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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus Trajectoires d’évolution et pratiques de recours au crédit des ménages dans la Province de Phú Th!, Nord-Vietnam

Exemple du crédit en appui à l’élevage de porcs engraisseurs de Sourires d’Enfants Communes de Long C!c, Thu Cúc et Y"n L#$ng Mémoire présenté par :

TRISTAN BERCHOUX Stage d’Année de Césure Tutorée Ingénieur SAADS – DARS Montpellier SupAgro Promotion 09

Maître de stage : Thomas JAN, SOURIRES D’ENFANTS Encadrant scientifique : Guillaume DUTEURTRE, CIRAD Enseignant tuteur : Betty WAMPFLER, MONTPELLIER SUPAGRO

Février 2012


MONTPELLIER SUPAGRO INSTITUT DES RÉGIONS CHAUDES

SOURIRES D’ENFANTS REPRÉSENTATION AU VIETNAM

CIRAD DÉLÉGATION ASIE DU SUD-EST

1101 Avenue Agropolis 34 090 Montpellier, France

Gia Lâm, Long Biên Hanoi, Vietnam

V!n Phúc, 298 Kim Mã Hanoi, Vietnam

L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus Trajectoires d’évolution et pratiques de recours au crédit des ménages dans la Province de Phú Th!, Nord-Vietnam

Exemple du crédit en appui à l’élevage de porcs engraisseurs de Sourires d’Enfants Communes de Long C!c, Thu Cúc et Y"n L#$ng Mémoire présenté par :

TRISTAN BERCHOUX Stage d’Année de Césure Tutorée Ingénieur SAADS – DARS Montpellier SupAgro Promotion 09

Maître de stage : Thomas JAN, SOURIRES D’ENFANTS Encadrant scientifique : Guillaume DUTEURTRE, CIRAD Enseignant tuteur : Betty WAMPFLER, MONTPELLIER SUPAGRO

Février 2012


L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

RÉSUMÉ L’Organisation de Solidarité Internationale Sourires d’Enfants œuvre au Vietnam avec pour propos l’appui à la scolarisation et à la santé des enfants des minorités ethniques. Les communautés impliquées sont les ethnies M"#ng, Dao et H’Mông, qui sont des populations rurales implantées dans les montagnes. La marginalisation géographique et socio-économique qu’elles subissent les place parmi les populations rurales les plus isolées et les plus pauvres du pays. À cet isolement s’ajoute une difficulté pour ces communautés à accéder aux capitaux financiers nécessaires pour investir et se développer économiquement. Dans ce contexte, Sourires d’Enfants a mis en place un service de microcrédit en appui à l’élevage de porcs engraisseurs, pour permettre aux ménages de se développer économiquement via le renforcement de leurs systèmes d’élevage. Le crédit mis en place est appuyé par un accompagnement technique basé sur des formations destinées à transmettre aux bénéficiaires des bases sur la conduite d’un élevage porcin. L’appui économique des ménages les plus pauvres est indispensable dans ces régions où l’accès au crédit reste problématique. C’est en effet une des seules opportunités possibles à ces familles pour développer leurs facteurs de production et entrer dans un développement économique durable afin de commencer à accumuler.

MOTS-CLÉS : VIETNAM, MICROCRÉDIT, RECOURS AU CRÉDIT, STRATÉGIES DE FINANCEMENT, ÉVOLUTION, TRAJECTOIRE DE VIE, ÉLEVAGE DE PORCS, VULNÉRABILITÉ

ABSTRACT “Sourires d’Enfants”, a French International Solidarity Organization has been working in Vietnam for ethnic minorities’ children education and health. The populations involved in the projects of the NGO are rural populations living in the mountains: the ethnic minorities M"#ng, Dao and H’Mông. These populations are geographically and socio-economically isolated, and therefore are ones of the poorest country’s populations. Moreover, it is difficult for these communities to get access to a credit in order to invest, though this access is essential for households to develop themselves. This economic situation has led “Sourires d’Enfants” to carry out a microcredit for the poorest families of the communes. The payees who undertake the credit have to start a pig’s livestock farming, and have to attend trainings about how to run a livestock farming. Supporting economically the poorest households is necessary in these regions. Actually, to obtain a credit there is still problematic. Moreover, it is one of the only opportunities for these families to develop theirs production’s factors and to start a sustainable development.

KEYWORDS: VIETNAM, MICROCREDIT, CARRY OUT A CREDIT, FINANCING STRATEGIES, EVOLUTIONS, HOUSEHOLD’S LIFE CAREERS, PIGS BREEDING, VULNERABILITY


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S OMMAIRE

Sommaire .................................................................................................................................................. i! Liste des abréviations .............................................................................................................................. ii! Remerciements ........................................................................................................................................ iii!

INTRODUCTION ................................................................................................................................. 1! 1.! CONTEXTE DE L’ÉTUDE, PROBLÉMATIQUE ET MÉTHODOLOGIE .............................................. 2! 1.1.! CONTEXTE ..................................................................................................................................2! 1.2.! PROBLÉMATIQUE......................................................................................................................15! 1.3.! MÉTHODOLOGIE .......................................................................................................................18! 1.4.! LIMITES DE L’ÉTUDE ................................................................................................................29! 2.! ÉTAT DE L’OFFRE DE FINANCEMENT EN MILIEU RURAL ......................................................... 31! 2.1.! LE SECTEUR FORMEL ................................................................................................................31! 2.2.! LE SECTEUR SEMI-FORMEL.......................................................................................................39! 2.3.! LE SECTEUR INFORMEL ............................................................................................................44! 2.4.! L’ACCÈS AU CRÉDIT EN MILIEU RURAL ....................................................................................52! 3.! ANALYSE DES ÉVOLUTIONS ..................................................................................................... 53! 3.1.! IDENTIFICATION DES ÉVOLUTIONS AFFECTANT LA VULNÉRABILITÉ D’UN MÉNAGE ...............53! 3.2.! STRATÉGIES DE FINANCEMENT MISES EN ŒUVRE PAR LES MÉNAGES .....................................65! 3.3.! TYPOLOGIE D’ÉVOLUTION .......................................................................................................80! 4.! ANALYSE DES TRAJECTOIRES DE VIE ...................................................................................... 85! 4.1.! IDENTIFICATION DU CONTEXTE AMBIANT ...............................................................................85! 4.2.! TRAJECTOIRES DE VIE ..............................................................................................................88! 5.! RÉFLEXIONS SUR L’ÉTUDE ET PERSPECTIVES ........................................................................ 96! 5.1.! ÉVALUATION DU CRÉDIT SOURIRES D’ENFANTS .....................................................................96! 5.2.! ÉVOLUTION, SÉCURISATION DES MÉNAGES ET CRÉDIT EN APPUI AU PETIT ÉLEVAGE ...........103! CONCLUSION ................................................................................................................................ 109! Bibliographie ........................................................................................................................................111! Références Internet ...............................................................................................................................113! Table des illustrations ..........................................................................................................................114!

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L ISTE DES ABRÉVIATIONS AB / VBARD : Agribank

PACCOM : Comittee

ACP : Analyse en Composante Principale

People’s

Aid

Coordinating

AFD : Agence Française de Développement

PNUD / UNDP : Programme des Unies pour le Développement

Nations

ASV : Agents de Santé des Villages

SDE : Sourires d’Enfants

AVSF : Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières

PCP : Pôle de Compétence en Partenariat PCV : Parti Communiste Vietnamien

CE : Comité d’Entreprise

RCP : Réseaux Thématiques régionaux de Compétence en Partenariat

CIRAD : Centre de coopération International en Recherche Agronomique pour le Développement

SAU : Surface Arable Utile

FAO : Food and Agriculture Organization

TC : Commune de Thu Cúc

GRET : Groupe de Recherche et d’Échanges Technologiques

UF : Union des Femmes UP : Union des Paysans

HADEVA : H% Tr& Phát Tri'n Nông Nghi(p

UJ : Union des Jeunes

IMF : Instituts de Micro Finance

UV : Union des Vétérans

LC : Commune de Long C$c MAEE : Ministère des Affaires Étrangères et Européennes

VBSP : Viet Nam Bank for Social Policy (Banque Vietnamienne des Politiques Sociales)

OMS : Organisation Mondiale de la Santé

VSI : Volontariat de Solidarité Internationale

ONG : Organisation Non Gouvernementale

VND : !"ng vietnamien

OSI : Organisation Internationale

YL : Commune de Y#n L$%ng

de

Solidarité

1 euro = 27 000 – 30 000 %&ng 1 sào = 360 m2 Salaire mensuel moyen au Vietnam (brut) = 2 500 000 %&ng Ménage pauvre :

!"#"$%&!!"#$%"&$ !"#$%&&"$

! 400 000 %&ng par mois et par personne

Prix du porc à la vente = 60 000 %&ng par kg Prix du porc à l’achat = 90 000 %&ng par kg Cycle d’engraissement d’un porc (10 kg ! 60 kg) = 4 mois

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R EMERCIEMENTS Tout d’abord, je tiens à exprimer ma gratitude à l’ensemble des familles des Communes de Long C$c, Thu Cúc et Y'n L"(ng pour leur accueil chaleureux lors des entretiens de longue durée, et pour avoir toujours trouvé du temps pour réaliser ces échanges, et ce malgré leurs obligations. Je leur sais gré d’avoir répondu à ces longs entretiens, parfois très personnels, et d’avoir été généreux à nul autre pareil, d’autant plus que ces études peuvent leur sembler être très déconnectées de leur réalité et de leurs besoins. Afin de les remercier, les portraits des ménages enquêtés pour les Histoires de Vie sont présentés en ANNEXE 7, 8 et 9. De même, je souhaite adresser ma reconnaissance aux Unions des femmes et aux Comités Populaires des Communes de Long C$c, Thu Cúc et Y'n L"(ng pour m’avoir permis de réaliser cette étude, malgré quelques réticences initiales, et d’être venus assister à la restitution finale. Je remercie aussi les districts de Thanh S(n et de Tân S(n. Dans un deuxième temps, je souhaite remercier du fond du cœur Lê Th) D"(ng, qui a été chargée de l’interprétariat pour toute cette étude, et sans qui rien de tout cela n’aurait été possible. Je lui sais gré d’avoir été diplomate à toute épreuve et d’avoir dû endurer des entretiens délicats à mener. De plus, je tiens à lui exprimer ma gratitude pour son aide et son caractère attentionné qu’elle a eu même en dehors des entretiens. Enfin, je lui suis très reconnaissant pour m’avoir parfaitement fait découvrir la culture vietnamienne, tout en devant gérer la logistique des missions. Je lui souhaite mes meilleurs vœux pour la suite. Ma gratitude va pleinement à Thomas Jan, tant pour l’aspect professionnel que personnel. Je le remercie de m’avoir accueilli si chaleureusement, d’avoir mis à ma disposition les moyens logistiques à la réalisation de l’étude et de m’avoir encadré avec une très bonne pédagogie et de m’avoir accompagné tout au long de ces dix mois, tout en me laissant une certaine autonomie. Au-delà de l’aspect professionnel, je le remercie pour sa générosité et sa gentillesse, et je lui adresse mes meilleurs vœux pour la réussite de son nouveau projet. J’adresse aussi ma reconnaissance à Luan pour son sourire et son accueil chaleureux à toute épreuve. Ensuite, je souhaite adresser ma reconnaissance à toute l’équipe de Sourires d’Enfants pour m’avoir intégré à part entière en son sein. Je remercie notamment Trang pour sa gentillesse et générosité dans le cadre du travail comme en dehors, Ch) Quy pour m’avoir toujours intégré malgré la barrière de la langue et à qui j’adresse mes félicitations pour la naissance de son bébé, Tuyên pour m’avoir permis d’être assimilé au sein des tables lors de réunions sur le terrain, et enfin Th"(ng pour m’avoir expliqué tous les secrets de la musique vietnamienne. J’aimerais remercier aussi Guillaume Duteurtre pour son accompagnement tout au long de l’étude, pour m’avoir introduit à de nombreux chercheurs du CIRAD et du RUDEC, et pour avoir mis à ma disposition un bureau. Au-delà du côté professionnel, je le remercie de m’avoir fait découvrir l’opéra de Hà N*i, de m’avoir appris beaucoup de choses sur les pagodes et d’avoir grandement facilité mon installation et découverte du Vietnam. Merci également à Betty Wampfler et Elisabeth Rasse-Mercat pour leurs conseils et leur suivi à distance de l’étude durant toute la durée du stage. Je souhaite aussi adresser ma reconnaissance à Guillaume Duteurtre, Betty Wampfler ainsi qu’à Thomas Jan pour m’avoir permis de réaliser ce stage et de m’avoir fait entièrement confiance malgré le fait que je n’avais pas encore atteint le niveau de Master 2. Enfin, j’aimerais remercier Axel, Angela, Perrine, Franck, Giugiu, Natalie, Francesco, Max, Huong, Trang, Marcelo, Madli, Ing, Xavier, Mickael, Shweta, Johannes, Nathan, Victor, Kevin, Viktor, Jérémie, Ambra, Uri, Michelle, BB, Thu (i, La Maison Th)nh Hào 1, ainsi que Hien pour avoir fait de ces dix mois au Vietnam une expérience très enrichissante et surtout inoubliable. Je remercie aussi ma mère, mon père ainsi que mon frère et Claire pour leur soutien et leurs encouragements, ainsi que pour avoir quitté la douceur provençale pour venir me voir à Hà N*i.

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INTRODUCTION Cette étude s’inscrit dans la continuité de la collaboration entre l’Organisation de Solidarité Internationale (OSI) Sourires d’Enfants et le CIRAD. Elle a été menée sur les Communes de Long C$c, Thu Cúc et Y'n L"(ng, dans la région montagneuse de la Province de Phú Th+, localisée dans le nord du Vietnam. L’OSI a pour propos l’appui à la scolarisation et à la santé des enfants des minorités ethniques de ces Communes. Les communautés impliquées sont les ethnies M"#ng, Dao et H’Mông, qui sont des populations rurales implantées dans les montagnes. La marginalisation géographique et socio-économique qu’elles subissent les place parmi les populations rurales les plus isolées et les plus pauvres du pays. À cet isolement s’ajoute une difficulté pour ces communautés d’accéder aux capitaux financiers nécessaires pour investir et se développer économiquement. Dans le dessein de pérenniser ses actions, l’OSI a mis en place un volet destiné au développement économique des ménages des parents d’élève. Celui-ci consiste à proposer un crédit en appui à l’élevage de porcs engraisseurs. À cet appui économique s’ajoute un accompagnement technique, puisque un partenariat a été établi entre Sourires d’Enfants et une coopérative de conseil en agriculture, HaDevA. L’accompagnement consiste à dispenser des formations sur les bases de l’élevage, et est destiné à tous les bénéficiaires du crédit. Les risques pouvant être générés par le recours au crédit combiné à la complexité systémique des ménages, ont conduit l’OSI à une volonté d’accroître les connaissances sur le fonctionnement économique de ces populations et de les mettre en relation avec les impacts que peuvent engendrer les pratiques de recours au crédit sur la vulnérabilité des ménages. L’objet de cette étude est donc de comprendre quels sont les impacts d’un microcrédit en appui à l’élevage sur les revenus, l’endettement et la vulnérabilité des ménages, tout en renforçant la compréhension des pratiques de recours au crédit des populations étudiées. À terme, l’objectif est de comprendre si l’appui à l’élevage grâce au microcrédit peut permettre de renforcer économiquement les ménages, et de façon durable dans le temps. Pour répondre à ces questions, l’étude a été découpée en deux temps. Dans un premier temps, l’étude, à travers la réalisation d’entretiens de compréhension, a permis d’identifier les pratiques de recours au crédit des ménages sur le long terme, et de comprendre l’insertion de celles-ci dans les évolutions que traversent les ménages. Ces enquêtes ont permis de dresser une typologie d’évolution, prenant en compte la variation inculquée au ménage ainsi que la stratégie qu’il mettait en place pour y faire face. Une deuxième analyse de ces enquêtes, basée sur une intégration de cette typologie d’évolution sur le long terme, a permis de dresser une typologie des ménages selon leur trajectoire de vie, au travers de leurs potentialités pour mesurer s’ils s’inscrivent dans un processus d’augmentation de leur vulnérabilité ou, au contraire, de réduction. Suite à cette première étude qualitative, une étude quantitative conduite à l’aide de questionnaires fermés, a permis de confirmer ces typologies, ainsi que d’étoffer les connaissances sur l’offre et les pratiques de recours au crédit des ménages sur la zone d’étude. Cette enquête a été intégrée à l’analyse de la première, afin de justifier quantitativement les résultats. Le dernier volet de cette étude est consacré à l’évaluation du crédit proposé par Sourires d’Enfants, par le biais d’un recoupement des différents résultats mis en évidence dans les premiers volets. L’objectif de cette dernière partie est de dresser un bilan sur l’efficacité d’un tel crédit en fin de projet. Pour conclure l’étude, des pistes de réflexion et des enseignements à tirer pour les acteurs locaux sont exposés.

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1. CONTEXTE

DE MÉTHODOLOGIE

L’ÉTUDE,

PROBLÉMATIQUE

ET

1.1. CONTEXTE 1.1.1. Structures d’accueil 1.1.1.1. Sourires d’Enfants 1.1.1.1.1. Historique L’association Sourires d’Enfants (SdE) s’est créée en 1996, suite au voyage au Vietnam de deux françaises, Florence Nguyen-Rouault et Muriel Provost, et à leur rencontre avec un ethnologue vietnamien, Lâm Le Quang. Ils firent le constat suivant : les enfants des minorités ethniques, qui ne parlent pas la langue nationale, sont exclus ou rejetés du système scolaire. C’est de ce constat que l’association est née. S’ensuit alors un premier projet basé au centre du Vietnam, de 1997 à 2002. Quatre jardins d’enfants (pouvant accueillir 350 enfants par an) ont été construits dans la région des Hauts plateaux du centre (provinces de Kon Tum et de Gia Lai). Cependant, suite à des tensions politiques, les autorités locales demandent à l’OSI de suspendre ses activités et de quitter la région en 2002. En 2003, Nadine Collonge devient présidente de l’association en France et recrute Thomas Jan comme responsable permanent de SdE au Vietnam. L’OSI recentre alors ses activités sur le nord du Vietnam, dans la province de Phú Th+. Un premier projet pilote voit le jour en 2003 dans le district de Yên L,p, et aboutit à la construction d’une école maternelle pouvant accueillir 50 à 60 enfants. En 2005, un second projet voit le jour dans la commune de Thu Cúc (district de Tân S(n) avec l’ouverture d’une école dont la capacité d’accueil est plus importante (100 à 120 enfants). Puis en 2006, six écoles sont construites dans la commune de Yên S(n, permettant à 450 enfants d’être scolarisés. Depuis 2008, le projet « 3C » est à l’œuvre dans les communes de Thu Cúc, Long Cóc (district de Tân S(n) et Y'n L"(ng (district de Thanh S(n).

Figure 1 : Carte des projets de Sourires d'Enfants (Source : SdE)

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1.1.1.1.2. Structure 1.1.1.1.2.1. L’association Sourires d’Enfants en France L’association en France n’est constituée que de bénévoles. Elle compte environ 300 adhérents et est dirigée par un conseil d’administration composé de 12 membres. Cette association loi 1901 a son siège social basé à Grenoble, au domicile de la présidente Nadine Collonge. Cependant, l’association fonctionne sur deux pôles : l’un à Grenoble, l’autre à Paris. Le Bureau de l’association est constitué de quatre personnes : une présidente (Nadine Collonge), un vice-président (Christian Thivillon), une trésorière (Annie-Claude Baucher) et une secrétaire (Roselyne Decay). L’équipe française se charge de la communication, de la promotion et de la recherche de fonds par l’organisation d’évènements (soirées, concerts, marchés, etc.) et la recherche de partenariats et sponsorings. 1.1.1.1.2.2. La structure Sourires d’Enfants au Vietnam La structure Sourires d’Enfants au Vietnam est située à Hà N*i. Elle se charge de la mise en œuvre des projets sur le terrain. Le siège est situé au domicile de Thomas Jan, le responsable permanent de l’OSI au Vietnam. L’équipe qu’il encadre se compose de 5 personnes : -

Trang, assistante de Thomas ; Quy, pharmacienne pour le volet « santé » ; Tuyên, vétérinaire pour le volet « élevage » ; Th"(ng, chargée de crédit pour le volet « microcrédit » ; D"(ng, interprète pour appuyer les stagiaires.

1.1.1.1.3. Contexte institutionnel L’OSI Sourires d’Enfants bénéficie de nombreux partenaires en France et sur le terrain. Ils peuvent-être financiers, scientifiques ou encore techniques. 1.1.1.1.3.1. Partenaires en France Sourires d’Enfants a pu bénéficier d’un appui financier de la part du Ministère des Affaires Étrangères et Européennes (MAEE) pour son projet « 3C ». Le MAEE a en effet cofinancé à 45 % ce projet. D’autre part, les projets de SdE sont soutenus par différentes institutions : l’association CDC Tiers Monde, le groupe VIVARTE, le CE de Hewlett Packard Grenoble, ainsi que le CE ST Micro de Grenoble. Enfin, l’OSI La Guilde Européenne du Raid s’est engagée à proposer un statut de VSI aux volontaires français de SdE qui sont sur le terrain, par le biais du portage salarial. 1.1.1.1.3.2. Partenaires au Vietnam Tout d’abord, SdE bénéficie du soutien local de l’ambassade de France. D’autre part elle s’inscrit dans le tissu des OSI françaises présentes sur Hà N*i, en participant à une plateforme informelle où se retrouvent régulièrement des structures telles que le GRET, AVSF, l’AFD, Médecins du monde, Handicap International, pour échanger et capitaliser sur leurs expériences et difficultés. D’autre part, un partenariat avec le CIRAD a été établi dans le cadre du projet « 3C ». Celui-ci, représenté par Guillaume Duteurtre, encadre une étude portant sur la vulnérabilité des ménages et leur capacité d’autofinancement.

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SdE doit également entretenir des liens étroits avec les autorités du pays. L’administration vietnamienne est organisée sur 4 échelons décentralisés : au niveau national, provincial, du district, et enfin de la commune. Au niveau national, SdE doit œuvrer avec le PACCOM (People’s Aid Coordinating Comittee), un organisme gouvernemental qui coordonne et contrôle les activités des OSI travaillant au Vietnam. SdE doit ainsi obtenir, tous les ans, un permis d’activité auprès de celui-ci. À l’échelle provinciale, l’OSI a signé une Entente de Principe de Coopération avec le Comité Populaire de la Province de Phú Th+. Ce document autorise le travail de SdE et lui garantit l’accès aux communes des districts de Thanh S(n et Tân S(n. Au niveau local, l’OSI œuvre avec les Comités Populaires et les Unions des Femmes des communes de Thu Cúc, Long Cóc, et Y'n L"(ng, notamment en organisant un Comité de Gestion du projet tous les 3 mois qui réunit ces deux acteurs ainsi que les chefs de village et les parents d’élèves. 1.1.1.1.4. Domaines d’intervention 1.1.1.1.4.1. Le volet « Éducation » C’est sur ce volet là que s’est bâtie l’action de SdE. L’OSI développe en effet des écoles maternelles de proximité pour les enfants de 3 à 6 ans. Cette envie de travailler dans l’éducation des minorités ethniques vient du constat suivant : très peu d’enfants issus de ces minorités intègrent les écoles primaires à l’âge de 6 ans. En effet, la plupart d’entre eux ne parlent que le dialecte de leur ethnie. Or, l’examen d’entrée de ces écoles se fait en langue Kính. Il est donc très difficile pour ces enfants de poursuivre leur scolarité. C’est pourquoi SdE a décidé d’agir sur ce volet. Les différents objectifs sont : -

permettre aux enfants issus des minorités ethniques de rentrer à l’école primaire dans de meilleures conditions d’éducation, en leur assurant une préscolarisation en école maternelle ; leur donner des bases en langue Kính, afin qu’ils puissent s’intégrer plus facilement dans le système scolaire ; donner un encadrement sécurisant et des horaires réguliers aux enfants qui, sans école, sont livrés à eux-mêmes, et dégager ainsi du temps aux parents pour travailler aux champs ; montrer l’importance de l’éducation aux parents afin qu’ils envoient leurs enfants à l’école de façon régulière ; pérenniser ce service d’éducation en formant des jeunes filles issues du village pour qu’elles deviennent institutrices.

1.1.1.1.4.2. Le volet « Santé » Le second volet sur lequel œuvre SdE porte sur l’amélioration de la santé et de la nutrition des enfants de moins de 6 ans. Les actions sont axées sur l’aménagement de cantines dans les écoles pour les enfants, sur l’organisation d’ateliers de sensibilisation pour les mères, ainsi que sur la mise en place de visites médicales régulières. Les différents objectifs sont : -

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garantir aux enfants l’accès à une nourriture équilibrée afin de réduire le risque de carence alimentaire ;

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améliorer le suivi de la santé des enfants de moins de 6 ans (vaccinations, pesée, etc.) afin de prévenir les maladies bénignes et assurer l’accès à des soins plus importants en cas de maladie plus grave ; garantir l’accès aux médicaments au niveau local ; sensibiliser les parents à l’importance de la santé et du suivi de leur enfant ; renforcer les compétences médicales locales (mise en place et formation d’infirmières scolaires).

1.1.1.1.4.3. Le volet « Développement économique » Ce dernier volet d’action de SdE a pour but d’améliorer la situation économique des parents en les incitant à mettre en place des activités génératrices de revenus (élevage, agriculture). Pour cela, l’OSI propose un service de microcrédits couplé à un appui technique (formation et suivi). L’objectif de ce 3ème volet est d’inscrire les actions de scolarisation, de santé et de nutrition des enfants dans la durée. En effet, la scolarisation et la prise en charge des repas coûtent cher aux familles. Ainsi, la finalité de ce dernier volet est que les familles soient capables de prendre en charge les frais de cantine et d’alimentation de leurs plus jeunes enfants. Le microcrédit proposé est octroyé si et seulement si la famille fait partie des familles pauvres de la commune ; si elle a au moins un enfant scolarisé dans une des écoles du projet ; et si elle s’engage à utiliser ce crédit pour la mise en place d’une activité génératrice de revenus (élevage, agriculture) et à suivre les formations proposées. 1.1.1.1.5. Le projet « 3C » Le projet « 3C » ou « 3 Communes » a été initié le 1er Octobre 2008, et porte sur 3 communes de la province de Phú Th+ : -

la commune de Y'n L"(ng dans le district de Thanh S(n, où aucune maternelle n’existait ; la commune de Long Cóc dans le district de Tân S(n, où les villages isolés sont négligés du système scolaire officiel ; la commune de Thu Cúc dans le district de Tân S(n, où les écoles construites n’ont pas de politique en matière de santé et nutrition.

Au total, 16 écoles ont été construites pour la rentrée 2009 afin d’accueillir 720 enfants. 1.1.1.1.5.1. Financement du projet Le projet a un budget de 708 000 -, et est cofinancé par trois acteurs : -

le MAEE qui finance 45 % du projet (318 600 -) ; les autorités vietnamiennes (Comités Populaires des deux districts et des trois communes) financent quant à elles 40 % du budget total (283 200 -) ; l’OSI SdE qui finance les 15 % restants (106 200 -) grâce à ses fonds propres.

Le projet est cogéré avec les autorités locales et les associations de masse (Union des femmes), et doit être autonome et autofinancé au bout des 4 ans. 1.1.1.1.5.2. Comités de Gestion Tous les 3 mois sont organisés des Comités de Gestion. Ceux-ci servent à rendre compte des avancées du projet, des problèmes rencontrés, ainsi que des activités à venir. Un bilan de fonctionnement et de comptabilité est dressé à cette occasion. Ainsi, les Comités Populaires de la province, du district et de la commune, le service d’éducation provincial, l’Union des femmes, les chefs de village, etc., sont tenus au courant des avancées du projet.

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D’autre part, ces réunions entrent dans la démarche de pérennisation des actions de SdE, et d’appropriation par les populations des activités proposées. Cette structure officielle est destinée à se maintenir après le retrait de l’OSI. Ce comité est placé sous la responsabilité du président du Comité Populaire de la commune et d’un vice président/trésorier qui est le directeur des écoles maternelles de la commune. Ce comité est régi par un règlement interne et se réunit chaque trimestre. 1.1.1.1.5.3. Actions sur le volet « Éducation » L’action de SdE est portée sur le financement de la construction des bâtiments scolaires, ainsi que leur aménagement (ventilateurs, réserves d’eau, cuisines équipées, toilettes, chambres pour les institutrices, aires de jeux, etc.). L’OSI a ainsi débloqué 790 000 000 %&ng pour la commune de Thu Cúc, 440 000 000 %&ng pour la commune de Long Cóc, et enfin 777 000 000 %&ng pour la commune de Y'n L"(ng. D’autre part, SdE prend en charge la formation des institutrices, et a créé une caisse de solidarité au sein des écoles, gérée par les maîtresses. Le principe est le suivant : les parents mettent chaque mois une somme d’argent dans cette caisse, qui servira à payer les repas (6 000 %&ng / repas) aux enfants des familles les plus pauvres. Les institutrices sont employées par le gouvernement vietnamien en Contrat à Durée Indéterminée (CDI). 1.1.1.1.5.4. Actions sur le volet « Santé » Les activités de SdE consistent à former des Agents de Santé des Villages (ASV) et à évaluer le suivi de croissance qu’ils réalisent ainsi que celui réalisé par les institutrices. L’OSI organise aussi des visites médicales pour les enfants scolarisés durant l’année scolaire. D’autre part, SdE organise des formations aux institutrices. Celles-ci portent sur les protocoles hygiéniques, la nutrition, les soins aux enfants, ou encore sur la santé des enfants. L’OSI subventionne la mise en place d’arbres fruitiers à l’école (pour enrichir le service de cantine), l’achat de matériel hygiénique et de détergents. À l’heure actuelle, certaines actions sont encore en cours, comme la subvention d’une pharmacie par école ainsi que la formation des institutrices sur la gestion et l’utilisation de celle-ci. D’autre part, SdE souhaite mettre en place des générateurs de revenus pour les écoles, afin d’assurer à l’école une caisse pour répondre à ses dépenses, et ainsi entrer dans une démarche de pérennisation. La mise en place de ce générateur se base sur l’octroi d’une subvention de 2 millions de %&ng aux institutrices pour l’achat de 3 porcs. Elles sont ensuite chargées de l’élevage, et doivent verser 25 000 %&ng par mois et par porc dans la caisse. Ce projet a été discuté lors du Comité de Gestion de Juin, et seules les institutrices de la commune de Thu Cúc se sont lancées dans la mise en place de ce générateur de revenus pour les écoles. Un projet de création de Groupes de Mères a aussi été mis en place dans ce volet « santé ». Le principe est le suivant : les mères qui le souhaitent se rassemblent en groupe, et mettent en place des activités comme la culture de maïs, riz ou manioc, ou encore l’élevage de poissons ou de porcs. Si le groupe est suffisamment dynamique, il recevra alors une subvention. Le produit des activités mises en place est ensuite divisé entre les participantes. 1.1.1.1.5.5. Actions sur le volet « Développement économique » Le microcrédit proposé par SdE est un crédit dédié à la mise en place par le ménage d’une activité génératrice de revenus. Les ménages peuvent la choisir dans un panel d’activités (élevage de différents animaux, différentes cultures), la décision leur revenant. Malgré cette multiplicité

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d’activités proposées, seul l’engraissement de porcs blancs (porcs F1) a été choisi par les bénéficiaires. 1.1.1.1.6. Le microcrédit SdE 1.1.1.1.6.1. Bénéficiaires Les bénéficiaires sont choisis par l’Union des femmes, selon les critères établis par SdE. Ils sont ensuite regroupés par groupe de 12 à 20 familles. Les critères SdE sont les suivants : -

le bénéficiaire doit être un parent d’élève d’une des écoles du projet ; le bénéficiaire doit être sur la liste des familles pauvres du Comité Populaire ; le bénéficiaire doit s’engager à adhérer aux services de formation et de suivi-conseil proposés dans le cadre du projet ; cependant, si le groupe n’a pas atteint sa taille minimum, l’UF peut étendre ces critères mais le choix devra nécessairement être validé par SdE.

Ce dernier point est en réalité un prétexte pour pouvoir intégrer dans les groupes les plus pauvres, une proportion de bénéficiaires riches (qui représentent environ 20 % des bénéficiaires). L’objectif est de dynamiser le groupe, en incluant des éléments « moteurs » (personnes riches, ayant une certaine notoriété locale : chefs de village, personnes clefs et incontournables de la communauté). 1.1.1.1.6.2. Mise en place du service de microcrédit Le crédit Le crédit est décliné en deux différentes formes, l’une étant pour les ménages ayant déjà une porcherie, l’autre étant pour ceux n’en ayant pas encore. -

1,7 millions %&ng: achat de 2 porcs blancs sur 6 cycles, sans porcherie ;

Le versement s’est effectué en une seule fois le 1er Juillet 2010. -

2 millions %&ng : achat de 2 porcs blancs sur 6 cycles, avec porcherie.

Le versement s’est fait en deux fois : o un premier versement de 300 000 %&ng pour la construction de la porcherie. Il a eu lieu 2 semaines avant le début du cycle pour permettre aux ménages de construire la porcherie avant l’arrivée des porcs ; o un second versement de 1,7 millions %&ng pour l’achat des porcs, le 1er Juillet 2010

Thu Cúc Long Cóc Y'n L"(ng « 3C »

1,7 millions %&ng 86 95 110 291

2 millions %&ng 144 59 50 253

Total 230 154 160 544

Tableau 1 : Nombre de ménages ayant reçu le microcrédit SdE (Source : SdE)

Le taux d’intérêt a été fixé à 0,6 % par mois par SdE en accord avec l’Union des femmes. La moitié des intérêts est destinée à alimenter une caisse de risque, l’autre moitié étant perçue par l’UF pour ses frais de gestion du crédit.

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Le remboursement se fait après chaque vente de porcs, et la somme est décroissante au fur et à mesure des cycles. Il était initialement prévu de rembourser tous les 4 mois, sur 6 cycles. Cependant, suite à des difficultés de racheter des cochons dans la période du T't (prix élevé, fortes dépenses du ménage), SdE a décidé de ne faire plus que 5 cycles. La caisse de risque La caisse de risque est une caisse d’assurance servant à aider les éleveurs à racheter des porcs en cas de décès de leurs animaux (sous condition d’avoir veillé au bien-être de leurs animaux, de leur avoir apporté les soins nécessaires, et d’avoir suivi les formations). Cette assurance peut financer jusqu’à 50 % du budget pour l’achat d’un nouveau porc. Ce fond « risque-mortalité » est géré par l’Union des femmes et le para-vétérinaire. Ce sont donc eux qui s’assurent du respect des engagements de l’éleveur, et qui étudient le cas pour décider si le fond sera accordé ou non. Dans tous les cas, une autopsie de l’animal est réalisée par le para-vétérinaire pour comprendre les causes de mortalité. L’Union des Femmes comme intermédiaire L’UF gère le crédit SdE. En effet, une institution de micro finance étrangère ne peut pas accorder directement des crédits à la population (d’après la législation vietnamienne). SdE a choisi de passer par cette association de masse car en plus d’être bien insérée dans le tissu social des villages, elle a une bonne expérience de gestion des crédits (crédit UF, et gestion de crédits nationaux et d’autres OSI) (Le Roy 2010). D’autre part, étant une organisation issue de l’organisation politique de la commune et du Comité Populaire, cela fournit une garantie à SdE, et permet un suivi ajusté des bénéficiaires (Creusot 2003). L’UF signe une convention avec SdE et se porte « garante » des sommes reversées. Elle a différents rôles. D’une part, elle s’engage à communiquer à l’ensemble des paysans de la commune les activités de SdE et les possibilités qu’ils ont d’en bénéficier. Ensuite, elle intervient dans la sélection des bénéficiaires, en proposant les candidats au crédit SdE. Elle rédige alors et signe les contrats avec les éleveurs. Elle pourra ensuite proposer une résiliation de contrat si un éleveur n’en respecte pas les termes. Puis elle distribue les crédits aux éleveurs, la somme d’argent correspondante leur étant délivrée deux semaines avant par SdE. Enfin, l’UF s’occupe du recouvrement des intérêts et du capital. Ceux-ci doivent être reversés à SdE dans un délai de 15 jours après la fin des échéances pour les éleveurs. Cependant, l’UF délègue une partie de ses responsabilités à des agents de crédits. Ceux-ci, sélectionnées par l’UF, sont chargés d’exposer les modalités du crédit SdE aux éleveurs, et d’assurer le recouvrement des intérêts et du capital aux échéances prévues pour les éleveurs (fin de chaque cycle). Les agents peuvent avoir deux types de responsabilité : les agents des communes, chargés de coordonner les agents des villages et d’assurer la communication au niveau communal, et les agents des villages, qui ont pour rôle la communication aux villageois et qui sont chargés du recouvrement du crédit.

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1.1.1.1.6.3. Accompagnement technique Fonctionnement Les éleveurs sont regroupés par grappe d’environ 20 bénéficiaires. Dans chaque groupe sont élus un responsable et un para-vétérinaire. Les éleveurs ainsi que les para-vétérinaires doivent suivre des formations sur les techniques d’élevage et sur la lutte contre les maladies, formations dispensées par HaDevA. Le para-vétérinaire a pour rôle de suivre les élevages et d’administrer les soins et vaccins nécessaires si besoin. Pour cela, il doit se rendre une fois par mois sur chaque exploitation. Chaque visite doit être payée 5 000 %&ng, prix décidé à l’unanimité par les groupes d’éleveur au préalable. Cependant cette rémunération n’est en réalité payée que très rarement et les éleveurs ne comprennent pas pourquoi ils devraient payer un para-vétérinaire si leurs porcs ne sont pas malades (Comités de Gestion des 8-9-10 Juin 2011, Source : SdE). Les formations sont organisées par HaDevA (H% Tr& Phát Tri'n Nông Nghi(p), une coopérative de conseil en agriculture qui bénéficie du projet d’appui AID-COOP du GRET, financé par l’Union Européenne et le MAEE français de 2007 à 2010. La coopérative HaDevA La coopérative HaDevA bénéficie du projet d’appui AID-COOP du GRET, projet d’appui institutionnel au développement des coopératives du Nord Vietnam. L’objectif est d’avoir des structures complémentaires à l’État dans la prestation et gestion de services d’appui à l’agriculture. HaDevA est spécialisée dans les formations et dans le suivi technique. L’objectif à terme est d’améliorer la performance des élevages. Lors de ses formations, la coopérative insiste sur les aspects sanitaires et nutritionnels, afin d’inscrire l’élevage durablement sur le long terme. Dans le cadre du projet « 3C », la mission de la coopérative HaDevA est de former les éleveurs bénéficiaires et d’assurer le suivi technique de leur élevage. Sa seconde mission est de former des para-vétérinaires, techniciens locaux capables d’appuyer sérieusement et régulièrement les éleveurs. La philosophie de SdE sur les formations délivrées aux éleveurs est ‘le transfert de compétences entre acteurs locaux’, et donc le renfort des compétences locales plutôt que la diversification. La formation aux éleveurs proposée débute avant l’arrivée des porcs. Les 15 jours de formation sont répartis sur 17 sessions. Les thématiques abordées sont les suivantes : -

construction et aménagement des porcheries ; choix et transport des porcelets ; soins à apporter aux animaux ; hygiène et alimentation ; prévention et traitement des maladies ; recyclage des déjections en fertilisants.

La formation aux para-vétérinaires débute avant l’arrivée des porcs et s’étale sur les 6 premiers mois du projet. Elle est complétée par une mise en situation de 10 journées. Lors de cette mise en situation, les para-vétérinaires font du suivi-conseil chez les éleveurs, et sont accompagnés par les formateurs HaDevA. Les thématiques abordées lors des formations sont les suivantes : -

technique d’élevage des porcs F1 ; rôle du para-vétérinaire ; prévention et traitement des maladies.

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Enfin, HaDevA remplit un dernier rôle dans le cadre de ce projet. En effet, la coopérative est chargée de l’approvisionnement des éleveurs en porcelets. Pour ces services, HaDevA est rémunérée par SdE à hauteur de 150 millions %&ng pour 336 jours de formation.

1.1.1.2. Le centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) 1.1.1.2.1. Présentation du CIRAD Le CIRAD est un établissement public à caractère industriel et commercial, placé sous la double tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère des Affaires étrangères et européennes. Le CIRAD est un organisme de recherche finalisée, qui produit et transmet de nouvelles connaissances, pour accompagner le développement agricole des pays du Sud, et contribuer au débat sur les grands enjeux mondiaux de l’agronomie.

Figure 2 : Carte des sites d'implantation du Cirad dans le monde

1.1.1.2.2. Le CIRAD au Vietnam 1.1.1.2.2.1. Historique En 2000, le CIRAD signe avec le ministère de l’agriculture et du développement rural (MARD) un accord de coopération. En 2006, le CIRAD obtient une licence officielle du gouvernement vietnamien pour implanter un bureau de représentation à Hà N*i. Le statut d’organisme de coopération et de recherche étranger au Vietnam du Cirad est alors reconnu. En 2008, le CIRAD a signé un nouvel accord de coopération scientifique pour 5 ans (pour 2009 jusqu’en 2013) avec le MARD en ayant pris en compte les réorientations stratégiques respectives du CIRAD et du MARD (Maillard 2011). 1.1.1.2.2.2. Stratégies Afin de répondre aux exigences du gouvernement vietnamien, le CIRAD a croisé ses 6 axes prioritaires avec les priorités du gouvernement.

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Les objectifs de recherches pour les années 2009 à 2013 sont (Maillard 2011) : -

accompagner les politiques publiques pour la réduction des inégalités structurelles et de la pauvreté ;

-

comprendre les relations entre agriculture et environnement et entre les sociétés humaines et la nature pour gérer durablement les espaces ruraux ;

-

contribuer à inventer une agriculture écologiquement intensive pour nourrir les hommes ;

-

innover pour une alimentation accessible, diversifiée et sûre ;

-

anticiper et gérer les risques sanitaires infectieux liés aux animaux domestiques et sauvages ;

-

étudier les conditions d'émergence et les modalités de valorisation des bioénergies en faveur des populations.

1.1.1.2.2.3. Partenariats Le CIRAD intervient en partenariat avec des structures de recherche vietnamiennes, comme les instituts nationaux ou les universités. Cela passe notamment par des consortiums de recherche ou PCP (Pôle de Compétence en Partenariat) et des RCP (Réseaux Thématiques régionaux de Compétence en Partenariat) (Maillard 2011). Le PCP « MALICA » (Markets and Agriculture Linkages for Cities in Asia) travaille sur l’organisation des acteurs pour la gestion de la qualité dans les filières, la dynamique des marchés alimentaires domestiques, et le rôle de la distribution alimentaire dans les recompositions du secteur agricole. Le RCP « CANSEA » travaille sur l’agriculture de conservation et le RCP « GREASE » travaille sur la gestion des risques émergents en Asie du Sud-Est.

1.1.2. Données sur le Vietnam et la zone d’étude 1.1.2.1. Données sur le Vietnam 1.1.2.1.1. Présentation générale Le Vietnam est un pays d’Asie du Sud-Est, qui partage ses frontières avec la Chine au Nord, le Laos à l’Ouest, et le Cambodge au Sud-Ouest. Le nom officiel du Vietnam est la République Socialiste du Vietnam, dont l’État est sous le régime d’un parti unique, le Parti Communiste Vietnamien (PCV). La capitale de cette république est Hà N*i. En 2009, le pays comptait 86 millions d’habitants répartis sur une superficie de 331 051 km2 (Source : General Statistics Office of Vietnam, 2009). Plus de 250 000 km2 sont des surfaces arables, et un peu moins de 50 000 km2 sont des terres inutilisées. Le relief est fortement marqué par la présence de collines et de montagnes. Le pays ne possède que 20 % de zones de plaines, principalement situées dans les deltas du Fleuve Rouge et du Mékong. Le Vietnam jouit d’une économie qui compte parmi les plus dynamiques de l’Asie du Sud-Est, avec une croissance de 5,3 % en 2009. Il figure parmi les pays ayant la croissance la plus élevée et est aujourd’hui le 3ème exportateur mondial de riz. La population vietnamienne est très hétéroclite au niveau des origines ethniques. On y rencontre en effet 53 groupes minoritaires différents (Dang Nghiem Van, Chu Thai Son, et Luu Hung 2010),

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qui ont leur propre culture et parfois leur propre langue. Cette diversité pose des problèmes au niveau de l’unification et de l’intégration de ces minorités. C’est ainsi que les minorités ethniques se retrouvent principalement à vivre dans les régions montagneuses, dont les terres sont moins fertiles que dans les deltas et plaines. D’autre part, ces régions étant souvent très enclavées, elles sont donc difficiles d’accès. Ainsi, le planning familial (2 enfants par famille) n’a pas été appliqué (ou peu) à ces minorités. La combinaison de familles nombreuses avec des terres peu fertiles ont conduit à un morcellement des terres (lors des successions) et à terme à un appauvrissement de ces régions, où les familles ne produisent pas assez pour assurer leur autosuffisance. 100°

90°

Southeast Asia

INDIA 25°

120°

110°

BHUTAN

NEPAL

CHINA

Myitkyina

National capital Cities International boundary

BANGLADESH Hakha

MYANMAR

20°

Taiwan

Phôngsali

Taunggyi

Haiphong

LAO PEOPLE'S DEM. REP. Vientiane

Naypyitaw Bago

Pa-an Phitsanulok

Yangoon

CAMBODIA

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PACIFIC OCEAN

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Palawan

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Nha Trang

15°

PHILIPPINES

Mindoro

Dalat Ho Chi Minh City Bac Lieu

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Phuket

CHINA

VIET NAM

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500 mi

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SOUTH

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Sihanoukville

1000 km

750

Philippine Sea

Luzon

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500 250

Hainan

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THAILAND Bangkok (Krung Thep)

15°

10°

Thakhet

Khon Kaen

250

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Luzon Strait

Gulf of Tonkin

Vinh

Chiang Mai Pathein

0

Hanoi

Mandalay Sittwe

Mindanao

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BRUNEI DARUSSALAM Bandar Seri Begawan

CELEBES SEA

of

Palembang

u

D The boundaries and names shown and the designations used on this map do not imply official endorsement or acceptance by the United Nations

10° 90° Map No. 4365 May 2009

100°

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BANDA SEA Kepulauan Aru Kepulauan Tanimbar

Lesser Sunda Islands

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Sumatra

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Padang

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Kepulauan Riau Kepulauan Lingga

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INDIAN

Kuala Lumpur MALAYSIA SINGAPORE

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CC

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Kuala Lipis

Medan

MOLU

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Banda Aceh

Dili SAVU SEA

Kupang

TIMOR-LESTE

Timor TIMOR SEA

ARAFURA SEA

130°

UNITED NATIONS

140°

PAPUA NEW GUINEA

10°

Department of Field Support Cartographic Section

Figure 3 : Carte du Vietnam (Source : United Nations)

1.1.2.1.2. Enjeux du monde rural Avec 72 % des habitants du Vietnam vivant en zone rurale, et 58 % de la population globale fournissant la main d’œuvre agricole, le monde rural doit répondre à des enjeux importants. Bien qu’un exode rural vers les villes soit inévitable (25 % d’urbains en 2005, 40 % prévus en 2023), le manque de SAU (Surface Arable Utile) et l’abondance de main d’œuvre rendent nécessaire une intensification des productions agricoles. L’agriculture vietnamienne une petite agriculture familiale, intensive en travail et dont les surfaces cultivées sont en moyenne inférieures à 1 hectare. Cela a rendu le paysage agricole très morcelé. Jean-Charles Maillard, directeur régional du CIRAD (Asie du Sud-Est) propose : « Pour fournir de l’emploi à cette importante population rurale, il faut développer des activités industrielles, artisanales et également touristiques, et accompagner le processus d’intensification et de diversification des exploitations agricoles. La politique actuelle est de freiner / contrôler l’exode rural en veillant, entre autres, à limiter l’écart de niveau de vie entre villes et campagnes » (Maillard 2011).

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1.1.2.2. Présentation de la zone d’étude 1.1.2.2.1. La province de Phú Th! La province de Phú Th+ se situe dans l’Ouest de la région de .ông B/c, au Nord-Est du pays et à 85 km au Nord-Ouest de Hà N*i. Elle couvre 3 532,5 km2, sur lesquels habitent 1,32 millions de personnes. La densité est de 373 personnes par km2, ce qui est supérieur à la moyenne nationale (260 personnes par km2) (Source : General Statistics Office of Vietnam, 2009). Phú Tho !est une province montagneuse avec une topographie particulière. La province peut être divisée en deux sous-unités :

Figure 4 : Carte de la province de Phú Th! (Source : Tracdiaviet.com)

-

une sous-région montagneuse, située à l’Ouest et au Sud de la province (districts de Thanh S(n, Yên L,p, C0m Khê). Cette région est difficile d’accès et enclavée par rapport aux autres. Cependant, le potentiel de développement de cette zone est élevé, notamment dans les secteurs de la sylviculture et de l’exploitation minière ;

-

une sous-région vallonnée, où alternent des zones de champs, des zones de plaines (le long du fleuve Rouge, de la rivière H1u Lô, de la rivière Ta .ây, ainsi que la plaine centrale au sud du district de Phong Châu). Cette sous-région est favorable à la plantation d’arbres à papier, aux cultures de rente (arbres à thé, arbres fruitiers) ainsi qu’aux cultures céréalières.

Le climat de la province est tropical et marqué par le régime de la mousson, avec un hiver froid.

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L’année se divise en deux périodes distinctes, bien que quatre saisons puissent être distinguées : -

la saison humide, de mai à septembre, chaude et très ensoleillée, mais avec une forte pluviosité et occasionnellement des typhons ; la saison sèche d’octobre à avril, fraiche en octobre - novembre, froide et humide en décembre - janvier, avec persistance d’un crachin en février – mars.

La province de Phú Th+ se compose de 13 districts (la capitale Vi2t Trì, la commune de Phú Th+, et les districts de Thanh S(n, Yên L!p, C0m Khê, Tam Nông, Thanh Th3y, H! Hòa, Thanh Ba, .oan Hùng, Lâm Thao, Phù Ninh et Tân S(n), avec 273 communes dont 214 se situent dans les régions montagneuses où vivent les minorités ethniques. Viêt Trì est la capitale économique et politique de la province. 1.1.2.2.2. Présentation des communes de la zone d’étude

Figure 5 : Carte des communes du projet 3C (Source : SdE)

!

1.1.2.2.2.1. La commune de Thu Cúc (district de Thanh S"n) Le district de Thanh S(n se situe dans le Sud-Ouest de la province, en région montagneuse. L’altitude y varie entre 200 et 800m, et son enclavement en fait l’un des districts les plus pauvres de la province, avec ceux de Yên L!p et de Tân S(n. Il regroupe 17 communes et plus de 70 % des habitants sont issus de minorités ethniques, les M"#ng étant les plus nombreux. !

!

La commune de Thu Cúc couvre une superficie de 72 km2, et se situe au Nord-Ouest du district de Thanh S(n. Elle est composée de 15 villages et regroupe 9 363 habitants. L’accroissement naturel a été de 0.65 % sur le premier semestre 2009 et 25 % de la population a moins de 15 ans (65 % se situe entre 15 et 60 ans). Les familles sont composées en moyenne de 4,3 personnes. Le peuplement est majoritairement M"#ng (70 %) et Kính (16 %). Cependant, les minorités ethniques H’Mông (6 %) et Dao (6 %) peuplent certains villages (M4 Á, Dáy et Tân L,p) (Service statistique du Comité Populaire de la commune de Thu Cúc, 2011). 1.1.2.2.2.2. La commune de Long C#c (district de Thanh S"n) La commune de Long C$c se situe au Sud-Est du district de Thanh S(n, et est composée de 8 villages. 1.1.2.2.2.3. La commune de Y$n L%"ng (district de Tân S"n) Le district de Tân S(n se situe dans le Sud-Est de la province, en région montagneuse Il fait partie des districts les plus pauvres de la province, de par son enclavement. La commune de Y'n L"(ng se situe au Sud-Est du district de Tân S(n, et est composée de 11 villages.

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1.2. PROBLÉMATIQUE Pour l’ensemble de l’étude, la cellule de base considérée sera l’entité « ménage ». En effet, ce noyau organisateur est le noyau organisateur de l’exploitation agricole, que ce soit au niveau de l’organisation du travail (Pham et al. 2011) comme au niveau de la trésorerie. La conduite de l’étude a conforté cette hypothèse. « Le compte est commun entre ceux qui habitent dans la même maison » Mme T., 57 ans, Kính, Trung Tâm (Thu Cúc)

Un ménage est caractérisé par la définition suivante : « unité élémentaire de population qui habite un même logement, considérée du point de vue de la consommation ».

1.2.1. Annonce de la problématique À l’heure actuelle, les services de microcrédit sont controversés. En effet, il émerge dans la presse des critiques quant à l’efficacité des microcrédits. Les détracteurs annoncent que le microcrédit conduit au surendettement des ménages, notamment à cause de taux d’intérêts élevés (Duflo 2010). À cela s’ajoute des difficultés d’évaluation de ces services. En effet, un taux de remboursement de 100 % n’implique pas forcément que le projet soit une réussite, puisque les ménages peuvent avoir emprunté un nouveau crédit pour pouvoir rembourser celui du projet mis en place. C’est pourquoi il a paru nécessaire à l’OSI Sourires d’Enfants de comprendre « Quels sont les impacts d’un microcrédit en appui à l’élevage sur les revenus et l’endettement des ménages ? ». Les programmes de microcrédit en appui à l’élevage étant nombreux au Nord Vietnam, et les modalités pouvant être très différentes, il est nécessaire de recentrer cette problématique sur un seul cas concret : l’exemple du crédit en appui à l’élevage de porcs engraisseurs de Sourires d’Enfants.

1.2.2. Questions de recherche En partant du constat que les crédits des banques ne touchent que peu les ménages les plus pauvres, notamment parce que les banques opèrent un glissement progressif de clientèle vers les segments moyens et hauts du marché des banques (Creusot 2003), et que les crédits bancaires destinés aux pauvres sont des crédits directs sans accompagnement (Lelart 2007) et peuvent donc augmenter la vulnérabilité des ménages, il a paru nécessaire à SdE de mettre en place des crédits spécifiques. Le service proposé par SdE est un projet à volet crédit, ce qui implique que le crédit de l’OSI est en complément d’une action en faveur des ménages. En effet, ce crédit à l’élevage a été construit pour que les parents d’élèves puissent prendre en charge la scolarité de leurs enfants, et afin qu’ils leur fournissent une alimentation plus diversifiée et de meilleure qualité. Cependant, lors du suivi du volet, il est apparu un problème récurrent : les éleveurs ont tendance à attendre trop longtemps avant de commencer le nouveau cycle quand ils ont fini le précédent. L’inflation des produits à la consommation étant élevée au Vietnam (9 % en 2010, Source : site internet IndexMundi), ce temps de latence va entrainer une augmentation du prix d’achat des porcs, minimisant ainsi les bénéfices des éleveurs. Ces résultats qui tendent à mitiger le bilan d’un tel projet, conduisent à une nécessité de comprendre comment fonctionnent les ménages, afin d’identifier les évolutions qui les affectent et les fragilisent, et de comprendre leur rapport aux crédits.

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L’objectif de l’étude est de comprendre quelles sont les pratiques de recours au crédit des ménages, d’identifier quelles sont les évolutions qui vont affecter les ménages et les fragiliser puis de les mettre en relation avec les stratégies que ceux-ci mettent en œuvre pour y faire face. Ces objectifs peuvent être exprimés sous forme de questions de recherche auxquelles l’étude devra répondre : •

quelles sont les pratiques de recours au crédit mises en œuvre par les ménages ; o qu’est-ce qui amène un ménage à prendre un crédit ? o comment est-ce que les ménages perçoivent et gèrent les crédits ? o y a-t-il une stratégie de prise de crédit en fonction des événements ? o pourquoi existe-t-il des pratiques de cavalerie et quelles en sont les conséquences ?

comment est-ce que les ménages essayent-ils de réduire leur vulnérabilité ; o quels sont les grands types d’évolution affectant les ménages ? o quelle est la relation existant entre type d’évolution et type de crédit contracté ? o quelles sont les stratégies mises en place par les ménages pour faire face à ces évolutions ?

comment un projet de microcrédit s’insère-t-il dans un paysage bancaire où l’offre de financement est de plus en plus diversifiée.

Grâce à la mise en relation de ces données, l’étude doit ensuite permettre de comprendre quelles sont les trajectoires d’évolution des différents ménages, en relation avec les crédits contractés et les évolutions les ayant affectés.

1.2.3. Hypothèses La diversification de l’offre de crédit conduit les ménages à avoir recours à différents types de crédits. La prise de plusieurs crédits peut entraîner une fragilisation des ménages, notamment parce que la compilation de crédits peut conduire à un surendettement. D’autre part, la pratique de cavalerie bancaire, dans laquelle le ménage enchaîne les crédits pour pouvoir rembourser les anciens crédits, peut entraîner une forte fragilisation du ménage, le crédit n’ayant plus une fonction de développement d’activité, mais de remboursement ce qui entretient un cycle de décapitalisation du ménage (Le Roy 2010). Cependant, bien que le recours au crédit comporte des menaces, ces pratiques peuvent être durables pour un ménage. Il semble que la diversification des activités économiques permet d’acquérir une durabilité dans les pratiques de recours au crédit, notamment si le ménage reçoit un salaire fixe (même minime). L’hétérogénéisation des activités économiques permet en effet de compiler les sources de revenus, limitant le poids de chaque activité par rapport aux revenus du ménage. Ainsi, en cas de problème sur une activité, le ménage aura toujours d’autres sources de revenus grâce aux autres générateurs qu’il a mis en place, évitant ainsi d’avoir recours à des crédits de remboursement.

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Bien que des banques comme la VBSP aient des programmes destinés aux plus pauvres, et que 85 à 90 % des 8,2 millions de leurs emprunteurs soient des ménages en dessous du seuil de pauvreté national (Source : site internet MixMarket, 2010), les ménages les plus vulnérables ont peu accès aux crédits de la VBSP (Creusot 2003), d’où la mise en place de crédits spécifiques pour diminuer la vulnérabilité de ces ménages. Le financement de l’agriculture étant audacieux, de par son risque de production, son risque économique et son risque individuel lié au producteur (Wampfler, Doligez, et Lapenu 2010), la mise en place de crédits spécifiques pour les ménages agricoles nécessite donc un accompagnement rapproché. Par exemple, le crédit à l’élevage étant relativement risqué, il nécessite donc un appui technique en formation et en suivi.

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1.3. MÉTHODOLOGIE Cette étude a pour objectif de répondre aux questions détaillées ci-après. Quelles sont les évolutions qui affectent les ménages ? Comment les ménages gèrent-ils les évolutions auxquels ils sont exposés ? Quelles sont les stratégies sur le long terme mises en place par les ménages pour réduire leur vulnérabilité ? Le recours au crédit est-il un moyen de réduire la vulnérabilité du ménage ? Qu’apporte un projet de microcrédit tel que celui proposé par SdE par rapport au nombre croissant de capitaux délivrés par les banques d’État ? Pour tâcher de répondre à ces questions, l’étude utilise différents outils de sociologie. Une partie de ceux-ci se basent sur la réalisation d’entretiens ouverts, dits « de compréhension » portant sur les histoires de vie des ménages afin de comprendre leurs stratégies sur le long terme. L’autre partie se base sur la conduite d’entretiens directifs menés par des enquêtrices formées à cet effet.

1.3.1. Choix de la zone d’étude Le projet “3C” de Sourires d’Enfants est mis en œuvre sur les communes de Long C$c, Thu Cúc et Y'n L"#ng. Dans un premier temps, le choix a été fait de focaliser l’étude sur la seule commune de Thu Cúc. Le choix de réaliser l’étude sur une commune uniquement permet d’avoir une meilleure compréhension du milieu, et permet d’augmenter le nombre d’entretiens pour un périmètre donné ce qui rend l’échantillonnage plus représentatif. D’autre part, les précédentes études ayant été conduites sur la commune de Thu Cúc, il a paru judicieux de ne rester que sur cette commune. Cependant, ayant eu l’opportunité de bénéficier de plus de temps, cela a permit de pouvoir enquêter un nombre élevé de ménages. Il a donc paru nécessaire d’étendre l’enquête aux deux autres communes dans lesquelles travaille SdE. D’autre part, en ce qui concerne les trajectoires d’évolution des ménages ainsi que les pratiques de recours au crédit, les trois communes sont susceptibles de montrer des résultats très différents. En effet, les crédits octroyés par les banques sont très dépendants de la commune (programmes gouvernementaux spécifiques pour certaines communes), ainsi que de l’efficacité des Comités Populaires et des Unions des Femmes (efficacité de communication, présence de corruption). De plus, l’installation d’entreprises d’exploitation de thé ou de mines dans une commune peut changer considérablement le niveau de vie des ménages, leur trajectoire d’évolution, ainsi que leurs pratiques de recours au crédit. C’est pourquoi il a paru nécessaire d’étendre la zone d’étude aux trois communes.

1.3.2. Étapes de l’analyse Dans un premier temps, une enquête qualitative, basée sur les histoires de vie des ménages a été effectuée sur les trois communes. Cette première étape a permis de mettre en évidence les grandes évolutions auxquelles devaient faire face les ménages, et de comprendre quelles étaient leurs stratégies tant sur le court terme que sur le long terme pour y faire face. Cette meilleure connaissance des ménages a permis subséquemment de créer un questionnaire le plus fermé et exhaustif possible pour qu’il puisse être administré sur un grand échantillon (400 ménages) ce qui nécessite la délégation du travail d’entretien aux ménages. À cette première enquête a donc succédé une seconde phase, plus quantitative. Cette étape, ayant pour but de confirmer la typologie appréhendée lors de la première phase, de quantifier les caractéristiques des ménages et des crédits, et de mettre en relation les variables mesurées, a été menée grâce à l’élaboration d’un questionnaire (créé à la suite de l’enquête qualitative).

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La présentation des résultats dans le rapport ici présent ne tient pas compte de la succession distincte de ces deux étapes, certaines données préliminaires et plus générales étant issues de l’enquête quantitative.

1.3.2.1. Analyse des histoires de vie La Province de Phú Th+ est une province très rurale et dont l’accès au crédit est délicat pour les familles les plus vulnérables. Afin de comprendre les stratégies des ménages pour diminuer leur vulnérabilité, il est important d’identifier les relations entre les grandes évolutions affectant les ménages avec l’évolution de leurs systèmes de production et leurs pratiques de recours au crédit. Cette première étape de l’étude a donc pour objectif de mettre en évidence ces variables et de comprendre les interactions qui les lient. 1.3.2.1.1. Démarche d’étude Pour analyser les pratiques de recours au crédit des ménages et essayer d’établir une typologie, une première étude a été réalisée sur les stratégies qu’ont déployées les ménages face à des grands changements ayant affecté leur structure. Pour cela, les entretiens ont été axés sur l’évolution structurelle des systèmes de production des ménages depuis leur installation jusqu’à l’heure actuelle, c’est à dire sur leur histoire de vie (Wampfler et al. 2007), tout en ayant une approche orientée sur le financement de ces activités : crédits contractés par les ménages, stratégies d’épargne, et gestion des générateurs de revenus. 1.3.2.1.1.1. Une approche compréhensive Les entretiens qui ont été conduits avec les ménages se caractérisent par le fait que l’approche est dite « de compréhension », opposée à l’approche des entretiens directifs. Les caractéristiques de cet outil, sont que l’enquêteur donne la parole, et à ce titre il écoute et cherche les questions que l’enquêté se pose, pour ensuite chercher les solutions aux problèmes des ménages. Un outil très important pour mener à bien ces entretiens est la fonction DIRE. Cet outil vise deux objectifs : tout d’abord il aide à parler, à produire une parole de tous les jours, riche et diversifiée ; il permet ensuite d’aider à clarifier, préciser et approfondir. Cette fonction consiste à ce que l’enquêteur dise ce qu’il a compris, qu’il en dise le sens en utilisant un vocabulaire proche de celui de l’intéressé. 1.3.2.1.1.2. Présentation des thèmes d’entretien Bien qu’ouverts, les entretiens ont été orientés sur certaines thématiques qui étaient importantes pour la compréhension des histoires de vie. Ces axes d’entretien sont détaillés dans la grille d’entretien créée au début de l’enquête (ANNEXE 1). La conception de la grille d’entretien a été conçue en s’appuyant sur le questionnaire créé par Martin Schellhorn, et sur la base de données de Perrine Le Roy. En effet, ces deux documents ont permis d’avoir un aperçu des pratiques de recours au crédit dans la Commune de Thu Cúc et de pouvoir créer une grille d’entretien dont les grands axes de conduite sont cohérents. Ces axes peuvent se regrouper en différentes thématiques détaillées ci-dessous : o présentation du ménage ; o dotation en terres et en capital ; " dotation initiale lors de l’installation (héritage) " évolutions (depuis l’installation jusqu’à l’heure actuelle) ayant affecté la dotation en terre, en capital ou la structure du ménage " dotation à l’heure actuelle o étude des facteurs de production ; " étude des systèmes de culture

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"

"

- état initial des systèmes de culture - évolution des systèmes de culture - état des systèmes de culture à l’heure actuelle étude des systèmes d’élevage - état initial des systèmes d’élevage - évolution des systèmes d’élevage - état des systèmes d’élevage à l’heure actuelle étude des systèmes de production non agricoles - état initial des systèmes de production non agricoles - évolution des systèmes de production non agricoles - état des systèmes de production non agricoles à l’heure actuelle

o pratiques de recours au crédit ; " crédits contractés par le ménage - secteur formel - secteur semi-formel - secteur informel " perception des crédits o trésorerie ; " épargne " dépense exceptionnelle " tontine o administratif ; " organisation collective " famille pauvre o projets et perspectives. À travers ces thèmes, la collecte des données permet de mettre en évidence les pratiques de recours au crédit des ménages ruraux et les stratégies qu’ils mettent en place pour faire face aux évolutions les affectant. Sur le court terme, par l’analyse des évolutions et des stratégies mises en œuvre. Sur des cycles plus longs par l’analyse des trajectoires de vie des ménages. L’analyse des trajectoires des ménages permet, sur plusieurs années, d’identifier les risques encourus par les ménages et de mesurer leur impact. Cette analyse permet également de montrer le degré de risque des stratégies de financement, ainsi que leur relation avec le degré de vulnérabilité des ménages. La collecte des données permet aussi d’identifier l’appartenance aux réseaux sociaux et l’impact que peut avoir cette appartenance sur la gestion des risques. 1.3.2.1.1.3. Entretiens préliminaires Afin d’avoir un souci d’homogénéité de qualité sur l’ensemble des entretiens, il est important de réaliser des entretiens préliminaires. En effet, ceux-ci permettent d’acquérir de l’expérience pour le binôme, et de cadrer le contenu des entretiens. Ainsi, les premiers entretiens qui servent à l’analyse ne sont plus des essais ce qui permet d’avoir une qualité d’entretien homogène sur les 41 ménages enquêtés. À Hà N&i pour travailler la compréhension au sein du binôme La qualité d’un binôme de traduction tient à une compréhension mutuelle. Afin de minimiser les erreurs de compréhension lors de la conduite des entretiens de l’enquête qualitative, il était important de s’entraîner en réalisant des entretiens de type « Histoires de vie » à Hà N*i, avec des 20

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personnes âgées. Bien que généraux, les entretiens ont été conduits avec une tendance axée sur les pratiques de recours au crédit. À Thu Cúc pour cadrer l’étude Afin de délimiter et cadrer l’étude, des entretiens préliminaires ont été conduits dans la Commune de Thu Cúc. Ces entretiens ne sont pas rentrés dans l’échantillonnage, et ont permis de finaliser la grille d’entretien. En effet, ces entretiens ont permis de ne garder que les axes pertinents, et d’ajouter des axes qui avaient été omis. 1.3.2.1.2. Échantillonnage L’étude a porté sur 41 ménages : 21 entretiens ont été conduits à Thu Cúc, 10 autres ont eu lieu sur la commune de Long Cóc, et enfin les 10 derniers sur la commune de Y'n L"(ng (voir ANNEXES 7,8 et 9). Les ménages de la Commune de Thu Cúc ont été choisis à l’aide d’un échantillonnage aléatoire dans les villages. Le nombre d’entretiens par village a été calculé grâce aux statistiques de la commune : Thu Cúc hébergeant 2159 ménages, l’échantillonnage a donc été chiffré à un entretien pour 100 ménages. Les villages proches ont été considérés comme semblables vis à vis des pratiques de recours au crédit des ménages. Ils ont donc été regroupés, et le nombre d’entretien a été réduit par rapport au nombre initialement prévu (cas où les ménages ne sont pas regroupés). Cette stratégie a permis d’assurer que la diversité des situations, en matière d’accès au centre, ait bien été représentée dans l’échantillon. D’autre part, la zone d’étude a été élargie aux deux autres communes d’action de SdE. En effet, ces Communes n’ont pas les mêmes qualités administratives ni la même activité du Comité populaire et des organisations de masse. Or ces institutions conditionnent les services de crédit. Il peut donc exister des différences de stratégies entre les ménages de ces différentes communes. Les ménages et villages ont alors été choisis au hasard. 1.3.2.1.3. Recueil et traitement des données Les entretiens ont été conduits au domicile des ménages enquêtés, et ont suivi la grille d’entretien qui a été créée à cet effet. Deux entretiens, à raison de 1h30 par passage, ont été réalisés. Au cours du premier entretien, l’objectif a été d’écouter la personne enquêtée exposer l’histoire de vie du ménage, en insistant sur les changements survenus et ce qu’ils ont engendré. Le second entretien a eu pour objet de compléter et de recouper les informations produites lors du premier afin d’obtenir la chronique la plus fiable possible. Un premier traitement des données a été réalisé après le premier entretien : un compte-rendu de l’entrevue a été rédigé puis une première représentation graphique du schéma de la trajectoire d’évolution du ménage a été tracée. Ce schéma a permis aux enquêteurs de repérer les incohérences et les informations manquantes, et donc sur quels points importants revenir lors du second passage. Le schéma d’évolution (figure ci-après) s’inspire de la méthodologie qui a été proposée pour synthétiser l’évolution d’unités de production laitière dans le bassin d’approvisionnement de la ville de Ségou au Mali (Moulin et al. 2007). Il a permis de produire un schéma synthétique retraçant l’évolution du ménage depuis sa création. Cette chronique a montré : i) la succession des périodes au cours desquelles le système trésorier du ménage est cohérent ; ii) les changements survenus, qui permettent de passer d’un système à un autre.

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Puis l’ensemble de ces 41 entretiens a été analysé, sur la base des comptes rendus et des schémas. Cette analyse a permis de mettre au point une typologie, basée sur les différences de stratégies (court et long terme) lorsqu’une évolution affecte le ménage, et sur le recours du ménage au crédit. Héritage d’un terrain sur les collines Temps

Évolution affectant le ménage

Ménage Déclenchement d’un changement lié à une évolution

Financier Cheptel

Capital

Achat plumeuse

Matériel

Changement marquant l’évolution structurelle d’une des variables caractérisant les potentialités du ménage

Humain

Lien entre changements : le premier changement permet ou entraîne le second

Social

Système de culture

Mise en place culture de thé

Système d’élevage Activités non agricoles

Travail à la mine de pierre

Facteurs de production caractérisant le fonctionnement du système « ménage » pendant la période

Transferts monétaires Période au cours de laquelle le système « ménage » présente une même cohérence de fonctionnement

Figure 6 : Éléments de représentation graphique de la trajectoire d'évolution d'un ménage

1.3.2.2. Analyse du niveau de vie et des pratiques de recours au crédit des ménages L’approche qualitative pour comprendre les stratégies employées par les ménages ne nous permet pas d’avoir une approche plus générale sur les crédits contractés et la quantification de leurs caractéristiques (ANNEXE 6). Il est important aussi de pouvoir confirmer ou infirmer les résultats produits sur l’enquête qualitative sur un plus grand nombre de ménage. Enfin, cette enquête permettra de mettre en relation des variables qui sont difficilement traitables avec une approche qualitative, et de mettre en évidence s’il existe de grandes différences entre les communes. 1.3.2.2.1. Démarche d’étude À partir de l’échantillon proposé par l’enquête qualitative, il n’est pas possible de confirmer et de mesurer les différentes stratégies mises en place par les ménages. Cette enquête quantitative a donc pour objectif de confirmer et d’évaluer le poids des typologies mises en évidence lors des entretiens qualitatifs grâce à une approche statistique. D’autre part, l’utilisation d’analyses statistiques permet en plus d’apprécier les corrélations qui existent entre les variables, et ce sur un nombre plus élevé de variables. Enfin, la production de données sur les généralités des crédits présents sur les 3 Communes ainsi que sur les pratiques de recours au crédit des ménages, sur un échantillon de 400 ménages, a pour

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intérêt de venir étayer les données déjà produites sur les anciennes études (Chéreau 2010 ; Le Roy 2010) et d’évaluer certaines modalités du crédit proposé par Sourires d’Enfants. 1.3.2.2.1.1. Construction du questionnaire Le questionnaire (voir ANNEXE 2) a été créé à l’aide des résultats obtenus lors des entretiens qualitatifs, ainsi que des questionnaires de Chéreau (2009) et Schellhorn (2010). Ce questionnaire a ensuite été traduit en vietnamien, celui-ci étant destiné à être rempli par les enquêtrices des Unions des Femmes qui ne parlent que vietnamien. Cette traduction a été conduite par trois interprètes différentes afin d’éviter les fautes de traduction, et pour homogénéiser le travail grâce à une relecture totale. Le questionnaire a ensuite été testé, afin de vérifier la traduction et confirmer la cohérence du questionnaire. Les entretiens semi-directifs ont été conduits dans 10 ménages à Thu Cúc, en français avec traduction vietnamienne. Tout au long de l’entretien, les questionnaires ont été remplis par le binôme, en français pour l’enquêteur et en vietnamien pour l’interprète. Cette démarche a permis de corriger les dernières erreurs de traduction et de confirmer la cohérence du questionnaire. 1.3.2.2.1.2. Thèmes abordés dans le questionnaire Afin de faciliter le renseignement du questionnaire (voir ANNEXE 2) pour les enquêtrices, le formulaire a été organisé le plus clairement possible, mettant en évidence de grandes parties distinctes. La structure et l’enchaînement des grandes parties ont été conçus de façon à ce que l’enquêtrice n’ait pas besoin de sauter des pages pour renseigner une partie. En effet, il suit la logique générale d’un entretien. Les grandes parties du questionnaire sont explicitées ci-dessous. Caractéristiques du ménage L’objectif de ce thème est de renseigner les caractéristiques du ménage, que ce soit au niveau de la structure du ménage (qui sont les personnes composant le ménage), de la situation matérielle de la cellule familiale (état du logement, matériel possédé), et des facteurs de productions et générateurs de revenus que le ménage met en place. Ce dernier axe est décliné en trois thématiques : système de culture, système d’élevage, et activités non agricoles. Pour chaque axe, le renseignement de l’état du ménage se fait pour deux instants : état lors de l’installation (T0) et état à l’heure actuelle (Tact). Le questionnaire a été conçu pour que ces deux états soient placés face à face afin de repérer l’évolution du ménage entre ces deux instants. C’est ensuite grâce à ces caractéristiques qu’a pu être mis en place un calcul du niveau de vie du ménage, basé sur une notation reprenant ces axes. Pratiques de recours au crédit Dans un premier temps, le second thème permet de recenser tous les crédits que le ménage a contractés, provenant des secteurs formel, semi-formel ou informel. Cette partie concernant les crédits permet d’identifier clairement pour quelle utilisation le ménage a-t-il prit un crédit, si ce crédit lui a été proposé ou si la démarche était de sa propre initiative, si le crédit est remboursé à l’heure actuelle, et si oui comment le ménage a-t-il financé le paiement. Ensuite vient une section concernant les tontines. Les deux différents types de tontine y sont abordés. Pour chaque tontine à laquelle le ménage a participé, les modalités d’utilisation et de motivation sont renseignées, ce qui offre une vision globale d’utilisation des tontines. Grandes évolutions Grâce à l’étude qualitative et à la typologie d’évolution dressée, une partie énumérant les différents types d’évolution ayant affecté le ménage a été insérée à ce questionnaire. Celle-ci permet de confirmer les utilisations des crédits, et permet d’avoir un regard axé sur l’évolution et

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non plus sur le crédit. Ainsi, les évolutions financées principalement par un facteur de production sont identifiées, permettant la compréhension des stratégies des ménages. Étude du crédit SdE Le dernier thème abordé par le questionnaire concerne l’analyse du crédit proposé par Sourires d’Enfants. L’analyse des résultats donne un aperçu précis sur le service, base de l’évaluation du microcrédit en appui à l’élevage. 1.3.2.2.2. Échantillonnage Les ménages sont choisis grâce à la technique d’échantillonnage stratifié. La stratification se fait selon les villages. Ainsi, le nombre de ménages enquêtés est proportionnel à la part que représente le village au sein de la population totale. La population totale est en l’occurrence la commune (Long C$c, Thu Cúc, Y'n L"(ng). Puis au sein de la strate (village), les ménages sont choisis aléatoirement, sans remise (car un ménage ne peut pas être enquêté à deux reprises). L’échantillon total est de 400 ménages : 200 ménages enquêtés dans la Commune de Thu Cúc, 100 ménages dans la Commune de Long C$c et 100 ménages aussi dans la Commune de Y'n L"(ng. Le nombre de ménages enquêtés par village est fourni en ANNEXE 3. Le choix des ménages doit se faire aléatoirement, tout en respectant une logique similaire à chaque village enquêté. Pour un village donné, l’enquêtrice commence ses enquêtes par la maison du chef de village. Puis les ménages sont enquêtés systématiquement, en évoluant selon une spirale, dans le sens des aiguilles d’une montre (voir figure ci-dessous). Ainsi, tout le village est balayé, ce qui permet de couvrir toutes les strates d’éloignement au centre du village.

Ménage à enquêter Maison du chef de village Chemin d’enquête

Figure 7 : Schéma proposé aux enquêtrices pour expliquer l'échantillonnage

Les entretiens sont conduits avec les « chefs du ménage ». En effet, l’hypothèse suivante est acceptée : les chefs du ménage (homme ou femme) sont les personnes connaissant le mieux la structure du ménage, le fonctionnement de ses systèmes de production ainsi que de sa stratégie de financement. Dans les faits, l’entretien est effectué avec les parents. Dans le cas où les enfants sont mariés et vivent encore avec leurs parents, deux types de couple sont déclinés : o le jeune couple vit encore chez ses parents en attendant de s’installer à proprement parler (c’est à dire que le couple vit chez les parents car il est en période de transition) ; 24

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o le jeune couple vit chez ses parents et restera dans la maison jusqu’au décès des parents (comme c’est souvent le cas pour le fils cadet). Dans le 1er cas, l’entretien est conduit avec les parents. Dans le 2nd cas, il est conduit avec le jeune couple. 1.3.2.2.3. Recueil et traitement des données Les données ont été produites par l’Union des Femmes sur les communes de Thu Cúc et de Long C$c à l’aide d’un questionnaire. Afin que les questionnaires soient remplis de manière homogène, des formations d’une journée ont été dispensées aux enquêtrices de l’Union des Femmes dans chaque commune. Ces données ont ensuite été rassemblées au sein d’une base de données qui a été créée à cet effet. 1.3.2.2.3.1. Formations aux enquêtrices des Unions des Femmes Afin d’homogénéiser le renseignement des questionnaires, de produire des données les plus proches de la réalité et de bonne qualité, ainsi qu’afin de limiter le risque d’intervention dans le processus sociologique de réponse dirigée (Sardan 2003), des formations ont été données aux enquêtrices de l’Union des Femmes. Ces formations, d’une journée pour chaque commune, ont permis d’homogénéiser le niveau des enquêtrices concernant la conduite d’un entretien, et d’assurer la compréhension intégrale du questionnaire. À la fin de chaque formation a été donnée une évaluation afin de repérer quelles enquêtrices avaient des difficultés. Déroulement des formations Les formations aux enquêtrices se sont déroulées sur une journée, pour chaque commune. Un support de formation (préalablement traduit en vietnamien) a été remis aux enquêtrices, afin que le contenu de la formation leur soit assuré par écrit (voir ANNEXE 4). Dans chaque commune, la formation s’est divisée en deux demi-journées de contenu bien distincts. La première demi-journée a été consacrée à une présentation générale, de l’étude, du crédit SdE, de la méthodologie à suivre pour conduire les entretiens. Il a aussi été donné des rappels de sociologie pour savoir comment interroger. Il a paru important d’administrer des notions générales sur l’étude et le crédit SdE, afin que les enquêtrices puissent clairement présenter les objectifs des questionnaires lors des entretiens chez les ménages. La seconde demi-journée a quant à elle été consacrée à un passage en revue détaillé du contenu du questionnaire. Les enquêtrices ont alors été soumises à des mises en condition et à des questions techniques pour s’assurer qu’elles avaient toutes bien compris. Évaluation des enquêtrices Une évaluation a été effectuée à la fin de chaque formation. L’objectif de cet examen a été de repérer si certaines enquêtrices éprouvaient des difficultés quant à la conduite d’un entretien et quant à la compréhension du questionnaire. À la suite de la notation, un suivi rapproché des enquêtrices en difficulté a été mis en place. Celles éprouvant trop de difficultés ont été écartées de l’échantillonnage. L’évaluation s’est faite sous forme d’un QCM (voir ANNEXE 5). Elle a porté dans un premier temps sur la compréhension de l’échantillonnage afin de savoir si l’enquêtrice était capable de conduire l’échantillonnage présenté correctement. Dans un deuxième temps, l’examen a porté sur la conduite de l’entretien, afin de savoir si le contenu du questionnaire ainsi que les principes élémentaires de sociologie avaient été compris. À l’issue de cette évaluation, 20 enquêtrices ont été conservées : onze à Thu Cúc, six à Y'n L"(ng et trois à Long C$c. SOURIRES D’ENFANTS – CIRAD

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1.3.2.2.3.2. Recueil des données Les données ont été produites par les enquêtrices de l’Union des femmes dans les communes de Thu Cúc et de Long C$c. Le total des données récupérées est donc de 300 questionnaires. Le Comité Populaire et la police de la commune de Y'n L"(ng, ont quant à eux refusé que l’étude soit conduite sur leur commune. L’étude comportant une évaluation socio-économique trop développée, la commune n’a pas voulu que cette partie de l’étude soit menée. 1.3.2.2.3.3. Traitement des données Les données produites ont été rassemblées et numérisées dans une base de données Excel. Le traitement statistique des données s’est ensuite fait à l’aide de deux logiciels : Excel pour les statistiques descriptives, et R pour les statistiques multi variées (ACP). Le principe de l’ACP est le suivant : « À chaque point-variable, on associe un point dont la coordonnée sur un axe factoriel est une mesure de la corrélation entre cette variable et le facteur. Dans l’espace de dimension p la distance des points-variables à l’origine est égale à 1. Donc par projection sur un plan factoriel les points-variables s’inscrivent dans un cercle de rayon 1 - le cercle des corrélations - et sont d’autant plus proche du bord du cercle que le point-variable est bien représenté par le plan factoriel, c’est-à-dire que la variable est bien corrélée avec les deux facteurs constituant ce plan. » (Charpentier, freakonometrics.blog.free.fr). Afin de faciliter la lecture des graphiques, il convient de rappeler qu’un cercle de corrélation présente les caractéristiques suivantes : -

-

-

deux points-variables proches du bord du cercle et dont les flèches représentatives sont dans la même direction et dans le même sens sont corrélées positivement ; deux points-variables proches du bord du cercle et dont les flèches représentatives sont dans la même direction mais de sens opposés sont corrélées négativement ; deux points-variables proches du bord du cercle et dont les flèches sont perpendiculaires sont indépendantes.

1.3.2.2.4. Évaluation du niveau de vie des ménages Les principales sources de revenus des populations rurales sont le plus souvent l’élevage et l’agriculture. Cette agriculture a la particularité d’être principalement vivrière et caractérisée par une forte autoconsommation. Par conséquent, il est difficile de connaître précisément les revenus des ménages. Afin de rendre compte de l’évolution des ménages et de mettre en évidence l’impact des crédits sur la vulnérabilité des ménages, un outil d’évaluation du niveau de vie des ménages a été mis en place. Cet outil permet d’attribuer pour chaque ménage, à un instant donné, une note évaluant son niveau de vie. Plus cette note est basse, plus le ménage sera considéré comme vulnérable et inversement. La notation se fait au travers de deux grands domaines : l’état matériel (logement, équipements du ménage), et les facteurs de production (agriculture, élevage et autres activités). L’évaluation du niveau de vie des ménages a été réalisée à deux instants : lors de l’installation (T0) et à l’heure actuelle (Tact). Cette double évaluation du ménage permet d’appréhender le niveau de vie du ménage, et donc de mettre en évidence les impacts des pratiques du ménage face aux évolutions sur sa vulnérabilité.

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Domaine État matériel Facteurs de production

Sous-domaine Logement Équipement Système de culture Système d’élevage Autres activités

Points 200 300 353 380 120

Niveau de vie

500 853 1353

Tableau 2 : Domaines considérés pour l'évaluation du niveau de vie des ménages

1.3.2.2.4.1. Évaluation de l’état matériel Le premier domaine de notation des ménages concerne l’état matériel. Celui-ci comprend le logement, qui est l’investissement le plus important au cours de la vie d’un ménage, et les équipements que le ménage possède (ceux ayant une influence sur la vulnérabilité du ménage et sur sa capacité à se développer). Indice du logement Le logement d’un ménage est une modalité très importante du niveau de vie du ménage. En effet, bien qu’ayant une faible incidence sur la vulnérabilité du ménage, c’est l’investissement le plus important de la vie d’un ménage. Ainsi, un ménage peut paraître très peu vulnérable de par sa capacité à réagir à une évolution, mais si son logement est encore un point faible, cela veut dire que l’investissement interviendra après. Cet investissement conséquent aura donc un impact non négligeable sur la vulnérabilité du ménage. La mesure de cet indice se fait grâce à la notation de certaines caractéristiques de la maison. Pour chaque critère retenu sont proposés différentes modalités. Celles-ci sont présentées entre parenthèses, de celle qui vaut le plus de points à celle qui en vaut le moins : -

taille de l’habitat (1 ou plus de 2 pièces) ; matériaux utilisés pour les murs (brique, bois, torchis ou bambou) ; matériaux utilisés pour le toit (tuiles, tôles ou feuilles) ; type de sol dans la maison (carrelage, ciment ou terre battue) ; type de sol de la cour extérieure (ciment ou terre).

Indice des équipements L’évaluation de l’équipement passe par la notation des moyens de transport du ménage et du matériel agricole qu’elle possède. Ces équipements sont pris en compte car ils sont des sources de dépenses majeures, et qu’ils conditionnent la faculté d’un ménage à se développer (nécessité d’une moto pour la vente de ses productions agricoles par exemple). Le choix a été fait de ne pas prendre en compte les équipements électroménagers du ménage, afin de simplifier le travail des enquêtrices. Ont seulement été pris en compte les équipements ayant une influence sur les activités et sur les opportunités de développement du ménage. La mesure de cet indice se fait en notant la possession ou non par le ménage de certains équipements. Les points attribués pour chaque équipement sont ajoutés si le ménage en possède plusieurs. Les équipements sont déclinés en deux catégories : o transport - moto - vélo - aucun o matériel agricole. - décortiqueuse SOURIRES D’ENFANTS – CIRAD

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-

plumeuse à thé charrette charrue

1.3.2.2.4.2. Évaluation des facteurs de production La deuxième modalité à prendre en compte pour évaluer le niveau de vie et la vulnérabilité d’un ménage concerne ses facteurs de production. Ceux-ci comportent les activités génératrices, ainsi que les activités agricoles vivrières donc non génératrices de revenus mais essentielles pour la sécurité alimentaire du ménage. D’autre part, l’évaluation du bétail possédé par le ménage permet d’avoir une idée de la capacité du ménage à affronter une évolution, le bétail servant d’épargne sur pied. Indice du système de culture L’évaluation du système de culture d’un ménage est indispensable pour pouvoir appréhender son niveau de vie. En effet, cette activité représente la source principale de subsistance des familles. L’appréciation des moyens de production, des activités agricoles effectuées ainsi que du niveau d’autosuffisance en riz du ménage nous permet d’estimer les conditions de vie et le niveau de vulnérabilité du ménage. Les différents critères retenus sont les suivants : -

surface cultivée par personne ; nombre de mois d’autosuffisance en riz diversité des cultures mises en place par le ménage.

Indice du système d’élevage L’élevage est le premier mode de capitalisation au Vietnam. Au-delà de ça, c’est une des composantes principales de diminution de la vulnérabilité d’un ménage. C’est pourquoi il est essentiel d’intégrer le rôle du système d’élevage du ménage dans l’évaluation de son niveau de vie. Les différents critères retenus correspondent aux différents élevages repérés sur la zone (porcs engraissement, porcs de reproduction, bœufs, buffles, volailles), les différentes modalités correspondant au nombre d’animaux possédés. Indice des autres activités Une autre composante principale pour réduire la vulnérabilité d’un ménage est la diversité de ses ressources économiques. En effet, la présence d’un générateur de revenu issu d’une activité non agricole au sens large du terme permet au ménage de réduire sa fragilité face à une évolution (Chéreau 2010). Les différents critères retenus tiennent compte du type d’activité mais aussi du type de contrat. Un travail salarié ayant un facteur de sécurisation pour le ménage plus élevé qu’un travail à son compte. En plus de la contractualisation ou non du travail, il est nécessaire de prendre en compte la fréquence de travail. Par exemple, une activité qui permet d’avoir des revenus étalés sur toute l’année a un facteur de sécurisation plus élevé qu’un emploi ne permettant d’obtenir de l’argent que pendant une demi-saison.

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1.4. LIMITES DE L’ÉTUDE 1.4.1. Biais des histoires de vie par entretien de compréhension La réalisation des entretiens qualitatifs a été soustraite à l’intervention directe des autorités (chefs des villages ou Union des femmes), afin d’éviter que l’étude ne comporte des biais de partialité en orientant les entretiens vers des personnes choisies sur des critères autres que ceux considérés dans l’échantillonnage. Cependant, cette méthode comporte elle aussi des biais. En effet, l’absence de légitimation de l’enquêteur au sein des ménages, l’obligation de s’adapter aux conditions de terrain (période de mousson) et à la disponibilité des personnes peut entraîner le risque que certaines catégories de ménages n’aient pas été interrogées. À cet élément s’ajoute la taille réduite de l’échantillon (41 ménages sur 3 Communes). La non représentativité de l’échantillon est donc une des limites principales de l’étude qualitative. Cependant, la confirmation des résultats par une enquête quantitative sur un grand échantillon (300 ménages) permet de réduire ce biais. Ensuite, le choix de réaliser les entretiens de manière directe, sans recours à des intermédiaires proches ou issus de la population enquêtée, entraine un risque d’intervention dans le processus sociologique de réponse dirigée, car celui-ci dépend de l’interlocuteur (Sardan 2003). Ce risque d’intervention peut avoir une incidence sur les données produites lors des entretiens et donc sur les résultats. Cependant, la conduite de deux entretiens séparés dans le temps pour un seul ménage permet de gagner la confiance des personnes enquêtées, et donc de minimiser ce facteur notamment lors du second passage. D’autre part, il a été nécessaire d’avoir recours à une interprète pour la conduite de ces entretiens de compréhension. Malgré la qualité des échanges, les incompréhensions et mauvaises interprétations ne peuvent être exclues. Cependant, la conduite d’entretiens préliminaires ainsi que l’organisation d’une mise en commun systématique après chaque journée, permet de considérer ce facteur comme minime. Enfin, ces entretiens reposant sur un matériel humain non vérifiable, les données produites peuvent être sujettes à des erreurs ou des imprécisions. Cependant, la méthodologie mise en place a permis de minimiser ce biais. En effet, la conduite de deux entretiens séparés dans le temps pour un seul ménage permet de confirmer ou infirmer les dire des personnes enquêtées, et donc permet de produire des données fiables.

1.4.2. Biais de l’enquête quantitative par questionnaire La délégation de la saisie des questionnaires à des enquêtrices de l’Union des Femmes, qui sont des intermédiaires pertinentes issues de la population enquêtée, permet d’intervenir au minimum dans les processus sociologiques de réponse dirigée en fonction de l’interlocuteur (Sardan 1995). En effet, celles-ci sont plus proches de la population et plus intégrées qu’un enquêteur extérieur ce qui permet d’avoir des résultats les plus cohérents possibles avec la réalité. Néanmoins, la gestion des crédits formels et semi-formels est très dépendante de l’Union des Femmes. Par conséquent le risque de réponse dirigée en fonction de l’interlocuteur ne peut pas être négligé concernant les pratiques de recours au crédit du ménage. Ce biais a été atténué grâce aux formations dispensées aux enquêtrices : au cours des séminaires, il a été exigé que les sondeuses de l’UF présentent l’étude à chaque arrivée dans un ménage, et attestent que les données produites ne seront utilisées que pour l’étude et resteront anonymes. Malgré tout, certaines données produites lors de ces questionnaires n’ont pas été exploitées. De toute évidence, certaines informations du questionnaire ont été mal comprises par les enquêtrices ce qui entraine des résultats identiques pour tous les ménages qui ont été enquêtés par la même sondeuse. Ce matériel récolté, peu cohérent, n’a donc pas été exploité dans ce mémoire.

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L’évaluation du niveau de vie est une notation réfléchie mais qui est arbitraire, car les points accordés ont été attribués selon des critères subjectifs (même s’ils semblent les plus pertinents possibles). Nonobstant ce point, l’objectif d’une telle notation est de prendre en compte l’évolution du niveau de vie des ménages. Ainsi, l’évaluation restant la même pour tous les ménages et pour les deux instants considérés, le biais de partialité de notation est éliminé.

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2. ÉTAT DE L’OFFRE DE FINANCEMENT EN MILIEU RURAL 2.1. LE SECTEUR FORMEL Le secteur formel regroupe les institutions bancaires, d’État ou privées, qui octroient des crédits en milieu rural. Ces crédits sont soit demandés par les ménages (démarche individuelle) soit proposés par les banques lors de programmes gouvernementaux (démarche collective). Les ménages ont recours à ces crédits pour leurs investissements importants, ce qui entraîne une augmentation importante de la demande auprès de ces banques qui ont pris le dessus sur le secteur informel ces dernières années (Lelart 2007).

2.1.1. La Banque Vietnamienne des Politiques Sociales 2.1.1.1. Présentation générale La Banque Vietnamienne des Politiques Sociales (VBSP), dont le nom vietnamien est Ngân Hàng Chính Sách Xã H)i, est une banque d’État. À ce titre-là, elle a pour mission de mettre en œuvre la politique de crédit et de financement décidée par le gouvernement. La VBSP propose des crédits orientés, dont les modalités sont fixées en amont. L’offre n’est pas modulable. Elle propose une gamme de 7 crédits (Le Roy 2010) : o pour les familles pauvres (0,65 % d’intérêts par mois, remboursable sur 3 ans) ; o appui à l’export de main d’œuvre (0,65 % d’intérêts par mois, remboursable sur 3 ans) ; o développement d’une activité avec création d’emplois (0,65 % d’intérêts par mois, remboursable sur 3 ans) ; o pour le commerce (0,9 % d’intérêts par mois, remboursable sur 3 ans) ; o pour les études (0,5 % d’intérêts par mois, remboursable sur 3 ans) ; o construction de maison (0,25 % par mois, remboursable sur 10 ans) ; o pour les familles avec de très grandes difficultés – familles pauvres issues d’ethnie minoritaire, ou familles les plus pauvres de la commune – un crédit destiné à l’élevage ou à l’artisanat (sans intérêts, remboursable sur 2 ans). La VBSP n’octroie pas ses crédits directement aux ménages. En effet, n’ayant pas de représentation au niveau des communes, la banque travaille avec les organisations de masse (Unions) comme intermédiaires. Aucune garantie (livret rouge par exemple) n’est demandée aux ménages, étant donné le grand nombre de ménages pauvres n’en possédant pas, et étant donné le montant limité des crédits octroyés.

2.1.1.2. Accès des ménages aux crédits de la VBSP Bien que les crédits de la VBSP soient construits de façon à toucher toutes les familles pauvres, les difficultés d’accéder à un crédit sont nombreuses : nécessité d’une proposition de la banque, nécessité de respecter certains critères. À cela s’ajoutent les difficultés liées à la gestion du crédit et au pouvoir de décision des Unions et des chefs de village. 2.1.1.2.1. Démarche d’obtention Les capitaux de la VBSP proviennent de projets gouvernementaux dans la majorité des cas. Ceux-ci transitent par la Province et le District. Les versements sont ensuite faits aux Unions, environ 3 fois par an. Pour obtenir un crédit, le ménage doit tout d’abord être informé d’un programme de crédit. En effet, les crédits de la VBSP ne se contractent qu’après une proposition de la banque, et donc après un relai de la part des organisations de masse.

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« On ne peut pas emprunter n’importe où, n’importe quand. Il faut avoir une proposition de la banque. » Mme .., 44 ans, M"#ng, Bông 1 (Long C$c)

Ensuite, le ménage doit rédiger une lettre précisant l’objectif du crédit qu’il veut emprunter, et la faire parvenir au chef du village. Celui-ci évaluera la capacité du ménage à rembourser ou non et donnera en conséquence son accord ou non. La demande est alors transmise aux Unions qui prennent la décision finale quant à l’obtention du crédit ou non. 2.1.1.2.2. Critères de sélection La sélection et le choix des familles se fait donc par les Unions, et se basent sur les critères suivants : o Les familles les plus pauvres ou ayant le plus de difficultés sont privilégiées ; o Lors de l’octroi, l’Union en charge du crédit en question essaye de faire un roulement entre les familles pour que ce ne soit pas toujours les mêmes qui bénéficient de crédits. 2.1.1.2.3. Difficultés d’accès Cependant, il arrive que le choix soit seulement fait par le chef de village, ce qui peut entraîner des difficultés pour certains ménages de contracter un crédit s’il existe des tensions avec le chef de leur village ou si leur chef de village est corrompu. « Notre ménage fait partie des familles pauvres. Cependant nous n’avons jamais pu contracter un crédit de la VBSP. Le chef de notre village est très corrompu. Il donne donc préférentiellement le crédit à ses amis et nous les familles pauvres n’avons pas accès à ces programmes du gouvernement. » Mme K., 63 ans, M"#ng, Giác 2 (Thu Cúc)

D’autre part, certaines familles rencontrent des difficultés à contracter un crédit parce qu’aucun de ses membres ne cotise à une Union. En effet, étant donné que ces organisations de masse sont les intermédiaires de tout crédit gouvernemental proposé par la VBSP, l’information des villageois se fait donc par ces Unions. Et celles-ci ont tendance à informer dans un premier lieu leurs adhérents, puis les non-adhérents ce qui limite la possibilité de contracter un crédit pour ces derniers. « J’adhère à l’Union des paysans et ma femme à l’Union des femmes. L’intérêt de réaliser ces deux adhésions est que cela nous facilite l’accès aux crédits. » M. Ó., 49 ans, Dao, Dáy (Thu Cúc) « Je n’ai jamais pris de crédit à la VBSP car la banque ne m’a jamais proposé de crédit. Je ne comprends pas pourquoi car mon ménage fait partie des familles pauvres. Comme la VBSP ne m’a jamais proposé de capital, alors je n’ai jamais emprunté. Et à Agribank non plus, les intérêts sont trop élevés. » « Je n’adhère pas à l’Union des femmes, et mon mari maintenant décédé n’adhérait pas à l’Union des paysans. […] C’est peut-être parce que nous n’avons jamais adhéré que la banque ne nous a jamais proposé de crédit. » Mme L., 59 ans, M"#ng, Khu 5 (Y'n L"(ng)

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2.1.1.2.4. Gestion du crédit 2.1.1.2.4.1. Un rôle prédominant du chef de village Le chef du village a pour tâche de gérer différentes parties du crédit. En effet, celui-ci a tout d’abord le devoir d’évaluer la capacité du ménage à rembourser le crédit et c’est lui qui a la responsabilité de donner son accord ou non pour l’obtention du crédit. Il est ensuite chargé de gérer la liste des emprunteurs, et de collecter les carnets d’épargne de chaque ménage. Ces carnets, dont la possession est imposée par la VBSP, permettent l’épargne d’argent en vue du remboursement du crédit. À ce titre-là, chaque ménage emprunteur est chargé d’y déposer 200 000 %&ng juste après l’obtention du crédit. Cela s’est transformé en une caution, qui est remise au ménage seulement s’il rembourse le crédit à temps et sans demander de report. Il revient au chef de village de collecter les 200 000 %&ng par ménage et de les remettre à la banque. De plus, il récolte les intérêts mensuels des crédits, et se charge aussi du recouvrement du capital. Il doit en effet annoncer la date du remboursement (au plus tard un mois avant l’échéance), puis collecter l’argent et le remettre à l’Union chargée du crédit, qui le remettra ensuite à la banque. « Quand la VBSP donne un crédit aux paysans, je gère la liste des familles qui empruntent ainsi que de celles qui demandent le report du remboursement. Au début de l’emprunt, chaque famille doit avoir un carnet d’épargne, et y déposent 200 000 *+ng. Je donne ensuite cet argent à la banque. Puis, ceux qui ne demandent pas le report du remboursement peuvent récupérer cette somme. Je récolte aussi les intérêts et le capital des crédits de la VBSP. Tous les 23 du mois, tous les villageois ayant emprunté viennent chez moi pour rembourser. Je me charge aussi de faire l’annonce du remboursement du capital 1 mois avant la date fixée par la banque. […] Je ne gère pas les crédits d’Agribank, car les habitants ici n’ont pas assez de revenus pour payer les intérêts, et donc personne n’emprunte à Agribank. » M. V., 58 ans, Dao, Náy (Y'n L"(ng)

2.1.1.2.4.2. Des utilisations diverses et peu de suivi Bien que les crédits de la VBSP appartiennent à une des sept gammes de crédits proposés, les utilisations sont très multiples. Cela tient au fait que certains des crédits proposés soient généraux (crédit aux familles pauvres par exemple). D’après les résultats de l’enquête quantitative représentés dans la Figure 6 (ci-dessous), les crédits de la VBSP sont majoritairement utilisés pour l’achat de buffles (24 %, notamment dû au crédit proposé aux familles pauvres (Le Roy 2010)), pour la construction de la maison (23 %, notamment dû au crédit pour la construction de maison) ainsi que pour l’élevage de porcs (16 %). « L’achat d’un buffle est très important pour notre ménage. Cela permet d’acquérir une grande force de travail, ce qui est très important pour le labour des terres, car nous pouvons maintenant labourer quand on veut, il n’y a plus de problème de disponibilité car nous n’avons plus à louer le buffle. En plus, cela diminue nos coûts et peut nous rapporter des revenus : location du buffle pour le labour, ou services de transport. Et enfin, le buffle permet d’avoir une sécurité financière car si nous devons faire face à une dépense importante, nous pouvons toujours vendre le buffle. » M. L., 47 ans, Dao, Tân L,p (Thu Cúc)

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Figure 8 : Diagramme circulaire représentant les différentes utilisations des crédits de la VBSP

Il est important de noter que l’absence de suivi de la part de la banque permet aux ménages ayant contracté le crédit de l’utiliser pour un autre projet que celui prévu par la banque. En effet, plus de 23 % des crédits de la VBSP ont été utilisés à une fin différente de celle qui a été annoncée à la banque (Source : enquête quantitative 2012). C’est par exemple le cas d’utilisations comme le remboursement de dettes (8 % des utilisations), l’achat de matériel (moto, télévision ; 4 % des utilisations), ou encore le paiement de dépenses exceptionnelles (frais quotidiens, hospitalisation ; 2 % des utilisations). 2.1.1.2.4.3. Remboursement Le remboursement des crédits de la VBSP se fait en une fois, au terme de la durée prévue. C’est au chef du village que revient la tâche d’annoncer le remboursement du crédit à chaque ménage, puis de collecter l’argent. L’annonce de remboursement se fait environ un mois avant la date de remboursement. En croisant l’utilisation que font les ménages du crédit avec leur manière de rembourser, il est difficile d’identifier un lien de cause à effet direct. Cependant, il est possible de discerner que les crédits de la VBSP sont peu remboursés grâce à l’activité mise en place par le crédit. En effet, près de 60 % des crédits contractés n’ont pas été remboursés grâce à l’activité mise en place par le prêt. À cela, il faut ajouter le fait qu’un quart des crédits ont été utilisés pour acheter un buffle. Ainsi, à part la possibilité que le buffle acheté ait servi à étoffer l’élevage ou si le buffle a mis bas, les ménages ayant remboursé leur crédit grâce à l’activité mise en place (élevage de buffle) n’ont en réalité que revendu leur bête pour pouvoir payer la banque. Il serait intéressant de pouvoir quantifier ces mécanismes (ce qui n’a pas été possible lors de cette enquête). Il est aussi intéressant de noter que 20 % des prêts de la VBSP ont été remboursés grâce à la prise d’un nouveau crédit formel (9 %) ou informel (11 %), alors que la vente de production végétale ne sert à rembourser que 16 % des crédits.

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Figure 9 : Diagramme circulaire présentant les stratégies de remboursement des crédits de la VBSP

2.1.2. Agribank 2.1.2.1. Présentation générale Agribank ou la VBARD (Vietnamese Bank for Agriculture and Rural Development), dont le nom vietnamien est Ngân Hàng Nông Nghi(p và Phát tri'n nông thôn, est elle aussi une banque d’État. À ce titre-là, elle a aussi pour mission de mettre en œuvre la politique de crédit et de financement décidée par le gouvernement. Nonobstant, à la différence de la VBSP, cette banque est à vocation commerciale bien que son implantation profonde en campagne lui donne un côté social (Bao Toan 2008). Son secteur d’activité est plus large que celui de la VBSP puisqu’en plus de proposer des crédits, la VBARD offre des services d’épargne et de transfert de fonds. La VBARD octroie ses crédits directement aux ménages. En effet, la banque travaille directement avec les familles, sans intermédiaires entre les deux parties. Les crédits proposés par Agribank n’ont pas de modalités fixées en amont, à l’exception de la durée du crédit. Celle-ci se décompose en 3 plages d’emprunt : o court-terme, de durée inférieure à 1 an ; o moyen-terme, de durée comprise entre 1 et 5 ans ; o long-terme, de durée supérieure à 5 ans. Le montant des crédits octroyés par Agribank est variable. Il dépend du projet d’utilisation du ménage, et de sa situation économique. La banque travaillant directement avec les familles contractant le crédit, ils discutent ensemble des modalités, qui sont adaptées à chaque ménage. Les taux d’intérêts des crédits proposés par Agribank sont fixés car ils dépendent de la situation économique du pays. Celui-ci reste stable dès lors qu’il n’y a pas de crise. À l’heure actuelle, les intérêts n’ont pas été modifiés depuis 2008, année où ils ont alors été fixés à 10,5 % par an (0,875 % par mois) (Do Tat 2009). Il existe toutefois une exception pour les intérêts puisque les familles résidant ou ayant leur activité dans une des 61 communes considérées comme

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« à caractère prioritaire » par le gouvernement, peuvent bénéficier d’une réduction de 50 % des intérêts (5,75 % par an). Thu Cúc, Long C$c font partie de ces communes (Programme 135) (Vietnam Sustainable Development Unit 2009).

2.1.2.2. Accès des ménages aux crédits d’Agribank 2.1.2.2.1. Démarche d’obtention La prise d’un crédit chez Agribank est une démarche spontanée du ménage. La banque ne proposant pas de crédits à formule fixe, et les modalités étant discutées directement entre le ménage et la banque, il n’y a guère de propositions faites aux ménages. « Il est facile d’emprunter à Agribank, car il n’y pas besoin d’attendre une proposition de la banque. Ce n’est pas comme avec la VBSP où il faut qu’il y ait un projet pour pouvoir prendre un crédit. Avec Agribank, on demande le crédit à la banque directement, dès qu’on en a besoin. » M. H., 63 ans, M"#ng, Khu 6 (Y'n L"(ng)

Malgré tout, l’offre de crédits n’est pas illimitée. Il existe donc des intermédiaires (Comité Populaire, chefs de village) chargés de faire circuler l’information au sein du village et auprès des familles quand Agribank reçoit de nouveaux crédits (Le Roy 2010). Nonobstant cela, la démarche du ménage reste spontanée dans la mesure où il doit se rendre directement à l’agence ou auprès du représentant de la commune pour déposer la demande. 2.1.2.2.2. Critères de sélection Bien que la démarche pour contracter un crédit à la VBARD soit plus simple que pour la VBSP puisque la demande peut se faire spontanément, il est toutefois difficile de pouvoir bénéficier d’un crédit Agribank. Le facteur limitant est qu’il faut présenter des garanties, le titre foncier en étant un exemple. Une fois la garantie présentée, la banque va procéder à une évaluation de l’état de la maison, des arbres, et des moyens de transport personnels de la famille (Le Roy 2010) afin d’évaluer les garanties que le ménage possède. Si ces garanties sont suffisantes, alors le ménage aura accès au prêt, sinon il ne pourra pas obtenir le crédit. 2.1.2.2.3. Difficultés d’accès Au regard des communes de Thu Cúc et de Long C$c, il apparaît difficile de contracter un crédit à Agribank. Indubitablement, les crédits Agribank ne représentent seulement que 7,7 % de la totalité des crédits formels contractés (Agribank et VBSP) (Source : enquête par questionnaire, 2012). « L’accès au crédit d’Agribank m’est impossible. Je n’ai en effet pas de carnet rouge pour mes terres, et comme la banque l’exige pour prendre un crédit, je n’ai jamais pu en prendre un. Il faut des garanties, mais je ne pourrais jamais avoir de garanties sans pouvoir investir avant ». M. Q., 39 ans, M"#ng, M5ng 2 (Long C$c)

Il existe cependant des mécanismes de parade pour pouvoir contracter ces crédits qui sont indispensables, l’offre de la VBSP étant insuffisante. Ainsi, il existe des systèmes de prêts de carnets rouges afin d’obtenir un crédit. Ces mécanismes sont principalement effectués entre membres d’une même famille, avec ou sans contrepartie. Les contreparties ne sont pas monétaires, mais de l’ordre du service. 36

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« Je louais tout le temps la plumeuse de mes voisins. Mais cela me coûtait trop cher. Alors j’ai décidé d’en acheter une. Mais il fallait que je prenne un crédit, et la VBSP ne m’en proposait pas. J’ai donc décidé de prendre un crédit à Agribank, même si les intérêts sont élevés. Et comme il fallait des garanties et que je n’ai pas de carnet rouge, j’ai pris celui de mes parents. […] Ils veulent m’aider. Je n’ai pas de services à leur rendre ensuite, c’est gratuit. » Mme L., 29 ans, M"(ng, M5ng 2 (Long C$c)

2.1.2.2.4. Gestion du crédit 2.1.2.2.4.1. Un encadrement rapproché malgré une large palette d’utilisation Une fois le crédit contracté, la banque effectue un suivi rapproché auprès des familles pour voir si le crédit est utilisé selon l’objectif précisé au départ. Cependant, si le prêt n’a pas été utilisé à bonne fin, la banque aura alors le rôle d’évaluer la pertinence et la viabilité du projet mis en place par le ménage. « Quand je vivais avec mes parents, juste après m’être marié, ils ont contracté un crédit pour moi. Avec cet argent, j’avais l’intention d’acheter des buffles pour leur force de travail agricole. C’est ce que j’ai annoncé à Agribank quand nous avons pris le crédit. Mais j’ai ensuite changé d’avis, après avoir entendu parler d’achat de machines agricoles dans la commune. C’est une activité qui rapporte bien. J’ai donc décidé d’acheter une décortiqueuse pour le riz et un broyeur de maïs avec l’argent du crédit. Quand Agribank est venu vérifier voir à quoi avait servi l’argent du prêt, je leur ai expliqué le changement. Ils n’ont pas trouvé d’inconvénients à ce projet, heureusement pour moi ! » M. H., 41 ans, Kính, D$ng T5ng (Thu Cúc)

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Cet audit de l’utilisation du crédit permet d’éviter la prise d’un crédit pour entretenir un processus de cavalerie bancaire. En effet, à l’inverse des crédits proposés par la VBSP sans suivi, les crédits de la VBARD ne sont pas utilisés pour rembourser de nouveaux crédits (voir Figure). À l’instar des crédits de la VBSP, les trois-quarts des prêts contractés chez Agribank sont utilisés pour installer une culture (thé et keo représentent 28 % des utilisations), développer l’élevage (porcs et buffles représentent 14 % des utilisations) ou pour la construction de maison (32 % des utilisations). Il est important de noter que 7 % des crédits sont en réalité donnés à une tierce personne. Ce résultat confirme l’hypothèse de difficulté d’accès à ce type de prêts énoncée auparavant, et met en avant les mécanismes de prêts de crédits pour qu’un ménage n’ayant pas les garanties nécessaires puisse tout de même accéder à un prêt. 2.1.2.2.4.2. Remboursement Les stratégies de remboursement des crédits contractés à Agribank sont moins diversifiées que pour les crédits de la VBSP. Pour la VBARD, seules 4 stratégies sont à dénombrer : la vente d’animaux, prédominante à l’instar de la VBSP, la vente de production agricole, la vente de terrain et la prise d’un nouveau crédit formel (Figure) La proportion très grande de remboursement grâce à la vente de production agricole ou de terrain (44 %) met en évidence les catégories sociales touchées par les crédits d’Agribank : familles aisées, dont le capital foncier est important (Bao Toan 2008). Ainsi, ces familles peuvent rembourser grâce à leurs productions agricoles puisqu’elles ont de grandes surfaces cultivées (22 %), ou alors peuvent rembourser grâce à la vente de foncier (22 %).

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Figure 11 : Diagramme circulaire présentant les stratégies de remboursement des crédits d'Agribank

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2.2. LE SECTEUR SEMI-FORMEL 2.2.1. L’Union des Femmes L’Union des Femmes est une organisation de masse dont la mission est d’aider les familles pauvres de la commune ainsi que ses membres. En effet, si l’un des membres de l’UF est malade, alors il existe un mécanisme de solidarité : les autres membres vont cotiser pour l’aider. D’autre part, il existe une aide lors des récoltes : les membres de l’UF vont travailler collectivement dans les champs. L’UF a aussi pour vocation d’aider les mères ayant perdu un enfant pendant la guerre, en leur rendant visite. L’organisation de masse organise aussi de grandes fêtes pour célébrer les dates importantes.

2.2.1.1. Présentation générale Il existe deux grands types de crédits proposés par l’UF. Le premier type de crédit est lié à des programmes. Les crédits sont de petites sommes (200 000 à 2 millions %&ng), et dédiés pour un projet : développement de l’élevage, formation, implantation d’une nouvelle culture, etc. Le second type de crédits proposés par l’UF est très dépendant de la motivation de l’UF de chaque village. En effet, chaque village va constituer son propre fonds grâce aux cotisations des familles, et l’UF alloue ensuite le crédit aux familles qui en font la demande. Les sommes de ces prêts sont petites (entre 100 et 200 000 %&ng). Toutefois, il existe de nombreuses variantes de fonctionnement de ces fonds. Ainsi, les groupes constitués cotisent tous dans une caisse pour payer le droit d’obtenir ultérieurement un crédit. Ensuite, chaque ménage reçoit le crédit à son tour, et l’utilise pour l’activité qu’il veut.

2.2.1.2. Gestion du crédit RDSC L’Union des Femmes distribue aussi un crédit issu du projet hollandais RDSC (Rural Development Services Center) (Trung tâm d)ch v6 phát tri7n nông thôn) depuis 2004. Afin de conduire ce crédit, elle a été subventionnée à hauteur de 150 millions de %&ng. Le fonctionnement du crédit est le suivant : l’UF crée des groupes de membres (cotisation de 100 000 %&ng). Chaque année, chaque membre d’un groupe peut alors emprunter 1 ou 2 millions %&ng, au taux d’intérêts de 1 %, pendant une durée d’un an. Le remboursement du capital se fait à partir du troisième mois, à raison d’un dixième du capital par mois. Les intérêts sont quant à eux payés dès le début de l’emprunt (Source : entretien avec la présidente de l’UF de Thu Cúc, 2011) Ce crédit est ouvert à tout type d’activité. Néanmoins, la plupart du temps, les crédits proposés le sont par thème : crédits dédiés au développement de l’élevage, dédiés à l’implantation d’une culture ou encore dédiés au paiement d’une formation (V. Duteurtre 2010). Les crédits de l’UF sont ouverts à toutes les familles. Nonobstant, les familles pauvres ont la priorité sur les autres membres.

2.2.1.3. Accès des ménages aux crédits de l’UF 2.2.1.3.1. Démarche d’obtention La seule condition, nécessaire et suffisante, pour pouvoir contracter un crédit du premier type de l’UF, est d’adhérer à l’UF. La démarche du ménage voulant emprunter est spontanée, et doit être en phase avec l’objectif d’utilisation proposé par l’UF. En effet, les crédits de l’UF sont généralement orientés pour un programme de développement : développement de l’élevage, appui à l’installation de thé, etc.

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Cependant, l’UF étant avant tout une organisation de masse dont la mission est d’aider ses membres, un crédit de l’UF peut-être contracté à une autre fin que celle initialement prévue par l’UF, à condition que le motif soit justifié. « Tous les membres de l’UF peuvent prendre un crédit à l’UF. Normalement, c’est un crédit pour développer une activité. Cependant, quand je l’ai pris, j’ai expliqué notre situation, avec mon fils Duy à l’hôpital. Ils m’ont donc laissé emprunter pour payer les frais d’hospitalisation. » Mme D., 49 ans, M"#ng, Chiêng 2 (Thu Cúc)

Pour contracter un crédit du second type, il suffit d’adhérer à une UF villageoise active, ou bien de cotiser dans un des groupes à caisse commune, et qui opèrent à l’octroi du crédit par rotation. « Ma femme participe à une des caisses de crédit gérées par l’Union des femmes, et c’était son tour de recevoir le crédit. L’emprunt était de 1,5M, avec des taux d’intérêts de 0,6 % par mois. Nous avons dû rembourser un an après. Il n’y a pas de contrat, c’est juste à l’oral. » M. A., 35 ans, M"#ng, Khu 3 (Y'n L"(ng)

2.2.1.3.2. Gestion du crédit 2.2.1.3.2.1. Utilisation Une grande partie des crédits proposés par l’Union des femmes étant orientés pour le développement d’une activité précise ou pour une certaine utilisation, et cette organisation de masse étant bien intégrée dans le tissu social de la commune, les crédits sont principalement destinés au développement de l’élevage (56 %), à la formation (13 %) ou encore à l’implantation d’une culture (9 %) (voir figure ci-dessous). !"#$%&"'()*+%),-.*$/%)*+)#0!1) @,3%".& 0)&

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Figure 12 : Diagramme circulaire représentant les différentes utilisations des crédits de l’UF

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Toutefois, l’UF étant une organisation à vocation sociale avant tout, les crédits qu’elle propose sont aussi utilisés pour des événements exceptionnels affectant le ménage : c’est le cas des hospitalisations qui représentent 10 % des crédits, et des remboursements de dettes (6 %) ainsi que le paiement des frais quotidiens (3 %). « J’ai emprunté 500 000, (0,3% d'intérêts) à l'Union des femmes en 2010. Avec l’argent j’ai acheté des médicaments pour ma femme qui souffrait du genou. Le crédit devait être utilisé pour développer quelque chose, mais je leur ai expliqué la situation, et ils connaissaient ma femme. Ils ont donc acceptés. » M. H., 39 ans, M"#ng, Qu8 (Thu Cúc)

2.2.1.3.2.2. Remboursement Les crédits de l’UF sont généralement de courte durée et leur somme est faible. La plupart des ménages peuvent donc rembourser grâce au premier cycle de l’élevage mis en place, ou bien grâce à la vente de volailles, ce qui explique la forte proportion de remboursement grâce à la vente d’animaux (50 %). Il est intéressant de constater que 10 % des ménages remboursent grâce à l’argent issu de la vente de terrain. Néanmoins, il est important de relativiser ce résultat : les crédits contractés à l’UF étant de petites sommes, l’argent de la vente d’un terrain est alors utilisée pour un plus gros projet, dont une partie est destinée à rembourser les dettes.

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Figure 13 : Diagramme circulaire représentant les différents types de remboursement des crédits de l’UF

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2.2.2. L’Union des Paysans L’Union des paysans est une organisation de masse dont la mission est d’aider les villageois dans leurs pratiques agricoles. À ce titre-là, elle développe différents types d’activités. Tout d’abord, l’UP dispense des formations aux villageois qui le souhaitent : formation à la plantation de riz, de maïs ; formation à l’élevage de porcs. Cette union élabore aussi des tests sur de nouvelles variétés, essais qui sont demandés par le gouvernement, comme par exemple l’essai de nouvelles variétés de riz. L’UP est aussi le relai du gouvernement en ce qui concerne la politique agricole. À l’évidence, cette organisation de masse distribue les subventions du gouvernement : distribution de semences gratuites de riz et maïs pour les paysans les plus pauvres de la commune ; accès à la fertilisation gratuite pour les paysans les plus pauvres en 2008 ; vaccins gratuits pour tous les élevages en 2009, et pour tous les paysans dans le cadre du projet 135. D’autre part, l’organisation met en place des systèmes collectifs pour acheter en gros : c’est le cas pour la fertilisation NPK. La demande se fait par village. Le district vend les fertilisants à la commune puis l’UP distribue les engrais dans les villages. Le prix est identique à celui du commerce, cependant les paysans peuvent payer après la récolte (Le Roy 2010). Enfin, à l’instar des crédits villageois mis en place par l’Union des femmes, les unions villageoises de l’UP peuvent collecter des fonds pour faire des microcrédits avec des intérêts. À Thu Cúc, plus de 80 % des villages ont ce type de fonds (Le Roy 2010). « J’ai emprunté 500 000 *+ng avec un taux d’intérêts de 2% en 2010 à l'Union des paysans. Avec cet argent j’ai pu payer le service de labour sur mes terres, car je n’ai pas de buffle et je suis trop vieux maintenant pour labourer tout seul. J’ai remboursé le crédit 6 mois après, juste après la récolte. » M. D., 65 ans, M"#ng, Ú (Thu Cúc)

2.2.3. Sourires d’Enfants Depuis 2004, Sourires d’Enfants est venu renforcer l’offre de financement à Thu Cúc, avec la mise en place d’un premier projet de microcrédit dans les villages de Cón et Qu8. Ce crédit d’une valeur de 1,5 millions %&ng a été délivré en trois fois sur 1 an. Suite à la réussite de ce projet, SdE a souhaité poursuivre et élargir son activité de microcrédit, dans le cadre du projet 3C. Ce crédit a été mis en place en 2010, et touche les communes de Long C$c, Thu Cúc et Y'n L"(ng.

2.2.3.1. Présentation générale L’organisation du crédit proposé par Sourires d’Enfants a été détaillée en amont (voir §1.1.1.1.6.).

2.2.3.2. Accès des ménages au crédit SdE À l’instar des crédits proposés par Agribank de par leur sélectivité, les crédits de SdE ne touchent que peu de personnes relativement au nombre de familles dans les communes concernées. Cependant, les classes touchées sont les ménages les plus pauvres et vulnérables de la commune (Le Roy 2010). Le fait que seulement peu de personnes puissent bénéficier du crédit entraîne inexorablement des mécanismes pour y palier comme le prêt de crédit. C’est le cas aussi de certains ménages qui ont trouvé le montant du crédit trop peu élevé.

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« J’ai pris le crédit de SdE en 2010. Puis je l’ai donné à mon petit frère, afin qu'il puisse acheter 2 porcs de plus. Lui aussi a contracté le crédit SdE, mais il a trouvé que le montant n'était pas assez élevé. Il m’a donc demandé de prendre ce crédit pour lui, afin d'acheter 4 porcs. » M. M., 34 ans, Dao, Dáy (Thu Cúc)

2.2.3.3. Gestion du crédit 2.2.3.3.1. Utilisation Les porcs ayant été donnés par SdE, l’OSI peut se féliciter du fait que 100 % des ménages ont utilisé le crédit pour l’achat de porcs ainsi que d’alimentation pour ceux-ci. Seuls les 300 000 %&ng prêtés en plus aux ménages souhaitant construire une porcherie n’ont pas toujours été utilisés à cette fin. Cependant, cela ne concerne que peu de ménages (3 ménages enquêtés sur 40). 2.2.3.3.2. Remboursement Le crédit proposé par SdE possède la particularité d’avoir un accompagnement rapproché. À cela s’ajoute le fait que le remboursement du capital soit fait de manière régulière (après chaque cycle d’élevage de porcs). Ainsi, plus de 95 % des ménages ayant contracté le crédit SdE ont remboursé les premiers cycles de recouvrement grâce à la vente de porcs (Source : enquête quantitative, 2011) Il faut tout de même relativiser ces bons résultats, en prenant en compte certains entretiens issus de l’enquête qualitative. En effet, la mort des porcs peut stopper le processus de développement du ménage, et entraîner des difficultés de remboursement. Ces difficultés de remboursement peuvent être résolues par différentes stratégies, et selon la pratique employée, cela pourra avoir des conséquences importantes sur la vulnérabilité du ménage. « J’ai bénéficié du service de crédit de SdE en 2006. J’ai emprunté 2 millions *+ng avec lesquels j’ai acheté 4 porcs. Quand je les ai revendus, j’ai acheté 6 nouveaux porcs avec l’argent, mais tous sont morts. J’ai dû prendre un crédit à la VBSP pour pouvoir rembourser. » M. H., 39 ans, M"#ng, Qu8 (Thu Cúc)

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2.3. LE SECTEUR INFORMEL Le financement informel est le secteur le plus ancien, et a joué un rôle très important dans le développement de l’économie vietnamienne (Le et Mazier 1998). Malgré le fait que le succès de la microfinance formelle et semi-formelle contribuent à la récession de ce secteur (Lelart 2007), il reste néanmoins le secteur de financement le plus stable et le plus sûr pour les ménages. Pour sûr, les ménages n’ayant accès ni au financement du secteur formel ni à celui du semi-formel, ont toujours l’assurance de trouver un financement dans le secteur informel. « La VBSP ne m’a jamais proposé de crédit, et je n’ai pas de carnet rouge pour pouvoir emprunter à Agribank. Heureusement, je peux emprunter à mes voisins ou mes parents si je veux acheter des porcs. » Mme T., 28 ans, M"#ng, Li'n Chung (Thu Cúc)

2.3.1. Les relations bilatérales contractuelles Le premier type de financement informel qu’il faut distinguer est la relation bilatérale contractuelle. Le fonctionnement est identique à celui d’un prêt bancaire : deux parties sont présentes, l’une contractant le crédit, l’autre l’octroyant. La différence principale réside dans le fait que la contractualisation dans le secteur informel est fondamentalement orale et non écrite comme c’est le cas pour les autres secteurs. Les emprunts contractés dans le secteur informel ont aussi la particularité d’être de courte durée. Certains ménages ont employé le terme d’« emprunt chaud » pour désigner tout crédit informel, comme Mme H., 46 ans, M"#ng, Giác 1 (Thu Cúc).

2.3.1.1. Présentation générale Le premier groupe auquel un ménage va avoir recours pour emprunter dans le secteur informel est la famille d’un membre du ménage. Cette partie a la caractéristique d’octroyer, dans la majorité des cas, des crédits sans intérêts et sans délai imposé. 2.3.1.1.1. Emprunt aux proches 2.3.1.1.1.1. Emprunt à la famille La famille est la première partie que va aller voir le ménage pour emprunter. C’est en effet la source d’argent la plus facilement mobilisable puisque les relations entre les deux parties sont de l’ordre du tissu familial. « Emprunter à la famille est plus facile. Il n’y a pas à faire de papiers, ni de garanties à amener, ni de raison à donner. De plus, l’argent est facilement et rapidement mobilisable » M. N., 46 ans, M"#ng, B5n (Thu Cúc)

Dans la majorité des cas, les prêts sont sans intérêts, et il n’y a pas d’échéance de remboursement préalablement imposée. Le remboursement se fait quand le parti prêteur a besoin de l’argent. À ce titre-là, de nombreux ménages ne considèrent pas ces emprunts à leur juste titre. Pour eux, ce sont des aides financières ponctuelles. « Les emprunts que je fais à ma famille sont sans intérêts et sans limite de temps. Mais je ne les considère pas comme des crédits, c’est bien différent. Je sais que si je ne peux pas rembourser, ma famille m’aidera et je trouverai un autre moyen de rembourser ». Mme T., 28 ans, M"#ng, Liên Chung (Thu Cúc)

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« Il n’y a pas d’intérêts, c’est une aide quand nous en avons besoin. » Mme B., 44 ans, M"#ng, Bông 3 (Long C$c)

Les emprunts peuvent être de différents montants, cela dépend du niveau de richesse de la famille et de l’utilisation que va en faire le ménage qui souhaite emprunter à ses proches. Néanmoins, les montants restent globalement inférieurs à 2 millions de %&ng. Si le ménage a besoin de plus d’argent, alors il va cumuler les emprunts, ou va demander à ses proches d’emprunter à la banque pour lui. 2.3.1.1.1.2. Emprunt aux voisins et amis L’emprunt aux voisins et amis est aussi une pratique très courante. Cependant, cette pratique vient dans un deuxième temps. Sans conteste, si la famille du ménage n’a pas assez d’argent pour pouvoir lui prêter, ou si le ménage doit mobiliser rapidement de l’argent et que sa famille ne peut pas assouvir cette demande, alors le noyau organisateur de l’exploitation se tournera vers l’emprunt aux voisins. « Je demande de l’argent à mes voisins seulement quand c’est nécessaire et si je ne peux pas emprunter à mes frères. Les taux d’intérêts sont élevés alors je ne préfère y avoir recours qu’en cas de nécessité. » M. O., 49 ans, Dao, Dáy (Thu Cúc)

À l’instar des crédits contractés auprès de la famille, l’argent est facilement mobilisable. Nonobstant, les crédits comportent des intérêts et il existe une échéance de remboursement, sauf si les ménages sont très proches d’un de point de vue relationnel. Ces intérêts peuvent varier de 0 % à 3 % par mois. Au-delà, les voisins ne seront plus considérés comme des proches mais comme des usuriers. En effet, la modalité relationnelle impacte fortement sur les intérêts des crédits et sur l’utilisation qu’en aura le ménage. La durée des prêts est de l’ordre du mois dans la majorité des cas. 2.3.1.1.2. Emprunt auprès des usuriers L’emprunt auprès des usuriers est une démarche de dernier recours, lorsque le ménage ne possède plus aucune solution. Les taux d’intérêts sont très élevés, supérieurs à 5 % par mois. Il n’y a pas de date d’échéance, néanmoins les ménages font en sorte de rembourser le plus rapidement possible. « Si jamais il arrive une maladie à mon fils, alors je serais obligée d’emprunter si je n’ai pas assez d’économies. Si le coût est inférieur à 5 millions *+ng, je sais que je pourrais emprunter à mes frères ou voisins. Si il est supérieur et que j’ai besoin de l’argent rapidement, alors je serais obligé d’emprunter à des usuriers. Mais je réemprunterai à la banque pour rembourser le plus vite possible » Mme H., 21 ans, M"#ng, Nh*i (Long C$c)

2.3.1.1.3. Emprunt auprès des commerçants Cette stratégie de financement concerne seulement des achats de produits. Ceux-ci peuvent être de différents types : produits agricoles ou de première nécessité ; matériel (locomotion, ménagers, agricoles). Le premier type de produits concerne l’achat d’engrais de riz ou encore de porcs par exemple. L’achat se fait à crédit et sera payé lors de la récolte suivante (entrée d’argent).

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Les autres produits (matériel), plus coûteux, seront remboursés à des échéances fixées au préalable, indépendantes de la saison agricole.

« En 2006, j’ai acheté une moto à crédit (7,4 millions *+ng). J’ai dû payer 1,4 millions *+ng la première fois. Pour cela, j’avais fait des économies depuis 1 an. J’ai ensuite fini de payer en 2010, après avoir remboursé en trois fois (1 million *+ng; 3 millions *+ng ; 2 millions *+ng). Les dates ont été fixées lors de l’achat. Pour payer, j’ai vendu des animaux chassés dans la forêt, ou d’autres petites économies. Pour le dernier versement (2 millions *+ng), j’ai dû emprunter 2 millions *+ng (3%) à mes voisins pour payer. Je les ai ensuite remboursés 6 mois après, grâce à la vente de bambous et d’animaux. » Mme B., 30 ans, M"#ng, Qu!t (Long C$c)

Cette forme de crédit est toutefois très difficile à appréhender, les ménages ne sachant pas, dans la majorité des cas, de combien sont majorés les produits. 2.3.1.1.4. Recours aux prêteurs sur gage Il existe une dernière stratégie de financement informel par relation bilatérale contractuelle, c’est le recours aux prêteurs sur gage. Le ménage confie alors un de ses biens à un créancier et reçoit en échange une somme d’argent proportionnelle à la valeur de l’objet. Le ménage peut ensuite récupérer son bien quand il a l’argent nécessaire pour le racheter au même montant que celui reçu, mais avec le paiement d’intérêts supplémentaires. « Afin de payer l’hospitalisation de ma femme, j’ai mis ma moto chez une personne qui m’a donné en échange 3 millions *+ng. Puis, 6 mois plus tard je suis allé récupérer ma moto que j’ai payée un peu plus que 3 millions *+ng, grâce à l’argent de mon travail extérieur. » M. T., 36 ans, M"#ng, Giác 2 (Thu Cúc)

2.3.1.2. Utilisation des crédits L’analyse du diagramme ci-dessous permet de mettre en évidence les différences d’utilisation des différents crédits informels. À l’évidence, les crédits contractés auprès des commerçants sont entièrement dédiés à l’achat de matériel (agricole ou non). Ceci s’accorde avec le fait que la majorité des achats coûteux concernant le matériel soit pris à crédit chez un commerçant. Néanmoins, il est impossible de voir dans ce diagramme la part dédiée aux achats à crédit de riz, engrais ou autres produits agricoles. L’hypothèse suivante peut-être formulée : les ménages, ayant cette stratégie de paiement en fin de saison agricole, ne considère pas ces achats comme à crédit, mais comme « décalés dans le temps ». Ces « paiements différés » sont pour eux sans intérêts ce qui explique le fait qu’ils ne les considèrent pas comme crédits. Ensuite, il est important de noter que les trois autres types d’emprunts sont destinés à des utilisations assez similaires. Celles-ci sont le paiement des frais d’hospitalisation, le remboursement d’un crédit, ou encore l’organisation d’une fête sociale (mariage, funérailles par exemple). Ces dépenses sont en accord avec le discours des ménages qui déclarent prendre ces crédits informels lorsqu’ils ont besoin rapidement d’argent. Enfin, la forte proportion de crédits utilisés afin de construire une maison réside dans le fait que ces emprunts sont alors des crédits d’appoint, employés pour une dépense nécessaire pour la construction mais non prévue au début.

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Figure 14 : Diagramme radar présentant les utilisations des différents types de crédit informel

2.3.1.3. Remboursement des crédits À l’instar des crédits formels, les crédits informels sont majoritairement remboursés avec la vente d’animaux, le travail extérieur et la vente de production agricole, qui sont les générateurs de revenus du ménage. Il est toutefois capital de constater que de nouvelles pratiques de remboursement apparaissent pour ce secteur : les dons et cadeaux. La forte proportion de crédits informels utilisés pour des fêtes sociales explique ces nouvelles pratiques de défraiement. !"#$%&'("#")*+,"(+-'.,/*(+/)0%'#"1(+2&3+4'%-5"(+ ()*+,-*"./0123"4)/5,6" !#'$" C-1,-*;"

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Figure 15 : Diagramme radar présentant les stratégies de remboursement des différents crédits informels

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2.3.2. Les organisations informelles de financement Les tontines sont des organisations informelles employées par les ménages pour épargner et avoir recours au crédit. Celles-ci peuvent être déclinées selon deux modalités : -

-

monétarisation de la tontine ; o tontine monétaire o tontine non-monétaire démarche cohésive. o tontine régulière o tontine solidaire

Cette dernière modalité paraissant comme l’engrenage principal du fonctionnement d’une tontine, celles-ci seront présentées selon cet axe de différenciation. La pratique de recours aux tontines est très développée. De fait, 11 % des ménages de Thu Cúc ont eu recours à une tontine régulière au moins une fois. Le phénomène est encore plus fréquent à Long C$c où 48 % des ménages ont cotisé dans une tontine régulière, et 33 % dans une tontine solidaire (Source : enquête quantitative, 2011)

2.3.2.1. Les tontines régulières 2.3.2.1.1. Définition Une tontine régulière est une organisation informelle ou semi-formelle qui regroupe plusieurs personnes (entre 5 et 100) et donc le fonctionnement est dépendant du temps. Chaque membre cotise chaque mois une somme fixe (de 50 000 à 1 000 000 %&ng) pour les tontines monétaires, ou un quota d’un produit fixé (riz, alcool, volailles) pour les tontines non-monétaires, ce qui permet à un des membres de bénéficier de l’ensemble de la caisse chaque mois. Ce fonds monétaire ou non est donc distribué mensuellement à l’un des membres du groupe, et ce à tour de rôle. « En 2003, nous avons acheté une moto (5 millions *+ng) car ma fille aînée en avait besoin pour se déplacer et aller à son travail. Pour cela, nous nous sommes rattachés à une tontine. Elle était composée de 11 personnes, et tout le monde cotisait chaque mois 200 000 *+ng. Chaque mois, un des membres pouvait recevoir toute la somme. Quand ça a été mon tour, j’ai ainsi récupéré 2 millions *+ng et j’ai acheté la moto. » Mme .., 44 ans, M"#ng, Bông 1 (Long C$c)

La cotisation peut ne pas être mensuelle mais annuelle ou saisonnière : c’est souvent le cas des tontines non-monétaires à cotisation de riz, dont l’apport se fait après chaque récolte. « Je fais partie d’une tontine avec mes collègues de l’entreprise de thé. Nous cotisons 1 000 000 *+ng, deux fois par an. » Mme T., 28 ans, Kính, .9i (Long C$c)

D’autre part, il existe des systèmes de demande de priorité pour bénéficier de l’argent de la tontine, si le ménage nécessite rapidement le montant, sous condition de raison valable. « Ma femme participe dans une tontine de 11 personnes, où chacun cotise 500 000 *+ng par mois. Chaque mois une personne peut ainsi bénéficier de 5 millions *+ng. Mais cette tontine n’existe que pendant la saison de récolte du thé, car c’est la seule période où nous sommes certains d’avoir de l’argent. La tontine prend fin une fois que tous les membres ont reçu la somme. Parfois, un des membres peut demander

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une priorité pour bénéficier de l’argent si on sait qu’on va avoir une dépense. » M. Q., 39 ans, M"#ng, M5ng 2 (Long C$c)

2.3.2.1.2. Légitimation de l’adhésion aux tontines régulières L’intérêt premier des tontines est que cela oblige les ménages à épargner. On peut qualifier ce rôle de garde-fou. En effet, la cotisation régulière contraint le ménage à mettre de l’argent de côté. De plus, à un instant donné, le ménage recevra la totalité de son « épargne », ce qui lui permettra de faire une plus grande dépense. « L’argent est mobile au sein du ménage, les tontines m’obligent à épargner ». Mme T., 30 ans, M"#ng, M5ng 1 (Long C$c) « Je suis obligée d’avoir un garde fou : si j’épargne indépendamment de mon côté, cela ne marchera pas car mon argent est alors mobile, il peut bouger pour payer les frais de la vie quotidienne. » Mme Q., 37 ans, M"#ng, M5ng 2 (Long C$c)

Un deuxième intérêt est que la tontine créée un tissu social fort : les participants sont solidaires entre eux, ce qui permet de bénéficier d’une entraide en cas de difficulté. À l’évidence, plus de 22 % des ménages ont déclaré que l’intérêt d’adhérer à une tontine était de « bénéficier de la solidarité et de l’entraide » (Source : enquête quantitative, 2011). 2.3.2.1.3. Participation aux tontines régulières Les tontines régulières peuvent être formées autour de divers ensembles. Pour les tontines monétaires, les groupes sont formés dans la majorité des cas autour de la famille. Pour ce qui est des tontines non monétaires, la cellule de base est le groupe avec les voisins. Ce résultat est en effet compréhensible si l’on prend en compte l’inflation. !"#$%"#&'()*+,

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En effet, les denrées non-monétaires (riz, alcool, etc.) vont voir leur prix augmenter avec l’inflation, tandis que pour une même somme d’argent, le pouvoir d’achat du ménage va diminuer. Les ménages vont donc préférentiellement participer à des tontines non monétaires avec leurs voisins ou l’Union des Femmes, afin de ne pas perdre d’argent. Pour ce qui est de la famille, les relations étant plus fortes, il peut exister des solutions à l’amiable pour qu’aucun des partis ne se sente lésé. Il est intéressant de remarquer l’influence de l’Union des femmes. Celle-ci, essentiellement sur la commune de Long C$c, a une très bonne activité d’organisation. Ceci permet aux ménages de bénéficier des avantages des tontines, tout en ayant une garantie liée à l’organisation de masse. 2.3.2.1.4. Utilisation des tontines régulières L’utilisation principale des tontines régulières est la construction de la maison. Les ménages considérant les tontines comme stratégie d’épargne, il est donc cohérent qu’ils utilisent l’argent de leur épargne pour la plus grosse dépense qu’ils aient à faire dans leur histoire de vie. Les frais quotidiens et le financement des mariages sont ensuite les dépenses pour lesquelles les tontines sont les plus utilisées. Il est primordial de noter la part majoritaire de tontines nonmonétaires. Il est évident que l’utilisation de ces tontines serve à ces événements, puisque le produit collecté (riz, alcool) peut être directement utilisé. Le remboursement de dettes est aussi omniprésent dans l’utilisation des tontines régulières et monétaires. Le ménage recevant une somme d’argent non négligeable (de l’ordre du million de %&ng), il va donc commencer par rembourser ses dettes avant de commencer un nouveau projet. +,7=6-2>",<6-@/>2" H/.I-7,>-.,:/0" 8/63,:/0" G2/" CE5F." A266,-0" C5D2" +/0=7,-62"

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Figure 17 : Utilisation des tontines régulières

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2.3.2.2. Les tontines solidaires 2.3.2.2.1. Définition Une tontine solidaire est une organisation informelle ou semi-formelle qui regroupe plusieurs personnes (entre 5 et 100) et donc le fonctionnement est indépendant du temps. À ce titre là, la cotisation n’est pas versée à date fixe. Dans un premier temps, la tontine correspond à une dépense précise : construction de la maison, mariage, funérailles, achat d’un buffle. Tous les membres savent qu’ils auront à faire face à un de ces événements. La tontine fonctionne ensuite « à l’événement ». De fait, dès qu’un membre réalise ou subit l’événement fixé par la tontine, tous les membres cotisent pour lui. La somme a été fixée en amont, et est souvent dépendante de l’économie vietnamienne. À l’évidence, ces tontines pouvant durer longtemps, il faut que tous les membres bénéficient de la même valeur d’argent. Ces tontines sont principalement conduites avec la famille. « Pour financer la construction de ma maison, j’ai participé à deux ‘tontines solidaires’. Le principe est que chaque membre donne 2 millions *+ng dès qu’un des membres exprime le souhait de construire sa maison. La personne voulant construire sa maison doit l’annoncer une année avant, afin de laisser le temps aux autres participants de collecter les 2 millions *+ng. La tontine prend alors fin quand tous les membres ont construit leur maison. D’autre part, si le cours du logement a augmenté depuis le début de la tontine, alors la cotisation sera plus élevée, proportionnellement à l’augmentation du cours du marché. » Mme L., 29 ans, M"#ng, M5ng 2 (Long C$c)

2.3.2.2.2. Légitimation de l’adhésion aux tontines solidaires Ce type de tontine est intéressant par le fait qu’elle réponde à un besoin. En effet, l’objectif des ménages étant d’épargner, les tontines régulières peuvent ne pas répondre à cette demande : un ménage recevant la somme et n’ayant pas d’argent utilisera cet « argent mobile » pour des dépenses autres que ses projets. La tontine solidaire a donc cet avantage de répondre à un besoin du ménage à un moment précis. 2.3.2.2.3. Utilisation des tontines solidaires Les tontines solidaires sont principalement utilisées pour les grands projets ou pour les fêtes sociales. Pour les grands projets, cela peut concerner la construction de maison, l’achat de bétail (vache, buffle) ou encore l’achat de matériel. Dans tous les cas, la cotisation est monétaire, et ne permet que de financer une partie de la dépense. L’utilisation de tontines solidaires pour les fêtes sociales est monnaie-courante. En effet, elles ne sont même plus qualifiées de tontines par les ménages mais de simple « entraide » ou « solidarité ». La plupart du temps, ces tontines ne sont pas monétaires. Les ménages s’associent autour d’un événement (exemple : le mariage). Lors du mariage de l’un des membres (ou de l’un de ses enfants), les autres membres cotiseront, par exemple, 3 litres d’alcool de riz, 10 kg de riz, et 2 poulets. Puis lorsqu’un autre membre fera la demande, alors tous les autres suivront la même démarche, et ainsi de suite. Ce type de tontine prend rarement fin, puisque l’entrée-sortie de membres est fréquente.

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« En 2001, mon fils aîné s’est marié. Pour cela, mes voisins ont donné 20 kg de canard, ainsi que du riz. Je leur ai ensuite donné la même chose quand ils ont mariés leurs enfants. » M. V., 58 ans, Dao, Náy (Y'n L"(ng)

2.4. L’ACCÈS AU CRÉDIT EN MILIEU RURAL Malgré cette offre de crédit très dense, l’accès au crédit en milieu rural reste problématique, notamment pour les ménages les plus pauvres. Tout d’abord, les Comités Populaires et leurs relais n’informent pas assez les villages de leur commune des offres de crédit. Ensuite, les chefs de village ne s’assurent pas toujours que l’information ait bien été divulguée à tous les ménages du village. Ces deux échelons administratifs contribuent ainsi à la mauvaise répartition des ressources en crédit. En effet, certains emprunteurs potentiels, correspondant aux critères visés par le crédit, ne bénéficient pas du crédit en question par manque d’information. Ce manque d’information compromet ipso facto l’accès des ménages pauvres au crédit (Kanbur et Squire 2001). De plus, les problèmes de corruption font que seulement certaines familles, notamment celles qui disposent d’un certain statut dans le village, peuvent emprunter facilement (Do Tat 2009). Enfin, l’accès au crédit est aussi problématique au Vietnam à cause des prêts à des taux élevés proposés par les banques. De plus, les procédures administratives sont compliquées pour les ménages, ce qui les freine à contracter un crédit dans le secteur formel.

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3. ANALYSE DES ÉVOLUTIONS 3.1. IDENTIFICATION DES ÉVOLUTIONS AFFECTANT LA VULNÉRABILITÉ D’UN MÉNAGE 3.1.1. Notions sur la vulnérabilité La vulnérabilité face au risque est une notion fondamentale pour l’étude des impacts d’un programme de microcrédit. Au certain, la vulnérabilité face au risque peut enfermer les ménages dans un cercle vicieux de pauvreté (Wampfler et al. 2007). À ce titre là, la vulnérabilité peut faire tomber dans la pauvreté des ménages non pauvres, ou y faire retomber des ménages qui en étaient sortis. En d’autres termes, la vulnérabilité peut se définir comme la capacité d’un ménage à gérer les risques prévisibles ou imprévisibles (Cohen et Sebstad 1999). D’après Hoogeven et alii, la vulnérabilité peut-être définie comme l’exposition du ménage à un risque non prévisible conduisant à un niveau socialement inacceptable de bien-être (Hoogeveen, Tesliuc, et Vakis 2004). D’après Yverneau, la vulnérabilité d’un ménage prend en compte son exposition aux risques ainsi que sa capacité d’absorption des chocs (Yverneau 2004). Ainsi, l’analyse de la vulnérabilité des ménages ruraux consiste à identifier les risques auxquels ces ménages sont soumis, et à comprendre quelles sont leurs conséquences. À l’issue de cette analyse, la compréhension des stratégies que les ménages mettent en œuvre pour faire face à ces risques peut être mise en évidence (Chéreau 2010). À la lecture de ces définitions, il apparaît que les notions de risque et de vulnérabilité sont intimement liées, et que la conjonction des deux amène le ménage à suivre des évolutions différentes selon leur stratégie de réponse ou de prévention.

3.1.2. Identification des risques À l’aide des définitions de vulnérabilité, et en s’appuyant sur les travaux de Brown et Churchill (2000), Cohen et Sebstad (1999), Rousseau (2003) et Biagini (2006), Chéreau propose une identification reprenant les précédents travaux, où quatre types de risques étaient identifiés : les risques affectant directement l’individu et donc liés au cycle de vie (décès, santé et handicap), les risques liés à la propriété affectant le capital et le matériel productif, les risques affectant le matériel épargné, et les risques de masse qui affectent le capital productif et épargné. En adaptant cette typologie des risques à la zone d’étude considérée, cinq types de risques peuvent être mis en évidence (Chéreau 2010) : -

les risques affectant directement l’individu ; o les risques liés à la santé o les risques liés aux accidents et décès o les risques liés à l’éducation et à l’information

-

les risques liés à la situation géographique ;

-

les risques affectant le capital ; o les risques liés au capital foncier o les risques liés au capital physique (animaux, cultures et travail extérieur) o les risques liés au capital financier (épargne ou emprunt) o les risques liés au capital humain (ressources humaines économiquement productives)

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o les risques liés au capital social (interactions culturelles et/ou structurelles pouvant générer des externalités durables pour les ménages) -

les aléas covariants : le climat ;

-

les risques liés à l’emploi et au marché économique.

Le risque se définit par un danger plus ou moins prévisible auquel un ménage est exposé. Il peut être probable ou improbable. À ce titre là, plusieurs modalités peuvent se décliner d’un risque (Rousseau 2003) : -

la fréquence du risque ; o élevée o peu élevée

-

l’intensité du risque ; o forte o faible

-

les risques auto-corrélés : le risque initial enchaîne une cascade d’autres types de risques et ainsi de suite.

Bien que pertinente dans l’approche de la vulnérabilité, la méthode exclusive du risque ne permet pas d’avoir une vue d’ensemble dans l’appréhension des histoires de vie des ménages. En effet, pour comprendre les trajectoires d’évolution des ménages, il faut considérer les risques, mais aussi les variables ayant un effet de réduction de la vulnérabilité du ménage. C’est grâce à une approche plus générale que l’étude sera menée, portée sur les évolutions.

3.1.3. L’approche des capabilités D’après les définitions de la notion de vulnérabilité, il apparaît que celle-ci est étroitement liée au degré de risque encouru par ces ménages et que la conjonction des deux conduit à des évolutions. La succession de celles-ci aiguillant la trajectoire de vie des ménages. Afin d’avoir une approche générale, il est important d’introduire ici la notion de capabilités d’un ménage. En effet celle-ci est intimement liée aux trois variables énoncées ci-dessus. L’augmentation du niveau des capabilités permet de lutter contre la vulnérabilité et ainsi empêcher la glissade vers la pauvreté (Rousseau 2003). En se basant sur l’approche des capabilités de Sen, et au travers du concept de développement humain, il apparaît que l’augmentation des capabilités permet de rendre les ménages moins vulnérables face aux divers risques qu’ils encourent (Sen 2003).

3.1.3.1. L’espace des fonctionnements L’espace des fonctionnements sera défini par : « toute façon d’être et d’agir d’un ménage ». Ces fonctionnements peuvent aller des plus fondamentaux (alimentation, culture, confort de vie, etc.) aux plus recherchés (vie communautaire, implication sociale, etc.) (Sen 1985). Seront distingués deux types de vecteurs de fonctionnement. Tout d’abord, les vecteurs de fonctionnement incompressibles sont communs à tous les ménages. À titre d’exemple, les besoins essentiels des individus sont des vecteurs de fonctionnement que tout ménage cherchera à assurer à ses membres.

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Viennent ensuite les fonctionnements compressibles, c’est à dire inhérents à un ménage donné. Les vecteurs de fonctionnements impliqués dépendent de l’époque, de l’emplacement géographique, des opportunités socio-économiques, ainsi que des caractéristiques intrinsèques du ménage (composition, activités). Cet espace de fonctionnement du ménage dépend des possibilités s’offrant au ménage à un certain instant, et de sa capacité à les exploiter. Afin d’appréhender ces possibilités, il est nécessaire d’introduire le concept de capabilités du ménage.

3.1.3.2. Les capabilités D’après Sen, les capabilités définissent les différents vecteurs de fonctionnement que le ménage a la possibilité de mettre en œuvre à un instant et lieu donnés (Sen 1985). Pour analyser les capabilités, nous distinguons deux notions : les potentialités, qui sont les facteurs permettant aux ménages de faire face aux risques, et les capacités, qui sont les facteurs permettant aux ménages de tirer profit de leurs potentialités (Rousseau 2003). En d’autres termes, les capacités désignent le fait d’être capable de faire quelque chose, et les potentialités désignent le fait d’en avoir les moyens. 3.1.3.2.1. Les potentialités D’après la définition donnée par le PNUD, les potentialités désignent tout ce qu’un individu peut souhaiter faire ou être, par exemple vivre longtemps, être en bonne santé, pouvoir se nourrir correctement ou être bien intégré parmi les membres de sa communauté, etc. (Jolly et al. 1997). En d’autres termes, les potentialités d’un ménage sont sa dotation en capital, qui se décline en différentes formes : - le capital financier ; Ensemble des ressources provenant de l’épargne ou de l’emprunt. - le capital physique ; Ensemble des actifs (productifs, ménagers) et systèmes de production (élevage, culture, autres activités). - le capital humain ; Stock des ressources humaines du ménage économiquement productives. - le capital social. Ensemble des interactions culturelles et structurelles avec d’autres ménages ou organisations capables de générer des externalités durables sur la situation économique du ménage.

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3.1.3.2.2. Les capacités Deux grands types de capacités d’un ménage peuvent être distingués : - les caractéristiques personnelles ; Ensemble des caractéristiques intrinsèques d’un ménage : date d’installation, installation avec les parents, composition du ménage, caractéristiques des membres du ménage (aptitudes physiques et mentales, âge, sexe, etc.). - les opportunités sociales. Contraintes extérieures au ménage (politiques, culturelles, sociétales, etc.) ayant une influence directe ou indirecte sur le ménage. 3.1.3.2.3. Schématisation Afin de clarifier l’approche utilisée, il est important de mettre en évidence les liens existants entre les différentes notions évoquées. Ces relations sont exposées sous la forme d’un schéma bilan, présenté ci-après.

Fonctionnement du ménage!

Évolution!

RISQUES!

PRÉCAUTION! Vulnérabilité et pauvreté"

OPPORTUNITÉ!

Capacités du ménage : systèmes de production du ménage et opportunités sociales! ! Potentialités du ménage : dotations en capital!

« Faire »! ! ! « Être »!

Figure 18 : Approche des capabilités pour les ménages

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Bien-être!

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3.1.4. L’approche des évolutions 3.1.4.1. Notion d’évolution La définition suivante sera introduite : une évolution affectant un ménage est définie comme tout changement structurel d’une des variables caractérisant le ménage. En d’autres termes, sera considéré comme évolution toute modulation des capabilités du ménage, c’est à dire de ses capacités ou potentialités (Rousseau 2003). La capacité d’un ménage se définit comme le fait d’être capable de faire quelque chose grâce aux caractéristiques du ménage et de ses opportunités sociales. Un changement de la potentialité du ménage est considéré s’il survient une modification de l’un des paramètres suivants : - modification du capital foncier ; - modification du capital physique ; - modification du capital humain ; - modification du capital financier ; - modification du capital social. Un changement de la capacité du ménage est considéré s’il survient une modification de l’un des paramètres suivants : - modification des caractéristiques intrinsèques du ménage ; - modification des opportunités sociales.

3.1.4.2. Identification des évolutions affectant les ménages 3.1.4.2.1. Évolution ex ante D’après les travaux de Bouquet et alii sur les trajectoires de crédit et la vulnérabilité des ménages ruraux, une évolution ex ante peut se rapprocher de la « gestion du risque ex ante » (Wampfler et al. 2007). Néanmoins, l’évolution ayant une définition plus large, et prenant en compte à ce titre-là tous les événements, dangereux ou non pour le ménage, l’évolution ex ante aura pour définition : tout événement influant sur les capabilités du ménage, dont la gestion financière par le ménage se fait en amont. Les ménages considèrent ces évolutions comme des projets de développement, dans le sens où ces évolutions leur permettent de développer leur capital dans la majorité des cas. 3.1.4.2.1.1. Projet de développement du capital foncier Le développement du capital foncier prend en compte l’aspect physique ainsi que l’achat ou la location de terres. En effet, avec l’intensification de l’agriculture dans la zone d’étude (Biagini 2006), il en résulte une dégradation des sols et une baisse de leur fertilité (Chéreau 2010). Afin de ne pas perdre de rendement sur les récoltes vivrières, les ménages optent pour une fertilisation quasiment systématique. Le projet mis en place par les ménages est donc l’achat d’engrais, ainsi que l’achat de matériel pour travailler le sol et d’animaux de trait. « Nous n’avons que 3 sào pour nos cultures vivrières, et les rendements diminuaient. Alors, pour augmenter l’efficacité des engrais nous avons décidé d’acheter un buffle pour labourer. Nous avons économisé durant deux ans pour ça, et en 1988 nous avons acheté le buffle 4 millions *+ng. Depuis lors, nous avons un meilleur rendement sur nos récoltes ». Mme .., 44 ans, M"#ng, Bông 1 (Long C$c)

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La location de terres est aussi monnaie-courante. Les terres sont soit louées aux voisins qui ne les cultivent plus, ou alors au Comité Populaire directement. C’est une évolution de longue haleine, puisque le financement doit se réitérer chaque année. Certains ménages, plus rares, ont aussi recours à l’achat de terres. Celles-ci ne sont pas achetées à proximité du lieu de vie du ménage dans la plupart des cas. En effet, les ménages ayant recours à ces projets sont souvent dans des villages isolés. C’est donc une stratégie pour réduire le risque covariant du climat, puisque la parcelle éloignée ne sera pas soumise aux mêmes épisodes climatiques. « Il y a deux ans, j’ai acheté un terrain. Nous n’avons pas encore fini de le payer mais il est à nous. Il se situe à Qu-, ce qui nous permet d’avoir un terrain plus proche du village ». M. M., 34 ans, Dao, Dáy (Thu Cúc)

Il est important de noter que ce recours à l’achat est une stratégie de projet assez récente, puisque il y a quelques années encore, certains ménages avaient recours au défrichage pour acquérir des terres. « En 2006, j’ai défriché 4 sào de forêt. Maintenant je cultive du maïs sur cette parcelle, et j’ai le carnet rouge ». M. M., 32 ans, M"#ng, Qu8 (Thu Cúc)

3.1.4.2.1.2. Projet de développement du capital physique Les projets de développement de capital physique sont les plus nombreux. En effet, c’est le principal projet que va avoir un ménage, car ces projets permettent de réduire les impacts des évolutions ex post. Tout d’abord, et comme les travaux de Chéreau (2010) et de Le Roy (2010) le montrent, le projet d’acquisition de bétail (buffles, bœufs) est la première intention de développement des ménages. Outre l’avantage productif que ces animaux dégagent, ils servent de capital sur pied permettant de sécuriser le ménage. « En 2009, la VBSP m’a proposé un crédit pour lequel je n’avais pas besoin de présenter de garanties. Il me restait encore 3 buffles à l’époque. Mais j’ai quand même profité de l’argent pour acheter un autre buffle, car je savais que j’allais construire ma maison l’année suivante. Et je n’étais pas sûr d’avoir l’occasion de contracter un nouveau crédit. J’ai ensuite revendu le buffle pour financer la maison » Mme .., 26 ans, M"#ng, Bông 2 (Long C$c)

L’implantation d’un nouveau facteur de production générateur de revenus est un projet permettant d’augmenter la potentialité du ménage, et de diminuer les risques liés à l’agriculture, risque omniprésent dans les pays du Sud (Rousseau 2003). En effet, la diversification est une des stratégies des ménages pour diminuer leur vulnérabilité (Chéreau 2010). Ces projets peuvent être l’implantation d’une nouvelle culture, souvent de rente comme le thé ou le keo, le développement d’un nouvel élevage (porcin ou porcs-épics par exemple), ou une nouvelle activité autre (production d’alcool, développement de services aux exploitations agricoles).

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« N’ayant que 1 sào de terres, nous avions besoin d’avoir de nouvelles sources de revenu. Nous avons donc décidé de commencer l’élevage de porcs. Mais ils sont ensuite tous morts d’une maladie. » Mme T., 28 ans, M"#ng, Li'n Chung (Thu Cúc)

L’achat de moyens de locomotion (moto, vélo) est le second projet matériel auquel aspirent les ménages après la maison. À raison, la possession d’un moyen de locomotion permet de réduire la vulnérabilité du ménage quant à son enclavement et son isolement, notamment s’il vit dans un des villages éloignés ou isolés (Biagini 2006). C’est un projet qui permet d’ouvrir de nouvelles potentialités au ménage, puisqu’il lui permet de sortir de l’enclavement économique, de développer son capital social et d’augmenter ses capacités (opportunités sociales). « Ayant été élu chef du village par les habitants de Náy, j’ai dû acheter une moto pour me déplacer jusqu’au centre ». M. V., 58 ans, Dao, Náy (Y'n L"(ng)

L’achat de matériel agricole, comme par exemple une charrue, une charrette, une décortiqueuse pour le riz ou une plumeuse à thé, fait souvent partie de projets plus globaux et n’est pas un projet en soi : développement d’un nouveau facteur de production générateur de revenu (service d’ébossage du riz ou de broyage du maïs par exemple) ou de développement du capital foncier du ménage. La reconstruction de la maison est une évolution unique. Au certain, cette évolution a la caractéristique de pouvoir être ex ante ou ex post. Dans le cas d’une évolution ex ante, le ménage décide de construire sa maison sans que cela soit indispensablement nécessaire. À ce titre-là, si le ménage ne possède pas les financements nécessaires pour construire, il n’est pas dans l’obligation de réaliser cette dépense. Ce projet est le point culminant des dépenses d’un ménage au long de sa vie. En effet, dans l’étude de trésorerie des ménages tout au long de leur vie, il apparaît nettement que la maison est l’évolution clé de l’histoire de vie d’un ménage (voir Figure ci-dessous où la trésorerie du ménage est détaillée pour chaque évolution l’affectant). (#$ "#$ %#$ &#$ '#$

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Figure 19 : Trésorerie du ménage de Mme B., 30 ans, M"#ng, Qu$t (Y%n L"&ng)

3.1.4.2.1.3. Projet de développement du capital humain L’accès à la formation permet de diminuer la vulnérabilité des ménages en leur donnant la possibilité de développer de nouvelles activités et donc de diversifier leurs générateurs de revenus. Malgré le fait que 80 % des personnes soient analphabètes sur la commune de Thu Cúc (Chéreau 2010), ce projet est de plus en plus en vogue. En effet, l’accès à la formation et à la scolarité SOURIRES D’ENFANTS – CIRAD

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permet aussi de diminuer le risque d’isolement et de marginalisation (manque de savoir) qui est particulièrement élevé pour les minorités ethniques, qui ont difficilement accès au système éducatif. Ces évolutions ex ante sont des travaux de longue haleine, et ont un coût très élevé, ce qui est d’ailleurs le principal facteur limitant à la scolarisation des enfants à l’heure actuelle. « Le mois dernier, il fallait payer l’école de mes fils. Il est important pour leur avenir qu’ils aillent le plus loin possible. J’ai emprunté pour pouvoir payer les frais de scolarité ». Mme .., 44 ans, M"#ng, Bông 1 (Long C$c)

Comme Chéreau l’avait montré, de plus en plus de jeunes partent travailler hors de leur commune d’origine, que ce soit à Hà N*i ou à l’étranger. Cet exode a un coût conséquent sur la trésorerie d’un ménage, notamment lors d’un départ à l’étranger. À ce titre-là, payer un déplacement pour le travail est un projet de développement du capital humain permettant de réduire la vulnérabilité du ménage de par la diversification de ses générateurs de revenus, mais aussi de par sa propension à amener des capitaux financiers. « En 2011, j’ai contracté un crédit de 25 millions *+ng pour payer le voyage de mon fils en Malaisie où il est parti travailler. Pour le moment il n’a pas encore pu envoyer d’argent, il y est depuis 2 mois seulement. Mais il nous en enverra dès que possible ». Mme L., 53 ans, M"#ng, Cón (Thu Cúc)

3.1.4.2.1.4. Projet de développement du capital financier L’argent étant très mobile au sein des ménages ruraux de la zone d’étude, aucun des ménages n’a vraiment de stratégie de projet de développement du capital financier. En effet, l’épargne bancaire est inexistante. Cependant, peuvent être considérées dans ces projets toutes les formes d’épargne (non bancaire) employées par les ménages pour développer leur capital financier. À ce titre là, la participation à des tontines, l’achat de bétail (épargne sur pied), de bijou (forme d’épargne répandue au Vietnam) ou d’autre matériel, sont considérés comme des projets de développement du capital financier en plus du développement de capital physique. « Nous épargnions régulièrement en achetant de l’or. Puis nous avons mobilisé toute cette épargne pour acheter une moto en 2011. Il est très courant d’épargner en achetant de l’or ou des bijoux ici. » Mme X., 40 ans, M"#ng, .9i (Long C$c)

3.1.4.2.1.5. Projet de développement du capital social Comme le définit Rousseau (2003), « le capital social est une ressource sociale, issue des interactions culturelles et/ou structurelles avec d’autres individus, capable de générer des externalités durables qui affectent la situation économique de ces individus ». Ainsi, l’adhésion à des tontines dont l’objectif est, outre l’épargne, de bénéficier d’une entraide de groupe, ainsi que l’adhésion aux organisations de masse, sont des projets de développement du capital social. 3.1.4.2.1.6. Projet de développement des capacités du ménage Les caractéristiques intrinsèques du ménage ne sont que peu concernées par les évolutions au regard de l’histoire de vie d’un ménage. Nonobstant, la sécurisation de la propriété foncière que l’on peut considérer comme caractéristique intrinsèque du ménage, passant par l’acquisition du carnet rouge pour un ménage, ouvre la porte à de nombreuses nouvelles opportunités puisqu’il sert de garantie pour la prise de certains crédits (Agribank). Or seulement 62 % des ménages possèdent le carnet rouge pour une de leurs parcelles. Les frais de dossier sont de 50 000 %&ng

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auxquels s’ajoutent le paiement d'une taxe selon la superficie de la parcelle (300 000 %&ng < 500 m2 ; 350 000 %&ng entre 500 m2 et 1 000 m2 ; 500 000 %&ng > 1000 m2). Ainsi, les principales évolutions ex ante concernant les capacités du ménage sont relatives à ses opportunités sociales. Le développement des opportunités sociales du ménage peut donc être défini comme toute amélioration des relations sociales ouvrant au ménage la capacité de réduire sa vulnérabilité ultérieurement. Ainsi, l’adhésion aux unions ou l’acquisition d’une moto permettent de s’insérer dans le tissu social de la commune, et permettent ensuite de bénéficier de services pouvant aider le ménage à se développer. En effet, l’adhésion à des organisations de masse permet d’accéder à des subventions et crédits spécifiques, et la possession d’une moto laissera l’opportunité au ménage de contracter certains crédits jusqu’alors inaccessibles par exemple (cas des crédits d’Agribank qui ne peuvent être contractés seulement qu’à la banque). 3.1.4.2.2. Évolution ex post D’après les travaux de Bouquet et alii sur les trajectoires de crédit et la vulnérabilité des ménages ruraux, une évolution ex post peut se définir comme « faire face à un choc ex post » (Wampfler et al. 2007). En ayant recours à l’approche d’évolution, une évolution ex post est définie par tout événement influant sur les capabilités du ménage, dont la gestion par le ménage est en aval, ou ex post. En d’autres termes, c’est l’arrivée d’un événement exceptionnel qui frappe le ménage sans qu’il ne s’y attende, ce qui conduit à une réponse qui vient en aval de l’évolution. L’évolution n’est pas voulue, mais subie. Les ménages considèrent ces évolutions comme des événements exceptionnels, dans le sens où ces évolutions sont majoritairement imprévisibles. Cependant, certains événements sont prévisibles, mais l’absence de projet de développement et le caractère atemporel de ceux-ci (le ménage sait que cet événement aura lieu, mais ne sait pas quand) les classent dans les évolutions ex post. 3.1.4.2.2.1. Événement affectant le foncier La situation foncière actuelle, où il existe une raréfaction des terres disponibles en raison de l’augmentation démographique, est un risque pour la vulnérabilité des ménages. En effet, ceux-ci ne sont pas à l’abri d’une division (héritage) pouvant les faire tomber dans la pauvreté. L’héritage de terres ne concerne que les enfants de sexe masculin. C’est un événement assez fréquent, puisque près de 15 % des ménages enquêtés dans l’étude qualitative ont eu un remaniement de leur terre pour l’héritage de leurs enfants. C’est un événement prévisible, et le don des terres peut se faire des années après le mariage du fils. Cependant, la réponse du ménage reste dans tous les cas en aval. À l’évidence, il n’existe pas de stratégie de sécurisation des systèmes de culture en avance : le ménage aura tendance à profiter au maximum de toutes les terres tant que possible, puis le remodelage du système de culture aura lieu une fois la division effectuée. « Lorsque mon fils s’est marié, je lui ai donné 2 sào de rizière, 1 sào de terres dans les collines et 1 sào de terrain d’habitation. J’ai ensuite arrêté de faire du maïs, cela n’était plus rentable car ayant donné une parcelle à mon fils, il n’était plus intéressant de prendre du temps de travail sur le peu de surface de maïs restant. » M. M., 52 ans, M"#ng, C!n (Long C$c)

3.1.4.2.2.2. Événements affectant le capital physique Les événements pouvant affecter le capital physique du ménage peuvent toucher les facteurs de production (élevage, cultures), mais aussi le matériel du ménage et la maison.

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Les animaux Le risque affectant les facteurs de production peut être de différents types. Concernant les animaux, celui-ci est essentiellement sanitaire et peut conduire à la mort du bétail dans les cas les plus graves. La mortalité des buffles et bœufs est le risque majeur pour les ménages, et ce d’autant plus si le ménage ne possède qu’une tête. Au certain, sans considérer les ménages ayant hérité de buffles ou bœufs, plus de 85 % des ménages ayant acheté un buffle/bœuf se sont endettés pour cela. Les ménages les plus vulnérables concernant l’élevage bovin ou bubalin sont donc ceux ne possédant qu’une tête. Cependant, il apparaît que les ménages sont conscients de ce problème puisque ce sont les familles pauvres qui sont les plus concernées par leur élevage : 100 % de ceux-ci vaccinent leurs buffles (Le Roy 2010). Outre le risque sanitaire, il existe le risque de conflit entre exploitants. Sans conteste, l’augmentation des effectifs de gros ruminants entraîne une forte pression sur les ressources fourragères, ce qui augmente le risque de destruction des cultures (Castella et al. 2003). « En 2007, mon buffle a été tué par les villageois car il mangeait les plantations de manioc. Heureusement que j’ai pu vendre la carcasse du buffle, ce qui m’a permit de gagner 1,8 millions *+ng. » Mme .., 30 ans, M"#ng, Qu!t (Y'n L"(ng)

Les cultures Concernant les systèmes de culture, le risque est lié à l’aléa climatique, qui va jouer sur le rendement de la culture. Le risque principal concerne les cultures de riz (culture vivrière), puisque c’est la base d’alimentation des ménages. Ainsi selon l’année, le nombre de ménages autosuffisants pourra être très différent. Pour l’année 2011 qui ne fût pas une mauvaise année, seulement 24 % des ménages l’ont été. Le matériel Les événements exceptionnels concernant le matériel sont soit dû à des aléas covariants (climat) ou au vieillissement naturel des objets. Les plus graves pertes de matériel, concernant les ménages, sont la casse des moyens de locomotion ou de la maison. Tout d’abord, la perte d’un moyen de locomotion a un coût matériel. En effet, les ménages vont chercher à remplacer cette perte le plus rapidement possible, la moto (ou vélo) étant un outil social mais aussi commercial très important dans ces régions rurales. À ce titre là, plus la période sans moyen de locomotion est longue, plus le ménage y perdra sur ces deux variables : problèmes de vente des productions, manquement à certaines obligations sociales. C’est ainsi pour cela que cet événement exceptionnel entraîne la mise en place d’une stratégie de financement immédiate. La destruction de la maison ou d’une partie (par exemple le toit), oblige la aussi le ménage à dépenser de grosses sommes d’argent pour financer la réparation. À l’inverse de la construction / réparation de maison dans le cadre d’une évolution ex ante, la réponse doit se faire le plus vite possible, par nécessité. En effet, l’absence de réaction rapide peut entrainer un risque auto corrélé : destruction du toit puis problèmes de santé puis absence au travail puis manque de revenus, etc. La perte de matériel de type machine agricole est plus rare et ne concerne qu’un nombre plus restreint de ménages. Toutefois, concernant ces ménages, la perte du matériel peut entraîner de graves conséquences puisque, outre le prix du matériel à remplacer, la période sans les machines est un manque à gagner certain car le ménage ne peut plus utiliser ces facteurs de production.

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3.1.4.2.2.3. Événements affectant le capital humain Les frais de santé, notamment les cas d’hospitalisation (30,7 % des ménages enquêtés par questionnaire), sont des événements imprévisibles et dont les conséquences financières, sur le court comme sur le long terme, sont de premier plan. Indubitablement, les coûts engendrés sont en moyenne de 4,5 millions %&ng, et le fonctionnement des hôpitaux au Vietnam oblige les ménages à trouver la somme au préalable pour que la victime se fasse soigner. Outre cet aspect financier, l’hospitalisation ou le décès d’un des membres du ménage entraîne une réduction des facteurs de production si cette personne était active. Dans le cas où la personne ne participait pas aux générateurs de revenus, l’aide procurée par celui-ci (cuisine, sortir le buffle, garder les enfants) permettait de dégager du temps aux autres membres, et donc indirectement permettait d’augmenter les facteurs de production. « Ma mère vit encore ici. Elle ne travaille pas dans les cultures, mais elle prépare la cuisine ou elle gardait les enfants quand ils étaient plus petits. Cela permettait à ma femme et moi de faire d’autres activités. C’est une aide très importante ! » M. H., 51 ans, M"#ng, Trung Tâm (Thu Cúc)

3.1.4.2.2.4. Événements affectant le capital financier Au niveau du capital financier, les événements exceptionnels pouvant affecter les ménages sont le remboursement de tout emprunt ayant une date de remboursement fixée ou le paiement des frais quotidiens. Bien que prévisible, le remboursement d’un emprunt formel est considéré comme événement exceptionnel pour la raison que le recouvrement du capital n’est annoncé qu’un mois avant l’échéance de remboursement, pour la majorité des crédits. Les ménages ne savent pas quand ils doivent rembourser et attendent cet avertissement pour amasser les fonds. Ce laps de temps très court est assimilable à une réaction ex post, puisqu’il n’y a pas de stratégie de capitalisation préalable. « Je ne sais pas quand je dois rembourser. La banque fera une annonce quand il sera temps de payer, je penserai comment faire à ce moment là. » Mme H., 45 ans, M"#ng, Ú (Thu Cúc)

3.1.4.2.2.5. Événements affectant le capital social Les événements affectant le capital social sont dans la majorité des cas prévisibles, mais le fait que le ménage ne sache que peu de temps à l’avance quand l’événement aura lieu les place comme événement exceptionnel. Par exemple, seront ici considérés les mariages, les funérailles ou toute autre fête sociale (rite de passage des enfants, participation aux fêtes des voisins et amis). L’organisation du mariage ou des funérailles d’un des membres du ménage entraînent des coûts importants, mais aussi prennent beaucoup de temps. Ainsi, outre la nécessité de fonds qui doivent être mobilisés rapidement, il en résulte une absence de travail dans les facteurs de production pendant au moins une semaine, ce qui peut avoir des conséquences non négligeables sur ceux-ci. Toutefois, le financement de ces événements reste relativement peu élevé pour le ménage, puisque les invités offrent des dons au ménage. Il existe d’autres fêtes sociales, obligatoires pour maintenir le tissu social du ménage, et donc se situant à la fois dans des projets de développement du capital social, mais aussi dans des événements exceptionnels, ces fêtes étant plus des devoirs que des projets de développement du capital social. D’autre part, la stratégie employée par les ménages pour financer ces événements

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se rapproche d’une réaction ex post. Par exemple, selon la coutume Dao, quand un garçon atteint l'âge de 7 ans, une fête doit être organisée afin de célébrer son passage de garçon à "garçon du village" (Dang Nghiem Van et al. 2010). Cette cérémonie consiste à sacrifier 2 porcs pour prier ainsi que d'offrir 1 porc aux voisins. Par exemple, M. M. devait réaliser celle de son fils en octobre 2011 (selon le calendrier lunaire). Chaque porc devant peser plus de 100 kg, il a dû dépenser 20 millions %&ng qu’il a emprunté à ses parents et à ses voisins, n’ayant pas économisé au préalable. 3.1.4.2.2.6. Événements affectant les capacités du ménage Les événements exceptionnels affectant les caractéristiques intrinsèques du ménage sont intimement liées aux risques touchant le capital humain du ménage. Par exemple, le décès ou la naissance d’un individu entraînera indubitablement une modification de la caractéristique « nombre de personnes dans le ménage ». Ces événements peuvent avoir des conséquences négatives comme positives, au regard du ratio externalités produites par la personne sur le coût qu’il représente. Les événements exceptionnels affectant les opportunités du ménage sont plus nombreux. En effet, de nouvelles élections (au niveau du village, de la commune, du district, de la province ou de la nation) entraînera indéniablement des changements sur la politique et donc catégoriquement sur les opportunités sociales du ménage (en positif ou négatif). À cela s’ajoute la présence ou non d’entreprises dans la commune. Au certain, l’événement exceptionnel consistant en l’implantation ou le retrait d’une entreprise sur la commune, va entraîner des offres ou pertes d’emploi qui vont avoir un grand aboutissant sur les opportunités sociales des ménages, là encore en positif ou négatif.

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3.2. STRATÉGIES DE FINANCEMENT MISES EN ŒUVRE PAR LES MÉNAGES 3.2.1. Identification des stratégies 3.2.1.1. Présentation des stratégies mises en œuvre par les ménages Après avoir identifié les différentes évolutions auxquelles pouvaient être soumis les ménages, il est nécessaire de comprendre les stratégies mises en place par ceux-ci pour y faire face ou pour les mettre en œuvre. Dans cette partie, seront abordées ces stratégies avec une approche financière. Manifestement, les évolutions présentées ci-dessus entraînent des dépenses souvent coûteuses, en plus du préjudice au fonctionnement du ménage qu’elles engendrent. Les risques encourus vis à vis du fonctionnement sont réels, et les stratégies de réponse très variées. Nonobstant, afin de répondre à la problématique énoncée, l’approche sera focalisée sur les stratégies de financement. Ces pratiques sont elles aussi variées. Afin de gagner en clarté, et grâce aux entretiens qualitatifs, elles ont pu être regroupées en quatre grandes stratégies : le recours au crédit, la vente de capital, l’épargne, ainsi que l’utilisation des générateurs de revenus (quotidiens ou mis en place pour faire face à l’évolution). Financement des différents types d'évolution, commune de Thu Cúc! )!"

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Figure 20 : Diagrammes en bâtons présentant le poids relatif des différentes stratégies de financement mis en place par les ménages pour faire face à une évolution

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À la lecture de la figure ci-dessus, il apparaît que certaines pratiques sont nettement plus employées que d’autres. Ainsi, le recours au crédit est la stratégie majoritaire, que ce soit pour mettre en place un projet, ou pour faire face à une évolution exceptionnelle. Suivent ensuite la vente de capital, le recours à l’épargne, et en dernier lieu les générateurs de revenus (principalement les revenus du travail à l’extérieur). Cette différence de poids entre les stratégies est compréhensible. En effet, la diversité des crédits (formel, semi-formel et informel), la facilité d’obtention de certains et le fait qu’un endettement n’affecte que le capital financier, poussent les ménages à y avoir recours en premier lieu. La vente de capital est plus rigoureuse pour les ménages, notamment pour les ménages vulnérables. À l’évidence, ceux-ci n’ayant pas beaucoup de capital épargné, et ce capital étant souvent en étroite relation avec le capital productif, la vente de capital entraîne une conséquence sur leurs ressources mais aussi sur leur production. C’est pourquoi les ménages utiliseront cette stratégie pour les cas exceptionnels plutôt que pour les projets de développement. L’épargne (comprenant les tontines, l’épargne monétaire et certains types de matériel comme l’or et les bijoux) est quant à elle moins dangereuse pour les ménages. Si elle n’est que la troisième stratégie, c’est parce qu’elle est surtout usitée par les ménages les plus riches (Chéreau 2010). Les générateurs de revenus (travail extérieur ou vente de production végétale) sont quant à eux faiblement utilisés par les ménages pour financer les évolutions. Cela va de pair avec le fait que les activités extérieures sont encore assez peu développées, notamment à Thu Cúc où seule une carrière de pierre est présente sur la commune.

3.2.1.2. Différences entre les communes Bien que les tendances soient les mêmes entre les deux communes, il est à noter que le poids relatif de ces stratégies est inhérent à l’emplacement géographique et socio-économique des ménages. 3.2.1.2.1. Des opportunités économiques inégales La commune de Long C$c bénéficie en effet, depuis 2000, de l’implantation de l’entreprise Phú L(ng (branche de Phú .a), une entreprise d’exploitation du thé. Celle-ci emploie les paysans : elle leur fournit un terrain d’exploitation du thé et en échange, ils doivent lui vendre leur récolte mensuelle (Source : entretien avec la présidente de l’UF de Long C$c). « Je suis salariée de l’entreprise de thé. J’y consacre une grande partie de mon temps car je cultive 3000 m2 de thé. Je touche pour cela un salaire d’environ 1 million *+ng par mois. Il y a un contrat entre moi et l’entreprise. L’entreprise prête le terrain puis je dois le cultiver et je dois vendre ma production à l’entreprise et elle me paye en conséquence. Par contre, l’entreprise me demande de remplir le quota de 3 tonnes de thé par an. Si jamais je n’atteins pas cette production, alors l’entreprise reprend le terrain. » Mme .., 44 ans, M"#ng, Bông 1 (Long C$c)

D’après les résultats de l’enquête quantitative, l’entreprise emploie au moins une personne dans près de 70 % des ménages de Long C$c. Cela leur permet d’avoir des revenus réguliers, ce qui explique la part plus importante des générateurs de revenus dans les stratégies de financement qu’à Thu Cúc (deux fois plus importante).

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3.2.1.2.2. Des organisations de masse à vocation différente La gestion de nombreuses tontines par l’UF de Long C$c permet à plus de personnes de bénéficier de tontines. En effet, cette stratégie est globalement réservée aux familles aisées (Chéreau 2010). Le fait qu’une organisation de masse, où toutes les classes sociales sont représentées, organise des tontines, permet donc de voir sa part augmenter dans le financement des évolutions (catégorie d’épargne). Cette forte proportion de tontines à Long C$c explique le fait que l’épargne soit une stratégie employée plutôt pour financer les projets. En effet, le fonctionnement de ces groupes permet au ménage d’économiser dans le but d’un projet, puisqu’il n’y a pas de demande pour bénéficier de l’argent (sauf cas exceptionnels). Ainsi, le ménage ne bénéficie de l’argent que lorsque c’est son tour, ce qui l’empêche d’utiliser cette épargne pour financer une évolution exceptionnelle. En revanche, la faible proportion de tontines à Thu Cúc explique le fait que cette balance entre projet et évolution exceptionnelle soit équilibrée. L’épargne est alors soit monétaire (caisse à la maison) soit sous forme d’or ou de bijoux, et peut être utilisée indifféremment pour ces deux évolutions. 3.2.1.2.3. Une offre de crédit distincte La Commune de Thu Cúc a bénéficié d’un programme de crédit spécifique, au travers de la VBSP. Cette dernière a en effet proposé aux ménages pauvres un crédit de 5 millions %&ng, sans intérêts, remboursable sur deux ans (Source : entretien avec la présidente de l’UF de Thu Cúc). Ce programme gouvernemental a ainsi touché plus de 1000 familles dans la commune. Cette offre explique en grande partie la plus grande proportion de financement des projets par recours au crédit dans la commune de Thu Cúc par rapport à celle de Long C$c. Le cumul de ces trois paramètres inhérents à chaque commune permet d’expliquer les différentes proportions de financement par la vente de capital. En effet, ce recours étant risqué pour les ménages, il est utilisé en dernier.

3.2.2. Analyse des stratégies employées par les ménages 3.2.2.1. Recours au crédit Le recours au crédit est la première stratégie de financement d’une évolution par les ménages. Cependant, il est important de noter que différents types de crédits seront employés selon l’évolution, et que cette stratégie peut avoir des conséquences néfastes sur la vulnérabilité du ménage. 3.2.2.1.1. Des secteurs différents mobilisés selon l’évolution L’offre de crédit en milieu rural, et plus spécifiquement dans les Communes de Long C$c, Thu Cúc et Y'n L"(ng, est très variée. En effet, il existe trois grands types de secteurs (voir §2), qui sont mobilisés dissemblablement selon l’évolution rencontrée par le ménage. L’analyse commune des histoires de vie des ménages, de leur utilisation des crédits, ainsi que des stratégies de financement des évolutions permet de dicerner une orientation spécifique de certains types de crédits, dans le sens où ils seront utilisés pour des contextes particuliers. 3.2.2.1.1.1. Approche qualitative Tout d’abord, les résultats des entretiens sur les histoires de vie des ménages ont permis de mettre en évidence certaines affinités entre type de crédit et forme d’évolution. Il apparaît toutefois logique que les différences structurelles existant entre les différents crédits puissent se répercuter sur l’utilisation qu’en ont les ménages.

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Crédits formels Au certain, les crédits formels exigent une procédure plus contraignante que les crédits informels. À vrai dire, pour les crédits de la VBSP, il est nécessaire que la banque fasse une proposition pour bénéficier d’un crédit. Pour les crédits d’Agribank, il est nécessaire de se rendre au bureau et de devoir montrer des garanties pour pouvoir contracter un emprunt. À cela s’ajoute le fait que la démarche administrative qui suit la demande est souvent longue. Le ménage ne reçoit donc l’argent que plusieurs semaines après en avoir fait la demande. Or cela est incompatible avec la rapidité de mobilisation d’argent qu’exige une évolution exceptionnelle. Les crédits formels sont donc privilégiés par les ménages pour construire un projet. De plus et afin que le crédit soit octroyé, les banques demandent au ménage ce qu’il compte réaliser avec l’argent du prêt. Si le projet est le financement d’une évolution exceptionnelle, sans réel projet, le prêt ne sera pas accordé. Enfin, le montant moyen d’un prêt formel est supérieur à celui d’un prêt informel. Cette ressource financière est donc précieuse pour le ménage, puisque cela reste encore difficile de contracter un crédit. Ainsi, le ménage privilégiera le financement d’un projet lors d’un recours à un crédit formel. « La banque permet d’emprunter de plus grosses sommes, sur du long terme. Quand je prends un crédit à la banque, c’est pour développer une activité ou acheter un bien matériel. » Mme H., 46 ans, M"#ng, Giác 1 (Thu Cúc)

Toutefois, certains ménages ne veulent pas financer n’importe quel type de projets avec un crédit formel. En effet, la date d’échéance de remboursement étant fixée, si le ménage ne peut pas rembourser, alors ses biens peuvent être saisis. C’est pourquoi une partie des ménages ne veulent pas contracter de crédits formels pour financer autre chose qu’un projet permettant de développer une activité génératrice de revenus. « Les crédits formels sont plus difficiles à gérer, car le remboursement est fixé, et qu’il faut impérativement donner l’argent à cette date. J’utilise ce type de crédit quand je veux financer un projet qui sera rémunérateur, comme l’élevage. En effet, le remboursement se faisant sur le long terme, j’aurais alors le temps avec la nouvelle activité de gagner de l’argent pour rembourser. Je n’utiliserai pas un tel crédit pour une dépense exceptionnelle car je dois donner des garanties lors de la prise du crédit, et que je ne veux pas que mes biens soient saisis. Il y a une famille du centre qui a emprunté à la banque pour construire sa maison. Mais comme ils n’ont pas réussi à rembourser, la banque a saisi leur maison. Je ne veux pas que cela m’arrive. » Mme T., 57 ans, Kính, Trung Tâm (Thu Cúc)

Crédits semi-formels Le recours à des crédits du secteur semi-formel, conformément à son statut intermédiaire, est une stratégie de financement pour les projets comme pour les événements exceptionnels. Toutefois, il est à noter que toutes les institutions ne sont pas mobilisées de la même façon. Tout d’abord, les programmes comme celui de Sourires d’Enfants, sont dans tous les cas des projets, de par l’utilisation imposée du crédit, et de par le suivi et les formations qui suivent et qui permettent de s’assurer que l’emprunt a été utilisé à bonne fin.

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Ensuite, et comme détaillé dans la présentation de l’offre de financement en milieu rural (§2.2.1), les crédits pris aux organisations de masse peuvent être utilisés pour les deux types d’évolution. En effet, les crédits de l’UF et l’UP sont à vocation de développement de projet, et la démarche d’obtention est sensiblement identique à celle pour une banque. Cependant, ces organisations de masse ayant une vocation sociale très ancrée, les exceptions sont fréquentes et les ménages peuvent emprunter assez rapidement des crédits pouvant être utilisés pour une dépense exceptionnelle. Néanmoins, il est nécessaire que l’Union accepte, ce qui implique que le financement sera surtout dédié à couvrir les frais d’hospitalisation. « Nous avons emprunté 500 000 *+ng à l'Union des femmes en 2010, avec 0,3 % d’intérêts par mois. Avec l’argent, nous avons payé des médicaments à ma femme qui souffrait du genou. » M. H., 39 ans, M"#ng, Qu8 (Thu Cúc)

Crédits informels Les crédits informels sont quant à eux principalement utilisés pour les dépenses exceptionnelles. En effet, une évolution de ce type exige la mobilisation rapide d’argent, ce que seul le secteur informel peut assurer. D’autre part, lorsqu’un ménage traverse une évolution exceptionnelle, les liens sociaux sont sollicités et l’emprunt aux proches est facilité, ceux-ci essayant de trouver une solution pour collecter l’argent. « Quand j’emprunte à mes voisins ou à ma famille, je n’emprunte que de petites sommes, car mes voisins et mes frères et sœurs sont pauvres et donc ne peuvent pas me prêter beaucoup. Ces emprunts se font sur le court terme, ce sont des emprunts chauds, car il faut les rembourser rapidement. Quand on emprunte aux voisins, les intérêts sont élevés mais il n’y a pas d’intérêts quand j’emprunte à mes frères et sœurs, ou à mes voisins proches. Les emprunts chauds me servent à faire face aux dépenses exceptionnelles comme quand quelqu’un est malade, ou aux dépenses quotidiennes de temps en temps. Un des avantages de ces emprunts est qu’ils sont faciles à prendre. » Mme H., 46 ans, M"#ng, Giác 1 (Thu Cúc)

Néanmoins, il existe une part non négligeable de crédits informels utilisés pour réaliser des projets. Dans ces cas-là, c’est en réalité pour compléter un autre financement (crédit formel ou semi-formel par exemple), celui-ci n’ayant pas été suffisant, ou parce que le secteur formel est inaccessible au ménage ou qu’il ne veut pas y avoir recours. « En 2010, SdE m’a proposé un crédit d’appui à l’élevage des porcs. J’ai donc décidé de contracter celui de 2 millions *+ng. Puis c’est SdE qui m’a fourni deux porcs. Ensuite, j’ai emprunté 2 millions *+ng de plus à mes voisins pour acheter un troisième porc, car deux porcs ce n’est pas assez pour gagner de l’argent. » M. V., 31 ans, Dao, B& X& (Y'n L"(ng) « En 1993, j’ai acheté notre terrain d’habitation sur lequel il y avait une maison en terre. Cela a coûté 4 millions *+ng. Pour cela, j’avais des économies mais j’ai dû aussi emprunter à mes voisins 1,2 millions de *+ng, avec un taux d’intérêts de 4,2 %. […] Je n’ai pas eu recours au crédit à la banque parce que la démarche est trop compliquée, et que je ne veux pas m’endetter sur le long terme avec des intérêts. » M. H., 57 ans, Kính, Khu 1 (Y'n L"(ng)

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3.2.2.1.1.2. Confirmation quantitative Par le biais d’une représentation triangulaire, les résultats présentés dans la figure ci-dessous, issus des 300 questionnaires, confirment les résultats ébauchés lors de l’enquête qualitative. Cette représentation se base sur le nombre de crédits et non sur des proportions. Le haut du triangle est un espace où prédomine l’utilisation du secteur informel pour le financement des évolutions. La zone en bas à gauche est une région où domine le secteur formel, et celle en bas à droite le secteur semi-formel.

Figure 21 : Représentation triangulaire des différences d'utilisation des secteurs de crédit

Tout d’abord, il est important de noter que les crédits informels, situés dans la pointe en haut du triangle, servent au financement d’évolutions exceptionnelles. Au certain, dans la zone où prédomine l’utilisation de ce secteur pour financer une évolution, les dépenses représentées sont l’organisation de fêtes sociales (autres que mariage et funérailles) ainsi que de funérailles et de mariage, et le paiement de frais d’hospitalisation. Toutefois, est représenté dans ce secteur le paiement des frais de scolarité, considéré comme un projet de développement du capital humain. Cela est dû au fait que le paiement des frais de scolarité est appréhendé par le ménage comme un frais quotidien et non comme un projet. À ce titre là, le ménage n’aura pas tendance à anticiper cette dépense, et attendra que l’école lui annonce qu’il faut payer les frais. Ainsi, le ménage se retrouve dans une démarche ex post, où la mobilisation de l’argent doit se faire rapidement. À cela s’ajoute le fait que les frais engendrés sont nettement inférieurs à 1 million %&ng. Pour de petites sommes comme cela, le crédit informel est donc privilégié. Ensuite, il apparaît que les projets de développement du petit et moyen élevage (volailles et porcs) sont majoritairement financés par le secteur semi-formel. Cette stratégie s’explique par deux données. Tout d’abord, le fait que le secteur semi-formel octroie des crédits dont les sommes sont plus petites que celles du secteur formel empêche le ménage de financer des projets coûteux. À cela s’ajoute le fait que les crédits proposés le sont avec une thématique (exemple : développement de

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l’élevage). Ces deux facteurs combinés entraînent donc le choix des ménages vers le financement de projets de développement de petit et moyen élevage. Ensuite, il est important de mettre en relation la part importante de financement de porcs par le secteur semi-formel avec l’action de Sourires d’Enfants. En effet, c’est principalement grâce au crédit d’appui à l’élevage porcin mis en place par SdE que le porc se retrouve autant financé par ce secteur. Enfin, il ressort que les crédits formels sont plus utilisés que les autres crédits pour les projets plus coûteux, comme la construction de la maison, l’implantation d’une nouvelle culture (thé, keo), le développement du commerce, le paiement d’une formation ou encore l’achat d’animaux de trait (bœufs, buffles). Néanmoins, un des résultats présentés dans ce triangle peut paraître surprenant : la stratégie de financement des frais quotidiens et de la maison se situe entre la prise de crédit formel et informel. En réalité cette pratique s’explique par le fait que le financement d’une maison est un projet très coûteux. Or, la plupart des ménages rencontrent des difficultés pour contracter plus d’un crédit à la fois dans le secteur formel. Le montant des crédits principalement contractés (entre 5 et 10 millions à la VBSP) ne suffit donc pas à couvrir tous les frais. Certains ménages parviennent à financer le reste grâce à leurs générateurs de revenus ou à la vente de capital, néanmoins dans la majorité des cas, le recours au crédit informel comme appoint est nécessaire. Pour ce qui est des frais quotidiens, cela est dû au fait que beaucoup de ménages ne savent pas à quoi utiliser leur crédit quand ils le contractent (cas du programme de crédit de 5 millions %&ng sans intérêts proposé aux ménages pauvres). Ainsi, les ménages vont réaliser un petit projet avec cet argent, mais qui ne nécessitera pas la totalité du montant. L’autre sera donc mis en caisse en attendant d’être utilisé pour les dépenses quotidiennes.

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Figure 22 : Diagramme présentant la proportion des différents types de crédit pour chaque utilisation

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Afin d’avoir un regard plus global, il est nécessaire d’approcher ces résultats à l’aide d’une autre vision. La figure ci-dessus permet de montrer ces résultats sous une approche prenant en compte la proportion de chaque utilisation par rapport au total de crédits d’un secteur, puis prenant en compte la proportion de celle-ci par rapport au total pour chaque utilisation. Le diagramme présenté ci-dessus confirme les résultats précédemment énoncés. Toutefois, il vient moduler certains points : il est clairement identifiable, au niveau des proportions, que les projets de développement de l’élevage de porcs sont majoritairement financés grâce aux crédits semi-formels, principalement par le crédit proposé par SdE, ce qui confirme le fait que les ménages aient utilisé cet emprunt correctement à l’usage initialement prévu. Ce diagramme permet aussi d’éclairer les utilisations considérées « entre deux feux », notamment le financement des frais quotidiens ou encore de la maison. Pour la première dépense, il apparaît qu’en réalité le financement est majoritairement issu du secteur informel, ce qui confirme les résultats de l’enquête qualitative. Pour ce qui est du financement de la maison, comme suggéré cidessus, le financement est à moitié issu du secteur formel et à moitié de l’informel, ce dernier secteur étant employé comme appoint. Ainsi, il est clairement visible que les projets de développement du capital physique sont principalement financés grâce au recours au crédit formel, ou semi-formel lorsque le projet nécessite un budget moins élevé, et que les dépenses exceptionnelles sont financées par le secteur informel. 3.2.2.1.2. Une stratégie comportant des risques sur la vulnérabilité du ménage Après avoir compris les stratégies des ménages liées au crédit, il est important de faire une analyse sur les conséquences de telles stratégies sur la vulnérabilité de la cellule familiale. 3.2.2.1.2.1. Une stratégie ayant un impact négatif sur le capital financier du ménage Tout d’abord, il est intéressant d’étudier l’impact des crédits sur le capital financier des ménages. Pour cela, une ACP a été réalisée pour mettre en évidence des relations entre type de crédit et capacité de remboursement.

1.0

Cercle de corrélation entre type de crédit et capacité de remboursement

0.0

Capacite_rmb

Credits_formels

-0.5

Dim 2 (24.3%)

0.5

Credits_semi

-1.0

Credits_informels

-1.5

-1.0

-0.5

0.0

0.5

1.0

1.5

Dim 1 (42.59%)

Figure 23 : Cercle de corrélation (ACP) montrant les corrélations entre type de crédit contracté et capacité de remboursement des ménages

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La capacité de remboursement d’un ménage est donnée par la formule suivante : !"#"$%&!!!"!!"#$%&!'"#"() ! ! -

!""!! !"#"$%& !"#$% !"##"$

!

si Capacité de remboursement > 1 : alors le ménage est endetté mais a des ressources financières annuelles suffisantes pour pouvoir rembourser ; si Capacité de remboursement < 1 : alors le ménage est endetté et n’a pas assez de ressources financières annuelles pour rembourser.

À l’aide de l’ACP, il apparaît que les secteurs semi-formels et informels ont une légère influence négative sur la capacité de remboursement des ménages (le secteur informel possède une influence plus prononcée que le semi-formel). Cependant cette empreinte est faible. Le secteur formel est quant à lui nettement anti corrélé à la capacité de remboursement. Ce secteur touchant tous les ménages et donc avec des revenus faibles ou élevés, cette proportionnalité négative vient donc de la variable « dettes ». Ainsi, les crédits formels ont un impact certain et important sur l’endettement des ménages. Ces résultats permettent de montrer qu’une évolution ex post, bien que initialement envisagée pour réduire la vulnérabilité du ménage, peut entraîner à l’inverse une augmentation des risques encourus par le ménage à cause de la fragilisation de son capital financier. Cependant, il est intéressant de constater que la majorité des crédits formels contractés ont été pris à la VBSP. Or le fonctionnement des crédits de la VBSP, où la proposition provient de la banque et non du ménage (voir §2.1.1.), laisse suggérer que nombreux ménages n’ont en réalité pas réfléchi le projet. À cela s’ajoute l’absence de suivi de la part de la banque, ce qui peut conduire à un endettement profond et non réversible des ménages. Ces résultats sur les stratégies des ménages concernant les crédits laissent entrevoir une nouvelle forme d’évolution : l’évolution d’opportunité (avec les crédits d’opportunité) (voir §3.3.2.). 3.2.2.1.2.2. Stratégies de remboursement des crédits Après avoir analysé l’impact de ces stratégies de recours au crédit, il est nécessaire d’étudier les différentes stratégies de remboursement par secteur.

Figure 24 : Représentation triangulaire des différences de remboursement des crédits

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Ces résultats sont présentés sous la forme d’un diagramme triangulaire. Cette fois-ci tous les résultats sont représentés en proportions, afin d’éviter d’avoir le poids du nombre de crédits. La figure représentant les résultats est exposée ci-dessus. Secteur informel À l’aide du diagramme, il émerge que les crédits informels sont principalement remboursés grâce à des dons ou cadeaux au ménage, par les revenus issus de ses activités non agricoles ou de ses systèmes de culture, par l’épargne du ménage ou par la prise d’un nouveau crédit. Ces différentes stratégies de remboursement sont à mettre en relation avec la notion d’« emprunt chaud ». À l’évidence, ces méthodes de remboursement viennent confirmer cette caractéristique du secteur informel. Tout d’abord, le remboursement par le biais de dons ou de cadeaux montre que certains emprunts informels n’ont lieu que pour un événement exceptionnel dont les conséquences sont prévisibles. C’est le cas de l’organisation de mariages ou de funérailles, puisque les convives amènent des dons et cadeaux. Ceux-ci servent ensuite à rembourser les emprunts contractés juste avant l’événement, ayant servis à payer les frais d’organisation. Le remboursement à l’aide des revenus du travail extérieur permet de faire l’hypothèse suivante. Le ménage devant mobiliser rapidement les fonds nécessaires pour faire face à l’évolution exceptionnelle emprunte dans le secteur informel. Puis, lors de la réception du salaire (dans le cas d’un travail régulier), le crédit est remboursé. Dans le cas où le travail n’est pas régulier, certains ménages vont avoir tendance à faire un nouveau travail extérieur qualifié d’appoint (coupe de bambou dans la forêt, services aux autres exploitations agricoles, transport) pour pouvoir rembourser. En étudiant dans le détail les ventes de production végétale mises en œuvres pour rembourser un crédit informel, il apparaît que ces ventes ne concernent que les cultures de thé (majoritaire) et de keo. Le thé est une culture pérenne, sur laquelle une récolte peut avoir lieu en cas de besoin. De même pour les keo : même si les arbres ne sont pas à maturité (7 ans), le ménage peut toujours vendre quelques pieds pour se constituer une petite trésorerie. Ainsi, après avoir eu recours au crédit, le ménage ayant la volonté de le rembourser, il va aller puiser dans une de ces deux cultures. La stratégie de recours à un nouveau crédit formel s’explique par le fait que le ménage doive emprunter dans le secteur informel car il doit mobiliser des fonds rapidement. Puis lorsqu’il a l’opportunité de rembourser cette dette (quand la banque lui propose un crédit ou s’il fait une démarche spontanée), alors il utilise l’emprunt formel. Secteur semi-formel À la vue du diagramme, il apparait que les crédits semi-formels sont remboursés majoritairement par la vente d’animaux. Après une étude des crédits et des animaux impliqués dans cette stratégie, il apparaît que le crédit SdE est responsable de ce résultat. En effet, plus de 95 % des crédits SdE ont été remboursés grâce à la vente de porcs, donc par l’activité mise en place par le crédit. Secteur formel Il existe deux grandes stratégies de remboursement du secteur formel : la prise d’un nouveau crédit informel, ou le recours aux tontines. La première stratégie est le recours aux tontines. En effet, c’est la forme d’épargne la plus répandue (notamment dans la commune de Long C$c), et elle permet d’obtenir en une fois une somme de plusieurs millions de %&ng. Si le ménage reçoit cette somme, et si le remboursement du crédit est proche, alors c’est la stratégie la plus sûre car elle n’a pas d’impact sur le capital physique du ménage.

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La seconde stratégie consiste à prendre un nouveau crédit informel, ce qui confirme l’hypothèse que le remboursement d’un crédit formel est une évolution exceptionnelle. En effet, les fonds devant être mobilisés rapidement (le chef du village prévient du recouvrement un mois avant l’échéance), le recours au crédit informel est la stratégie la plus facile à mobiliser, et la moins compromettante. Au certain, cette méthode entraîne une modification du capital financier, mais ne touche pas aux moyens de production du ménage ni à ses biens. C’est donc une stratégie très prisée des ménages, mais qui comporte de nombreux risques (voir les processus de cavalerie). Il est nécessaire de mettre en évidence que la plupart des crédits formels ne sont pas encore remboursés. Cela est notamment dû aux systèmes de report de crédit, mais aussi aux programmes gouvernementaux ayant permis à un très grand nombre de ménages de contracter un crédit à partir de 2009. 3.2.2.1.2.3. Processus de cavalerie bancaire Le processus de remboursement d’un crédit par la prise d’un nouveau crédit est une stratégie mise en œuvre par les ménages pour faire face à une évolution. Cette pratique est distincte des autres, puisqu’elle comporte de nombreux risques pour la vulnérabilité du ménage. En effet, cette stratégie peut conduire à la décapitalisation du ménage (Le Roy 2010). Cette stratégie, appelée cavalerie financière (Roesch et Helies 2007), peut se décliner en différentes pratiques. À l’évidence, l’offre de crédit en milieu rural étant dense (voir §2.), il existe différentes méthodes de jonglage entre les crédits (Guerin et Morvan 2011). Le jonglage entre crédits peut se faire : -

au sein d’un secteur ; o entre produits d’une même institution o entre institutions entre secteurs.

Jonglage financier intra sectoriel Le jonglage entre crédits du secteur informel et semi-formel n’est pas envisagé, car très rare. En effet, les crédits du premier secteur étant sans échéance et faisant intervenir de forts liens sociaux, les ménages ne prennent pas de crédit informel pour en rembourser un. Le second secteur étant soit lié à un projet, soit lié à une organisation de masse où le social est très important, il est impossible pour le ménage de contracter un nouveau crédit semi-formel pour en rembourser un. La seule issue possible pour les organisations de masse est un report de l’échéance de remboursement. Deux différentes pratiques se démarquent au sein de la stratégie de jonglage entre crédits d’un même secteur : la prise d’un crédit dans une autre institution (ici deux institutions sont présentes : la VBSP et Agribank) ou la prise d’un nouveau crédit dans la même institution. Le jonglage entre les produits d’une même institution est tout à fait remarquable dans le cas de la VBSP. En effet, sur les six ménages ayant eu recours à un nouveau crédit formel pour rembourser le précédent, les six ont contracté le nouvel emprunt au sein de la même institution, à savoir la VBSP (Source : enquête quantitative 2011). Le remboursement des crédits de la VBSP par cavalerie est notamment dû au fait que la banque propose aux ménages de reporter l’échéance du crédit par la prise d’un nouveau crédit au sein de la banque. La banque peut être amenée à faciliter cette démarche quand le ménage ne peut pas rembourser, afin d’éviter la saisie de ses biens. Cette stratégie est principalement employée par les ménages n’ayant pas mis en place d’activités génératrice de revenus avec le crédit (17 %), ou ayant acheté des animaux mais qui les ont perdus (83 %). C’est une pratique dangereuse pour le ménage, puisque le crédit ne sert alors plus à SOURIRES D’ENFANTS – CIRAD

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développer un projet. Le ménage ne met pas en place un nouveau générateur de revenus ni ne capitalise, ce qui ne fait que reporter le risque, tout en accablant le ménage d’intérêts. Cette stratégie est à différencier du report à l’état pur. En effet, dans ce dernier cas, il n’y a pas de nouvel emprunt. Le report est monnaie courante pour les crédits de 5 millions %&ng sans intérêts proposés en 2009 : 78 % des ménages l’ayant contracté ont demandé le report d’un an (Source : enquête qualitative 2011). Vient ensuite la stratégie de jonglage entre institutions financières. Cette pratique est toutefois très peu fréquente sur la zone d’étude, puisque seulement deux institutions bancaires sont présentes, et que l’une d’entre elles est très peu accessible aux ménages (Agribank). En effet, un seul cas a été recensé lors de l’enquête quantitative. Le ménage en question avait contracté un crédit à Agribank pour acheter du matériel agricole, mais a été dans l’incapacité de rembourser le crédit et a donc contracté un crédit à la VBSP pour ce faire. Jonglage financier inter sectoriel Le secteur informel étant très développé dans la zone d’étude, les échanges entre secteur formel et informel sont très fréquents. Le secteur semi-formel sera assimilé ici au secteur formel afin de simplifier, et parce que ces deux secteurs sont souvent assimilés par les ménages. Le recours au crédit informel pour rembourser un crédit formel est une pratique très répandue par les ménages. En effet, pour les crédits de la VBSP, le ménage est averti un mois avant par le chef de son village qu’il doit rembourser. Les ménages se reposant entièrement sur cette annonce de l’échéance, la majorité d’entre eux ne capitalisent pas en amont pour pouvoir rembourser. Ainsi, le ménage doit trouver le capital en un mois. Peu de ménages ayant de l’épargne monétaire, et les activités génératrices de revenus ne permettant pas de dégager aussi rapidement le capital nécessaire, les seuls recours du ménage sont la vente de capital ou l’emprunt. La vente de capital affectant dans la majorité des cas les facteurs de production du ménage, et n’ayant pas un degré de liquidité très élevé (Chéreau 2010), la stratégie alternative est donc le recours au crédit. D’autre part, le secteur formel n’étant pas rapidement mobilisable, le ménage aura donc recours au secteur informel car il doit récupérer les fonds rapidement. La stratégie inverse, consistant à emprunter dans le secteur formel pour rembourser un crédit informel, est aussi employée par les ménages, bien qu’en moindre mesure. Dans ce cas-là, l’élément déclencheur est l’opportunité de crédit. Le ménage possède déjà une dette informelle, et la banque propose un crédit. Le ménage prend donc cet emprunt, prétextant une fausse utilisation pour pouvoir le contracter, et se sert de l’argent pour rembourser ses dettes. Pour finir, il est important de souligner l’abondance de la pratique de « double jonglage inter sectoriel ». Le ménage va être amené à jongler entre crédits des secteurs formels et informels à deux reprises, dans un laps de temps assez court (de quelques jours à quelques mois) afin de repousser l’échéance d’un crédit. Cette stratégie ne se trouve que dans l’ordre suivant : !"!!"#!!"#$%&! ! !"!!"#!!"#$%&'(! ! !"!!"#!!"#$%&. Cette stratégie s’est développée suite au discours suivant de la VBSP : « Si vous remboursez le crédit, vous pouvez réemprunter » (Source : M. C., 42 ans, H’Mông, M4 Á (Thu Cúc)). Ainsi beaucoup de ménages ont emprunté dans le secteur informel pour rembourser un crédit de la VBSP, puis ont pu réemprunter à la VBSP. Ils se sont ensuite servi de l’argent pour rembourser leur dette informelle. L’objectif de cette stratégie est donc de repousser l’échéance de remboursement du crédit formel.

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« J’ai contracté un crédit de 7 millions *+ng en 2008 à la VBSP et j’ai acheté une vache avec. J’ai dû rembourser ce crédit cette année. Pour cela, j’ai emprunté 7 millions *+ng à mes voisins. Comme j’avais remboursé, j’ai eu le droit de réemprunter 7 millions *+ng à la VBSP. J’ai ensuite utilisé cet argent pour rembourser mes voisins. » M. C., 42 ans, H’Mông, M4 Á (Thu Cúc)

3.2.2.2. Recours à la vente de capital physique Afin de financer une évolution, une des stratégies employées par les ménages est d’avoir recours à son épargne. Seront considérés comme telle l’épargne sur pied, l’orfèvrerie et le recours aux tontines. 3.2.2.2.1. Vente d’épargne sur pied Une des stratégies utilisées par les ménages pour financer une évolution est la vente d’épargne sur pied, qui concerne principalement les buffles et bœufs, mais peut aussi concerner les porcs et volailles, qualifiés de petite trésorerie. Lors du financement d’un projet, cette stratégie passe par une accumulation en amont. En effet, cette évolution étant voulue par le ménage et n’étant pas obligatoire, celui-ci sera réticent à vendre du capital sur pied surtout si sa mobilisation entraîne une perte importante au niveau du système de production (Yverneau 2004). Par exemple, un ménage n’ayant qu’une tête d’un élevage ne la vendra pas pour financer un projet, car cette mobilisation est trop coûteuse d’un point de vue système de production. « En 2009, j’ai acheté un buffle. Il me restait encore 3 buffles à l’époque. Mais je savais que j’allais construire ma maison l’année suivante. Et l’argent étant mobile, je ne pouvais pas le garder en liquide. J’ai ensuite revendu le buffle pour financer la maison » Mme .., 26 ans, M"#ng, Bông 2 (Long C$c)

Pour ce qui est du financement d’une évolution exceptionnelle, la donne est différente. En effet, le ménage est dans la nécessité de trouver un moyen de financer la dépense. Pour un ménage n’ayant qu’une tête, s’il ne peut pas emprunter, n’a pas des revenus suffisants et n’a pas de matériel, alors il sera dans l’obligation de vendre son unique buffle/bœuf. Pour un ménage ayant plusieurs têtes, la vente sera moins dangereuse pour le ménage, cependant cette stratégie est évitée tant que possible par les ménages. À raison, lors de la vente du buffle, les acheteurs perçoivent que le ménage est dans la nécessité et achèteront à des prix très bas en conséquence. « Dans les cas exceptionnels, je ne veux pas vendre mon bétail car les acheteurs vont fournir des prix très bas. En effet, dans ce cas là je cherche à vendre à tout prix et les acheteurs le savent. » Mme B., 44 ans, M"#ng, Bông 3 (Long C$c)

À cela s’ajoute la prise en compte du degré de liquidité des animaux. En effet, le degré de liquidité des animaux décroît de la basse-cour aux porcs aux animaux de trait : il est donc aussi plus difficile de vendre un animal de trait pour financer une dépense exceptionnelle car la collecte d’argent liquide n’est pas assurée d’être assez rapide. 3.2.2.2.2. Vente d’épargne orfèvre Certains ménages vont vendre de l’orfèvrerie pour faire face à une évolution. Pour les familles ayant la chance d’en avoir, c’est une pratique très facile à solliciter, puisque la vente de ce capital n’entraîne aucune perte au niveau des systèmes de production. Toutefois, cette épargne est principalement réservée pour les projets par les ménages. Si le ménage possède de l’orfèvrerie et SOURIRES D’ENFANTS – CIRAD

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que survient une dépense exceptionnelle, il essayera d’avoir recours aux autres formes de financement dans un premier temps (notamment le recours au crédit). Là aussi, cette stratégie passe par un projet de développement du capital en amont. « Avant, j’achetais de l’or chaque année avec les économies afin d’acheter une moto. En 2011, j’ai donc utilisé cette épargne pour acheter une moto, et seulement l’or a suffi ! ». Mme X., 40 ans, M"#ng, .9i (Long C$c)

3.2.2.2.3. Vente d’actifs de consommation Les biens matériels ne sont pas considérés comme épargne puisque les ménages ne conçoivent pas placer dans des actifs de consommation. Ceux-ci ne sont mobilisés que très rarement, majoritairement pour financer un événement informel. En effet, certains de ces actifs sont indispensables au ménage pour les systèmes de production, au même titre que l’épargne sur pied alors que d’autres (matériel Hi-Fi par exemple) voient leur montant très vite dévalué. La stratégie de recours à la vente d’actifs de consommation est donc assez rare, et n’intervient qu’en dernier recours, dans le cas où le ménage n’a plus de marge de manœuvre.

3.2.2.3. Recours aux tontines Cette pratique est employée très inégalement selon les communes. Au certain, dans certaines communes comme Long C$c ou Y'n L"(ng dans une moindre mesure, cette stratégie est très développée. En revanche, à Thu Cúc, la pratique est plus rare. Les tontines sont employées à la fois pour le financement de projets comme d’événements exceptionnels (voir §2.3.2.1.4.). Majoritairement (plus de 32 % de l’utilisation des tontines), celles-ci sont utilisés pour les projets de construction de maison. La raison à cela est que ce projet constitue la dépense la plus élevée dans l’histoire de vie d’un ménage. Il parait donc logique que les stratégies d’épargne financière soient mises à contribution pour financer cette évolution. À cela s’ajoute l’abondance de tontines solidaires inhérentes à la construction de maison. Le fonctionnement des tontines, avec perception du capital chacun son tour, avec possibilité de le demander en cas exceptionnel (rare) ne permet pas de coordonner le financement d’une dépense exceptionnelle par définition imprévue avec la collecte de l’argent de la tontine. C’est ainsi à cause de cette caractéristique intrinsèque des tontines que celles-ci ne sont que peu utilisées pour le financement d’évolutions exceptionnelles ormis pour les mariages et funérailles (notamment par les tontines solidaires) ou le paiement des frais quotidiens. Pour cette dernière, il est nécessaire de moduler le caractère exceptionnel de cette évolution, puisque dans le cas des tontines, si le ménage n’a pas de projet, l’argent reçu sera utilisé pour améliorer le quotidien du ménage (frais quotidiens plus élevés). En revanche, les tontines seront plus utilisées pour financer certains projets de développement du capital physique comme l’achat de matériel, de bétail, ou de pieds de thé.

3.2.2.4. Utilisation des générateurs de revenus La stratégie de financement la plus durable, avec le recours aux tontines, est indubitablement l’utilisation de générateurs de revenus, puisque les conséquences engendrées par cette pratique n’ont que peu d’incidence sur les systèmes de production du ménage. Le seul risque encouru est l’absence de réinvestissement en cas de vente totale d’une production, ce qui peut donc conduire à l’arrêt de cette production et donc à augmenter la vulnérabilité du ménage.

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La stratégie de financement par recours aux générateurs de revenus peut être divisée en deux catégories : les générateurs habituels et ceux d’appoint. Il est important de noter que cette pratique est surtout employée dans la commune de Long C$c où elle représente plus de 12 % des stratégies de financement. En revanche à Thu Cúc, elle ne représente qu’environ 5 % des stratégies. 3.2.2.4.1. Générateurs de revenus usuels Les générateurs habituels sont les systèmes de production caractérisant le ménage. Ils comprennent les systèmes de culture ainsi que les activités non agricoles du ménage. Les systèmes d’élevage ne sont pas considérés dans cette catégorie, l’ayant déjà été dans la vente de capital physique, au titre d’épargne sur pied. La vente de production végétale concerne surtout la vente de culture de type keo ou thé, les autres cultures (riz, maïs, manioc) étant destinés à l’autoconsommation du ménage. La vente de keo ou de thé est utilisée pour le financement de projets comme d’événements exceptionnels. Toutefois, le keo est principalement utilisé pour les projets. Au certain, la récolte d’une production de keo est nettement plus contraignante, et doit être planifiée. De plus, la récolte doit être faite après un cycle précis, les arbres n’arrivant à maturité qu’après 7 ans. Ainsi, la récolte étant planifiée, le ménage peut alors mettre en œuvre un projet qu’il financera avec cette ressource sûre. « J’avais une plantation de keo, que j’ai ramassée en 2011. À cette époque, j’avais un projet : je voulais acheter des porcs-épics. Comme les keo étaient prêts à être vendus, j’ai pu financer mon projet grâce à cette vente. » M. M., 34 ans, Dao, Dáy (Thu Cúc)

Néanmoins, certains ménages utilisent les keo pour financer une évolution exceptionnelle. Cette pratique n’est cependant pas très courante, les ménages y ayant recours le faisant par nécessité. En effet, la plus value générée par la culture n’est alors pas très élevée, puisque la culture n’est pas encore arrivée à son terme et est vendue pour la dépense exceptionnelle. Concernant la vente de thé, cette pratique est bien plus répandue. À raison, cette culture permet de récolter à la demande. Ainsi, si le ménage possède une culture de thé, il pourra avoir recours à la vente de cette production pour développer un projet, ou pour financer un événement exceptionnel non prévu. 3.2.2.4.2. Générateurs de revenus viatiques Pour finir, il existe une pratique durable mise en place par les ménages pour financer une évolution ponctuelle. Effectivement lorsque le ménage fait face à une évolution, qui peut être de projet ou exceptionnelle, il met alors en place une nouvelle activité d’appoint permettant de générer un revenu. Ce revenu sera ensuite utilisé pour financer l’évolution. Une fois le paiement de l’évolution effectué, le ménage arrête l’activité mise en place. Les activités mises en place peuvent être de différentes natures : coupe de bambous, chasse d’animaux, culture ponctuelle, services aux voisins, etc. « En 1998, nous voulions acheter un vélo car nous n’avions alors pas de moyens de locomotion. Nous avons demandé à nos voisins de louer une de leur parcelle (2 sào) pour cultiver du soja. Les revenus nous ont permis d’acheter un vélo l’année suivante. Puis nous avons arrêté cette activité. » Mme H., 45 ans, M"#ng, Ú (Thu Cúc)

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

3.3. TYPOLOGIE D’ÉVOLUTION En croisant les différents types d’évolution que peuvent rencontrer les ménages, avec les stratégies de ceux-ci pour y faire face, trois grandes évolutions sont remarquables : les projets d’évolution, les opportunités d’évolution et les évolutions exceptionnelles.

3.3.1. Projet d’évolution La première évolution pouvant affecter un ménage est désirée. En effet, elle est issue d’un projet pensé par la cellule familiale. Ce projet étant mûri en amont, l’argent permettant de financer l’évolution peut être accumulé sur le long terme. L’évolution est alors en aval du financement. Le projet est réfléchi par le ménage dans le but de développer ses potentialités ou capacités. La majorité des projets concerne le développement des potentialités du ménage, en jouant sur le capital financier, social, humain, foncier ou physique.

Capital financier!

Capital social!

-  Cotisation aux tontines" -  Achat dʼorfèvrerie" -  Remboursement de dettes sans échéances"

- Cotisation aux unions"

Développement des potentialités du ménage! Capital foncier! Capital physique! -  Achat dʼanimaux" -  Achat dʼun véhicule" -  Reconstruction de la maison" -  Nouveau facteur de production"

Ménage à faible potentialité"

Recours au crédit! Formel"

Semi-formel"

Développement des capacités du ménage!

Projet!

Capital humain! -  Formations" -  Export de main dʼœuvre"

Opportunités sociales!

Ménage à fort capital physique"

Vente de capital physique! Épargne sur pied"

Caractéristiques intrinsèques!

-  Achat de terres" -  Achat de matériel agricole pour rehausser la fertilité des sols" !

Épargne orfèvre"

- Démarche dʼobtention du carnet rouge"

Ménage à fort capital social"

Ménage à fort capital humain & physique "

Recours aux tontines!

Recours aux générateurs de revenus!

Régulière"

Solidaire"

Usuels"

Viatiques"

Réalisation du projet"

Évolution affectant le ménage!

Risques! ! -  Difficultés de remboursement" -  Risque sur les facteurs de production" " ! Augmentation de la vulnérabilité du ménage"

Opportunités! ! -  Développement des potentialités" " ! Réduction de la vulnérabilité du ménage"

Figure 25 : Caractéristiques et stratégies de financement d’un projet d'évolution

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

Selon les caractéristiques des potentialités initiales du ménage, la stratégie de financement sera différente : recours au crédit formel, vente de capital, recours aux tontines ou aux générateurs de revenus. Ces stratégies peuvent comporter des futurs risques concernant la vulnérabilité du ménage. Au certain, la stratégie de recours au crédit peut entraîner le ménage dans des situations risquées, car celui-ci est alors endetté. L’autre stratégie risquée est celle de recours à la vente de capital. Si le ménage a alors un fort capital physique, cela peut n’avoir qu’une conséquence faible. Cependant, si celui-ci est déjà fragile, l’échec du projet peut conduire le ménage à une situation de précarité élevée : en effet, cette stratégie peut induire des risques sur l’efficacité des facteurs de production des ménages, et diminuer la résilience du ménage en cas d’événement exceptionnel. Néanmoins, si le projet de développement du capital se déroule bien, alors le ménage pourra bénéficier d’externalités positives concernant ses potentialités et capacités. À terme, cela permettra de réduire la vulnérabilité de la famille.

3.3.2. Opportunité d’évolution En croisant les différents types d’évolution susceptibles d’affecter un ménage avec les stratégies mises en place par celui-ci pour y faire face, une nouvelle évolution apparaît : l’opportunité d’évolution. L’opportunité d’évolution est à la croisée des chemins entre projet d’évolution et évolution exceptionnelle. Capital financier! -  Subvention maison"

Capital foncier!

Capital financier!

Ménage à fort capital social"

Recours au crédit! Formel"

Semi-formel"

Informel dʼappoint"

Capital physique! -  Achat dʼanimaux" -  Achat dʼun véhicule"

Ménage à faible potentialité"

Ménage à fort capital physique"

Vente de capital physique! Épargne sur pied"

-  Achat de terres"

Opportunité"

-  Crédit de la VBSP" -  Crédit SdE"

Épargne orfèvre"

Ménage à fort capital financier"

Recours aux tontines! Régulière"

Ménage à fort capital humain & physique "

Recours aux générateurs de revenus! Usuels"

Solidaire"

Viatiques"

Actifs de consommation"

Évolution affectant le ménage!

Risques! ! -  Difficultés de remboursement" -  Risque sur les facteurs de production" " ! Augmentation de la vulnérabilité du ménage"

Opportunités! ! Développement des potentialités" " !  Réduction de la vulnérabilité du ménage" - 

Figure 26 : Caractéristiques et financement d'une opportunité d'évolution

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

À l’instar d’un projet d’évolution, l’opportunité d’évolution se caractérise par le caractère volontaire du ménage de la réaliser. Toutefois, la différence majeure réside dans le fait que cette évolution n’est pas réfléchie par le ménage, ce qui entraîne une différence sur la trajectoire d’évolution du ménage sur le long terme. Les conséquences sur la vulnérabilité du ménage sont donc significativement différentes. Ainsi, une opportunité d’évolution peut se définir par une proposition intéressante proposée au ménage affectant ses potentialités, et dont le but est de développer ses capabilités. Bien que l’évolution ne soit pas réfléchie, elle est néanmoins voulue par le ménage. Dans les opportunités d’évolution, il en émerge deux grands types : la proposition d’un crédit par une banque et la proposition d’une offre d’achat avantageuse. Le premier type intervient lorsque la banque propose un programme spécifique, comme par exemple le programme de crédit de 5 millions %&ng par la VBSP, le programme Xóa Nhà T.m, ou encore le projet de crédit en appui à l’élevage de SdE. Le second type intervient lorsqu’un vendeur potentiel leur propose l’opportunité d’acheter un capital à un prix intéressant (capital physique) ou un capital stratégique difficile à acquérir (capital foncier). Bien entendu, les risques encourus par le ménage sont plus grands que pour un projet d’évolution, notamment dû au caractère non réfléchi de l’évolution. Concernant l’achat de capital, le risque n’est pas trop élevé. En effet, le ménage décidant d’acheter a souvent les potentialités nécessaires pour le financer. Néanmoins, il arrive parfois en cas d’achat coûteux que le ménage s’endette pour le financer ou vende de son capital productif. Le risque sur la vulnérabilité du ménage est alors élevé, notamment si le ménage possède une faible potentialité et qu’il finance l’achat par la vente de son capital physique. « En 2009, des amis m’ont proposé d’acheter une de leur parcelle pour 22 millions *+ng. L’offre était très intéressante, et j’ai donc acheté le terrain à crédit. Pour le moment, j’ai payé 7,5 millions *+ng, grâce à un crédit de la VBSP et à la vente de maïs et de soja. Il me reste encore 14,5 millions *+ng à payer. » M. M., 34 ans, Dao, Dáy (Thu Cúc)

Concernant l’opportunité de crédits, le risque le plus important concerne les crédits proposés sans projet de développement. Le ménage bénéficie donc d’un crédit pour lequel il n’a aucune utilisation précise. La banque parfois donne des idées de développement, mais la plupart des ménages n’ayant pas les connaissances pour mener le projet à bien, finissent par échouer. Dans tous les cas, le remboursement est ensuite problématique, le ménage n’ayant pas développé de nouveaux générateurs de revenus. Le remboursement devient donc une évolution exceptionnelle, et peut conduire à l’augmentation de la vulnérabilité du ménage. « J’ai emprunté 5 millions *+ng sans intérêts à la VBSP en 2009. Je n’avais pas de projet particulier à l’époque, mais la banque m’ayant proposé ce crédit j’ai décidé de le prendre. Avec l’argent j’ai acheté un buffle. Je devais rembourser en août 2011 mais j’ai demandé le report d’un an. Je n’avais pas l’argent pour rembourser car j’ai dû acheter des médicaments pour mon fils. » Mme H., 46 ans, M"#ng, Giác 1 (Thu Cúc)

Toutefois, si l’opportunité permet de développer les potentialités du ménage, alors le ménage pourra bénéficier d’externalités positives, ce qui aura potentiellement pour effet de réduire sa vulnérabilité.

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3.3.3. Évolution exceptionnelle La dernière évolution susceptible d’affecter un ménage est l’évolution exceptionnelle. Elle est celle qui comporte le plus de risques sur la vulnérabilité du ménage. À la différence des deux autres, cette évolution ne permet pas au ménage de développer son potentiel, et ce même dans le meilleur des cas. En effet, cette évolution intervient suite à un événement exceptionnel affectant le capital physique (perte matérielle, perte d’animaux, baisse des facteurs de production), le capital humain (hospitalisation), le capital physique (remboursement de dettes), le capital foncier (division) ou encore le capital social (fête sociale).

Capital financier! Remboursement dʼun crédit à échéance fixée"

Capital humain!

Capital foncier!

Hospitalisation"

Division des terres (héritage)"

Capital physique!

Capital social!

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-  Perte dʼanimaux" -  Mauvaise récolte" -  Perte de matériel" -  Endommagement de la maison"

Organisation dʼune fête sociale" -  Mariage" -  Funérailles" -  Autres fêtes"

Évolution affectant le ménage!

Ménage à fort capital social"

Recours au crédit! Informel"

Ménage à faible potentialité"

Ménage à fort capital physique"

Vente de capital physique! Épargne sur pied"

Ménage à fort capital financier"

Recours aux tontines!

Épargne orfèvre"

Solidaire"

Ménage à fort capital humain & physique "

Recours aux générateurs de revenus! Usuels"

Viatiques"

Actifs de consommation"

Financement de lʼévolution"

Risques! ! -  Difficultés de remboursement" -  Risque sur les facteurs de production" " ! Augmentation de la vulnérabilité du ménage"

Opportunités! ! -  Pas de modification des potentialités du ménage" " ! Retour à lʼétat initial"

Figure 27 : Caractéristiques et stratégies de financement d'une évolution exceptionnelle

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

L’événement exceptionnel affectant le ménage va entraîner une réponse de sa part afin de financer le coût de l’évolution. Certaines stratégies sont durables pour le ménage, comme le recours aux générateurs de revenus du ménage ou aux tontines. En effet, cette pratique ne réduit pas les potentialités du ménage. La seule conséquence remarquable est l’empêchement pour le ménage de réaliser ce qui était initialement prévu pour l’utilisation de l’argent issu des générateurs ou des tontines. Ainsi, le ménage revient à une situation proche de son état initial, et sa vulnérabilité ne se voit pas augmentée. En revanche, les autres stratégies employées par le ménage pour faire face à cet événement exceptionnel ne sont pas durables. Au certain, le recours au crédit en est un bon exemple, puisque l’emprunt diminue le capital financier du ménage. Au delà de ce fait, le remboursement de l’emprunt va lui aussi amener son lot de risques, et pourra augmenter la vulnérabilité du ménage en cas de difficultés (pratique de cavalerie par exemple). Le recours à la vente d’actifs de consommation et / ou de production est aussi une stratégie précaire. À l’évidence, les conséquences d’une telle pratique augmentent la vulnérabilité du ménage, puisque en plus de la perte matérielle subie, cela affecte les facteurs de production du ménage. Ainsi, ces deux stratégies peuvent conduire à une réduction des potentialités du ménage et donc à l’augmentation de sa vulnérabilité. Les conséquences sur le ménage dépendent donc de l’état initial de vulnérabilité du ménage. Au travers de cette typologie d’évolution, il apparaît nécessaire de savoir à quel état initial de vulnérabilité se trouve le ménage quand une évolution l’affecte. Pour cela, il est crucial de comprendre les trajectoires d’évolution des ménages afin d’identifier une typologie des ménages quant à leur réaction à une évolution.

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4. ANALYSE DES TRAJECTOIRES DE VIE Afin de comprendre les facteurs influençant la vulnérabilité des ménages, il est nécessaire de les intégrer dans le temps. Pour ce faire, il faut étudier les trajectoires de vie des ménages, en les mettant en relation avec les évolutions susceptibles d’affecter les ménages et les stratégies qu’ils mettent en place pour y faire face.

4.1. IDENTIFICATION DU CONTEXTE AMBIANT Les trajectoires de vie s’intègrent dans un environnement changeant au cours du temps. Ces modifications influencent les risques portant sur les ménages ainsi que sur les stratégies qu’ils mettent en place pour réduire leur vulnérabilité. Il est donc nécessaire d’appréhender le contexte environnemental dans lequel baignent les ménages. Depuis la fin des années 90, l’offre publique de crédit en milieu rural a considérablement augmenté, notamment grâce aux banques d’État : les institutions bancaires d’Agribank et de la VBSP (Creusot 2003).

4.1.1. Conséquences sur la vulnérabilité des ménages Ce contexte économique dans lequel baignent les ménages n’est pas sans influence sur leur vulnérabilité. En effet, l’augmentation des opportunités sociales de recours au crédit a conduit la plupart des ménages à contracter un ou plusieurs crédits dans le secteur formel. Les programmes gouvernementaux destinés à faciliter l’offre en crédit formel aux familles pauvres (crédit de 5 millions %&ng sans intérêts) ont donc permis à celles-ci de contracter des crédits. Ces opportunités sociales, destinés à réduire la vulnérabilité des ménages par la réalisation d’un projet de développement des facteurs de production, comportent néanmoins quelques risques. En effet, la compilation de crédits formels, souvent accompagnés d’un crédit informel d’appoint, a fragilisé la variable « capital financier » des ménages. Au certain, l’étude de l’évolution de la trésorerie des ménages depuis l’installation jusqu’à l’heure actuelle prouve cette fragilisation. La figure ci-après, représentant la somme des balances de trésoreries des ménages pour chaque commune au cours du temps, permet de faire émerger un constat général sur le contexte économique des ménages. Le constat est le suivant : l’augmentation de l’offre en crédit en milieu rural, notamment des crédits formels (VBSP majoritairement) a conduit à un endettement profond des ménages. En effet, seulement 17 % des ménages ne possèdent aucune dette formelle, et 34 % des ménages ont une capacité de remboursement inférieure à un, ce qui implique que ces ménages vont avoir des difficultés à rembourser leurs dettes (Source : enquête quantitative, 2011).

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

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Figure 28 : Graphique présentant les balances de trésorerie des ménages enquêtés sur les 3 Communes

4.1.2. Conséquences sur le niveau de vie des ménages Le fait que ce contexte économique conduise à un endettement des ménages amène à la question de l’utilité du recours au crédit sur le ménage, notamment sur le niveau de vie. Cette question peut-être étudiée à l’aide d’une ACP sur les variables « crédit » et « niveau de vie des ménages ». La première ACP ci-dessous prend en compte tous les ménages. À la lecture du cercle de corrélations, il ressort que le recours au crédit ne joue aucun rôle dans l’augmentation du niveau de vie des ménages. Toutefois, il y a une légère corrélation positive entre recours au crédit et niveau de vie à l’heure actuelle.

1.0

Cercle de corrélations entre recours au crédit et niveau de vie des ménages

0.5

Credits_formels Credits_informels Credits_semi

0.0

Niveau_vie_Tact

Niveau_vie_To

-1.0

-0.5

Dim 2 (20.91%)

Evo_niveau_vie

-1.5

-1.0

-0.5

0.0

0.5

1.0

1.5

Dim 1 (31.73%)

Figure 29 : Relation entre crédit et niveau de vie des ménages (résultats d'ACP)

Cette première figure laisse entendre que le recours au crédit comporte des risques, et n’est de plus pas lié à l’augmentation du niveau de vie. Il faut néanmoins avoir une seconde approche.

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Celle-ci va se focaliser sur les mêmes variables, mais avec une population plus restreinte, celle des familles les plus vulnérables (familles pauvres). L’ACP est représentée ci-dessous. Cette seconde figure montre l’intérêt des crédits. À l’évidence le recours aux emprunts, notamment ceux dans les secteurs formels et semi-formels, permet d’augmenter le niveau de vie des ménages pauvres (corrélation positive). Or ce niveau de vie étant calculé sur des paramètres essentiels de la vulnérabilité du ménage, il se dégage de cette analyse que la prise de crédits formels et semi-formels (donc correspondant à des projets d’évolution) est une stratégie permettant aux ménages pauvres d’augmenter leur niveau de vie et donc parallèlement de réduire leur vulnérabilité. Nonobstant, il convient de revenir sur le calcul du niveau de vie : celui-ci ne prend pas en compte l’endettement des ménages. Ainsi, pour les ménages pauvres, le recours au crédit lui permet d’augmenter son niveau de vie et de réduire sa vulnérabilité au niveau de son capital physique. Cependant, cette stratégie conduit à l’endettement du ménage sur le long terme, et donc augmente la vulnérabilité du ménage au niveau de son capital financier. Cercle de corrélations entre recours au crédit et niveau de vie des ménages pauvres 1.0

Niveau_vie_To

0.0

Credits_semi Credits_informels Credits_formels

-0.5

Dim 2 (26.64%)

0.5

Niveau_vie_Tact

-1.0

Evo_niveau_vie

-1.5

-1.0

-0.5

0.0

0.5

1.0

1.5

Dim 1 (29.04%)

Figure 30 : Relation entre crédit et niveau de vie des ménages pauvres (résultats d'ACP)

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

4.2. TRAJECTOIRES DE VIE Les ménages évoluent dans un contexte incertain qui peut remettre en question à tout moment leur situation. Le ménage agit en retour sur son environnement dans le cadre des stratégies qu’il met en œuvre. Afin de compléter le cadre d’analyse, une typologie des ménages sera dressée, basée sur la capacité des ménages à revenir à leur état initial après une évolution (Gondard-Delcroix et Rousseau 2004). À la suite de cette typologie, une analyse plus globale des trajectoires de vie des ménages sera effectuée. Celle-ci permettra de dresser un constat des différences entre les ménages et du rôle des stratégies mises en place sur la capacité des ménages à revenir à leur état initial après une évolution.

4.2.1. Typologie de ménages Après analyse des différentes trajectoires de vie des 41 ménages enquêtés, il émerge une typologie des ménages. Ceux-ci peuvent se regrouper en trois classes, et auront une stratégie et une évolution semblable dans les grandes lignes. Ainsi, il est possible de différencier trois catégories de ménage face à une évolution : les ménages résistants, les résilients et les labiles.

4.2.1.1. Ménages résistants La première catégorie de ménage qui se différencie est celle des ménages résistants. Ceux-ci ont la capacité de répondre à une évolution sans modification majeure de leurs potentialités. En d’autres termes, cela signifie que le ménage ne verra pas sa vulnérabilité augmenter après une évolution exceptionnelle notamment. 4.2.1.1.1. Caractérisation des ménages résistants 4.2.1.1.1.1. Capabilités des ménages résistants Les ménages résistants peuvent avoir des caractéristiques intrinsèques assez différentes, cependant ils présentent tous des potentialités et capacités communes. Tout d’abord, ces ménages ont la caractéristique commune de posséder un capital humain très développé, accompagné de très fortes capacités. Les potentialités des ménages de cette catégorie sont axées sur la diversification des générateurs de revenus, permis par un bon capital social. Ceci passe en effet par une main d’œuvre nombreuse, formée et motivée. Rentrent aussi en jeu les capacités du ménage. Au certain, les ménages résistants ont tous une capacité sans pareil : de fortes opportunités sociales permettant de créer rapidement de nouveaux générateurs de revenus, ou alors assurant au ménage un salaire mensuel fixe, ainsi que des caractéristiques intrinsèques élevées avec des membres motivés et souvent ayant une bonne capacité physique permettant le cumul de générateurs de revenus. Dans un deuxième temps, il apparaît que ces ménages possèdent majoritairement un capital physique très développé. La possession d’un ou plusieurs animaux de traits et de moyen bétail (porcs) est une caractéristique récurrente de ces ménages. Toutefois, il est nécessaire de noter que l’accès à un foncier important n’est pas une spécificité de ces ménages. Au certain, un ménage peut avoir un fort capital foncier, s’il ne possède pas les potentialités pour répondre à une évolution, il aura recours à la vente de capital ce qui entrainera une modification de ses capabilités. Le capital financier est aussi souvent très développé, avec une épargne en amont ou l’adhésion à des tontines.

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

4.2.1.1.1.2. Stratégies mises en œuvre par les ménages résistants Les ménages résistants auront des stratégies de réponse à une évolution bien particulière, faisant appel à des ressources qui ne modifieront pas leurs potentialités. Une des premières stratégies employées par ce type de ménage sera le recours à ses générateurs de revenus usuels. Le fort capital humain du ménage lui permet d’avoir des revenus qui peuvent donc être mobilisés pour faire face à une évolution. Le ménage pourra aussi passer par les générateurs viatiques si ces ressources préexistantes ne sont pas suffisantes. Au certain, le fait que ces ménages aient un fort capital humain couplé à des opportunités sociales développées leur permet de pouvoir créer un nouveau générateur de revenus d’appoint, qui ne sera mobilisé qu’en cas de financement d’une évolution affectant le ménage. Enfin, le ménage pourra mobiliser son capital financier préexistant comme les tontines ou l’orfèvrerie. Ces stratégies pourraient être considérées comme affectant les potentialités du ménage, cependant ce capital est à l’origine destiné à être utilisé pour faire face aux évolutions, et est le fruit d’un projet de développement du capital préalable. L’utilisation n’intervient que sur l’utilisation initialement prévue s’il y en avait une, et donc sur la réduction potentielle de la vulnérabilité du ménage. Toutefois, cette stratégie n’entrainera pas une augmentation de la vulnérabilité du ménage. Néanmoins, ils pourront utiliser le recours au crédit ou la vente de capital selon l’évolution, mais ces stratégies seront plutôt utilisées en cas de projet d’évolution uniquement, et ne seront mobilisées que dans un second temps.

4.2.1.1.2. Trajectoire de vie des ménages résistants La trajectoire de vie des ménages résistants se compose obligatoirement d’une phase de développement. Au certain, c’est cette étape qui va permettre au ménage de développer ses potentialités qui permettront ensuite d’acquérir une résistance aux évolutions.

Naissance des enfants

Installation

Ménage

Couple principal Couple parents

Cheptel

Capital

Une truie Une vache

Matériel Humain

Couple principal + 4 enfants Couple parents

Opportunité sociale de travail

2006

1997

Emprunt voisins

Financier

Développement élevage de buffles

Développement élevage de porcs

1984

1972

2011

Couple principal 5 enfants

Couple principal 5 enfants Emprunt AB

Vente porcs

Vente veaux

Alimentation porcs

Couple principal 3 enfants Pas de dettes

Vente porcs

Vente bœufs

Achat buffles

Construction maison Quatre actifs

Deux actifs

Deux actifs

Deux actifs

Quatre actifs

Social

Système de culture Système d’élevage

Riz

Élevage de porcs Élevage de vaches

Nouvel culture : keo

Riz

Nouvel élevage : poulets

Élevage de porcs Élevage de vaches

Riz Keo

Riz Keo Élevage de porcs Élevage de vaches Élevage poulets

Nouvel élevage : buffles

Activités non agricoles Transferts monétaires

Riz Keo Élevage de porcs Élevage de vaches Élevage poulets

Élevage de porcs Élevage vaches & buffles Élevage poulets Restauration Construction

2

12 12 voisins

7

2 AB

Figure 31 : Trajectoire de vie d'un ménage résistant (M. H., 63 ans, M"#ng, Khu 6, Y%n L"&ng)

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

En prenant l’exemple schématisé dans la figure, cette phase apparaît clairement. Au certain, il apparaît que ce ménage a développé son capital physique (cheptel) dans un premier temps, tout en améliorant son capital matériel (maison). Puis, l’investissement constant du ménage dans le capital humain (scolarité, formations) et dans le capital social (entretenant ainsi ses opportunités sociales) a permis d’aboutir à un ménage résistant, pouvant mobiliser ses générateurs de revenus pour répondre à une évolution. Le développement important du capital physique (cheptel) de ce ménage lui permet d’avoir différentes stratégies possibles pour financer une évolution, ce qui est aussi une caractéristique des ménages résistants.

4.2.1.2. Ménages résilients La seconde catégorie de ménage qui se différencie est celle des ménages résilients. Ceux-ci ont la capacité de répondre à une évolution avec une modification mineure de ses potentialités. En d’autres termes, cela signifie que le ménage verra sa vulnérabilité augmenter légèrement après une évolution exceptionnelle. 4.2.1.2.1. Caractérisation des ménages résilients 4.2.1.2.1.1. Capabilités des ménages résilients Les ménages résilients peuvent être qualifiés d’intermédiaires. Ils peuvent avoir des caractéristiques très différentes. Cette large palette de ménages considérés comme résilients induit des trajectoires aléatoires. En effet, les ménages peuvent devenir résistants ou labiles après une évolution, selon leurs caractéristiques préliminaires. Globalement, les ménages résilients possèdent un capital physique non négligeable ou un capital humain légèrement développé. Ainsi, ils possèdent des animaux de traits ou alors détiennent un générateur de revenus issus d’activités non agricoles. À la différence des ménages résistants, les résilients ne bénéficient pas d’un cumul développé de ces deux ressources. Au niveau du capital humain, les ménages résilients peuvent avoir accès à des générateurs de revenus extérieurs. Cependant, ceux-ci sont soit uniques, soit ne sont pas des travaux salariés, et le salaire n’est pas assuré. Le ménage n’a pas la certitude de récupérer de l’argent. Ceci va donc affecter la stratégie de réponse du ménage à une évolution, et donc conditionner la trajectoire plus générale de celui-ci. Les potentialités des ménages de cette catégorie sont axées sur la possession par le ménage de générateurs de revenus peu diversifiés ou alors très fragiles. À cela s’ajoute un capital physique existant, plus ou moins développé selon les ménages. Le capital foncier possédé par les ménages permet une légère diversification des cultures, ce qui diminue la vulnérabilité des ménages. Le capital financier est quant à lui peu développé voir inexistant. C’est principalement l’accès aux opportunités sociales, et la force de capital social du ménage qui vont déterminer la modification du ménage lors d’une évolution. 4.2.1.2.1.2. Stratégies mises en œuvre par les ménages résilients Pour faire face à une évolution les affectant, les ménages résilients vont avoir la plus grande palette de stratégies mobilisables. C’est la pratique employée par le ménage qui va conditionner les modifications issues de l’évolution, qui peuvent être positives (projet ou opportunité d’évolution) ou négatives (évolution exceptionnelle ou d’opportunité) ou sur sa vulnérabilité.

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

Une des premières stratégies employées par ce type de ménage sera le recours à son capital physique. Dans le cas où le ménage possède un fort capital physique, l’évolution traversée entrainera une augmentation de la vulnérabilité du ménage. Cependant, le ménage restera comme résilient, son capital étant assez important pour que celui-ci se remette de l’évolution sur le long terme (retour à l’état initial relativement rapide). Si le capital physique du ménage n’est pas très important, alors c’est qu’il possède au moins un générateur de revenus. Pour faire face à l’évolution, il y aura donc recours. Cependant, selon le niveau de vie du ménage, cette stratégie peut avoir des conséquences sur la potentialité du ménage (contrairement à cette même stratégie dans le cas d’un ménage résistant). En effet, l’argent qui est alors utilisé étant la seule ressource financière du ménage, celui-ci se retrouve vulnérable puisqu’il n’aura plus aucune marge de manœuvre dans le cas où une autre évolution l’affecterait. Cette seconde évolution peut notamment tout simplement être l’achat de nourriture. Enfin, si le ménage ne souhaite pas utiliser son capital et qu’il possède un fort capital social, il pourra alors avoir recours au crédit pour financer l’évolution rencontrée. Cette stratégie peut, elle aussi, conduire le ménage à changer de catégorie. Néanmoins cette modification ne peut se faire que vers une augmentation de la vulnérabilité du ménage, donc vers la catégorie des ménages labiles. Il est important de noter que le ménage retrouvera un équilibre plus ou moins rapidement selon ses caractéristiques initiales et selon la stratégie employée pour faire face à une évolution rencontrée. Toutefois, il arrive que la stratégie employée conduise le ménage à changer de catégorie et donc devenir labile ou résistant. 4.2.1.2.2. Trajectoire de vie des ménages résilients À la différence des ménages résistants, la trajectoire de vie des ménages résilients se compose d’une phase de développement au sein de laquelle une évolution exceptionnelle a affecté le ménage. Une seconde possibilité est la succession d’opportunités dans la phase de développement du ménage, ce qui amène à des projets non réfléchis pouvant conduire à l’endettement du ménage. Au cours de cette phase de développement, le ménage a toutefois pu développer ses potentialités, bien que dans une moindre mesure par rapport aux ménages résistants. Installation 1995

Ménage

Comité populaire souhaite acheter la structure de la maison

Couple principal

Cheptel

Capital

Humain

2011

Couple principal 2 enfants

Couple principal 2 enfants

Crédit commerçant

Couple principal 2 enfants

Emprunt VBSP

Une truie Une vache

Matériel

Nécessité de moyen de locomotion

2009

Couple principal Emprunt AB + VBSP

Financier

Hospitalisation de sa femme

Remboursement dettes

2005-2007

2001

Vente porcs Construction maison

Vente maison Deux actifs

Achat moto

Vente 1 sào

Hypothèque moto

Deux actifs

Deux actifs

Rachat moto

Deux actifs

Deux actifs

Social

Système de culture

Riz Maïs Cacahuètes Thé

Riz Maïs Cacahuètes Thé

Riz Maïs Cacahuètes Thé

Système d’élevage

Nouvel élevage : porcs

Élevage de porcs

Élevage de porcs

Activités non agricoles Transferts monétaires

Reprise élevage : porcs Construction de maison

Nouvelle activité : construction

3

10 10 VBSP + 7 AB

Riz Maïs Cacahuètes Thé

Riz Maïs Cacahuètes Thé

22

22

10 VBSP + 5 commerçant

Construction de maison

3,5 5 VBSP

5 VBSP

Figure 32 : Trajectoire de vie d'un ménage résilient (M. T., 36 ans, M"#ng, Giác 2, Thu Cúc)

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En prenant l’exemple schématisé dans la figure, il apparaît que ce ménage a commencé sa phase de développement par une opportunité. Celle-ci a amené à l’endettement du ménage, mais celui-ci a pu rembourser grâce à l’utilisation de son capital physique qu’il venait de développer. Le ménage s’est donc ensuite retrouvé dans une situation où son capital physique était réduit (cheptel nul), mais la mobilisation de son capital humain pour créer un nouveau générateur de revenus a permis au ménage de se maintenir comme ménage résilient. Toutefois, l’arrivée d’une nouvelle évolution exceptionnelle (hospitalisation) a obligé le ménage à hypothéquer une partie de son capital physique. Là encore, le générateur de revenus mis en place a permis de recouvrir ce capital, et est maintenant une source mobilisable en cas d’évolution exceptionnelle.

4.2.1.3. Ménages labiles La dernière catégorie de ménage qui se différencie est celle des ménages labiles. Ceux-ci n’ont souvent pas la capacité de répondre à une évolution, ce qui entraine une modification majeure de ses potentialités. En d’autres termes, cela signifie que le ménage verra sa vulnérabilité augmenter fortement après une évolution exceptionnelle. 4.2.1.3.1. Caractérisation des ménages labiles 4.2.1.3.1.1. Capabilités des ménages labiles Les ménages labiles se caractérisent par la possession de faibles capabilités en général. Le différent degré de potentialité possédé par les ménages conditionnera ensuite la force avec laquelle une évolution affecte le ménage. Dans un premier temps, ces ménages ont la caractéristique commune de posséder un capital humain très faible. Les ménages ne possèdent pas de générateurs de revenus diversifiés et n’ont pas l’assurance d’avoir un revenu fixe. Outre les faibles potentialités que le ménage possède, ses opportunités sociales sont souvent très réduites, ce qui ne permet pas au ménage d’entrer dans un processus de développement. Au niveau du capital physique, les ménages labiles ne possèdent pas d’animaux de trait, ou alors un seul. Selon que le ménage possède ou non du moyen et petit bétail, il pourra remonter la pente plus ou moins facilement après une évolution. D’autre part, leur accès au foncier est limité, ce qui ne leur permet que d’avoir des cultures vivrières peu diversifiées. Cette absence de diversification des cultures et l’absence de générateurs de revenus réguliers caractérisent ces ménages. D’autre part, les ménages ne possèdent pas de capital financier, et ont un faible capital humain (peu de personnes actives, mauvaise santé). Ensuite, la force de capital social du ménage va jouer un rôle très important sur la gestion du risque de celui-ci, et selon sa capacité à faire face à une évolution et à remonter la pente après coup. Au certain, l’accès à la solidarité (familiale ou non) est déterminant pour ces ménages très fragiles et vulnérables, ayant peu d’accès aux capitaux. Il est important d’insister sur l’absence d’opportunités sociales de ces ménages. En effet, certains peuvent avoir un capital humain suffisant pour développer des générateurs de revenus diversifiés, cependant l’enclavement ou toute autre forme d’isolement social empêchent ces potentialités de s’exprimer, et donc empêchent le développement du ménage.

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4.2.1.3.1.2. Stratégies mises en œuvre par les ménages labiles Les ménages labiles vont faire face à une évolution en ayant recours à des ressources qui vont affecter les potentialités du ménage, et qui vont probablement avoir un effet sur les systèmes de production du ménage. Une des premières stratégies employées par ce type de ménage sera le recours au crédit. En effet, cette catégorie ne possède pas assez de capital physique et ne souhaite donc pas vendre le peu qu’elle possède. À cela s’ajoute l’absence de générateurs de revenus. Ainsi, le ménage va essayer d’emprunter. Ces emprunts sont majoritairement informels, car les ménages considérés ne bénéficient pas dans la plupart des cas des opportunités sociales des banques pour emprunter. Cette stratégie est cependant très fortement dépendante du capital social du ménage. Au certain, si le ménage ne possède pas de capital social (mauvaises relations bilatérales), il n’aura pas la possibilité d’emprunter. Cette sous-catégorie de ménage sera encore plus vulnérable, puisqu’elle sera dans l’obligation de vendre une partie de son capital physique, et ce malgré le faible développement de celui-ci. Corollairement, l’impact sur le ménage sera d’autant plus important, puisque ces ménages ayant peu de capital physique, celui-ci conditionne donc les facteurs de production. Ainsi, la vente de capital physique va donc diminuer l’efficience des facteurs de production du ménage, et parallèlement augmenter sa vulnérabilité sur le long terme. 4.2.1.3.2. Trajectoire de vie des ménages labiles La trajectoire de vie des ménages labiles peut être de nature très différente. Tout d’abord, le ménage peut ne pas avoir pu élaborer une phase de développement et a dû faire face à une évolution exceptionnelle. L’arrivée d’une dépense exceptionnelle sans développement des facteurs de production au préalable entraîne donc indubitablement le ménage dans cette catégorie. Une seconde possibilité est l’échec de la phase de développement : les projets intentés par le ménage ont échoués et ont conduits à son endettement. Le ménage a aussi pu subir une évolution exceptionnelle au sein d’un projet de développement, et a donc dû utiliser le nouveau générateur de revenu pour financer l’évolution, entraînant la perte des bénéfices de cette étape de développement. Enfin, une troisième possibilité est la succession de plusieurs évolutions exceptionnelles. En effet, même si le ménage est résistant ou résilient, la succession de maintes dépenses exceptionnelles peut entraîner l’augmentation de la vulnérabilité du ménage jusqu’à conduire le ménage dans une situation de ménage labile. En prenant l’exemple schématisé dans la figure ci-après, il apparaît que ce ménage a commencé sa phase de développement par une opportunité. Celle-ci a amené à l’endettement du ménage. De plus, durant cette phase de développement, le ménage a dû faire face à une dépense exceptionnelle (hospitalisation). Afin de la financer, le ménage a donc vendu ses porcs (qui étaient la base du projet de développement du ménage). Se faisant, le ménage n’a donc pas pu achever son développement, et a perdu les porcs. Il s’est endetté pour son projet et n’a plus les moyens de rembourser. En plus de cela, il s’est endetté pour finir de financer l’hospitalisation. Ainsi, ce ménage se retrouve avec seulement le riz comme facteur de production, et est endetté. C’est donc un ménage très vulnérable, que l’on peut qualifier de labile.

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Nécessité de moyens de locomotion

Installation

Ménage

Couple principal 1 enfant

Couple principal 3 enfants

Couple principal 3 enfants

Cheptel Matériel Humain

2011

Couple principal 3 enfants Emprunt voisins

Emprunt VBSP Un buffle

Remboursement voisins

2009

2009

Financier

Capital

Hospitalisation de son mari

Opportunité de crédit

1999

1988

Emprunt frères Vente porcs

Achat porcs Achat vélos

Couple principal 3 enfants

Réparation maison

Deux actifs

Deux actifs

Deux actifs

Riz

Riz

Deux actifs

Deux actifs

Social

Système de culture Système d’élevage

Riz

Culture viatique : soja

Nouvel élevage : porcs

Élevage de buffles

Riz

Riz

Porcs

Activités non agricoles Transferts monétaires

2

1,5 5

5 VBSP + 8,7 voisins

5 VBSP + 3 frères

Figure 33 : Trajectoire de vie d'un ménage labile (Mme H., 45 ans, M"#ng, Ú, Thu Cúc)

4.2.2. Trajectoires d’évolution À l’issue de cette typologie des ménages, il est possible de dresser un bilan des trajectoires d’évolution possibles pour les ménages. Ce bilan est présenté sous la forme d’un schéma-bilan ciaprès. Il est possible de distinguer trois grandes phases dans la vie d’un ménage. Tout d’abord il existe l’étape d’installation du ménage, puis une période de développement et enfin un épisode d’évolution. La première étape est celle de l’installation. Deux grands cas de figure se présentent : l’installation avec les parents ou l’installation séparée. Cette première étape va conditionner l’évolution future du ménage et notamment va influencer fortement la période de développement du ménage. Outre ces deux grands cas de figure, la question adjacente de l’héritage est primordiale puisqu’elle va définir le point de départ du ménage au niveau de sa vulnérabilité. Vient ensuite une phase de développement. Tous les ménages aspirent à réaliser cette période. Néanmoins, certains ménages sont affectés par la troisième phase sans avoir pu accomplir cette transition de développement. C’est notamment le cas des ménages labiles et de quelques ménages résilients. Ce développement passe par l’élaboration de projets permettant d’améliorer et de diversifier les systèmes de production et les générateurs de revenus du ménage. Le financement peut alors se faire par recours au crédit (notamment pour les ménages les plus vulnérables, ayant reçu peu d’héritage) ou par utilisation des générateurs de revenus (cas des ménages installés avec leur parent et ayant un fort capital). À l’issue de cette phase, trois grands types de ménages vont être identifiés, et leur évolution respective amènera à la typologie expliquée auparavant. Les différents types de ménages identifiés le sont grâce à leurs potentialités. En effet, les ménages à forte potentialité (notamment grâce à une diversification) et qui vont utiliser préférentiellement leurs générateurs de revenus pour faire face à une évolution deviendront donc des ménages résistants aux chocs, et qui ne seront pas endettés.

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Les ménages à plus faible potentialité, mais toujours élevée, notamment grâce à un fort capital physique (animaux de traits en particulier) auront recours à la vente de capital et au crédit. Selon l’évolution rencontrée, et selon leur gestion de l’évolution, le ménage pourra s’orienter vers un des trois types (résistant, résilient ou labile). Ces ménages se retrouveront plus ou moins endettés, selon la stratégie mobilisée et leur gestion des conséquences. Enfin, les ménages à très faible potentialité, n’ayant pas ou peu d’animaux, n’ayant pas de générateurs de revenus autre que les systèmes agricoles, auront recours soit à la vente de capital ou au crédit. Cependant, ces ménages s’orienteront dans tous les cas vers des ménages très vulnérables (labiles), puisque les stratégies les affecteront négativement (endettement, ou perte de facteurs de production). Ces ménages se retrouvent généralement endettés, avec une capacité de remboursement inférieure à 100 %, ce qui signifie qu’ils ne sont pas capables de rembourser leurs dettes sur un an, tous générateurs confondus, et sans prendre en compte les frais de la vie quotidienne.

INSTALLATION

DÉVELOPPEMENT DU MÉNAGE

Fort capital humain Avec parents

ÉVOLUTION AFFECTANT LE MÉNAGE

Systèmes de production diversifiés

Ménage résistant Faible vulnérabilité

GÉNÉRATEURS DE REVENUS

Séparément Héritage fort

Fort capital physique Beaucoup de capital matériel, animaux de traits

Ménage résilient VENTE DE CAPITAL

Capacité de remboursement ≥ 1 Vulnérabilité intermédiaire

RECOURS AU Séparément Héritage faible

CRÉDIT

Peu de capital physique Faible capital matériel, pas ou un seul animal de trait

Ménage labile

Capacité de remboursement < 1 Forte vulnérabilité Offre en crédit

Figure 34 : Trajectoires d'évolution

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5. RÉFLEXIONS SUR L’ÉTUDE ET PERSPECTIVES Pour conclure cette étude, une analyse du crédit proposé par Sourires d’Enfants et un éclairage sur les enseignements qui sont à tirer de ces analyses permettent de poursuivre la recherche mise en œuvre et de mettre en évidence des pistes de réflexion pour les futurs projets de microfinance.

5.1. ÉVALUATION DU CRÉDIT SOURIRES D’ENFANTS Afin d’établir un diagnostic sur le crédit proposé par Sourires d’Enfants, il est nécessaire de resituer le contexte et les objectifs de ce projet.

5.1.1. Contexte et objectifs 5.1.1.1. Contexte L’offre en crédit dans les zones rurales du Vietnam a fortement augmenté, notamment grâce aux programmes gouvernementaux reliés par les banques d’état Agribank et VBSP. Malgré cela, l’accès au crédit reste problématique pour les familles les plus vulnérables. À cet état des lieux il faut ajouter le fait que les crédits proposés par ces banques ne permettent pas aux ménages d’acquérir les outils nécessaires pour mener à bien leurs projets, ce qui conduit un grand nombre de familles à un endettement sur le long terme, sans capacité de rembourser. Au niveau du projet de SdE, le constat est le suivant : les parents, dont les enfants sont scolarisés dans les écoles mises en place par SdE, n’ont pas les ressources nécessaires pour assurer une scolarisation sur le long terme de leurs enfants, et ne peuvent pas leur proposer une alimentation de qualité. Ces deux points minimisent alors les résultats du projet, et c’est donc pourquoi SdE a voulu améliorer la situation économique des parents.

5.1.1.2. Objectifs À la vue de ce contexte SdE a voulu inscrire les actions de scolarisation, de santé et de nutrition des enfants dans la durée. En effet, la scolarisation et la prise en charge des repas coûtent cher aux familles. Ainsi, la finalité de ce dernier volet est que les familles soient capables de prendre en charge les frais de cantine et d’alimentation de leurs plus jeunes enfants ainsi que de leur assurer une scolarisation sur le long terme. Le microcrédit a donc été proposé pour les familles pauvres de la commune, qui ont moins accès au crédit, et dont un de leurs enfants est scolarisé dans une des écoles du projet. Le choix de SdE s’est porté sur un crédit dont l’objectif est de mettre en place une activité génératrice de revenus, couplé à des formations. La décision a été prise de proposer un crédit en appui à l’élevage porcin engraisseur.

5.1.2. Analyse des modalités 5.1.2.1. Public cible Le microcrédit SdE a pour cible les ménages les plus pauvres de la commune. En effet, ceux-ci sont isolés de l’offre bancaire présente actuellement sur les communes de Long C$c, Thu Cúc et Y'n L"(ng, ce qui justifie un ciblage précis de cette classe. Bien que fondamentalement logique, une telle décision nécessite d’être légitimée. En effet, l’accès au microcrédit pour des ménages pauvres peut avoir des effets dévastateurs sur leur capital. Il est donc crucial de se poser la question : le microcrédit est-il le meilleur outil pour assurer le développement économique des ménages pauvres ?

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D’après les résultats de cette enquête, il émerge clairement que le crédit est un des seuls moyens que possèdent les ménages pauvres pour pouvoir se développer (voir figure 29), et que c’est le moyen le plus efficace pour eux. Ainsi, le ciblage de classe proposé par SdE a été judicieux, dans le sens où l’appui économique par le crédit est le seul moyen de permettre aux ménages les plus pauvres de rentrer dans une phase de développement qui leur permettra de réduire leur vulnérabilité.

5.1.2.2. Gestion du crédit par l’Union des femmes La gestion du crédit SdE par l’Union des femmes permet d’avoir une pénétration sociale quasiment maximale. Bien que ce choix soit de premier abord législatif – une institution de microfinance étrangère ne peut pas directement accorder de crédits à la population –le choix de passer par cette organisation de masse permet en plus d’avoir une couverture très large de la Commune. À ceci s’ajoute le fait que l’UF ait une bonne expérience de gestion des crédits. Au certain, c’est elle qui s’occupe des prêts accordés aux ménages dans le cadre des projets nationaux de soutien aux familles pauvres. L’UF a aussi eu pour rôle de sélectionner les bénéficiaires. L’analyse des besoins ayant permis de cibler des catégories sociales pour le crédit, il est important de faire un état des lieux de ce ciblage pour évaluer le crédit. Bien que les critères de sélection n’aient été respectés qu’à 66 % sur le premier projet (Chéreau 2010), l’étude de Perrine Le Roy (2010) a montré que le crédit SdE avait touché les classes sociales les plus pauvres, conformément à ses objectifs de départ. Néanmoins, une partie des crédits n’a pas été octroyée à des familles pauvres. C’était cependant un des choix de SdE : l’octroi du crédit à certaines familles non pauvres mais ayant une très forte motivation permet d’avoir des éléments moteurs dans les groupes d’éleveurs, et donc permet de tirer les autres éleveurs vers le haut. Cependant, ce critère de choix étant laissé à l’UF, il est parfois difficile de savoir la limite entre amitié et engouement du ménage dans ce projet. « J’ai bénéficié de ce crédit alors que mes enfants ne sont pas à la maternelle. À Bông 3, il y a peu d’enfants entre 3 et 6 ans, l’UF nous a donc proposé d’emprunter. » Ps : elle connaissait bien la présidente de l’UF, elles sont presque voisines. Mme B., 44 ans, M"#ng, Bông 3 (Long C$c)

Il faut toutefois faire attention à certains points dans la gestion du crédit par l’UF. Tout d’abord, l’information des villageois ne reposant que principalement sur leur communication ou sur la communication des chefs de village, il existe certains problèmes. « Je connais Sourires d’Enfants grâce aux écoles, mais je ne savais pas qu’ils proposaient aussi des crédits. J’aurais emprunté car c’est un crédit intéressant, il n’y a pas de garanties et on reçoit des formations. » Mme D., 49 ans, M"#ng, Chiêng 2 (Thu Cúc)

Enfin, comme l’avait abordé Matthieu Chéreau (2010), l’implication de l’UF dans la gestion de nombreux crédits peut nuire aux intérêts du crédit SdE. En effet, l’accompagnement étant très poussé pour le crédit SdE, et l’UF ne gérant habituellement que des crédits sans aucun suivi comme la VBSP, il peut être difficile pour les UF de s’impliquer dans de tels projets. À raison, la tenue des cahiers de remboursement par l’UF est assez imprécise, ce qui empêche d’avoir un retour concret des familles éprouvant des difficultés, ce qui permettrait à SdE de les suivre plus particulièrement et de les accompagner pour le remboursement.

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5.1.3. Pratique de recours au crédit SdE Afin d’évaluer au mieux le crédit proposé par SdE, il est impératif de revenir sur l’utilisation qu’a été faite du crédit par les ménages, et comment il a été remboursé. S’en suit un inventaire des améliorations proposées par les ménages ainsi, qu’un bilan sur l’action réelle du crédit sur le niveau de vie des ménages.

5.1.3.1. Utilisation des crédits Les porcs ayant été donnés par SdE, l’OSI peut se féliciter que 100 % des ménages ont utilisé le crédit à l’achat de porcs, et d’alimentation pour ceux-ci. Seuls les 300 000 %&ng prêtés en plus aux ménages souhaitant construire une porcherie ont pu ne pas être utilisés à la fin initialement prévue. Cependant, cela ne concerne que peu de ménages (3 ménages enquêtés sur 40). 5.1.3.1.1. Porcs fournis par SdE La majorité des ménages a trouvé que le don des porcs par SdE était une modalité très constructive, notamment puisque cela permet d’éviter l’utilisation du crédit à mauvais escient. En particulier, cela permet d’éviter les processus de cavalerie. « Comme SdE a donné les porcs, cela évite qu’on prenne l’argent pour rembourser nos dettes. » M. A., 35 ans, M"#ng, Khu 3 (Y'n L"(ng)

Certains ménages, notamment les plus aisés, ont trouvé que cet achat des porcs par SdE était trop restrictif. En effet, nombre d’entre elles auraient préféré acheter les porcs par eux mêmes (pour obtenir une meilleure race par exemple), ou souhaitaient acheter de l’alimentation pour les porcs que le ménage possédait déjà. « Je souhaitais prendre le crédit SdE pour acheter de l’alimentation industrielle pour mes porcs, mais SdE a finalement donné les porcs. » Mme B., 44 ans, M"#ng, Bông 3 (Long C$c) « J’aurais préféré acheter moi-même les porcs pour avoir une meilleure race. Mais pour les autres familles bénéficiaires, c’est bien que les porcs aient été fournis. » M. V., 31 ans, Dao, B& X& (Y'n L"(ng)

Enfin, un ménage a expliqué que l’achat des porcs par SdE était une bonne initiative, seulement cela ne donnait aux éleveurs aucune marge de manœuvre, et notamment vis à vis de la qualité et de la bonne santé des porcs reçus. « J’ai contracté le crédit proposé par SdE en 2010. J’avais l’intention depuis longtemps d’élever des porcs blancs mais je n’avais pas la technique. Les porcs que m’a donné SdE sont tous morts. J’ai bénéficié de la caisse de risque, mais comme beaucoup d’éleveurs étaient dans le même cas, je n’ai reçu que 200 000 *+ng. J’ai donc dû trouver d’autres moyens que les porcs pour rembourser. J’ai remboursé les 500 000 *+ng du 1er cycle grâce à la vente de maïs et de bois. C'est un bon crédit mais on ne sait pas quand on reçoit les porcelets s’ils sont sains ou non. Les miens étaient malades à l'achat. » M. C., 42 ans, H’Mông, M4 Á (Thu Cúc)

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C’est donc une bonne stratégie pour que l’utilisation du crédit soit conforme au projet initial, mais il faut faire attention à la qualité des porcs pour éviter que les ménages se trouvent dans l’incapacité de rembourser par la vente de porcs. 5.1.3.1.2. Pratique de don du crédit Comme l’avait abordé Chéreau dans son rapport, il existe des pratiques de don du crédit SdE. Celles-ci peuvent être de deux sortes : -

don par peur du remboursement ; don par demande d’un ménage qui désire développer un grand élevage.

Le premier type exposé n’a cependant pas été rencontré au cours des entretiens. Il a été noté par Matthieu Chéreau pour l’ancien projet de crédit, dans les villages de Cón et Qu8. Le second type a été rencontré une fois, et confirme la demande récurrente par les ménages d’un crédit avec un montant plus élevé. « J’ai contracté le crédit SdE en 2010. Je l’ai ensuite donné à mon petit frère, afin qu'il puisse acheter deux porcs de plus. Lui aussi a contracté le crédit SdE mais il a trouvé que le montant n'était pas assez élevé. Il m’a donc demandé de prendre ce crédit pour lui, pour qu’il achète quatre porcs. Je suis seulement l’intermédiaire. Pour le remboursement, c’est mon petit-frère qui rembourse tout directement à l’UF. L’UF est au courant. » M. M., 34 ans, Dao, Dáy (Thu Cúc)

Ces pratiques renforcent le côté « boîte noire » de l’UF puisque celle-ci est au courant. Néanmoins, elles répondent à un besoin des éleveurs : certains éleveurs souhaiteraient avoir des crédits plus élevés, pour assurer un réel développement au ménage. Un crédit de 2 millions %&ng ne permet pas au ménage d’accumuler suffisamment pour lui assurer un réel développement économique.

5.1.3.2. Remboursement des crédits Comme déjà énoncé dans la partie §2.2.3., plus de 95 % des ménages ayant contracté le crédit proposé par SdE ont remboursé les premiers cycles de recouvrement grâce à la vente de porcs (Source : enquête quantitative, 2011). Cependant, il faut nuancer ces bons résultats. En effet, certaines pratiques de jonglage multiple ont été recensées lors des entretiens qualitatifs (un ménage uniquement), dont il faut tenir compte pour analyser au mieux les résultats de l’enquête quantitative. « En 2010, j’ai contracté le crédit SdE de 1,7 millions *+ng. J’ai pris ce crédit car je n’avais plus de porcs à ce moment là. J’ai remboursé le premier cycle en empruntant à mes voisins. Puis j’ai attendu que mes porcs soient plus grands pour les vendre. Avec l’argent gagné, j’ai ainsi pu rembourser mes voisins et démarrer le second cycle. » Mme X., 40 ans, M"#ng, .9i (Long C$c)

Ainsi, il y a nécessairement d’autres ménages ayant mis en place cette pratique pour rembourser. Néanmoins, ces ménages ont dû considérer que le remboursement n’avait été effectué que grâce à la vente de porcs, puisque cette pratique est juste une stratégie de transition de quelques semaines. Il faut toutefois prendre en considération l’existence de ces pratiques. Il y a donc une nécessité d’adapter au mieux les cycles de remboursement afin d’éviter ce type de stratégie de remboursement.

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5.1.3.3. Perception des crédits Les avantages du crédit SdE sont avant tout portés sur le cadre : achat des porcs par SdE, remboursement sur plusieurs échéances, ainsi que les formations proposées. Ce dernier point est essentiel, puisque bon nombre de ménages n’avaient pas les connaissances nécessaires pour conduire un élevage de porcs et avait peur de contracter un crédit pour développer un tel élevage. « Ce qu’il y a de bien avec le crédit SdE, c’est que les intérêts sont très bas et que le remboursement se fait en plusieurs fois. En plus, comme SdE a donné les porcs, cela évite qu’on prenne l’argent pour rembourser nos dettes. Et puis cela offre aux familles pauvres comme nous la possibilité d’emprunter alors que c’est difficile d’emprunter à la banque. » M. A., 35 ans, M"#ng, Khu 3 (Y'n L"(ng)

Néanmoins, bien que l’échelonnage des remboursements soit un avantage, il peut aussi devenir dangereux pour les ménages si la durée du cycle est mal étalonnée. Les remboursements du crédit SdE ont été étalonnés sur des cycles de 4 mois. Cependant, cette durée a été établie trop courte, ce qui a entraîné des pratiques annexes de financement pour rembourser. Ces stratégies ont pu être plus ou moins dangereuses pour le ménage, et c’est pourquoi il est important d’insister sur l’appréciation la plus juste du cycle d’engraissement avant d’installer une offre de crédit. « Le crédit SdE est un bon crédit car le remboursement se fait en plusieurs fois. Mais les cycles de remboursement sont trop courts. Après quatre mois, les porcs étaient de 40-50 kg ce qui ne permet pas de gagner assez d’argent si on les vend. Il faudrait rallonger les cycles à 6 mois par cycle, au moins le premier cycle. » Mme L., 29 ans, M"#ng, M5ng 2 (Long C$c)

Enfin, une critique est apparue quant à la mortalité des porcs. Néanmoins, cette critique a été évitée au maximum grâce aux modalités mises en place par SdE, comme la nécessité d’assister aux formations concernant la conduite d’un élevage de porcs. Il semble que le fait que les recommandations de HaDevA ne soient pas forcément suivies (Chéreau 2010) puisse entraîner des difficultés de remboursement pour les ménages n’ayant jamais eu d’élevage porcin auparavant. « Pour ceux qui s’occupent bien des porcs, il n’y a pas de problèmes. Par contre, pour ceux qui ne connaissent pas les techniques et dont les porcs sont morts, il est très difficile de rembourser ». Mme X., 40 ans, M"#ng, .9i (Long C$c)

Une critique à l’égard des relations entre SdE et les fournisseurs a aussi été émise. Cependant, cette relation n’est pas imputable à SdE mais à l’UF qui est responsable de la gestion du crédit. Cela fait aussi partie de la boîte noire du fonctionnement de l’UF que SdE ne contrôle pas et qui peut être dangereuse pour l’OSI. « SdE est lié avec les vendeurs de nourriture pour animaux qui viennent dans les villages. Ces vendeurs obligent tous les éleveurs à

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acheter ce qu'ils proposent, et ils ont des prix élevés. C’est pour ça que je n’ai pas voulu prendre le crédit SdE. » M. Ó., 49 ans, Dao, Dáy (Thu Cúc)

5.1.4. Crédit SdE et amélioration de la situation économique des ménages Après avoir évalué les modalités du crédit SdE, il est important de revenir sur l’objectif initial et principal du crédit. Ce point de mire était l’amélioration de la situation économique des ménages. À l’analyse des entretiens qualitatifs, il apparaît que ce résultat est mitigé. Certains ménages conçoivent que le crédit leur a permis de payer certains frais, mais sont sceptiques quant au développement de leur ménage. « La mise en place de l’élevage de porcs grâce à SdE m’a permis de payer les frais de la vie quotidienne ainsi que l’école de mes enfants. Mais ça n’a pas vraiment permis le développement de notre ménage au final. » M. A., 35 ans, M"#ng, Khu 3 (Y'n L"(ng)

Pour d’autres ménages, l’arrivée de ce crédit qui leur a enfin permis de mettre en place un élevage de porcs blancs, leur a permis de financer de nombreux projets. Pour ces ménages là, on peut globalement conclure que cela a conduit à un développement économique du ménage. « En 2010, j’ai acheté 3 porcelets blancs. Ça faisait longtemps que je voulais avoir des porcs blancs mais c’est grâce au crédit de SdE que j’ai pu le faire. SdE m’a fourni deux porcs, et j’ai emprunté 2 millions *+ng à mes voisins pour en acheter un troisième. J’ai ensuite vendu les porcs en octobre pour 7 millions *+ng. Avec l’argent j’ai acheté 5 porcelets et j’ai payé l’alimentation pour le cycle de porc que je venais de vendre. En avril 2011, j’ai acheté 10 porcs pour 8,3 millions *+ng et je les ai revendus en juin 2011 pour 34,2 millions *+ng ce qui m’a permis de racheter 15 porcs à 27 millions *+ng et de payer les frais de la vie quotidienne. » M. V., 31 ans, Dao, B& X& (Y'n L"(ng)

Il est intéressant de s’intéresser maintenant à la relation entre évolution du niveau des ménages et recours au crédit SdE. Cette approche va permettre de voir scientifiquement si le crédit SdE a contribué à l’amélioration du niveau de vie des ménages. L’impact des crédits SdE étant difficile à mesurer, une ACP est réalisée sur les 3 secteurs de crédits. Le secteur semi-formel est ensuite assimilable au crédit de SdE, celui-ci représentant 55 % des crédits semi-formels dans cette enquête. Ainsi, il émerge de ce résultat que le crédit SdE contribue bel et bien à l’amélioration de la situation économique du ménage. Cette corrélation positive n’est pas très forte (flèche pas très grande) mais elle montre que comparé aux autres formes de crédit, le crédit SdE a une influence plus positive sur le développement économique des ménages. Il apparaît aussi que les crédits SdE sont très légèrement corrélés négativement avec le niveau de vie du ménage lors de l’installation. Ce résultat va dans le sens que ce crédit touche les classes les plus vulnérables, puisque les familles ne bénéficiant que d’un faible capital à l’installation sont globalement plus vulnérables pour la suite de leur vie de ménage.

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Figure 35 : Relation entre crédits contractés et évolution du niveau de vie (Résultat d'ACP)

Néanmoins, cette analyse est à prendre avec précautions, puisque l’évolution du niveau de vie est considérée entre l’installation et l’heure actuelle, et ne tient donc pas seulement compte de l’impact du crédit SdE. C’est toutefois un instrument permettant d’appréhender globalement la relation entre crédit SdE et développement économique des ménages.

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5.2. ÉVOLUTION, SÉCURISATION DES MÉNAGES ET CRÉDIT EN APPUI AU PETIT ÉLEVAGE Pour clôturer cette étude, un bilan est dressé sur les enseignements à retenir de ces analyses, sur le crédit en appui à l’élevage ainsi que plus globalement sur les enseignements du crédit SdE. Pour cela, seront étudiées les relations entre crédit et évolution des ménages, afin de tirer des enseignements pour la construction d’une offre de crédit ; puis entre crédit en appui au petit élevage et sécurisation des ménages, afin de tirer des enseignements sur le crédit SdE et ses impacts ; enfin seront proposés quelques pistes de réflexion dans l’objectif de faire émerger des pistes d’appui applicables sur le terrain pour les futurs projets.

5.2.1. Crédit et évolution des ménages Tout d’abord, il est nécessaire de dresser un bilan des interfaces entre crédit et évolution affectant les ménages. La jonction de ces deux variables se fait au tout début de la prise du crédit, lorsque le ménage le contracte, puis à la fin quand le ménage rembourse l’emprunt.

5.2.1.1. Contracter un crédit Comme cette étude l’a fait émerger, l’action de contracter un crédit peut faire intervenir trois grands types d’évolution. Dans un premier temps, le crédit peut-être contracté dans le contexte d’un projet de développement du ménage. Ce placement du crédit dans ce type d’évolution est la stratégie la moins risquée pour le ménage, puisque le projet mis en place est réfléchi au préalable par le ménage, et celui-ci ne voudra majoritairement pas s’endetter si l’emprunt ne permet pas la mise en place d’un générateur de revenus qui permettra de rembourser. Ensuite, le crédit peut-être pris pour financer une évolution exceptionnelle. Cette stratégie comporte des risques pour le ménage puisque celui-ci s’endette, mais c’est une pratique nécessaire pour les ménages qui n’ont pas d’autres sources de financement. Les crédits sont alors majoritairement contractés dans le secteur informel, et sont de courte durée ce qui permet de les qualifier d’« emprunts chauds ». Dans un dernier temps, et c’est le point le plus sensible, le crédit peut être une opportunité : proposition de la banque, projet mis en place par une OSI ciblant certaines catégories de personnes. C’est donc ce point qui est intéressant puisque c’est là où se situent les programmes de développement. L’opportunité de crédit est un facteur clé pour le développement du ménage puisqu’il permet l’accès au capital, élément nécessaire pour développer les facteurs de production. Néanmoins ce type de crédit se situe à l’interface entre projet et évolution exceptionnelle, puisqu’il comporte de forts risques pour le ménage. En effet, le ménage se voit proposer un crédit alors qu’il n’y a pas accès habituellement. Cela lui permet d’acquérir du capital financier, et donc de se développer économiquement en l’utilisant. Mais les ménages vulnérables peuvent être amenés à avoir des frais quotidiens, et n’ayant pas d’autre capital mobilisable, l’argent sera utilisé pour ces dépenses qui ne permettent pas de développer des générateurs de revenus. Ceci est d’autant plus fréquent que le crédit est un crédit non ciblé. Le ménage ne sachant pas quelle activité mettre en place utilisera l’argent pour améliorer son niveau de vie ponctuellement, sans développement des facteurs de production. Certains ménages en revanche, auront la préoccupation d’utiliser ce crédit pour financer un projet de développement. Malgré cette bonne volonté, le risque est grand pour le ménage n’ayant pas les connaissances nécessaires pour l’activité qu’il désire mettre en place. De nombreux ménages ont ainsi voulu développer leur élevage porcin ou bovin, et n’ayant pas les connaissances vétérinaires, ont perdu leur bétail.

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Dans tous ces cas, le ménage se retrouve alors dans une incapacité de rembourser, ce qui augmente sa vulnérabilité. Pour prévenir ces risques, les deux points d’action sont le ciblage du crédit et l’accompagnement technique. Ces deux leviers sont indispensables dans le cas de projets destinés aux familles vulnérables et pauvres. Ils sont moins pertinents pour des ménages plus aisés. Le ciblage du crédit passe par l’obligation pour le ménage de mettre en place une activité qui permettra de générer des revenus. Les activités peuvent être multiples et reviendront à la décision du ménage, mais l’institution octroyant le crédit doit veiller à la bonne utilisation du crédit, et à la viabilité de l’activité mise en place. Le second levier est l’accompagnement technique. Au certain, le ciblage de classes exclues du secteur bancaire lors d’un projet ou programme de crédit entraîne un adressage du crédit à des ménages ne sachant pas le gérer. L’accompagnement pour ces familles va de pair avec le ciblage du crédit, et permet au ménage de mettre en place une activité de façon durable par l’acquisition de connaissances sur la mise en place du générateur de revenus. Ainsi, la famille peut développer ses potentialités durablement et pourra rembourser le crédit grâce aux activités mises en place.

5.2.1.2. Rembourser un crédit Le remboursement d’un crédit est toujours une phase critique pour le ménage, pouvant avoir des conséquences non négligeables sur la vulnérabilité de la famille. Les crédits considérés sont ceux dont le remboursement est à échéance fixe. Au certain, les crédits dont la date de remboursement est non modifiable obligent le ménage à mobiliser la somme intégrale du crédit en une fois et à un instant donné. La majorité des ménages ne sachant pas quand est cette échéance (absence de cahier de suivi du crédit), ils se reposent sur l’annonce de la banque. Or cette annonce intervient, dans la plupart des cas, un mois seulement avant le remboursement. Ceci oblige donc les ménages à mobiliser le capital en un mois uniquement, ce qui permet de considérer le remboursement de ces crédits comme une évolution exceptionnelle, avec tous les risques en découlant. En effet, comme identifié préalablement, le financement d’une évolution exceptionnelle peut au mieux n’avoir aucune intervention sur la vulnérabilité du ménage (cas des ménages résistants), au pire augmenter très fortement la vulnérabilité du ménage (cas des ménages labiles). Le crédit aura alors ici une action générale très négative sur le bénéficiaire. Les programmes de développement étant destinés à beaucoup de ménages, il existe donc une échéance fixée de remboursement. L’objectif des programmes de développement étant de réduire la vulnérabilité des ménages, il est donc indispensable de minimiser les risques énoncés. Pour cela, il existe deux leviers d’action. Le premier levier consiste à assurer une prévention. En effet, l’annonce du remboursement un mois avant l’échéance ne peut qu’entraîner des ressources de financement précipitées pouvant augmenter la vulnérabilité du ménage. En prévenant les familles plus longtemps à l’avance, ou en assurant des formations de gestion du crédit (tenir un cahier de crédit pour savoir quand il faut rembourser et épargner en conséquence), le risque sur la vulnérabilité du ménage peut être considérablement minimisé. Le second levier d’action est le type de remboursement. Au certain, le remboursement en une seule fois du capital oblige le ménage à mobiliser une somme très élevée à un instant donné. Or ce système de recouvrement ne tient pas compte du caractère étalé des revenus. En effet, les facteurs de production mis en place génèrent des revenus, mais ceux-ci ne permettent pas de mobiliser en une seule fois un capital élevé. L’échelonnage du remboursement permet d’éviter cette mobilisation en une fois du capital intégral, et donc permet de minimiser le recours à la vente de capital physique ou le recours à un nouveau crédit par le ménage. Au delà de cette modalité, former les familles à la gestion des crédits, en les incitant à épargner régulièrement ou à réinvestir, permet de consolider les facteurs de production et de faciliter le futur remboursement du crédit.

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5.2.2. Crédit en appui au petit élevage et sécurisation des ménages pauvres Après avoir dressé un bilan sur les relations existantes entre évolution et recours au crédit, et mis en évidence les leviers d’action pour limiter les risques liés à cette stratégie, il est intéressant de se concentrer sur le crédit en appui au petit élevage, et de le mettre en relation avec la sécurisation des ménages.

5.2.2.1. Accompagner économiquement les ménages La sécurisation des ménages les plus pauvres, considérés comme labiles, passe par un développement et une diversification de leurs générateurs de revenus dans un premier temps. En effet, celui-ci permet de stabiliser le ménage, lui permet de répondre à une évolution exceptionnelle, et ensuite de développer son capital physique. Afin de développer les générateurs de revenus d’un ménage, il est indispensable d’avoir un investissement initial. C’est ce qui fait défaut pour les ménages les plus pauvres. La solution la plus pertinente est la mise en place d’un crédit ciblé pour les ménages les plus vulnérables. Dans le dessein de sécuriser les ménages, la mise en place d’une activité génératrice de revenus est indispensable. Au certain, le crédit doit être ciblé pour éviter que le ménage n’utilise l’emprunt pour financer un bien qui ne générera pas de revenus au ménage et qui ne permettra donc pas à la famille de rembourser sa dette. Ainsi, le choix de l’activité mise en place par le crédit doit être porté sur le développement d’un générateur de revenus. À ce titre-là, le développement du capital physique stricto sensu, ne peut pas être considéré comme un projet de développement puisque le ménage ne dégagera aucun revenu sur ce capital sauf en cas de vente, qui est une stratégie à éviter puisqu’ayant des conséquences négatives sur la stabilité économique du ménage. Une des activités génératrices de revenus efficace est l’élevage de porcs engraisseurs. Au certain, le fait de développer un petit élevage permet de diminuer les coûts d’investissement, et donc de limiter l’endettement des ménages, et ce même en cas de perte des animaux. Parallèlement à ça, la plus-value générée est assez conséquente pour assurer un développement économique du ménage et donc une sécurisation vis à vis des évolutions susceptibles de l’affecter. L’accompagnement économique du ménage dans le but de le sécuriser passe donc aussi par des modalités de crédit spécifiques, conçues pour minimiser les risques de cette stratégie de financement. Outre le ciblage du crédit sur la mise en place d’une activité génératrice de revenus comme l’élevage de porcs engraisseurs, le programme doit se concentrer sur les risques suivants : utilisation à mauvais escient ou remboursement par cavalerie bancaire (par exemple). Le crédit en appui au petit élevage, ciblé sur l’élevage de porcs, permet d’un point de vue logistique l’achat des animaux par l’institution. C’est un levier très intéressant puisque cette stratégie permet d’éviter l’utilisation du crédit par les ménages pour une autre finalité que celle initialement prévue. L’élevage de porcs est un choix judicieux à ce titre là, contrairement au développement d’un élevage de gros bétail ou d’une culture, puisqu’il permet d’éviter un des risques majeurs du recours au crédit sur la sécurité économique du ménage. L’élevage de porcs a aussi cet avantage que les cycles d’engraissement sont relativement cours (3 à 6 mois). Cette caractéristique permet un échelonnage des remboursements, calé sur la durée d’un cycle. Comme montré précédemment, la modalité de rembourser en plusieurs versements étalés dans le temps permet de limiter les pratiques de cavalerie pour rembourser, ou la vente de capital physique pouvant avoir une conséquence néfaste sur les facteurs de production du ménage. Le crédit en appui à l’élevage de porcs engraisseurs a donc des caractéristiques intrinsèques (encombrement des animaux, cycles de courte durée) qui permettent de réduire les risques engendrés par le recours au crédit sur la sécurité des ménages pauvres.

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5.2.2.2. Accompagner techniquement les ménages Le petit élevage, et notamment l’élevage porcin, comporte cependant des risques sur la sécurisation des ménages, en particulier dans le cas de ménages vulnérables n’ayant pas de connaissances sur la conduite de cet élevage. Afin de limiter ce risque lié à l’élevage choisi (élevage porcin en l’occurrence), il est donc nécessaire de coupler l’accompagnement économique à un accompagnement technique. Celui-ci passe par plusieurs points. Dans un premier temps, les ménages bénéficiaires ayant des connaissances disparates sur l’élevage, il est indispensable d’assurer aux familles récipiendaires des formations générales sur la conduite de l’élevage. Celles-ci doivent prendre en compte les aspects sanitaires, alimentaires, et économiques de l’élevage de porcs. À cela s’ajoute la nécessité de mettre en place un suivi des ménages tout au long du projet de développement, c’est à dire depuis la réception des porcs, jusqu’au dernier remboursement du crédit. L’accompagnement passe par l’observation des élevages au sein des ménages afin d’identifier les éventuels problèmes et d’y trouver une solution, et par des groupes de rencontre permettant de capitaliser l’expérience de chaque éleveur et de faire remonter les problèmes, comme c’est le cas des groupes d’éleveurs dans le cadre du crédit proposé par SdE. Ainsi, cet accompagnement technique, comprenant la dispense de formations et un suivi régulier des ménages, permet de minimiser les risques dus à la conduite de l’élevage de porcs sur la stabilité économique des ménages.

5.2.2.3. Limites et perspectives du crédit SdE En prenant l’exemple du crédit SdE comme crédit en appui à l’élevage, il apparaît certaines limites à cet appui économique. Cependant, ces failles peuvent être minimisées, et des pistes de réflexions seront émises comme perspectives. Dans un premier temps, il apparaît que l’échelonnage des remboursements, calé sur la durée d’un cycle, est une modalité qui peut s’avérer dangereuse pour le ménage. Certes, la fourchette de durée d’engraissement est large (3 mois de battement). Cette caractéristique de l’élevage de porcs peut avoir deux types de conséquences selon la modalité choisie par l’institution octroyant le crédit. Tout d’abord, si le laps de temps entre deux remboursements est trop court, le ménage ne pourra pas utiliser le générateur de revenus (vente des porcs) pour financer ce remboursement, et sera obligé d’avoir recours à une autre source de financement. Or les autres sources de financement sont limitées pour les ménages pauvres, ceux-ci seront donc dans l’obligation soit de vendre leur capital physique, soit de recourir à la cavalerie bancaire. Même si le ménage se trouve après dans la capacité de vendre ses porcs pour racheter le capital physique vendu ou pour rembourser sa dette, il n’empêche que la stratégie est très dangereuse pour les ménages, et augmente sa vulnérabilité entre chaque remboursement et l’arrivée à maturité des porcs. À l’inverse, si le laps de temps entre deux remboursements est trop élevé, le ménage aura déjà vendu les porcs, et aura sûrement déjà utilisé l’argent quand l’échéance de remboursement arrivera. À vrai dire, l’argent est « mobile » au sein des ménages considérés. S’ensuit la même problématique que celle évoquée précédemment : le ménage aura recours à une autre stratégie de financement pour rembourser, ce qui augmentera sa vulnérabilité.

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Il est donc indispensable de faire une étude approfondie sur l’élevage porcin dans la zone considérée, et de réaliser un suivi tout au long du projet afin de coordonner au mieux l’échelonnage des remboursements avec les cycles d’engraissement des porcs. Dans un second temps, il existe un risque au niveau de la période de transition entre deux cycles d’engraissement des porcs. À l’évidence, le contexte économique du Vietnam (inflation élevée) entraîne une augmentation rapide des prix en cas d’attente entre la vente des porcs et l’achat des porcelets. Cette pratique entraîne donc la génération d’une plus-value minime pour les ménages, et donc minimise l’impact du projet sur le développement économique des ménages. Dans le dessein de limiter ces pratiques, il serait nécessaire de réaliser des formations complémentaires concernant les principes économiques ainsi que sur la gestion des crédits. Ces formations permettraient au ménage de se rendre compte des risques encourus (grâce aux bases d’économie), et lui permettraient d’avoir les connaissances nécessaires pour les éviter (grâce aux formations sur la gestion des crédits). Ces dernières connaissances pourraient porter sur le réinvestissement constant et immédiat après une vente, et sur les pratiques d’épargne et de capitalisation sur le long terme. Il apparait donc que le crédit en appui à l’élevage peut comporter des risques sur la vulnérabilité du ménage, mais que ceux-ci peuvent être minimisés grâce à des analyses préalables et un suivi régulier de l’évolution de la zone d’action, ainsi que grâce à des formations pluridisciplinaires et ne portant pas seulement sur les aspects techniques de l’élevage.

5.2.3. Suites de l’étude Cette étude se situe à la fin du projet « 3C » mis en œuvre par Sourires d’Enfants. Les activités mises en place par SdE sont destinées à être pérennisées par les acteurs locaux, mis à part le volet de développement économique par le crédit. Au certain, cette dernière activité va prendre fin lors des derniers remboursements des crédits. Dans ce contexte là, il est nécessaire de mettre en lumière les enseignements à tirer de l’étude et du crédit mis en place par SdE pour les acteurs locaux. Dans un premier temps, il est indispensable de renforcer les connaissances des ménages sur les pratiques de gestion des crédits. À ce titre là, les Unions et notamment l’Union des femmes doit avoir le rôle de conseiller les ménages lorsque ceux-ci contractent un crédit à la VBSP par exemple. Cette sensibilisation passe tout d’abord par un avertissement sur les risques que comportent les crédits sur la vulnérabilité des ménages. Après cette sensibilisation, des clés doivent être soumises aux familles afin de réduire ces risques. Ces clés doivent être communiquées au ménage avant la prise du crédit, et concernent l’utilisation et le remboursement de l’emprunt. Concernant l’utilisation, l’Union des femmes doit insister sur le fait que le crédit doive leur servir à mettre en place une activité génératrice de revenus, permettant de développer et de diversifier leurs facteurs de production. Cet aspect est d’autant plus important dans le cas de programmes gouvernementaux de crédits non ciblés (comme par exemple le programme des crédits de 5 millions %&ng sans intérêts octroyés par la VBSP en 2009). Quant au remboursement, il est important que l’UF dispense une formation, ou délivre un manuel de gestion du crédit, dans lequel seraient détaillées les stratégies de financement que le ménage peut mettre en place, en insistant sur les moins risquées pour la vulnérabilité du ménage (utilisation des générateurs de revenus mis en place par le crédit) et en soulignant le caractère risqué des stratégies de cavalerie bancaire.

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À dessein de minimiser les problèmes majeurs liés au remboursement, il est important que les chefs de villages chargés du recouvrement des crédits préviennent les ménages plus tôt. Les intérêts mensuels des crédits étant payés directement dans la maison du chef de village, il faudrait donc profiter de ces réunions mensuelles pour avertir et donner des conseils pour le remboursement du crédit. Afin d’assurer la bonne exécution de ces informations, il faudrait que les chefs de village tiennent à jour les carnets de crédits avec les dates d’échéance dispensés par les institutions bancaires. Au delà de ça, le chef de village a pour rôle d’accompagner les ménages dans le choix de l’activité génératrice de revenus, d’étoffer et compléter les formations dispensées par l’Union des femmes concernant la gestion des crédits. La sensibilisation des ménages à la mise à jour et à la consultation régulière de leur carnet de suivi de crédit est aussi un outil majeur pour limiter les risques liés au remboursement des crédits. Enfin, en ce qui concerne les activités génératrices de revenus basées sur les petits et moyens élevages, un suivi et une formation sur le réinvestissement immédiat et régulier serait un très bon outil pour maximiser l’appui économique et assurer aux ménages un développement durable. En bilan général, il est donc indispensable d’accompagner les ménages en les conseillant sur l’utilisation et le remboursement des crédits, tout en leur assurant des formations leur permettant d’inscrire ces pratiques dans un développement économique durable assurant au ménage une réduction de sa vulnérabilité.

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CONCLUSION Malgré la forte croissance économique générale du Vietnam, il existe de fortes inégalités concernant le développement économique au niveau local du pays. Au certain, certains groupes minoritaires se retrouvent mis à l’écart de cette progression, notamment à cause d’un manque d’intégration au sein des collectivités. Les populations affectées par cet isolement social vivent en milieu rural, dans des zones montagneuses peu propices au développement agricole. Cet enclavement géographique constitue un frein de plus au développement économique de ces populations, dont font parties les communautés M"#ng, Dao et H’Mông des Communes de Long C$c, Thu Cúc et Y'n L"(ng, situées dans la région montagneuse de la Province de Phú Th+, localisée au nord-ouest d’Hà N*i. C’est dans ce contexte particulier que l’OSI Sourires d’Enfants a mis en place ses actions. Son propos est de rompre l’isolement culturel et linguistique dans lequel se trouvent ces groupes ethniques. Pour cela, l’OSI focalise ses actions sur l’insertion des enfants dans le système scolaire national et sur l’amélioration générale de leur état de santé. Afin d’intégrer ces démarches sur le long terme, SdE propose aux familles une offre de crédit en appui à l’élevage de porcs engraisseurs accompagnée de formations, dans l’objectif d’un développement économique du ménage basé sur l’expansion de leur système d’élevage. À terme, le propos est que les ménages parviennent à augmenter leurs potentialités et ainsi réduire leur vulnérabilité face aux chocs extérieurs. La complexité intrinsèque des familles ainsi que la multiplicité des relations entre acteurs nécessitent une connaissance sur le fonctionnement économique et social des ménages, tout en renforçant la compréhension du contexte local dans lequel évoluent ces populations. L’étude montre que le recours au crédit est l’unique facteur permettant aux ménages les plus pauvres de développer leurs facteurs de production et d’accumuler du capital physique. Malgré le fait que l’offre de crédit s’est considérablement densifiée depuis une demi-douzaine d’années, les ménages les plus pauvres éprouvent de grandes difficultés à avoir accès au secteur formel ce qui les oblige à se limiter au secteur informel principalement. Néanmoins, certains programmes gouvernementaux d’offre de crédits non ciblés ont permis aux ménages les plus vulnérables d’avoir recours à l’emprunt bancaire. L’analyse de la trésorerie des ménages montre que ces offres non ciblées ont conduit à un endettement massif des ménages sur les trois Communes, notamment depuis le programme de crédit proposé aux familles pauvres en 2009, dont le montant était de 5 millions de %&ng et qui était sans intérêts. Les ménages de la zone étudiée sont exposés à différentes évolutions qui vont affecter leur vulnérabilité. Celles-ci se distinguent en deux grands types d’évolutions : les évolutions ex ante pour lesquelles le ménage va mettre en place une stratégie de financement en amont de l’évolution et destinées à un développement du capital du ménage, et les évolutions ex post pour lesquelles l’évolution est subie et dont la stratégie de financement vient en aval. Les stratégies de financement mises en place par les ménages vont être différentes selon l’évolution rencontrée et selon le contexte socio-économique dans lequel se situent les ménages. Les pratiques peuvent être d’utiliser les générateurs de revenus du ménage, de vendre une partie de son capital physique, d’avoir recours au crédit, ou de mobiliser son capital épargné. La mise en commun des évolutions avec les stratégies mises en œuvre pour les financer permet de faire émerger une typologie des évolutions, caractéristique du fonctionnement des ménages. Trois grands types d’évolutions peuvent être mis en lumière, pour lesquelles les stratégies de financement sont caractéristiques. Le projet d’évolution, dont le propos est de développer les capabilités du ménage, sera principalement financé par les fonds propres durables du ménage, comme ses générateurs de revenus, ou par le recours au crédit formel en cas de nécessité de

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mobilisation de beaucoup de capital par le ménage. Ce type d’évolution est donc une stratégie du ménage pour réduire sa vulnérabilité. Viennent ensuite les opportunités d’évolution. Celles-ci ont un statut particulier et sont principalement liées à la forte implication du gouvernement dans des programmes de crédit. De ce fait, la stratégie de financement est dans la majorité des cas le recours au crédit formel ou semi-formel, ce qui peut avoir des conséquences multiples sur le ménage, comme le développement de ses potentialités ou dans le pire des cas l’augmentation de sa vulnérabilité. Le dernier type d’évolution identifiable est l’évolution exceptionnelle. Celle-ci se rapproche d’un risque affectant la vulnérabilité du ménage, en agissant négativement sur ses potentialités. La stratégie de financement privilégiée dépend fortement des potentialités du ménage, et peut consister en l’utilisation de générateurs de revenus viatiques, en la vente de capital physique, ou en prenant des crédits dans le secteur informel. La succession de ces évolutions va déterminer les différentes trajectoires d’évolution des ménages. L’analyse des histoires de vie des ménages permet d’identifier une typologie des ménages basée sur leur réaction face à une évolution les affectant. Peuvent ainsi être distingués les ménages résistants, dont les potentialités sont très développées, et qui retourneront à leur état initial après une évolution ou qui ne verront aucune modification de leurs capabilités. Ensuite, apparaissent les ménages résilients, dont le retour à l’état initial sera conditionné par la stratégie de financement qu’ils mettront en place face à l’évolution. Enfin, il existe un dernier type de ménage, les labiles. Ceux-ci n’ayant pas développé leurs potentialités et souffrant d’un manque de diversification de leurs facteurs de production, vont généralement voir leur vulnérabilité augmenter après une évolution. L’état du ménage lors de son installation, combiné à la succession des différents types d’évolutions affectant la cellule familiale, conduisent à des possibilités de mobilité entre les différents types de ménages présentés. Ainsi, il apparaît que l’accumulation de capital physique des familles les plus pauvres se fait principalement grâce à la pratique financière de recours au crédit. Cette stratégie très utilisée comporte néanmoins de nombreux risques pour le ménage, puisqu’elle peut conduire à un endettement profond de la famille. S’en suit des nouvelles pratiques financières pour pouvoir rembourser. Ces nouvelles pratiques ont ensuite de nombreuses conséquences sur le ménage, notamment sur les facteurs de production en cas de vente de capital physique, et peut aussi amener la famille à se sur endetter en cas de recours à un nouveau crédit. Dans ce contexte, un projet de microcrédit doit mettre en place des modalités permettant d’assurer la sécurisation des ménages, tout en minimisant les risques liés aux caractéristiques intrinsèques de l’endettement pour la cellule familiale. L’appui économique doit donc permettre la mise en place d’une activité génératrice de revenus qui permettra au ménage de rembourser ses dettes sans perte de capital physique, ou sans avoir recours à des pratiques de cavalerie bancaire, stratégies augmentant la vulnérabilité de la cellule familiale. L’échelonnage des remboursements peut être un des outils mis en place par l’institution bancaire pour limiter ces pratiques. À cela s’ajoute la nécessité d’un cadrage de l’utilisation du crédit, afin d’éviter que le ménage use de l’argent pour une autre dépense ne permettant pas de mettre en place ou de développer un facteur de production. Enfin, l’accompagnement des ménages est un point essentiel pour la réussite d’un projet de crédit ciblé sur des familles vulnérables sans connaissances, ni techniques, ni économiques et ni de gestion des emprunts.

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R ÉFÉRENCES I NTERNET

Agribank : http://www.agribank.com.vn CIRAD Asie : http://asie-sud-est.cirad.fr Freakonometrics : http://freakonometrics.blog.free.fr General Statistics Office of Vietnam : http://www.gso.gov.vn GRET (Vietnam) : http://www.gret.org.vn GRET (Projet AID-COOP) : http://aid-coop.gret.org.vn

Index Mundi : http://www.indexmundi.com Microfinance Gateway : http://www.microfinancegateway.org Mix Market : http://www.mixmarket.org Nations Unies (OMS) : http://www.who.int/healthinfo/statistics/regions Pôle microfinancement CIRAD : http://microfinancement.cirad.fr Portail Microfinance : http://www.lamicrofinance.org PNUD (Rapports sur le Développement Humain) : http://hdr.undp.org/fr Province de Phú Th! : http://www.phutho.gov.vn Socialist Republic of Vietnam (government website) : http://www.vietnam.gov.vn Sourires d’Enfants : http://www.souriresdenfants.asso.fr VBSP : http://www.vbsp.org.vn

SOURIRES D’ENFANTS – CIRAD

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L’accumulation de capital physique des familles : stratégies d’évolution, pratiques financières et risques encourus

T ABLE DES ILLUSTRATIONS FIGURE 1 : CARTE DES PROJETS DE SOURIRES D'ENFANTS (SOURCE : SDE) .............................................................. 2! FIGURE 2 : CARTE DES SITES D'IMPLANTATION DU CIRAD DANS LE MONDE ............................................................ 10! FIGURE 3 : CARTE DU VIETNAM (SOURCE : UNITED NATIONS) ............................................................................... 12! FIGURE 4 : CARTE DE LA PROVINCE DE PHÚ TH; (SOURCE : TRACDIAVIET.COM) .................................................. 13! FIGURE 5 : CARTE DES COMMUNES DU PROJET 3C (SOURCE : SDE) ........................................................................ 14! FIGURE 6 : ÉLÉMENTS DE REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DE LA TRAJECTOIRE D'ÉVOLUTION D'UN MÉNAGE ........... 22! FIGURE 7 : SCHÉMA PROPOSÉ AUX ENQUÊTRICES POUR EXPLIQUER L'ÉCHANTILLONNAGE..................................... 24! FIGURE 8 : DIAGRAMME CIRCULAIRE REPRÉSENTANT LES DIFFÉRENTES UTILISATIONS DES CRÉDITS DE LA VBSP . 34! FIGURE 9 : DIAGRAMME CIRCULAIRE PRÉSENTANT LES STRATÉGIES DE REMBOURSEMENT DES CRÉDITS DE LA VBSP ....................................................................................................................................................................... 35! FIGURE 10 : DIAGRAMME CIRCULAIRE REPRÉSENTANT LES DIFFÉRENTES UTILISATIONS DES CRÉDITS D'AGRIBANK ....................................................................................................................................................................... 37! FIGURE 11 : DIAGRAMME CIRCULAIRE PRÉSENTANT LES STRATÉGIES DE REMBOURSEMENT DES CRÉDITS D'AGRIBANK .................................................................................................................................................. 38! FIGURE 12 : DIAGRAMME CIRCULAIRE REPRÉSENTANT LES DIFFÉRENTES UTILISATIONS DES CRÉDITS DE L’UF ..... 40! FIGURE 13 : DIAGRAMME CIRCULAIRE REPRÉSENTANT LES DIFFÉRENTS TYPES DE REMBOURSEMENT DES CRÉDITS DE L’UF .......................................................................................................................................................... 41! FIGURE 14 : DIAGRAMME RADAR PRÉSENTANT LES UTILISATIONS DES DIFFÉRENTS TYPES DE CRÉDIT INFORMEL.. 47! FIGURE 15 : DIAGRAMME RADAR PRÉSENTANT LES STRATÉGIES DE REMBOURSEMENT DES DIFFÉRENTS CRÉDITS INFORMELS ..................................................................................................................................................... 47! FIGURE 16 : DIAGRAMMES CIRCULAIRES PRÉSENTANT LES PARTICIPANTS AUX TONTINES RÉGULIÈRES................. 49! FIGURE 17 : UTILISATION DES TONTINES RÉGULIÈRES ............................................................................................ 50! FIGURE 18 : APPROCHE DES CAPABILITÉS POUR LES MÉNAGES ............................................................................... 56! FIGURE 19 : TRÉSORERIE DU MÉNAGE DE MME B., 30 ANS, M<=NG, QU>T (Y?N L<@NG) ................................... 59! FIGURE 20 : DIAGRAMMES EN BÂTONS PRÉSENTANT LE POIDS RELATIF DES DIFFÉRENTES STRATÉGIES DE FINANCEMENT MIS EN PLACE PAR LES MÉNAGES POUR FAIRE FACE À UNE ÉVOLUTION ................................. 65! FIGURE 21 : REPRÉSENTATION TRIANGULAIRE DES DIFFÉRENCES D'UTILISATION DES SECTEURS DE CRÉDIT .......... 70! FIGURE 22 : DIAGRAMME PRÉSENTANT LA PROPORTION DES DIFFÉRENTS TYPES DE CRÉDIT POUR CHAQUE UTILISATION ................................................................................................................................................... 71! FIGURE 23 : CERCLE DE CORRÉLATION (ACP) MONTRANT LES CORRÉLATIONS ENTRE TYPE DE CRÉDIT CONTRACTÉ ET CAPACITÉ DE REMBOURSEMENT DES MÉNAGES ......................................................................................... 72! FIGURE 24 : REPRÉSENTATION TRIANGULAIRE DES DIFFÉRENCES DE REMBOURSEMENT DES CRÉDITS ................... 73! FIGURE 25 : CARACTÉRISTIQUES ET STRATÉGIES DE FINANCEMENT D’UN PROJET D'ÉVOLUTION............................ 80! FIGURE 26 : CARACTÉRISTIQUES ET FINANCEMENT D'UNE OPPORTUNITÉ D'ÉVOLUTION ......................................... 81! FIGURE 27 : CARACTÉRISTIQUES ET STRATÉGIES DE FINANCEMENT D'UNE ÉVOLUTION EXCEPTIONNELLE ............. 83! FIGURE 28 : GRAPHIQUE PRÉSENTANT LES BALANCES DE TRÉSORERIE DES MÉNAGES ENQUÊTÉS SUR LES 3 COMMUNES ................................................................................................................................................. 86! FIGURE 29 : RELATION ENTRE CRÉDIT ET NIVEAU DE VIE DES MÉNAGES (RÉSULTATS D'ACP) ................................ 86! FIGURE 30 : RELATION ENTRE CRÉDIT ET NIVEAU DE VIE DES MÉNAGES PAUVRES (RÉSULTATS D'ACP) ................. 87! FIGURE 31 : TRAJECTOIRE DE VIE D'UN MÉNAGE RÉSISTANT (M. H., 63 ANS, M<=NG, KHU 6, Y?N L<@NG) ........ 89! FIGURE 32 : TRAJECTOIRE DE VIE D'UN MÉNAGE RÉSILIENT (M. T., 36 ANS, M<=NG, GIÁC 2, THU CÚC) ............. 91! FIGURE 33 : TRAJECTOIRE DE VIE D'UN MÉNAGE LABILE (MME H., 45 ANS, M<=NG, Ú, THU CÚC) ...................... 94! FIGURE 34 : TRAJECTOIRES D'ÉVOLUTION ............................................................................................................... 95! FIGURE 35 : RELATION ENTRE CRÉDITS CONTRACTÉS ET ÉVOLUTION DU NIVEAU DE VIE (RÉSULTAT D'ACP) ...... 102!

TABLEAU 1 : NOMBRE DE MÉNAGES AYANT REÇU LE MICROCRÉDIT SDE (SOURCE : SDE)....................................... 7! TABLEAU 2 : DOMAINES CONSIDÉRÉS POUR L'ÉVALUATION DU NIVEAU DE VIE DES MÉNAGES ............................... 27!

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