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Bernard Veyssières

Souvenirs d’Afrique

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Souvenirs d’Afrique

PARTIR (Il s’est levé…)

C’était il y a deux ans déjà… je me souviens. Le vent, furieux comme un démon, hurlait de rage Et poussait devant lui, de monstrueux nuages.

Dans ce petit hameau patiné par les ans, Amis de peu de jour, Ou amis de toujours, Nous étions quelques uns, qui refaisions le monde, Comme le font des enfants, Autour d’une bière blonde.

Fascinés par le feu qui crépitait de joie, Nous regardions le bois, Se tordre de douleur, pour donner sa chaleur. L’Amitié et l’Amour répandaient leur tendresse Et chacun d’entre nous, débordant de bonheur, Se laissait envahir par ses mille caresses.

Alors, je me souviens… il s’est levé Et ses yeux pétillaient de malice et de joie Quand, comme dans un conte de fée, Il nous a dit de sa petite voix :

Là-bas, après un long voyage Se trouve un beau village, Et des hommes, et des femmes avec beaucoup d’enfants Qui rêvent grâce à nous, de devenir grands.

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LE DESERT

Terre maudite par les Dieux et oubliée des Hommes, Le Tademaït déploie son océan de pierres, Tout est plat et devant moi sans cesse, L’infini se dérobe.

Aux quatre coins du ciel, quand le soleil est roi, Tout devient uniforme, Et l’océan se noie Dans un néant de feu.

Comme un ruban sans fin qu’on déroule et qu’on suit, La piste se faufile entre les vagues d’or Des dunes, qui avancent et reculent Au gré de la nature.

Une fine poussière tourbillonne et se colle à ma peau, Ma bouche est pâteuse et ma langue se gonfle. C’est l’enfer ! Tout est brûlant, l’eau, les tôles, les pierres, Le vent s’est levé qui efface et noie tout Dans un halo mouvant.

Pour la dixième fois, Et malgré ma sueur que le sable reçoit, A la pelle, à la main, dans ce chaudron du diable Il faut se dégager, avec mes bras de plomb. Et puis dix mètres après, et puis cent mètres après, Sans jamais se lasser, il faut recommencer.

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LE HOGGAR

Citadelle géante de roches et de basalte Jaillie au cœur du SAHARA, Le hoggar dresse devant mes yeux, Les murailles crénelées de ses pics déchirés.

Partout ce n’est que lave et orgues volcaniques, Sentinelles redoutables entre lesquelles serpentent, Arides et desséchés, Les oueds dont les rares eaux se perdent Au plus profond des sables et des chotts oubliés.

Lentement et comme avec respect Nos véhicules progressent et se font un passage Entre les sommets Dessinés par les âges.

Dans cette cathédrale de pierres Où tout semble figé, La vie retient son souffle, Et la fleur fragile issue de nulle part Semble un défi jeté.

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