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TRAVAIL DE RECHERCHE LES OUBLIÉS DE L’HISTOIRE; LES RÉFUGIÉS ESPAGNOLS EN FRANCE APRÈS LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE

AUTEURE: MARIA FÀBREGAS GONZÁLEZ DIRIGÉ PAR MARIA JOSÉ GARCÍA 2n DE BATXIBAC 3-11-2016


1. INTRODUCTION

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Pour commencer un travail de recherche, se poser des questions est indispensable, tout comme la recherche de la réponse à cette question. Dans mon cas, je voudrais trouver cette réponse parmi la recherche d’information et des découvertes liées au sujet que je veux traiter. Puis j’ai décidé de choisir deux questions, deux problématiques. La première ; « Quelle connaissance a la société catalane actuelle du phénomène historique des réfugiés espagnols internés dans des camps de concentration français ? ». Je prétends répondre à cette question à travers l’analyse d’une enquête que je vais distribuer. Mon hypothèse sur cette question est qu’il n’y a pas de connaissances sur ce fait historique. Ce que je veux proposer si mon hypothèse est vraie, est de créer une vidéo informative sur le sujet ; courte, choquante et très « visuelle ». À mon avis, il est très important que la société actuelle, surtout la jeunesse, sache ce qui se passa en France avec les républicains espagnols il y a moins de cent ans. Connaître l’histoire rend les personnes plus capables de penser et de réfléchir et fait avancer les sociétés. Maintenant, des faits très semblables à celui que je vais étudier sont en train d’arriver ; les conditions des réfugiés syriens dans certains camps sont très semblables à celles des réfugiés espagnols en 1939 ; j’espère que ceux qui liront mon travail pourront comprendre et apprendre tout ce que j’ai compris et appris. On devrait être conscients de la gravité des circonstances. L’autre question que je me suis posée est ; « Comment étaient les camps de concentration et de travail français et comment arrivèrent-ils à être ce qu’ils furent ? ». Mon hypothèse sur cette question est que les conditions de vie des camps étaient vraiment mauvaises, et je voudrais savoir jusqu’à quel point elles le furent. Je vais chercher la réponse à cette question de deux manières différentes ; en premier, je vais chercher beaucoup d’information sur le sujet que je veux traiter, et je vais aller visiter moi-même certains lieux qui me semblent intéressants pour comprendre un peu mieux le thème. Cette partie du travail s’appellera « Partie Théorique ». En plus, je vais faire une interview à une candidate au doctorat d’histoire espagnole à l’Université de Cordoue pour connaître le sujet d’un point de vue vraiment historique. Après, pour connaître le sujet d’une manière plus personnelle, je vais écrire un témoignage d’une famille qui a vécu ce malheur et a réussi à en survivre. En faisant un mélange 2


entre les données historiques et les sentiments humains des témoignages, je voudrais découvrir ce qu’était vraiment cette expérience pour les réfugiés. Je pense que l’histoire se comprend vraiment bien quand on en connaît les causes, les faits, les conséquences et les effets émotionnels et physiques des personnes qui la vivent. J’espère que vous aimerez le travail et que vous réfléchirez sur le sujet, merci de le lire !

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2. ENQUÊTE

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• L’enquête https://docs.google.com/forms/d/1L6rLrrOpV8Qdn6Q1HbIThUo4CpV3xHwoo4g1V9Cu 9Tc/viewform

Énoncé préalable : FR : Après la Guerre Civile Espagnole, qui finit en 1939, un exode se produisit. Des milliers d’espagnols, républicains dans leur majorité, essayèrent de s’enfuir du régime dictatorial instauré par le général Franco. La France fut le principal pays d’exil, puisqu’elle était un pays voisin et majoritairement républicain. Le problème fut de trouver un lieu pour un nombre si grand de personnes qui avaient besoin d’aide. Une des solutions exécutées par le gouvernement Français consista à créer des camps d’internement pour ces personnes. ESP: Después de la Guerra Civil Española, que acabó en 1939, un éxodo se produjo. Miles de españoles, republicanos en su mayoría, intentaban huir de un régimen dictatorial instaurado por el general Franco. Francia fue la principal vía de escape, pues era un país vecino y mayoritariamente republicano. El problema fue encontrar un sitio para una masificación tan enorme de personas que necesitaban ayuda. Una de las soluciones ejecutadas por el gobierno francés consistió en crear campos de internamiento para estas personas. Questions posées : •

FR :

Vous saviez qu’il y a eu des camps d’internement ou de concentration en France après la Guerre Civile Espagnole ? OUI/NON Est-ce que vous croyez que les conditions de vie dans ceux-ci étaient très mauvaises ? OUI/ NON/ JE NE SAIS PAS Est-ce que vous pensez que les institutions françaises traitaient les réfugiés espagnols comme des citoyens français, ou au moins qu’ils essayaient ? OUI/NON/ JE NE SAIS PAS

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Est-ce que vous croyez que les réfugiés se sentent comme des personnes apatrides, refusées par tout le monde ? Si vous avez le temps, répondez à cette question avec vos propres mots. RÉPONSE ÉCRITE (PETIT TEXTE).Je vais utiliser cette question pour faire la couverture de mon travail, je ne vais pas analyser les réponses.

ESP:

¿Sabías que había habido campos de internamiento o de concentración en Francia después de la Guerra Civil Española? SÍ/ NO ¿Crees que las condiciones de vida en ellos eran muy malas? SÍ/ NO/ NO LO SÉ ¿Piensas que las instituciones francesas trataban a los refugiados españoles como si fueran ciudadanos franceses, o al menos que lo intentaban? SÍ/ NO/ NO LO SÉ ¿Crees que los refugiados se sienten como personas apátridas, rechazadas por todo el mundo? Si tienes tiempo, responde a esta pregunta con tus propias palabras. RESPUESTA ESCRITA (PEQUEÑO TEXTO)

• Analyse des réponses Sur l’enquête, j’ai demandé à des personnes de différents âges qu’elles répondent aux questions. J’ai décidé de demander à plus de personnes de moins de 18 ans parce que je pense qu’ils sont ceux qui connaissent le moins de choses sur le sujet, auquel je veux donner plus d’importance à la méconnaissance des jeunes.

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Dans ce graphique, on peut voir que le 42% des réponses sont « non ». Cela montre

une

méconnaissance

considérable

de

l’existence

des

camps

d’internement ou de concentration français.

La majorité des personnes ont répondu « oui » ; ils ont lu « camps de concentration », et ils connaissent ce que cela veut dire, et à partir de cela ils ont déduit que les conditions dans les camps sont mauvaises. Quand même, cette réponse montre une connaissance générale du concept de « camp de concentration ».

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La majorité de personnes ont répondu « non ». Peut-être ils connaissent les faits historiques que je demande, ou peut-être ils ont déduit que « Si un gouvernement enferme des hommes dans des camps de concentration, il ne les traite pas comme des citoyens de leur pays ». Une grande partie des personnes ont répondu « je ne sais pas », et cela montre un peu de méconnaissance du sujet.

Finalement, ma conclusion sur l’enquête est qu’il y a une méconnaissance générale du fait qu’il y eut des camps de concentration français où des milliers de Républicains espagnols furent enfermés en 1939 et plus tard… Je trouve qu’on devrait en savoir plus, puisque de nos jours, il y a encore des réfugiés, et je pense qu’il faut toujours prendre en compte que cela fait moins de cent ans, nos grands-parents étaient les réfugiés…

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3. PARTIE THÉORIQUE La liberté vit loin d’ici, et ça c’est l’exil. Le roi Lear, William Shakespeare

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1. La Retirada « La Retirada », la retraite en français, est un des concepts basiques qu’il faut connaître pour faire des recherches sur ce sujet. La Retirada est le nom utilisé pour se référer à la massification des personnes qui essayèrent de fuir la répression quand Franco gagna la Guerre Civile Espagnole l’hiver de 1939. Cet exode comprend environ 500.000 espagnols et volontaires des Brigades Internationales qui traversèrent la frontière entre janvier et février 1939, et en France cela est nommé « l’exode massif espagnol ». La peur mena beaucoup de ces personnes à rester en France, cachées ou bien internées dans des camps de travail ou de concentration français créés par le Gouvernement Français de l’époque.

La Retirada est un phénomène marqué par la peur et l’espoir de ceux qui avaient perdu une guerre. Il y a beaucoup de chemins parmi lesquels ils essayèrent de s’échapper du menaçant dictateur Franco, mais la route la plus connue passe par le Perthus, un petit village frontalier.

Ce phénomène devint international. L’Angleterre en parla en remarquant les déplorables conditions des réfugiés et la presse française remarqua le mauvais traitement donné aux réfugiés par le Gouvernement

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Français ; le Gouvernement de Vichy, dont le chef était le Maréchal Pétain.

Premièrement, le Gouvernement Français laissa passer les malades et mutilés ; plus tard, il laissa passer les femmes, les enfants et les personnes plus âgées et finalement il laissa passer les hommes, les soldats. Les armes des combattants républicains furent confisquées lorsque ceux-ci passaient la frontière, puisque le Gouvernement Français avait peur qu’ils commencent une lutte extérieure.

2. Le contexte historique en France Le contexte historique a beaucoup d’influence dans cette époque de l’histoire. Il faut savoir que dans ce moment de l’histoire, une crise économique atteignit la France ; celle-ci est appelée le « Krach du 29 », et comme toute crise économique, aggrava la situation sociale et politique du pays. Du 4 juin 1936 jusqu’au 21 juin 1937, le président français fut Léon Blum, de gauche. Son gouvernement appuyait les réfugiés espagnols républicains, et essayait de les aider un peu, mais son objectif était de les envoyer en Amérique du Sud. En plus, à cette époque-là, il n’y avait pas si de réfugiés comme en 1939, quand la guerre se termina.

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Le problème fut que cet appui fut retiré discrètement à cause de la peur d’Hitler. La défense des valeurs de la république aussi comme l’aide aux républicains espagnols étaient risquées puisque le Nazisme gagnait de la force à cette époque-là. Hitler avait atteint le pouvoir en 1933, et donc il avait déjà beaucoup de l’influence autour de l’Europe. Ensuite, le Gouvernement de Chautemps (29 juin 1937- 13 mars 1938), aussi de gauche, et Blum une autre fois (13 mars 1938- 10 avril 1938). Ces gouvernements faisaient partie du Front Populaire, une coalition de partis de gauche qui gouverna en France de 1936 à 1938. Du 12 avril 1938 au 11 mai 1939, c’est le Gouvernement de Daladier qui gouverne en France. Celui-ci est de droite, et il met fin au Front Populaire. Le gouvernement d’Édouard Daladier, en essayant d’éviter les menaces de l’Allemagne Nazie, étend unes valeurs xénophobes et promut la haine contre les réfugiés républicains espagnols. Il utilisa le prétexte que les réfugiés veulent voler les travails et emplois des français, et la crise en avait déjà volé beaucoup. Son succédant, Paul Reynaud, est aussi de droites, et il gouverne jusqu’en juin 1940.

Édouard Daladier

Ensuite, le Maréchal Pétain prit le pouvoir. Il ne favorisa pas les réfugiés puisqu’il était collaborationniste. Un collaborationniste, pendant la Deuxième Guerre, est « une personne qui coopère avec l’occupant nazi, qui partage les idées des nazis et qui souhaite la victoire de l’Allemagne ».

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Maréchal Pétain

Franco et Hitler avaient une idéologie semblable, et donc ils avaient une certaine relation. Franco déclara que « tout espagnol hors de l’Espagne n’est pas espagnol », et permit que Hitler s’emporte des républicains espagnols dans des camps de concentration nazis. Un des camps avec le plus d’espagnols est le camp de Mauthausen. En plus, la Seconde Guerre Mondiale commença le premier septembre 1939 et provoqua un manque de considération des réfugiés, et leurs conditions empirent.

3. Les camps de réfugiés ; camps d’internement Pour commencer à introduire le sujet des camps français, c’est important d’éclaircir certaine terminologie. CAMP D’INTERNEMENT : un camp d’internement, aussi connu comme « camp de concentration », est un « camp dans lequel sont rassemblés sous la surveillance de l’armée ou de la police, soit des populations civiles de nationalité ennemie, soit des minorités ethniques ou religieuses, soit des prisonniers de droit commun ou des détenus politiques ». Les réfugiés espagnols étaient considérés comme des rouges et républicains sauvages, et donc comme une menace pour la France. Ils furent internés dans des camps de concentration surveillés dans unes conditions horribles, comme s’ils étaient des prisonniers politiques. 13


Drapeau républicain

Réfugiés espagnols en arrivant à un camp.

CAMP DE TRAVAIL : « un camp de travail est une forme de camp de concentration destinée à la pratique du travail forcé ». Cela veut dire que dans ces camps, les internés n’étaient pas seulement enfermés et surveillés ; en plus, ils devaient travailler forcément.

Camp de Brams (Aude), 1939-1940

Les camps de concentration français (1939-1940)

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L’avalanche humaine de républicains espagnols en 1939 fut « accueillie » avec des installations improvisées, et dans des conditions très mauvaises. C’est à cause de cela qu’environ 15000 personnes y moururent. En premier, l’internement d’hommes, femmes et enfants était une solution provisionnelle ; le gouvernement français voulait améliorer un petit peu les conditions des réfugiés ou les rendre à l’État Espagnol. L’été 1939, une grande partie de ces camps perdirent beaucoup d’internés, surtout ceux du sud de la France, à cause du grand nombre de retours en Espagne. L’éclat de la Seconde Guerre Mondiale les remplit à nouveau, avec un grand nombre d’étrangers « indésirables » [selon la terminologie du Régime de Vichy], surtout des juifs.

4. Les étrangers indésirables Le Gouvernement de Daladier crée un décret-loi le 12 novembre 1938 qui prévoit l’internement des « étrangers indésirables ». Dans ce décretloi, le gouvernement français organisa la création de camps pour interner les réfugiés espagnols républicains, qui commençaient à arriver. Les réfugiés espagnols sont qualifiés comme des indésirables à cause de la peur du gouvernement français à l’antipathie des nazis, et aussi à cause des valeurs xénophobes des gouvernants. Le décret-loi permet l’internement de « tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique », et les réfugiés espagnols font partie de ces étrangers « dangereux ». Ces textes sont des évidences que ce décret-loi « fait de l’étranger réfugié un être suspect en soi ». 1. « [...] s’il fallait strictement réglementer les conditions d’acquisition de la nationalité française, il n’était pas moins indispensable d’assurer l’élimination rigoureuse des indésirables. Sans doute le ministre de l’Intérieur a-t-il le droit d’expulser les étrangers résidant en France ou, s’ils sont dans l’impossibilité de trouver un pays qui les accepte, peut-il leur assigner une résidence dans une localité déterminée, mais il est de ces étrangers qui, en raison de leur antécédents judiciaires ou de leur activité dangereuse pour la sécurité nationale, ne peuvent, sans péril pour l’ordre public, jouir de cette liberté encore

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trop grande que leur conserve l’assignation à résidence. Aussi est-il apparu indispensable de diriger cette catégorie d’étrangers vers des centres spéciaux où elle fera l’objet de la surveillance permanente que justifient leurs infractions répétées aux règles de l’hospitalité. »

Cet extrait du rapport de présentation du décret-loi du 12 novembre 1938 témoigne du traitement que certains étrangers recevaient. Les espagnols étaient considérés « dangereux pour la sécurité nationale », et c’est pour ça que la majorité d’eux n’atteignit pas la liberté, ou eut des difficultés pour l’atteindre. En plus, la phrase « il n’était pas moins indispensable d’assurer l’élimination rigoureuse des indésirables » nous montre la rage du Gouvernement contre les indésirables. 2. « Dans diverses instructions, j’ai attiré toute votre attention sur la surveillance incessante qu’il convient d’exercer autour des réfugiés espagnols ; […] Mais, à mesure que les jours passent, certaines difficultés peuvent surgir parmi les réfugiés, certains éléments troubles peuvent créer des incidents, commettre certain délits ou simplement avoir une attitude indigne de notre hospitalité, attitude devant laquelle notre opinion publique ne manquerait pas de réagir avec

vigueur.

Je vous demande donc de ne pas relâcher en aucune manière la surveillance que vous exercez, mais au contraire de la renforcer sans cesse et d’intervenir avec la plus extrême rigueur contre ceux qui auraient mérité votre sévérité. Dans un rapport d’ensemble, où vous rassemblerez éventuellement les informations que vous aurez pu déjà me faire parvenir, vous voudrez bien m’indiquer : Les conditions dans lesquelles s’est effectué l’hébergement des réfugiés dans votre L’attitude

département ; des

populations

vis-à-vis

des

réfugiés ;

L’attitude des réfugiés, avec éventuellement indication des remerciements que les

autorités

auraient

reçus

de

ceux-ci ;

Le cas échéant, incidents individuels ou collectifs qui ont pu se produire ; actes délictueux, déprédations commises : pour chaque fait apporter toutes les précisions qui me permettraient de répondre aux réclamations ou demandes de renseignements

qui

pourraient

me

parvenir ;

L’état sanitaire des réfugiés. »

Cet extrait fait partie d’une lettre du 21 février 1939 du ministre de l’Intérieur Albert Sarraut adressée à tous les préfets (chefs de 16


département) de France. Celui-ci nous montre la criminalisation des espagnols ; de plus en plus, la surveillance était plus stricte, pendant

que

la

méfiance

et

la

rage

grandissaient.

Le

gouvernement français qualifiait son « accueil » comme « très hospitalier », et ça se voit dans ce fragment. Les premiers « étrangers indésirables » et internés des « centres spéciaux » furent les premiers réfugiés de l’Espagne. Des 456000 réfugiés espagnols, 350000 furent internés dans ces camps français, la majorité lesquels créés de manière improvisée. 3. De l’hiver 1938 au printemps 1939, c’est bien un cabinet radical-socialiste qui imagina ce que la République allait qualifier « lieux de séjour surveillé », « lieux d’hébergement », de « rassemblement », d’ « internement », « camps de prestataires » et «camps de transit», selon les subtilités bureaucratiques des fonctionnaires.

Le gouvernement français évitait d’appeler les camps comme des « camps de concentration », ce fragment de texte concernant les documents officiels du gouvernement de cette époque-là sur les étrangers indésirables le confirme. 4. De septembre 1939 à mai 1940, la même République, conduite par le démocrate républicain Paul Reynaud, inaugurait des camps de Rieucros, le Vernet, Gurs, les Milles. Des milliers de «ressortissants» dantzigois, sarrois, apatrides, qualifiés d’«extrémistes», «susceptibles de troubler la paix sociale ou de nuire à la Défense nationale», furent alors parqués entre des barbelés. Il s’agissait de priver des êtres de liberté, non sur la décision d’un quelconque jugement prononcé par l’autorité de justice, mais en vertu du règlement aveugle appliqué par une simple autorité administrative… Maudits préfets ! Gurs «hébergea» ainsi près de dix-neuf mille «individus» de cinquante-neuf nationalités différentes, des êtres isolés, des familles qualifiées de «gens sans ressource et sans domicile fixe».

Le gouvernement français continuait de créer des camps de concentration pour interner les réfugiés espagnols, séparés de leurs familles par des barbelés, privés de liberté à cause de leur « susceptibilité de troubler la paix sociale ou de nuire à la Défense nationale ». Cet extrait d’un texte qui parle des premières attitudes 17


du

gouvernement

français

par

rapport

aux

camps

de

concentration pour les réfugiés espagnols.

Après le désastre militaire de mai-juin 1940, le maréchal Pétain impose le choix politique de l’armistice à un pays abattu. À Vichy se met en place un régime autoritaire : l’État français. Selon Pétain, la défaite de la France est la faute des étrangers, des communistes et des Juifs. Aussi, il veut « régénérer la société en excluant ces éléments », qu’il qualifie d’impurs. Pour Pétain, les « purs » sont ceux qui basent leurs vies sur les valeurs traditionnelles, comme le travail, la famille, la patrie, l’ordre et la piété.

5. Argelès-sur-Mer Argelès-sur-Mer fut le premier camp de concentration français. Il fut inauguré le 3 février 1939 à la plage du village d’« Argelès-sur-Mer ». Ce village est à environ 30km de la frontière avec l’Espagne. Le camp fut installé en urgence par les autorités françaises, à même le sable, pour accueillir les milliers de réfugiés républicains espagnols qui fuyaient la Guerre Civile et les représailles de Franco en passant les cols des Pyrénées. Toutes ces personnes furent déplacées au littoral et mises dans des « camps de la fortune » en attendant d’être évacuées vers d’autres zones d’accueil. Le camp arriva à entasser près de 65.000 personnes en même temps. Les autorités françaises créèrent le camp pour interner les réfugiés pendant quinze jours, mais celui-ci fut actif pendant deux années. C’est pour cela que le gouvernement français décida d’inaugurer les camps de « Saint-Cyprien » et le « Barcarès » peu de temps après ; ces deux camps de concentration se trouvaient sur la côte française, près de la plage d’Argelès-sur-Mer. Après passer la frontière, où ils étaient fouillés et séparés de leur famille, ils devaient suivre la queue de personnes que traînaient les pieds le long de la route ; le froid de l’hiver glaçait leurs corps attristés. Personne ne 18


pouvait bouger, même pas s’arrêter pour aider les vieux qui tombaient à cause de la fatigue et le froid. Le livre « Los rojos de ultramar » explique la situation d’un jeune soldat républicain qui ne peut pas aider un homme âgé pendant qu’il marche vers le camp d’Argelès-sur-Mer. Le jour que tous les espagnols commencèrent à arriver, à la fin de janvier 1939, les gendarmes français obligèrent les citoyens d’Argelèssur-Mer à s’enfermer dans leurs maisons, sous la menace de leur tirer dessus s’ils en sortaient. Dans ce camp, les prisonniers vivaient dans des conditions inhumaines, à cause du manque d’infrastructures et du traitement des surveillants, qui les traitaient comme s’ils fussent des prisonniers de guerre. Ces surveillants étaient des sénégalais de la Légion Étrangère Française, des spahis, des soldats de chevalerie magrébins, et quelques gendarmes français. Les spahis et les sénégalais se caractérisaient par leur violence et dureté. Ils donnaient des coups de culasse aux internés quand ils s’approchaient aux barbelés, même s’ils voulaient simplement ramasser des miettes de pain. « Il pleuvaient des pains », dit un témoignage du « Musée de l’Exil ». Les gardiens lançaient des pains en l’aire aux réfugiés espagnols pour les voir se battre pour manger. « Quand des avions venaient pour nous enregistrer, nous lassions que le pain tombe et nous levions les poings ». Ces personnes ne perdaient pas l’espoir, et grâce à leur courage, beaucoup d’eux survécurent. Les autorités françaises ne proportionnaient pas suffisamment de nourriture, et c’est pour ça que la faim envahissait les baraques que les propres internés avaient érigé sur le sable froid. Heureusement, une grande partie de la population française aux environs des camps aida les réfugiés avec leur meilleure volonté. « Le peuple français et le parti communiste français étaient l’unique aide ». « La France ne nous reconnaissait pas comme des émigrants politiques ; Franco nous vola la nationalité, et on n’avait pas d’emploi ». « Même quand j’étais malade, ou j’avais faim, je ne voulus jamais retourner en Espagne ». « J’étais sécurisé, mais la France n’était pas mon pays, je voulais retourner en Catalogne ». 19


Finalement, tous ces témoignages nous laissent des expériences et des phrases très vraies et sincères ; « L’envie de survivre est le plus important » « Lutter pour la liberté est très difficile ; on doit en être convaincu, sinon, on ne doit pas le faire » Les maladies et le froid de l’hiver entouraient les camps, et faisaient trembler les personnes qui dormaient sur le sable froid ; parfois, il neigeait. Un panorama catastrophique ; des poux, de la prostitution, des violations, du froid, la faim, la gale. Les gardiens du camp lavaient les internés d’une manière très barbare. Ils les obligeaient à se mettre à la queue tous nus et leur lançaient de l’eau, normalement sale et donc d’une couleur foncée. Ils leur lançaient du pétrole pour éviter les parasites comme les poux. Beaucoup de ces personnes moururent de froid pendant ces « lavages ». La violence était si présente que les filles et les jeunes portaient un sifflet de roseau autour du cou pour éviter d’être violées par leurs gardiens. Dans

le

documentaire

sur

le

camp

que

j’ai

regardé

(CAMP

D’ARGELERS), on peut voir une scène où une fille est sur le point d’être violée et elle siffle avec le sifflet pour que les autres viennent l’aider. Personne ne pouvait sortir du camp si on n’avait pas une offre de contrat de travail ou quelqu’un venait le chercher.

Plage d’Argelès-sur-Mer, où il y avait le camp de concentration. Photos prises par moi.

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À côté de la plage qui fut l’enfer d’environ 465.000 personnes, il y a un monolithe où il y a une inscription en mémoire de ceux qui furent enfermés entre barbelés il y a moins de 80 ans. « A la mémoire des 100.000 Républicains Espagnols, internés dans le camp d'Argelès, lors de la RETIRADA de Février 1939. Leur malheur : avoir lutté pour défendre la Démocratie et la République contre le fascisme en Espagne de 1936 à 1939. Homme libre, souviens toi »

Aujourd’hui, il en reste rien ; aucun barraque des 300 qui furent érigées n’est plus là ; le sable qui vit mourir autant de personnes maintenant est vide, et c’est seulement le vent qui fait lever le sable.

6. Rivesaltes Il n’y a pas un camp de Rivesaltes, mais des camps de Rivesaltes ; camp des réfugiés de la Guerre d’Espagne, camp des Indésirables de Vichy durant la Seconde Guerre mondiale, camp de regroupement des Juifs déportés dans le cadre du génocide, camp de transit des harkis après la guerre de l’Algérie. L’histoire du camp est celle des deux grands traumatismes

du

XXème

siècle

en

France

Camp de Rivesaltes. Photos prises par moi. 21


Camp de Rivesaltes et ses barbelés. Photos du Mémorial dans le Camp de Rivesaltes, prises par moi.

« Attendre des heures dans un champ exposé au soleil […] Ils sortent des camions […] et entrent dans les wagons à bestiaux. Cela dure des heures […] Le lendemain matin- il fait encore nuit- le train se met lentement en marche. » FRIEDEL REITER

Ces phrases que j’ai trouvé dans le Mémorial du Camp de Rivesaltes m’ont attiré l’attention ; c’est pour cela que je les utilise pour commencer les explications sur Rivesaltes. 22


Initialement, Rivesaltes était un camp militaire de plus de 600 hectares qui pouvait loger près de 12000 militaires. Après la signature de l’armistice entre la France et l’Allemagne victorieuse en 22 juin 1940, les vastes camps militaires comme celui de Rivesaltes devinrent inutiles. L’idée d’y créer un camp d’internement s’impose et se concrétise quelques mois plus tard. Les services de gouvernement de Vichy savent que le lieu où ils veulent instaurer un camp pour les détenus n’est pas conçu pour cela. Les œuvres de secours pointent un état sanitaire désastreux et des risques épidémiologiques.

Les CTE sont formées notamment d’Espagnols de la Retirada. Cette photographie en montre devant leur baraquement. Le 27 septembre 1940 furent créés des Groupements de Travailleurs Étrangers (GTE) où les étrangers y étaient envoyés « en surnombre dans l’économie nationale ». Les Compagnies 216 et 217, formées d’Espagnols d’abord internés aux camps d’Argelès-sur-Mer et de Saint-Cyprien, travaillèrent à Rivesaltes.

Fiche de travailleur étranger de Mariano Navarro. Et Espagnol de la Retirada fut utilisé comme géometre à Rivesaltes pendant quelques années, dès le 1er décembre 1939, quand le camp commença a se construire.

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« L’internement des étrangers pose des problèmes d’hébergement et d’hygiène qu’il est absolument nécessaire de résoudre d’extrême urgence », dit le Ministre de l’Intérieur au préfet (département) des Pyrénées-Orientales le 10 décembre 1940. Les camps des plages sont dans un état sanitaire catastrophique. Le camp de Gurs est un vaste camp de boue ; en 470 personnes y meurent en novembre-décembre 1940. C’est une véritable crise. C’est à cause de cela que le 18 décembre 1940 est-il declaré que Rivesaltes doit recevoir de 14000 à 16000 personnes qui viennent dans leur majorité de camps trop pleins ou en crise. Neuf sur dix internés étaient des étrangers ; 55% d’Espagnols, 15% d’Allemands et 10% de Polonais. Près de 40% étaient des Juifs, et environ le 7% des détenus étaient des Tsiganes qui avaient été expulsés de l’AlsaceMoselle. Les femmes et les enfants constituaient deux-tiers des internés puisque les Groupements de travailleurs étrangers avaient incorporé beaucoup d’hommes.

14 janvier 1941 : « Un camp d’internement pour indésirables » Le Régime de Vichy avait pour but d’exclure, d’arrêter et d’interner les indésirables. Pétain qualifiait certains groupes d’internés comme les « forces de l’anti-France ». À l’automne 1940, 45000 personnes furent internées en zone sud. Le 14 janvier 1941, le camp commença à interner encore plus de personnes. La « maladie de la faim » : la cachexie commença à s’étendre dès juillet 1941 ; la cachexie est une maladie que se caractérise par une extrême perte de poids et une atrophie des muscles. À l’hiver 1941, sur 9000 internés examinés, moins de 4000 furent considérés dans un état de santé satisfaisant ; 1200 détenus étaient précachectiques et cachectiques.

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À Rivesaltes, le printemps 1941, il y avait des personnes de 16 nationalités différentes. 11000 personnes passèrent par Rivesaltes les premiers 6 mois de 1941.

Arrivée de familles espagnoles au camp.

Le camp avait une extension de 600 hectares. La route qui communiquait Rivesaltes avec Opoul, qui avait une voie ferrée, traversait le camp. À cause de cela, le lieu n’était pas favorable à l’installation d’un camp d’internement. Les déplacements y étaient très longs, la construction ne se terminait jamais, les matériaux utilisés dans celle-ci n’étaient pas d’une bonne qualité. En plus, le climat était très dur. En mai 1941, il n’y a aucun égout encore.

Les baraques ne sont pas très résistantes au froid de l’hiver, à la forte tramontane et aux grandes chaleurs sèches de l’été.

“Ici la situation est très critique, nous avons faim, nous sommes nus et déchaussés », écrit Candelaria Clemente dans une lettre à un proche, le 26 septembre 1941. Le 11 novembre 1942 les allemands envahirent la zone où le camp se trouvait. Ils s’installèrent dans la zone du camp puisque c’était une zone stratégique, et 25


tous les internés durent être transférés ailleurs. Il y avait plus ou moins 2500 Indésirables ; environ 1250 Juifs étrangers. 1400 femmes et enfants, des Espagnols et des Juifs surtout, furent transférés au Camp de Gurs ; près de 300 Tsiganes furent déplacés au Camp de Saliers. Plus de 450 internés furent placés dans des Groupements de travailleurs étrangers ; près de 120 détenus furent libérés.

En 1942, il y avait seulement une trentaine de médecins dans le camp. Il y avait aussi une petite infirmerie dans chaque îlot et une salle d’hospitalisation centrale avec 300 lits. Cependant, il manquait du service médical, même si des internés étaient recrutés pour aider les médecins et les œuvres de secours fournissaient personnel et médicaments.

Pendant les mois suivants, dans tous les camps français, il manquait de tout ; de la nourriture, du charbon, des médicaments et aussi des matières premières pour faire fonctionner les ateliers ouverts par l’administration pour lutter contre l’oisiveté. Il y avait une mortalité importante parmi les plus jeunes. Les internés tentaient de vivre et de conserver leur dignité grâce à des activités intellectuelles, culturelles et sportives ; quand même, la religion aida quelques personnes aussi. Vivette Samuel était une assistante de l’œuvre de secours aux enfants. Elle témoigna les conditions de vie dans les baraques, où s’entassaient près de 80 personnes : « Là grouillent pêle-mêle des familles entières, agglutinées pour avoir plus chaud dans une promiscuité indescriptible. Il fait sombre, froid et

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humide, il n’existe aucun moyen de chauffage. Une odeur aigre de sueur humaine flotte dans cet antre jamais aéré. Dehors, la tramontane souffle ».

Enfants et adolescents attendant une distribution de nourriture devant la baraque de Secours suisse dans l’îlot K.

« Au moment du partage du pain, c’était terrible ! On avait droit à une tranche de gros pain de campagne […]. Le chef de baraque avait une petite balance […]. Pour deux ou trois petites mies de pain en plus, c’était des bagarres épouvantables parce que les gens avaient faim ». Ces mots textuels de Pepita de Bedoya, qui arrive à Rivesaltes avec sa mère en 1942, montrent la dureté de la vie dans le camp ; résumé en quelques mots ; faim, froid, maladie, désespoir.

Un futur inconnu angoissait tous les internés, qui avaient souvent perdu leurs repères, et qui étaient submergés dans une vie caractérisée par l’habitude et l’ennui.

Cependant, la culture et l’espoir étaient aussi dans le camp :

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Partition écrite par un interné, le compositeur Alfred Cahn, pour un groupe de musiciens espagnols également internés. Ce Juif allemand fut envoyé à Dachau en 1938 avant d’être expulsé du Reich vers la Hollande et la Belgique, et finalement transféré dans les camps de Saint Cyprien, Gurs et puis Rivesaltes.

Un public de détenus qui assistent exceptionnellement à une représentation musicale, théâtrale ou cinématographique qui rompt la dureté de la monotonie de l’enfermement. Des activités sportives sont également organisées, comme des cours de gymnastique à partir de 1941.

Enfants en dansant.

UN CAMP DANS LE CAMP : LE CENTRE RÉGIONAL DE RASSEMBLEMENT DES JUIFS

L’été 1942, le régime de Vichy mit au service de la déportation de Juifs réclamés par les nazis les nombreux camps d’internement de la zone non occupée. Beaucoup de juifs furent envoyés dans les Groupements de Travailleurs Étrangers (GTE). Le 5 août, le ministre de l’Intérieur ordonna au préfet des Pyrénées-Orientales de créer un « quartier distinct » au camp de Rivesaltes pour « sept mille israélites ». Dès le 18 août, les îlots F et K du camp furent entourés de barbelés. Plus tard, le camp renforça la surveillance. En plus, le 26 août, Vichy fit une rafle dans plusieurs départements, causant 6000 28


internements. C’est pour cela que je peux déduire que plus de 6000 juifs y furent internés.

Plus tard, le camp sert à interner des autres personnes et aussi à être un quarter militaire de l’armée française. Le camp fonctionne jusqu’à en 2007. Près de 300 personnes meurent à Rivesaltes. Maintenant, il y a un mémorial qui maintient vivante la mémoire de ceux qui y furent internés.

7. Collioure Collioure est un petit village de côte près de la frontière entre l’Espagne et la France où beaucoup de réfugiés espagnols républicains passèrent aux environs de 1939. Quelques-uns y restèrent.

Tombe d’Antonio Machado, célèbre poète espagnol républicain qui mourut à Collioure en fuyant l’Espagne franquiste. À droite, maison où il mourut. Les deux photos sont prises par moi.

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Fortalesse de Collioure.

8. Espoir pour les internés ; la maternité d’Elne et la pouponnière de Banyuls-sur-Mer. LA MATERNITÉ D’ELNE

L’infirmière suisse Elisabeth Eidenbenz, qui était déjà active pendant la guerre d’Espagne, conditionna une maison pour permettre aux femmes internées dans les camps d’accoucher leurs enfants dans des conditions plus dignes. Elle la dirigea d’octobre 1939 jusqu’en avril 1944. Là y naquirent près de 600 enfants dont les mères, espagnoles, tsiganes et juives étaient internées, principalement à Rivesaltes mais aussi à Argelès-sur-Mer. Plus tard, le Secours suisse aux enfants fut créé par les personnes qui avaient organisé la maternité.

LA POUPONNIÈRE DE BANYULS-SUR-MER C’est une annexe de la maternité d’Elne, ouverte pour les nourrissons et les enfants malades.

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9. Citations finales J’ai lu un livre biographique de références historiques pour compléter l’information que j’avais : [ « Los rojos de ultramar », de Jordi Soler, édition Alfaguara, 2004, Madrid ]. J’ai décidé de souligner quelques parties du récit qui me semblent intéressantes pour mieux comprendre la situation la guerre et la situation des réfugiés espagnols en France. • “La guerra desvela una realidad alterna, produce situaciones que luego son difíciles de comprender, de locos, puedo ver a mi abuela con sangre en la boca y su muela en la mano, parada en el centro de su piso hecho trizas, riendo a carcajadas, eufórica, feliz”. Cette citation est dans la page 23 du livre, et elle parle du moment où une famille survit à une attaque de bombe aérienne à Barcelone, pendant la guerre civile. La guerre change tout, la guerre n’a aucune explication. • “Llegaron a Argelès-sur-Mer, otro pueblo de luz donde no había ni un alma despierta. Caminaron a lo largo de una calle fantasma, luego se desviaron hacia una playa donde el contingente por fin se detuvo. Había dejado de llover y del cielo lavado brotaba una noche de estrellas. El contingente comenzó a deshacerse y a integrarse con los otros miles de refugiados que ya estaban ahí. La arena era una superficie pantanosa azotada todo el tiempo por ráfagas polares. Los guardias móviles desaparecieron. Buscando un lugar para echarse a dormir, Arcadi se topó con una alambrada que

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confirmó sus sospechas: no se encierra a quien se ofrece refugio, sino a quien se considera prisionero”. Je pense que cet extrait explique d’une manière très touchante la situation des réfugiés espagnols désorientés quand ils arrivent dans le camp. • Un vistazo fue suficiente para dictaminar que la situación era grave, todo era noche y cuerpos tirados, no alcanzaba a ver más y tampoco estaba dispuesto a ampliar su ángulo visual, porque cada vez que movía un músculo se desencadenaba una racha tortuosa de escalofríos. A pesar de que no cabía un alma en esa playa, no se oía más ruido que el vaivén del mar. Ovillado encima de los cartones y con la cabeza recostada a la altura de la arena era muy poco lo que podía ver, entre una bota y un torso alcanzaba a divisar, a unos tres metros de distancia, el cuerpo de un hombre que estaba tirado boca abajo sobre la arena, parecía que se había caído y que se había ido tal cual, con la cara pegada a la arena, durante la noche. Ce fragment de la page 69 décrit très bien ce que le protagoniste ressent quand il arrive au camp de concentration d’Argelès-sur-Mer ; il y a beaucoup de personnes, il fait froid, la misère entoure cet endroit.

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4. INTERVIEW À UNE DOCTEURE EN HISTOIRE DE L’Espagne

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INTERVIEW DE MARÍA RUIZ ORTIZ, DOCTORANDE EN HISTOIRE PAR L’UNIVERSITÉ DE CORDOUE, SPÉCIALISÉE EN HISTOIRE DE L’Espagne

Fiche de María Ruiz Ortiz

1. Pourriez-vous faire une petite introduction avec ce que vous considérez comme éléments clé sur l’exode espagnol en France causé par la Guerre Civile Espagnole ? Le grand exode se produisit pendant la dernière année de la Guerre Civile Espagnole. En Janvier 1939, le mois où la guerre finit, l’exode décisif eut lieu. Ce mois-là, les troupes franquistes entrèrent en Catalogne, et la prise de Tarragone fut le moment décisif, puisque la défaite s’approchait. Aussi, j’aimerais ajouter que le mot exilé fait référence aux personnes qui fuient un pays pour éviter la répression d’une guerre parce qu’ils ont eu une responsabilité politique, intellectuelle ou militaire contraire au régime vainqueur. Les personnes qui fuient par peur des représailles sont considérées comme des réfugiés et non pas comme des exilés. Je voudrais aussi éclaircir des terminologies sur les différents camps de prisonniers. Un camp d’extermination a pour but de tuer les prisonniers, un camp de travail a pour but de les obliger à travailler, et un camp d’internement ou de concentration a pour objet la rétention des prisonniers. Dans le phénomène de l’exode espagnol en France, il y eut des camps de travail et aussi des camps de concentration.

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Enfin, je voudrais souligner l’importance d’éviter les anachronismes, c’est-à-dire, comparer deux moments historiques sans les contextualiser.

2. Pouvez-vous mettre en contexte le phénomène des réfugiés ? La situation en France avant l’arrivée des réfugiés est très importante puisque la connaissance de celle-ci permet de comprendre mieux ce qu’il se passa après, en contextualisant le moment historique. Premièrement, la Krach de 1929 provoqua une crise économique en France, c’est-à-dire, une mauvaise situation qui atteignit aussi la société. Avant l’exode, la France était sous la responsabilité du gouvernement de Léon Blum, de gauche. Blum avait été récemment élu et était républicain. Pendant la période de son gouvernement, la France soutenait les républicains espagnols et essayait d’aider un peu les réfugiés, mais son objectif était de les envoyer en Amérique du Sud. Cependant, cet appui fut retiré discrètement à cause de la peur d’Hitler ; défendre les valeurs de la république était dangereux puisque le Nazisme gagnait de la force à cette époque-là. Ensuite, le gouvernement de droite de Daladier prit le pouvoir, et en essayant d’éviter les menaces de l’Allemagne Nazie, instaura ses valeurs

xénophobes

et

promut

la

haine

contre

les

réfugiés,

majoritairement républicains. Il disait que les réfugiés voulaient voler le travail des propres français, et que la crise leur en avait déjà volé beaucoup. En plus, la Seconde Guerre Mondiale commença et provoqua un manque de considération des réfugiés. Sortir des camps était très compliqué car pour le faire, les réfugiés avaient besoin d’argent ou d’un contrat de travail.

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3. Pour quelles raisons pensez-vous que la France fut le lieu qui accueillit la plus grande quantité d’exilés espagnols ? Les gens fuyaient surtout à cause de la peur de la répression, de ce qu’il arriverait après la guerre, qui serait probablement pire que la propre guerre. La peur psychologique fut le principal motif de cet exode rapide. Ils fuirent principalement en France parce que, pendant la guerre, toutes les personnes qui avaient fui s’étaient concentrés en Catalogne, puisque celle-ci fut le dernier territoire à être pris par les franquistes, et la France est géographiquement le pays le plus proche de la Catalogne.

4. Qu’est-ce que vous savez du traitement des réfugiés par le gouvernement français de l’époque ? Et sur leurs conditions de vie dans les camps de prisonniers ? Ce sujet est très important. Le gouvernement traitait mal les réfugiés et, au début, il ne voulait rien faire, mais la presse française causa un grand impact émotionnel sur la population française pour que celle-ci se rende compte des souffrances des réfugiés. La majorité de l’aide reçue par les réfugiés venait du peuple ; par exemple, les syndicats de travailleurs français envoyaient des camions pleins de nourriture aux camps. Il y avait des camps où on leur lançait de la nourriture pour qu’ils se battent pour la prendre, c’était un traitement inhumain. Ils mangeaient tout ce qu’ils trouvaient ; des fourmis, des animaux, des animaux morts en état de putréfaction, de l’herbe, …

Aussi, ils habitaient dans des lieux non aménagés, soumis aux intempéries. Beaucoup de personnes moururent de froid, des maladies, de la faim et des infections. Il n’y avait aucune assistance médicale. En plus, leurs excréments sur le sable s’infiltraient dans les puits et l’eau qu’ils buvaient s’infectait. Les vigiles du camp les lavaient parfois, mais avec une eau presque noire et sale pour avoir lavé beaucoup d’autres personnes. 36


La situation était scandaleuse ; les réfugiés recevaient des insultes constamment, et ils étaient traités comme des indésirables, comme des sales, créant des problèmes psychologiques aux réfugiés. Ils vivaient des situations tellement inhumaines que quelques-uns décidèrent de retourner en Espagne, où ils furent fusillés ou emprisonnés. Il s’agissait de choisir entre le traitement inhumain ou la mort. Pour les autorités des camps, les espagnols n’étaient pas normaux, c’étaient des illettrés, ils ne comptaient pas à leurs yeux. Quand la Seconde Guerre Mondiale éclata, le peu aide que les réfugiés recevaient cessa. Ils furent les oubliés de l’histoire. Dans les camps, des milliers d’espagnols moururent. En plus, beaucoup d’espagnols furent déportés au camp d’extermination nazi de « Mauthausen », et la France les oublia, les abandonna. Beaucoup de camps de réfugiés espagnols furent réutilisés par les nazis, pour y instaurer des camps de concentration.

5. Pourquoi

croyez-vous

qu’ils

furent

nommés

COMME

des

indésirables ? Quelles conséquences eut cette qualification ? Ils furent nommés « les indésirables » car le gouvernement français avait intérêt à éviter l’antipathie des nazis et à inculquer leur idéologie xénophobe sur la population française. Si je vous demande ce que vous ressentiriez si vous abandonniez votre pays, séparée de votre famille (ils devaient se séparer à la frontière), si vous aviez froid, faim, et vous étiez malade, qu’est-ce que vous me diriez ? Leur situation était si misérable que cela ne les touchait pas beaucoup, ils avaient d’autres choses à penser.

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6. Est-ce que vous connaissez quelques données remarquables ou intéressants sur quelque camp de concentration français ? Il y avait différentes sortes de camps ; des camps disciplinaires, où il y avait des personnes enfermées considérées comme dangereuses. Aussi, des camps de femmes, par exemple le Camp de Rieucros, réutilisé après comme un camp de concentration nazi. Il y avait un camp où il y avait principalement des catalans, le Camp d’Hérault. Le Camp d’Argelès-sur-Mer fut le premier camp de concentration français.

7. Est-ce que vous croyez que la situation des réfugiés espagnols est comparable à la situation actuelle des réfugiés syriens ? Pourquoi ? Toutes les proportions gardées, le contexte est semblable. Dans les deux cas il y a une crise économique dans le territoire où se trouvent les réfugiés, ainsi qu’une guerre civile, et en conséquence la population fuit à cause de la peur des représailles et à la guerre. Ils fuient où ils pensent pouvoir trouver une vie meilleure. Il y a des similitudes entre les camps de réfugiés espagnols et les camps de réfugiés syriens ; parfois pas beaucoup d’aide humanitaire. Dans le cas des syriens, ils comptent sur des ONG, un peu de l’aide internationale et plus d’assistance que les prisonniers espagnols. En plus, il a des camps où les réfugiés sont enfermés et soumis aux intempéries, d’ù il est difficile de s’échapper. Cependant, les infrastructures sont peu développées dans les camps syriens, mais au moins ils en ont quelques-unes ; les espagnols n’en avaient pas. En plus, les espagnols avaient des conditions de vie encore pires que les syriens.

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La caractéristique commune des deux situations est que la plupart de l’aide reçue par les réfugiés provient du peuple, de la solidarité des citoyens, et aussi du grand impact de la presse sur la prise de conscience de la population.

8. Aimeriez-vous ajouter quelque chose? L’histoire se répète, c’est une constante, nous sommes en 2016, ça fait moins de cent ans que cette situation arriva et nous revivons la même chose maintenant ; crise économique, crise de valeurs, insouciance des gouvernements sur les problèmes humanitaires… Je considère que si le monde continue comme ça, nous nous trouvons dans l’anti-chambre d’une guerre, d’une Troisième Guerre Mondiale. La situation actuelle des réfugiés est une bonne opportunité pour remémorer l’histoire et réfléchir SUR notre passé pour promouvoir des valeurs morales comme la solidarité, parce que sans elles ces situations ne peuvent pas être résolues. Il faut de la solidarité, de l’empathie, de la tolérance, du respect, pour éviter de répéter la haine, la xénophobie et la guerre dans notre histoire.

Aussi, je vous recommande de lire “La voz de los vencidos”, d’Alicia Alted. Ce libre est un bon reflet du traitement inhumain des réfugiés espagnols. Picasso, le peintre célèbre, aida beaucoup de compagnons artistes à sortir des camps, et aussi Gaudí, l’architecte barcelonais. Cette donnée est peu connue.

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Beaucoup de personnes qui n’étaient pas des exilés, seulement des réfugiés, pensaient qu’après la guerre ils pourraient retourner dans leurs foyers, que la situation était transitoire, mais ça n’était pas la réalité. Cependant, cette pensée donna de l’espérance. Finalement, je voudrais ajouter que cette histoire méconnue passa en arrière-plan du nazisme, même si son impact fut important, puisqu’elle impliqua des centaines de milliers de personnes.

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5. CONCLUSIONS

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6. BIBLIOGRAPHIE

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• Témoignage Une grande partie de l’information rassemblée dans ce témoignage a été racontée de manière o rale ou à partir de photos et affiches. Pourtant, une partie de l’information a été trouvée sur internet ; Google Maps pour certaines cartes et ces webs : 21 août 2016 : page sur le village d’Aspres sur Buech. https://fr.wikipedia.org/wiki/Aspres-sur-Bu%C3%ABch#Histoire 21 août 2016 : page où il y a une carte des camps français. http://www.musiquesregenerees.fr/GhettosCamps/Internement/France/CampsInternementFranceListe.html 30 août 2016 : livre : « Pàgines viscudes de guerra i captiveri (1936-1940) ». Références : page 18. https://books.google.es/books?id=J95P6R6iQEC&pg=PA18&lpg=PA18&dq=quarter+francesc+maci%C3%A0&source=bl&ots= y7FHA5wt7G&sig=tf9d_ahrcFzLwwb_AM4ihKk3GwY&hl=es&sa=X&ved=0ahUKEwiD8 uii2jOAhWpJ8AKHSrsDuwQ6AEIKDAC#v=onepage&q=quarter%20francesc%20maci%C3 %A0&f=false 31 août 2016 : Page sur l’ “Agrupación Norte de Defensa de Costas”. http://www.elgrancapitan.org/foro/viewtopic.php?p=475363 31 août 2016 : Page qui montre un saufconduit de l’Agrupación Norte de Defensa de Costas. http://www.todocoleccion.net/militaria-propaganda/jx-850-salvoconducto-agrupacionnorte-defensa-costas-sanidad-guerra-civil~x29033017 7 septembre 2016 : Page qui parle du village de Barret-sur-Méouge. https://fr.wikipedia.org/wiki/Barret-sur-M%C3%A9ouge#G.C3.A9ographie 7 septembre 2016 : Page du Musée de la Résistance en ligne (1840-1845). http://museedelaresistanceenligne.org/media1397-Groupe-du-maquis-Morvan-fA 46


7 septembre 2016 : Page qui parle du Groupement de travailleurs étrangers. https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupement_de_travailleurs_%C3%A9trangers 7 septembre 2016 : Partie de la page qui parle des « exilés de première heure ». https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9fugi%C3%A9s_et_exil%C3%A9s_de_la_guerre_ d%27Espagne#Les_exil.C3.A9s_de_la_premi.C3.A8re_heure_.281936-1938.29 7 septembre 2016 : http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.retirada.org%2Findex.php %3Fid%3D64 7 septembre 2016 : vidéo sur La Retirada https://www.youtube.com/watch?v=TBi9o643Pvs 29 août 2016 : vidéo sur « Les réfugiés espagnols » https://www.youtube.com/watch?v=ZcxnD1wWyMw 7 septembre 2016 : page sur Santiago Carrillo https://fr.wikipedia.org/wiki/Santiago_Carrillo 7 septembre 2016 : page sur Oissel https://fr.wikipedia.org/wiki/Oissel#Histoire 7 septembre 2016 : http://cotesdarmor.fr/fileadmin/user_upload/le_departement/les_cotes_d_armor/CDA_1 10ans_Histoire.pdf 7 septembre 2016 : http://www.cnrtl.fr/definition/allocation 12 septembre 2016 : Page sur le Cercle Catalan de Marseille http://hijosdelaretirada.blogspot.com.es/2009/02/le-cercle-catalan-de-marseille-pourles.html 12 septembre 2016 : Page sur le Cercle Catalan de Marseille http://cercle-catala-marsella.flog.cat/conegueu.php

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13 septembre 2016 : Page sur le Cercle Catalan de Marseille http://cercle-catala-marsella.flog.cat/wordpr/?cat=9&paged=2

• Partie théorique Dans la bibliographie de la Partie Théorique il y a des pages sur internet mais aussi ce que j’ai appris aux lieux que j’ai visité et un livre que j’ai lu. Le livre est « Los rojos de ultramar », de Jordi Soler, éditorial Alfaguara, 2004, Madrid. Les lieux que j’ai visité sont : Museu de l’Exili (La Jonquera), la plage d’Argelès-surMer, le Mémorial de l’Exil à Rivesaltes, le Camp de Rivesaltes, Collioure. 25 août 2016 : page sur La Retirada https://ca.wikipedia.org/wiki/La_retirada 25 août 2016 : page sur La Retirada https://www.google.es/search?q=la+retirada+1939&espv=2&biw=1280&bih=699&sourc e=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwjBsIrswNzOAhWD2RoKHQNkA5kQ_AUIByg C&dpr=1#imgrc=RWlxrMzu2X0gVM%3A 7 septembre 2016 : vidéo sur La Retirada https://www.youtube.com/watch?v=TBi9o643Pvs 29 août 2016 : vidéo sur les réfugiés espagnols https://www.youtube.com/watch?v=ZcxnD1wWyMw 28 août 2016 : page sur le Front Populaire https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_populaire_(France) 28août 2016 : page sur le Gouvernement de Daladier https://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_%C3%89douard_Daladier_(3)#Politique_m en.C3.A9e 28 août 2016 : page sur le Gouvernement Léon Blum https://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_L%C3%A9on_Blum_(1) 48


28 août 2016 : Page sur la Liste des chefs du gouvernement français de la IIIème République https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_chefs_du_gouvernement_fran%C3%A7ais#IIIe_ R.C3.A9publique 28 août 2016 : Page sur les pages années 1930 en France https://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_d%C3%A9mocratique_(France)#Les_ann.C3.A9es _1930 28 août 2016 : page sur le collaborationnisme http://www.hist-geo.com/collaborationniste.php 28 août 2016 : page sur Philippe Pétain https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_P%C3%A9tain 29 août 2016 : http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/camps_de_concentration/35863 29 août 2016 : page sur les camps de travail en France https://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_de_travail#France 29 août 2016 : page sur les camps d’internement en France https://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_d%27internement_fran%C3%A7ais#Les_camps_de _la_fin_des_ann.C3.A9es_1930 29 août 2016 : page sur les étrangers indésirables https://gimenologues.org/spip.php?article411#nb5 29 août 2016 : page sur le gouvernement de Pétain http://pages.livresdeguerre.net/pages/sujet.php?id=docddp&su=103&np=780

29 août 2016 : article sur le gouvernement de Daladier et ses mesures. Auteure : Anne Vallaeys http://www.liberation.fr/societe/2009/03/25/quand-daladier-disait-welcome_548489 15 septembre 2016 : page sur le camp d’Argelès-sur-Mer

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https://ca.wikipedia.org/wiki/Camp_d%27Argelers 15 septembre 2016 : documentaire sur le camp d’Argelès-sur-Mer http://www.ccma.cat/tv3/alacarta/programa/Camp-dArgelers/video/1681659/ 15 septembre 2016 : page sur le camp d’Argelès-sur-Mer http://blogs.ccma.cat/senseficcio.php?itemid=27007 15 septembre 2016 : page de témoignages de l’exil http://www.marcjimenez.com/Sergi_Chafer_Buzzi/Testimonis_de_l_exili_del_39.pdf

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Les oubliés de l’Histoire TÉMOIGNAGE DE LA FAMILLE FERNÁNDEZ URPÍ, RÉFUGIÉS ESPAGNOLS EN FRANCE À CAUSE DE LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE

« Je vous souhaite bonne chance à tous, c’est la vie » « Il était bien mon papa »

Maria Fàbregas González


À tous les oubliés de l’histoire.


SOMMAIRE 1. INTRODUCTION

2. ANTONIO ; LE PÈRE DE FRANCESC

3. L’HISTOIRE DE FRANCESC

4. PLUS DE COMPRENDRE

RECHERCHE

POUR

MIEUX

2


1.

INTRODUCTION

Francesc naquit le 11 octobre 1935 à Barcelone. Il est le fils d’ Antonio Fernández, un communiste très engagé, et de Maria Urpí. Il habite actuellement à Marseille, en France, comme de nombreux autres « ex-réfugiés » de la Guerre Civile Espagnole qui a eu lieu entre 1936 et 1939. C’est avec plaisir et gentillesse que lui et sa famille ont décidé de m’aider dans ce travail me racontant son vécu avec ce que lui permet sa mémoire et son âge, pour que cette partie de l’histoire ne tombe pas dans l’oubli. Ils m’ont donné aussi des documents, des photos de l’époque, certaines d’entre elles ont de l’information, mais il y a des données dont il ne se rappelle plus à cause de leur éloignement dans le temps. Je remercie sa femme, son fils, son petitfils et sa belle-fille car leur aide a été indispensable pour reconstruire l’histoire de Francesc. Je voudrais aussi remercier Francesc pour le temps et l’attention qu’il m’a accordé mais aussi pour m’avoir permis de « m’aventurer » dans sa vie fascinante.

Moi et Francesc.

.

3


2. ANTONIO ; LE PÈRE DE FRANCESC Antonio, Antoni en catalan, sa langue habituelle, naquit le 14 Décembre 1906 à Barcelone. La première information que nous avons trouvé sur lui est qu’il travailla pendant un an comme dessinateur dans un garage. J’ai trouvé un TRANSCRIPTION DE LA LETTRE D’ « AMÉRICA AUTOS » (en espagnol): Nous certifions : Que Monsieur Antonio Fernandez a travaillé dans nos garages comme assistant de la section de dessin du 2 novembre 1920 jusqu’aujourd’hui, en avant réalisé d’une manière satisfaisante les travaux que nous lui avons confiés. Et pour que ça figure nous signons le présent certificat à Barcelona le 29 octobre 1921.

document que le certifie.

L’amour entre Antonio et Maria, la copine et plus tard la femme d’Antonio, ne s’éteignit jamais. D’après ce que la famille m’a raconté, Maria et Antonio furent toujours amoureux l’un de l’autre, même si des kilomètres, des frontières et des années les séparaient.

Petite lettre d’amour qu’Antonio écrivit pour Maria le jour de son saint. Elle est écrite en catalan.

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Maria et son oncle de Paraguay, Fermín Urpí, le jour de son mariage avec Antonio.

Maria et Antonio le jour de son mariage.

Lorsque les premiers signes de la Guerre Civile apparurent, son père, Antonio, fut le premier à quitter la famille, à la fin de 1935 ou au début de 1936. En effet, sa famille avait des tendances franquistes relativement radicales ; lui était républicain communiste, donc opposé à ce régime dictatorial. Francesc nous avoue que son père courrait des risques car sa famille aurait pu tenter de l’assassiner s’il n’était pas parti, et donc, il partit, en laissant sa femme et son fils seuls à Barcelone, sans savoir quand il les reverrait à nouveau.

Il y a un document de l’armée que certifie qu’Antonio travailla dans les bureaux de l’armée républicaine, concrètement dans la direction de contrôle de compagnie dans la caserne « Francisco Macià ». La date de celui-ci est le 16 septembre 1938. Cette caserne de l’armée républicaine était dans le quartier d’ « Horta », à Barcelone, et c’est une preuve que confirme qu’Antonio resta caché à Barcelone pendant une grande partie de la Guerre Civile Espagnole. Personne dans sa famille ne savait qu’il était là, ils pensaient qu’il était parti en France ; Antonio se cacha pendant plus d’un an.

Il y a une lettre du 5 février 1939 du médecin de l’hôpital de Portbou, un village frontalier du nord-est de la Catalogne, qui déplace Antonio à un hôpital en France. Le médecin s’adresse à Antonio comme s’il était un soldat, raison pour penser qu’il l’était un soldat républicain blessé et exilé.

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TRANSCRIPTION DE LETTRE DU MÉDECIN PORTBOU (en espagnol):

LA DE

« Le soldat » Antonio Fernández Pesses se déplace de l’Hôpital de Portbou à l’Hôpital de la France. Portbou, 5 février 1939 Le directeur, (signature)

Cette lettre a un poinçon de « Defensa de costas, Agrupación Norte”, en français « Défense de côtes, Groupe du Nord ». La Defensa de costas, Agrupación Norte est une association militaire républicaine catalane de l’époque (l’ « Agrupación Sur », « Groupe du Sud », était valencienne). Celle-ci est une autre évidence de la participation militaire d’Antonio dans la faction républicaine de la Guerre Civile Espagnole. Ce groupe militaire avait une service sanitaire et concédait des sauf-conduits à ses affiliés pour aller en France, par exemple. Antonio fut un des militaires qui se blessa et, grâce aux services de ce groupe, traversa la frontière avec la France en février 1939.

Le prochain document est une lettre envoyé par l’oncle de la mère de Francesc, Maria. Cet oncle s’appelle Fermín Urpí, et il habitait à Asunción, la capitale de Paraguay, un pays en Amérique du Sud. La destination de la lettre est le « Pabellon numéro 3 de l’Hôpital Saint Jean, à Perpignan ». La date de la lettre est le « 22 juin 1939 ». Antonio se trouvait encore dans cet hôpital français. Fermín offrit à Antonio la possibilité d’aller à Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, ou à Montevideo, la capitale de l’Uruguay, et après lui proportionner des moyens pour arriver à Asunción. En résumant, Fermín lui fit arriver de l’argent et des moyens pour arriver à Asunción. Personne ne sait pourquoi Antonio ne réalisa jamais ce voyage. Peut-être il préféra de rester en France pour s’assurer de rencontrer sa famille, ou pour continuer la résistance, ou finalement il ne put pas s’embarquer, ou simplement il avait l’espoir que bientôt il pourrait retourner en Espagne.

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LETTRE DE FERMÍN URPÍ (en espagnol). Fermín avait parlé avec les consuls paraguayens de Bordeaux et de Genova pour accorder le droit de voyage d’Antonio avec eux. C’est évident qu’il était un homme d’influence et ric ; en fait, il avait une entreprise que produisait du vin et existe encore.

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Dessin du père de Francesc fait par un camarade. Image de l’album créé par les parents de Francesc. TRANSCRIPTION : “Al Al bon company Fernàndez com a protesta del « ranxo ». R. Campamar. Durban, 1--11-41” (langue: catalan). « Au bon compagnon Fernàndez comme une proteste du “ranxo” “ . R.Campamar (c’est un nom). Durban, 1-11-41 ». Je ne sais pas à quoi R.Campamar se réfère quand il dit « protesta del « ranxo » », mais sûrement à une blague sur la nourriture, puisque « ranxo » en catalan veut dire « nourriture pour beaucoup de personnes ; origine militaire : nourriture qu’on donne aux soldats, simple. Le ranxo peut aussi se référer à la nourriture dans une grande casserole pour repartir entre beaucoup de personnes ».

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Carte de la France où Durbon, le lieu où l’image antérieure a été dessinée, est signalé. Durbon est dans la région des Hautes Alpes.

En 1942 ; Antonio se trouvait à Barret-le-Bas, un village qu’aujourd’hui s’appelle Barret-sur-Meóuge, dans les Hautes Alpes (France). Le mari de la sœur de Maria, Federico, lui envoya une postale le 27 février 1942 à Barret-le-Bas.

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POSTALE DE FEDERICO (en espagnol) : Cette postale informait Antonio de la grave situation de la mère de Maria. La mère de Maria était en train de mourir, ou c’est ce que Federico pensait. La malade appelait Maria très spuvent.

Dans l’adresse écrite sur la postale, il y a écrit « 95 G.T.E ». Ces initiales font référence à « Groupement de Travailleurs Étrangers ». C’est-à-dire, des groupes de réfugiés espagnols obligés de travailler pour le Gouvernement de Vichy, collaborationniste. Ce gouvernement créa une loi le 27 septembre 1940 qui excluait les étrangers des emplois et les obligeait de travailler. La G.T.E. d’Antonio était dans les Hautes-Alpes, puisqu’il existe une liste avec les G.T.E. français de l’époque où celui-ci apparaît. Il n’y a plus d’information sur le G.T.E. d’Antonio, et en conséquence je ne peux pas savoir le travail exacte qu’il faisait dans le groupement. Dans la postale il y a une autre donnée très intéressante, le nom « Barret-le-Bas » dans l’adresse. Barret-le-Bas fut une communauté de résistance antinazi pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le groupe résistant de Barret-le-Bas comprenait un groupe de maquis (résistants dans les montagnes) que se réfugia à Barret-le-Bas en mars 1944, pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il y eut des mouvements résistants dans cette zone, probablement antérieurs, quand Antonio était là. Antonio fit partie d’un G.T.E. pendant plus de deux années ; la postale et la référence du dessin antérieur, « ranxo » en sont des épreuves. Après, la communauté de maquis se réfugia dans cette zone et probablement aida les travailleurs espagnols dans le camp de

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travail, puisque Francesc affirme que des résistants français aidèrent son père. C’est parmi cette aide qu’Antonio arriva à Marseille. Le fils de Francesc ajoute qu’Antonio, sa femme, sa mère et Francesc se retrouvèrent à cette époque, dans les Hautes Alpes, mais après Antonio partit à Marseille et les autres restèrent dans la région, jusqu’à quand ils reçurent un sauf-conduit sauf conduit pour y aller. Ils se rencontrèrent à Durban, où l’image d’Antonio fut dessinée. Maria, Catalina et Francesc obtinrent un « Laissez-passer » pour aller à Marseille à la fin de 1941, quand Antonio était encore à Durban.

Barret-sur-Méouge, avant Barret-le-Bas

11 Ce document est une lettre en espagnol de Fermín Urpí pour Antonio et Maria. Celle-ci Celle fut écrite le 18 février 1949, et dit qu’ils sont contents d’avoir de l’information sur Maria et Antonio. Dans cette époque-là, époque ils étaient déjà installés à Marseille.


Ce document du 28 mars 1950 permet de solliciter la carte d’identité d’étranger ou un certificat d’identité de voyage, et a une validité de trois ans. En plus, celui-ci dit qu’Antonio travaillait en tant que soudeur et témoigne qu’il était un réfugié espagnol.

Ces documents sont d’Antonio (à gauche) et de Maria (à droite) et leur date est le 27 mai 1955. Ils sont des cartes permanentes de travail.

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Ces documents sont d’Antonio (à gauche) et de Maria (à droite). L’information que ceux-ci nous donnent est : Antonio : Il est né le 14 Décembre 1906 à Barcelone, fils de Roman et de Catalina Pesses. Nationalité : réfugié espagnol. Sexe masculin. Date d’entrée en France ; 1939. Maria : Il est né le 21 Juin 1907 à Barcelone, fille de Juan et de Coloma Cardoner. Nationalité : espagnole. Sexe féminin. Date d’entrée en France ; 1939.

Il était si connu à Barcelone que quand il alla en France, il fut aidé par des républicains français, souvent communistes, regroupés dans des compagnies françaises ou communautés antinazis, comme nous avons déjà mentionné. Quand il avait quarante-cinq ans, en 1951, il faisait des réunions et aidait les socialistes et les communistes avec le but de rétablir la démocratie en Espagne. Antonio était très engagé politiquement; il était dans le PCE (Partido Comunista Español), et il avait une relation relativement étroite avec l’important chef communiste Santiago Carrillo, qui s’exila aussi en France et qui fut le secrétaire général du PCE en exil pendant beaucoup d’années. Le fils de Francesc affirme que Carrillo visita Antonio à Marseille. Aussi, peu de temps après, Antonio partit en URSS avec un camarade communiste ; personne ne connait l’objectif de ce voyage. Antonio mourut en 1979 ; il n’eut pas beaucoup de temps pour découvrir une Espagne sans Franco, puisque le dictateur mourut en 1975. Antonio était un homme courageux, fort, et il n’oublia jamais ni ses idées ni la lutte pour les défendre jusqu’au bout.

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Carte de la route suivie par Antonio pendant son exil.

Parents de Francesc, Antonio et Maria. Photos et affiches de l’album créé par eux-mêmes.

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Mère d’Antonio, grand-mère mère de Francesc, Catalina Pesas Pahissa. Pahissa Photos et affiche de l’album créé par Antonio et Maria.

Père de Francesc, Antonio, à Marseille, en 1944. Photo de l’album créé par les parents de Francesc.

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3.

L’HISTOIRE DE FRANCESC

Francesc commence son histoire en disant que les républicains voulaient changer le pays. Il raconte que quand la Guerre Civile commença, ceux qui n’étaient pas d’un côté défini, c’est-à-dire, des républicains ou des franquistes, étaient fusillés. Les familles républicaines n’étaient pas en sécurité pendant la guerre, puisque les franquistes étaient de plus en plus puissants ; c’est à cause de cela que Francesc, la mère d’Antonio (grand-mère de Francesc, pas de sa partie de famille franquiste) et sa mère durent abandonner Barcelone pour essayer de rencontrer son père en France. Ils partirent en 1938 à pied, quand Francesc avait deux ou trois ans. Francesc poursuit son récit : ils arrivèrent en France, en traversant la frontière par les Pyrénées. Malheureusement, il ne se rappelle pas beaucoup de ce périple, il se rappelle seulement d’une chose ; « Il y avait de la neige partout, et j’avais seulement des sabots». Selon son fils, c’est à cause de cela que Francesc n’aime pas la neige maintenant. Son fils, François, pense que Francesc était partie de « La Retirada ». Il traversa la frontière avec sa mère et sa grand-mère en 1939, comme beaucoup d’autres réfugiés.

Francesc, sa mère et sa grand-mère furent internés dans plus d’un camp de concentration français, et la majorité de ceux-ci étaient au nord de la France. L’explication que je peux donner par rapport à cela est que quand ils passèrent la frontière ils furent mis dans un train que les transporta à un département français du nord, car beaucoup de femmes, enfants et personnes âgées furent déplacés là pour éviter

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la concentration massive de personnes dans les camps français du sud.

Le premier camp où ils furent internés était à Oissel, près de Rouen, dans le « chalet 24 ». Maria et Catalina obtinrent, en mai et juin 1940 respectivement, une « carte d’identité d’étranger » valable jusqu’à août et septembre. Oissel est dans la région de Normandie, département de la Seine-Maritime. Cette zone était occupée par les allemands.

Oissel

Cartes d’identité de Maria et Catalina ; Oissel, juin et mai 1940, respectivement

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Photo dans un camp d’internement français. français Photo de l’album créé par les parents de Francesc. Au dos, écrit en Espagnol, « 31 Juillet 1940, À notre fils Francesc Fernández Urpí ».

Ensuite, ils furent internés dans le camp de Plourivo, près de Paimpol Plounez, en Bretagne, département des Côtes du Nord, à la fin de 1940. Cette zone était occupée par les allemands. Il y avait des camps de réfugiés dans le département, puisque dès l’été l’été 1937, 1200 réfugiés espagnols arrivèrent dans celui-ci. celui ci. Ils souffraient à cause du froid, de la manque de vêtements, de la saleté et des épidémies. « Des nombreuses communes ouvrent des centres d’hébergement ».

Ce document est un rejet de demande d’allocation location militaire ; l’ allocation militaire est, pendant la guerre, l’ allocation des femmes mobilisées.

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Ce document certifie que Maria, Catalina et Francesc restèrent pendant plus d’un un à Plounez en tant que réfugiés espagnols, plus ou moins jusqu’à octobre 1941, et qu’ils y eurent toujours une bonne conduite.

Plounez

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Cartes d’identité d’étranger de Maria et Catalina, respectivement, en janvier 1941, à Plounez. Le document certifie que Maria et Catalina, et en conséquence Francesc, sont « résidants » au camp de Plounez, Plourivo. Les cartes ne permettaient pas que Maria et Catalina occupent aucun emploi.

Ce document est un laissez-passer que permit Catalina de passer en zone libre (non-occupée par les allemands). Date et lieu : 15 octobre 1941, Saint-Brieuc (village où beaucoup de réfugiés espagnols arrivèrent dès 1937).

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Ce document est un laissez-passer qui permit Catalina de passer en zone libre (non-occupée par les allemands). Le document est écrit en allemand et en français, et permit que Maria, Catalina et Francesc aillent, parmi l’itinéraire SaintJulien la Faurie, à Durban, dans les Hautes Alpes, le lieu où Antonio était dans cette époque.

En mars 1942, Francesc, sa mère et sa grand-mère étaient à Lus-LaCroix-Haute, un village près des Hautes-Alpes, dans le département de la Drôme. Probablement ils restèrent là dans un camp de réfugiés an. pendant moins d’un Ce document est une lettre de l’assistance médicale publique, qui envoya Francesc à l’hôpital de Gap le 23 mars 1942, comme une urgence. Francesc était à Lus-La-Croix-Haute.

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Cette postale fut envoyée à Maria le mars 1942 à Lus-La-Croix-Haute par le frère de la sœur de Maria. Celle-ci annonce que la mère de Maria a une bonne santé, puisqu’elle avait été malade.

Peu de temps après, lui, sa grand-mère et sa mère étaient internés dans le camp de concentration français de « Pont-la-Dame »*, situé dans le village d’ « Aspres-sur-Buëch », dans la région des Hautes Alpes. Cette région est dans le nord de la France.

Ce document est un certificat de vie que prouve que Francesc était à Aspres-surBuëch le 16 juillet 1942/1943.

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Ce document est un sauf-conduit sauf qui permit Catalina, Maria et Francesc d’aller à Marseille en train. Le déplacement commença le 24 décembre 1948, et il durait deux jours. Le motif était le « regroupement de famille ». La lettre est signée par la « Gendarmerie nationale, brigade d’Aspres-sur-Buëch Buëch ».

Photo dans un camp d’internement français. français Photo et affiche de l’album créé par les parents de Francesc. Transcription de l’affiche : « Réfugié en France depuis 1939 ».

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Une autre permission pour qu’ils puissent aller à Marseille.

Photo dans un camp d’internement français, probablement Pont-la-Dame. Pont Photo de l’album créé par les parents de Francesc. Au dos, écrit en Catalan, langue des parents de Francesc, « Notre fils bien aimé Francesc Fernández Urpí. Ses parents Antoni et Maria ».

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Le camp de Pont-la-Dame situé sur la carte. Distance Barcelone-Pont-la-Dame : 560km.

Francesc murmure qu’il devrait être mort, qu’ils souffrirent beaucoup, et il montre son auriculaire en affirmant « j’étais comme ça », pour indiquer l’état squelettique dans lequel il se trouvait pendant l’internement aux camps. A cause du froid, il subit des lésions à l’oreille, ce qui lui ôta l’ouïe partiellement, il n’entendait désormais plus comme avant, il avait mal et il pleurait beaucoup. C’est à cause de cela qu’un médecin allemand qui se trouvait dans le camp décida de lui crever le tympan, et il perdit donc l’ouïe, cette fois-ci totalement, de son oreille. Il me raconte aussi qu’il se vit obligé à manger des rats et des grenouilles car il n’y avait pas suffisamment de nourriture dans le camp. Il affirme que les personnes internées devaient travailler pour survivre. Francesc relate toutes ces expériences qui l’ont marqué à vie comme s’il expliquait quelque chose d’ordinaire, son visage ne montre pas une expression nostalgique ou consternée. Après environ cinq ans d’internement, Francesc et sa mère réussirent à sortir du camp, mais les détails de cette fuite sont trop flous pour lui. 25


Affiche de l’album créée par les parents de Francesc. F Transcription : « Camp de réfugiés, 14 Juillet 1942, Pont-la-Dame Pont (Hautes Alpes), France ».

Photo dans le camp d’internement français de Pont-la-Dame, Pont son affiche est au-dessus. Photo de l’album créé par les parents de Francesc.

Francesc avoue que le camp dans lequel il était resté pendant tout ce temps devenait de plus en plus dangereux, en effet, le nombre de personnes tuées là-bas bas ne cessait d’augmenter. Après cet épisode, « papa trouva maman en lui envoyant une lettre qui arriva va à sa destination grâce à ses camarades des compagnies françaises ». La mairie d’un d’u village proche du camp dont ils s’étaient échappés qui était de tendances de gauche leur donna un saufconduit et des documents pour prendre un train et rencontrer le père de Francesc. Une grande partie de cette documentation était écrite en

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français et aussi en allemand car les allemands contrôlaient beaucoup de démarches comme celles-ci.

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Carte de la route suivie par Maria, Catalina et Francesc pendant leur exil.

Francesc nous narre d’autres histoires très intéressantes, des petits détails qui marquèrent son enfance et montrent la dureté de celle-ci. Quand il allait prendre le train pour aller à Marseille, sa mère demanda à un officier allemand quelle voie ils devaient prendre. Celui-ci leur indiqua la voie 4, dit Francesc avec une voix ferme. Quand ils entrèrent dans le train, un autre officier allemand leur dit « Raus ! Kapputt ! », ce qui en allemand veut dire « Allez dehors ! Mauvais ! ». Ils ne parlaient pas l’allemand mais Francesc affirme qu’ils comprirent soudain ce qui arrivait. Ensuite, les portes de ce train furent fermées brusquement, en condamnant les gens qui se trouvaient à l’intérieur à l’horreur des camps de concentration nazis. 27


Photo dans le camp d’internement français de Pont-la-Dame. Pont Photo de l’album créé par les parents de Francesc. Au dos, il y a un tampon et une date, « 14 Juillet 1942 ». Cette date nous permet de savoir que la photo est prise à Pont-la-Dame Dame puisqu’il en y a une autre datée du même jour avec un affiche que la situe dans ce camp.

Il se rappelle aussi du moment où il revit son père,, un moment intense ; il avait environ neuf ans, et il y avait de la neige partout. Francesc sc dit avec nostalgie qui situe paraître ce souvenir dans un passé lointain, que sa mère lui dit ; « mira, el teu pare ! », « regarde, ton père ! » en catalan.. Ces mots en catalan, catalan, la langue de ses parents, ne se sont jamais envolés de sa mémoire. mémoire « Un homme m’a fait un câlin, et je pensais que c’était c mon père, mais l’instant d’après il m’a expliqué qu’en réalité, mon père était l’homme qui était derrière lui, j’ai donc couru et pris mon papa dans mes bras », relate Francesc, et je peux remarquer un peu d’émotion dans ces mots qui font surgir un vieux souvenir.

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Ce document est certificat que Francesc, Maria et Catalina ont été à Aspres-sur-Buëch (Pont-laDame).

Finalement, au début de 1944, 1944, la famille s’installa à Marseille, une ville dans le sud de la France. Jusqu’en 1945, il y eut des bombardements mbardements sur le Vieux Port, et ils y habitèrent jusqu’à la fin de ceux-ci. ci. Francesc me raconta une histoire surprenante : leur premier logement fût une maison du centre-ville centre ville près de l’actuelle école François Masson, ils allaient pourtant déménager bientôt. bien Les bombardements continuaient et lorsque leur changement de logement fut réalisé ils apprirent que la veille leur ancienne maison avait été détruite par une bombe, un jour plus tôt ils seraient morts…

Francesc à Marseille ; on peut remarquer qu’il qu’ était très maigre. Photo de l’album créé par les parents de Francesc.

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Ce document certifie la date de naissance et le nom des parents de Catalina, la grand-mère de Francesc. Au-dessus, sa la carte d’identité espagnole. Date : 16-02-1944

Francesc affirme aussi qu’il ne fallait pas parler de politique dans l’immeuble parce que n’importe qui pouvait te dénoncer pour être espagnols ; les espagnols républicains étaient persécutés par les allemands et le gouvernement français collaborationniste. Francesc parlait le catalan à la maison, mais dehors il devait cacher qu’il était espagnol ; c’est pour ça qu’il disait qu’il s’appelait François au lieu de Francesc, par exemple. Il eut la nationalité française en 1984. Une anecdote qu’il nous raconte est que son papa fut arrêté deux fois par la Gestapo (la police nazi, qui alors était aussi en France). Les deux fois, ses amis ou compagnons français le sauvèrent ; la raison de ces arrestations fut qu’il était un républicain espagnol, mais les nazis cachèrent les vrais motifs en l’accusant d’avoir saboté des endroits, c’est-à-dire, d’avoir essayé de provoquer des attentats. Quand Francesc finalement put aller à l’école, il avait déjà douze ans, et il y alla jusqu’à seize ans. Malheureusement, les circonstances ne l’avaient pas laissé étudier jusqu’à une âge relativement avancé. Francesc a veillé pour préserver la culture catalane ; il allait danser des Sardanes, traditionnelles catalanes, et il appartenait à un groupe appelé « Cercle Català », « Cercle Catalan ». Ce groupe rassemblait des catalans à Marseille, et à cette époque-là, la majorité des personnes qui en faisaient partie étaient engagés dans le mouvement antifranquiste, ils étaient communistes et avaient l’objectif de rentrer dans le gouvernement espagnol après la dictature. Francesc était communiste, comme son père.

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Francesc avec des amis en faisant un « castell », une tradition catalane, sur la plage la Couronne, près de Marseille, en 1947. Photo de l’album créé par les parents de Francesc.

Selon lui, la reconnaissance du peuple français est inoubliable, et la France est le plus beau pays. « À cette époque, l’Espagne était en retard et la France était supérieure », affirme-t-il. Francesc déclare qu’il déteste Pétain, le président collaborationniste de cette époque, parce qu’il laissa entrer les allemands et il était petit. Il est conscient que s’il était resté en Espagne, il aurait été tué. Francescc a travaillé dans un syndicat. Il a travaillé dans des différents emplois pendant toute sa vie, et il n’a jamais été mis dehors, c’est à cause de cela qu’il a reçu sept médailles du du travail de son entreprise et de l’état. Les parents de Francesc moururent à Marseille pour rester avec lui, mais ils auraient voulu retourner en Espagne.

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Francesc et son père à la rue Canebiere, à Marseille,, l’11 Octobre 1945. Photo de l’album créé par les parents de Francesc.

« Il était bien mon papa », « Je vous souhaite bonne e chance à tous, c’est la vie », sont ont des phrases que Francesc dit toujours à ses petitspetits fils. Francesc nous laisse un exemple d’une vie dure mais finalement avec du succès, il nous montre qu’il faut se battre pour survivre et être heureux, et il nous laisse, comme tous les milliers de réfugiés réf espagnols, l’héritage d’une guerre perdue.

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4. PLUS DE RECHERCHE MIEUX COMPRENDRE

POUR

Le camp d’internement de Pont-la-Dame Pont

Trouver de l’information sur ce camp a été très difficile, mais en cherchant j’ai réussi à savoir quelques données sur celui-ci. Je n’ai pas pu trouver des photos, seulement celles de l’album des parents de Francesc.

Des juifs furent internés dans le camp, aussi après la libération des espagnols. Entre 1939 et 1940, des Républicains arrivèrent à Pont-la-Dame, Pont et jusqu’en juin 1942 ces réfugiés espagnols ne pouvaient pas sortir et étaient sous surveillance ; après, aussi des juifs et autres personnes y furent internés. Ce camp est à côté du village d’Aspres-sur-Buëch, d’Aspres Buëch, dans les Hautes Alpes.

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Le « Cercle Català de Marsella » Le Cercle Catalan de Marseille, en catalan « Cercle Català de Marsella », est une institution que représente la culture catalane à Marseille. Celle-ci fut fondée en 1918, mais acquit une valeur très importante pendant l’exil espagnol. Le cercle est important dans ce témoignage parce qu’Antonio et Francesc en faisaient partie. Après la Guerre Civile Espagnole, le cercle devint plein de républicains et fils de républicains catalans, la majorité communistes, qui s’étaient réfugiés en France ; cependant, l’institution était officiellement culturelle. Maintenant, il ne reste pas beaucoup du cercle. Ils ont une page web où ils mettent des photos des évènements culturels catalans qu’ils organisent ; des danses populaires (sardanes), etc. Ils font aussi des commémorations des catalans qui ont lutté pour la France dans la Seconde Guerre Mondiale, et il y a une page qui parle de la commémoration de « La Retirada » célébrée par le cercle.

Conrad Miret i Musté La dernière chose que je voudrais souligner est que Francesc m’a donné un écrit du Cercle Catalan de Marseille sur « Conrad Miret i Musté », un républicain catalan mort pour la France, puisqu’il était partie de la résistance antinazie. Quand je suis allée au Musée de l’Exil, il y avait une lettre qui parlait de « Josep Miret i Musté », et j’ai découvert qu’il était le frère de Conrad. Dans la page web du Cercle Catalan de Marseille, j’ai trouvé le même écrit et des hommages à des autres républicains ; c’est une épreuve que le cercle était plus qu’un groupement culturale dans cette époque ; il était républicain.

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Les oubliés de l'histoire; les réfugiés espagnoles en France après la guerre civile espagnole  

Autora: Maria Fàbregas González | Tutora: Maria José García | Tema: guerra civil espanyola, refugiats, França, francès