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La France rose et bleu


Nawak La France rose et bleu


Préface Ah ! la France réac’… Vaste sujet. Ce regroupement de militants de l’extrême droite, de religieux illuminés, d’intellos défectueux, de gauchistes égarés. La France réac’, c’est celle de toutes celles et de tous ceux qui, dépassés par le monde dans lequel ils vivent aujourd’hui, se réfugient derrière le souvenir du « bon vieux temps ». Celui de la nostalgie d’une France sans chômage, sans diversité, sans aspérités. Celui d’une France puissante dans le monde. Celui d’une France dans laquelle de nombreux sujets étaient tus. La France réac’, c’est aussi celle qui oublie que l’époque dont elle a la nostalgie fut ellemême une époque révolutionnaire par rapport aux époques précédentes. On est toujours le rebelle de quelqu’un… Mais s’agit-il vraiment d’un réveil de cette frange de la population qui reste minoritaire, voire largement minoritaire ? Je ne crois pas. Cette population a toujours existé. Ce phénomène du repli sur soi, de la peur de la nouveauté, du refus de l’inconnu, a toujours existé. Et sans doute – les études sociologiques nous le diraient précisément – dans les mêmes proportions qu’aujourd’hui. Alors pourquoi cette visibilité ces dernières années ? Sans doute parce que la France connaît une crise profonde. Une crise économique, fragilisant les populations les plus vulnérables, et une crise des valeurs, affectant les croyances de chacun. Et quoi de mieux alors que de trouver, ensemble, un bouc émissaire ? Les immigrés qui « voleraient » les prestations de sécurité sociale des Français, les gays qui « détruiraient » la famille, les pro-choix (IVG et euthanasie) qui « assassineraient » les plus vulnérables… Sans doute aussi les médias ont-ils joué un rôle important et pervers dans ce déferlement de haine concentré dans les rangs de la Manif pour tous et de ses alliés. Car non, l’homophobie n’est pas une opinion comme une autre. C’est un délit. Non, refuser l’égalité des droits à des concitoyens en raison de leur couleur de peau, de leur statut au regard de la maladie ou de leurs affinités amoureuses n’est pas acceptable et ne doit pas faire l’objet d’un traitement neutre de l’information. Non, il n’est pas équivalent de manifester pour un droit pour soi-même ou de manifester contre un droit pour autrui. Non, la liberté d’expression, fut-elle de parlementaires, ne permet pas les insultes. 5


Tant que les « pédés » seront condamnés « au bûcher » par des élus de la Nation, tant que les personnes séropositives seront privées de soins de conservation funéraires, tant que la loi obligera les personnes qui ne le veulent pas à vivre de longues agonies en fin de vie, tant que les personnes homosexuelles ne pourront pas donner leur sang, tant qu’on obligera une femme qui ne le souhaite pas à devenir une mère, tant qu’on obligera une jeune fille à se marier avec un vieux barbon, tant que des libertés individuelles seront piétinées, que des droits légitimes seront bafoués, il faudra que des femmes et des hommes qui n’ont pas peur des différences, de l’ouverture, de l’inconnu, se lèvent, dessinent, écrivent, défilent, pour dire leur incompréhension et leur colère face à cette forme achevée de la bêtise humaine. Dans ce combat pour plus de libertés, notre ami Nawak a choisi l’humour pour dire « merde » à ceux qui pensent et imposent aux autres que la vie doit être faite de souffrances et de peines pour gagner un paradis qui reste toujours à démontrer. Si j’ai accepté de préfacer cet ouvrage, de qualité, c’est qu’il est utile pour notre démocratie et pour l’éducation de chacun. Aimer les autres, dans leurs différences – au fond un message infiniment religieux – est le meilleur chemin pour s’accepter, s’aimer et vivre en harmonie dans notre société. Je vous souhaite une bonne lecture. Jean-Luc Romero, Président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, Président d’Elus Locaux Contre le Sida, Amoureux de la liberté, de toutes les libertés…

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Comprendre le positionnement de la Manif pour tous

Cet ouvrage recense la quasi-totalité de mes dessins traitant de l ’ actualité du Mariage pour tous et de l­ ’ opposition aux avancées sociétales en France, de mars 2013 à juin 2014. Face à la violence des débats que beaucoup ont subie, il me paraissait important d ’ en faire un recueil – une forme de témoignage – pour ne rien oublier. Le débat autour de la loi sur le Mariage pour tous, votée en mai 2013, a vu l ’ émergence d ’ un mouvement contestataire inédit par sa forme. Une France bon teint, plutôt habituée à ne rien dire, s   ’   est massivement réveillée pour s   ’  opposer au mariage des couples de même sexe. Ce mouvement opposé à l  ’  égalité des droits s  ’  inspire de ses homologues américains en matière de marketing et a tiré les leçons du Pacs. Il va se construire une image moderne pour brouiller les pistes et pioche dans les méthodes habituellement utilisées à gauche – couleurs chatoyantes, utilisation massive des réseaux sociaux, ­slogans coup de poing – auxquelles s   ’   ajoutent les techniques de communication déjà bien rodées outre-Atlantique. Oubliés les slogans homophobes tels que le fameux « les pédés au bûcher », place à la « défense de l  ’  enfant ». Au-delà de l  ’  opposition au mariage homosexuel, un mouvement de fond s ’ est créé et s ’ est consolidé pour peser sur les sujets sociétaux... 7


Quelques dates pour se remettre dans le bain 7 novembre 2012 :

présentation du projet de loi en Conseil des ministres et dépôt au Parlement,

17 novembre 2012 : création officielle de la Manif pour tous (publication au Journal officiel), 12 janvier 2013 :

adoption du projet de loi en première lecture par l ’ Assemblée nationale,

13 janvier 2013 :

manifestation (Manif pour tous - Paris),

27 janvier 2013 :

manifestation (soutien au projet de loi - Paris),

24 mars 2013 :

manifestation (Manif pour tous - Paris), création du Printemps français,

12 avril 2013 :

adoption du projet de loi en première lecture par le Sénat,

23 avril 2013 :

adoption définitive du projet de loi par l ’ Assemblée nationale,

17 mai 2013 :

validation par le Conseil constitutionnel,

18 mai 2013 :

promulgation de la loi au Journal officiel,

26 mai 2013 :

manifestation (Manif pour tous - Paris),

19 janvier 2014 :

manifestation (Marche pour la vie - Paris),

26 janvier 2014 :

manifestation (Jour de colère - Paris),

29 janvier 2014 :

manifestation (défense du droit à l ’ IVG et de soutien aux femmes espagnoles),

2 février 2014 :

manifestation (Manif pour tous - Paris et Lyon).

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Sous le rose, la haine 10


Ils n ’ ont décidément pas changé ! La naissance d ’ un monstre Le collectif la Manif pour tous est officiellement fondé par Virginie Tellenne (dit Frigide Barjot), Béatrice Bourges et Ludovine de la Rochère le 17 novembre 2012, en réaction au projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes du même sexe, tout juste arrivé au Parlement. Ce mouvement, présenté comme «  spontané, apolitique et aconfessionnel  » par ses fondateurs, ­défend pourtant une vision traditionnelle de la famille et de la société. Rien d ’ étonnant à cela  : les ­principales associations qui le composent – et le financent – comme Alliance VITA (opposé à l ’ IVG et à l ’ euthanasie), les Associations familiales catholiques et Familles de France, proviennent de la sphère catholique traditionaliste. Selon le journal en ligne Mediapart, les ramifications de ce mouvement iraient jusqu ’ aux États-Unis, où siège la puissante National Organization for Marriage, dont la Manif pour tous semble puiser son inspiration en matière de marketing.

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Seules les couleurs ont changé

la Manif pour tous côté coulisses

Ces amis gênants ! Bien que ses dirigeants s ’ en défendent publiquement, la Manif pour tous agglomère autour d ’ elle tout ce qui compose l ’ extrême droite française. Outre les mouvements proches des catholiques intégristes de Saint-Nicolas du Chardonnet, comme l ’ Institut Civitas, on retrouve aussi des groupes identitaires et des militants du Front National. Chacun manifeste officiellement de son côté... mais les racines et les réseaux restent les mêmes !

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Les amis de Frigide veulent remettre les homosexuels au placard

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Comment compter les manifestants ? 14


L ’ expression des manifestants verrouillée Des manifs à grand spectacle Dès le début, la Manif pour tous va lisser son image. Les organisateurs prennent donc soin de souligner qu ’ ils défilent «contre la dénaturation du mariage et contre l ’ homophobie ». Exit les slogans orduriers entendus lors des manifestations contre le Pacs, place à une communication d ’ envergure en rose et bleu, où rien n ’ est laissé au hasard : drapeaux, panneaux, slogans et t-shirts sont d ­ istribués aux manifestants. La première manifestation du 13 janvier 2013 étonne par sa démesure : quatre millions et demi de tracts, 900 cars et sept rames de TGV, 45 chars, 50 000 drapeaux, 60 000 affiches... Le coût est ­évalué à un million d ’ euros par les organisateurs. 15


La france rose et bleu