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Introduction Dès les premières années, le tout-petit découvre le livre avec un adulte, dans l’intimité heureuse d’un tête-à-tête, sur les genoux ou dans les bras. Il le touche, le regarde, écoute la voix qui lui dit les mots, boit les paroles qu’on lui lit, babille devant les images, les montre du doigt, manifeste ses émotions, jubile, prend peur, est rassuré. Ce bébé-là fait une expérience riche, petit à petit son esprit s’imprègne de mots ; par le langage, il comprend le sens d’une histoire, il nourrit son imaginaire… Chacun a pu, dans sa pratique professionnelle ou dans une relation privilégiée, vivre avec intensité ces moments de partage avec l’enfant, autour d’un album qui fait lien. À la Bibliothèque de Toulouse, les pratiques de lecture à haute voix avec les tout-petits se sont développées depuis de nombreuses années, en partenariat avec les structures de la petite enfance, sous l’impulsion des précurseurs que furent notamment les praticiens et théoriciens d’ACCES 1. Les travaux scientifiques sur l’appropriation de la langue écrite – celle des histoires, des comptines, des contes – sont amplement vérifiés sur le terrain par l’appétit que manifestent les tout-petits pour les récits, la musique de la langue, les jeux avec les mots, le plaisir de vivre des émotions. En 2006 et 2007, ces expériences de lectures dans les crèches et les bibliothèques ont été confortées par des temps de réflexion, à l’occasion d’un cycle de conférences 2 et au cours de deux séminaires 3, réunissant les personnels des bibliothèques et de la petite enfance. Ainsi est né le projet d’élaborer une bibliographie, reflet de ce stimulant travail de réflexion commune. Les titres proposés ici témoignent, pour chacun d’entre eux, d’une expérience directe avec les 0-3 ans, dans le souci de rendre compte de vraies rencontres, avec leur part de subjectivité revendiquée, et aussi d’exigence de qualité. Deux volets à 1 2 3 tu lis déjà : l’un centré sur des livres où domine le récit, qu’il s’agisse d’histoires portées par des mots et des images, ou de narrations sans parole ; l’autre axé sur des approches diverses : propositions formelles novatrices, regards renouvelés, invitation au jeu, à l’interactivité, rapport aux rythmes et aux sonorités. Chaque séquence faisant un clin d’œil à quelques incontournables, à ne pas oublier, qui perdurent de génération en génération… anne marinet

Sommaire 1 ACCES Actions Culturelles Contre les Exclusions et les Ségrégations. René Diatkine (1918-1997) et Marie Bonnafé, psychiatres et psychanalystes

2 Inauguré dès 2005 avec Marie-Claire Bruley,

autour des « Comptines et Enfantines », ce cycle de trois conférences a donné successivement la parole à – Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre, sur le thème de la relation livre/tout-petit/adulte « Lire avec les tout-petits » – Juliette Campagne, de l’association « Lis avec moi » (A.D.N.S.E.A.) sur son expérience dans le Nord-Pas-de-Calais d’actions lecture, dans les écoles, les PMI, hors les murs, en direction des tout-petits et des adultes parents et professionnels. – Evelio Cabrejo-Parra, psycholinguiste, sur l’acquisition du langage « Du babil au langage »

3 Animées par Dominique Rateau, formatrice, membre fondatrice de « Quand les livres relient. Association nationale des pratiques culturelles autour de la littérature jeunesse » deux séries de trois ateliers de réflexion et d’échanges « Lire avec les tout-petits » destinés aux bibliothécaires et aux personnels de la petite enfance.

4 5 6 Au pays des récits

4

ó Sans parole ó Avec des mots ó Personnages de série

6 9 15

7 8 9 Un regard tout neuf

16

ó Noir & blanc ó Imagiers & bestiaires ó Textures & surprises ó Rythmes & sonorités

18 20 24 29

Bibliographie Index titres Index auteurs Bibliothèques

34 36 37 38


« Il existe une lecture avant la lecture des textes écrits, c’est la lecture du texte oral. Cet acte de lecture est inhérent à la mise en mouvement de la pensée. […] J’attache beaucoup d’importance à cette mise en mouvement précoce de l’activité psychique qui implique déjà une lecture et qui, d’une certaine manière, peut être considérée comme l’ancêtre nécessaire de la lecture d’un texte écrit. Sans cette première lecture, les autres ne pourraient pas avoir lieu. » Evelio Cabrejo-Parra La lecture avant les textes écrits in les cahiers a.c.c.e.s. n°5, 2003

Juliette Campagne Hommage à Suzanne in lis avec moi n°11, 2006

5

©  Gallimard Jeunesse,

« Qu’est-ce qu’elle faisait Zoun ? Elle lisait à haute voix des histoires aux bébés, aux enfants plus grands, aux parents. — C’est un métier ? À quoi ça sert ? — À rien Simplement à rêver à penser à comprendre un peu à sortir de soi, de chez soi à aller loin ou tout près Ça sert à trouver son chemin d’autres chemins à inventer aussi à se rappeler Ça sert à respirer à avoir moins peur Ça sert aussi à rire et à pleurer Ça sert à vivre. »


Sans parole

mouton et celles très vives de la fillette et de l’oiseau, contribue à la tendresse du récit. Nous suivons le fil de laine gris à travers différents paysages, jusqu’à la rencontre finale des trois héros. Le tout-petit s’amusera à regarder ces images vivantes et colorées, porteuses d’un joli message d’amitié et d’entraide.

À nous de jouer ! Pat Hutchins

kaléidoscope, 2006

Trois chats

Prenez des cubes colorés. Empilez-les avec l’aide des enfants qui vous entourent. Et regardez bien : une histoire prend vie. Deux personnages observent ces cubes, puis passent à l’action en les empilant à leur tour pour faire une maison. Mais la maison prend feu : vite changer la maison en camion de pompier, vite la grande échelle, vite la lance à incendie. Ouf ! le feu est éteint ! Mais l’eau déborde : vite changer le camion en bateau, traverser la mer… et ainsi de suite comme dans une fabulation d’enfant où tous les conditionnels deviennent possibles. Le titre anglais original « Changes, changes » rend bien cette idée de transformations illimitées comme dans cet indémodable jeu de construction avec lequel on peut jouer dans un coin de chambre des heures durant. À vous de jouer !

Anne Brouillard le sorbier, 1999

Trois chats perchés sur une branche et trois poissons dans l’eau. Un tourbillon. Trois poissons sur une branche et trois chats dans l’eau. Dans cet album sans texte aux couleurs contrastées (un fond bleu dominant), les actions sont lentes, décomposées et en même temps très vivantes. Le tourbillon au centre du livre souligne le basculement de l’histoire par la seule force de l’image. Cette histoire invraisemblable développe l’imaginaire, laissant place à différentes interprétations. L’image se suffit à elle-même, le jeune enfant peut créer son propre récit, avec ses propres mots.

Chat

Éléphants

May Angeli

thierry magnier, 2002

Sara

Traces, herbes, et puis un beau chat blanc aux taches noires, l’œil aux aguets. Soudain, il se met en mouvement, grimpe en haut de l’arbre, il va attraper l’oiseau. Mais c’est lui qu’emporte le grand aigle dans ses serres… À chaque page tournée, une nouvelle péripétie surgit, inattendue, surprenante, servie par les bois gravés de May Angeli, inscrits dans le cadre noir de la page au format carré, pour mieux suggérer l’agilité des animaux saisis en plein mouvement. Pour le jeune enfant, ne manqueront ni le plaisir à chaque fois renouvelé d’un suspense haletant, ni le soulagement d’une fin apaisée, quand Chat rencontre, une compagne son double, noir aux taches blanches.

Un tout petit éléphant perdu dans la forêt… Surgissent des formes menaçantes, des animaux féroces prêts à se jeter sur lui. Mais le troupeau des aînés veille, et accourt à son secours : les hyènes, menacées à leur tour, s’enfuient, ne sont plus qu’un mauvais souvenir… Avec force et élégance, la mise en scène de ce petit drame s’incarne dans les papiers déchirés, de textures différentes, qui campent les animaux dans des instantanés saisissants. L’expression du danger, de la peur, de la menace, puis du soulagement et de la tendresse se lit autant dans le trait noir des regards, que dans les plans cinématographiques. L’émotion est au rendez-vous, pour le jeune enfant comme pour l’adulte qui raconte.

File la laine Karen Irmer

Un petit mouton, une fillette et un oiseau. Tous les trois sont reliés par un fil de laine. Celui que le mouton accroche à une barrière et qui se déroule, celui que la fillette retricote au fur et à mesure. Ce petit album sans texte raconte l’histoire à l’aide de dessins réalisés sur un papier calque quadrillé qui permet des tracés estompés. L’utilisation de pastels, mêlant les couleurs douces du 6

© Thierry Magnier

lirabelle, 2001

© Thierry Magnier

1, 2, 3 tu lis déjà | 4, 5, 6 au pays des récits | Sans parole

thierry magnier, 2006

7


Avec des mots

Dodo

Antonin Louchard, ill. de Katy Couprie thierry magnier, 2001

Dodo, petite promenade féline, entraîne l’enfant dans un camaïeu de bleus foncés, illuminé de quelques notes chaudes, rouges et jaunes. L’enfant tourne les pages cartonnées de ce petit format pour suivre un chat noir dans ses pérégrinations nocturnes et silencieuses, de la campagne à la ville, de l’observation d’une étoile filante à la surveillance bienveillante d’un enfant qui s’endort. Cette courte histoire sans parole laisse, à quiconque plonge dans ce monde, une impression de calme, de silence. Un album pour faire une pause, pour partager un instant de repos, de sérénité, propice à l’endormissement.

Le bonnet rouge

Brigitte Weninger ; ill. de John A. Rowe nord-sud, 2000

Air connu, chanson nouvelle. Mais, si le propos de cette « randonnée » nous est familier (des animaux, les uns après les autres, trouvent refuge dans un bonnet), sa mise en scène est renouvelée par la superbe illustration de John A. Rowe. Dans une mise en pages soignée, des éléments s’échappent et se faufilent à l’extérieur. Le texte s’intercale sur la page de gauche, comme une ritournelle, ponctué par une typographie bien rythmée sur les temps forts et répétitifs. Il nous guide aussi vers les traces de pas qui signent l’identité des propriétaires jusqu’au dénouement explosif et délirant dans l’expression et dans la couleur, rouge. Rouge comme le « bonnet rouge », d’une saveur incontournable. La montée en puissance du rythme, des images, des mots et, bien entendu, de la chute font jubiler les tout-petits.

L’araignée Susumu Shingu

gallimard jeunesse, 2006

Dame araignée déploie délicatement un fil de soie ; puis fébrilement mais toujours avec autant d’application, elle poursuit sa besogne en étirant d’autres fils qu’elle relie les uns aux autres. Elle file, brode, tisse du bout des pattes cette toile magique qui, petit à petit emprisonnera un papillon égaré. Drame naturel, narré avec beaucoup de subtilité. Au fil des pages, l’attente est passionnante et le petit enfant suit le déroulement de l’histoire sans texte avec attention. Le graphisme court sur du papier huilé, légèrement transparent, comme une dentelle délicate. L’araignée est habile à nous tisser sa soirée et l’enfant est heureux de la suivre du bout de ses petits doigts.

Tricycle

Olivier Douzou

1, 2, 3 tu lis déjà | 4, 5, 6 au pays des récits | Sans parole

© Gallimard Jeunesse

le rouergue, 1998

Beaucoup d’humour dans cet album où l’enfant prendra plaisir à reconnaître tous les objets qui s’empilent dans la remorque du tricycle : la cane de mamie, la pantoufle de papy mais aussi un peigne, une pipe… Le texte donne le résultat de cet amoncellement : si « le bébé pleure » c’est bien parce que l’image nous dit qu’on lui a pris son biberon et, si « le bébé hurle », que voit-on ? La tétine, effectivement attachée à une ficelle, et d’ailleurs aussi les clés de la voiture du papa qui ira travailler… à pied ! Mais qui est donc celui qui ainsi s’amuse, un grand peutêtre ? Tout le plaisir de ce petit album d’Olivier Douzou est dans le déroulement d’un récit qui saura faire écho à une activité bien connue de tous les « petits grands » !

N’oubliez pas !

Les aventures d’une petite bulle rouge Iela Mari

©  Le Rouergue

l’école des loisirs, 1967

Le voyage de l’escargot Ruth Brown

gallimard jeunesse, 2000 8

9


Clown, ris !

Viiite

albin michel jeunesse, 1999

thierry magnier, 2006

Jacques Duquennoy

Céline Caneparo

Un clown part en balade à trottinette, la casse par accident et plante alors une fleur pour s’en fabriquer une nouvelle ! Mais c’est résumer bien vite cet album en noir, blanc, rouge qui a pour personnage principal un petit clown faisant se succéder les tours de magie dans un enchantement toujours renouvelé. Le texte est réduit au minimum, le héros savamment mis en scène : encadrés, pleine page, doubles pages créent l’effet de surprise chez le lecteur. Jacques Duquennoy s’amuse avec ses tracés noirs : il tord les lignes, les étire, les efface et reconstruit tout autre chose. Un album dynamique où tout devient possible, qui enchante les plus petits.

Un jeu de cache-cache dégénère en dispute pour de drôles de personnages à tête d’animaux. Puis l’heure du repas sonne et, avec elle, celle de la réconciliation. Pour les enfants dont on découvre, à la dernière page, les visages sous les masques. Petit album cartonné sans texte sauf quelques onomatopées, au décor minimaliste (un arbre, un oiseau et la ligne d’horizon qui délimite le blanc du vert), à la palette de couleurs réduite aux noir / blanc et bruns, mais aux coups de crayons tellement minutieux et vigoureux qu’ils parviennent à retranscrire tout le dynamisme de ce quotidien d’enfant. Un album rapide comme les émotions changeantes du tout-petit.

C’était l’hiver

L’heure des parents

panama, 2005

etre, 1999

Aoi Huber-Kono

Christian Bruel, ill. de Nicole Claveloux

La neige, en tombant, ensevelit tout sur son passage. Même les nuages dans le ciel s’unissent pour mieux se confondre. Peu à peu, le blanc envahit les pages, seuls quelques mots parviennent à se frayer un chemin. Plus rien ne bouge, que du blanc, le texte s’efface aussi. Et puis soudain, quelques traces, des empreintes. Au jeune lecteur, dès lors, de jouer le détective. Qui a pu défier la neige de ses pas ? Un petit oiseau ou bien quelqu’un de plus gros ? Les traces se multiplient, plusieurs chemins ont dû se croiser, les pas se font plus nombreux. Il semble que les habitants de la forêt se jouent de la neige si sérieuse. La vie et les jeux en couleurs reprennent le dessus. Un album ludique pour s’amuser au chaud avec la neige.

C’est l’heure de la sortie de l’école et, dans l’attente, Camille s’endort ! Au fil des doubles pages, nommés par leurs prénoms, défile devant nos yeux toute une panoplie d’adultes qui reflètent la diversité actuelle des modèles parentaux : famille monoparentale, nucléaire, communautaire, parents hétérosexuels ou homosexuels. Le texte ne porte aucun jugement et les illustrations de Nicole Claveloux ajoutent une note d’humour, de fantaisie et beaucoup de tendresse. Le personnage anthropomorphisé, au prénom unisexe (Camille est un lionceau qui avait eu beaucoup de succès dans Mon grand album de Bébé) permet à tous les jeunes enfants de s’identifier d’autant que rien, dans le texte ou dans l’image, ne laisse présager du masculin ou du féminin. La modernité du propos est traitée avec beaucoup de talent !

Une farce

Audrey Poussier

Papa, maman, Anouk et moi

10

Jérôme Ruillier bilboquet, 2006

Comme devant les tours d’un magicien, on s’émerveille de la virtuosité de Jérôme Ruillier. Avec quatre bouts de ficelle photographiés sur des papiers de couleurs différentes, il décrit la famille, universelle, et les liens qui l’unissent. La famille dans tous ses états, de l’union à la désunion puis à la réunion. De quoi mettre des mots sur les sentiments des enfants qui voient tout, sentent tout, savent tout même quand les mots font défaut. Un beau récit pour les tout-petits, auxquels on peut parler de l’essentiel, simplement, sans fard et sans inquiétude.

11

©  Thierry Magnier,

Chut ! Une souris arrive à pas de loup et se cache sous la couverture d’un lit douillet. Un mouton, une poule, trois chats… la rejoignent. Chut ! « On se cache pour faire une farce » Cette phrase ponctue comme un refrain l’arrivée de chaque nouveau farceur. On la chuchote à en chuinter, on pouffe, on se retient, chut !, jusqu’à la franche rigolade de la chute où, chut ! L’on vérifie que tels sont pris ceux qui croyaient prendre… Qui a dit que les tout-petits n’ont pas d’humour ? Comme les adultes qui le leur liront, les tout-petits retrouveront avec plaisir ces personnages tendres et malicieux dans La piscine, Mon pull, Le rendez-vous de la talentueuse Audrey Poussier.

© Albin Michel Jeunesse

1, 2, 3 tu lis déjà | 4, 5, 6 au pays des récits | Avec des mots

l’ecole des loisirs, 2007


Je te l’avais bien dit !

Le petit bateau de petit ours

mango jeunesse, 2001

pastel, 2004

Taro Gomi

Eve Bunting, ill. de Nancy Carpenter

Papa chien et son fils partent en promenade. Sur la route des obstacles surgissent que l’enfant, distrait, n’évite pas malgré les sages conseils de son père. Pourtant, clin d’œil final, c’est l’enfant qui va surprendre le père lassé de se répéter sans succès. Le texte, court, est un dialogue plein de tendresse entre le papa et son fils. Ce petit album carré aux dessins minimalistes prend le rythme d’une randonnée pour aborder avec humour l’inattention des tout-petits. La présence d’un petit animal nouveau à chaque page relance l’intérêt de l’enfant.

Petit ours adore son petit bateau. Oui, mais voilà, petit ours grandit et le bateau, lui, reste petit : « c’est ainsi ». Il ne lui reste plus qu’à trouver quelqu’un pour faire voguer son petit bateau. Les enfants adhèrent tout de suite aux illustrations très expressives et pleines de tendresse. Les crayonnés en couleur créent une mise en mouvement qui donne envie de suivre le parcours de ce grand ours en devenir. C’est un album sensible et plein de tendresse sur le « grandir » et, au-delà, sur l’attachement et la transmission.

Les mots doux

Le petit souci

pastel, 1996

casterman, 1999

Carl Norac, ill. de Claude K. Dubois

Anne Herbauts

«Ce matin, Lola se réveille avec des mots doux dans la bouche». Mais, personne ne lui laisse le temps de les offrir… Papa est déjà parti travailler, Maman est pressée, les amis sont trop occupés à grignoter ou à faire du skate… Lola garde donc ses mots doux, se tait, boude, jusqu’à ce que… Les tout-petits s’identifient sans peine à Lola, petite hamster tout en rondeurs et douceur, aux mimiques incomparables. Son univers si proche captive les plus jeunes. Quel enfant ne s’est, en effet, jamais retrouvé dans cette simple situation : trouver le bon moment pour exprimer ses pensées, dire à son Papa et à sa Maman qu’on les aime ? Carl Norac et Claude K. Dubois mettent tous leurs talents de conteur et d’aquarelliste à l’œuvre dans cette courte histoire aux couleurs chaudes, faite de tendresse.

Parce que les chagrins, gros ou petits, sont l’affaire de tous, petits et grands, l’auteur signe là un album qui reste indémodable. Dès son réveil, un ours est malmené par un souci qui prend la forme d’un nuage. Après l’énervement, la fuite, l’appel à l’aide, la nourriture, ce sont finalement les larmes qui permettront au chagrin de s’envoler. Il est des évidences qu’il est bon de livrer aux tout-petits. Quand, en plus, c’est fait avec finesse, grâce à des mots simples et des couleurs chaudes et qu’un ours expressif et bien en poils donne le recul nécessaire, la réussite est assurée.

Sur les genoux de maman

Petit tigre ne veut pas dormir : il trouve diverses raisons pour ne pas fermer les yeux, différents prétextes qui masquent sa peur du noir et de la séparation. La tendresse de la mère dédramatise le délicat moment de l’endormissement. Dans un décor de nature, les illustrations très colorées en double page, tour à tour encadrées ou à bords perdus, font alterner monde réel et monde imaginaire. C’est la dernière image de la mère et de son petit enfin endormi qui permet de réconcilier les deux mondes. Le jeune lecteur ne peut qu’être sensible à la justesse du dialogue et à la douceur qui émane de l’image et du texte.

Ferme les yeux

Kate Banks, ill. de Georg Hallensleben gallimard jeunesse, 2002

Ann Herbert Scott, ill. de Glo Coalson

12

©  Casterman

Un petit esquimau aime se balancer sur les genoux de sa maman. Au fil des pages, il fait partager ces instants câlins à ses jouets et à son chien. Il s’enveloppe dans la chaleur du moment, bercé par le mouvement du rocking-chair. Les dessins au pastel et les couleurs chaudes, dans un style un peu fondu, soulignent la tendresse et la sérénité qui se dégagent de l’histoire. La répétition des phrases accompagne cette idée du balancement. Les visages très expressifs témoignent des émotions qui animent les personnages. L’enfant peut se retrouver dans cet album qui évoque les rituels, la jalousie à l’arrivée d’un petit frère et l’acceptation du partage de l’amour de sa maman. Une histoire tout en douceur.

© L’École des loisirs

1, 2, 3 tu lis déjà | 4, 5, 6 au pays des récits | Avec des mots

l’ecole des loisirs, 1993

13


Les personnages de séries

Scritch scratch dip clapote Kitty Crowther

l’ecole des loisirs, 2002

Jérôme est une petite grenouille inquiète : quand la nuit commence à tomber et que les bruits s’amplifient sur l’étang, il use de tous les stratagèmes pour gagner un peu plus de temps avec ses parents. À coups de crayons de couleurs choisis dans une gamme restreinte (vert, rouge, noir), Kitty Crowther touche au plus près des préoccupations des enfants : peur du noir, peur de la solitude et de la séparation que la nuit engendre… Petites et grandes vignettes se succèdent : la peur se transforme en détresse puis la détresse laisse place à l’apaisement. Chaque phrase est choisie avec soin dans un album qui dit l’essentiel et où l’humour trouve aussi sa place : cette eau qui clapote à ras du sol dans toute la maison de Jérôme. Voilà un titre incontournable, les enfants ne s’y trompent pas.

Chuuut ! : berceuse thaï Ho Minfong ; ill. de Holly Meade

Un joli conte sur le thème du rituel du coucher, transposé dans l’univers thaïlandais. Une maman tente en vain de supprimer tous les bruits qui pourraient réveiller son bébé endormi. Elle chantonne la même ritournelle aux animaux familiers ou plus exotiques qu’elle rencontre sur sa route. Le moustique, la grenouille, l’éléphant se font gentiment sermonner. L’histoire se termine sur une pirouette puisque tout le monde s’est endormi… excepté le principal intéressé ! Cet album illustré de collages révèle tout le charme de l’Asie à laquelle il a emprunté ses matières naturelles : le papier, le bois, les cordages, le bambou et les paniers tressés évoquent une végétation luxuriante. Le rythme de la comptine amusera les enfants qui pourront voyager dans un pays lointain avant de trouver le sommeil.

© L’École des loisirs, 2002

père castor flammarion, 1998

N’oubliez pas !

1, 2, 3 tu lis déjà | 4, 5, 6 au pays des récits | Avec des mots

Max et les maximonstres Maurice Sendack

l’ecole des loisirs, 1967

Petit bleu et petit jaune Léo Lionni

l’ecole des loisirs, 1970

Bébés chouettes

Martin Waddell, ill. de Patrick Benson

La souris, personnage emblématique, remporte tous les suffrages auprès des auteurs. Le petit rongeur fait son apparition dans des séries aussi diverses que tendres, aussi touchantes que variées. Ainsi, Gabrielle Vincent nous plonge avec douceur dans l’univers aquarellé d’Ernest et Célestine ; Alex de Hanne Türk n’a plus de secret pour les bibliothèques des tout-petits ; La petite souris de Monique Félix nous invite à la suivre dans son monde sans parole (Histoire d’une petite souris qui rencontre le vent…). Plus récemment, les lecteurs ont eu le plaisir de découvrir Lulu et Lili, les créatures futées et malicieuses nées de l’imagination et du talent d’Odile Baillœul (Le camping…). Heureusement, les souris n’ont pas le monopole de l’enfance. Les poussins y ont également trouvé leur place. Tromboline et Foulbazar, les héros délurés et plein d’humour de Claude Ponti, avec des titres comme Les épinards ou Le petit frère, sont aujourd’hui considérés comme des classiques. De même, Martin Waddell nous offre un petit ours attachant et tendre dans sa relation avec son papa (Tu ne dors pas Petit Ours ?). Plus récemment, de nouveaux héros ont fait leur apparition : Olivia, la petite cochonne facétieuse de Ian Falconer (Olivia fait son cirque…) ; Camille, la girafe de Jacques Duquennoy (Camille escalade l’Himalaya…) ; Lola et Olga, les cannetones d’Olivier Dunrea. La sensibilité et l’attachement des enfants aux petits êtres de plumes et de poils font que l’animal reste une valeur sûre pour les auteurs. Pourtant, deux intrus se sont immiscés dans cet univers anthropomorphique. La petite bête d’Antonin Louchard bouscule les convenances avec sa fausse allure de bonhomme de pain d’épice (Le bateau de la petite bête…). Et, il y a peu, le très réussi Stanley, issu des films d’animation de Craig Frazier, a fait son apparition, ouvrant l’esprit des plus petits à l’univers paisible et onirique de cet homme sans parole (Stanley tond la pelouse…).

© Casterman

Ces héros de séries, souvent éponymes, que les enfants affectionnent tant, sont aujourd’hui ancrés dans le paysage éditorial de la petite enfance, qu’il s’agisse de titres anciens et épuisés, ou de héros nouvellement venus. Nous tenons à signaler leur existence et à rendre hommage aux auteurs, créateurs de personnages que les tout-petits prennent beaucoup de plaisir à retrouver régulièrement.

kaléidoscope, 1993

© Seuil

Très très fort

Trish Cooke, ill. de Helen Oxenbury père castor flammarion, 1995 14

15


« Tous les petits enfants sont en attente d’expériences, de découvertes. […] Ils sont particulièrement attirés par ces rythmes qui hésitent entre prévisible et surprenant, familier et étranger. Ils se passionnent pour des formules incantatoires, apprécient les images surprenantes, foisonnantes, les textes en rimes, aux accords subtils, les mots inconnus, les ruptures, les excès… quand ils sont rassurés et contenus. La surprise leur est une joie, pourvu qu’elle ne les déborde pas. Tout pour eux prend sens, tout devient fiction, narration et ces histoires qu’ils se racontent, ils les vivent dans leur corps et au plus profond d’eux. Livres, comptines, jeux de doigts, jeux chantés, musique, permettent de mesurer le temps, de s’inscrire dans le mouvement de la vie et dans le lien à l’autre. »

© Kaléidoscope

Patrick Ben Soussan Le rythme c’est la vie in tout petit tu lis 2, cplj, 2002

16

17


Noir & blanc

Loup noir

Antoine Guillopé

casterman, 2004, les albums duculot

Un enfant sort de l’école, un loup le poursuit. La rencontre et la confrontation semblent inévitables. Le talent de l’auteur de cet album sans texte s’exprime par la soudaineté du renversement de situation aussi traduit par les couleurs : c’est finalement le loup devenu blanc qui sauvera l’enfant. Les images en jouant sur l’opposition du noir et du blanc interpellent. Leur force résulte autant de leur sobriété, de leur forme géométrique que des procédés utilisés (gros plans, doubles pages, contre-plongées…) Elles guident le lecteur au fil de ses émotions jusqu’à provoquer une forte tension. L’angoisse est portée à son comble et s’apaise à la fin.

La petite marionnette Gabrielle Vincent casterman, 1992

Un montreur de marionnettes attend son public. Dès que le premier enfant arrive, une amitié inattendue naît entre l’être de chair et la marionnette. D’abord stupéfait, le marionnettiste saura finalement lui aussi gagner la confiance de l’enfant. Une histoire forte, à peine esquissée par les coups de crayons de Gabrielle Vincent, sans couleur, quasiment sans texte, mais qui bouleverse par cette tendresse et cette justesse dans l’approche de l’univers enfantin où la frontière entre spectacle et réalité est toujours si fragile.

Boucle d’or & les trois ours Rascal

La nuit

l’ecole des loisirs, 2002

Betty Bone

Le célèbre conte est ici revisité dans une version minimaliste mais pourtant très riche. L’album est tout en noir et blanc, dépouillé du moindre artifice, et l’absence de texte oblige l’enfant à faire travailler son imaginaire, décuplant au passage ses émotions. Les illustrations sont créées selon le principe d’inversion de l’image emprunté à la photographie, évoquant aussi les ombres chinoises. Les ours sont à la fois impressionnants et empreints de tendresse dans leur gestuelle. Sans texte ni détail superflu, les thèmes surgissent avec d’autant plus de force : la combinaison du plein et du vide, mais aussi l’alliance d’une famille face à la solitude d’une petite fille. Comme Boucle d’Or, on se prend à avoir peur et on la suit en courant dans la nuit.

le rouergue, 2005

La nuit est tombée, il fait froid. Ali sort de sa petite maison dans l’obscurité et ses pas se dessinent sur la neige blanche. Petit à petit, d’autres traces permettront de suivre l’itinéraire de cette promenade nocturne. Ali n’est donc pas seul. Le jeu de l’illustration tout en noir et blanc révèle, comme dans un théâtre d’ombres, les peurs nocturnes. Peu à peu s’impose à notre regard, dans une jolie surprise, l’invisible, présent dès la première illustration mais qu’on n’avait pas vu d’emblée. Gageons que les tout-petits eux, qui avaient la tête penchée dès les premières pages, ont compris l’intention de Betty Bone dès le début.

Il fait nuit

seuil jeunesse, 2005

La peur du noir est abordée dans cet album en noir et blanc sous forme de questions-réponses entre deux enfants, l’un rassurant l’autre. L’importance du noir est progressivement dévoilée au long d’un cheminement où l’on découvre la ville, le ciel, les étoiles et la lune. L’originalité graphique réside dans les formes géométriques utilisées ainsi que dans la mise en surbrillance de certains détails. Un univers un peu surréaliste émerge et la magie opère auprès des toutpetits : le noir est apprivoisé, ils en redemanderaient presque.

18

© L’École des loisirs

N’oubliez pas !

Beaucoup de beaux bébés David Ellwand

l’ecole des loisirs, 1995

© Casterman

1, 2, 3 tu lis déjà  | 7, 8, 9 un regard tout neuf  | Noir & blanc

Gaëtan Doremus

Noir sur blanc Tana Hoban

kaléidoscope, 1994 19


Imagiers  & bestiaires

une image. La lisibilité est accentuée par le cadre dont la couleur est identique aux quatre photographies de la page. Tana Hoban réussit, par son talent de photographe, à mettre presque tous les sens en éveil : le jus d’orange donne envie d’être bu, la serviette de bain d’être touchée ou la fleur d’être sentie…

L’imaginier

Ouvre les yeux

seuil jeunesse, 2005

panama, 2006

Hervé Tullet

Claire Dé

Dans ce cahier d’enfance dédié à l’imagination, chaque page amène son lot de découvertes à travers un catalogue improbable de formes, d’objets, d’idées. Les illustrations sont autant d’essais de techniques différentes et sont regroupées dans un format qui rappelle étrangement celui du cahier d’école. Sur du papier millimétré, à petits ou grands carreaux, à musique ou blanc tout simplement, les couleurs vives, essentiellement primaires, attirent l’œil. On retrouve le collage, la peinture et le feutre, mais aussi le papier déchiré ou découpé, les superpositions et les perforations ainsi que les emboîtements ou le jeu des transparences. Les mots et les images se côtoient, se suivent, alignés bien sagement ou éparpillés dans tous les sens. Le jeune enfant réinvente, s’amuse et tombe avec délice dans un tourbillon de possibles.

Un album de photos comme un échantillon de couleurs, de formes. Une fenêtre sur la nature, ses surprises, sa magie. Des jeux d’ombres, d’angles. Le vrai et le faux ; la nature qui crée et la photographe qui invente. Du beau, du « jamais vu comme ça » qui incite à ouvrir les yeux. Cet imagier, c’est un peu tout ça à la fois et bien plus encore : une invitation, en tous les cas, que les petits ne manquent pas de saisir.

Petit musée

Alain Le Saux, Grégoire Solotareff l’ecole des loisirs, 1992

Depuis le célèbre Imagier du Père Castor, nous connaissons tous le plaisir des tout-petits à montrer, puis à nommer les objets qu’ils reconnaissent sur l’image. Sur ce registre, le Petit musée est une très bonne idée : dans cet album ce n’est ni l’image dessinée, ni la photo qui vont provoquer le babil et l’enthousiasme des jeunes enfants mais la reproduction de tableaux qui, en isolant un élément, vont nous donner à voir : un arbre peint par Monet, des pommes de Van Dyck ou des poissons de Braque. Un régal pour l’adulte qui accompagne et une forme d’éveil à la culture. En fin d’ouvrage, un index des peintres et de leurs œuvres permet d’identifier le tableau et offre ainsi des prolongements multiples !

L’abécédire

Alain Serres, ill. de Lily Franey, Olivier Tallec Photos, lettres, mots et images caracolent au gré de cet étonnant abécédaire. Le monde de l’enfant croise celui des adultes avec pertinence, enthousiasme et joie de vivre. Oser, grandir, jouer, entreprendre, inventer sont quelques uns des défis d’enfants lancés au monde à travers cet album. Le noir et blanc, choisi pour les photos des enfants, joue avec la couleur des illustrations installées en vis-à-vis et donne un ton facétieux au propos ; le voyage est libre et les chemins sont multiples. Les tout-petits s’y acheminent avec délice, en avant, en arrière, en haut, en bas, explorant le monde à leur guise, dans toute sa diversité. Les adultes s’y laissent prendre aussi dans un interminable jeu de « coucou-caché » ou d’histoires à tiroirs.

Bouge !

Steve Jenkins

circonflexe, 2007

Tana Hoban

kaléidoscope, 1990

Imagier par excellence, cet album nomme des objets très divers de la vie courante, présentés avec une grande variété de formes et de couleurs. L’utilisation de la photographie, les couleurs vives, et le découpage en vignettes le rendent accessible aux tout-petits. Chaque page est divisée en quatre quarts, chaque quart contenant 20

Cet album fait l’inventaire, verbe après verbe, des différentes manières de se mouvoir. Chacun est illustré par le déplacement d’un animal qui circule d’une page à l’autre et fait ainsi le lien avec l’animal suivant. Tout dans cet ouvrage est mis au service du mouvement : les illustrations, parfois hors cadre, en papier découpé ou déchiré, et la typographie participent au dynamisme et reflètent à merveille le verbe cité. Une mise en page très réussie qui invite les petits à suivre l’injonction du titre : « Bouge ! » © Panama

Des couleurs et des choses ©  Seuil Jeunesse

1, 2, 3 tu lis déjà | 7, 8, 9 un regard tout neuf | Imagiers & bestiaires

rue du monde, 2001

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Zoo

éveille la curiosité et suscite des questionnements et donc surprend.

Bruno Munari

seuil jeunesse, 2004

Analphabêtes

Si on allait faire une promenade au zoo en compagnie de Bruno Munari ? Mais « il est interdit de donner à manger aux animaux », de donner le perroquet à manger au tigre ! Le ton est donné : les énormes ou petits animaux sont dessinés sur chaque double page de cet album grand format, joyeux ou féroces, toujours vifs et très colorés sur le fond blanc mat de la page, accompagnés d’un commentaire humoristique… À chaque petit enfant d’admirer le paon, de se faire peur avec le lion, de jouer avec les otaries, bref, de goûter l’enchantement de reconnaître, de découvrir, de nommer ces fabuleux compagnons que sont les animaux !

Jean-Marc Fiess

thierry magnier, 2002

Un flamant rose… c’est rose. Un iguane… c’est vert ! Mais si la nuit tous les chats sont gris, dans Analphabêtes, tous les animaux sont en noir et blanc. Jean-Marc Fiess offre ici une véritable redécouverte du monde animal, puisqu’à travers ses photographies, il change les codes de l’imagier, il bouscule les habitudes en éliminant toute référence à la couleur, laissant le regard s’attarder sur les formes, les poses… Cela aurait pu donner un simple imagier photographique en noir et blanc, mais l’auteur pousse la difficulté en montrant un dromadaire dont on distingue à peine la bosse, un éléphant à la trompe tronquée, une girafe sans cou… Bref, un bestiaire qui ne peut que susciter étonnement, questionnement et émerveillement devant l’originalité des images. L’enfant appréhende le monde différemment, et découvre, ingrédients aussi saugrenus qu’indispensables à la totale réussite de cet album, un choix d’animaux particulièrement surprenants : quetzal, unau, watusi et xiphophore…

Zoo logique Joëlle Jolivet

seuil jeunesse, 2002

Véritable catalogue, cet imagier de grand format présente une multitude d’animaux. Ceux-ci sont réunis par catégories selon des thématiques plutôt enfantines : les animaux à taches et à rayures, les animaux à corne ou les animaux dans la mer. Cernés d’un trait épais et noir, ils semblent avoir été disposés en vrac sur la double-page par une main d’enfant. C’est en cherchant le caméléon, intrus dans chaque page, que l’enfant repère les différents animaux. À la fin de l’ouvrage, quelques indications supplémentaires permettent de découvrir le secret de chaque animal.

Popov et Samothrace Janik Coat

1, 2, 3 tu lis déjà | 7, 8, 9 un regard tout neuf | Imagiers & bestiaires

memo, 2005, tout-petits memômes

Dès la couverture, on s’interroge : Popov et Samothrace ! De quoi s’agit-il ? De mots inventés ? De prénoms de personnages ? Pour en savoir plus, on ouvre le livre, on feuillette, on est perplexe. Il s’agit d’une sorte d’imagier. La construction est simple : sur la page de gauche, un animal est représenté finement, en noir et blanc. Le tracé est délicat, épuré, on va à l’essentiel. En dessous, le prénom de l’animal et la catégorie à laquelle il appartient, comme une fiche d’identité. Sur la page de droite, l’animal est resitué dans son environnement. Ici, la mise en pages est plus élaborée, les couleurs lumineuses, les contrastes saisissants. On note un espace géométrique bien délimité, rien ne déborde, la ligne reste pure. Au fil de la lecture, passée la perplexité, on s’amuse. Les personnages sont farfelus, drôles, ils ont des prénoms courants ou bien plus délirants. Le mystère se lèvera : on saura enfin qui sont Popov et Samothrace. Un livre plein d’humour, doté d’un graphisme riche, qui 22

© Thierry Magnier

N’oubliez pas !

L’album d’Adèle Claude Ponti

gallimard, 1994

Tout un monde

Katy Couprie, Antonin Louchard thierry magnier, 2005

© MeMo 23


Textures & surprises

Le repas de renard Claudette Kreamer

les doigts qui rêvent, 1999

Ce bel album conçu pour les enfants mal voyants, propose sur une page un texte en noir et en braille et sur l’autre page une illustration tactile. L’histoire, très simple, ressemble à une comptine. Elle met en scène cinq poulettes et un renard. Il les mange une à une mais finit par les recracher quand il comprend que les poules continuent à picorer dans son estomac. Les poulettes sont représentées par cinq plumes différentes de plus en plus petites. Le renard est figuré par un morceau de fourrure qui grossit au fur et à mesure de son repas. Cet album plaira à tous les enfants, voyants ou nonvoyants. C’est un véritable jeu de matières et de couleurs à toucher et à regarder. Il sollicite l’imagination des tout-petits. C’est aussi une très belle façon de découvrir la différence.

Un point rouge David A. Carter

gallimard jeunesse, 2005

Chercher le point rouge dans les sculptures de papier de David A. Carter invite à plonger dans un univers de découpages, d’assemblages constitués à chaque instant d’une explosion de couleurs vives, de sonorités, de mouvements. En nous offrant cet exceptionnel travail graphique, digne d’un livre d’artiste, l’auteur révolutionne le monde du livre animé. Si cet ouvrage fragile est à manipuler avec une extrême délicatesse, il n’en est pas moins un magnifique support pour émerveiller les tout-petits. Chaque page tournée suscite cris de surprises, rires, applaudissements, mais aussi perplexité et bouches bées devant les pliages, volets et ondulations ainsi qu’une irrépressible envie de toucher… et de recommencer ! Les tout-petits ne se lassent pas des pompons et des bulles. Une belle approche du livre qui ouvre les portes de l’imaginaire, développe le sens de l’observation, accroît la relation entre l’enfant, le livre et le lecteur/conteur… Epuisé : à consulter en bibliothèque

Bleu sur bleu Katsumi Komagata one strocke co, 1994

Des vagues à perte d’horizon. Soulever délicatement la première vague pour trouver la queue d’un saumon de laquelle s’échappe des petits œufs. Soulever impatiemment la deuxième vague légèrement plus haute et assister au début d’un voyage pour les saumons éclos. Ainsi, de vague en vague, de bleu en bleu, de texture de papier en texture de papier, les saumons grandissent jusqu’à pondre à leur tour. Une merveille de découpages comme sait les faire cet artiste japonais, à manipuler avec précaution mais à manipuler quand même, pour le plaisir des sens.

Corne rouge Kveta Pacovska

Corne rouge est un magnifique rhinocéros tout rouge, ami du garçon griffonneur qui l’a peint, comme tous les autres rhinos nés de son imagination. Dans une explosion de couleurs vives, de découpes, de pliures, de reliefs, de miroir, voici Troutroutout, Rhino-carreau, Corne noire, Rhino de minuit, Corne à tâtons… Ce livre-objet, où les pages cartonnées se déploient en des volumes étonnants, épousant les formes géométriques et la palette colorée de Kveta Pacovska, invite le jeune enfant à jouer avec le garçon griffonneur, et à s’approprier son infinie déclinaison de rhinocéros : à lui de découvrir, de regarder, de déplier, de toucher, de s’émerveiller, et puis d’imaginer à son tour (en peignant, en dessinant, en découpant…) d’autres rhinos, qui seront aussi de nouveaux amis ! Quel bonheur !

Toc toc, qui est là ? Ouvre la porte Bruno Munari

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De caisse en valise, de malle en colis, de panier en paquet, du plus grand au plus petit, un nouvel animal apparaît à chaque page, accompagné d’un mystérieux bagage : il suffit de soulever le volet pour découvrir l’animal caché ! Par l’astucieuse et simple découpe de la page, l’enfant a le grand plaisir d’ouvrir vraiment le colis, d’y découvrir et de nommer l’animal, dans un dessin plein de vie sur fond coloré. Le grand format initial de l’album va se réduisant, jusqu’à la minuscule page du dernier petit paquet : l’humour du dessin, le rythme de la randonnée, les jeux de mots, sollicitent avec malice le tout-petit, qui va de surprise en surprise…

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© One Strocke Co

seuil jeunesse, 2004

© Seuil Jeunesse

1, 2, 3 tu lis déjà | 7, 8, 9 un regard tout neuf  | Textures & surprises

seuil jeunesse, 1999


Mamangue Papaye

L’explorateur

le tamanoir, 2006

Un explorateur observe le monde à travers son kaléidoscope. Alors qu’il tourne l’instrument dans tous les sens au gré de son voyage, le monde lui apparaît sous différents aspects. Dans l’alternance des doubles pages en noir et blanc puis en couleurs, l’enfant découvre une partie d’un animal et doit deviner ce qu’il va trouver sur la page suivante. C’est sa capacité à isoler le détail de son ensemble qui est sollicitée. Le procédé de l’ombre chinoise, associé à la technique du collage, laisse planer une sorte de mystère. Les sens sont mis en éveil : impression du toucher, attirance de l’œil par les couleurs vives, le mouvement est fugitif, on entendrait presque le bruissement du vent dans les feuilles. Le texte, volontairement minimaliste, comme découpé dans des journaux, va toucher à l’essentiel. On laisse la place au silence, à l’imagination et à la poésie.

Gianpaolo Pagni seuil jeunesse, 2005

Lydia Gaudin-Chakrabarty Papaye, mangue, euh pardon, Mamangue. Deux petits livres carrés sur papier épais à gros grain, imprimés de deux gros fruits aux couleurs mates. Deux petits livres qu’on peut feuilleter rapidement à la manière d’un flipbook pour faire prendre vie, dans le mouvement et dans le temps, à l’enfant qui naît et nous présente ses parents. Deux petits livres tout en douceur, tout en sensibilité avec juste une phrase finale qui donne la parole aux fruits des entrailles. Et le dessin nous suggère que ce fruit deviendra parent à son tour, la boucle est bouclée et la graine est semée.

Méli-mélo à la ferme Martine Perrin milan, 2004

La course au gâteau

Des animaux et des personnages de la ferme se découpent comme des ombres chinoises sur des pages colorées. Ils apparaissent deux fois, au recto et au verso de la page ; leur silhouette se détache sur un fond différent. Sur la page de droite, une question est posée avec une typographie qui joue aussi sur la couleur ; la réponse est révélée derrière, dans un langage simple mais poétique. Un certain rythme s’installe à la lecture de ce bel album où très vite le tout-petit va entrer dans l’histoire avec jubilation.

The Tjong-Khing

autrement jeunesse, 2006

Moi c’est Blop Hervé Tullet

Un livre surprenant dès le premier abord par sa forme originale. Et puis la découverte du monde « blop » ! On part d’une forme particulière : un blop, sorte de papillon ou de fleur, chacun choisira au gré de ses envies. L’enfant peut s’identifier au blop qui lui ressemble par bien des aspects : comme lui, il apprend, il grandit, il a une famille, il découvre les couleurs, les mystères de la vie, les joies, les peines, les interdits, mais aussi les accidents. L’émerveillement se renouvelle à chaque page par la magie et l’inventivité des dessins, à la fois simples et plein de détails. Basé sur l’idée de la reconnaissance de la forme, ce livre dévoile peu à peu l’existence des couleurs et des contrastes, à travers différentes techniques comme celle du miroir réfléchissant, du jeu des transparences ou du découpage dans la page. Tous les niveaux de l’espace sont pris en compte : la ligne, le volume, les superpositions… Petits et grands sont invités à jouer, à découvrir et à partager. À eux d’inventer la suite, à l’infini, tout est possible. 26

© Le Tamanoir

1, 2, 3 tu lis déjà | 7, 8, 9 un regard tout neuf  | Textures & surprises

panama, 2005

© Seuil Jeunesse

Un beau gâteau attend d’être mangé sur la table de jardin de Monsieur et Madame Chien quand deux rats à l’affût le volent. S’ensuit une folle course poursuite pour le récupérer. Dans cet album sans texte, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises : les chemins s’emmêlent, les personnages se croisent, les situations s’imbriquent et ce que l’on croyait être une seule histoire en devient dix, cent…au gré de chacun ! C’est alors un jeu de tourner les pages à rebrousse-poil puis de scruter les illustrations pleine page aux douces tonalités qui fourmillent de détails pour comprendre pourquoi le lapin se met tout à coup à pleurer, comment le caméléon se retrouve avec de la peinture rouge aux fesses ou qui le boa finira par manger… Un album jubilatoire pour les enfants au regard plus aguerri que celui des adultes : la preuve n’est plus à faire à la fin de cette lecture !

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Rythmes & sonorités

Toc ! toc ! qui est là ?

Sally Grindley, ill. de Anthony Browne kaléidoscope, 2005

Quel plaisir d’être au chaud avec son gros nounours et de jouer à se faire peur ! Voilà que l’on toque. C’est tour à tour une sorcière, un monstre, un géant qui veulent entrer. Tout de même, ces chaussons… Heureusement le dernier personnage est nettement moins menaçant ! Un récit à répétition qui s’appuie sur des peurs enfantines et maintient le lecteur dans le suspense jusqu’au soulagement de la fin. La richesse de l’illustration, avec tous ces détails, favorise le jeu : chercher à deviner, à l’aide d’un indice, qui va apparaître derrière la porte… L’univers d’Anthony Browne ajoute une dimension étrange et symbolique au récit. Un album ludique qui se prête très bien à la lecture à haute voix.

Alors, je chante : chansons, comptines et formulettes Florence Simon

passage piétons, 2002

Le ton est donné avec entrain dans cet album à belle couverture rouge. Il nous invite, petits et grands, à visiter ou revisiter ce florilège de comptines, chansons et formulettes. Les textes sont inscrits sur la page de gauche avec une typographie souvent à deux niveaux, jouant sur le rythme possible du chant à deux voix ou bien en écho, la liberté d’interprétation étant donnée aux chanteurs. En regard, sur la page de droite des photos pertinentes (dont le lien avec le texte est plus ou moins appuyé, quelquefois caché ) sont offertes comme des rencontres avec la vie. Catalogue aux sources inépuisables, cette anthologie délicieuse et vivifiante enchantera les tout-petits et leur entourage.

Lune

Christian Roux

seuil jeunesse, 2005

Dans un petit format aux pages cartonnées, le récit se déroule dans l’interactivité du texte et de l’image. Un chien et un chat vivent dans une étrange maison sans lumière, et savez-vous comment ils vont s’éclairer ? En décrochant la lune, tout simplement ! Sur la page de gauche le texte reste en suspens pour que l’image « nomme » la suite et bien sûr on se laisse tous prendre à l’envie de finir la phrase dans ce jeu entre comptine et randonnée.

Collection Pirouette

Loup

Olivier Douzou

Fredonner « Promenons-nous dans les bois… » tout doucement avant d’ouvrir le livre, et continuer pour ponctuer la « tourne » de chaque page. Découvrir petit à petit ce loup qui, sous nos yeux, se compose : le nez, un œil, puis l’autre, deux oreilles, les dents, puis d’autres dents pointues, pointues… D’inexistant à terrifiant comme le mythe qu’il représente, le loup apparaît petit à petit. Chaque nouvel élément fait monter le suspense… Un rond pour l’œil, un triangle pour le nez, l’illustration stylisée permet de dédramatiser la peur. Avec la page finale, on mesure pleinement le décalage entre l’imaginé et le réel, comme un enfant qui jouerait à être loup pour dévorer sa…carotte. Ouf ! on a eu un peu peur ! Mais, quel plaisir, encore !

© Le Rouergue

1, 2, 3 tu lis déjà | 7, 8, 9 un regard tout neuf  | Textures & surprises

editions du rouergue, 1999

N’oubliez pas !

Oh !

Josse Goffin

circonflexe, 2005 28

La collection Pirouette propose des albums illustrant comptines et chansons traditionnelles de notre enfance, sources inépuisables d’échanges et de jeux avec les tout-petits. Son originalité réside dans le choix de typographies et d’illustrations toujours en étroite relation avec le contenu de la comptine. Carte blanche est donnée aux illustrateurs, qui prennent un malin plaisir à éveiller les sens des petits et à prolonger ces textes bien connus… Martine Bourre et Charlotte Mollet sont les principales illustratrices de Pirouette, mais on y croise aussi d’autres artistes tels Christine Destours, Anne Letuffe, Christian Voltz, Stefany Devaux… Les enfants sont sensibles à la musique des mots et au mouvement des images. Ils n’ont qu’une envie, une fois le livre terminé, c’est de reprendre la comptine au début, de la fredonner encore et d’inventer à leur tour de nouveaux couplets… Bateau sur l’eau (1999) est l’un des titres mis en images par Martine Bourre, à l’aide de matériaux divers (papier découpé, carton déchiré, ficelle, sable…) et de petits objets évoquant le monde marin. Le texte, comme des vagues, suit les mouvements de l’eau et des différents personnages. Il fait partie intégrante des illustrations. Au fil des pages, l’enfant va découvrir bateaux, poissons, coquillages, oiseaux, personnages aquatiques dans un foisonnement de couleurs et de matières. 29

© Passage piétons

didier jeunesse


Écoute ! Écoute !

Et le petit dit…

l’ampoule, 2003

pastel, 2001

Anne Rand, ill. de Paul Rand

Jean Maubille

Dans une boucle parfaite, un enfant nous invite à aiguiser nos oreilles : « Ecoute… », intime-t-il au lecteur dès la première page ; « Ecoute… », lui chuchote-t-il pour le dernier des derniers mots. Entre les deux, sons et images se bousculent dans un apparent enchevêtrement de situations. Les couleurs pures alternent entre fonds et objets : bleu, blanc, vert, jaune, rouge et noir ne se mélangent jamais dans des formes souvent géométriques ; le texte y est toujours parfaitement intégré. Et les activités de l’enfant-narrateur s’enchaînent, prenant à partie le lecteur sous forme de jeu : « un tout petit bruit » ?, « c’est peut-être la pluie » ; il neige, on ne devrait rien entendre « et pourtant on entend » ; un cri, et les lettres s’étalent sur la page ; une chute et l’illustrateur de nous montrer une paire de chaussures sens dessousdessus… Un album bien rythmé qui sollicite les enfants à chaque page, pour le plaisir des sens.

Ils étaient quatre animaux trop serrés dans le livre et le petit dit… « Poussez-vous » ! Alors, un à un, ils sortent, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le petit. Jean Maubille s’est directement inspiré de la comptine pour créer cet album ludique. Les pages à rabat permettent de jouer sur les répétitions et les illustrations de couleurs vives dynamisent le texte. Voilà un album qui invite à la participation de tous les lecteurs et qu’il est impossible de lire sans finir par fredonner.

Dans la galette, il y a… Antonin Louchard, ill. de Moreno thierry magnier, 1999

On n’imagine pas tout ce que l’on pourrait trouver dans une galette : une clé à molette, une allumette ou une amulette…Un méli-mélo d’objets improbables qui ont pour point commun de tous rimer avec galette. Le mélange de collages de photos ou de peinture accentue l’effet de bric-à brac et d’amoncellement. Une lecture pour jouer ensemble avec les sonorités et s’apercevoir qu’il y a encore beaucoup d’objets qui pourraient entrer dans une galette. Un petit album pas bête à déguster jusqu’à la dernière miette !

Oulibouniche Lynda Corazza

le rouergue, 1999

Regarde le loup dans les bois Jean-François Drevon passage piétons, 1998

Un petit format tout en longueur pour cet album qui reprend de façon originale et ludique la chanson fort connue du loup dans les bois. Mais si l’air et les paroles sont facilement reprises par tous, l’illustration, elle, à de quoi en « décoiffer » plus d’un ! Car le pari de cet « imagier pour enfant moderne », composé de photographies, est de nous donner à voir « par-delà les apparences, la poésie dans le réel ». Jugez-en vous-même et frissonnez à la vue du gros plan de cette fourchette toute prête à nous manger et ne retenez pas votre plaisir au jeu texte/image que propose l’auteur : lorsque le loup met ses bottes, l’illustration nous montre des bottes… de tulipes ! Humour et modernité pour les grands ; plaisir, frissons et regard aiguisé pour les petits.

…Et ma tête, alouette ! Marie Houblon tourbillon, 2004

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©  Pastel

Comptine bien connue des petits et des adultes qui les entourent, ce livre est là pour nous donner envie, en même temps qu’on la fredonne, de regarder ensemble les superbes photos qui déclinent toutes les parties de l’alouette : la bouche souriante d’un berbère, le menton de… Dali, les fesses d’un torero… mais aussi, à chaque fois, des enfants différents et de toutes nationalités. La mise en pages qui joue du texte et des photos choisies par Marie Houblon à partir des archives de l’agence Magnum font de cet album un véritable moment de plaisir avec l’enfant à qui l’on susurre la comptine et qui, comme nous, s’émerveille de ce qui est montré !

© Le Rouergue

1, 2, 3 tu lis déjà | 7, 8, 9 un regard tout neuf  | Rythmes & sonorités

Une comptine à répéter très vite jusqu’à en perdre le sens. « Lapinicho loinichba, libounichnioniba, oulibouniche ». Puis ouvrir le livre, reprendre doucement le fil de la comptine et découvrir l’extrapolation de Lynda Corazza qui invente la suite en répertoriant les notions de positionnement dans l’espace : haut, bas, devant, derrière, dessus, dessous… On suit cet oiseau-pince à linge dans son vol en haut, en bas, devant… Dans le plaisir de dire les rimes à voix haute, on gazouille aussi, on joue des sonorités et vraiment, on en pince pour cette drôle de pince !

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Le loup et la mésange

Gribouillis gribouillons

didier jeunesse, 1998

seuil jeunesse, 2002

Muriel Bloch, ill. de Martine Bourre

Antonin Louchard

Du haut de son arbre, la mésange n’entend pas bien ce que dit le loup. Pour mieux l’entendre elle est obligée de descendre de branche en branche. Le loup finit par chuchoter et la mésange… est dévorée ! Adapté d’un conte traditionnel du Sud-Ouest de la France, le récit est mis en valeur par une mise en pages originale : un album qui se déploie dans le sens vertical et un jeu de typographie (couleurs et tailles différentes) qui facilite la lecture à voix haute. L’histoire est rythmée à la manière d’une comptine et joue sur les sonorités, les répétitions et le volume sonore (du chuchotement au hurlement…). Les matériaux hétéroclites (écorce, nouille, carton, laine…) utilisés pour l’illustration créent un effet de relief et de mouvement qui donne vie à chaque double-page. Un album plein de verve et d’humour, au cheminement certes classique (de la peur à l’apaisement) mais qui emporte l’adhésion des tout-petits !

Des gribouillis viennent recouvrir les pages de ce petit cartonné. Gribouillis colorés, gribouillons organisés ou gribouillages désordonnés, tour à tour unis ou multicolores, sont intégrés dans des scènes de vie quotidienne. Le tout est orchestré autour d’un petit jeu de rimes, chansonnette qui s’étire et suit le mouvement du crayon. Sur des illustrations au pastel, les gribouillis deviennent peu à peu plus assurés, quelques mots apparaissent au milieu du fouillis, puis des lettres bien alignées remplissent la page d’un cahier d’écolier. Tire-bouchons, entrelacs, mouchetés ou traits plus brefs, les jeunes enfants apprécieront ce petit livre carré qui évoque aussi un interdit souvent convoité : celui de gribouiller dans les livres !

Rêve de bus

Sylvain Mollet, ill. de Charlotte Mollet thierry magnier, 2001

Quel radis dis donc !

Un bus rouge, un peu farfelu, décide de faire un voyage autour du monde. Il emmène à son bord les enfants qui croisent sa route. Ce bus imaginaire qui emprunte des voies extraordinaires, se promène tout au long du livre, interpellant les enfants dans toutes les langues. Les enfants des différents pays traversés sont représentés sur des photographies. On capte leur regard, on souligne leurs particularités et ils sont tous invités à monter dans ce bus multilingue pour partager ensemble des moments de joie. Des pages colorées retracent le parcours de ce véhicule loufoque qui croise tour à tour des personnages mythiques, ancestraux ou plus contemporains mais qui eux, sont représentés sous forme de petits dessins, rouges également. Les personnages se faufilent dans les photos et évoquent ce lien qui unit les enfants du monde entier. D’où qu’ils viennent, ils font partie intégrante de ce rêve qui s’étire au fil des pages. Le petit lecteur est lui aussi pris à partie et invité à rejoindre le bus pour un prochain voyage.

Praline Gay-Para, ill. d’Andrée Prigent

© Thierry Magnier

Papi et mamie ont un si petit jardin qu’ils n’y ont planté qu’une seule graine de radis ! Mais le radis grandit, grandit… Alors le papi tire, tire, et appelle la mamie, qui tire le papi, qui tire le radis… Les bois colorés, cernés d’un trait noir, d’Andrée Prigent accompagnent délicieusement cette randonnée qui enchante les toutpetits par son rythme, ses répétitions, ses rimes, jusqu’à la dégringolade finale, quand le radis récalcitrant est enfin arraché ! Et avez-vous remarqué la malicieuse petite souris ? Elle suit et commente les événements, témoin et finalement acteur de cette histoire, tout comme l’enfant qui tourne les pages…

© Didier Jeunesse

1, 2, 3 tu lis déjà | 7, 8, 9 un regard tout neuf  | Rythmes & sonorités

didier jeunesse, 2000

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N’oubliez pas !

Le beau ver dodu

Nancy Van Laan ill. de Marisabina Russo kaléidoscope, 1990 33


Bibliographie Ben Soussan, Patrick, Bustaret, Anne 1,2,3… comptines !

eres (mille et un bébés, les bébés et la culture, n°45) éd. 2001, réed. 2007.

Bonnafé, Marie Les livres c’est bon pour les bébés

calmann-levy, 1993, réed. hachette littérature 2003

Bruley, Marie-Claire Enfantines : Jouer, parler avec bébé l’ecole des loisirs, 1989

Bruley, Marie-Claire Berceuses : et paroles pour appeler le sommeil l’ecole des loisirs, 1996

Bruley, Marie-Claire, Painset, Marie-France Au bonheur des comptines didier jeunesse (passeurs d’histoires), 2007

Cabrero-Para, Emilio Acquisition du langage et activités psychiques in Du jasis à la parole : acquisition du langage Acte du colloque 6 mars 2004, centre Alfred Biret Ed. du Papyrus, 2004

Rateau, Dominique Lire des livres à des bébés

ed. eres (mille et un bébés), 19981, réed. 2007.

Rateau, Dominique Des livres d’images pour tous les âges eres (mille et un bébés), 2001

Resmond-Wenz, Evelyne Rimes et comptines : une autre voix

eres (mille et un bébés, les bébés et la culture, n°57), 2003

Agence nationale des pratiques culturelles autour de la littérature jeunesse La littérature jeunesse a-t-elle bon goût ? erès (mille et un bébés ; 72), 2005

Agence nationale des pratiques culturelles autour de la littérature jeunesse Lire à haute voix des livres à des tout-petits : quand les livres relient

eres (mille et un bébés, les bébés et la culture n° 84), 2006

Les Cahiers d’A.C.C.E.S (Action Culturelle Contre les Exclusions et les Ségrégations) 2003

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Les tout-petits et les livres in la Revue des livres pour enfants n°188-189 sept.1999

sous la dir. de Patrick Ben Soussan Les bébés, les livres et la culture revue spirale n°0 déc. 1996

sous la dir. de Patrick Ben Soussan Les tout-petits et les livres revue spirale n°20 déc. 2001


Index auteurs ó Angeli May ó Bailloeul Odile ó Banks Kate ó Benson Patrick (ill.) ó Bloch Muriel ó Bone Betty ó Bourre Martine ó Brouillard Anne ó Brown Ruth ó Browne Anthony (ill.) ó Bruel Christian ó Bunting Eve ó Caneparo Céline ó Carpenter Nancy (ill.) ó Carter David A. ó Claveloux Nicole (ill.) ó Coalson Glo (ill.) ó Coat Janik ó Cooke Trish ó Corazza Lynda ó Couprie Katy (ill.) ó Crowther Kitty ó Dé Claire ó Doremus Gaëtan ó ó Douzou Olivier ó Drevon Jean-François ó Dubois Claude K. (ill.) ó Dunrea Olivier ó ó Duquennoy Jacques ó Ellwand David ó Falconer Ian ó Félix Monique ó Fiess Jean-Marc ó Franey Lily (ill.) ó Frazier, Craig ó Gaudin-Chakrabarty Lydia ó Gay-Para Praline ó Goffin Josse ó Gomi Tarô ó Grindley Sally ó Guillopé Antoine ó Hallensleben Georg (ill.) ó Anne Herbauts ó Herbert Scott Ann ó Ho Minfong ó ó Hoban Tana ó Houblon Marie ó Huber-Kono Aoi ó Hutchins Pat ó Irmer Karen ó Jenkins Steve

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Index titres 7 15 13 14 32 18 32 7 8 28 11 13 11 13 24 11 12 22 14 30 8, 23 14 21 18 9, 28 31 12 15 10, 15 19 15 15 23 20 15 26 32 28 12 28 19 13 13 12 14 19, 20 30 10 6 6 21

ó Jolivet Joëlle ó Komagata Katsumi ó Kreamer Claudette ó Le Saux Alain ó Lionni Léo ó ó ó ó Louchard Antonin ó Mari Iela ó Maubille Jean ó Meade Holly (ill.) ó Mollet Charlotte(ill.) ó Mollet Sylvain ó Moreno (ill.) ó ó Munari Bruno ó Norac Carl ó Oxenbury Helen (ill.) ó Pacovska Kveta ó Pagni Gianpaolo ó Perrin Martine ó ó Ponti Claude ó Poussier Audrey ó Prigent Andrée (ill.) ó Rand Anne ó Rand Paul (ill.) ó Rascal ó Roux Christian ó Rowe John A. (ill.) ó Ruillier Jérôme ó Russo Marisabina (ill.) ó Sara ó Sendack Maurice ó Serres Alain ó Simon Florence ó Solotareff Grégoire (ill.) ó Susumu Shingu ó Tallec Olivier (ill.) ó The Tjong-Khing ó ó Tullet Hervé ó Türk Hanne ó Van Laan Nancy ó ó Vincent Gabrielle ó ó Waddell Martin ó Weninger Brigitte

ó À nous de jouer ! ó L’abécédire ó L’album d’Adèle ó Alors, je chante : chansons, comptines et formulettes ó Analphabêtes ó L’araignée ó Les aventures d’une petite bulle rouge ó Bateau sur l’eau ó Le beau ver dodu ó Beaucoup de beaux bébés ó Bébés chouettes ó Bleu sur bleu ó Le bonnet rouge ó Boucle d’or & les trois ours ó Bouge ! ó C’était l’hiver ó Chat ó Chuuut ! : berceuse thaï ó Clown, ris ! ó Collection Pirouette ó Corne rouge ó La course au gâteau ó Dans la galette, il y a… ó Des couleurs et des choses ó Dodo ó Écoute ! Écoute ! ó Éléphants ó …Et ma tête, alouette ! ó Et le petit dit… ó L’explorateur ó Ferme les yeux ó File la laine ó Gribouillis gribouillons ó Il fait nuit ó L’imaginier ó Je te l’avais bien dit ! ó L’heure des parents ó Loup ó Le loup et la mésange ó Loup noir ó Lune ó Mamangue ó Max et les maximonstres ó Méli-mélo à la ferme ó Moi c’est Blop ó Les mots doux ó Noir sur blanc ó La nuit ó Oh ! ó Oulibouniche ó Ouvre les yeux ó Papa, maman, Anouk et moi

22 25 25 21 14 8, 15, 23, 31, 33 8 31 14 33 33 31 22, 25 12 14 24 27 26 15, 23 10 32 30 30 19 28 9 11 33 6 14 20 29 21 8 20 27 20, 26 15 33 15, 18 14, 15 9

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6 20 23 29 23 8 8 29 33 19 14 25 9 19 21 10 7 14 10 29 24 27 31 20 8 30 6 30 31 27 13 6 33 18 20 12 11 28 32 19 28 26 14 26 26 12 19 18 28 30 21 11

ó Papaye ó Le petit bateau de petit ours ó Petit bleu et petit jaune ó La petite marionnette ó Petit musée ó Le petit souci ó Popov et Samothrace ó Quel radis dis donc ! ó Regarde le loup dans les bois ó Le repas de renard ó Rêve de bus ó Scritch scratch dip clapote ó Sur les genoux de maman ó Toc toc, qui est là ? Ouvre la porte ó Toc ! toc ! qui est là ? ó Tout un monde ó Très très fort ó Tricycle ó Trois chats ó Un point rouge ó Une farce ó Viiite ó Le voyage de l’escargot ó Zoo ó Zoo logique

26 13 14 18 21 13 22 32 31 25 33 14 12 25 28 23 14 9 7 24 10 11 8 22 22


Médiathèque José Cabanis 1, allée Jacques Chaban-Delmas BP 5858 – 31506 Toulouse cedex 5 Bibliothèque Ancely 2, allées du Velay – 31300 Toulouse Bibliothèque Saint-Exupéry 37, rue du Lot – 31100 Toulouse Bibliothèque Bonnefoy 4, rue du Faubourg Bonnefoy – 31500 Toulouse Bibliothèque Côte Pavée 125, avenue Jean Rieux – 31500 Toulouse Bibliothèque Croix-Daurade 122, route d’Albi – 31200 Toulouse Bibliothèque Duranti 6, rue du Lieut-Col. Pélissier – 31000 Toulouse Bibliothèque Empalot 40, avenue Jean Moulin – 31400 Toulouse Bibliothèque Fabre 6, rue Saint-Jean – 31000 Toulouse Bibliothèque des Izards 15, chemin des Izards – 31200 Toulouse Bibliothèque des Minimes 3, place du Marché aux Cochons — 31200 Toulouse Bibliothèque Pinel 7, place Marius Pinel – 31500 Toulouse Bibliothèque Pont des Demoiselles Place Pierre Mendès-France – 31400 Toulouse Bibliothèque des Pradettes 3, avenue de la Dépêche – 31100 Toulouse Bibliothèque Rangueil 19, rue Claude Forbin – 31400 Toulouse Bibliothèque Reynerie Place André Abbal – 31100 Toulouse Bibliothèque Roseraie 170, rue de Périole – 31500 Toulouse

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Bibliothèque Saint-Cyprien 63, rue Réclusane – 31300 Toulouse Bibliothèque Serveyrolles 10, rue Charles Garnier – 31500 Toulouse Bibliobus Pour les dessertes consulter le site internet de la bibliothèque www.bm-toulouse.fr

Coordination générale Hélène Déodat, Stéphanie Escudier, Anne Marinet Choix et analyses : Djamila Abdelmalek, Anne Bouvier, Hélène Déodat, Isabelle Legros, Anne Marinet, Françoise Nutini, Kathy Nutini, Christine Séquier, Cécile Soustelle, Martine Taburet ISBN : 2-85322-067-2 Illustrations Avec l’aimable autorisation des éditions Albin Michel, Casterman, Didier jeunesse, L’Ecole des loisirs, Gallimard jeunesse, Kaléidoscope, Le Rouergue, Le Tamanoir, Mémo, Panama, Passage piétons, Pastel, Seuil jeunesse, Thierry Magnier.


Conception graphique : Bibliothèque de Toulouse – Impression : Imprimerie xxxxxxxxxxMénard


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