Page 83

Memor, memoris, « qui se souvient  ». La  mémoire, fantastique outil, véritable couteau suisse de notre existence. Souvenirs d’enfance, de famille, mémoire collective, histoire des peuples et des nations, commémoration se souvenant d’un événement majeur ou d’un groupe d’hommes désormais considérés en héros. La mémoire est partout, toujours, tout le temps, au sein de nos plus grandes joies, comme ancrée dans nos souffrances. Et  plus encore au cœur de notre activité rôlistique, où les personnages ont une mémoire qui leur est propre, nettement séparée de l’esprit, tellement humain, des joueurs qui les incarnent, véritable schizophrénie volontaire, saine et ludique. Alors, simple réaction physico-chimique au sein de nos milliards de neurones, réservoir collectif dans lequel chacun inscrit et puise ce dont il a besoin ou véritable gravure imposée sur l’âme qui enregistre, telle une éponge, tout ce qui lui permet d’être unique, manifestée, présente ? Alors que la mienne (de mémoire, pas d’âme) commence parfois à vaciller, que certaines images s’effacent et que des noms, des mots, ne parviennent plus à cheminer aussi aisément jusqu’à la conscience, un événement récent m’a prouvé à quel point les souvenirs, ce vécu détaché du présent, sont si peu liés au corps physique de l’individu, qu’ils ne sont pas situés dans la boîte crânienne ou dans un grand disque dur universel ; la mémoire est un lien infime, intangible, intime, qui nous relie les uns avec les autres, dans un présent partagé et pleinement vécu.

D.R.

j’avais vingt ans, je caressais le temps…

êtes-vous, Monsieur ?

Ce mois-ci, je suis censé écrire quelque chose sur le… la… euh bon j’ai oublié… La mémoire me dites-vous ? Ah oui, c’est vrai. Ce n’était pas sur les monstres, vous êtes sûrs ? Bon alors allons-y. La mémoire, vous le savez bien, sert à se souvenir de tout un tas de choses liées au vécu et au passé. Mais comme vivre dans le passé est souvent plus un mal qu’un bien, alors elle est néfaste et donc ne sert à rien. Tirer les enseignements du passé ? À quoi bon, puisque c’est l’instant et l’avenir qui sont importants. Elle vous joue des tours régulièrement et, quand vous devenez vieux et décrépi, elle vous lâche. L’amnésie c’est beau, c’est bien, mangez-en ! Dans une partie de jeu de rôle, les joueurs oublient souvent des éléments de l’histoire et tournent alors en rond comme des chiens essayant de se mordre la queue. Le meneur de jeu, quant à lui, est parfois débordé entre la gestion des premiers larrons, leurs idées et les vicissitudes de son scénario, provoquant des joutes verbales et des incompréhensions se terminant par « J’arrête de jouer ! » ou « Ta gueule c’est magique ! » Donc la mémoire, ça cause des guerres, ça met le bazar et puis c’est tout ! Comme disait la chanson de Dassin Le  Barde : « L’Amnésique, l’Amnésique, je veux l’avoir… et je l’aurai… ».

Memor, memoris, « qui se souvient  ». L’important dans cette définition, ce n’est que la préposition. ■

D’ailleurs, je ne sais même plus qui m’a demandé d’écrire ce papier, ni pour quel magazine. Je ne me souviens même plus de combien je devrais être payé. C’est ballot ça. J’ai vraiment une mémoire d’huître. ■

Fabrice Pouillot

Christophe Dénouveaux

Chroniques d’Altaride – Janvier 2015

D.R.

de Christophe Dénouveaux

de Fabrice Pouillo

83

Bar

La Chronique… ! e u q i La chronique… et l’antichronique n o r h c i t ’an l t e Mais qui Hier encore,

Profile for Chroniques d'Altaride

Chroniques d'Altaride n°032 janvier 2014 la mémoire  

Bonne année ! On démarre 2015 avec un numéro des Chroniques d’Altaride consacré au thème de la mémoire. Rappelez-vous, le jeu de rôle, c’est...

Chroniques d'Altaride n°032 janvier 2014 la mémoire  

Bonne année ! On démarre 2015 avec un numéro des Chroniques d’Altaride consacré au thème de la mémoire. Rappelez-vous, le jeu de rôle, c’est...

Advertisement