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INDISPENSABLE PRIMAIRES* LE TAILLAN EN MEDOC – 4 JUILLET 2009

par
Thierry
MANDON

Depuis 1962, le parti socialiste a perdu 6 élections présidentielles sur 8. Par deux fois, la gauche n’a pas été présente au second tour ; Seul François Mitterrand a su surmonter la fatalité d’une élection conçue par ses pères pour échapper à la gauche. Notre conviction est que ces défaites quasi systématiques ne sont pas le fait du hasard, mais bien le résultat inéluctable d’une inadaptation de notre parti à la logique présidentielle des institutions et aux règles fondamentales que celles-ci font peser sur la vie politique. Une formation politique de type parlementaire avec des courants, des débats permanents, une vie interne envahissante et des rites incompréhensibles est condamnée à l’échec quand vient l’heure de la présidentielle. Gulliver empêtré dans nos propres contraintes, nous abordons avec l’agilité du pachyderme des élections présidentielles au sein d’une société atomisée et bousculée par de nombreuses crises qui demande au contraire, souplesse et capacité d’adaptation permanentes. Notre problème n’est pas tant la permanence de nos débats -c’est après tout une tradition séculaire de notre parti- que leurs effets dévastateurs en terme d’opinion et d’organisation dans une vie politique où la surmédiatisation et l’accélération des rythmes présidentiels augmentent encore les contraintes externes.

* Par « primaires », nous entendrons tout au long de ce papier un processus de primaires larges (3 à 4 millions de participants électeurs de gauche ayant acquitté une modeste contribution), ouvertes (à tous les candidats se réclamant de la gauche réformiste et écologique), organisées er durant le 1 semestre 2011.

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C’est pourquoi nous estimons urgent et impératif « l’externalisation » de la désignation du candidat de la gauche réformiste et écologique. En plaidant pour la dissociation du lieu de sélection du candidat de celui de productions des idées, du projet et de l’organisation, nous proposons une articulation nouvelle entre contraintes présidentielles et tradition parlementaire. Aux primaires ouvertes et populaires de choisir le candidat. Au parti libéré des compétitions pré présidentielles permanentes qui le tétanisent, de se replonger dans les débats d’idées et l’adaptation de son organisation.

Indispensables primaires, de quelque point de vue que l’on se place :

Primaires et présidentielle :  Du point de vue de l’élection présidentielle, la mise en place des primaires, c’est d’abord la certitude de la présence du candidat de la gauche réformiste et écologiste au second tour de la présidentielle. Sélectionné par plusieurs millions d’électeurs, le candidat est assuré d’être le seul challenger crédible du candidat de droite. De ce point de vue, la mise en place des élections primaires fonctionne nécessairement comme une formidable machine à bipolariser ce qui produira immanquablement des conséquences en chaînes. C’est d’ailleurs cette mécanique bipolarisante qui bonifiera en elle-même l’élection présidentielle.  Dès lors que, par le jeu des primaires, s’organise le combat idéologique entre la droite et la gauche, le processus de sélection n’est plus seulement un choix de personnalité et d’image du candidat. Il devient, intrinsèquement, un processus de sélection et d’identification d’un homme -ou d’une femme- et d’un projet. Les exemples étrangers attestent de cette politisation induite par le processus des primaires. Celles qui ont véritablement fonctionné ont permis l’émergence d’un candidat porteur d’un projet marqué (Kennedy, Reagan, Clinton, Obama). En ce sens, la primaire permet de dépasser la dérive sondagière et « peopolisante » de l’actuelle processus de désignation de notre candidat et, accessoirement, met un terme à l’enfantillage qui consiste à croire qu’on peut séparer le projet et le candidat, celui-ci n’étant finalement qu’une sorte de porte voix passif d’un projet préparé ailleurs et avant.  Pour l’opposition, c'est-à-dire pour nous depuis quelque temps, les primaires sont d’ailleurs une chance. Elles jouent un formidable rôle de chambre d’écho de nos propositions, de nos critiques et de notre vision. Pendant plusieurs mois, elles organisent le contrepoint de la toute puissance médiatique du pouvoir en fixant par elle-même un agenda différent (choix des thèmes, événements…) avant la campagne présidentielle et sans concurrence. Portant sur les principales préoccupations du français et arbitrées par plusieurs millions d’entre eux, elles obligent aux différenciations de fond entre les candidats bien sûr, mais aussi et surtout vis-à-vis de l’adversaire. On observe d’ailleurs souvent qu’au cours de leur déroulement, les postulants convergent peu ou prou vers une vision commune de leur projet et une différenciation marquée d’avec celle de l’autre camp. De quelle autre possibilité de crédibiliser une alternance possible en 2012 pouvons nous disposer aujourd’hui ?

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D’ailleurs, parmi les résistants à la mise en place des primaires, bien peu contestent l’intérêt que celles-ci représentent pour augmenter nos chances de succès présidentiels : Quelques critiques sur le coût de l’affichage de divisions entre candidats devant l’opinion, mais personne ne va heureusement jusqu’à prétendre que la procédure de désignation par le parti en est épargnée ! Les réfractaires aux primaires vont plutôt chercher leurs arguments du point de vue des risques supposés de cette procédure sur le parti lui-même. Nous pensons au contraire que les primaires sont une chance pour le parti.

Primaires et parti :  Celles-ci fonctionnent d’abord comme une session de rattrapage du décalage sociologique existant entre notre parti et notre corps électoral. Comment transformer le candidat issu d’une formation politique où les retraités et les salariés de la fonction publique sont très largement majoritaires en un représentant des couches salariées du secteur privé et des jeunes dont nous sollicitons les suffrages ? Comment rendre crédible un candidat qui, pour être désigné, a du mener un combat éreintant devant des militants aussi différents de notre corps électoral ? Comment finalement rapprocher ceux qui choisissent notre candidat et ceux qui, le moment venu, devront lui apporter leur suffrage pour en faire le Président de la République ? Les primaires sont ce pont entre militants et électeurs de gauche ; elles sont une chance unique pour le parti d’élargir sa base sociale durant toute la procédure des primaires et dans la foulée de celles-ci. Elles n’enlèvent rien au parti, au contraire, elles proposent de lui ajouter.  Du point de vue de l’élaboration d’un projet, les primaires sont aussi une opportunité pour notre parti. Dans l’actuelle procédure de désignation militante, tous les débats de fond sont biaisés par la perspective de la compétition pour l’investiture : Instrumentalisation des débats d’idées par les postulants, différenciations factices, compétitions absurdes pour n’être jamais débordé sur sa gauche : Le véritable travail programmatique est paralysé par les enjeux futurs de la désignation. La conscience de cet effet pervers est telle que le parti préfère ne plus travailler plutôt que de s’épuiser en vains efforts d’une réflexion pervertie par avance ! Dans un parti libéré par les primaires des guerres de positionnement entre postulants à l’investiture, le travail programmatique redevient authentique. Pour conserver un rôle moteur, le parti doit nécessairement redevenir un lieu d’élaboration programmatique puissant. Renforcement des procédures de travail participatif, développement des capacités d’expertise, outil de généralisation de pratiques innovantes développées par nos élus locaux, organisation du transfert de politiques publiques mises en œuvre à l’étranger… autant de terrains nouveaux pour le parti. Le choix des primaires pour pouvoir travailler vraiment au projet : C’est notre conviction profonde.

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 De la même façon, la mise en place des primaires oblige à revoir nos modes d’interventions et nos pratiques. Le parti sous primaires doit nécessairement s’élargir, il doit ressembler beaucoup plus à son corps électoral ce qui implique une véritable révolution dans nos façons d’accueillir les nouveaux militants, de faire évoluer nos rites internes, de développer des outils de communication et de participation modernes. Il devra aussi, à terme, devenir le parti de toute la gauche, la bipolarisation induite par la mécanique des primaires nécessitant une déclinaison dans un parti ou un mouvement de la gauche réformiste et écologique : Bref. Loin de menacer le parti, les primaires fonctionnent au contraire comme un puissant levier pour sa refondation. Indispensables primaires. Pour espérer gagner une élection présidentielle, pour renouveler le parti socialiste. Surtout et avant tout pour donner à toute la gauche réformiste et écologique des raisons d’espérer que pour 2012 tout n’est pas déjà joué.

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Indispensable Primaire  

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