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Lorsque nous eûmes terminé d’entasser les morts – tâche ô combien lugubre ! - il nous était impossible de compter les bûchers. Les prêtres de Zargaros les allumèrent un par un à des cierges noirs. Et nous regardâmes ces figures écarlates se promener entre les nôtres, prononçant leurs oraisons funèbres. À là tombée du jour, ils avaient fini. Ménas et quelques aides avaient noté le nom de ceux que nous étions parvenus à identifier, mais beaucoup restaient anonymes, trop défigurés. Alors, les prêtres firent s’élever un chant de souffrance, repris par tous, un son grave comme des cymbales retentissantes. À la mémoire de ceux qui étaient tombés.

Et ils déclamèrent l’un après l’autre tous les noms notés par Ménas. Jusqu’au matin, ils chantèrent. Et jusqu’au matin, nous nous tînmes debout, dans la boue maculée de sang, le froid et la pluie verglaçante, écoutant les noms de nos camarades en pleurant. Au matin, il se mit à neiger. Une neige glaciale, violente, qui éteignit les bûchers. J’appelai Ménas :

« Golan est mort, tu fais partie de mes soldats les plus expérimentés. C’est toi que je choisis pour le remplacer. »

Et il accepta l’écusson ensanglanté en forme d’étoile, qui le désignait à présent comme lieutenant de la cinquième section. Zald et

Chroniques d’Altaride – Janvier 2015

Aussi, nous montâmes vers le Palais.

Dans une salle aux jolies teintures, le chambellan nous accueillit, poudré de frais et tout de noir vêtu. Il nous désigna un plateau de gâteaux secs. « Eh bien, capitaine Lan. Voici Eloïs der Montbar, nouveau capitaine de la garde. »

Un homme se leva, jeune, maigre et grand. Il ne portait pas encore l’uniforme. « Eloïs est ici depuis peu. Il arrive de Kimblar. »

Eloïs salua, nous lui rendîmes son salut, malgré la fatigue.

« Bien, capitaine, dit le chambellan en se tournant vers moi, capitaine, dit-il en se tournant vers Eloïs. Vous savez dans quelles circonstances – étranges – nous avons perdu le précédent capitaine de la Garde. » Il grimaça. « J’aurais peut-être dû vous faire accuser, Lan, et je ne vous cache pas que certains vont jusque-là. » Il leva la main avant que je ne proteste. « Il y en a qui disent que vous étiez le premier sur les lieux. Et je connaissais votre mésentente... » Il écarta à nouveau toute protestation. « Mais... j’ai mieux à faire que d’écouter les rumeurs... Je ne sens pas mon nouveau capitaine – en qui j’ai toute confiance, qu’il se rassure – capable de reprendre cette enquête. »

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à tous ces soldats tombés... Et pour quoi ? mes hommes frappèrent avec leurs épées sur Pour protéger Sardoth d’une invasion de ces leurs boucliers, en hurlant. C’était ainsi qu’ils nuisibles Orcs ! Je me mis à haïr encore plus se rappelaient qu’ils étaient toujours vivants. ces créatures. Puis en une longue file, dont les traces Je m’approchai d’une lance que j’avais étaient aussitôt recouvertes par la neige, reconnue... Le corps était démembré, mais nous rentrâmes à Sardoth. je n’avais aucun doute sur l’identité de la victime... Golan... Golan, mon fidèle lieu- J’entendis derrière moi les lourdes portes de tenant... Golan avec lequel j’avais fait de la ville se fermer. Plus que jamais, nous nous si nombreuses parties d’échecs... Golan que devions d’être attentifs. Je me dirigeai vers j’avais si lamentablement envoyé se faire la caserne lorsque Braham nous fit signe, à tuer en compagnie de sa brigade. Oh ! Par Zald et à moi : Elas ! Golan ! Je pris son écusson maculé de sang. « Le chambellan veut vous voir ! »

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Chroniques d'Altaride n°032 janvier 2014 la mémoire  

Bonne année ! On démarre 2015 avec un numéro des Chroniques d’Altaride consacré au thème de la mémoire. Rappelez-vous, le jeu de rôle, c’est...

Chroniques d'Altaride n°032 janvier 2014 la mémoire  

Bonne année ! On démarre 2015 avec un numéro des Chroniques d’Altaride consacré au thème de la mémoire. Rappelez-vous, le jeu de rôle, c’est...

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