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LA VIE FABULEUSE DU BERGER DEVENU ROI D’ISRAËL Introduction

Par Yehuda Lancry, docteur ès lettres, ancien ambassadeur d’Israël à Paris et à l’ONU, écrivain.

Le beau livre au souffle épique, captivant et irrésistible, a pour source primale une fascination. Celle que l’auteur, Raphaël Lévy, aura intensément conçue voici une vingtaine d’années à l’endroit de Jérusalem, nombril du monde, qui célébrait alors son troisième millénaire. C’est d’abord en lecteur que le futur romancier entreprend une ample croisière préliminaire à la reconnaissance de Jérusalem, mémoire agissante de l’humanité, point nodal dans la rencontre du divin et de l’homme, du ciel et de la terre. En artiste aux vocations multiples, en esthète accompli, Raphaël Lévy est tout à la fois cinéaste, peintre, maître dans l’art du vitrail, autant d’éclairages qui doteront son écriture d’une phosphorescence particulière. C’est d’ailleurs vers cette dimension translucide, le vitrail, et ses déclinaisons chromatiques aux suaves réverbérations, que l’artiste s’était tourné pour ciseler, d’ébauches en études affinées, une immense fresque en hommage aux 3000 ans de la fiancée d’éternité, selon le mot d’André Chouraqui. De cette longue et minutieuse contre-plongée de l’auteur dans l’histoire de Jérusalem, de son vécu contemporain à son vécu antique, se détachera dans toute sa splendeur, en une révélation foudroyante, une gigantesque figure de proue : le Roi David, bâtisseur de le cité de l’Eternel. * Ce livre est l’histoire romancée du Roi David, inspirée des livres de Samuel, des Rois et des Chroniques. Fidèle au récit biblique, aux denses ramifications généalogiques et aux embranchements narratifs complexes, l’histoire de David se transcrit dans le moule de l’exigence érudite et dans le flux vivace de l’imaginaire de l’écrivain. La vie fabuleuse du Roi David n’est pas une œuvre d’exégète, mais l’évocation d’une destinée hors du commun. Les chapitres bibliques consacrés à David, ce berger poète et musicien, devenu guerrier et roi, bâtisseur, économiste et législateur, recèlent trop de caractéristiques humaines pour n’être qu’une chronique légendaire ou une histoire sublimée. À maintes reprises, la réalité dépasse la fiction. Car il s’agit-là de l’itinéraire d’un homme fluctuant entre son génie et ses défaillances, ses croyances et ses doutes. L’existence de David, père de famille aux mille tourments, fut rythmée de tragédies et l’on s’étonne et s’attriste de n’y découvrir que très peu de moments heureux, au point de regretter pour lui qu’il ne fût pas demeuré berger toute sa vie. Les Écritures sont suffisamment explicites : David n’est pas un homme d’ambition et de pouvoir, et encore moins un despote. Tant à Hébron qu’à Jérusalem, il est plébiscité à deux reprises pour assumer une royauté qu’il ne briguait pas. Il est l’initiateur de la démocratie et le précurseur d’une politique d’ouverture sur les nations voisines. * L’on discerne parfois en ce héros puissant et glorieux un être mélancolique, fragile, voire dépressif. Terrible et impitoyable envers ses ennemis, il paraît démuni devant le comportement


humain, y compris le sien… Désillusion, humilité et foi en Dieu, telles sont les particularités qui transparaissent dans ses louanges : Dans le Psaume 41, verset 9, et le Psaume 55, versets 12, 13 et 14, il exprime son désenchantement et son désarroi vis-à-vis de l’homme. Jalousie et médisance, moqueries et intrigues ont été son lot, malgré sa notoriété. Fin observateur, il n’est pas dupe de son entourage : Même mon ami intime, en qui j'avais confiance, et qui mangeait mon pain, a levé le talon contre moi. Car ce n'est pas un ennemi qui m'outrage, -je pourrais le supporter- ce n'est pas un adversaire haineux qui me traite de haut, je pourrais me mettre à l'abri contre lui… Mais c'est toi, un homme en tout mon pareil, mon ami et mon confident. Car, ensemble, nous échangions de douces confidences, en nous rendant avec une foule bruyante dans la maison de Dieu. Il implore candidement la protection de son Dieu auquel il confie ses peines, comme une âme inquiète le ferait à son psychanalyste. Lui, le vaillant guerrier, qu’aucun succès, qu’aucune victoire ne grise, demeurera jusqu’à la fin une créature consciente de ses limites. Psaumes 71, versets 20 et 21 : Toi qui m'as fait voir des épreuves nombreuses et cruelles, à nouveau Tu me rendras la vie, à nouveau Tu me feras remonter du fond des abîmes. Tu accroîtras ma grandeur, et Tu te retourneras vers moi pour me consoler. Il fallait qu’il fût habité par une foi authentique et exceptionnelle pour attribuer à Dieu -son principal interlocuteur- le mérite de ses victoires, et pour n’attribuer qu’à lui-même la responsabilité de ses échecs. Assurément, sa plume et ses parchemins devaient voisiner avec son glaive et son bouclier pour qu’en tout temps, en tous lieux, il consignât aussi assidûment ses réflexions et ses émotions. Psaumes 119, versets 62, 147, 148 et 164 : Au milieu de la nuit, je me lève pour Te rendre grâce, à cause de Tes équitables jugements. Dès l'aurore je m'empresse de T’implorer, j'espère en Ta parole. Mes yeux devancent les veilles de la nuit, pour méditer Ta parole. Sept fois par jour, je célèbre Tes louanges, en raison de Tes justes arrêts. * Jérusalem, l’œuvre magistrale de David, est indissociable de Dieu. Psaumes 137, versets 5 et 6 : Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite me refuse son service ! Que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies ! * Sa poésie, fervente et lyrique, est tout imprégnée de philosophie, de symbolisme et de surréalisme. Elle a indiscutablement ouvert la voie et donné le ton à d’autres auteurs venus après lui, et qui ont certainement lu ses écrits en grec, en latin ou dans toute autre langue. Ptolémée n’a-t-il pas fait traduire la Bible soixante-dix fois plutôt qu’une ? Certes, Shakespeare avait du divin en lui pour écrire aussi divinement, que dire alors de David qui, vingt-cinq siècles avant lui, maîtrisait merveilleusement bien des figures telles que la métaphore, l’allégorie et la parabole, puisait son matériau dans l’inspiration et la dictée de son Dieu ? La langue de ses Psaumes qui palpite d’une veine poétique infinie, le loge à l’enseigne de l’universel. * Dans ce livre destinée à un lectorat de tout âge, où l’héroïsme grave cède souvent le pas au ton juvénile, parsemé d’envolées chevaleresques, la mise en scène de la vaste trame nourrie d’intrigues, de compositions, de luxures et débauches, comme de moments de prophétie et de lévitation


sublimatoires, est agencée avec la maîtrise incontestable de l’auteur-cinéaste. Sous la plume-caméra de celui-ci, l’enchaînement séquentiel entre plan général et gros plan, entre Jérusalem inexpugnable sur son rocher et la radiance sensuelle d’une Bethsabée dans son bain sur laquelle David darde un regard d’irrépressible radiance sensuelle, sous-tend le livre d’une permanente tension… Ici et là, un travelling effréné restitue les chevauchées fantastiques de David, Joab, Benaïahou et leurs vaillants guiborim, ces guerriers sans peur et sans reproche. Le versant dialogique, quant à lui, occupe une région charnière entre narration et description, active le récit et fonde essentiellement sa composante lexicale sur la strate biblique. L’appoint descriptif dont l’auteur dote sa narration révèle celui-ci dans la richesse de ses projections imaginaires, de sa langue et de son style. Qu’il évoque le faste d’un palais, d’une cérémonie, la beauté d’une concubine ou d’un paysage, l’arrêt sur image est toujours d’un impact impressionnant. Dans la rêverie poétique de Raphaël Lévy, le lecteur pourra, sur le mode tactile, s’insinuer dans le suintement des sèves d’un figuier ou alors, sur le mode objectif, s’humecter des exhalaisons d’un mûrier dans l’air tiède de Judée. C’est dire que l’auteur a investi le faisceau considérable de ses talents pour initier son lecteur, à travers ce roman remarquablement instructif, à l’une des figures centrales du peuple juif, David, au cœur de l’une de ses époques les plus glorieuses.

Le mot de l’auteur Mon souci n’a été que d’écrire une histoire romanesque pour un lectorat de tout âge et de toute confession. Les versets bibliques relatifs à David, si riches en descriptions d’évènements, de comportements et de ca-ractères, ont été mes seules sources pertinentes de docu-mentation. Lorsque cela m’a paru nécessaire, j’ai atténué certaines invraisemblances, rectifié la chronologie des faits et démêlé l’écheveau complexe des personnages en présence. Rien ne pourrait mieux résumer la vie tragique de David que la sourde plainte évoquée dans l’Agamemnon d’Eschyle : Même dans le sommeil, la douleur qu'on ne peut oublier tombe goutte à goutte sur notre cœur. Et dans notre désespoir, contre notre gré, par la grâce terrible de Dieu, nous vient la sagesse. Le David que le lecteur découvrira sera très semblable à celui de la Bible, mais quelque peu empreint de mes convictions ou réticences spirituelles, une démarche inhérente à tout travail d’écrivain. Mon héros, profondément mystique, assume pleinement ses actes. Il prend certaines libertés -et non des moindres- vis-àvis de son Dieu dont il ne craint pas de contester les sentences et à qui il parle d’égal à égal… Tout au long de l’écriture de ce livre, j’ai eu le magnifique privilège de côtoyer un David passionnant, et de recevoir en prime la certitude que ce berger devenu roi d’Israël a véritablement existé. Raphaël A. Lévy, Montréal, janvier 2013



La vie fabuleuse du berger devenu roi d'Israël