Illustrateurs de contes bibliographie Illustration de contes

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Introduction A partir du moment où les contes ont été fixés par écrit et édités sous forme de livre, ils ont toujours été accompagnés par des illustrations. Si dans les premières éditions de livres de contes l’illustration se limitait au frontispice introduisant chaque conte, au fil du temps, dans les publications pour la jeunesse, l’illustration « n’a cessé de conquérir l’espace jusqu’à prendre le pas sur le texte, voir à se passer de ce dernier […] »1 Il faut dire que ce type de littérature s’y prête : un récit souvent connu à l’avance, des scènes marquantes d’épouvante, de magie, de merveilleux… De grands artistes ont trouvé dans les contes matière à inspiration. Certains, tel Gustave Doré, ont marqué les imaginaires au point de laisser une trace dans l’inconscient collectif. Des générations d’illustrateurs parmi ceux qui lui ont succédé ont été – de façon plus ou moins consciente – influencés par son illustration. Parfois, les illustrateurs n’ont d’ailleurs pas tout à fait réussi à se distancier de l’œuvre de leurs prédécesseurs : Si « par le surnaturel qui l’habite, le conte de fées s’offre comme un domaine de prédilection à la fantaisie de l’illustrateur […] il y a là un potentiel de liberté que d’aucuns sauront parfaitement ignorer. [C’est ainsi que] se constitue […] « une imagerie restreinte du conte de fées, partie intégrante du conte et se transmettant avec lui […]»1. A partir de là, pour les mêmes contes, ce sont souvent les mêmes scènes qui seront représentées par l’illustration et qui marqueront les esprits de génération en génération. Toutefois, heureusement, « force est de constater le poids de la transmission d’une imagerie en même temps que l’inépuisable potentialité de création offerte par le merveilleux dont certains illustrateurs ont su tirer le plus grand profit, se montrant par là même de véritables visionnaires. »1

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Olivier PIFFAULT (dir.) Il était une fois… les contes de fées. Seuil, BNF (2001) Cet ouvrage, publié à l’occasion de l’exposition « Contes de fées » organisée à la Bibliothèque nationale de France en 2001 retrace l’histoire de l’illustration des contes à travers les collections de la BNF.


Pour les illustrateurs, ainsi que pour les artistes qui se sont prêtés au jeu, illustrer un conte connu est un exercice de style – plutôt périlleux, d’ailleurs, vu l’héritage conséquent. Comment apporter encore un regard neuf ? Par bonheur, le défi est tout de même régulièrement relevé - avec plus ou moins de succès - par les générations de nouveaux illustrateurs. Voici quelques propositions de titres dont nous avons jugé l’illustration relevante. Petit tour d’horizon entre les versions classiques de référence, devenues emblématiques, les interprétations plus modernes, ancrées dans le présent et les oeuvres plus fraiches et audacieuses d’artistes ou illustrateurs contemporains - entre illustrations archi-connues et versions plus confidentielles.


Les emblématiques Il s’agit pour cette catégorie de l’illustration qui vient en premier à l’esprit ; des références- même inconscientes- que nous évoquons lorsqu’il est question de contes illustrés ; c’est une illustration qui appartient « au passé » et que nous percevons quelque part comme « traditionnelle ». Tous les exemples qui suivent datent de la fin du 19e s.- début 20e s., une période, comme on peut le lire sur le site de la Bibliothèque Nationale de France dédié aux contes de fées2, où entre en scène une esthétique nouvelle : « Ayant conscience de faire œuvre d'esthétisme [attitude artistique qui recherche la beauté formelle], les illustrateurs de la fin du XIXe et du début du XXe siècles vont entrer en résonance avec les grands courants artistiques du moment : impressionnistes, préraphaélites, nabis etc. […] Une nouvelle relation texte/image s'instaure, l'image ne se contentant plus de "figurer" le texte mais s'en détachant pour inaugurer une nouvelle recherche de sens. » Tout d’abord un cas à part, LA référence ultime,

Gustave Doré (1832-1883) Illustrateur mythique, il a marqué à jamais les imaginaires. Son illustration - des gravures avec un puissant effet de clair-obscur – est un mélange de tendresse, humour et d’horreur ; il navigue entre funèbre, tragique et merveilleux. «Maître dans l’art de la mise en scène, Gustave Doré « impose à travers les quarante planches réalisées pour l’édition Hetzel en 1862 une version dramatique des contes de Perrault tant par sa théâtralité que par l’effroi qu’elle suscite »3

Charles PERRAULT, Gustave DORE (Ill.)

Le Petit Poucet Un grand format colorié, qui met bien en valeur les illustrations de Gustave Doré.

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http://expositions.bnf.fr/contes/pedago/illustra/esthe.htm Olivier PIFFAULT (dir.). Il était une fois…les contes de fées. Seuil, BNF (2001)


Charles PERRAULT, Gustave DORE (Ill.)

Contes Cette édition reprend la série de compositions que Gustave Doré avait voulu pour la première édition publiée par Hetzel en 1861.

Ivan Iakovlevitch Bilibine (1876-1942) « Bilibine a marqué l’illustration du conte populaire et merveilleux russe par ses dessins et peintures fortement inspirés de l’art médiéval religieux et populaire russe »4. Son style consiste dans des compositions graphiques où les silhouettes aux contours bien définis au trait noir sont colorées en aplats de couleurs ; l’image dans son ensemble est circonscrite par une frise décorative. « L’artiste trouve là son domaine de prédilection dont il ne se départira plus et qui caractérise son œuvre. S’emparant du livre comme un art, il concilie subtilement illustration et décoration. »5

Ivan Iakovlevitch BILIBINE (Ill.)

Conte du petit poisson d'or

Aleksandre Sergueevitch Pouchkine, Ivan Iakovlevitch BILIBINE (Ill.)

Conte du tsar Saltan, de son fils, le glorieux et vaillant chevalier prince Guïdon Saltanovitch, et de la belle princesse-cygne Très belle édition qui fait la part belle à l’illustration. En fin d’ouvrage vous trouverez un texte informatif de Carine Picaud, conservatrice à la BNF, concernant les deux auteurs de cet album : Alexandre Pouchkine et Ivan Bilibine. 4

Olivier PIFFAULT (dir.). Il était une fois…les contes de fées. Seuil, BNF (2001) Carine PICAUD, dans la postface de l’ouvrage : Alexandre POUCHKINE, ill. Ivan BILIBINE. Conte du tsar Saltan, de son fils, le glorieux et vaillant chevalier prince Guïdon Saltanovitch…, BNF (2018) 5


LUDA, Ivan Iakovlevitch BILIBINE (Ill.)

Contes russes Première édition illustré par Bilibine parue pour la première fois entre 1901 et 1903

Andersen, Hans Christian, Ivan Iakovlevitch BILIBINE (Ill.)

La petite sirène

Walter Crane (1845 – 1915) Est considéré comme l’illustrateur le plus influent de sa génération, dont l’imagerie aura marqué des générations d’enfants6. Promoteur du mouvement « Arts and Crafts », il utilise dans son illustration le style décoratif de l’Art Nouveau. « […] Il révolutionne le livre pour enfants de l’époque victorienne en fuyant l’académisme et en imposant un dessin précis, une ligne claire à l’encre noire, en opposition aux dessins fouillés, au fort modelé ou aux traits caricaturaux des illustrations prisées précédemment. »7.

Walter CRANE (Ill.)

Trois contes merveilleux : Cendrillon, Le chat botté et Les trois ours On voit ici le travail de précurseur de Walter Crane dans le domaine de l’édition jeunesse : souci de la couleur, cadrages dynamiques, rapport texte / image.

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Pour en savoir plus à ce propos, vous pourrez visionner l’émission de France Culture « Art and Crafts, l’invention du livre jeunesse », présentée par Sophie VAN DER LINDEN. 7 Dans la postface de J.-H. MALINEAU du livre Trois contes merveilleux, paru chez MeMo (2013)


Edmond Dulac (1882 – 1953) Illustrateur très connu outre-Manche, il l’est moins dans le monde francophone. Il aura « prêté à l’illustration du conte ses talents de coloriste hors pair soumis à des influences multiples (préraphaélisme, estampe japonaise, miniatures orientales) »8. Il a illustré de grands œuvres de la littérature tels les poèmes d’Edgar Allan Poe, les Rubàiyiàt d’Omar Khayyam, La Tempête de Shakespeare et les contes de Perrault et Andersen.

Hans Christian ANDERSEN, Edmond DULAC (Ill.)

Contes d'Andersen Pas au catalogue BM (pas de lien hypertexe)

Hans Christian ANDERSEN, Edmond DULAC (Ill.)

Le jardin du paradis et autres contes

Hans Christian ANDERSEN, Edmond DULAC (Ill.)

La petite sirène. Suivi de Conte du vent

Hans Christian ANDERSEN, Edmond DULAC (Ill.)

La reine des neiges

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Olivier PIFFAULT (dir.). Il était une fois…les contes de fées. Seuil, BNF (2001)


Kay Nielsen (1886 – 1957) Kay Nielsen a su traduire le féérique des contes dans son illustration, en y incluant le côté sombre, inquiétant véhiculé par ces récits. Son illustration s’inscrit dans le mouvement Art Nouveau. Elle est en même temps stylisée et détaillée, souvent monochrome.

Andrew LANG, Kay NIELSEN (Ill.)

Le bal des douze princesses Andrew Lang publia, en 1890, dans son « Livre rouge » le Bal des douze princesses, à partir du récit des frères Grimm Les souliers usés à la danse. Contient quatre autres contes Kay NIELSEN (Ill.)

Contes de Norvège : contes anciens des pays du Nord

Kay NIELSEN (Ill.)

Contes du Nord


Arthur Rackham (1867-1939) 9 Au travers de ses dessins à la plume rehaussés d’aquarelle, il a illustré de nombreux contes ainsi que les plus grands textes de la littérature anglaise. « Illustrateur de la féérie par excellence, il a fait des légendes et récits merveilleux son domaine de prédilection où exercer son art du crayon et du pinceau. »10

James Matthew BARRIE, Arthur RACKHAM (Ill.)

Peter Pan dans les jardins de Kensington : conte tiré du Petit oiseau blanc

Jacob et Wilhelm GRIMM, Arthur RACKHAM (Ill.)

Blanche comme neige et rose pompon : et six autres contes de l'enfance et du foyer

Jacob et Wilhelm GRIMM, Arthur RACKHAM (Ill.)

Le petit chaperon rouge : et neuf autres contes de l'enfance et du foyer

Jacob et Wilhelm GRIMM, Arthur RACKHAM (Ill.)

Les trois petits hommes dans la forêt : et onze autres contes de l'enfance et du foyer

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Pour aller plus loin, vous pourrez consulter aux Bibliothèques municipales l’ouvrage de James HAMILTON : Arthur Rackham : l’enchanteur bien-aimé. Corentin (2011) 10 Olivier PIFFAULT (dir.). Il était une fois…les contes de fées. Seuil, BNF (2001)


John Tenniel (1820 – 1914) C’est Lewis Carroll lui-même, l’auteur d’ « Alice au pays des merveilles », qui a choisi John Tenniel pour illustrer son texte. L’illustrateur était alors connu comme caricaturiste pour la revue satirique anglaise « Punch ». De nombreux artistes ont illustré ce texte mais ce sont les illustrations de Tenniel qui viennent à l’esprit, liées à jamais à la version originale.

Lewis CARROLL, John TENNIEL (Ill.)

Alice au pays des merveilles


Les héritiers Dans la droite ligne des illustrateurs emblématiques, certains illustrateurs contemporains sont les héritiers d’une illustration féerique et picturale.

Guennadi Spirine (1948 - ) Son art se situe entre tradition et style personnel ; il puiserait son inspiration dans l’œuvre du peintre médiéval d’icônes Andreï Roublev ainsi que celle de Pieter Bruegel. Féerique et pleine de détails, son illustration est souvent rehaussée de couleur dorée et en devient somptueuse, avec une touche orientale qui la rapproche parfois des miniatures persanes. Guennadi SPIRINE (Ill.)

Les contes du samovar Regroupe « La foire annuelle de Sorotchintsy » et « Le nez » de Nicolas Gogol, « Kachtanka », d’Anton Tchekhov et « Le tsar Saltan », d’Alexandre Pouchkine. Aaron SHEPARD, Guennadi SPIRINE (Ill.)

La fille du roi de la mer Illustration féerique et délicate, dans des tons ocre ou bleu-gris rehaussée d’or.

Nicolas GOGOL, Guennadi SPIRINE (Ill.)

La foire annuelle de Sorotchintsy Illustration par moments clairement inspirée de l’œuvre de Breugel.


Jacob et Wilhelm GRIMM, Guennadi SPIRINE (Ill.)

Neige-Blanche et Rose-Rouge

Antony POGORELSKIJ, Guennadi SPIRINE (Ill.)

La petite poule noire

Lev Nikolaïevitch TOLSTOI, Guennadi SPIRINE (Ill.)

Philipok


Lisbeth Zwerger (1954-) Si elle a plutôt été emblématique des deux décennies entre 1970 et 1990, son illustration reste néanmoins intemporelle et compte parmi les classiques indémodables. Lisbeth Zwerger travaille presque exclusivement à illustrer des contes, son terrain de prédilection. « Son style qui la rapproche des grands illustrateurs anglais du XIX° siècle est facilement reconnaissable : des lavis d'encre rehaussés d'aquarelle dans des camaïeux de brun et gris-bleu. »11 Elle se dit elle-même influencée par l’illustration d’Arthur Rackham et on le constate notamment dans ses jeux de transparence et les tons sépia utilisés.

Oscar HENRY, Lisbeth ZWERGER (Ill.)

Le cadeau des rois mages Illustration très délicate, toute en transparence et tons clairs.

Jacob et Wilhelm GRIMM, Lisbeth ZWERGER (Ill.)

Hänsel et Gretel

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Page dédiée à Lisbeth Zwerger sur le site de littérature jeunesse Ricochet


Benjamin Lacombe (1982-) Benjamin Lacombe affectionne les ambiances « gentiment monstrueuses », il dit aimer la « beauté de l’étrange » et met en évidence, à travers ses personnages aux grands yeux inquiétants, l’ambiguïté des êtres. Son illustration est plutôt sombre, par les jeux d’ombres dont il sert et propose un univers fantastique et un brin gothique pas toujours très rassurant. L’illustrateur dit s’inspirer, entre autres, des peintres du Quattrocento et des primitifs flamands. Lewis CARROLL, Benjamin LACOMBE (Ill.)

Alice au pays des merveilles

Edgar Allan POE, Benjamin LACOMBE (Ill.)

Les contes macabres

Benjamin LACOMBE

Ondine

Jacob et Wilhelm GRIMM, Benjamin LACOMBE (Ill.)

Blanche Neige


Les modernes L’illustration se fait ici moins picturale, le trait devient plus libre, léger ; le dessin plus stylisé, symbolique et abstrait : résolument moderne. Certains de ces illustrateurs viennent d’ailleurs du monde du dessin de presse.

Etienne Delessert (1941-) 12 Etienne Delessert est un graphiste et illustrateur vaudois connu dans le monde entier. "La palette si personnelle d’Etienne Delessert et ses inventions d’un symbolisme jubilatoire […] sont constamment point de référence dans l’histoire contemporaine de l’illustration mondiale »13. « Dès le début de sa carrière, Etienne Delessert développe un univers original et surprenant qui n’appartient qu’à lui. Il y conjugue le bizarre et le familier, le grotesque et le charmant, le grave et le ludique, le doux et l’acidulé, le tendre et le cruel. […] Delessert sait comme personne pénétrer d’un crayon ou d’un pinceau léger dans le monde poétique de l’enfance. Il en évoque l’émerveillement devant la nature, les animaux et les rêves qu’il raconte avec un luxe de détails qui enchante. Il sait aussi, en compagnie des monstres et des fées, en débusquer les peurs cachées, les cruautés secrètes et les angoisses sourdes. »14

Gabrielle-Suzanne de VILLENEUVE, Etienne DELESSERT (Ill.)

La Belle et la Bête

Eugène IONESCO, Etienne DELESSERT (Ill.)

Contes 1, 2, 3, 4

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Pour aller plus loin, vous pourrez consulter aux Bibliothèques municipales l’ouvrage : L’ours bleu. Slatkine (2015) Page dédiée à Etienne Delessert sur le site de littérature jeunesse Ricochet 14 Site du SIK ISEA, l’institut suisse pour l’étude de l’art, à l’article sur Etienne Delessert 13


Hans Fischer (1909-1958) Ce qui caractérise le dessin de Hans Fischer, c'est son trait presque calligraphique ; des traits précis mais libres, qu'il tisse en lignes entrelacées. « Ses dessins pleins d'humour, à la ligne tourbillonnante, évoluant vers une abstraction croissante, évoquent un monde de contes de fées, comique et grotesque, presque surréaliste. »15

Charles PERRAULT, Hans FISCHER (Ill.)

Le chat botté Publié pour la première fois chez le mythique éditeur André Delpire en 1958. Une version pleine d’humour et légèreté où le chat est le vrai, le seul protagoniste.

Lucien Laforge (1889-1952) Lucien Laforge est un artiste peintre qui a plutôt travaillé comme dessinateur de presse pour des journaux tels l’Humanité, Le Canard enchainé ou Le Libertaire. « Son oeuvre n’est pas reconnue de son vivant […]. Pour autant, il ne changera jamais de ligne ; qu’il s’agisse de son trait dépouillé ou de son esprit critique […] » 16 . Il aurait déclaré : « Mais moi je ne suis pas à la mode […] je n’aime que la vie et la 17 liberté. » En effet son style est unique pour l’époque, son trait est épuré, dépouillé, sans fioritures. « Au fil des années, Laforge ne cesse de simplifier son dessin, de réduire au minimum le décor et les détails pour au final ne garder que l’essence de l’idée qu’il souhaite partager. Le dessin gagne alors en puissance, en pureté et marque le lecteur durablement.» 18

15

Article sur Hans Fischer dans le Dictionnaire historique de la Suisse Dans le blog de la librairie Abraxas-Libris 17 Dans le blog de la librairie Abraxas-Libris 18 Dans le blog de la librairie Abraxas-Libris 16


Charles PERRAULT, Lucien LAFORGE (Ill.)

Les contes des fées Laforge met ici de côté son mordant pour s’adresser aux enfants. Première édition de 1920.

Roland Topor (1938-1997) «Topor a été l’un des champions du renouvellement de l’humour graphique en France […] »19 A partir de 1961, il collabore au journal Hara-Kiri, ancêtre de Charlie Hebdo.

Carlo COLLODI, Roland TOPOR (Ill.)

Les aventures de Pinocchio « Pinocchio est le seul personnage littéraire moderne, vrai et actuel avec ses curiosités et ses lâchetés... ». Ces mots de Roland Topor témoignent de la passion avec laquelle l'artiste s'est emparé des aventures du célèbre pantin. Ses magnifiques illustrations, emplies d'étrangeté, de mystère et de rêverie poétique, revisitent ce chef-d'œuvre universel de la littérature de jeunesse. Elles mettent en scène les angoisses et les ambiguïtés de l'enfance et redonnent au texte de Carlo Collodi toute sa puissance et son incroyable force d'évocation. »20

19

Article d’Alexandre DEVAUX, à l’occasion de l’exposition « Roland Topor, génie connu et méconnu », à la Galerie Anne Barrault à Paris. 20 Page du site de la librairie Payot


Les contemporains Certains illustrateurs ont choisi de transposer les contes dans la vie quotidienne contemporaine, avec le parti pris de montrer les réalités les moins faciles. Exit le côté féerique d’un ailleurs enchanté, ici, plus de poésie, pas d’échappatoire ; les ambiances sont sombres et la réalité sans fioritures.

Sarah Moon (1941-) Grande photographe de mode, Sarah Moon a illustré plusieurs contes de ses photographies. Pour ses interprétations, elle choisit de situer les personnages dans des ambiances désaffectées, inquiétantes, mais qui acquièrent à travers son regard quelque chose de magique, merveilleux et irréel. Son regard de photographe transforme le tragique en poésie, en « splendide noirceur ». Charles PERRAULT, Sarah MOON (Photogr.)

Le Petit Chaperon rouge Dans un décor de banlieue ouvrière en dehors du temps, l’artiste met en scène un seul et unique personnage, le Petit Chaperon rouge – le loup se limitant à une silhouette ou une ombre. La fillette nous entraine du regard à travers les ruelles, à travers ses jeux d’enfant, nous défiant de la suivre, et fait de nous des spectateurs médusés, impuissants à la sauver de son destin vers lequel elle court avec une assurance effrontée.

Hans-Christian ANDERSEN, Sarah MOON (Photogr.)

L’effraie Il s’agit d’une réécriture du « Petit soldat de plomb » d’Andersen. Texte accompagné de photographies en noir-blanc. Une version DVD fait également partie du document. Sarah MOON (Photogr.)

Quatre contes DVD qui s’adresse plutôt à des ados. Il contient quatre interprétations de contes de fées :


Circuss, qui correspond au conte d’Andersen « La petite fille aux allumettes », L’Effraie, qui correspond au conte d’Andersen « Le petit soldat de plomb », La sirène d’Auderville, qui correspond au conte d’Andersen « La Petite sirène », et Fil rouge, qui correspond au conte de Perrault « Barbe bleue »

Roberto Innocenti (1940-) 21 Roberto Innocenti aime situer les récits de contes dans des décors urbains, sombres et plus ou moins actuels (20e siècle). L’atmosphère noire, voire sinistre qu’il impose à travers son illustration s’accorde bien avec le côté inquiétant des contes. Au-delà des textes, ses illustrations racontent à elles seules toute une histoire parallèle ; les nombreux détails, personnages, jeux de regards, expressions créent tout un univers, une fresque sociale. Charles PERRAULT, Roberto INNOCENTI (Ill.)

Cendrillon A travers son illustration, Innocenti relie cette Cendrillon années ’20 et son prince avec le scandale de l’abdication d’Edouard VIII, causée par sa liaison avec Wallis Simpson. Carlo COLLODI, Roberto INNOCENTI (Ill.)

Les aventures de Pinocchio

Aaron FRISCH, Roberto INNOCENTI (Ill.)

La petite fille en rouge

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Pour aller plus loin, vous pourrez consulter aux Bibliothèques municipales l’ouvrage de Rossana DEDOLA : Le conte de ma vie : entretiens avec Roberto Innocenti, Gallimard (2015)


Anthony Browne 22 (1946-) Anthony Browne est le maître d’un langage pictural narratif qui rend visible sur le papier de la page ce qui relève du ressenti, du rêve et de l’imaginaire et qui ne peut être montré par une illustration uniquement réaliste. Ses illustrations apportent au texte des contes une dimension supplémentaire, psychologique. Il joue notamment avec les répétitions de motifs, se sert des ombres, des miroirs et des reflets de manière symbolique, fait des constants clins d’oeil à des oeuvres d’art connues en les intégrant dans ses images : autant de messages inconscients pour créer l’ambiance, le cadre, l’atmosphère voulue. Jacob et Wilhelm GRIMM, Anthony BROWNE (Ill.)

Hansel et Gretel Le conte est transposé à l’époque des années ’50. L’illustration dépasse et complète le texte en jouant finement sur la répétiton de motifs et de détails situés dans des contextes différents pour faire des liens entre les épisodes du conte. Anthony Browne dit avoir « traité sombrement une histoire sombre : « Je ne voulais pas faire un livre charmant parce que l’histoire n’est pas charmante » ». 23 Lewis CARROLL, Anthony BROWNE (Ill.)

Les aventures d'Alice au pays des merveilles « J’ai pensé que la rencontre d’un langage visuel surréaliste et la dimension onirique d’Alice était idéale ».24

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Pour aller plus loin, vous pourrez consulter aux Bibliothèques municipales l’ouvrage de Christian BRUEL. Anthony Browne. Etre (2001) 23 Christian BRUEL. Anthony Browne. Etre (2001) 24 Christian BRUEL. Anthony Browne. Etre (2001)


Jörg Müller (1942-) Jörg Müller est un illustrateur et graphiste suisse qui a reçu de nombreux prix prestigieux pour son œuvre. Le plus souvent, ses illustrations portent le récit seules, sans texte en accompagnement. Son dessin est hyperréaliste et foisonnant de détails. Toute son œuvre est engagée et dénonce les travers et les dérives de la société occidentale.

Hans Christian ANDERSEN, Jörg MÜLLER (Ill.)

Der standhafte Zinnsoldat Aucun texte n’accompagne les images de Jörg Müller. Cette réécriture du « Petit soldat de plomb » transforme le conte en une critique de notre société, portant un regard désenchanté sur le gaspillage, la pollution, la pauvreté, la violence, les rapports hiérarchisés entre cultures notamment, mais finalement non sans une certaine ironie. Première édition de 1996.


Les audacieux Certains illustrateurs ont essayé tout autre chose. Le conte – ce récit connu de tous – leur a servi de support, afin de poursuivre leurs projets artistiques, de tester d’autres moyens de communication, de s’exprimer via d’autres techniques. Ils ont ainsi créé des illustrations plus personnelles, des créations plus audacieuses.

Warja Lavater (1913 – 2007) Des longues bandes de papier plié en accordéon servent de support à ses réécritures des contes en code, au moyen de point de couleurs. Une légende aide le lecteur pour le décodage. Il ne s’agit pas ici d’illustrer, mais « d’écrire autrement » : « Mon vœu de toujours [est] que l’image devienne une écriture et que l’écriture devienne une image ».25 Charles PERRAULT, Warja LAVATER (Ill.)

Petit Chaperon rouge

Charles PERRAULT, Warja LAVATER (Ill.)

Cendrillon

Charles PERRAULT, Warja LAVATER (Ill.)

Blanche Neige

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Bernardette GROMER interviewe Warja LAVATER en 1991 et publie l’article « Tête à tête, entretien avec Warja Lavater », paru dans la Revue des livres pour les enfants no 137-138 / hiver 1991


Kveta Pakovska (1928 -) Kveta Pacovska est à la fois illustratrice, peintre et sculpteur ; le livre jeunesse occupe une place essentielle dans son œuvre. Son illustration est abstraite et graphique ; l’illustratrice se préoccupe de rendre le ressenti, les états d’âmes ; elle nous restitue le conte passé à la moulinette de sa sensibilité. S’il s’agit de versions énigmatiques – voire hermétiques, l’artiste réussit pleinement son but : faire pénétrer les jeunes enfants dans des dimensions de lecture et de découverte qui sortent de l’ordinaire. « Mon intention n’est pas d’illustrer les textes de ces contes classiques, mais de tenter simplement, à travers ces textes, de trouver un nouveau palier, un nouveau degré dans l’interprétation et le rendu visuel des textes »26 Charles PERRAULT, Kveta PACOVSKA (Ill.)

Cendrillon

Charles PERRAULT, Kveta PACOVSKA (Ill.)

Le petit chaperon rouge

Charles PERRAULT, Kveta PACOVSKA (Ill.)

La petite fille aux allumettes

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Dans l’album de Charles PERRAULT et Kveta PACOVSKA Cendrillon, Minedition, 2009


Nathalie Parain 27 (1897 – 1958) Nathalie Parain participe par son art à l’esthétique nouvelle issue des avant-gardes artistiques du début du 20e siècle. Le Bauhaus, notamment, avec sa fascination pour les formes géométriques – cercle, carré, triangle – entre en résonance avec ses illustrations. Pour Nathalie Parain, « la page devient […] la mise en scène dépouillée d’un petit théâtre à jouer »28 où elle met en scène uniquement les éléments significatifs du récit. Nadiejda Aleksandrovna TEFFI, Nathalie PARAIN (Ill.)

Baba Yaga : conte populaire « L’artiste travaille le papier découpé coloré ou à motifs, les aplats à la gouache, le pochoir probablement et les crayons de couleur. Elle utilise toutes les ressources de la grande page, à commencer par sa blancheur [,…] Le vide s’insinue dans les compositions, séparant les formes et en créant d’autres, sans qu’aucun contour ne souligne celles-là. […] Formes et diagonales structurent le plus souvent une mise en pages extrêmement dépouillée. »29

Thisou Dartois

Thisou DARTOIS

Le petit poucet Le conte est ici revisité à l’aide de gros points de broderie, avec comme résultat une image joyeuse et naïve. « L’image donne à voir sur le recto des pages une version « classique » du conte. Mais au verso, c’est l’envers du décor. Les fils racontent autre chose et souvent le contraire. A des images douces répondent d’autres plus inquiétantes. Un jeu sur les différentes façons de lire les contes… »30

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Pour aller plus loin, vous pourrez consulter aux Bibliothèques municipales l’ouvrage de Michèle COCHET et ClaudeAnne PARMEGIANI. Nathalie Parain. MeMo (2019) 28 Dernières page de l’album par Nadiejda TEFFI et Nathalie PARAIN. Baba Yaga. MeMo (2010) 29 Article de Michel Defourny, Nathalie Parain, paru dans la Revue des livres pour enfants no 186 (avril 1999) 30 Sur le site de l’éditeur


Olivier Douzou (1963 -) 31 Architecte de formation mais aussi auteur et illustrateur jeunesse, graphiste, éditeur, directeur artistique… Olivier Douzou considère l’album jeunesse comme un terrain de jeu ; sa production est pleine d’humour, ludique - jeux de mots, jeux graphiques, jeux visuels - et toujours très innovante. Ce qu’il cherche dans les ouvrages jeunesse : « la simplicité la plus évocatrice possible, […] une narration resserrée et efficace »32

Olivier DOUZOU

Boucle d'or et les trois ours Une réinterprétation originale de ce conte traditionnel, où les illustrations sont composées par des formes géométriques et surtout par des éléments typographiques détournés qui deviennent images. Si le texte devient image, les signes deviennent texte à leur tour, selon cette habitude de brouillage de repères propre à l’auteur.

Edgard Tijtgat (1879 – 1957) Artiste belge « à la fois peintre, imagier, typographe et conteur. Sa peinture impressionniste excelle dans les scènes de vie quotidienne.»33 Son illustration est naïve, douce et poétique.

Charles PERRAULT, Edgard TIJTGAT (Ill.)

Le Petit Chaperon rouge « Les bois gravés par Tijtgat lui-même directement dans le buis donnent des images simples et colorées de façon grossière. C'est précisément ce trait un peu grossier qui retrouve incontestablement la candeur, la fraîcheur et la naïveté de l'enfance ; le conte du Petit Chaperon rouge retrouve toute 31

Pour aller plus loin, vous pourrez consulter aux Bibliothèques municipales l’ouvrage d’ Adèle de BOUCHERVILLE. La fabrique d’Olivier Douzou. L’atelier du poisson soluble (2015) 32 Adèle de BOUCHERVILLE. La fabrique d’Olivier Douzou. L’atelier du poisson soluble (2015) 33 Texte librement reconstruit à partir du site sur les contes de la BNF et du site de l’éditeur Albin Michel


la puissance et la rugosité du texte original de Perrault, qui se termine dans la gueule du loup. Le texte est imprimé grâce à des caractères mobiles taillés dans le même bois de buis que la gravure. Ces blocs forment, par les irrégularités de forme et d’encrage, de véritables images. […] Tijtgat travaille durant onze ans à différentes éditions du Petit Chaperon rouge, avec un plaisir sans cesse renouvelé : trois éditions successives voient le jour en 1917-1918 et une quatrième sort de la Presse de l'imagier à Bruxelles en 1921. « Le charme que j’ai ressenti en imprimant ce texte et ces images sur une presse toute primitive est inexprimable », explique-t-il au sujet de cette entreprise. C’est une des éditions d’artiste de 1921 qui est ici rééditée. »34

34

Texte librement ré-écrit à partir du site sur les contes de la BNF et du site de l’éditeur Albin Michel


Trois derniers pour la route Trois ouvrages portent ce regard rétrospectif sur les contes et les illustrations qui ont marqué des générations d’imaginaires enfantins. Il s’agit de deux éditeurs fortement impliqués dans les questions de conservation du patrimoine littéraire : les éditions de la Bibliothèque nationale de France35 et les éditions Circonflexe36. La Bibliothèque nationale de France avait, en 2001 déjà, organisé une exposition autour du conte et sa richesse iconographique.

Les plus beaux contes de notre enfance Un choix de contes classés par thèmes – amour, malice, épreuves, voyage, surnaturel – et accompagnés par les illustrations d’Arthur Rackham, Gustave Doré, Key Nielsen et Edmond Dulac. Olivier PFIFFAULT

Il était une fois... les contes de fées : exposition, Paris, Bibliothèque nationale de France, 20 mars-17 juin 2001 Publié à l'occasion de l'exposition "Contes de fées" organisée à la Bibliothèque nationale de France en 2001. Inépuisable mine d’informations, et surtout iconographique, autour des contes. « Le royaume du conte, c’est d’abord notre univers personnel, le lieu de nos constructions et affrontement, de notre désir d’être »

Charles PERRAULT

Les contes de Perrault : illustrés par les plus grands artistes Centré clairement sur l’illustration, ce volume présente une large palette d’artistes ayant œuvré à illustrer des contes ainsi que des peintres, dont les œuvres sont mis en relation avec un thème des contes. Notices bibliographiques des artistes en fin de volume.

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