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N°50 JUIN 2007

- ÉDITO

L E M A G A Z I N E D E L A M É D I AT H È Q U E D É PA RT E M E N TA L E

Publié depuis 1986, le magazine de la médiathèque départementale de la Drôme tisse fidèlement les liens entre tous les acteurs du réseau de lecture publique : bibliothécaires bénévoles et salariés, élus et partenaires culturels. Pour marquer ce cinquantième numéro, il se met aux couleurs de la charte graphique du département. Une nouvelle maquette, plus claire, plus colorée où vous retrouverez les rubriques habituelles : la vie des bibliothèques à travers les brèves et le reportage, le dossier bibliothéconomique ou culturel qui donne des pistes pour mieux gérer une bibliothèque ou pour découvrir une littérature, l’éclairage qui propose une sélection thématique et des coups de cœur, le partenaire qui peut contribuer à vos animations. Le magazine est le reflet de l’action de la médiathèque départementale et de l’association Lire en Drôme : vie du réseau de lecture publique, formation des acteurs, animations proposées au public. C’est aussi votre outil et le comité de rédaction attend vos remarques et vos souhaits pour le faire évoluer.

DOSSIER

A L I C E A U P AY S DES MERVEILLES

R E P O R TA G E

MONTSÉGUR SUR LAUZON

Pierre Pieniek, Conseiller général délégué à la culture

PA RT E N A I R E

MARIE BOUCHACOURT


R E P O R TA G E

LIRE À MONTSÉGUR UN PARI RÉUSSI ! Entamant sereinement sa quatorzième année d’existence, l’association Lire à Montségur écrit chaque jour le récit de sa bibliothèque communale Des pages modestes et précieuses qui composent assurément une belle histoire… Montségur-sur-Lauzon 1050 habitants Bibliothèque communale Lire à Montségur Tél. 04 75 98 18 53 Horaires d’ouverture Mardi 16h30-17h30 Mercredi 16h-18h Jeudi 10h-12h Samedi 10h-12h Accueil des scolaires 2 classes de maternelle et 4 classes de primaire sont accueillies chaque mois. Superficie 130 m2 Gestion associative Informatique non informatisée Acquisitions 1,60 €/hab Fonds 2022 documents Équipe 1 adjoint du patrimoine et 15 bénévoles

Montségur-sur-Lauzon

en couverture : Nicole Robert, Régine Bertrand et Liliane Menou… Une fine équipe au service de l’animation du livre. © G. Bureau à droite : Lionel Le Néouanic, auteur accueilli pendant la Fête du livre de jeunesse de St-PaulTrois-Châteaux. © Bibliothèque 2

L I R E E N D R Ô M E l N°50 l juin 2007

A l’automne 1993, à l’initiative du conseil municipal de l’époque et de son maire Albert Bertrand, un appel est lancé pour recenser lecteurs et bénévoles, motivés par la création d’une bibliothèque au sein de la commune. Une poignée de volontaires, faisant le plus souvent partie des deux catégories, se manifeste et répond à la proposition en fondant, le 1er février 1994, l’association Lire à Montségur, chargée de conduire le projet. Tournant la page de la maigre malle de livres, faisant jusque là office de relais culturel, la bibliothèque de Montségur-sur-Lauzon voit bientôt le jour, au sein d’une salle de 28 m2, abritant auparavant le secrétariat de mairie. Quelques rayonnages, alimentés principalement par le bibliobus de la médiathèque départementale Drôme provençale, accueillent les premiers ouvrages du fonds propre. Au gré des saisons, de 10 à 15 bénévoles, formés auprès de la Médiathèque Départementale, se relaient dès lors pour asseoir et pérenniser la petite bibliothèque. Dans le même temps, trois Présidentes, Jacqueline Favereau, Régine Bertrand et Jeannick Melut, se succèdent à la tête de l’association Lire à Montségur, avant que Liliane Menou n’en prenne dernièrement les rênes.

Les lecteurs au rendez-vous Fonctionnant grâce à une subvention municipale, de nombreux dons de livres et des actions ponctuelles menées à son profit, la bibliothèque étoffe, au fil des ans -et de l’aide du Centre National du Livre-, son fonds de documents. Elle poursuit en outre ses approvisionnements réguliers auprès du bibliobus et de la navette réservation. Mais la petite structure trouve avant tout sa raison d’être dans le succès immédiat qu’elle remporte et qui ne se démentira plus, tant auprès des adultes que des scolaires qui la fréquentent assidûment. La bibliothèque compte ainsi aujourd’hui 226 adhérents, à savoir 86 adultes et 140 enfants ; près du quart de la population de la commune ! Une telle fréquentation ne tarde pas à susciter de bien légitimes envies d’espace…

De nouveaux murs, en centre-ville Enserrée dans des locaux exigus, la bibliothèque doit toutefois attendre que l’actuelle municipalité emmenée par Jean-Jacques Rosier s’engage dans la réhabilitation de l’ancienne école en espace commercial et habitat locatif pour disposer, depuis juin 2005, de


BRÈVES

A UPIE, LA NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE EST EN SERVICE…

son propre espace : 130 m2 de plain-pied, au cœur de la ville et à proximité directe de la nouvelle école, offrant clarté, confort et facilité d’accès. Un lieu propice aux expositions, rencontres et animations, qui contribuent à redynamiser la fréquentation du public et à resserrer les liens avec l’établissement scolaire.

De nouvelles animations La bibliothèque s’appuie en effet sur son nouvel espace pour renforcer les animations autour du livre. Au-delà des traditionnelles foires à l’ancienne et à la brocante auxquelles elle prend part et autres soirées contes ou expositions qu’elle organise, elle participe dorénavant au volet Hors la ville de la Fête du livre de jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Ainsi mobilisait-elle, en ce début d’année, un large public, en recevant l’auteur Lionel Le Néouanic autour d’ateliers mêlant écriture, illustration et musique…

Et bien d’autres chapitres en perspective Une vitalité soutenue, depuis le printemps 2006, par le renfort appréciable de Claude Bac, salarié à temps partiel en partage avec la bibliothèque de Grignan, qui assure avec talent, aux côtés des bénévoles, les animations en faveurs des enfants. À la veille de son informatisation, prévue à l’automne 2007, la bibliothèque de Montségur-sur-Lauzon poursuit plus que jamais son engagement au service de la lecture, en lien avec Joana Lartigot et l’équipe de la Médiathèque Départementale Drôme provençale à Nyons et entend désormais porter son effort sur le ralliement du public adolescent. Une gageure qui promet quelques palpitants chapitres à ajouter à la belle histoire d’une bibliothèque qui a d’ores et déjà remporté son pari d’inciter à Lire à Montségur ! Gabriel Bureau

C’est dans une bibliothèque toute neuve que Christelle Vincenot a pris ses fonctions d’adjoint du patrimoine. La bibliothèque, située au centre du groupe scolaire, a ouvert ses portes le lundi 16 avril. La fréquentation des petits et des grands ne s’est pas fait attendre, tous attirés par ce nouvel espace doté d’une salle d’animation, d’un espace multimédia, ouvert 21h par semaine. Saluons aussi le travail accompli par toute l’équipe de bénévoles depuis plus de vingt ans pour dynamiser la bibliothèque et fidéliser des lecteurs.

A CHABRILLAN, OUVERTURE TRÈS ATTENDUE DU CAFÉ BIBLIOTHÈQUE Derniers travaux de finition, installation du mobilier et de l’informatique… l’ouverture du café bibliothèque est prévue le 7 juillet. L’équipe de bénévoles, très investie dans le projet, vient d’être renforcée par le recrutement d’un chargé de mission, Gérard Arnaud, qui doit assurer l’animation et la promotion du lieu. Un lieu qui ne manquera pas de séduire le public local et les touristes… A découvrir !

BIBLIOTHÈQUE RECONSTITUÉE… ET NOUVELLE ÉQUIPE À Donzère, au 1 Grande Rue, la bibliothèque jeunesse a désormais rejoint la bibliothèque adulte. Les usagers peuvent maintenant se rendre en famille dans un seul et même lieu pour choisir leurs livres ! À Hauterives, l’équipe de la bibliothèque compte désormais neuf bénévoles occupés actuellement à se constituer en association. Suite dans le prochain numéro...

LE COCHON EST À L’HONNEUR A l’initiative de la MDD, le spectacle Cochon qui s’en dédit ! de la Valentine Compagnie était ce printemps en tournée dans 12 bibliothèques de la Drôme. Un public nombreux est venu le découvrir dans les bibliothèques de Beauvallon, CrozesHermitage, Grâne, La Chapelle en Vercors, Malataverne, Montbrun les Bains, Roussas, Saint-Avit et St Rambert d’Albon. Si vous

l’avez raté, rattrapage en septembre pour Châtillon-en-Diois, Loriol et St-Paul-lesRomans.

MOURS DÉMARRE EN FANFARE La nouvelle bibliothèque a ouvert ses portes le 16 avril ; l’exposition Carnets de voyage accueillait un public nombreux et enthousiaste lors de l’inauguration. L’équipe a fourni un énorme travail en un temps record : de la peinture des salles à l’installation des documents, en passant par l’informatisation… Bon vent à tous les bénévoles !

I N F O R M AT I S AT I O N : DES BIBLIOTHÈQUES QUI BOUGENT La bibliothèque d’Anneyron a achevé son informatisation en début d’année. L’inauguration a eu lieu en présence d’Alain Genthon, conseiller général du canton. À Châteauneuf de Galaure, le démarrage est prévu en avril ; l’équipe y travaille avec ardeur ! À Saint-Laurent, l’informatisation est en cours… Ces 3 bibliothèques rejoignent les 45 bibliothèques communales informatisées dans la Drôme. L’investissement des équipes est toujours très productif : il permet d’améliorer le service au public.

LA MDD AUSSI CHANGE DE LOGICIEL Le chantier de réinformatisation commence en juin par le site de Valence et s’échelonnera sur les autres sites jusqu’en décembre. Il risque de provoquer quelques perturbations dans les calendriers des tournées, nous vous tiendrons informés au cas par cas et nous vous présenterons bientôt les nouveaux services. Merci de votre compréhension…

L E S 1 0 A N S D E LA MÉDIATHÈQUE DU VERCORS… A La Chapelle en Vercors, la médiathèque communautaire décline son anniversaire sur une année complète. Un programme alléchant de 10 animations échelonnées de septembre 2006 à septembre 2007 sur le plateau du Vercors : land art à Vassieux, soirée pyjama à Saint-Agnan, spectacle pour tout-petits à Saint-Martin, animations à Saint-Julien et à La Chapelle, spectacle de la Comédie Itinérante et temps fort inaugural en septembre… Bon anniversaire à Brigitte Breton et à toute son équipe. juin 2007 l N°50 l L I R E E N D R Ô M E

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DOSSIER

PROMENADE AU PAYS DES MERVEILLES Au printemps, un mystérieux lapin blanc a envahi le bassin de la médiathèque Vallée de la Drôme à Crest A sa suite, les lecteurs se sont laissés entraînés à la découverte du pays des merveilles sur les pas d’Alice Une occasion de découvrir ou redécouvrir un texte fondateur de la littérature de jeunesse

CONNAÎTRE LEWIS CARROLL Lewis Carroll au pays des merveilles par Stéphanie Lovett Stoffel. Gallimard, 1998. Coll. Découvertes. L’Univers de Lewis Carroll par Jean Gattégno. Ed. Corti, 1990.

Paru en 1865, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll est un texte fondateur de la littérature enfantine qui n’a rien perdu de sa vivacité ni de son intérêt, bien au contraire ! Lewis Carroll bouscule les conventions en jouant sur le langage et la logique de l’absurde. Les aventures d’Alice sont étonnantes, mais d’aucuns les trouveront d’une féerique mièvrerie… Et pourtant ! Au-delà des animaux qui parlent comme des humains et des reines rouges qui tranchent les têtes, ce qui peut toucher le lecteur parfois à son insu (ou d’ailleurs, le rebuter), c’est la question essentielle qu’Alice lui renvoie : Qui diable puis-je bien être ?

Par une chaude après-midi d’été GRANDS TRADUCTEURS, GRANDS I L L U S T R AT E U R S Alice au pays des merveilles traduit par Jacques Papy. Illustrations de John Tenniel. Gallimard, 1999. Les Aventures d’Alice au pays des merveilles traduit par Henri Parisot. Illustrations d’Anthony Browne. Kaléidoscope, 1990. Les Aventures d’Alice au pays des merveilles traduit par Henri Parisot. Illustrations de Nicole Claveloux. Grasset, 1989.

©John Tenniel 4

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S’ennuyant sagement aux côtés de sa sœur, une petite fille de 7 ans voit soudain passer un lapin blanc très pressé qui marmonne en regardant la montre qu’il vient de tirer de sa poche de gilet. Impulsive, la petite Alice s’élance à sa poursuite jusque dans un sombre terrier, tombe dans un puits et se retrouve dans un couloir souterrain dont toutes les portes sont fermées à clé. Ce n’est que bien plus tard, nous dit l’auteur, qu’elle analyse les raisons qui l’ont conduite à agir ainsi. Irréfléchie, Alice ? Oh que non !

Spontanée, plutôt. Une minuscule clé dorée ouvre une toute petite porte, par laquelle Alice aperçoit un magnifique jardin, inaccessible. Un flacon marqué Bois-moi dont le contenu lui permet de rétrécir lui fait espérer y parvenir, mais hélas ! la petite clé est hors d’atteinte sur une table ! A la suite de cette désillusion, Alice va aller de surprise en surprise, rencontrant des animaux doués de parole (souris, dodo, chat, chenille, griffon…) mais peu disposés à l’aider, et des personnages aux attitudes surprenantes (Chapelier fou, Duchesse,…). Quand enfin elle parvient à pénétrer dans le jardin, c’est pour jouer au croquet (un flamant rose et un hérisson vivants en guise de maillet et de boule) avec la Reine de Cœur dont l’activité favorite est de faire couper la tête de tous ceux qui la dérangent… Tombée dans un monde étrange, Alice ne peut plus compter sur ses connaissances (elle fait souvent allusion à ses leçons, ses lectures) car elles sont sans cesse remises en cause par le comportement imprévisible des créatures qu’elle rencontre. Alice, d’abord toute heureuse de trouver à qui parler, déchante vite, car les confusions de sens brouillent ses tentatives de communication. Par exemple, lorsque la souris prévient que son histoire est bien longue et bien triste, Alice regarde sa queue, la trouve bien longue


© A. Herbauts/Casterman - © H. Oxenbury/Flammarion - © J. Romano/Au bord des continents

effectivement, mais pourquoi triste ? Il s’agit d’un jeu de Lewis Carroll entre deux mots anglais de prononciation identique, mais de sens différents : tale = histoire ; tail = queue. Ces nombreux jeux de langage mettent en évidence la difficulté de l’enfant à se positionner en tant qu’individu. Tour à tour considérée comme une petite sotte ou comme une personne responsable de ses actes, la voilà tiraillée entre ses propres désirs (s’amuser, manger, bavarder…) et ce que les règles de bonne conduite lui imposent. Les variations de taille, de 8 cm à 2m75, ajoutent à la confusion. Qui suis-je ? se demande-t-elle, Qui estu ? lui demande-t-on en retour. Malgré tout, elle conserve intact son objectif de départ (entrer dans le merveilleux jardin), et toutes les expériences acquises lors de son parcours lui permettent de prendre de la distance avec les évènements et d’affirmer sa personnalité. Ce sera la vraie Alice, ayant retrouvé sa taille normale, qui s’extraira du rêve en affirmant bien fort : Vous n’êtes qu’un jeu de cartes.

Charles Lutwidge Dodgson de son vrai nom Lewis Carroll est né en 1832 en Angleterre. Son père, Charles Dodgson, est pasteur anglican. C’est un homme à la foi profonde, fort impliqué dans la vie sociale et attentif aux siens. Il a épousé en 1830 une cousine germaine, Frances Lutwidge, dont il aura 11 enfants en 15 ans. Lewis Carroll est leur 3e enfant, aîné des garçons. Il reçoit une éducation à la fois tendre et rigoureuse mais non dépourvue d’humour. Pendant ses études de mathématiques, Lewis Carroll s’intéresse au théâtre, aux arts, à la poésie, et grâce à un oncle londonien, il découvre la photographie. Une fois dégagé de ses études, il peut donner libre cours à ses

passions. Il publiera de sérieux traités mathématiques sous sa véritable identité et réservera le pseudonyme qu’il s’est créé par anagramme de son nom, à des ouvrages d’imagination. Il meurt en 1898, à 66 ans, et l’on peut dire qu’il a vécu selon toutes les normes victoriennes en vigueur : homme d’un grand sens moral, aux sentiments religieux vibrants (il est ordonné diacre en 1861), amateur éclairé des arts et lettres, attiré par les innovations scientifiques et techniques de son temps.

Comment un homme aussi conventionnel a-t-il pu écrire un texte aussi absurde ? Depuis son enfance, Lewis Carroll a montré de grandes aptitudes aux mathématiques, notamment à la logique. Adaptant en quelque sorte ces compétences à la littérature, il lui est tout naturel de jouer avec les mots, leur sens, et de se livrer à la parodie et à la caricature. Avec ses frères et sœurs, il rédige plusieurs journaux qu’il illustre et invente des jeux aux règles loufoques. Devenu enseignant en mathématique, une matière réputée sérieuse, Lewis Carroll n’en perd pas pour autant son esprit fantaisiste. Ne cherchant pas à fonder une famille, il n’en n’est pas moins plus proche que jamais de l’enfance, et peut-être en raison de ses sept sœurs, très attiré par les petites filles. Leur goût pour le féerique, l’inattendu et leur capacité à se projeter ailleurs que dans le réel le fascinent. Or, le nouveau doyen qui s’installe à Christ Church en 1855, Mr Liddell, est père de 4 enfants, dont 3 filles. Lewis Carroll succombe tout de suite au charme de la cadette, Alice. A l’ occasion d’une visite, il va charmer les enfants de ces histoires qu’il invente si facile-

DERNIÈRES ÉDITIONS Alice racontée aux petits enfants. Traduit par Henri Parisot. Illustrations de Chiara Carrer. La Joie de lire, 2006. Les Aventures d’Alice au pays des merveilles. Traduit par Elen Riot. Illustrations d’Aurélia Grandin. Rue du monde, 2006. Alice au pays des merveilles. Traduit par Henri Parisot. Illustrations de Pat Andrea. Seilliers, 2006. 3 volumes, édition bilingue.

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DOSSIER

FA I R E L I R E A L I C E EN 2007 ? Raconter aux enfants un texte vieux de 142 ans, sensibiliser un large public à la fantaisie de ce texte, c’est possible ! La Médiathèque Départementale Vallée de la Drôme a tenu le pari, en mars - avril 2007, en offrant au public une exposition étonnante. Vitrines insolites, multiples éditions du texte, travaux des élèves et créations de Marie Bouchacourt ont permis aux lecteurs de s’immerger dans l’univers d’Alice. A ceux qui souhaitaient (re)découvrir le texte de Lewis Carroll, les bibliothécaires avaient lancé un défi : six rendez-vous pour une lecture intégrale qui a conquis de fidèles auditeurs. Quinze classes ont été accueillies, l’occasion pour nous d’expérimenter un outil de racontage qui pourra bénéficier à l’ensemble du réseau en 2008.

ment, et finir par avoir ses entrées à la nursery. Il les invite à prendre le thé chez lui, les emmène au musée de l’université voir les collections d’histoire naturelle, dont un dod naturalisé... Mais bientôt, c’est plus souvent Alice qui lui rend visite. Histoires, mascarades, jeux : il ne sait qu’inventer pour la divertir. Lewis Carroll organise aussi des sorties en barque avec pique-nique et c’est à l’occasion d’une de ces expéditions, le 4 juillet 1862, qu’à la demande des trois petites Liddell, il leur raconte une drôle d’histoire qui met en scène une petite fille nommée Alice. La véritable Alice lui demande de la retranscrire et Carroll va mettre plusieurs mois à la rédiger et l’illustrer. Avant de la remettre à la fillette, il teste ce qui s’intitule alors Les aventures d’Alice sous terre auprès des enfants de George MacDonald, écrivain et ami. Celui-ci le presse de la faire publier et le recommande auprès de l’éditeur londonien Macmillan. L’illustration est confiée au caricaturiste en vogue John Tenniel et le livre paraît en juillet 1865. Il rencontre rapidement le succès, salué par la critique qui en recommande la lecture : 2000 exemplaires seront vendus en à peine un an, ce qui est considérable pour un livre d’enfant (en 1867 nouveau tirage de 10000 exemplaires, 35000 en 1872 et 78000 en 1886 !). La suite des aventures d’Alice, De l’autre côté du miroir sort en 1871. En un mois, 15 000 exemplaires sont vendus. En 1889, Lewis Carroll publie une adaptation d’Alice au pays des merveilles pour les jeunes enfants. Depuis les nombreuses traductions et adaptations ne démentent pas le succès d’Alice

© A. Herbauts/Casterman

Cette histoire n’a pas d’autre but que de divertir Quel contraste avec la littérature dévolue aux enfants jusque là ! Non content de mettre en scène une héroïne qui vit des aventures invraisemblables, lesquelles ne sont pas au service d’un discours éducatif et moral, l’auteur prend en plus un malin plaisir à détourner les poésies les plus exemplaires de l’époque ! Ainsi tous les poèmes que l’on somme Alice de réciter existent réellement. Les textes moraux et pleins de bons sentiments, connus de tous les petits anglais, sont tournés en dérision par l’auteur, passés à la moulinette de sa fantaisie… et la Duchesse invente des morales sans queue ni tête :

Occupez-vous du sens, et les mots s’occuperont d’eux-mêmes. Avec Alice au pays des merveilles Lewis Carroll ouvre la littérature enfantine à la fantaisie et à l’aventure. De nouveaux auteurs viendront qui régaleront des générations d’enfants avec des histoires d’îles au trésor, d’enfant qui refuse de grandir, ou d’ourson maladroit… Sophie Peraldo, bibliothécaire

© A. Browne/Kaléidoscope 6

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ÉCLAIRAGE

COLLÈGES ET CULTURE QUATRE AUTEURS RENCONTRENT LES COLLÉGIENS DRÔMOIS Fabrice Colin

Séraphine

Mango

Mango

École des loisirs

Polvadie, 2020. Suite à un génocide, le nouveau président décide de prendre des mesures pour «tourner la page» : des équipes implantent dans le cerveau des survivants des faux souvenirs et effacent leur passé. Pavel, 16 ans, échappe à cette destinée. Il passe dans la clandestinité et c’est là qu’il va apprendre la terrible vérité. Un thriller au rythme haletant qui nous parle du devoir de mémoire.

Au XXIIe siècle, Mosa, jeune métis indien qui vit dans un oasis, décide de rejoindre son père installé dans la TechnoCi-T. Il y rencontre avec stupeur son frère jumeau… Deux frères que tout oppose, deux civilisations entre tradition et modernité. L’auteur mêle habilement anticipation et thèmes d’actualité (maladie, différence…) dans un plaidoyer sensible et intelligent en hommage aux amérindiens.

En 1885, sur la butte Montmartre, Séraphine, jeune orpheline, est apprentie chez Jeanne, la couturière. Elle passe ses journées à coudre des chemises pour les bourgeois et aspire à changer le monde. Elle va d’abord réussir à changer de métier pour travailler dans le bar-cabaret d’Eugène et Marthe. Mais la misère qui l’entoure la révolte : elle aimerait débarrasser le monde de ses injustices sociales…

Marie Desplechin

Malika Ferdjoukh

49 302

Satin grenadine

Le Mystère de Greenwood

Mango

École des loisirs

Bayard jeunesse

L’enfer. Voilà ce qui est promis à Loïk envoyé dans un bagne spatial. Il ne le sait pas encore. XXIIe siècle, les terriens poursuivent leur entreprise de colonisation. De nouvelles planètes attirent leur convoitise. L’une d’elles, Syringa, leur réservera des surprises… Avec ce roman fort, poignant, Nathalie Le Gendre place au centre du récit la réflexion sur l’injustice et l’inhumanité. Et finalement, si l’Autre était la question essentielle ?

A Paris, en 1885, Lucie, 13 ans, jeune fille de bonne famille dont l’avenir d’épouse modèle semble tout tracé, doit quitter le cours des petites filles qu’elle suivait chez les sœurs. Ses parents la confient aux domestiques afin qu’ils lui enseignent les bonnes manières. Mais avec l’aide d’Annette, Fanny et Marceline, Lucie ne va pas seulement apprendre le ménage et le repassage. Elle va découvrir la vie de ce Paris populaire et les révoltes qui grondent.

Décembre 1866. Le petit hameau tranquille de Greenwood vit dans la terreur depuis que l’on a découvert le cadavre d’un cheval. Cette fois encore, le monstre de la forêt a frappé : le braconnier est retrouvé assassiné. Le courageux Jérémie décide de mener l’enquête. Par son récit, il entraîne les jeunes lecteurs à assister aux extraordinaires pouvoirs magiques de la Pierre Bleue…

Sombres citrouilles

Qui est cet homme étendu de tout son long, plein de taches rouges, silencieux, mort sans doute, retrouvé par Colin-six ans, les jumelles Violette et Annette au milieu des cucurbitacées du jardin? Que fait-il là ? Qui l’a tué ? Faut-il cacher ce cadavre ou avouer cette découverte macabre ?

Marie Desplechin

Mosa Wosa

Nathalie Le Gendre

Malika Ferdjoukh a pour sujet de prédilection la famille. Après ses trois romans précédents Fais-moi peur, Faux numéro et Rome, l’enfer, la famille est encore à l’honneur dans Sombres Citrouilles mais abordée de façon différente.

Nathalie Le Gendre

Memory park

Ainsi commence le roman pour nous entraîner tout au long d’une même journée à la rencontre de la famille Coudrier. Petit à petit, nous découvrons les activités de chacun observées et relatées par les enfants, recherchant discrètement l’assassin dans leur entourage. Puisant aux ressorts du genre policier, l’auteur utilise le retour en arrière et la narration à plusieurs voix. Près de vingt personnages aux noms et surnoms peu habituels - avec des caractéristiques physiques, morales ou linguistiques étonnantes qui les rendent attachants- sont en scène.

Malika FERDJOUKH - École des loisirs Trois au moins sont susceptibles d’être l’auteur du crime. Malika Ferdjoukh sait mêler la légèreté à la gravité du sujet. La rigueur et l’originalité de l’écriture abordent des sujets tabous (racisme, handicap, violence, exclusion…) habilement mariés qui plongent le lecteur dans l’intimité des membres d’une famille bourgeoise et bien pensante. Les masques tombent le jour d’Halloween... Un livre dont le suspens demeure jusqu’à la fin et qui fait frémir d’angoisse et jubiler tout à la fois. A mettre entre toutes les mains ! Nadine Jourdan, bibliothécaire juin 2007 l N°50 l L I R E E N D R Ô M E

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PA R T E N A I R E

MARIE BOUCHACOURT ARTISTE AU PAYS DES MERVEILLES

Contacts Marie Bouchacourt : mariebouchacourt@yahoo.fr ou 06 20 84 84 99

© C. Thillet

© C. Thillet

Marie Bouchacourt a publié trois ouvrages aux éditions RitaGada : L’abécédaire d’un monde meilleur, La petite ballade d’Arnica et Les Bons d’Absence de Monsieur Théodore

LIRE EN DRÔME Publié avec le concours de l’association Lire en Drôme. ISSN : 0980-5435 76 rue de la forêt - 26000 Valence Tél. 04 75 78 41 90 Directrice de la publication : J. Pinard Comité de rédaction : A. Boissy, N. Bouvot, A. Delacourt, P. Mazin Secrétariat de rédaction : S. Gervy Réalisation : Vabel Valence

Illustratrice, auteure, plasticienne, décoratrice et «bidouilleuse» assumée, à 31 ans, Marie Bouchacourt cultive ses mille et un talents au gré de l’inspiration et du bonheur de la rencontre… Originaire du Nord de la France, Marie Bouchacourt oppose à la rigueur du climat la chaleur du cœur, la lumière du regard et un sens inouï de la poésie ordinaire. Motivée par le dessin et l’expression tous azimuts, elle fréquente d’abord un temps les bancs de la faculté d’arts plastiques. Mais la vie est ailleurs… D’un naturel curieux et avenant, elle privilégie la rencontre tous terrains et s’épanouit davantage dans la confrontation avec des acteurs de théâtre de rue ou au sein de collectifs. Tout est bon pour peu que l’échange favorise le jeu avec le spectateur, le partage d’une histoire vivante, au travers de la parole, du regard, de la complicité artistique… En 2005, changement de décor ! Les circonstances de la vie poussent Marie Bouchacourt à tailler la route jusqu’en Drôme provençale. Quittant la ville et ses usines pour une ancienne magnanerie, qui se prête volontiers à ses frasques créatives, la jeune artiste s’attelle sans tarder à la construction d’un nouveau réseau relationnel. Attachée aux bibliothèques et aux lieux d’intense vie sociale qu’elles représentent, elle se tourne vers les médiathèques départementales. L’éternelle magie de la rencontre fait son œuvre et un projet se dessine bientôt avec Sophie Péraldo de la Médiathèque Vallée de la Drôme à Crest, autour de l’univers d’Alice au Pays des Merveilles. Cette collaboration se concrétise en 2007 par un travail auprès de classes de CM1/CM2 de Crest, Aouste-sur-Sye et Suze-sur-Crest, qui créent un livre à lamelles, une maquette du Pays des Merveilles ainsi que le fameux terrier du lapin. Présentes aux côtés des œuvres tendres et folles, imaginées par Marie Bouchacourt, ces réalisations investissent alors, en mars dernier, le cœur de la 8

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© G. Bureau

Lapins blancs, dodo flottant et panoplie de reine de cœur sont quelques-unes des féeriques créations de l’artiste plasticienne Marie Bouchacourt qui a récemment métamorphosé la Médiathèque Vallée de la Drôme autour de l’univers d’Alice au Pays des Merveilles…

Médiathèque. L’exposition Alice ? va semer, un mois durant, ses lapins blancs et autres touches de poésie malicieuse, tandis que se dandine un imperturbable dodo flottant sur le bassin central… Une exposition que la plasticienne envisage désormais d’accompagner vers d’autres pays du livre… Avis aux rêveurs invétérés ! Pour l’heure, Marie Bouchacourt poursuit son chemin et ses envies au sein de la compagnie La Méthode Valsava, qu’elle a fondée avec son compagnon Bertrand Boulanger, lui-même constructeur-plasticien. Elle peaufine actuellement un spectacle de théâtre d’objets, intitulé Des limites du camping en milieu surnaturel, œuvre à la conception d’un moulin à paroles composant à tous vents des poèmes aléatoires et concocte un atelier sur la nano-édition, qu’elle proposera à la galerie Trafikdart de Saoû, lors du week-end du 15 août consacré à l’édition. Autant d’univers enchanteurs qui font de Marie Bouchacourt une artiste au pays du soleil, une artiste au rayon des merveilles. Gabriel Bureau

Lire en Drôme - Juin 2007  

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