse en herbe et en fourrages (voir ci-contre la photo de la vallée en 1950) 48

Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

1908

1950


À partir des années 60, la vallée du Mars comme de nombreux territoires de moyenne montagne entame un virage important dans ses modes de production agricole. La baisse de la démographie citée précédemment s’accompagne d’une somme de facteurs qui amorcent le déclin plutôt rapide de la vallée. Parmi eux, on note un renchérissement du cout de la main-d’œuvre, avec un recrutement difficile de nouveaux personnels. Et le développement de la protection sociale ne facilite pas les choses. S’ajoutent une forte concurrence du fromage issu des laiteries se développant sur les basses plaines, ainsi qu’une mécanisation de la traite difficile et pour partie liée au caractère conservateur des éleveurs locaux. Sans valorisation des spécificités du système traditionnel, la vallée du Mars peine à maintenir son nombre d’exploitants, et ce même si quelques éléments favorables tentent d’inverser la tendance : le développement du tourisme associé au Puy Mary, ainsi que le décret d’AOC Salers (1961). 2010

L’exemple du Falgoux : La comparaison de ces trois photos permet d’observer la dynamique d’enfrichement que l’on peut retrouver à de nombreux endroits dans le fond de vallée. • Au début du XX°s, le Falgoux est entouré de prairies ouvertes, délimitées par des haies bocagères entretenues. On notera que cette première photo a été prise en hivers, ce qui permet de voir très nettement l’emplacement des bosquets de résineux, au niveau du Mars. • En 1950, on constate l’apparition d’un petit nombre de ligneux dans les hauteurs, et un épaississement notable des haies. • La troisième photo est radicalement différente. La strate arborée se rapproche très nettement du village, et les haies deviennent floues. Les prairies sont toujours fauchées ou pâturées, mais certaines zones pentues ou accidentées sont délaissées.

Le passage à l’allaitant s’engage dès les années 60, puis s’impose dans les années 80 et 90. On assiste alors au développement des doubles-troupeaux (lait-viande). Cette transition est permise par certaines prédispositions de la vallée, comme le caractère étendu des exploitations, le potentiel allaitant de la race Salers ou encore le savoir-faire incontestable des éleveurs. Dans ce sens, les Aides à la Cessation Laitière consécutives aux Quotas Laitiers (1984) favorisent la baisse de la production de lait. Au début des années 90, l’arrêt de la collecte du lait par les énormes coopératives nationales 3A et Lactalis (Besnier à l’époque) dans la vallée marque le point final dans la production laitière, à une exploitation près. En effet, l’isolement géographique et la topographie difficile ne permettent plus aux éleveurs d’être concurrentiels face aux géants qui se développent en aval dans les bassins de production. C’est ainsi qu’en 2001, le dernier laitier de la vallée, au Vaulmiers, stoppe sa production. Les conséquences sur le paysage sont notables surtout en fond de vallée, où les surfaces difficiles sont moins exploitées, et les haies moins entretenues.

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« L’évolution des pratiques pastorales par

l’abandon de la fabrication du fromage et le passage au troupeau allaitant, ce n’est pas quelque chose de dangereux pour les surfaces de plateau. Les vaches allaitantes exploitent relativement bien les surfaces de plateau. Là où il y a danger, c’est sur les accès à ces plateaux, c’est à dire les vallées qui les bordent ». Alain Mathieu, agriculteur-restaurateur au Vaulmier. Pour Alain Mathieu, le véritable enjeu se situe dans les fonds de vallée, où les surfaces sont plus difficiles à exploiter. Mais d’un point de vue paysager, si on admet que les planèzes n’ont pas subit d’importantes modifications en terme d’enfrichement, il faut souligner que le patrimoine culturel bâti, les burons, a totalement été abandonné. En effet, l’arrêt de la production traditionnelle des fromages a logiquement provoqué le délaissement du lieu-même de leur fabrication. C’est ainsi qu’en parcourant les plateaux, on rencontre régulièrement ces bâtisses en pierre, souvent encastrées dans la terre, dans des états de délabrement variables (voir ci-contre). 50

Burons sur les planèzes à différents stades d’abandon

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Les propos des différents acteurs du territoire recueillis dans la vallée confirment les tendances observées. Ici, chacun semble être conscient du changement brutal des paysages.

« C’est un paysage qui se ferme, puisque les bois envahissent et descendent. Sur ce versant en particulier, il y avait des landes à myrtille. On allait cueillir des myrtilles là, maintenant c’est envahi par les fougères, ensuite, les genêts, puis les bois. Le moindre pâturage était utilisé, tout se faisait à la main, la fenaison, et les bêtes pâturaient. Maintenant avec le tracteur c’est pas possible, vous voyez bien les pentes qu’il y a. Je me souviens, adolescente, voir passer les chars de foin. Partout ailleurs il y avait les tracteurs dans la vallée, et ici ça a été un peu retardé du fait du relief. C’est ainsi que certaines pâtures ont été abandonnées ».

« Au niveau du paysage, il y a des change-

ments très importants qui sont liés à la végétation, les parties non mécanisables, pentues, ne peuvent plus être entretenues. On voyait bien les bâtiments, les granges, qu’on voit moins bien aujourd’hui parce que le taillis prend le dessus. Là où la machine va, l’homme peut aller, et là où la machine ne va plus, c’est du pâturage et puis le pâturage ça devient un peu du taillis ». Hervé Latournerie, restaurateur, Col d’Aulac.

Geneviève Fabre, maire du Falgoux.

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2/ Une mutation double

Le passage de la vache laitière à la vache allaitante n’est pas la seule cause de la fermeture du paysage de la vallée. En effet, bien que ce changement de type de production ait entamé un processus d’abandon de certaines pâtures en fond de vallée, il faut ajouter la dégringolade du nombre d’exploitants au cours des 70 dernières années. Car si le nombre d’agriculteurs a bien chuté, la surface exploitée (et donc à entretenir!), elle, reste importante. À partir de 1929, on constate une nette diminution du nombre d’exploitations dans la vallée, correspondant aux mutations démographiques citées en début de chapitre. Cette accélération des disparitions d’exploitations peut être expliquée par plusieurs facteurs : d’une part l’importance des générations correspondant aux tranches d’âge 55-65 ans, additionnée aux mesures d’abaissement de l’âge de la retraite,

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avec la mise en place en 1992 de la préretraite à partir de 55 ans. En fait, les exploitants ayant cessé leur activité soit parce qu’ils avaient atteint la limite d’âge, soit parce que leurs revenus étaient insuffisants n’ont pas été remplacés. Ceux qui partent laissent leurs terres, et dans la plupart des cas, l’exploitation n’est jamais reprise dans son intégralité : seules les meilleures parcelles sont exploitées. Autrement-dit, beaucoup partent, mais ceux qui restent sont de bons exploitants qui ont ainsi augmenté leur superficie d’exploitation. Ces mêmes actifs reprennent ou ont repris une partie, mais une partie seulement, de ce qui a été abandonné. Cela signifie qu’il y a un agrandissement net des exploitations en même temps qu’une diminution de leur nombre. Tandis que la SAU moyenne par exploitant était de 44 ha en 1979, elle est de 78 ha en 2010.

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Le Falgoux Saint-Vincent Le Vaulmiers Total

1929 227 104 122 453

1955 45 31 27 103

1970 31 20 18 69

1979 29 17 14 60

1988 23 16 12 51

2000 12 10 8 30

2010 6 3 9 18

500 500

Le Falgoux

Saint-Vincent

Le Vaulmiers

Total

375 375 Évolution du nombre d’exploitations sur les trois communes, de 1929 à 2010 250 250

125 125

Le Falgoux Saint-Vincent Le Vaulmiers Total

00 1929 1929 1929 227 104 122 453

1955 1955 45 31 27 103

1970 1970 1970 31 20 18 69

1979 1979 1979 29 17 14 60

1988 1988 1988 23 16 12 51

2000 2000 2000 12 10 8 30

2010 2010 2010 6 3 9 18

500

Le Falgoux

Saint-Vincent

Le Vaulmiers

Total

375

250

125

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29 % 29 % 3/ La problématique du foncier, au coeur des préoccupations

SAU

Le Falgoux Le Falgoux Le Falgoux Le Vaulmiers Saint-Vincent Total

1220 Le 935 1072 3227

Siège dans la commune Le Vaulmiers 707 Vaulmiers 383 197 1287 39,88 %

Siège Cantal hors Siège hors Cantal commune 513Saint-Vincent 0 Saint-Vincent 336 217 739 135 1588 352 49,21 % 10,91 %

11 % 11 % 40 % 40 %

« La vie dans la vallée s’enrichissait de l’ac-

tivité des estives. À savoir que la vie dans la vallée, c’était toutes les surfaces de base de chaque exploitation, additionnée de l’activité des surfaces en estive. Ce qui explique le déclin de la vallée, c’est l’addition de ces opérations : vente des grosses exploitations, rachetées par les petits exploitants du coin (seulement les surfaces de base), et les surfaces qui nous entourent (les planèzes), à plus de 60% appartiennent à des exploitants extérieurs. Ça veut dire qu’au déménagement des hommes, s’est ajouté le déménagement du foncier ». Alain Mathieu.

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Les parcelles agricoles selon la localisation du siège

49 % 49 %

Siège dans la commune Siège dans la commune Siège hors Cantal Siège hors Cantal

Siège Cantal hors commune Siège Cantal hors commune

Le départ des exploitants n’explique pas seul la dynamique d’enfrichement que l’on constate dans la vallée. Il faut ajouter le fait qu’une grande part des surfaces les plus rentables ont été rachetées par des producteurs dont le siège d’exploitation se trouve à l’extérieur de la vallée, voire même du Cantal. Ces «étrangers», bien qu’ayant également récupéré certaines surfaces de base (en fond de vallée), concentrent leur travail sur les terres d’estives. Il en résulte un nombre important de parcelles abandonnées ou peu entretenues dans les fonds de vallées et sur les versants. En fait, seuls les locaux continuent de véritablement entretenir les terres difficiles, bien conscients que même si elles sont moins rentables, le maintien de ces surfaces ouvertes est vital pour la sauvegarde globale de la vie dans la vallée.

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Une répartition déséquilibrée des estives :

Saint-Vincent-de-Salers

Le Vaulmiers

Sur cette carte, on distingue les parcelles appartenant aux exploitants locaux des parcelles appartenant aux exploitants «extérieurs». La répartition des tâches montre qu’une grande part des estives est exploitée par les éleveurs dont le siège est à l’extérieur de la vallée. Le fond de vallée reste relativement «local», notamment au Falgoux, mais on constate au Vaulmiers et à Saint-Vincent qu’une partie des terres appartient néanmoins aux agriculteurs extérieurs.

Le Falgoux

Répartition des parcelles selon l’emplacement du siège d’exploitation

Exploitants locaux

N

Exploitants extérieurs Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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« On est dans un département où on ne constate pas encore une réelle déprise agricole. Par contre, on a des secteurs assez ciblés, qui sont des secteurs un peu isolés, ce qui pose des problèmes d’ordre sociaux (éloignement des services), en forte altitude, avec des surfaces agricoles pentues, pour lesquelles commence à se poser de façon très nette cette question de la déprise agricole. Et c’est notamment le cas de la vallée du Mars, où on assiste à des difficultés plus grandes à renouveler les exploitations agricoles, et à installer les jeunes. Cela se traduit par un enjeu paysager un peu plus fort qu’ailleurs, et notamment la question du maintien de l’ouverture du paysage et de l’entretien des surfaces agricoles ». Boris Calland, du Service d’économie Agricole à Aurillac

« La question foncière est fondamentale. Le prix du foncier exorbitant bloque l’installation, et le morcellement parcellaire, avec les questions de l’aménagement foncier ne sont plus une prérogative de l’état. Il y a la question de la consommation de l’espace agricole: les gens qui sont venus de l’extérieur sont venus parce que les locaux ont délaissé ces territoires. C’est issu de l’histoire agricole, quand l’économie laitière (production fromagère) qui était faite en montagne (estives de mai à octobre) dans les burons s’est arrêtée, avec une reconversion vers les systèmes allaitants. C’est compliqué, car si les Aveyronnais n’étaient pas venus récupérer ces terres abandonnées par les Cantaliens, on aurait sans doute eu beaucoup plus de boisements et d’enfrichements. C’est aussi dû aux instances de développements agricoles qui incitaient les exploitations cantaliennes à intensifier en bas de vallée et à délaisser les parties hautes ». Stéphane Nuq, chef du SCAD à la DDT Cantal.

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Sur l’aspect du foncier, on constate que les jeunes qui veulent s’installer se retrouvent coincés par un prix des terres exorbitant, voire anti-économique : 5000, 6000, parfois 10 000 euros l’hectare, pour des terres qui n’ont pas une telle valeur agronomique. Il y a de fait une déconnexion entre le potentiel agricole et le prix des sols. On peut ajouter qu’il y a peu de terres disponibles, en raison de nombre élevé d’exploitants extérieurs. 4/ De l’abandon de la main d’oeuvre à l’abandon de la vallée « Le problème du foncier, c’est le problème fondamental du redressement de la situation dans la vallée. À savoir que le potentiel appartient à l’espace. L’espace nous a échappé. Je vous ai dit que 60% des surfaces utiles étaient exploitées par des gens de l’extérieur. On ne vit pas un déménagement du foncier à ce niveau sans que ça ait des conséquences sur le prix du foncier. Ça veut dire que pendant que des gens de l’extérieur ont acheté 60% du territoire, on a laissé faire. Ça veut dire que pendant tout ce temps, on a pensé que le foncier était trop cher pour nous, et à ce prix là. Mais aujourd’hui, alors qu’on a de la jeunesse disponible et volontaire pour le service sur ce lieu, ces gens-là regardent des camions remplis d’animaux qui débarquent chez eux, dans leur commune, à 20 ans, et voient débarquer des animaux venus de 150km qui viennent prélever dans leur environnement le produit de l’exploitation de la terre, chaque année ».

Un facteur supplémentaire aggrave la situation des exploitations déjà installées : l’abandon de la main-d’œuvre salariée (hors cadre familial). Au Vaulmier par exemple, s’il y avait 17 salariés en 1970, il n’en restait plus que 6 en 1979, et plus aucun 9 ans plus tard. L’entretien avec le maire du Vaulmiers révèle que le problème de la main d’oeuvre est une réelle préoccupation pour la vallée. En effet, il s’avère de plus en plus difficile de trouver un ouvrier agricole, et les couts pour l’employeur posent problème (charges sociales ajoutées au salaire). Cette nouvelle difficulté est directement liée aux facteurs précédemment cités : le vieillissement de la population qui limite le nombre de bras disponibles sur place, et surtout, l’arrêt de l’activité fromagère dans les estives. En effet, produire du fromage supposait une main d’oeuvre importante. Une exploitation qui faisait le cantal employait au minimum trois personnes à plein temps (le vacher, le boutillier, et le pâtre, et parfois même un bouvier). Quand la production a cessé, cette main d’oeuvre est partie sans se réinvestir dans la vallée.

Alain Mathieu Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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1950

2012

Bien que l’angle de vue ne soit pas tout à fait le même, la comparaison de ces deux photos illustre parfaitement la progression de la strate arborée en bas de versant. La parcelle en contre-bas semble être toujours exploitée avec la même intensité, contrairement à celle qui surplombe la maison de notable. En 60 ans, le bois est devenu dense et opaque,

rattrapant les habitations qui se retrouvent étouffées. Concernant la haie, le constat est du même ordre : tandis qu’elle est tout juste visible sur l’image de gauche, on voit le bocage qui s’est épaissi sur celle de droite, signe d’un entretien moins soutenu pas les exploitants.

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Ces deux cartes postales datant de la première moitié du XX°s montrent des versants totalement ouverts et des prairies parfaitement exploitées. Les haies sont nettes, et l’environnement du Falgoux est

dégagé. Aujourd’hui les choses sont bien différentes, car l’espace se referme progressivement, faute d’hommes pour l’entretenir.

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C/ Quand la ressource bois ne s’exporte plus

Parallèlement au déménagement des hommes et à l’abandon progressif des parcelles agricoles, s’ajoute un phénomène de vieillissement des forêts, notamment au Falgoux. Autrefois exploitées pour leur bois, les forêts consitituaient le deuxième pilier économique de la vallée. Jusque dans les année 70, on comptait pas moins de 9 scieries sur les trois villages, avec une intense activité d’exploitation et de transformation du bois, ensuite exporté notamment pour les charpentes. Mais après plusieurs tempêtes, et surtout avec la concurrence des scieries situées dans des endroits plus accessibles, la vallée cessa rapidement d’exploiter ses forêts, faute d’acheteurs. Il en résulte un bois épais, et dont l’économie serait difficile à relancer, car les sujets sont maintenant bien trop vieux pour être vendus.

« On a une forêt de 700 ha, et nous avons des gros sapins mais nous n’arrivons pas à les vendre. Les besoins ont changé. Nous avions des scieries, mais tout ça a disparu. Les grosses scieries c’est en Corèze par exemple ». Mme Fabre, maire du Falgoux

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Scieries au Falgoux - 1950


• La forêt domaniale et les bois privés

Une large majorité du l’ubac, comprenant le cirque du Falgoux, appartient au domaine publique. Les communes, qui bénéficiaient de l’exploitation du bois bénéficiaient d’une prospérité économique inffluant sur l’ensemble du territoire.

Forêts privées Forêts publiques

N Source : IFN, CRPF Auvergne EL CERAMAC 2013

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Planèzes exploitées pendant la période chaude, essentiellement pour la production laitière. Élevage de Salers, espèce adaptée au terrain. - Fabrication de fromages dans les buron = habitat pastoral saisonnier - Élevage de porcs / charcuterie

Jusqu’au milieu du XIX°, Un territoire tenu par la complémentarité et l’étagement des activités

Buron Troupeau laitier

Planèzes / terres d’estives Bois communal

Exploitation forestière sur les parcelles privées et communales. Valorisation directe en fond de vallée (scieries)

Boisement mature Arbres jeunes Coupe récente

Scierie

Transhumance humaine et animale par l’intermédiaire des versants (réseau de parcours pastoraux) Entretien extensif des étages intermédiaires par la pâture et la fauche manuelle des prairies (lieu d’implantation de granges) Présence de bois sur les seuls accidents topographiques (surfaces pentues)

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Grange

Chemins d’accès aux granges et aux estives Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin


À partir les années 50, déconnexions foncières et baisse de l’activité = délaissement des paysages

Buron en ruine

Troupeau de vaches allaitantes, avec de nombreux veaux : les broutards

Enfermement complet de granges

Non-renouvellement des boisements : vieillissement de la forêt Aménagement foncier (suppression de haies), Disparition des scieries Traces de «moutonnement», sous-pâturage de parcelles Épaississement des haies / progression de la forêt Grange abandonnée

«Timbre-poste» , parcelle reconvertie en boisement d’exploitation

La récupération des terres d’estives par les exploitants extérieurs à la vallée a brisé le lien qui favorisait le maintien de ses paysages. Les versants intermédiaires par lesquels transitaient les estivants s’en retrouvent également moins entretenus.

Grange

Route principale Maxime FOUCARD - Ensap Bx 2013 - Vallée du Mars, paysage en déclin

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III/ Comment favoriser le maintien de l’activité dans la vallée, garant de l’entretien de ses paysages ?

«Faire de la prospective, c’est explorer les futures possibles, et non prolonger les tendances» Lydie Menadier, doctorante en géographie. Compte tenu de la brutalité des changements (à peine plus de 50 ans), on peut imaginer qu’à terme et sans intervention extérieure, la vallée du Mars se boise significativement, laissant peu de chance à un retour de l’homme. Et c’est bien là tout l’enjeu, car on peut se demander si un système agropastoral de ce type de territoire est toujours adapté aux contraintes économiques actuelles. Si ce n’est plus le cas, pour quelle raison chercher à maintenir la présence humaine dans un lieu qui n’est plus compétitif en terme de production agricole brute ? En réalité, ce n’est pas la perte d’un secteur «rentable» qui est en jeu, mais celle d’un paysage tout entier, comprenant un patrimoine naturel et culturel rare, à préserver. Le boisement total de la vallée serait l’ultime indice. Celui d’un déménagement définitif de toutes les activités, tourisme compris, car peu de vacanciers destinent leur séjour à des promenades en forêt dense, sans vue, sans vie. Nous l’avons vu précédemment, le paysage est ici intimement lié aux enjeux agricoles, eux-même affectés par le vieillissement et l’exode des populations. Il convient donc de tenter de trouver des moyens pour favoriser le renouvellement de la population locale, en intégrant la vallée dans un contexte contemporain, tourné vers l’avenir et non vers ses racines agropastorales (sans pour autant les nier). Il va de soi qu’un paysage ne peut survivre sans une économie viable, durable. Et même s’il est fréquent que ce type de territoire soit «sous perfusion» vis-à-vis des administrations publiques (nombreuses subventions), il semble impératif de trouver de nouveaux débouchés aux 64

ressources pourtant nombreuses dans la vallée, et notamment le bois. À une époque où le contexte énergétique mondial tend à ralentir l’utilisation d’énergies fossiles, il semblerait que filière bois puisse trouver un rôle majeur dans ce sens. Le tourisme constitue lui aussi un vecteur important de retombées économiques, et la vallée doit absolument s’inscrire dans les destinations privilégiées des visiteurs, en modernisant ses activités (éco-tourisme, ferme-auberges...) et en valorisant son caractère pittoresque unique (cascades, randonnées, géologie, burons, faune et flore...). D’autre part, nous avons vu que même si de jeunes agriculteurs sont prêts à fournir des efforts pour travailler dans la vallée, l’acquisition pour eux de terres nouvelles est très difficile. Cette question du foncier semble être la plus ardue à résoudre. Pouvons-nous inciter les exploitants extérieurs à revendre leurs terres d’estives à de jeunes actifs prêts à s’installer dans la vallée? En tout cas, la maitrise foncière semble être une priorité pour limiter le délaissement des parcelles en fond de vallée. Il est aussi nécessaire de mettre en place des mesures qui pallieront au problème du renouvellement générationnel, et qui permettront la «fixation» d’une nouvelle population permanente et active. Rendre la vallée attractive, en l’adaptant au mode de vie actuel. Quel jeune viendrait aujourd’hui s’installer, en sachant qu’il n’y a pas de connexion internet moderne dans la vallée..? Les premières pistes sont déjà disponibles, elle viennent du Service d’Économie Agricole.

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1/ Des politiques agricoles adaptées

Il y a deux façon dont la politique agricole peut jouer. La première façon est en favorisant le maintien des agriculteurs dans la région. Plus il y aura d’agriculteurs, plus le paysage sera entretenu. Il y a la politique de l’installation, pour favoriser le renouvellement des agriculteurs. Il y a les aides au revenu, des aides directes, qui favorisent la viabilité des exploitation et leur maintien.

Dernier aspect important : les Aides Animales Couplées : aide à la vache allaitant, à la brebis, à la chèvre, parce qu’on sait qu’il faut maintenait ces animaux dans ces zones. «D’autres pays on fait l’expérience de mettre fin à ces aides animales couplées et ont constaté une baisse rapide du nombre d’animaux, avec des conséquence directes sur le paysage».

Autre aspect : accompagner la modernisation des exploitations au travers d’un Plan Bâtiment, ou favoriser la diversification (vers le tourisme, vers d’autres activités agricoles, vers la transformation des produits), visant à maintenir la viabilité économique des exploitations.

Dernière chose, depuis la réforme de 2003, on a introduit la conditionnalité des aides : on est dans ce qu’on appelle la multifonctionnalité de l’agriculture (activité de production, mais aussi activité de préservation du milieu, avec un dimension paysagère importante). Il a été décidé qu’en contrepartie des aides versées, il y avait obligation de respecter un certain nombre de norme dites de «bonne pratiques», dont fait partie «l’entretien minimal des terres». Dès qu’une parcelle a trop de broussaille, elle perd le droit aux aides agricoles.

L’autre aspect de la politique va être d’inciter en terme de pratiques les agriculteurs à avoir des pratiques favorisant le maintien d’espaces ouverts, le bon entretien des surfaces. L’Indemnité Compensatrice de Handicap Naturel (ICHN) est faites pour le maintien des exploitations en zones de montagne, avec par exemple, dans ses critères, un chargement minimal (nombre minimal d’animaux à l’hectare) pour favoriser l’entretien des parcelles. Il y a aussi la Prime à l’Herbe qui favorise le maintien des prairies. Il y a les mesures agro-environnementales territorialisées, qui sont adaptées, parcelle par parcelle, en fonction des enjeux, par exemple, la reconquête des milieux, pour des territoires où on peut accompagner les agriculteurs qui vont prendre des espaces en friche et les remettre en situation d’exploitation agricole.

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2/ Propositoins transversales

«Un Grand Site est un lieu naturel d’exception, reconnu au niveau national et bénéficiant d’une mesure de protection (site classé selon la loi de 1930 sur les sites et monuments historiques). Victime de sa très forte notoriété, la surfréquentation touristique qu’il subit dégrade fortement cet environnement riche et fragile.» Le Syndicat Mixte du Puy Mary est à l’origine de la classification Grand Site de France du site du Puy Mary. Ses principaux objectifs pour y parvenir et pour la conserver sont de restaurer le site sur le plan paysager, déterminer une politique de gestion durable, et permettre que les mesures adoptéesbénéficient au développement économique local. Il apparaît ainsi comme un interlocuteur commun parmis tous les acteurs de la vallée, et son rayon d’action s’étend à l’échelle départementale.

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Pour Catherine Argile, responsable SCAD à la DDT du Cantal, le syndicat mixte constituerai le maître d’ouvrage le plus efficace pour entreprendre des actions concrêtes visant à désenclaver la vallée du Mars. On peut déjà cité l’implantation de deux Maisons de Sites dans les vallées de Dienne et de Manday, la prochaine étant prévue pour le Falgoux. L’objectif de ces Maisons est d’apporter un relai d’information et un lieu d’êvenement décentralisé du Puy Mary. Selon Bertrand Gauvrit, le directeur du syndicat mixte, cette opération vise à limiter l’affluence touristique sur les Puy Mary (problèmes de sur-fréquentation) pour la redistribuer dans les vallées périphériques. Les effets d’une telle initiative peuvent être supposés comme étant largement positifs en terme de fréquentation pour la vallée du Mars. Ci-contre, une liste de propositions transversales personnelles pouvant répondre à la problématiques de l’entretien des paysages :

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Action / objectifs Outils / Moyens d’y parvenir Maintien des payages ouverts par une agricul- - Développement de la production viande et ture moderne et viable fromagère à forte valeur ajoutée (aujourd’hui, l’AOC est faible)

Conséquences - Augmentera le revenu des agriculteurs, et donc leur capacité à embaucher du nouveau personnel, facteur déterminant dans l’entre- développement de l’agro-tourisme, avec les tien des paysages ouverts fermes auberges, diversification des produits et des services proposés - Valorisera la production locale - Installer un atelier collectif de découpe de la viande / de valorisation des déchets bois (litière, plaquettes pour le chauffage)

- s’inspirer du Buron de Chaussadier pour intégrer l’agriculture au circuit touristique Maintien d’une motivation socio-économique. - Faire de la vallée un pôle d’activités, avec par - Limitera le vieillissement de la population Créer des dynamiques attractives favorisant la exemple une formation agricole en alternance, - Donnera une identité contemporaine à la valvie dans la vallée en contrat avec les agriculteurs locaux lée - Aider les artisans/artistes à s’installer par le - Notion de diffusion, d’ouverture sur le monde biais de subventions via la jeunesse et les nouvelles technologies Apporter de l’afflux touristique

- Moderniser les équipements comme internet - Communiquer / créer des évênements ponc- - Sera complémentaire avec les actions menées tuels mais fédérateurs (petit festival, installa- pour l’agro-tourisme et la diversification (dynamisation de l’économie locale) tions artisitques, journées pédagogiques...)

- Jouera un rôle de sensibilisation des personnes - Introduire la vallée dans les flux qui relient le extérieures aux problématiques locales Puy-Mary à Salers Trouver un système de gouvernance permet- - Le Syndicat Mixte du Puy Mary est l’unité la - Mise en commun des compétences des diffétant de concrétiser les différentes actions en- plus active, et se positionne en médiateur entre rents acteurs, et des différentes études menées gagées les administrations publiques (CG, DDT...) et sur le territoire les acteurs locaux - Pouvoir de décision fort, et désinterressé car - Valoriser le caractère pittoresque

- Le Puy Mary vient d’être classé Grand Site de France, qui a pour vocation de préserver les sites dans une logique de développement durable (donc soucieuse de l’économie et de l’écologie)

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non polotique

- Permettra d’agir sur des échelles de temps plus longues, car non calibrées sur celles des mandats politiques... 67


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Le cas de la vallée du Mars est comparable à de nombreux autres territoires de moyenne montagne. On constate en effet que les conséquences de la déprises agricole, parralèle aux mutations des pratiques encouragées par la PAC , a dans beaucoup de cas généré la dynamique d’enfrichement observée dans la vallée du Mars. Mais chaque site a son histoire, son patrimoine, ses spécificités. La vallée se distingue par ses caractéristiques géologiques, architecturales, faunistiques, floristiques ou encore son coté pittoresque... Mais toutes ces qualités ne lui mermettent pas de déroger à une règle qui semble innébranlable : la végétation profite toujours de la fuite de l’homme pour le remplacer. Dans un territoire si rural, c’est l’agriculture, même si elle s’adapte au relief, qui façonne de paysage. Mais dans un contexte contemporain, on réalise qu’il faut faire jouer bien d’autres leviers pour stimuler son activité, et ainsi favoriser le maintien des paysage ouverts. Le syndicat mixte du Puy Mary, à la croisée des compétences et des acteurs, semble bien armée pour relancer du dynamisme dans la vallée, en proposant des projets relevant à la fois du tourisme, de la pédagogie et de l’agriculture. Gageons qu’il réussisse pour préserver cette magnifique vallée.

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Merci Victor Belloc pour tes conseils éclairés, Merci Stéphane Nuq, «force et honneur», Merci Isa pour le temps que tu m’as consacré, Merci Alain Mathieu pour ton regard «de l’intérieur», Merci Bertrand Gauvrit pour ton énergie, Merci le sanglier pour ma 206 (qui est à la casse).

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Bibliographie - Puy Mary, terre de Falcimagne. A. Roux et C Sevré, 1995 - Massif Central, Guides géologiques régionaux. J-M Peterlongo (Ed. Masson) 1978

- Filières agro-alimentaires et moyennes montagnes françaises, Revue de géographie alpine. 1995, Tome 83 N°3. pp. 101-114. - Quand les auvergnats partaient conquiérir Paris, Roger Girar, 1979

- Arbres et Fleurs de nos montagnes : Auvergne/Massif Central - Joberton,Perret et Dalbavie. (Ed. De Borée) 1991

- La profession vétérinaire dans le département du Cantal : évolution des structure au cours des trentes dernières années, Éric Février, 2011

- La vie de la montagne. B. Fischesser (Ed. de la Martinière) 1998 Paysage et Faune du Massif Central. (Ed. Privat) 1994

- Premières adaptations d’éleveurs bovins face à la PAC réformée, Michel Lablanquie & Georges Beuc, 1993

- Le Haut Cantal (Ed. La Maison des Volcans) Aurillac,1980

- Dans les montagnes du Cantal: les raisons d’une crise agricole, P. Duclaux, T. 5, No. 22 (Jul. 31, 1933), pp. 337-347

- Histoire du Paysage français, de la préhistoire à nos jours, Jean-Robert Pitte (Ed. Tallandier) 2003 - Le guide illustré de l’écologie, Bernard Fischesser & Marie-France Dupuis-Tate, (Ed Cemagref), 1996 - Fond cartographique en ligne Géoportail

- Crises et Mutations des Espaces ruraux dans les Pays anciennement industrialisés, Isabelle Lefort (Ed. Economica), 1997 - Première histoire de travailleurs immigrés «Les Auvergnats de Paris» (http://www.histoire-genealogie.com/) - Matrice cadastrale du Falgoux, du Vaulmiers et de Saint-Vincent-deSalers, 1913

- Fond cartographique et satellite Google Maps - Étude des quatres vallée d’approche du Puy Mary, ENSPV, 1998 - http://www.auvergne.developpement-durable.gouv.fr, DOCOB Natura 2000 - Bulletin de la Société Préhistorique Française, Tome 91 n°2, 1994, p123 - 129.

- Matrice cadastrale du Falgoux, du Vaulmiers et de Saint-Vincent-deSalers, 1994 - Archives départementales du Cantal - Crises et mutations des espaces ruraux dans les pays anciennement industrialisés. I.Lefort. Ed Economica, 1997.

- Le Nord-Cantal en aquarelles, Monique Roque, date inconnue

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La Vallée du Mars - Territoire en déclin  

Document complémentaire au film "Regards croisés sur la Vallée du Mars" (juillet 2012), réalisé dans le cadre de l'exercice "Mémoire 100 ans...

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Document complémentaire au film "Regards croisés sur la Vallée du Mars" (juillet 2012), réalisé dans le cadre de l'exercice "Mémoire 100 ans...

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