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Nora Gaspard

Hurler des fleurs & autres contes de nuit


Hurler des fleurs

et autres contes de nuit


Nora Gaspard

Hurler des fleurs

et autres contes de nuit


Dire le petit matin Le café est rassurant, les gens ordinaires. Regarder autour, les âmes humaines, la fragilité des vies. Deux Africains parlent musique, un vieillard déjeune avec celui qui pourrait être son fils. L’heure est précieuse, le vent frais s’engouffre à l’ouverture de la porte. Où es-tu maintenant ? Mon sexe s’écrase sur la banquette en bois dur. C’est douloureux. La chair est tuméfiée. Un homme vient d’entrer, il me regarde bizarrement. Mes lèvres trop rouges le troublent peut-être. La morsure. Mes seins débordent de la dentelle, encore bouleversés, frissonnant de vagues chaloupées. Mon cou se tend, et chaque mèche de cheveux qui frôle ma peau est un souvenir. Ici,

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tu as posé tes lèvres, et là… Je savoure le ressenti, comme une confiance nouvelle, que ce plaisir inédit, nous le dirons encore. Et puis. Je revois les nœuds de nos corps, les points de rencontre, les percussions dansées. Et le plaisir revient. Je suis au milieu de nulle part, en terre inconnue, et je suis au bord de la pâmoison avec ce film en tête.

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Mon corps exhale les parfums du sexe jouissant, je m’en régale. L’odeur de ta peau sur la mienne, transfert du musc, territoire conquis. Les saveurs de ton cou, souvenirs dans ma bouche. La moiteur de tes cuisses, imprimées sur mes mains. Cette douleur indécente, de trop grands appétits, que j’apprivoise pourtant. Je chuchote les quelques mots échangés, comme une prière à personne, une musique de l’âme. Je voudrais remonter le temps. Ou l’avancer. Dans l’entre-deux, je ne sais. Mais j’ai l’esprit malade, je peux me nourrir longtemps du plaisir partagé. Ressasser les sensations, reconstruire le fil du désir, explorer la chair au


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rythme des frissons. Alors je dérive au milieu de la marée humaine, les gens sont tristes et j’affiche ce sourire insolent, inconscient, provocant. Je suis une dépravée, les gens  : je goûte le bonheur. 


Fantaisie Quand j’ai souri enfin, le ventre me brûlait. Pas d’une quelconque douleur, Monsieur. Mais de cette sensation de vide qu’il faut combler à tout prix, quand les mains s’agrippent à vos hanches pour vous pousser loin en moi, quand mon dos s’arque, propulsant mon sexe contre votre bassin, comme si tout votre corps pouvait entrer. Sur le quai de la gare. C’est là que tout a commencé. Un homme que je n’avais jamais vu m’attendait.

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Je suis descendue, mon bagage à la main, emmitouflée de laine, de tricots généreux, de mohair mousseux. Il s’est approché un peu, m’a regardé par en dessous. J’étais heureuse et impatiente, le ciel blanc, la voie immense, le train à l’heure, ou presque. Il n’y avait pas grand monde, je me suis approchée, il a souri. Respiré mon air. Touché mon bras. Approché sa bouche. Hésité un instant. Cherché dans mes yeux l’acquiescement. 14

Je voulais savourer, ce moment où rien ne se gâche, rien de l’autre, rien de moi, rien de réel, rien d’abîmé encore, rien de triste. Il y avait moi, mes rêves, cet homme, son sourire, son odeur fraîche et la chaleur, mille possibles. Je voulais goûter ce premier contact, quand la paume effleure la peau, quand les lèvres aimantées, quand un simple baiser, le premier, le dernier peut-être, te met le cœur à l’envers et le ventre en émoi.


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Après, il y aurait les rires, les cafés, les mots de vie, toutes ces choses qu’on partage joliment. Il y aurait les premiers rendez-vous, un restaurant ou qui sait, une promenade pour être polis, parce que j’aimerais qu’il me fasse rire, et me balade un peu. Il y aurait le premier soir, et la maladresse des corps qui ne s’apprivoisent pas, ou la perfection des peaux qui se reconnaissent. Il y aurait les corps nus, et les regards qui découvrent le sein, la hanche arrondie, les reins, la nuque pleine. Il y aurait la main qui englobe le sein, et la bouche qui embrasse le cou, mordille l’épaule. Il y aurait sans doute aussi ces paumes qui caressent dos et reins, et cette langue qui goûte sel et vie. Il y aurait les murmures, et les souffles mélangés, il y aurait les gémissements, les sexes désirant, et mes cuisses autour de vos fesses, ou vos genoux entre les miens, je dirais votre nom, vous ne seriez plus un inconnu, votre jouissance serait ma joie, le cri de votre plaisir ma fierté. Mais je ne vous connais pas encore. Vous me regardez, sur ce quai de gare, je respire votre air, et je m’apprête à répondre à votre baiser.


Yeux sourires Ma peau fait « aïe », craque, peine quand tu ne me touches pas. Mets ton doigt sur ma bouche. Regarde le sourire dans mes yeux. J’ai attendu ébauche soleil frisson, odeur bouquet poison, voyage oubli baisons. Et là, tu mets tes mains autour de ma taille, presque sur mes fesses, tes pouces dans les poches de mon pantalon. Je me sens bonbon douceur glaçon, et je voudrais te donner un sucré baiser action. Mais je peux juste entr’ouvrir les lèvres et souffle hiver bourdon. Pourtant, tu approches, tu approches, ta bouche est toute proche, je sens ton parfum, et je vois la peau, les poils qui se hérissent, les reins qui s’embrasent, les seins qui t’appellent crient plus

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