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LABO25 Installations


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Planche tendance actuelle composÊe d’images, de logos et de typographies issus des magazines


LABO25

2009/2010 1. Projet LABO25 est une structure artistique composée de plusieurs installations réalisées ces deux dernières années. Un travail composé de sculptures, de peintures, de photographies ou bien encore de sons et d’odeurs. Ici, tous les sens sont mis à contribution pour mieux capter l’attention et nous envahir en conjuguant plusieurs techniques d’expressions plastiques : art, design et communication. J’ai imaginé cette plate-forme pour pouvoir poser de nombreux idées et concepts qui touchent la société actuelle en devenir et ma vision d’un monde de plus en plus pressurisé et aseptisé. Pour critiquer ce système, j’ai voulu attirer l’attention en utilisant les mêmes codes couleurs plaisants et attirants que les médias utilisent aujourd’hui. A la manière d’une agence de communication, j’ai mis du blanc et du rose à tous les étages pour montrer un beau extravagant, maîtrisé, préparé et travaillé. Ce « beau » à la mode sera bien entendu mis en opposition avec ma vision du système qui est pour moi beaucoup plus sombre. LABO25 parle du corps et de l’esprit en utilisant du sensationnel lisse pour inviter à glisser dans un univers grinçant. Dans LABO25, il y a des poupées organiques dans des bocaux et des scientifiques aux visages blafards. « Sous les toits » une chambre lourde et irrespirable vidée de tout, au service d’une épatante sculpture. Cette pièce irrespirable est mise en opposition à une autre qui paraît légère et parfumée. Dans LABO25 il y a également « Journal intime » où la douceur devient tranchante, « Artketing » où je m’implique personnellement en mettant en relation l’artiste, l’oeuvre et le marché de l’art, et pour finir « Momie », une femme qui jaillit du sol en s’extirpant d’un fushia éclatant. Toutes ces installations sont reliées entre elles par ce fil conducteur rose sur fond de crise durable. Elles se tendent, s’étirent entre intérieur et extérieur, un dedans/dehors où je cherche inlassablement à perforer un système convenu afin d’y trouver d’autres pistes, d’autres gestes fertiles. Au-delà de l’expertise, LABO25 veut en finir avec les prétentions politiques et mondaines de la pseudo-scientificité pour un nouveau sol riche où tout deviendrait possible.


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Photomontage, point de vue sur une société en crise

Le cri de Munch, représentation d’un monde déformé


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2. Présentation Ma « mission » était de l’ordre d’un directeur artistique. L’objectif était d’utiliser toutes mes compétences pour créer un ensemble artistique cohérent. La complexité de ce projet résidait dans le fait que je devais m’impliquer en tant qu’artiste plasticien, metteur en scène ou entrepreneur. J’ai fait appel à de nombreux paramètres extérieurs en sollicitant des corps de métiers plus variés les uns que les autres : chef d’entreprise, garagiste, ferronnier, boucher, imprimeur, photographe et acteurs.

3. Conception 1. Utiliser plusieurs moyens d’expression pour parler des problèmes de notre société - Aborder la crise actuelle en mettant en scène l’humain, son environnement, son devenir. Thèmes choisis : - Le corps, le corps sain et le corps sans organes avec les « Poupées organiques ». - L’esprit enfermé ou libéré avec « Sous les toits » - Les tensions internes avec « Journal intime » - Le rapport à l’argent avec « Artketing » - Le conditionnement et l’angoisse avec « Momie »

2. Construire plusieurs installations suivant les thèmes choisis

- Organiser un emploi du temps pour avancer au mieux dans ce projet en prenant en compte les contraintes d’ordre techniques, économiques ou humaines.

3. Élaborer une structure afin de relier entre elles ces installations

- L’objectif était de créer un milieu artistique cohérent pouvant supporter plusieurs concepts, plusieurs installations. 4. Utiliser les codes esthétiques existants pour mieux plaire et attirer l’attention - Analyser les moyens utilisés aujourd’hui dans la communication et la publicité pour créer une charte graphique ( planche tendance p. 21 ).


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5. Trouver un nom, un logo pour cette plate-forme stylisée

- Recherche et concept autour d’une identité forte à la manière d’un laboratoire médical. Vu que le thème portait sur l’homme et la société, il était évident pour moi de choisir LABO25 comme nom d’entreprise. Il s’agissait bien d’une expertise sur le corps et l’esprit de chacun. Un laboratoire d’analyse et de traitement où tout est mis en œuvre pour interpeller et surprendre. Son caractère lisse, blanc, rose et brillant correspond bien aux codes couleurs actuels. A travers LABO25, je fais référence aux thèmes récurrents que l’on trouve dans le divertissement audio/visuel mais aussi dans toute notre société où l’expert tient une place prépondérante. Le nº25 représente mon département, un point d’ancrage géographique.

6. Elaborer un site internet

- Créer un site internet pour LABO25 avec toutes les installations représentées en utilisant la charte graphique créée ( rose & blanc ).

Création du logo et du site internet LABO25.com .COM


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Recherche sur le thème du corps dans la publicité, l’information ou le divertisement. Les exemples sont nombreux

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Le corps-sans-organes ( abrégé en CsO par les auteurs ) est un concept développé par les philosophes français Gilles Deleuze et Félix Guattari dans leurs œuvres communes : L’Anti-Œdipe et Mille plateaux. L’expression de « corps sans organes »  a d’abord été formulée par le poète français Antonin Artaud.

Le CsO est une production du désir que font les machines désirantes, il s’oppose à l’organisme. Le corps souffre d’avoir une organisation, ou pas d’organisation. Le CsO est un corps sans image ( « avant »  la représentation organique... ), il est inévitable parce qu’il nous pénètre sans cesse, et sans cesse nous le pénétrons. Le CsO est un programme, une expérimentation et non un fantasme. C’est par le corps, et par les organes physiques, que le désir passe et non par l’organisme. Deleuze dans son Bacon explique « le corps sans organes se définit donc par un organe indéterminé, tandis que l’organisme se définit par des organes déterminés ». Il y a de multiples possibilités du CsO selon les désirs, les êtres... Citons comme exemple le corps hypocondriaque, dont les organes se détruisent, ou le corps schizophrène, qui mène la lutte contre ses propres organes. Si Deleuze aime à prendre l’exemple du schizophrène, en citant notamment l’œuvre d’Antonin Artaud, il signale que le CsO peut aussi être « gaieté, extase, danse... »  mais l’expérimentation n’est pas anodine, elle peut entraîner la mort. Il faut, par conséquent, être prudent même si l’expérimentation du CsO est une question de vie ou de mort. Car pour Deleuze il ne faut pas, comme le prétend la psychanalyse, retrouver notre « moi » mais aller au-delà. Deleuze dit, dans l’Abécédaire, qu’ « on ne délire pas sur papa-maman, on délire le monde » . Aussi précise-t-il dans Mille plateaux : « Remplacer l’anamnèse par l’oubli, l’interprétation par l’expérimentation. »  Deleuze s’oppose à l’idée du désir perçu comme manque ou fantasme. L’Anti-Œdipe Gilles Deleuze et Félix Guattari, Éditions de Minuit, 1972 Mille Plateaux Gilles Deleuze, Éditions de Minuit, 1980 l’Abécédaire Gilles Deleuze, entretiens avec Claire Parnet, Éditions Montparnasse, 2004


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POUPEES ORGANIQUES Le corps, le corps sain et le corps sans organes*

1. Projet Créer des personnages au stade embryonnaire. Une sorte de nouvelle humanité hybride dégagée de toutes vulnérabilités organiques. Des corps sans organes à l’avenir prometteur. Ces poupées/fœtus devront être proposées et exposées dans des bocaux lors de l’exposition comme un produit de luxe. Il faudra concevoir une structure/ vitrine pouvant accueillir une vingtaine de ces bocaux. Le nombre est important car il démontre la maîtrise et l’aboutissement du processus de création. La structure/vitrine sera transparente comme les bocaux laissant ressortir les poupées organiques. L’effet de répétition apportera également un rythme à la manière d’une trame cinématographique. Il faudra également créer un pont entre ces personnages monstrueux et la société en apportant un caractère humain. Pour se faire, réaliser une série de photographies réalistes du laboratoire ou l’enjeu est de taille. Chirurgiens, infirmières et décideurs seront mis en scène pour un tableau morbide et froid.

2. Réalisation des poupées 2.1 Réalisation Les poupées ont été fabriquées en fonction du contenant, des bocaux à asperges ( pour leurs formes longilignes ). Le format est de 30 cm de haut et 7 cm de diamètre, ce qui convient parfaitement car je ne voulais pas que l’aspect soit lourd et grossier. Cuisinier de métier je pouvais alors réaliser la fabrication avec l’aide d’un ami boucher. Nous nous sommes rencontrés afin d’élaborer une poupée faite de boyaux et de farce blanche aux dimensions convenues. Une couleur très claire pour ne pas rappeler le rosé de la chair humaine. Ce côté blanchâtre pouvait également faire référence à la pureté, ce qui me convenait très bien.


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2.2 Contraintes La fabrication s’est très bien passée sans difficultés ni obstacles. Un après-midi a suffi pour monter, farcir et assembler les poupées. Elles ont été ensuite placées à l’intérieur des bocaux dans mon atelier. Pour conserver le produit, j’ai utilisé de l’alcool blanc ménager. Les joints à conserve ont été peints en rose, couleur sélectionnée pour LABO25.

3. Réalisation de la structure/vitrine En ce qui concerne la structure, j’ai cherché autour de moi dans le milieu horloger des matériaux de foires ou de salons que je pouvais récupérer. Par chance, le choix était grand mais pas toujours aux formes ou aux couleurs voulues. J’ai trouvé finalement un ancien stand qui convenait parfaitement. J’ai obtenu l’autorisation de l’entreprise pour utiliser une partie de cette structure. Un ensemble de cubes en plexiglas transparent rose fixé par des tiges en acier. Je devais maintenant l’adapter à mon projet. La principale contrainte a été de construire une armature métallique pour soutenir tous ces éléments. J’ai sollicité le ferronnier d’art Benoît Vuillemin qui a rendu cette construction possible et solide.

Fabrication des poupées organiques

4. Prise de vue et réalisation des photographies 4.1 Conception J’ai décidé de réaliser trois photographies du bloc OP. Un triptyque au format allongé d’une taille moyenne. Maximum 1 mètre de large X3. Trois prises de vue sur pied de la même pièce. Seul le placement des acteurs modifiera le résultat final. L’appareil photo utilisé est un Canon Eos5DII au capteur numérique de 21 millions de pixels ce qui reste confortable. L’utilisation du numérique se justifie par le travail de retouche sous Photoshop, incontournable. Un travail laborieux vu que le laboratoire se trouve dans une boucherie où le fumé et le sel altèrent la blancheur des murs.

Inspiration pour les photographies du bloc


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4.2 Conception du bloc opératoire et création des rôles J’ai imaginé une pièce proche de la réalité hospitalière. Une pièce aseptisée, lisse et froide où se déroule une scène entre plusieurs personnages. Il y a des chirurgiens, des infirmières et un homme étrange. Une personne pouvant représenter l’autorité, le commanditaire ou bien tout simplement le politique. Ce rôle est primordial dans ce triptyque car il dynamise la scène. J’ai voulu trois clichés d’un instant précis avec uniquement un jeu de regards entre les différents personnages. Tout est figé dans cette pièce dramatique où le dénouement n’est pas connu. J’ai choisi d’avoir deux chirurgiens, une infirmière et une jeune stagiaire infirmière pour représenter au mieux la réalité. Le personnage « politique » sera en noir pour accentuer le côté lugubre et étrange. J’ai réalisé trois planches à dessins afin de positionner au mieux les personnages et leurs jeux de regards. Le story-board était réalisé, je pouvais à présent partir en repérage.

4.3 Repérage Lors du repérage dans ce laboratoire de boucherie j’ai cherché une pièce ou il était possible d’avoir un maximum de recul pour l’appareil photo. Je voulais un cadrage large pour pouvoir placer une table d’opération et cinq acteurs. Il me fallait également une porte coulissante pour la circulation des comédiens. J’ai trouvé cette pièce et calculé l’espace pour m’organiser lors de la séance finale. Le seul souci venait des murs carrelés fumés comme des saucisses. Comme je l’imaginais, le lieu était jauni, loin de la blancheur des blocs opératoires que l’on connaît. Autre point, la pièce correspondait mais était polluée par des accessoires et machines de boucherie. J’ai su à ce moment-là qu’il y aurait beaucoup de travail de nettoyage et de retouche sur les trois images.

Schéma /plan préparatoire


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4.4 Prise de vue Rendez-vous confirmé pour tous les protagonistes. Nous avons : - Un photographe avec son matériel pour m’assister lors des prises de vue. - Une personne chargée des costumes et du maquillage. - Deux acteurs/modèles pour le rôle des chirurgiens. - Deux acteurs/modèles pour le rôle d’infirmières. - Un acteur/modèle représentant le commanditaire, l’autorité, l’homme politique. La préparation a consisté à mettre en place le laboratoire, placer l’éclairage, le pied photo le plus loin possible de la table de chirurgie puis faire des essais d’éclairage et de mise au point avec l’appareil photo. Dans un même temps, j’ai dirigé les acteurs/modèles en séance d’habillage et de maquillage coordonné avec soin par une assistante.

Séance photos au laboratoire


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4.5 Contraintes La principale contrainte a été de trouver les accessoires hospitaliers afin de rendre cohérente la mise en scène. J’ai pu grâce à une amie récupérer des habits de chirurgie, masques, gants, pinces et ciseaux. La deuxième contrainte était de mettre en place la prise de vue en laboratoire avec des acteurs/modèles, un service d’assistants pour l’éclairage, le maquillage et les prises de vue. Ne bénéficiant d’aucune aide financière, il m’était impossible de faire appel à un quelconque service payant. J’ai donc mis à contribution les personnes de mon entourage disponibles sur une journée à une date choisie. Date difficile à trouver en vue des disponibilités de chacun. Finalement tout s’est très bien déroulé avec un rôle précis pour tous. Quant à moi mon rôle de metteur en scène était très intéressant. J’ai eu plaisir à monter ce projet, à le voir prendre forme, devenir concret, exister, nourri par tous. J’ai réussi je pense le plus difficile en insufflant à tous le désir de faire, de participer et de construire ensemble une œuvre atypique.

4.6 Retouche photos Le travail de retouches et de corrections sur Photoshop était important. J’ai passé une dizaine d’heures à corriger la perspective, la colorimétrie puis nettoyer le lieu de toutes pollutions visuelles pour avoir ce rendu chirurgical. J’ai ajouté un panneau radiographique des poupées puis cadré l’image de façon panoramique. Ce choix de cadrage apporte une dimension théâtrale à ces trois scènes successives.

Photo brute

Photo retouchée


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5. Contribution et participation Pour ce projet, j’ai utilisé mon relationnel, des personnes avec qui je travaille et des amis. Tous ont joué le jeu à titre bénévole. Un grand merci à M. Bole Président directeur général de la société Ambre pour le prêt des matériaux du stand. Pascal Mairot pour ses conseils en ébénisterie et sa participation aux conditionnement et agencement de l’installation. Benoît Vuillemin pour l’armature métallique des blocs plexiglas. René Cupillard et François Meunier en acteurs/modèles convaincants. Damien Faivre le boucher pour la fabrication des poupées, sa femme et sa fille pour leurs prestations d’acteurs. Antoine Catarino pour les prises de vue au laboratoire et les tirages photo. Marylise Fleury pour tous les accessoires hospitaliers et Catherine Monnier pour l’organisation de la séance photo.

6. Analyse 6.1. Analyse Peut-être que notre société est en train de tendre vers une uniformisation universelle de l’être sous toutes ses formes pour finir par ressembler un jour à une civilisation clonée ? Nous vivons aujourd’hui dans une société où le corps occupe une place de plus en plus grande. C’est un pôle pluridimensionnel, représentatif de multiples valeurs, qui, exploitées de diverses manières, amène les individus non seulement à s’y intéresser, mais aussi à tout centrer sur lui. Le corps est sur-médiatisé et l’image que l’on nous en propose est unique, c’est celui d ‘un corps harmonieux, résistant, aux mensurations préétablies qui correspond à celui d’un homme et d’une femme au statut idéal. Ces derniers sont les référents d’une population grandissante qui s’efforce d’y ressembler par de multiples moyens tous plus durs et coûteux les uns que les autres. Il y a bien entendu l’esthétique mais aussi les organes internes qui devront un jour ou l’autre s’adapter. Peut-être… En attendant que les vitamines et protéines fassent leurs effets, je propose une autre alternative, un être nouveau, non pas des avatars mais plutôt des êtres monstrueux aux devenirs prometteurs.


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6.2 Bilan Cette installation a été réalisé sur une année, elle est prête aujourd’hui à être exposée au public. Je suis satisfait de la qualité de réalisation de cet ensemble et espère avoir prochainement une proposition d’exposition.

Montage final des bocaux dans la structure en plexiglas rose


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Phases de réalisation du papier peint avec le canard pochoir

Pièce nº1

Pièce nº2


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SOUS LES TOITS 1. Conception L’idée est de concevoir une installation représentant l’intérieur d’une maison avec son habitant terrorisé par l’extérieur. Il faut mettre en avant le confort, la tranquillité et l’isolement. Un univers replié sur lui-même avec aucune ouverture sur le monde extérieur, une sorte de « bunker déco ». Proposer une alternative à ce processus destructeur en utilisant les mêmes codes visuels mais en les nuançant. Pour le faire, dupliquer cette pièce et modifier uniquement l’essentiel. Utiliser également le sens de l’odorat pour accentuer la différence entre ces deux espaces.

2. Création Créer deux pièces identiques et agencer l’intérieur de façon opposée. Ce commun architectural ( murs ) sera accentué par la présence d’un bloc blanc au centre de chaque pièce. Symbolisant le cœur de la demeure, ce cube accueillera la représentation de l’être enfermé ou libéré. J’ai choisi d’utiliser deux sculptures intimes et personnelles pour les représenter. En ce qui concerne l’odorat, il faut trouver deux odeurs, l’une pour le renfermé, l’autre pour la libérté. Ces odeurs seront diffusées dans les deux espaces.

Pièce nº1. extérieur/intérieur

Pièce nº2. intérieur/extérieur

La sculpture est « jolie », lisse, douce et intime elle a puisé sa beauté autour d’elle elle se nourrit à tout prix de ce petit monde pour elle c’est fini elle est gavée, elle suffoque autour d’elle, l’air n’est plus respirable

La sculpture est fragmentée, éclatée et dissoute elle envahit, s’étend autour d’elle elle se déplie sur le monde pour elle ce n’est qu’un début elle est prête à donner la vie autour d’elle, l’air est respirable


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3. Réalisation 3.1 Papier peint J’ai créé tout d’abord un papier peint pour chaque pièce. J’ai choisi un papier gris ( 50 % de noir ) comme fond pour les deux lieux. J’ai ensuite habillé le papier en tamponnant un petit canard de couleur noire pour la pièce nº1 et blanc pour la nº2. Le canard représente une forme simple, décorative, ludique et a également une connotation plus intime voir sexuelle, parfait donc pour recouvrir ces deux lieux. J’ai découpé le tampon dans du contre-plaqué et recouvert la face destinée à l’impression d’une résine caoutchouc. J’ai ensuite appliqué l’encre au rouleau sur ce tampon pour reproduire le dessin sur le papier. Le canard occupe 10 cm2, soit 100 canards le m2. Une fois le papier peint terminé, je me suis aperçu que la répétition des imprimés ( jamais identiques ) allait parfaitement pour cette installation. A travers ces monotypes, on pouvait y voir la trace de l’homme, la différence, le temps, une répétition obsessionnelle brute et délicate à la fois.

3.2 Sculptures Sculpture pièce nº1 : J’ai choisi de réaliser une reproduction de poupée gonflable. Une poupée assise les bras au ciel. La statue a été partiellement moulée puis montée, poncée pour être peinte d’une couleur mode en fuschia métallisé/vernis. Cette opération a été faite chez un ami garagiste. Le rendu est superbe, lisse, clinquant à la hauteur d’un artisan spécialisé. Je retrouve bien en cette pièce toutes les idées développées plus haut. Cette poupée pailletées sera disposé sur le cube/socle au cendre de la pièce. Sculpture pièce nº2 : Ici, j’ai choisi de m’appuyer sur la précédente sculpture pour réaliser une coquille fine et fragile. J’ai donc moulé la première statue pour en faire des fragments plus ou moins gros. Tous ces morceaux seront disposés sur le cube/socle et le sol ( pour les plus petits ).


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3.2 Odeurs Pièce nº1 La fabrication de ce « parfum » n’a pas été très difficile. Après quelques macérations et autres expériences culinaires, j’ai fait plusieurs mélanges à base de terre, de tourbe, de naphtaline, d’eau et d’alcool. Le résultat est pour moi satisfaisant. Il me faudra quand même trouver la bonne dose pour le diffuser. Pièce nº2 Plus difficile ici. Comment représenter l’espace, la liberté et le grand large... Après plusieurs essais de mélanges de parfums, d’huiles essentielles, de fleurs et de plantes, le résultat était toujours mauvais. Une odeur trop forte, trop présente, renvoyant au parfum du commerce et à tous ces diffuseurs d’ambiance. L’idéal serait qu’il n’y ai pas du tout d’odeur, mais c’est impossible. Il faudrait que je me transforme en Grenouille* pour réussir ce tour de force. J’ai donc sélectionné les deux odeurs qui me semblaient les mieux placées, des odeurs douces et marines. La solution est de vaporiser juste ce qu’il faut dans la pièce. A la limite du parfum, cette odeur doit resté discrète, voir absente. Un ventilateur viendra renforcer l’effet fraîcheur. 3.3 Sol Pour créer un lien entre les murs et les sculptures, j’ai décidé de marquer le sol autour du centre de ces deux pièces. Les fragments de la sculpture nº2 ( les plus petits et les poussières ) seront disposés sur le sol autour du cube. Ils seront placés en dégradé sur 50 cm environ. Pour la pièce nº1, je marquerai le sol de moisissures ( biologiques ) sur 50 cm. Pour le faire, je vais frotter le sol de fruits moisis, j’humidifierai le plan et laisserai faire. L’essai réalisé dans mon atelier est concluant. Les moisissures se développent rapidement changeant d’aspect et de couleur.

* Référence à Jean-Baptiste Grenouille héros du roman de l’écrivain allemand Patrick Süskind. Le Parfum, Editions Fayard, 1986


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Statue poupée gonflable en plâtre de la pièce nº1, avant/après peinture. Format : 120 cm de haut

Statue fragmentée en céramique de la pièce nº2

Création des odeurs

Tests de moisissures


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4. Contribution et participation J’ai fait appel au garagiste Patrick Pobelle de Loray pour peindre la statue gonflée fushia métallisée/vernis.

5. Analyse On pourrait commencer à dire que ces deux pièces font penser à des tombeaux. Les murs ont été recouverts de symboles répétés, avec en son centre un bloc blanc d’un mètre de large. La fresque murale nous renvoie aux hiéroglyphes par ces répétitions mais aussi par la représentation d’un animal. En effet, on trouve le canard dans de nombreuses sépultures anciennes, égyptiennes notamment. Les deux statues placées au centre des deux pièces sont montées sur des blocs qui suggèrent un cercueil. Du coup, les corps se trouvent en dehors de cet espace dédié. Ces présentations peuvent également représenter des statues érigées à l’effigie d’êtres particuliers. Les odeurs présentes dans ces deux « tombeaux » apportent à ces lieux une dimension sensible et personnelle décisive. On peut imaginer le contraste entre la statue « chic fushia » et cette odeur de renfermé, de moisi et de terre. Odeurs qui nous renvoient à la mort. Dans l’autre pièce où la statue est fragmentée, brisée et cassée, on devine un univers plaisant et vivant. Une odeur de grand large qui représente sans équivoque le monde extérieur. L’installation de la pièce nº2 avec tous ces morceaux de coquilles et de poussières craquantes suggèrent de nombreuses pistes attirantes. En comparaison, la pièce nº1 avec sa « poupée pailletée » devient ( grâce ou à cause des odeurs ) beaucoup plus fade et bien moins accueillante. S’opèrent alors une évolution et un changement radical entre ce que l’on pouvait y voir et une certaine réalité induite par la deuxième pièce. Nous avons donc ici deux pôles extrêmes : la vitalité et le mortifère. C’est pourquoi ces directions opposées impliquées par les deux installations retentissent l’une sur l’autre et par là-même s’amplifient. Bien plus, c’est par le cœur de leur croisement que se crée cette polarisation, croisement que forme ici la juxtaposition des deux pièces.


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Les six tableaux préparés spécialement pour recevoir les écritures

Simulation de la pièce idéale pour cette installation


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Journal intime 1. Conception Pour ce travail, j’ai voulu me rapprocher le plus possible de l’intime, rentrer au coeur de la vie et d’en extraire une sensibilité tranchante. J’ai créé à l’aide de visuels et de bandes sons, une atmosphère douce et frictionnante. Ces visuels en toile imprimés, je les ai estompés en gommant le contraste avec du pigment blanc. J’ai ensuite écrit au crayon le journal intime en respectant ses codes, à savoir sa particularité d’être rédigé régulièrement à un rythme quotidien avec des entrées datées. Des pensées intimes d’une centaine de lignes couvrant l’ensemble des toiles.

2. Création 2.1 Les toiles J’ai tout d’abord réalisé des photographies d’un modèle en mouvement. J’ai ensuite sélectionné 6 photographies correspondant à mon désir d’intime. Ces photographies plus ou moins floues ont été cadrées au format carré puis estompé sur Photoshop. J’ai diminué le contraste au maximum puis donné les épreuves à l’imprimeur afin qu’il réalise des tirages sur de la bâche. Le choix de l’imprimeur s’est porté sur l’entreprise Courvoisier à Mamirolle avec qui je travaille pour la société Ambre. Ces « tableaux » seront ensuite frottés avec du pigment blanc pour avoir un rendu encore plus doux et nuancé. 2.2 La bande son Cette trame sonore a été travaillée à partir du texte sur lequel sont venus se greffer des sons, des bruits et des rythmes variés. Le texte a été lu et chanté par un homme et une femme puis enregistré. J’ai demandé à deux acteurs vocaux l’enregistrement de plusieurs lectures de niveaux différents, haut en couleur et grave comme le peut être la vie. Ces bandes sons ont servi de base au montage audio final. Le mixage a été fait sur ordinateur en utilisant un logiciel pouvant gérer plusieurs pistes audio. J’ai inclu des fondus entrants et sortants pour avoir des entrées douces et des ruptures de rythmes. Au fil du temps, la bande son devient tendue et crispée.

3. Bilan Pour l’exposition de cette installation, je vais prendre en compte le lieu et l’adapter. Cette pièce est idéalement petite, arrondie avec un éclairage tamisé. Un canapé-lit sera placé au centre, il pourra servir de camouflage aux haut-parleurs. Cette installation n’est pas encore terminée, la bande sonore n’est pas aboutie.


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Photo montage de l’installation


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ARTKETING 1. Projet Parler, montrer, dénoncer le marché de l’art ou plutôt l’art du marché avec en tête de proue Damien Hirst et Jeff Koons artistes managers. Ces deux artistes, les plus médiatiques et les plus chers de l’art contemporain, ont d’autres points en commun. Ils bénéficient d’une actualité de premier ordre, font polémique, enregistrent leur record respectif aux enchères en 2008… et connaissent bien les rouages de la communication et de la finance. Deux excellents traders de l’art contemporain actuel. Jeff Koons comme Hirst, gère son entreprise artistique de main de maître. Tous deux emploient une centaine d’assistants, sont soutenus par des poids lourds comme la Gagosian Gallery, collectionnent les enchères millionnaires. Le record de Jeff Koons s’élève d’ailleurs à 11,5 millions d’euros pour l’œuvre Balloon Flower ( Magenta ) vendue chez Christies’s Londres. Leurs velléités d’indépendance et leurs connaissances des rouages du marché datent des années 80 : le jeune étudiant en art qu’était Hirst en 1988 s’érigeait en champion de l’auto-promotion en orchestrant l’exposition Freeze. Il fut alors repéré par le publiciste, collectionneur et marchand d’art Charles Saatchi, celui qui lança en 1997 les Young Bristish Artists. A la même époque, son aîné Jeff Koons était trader à Wall Street. Lancé dans une carrière artistique, il bénéficia lui aussi d’un sponsor de premier ordre : François Pinault. « Artketing » veut montrer d’une manière simple le processus qui n’a d’autre pedigree que la signature d’un artiste starisé et ce malgré un contexte économique alarmant. A la manière de Koons ou de Hirst, dont le travail est simple, efficace proche du sensationnel mais loin d’être exceptionnel. Il y aura donc pour ce travail trois représentations : l’artiste, l’œuvre, le marché de l’art.


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2. Création 2.1 Planche à billets

L’artiste et l’œuvre

Pour représenter l’artiste, son interversion et sa transformation, j’ai réalisé trois planches à billets autoportrait. L’artiste créateur devient donc imprimeur de billets de banque avec ce triptyque noir et blanc en négatif.

L’œuvre et le marché de l’art

J’ai réalisé un tableau traditionnel représentant l’Art en mettant en avant sa valeur avec des billets de 500 euros. Billets plastifiés mis sous vide d’air puis scellés ( cire et poinçon ) avec le prix écrit sur un post-it ( valeur 170 000 euros ). Cette « Œuvre » sera sublimée par un encadrement style ancien sculpté/doré puis placé à 2 mètres du sol. Cette position du tableau en hauteur, représente un certain isolement, une certaine inaccessibilité.

Le marché de l’art et l’artiste

J’ai utilisé une échelle blanche pour représenter l’ascension et la réussite. Un processus économique à plusieurs paliers. Cette échelle sera placée entre les planches à billets et l’œuvre ultime. Elle permettra d’accéder à l’œuvre. Un lien indispenssable pour Artketing.

2.2 Réalisation La simplicité de ce projet a permis de réaliser cette installation rapidement, s’était son but premier. Les billets de 500 euros ont été placés en vrac sur du contreplaqué avec le post-it 170 000 euros ( valeur des billets ) avec l’inscription : « L’art j’adore ». J’ai placé cette planche dans une poche plastique pour ensuite faire le sous vide d’air. Processus réalisé en laboratoire de cuisine. L’échelle a été achetée dans un magasin de bricolage puis peinte en blanc. En ce qui concerne les trois planches à billets autoportrait, j’ai placé les billets de 500 euros noir et blanc sur trois contre-plaqués format 30/40 cm. J’ai ensuite placé sur chacun d’eux un portrait de moi en négatif sur film transparent. Ces trois portraits me représentent successivement, concentré, étonné puis soucieux.

Autoportraits imprimés en négatif sur du film transparent pour les planches à billets.


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3. Contraintes La principale contrainte était au moment de la conception. En effet, il fallait trouver de manière simple comment représenter l’artiste, son oeuvre et le marché de l’art puis créer des liens entre ces trois éléments.

4. Analyse Cette idée de billets sous vide puis scellé représente bien pour moi la valeur économique d’une œuvre. Un coffre-fort à ciel ouvert avec 170 000 euros à l’intérieur. Pourtant, l’argent présenté en plusieurs couches ne nous permet pas de connaître la somme exacte. L’œuvre est garante de sa valeur qu’elle contient mais rien n’est sûr. Vaut-elle autant qu’indiqué sur le post-it ? Pour le savoir, il n’y a qu’une solution, couper la poche et détruire l’œuvre.

Cadre doré avec billets de banques sous vide d’air


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Préparation de la statue avant de recevoir la peinture/résine fushia définitive Format : 165 cm de haut


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MOMIE 1. Projet Dernière oeuvre de LABO25 Cette installation doit montrer le conditionnement de l’homme dans ce monde mais aussi proposer une sortie, une extraction vers autre chose. Réaliser une sculpture représentant l’être humain momifié par la vie, en dedans par un régime alimentaire et intellectuel remplis de conservateurs et autres produits « sains » et en dehors la raréfaction de l’air. Cette installation est très proche de l’esprit LABO25 avec ce désir de voir et de vivre autre chose avec comme point final une femme qui se tend, s’étire et s’extirpe de ce monde rosifié. Une perforation utile et vitale, à moins qu’il ne soit déjà trop tard...

2. Création Construire une sculpture droite, élancée vers le ciel. Cette statue représente une femme nue, les bras le long du corps avec la tête orientée vers le ciel. Réaliste et à l’échelle1 elle sera de couleur blanche mate recouverte partiellement d’une peinture résine brillante rose fushia. Cette peinture sera versée sur la tête pour s’écouler lentement le long du corps. Pour accentuer l’effet « extraction du sol », un socle rond et fin sera disposé à la base de la statue. Peint de la même couleur ( fushia ), il représentera une flaque.

3. Réalisation 3.1 La statue J’ai dessiné la momie sur papier puis réalisé un plan de la structure métallique destinée à la soutenir. J’ai construit autour de cette architecture squelette un volume en mousse polyuréthane. J’ai ensuite moulé partiellement un corps de femme, assemblé les morceaux pour enfin lisser l’ensemble. J’ai demandé au ferronnier Benoit Vuillemin de me réaliser la base et le socle rond en acier. La seconde phase a consisté à finaliser le rendu en ponçant, lissant et apprêtant la sculpture avec un blanc mat façon chaux pour un meilleur contraste avec la résine fushia brillante qui viendra ensuite s’écouler le long du corps. 3.2 La résine Avant de renverser la peinture résine sur la tête de cette femme momie, j’ai recouvert le socle de cette même couleur en remontant légèrement sur ses jambes. Ce choix est primordial car il favorisera l’effet intérieur ( sol ) vers l’extérieur ( air ). En effet, sans ce détail, on aurait vu uniquement la peinture renversée sur sa tête.


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