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STUDS TERKEL (1912-2008)

en fond sonore de ce dossier : Hard Times, Interview de Studs Terkel avec Oscar Heleen, un fermier. Source : http://www.studsterkel.org

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Louis (Studs) Terkel, le troisième fils de parents juifs russes, est né dans le Bronx le 16 mai 1912. Onze ans plus tard la famille déménage à Chicago où son père trouve du travail comme tailleur. Il ouvrira plus tard un immeuble locatif pour les immigrants. Après avoir terminé ses études au lycée en 1928, Terkel rejoint l'université de Chicago où il reçoit un Diplôme de droit en 1934. L'année suivante il trouve du travail en produisant des spectacles de radio dans le cadre du Projet fédéral pour les Auteurs (Federal Writers Project). Terkel, qui adopte alors le prénom " Studs " (d'après le héros du roman de James Farrell, Studs Lonigan), s'implique également dans le Chicago Repertory Theatre. En 1939 il se marie avec l'assistante sociale Ida Goldberg. Le mariage durera 60 ans. Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale Terkel essaie de rejoindre l'armée, mais est réformé à cause d'un tympan perforé. Il rejoint alors la CroixRouge mais n'est pas autorisé à servir à l'étranger. Il découvrira plus tard que ses opinions politiques de gauche en étaient la cause. Pendant les années 1940 Terkel devient une voix familière de la radio où il travaille comme commentateur et animateur. Il joue et apparaît également dans plusieurs émissions. En 1949 Terkel commence sa propre émission de télévision, “Stud's place” [Le coin de Stud], une sitcom improvisée où il interprète le rôle d'un propriétaire de restaurant.

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Après avoir fait l'objet d'une enquête conduite par Joseph McCarthy et la Commission de la Chambre sur les Activités Antiaméricaines (HUAC) en 1953, son contrat est annulé. Terkel refuse de témoigner contre d'autres activistes de gauche. Il est alors inscrit sur la liste noire et est empêché d'apparaître à la télévision. Il se souviendra plus tard : "On m'a mis sur la liste noire car j'ai pris certaines positions et ne me suis jamais rétracté... J'ai signé beaucoup de pétitions pour des causes démodées et ne me suis jamais rétracté." Terkel trouve finalement un emploi au Chicago Sunday Times où il tient une rubrique sur le jazz. Il joue aussi dans différentes pièces dont Des Souris et des Hommes de John Steinbeck. En 1958 il commence son fameux programme radio quotidien sur WFMT, le “Studs Terkel Show”. Au cours des années 1960 Terkel s'intéresse à l'histoire orale. Son premier livre sur le sujet, Division Street: America (1967), comprend les interviews de soixante-dix personnes ayant vécu à Chicago. Suivront Hard Times (1970), présentant des interviews d'Américains parlant de leurs expériences de la Dépression et Working (1974), un condensé de la vie des travailleurs. Terkel écrit "le travail est une recherche quotidienne de sens aussi bien que de pain quotidien, de reconnaissance aussi bien que d'argent, de surprise plutôt que de torpeur, d'une sorte de vie en bref, plutôt que d'une sorte de mort lente du lundi au vendredi." Ed Vulliamy a fait remarquer : "comme vous écoutez, vous savez jusque dans vos os que chacune des personnes n'avait jamais raconté son histoire de façon aussi pertinente ou aussi détaillée auparavant et ne le fera jamais plus, ainsi était l'art de Terkel. Il était le maestro de cet art le plus précieux tant dans la pratique du journalisme que de l'histoire : l'écoute... Terkel a légué à l'histoire des enregistrements exceptionnels, les meilleurs étant ceux avec les gens du quotidien venant de n'importe quel milieu : charpentiers, juges, monteurs d'enjoliveur, prêtres, amiraux, métayers, modèles, aiguilleurs, joueurs de tennis, vétérans et cuisiniers."

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Autres livres du même genre par Terkel : American Dreams: Lost and Found (1980), The Good War (1985), Chicago (1987), The Great Divide (1988), Race (1992), Coming of Age (1995), Talking to Myself: A Memoir of My Times (1995), My American Century (1998). Will the Circle be Unbroken?, un livre sur la mort, publié en 2001. Ont suivi Hope Dies Last (2005), And They All Sang (2006), They All Sang (2007) and Touch and Go: A Memoir (2008). Terkel a été décrit comme un historien et un sociologue mais il préférait qu'on dise de lui qu'il était un "journaliste de guerilla avec un magnétophone". Studs Terkel est mort dans sa maison de Chicago le 31 octobre 2008 à l'âge de quatre-vingt-seize ans. Il demanda à ce que son épitaphe soit : "la curiosité n'a pas tué ce chat." Il jouit toujours d'une énorme popularité aux États-unis. Ses livres se prêtent tout particulièrement à l'adaptation théâtrale et ont de fait souvent été adaptés au théâtre (comme Working, en 1978, à Broadway), et sont très couramment lus et étudiés par les lycéens et les étudiants de journalisme, d'histoire et d'ethnographie. En septembre 2009, paraîtra même chez l’éditeur New Press* - qui publie les textes de Terkel aux États-Unis - une adaptation graphique de Working.

*C'est son ami l'éditeur André Schiffrin (l'auteur de L'Edition sans éditeur (Paris, La Fabrique, 1999)) qui a incité Studs Terkel à réaliser ses recueils d'histoire orale et qui les a publiés, d'abord chez Pantheon Books, puis, après le rachat de cette maison par le groupe Random House, chez The New Press, la maison d'édition indépendante et à but non lucratif qu'il a fondée en 1990.

Récompenses Studs Terkel fut membre de l'Académie des Arts et des Lettres des États-Unis. Il a été récompensé par de nombreux et prestigieux prix: - la Presidential National Humanities Medal; - la National Book Foundation Medal for Distinguished Contribution to American Letters; - le George Polk Career Award; - le National Book Critics Circle Ivan Sandrof Lifetime Achievement Award; - le Pulitzer, en 1984, pour "La Bonne Guerre" - Histoires orales de la Seconde Guerre mondiale.

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HARD TIMES "HARD TIMES N’EST PAS UNE 'RECONSTITUTION' DE L’ÉPOQUE DE LA GRANDE DÉPRESSION, HARD TIMES NE TRANSFORME PAS CETTE ÉPOQUE EN OBJET DU PASSÉ, EN OBJET D’HISTOIRE – HARD TIMES, C’EST CETTE ÉPOQUE ELLE-MÊME, SON PARLER, SON ATMOSPHÈRE, SES HISTOIRES TRAGIQUES ET COMIQUES. QUICONQUE SOUHAITE SAVOIR OÙ NOUS EN ÉTIONS ALORS ET COMMENT NOUS SOMMES PARVENUS LÀ OÙ NOUS SOMMES AUJOURD’HUI DOIT IMPÉRATIVEMENT LIRE CE LIVRE." (ARTHUR MILLER)

Photographies de Dorothea Lange.

Histoires orales de la Grande Dépression. Hard Times sans doute le plus grand livre d’histoires orales de Studs Terkel, fait revivre pour nous à travers des centaines d’entretiens les souvenirs de ceux qui ont traversé la Crise de 1929 et la Grande Dépression, ainsi que de ceux qui, trop jeunes, en ont seulement entendu parler. Comment s’en sont-ils sortis, quelle empreinte la Grande Dépression a-t-elle laissée dans leurs vies, quelles leçons en ont-ils tirées ? Autant de questions qui, du krach de 1929 aux luttes syndicales, de la difficulté de la vie paysanne aux conséquences du New Deal, permettent à Studs Terkel de nous plonger dans un monde de précarité et de solidarité, qui, à maints égards, évoque celui dans lequel nous entrons aujourd’hui. La présente édition est accompagnée d’une sélection des photographies de Dorothea Lange sur l’Amérique de la Grande Dépression réalisées pour la Farm Security Administration.

Réf. interne : 35419 2114 - Histoire contemporaine (1799-1945)

Traduction de l’américain par Christophe Jaquet. 27,00

g | 598 pages | Parution : 15/09/2009

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TABLE DES MATIÈRES Préface Une souvenir personnel Livre I La manifestation La chanson Le voyage à la dure Faire du fric Un vieux, un jeune Dieu bénisse les enfants Bonnie Labouring Boy Trois Grèves Premier cahier de photographies de Dorothea Lange Livre II Vieilles familles Les choristes La grande vie À la clinique Seize tonnes Le fermier, c’est l’homme Éditeur et rédacteur en chef

Livre IV Ce qui passèrent au travers Trois heures du matin Un Télégramme Livre V Beaux arts, arts vivants Fonction publique – la municipalité Expulsions, arrestations et autres vexations Honneur et humiliation Bats-toi et gagne Épilogue Légendes des photographies de Dorothea Lange Un dossier pédagogique sur Hard Times, à l’attention des enseignants, des élèves et étudiants en Histoire et en Lettres, est disponible sur le site d’éditions Amsterdam.

Deuxième cahier de photographies de Dorothea Lange Livre III À propos du New Deal Un éternel populiste Péroraison Neuvaines et drapeaux rouges Le docteur, Huey et M. Smith Itinérance Le Gentleman du Kansas Paysage avec forêt La vie au campus Troisième cahier de photographies de Dorothea Lange

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REVUE DE PRESSE

Lumineuses ou anecdotiques, toujours concrètes, ces paroles d'outre-Amérique résonnent avec force à nos oreilles, faisant un troublant écho à "la" crise d'aujourd'hui. Dans Hard Times, on entend des fermiers en colère, qui préfèrent détruire leurs récoltes et le lait de leurs vaches plutôt que de les vendre à des prix misérables aux trusts de la distribution. Ou des chômeurs migrants, qui traversent le pays à la recherche d'un peu de pain. On y entend des artistes, des médecins, des fonctionnaires, des mineurs de fond, des journalistes et des voleurs. On y découvre même, dans un journal du Wisconsin, à côté de gens ruinés, la photo d'un spéculateur qui vient de faire "un gros coup à la Bourse" et se pavane sur le yacht d'un ami. Car, contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, Studs Terkel ne limite pas ses interviews aux seules victimes de la crise ou à ceux qui pensent comme lui. "J'avais une réputation de charognard. J'achetais des boîtes ruinées dont les banques avaient pris le contrôle", se rappelle ainsi Arthur A. Robertson, heureux spéculateur, sans regrets ni remords. Une Amérique plurielle est ainsi mise au jour, loin des clichés monocolores. C'est l'autre grand mérite de ce journaliste d'exception : Studs Terkel a compris très vite qu'écouter et donner à entendre les autres, dans leur diversité contradictoire, en tenant ses propres opinions à distance, était gage - le seul, peut-être - de vraie modernité.

La Tribune, du 11/09/2009

Catherine Simon Le Monde des livres, du 17/09/2009

La préface de Hard Times est remarquable. Alors que la fuite en avant semblait la norme, Studs Terkel s’interroge sur l’endettement qui devient la règle, sur la désindustrialisation qui s’étend aux États-Unis, sur les zones aveugles de la précarisation. Il y reconnaît le glas, dès 1986, encore recouvert par l’euphorie. Il retrouve les voix d’autrefois, les sonorités d’un autre temps. Moins d’un demi-siècle le sépare de ceux qui, comme lui, traversèrent la Grande Dépression. Il les fait parler, sans parti pris, d’un bout à l’autre des États-Unis, offrant un ouvrage clairement construit et bien rythmé dont la force égale Louons maintenant les grands hommes, le reportage fait en 1936 par James Agee chez les paysans pauvres de l’Alabama avec le photographe Walker Evans.

Jean-Maurice de Montrémy Livres Hebdo n°788, du 11/09/2009

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EXTRAITS "Je ne savais pas que c’était illégal d’être pauvre, en Amérique.", dit l’un des voyageurs. Savezvous qu’il est interdit de dormir dans une voiture en Louisiane ? Et qu’il est illégal de dormir sous un pont autoroutier à Portland ? Qu’on n’a pas le droit de manger ce qu’on trouve dans les poubelles à Fort Lauderdale ? Maharidge et Williamson découvrirent qu’il n’était pas rare que ces poubelles soient truffées de mort-aux-rats. Ce n’est pas aussi étonnant que cela peut paraître. Dans les années 1930, le vagabondage était la principale cause d’arrestation et de détention. Le vol arrivait second. Aujourd’hui, les rapports du FBI montrent que les vols et cambriolages ont doublé dans les villes où la fermeture d’usines est devenue la norme. Un vétéran du Vietnam, qui voyage avec sa femme, deux enfants et une tente, se met à penser l’impensable : "Je fais de mon mieux pour être un citoyen irréprochable. Je n’ai jamais encore commis de crime. Mais maintenant je songe à me faire une supérette. Je ne veux tuer personne, juste prendre à manger pour les enfants." pages 18 et 19, extrait de la préface

Frank Czerwonka [...] "En 1930, mon beau-père avait son appartement, où on tenait un speakeasy. Les gars d’une petite mafia locale ont emménagé dans l’appartement d’à côté. Dans le quartier, on ne buvait pas d’alcool de contrebande, juste de l’alcool raffiné. C’est dans le South Side que mon beau-père faisait son trafic. juste prendre à manger pour les enfants." [...] Vous donniez de l’argent à la mafia ? Non, on achetait par eux. On achetait de l’alcool. Cet alcool de contrebande, c’était évidemment pour le South Side, pour les gens de couleur. La mafia avait un grand espace pour distiller la gnôle, huit pièces. Ils se faisaient saisir de temps en temps, mais pas trop. Ils s’étaient occupés du capitaine de la police. Ils n’étaient pas pour donner de l’argent à tous les agents. Aux agents, ils payaient un coup à boire, et ça suffisait. Sinon ça leur serait revenu trop cher. Parce que si on crache et que le gars parle, tous les autres veulent leur part du gâteau. Ils payaient juste le capitaine et il n’organisait pas de descente. Les flics sont descendus chez nous deux ou trois fois. Mais ils n’ont jamais pu trouver la marchandise. Ma mère avait une astuce. Elle plantait un clou dans le mur, y accrochait un pichet d’alcool, posait dessus un chapeau et un manteau. Ils n’ont jamais trouvé le truc. Il y avait un autre pseudo-magasin de bonbons, tenu par une femme. Un flic a commencé à tourner autour et à se montrer amical. Elle savait qu’il cherchait à pincer quelqu’un. Alors elle lui a préparé une bouteille. Il lui a demandé de la lui vendre. Ensuite, il l’a fait arrêter et traîner en justice. Là, il a déclaré : “J’ai acheté cette bouteille d’alcool. Un demi-litre.” La femme a répondu : “ Comment vous savez que c’est de l’alcool ?” Le flic en a bu une gorgée et l’a recrachée. C’était de l’urine. Acquittée. pages 62 & 63, “Le Voyage à la dure”, témoignage de Frank Czerwonka

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La chanson

Once in khaki suit, Gee, we looked swell, Full of that Yankee Doodle-de-dum. Half a million boots went slogging through Hell, I was the kid with the drum. Say, don’t you remember, they called me Al – It was Al all the time. Say, don’t you remember, I’m your pal – Brother, can you spare a dime.

E. Y. (Yip) Harburg Parolier de chansons et poète. Voici quelques titres dont il a écrit les paroles : « Finian’s Rainbow », « The Bloomer Girl », « Jamaica » ou « The Wizard of Oz », « Earl Caroll’s Vanities ». Je n’ai jamais aimé l’idée de vivre dans un garni de la rive gauche à manger des patates. J’aime écrire dans le confort. Alors, un copain de classe et moi, on s’est mis au travail. Je pensais que je pourrais prendre ma retraite après un ou deux ans. Et puis un truc appelé Désastre, bingo ! a tout balayé. 1929. Il ne me restait plus que mon stylo. Par chance, j’avais un copain du nom d’Ira Gershwin7, et il m’a dit : « Il te reste ton stylo. Prends ton dictionnaire de rimes et mets-toi 7

NdÉ : frère et parolier du compositeur George Gershwin.

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au boulot. » Et c’est ce que j’ai fait. Il n’y avait rien d’autre à faire. Je faisais des vers légers à l’époque, j’écrivais un poème par-ci par-là à 10 dollars pièce. C’était un temps où les vers, les ballades, les poèmes, ça intéressait les gamins à la fac. On était au début des années 1930. J’étais soulagé que le Crash survienne. Soulagé. Je détestais les affaires. Quand j’ai découvert que je pouvais vendre un poème ou une chanson, je suis devenu moi, je me suis mis à vivre. D’autres ne l’ont pas vu comme ça. Ils se sont jetés par la fenêtre. Celui qui avait perdu son argent pensait que sa vie était foutue. Quand j’ai perdu tous mes biens, j’ai découvert ma créativité. J’ai eu l’impression de naître pour la première fois. Et pour moi, le monde est devenu magnifique. Avec le Crash, j’ai compris que la plus grande folie, c’était le commerce. Le seul moyen réaliste de gagner sa vie, c’était de faire des vers. De vivre de mon imagination. On pensait que les affaires , aux États-Unis, c’était solide comme du roc. On était le pays de la prospérité, et rien ne pourrait nous arrêter. Une maison en brique, c’était fait pour durer. Tu la donnais à tes gosses et ils y mettaient du marbre. Il y avait une impression de continuité. Si tu réussissais, c’était pour toujours. Et, d’un coup, le rêve a explosé. Le choc a été incroyable. Je flânais dans les rues à l’époque, et je voyais les queues pour le pain. La plus grande à New York, c’était celle de William Randolph Hearst8. Il avait un gros camion avec plein de gars dedans, et un grand chaudron de soupe chaude, et du pain. Des types avec des chaussures raccommodées à la toile de bâche faisaient la queue près de Columbus Circle et attendaient autour du parc, tout au long de plusieurs pâtés de maisons. Il y avait un sketch dans un des premiers shows que j’ai faits, Americana. C’était en 1930. Dans le sketch, Mme Ogden Reid, du Herald Tribune, était jalouse de la soupe populaire de Hearst. Elle était plus courue que la sienne. C’était un spectacle satirique, léger. Il lui fallait une chanson. Sur la scène, il y avait des gars avec de vieux uniformes, tout dépenaillés, qui attendaient. Et puis ils chantaient. Il nous fallait un titre. Comment faire une chanson qui ne soit pas larmoyante ? Il ne 8

NdÉ : William Randolph Hearst (1863-1951), homme d’affaires américain et magnat de la presse écrite. Orson Welles en a dressé le portrait à peine voilé dans son Citizen Kane. 43

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s’agit pas de dire : ma femme est malade, j’ai six enfants, le Crash m’a pris mon emploi, prête-moi un dollar. Je déteste ce genre de chansons. Les chansons qui sont trop explicites. Les chansons qui décrivent de façon plaintive un moment historique. À l’époque, devant chaque pâté de maisons où on passait, il y avait un pauvre gars qui s’amenait pour te saluer en disant : « T’as pas une pièce ? » [Can you spare a dime ?] ou « T’aurais pas un petit quelque chose pour que je me paye un café ? » On entendait ça devant chaque pâté de maisons, dans chaque rue. Je me suis dit que ça ferait un bon titre. Si je pouvais seulement me débrouiller pour dire aux gens, à travers la chanson, qu’il ne s’agissait pas seulement d’un gars qui voulait une pièce. C’est le type qui dit : j’ai construit les chemins de fer, j’ai construit cette tour, je suis allé faire vos guerres. J’étais le gamin avec le tambour. Pourquoi je devrais faire la queue maintenant ? Qu’est-ce qui est arrivé à toute cette richesse que j’ai créée ? Je crois que c’est ça qui a fait le succès de la chanson. Bien sûr, en plus de l’idée et du sens, une chanson doit avoir de la poésie. Elle doit avoir des phrases qui sonnent juste. Écrire des chansons c’est un art, un artisanat. Pourtant, « Brother, Can You Spare a Dime ? », ça posait aussi des questions politiques. Pourquoi un gars devrait être sans un radis à cause d’un truc dément appelé Dépression, ou maladie, ou n’importe quoi ? Dans la chanson, le gars dit vraiment : J’ai investi dans ce pays. Où sont passés mes foutus dividendes ? C’est ça, ses dividendes, de se retrouver à dire : « T’aurais pas une pièce ? » Qu’est-ce c’est que ce bordel ? Il faut regarder les choses en face. C’est bien plus qu’un peu de pathos. Ça ne fait pas de lui un mendiant. Ça fait de lui un être digne, de poser ces questions – et un gars en colère aussi, comme il se doit. Tout le monde la chantait en 1930 et 1931. Les groupes la jouaient, et il y a eu des disques. Quand Roosevelt a été candidat à la présidence, les républicains se sont vachement inquiétés. On a dit à certains des gars de la radio d’arrêter un peu de la passer. On a même essayé de l’interdire. Mais c’était trop tard. Elle avait déjà fait des dégâts.

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WORKING Histoires orales du travail aux États-Unis. Publié pour la première fois en 1974, Working [Le Boulot] est sans doute l’un des livres les plus connus de Studs Terkel. Composé de près de soixante-dix entretiens, il donne notamment la parole à un comédien, une réceptionniste, un éboueur, un releveur de compteurs à gaz, un critique de cinéma, un joueur de base-ball, un directeur de société, un fossoyeur, un prêtre, un professeur, un policier, un accordeur de pianos, une prostituée, un bibliothécaire, une enseignante, une garde-malade, un propriétaire de station-service, un courtier, un musicien de jazz, un grutier et le président d’une chaîne de radio. Tous parlent de leur expérience du travail, des sentiments qu’il leur inspire, avec la liberté, la verve et l’intelligence, mais aussi la lucidité, l’humour ou encore la gravité que Studs Terkel partage avec les personnes qu’il interviewe. Working est ainsi un témoignage d’une qualité exceptionnelle sur l’histoire sociale des États-Unis et sur la réalité et les transformations du travail dans le monde contemporain. Traduction de l’américain par Denise Meunier et Aurélien Blanchard. 22,00

g | 496 pages | Parution : 07/03/2006

LES GENS S’IMAGINENT QU’UNE SERVEUSE NE PEUT PAS PENSER, OU AVOIR UNE AUTRE AMBITION QUE DE SERVIR À MANGER. QUAND QUELQU’UN ME DIT : “VOUS ÊTES FORMIDABLE. COMMENT ÇA SE FAIT QUE VOUS SOYEZ SIMPLEMENT SERVEUSE?” SIMPLEMENT SERVEUSE. JE DIS “POURQUOI PENSEZ-VOUS QUE VOUS NE MÉRITEZ PAS QUE JE VOUS SERVE ?” ÇA VOUDRAIT DIRE QUE LUI EST INDIGNE, ET PAS MOI. ÇA ME MET EN COLÈRE. JE NE ME SENS PAS INFÉRIEURE DU TOUT. JE SUIS SÛRE DE MOI. JE NE VEUX PAS CHANGER DE MÉTIER.

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Table des matières Le travail de la terre Communications Un ordre de préséance Vous connaissez l'histoire de la fille du fermier ? La publicité Le nettoyage La surveillance La critique La fabrication La conduite Le parking La vente L'apparence Les comptes La piétaille Sans profession Des Américains tranquilles Le courtage Bureaucratie Les sportifs La responsabilité M'man et P'pa Courage Réflexions sur l'oisiveté de la retraite L'ère de Charlie Blossom Du berceau à la tombe À la recherche d'une vocation Second souffle Père et fils

Réf. interne : 29653 2115 - Histoire immédiate (depuis 1945)

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“LA BONNE GUERRE” Histoires orales de la Seconde guerre mondiale. Les quarante-sept entretiens réunis dans "La Bonne Guerre” donnent la parole à autant de protagonistes, connus ou inconnus, de la Seconde Guerre mondiale, qui évoquent leur expérience de la guerre avec la gravité, l’intelligence, la lucidité mais aussi parfois l’humour que Studs Terkel partage avec les personnes qu’il interviewe. "La Bonne Guerre", livre pour lequel Studs Terkel a reçu le prix Pulitzer, est ainsi un témoignage d’une qualité exceptionnelle sur l’histoire du conflit qui a marqué de son empreinte toute la période contemporaine. Traduction de l’américain par Christine Raguet.

19,00

g | 384 pages | Parution : 11/05/2006

Table des matières Un dimanche matin Rencontre Récits du Pacifique L’effort de guerre Le quartier Des durs Des généraux Bombardiers et bombardés Le jour J et la suite L’argent facile Dans le ciel Crime et châtiment Un tournant Nouvelles menaces ...et science sans conscience...

, R E Z

- IL A AUSSI FALLU QUE JE NETTOIE DES BLOCKHAUS. DANS L’UN IL Y AVAIT UN SOLDAT ALLEMAND. LE RÉFLEXE. UN AUTRE MAUVAIS SOUVENIR. Ç’A ÉTÉ MA PREMIÈRE EXPÉRIENCE EN COMBAT SINGULIER. C’ÉTAIT PENDANT LA BATAILLE DE LA FORÊT D’HÜRTGEN. LE PIRE, JE CROIS. NOTRE DIVISION A EU QUATRE CENTS POUR CENT DE PERTES. (TÉMOIGNAGE DE ELLIOTT JOHNSON)

IT L U P X I 4 PR 198

Réf. interne : 30241 2114 - Histoire contemporaine (1799-1945)

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