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Murmure de peau Projet d’art contemporain

Isabel Caccia


Description du projet Mon

projet se définit comme une performance et une intervention

publique dans un parc avec des arbres. J’achète les collants des femmes et je leur paye avec un maquillage d’ongles. Après avoir récoltée ces collants déjà portés, je les entaille (mais j’aimerais que les femmes à qui appartiennent ces collants le fassent aussi à ma place) et je commence à les coudre les uns aux autres (avec des fils issus du même matériel) jusqu’à obtenir une grande trame douce. Je commencerai le travail avec des collants que je possède déjà . Je les ai acquis grâce à l’annonce d’une autre intervention que j’ai diffusée dans divers médias (radio,tv,etc): « J’achète vos collants usagés et je vous paie en maquillant vos ongles ». Si bien que les collants de ce travail seront aussi les collants de mes précédents travaux. Les autres trames que j’ai effectuées seront donc incluses dans cette grande trame, comme si ce réseau à la vie continue sautait de lieux en lieux, en se tissant. La première trame que j’ai installée fut dans ma chambre, avec les collants de ma mère. Je l’ai reprise en la tissant avec mes propres collants, en intervenant dans une cour. Puis j’ai repris

Isabel Caccia Née à Córdoba, Argentina, le 7 août 1975.

l’ensemble et poursuivis le réseau dans un parc etc... (le réseau a ensuite fait d’autres sauts: Rosario, Espagne, Salvador entre autres). Ce réseau adopte la forme des arbres, colonnes, et de tous les

Études: 1997 – 2004 Licence en peinture, Université Nationale de Córdoba.

éléments qui l’entourent. Il conserve les empreintes des différents

Cours et séminaires: 2005 Symposium Art et Media. Fondation la Caixa, Barcelone, Espagne. 2002 Séminaire de Photographie dicté par Michel Wessely, Institut Goethe, Córdoba. 2000 Séminaire « Nouvelles formes de communication homme-machine et ses influences dans la culture et la création », dicté par Claudia Gianetti, Centre Culturel Espagne-Córdoba.

les passants et même dessins et fleurs. Il conserve aussi les formes

Expositions individuelles: 2007 «Bienal del Fin del Mundo» à Yatana, Ushuaia. 2006 Murmure de peau dans boulevard, VII Bienal de Santa Fe, Argentina. / Murmure de peau Museo de arte El Salvador / Limen y diamantes. Artificio x naturaleza. Espaciocentro art Contemporain, Córdoba, Argentina. 2005 Parque cancán, Córdoba, Argentina. 2004 Aún piel, théatre La Lune, Cordoba. 2003 Diálogo Primero, Centre Culturel Casona Municipale, Córdoba, Argentina. / Vitalis , installation de bas-collants, Juana de Arco, Buenos Aires. / Clé d’arôme, performance et intervention de cuisine avec des tamis, parfum et liqueurs, Sonoridad Amarilla, Buenos Aires. 2001 Mon miel installation, Centre d’art Contemporain Juan Canavesi. Expositions collectives, 2006 Videotage, Hong Kong / Vidi-o6 Festival, Valencia Espagne. 2005 Elementos y Artificios , La Sala Naranja en Playboy, Valencia. / VI Biennal d’art de déchets, Castellón de la Plana, Espagne Festival international de cinéma par la diversité sexuelle Rosario, Argentina. 2004 Boom, grup00, Centre Culturel Espagne Córdoba, Argentina. 2003 Collection d’oeuvres du Patrimoine Culturel de la Province de Córdoba, Centre d’Art Contemporain, Córdoba.

Quand les passants m’observeront travailler, ils souhaiteront prendre

Publications: 2006 «esthétique de la sensualité», par Verònica Molas, La Voz del Interior, mercredi 22 mars, Córdoba, Argentina. “Un troc pour faire art avec bas collants usagés. La prochaine oeuvre de “Intervenciones” besoin de ses vêtement de femmes”. El Diario de Hoy, 5 avril, El Salvador. 2005 “joindre l’air”, entrevue de Humberto Sosa, Revue XM, juillet/août Córdoba. “dans quartier triangle, les femmes n’utilisent déjà plus de portefeuilles”, entrevue d’Isabel Caccia (de Córdoba) à Virginie Masau (de Rosario) Lieu : Rosario, Ramona 32, mai/juin, Buenos Aires.

peuvent enregistrer les formes du corps, qui de la taille aux pieds,

Isabel Caccia a reçu plusieurs bourses d’études en Arts de la Nation Argentine périodes 1999-2000-2001-2002 et une subvention de la société Piamontesa (Nord de l’Italie) 2003. Elle a créé et coordonnée l’atelier d’expérimentation d’art plastique pendant les années 2003 et 2004 dans le Centre Culturel Casona Municipal, Córdoba. Elle collabore à l’Université Nationale de Córdoba. Son oeuvre fait partie des collections particulières et de la Collection du Patrimoine Culturel de la Province de Cordoba, Argentina.

provoquant de nouvelles réflexions qui enrichissent le concept dans

lieux où il s’est posé : feuilles, terre, insectes, objets qu’accrochent des corps des femmes à qui appartenaient les collants, mais aussi des traces (squames, parfums, poils, vernis qui servent à stopper l’effilochage etc…). Ce réseau est donc recyclable, cumulatif et en mutation, s’adaptant aux diverses atmosphères.

part. Je veux que la trame soit construite de manière collective. Je veux filmer tout le processus de ce « work in progress », stimuler les gens pour qu’ils mettent à l’épreuve cette architecture, qu’ils l’habitent, la construisent. Les collants sont par essence dichotomiques. C’est un tissu intime qui touche le sexe et qui marque à la fois une distanciation sociale. « Murmure de peau » interroge la frontière « intime-public », cherchant à substituer l’idée de « lien » à celle de « limite ». Plus précisément, j’aimerais retrouver les liens interpersonnels à partir de ces éléments quotidiens qu’utilise la femme. Le collant est un élément qui présente le corps sur la scène sociale. Les collants peuvent cacher la peau et à la fois faire son exhibition de manière plus esthétique. Ils donnent un abri au corps et en même temps ils compriment la chair. Comme seconde peau les collants laissent souvent les marques uniques de chaque femme. Ça devient alors une forme d’identité personnelle. J’aime l’aspect fétiche de cette chose que l’on achète pour accentuer la beauté, qui invite au plaisir, sur lequel on pose son regard et son désir, qui par conséquent fait que l’on est plus désiré. Je crois important d’arriver à une expérience sociale où j’attends de nouvelles questions l’oeuvre. J’ai besoin de savoir quelles sont les expériences et les pensées qu’ont les femmes relativement à cet artifice ou à ce stratagème intégré à la vie quotidienne de manière tellement naturelle.

Murmure depeau


Contribution philosophique par Philippe Roy

Une mémoire dans la matière

On

pourrait commencer par dire que chaque collant est une

ses photos, vidéos3 et peintures. Non pas substituer le fétiche au

Rappelons brièvement les modalités de l’intervention-performance

de peaux, peut être une peau-mémoire sensitive autonome, détachée

limite, entre telle femme au dedans et les autres au dehors. La limite

pénis mais substituer un nouvel érotisme à la sexualité centrée sur le

« murmure de peau ». De lieu en lieu les femmes viendront donner

de toute dépendance organique et des codes sociaux. Le sexe calibre

appartiendrait avant tout à la femme puisque c’est elle qui la porte.

pénis. Aller donc contre Freud, puisque le fétichisme prend sens chez

leur seconde peau contre une seconde couleur: un maquillage d’ongles.

la sensualité et les codes nous taillent une mémoire ( comme nous l’a

C’est pourquoi elle prend d’ailleurs la mesure de son corps. Or le

lui surtout à partir de la sexualité masculinisée. Au final, le fétichisme

Cette seconde peau deviendra ensuite la matière d’une nouvelle peau

appris Nietzsche), c’est par la sensibilité que l’on dépasse le sexe et

problème qui se pose à Isabel Caccia n’est pas celui-ci. Non pas « à qui

d’Isabel Caccia est peut-être plus le premier pas pour établir un

puisqu’elle va être tendue, transformée (déchirée, reformée) et insérée

par la mémoire « intime-public » que l’on résiste aux codes. Mais cela

appartient la limite ? » mais « qu’est-ce qui appartient à la limite ? ». Vu

nouveau plan érotique qu’une substitution, et pour la même fin, plus

dans la trame des secondes peaux, cumulée à celles plus anciennes.

se fait d’autant mieux si l‘on gagne une dimension collective. Il existe

sous cet angle, ne peut-on pas dire que ce sont des traces, des effets

une interrogation politico-sociale qu’un problème de vérité sexuelle.

Cette trame sera aussi le nouveau lieu attractif de rencontres ( avec

une mémoire sensitive en laquelle s’identifie sensibilité de la mémoire

rapportés au corps de la femme qui appartiennent à la limite autant

C’est ce qui va prendre une autre ampleur avec le pas suivant: le geste

des feuilles, de la terre, des insectes, mais aussi des dessins ou des

et mémoire de la sensibilité, un peu comme le fait une blessure. Par

que les perceptions, les choses qui de l’extérieur viennent s’y poser ?

artistique de déchirement d’Isabel Caccia.

commentaires de passants) dans des lieux du monde toujours différents.

la blessure, ce qui nous a blessé se rappelle à nous ( sensibilité de la

On retrouve les thèmes du collant mais portés à une autre dimension,

mémoire) et elle témoigne que notre sensibilité a été affectée ( mémoire

La limite est avant tout un lien. Elle relève d’un pouvoir d’attraction (au propre comme au figuré) du collant. Le collant est déjà, en temps

Pourquoi y a-t-il interrogation politico-sociale ? Car le collant est aussi

le geste de déchirement a ouvert comme une voie de passage entre

de la sensibilité ). Cette mémoire sensitive doit être étendue à tout

normal, un attracteur de rencontres, il crée des liens. Rencontres

une forme signifiante de féminité dans l’écriture des codes sociaux. Le

ces deux dimensions4. Ce n’est plus à proprement parler le diagramme

événement qui nous touche, bon ou mauvais, elle n’est pas uniquement

toujours partielles ou furtives puisqu’elles sont celles de la forme d’une

collant s’impose comme règle de tenue pour beaucoup de femmes avant

d’une femme mais le diagramme des femmes, créant une histoire, un

personnelle. Elle a l’innocence de la sensibilité et non le revanchisme du

cuisse et du regard d’un passant, d’une squame et d’une maille, du

d’être l’objet d’une réelle adoption, il peut même être aussi l’objet d’un

avenir. En termes deleuziens, c’est comme si les femmes devenaient

ressentiment, elle est sœur de l’oubli et non son ennemie. Finalement

vernis et de fils d’effilochage, du parfum et du tissu etc…

rejet en tant justement qu’il est une figure imposée. Le déchirement

monde en même temps que le monde était emporté dans le devenir-

«murmure de peau» est peut-être une extériorisation d’une peau plus

des collants par Isabel Caccia miment-ils le passage dévastateur d’un

femme inauguré par Isabel Caccia. Ce devenir-femme se doublant

profonde que toute peau personnelle, une archi-peau-texte ( en laquelle

La femme ressort aussi du dehors de la limite. Le collant est pour

désir brûlant ou l’acte d’une désaliénation féminine ? Sûrement y a-t-il

aussi d’un devenir-végétal puisque la trame des collants exposée prend

s’établit une écriture sensible en acte), une archi-texture :

elle, il l’abrite et contre elle, il la comprime. Seule, elle peut s’envisager

des deux dans le cri jouissif de ces collants qui craquent: une jonction

l’aspect d’un arbre ou d’un buisson. Les collants déchirés deviennent

« Murmure de peau, c’est l’air qui sort doux d’arôme en chaque

deux: être dedans et dehors. Elle peut se sentir nue dessous et juste

entre la révolte du désir et le désir de révolte, entre l’établissement d’un

des feuilles engendrant une sensibilité éloignée maintenant de toute

pore, la voix vibrante qui nourrit notre corps. Une mémoire dans la

assez habillée du dehors, exhibition esthétisée. Mais n’est-ce pas là

nouveau plan érotique et l’affirmation d’une réponse politico-sociale.

sexualité trop humaine. Mais ces feuilles sont tout autant des feuilles

matière. » (Isabel Caccia)

le secret de l’érotisme: envisager tous les rôles, dedans, dehors, de

Le geste de déchirement est le geste salvateur qui dépasse sans la

d’écriture où se laissent lire la mémoire des femmes et des événements

ne jamais être uniquement sa seule personne ? Le collant serait-il un

conserver une disjonction insatisfaisante: en effet d’un côté le collant

associés à chaque collant. Cet arbre édifie ainsi une sorte de grande

transducteur1 entre des plaisirs différents ?: se voir légèrement abritée

est attracteur, transducteur, de l’autre il est forme signifiante d’une

musique de chuchotements, où s’entendraient en sourdine tous ces

du dehors tout en se sentant touchée au dedans ou se sentir nue du

inscription sociale. Ce geste crée une nouvelle expression signifiante

murmures de peau, « pour moi, m’a confié Isabel Caccia, murmure

dedans tout en étant touchée ou vue du dehors. A cela on comprendra

(le déchirement) à même la substance (le collant) qui conduit le point

de peau est un orchestre feuilleté ». C’est pourquoi cet agencement

que le collant puisse devenir un fétiche c’est-à-dire un substitut, non

d’effilochage. Le collant en devenant déchiré n’est plus à proprement

pourra peut-être délier les langues des gens qui seront sans le savoir

pas sexuel comme Freud l’entendait2, mais un substitut érotique

parler un code social mais un diagramme social, étant entendu qu’un

sensibles à ce murmure-mémoire habituellement imperceptible. Ils

de l’érotisme. En effet, il serait tentant de conclure un peu vite. Le

diagramme est un type de signe pour lequel il y a indiscernabilité

s’arrêteront, s’interrogeront, participeront, comme s’il y avait tout à

appropriée à un but sexuel (les cheveux, les pieds) ou un objet inanimé qui touche

collant touche le sexe et à ce titre répond parfaitement à l’approche

entre l’expression et le contenu exprimé: le collant déchiré, désiré tel,

coup du jeu dans le monde ou, avec les mots d’Isabel Caccia, comme

de près l’objet aimé et, de préférence, son sexe (des parties de ses vêtements, son

freudienne, le fétichisme ayant pour fonction de dénier la différence

attractif, libère le point d’effilochage en provoquant un certain plaisir à

si on passait un Seuil ludique. La conjonction érotisme-politique n’était

linge). Ces substituts peuvent, en vérité, être comparé au fétiche dans lequel le

sexuelle, juste après sa découverte, en réaction à la menace de la

celle qui déchire (transductions des plaisirs : du geste au son à la vue),

donc que la mue d’une autre plus subtile : la conjonction sensibilité-

sauvage incarne son dieu » (Freud, « Trois essais sur la théorie de la sexualité ») .

castration (puisqu’elle devient envisageable), ceci en substituant au

le tout indiscernable du désir-révolte, des transductions des plaisirs et

mémoire des femmes. Cette mémoire des femmes appartenant à

sexe-manquant-du-pénis chez la femme une chose investie (le fétiche)

de l’attractivité exprimés par tout collant. Encore plus détaché du sexe

cette frontière « intime-public » qu’évoque Isabel Caccia dans sa

l’observateur extérieur en même temps qu’elle est vécue de l’intérieur. En effet les

qui fait écran à cette absence. Mais si Isabel Caccia insiste bien sur le

que le collant-fétiche, ce diagramme acquiert ainsi une autonomie qui

présentation, la question sous jacente ici étant la reprise renouvelée,

mailles larges ou les trous des collants mettent en relation le dedans et le dehors.

fait que le collant touche le sexe c’est, il nous semble, pour rappeler

ouvre des possibles. Car comme tout diagramme, il appelle plus un

en cette autre dimension, de celle du collant : « qu’est-ce qui appartient

Cette réalisation étant mise en valeur par un autre collant de couleur qui, en tant

tout d’abord que l’érotisme appartient au collant. Mais surtout, elle ne

avenir qu’il n’assigne aux présents des figures imposées (comme un

à la frontière ? ».

que premier fétiche, permet de renforcer le fétichisme du collant troué ou à mailles

rabat pas l’érotisme sur le problème de la différence sexuelle, elle fait

code). Les fissures des déchirures soulignent même cette idée, elles

de l’organe sexuel une pièce sensible participant à la transduction. Elle

sont des sortes d’appel d’air, elles appellent des libertés. Et c’est bien

La grande idée d’Isabel Caccia est de nous faire saisir que pour

récupère la transduction de la femme qui porte le collant, en la tournant vers

ne fait pas converger l’érotisme vers le sexe localisé mais dissous le

dans cette voie que l’oeuvre d’Isabel Caccia va s’engager: répéter ce

arriver à faire parler et vivre la mémoire de la peau, qui conserve

l’extérieur. Le jeu de miroir entre dedans et dehors est ainsi porté à une deuxième

sexe dans l’érotisme. Et n’est-ce pas là, la vraie raison d’être de ce

geste matinal pour étendre et faire vivre la peau du diagramme dans

tout ce qui nous est si essentiel, tout ce que nous vivons à fleur de

puissance : le dedans-dehors pour celle du dedans se donne en même temps pour

fétichisme du collant ? : substituer à la sexualité convenue toujours

un nouvel agencement. Après le fétichisme du collant, le diagramme

peau, tout ce qui nous opprime, il faut en développer une seconde.

tout autre au dehors.

trop centrée sur le sexe, un érotisme qui la transgresse. Faire du

du collant déchiré, nous accédons donc à la dernière étape de notre

Il faut donner du jeu à ce qui n’en a pas. C’est parce qu’elle est

collant une seconde peau comme le dit et montre Isabel Caccia dans

contribution: l’accomplissement de « murmure de peau ».

séparée des personnes physiques que cette seconde peau, cet arbre

Philippe Roy

1

On parle de transduction en science physique lorsqu’il y a passage d’une

grandeur physique à une autre. 2

3

« Le substitut de l’objet sexuel est généralement une partie du corps peu

Les photos, vidéos présentent une réalisation de la transduction destinée à

larges. Le premier fétiche sert de fond résonnant au deuxième. Par là, le deuxième

4

Pour parler comme Joachim Dupuis il faudrait dire du geste de déchirement

qu’il a dégraphé. C o r d o b a , Argentina 2005

2007 02

Murmure depeau


R o s a r i o , Argentina 2005 R o s a r i o , Argentina 2005

Contribution poétique par Stéphane Blondeau

C o r d o b a , Argentina 2005

Mercredi 27 décembre 2006 17h 45 Dans un parc, j’aperçois une étrange étendue fourragère. Un ensemble coloré aux directions multiples.

Touché d’intime.

Méfiant, je m’approche doucement. La structure est tissée de fils teints. Une toile fine étendue vers moi. Je devine des collants déchirés, étirés, moulés dans la chair. De longs arbres la soutiennent. De petits points d’ancrage la retiennent. Je m’approche encore et commence à souffler, à effleurer l’intime de chaque branche. Gêné, je me rends compte que je ne suis pas seul. Elle est mobile, vivante. Elle grandit, s’étend au rythme des passants. Le vent l’accompagne. Le temps s’y enroule, s’y accroche. Elle,

R o s a r i o , Argentina 2005

elle se laisse faire. Où puise-t-elle son énergie ? Qu’attend-t-elle de moi ? Elle n’est pas là par hasard. Je la rejoins. Photographies Veronica Bonafede

2007 02

Touché d’intime.

Murmure depeau


Contribution philosophique par Joachim Dupuis

La quatrième Parque ou l’étrange trame

On

savait Borgès amateur de labyrinthes, mais l’Argentine a

produit d’autres artistes fileurs. Fileurs de Labyrinthes, ou plutôt fileurs

de questions liant, filant la métaphore de l’opinion, des opinions qui se

n’est plus ce qui laisse cacher en partie le corps, il semble donner sur

tout l’espace social, fragmentant toutes les codifications sociales qui

posent quand on ne comprend pas.

un corps sans organe. Un corps dont la richesse n’est pas organique, ou

avaient justement amené le bas à n’être qu’un objet d’un regard

de désir. Si, parmi eux, Isabel Caccia file en effet les désirs pour capter

De l’artiste ou non, ces collants font parler, mais peut-être parlent-ils

celle d’attirer le regard, de provoquer le stimuli de la posture érotique.

stéreotypé; donc tendu vers une logique informationnelle entropique

les murmures de peau qui sommeillent en tout bas, ou qui soufflent

aussi à leur façon ? L’artiste semble avoir tissé un gigantesque collant,

Ce sont des collants qui nous attirent comme des mouches et qui

(le bas « en » disait trop, et « tendait » le désir vers une sorte de

tout bas (comme dans le déshabillage amoureux), ce n’est pas pour

effilé de part en part, comme ouvert par mille entrées, prises d’air, aux

pourtant donnent plus qu’ils ne sont là pour recevoir. Ils donnent en

sclérose), et à suivre le chemin de la consommation. La trame ainsi

cultiver le secret : la jeune Parque (elle n’a qu’une trentaine d’années)

flux de paroles dont il s’est fait l’écho, et donnant l’impression d’avoir

recevant la douceur d’une main, les épousailles d’un regard, l’attraction

constituée dans des lieux de passages résonne, s’inscrit ainsi dans

refuse une trame qui confinerait à l’alcôve et aux secrets. L’époque

été porté par un être invisible, plus grand que tout homme, peut-être

d’une interrogation.

un jeu de bifurcations (une fourche qui défait, dé-graphe les modes

n’est plus à l’énigme, aux arcanes d’une littérature fantastique, il s’agit

aussi grand que l’humanité féminine: cet être invisible que le vent vient

J’entends dire dans la foule une femme affirmer avoir donné un

institutionnalisants des lieux publics, et une fourche qui diagrammatise,

plutôt d’une nouvelle sorte de naturalisme, d’une fileuse qui file pour le

« mimer », que la disposition semble porter à la hauteur des arbres.

de ces collants. A en croire cette femme, il sera agi d’un don, non

agence les modes multiples d’éroticités). L’artiste crée donc une sorte

plus grand bonheur des Dames. A mi chemin entre Ariane et Pénélope :

Etrange sensualité qui se dégage finalement de ce bas géant fait de

d’un échange. L’artiste aura donné de son temps, de son cœur, pour

de « niche écologique », de pli où la subjectivité pourrait se remettre à

entre celle qui veut sauver in extremis son amour, en lui conférant le

milliers de bas qui semblent habiter eux-mêmes de multiples vies,

« récolter » ces collants en fin de vie, « membranes et bijoux du désir »:

exister par soi. La trame ou la constitution de la « grande trame »,

fil du retour et celle qui retarde les désirs, en refaisant chaque jour la

des usures, des fermetés des corps qui les ont portés : comme une

dons faits dans un rire, dans la complicité d’un échange de mains,

du réseau, du réticulaire entretient un certain rapport aux lieux

naissance de sa toile, Isabel Caccia tisse non pas pour « garder » ou

grande trame dont l’artiste se serait fait l’agent catalyseur pour offrir

le sourire aux lèvres. Opération délicate, certes, mais qui semble

qui défait l’idée d’une cloison des lieux : il y a transitivité des lieux,

« retarder », mais pour faire advenir.

une seconde vie à ces bas trépassées, effilochés, riches d’éroticité, de

déjouer déjà dans sa faisabilité tout idée d’un commerce, d’un échange

comme si au fur et à mesure de ce nomadisme des filages successifs,

la vigueur passée de désirs multiples.

marchand.Cette grande trame est donc née d’une chaîne, d’une chaîne

se dénouait non seulement un passé, des manières singulières de créer

humaine, possible réaction, à un déchaînement de violence, si prompt

le désir devant l’autre, mais se nouait une sorte d’hybridation de ces

à rompre tout rapport humain.

jeux érotiques (rendus à leur virtualité, depuis l’abandon des corps

Imaginez en effet au beau milieu d’un parc, à El Salvador ou à Cordoba, une sorte de toile tendue entre plusieurs arbres. De loin, on

A côté de moi, j’entends dire, ce sont quelques passants s’étant

dirait une sorte de repaires de chauve-souris, un filet de battements

rapprochés et raisonnant tout haut, comme si nous étions dans une

Mais que fait l’artiste sinon faire le lien, la ligature concrète de toutes

qui les ont portés) avec des lieux jusqu’alors centralisés, constitués

d’ailes, ou encore une immense toile d’araignée sortie d’une amazonie

galerie: « que veut donc nous faire passer comme message l’artiste? » ,

ces marques de complicité, d’amitiés féminines. Isabel Caccia se fait le

comme « publics » donc rivés à un certain mode d’être, un certain mode

proximale ; mais ce sont là des rêves fantastiques. A se rapprocher on

« veut-il mettre à bas une fois pour toute la quintessence du désir par

passeur et la productrice de nouveaux rapports. Chaque bas se donne

d’agir (logique du pouvoir). L’artiste éveille tout en exhibant comme

distingue des effets de surface proches des architectures souples de Lynn,

sa mise en symbole, une ligature proprement orgiaque? ». Ou glissant

comme une histoire, un fragment d’aventure, un scénario mille fois

autant de petits fanons la grande bataille des corps, crée une sorte de

d’étranges raies qui évoquent aussi bien les peintures labyrinthiques de

vers le post-moderne, cette opinion d’expert: « ne serait-ce pas la

répété, une coquetterie de jeune fille, un talisman de la féminité qu’on a

« collection » des mémoires intimes pour contrer la peau silencieuse des

Da Silva que les soupirs des prisons de Piranèse ; mais ce sont là des

représentation que le désir est une sorte de vaine illusion, rassemblant

jamais porté que le long de son avant-bras. Autant d’histoires, de semi-

grandes collections de mode.

résonances de formes, de couleurs. De près ce sont d’étranges tissages

dans une sorte de toile d’araignée les lambeaux d’une croyance au

histoires, de semailles de récits qui semblent à chaque fois un accès au

qui se révèlent à nous : un espace filaire éclatant aux quatre coins du

désir pur, dans un moment de découverte qui est aussi le moment de la

désir pour une femme. Mais le fait de les nouer, c’est ré-ensemencer

L’artiste est donc fileuse de coton, de douceurs, des inventivités

parc, qui, tel un rêve, accroche les regards, et semble irradier par ses

désillusion ? ». Enfin, l’opinion d’un vulgaire:

dans un corps nouveau, un corps impersonnel, les milles intensités de

de l’érotique d’inconnues qui ont bien voulu livrer une partie d’elles-

dimensions « spectaculaires » d’étranges résonances. A se rapprocher

« Est-ce même de l’art, si la signature de l’artiste n’y figure pas? ».

la créativité érotique de chacun, c’est rompre aussi avec les stéréotypes

mêmes, à travers ce reste d’un passé intime qu’elle ne tenait pas à

encore, à toucher presque, à effleurer cette « toile », on sent l’élasticité

A quoi j’entends répondre: « et pourquoi laisser suspendre aux yeux de

du dévoilement. Car donner son bas, par sa mutation au sein de ce

garder pour elles toutes seules, comprenant que la sensualité n’est

du collant réagir, opposer une résistance qui n’est pas celle des forces

tous cette longue trame des intimités? Aucune galerie n’a voulu de ça,

nouveau corps, c’est lui donner la chance de l’impersonnalité, la chance

pas dans un rapport social, moralisant (d’autant plus moralisant

suspendues en opposition, entre deux verticalités, plantées dans le sol,

il a bien fallu trouver un endroit ».

de faire exister un désir singulier dans le regard d’une personne qui le

qu’il se veut trangressif, émanation d’une violence, d’un discours

verra, c’est aussi par la même occasion « dé-moraliser » le désir.

ordurier, sauvage), mais dans une sorte de pluie photonique du désir,

mais celle d’une matière et d’une densité lumineuse inhabituelles. D’où vient cette rai-sistence ? Que sont ces rayons immobiles et

Autant dire qu’il est difficile de ne pas se laisser envahir par l’émotion

Il n’est plus pris dans une trangression (comme le pensait encore

de tourbillon brownien qui met en rapport les territoires multiples

éclatés ? des ligatures : des collants noués, connectés ensemble, ou

quand on regarde cette « étrange trame ». Aussi il n’y a pas de mauvais

Bataille), dans un rapport de sacralité dépendant de la transcendance

où chacun de nous ancre nos existences. L’important étant non de

superposés. Sont-ce les collants de l’artiste ? L’ étrangeté fera sourire:

affect, mais c’est plutôt vouloir donner un sens, une signification qui

sociale du strip-tease, il est maintenant dans une multiplicité de formes

dévoiler le secret du corps ou la parole du « mystère » mais de faire

un artiste en herbe, au milieu d’un parc, ayant ôté ses vêtements pour

dénature le geste de l’artiste, car il semble évident que ce n’est rien

corporelles indiscernables et pourtant pleines des gestualités de

résonner silencieusement dans une danse de gestes et d’impressions

les « montrer », comme jadis il était extravagant d’exposer sa nudité

de ce qu’on en dit qui est juste, car c’est encore chercher un secret.

l’éroticité. On est pris, dès lors qu’on regarde cette trame suspendue,

les multiples désirs qui nous traversent.

sur des planches courbes. Après le sourire, le mystère : quel souci de

Certes, les collants ne sont plus portés; mais « portés » à hauteur du

dans des mouvements d’intensités libidinales à grandes vitesses,

collectionneur aura animé l’artiste. Cette artiste semble d’ailleurs faire

regard public, il n’y a donc nulle intention de provoquer un scandale:

impossibles à identifier, mais qui nourriront notre regard dans notre

L’œuvre file encore : Isabel Caccia n’a certainement pas fini de

tout autre chose que sculpter, peindre… est-ce de l’art ? Tout une série

aussi bien personne ne sait à qui sont ces collants. Dès lors, le collant

intimité propre, dans les moindres gestes que nous ferons pour créer. La

nous « dévoiler » les nuances secrètes et pourtant dicibles de notre

trame se donne donc à lire comme une sorte de pellicule filmique pleine

intimité (bien qu’au delà des signifiants, mais plutôt selon des sortes

d’intrigues multiples d’histoires scénarisées impossibles à reconstituer,

d’agencement d’énonciation). Celle-ci ne se donne à lire que dans des

mais dont les tourbillons créés par leur mille projections sur les fils

intrigues qui sont toujours à « faire advenir ». Au finale, il y a à côté des

étirés de la toile suggérent sans cesse les possibilités de nouvelles

« objets » déjà précieux qui habitent notre esprit et habillent l’art, il y a

histoires, plus inventives, plus complexes. Ce qui donc n’était plus au

maintenant cette étrange trame.

départ que déchet abandonné par une femme - après épuisement de

C o r d o b a , Argentina 2005

sa masse énergétique virtuelle et libidinale – devient sans cesse un

Encore un mot, peut-être.

foncteur chargé de nouvelles intensités. On semble ainsi rompre avec

L’étrange trame de cette jeune Parque n’est pas de celle qui ouvre

une énergie sexuellement dépensée, pour un recyclage où le désir n’est

ou tranche la vie, ou tisse les liens conjugaux, c’est une multiplicités

plus énergie à proprement parler, mais « déterritorialisation », comme

d’histoires qui racontent les mille chatoiements du désir, ouvertement,

dit Félix Guattari. Recyclage d’un type nouveau où par cette mise en

sur la place publique. Ces étranges installations qui évoquent au

contact existentiel, dans une disposition affective particulière, vient

passant d’étranges architectures, d’étranges textures réticulaires,

surgir une constellation d’univers nouveaux. On sort enfin d’un désir

qu’est-ce que c’est ? sinon une sorte d’art mobile, d’art nomade comme

démultiplié quantitativement à l’infini, vide donc, assimilable en cela

ceux que l’imagination dessine dans les rêves.

à un désir pernicieux. Cette toile tendue au sein d’un lieu lui-même mobile – après avoir suivi des espèces d’espace différents (un peu à la manière de Perec qui déterritorialise notre manière d’être dans

Joachim Dupuis

l’espace par le jeu de la page) de la chambre au parc, d’une intimité réelle à une intimité virtualisante – semble ainsi se prolonger à travers

2007 02

Murmure depeau


Echos de peau.

U s h u a i a , Argentina 2006

Intervention au bout du monde, Ushuaia.

U s h u a i a , Argentina 2006

U s h u a i a , Argentina 2006

U s h u a i a , Argentina 2006

2007 02

Murmure depeau


Murmullos de piel. Argentine, El Salvador, Espagne. par Isabel Caccia (vidéo) - http://www.youtube.com/isabelcaccia -

« Je veux filmer tout le processus de ce « work in progress », stimuler les gens pour qu’ils mettent à l’épreuve cette architecture, qu’ils l’habitent, la construisent. »

SantaFe, Argentina 2006

E l S a v a d o r, Argentina 2006

Musée Marte, El Salvador 2006

Castellóne de la Plana, Espagne 2005

2007 02

Murmure depeau


Contacts Isabel Caccia Isabel Caccia 9, de julio 687, 5to C - Córdoba - (5000) – Argentina Tel. +(54) 0351 155184405 isabelcaccia@hotmail.com Pour voir les vidéos: http://www.youtube.com/isabelcaccia Les photographies du projet sont de Isabal Caccia.

Joachim Dupuis Joachim Dupuis est professeur de Lettres et de philosophie. Il a publié récemment dans la revue Chimères un article sur «les diagrammatismes de Michel Foucault et de Gilles Châtelet » (n° 58/59). On lui doit aussi une contribution philosophique sur le mimimalisme musical (Philip Glass ; Steve Reich) accessible sur le site : www.musicologie.org et deux contributions littéraires sur Georges Perec ("la pièce manquante" disponible sur www.interdit.net et une conférence : "graphes et diagrammes Chez Perec" qui sera bientôt publiée par les membres du séminaire Perec à Paris 7). Il est aussi un membre actif du "groupe-châtelet". Il prépare actuellement, à Paris X, une thèse de philosophie sur le geste dans les pensées françaises des années 60/70. Et envisage de publier une synthèse de ses travaux dans le domaine de l’art (Nicolas de Stäel et Pollock; Les architectures non standard ; La photographie fantasmatique d’Helmut Newton; Le cinéma selon Perec, etc.) ainsi qu’une revue culturelle "La course du Sphinx". Joachim.Dupuis@ac-lille.fr

Philippe Roy Philippe Roy, a publié dernièrement des textes philosophiques en art, politique et physico-mathématique dans la revue Chimères (fondée par Deleuze et Guattari) (n°56 et 60). Il fait partie d’un groupe de réflexion philosophique (nommé groupe Gilles Châtelet) sur le geste, le diagramme, le virtuel, l’événement. Il envisage prochainement la publication d’un essai intitulé “L’immeuble du mobile” synthèse d’un travail qui a donné lieu à plusieurs conférences notamment au Collège International de Philosophie à Paris. Philippe Roy travaille aussi sur l’apport que peuvent avoir les nouvelles images interactives en mathématiques, un article résumant son approche sera publié prochainement. phi.roy@laposte.net

Stéphane Blondeau est artiste peintre. Il prépare actuellement plusieurs travaux d’art plastique. Il a été publié dans Chimères N°60 pour son travail sur le corps «la naissance est dans le geste». Il sera publié prochainement (juin 2007) pour ses écrits poétiques sur le travail du photographe Antonio Catarino. Stéphane Blondeau investi régulièrement des lieux avec ses peintures, ses encres ou ses sculptures.

DVD

vidéo

Stéphane Blondeau

blondeau@tiscali.fr

2007 02

Murmure depeau


Isabel Caccia Mon

projet se définit comme une performance et une intervention

publique dans un parc avec des arbres. J’achète les collants des femmes et je leur paye avec un maquillage d’ongles. Après avoir récoltée ces collants déjà portés, je les entaille (mais j’aimerais que les femmes à qui appartiennent ces collants le fassent aussi à ma place) et je commence à les coudre les uns aux autres (avec des fils issus du même matériel) jusqu’à obtenir une grande trame douce. Je commencerai le travail avec des collants que je possède déjà . Je les ai acquis grâce à l’annonce d’une autre intervention que j’ai diffusée dans divers médias (radio,tv,etc): « J’achète vos collants usagés et je vous paie en maquillant vos ongles ». Si bien que les collants de ce travail seront aussi les collants de mes précédents travaux. Les autres trames que j’ai effectuées seront donc incluses dans cette grande trame, comme si ce réseau à la vie continue sautait de lieux en lieux, en se tissant. La première trame que j’ai installée fut dans ma chambre, avec les collants de ma mère. Je l’ai reprise en la tissant avec mes propres collants, en intervenant dans une cour. Puis j’ai repris l’ensemble et poursuivis le réseau dans un parc etc... (le réseau a ensuite fait d’autres sauts: Rosario, Espagne, Salvador entre autres). Ce réseau adopte la forme des arbres, colonnes, et de tous les éléments qui l’entourent. Il conserve les empreintes des différents lieux où il s’est posé : feuilles, terre, insectes, objets qu’accrochent les passants et même dessins et fleurs. Il conserve aussi les formes des corps des femmes à qui appartenaient les collants, mais aussi des traces (squames, parfums, poils, vernis qui servent à stopper l’effilochage etc…). Ce réseau est donc recyclable, cumulatif et en mutation, s’adaptant aux diverses atmosphères.

Murmure de peau

Projet d’art contemporain

Quand les passants m’observeront travailler, ils souhaiteront prendre part. Je veux que la trame soit construite de manière collective. Je veux filmer tout le processus de ce « work in progress », stimuler les gens pour qu’ils mettent à l’épreuve cette architecture, qu’ils l’habitent, la construisent. Les collants sont par essence dichotomiques. C’est un tissu intime qui touche le sexe et qui marque à la fois une distanciation sociale. « Murmure

de

peau »

interroge

la

frontière

« intime-public »,

cherchant à substituer l’idée de « lien » à celle de « limite ». Plus précisément, j’aimerais retrouver les liens interpersonnels à partir de ces éléments quotidiens qu’utilise la femme. Le collant est un élément qui présente le corps sur la scène sociale. Les collants peuvent cacher la peau et à la fois faire son exhibition de manière plus esthétique. Ils donnent un abri au corps et en même temps ils compriment la chair. Comme seconde peau les collants peuvent enregistrer les formes du corps, qui de la taille aux pieds, laissent souvent les marques uniques de chaque femme. Ça devient alors une forme d’identité personnelle. J’aime l’aspect fétiche de cette chose que l’on achète pour accentuer la beauté, qui invite au plaisir, sur lequel on pose son regard et son désir, qui par conséquent fait que l’on est plus désiré. Je crois important d’arriver à une expérience sociale où j’attends de nouvelles questions provoquant de nouvelles réflexions qui enrichissent le concept dans l’oeuvre. J’ai besoin de savoir quelles sont les expériences et les pensées qu’ont

2007 02

les femmes relativement à cet artifice ou à ce stratagème intégré à la

Murmure depeau

vie quotidienne de manière tellement naturelle.

Murmure de peau  

art performance

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