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Sophie Bibet

Voyage en Grèce


Voyage en grèce Dans le péloponnèse


Sophie Bibet

Voyage en grèce Dans le péloponnèse


27/04 Welcome Medusa Arrivée à Athènes à 16 h 30 avec Olympic air. L’aéroport d’Athènes ressemble à celui de Bruxelles que je viens de quitter, même gabarit, même style d’architecture mis à part qu’ici, les hommes ont tous un chapelet en main. Je bois une bière en attendant Christophe, mon ami de toujours, il vient de Birmingham et son avion a un léger retard. Depuis l’adolescence nous vivons une amitié amoureuse et depuis peu, sur le tard, vers la cinquantaine, la passion nous pousse à fréquenter assidument les gares et les aéroports.


Le voilà, nous nous précipitons dans les bras l’un de l’autre ! Une voiture nous emmène vers la compagnie de location de voiture et nous repartons dans une Ford flambant neuf, couleur aile de pigeon. En remontant la côte Est de l’Attique, nous nous arrêtons sur le site du temple d’Artémis dans lequel Fiona, sa mère a participé aux fouilles archéologiques. Le site est fermé, mais Christophe ne se décourage pas pour si peu de choses, il saute prestement par-dessus la grille. Je le regarde avec une admiration mêlée de crainte et me décide finalement à le suivre en escaladant nettement moins prestement le portail. Nous traversons une série de petites villes côtières qui bordent la côte : pas très représentatif de l’idée que l’on se fait de la Grèce, mais néanmoins très agréable. Les palmiers mélancoliques, les villas d’un modernisme démodé et le doux clapotis de la mer évoquent plutôt un petit Malibu européen. Dans la ville d’Artémis, nous nous arrêtons médusés devant l’hôtel Médusa. Bien trouvé comme nom d’hôtel.


On joue « Manish man » de Muddy Waters et la mer est tellement proche que je me demande si tout cela est réel. J’ai l’impression de nager dans un rêve gréco-américain. Le réceptionniste pensait que nous étions un couple gréco-anglais. Christophe a beau parler couramment grec, on le prend toujours pour un Anglais, même si les origines belgo-américano-germaniques se bousculent en lui le résultat reste résolument britannique. Ses cheveux roux et son charme flegmatique le trahissent. La curiosité des Grecs est piquée : comment se fait-il qu’un Anglais parle aussi bien notre langue ? Durant tout le voyage, Christophe se résignera patiemment à répondre pourquoi. Raconter son parcours est une forme de politesse quand on vient «  d’ailleurs  » et j’ai l’impression que les Grecs, peuple bienheureux, adorent raconter et écouter les histoires. Pourquoi voyager, pourquoi vivre si l’on ne raconte pas d’histoires ?


Après diverses emplettes, nous nous cherchons un restaurant parmi ceux qui se succèdent le long du bord de mer. Nous avons l’embarras du choix, ils sont tous vides. Va, pour le Delphini, conseillé par le patron du Médusa. Je pense à ma sœur qui s’appelle Delphine, intelligente et vive comme le dauphin. Moi, je m’appelle Sophie, la sagesse et je n’ai jamais visité aucun restaurant de ce nom. La sagesse ne paie pas. Dommage. Ambiance marine. Christophe se dirige après quelques phrases de salutations vers les cuisines, je le suis. Là, dans une abondance de casseroles et d’ustensiles, la cuisinière nous aborde, un merveilleux sourire aux lèvres et soulève des tas de couvercles dont s’échappent des tourbillons de vapeur, je commence à saliver. L’ambiance en cuisine est nettement plus conviviale que celle de la salle désertique. «  Tiens, goûte cette soupe de poisson  », «  non, ces calamars n’ont pas été pêchés ici  », «  ça, c’est d’aujourd’hui ». Christophe me traduit au fur et à mesure et je m’étonne d’entendre les restaurateurs parler aussi spontanément. Nous sommes bien loin de notre Europe un


peu guindée pour qui la cuisine comme les toilettes sont une affaire privée. Nous prenons une soupe de poisson, une assiette d’épinards, des rougets, des frites et un bon petit vin blanc frais pour faire passer le tout. Ce menu avec de légères variantes se répétera tout au long du voyage. Simple et délicieux.


28/04 Le lendemain nous reprenons la route. Dans une sorte de bazar typiquement grec, nous achetons deux matelas extrêmement fins, mais parfaitement isolants. Sur la route de Markopoulo, nous nous arrêtons à Vavrona dans un charmant petit marché. J’ai acheté des yeux protecteurs et des fruits délicieux, que je n’avais encore jamais goûtés de la taille et la couleur d’un abricot, ce sont des nèfles, Mousmoula en grec. Nous continuons la route jusqu’au cap Sounion où se trouve le temple de Poséidon. Face au bleu infini, devant la beauté majestueuse de ce temple, on comprend l’importance du dieu de la mer pour ce peuple de marins. Nous prenons l’autoroute qui traverse Athènes entre deux énormes murs de béton. Tout comme la déesse


Athéna, la ville n’est pas célébrée pour sa beauté, mais pour son intelligence ! Nous passons le canal de Corinthe, puis je prends le volant et vers Galatas. Le voyage est une véritable partie de plaisir, j’adore rouler sur cette route et observer mon ami qui tout en somnolant me donne les directions à suivre. Heureusement, car la signalétique grecque est assez subjective pour ne pas dire carrément absente. La route serpente joyeusement en montant progressivement. Je ne sais pas où je vais, mais j’y vais le cœur content. Je n’aurais jamais cru pouvoir vivre de tels moments de bonheur. La route monte de plus en plus, je n’ai pas l’habitude des chemins pierreux et je cale devant une grosse pierre. Je cède la place à Christophe qui semble amusé par mon découragement face à l’obstacle. Je sens que nous nous rapprochons d’un lieu important pour lui, un lieu secret. Puisqu’il est secret, je ne peux pas dire où il se trouve si ce n’est près de Trizina et qu’il s’appelle le pont du diable, Sophie, ce n’est pas bien ! C’est là que Dionysios aurait rendu la vie à sa mère Sémélé, après qu’elle a été foudroyée par Zeus, son amant.


Héra, jalouse et déguisée en vieille voisine de bon conseil lui avait glissé à l’oreille, de demander à son amant, de lui révéler sa vraie nature. Ce qu’elle fit jusqu’à ce que Zeus, las de ses questionnements, lui montre enfin sa vraie nature, en la foudroyant. Il ne manquait pas d’humour. Un bon conseil mesdames  : ne cherchez pas trop à connaître la vraie nature de votre amant. Je ne savais pas que son fils l’avait ramenée à la vie. Il faudra vérifier ce fait étrange, comme si les autres faits ne l’étaient pas ! Toujours est-il que l’endroit est vraiment propice au ressourcement. De magnifiques platanes orientaux protègent un espace mystérieux où s’écoule une merveilleuse petite source. La mythologie des familles : Fiona, Harry, Christopher et Sebastian ont pique-niqué à cet endroit. Sebastian était assis au bord du ravin et il est tombé dedans. J’ai installé notre chambre encore plus bas, je ne tenais pas à renouveler l’expérience. En vérité, ce fut une des plus belles chambres de ma vie.


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