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Etats-Unis XXI e siècle, une puissance en déclin ?

A l’occasion de l’élection américaine de novembre 2012, nous vous proposons une sélection de livres et de films retraçant, explorant, diverses facettes du « rêve américain », de la légende nationale et de leur envers. Ceux-ci sont fortement interrogés aujourd’hui tant à Hollywood, qui fut pourtant une usine à exporter « l’American Way of Life », que dans la littérature, parfois plus pessimiste. Les Etats-Unis, superpuissance du XX e siècle, est un pays en difficulté aujourd’hui : pertes d’identité et de rapport au reste du monde, transformations et tensions sociales, crises économiques récurrentes… Retour sur quelques cinéastes américains à travers des œuvres fortes, de la célébration d’une nation jeune et dynamique, à la narration de ses déconvenues plus récentes. Le western est le genre qui a le plus contribué à la célébration et invention du mythe américain. Trois des plus grands cinéastes d’Hollywood en ont posé les bases, Griffith avec son indépassable et polémique Naissance d’une nation, De Mille dans un Buffalo Bill où les Indiens sont présentés comme de sauvages bandits, et John Ford qui préfère « imprimer la légende que la réalité ». Anthony Mann, Winchester 73’ aborde la genèse de la sacralisation des armes à feu. Le western met en place d’autres thèmes nationaux : les individus seuls face à leur destin (Hawks ou Eastwood), les confrontations avec les Indiens et les « étrangers » en général, la dureté de l’Ouest (Wellman, Huston…), jusqu’à des westerns violents et crépusculaires (Peckinpah) ou plus mystiques (Jarmusch). Le western permet également d’exprimer, en la transposant dans l’Ouest mythique, une réalité contemporaine. Allan Dwan, auteur réévalué aujourd’hui, fournit une œuvre antimaccarthyste en 1954, Quatre étranges cavaliers, comme Ralph Nelson signe un film pacifiste, Soldat Bleu, en plein conflit au Vietnam. Les films de gangsters (Hawks pour son Scarface, Raoul Walsh L’enfer est à lui, Coppola et Le Parrain) font aussi partie de la mythologie du pays. Ils reviennent à plusieurs époques, mais c’est la Grande Dépression qui les produit dans un premier temps. Leur pendant sont des films dans lesquels nous suivons un policier solitaire. Bullitt de Peter Yates explore durant un week-end le vide stressant des grandes rues de San Francisco. Dans les années 70, Clint Eastwood, dans la peau de l’inspecteur Harry, marque un retour de l’Amérique puissante et décomplexée après l’intermède contestataire du Vietnam et des « summers of love ». La crise économique et sociale sans précédent de 1929 convainc les producteurs de proposer des comédies (sans revenir aux succès burlesques du muet : Keaton ou Chaplin) dites « screwball », un jeune homme, souvent pauvre, sorte d’anti-héros finit par séduire une


riche héritière (Capra New York Miami, Hawks L’impossible M. Bébé), les comédies légères et rythmées de Lubitsch, ainsi que les comédies musicales, avec Fred Astaire et son metteur en scène Mark Sandrich, sont particulièrement efficaces contre la déprime du public. Une autre veine exploitée, en cette période de malheurs, est la comédie sociale, possiblement démagogue, L’extravagant M. Deeds ou M. Smith au sénat de Capra, ou plus sincèrement populiste, Les voyages de Sullivan de Preston Sturges ou J’ai le droit de vivre de Lang. Tandis que L’extravagant M. Ruggles de Mccarey prétexte la découverte du pays par un serviteur anglais pour rappeler la voix de Lincoln. Lorsque les affaires s’améliorent, sur le chemin du redressement économique et de la victoire sur le nazisme et avant les temps glacés de la guerre froide, le film noir s’épanouit : un drame passionnel dans lequel une femme vénéneuse tourne la tête d’un homme. En général ça fini mal. Huston en fournit l’archétype dans son Faucon maltais dans lequel Humphrey Bogart fixe pour un moment la figure du détective blasé. Mais d’autres grands cinéastes excellent dans ce genre : Wilder Assurance sur la mort, Lang La rue rouge, Curtiz Mildred Pierce, Wise Nous avons gagné ce soir (superbe film sur la boxe), Tourneur La griffe du passé, Preminger Un si doux visage. Dans les années 1950-1960, c’est le zénith du cinéma hollywoodien. Cela correspond aussi à la domination des Etats-Unis sur l’Europe après le plan Marshall, mais aussi aux craintes liées à la guerre froide dans le monde bipolaire des superpuissances. Cette période donne des films sur les rapports entre individuel et collectif, Le rebelle de King Vidor, l’exploration de la sphère intime, familiale ou psychologique, éventuellement des tensions sociales, ou la grandeur et décadence d’Hollywood, Shock Corridor de Fuller, Derrière le miroir de Nicholas Ray, Comme un torrent de Minnelli, Les plus belles années de notre vie de Wyler, Sur les quais de Kazan, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? d’Aldrich ou Boulevard du crépuscule de Wilder… Mais le versant plus lumineux de ce cinéma est à l’œuvre dans les mélodrames qui console le public dans une époque angoissante. Ils donnent une image heureuse de l’Amérique : Douglas Sirk en est le maître. Elle et lui (1957) de Mccarey est aussi remarquable. Dans les années 60, quelque chose change et le verni moral des familles américaines craque, c’est particulièrement visible dans Le Lauréat de Mike Nichols en 1967. Des films politiques sont tournés dénonçant les conditions ouvrières ou la corruption politique Traître sur commande de Ritt, Serpico de Lumet, Les hommes du président de Pakula. Easy Rider de Dennis Hopper est célèbre pour montrer le décalage entre quelques jeunes décidés à sortir de « l’American Way » et la société américaine qui ne les comprend pas. Mais les films les plus marquants des années 70/80, abordent le traumatisme du Vietnam : « Voyage au bout de l’enfer » de Cimino, « Apocalypse Now » de Coppola, « Full Metal Jacket » de Kubrick. Scorsese y vient à travers les tourments d’un vétéran qui lutte contre la vacuité de son existence dans « Taxi Driver ». De Palma prend le parti d’en rire dans un Greetings qu’il veut iconoclaste. Le cinéma des années 80 est écrasé par les « Star Wars » et les grosses productions à effets spéciaux parmi lesquels surnagent quelques comédies de mœurs, « Tootsie » de Pollack, des OVNI dus à des réalisateurs étrangers qui savent filmer les Etats-Unis, « Paris, Texas » de Wenders ou les analyses psychologiques de Woody Allen « Mannathan ». Dans les années 90, la victoire idéologique et le nouvel ordre mondial plonge les Etats-Unis dans une inédite domination totale du monde. Si Eastwood, interroge de nouveau le


western Impitoyable, d’autres analysent la société américaine et mettent en évidence ses contradictions et ses outrances, Short Cuts d’Altman, Fargo des frères Coen, Magnolia de Paul Anderson, Las Vegas Parano de Gilliam, tandis que Tim Burton dans l’hilarant Mars Attacks se demande qui pourrait être le nouvel ennemi après la chute de l’ogre soviétique. Après le 11 septembre 2001, quelques films reviennent sur la démission des adultes, le sentiment d’abandon, les films de Larry Clark, la violence de la société, Elephant, Shotgun Stories de Jeff Nichols, figure montante du jeune cinéma indépendant. L’histoire récente, la situation des minorités, Harvey Milk, encore Van Sant. Une nouvelle vague de cinéastes, filment de jeunes femmes ou hommes isolés et déboussolés dans une société où les liens se distendent, Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin, Summer time de Matthew Gordon. Les « blockbusters » questionnent la suprématie de plus en plus contestée de la nation américaine qui ne sort pas systématiquement vainqueur tant sur le plan militaire que moral, The Watchmen de Snyder, Avatar, Les origines de la planète des singes…

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Bonne lecture !


Etats-Unis XXI e siècle, une puissance en déclin ?