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SEMAINE DU MERCREDI 15 AU 21 MAI 2013

TROMBINOSCOPE PAR ANNE-CHARLOTTE DE LANGHE

MARTEL

en tête

Coincée entre les rues des Petites-Ecuries et Paradis, la rue Martel est un concentré de la bohème orty du xe.

Carey Mulligan Qui va là? Une petite veinarde, qui montera ce soir les marches du 66e Festival de Cannes au bras de Leonardo DiCaprio. Une Britannique qui doit d'abord sa blondeur à ses origines irlandaises plutôt qu'à sa coloriste hollywoodienne. La Jenny de Une Ëducatlon, qui s'inscrivit en douce à des cours d'art dramatique lorsqu'elle était ado et qui, aujourd'hui, fait la une du dernier Harper's Bazaar.

Et pourquoi d'abord ? Parce qu'elle es t la Daisy Buchanan de Gatsby le Magnifique, présenté hors compétition en film d'ouverture. Parce qu'elle a damé le pion à Scarlett Johansson, qui rêvait elle aussi d'enfiler les costumes pas si sages des années 1920 et les perles qui vont avec. Parce qu'elle défend tout aussi jalousement sa place dans le film des frères Coen en sélection officielle, lnside Llewyn Davis.

L'ENCLAVE BOBO-MODE. Aut refois occupée par des ateliers de verrerie et de porcelaine, la rue Martel est devenue en dix ans, l'artère la plus convoitée de cette portion du Xe Ouest. Parallèle au fourmillant faubourg Saint-Denis - qui ne cesse de voir éclore bars et échoppes - , la rue Martel est une venelle tranquille à l'écart du tumulte. C'est bien là que les plus malins ont inves!i, journalistes, architectes, stylistes de mode, qui se sont réunis (souvent par cooptation) dans des copropriétés tranquilles. Créant ainsi un village intello- mode unique e n son genre. Autour de l'école élément aire, carrefour de rencontre des familles low style, bars et ga leries prennent leurs marques.

MADAME GEN (au n· 1). Point névralgique du quartier, c 'est là que toute la communauté se donne

rendez- vous. La terrasse d'angle donnant rue des Petites- Écuries, a deux pas d u New Morning, où chaque soir le jazz, l'afro cubain ou le blues attirent de longues files de mélomanes. Il n 'est pas rare d'entendre un bœuf improvisé à ciel ouvert. On se réjouit : le ser vice est (encore) sympathique. (tél. : 01 477019 71). GALERIE MARTEL (au n· 17). Le bel espace, dédié à la BD et au dessin en général (Robert Crumb, Mariscal, Tomi Ungerer), expose ûusqu 'au 8 juin) le carnet de voyage (éd . Louis Vuitton) de Jean- Philippe Delhomme, lequel croque à la gouache, avec toujours la même poésie, les lieux emblématiques de New York (Tel. : 0142 46 35 09).

« TSTimes Square » ,

Espérance de vie Multipliée par dix si elle marque les esprits ... et le jury.

(2012) deJeanPhillppe Delhomme. Exposition à la galerie Martel jusqu'au Sjuin.

A r ecart du tumulte, la rue Martel et au n· 1, le bistrot Madame Gen, point de rendez-vous du quartier.

LE LOOK (au n· 17f ET PAN (au n· 12). La graphiste Ludivine Billaud a réussi à cristalliser la cli que arty du coin autour de salades bio dans son minuscule bar, Le Look (tel. : 09 50 10 20 31), avant d'investir une ancienne lustrerie juste en face. Le décor de Pan (te1.: 09 52 5163 70), soigneusement décati, séduit par ses volumes. En revanche, la cuisine prétentieuse (même sur les prix) déçoit. Cela n'empêche pas les staffs de maisons de luxe de se presser pour y dîner.

LA GALERIE OUDIN (n• 3). Autrefois installé dans le quartier Beaubourg, Alain Oudin a lui aussi choisi un fond de cour pour exposer de la photographie, notanunent. À voir, Philippe Duval ûusqu 'au 13 juillet. Te1. : 0142 718365). BROC'MARTEL (au n· 12). Dans la vitrine d'un atelier à l'ancienne, des tables et chaises Tolix laquées rouges empilées, des armoires de bureau défraîchies, des meubles de métier et des moules à chapeau ... Soit un véritable cabinet de curiosités composé par Laurence Peyrelade (tél. : 0148 24 53 43). • SOPHIE' DE SANTIS

Accordéon, mon amour 1

Je l'avoue, mes goûts musicaux sont bizarres. Enfant sous Giscard, j'écoutais du Fernandel. Ado sous Mitterrand, je ne jurais que par l'opéra. Aujourd'hui encore, je goûte toute musique grandiose ou décalée. Parmi ces étrangetés, j'ai une nette affection pour l'accordéon. J'ose même le dire : c'est mon instrument favori. Il y a chez lui un mélange d'élégance et de rusticite, de raffinement et de ringardise, qui me

rouiller son cercueil. Impossible de l'accordéon est seul. Si le sort prendre le métro sans, brutale- s'acharne, il est flanqué d'un violoprendrez... Je suis d'autant plus ment, être foudroyé par un : neux dont l'archet crisse çà et là navré de ce que l'accordéon est « Scouza dérangea ! Mird pour la un accord poussif. Poig les passadevenu. Peu d'instruments sont à mouzique siouplé 1» Et hop, un gers, c'est la visite médicale: chace point tombés en décadence. Hohner délabré vous couine pen- cun ferme les yeux, serre les N'était le bandonéon piazzoiien, dant trois minutes une effroyable dents, attends que ça passe. Mais l'accordéon est le parent pauvre choucroute mélodique. Le medley il se trouve toujours un touriste de la musique, le cousin de provin- rassemble généralement une lou- fioridien pour tirer 5 euros de sa ce qu'on n'invite même plus à che de Besame muche, un zeste chemise hawa'1enne et bramer un Noël. Et il n'est pas prêt de remon- de Piaf, un ch0Li1a de folklore bo- « yeepee 1», comme au saloon. ter la pente, car les transports pu- hémien, et une ou deux rengaines Gus Viseur, reviens, ils sont blics parisiens font tout pour ver- slaves. Si vous avez de la chance, devenus fous ! • touche au cœur. Écoutez Ombrages de Gus Viseur, et vous com-

PAR NICOLAS D'ESTIENNE D'ORVES FrGARO.NEOSCOPE @ORANGE.FR

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