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NUMÉRO 7 // NOVEMBRE - DECEMBRE 2012 // JANVIER 2013

tanger

la muse intemporelle rencontre avec jean colbe

madagascar

À la poursuite du saphir bleu

Langevi lés amoureux de

CARRÉ

BAT’


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8 18 26 28 30 36 46 48

58 62 68 72 74 76 80

CARRÉ

BAT’

ÉVASION CULTURELLE ÉVASION BEAUX LIVRES & ÉVASION ROMANS DU MONDE ÉVASION JEUNESSE AU CŒUR DE L’ÎLE LANGEVIN, LE RENDEZ-VOUS DES AMOUREUX L’ÎLE MYSTIQUE DES RAVINES & DES ÂMES BEAUX-ARTS CENTENAIRE DU MUSÉE LÉON DIERX MISE EN SCÈNE VIDÉO OCÉAN INDIEN À LA POURSUITE DU SAPHIR BLEU RENCONTRE JEAN COLBE, REGARD INTIME SUR SA VIE HORIZON SAUVAGE MOZAMBIQUE VOYAGE-VOYAGE TANGER, LA MUSE INTEMPORELLE LA CINÉMATHÈQUE DE TANGER BATAYE KOK TI KOK AU FIL DES FESTIVALS HUITIÈME FESTIVAL DE FABIENNE REDT COULISSES TOTAL DANSE, LE G.U.I.D. À LA RENCONTRE DE TOUS LES PUBLICS PAPILLES EN FÊTE RECETTE DE L’ATELIER DE BEN RÉUNIONNAIS DU MONDE ICHIGO ICHIE, DEUXIÈME ÉPISODE JEUX RÉSULTATS DES JEUX

Toutes nos félicitations au photographe Laurent Capmas qui vient de recevoir la médaille d’or au salon professionnel de la photographie à Paris. Tous droits de reproduction même partielle des textes et des illustrations sont réservés pour tous pays. La direction décline toute responsabilité pour les erreurs et omissions de quelque nature qu’elles soient dans la présente édition.

Couverture Photographie d’Éric Lafargue Éditeur BAT’CARRÉ SARL bimestriel gratuit Adresse 16, rue de Paris 97 400 Saint-Denis Tel 0262 28 01 86 www.batcarre.com ISSN 2119-5463

Directeur de publication Anli Daroueche anli.daroueche@batcarre.com 0692 29 47 50 Directrice de la rédaction Francine George francine.george@batcarre.com 0262 28 01 86 Rédacteurs Jean-Marc Lalo, René Robert, Anne-Line Siegler, Géraldine Blandin Sylvain Gérard, Hippolyte, Rodolphe Sinimalé, Francine George

Secrétaire de rédaction Aline Barre Directeur artistique P. Knoepfel, Crayon noir atelier@crayon-noir.org Photographes Éric Lafargue, Hervé Douris, Michel Denancé, Anne-Line Siegler, Géraldine Blandin, Sébastien Marchal, Jean-Noël Enilorac, Christophe Boisvieux et Roland Beaufre de l’agence Gamma, Rapho, Laurent Capmas, Hippolyte, Pierre Choukroun

Illustrateurs Hippolyte – PL Création & exécution graphique Crayon noir Vifs remerciements à Jean & Raymonde Colbe, Lise Di Pietro, Jean-Marc Lalo, Michel Denancé, René Rober, Hervé Douris, Éric Robin, Thomas Kocek, Patricia de Bollivier Guillaume Siard, Véronique Ascencio François Berléand, Benoît Vantaux pour leur précieuse collaboration à ce numéro.

Développement web Anli Daroueche, Axe Design Publicité Francine George : 0262 28 01 86 Anli Daroueche : 0692 29 47 50 Distribution TDL Impression Graphica 305, rue de la communauté 97440 Saint-André DL No. 5425


www.batcarre.com

Une fin d’année que certains annoncent apocalyptique ? Faisons diversion ! Allons Bat’Carré du côté de la rivière Langevin sans oublier de retrouver René Robert qui nous en dévoile ses mystères. Baladons-nous aussi dans le temps, des années 50 aux années 70, avec le photographe Jean Colbe et son épouse Raymonde. Un siècle exactement, l’âge du musée Léon Dierx à qui nous rendons également hommage. Dans les coulisses du festival de Danse, nous avons suivi pour vous l’extraordinaire performance dans la rue des danseurs du ballet Preljocaj. Autre festival, celui de Fabienne Redt qui nous a permis de rencontrer François Berléand. L’occasion de nous lancer dans le blog de Bat’carré : batcarre.blogspot.com sur lequel nous vous invitons à participer. Autres balades, retrouvez sur le site de Bat’carré wwwbatcarre.com des compléments photos et vidéos et n’hésitez pas à poster vos commentaires. Bat’Carré disparaît assez vite dès qu’il est mis en place et pourtant il est distribué dans 450 points sélectionnés sur toute l’île ! Si vous souhaitez soutenir notre publication et passer l’année 2013 en notre compagnie, abonnez-vous à Bat’carré pour 42,50 € et vous recevrez, chez vous, dans votre boîte aux lettres, les cinq numéros soigneusement mis sous pli.

Joyeuses fêtes de fin d’année et rendez-vous en février 2013 !

Francine George


B

A N Q U E

P R I V É

E

Développer Alléger Financer

Maîtriser Proposer Anticiper

Depuis 1853


É VA S I O N B E AU X L I V R E S & É VA S I O N R O M A N S D U M O N D E · 4

SÉLECTION

FRancine GeoRGe

« PRENDRE DE LA HAUTEUR POUR MIEUX SAISIR LA COMPLEXITÉ DE L’ÎLE » Avec son compagnon des airs, le pilote Serge Farci, Hervé Douris a photographié pendant plus de 20 ans La Réunion, sous toutes ses formes, le tour des côtes, les pitons, cirques et remparts, les terres agricoles, le développement urbain, les grands chantiers… De photos inédites en images spectaculaires, il nous livre sa vision de l’île qu’il chérit au plus haut point ; il est accompagné par la plume de Bernard Grollier, avec qui il a réalisé le beau livre primé à Ouessant Au Cœur du parc national de La Réunion. La Réunion, une îLe vue du cieL HeRvé douRis et BeRnaRd GRoLLieR EDITIONS epsiLon éditions TITRE

AUTEURS

www. pendantcetemps.fr

« PHOTOGRAPHIER EN UNE FRACTION DE SECONDE UN RÊVE ENTIER » Romain Philippon a parcouru le monde à la rencontre des dormeurs dans la rue. Un travail de sept ans au cours de ses différents voyages qui donne un éclairage saisissant sur les conditions de vie, l’échappatoire du quotidien, souvent l’épuisement, l’abandon du corps dans des postures improbables… en fait, ce recueil sensible et singulier offre une part de rêve du Nord au Sud de la planète. inconscience Romain pHiLippon EDITIONS pendant ce temps TITRE

AUTEUR


LE PRIX RENAUDOT POUR SCHOLASTIQUE MUKASONGA Les auteurs africains sont à l’honneur à Paris aussi. Scholastique Mukasonga vient de recevoir le prix Renaudot pour son premier roman Notre-Dame du Nil publié chez Gallimard. Scholastique Mukasonga, Rwandaise, rescapée de l’extermination tutsie, milite pour la réconciliation entre Tutsis et Hutus alors qu’elle a vécu les pires atrocités et que toute sa famille a été massacrée par les Hutus. Cette femme passionnante a dépassé le devoir de mémoire pour offrir aux yeux du monde un bel exemple d’humanité. Dans Notre-Dame du Nil, où l’action se déroule dans un pensionnat pour jeunes filles destinées à devenir l’élite du pays, elle ne témoigne pas du génocide, il est latent, mais de la violence prête à exploser à tout moment dans les gestes du quotidien. Subtile, poétique, son écriture montre la voie de la puissance d’un roman face à la réalité tragique de ce génocide. TITRE

notRe dame du niL ∙

AUTEUR

scHoLastique mukasonGa ∙

EDITIONS

GaLLimaRd

LE PRIX NOBEL À MO YAN Nous ne pouvons pas passer à côté de cette saison de remises de prix sans parler du grand auteur chinois, Mo Yan, prix Nobel 2012. L’accession à l’honneur suprême pour un écrivain n’a pas cessé de faire couler beaucoup d’encre sur la liberté d’expression en Chine, tout en tournant en dérision « le courant Mo Yan » (qui veut dire en chinois « celui qui ne parle pas »). Le politique s’empare là de littérature alors que Mo Yan réussit à braver la censure. Dans Beaux seins, belles fesses, interdit lors de sa première parution, il raconte l’épopée de son village natal durant le XXe siècle « où l’histoire officielle ne rejoint pas l’histoire vécue. » TITRE

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AUTEUR

mo Yan ∙

EDITIONS

seuiL

LE GRAND PRIX DU ROMAN MÉTIS POUR TIERNO MONÉNEMBO Troisième édition du Grand Prix du Roman Métis organisée par la ville de Saint-Denis et l’association La Réunion des livres en partenariat avec la DAC OI, l’Académie de La Réunion et le Rotary Club. Un jury prestigieux composé de personnalités de La Réunion et de la vie littéraire internationale tels que Mohammed Aïssaoui, président du jury, Tahar Ben Jelloun, Alain Mabanckou, et Lyonel Trouillot primé en 2011. Quatre romans ont été sélectionnés dans un premier temps sur les dix-sept reçus. Le jury de ce grand prix fonctionne de manière particulière. Les jurés réunionnais se rencontrent et délibèrent traditionnellement, tandis que les jurés internationaux votent à distance en motivant leur choix. Le secrétaire général Sham’s regroupe ces mails et en restitue les commentaires lors des délibérations. Jusqu’ici tout a bien marché, il n’y a pas eu de ballotage. Le lauréat 2012 a obtenu une belle majorité avec 9 voix sur 14. Il s’agit de Tierno Monénembo pour Le terroriste noir édité au Seuil, qui viendra le 6 décembre prochain recevoir son prix. Ce grand auteur guinéen a déjà reçu le prix Renaudot pour Le roi de Kahel en 2008. TITRE

Le teRRoRiste noiRe ∙

AUTEUR

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EDITIONS

seuiL


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SÉLECTION

FRancine GeoRGe

UNE AMITIÉ IMMORTELLE Sachant sa fin venir, Emma, une sympathique mamie, emmène son amie de toujours Emmi, la tortue géante, faire le tour du monde. Un prétexte pour la préparer à son départ et lui faire rencontrer ses congénères qui prendront le relais lorsqu’elle aura disparu. Une belle histoire d’amitié illustrée à la fin par quelques indications utiles sur la vie des tortues. emma et emmi FaBienne Jonca & nancY RiBaRd EDITIONS epsiLon Jeunesse TITRE

AUTEURS

LE SOLEIL DOIT BRILLER POUR TOUT LE MONDE Iris, résolument optimiste, ne veut pas s’embarrasser des soucis du quotidien. Hop, un coup de balai chez le voisin. Seulement, voilà, la vie n’est pas aussi simple. Monsieur Jasmin, son voisin, récolte tous les problèmes et n’arrive pas à y faire face jusqu’au jour où Iris ouvre les yeux et va à la rencontre de Monsieur Jasmin. Une jolie façon de montrer l’importance de la sensibilité aux autres. iRis sans souci améLie BiLLon-Le Gennec & coRaLie EDITIONS epsiLon Jeunesse TITRE

AUTEURS

LA NUIT, TOUS LES CHATS SONT GRIS Edgar, le chat, se retrouve à la rue et cherche désespérément du travail pour survivre. Sa rencontre avec deux gentilles souris va lui ouvrir la voie de l’amitié et le sortir de la triste impasse dans laquelle il se trouvait. Un livre plein d’humour pour parler de solidarité aux enfants. edGaR, Le cHat-souRis FaBienne Jonca & nancY RiBaRd EDITIONS epsiLon Jeunesse TITRE

AUTEURS


Langevin, le rendez-vous des amoureux


9 · AU C Œ U R D E L’ Î L E

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Le temps est couvert, mais ce n’est pas une raison pour rester chez soi. Direction la rivière Langevin, haut lieu de pique-nique familial sur l’île. À la sortie de Saint-Joseph, juste après La Balance, la route, de plus en plus sinueuse, longe la rivière, traverse un pont, côtoie quelques îlets épars et remonte jusqu’à Grand Galet. Les amoureux de la nature s’en donnent à cœur joie. Mais il n’y a pas qu’eux ! Des personnes âgées, par bus entiers, vont, elles, s’enfermer dans la salle du Benjoin pour danser tout leur saoul sur des standards rétro. Un bain de jouvence !

TEXTE

FRancine GeoRGe eRic LaFaRGue

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LES AMOUREUX DE LA NATURE

Depuis le Piton de la Fournaise, la rivière Langevin court s’encaisser entre les remparts pour se jeter dans l’eau bouillonnante de l’océan. Sur son passage, cascades et bassins d’eau créent de magnifiques paysages qu’il est possible d’admirer uniquement à pied lors d’une randonnée qui, aux abords du Morne Langevin, s’aventure de Grand Galet au Volcan en passant par la forêt de Cap Blanc. Langevin est avant tout synonyme de cascades, bassins où il fait bon se baigner, revigoré par la fraîcheur saisissante de l’eau. Un bonheur aquatique sans égal pour les jeunes qui s’aventurent à plonger. Le plongeoir de Trou Noir, pour les plus téméraires, se situe à dix mètres de haut. En plein été, lorsque la rivière est en crue, il est aussi très plaisant de simplement y tremper les pieds en faisant attention de ne pas glisser sur les rochers. Une fois que toute la famille - au sens large - est bien installée sur les berges escarpées, la bâche arrimée aux arbres, le feu allumé pour laisser le zembrocal mijoter doucement, la principale activité du pique-nique du dimanche est de ne surtout rien faire. Se laisser porter par le temps, rêveries en silence ou en musique. Jeux de cartes ou de dominos entre amis. Bavardages tranquilles tandis que les enfants s’amusent et s’ébrouent gentiment dans l’eau. Ambiance reposante ou parfois animée, peu importe si le soleil est de la partie, l’important est de partager ce plaisir dominical ensemble. Les pêcheurs, quant à eux, préfèrent s’isoler pour taquiner le poisson. Et ils sont nombreux à venir là, pêcher à la mouche, le geste rapide et le lancer souple les distinguant nettement des pêcheurs occasionnels. À La Marine, une fois par an, là où la lave baignée par les vagues s’est figée pour toujours, les pêcheurs de bichiques vont tenter leur chance.

PHOTOGRAPHIE

HeRvé douRis


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ILLUSTRATION

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LES AMOUREUX DE LA DANSE

Le Benjoin à midi. Un restaurant familial sert des carrys aux convives de passage. Juste derrière, l’un des célèbres dancings de La Réunion ouvre ses portes de 9 heures à 17 heures. Aucun jeune ne s’y aventure. Des cars entiers s’arrêtent. Ses occupants viennent de toute l’île se défouler pour quelques heures. Chaise pliante, pique-nique rapide en bord de route. L’essentiel n’est pas là. L’agitation grandit, derniers préparatifs avant le grand saut. Aller-retour dans le bus pour aller chercher l’objet oublié. Un poudrier pour rectifier le maquillage, un coup d’œil par-ci par-là pour regarder qui est venu aujourd’hui. Un bonjour à la cantonade du play-boy local, arborant une énorme paire de lunettes de soleil qui barre un visage un peu plus jeune que la moyenne du groupe. La salle est prête, le frémissement devient brouhaha. C’est bientôt l’heure de rentrer après la pause déjeuner.

Jacky, le maître des lieux, a créé son établissement en 1987. Il a eu cette idée dans un hôtel à Maurice quand il a vu le plaisir que les personnes âgées prenaient à danser. « Au départ, j’ai fait la tournée de toutes les associations de personnes âgées de l’île et c’est parti comme ça ! » Il y a des périodes plus fastes que d’autres, mais en général, le Benjoin ne désemplit pas. Les fins de mois sont difficiles et même si le ticket d’entrée pour payer l’orchestre n’est pas très cher, l’affluence est moindre le dernier dimanche du mois. Il faut dire que Jacky veille à ce que tout soit comme il le conçoit pour ne décevoir personne. Un élan de générosité dans la voix autant que dans le regard montre bien qu’il se consacre pleinement à ses clients pour faire tourner « son Benjoin » ! Dans le dancing, l’ambiance est à la fête ! Bizarrement, aucun bruit ne filtre à l’extérieur. Sur le sol carrelé d’une très grande salle, les couples tournoient dans un rythme cadencé, certaines danseuses - il y a plus de femmes que d’hommes s’aventurent aussi sur la piste et plaisantent avec les copines en jetant des œillades discrètes aux quelques hommes assis qui reprennent leur souffle. Peu de gens assis en fait. Ils sont là pour se donner à fond et, sans doute, rattraper le temps de leur jeunesse où ils avaient rarement l’occasion de s’amuser. « Le créole sait danser. », dit Jacky, « Ce qu’il faut, c’est un orchestre qui les entraîne. »


Parce qu’il y a un véritable orchestre qui joue un répertoire complet de danses rétro. Un orchestre différent tous les dimanches, composé de sept à huit musiciens. Le clavier électronique tend à remplacer les instruments à vent, il y a de moins en moins de saxo, de trompettes, et même l’accordéon, lui aussi, se fait rare. C’est dommage, car le public du Benjoin apprécie l’accordéon. Jacky programme à l’avance le passage des uns et des autres et sait tout de suite si l’orchestre est bon : « Avec eux, c’est clair et c’est direct. Ils viennent me voir à la sortie et je sais tout de suite si ça leur a plu ou non ! » Une dame très âgée vêtue d’une longue tunique beige danse, un seul bras levé, toujours en mouvement. Très gaie, elle sourit à ses amies qui l’entourent. En regardant bien, on s’aperçoit que son autre bras est tenu à l’horizontale… par un plâtre ! Dans un autre coin de la piste, un monsieur, lui aussi d’un âge très avancé, s’amuse comme un fou, il ne fait danser personne, mais sautille sur place, la mine réjouie. Quelques danses plus tard, une personne vient le chercher. Il part, le dos courbé, le pas lent, appuyé lourdement sur sa canne ! Un triste retour au quotidien, sans doute ? « Alexandrie - Alexandra » fait toujours bouger les foules, les bras levés, le déhanchement assuré, tout le monde chante !

L’orchestre enchaîne, tango - paso doble - cha cha - quadrille… les jupes longues virevoltent, les chaussures glissent. Les femmes se sont parées de quelques accessoires scintillants, les hommes de leur plus belle chemise, parfois d’un chapeau. Quelques couples évoluent avec une belle agilité, un charme irrésistible, il y a de la compétition dans l’air ! Parfois grand-mère et petite-fille s’amusent sur une valse. Puis, les choses sérieuses arrivent, une vague de séga prend possession de la piste. Pas le droit de refuser une danse, tous les cavaliers trouvent à s’occuper. Les cavalières dansent entre elles aussi pour ne pas faire tapisserie. Quelques personnes reprennent leur souffle, un verre à la main, assises sur les bancs à l’extérieur, la romance est déjà bien avancée... Le Benjoin est un rempart contre la solitude. Les habitués ont trouvé là une famille. De nombreuses rencontres ont donné naissance à des couples, voire même à des mariages. Un rock endiablé marque la fin de la pause, les danseurs reprennent possession de la piste. Quelle énergie, quelle vitalité ! Et Jacky de conclure : « J’aime le métier que je fais et ces vieux, ils m’éclatent ! »


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R E N D E Z - VO U S AV E C R E N É RO B E RT

LA POINTE DE LANGEVIN C’EST L’UNE DES RÉGIONS LITTORALES LES PLUS PRISÉES DE LA COMMUNE DE SAINT-JOSEPH. LA FRÉQUENTATION TOURISTIQUE Y EST IMPORTANTE. ABOUTISSEMENT NATUREL DE L’ÉCOULEMENT DE LA RIVIÈRE LANGEVIN, CETTE RÉGION DE CONTACT DES EAUX TORRENTIELLES ET MARINES PROPOSE AUX CURIEUX DES PAYSAGES INATTENDUS ET SOMME TOUTE RARES. LEUR LECTURE NE MANQUE PAS D’INTÉRÊTS GÉOGRAPHIQUES ET HISTORIQUES.

TEXTE

René RoBeRt HeRvé douRis

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La première chose qui frappe, c’est l’inexistence d’un vaste champ d’alluvions au contact de la mer, comme c’est le cas pour les autres grands torrents (Rivière des Remparts, Rivière Saint-Etienne, Rivière des Galets…). Le littoral est marqué vers Saint-Joseph par une falaise morte précédée d’un cordon de galets, et de l’autre côté par un promontoire rocheux où les alluvions sont totalement absentes. Le cours d’eau principal se termine par une petite cascade qui donne sur un bassin que les vagues viennent frapper. Il n’y a aucune trace de « delta alluvionnaire », classique des paysages des autres torrents. Première surprise et première curiosité. Dans la réalité géographique, le delta est une des trois composantes paysagères d’un torrent. Il ne peut pas ne pas exister. Il a été construit jadis et se retrouve aujourd’hui presque totalement recouvert par des coulées de laves épaisses, venues de fort loin en amont, en réalité de la Plaine des Sables (Piton Chisny). La vallée de Langevin a servi de canal naturel à cet événement relativement récent (XVIe siècle). Il faudra beaucoup de temps pour que l’érosion dégage la couverture de laves et fasse réapparaître le delta alluvionnaire de la Rivière Langevin. Il ne faut pas s’arrêter à cette première découverte. Le promontoire volcanique de Langevin offre d’autres centres d’intérêts. Deux sont cités ici. La présence d’une tranchée marine taillée au sein d’épaisses coulées ne peut pas se rater (au contact immédiat du parking). Grâce à des zones de faiblesse dans les coulées, la mer a pu tailler un mince goulet limité par des falaises hautes de plusieurs mètres. Chaque vague s’y engouffre et va se fracasser au bout de la tranchée en des gerbes d’eau toujours attrayantes, surtout lorsque la houle est forte. Le même relief se retrouve de l’autre côté du promontoire : il est plus difficile à approcher.

retrouvez René Robert dans son livre « Regards sur le patrimoine naturel »


Au revers du promontoire, là où l’épaisseur des coulées est relativement faible, la falaise littorale est face à la houle. Les fortes vagues s’y heurtent et projettent des paquets d’eau de mer sur le revers de la falaise. Une partie de cette eau reste piégée dans de grandes cuvettes : dans cette eau, des êtres vivants se sont installés, créant de tout petits récifs coralliens (coraux, algues, oursins, étoiles de mer, poissons et coquillages…). Ne manquez pas d’aller voir ces aquariums naturels qui existent malgré des conditions difficiles.


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[ Les « movézâm » (les fantômes) et les « bébèt » (les monstres, démons) peuplent mon île. Cette vérité, je l’ai reçue enfant, en écoutant les « gramounes » (vieilles personnes) de ma famille. Ces Invisibles hantent les sablons de cendre, les ravines ténébreuses et les mornes luxuriants de mon pays. ] William Cally, Grand-Mère Kalle figure tutélaire du surnaturel créole réunionnais

D E S R A V I N E S

S E M A S E D T E TEXTE

& PHOTOGRAPHIE

anne-Line sieGLeR

Les ravines réunionnaises, ces endroits mystérieux, suscitent fascination et crainte mêlées. Ainsi, visible et invisible, profane et sacré, affleurent à la frontière d’un monde où croyances et pratiques locales sont teintées de magie.


L’ Î L E M Y S T I Q U E · 20

L’ESPRIT DES LIEUX

UN ESPACE DÉFENDU

Les ravines rassemblent, pêle-mêle, carcasses de voitures, petits bons Dieux, roues de vélo et offrandes ferventes. Vastes, claires, ouvertes sur la mer, ou encore sombres, sinueuses, caverneuses, les ravines réunionnaises, peuplées des spectres de l’histoire, semblent baigner dans un parfum d’éternité. Le surnaturel est là, tapi dans un coin, prêt à surgir des barbes de lichens fantomatiques, des ramifications tortueuses des tamarins, ou encore du crissement lugubre des bambous animés par le vent… ou peut-être par quelqu’esprit égaré ?

Aujourd’hui encore, des gramounes vous racontent des histoires d’apparitions ou de voix entendues lors de la traversée d’un radier. Car, outre les croisées de chemins et les champs de cannes, c’est aussi dans les lits des rivières, dans les arbres des ravines que s’exerce le « vativien », cet aller-retour entre le monde des morts et celui des vivants. C’est là que les esprits des morts peuvent exercer leur influence. Les personnes mortes de façon violente – les suicidés, les noyés, les femmes mortes en couches, les accidentés ou encore les assassinés – deviennent des fantômes condamnés à l’errance. Car les âmes de ces personnes fauchées avant leur heure n’ont pas été « ramassées » (par le bon Dieu) et ne trouvent pas leur place. Rancunières, les mauvaises âmes perturbent le quotidien des vivants et reviennent sur les lieux où elles ont souffert. En plus de hanter certains arbres – manguiers et tamariniers – elles empoisonnent leurs fruits, l’eau des ruisseaux et des bassins. Le passage sous un arbre à des heures interdites – 18h00, minuit, parfois midi – n’est pas sans danger. Les âmes dites « pas ramassées » forment une communauté d’« invisibles » encore appelées « mauvaises âmes », « âmes errantes », « âmes abandonnées », ou « bébèt ». À noter que le terme créole de « bébèt » viendrait du malgache « biby » signifiant bête, insecte, mais aussi démon, monstre. Qu’ils soient conformes ou non à l’image traditionnelle du spectre blanc, une chose est sûre, les « bébèt » ne touchent pas le sol et n’ont pas de jambes. Ils s’incarneraient sous des formes animales : lièvres, chiens, chats, poules ou chevaux. Tous ont la propriété d’être blancs et énormes. Si vous leur jetez une pierre, alors ils se mettront à enfler monstrueusement ! D’autre part, la manifestation d’un chat blanc serait l’esprit d’un parent défunt qui vous suit pour vous protéger, celle d’un chat noir chercherait à vous entraîner dans les ténèbres. Immanquablement, à ces apparitions animales se greffent le « shat marron » (chat sauvage) et le « zoizo fouké », pendants de Grand-Mère Kalle.

Lorsque l’écrivain William Cally évoque les ravines de son enfance où on l’envoyait chercher de quoi nourrir les cabris de la famille, sa plume transcrit un lieu de « peur véritable » : « On se racontait tant d’histoires de rencontre avec les êtres surnaturels des ravines… On disait que des individus malveillants, des « malfézan », y venaient déposer des « bouteilles de maladie » qu’il suffisait simplement de toucher pour contracter un mal incurable. On pouvait également y croiser l’âme en peine de femmes décédées « en mauvaise position », c’est-à-dire mortes enceintes. C’étaient encore des lieux connus pour avoir été parcourus jadis par d’angoissants fugitifs, qu’ils fussent esclaves marrons, pirates, contrebandiers, maraudeurs, bandits ou assassins… »

Sources Eve Prosper, Ile à peur. La Peur redoutée ou récupérée à La Réunion des origines à nos jours, Océan Éditions, 1992. Cally William, Grand-Mère Kalle - figure tutélaire du surnaturel créole réunionnais, Kapali éditions, à paraître fin 2012. Magdelaine V., Marimoutou J-C. C. & Terramorsi B., Démons et merveilles, le surnaturel dans l’océan Indien, Université de La Réunion, 2005. Honoré Daniel, Kroyans (Superstitions à La Réunion), UDIR, 1994


Il existerait aussi des périodes propices aux apparitions des âmes errantes, le vendredi (notamment le premier vendredi du mois), et l’été, de novembre jusqu’à Pâques. L’époque de la Toussaint à Noël correspond à « lo tan laksidan », le temps des accidents, où catastrophes et suicides peuvent survenir, selon Daniel Honoré, du fait de la présence d’âmes « pas ramassées ». Habitant aussi au cœur des arbres, les « bebèt Zavan » rôdent pendant la période de l’Avent à la recherche de fruits à manger. Ces mauvaises âmes sont capables d’envoûter, de rendre malade – physiquement et psychiquement – et de tuer. Aux croyances populaires créoles se sont superposées celles de l’hindouisme réunionnais. Ainsi, dans le panthéon des dieux hindous, les « Mini », qui se tiennent dans les branchages feuillus, sont devenus des esprits du même nom, assimilés à des âmes errantes. Ces esprits Mini sont également capables de fondre sur l’imprudent qui passe sans protection sous l’arbre où ils sont perchés. Les Malgaches entretiennent des croyances similaires, avec des spécificités complexes, reposant sur de nombreux interdits ou « fady ». PRATIQUES SECRÈTES

C’est aussi dans les ravines que le passant découvre en contrebas d’un radier toutes sortes d’offrandes et qu’il s’en tient éloigné, de peur d’attraper un sort. Les cérémonies sont toujours menées dans la plus grande discrétion, et laissent derrière elles dans un soubik ou un vane, fruits, cigarettes, bouteilles de rhum, encens, agrémentées parfois d’une poule noire sacrifiée, ou encore de bouts de tissus noués aux branches des arbres, et même d’habits abandonnés après un rituel de purification. En principe, il ne faudrait jamais rapporter chez soi des restes d’offrandes, au risque de s’attirer une malédiction ou la visite à minuit de quelqu’esprit vous demandant de les restituer ! Les familiers des ravines vous parleront aussi des « bouteilles de maladie » à ne surtout pas ouvrir ! « Certaines personnes souffrant d'une maladie mystérieuse, après avoir pris un bain à base de vétyver, de feuilles de lilas, de plantain,

de jean robert, d'eucalyptus et d'ayapana marron en remplissaient une bouteille et la déposaient en ces lieux », écrit l’historien Prosper Eve. La personne ne se débarrasse de sa maladie que lorsqu’un imprudent vient à ouvrir la fiole aux « fluides négatifs », abandonnée sous une roche. LE SPECTRE DE L’HISTOIRE De fait, les ravines sont aussi associées au meurtre et au banditisme. L’histoire la plus marquante est bien sûr celle du trio diabolique Sitarane Saint-Ange Fontaine qui sema la terreur au début du XXe siècle dans le Sud de l’île, en s’adonnant à des expéditions sanguinaires et à des pratiques occultes. C’est d’ailleurs dans une grotte au fond d‘une ravine sans nom, près du lieu-dit la Chatoire au Tampon, qu’avaient l’habitude de se réunir les « buveurs de sang » avant leurs méfaits macabres ; c’est aussi là qu’on y retrouva leur butin en 1909.

Finalement, c’est peut-être au commencement de l’histoire de la Réunion qu’il faudrait chercher la crainte entretenue des ravines. L’imaginaire de ces lieux a incontestablement été façonné par le marronnage. Car dès le début du peuplement de l’île, ces lieux vallonnés inconnus furent le théâtre de conquêtes exaltantes mais aussi de drames humains, de chasses à l’homme, dans un climat de peur et de violence nourri par l’esclavage. La toponymie s’en souvient, telle la tristement nommée Ravine à Malheur, située sur la commune de la Possession, qui aurait trouvé son nom en 1672, lorsque des esclaves ayant projeté d'assassiner le gouverneur La Hure y furent exécutés. Selon la légende, le célèbre pirate Olivier Levasseur – alias La Buse – y aurait aussi caché son trésor. Ainsi, nombreux sont ceux à La Réunion qui, sans l’avouer clairement, croient à ces êtres surnaturels, bénéfiques ou maléfiques, qui peuplent les ravines. Que l’on soit pétri de ce florilège de légendes et de croyances ou que l’on y soit hermétique, au fond, peu importe. Peu importe que les esprits des morts viennent ou non hanter ces ravines, car, tant que l’on parlera d’eux, ils continueront à exister.


P U B L I - R E P O RTAG E BAT ’ C A R R É · 22

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La lettre au Père Noel joie inégalée de l’enfance


Fidèles au poste Le secrétariat du Père Noël fête sa cinquième année d’existence à La Réunion. Jusqu’au 21 décembre, fidèles au poste, les secrétaires du Père Noël, coiffées de leur bonnet rouge, s’appliquent à répondre aux enfants avec une jolie enveloppe, des mots doux à la manière créole et une surprise, réalisée cette année par l’artiste de la Plaine des Palmistes, Susy Gaps. Il y a cinquante ans, La Poste s’est engagée à soulager le Père Noël en créant ce service à Libourne. Et pour économiser de l’énergie, avec un aller-retour de courrier qui consommait beaucoup de CO2, le secrétariat du Père Noël s’est installé au Chaudron, en 2008. Cette année, le Père Noël, toujours plus écolo, va se déplacer dans le ciel réunionnais sur son vélo électrique.

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La première lettre du père noel L’histoire remonte à 1962 lorsque le ministre de La Poste et des Télécommunications, Jacques Marette, confie à sa sœur Françoise Dolto, la célèbre psychanalyste, le soin de rédiger le texte de réponse au Père Noël. Le succès est immédiat avec une croissance exponentielle en cinquante ans d’existence. De 5 000 lettres reçues la première année à 1,4 million en 2011. À La Réunion, le Père Noël en reçoit plus de 30 000. Il suffit donc d’écrire sur l’enveloppe « Père Noël » et l’adresse qui convient le mieux à sa fantaisie : rue des lutins, pays des jouets, au pôle Nord… La Poste saura trouver le Père Noël pour la lui remettre. Par contre, pour recevoir une réponse, il faudra bien mentionner son nom, son adresse et son code postal, car le secrétariat du Père Noël ne peut pas retrouver les enfants si leur adresse est incomplète ou illisible.

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Le site du père noel Le Père Noël vit avec son temps et se modernise peu à peu. Il est donc possible de lui envoyer un mail et même de lui écrire directement sur son site où de joyeuses surprises sont à découvrir. Atelier décoration, atelier gourmandises et surtout dessins, puzzles en ligne, animations, jeux divers et variés en remontant les époques, de l’âge de Cro-Magnon à l’ère des grandes inventions.

Alors, n’oubliez pas d’écrire au Père Noël, même si vous n’avez pas été très sage, par courrier, par mail chef.lutin@laposte.net ou directement sur le site de La Poste dédié au Père Noël : www.laposte.fr/pere-noel


B E AU X - A RT S · 26

Centenaire du musée Léon Dierx TEXTE

FRancine GeoRGe séBastien maRcHaL

PHOTOGRAPHIE

Le 12 novembre 2012, le musée Léon Dierx fête son centenaire. À cette occasion, un tout nouvel agencement a été réalisé pour valoriser cet espace en gardant l’esprit des lieux, celui du premier musée d’art moderne de l’île. Le fonds initial collecté par Marius et Ary Leblond à Paris auprès des artistes qu’ils côtoient est ensuite enrichi de collections privées réunionnaises, puis en 1947, de la somptueuse donation composée de 150 œuvres contemporaines du marchand d’art Ambroise Vollard.

BRÈVE HISTOIRE DES LIEUX

LÉON DIERX, LE PRINCE DES POÈTES

À l’origine, Gustave Manès, riche propriétaire terrien, fait construire sa maison au numéro 28 de la prestigieuse rue de Paris. Antoine Roussin en réalise d’ailleurs une lithographie où, au premier plan, figure l’imposant mur d’enceinte, disparu depuis. La façade, magistrale, est construite en pierre alors que le corps du bâtiment reste traditionnellement en bois. Très originale, elle s’impose comme un modèle avec son portique à colonnes ioniques et sa balustrade décorée de vases. Le château Morange et le château Lauratet seront, plus tard, édifiés sur ce modèle. En 1860, la maison est acquise par la Colonie qui y installe l’évêché. Suite à la nouvelle loi de séparation de l’Église et de l’État votée en 1905, cette résidence de l’évêché est réaffectée. Sous l’impulsion des artistes Marius et Ary Leblond - de leurs vrais noms Georges Athénas et Aimé Merlo -, l’idée émerge alors de faire de la maison Manès le premier musée d’art moderne de l’île et de l’océan Indien. Le musée Léon Dierx ouvre ainsi ses portes le 12 novembre 1812.

Pourquoi Léon Dierx ? À l’époque, Léon Dierx, qui avait quitté son île à l’âge de 15 ans, était un des artistes les plus en vue de Paris. Il avait accueilli Marius et Ary Leblond quand ils sont venus s’installer dans la capitale, l’un pour étudier l’histoire et l’autre la littérature. Ils ont d’ailleurs obtenu le prix Goncourt en 1909 pour leur roman « En France ». Léon Dierx les introduit dans les milieux artistiques parisiens où il a belle réputation. Le poète parnassien, peintre et sculpteur, sera d’ailleurs consacré par ses pairs « Prince des poètes » lorsqu’il succède à Mallarmé. C’est donc à Léon Dierx, l’artiste réunionnais le plus représentatif de l’époque, que Marius et Ary Leblond vont demander l’autorisation de nommer le musée en son honneur. Il accepte avec la seule restriction que ce soit fait après sa mort.


Intérieur du musée vers 1930-1935 collection privée Buste « La Mélancolie » de Henri-Louis Cordier Adèle Ferrand Portrait présumé de Geneviève Hortense Le Coat de Kerveguen

visite virtuelle du musée Léon Dierx www.cg974.fr/ culture/leon-dierx


M I S E E N S C È N E · 28

Patricia de Bollivier, Stéphane Pichard et Yohann Quëland de Saint-Pern explorent l’univers multiforme de l’art vidéo. Au programme de cet événement inédit, résidence d’artistes, édition d’un DVD, exposition, projections et conférences dans différentes salles de l’île. Thomas Kocek, directeur de l’École Supérieur d’Art de La Réunion, souligne l’importance de l’image dans le monde d’aujourd’hui et l’intérêt d’accueillir Tribune Vidéo. « Pour l’aspect pédagogique, c’est essentiel de pouvoir apporter un souffle venu d’ailleurs. Les étudiants se sont fortement impliqués pour cette manifestation qui nous a permis, aussi, de convier le public à l’ESA.»

TEXTE PHOTOGRAPHIE

FRancine GeoRGe ankRaJ-oi

association

pour plus d’infos www. tribunevideo.net

EO


L’exposition des six artistes, sur la trentaine conviée à participer à cette démarche créative, a été conçue pour que les installations dialoguent entre elles de façon à ce que le spectateur puisse déambuler sans entrave, tient à préciser Patricia de Bollivier, commissaire de « Points de suspension ». Au fond de la salle, « l’homme au casque rouge » interpelle d’abord par la luminosité du blanc qui l’entoure. « Coudre l’espace blanc », l’œuvre de Yohann Quëland de Saint-Pern, con-voque le dérisoire et interprète des variations autour du personnage - homme outil qu’il a créé en 2000. Avec « (In)acte VI : broder », Myriam Omar Awadi répond à cette vacuité du temps en mettant en scène une double installation, un lit recouvert d’un drap à petites fleurs bleues et une vidéo projetée sur le mur d’un homme assis sur le lit en train de les broder.

Dans un questionnement sur « qu’est-ce qu’il faut faire pour ne rien faire ?», Myriam Omar Awadi joue sur les mots et, là aussi, sur l’art d’enjoliver. En face, le sculpteur Jean-Claude Jolet avec « Light bulb » suspend le temps sur fond noir où l’alchimie s’opère entre trois ampoules et le passage du liquide qui les illumine, comme des sculptures éphémères. Après le jeu du noir et blanc, trois autres vidéos se répondent. « L’Attente » de Maimuna Adma - à travers un hublot, une succession d’images décrit la baie de Maputo - répond à « L’esplanade » de Stéphane Pichard sur les rives du Niger au Mali, qui tente l’expérience de la profondeur. La scène semble presque figée, à moins que non, un tricycle se déplace, tout en lenteur, jusqu’à étirer le temps à l’infini…


O C É A N I N D I E N · 30

TEXTE

& PHOTOGRAPHIE

GéRaLdine BLandin

A LA POURSUITE EN DÉBUT D'APRÈS-MIDI, IL FAIT CHAUD À ILAKAKA SITUÉ ENTRE TULÉAR ET FIANARANTSOA. LE SOLEIL TAPE FORT. LA PEAU RUISSELANTE DE SUEUR, ILS SONT UNE DIZAINE À CREUSER LA TERRE À MAINS NUES DANS L'ESPOIR DE TROUVER LA PIERRE QUI FERA LEUR BONHEUR. DEPUIS UNE DIZAINE D'ANNÉES, LA FIÈVRE DU SAPHIR S’EST EMPARÉE DE CETTE ZONE DÉSERTIQUE QUI RECÈLE DES GISEMENTS D’UNE GRANDE RICHESSE.


DU SAPHIR BLEU


O C É A N I N D I E N · 32

A L’ORIGINE, LE DÉSERT

Tout a commencé en 1998 lorsqu'un paysan découvre par hasard une pépite de saphir près de la rivière d'Ilakaka. Les mois suivants, d'autres pierres sont mises à jour. La nouvelle se répand rapidement et des milliers de personnes issues de toutes les provinces malgaches débarquent ici, en plein désert. En quelques années, ce no man's land d'une centaine d'âmes est devenu un gigantesque bidonville de plus de 40 000 habitants. Les dix-huit ethnies qui composent la population malgache y sont même représentées. Tous ont fui la misère et sont venus avec l'espoir de découvrir la fameuse pierre qui pourrait changer leur existence. LES COMPTOIRS DE L’ELDORADO Le saphir, comme le rubis, est une pierre précieuse de la famille des corindons. Sa couleur peut être jaune, rose, verte, mais la plus recherchée est surtout la pierre bleue, le vatomanga. Dans les années quarante, des premiers saphirs avaient déjà été trouvés dans la région d'Ilakaka par des géologues français. Mais à l'époque, leur découverte n'avait pas provoqué d'intérêt particulier, car les pierres étaient troubles. Personne ne se doutait qu'elles deviendraient pures et transparentes après un traitement approprié. Car les saphirs d'Ilakaka doivent être chauffés et taillés pour être commercialisés. À l’état brut, ils peuvent être confondus avec des pierres fines de moindre valeur. Chaque soir au comptoir d'Ambarasy, à la sortie de la ville, ils font l’objet d’âpres convoitises lorsque les mineurs viennent proposer aux négociants leur découverte du jour. L'enceinte est fermée, entourée par une palissade en bois et l'unique entrée est gardée par des gendarmes, fusils au poing. Là, une cinquantaine de baraques en bois sous tôles sert de bureaux d'achats. Les négociants sont surtout sri-lankais et thaïlandais. 80% de la production est exportée dans ces deux pays. Leur oeil expert sait reconnaître les plus belles pierres brutes qui seront ensuite expédiées dans leurs ateliers. Le saphir sera ainsi chauffé et taillé pour que son bleu d'origine soit accentué et le prix d'achat multiplié. À Madagascar, les hommes ne connaissent pas le traitement des pierres. Le gouvernement voudrait pourtant les former à ces savoir-faire pour que le pays gagne en valeur ajoutée. Seul, un négociant suisse installé à Ilakaka sait transformer les pierres brutes en bijoux.

L’EXTRACTION À MAINS NUES Ilakaka est actuellement le plus gros gisement de saphirs au monde. Il s'étend sur 250 km de long et 50 km de large. Il représenterait plus de 40 % du marché mondial du saphir. Au bord de la rivière d'Ilakaka, les terrains miniers sont nombreux. La surface du sol est trouée tel un morceau de gruyère. Plusieurs milliers de mineurs y travaillent chaque jour, au péril de leur vie. Toute la journée, ils décapent. Autrement dit, ils creusent avec leurs pioches et leurs pelles pour atteindre le niveau alluvionnaire, là où se niche le saphir. La mine est constituée d'un trou vertical d'un mètre de diamètre et de cinq à vingt mètres de profondeur. Certaines fosses peuvent atteindre soixante mètres de profondeur. Le mineur enfile un sac de toile jusqu'à la taille et descend dans le trou, le long d'une corde à l’aide d’une manivelle actionnée par ses collègues. Au fond, faiblement éclairé par sa lampe frontale, il creuse à mains nues une galerie, à l'horizontale cette fois-ci. Lorsqu’il manque d'oxygène, ses collègues lui font parvenir un sac plastique dans lequel il s’empresse de respirer. La terre extraite, qui devrait contenir les fameuses pierres précieuses, est remontée à la surface dans des sacs pour être ensuite tamisée dans l'eau de la rivière.

Les mineurs sont souvent rémunérés à la journée. Ils travaillent seuls, en famille ou financés par des patrons malgaches ou étrangers. Parmi les exploitants miniers, il y avait entre autres le beau-frère d'Oussama Ben Laden, le milliardaire saoudien Mohammed Jamal Khalifa. Il a été assassiné à Ilakaka en janvier 2007. Aujourd'hui, la ferveur anime toujours autant Saphir City. Les mineurs continuent avidement à gratter le sol… 95 % d'entre eux ne trouveront jamais rien. 3% découvriront des petits cailloux qu'ils vendront difficilement et 2 % auront la chance de tomber sur le fameux caillou bleu…


P U B L I - R E P O RTAG E BAT ’ C A R R É · 34

FORCE EDF à Nosy Komba

Bernard Malherbe, responsable de Force EDF, structure humanitaire spécifique à cette grande maison, sélectionne à Paris les projets en osmose avec son éthique. L’énergie que déploie le romain Stefano Palazzi depuis vingt ans pour mener à bien son projet de développement global à Nosy Komba dans le village pilote d’Antintorona ne pouvait rencontrer que son approbation. C’est ainsi que dernièrement, deux agents d’EDF Réunion sont partis en mission là-bas pour analyser les conditions d’installation du réseau d’électrification qui sera mis en service en 2013.

VINGT ANS D’ÉNERGIE


UNE UTOPIE EN ORDRE DE MARCHE

L’histoire commence donc il y a 20 ans lorsque Stefano, en visite touristique, est subjugué par ce coin isolé de Madagascar. Il lui vient alors l’idée de construire un village autour de l’enfant, de son besoin de se nourrir, de s’instruire, l’apprentissage d’un métier, l’éducation aussi de ses parents à mieux préparer son avenir... L’expérience acquise en Haïti du temps des Duvalier lui montre que pour réussir dans ce genre d’entreprise, il faut viser l’autonomie des personnes que l’on amène à sortir d’une situation précaire, mais aussi responsabiliser les chefs de projet pour qu’ils aillent au terme de leur mission. Stefano va encore plus loin dans la démarche, puisque son but est de créer un modèle reproductible de développement durable où les dimensions écologiques sont associées aux dimensions humaines, sociales et économiques.

POUR CONSTRUIRE

L’EXPERTISE D’EDF

UNE SOCIÉTÉ SOLIDAIRE

AU SERVICE DU PROJET

Le village pilote d’Antintorona fait partie des six hameaux de l’île de Nosy Komba située au NordOuest de Madagascar, dans la région de Nosy Be. Depuis 1992, Stefano, accompagné de plusieurs partenaires et associations humanitaires construit avec les habitants un modèle de vie collective qui respecte la culture malgache. Tout un environnement basé sur les règles d’hygiène se structure par étapes, assainissement, installation de conduits d’eau potable et de fontaines, construction de chemins cimentés, de maisons en béton, parcellisation…tandis que se déploie la partie éducative dédiée à l’enfant, école maternelle, école primaire, collège, internat de 75 places pour les enfants venus de l’autre côté de l’île, école d’art, école de mécanique pour apprendre tous les métiers de la construction… Les élèves dès l’âge de six ans reçoivent un ordinateur pour se lancer dans l’apprentissage du monde de demain ! Et Stefano de clamer haut et fort : « Je vais chercher les meilleurs, le niveau d’intervention le plus haut possible. » Très respectueux de l’expertise de ses partenaires, il impose le cadre d’intervention qui va dans le sens de la responsabilisation de chacun. Alors que Madagascar n’arrive pas à sortir du chaos, dans cette enclave bien à l’abri des convoitises, toute personne qui travaille est rémunérée, le taux de natalité est très bas, les revenus sont mutualisés. Ainsi, la contribution versée par les habitants qui vont recevoir l’électricité à domicile servira à construire une nouvelle école.

Une fois la décision prise d’apporter un soutien logistique et financier au projet de Stefano, les ressources humaines et techniques sont mobilisées à partir de la structure EDF la plus proche. C’est ainsi que Jean-Pierre Poutaredy et Yves Lépinay, agents EDF réunionnais, sont désignés pour accompagner cette mission. Ils n’étaient jamais allés à Madagascar et n’avaient aucune idée de ce qu’ils allaient faire là-bas. Le matin du départ, Bernard Malherbe leur explique la situation dans un bureau de la rue Sainte-Anne. Puis, ils prennent la direction de l’aéroport. Atterrissage à Nosy Be quelques heures plus tard. Traversée de la baie en pirogue jusqu’au village. Le comité d’accueil conduit par Stefano les attend sur la plage. Éric, l’ingénieur français à la retraite qui a réalisé la station de production de glace, est présent aussi. Jean-Pierre et Yves ne se sentent pas dépaysés, ils ont seulement l’impression de se trouver 50 ans en arrière, à La Réunion. Par contre, ils sont impressionnés par ce que Stefano a réussi à réaliser en partant de rien. Un engagement hors du commun qui force l’admiration. Polyvalent, il aide ou dirige tous les travaux et sert aussi de conciliateur en cas de discorde. En une journée, les agents d’EDF aidés par Éric ont fait l’état des lieux, calculé les moyens à mettre en œuvre pour sécuriser le réseau et le mettre aux normes européennes. Chaque bâtiment, chaque habitation aura son disjoncteur, une centaine de points de distribution seront nécessaires pour alimenter tout le village. Il va falloir creuser des tranchées pour enterrer les câbles. Une turbine a été installée dans la rivière avec les moyens du bord, mais les fils sont mis à nu, les boîtiers ouverts représentant un vrai danger pour les enfants. De retour à La Réunion, Jean-Pierre Poutaredy et Yves Lépinay s’attaquent à la lourde phase de préparation, réalisation des plans, choix et commande du matériel qui sera acheminé au mieux pour que les travaux puissent commencer. Et en 2013, ils partiront de nouveau à Antintorona mettre en service le réseau qu’ils ont conçu, expliquer aussi comment l’exploiter.


R E N C O N T R E · 36

Depuis novembre 2011, les Archives départementales rendent hommage au photographe Jean Colbe à travers l’exposition Saint-Denis, la modernité des années 60 qui va se poursuivre jusqu’au 30 juin 2013. Une occasion de faire connaissance avec l’homme et surtout le couple Colbe, l’un n’étant pas dissociable de l’autre. Raymonde épaule Jean depuis la création du premier Studio Colbe et aujourd’hui encore, elle parle pour lui, sous son approbation.

jean

CO LB E regard intime sur sa vie

D’ailleurs, lorsque la conversation s’éteint un peu et que les mots viennent à manquer, Jean supplie Raymonde du regard pour qu’elle prenne le relais. C’est un immense plaisir de passer du temps à les écouter. Ils parlent d’une même voix dans une symphonie à deux. Jean Colbe, « L’oeil du témoin »*, photographe reporter, indépendant, maîtrisait aussi la photogravure et diverses techniques de développement photographique. Il a pris sa retraite bien avant que le numérique n’envahisse le marché.

* Titre du livre de Daniel Vaxelaire édité chez Orphie


L’EXPOSITION COLBE AUX ARCHIVES DÉPARTEMENTALES

Coordonnée par Lise Di Pietro, directrice adjointe des Archives départementales, l’exposition conçue par le commissaire Nadine Rouayroux reconstitue en premier lieu l’ambiance chaleureuse du studio Colbe. On entre dans la boutique : comme autrefois, tout y est, même le laboratoire de développement des pellicules en argentique, qui rappelle étrangement les ateliers photos du lycée. Puis, dans le hall des archives, une immense photo aérienne du centre-ville interpelle les visiteurs. Elle est entourée de murs d’images qui témoignent du développement urbanistique de Saint-Denis photographié par Jean Colbe pour la SIDR, en particulier les quartiers de La Petite-Ile, La Source, Les Camélias, Sainte-Clotilde et le Chaudron. En 2008, Jean Colbe, avec l’accord de sa femme Raymonde, a légué son fonds photographique aux Archives départementales dont Lise Di Pietro décrit synthétiquement le contenu : « Le fonds Jean Colbe se compose de négatifs souples et de tirages papier noir et blanc. Il est structuré en reportages thématiques classés par année, essentiellement consacrés à la ville de Saint-Denis. Il comporte aussi des photographies de cérémonies familiales et des photographies d’identité. Un témoignage sur La Réunion des années 50-70 à travers la vie de tous les jours, mais aussi à travers les grands événements. » Support pédagogique pour les scolaires, l’exposition est visitée par les classes et sert également d’atelier créatif, comme le souligne Lise Di Pietro : « Un partenariat avec l’Académie de La Réunion a permis à trois classes de CE2 de rencontrer Jean et Raymonde Colbe et de réaliser des reportages photographiques sur leurs quartiers. Les photographies des classes sont exposées dans le hall des archives, en marge de l’exposition. Ce partenariat se poursuit avec d’autres classes de primaire. »


39 · R E N C O N T R E

RENCONTRE AVEC RAYMONDE ET JEAN COLBE

QU’EST-CE QUI VOUS A DÉCIDÉ À CONFIER VOTRE FONDS AUX ARCHIVES DÉPARTEMENTALES ? Nous avons été obligés de déménager, après avoir vécu une trentaine d’années à Bellepierre dans une grande maison avec 5 000 m2 de terrain. J’y avais installé un laboratoire, avec un bureau et une salle de bain. (Raymonde) À notre âge, il faut être raisonnable, on ne pouvait plus rester là-bas. Et donc, ici, dans cet appartement, nous avons beaucoup moins de place, il a bien fallu se séparer de toutes ces caisses de reportages et de ces milliers de clichés. Et d’ailleurs, c’est très drôle de revenir ici, rue Alexis de Villeneuve. C’est toute notre vie cette rue, le premier studio se trouvait à l’autre bout de la rue, nous nous sommes mariés à la Cathédrale, juste en face…

QUE PENSEZ-VOUS DE CETTE EXPOSITION ? C’est superbe. C’est un bel hommage à mon travail. Le studio est vraiment bien reconstitué. Ce qui nous a le plus impressionnés, Raymonde et moi, ce sont les réactions des enfants, les questions qu’ils ont posées avec autant de facilité. Nous étions tous réunis dans une salle du théâtre de Champ Fleuri, ils étaient curieux de tout, c’était un grand moment.


POUR FAIRE CONNAISSANCE, NOUS ALLONS REMONTER DANS LE TEMPS. QU’EST-CE QUI VOUS A AMENÉ À QUITTER VOTRE ALSACE D’ORIGINE POUR VENIR À LA RÉUNION ? Je travaillais pour le journal Les Dernières nouvelles d’Alsace. J’avais déjà acquis pas mal d’expérience en prises de vue, en développement et en photogravure. J’ai répondu à la petite annonce de Monsieur Fernand Cazal qui cherchait un photographe et un photograveur pour la création d’un nouveau journal – il s’agissait du Journal de l’île. Monsieur Cazal recherchait quelqu’un de l’Est, parce que pour lui, ce sont des gens sérieux ! Je l’ai rencontré à Chatou, dans les environs de Paris, chez ses amis. Je connaissais La Réunion à travers ma collection de timbres ! Il a fallu demander la permission à mes parents, je n’avais que 20 ans à l’époque et la majorité était à 21 ans. Ma mère n’était pas contente de me voir partir si loin, mais mon père au contraire trouvait que c’était bien pour moi – les voyages forment la jeunesse. Le voyage a été très long, un mois de bateau sur l’Éridan, j’avais hâte d’arriver !

VOS PREMIÈRES IMPRESSIONS EN ARRIVANT ? En débarquant à la Pointe des Galets, en décembre 1949, j’ai trouvé ça très triste, ça ne correspondait pas à l’idée que je me faisais de La Réunion. Puis, une jeune fille m’a sauté au cou, pensant que j’étais son fiancé ! Il est vrai que ça faisait longtemps qu’elle ne l’avait pas vu et je lui ressemblais un peu… Avant de partir, je m’étais acheté dans un magasin spécialisé dans les habits tropicaux toute une panoplie de vêtements, dont une belle saharienne d’une blancheur immaculée. Puis, j’ai pris le petit train qui traverse le tunnel et je suis arrivé à Saint-Denis. En descendant, j’étais couvert de poussière noire ! J’étais quelque peu désappointé. Monsieur Cazal qui m’attendait pour me faire visiter son imprimerie, rue Alexis de Villeneuve, m’a gentiment fait remarquer que nous n’étions plus au temps des colonies - La Réunion est devenue un département en 1946.


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VOTRE INSTALLATION … C’était formidable, j’aimais ce que je faisais, beaucoup de photogravures et quelques reportages. Dès que j’avais du temps de libre, je parcourais La Réunion avec le fils Cazal avec qui je m’entendais bien et des amis que je m’étais fait à l’imprimerie. Nous étions très sportifs, nous faisions beaucoup de randonnées et des balades à cheval aussi… J’adorais faire des photos, j’emmenais toujours mon appareil avec moi avec deux objectifs, un grand angle et un téléobjectif. Je faisais aussi des cartes postales. J’aimais photographier les paysages, des scènes de rue aussi, le vendeur de pistaches sur le trottoir… J’habitais dans un pavillon dans le jardin du château Lauratet qui, à l’époque, était la maison Cazal.

VOUS VOUS ÊTES RENCONTRÉS ASSEZ VITE, EN FAIT… En ce temps-là, les jeunes se promenaient au Barachois, en fin de journée, les garçons d’un côté et les filles de l’autre en écoutant la TSF qui diffusait des morceaux de musique. (Raymonde) Un jour où il pleuvait des trombes d’eau, mon oncle Raoul m’a proposé de nous abriter, ma copine et moi, dans sa voiture. Jean était avec lui et, ma foi, je l’ai trouvé très beau garçon ! (Jean) Oui, j’étais très timide, je n’osais pas lui parler. (Raymonde) Mon père était très sévère, il envoyait mes frères pour me surveiller et Jean leur donnait des bonbons pour qu’ils aillent jouer un peu plus loin !


L’ANNÉE 1951 FUT UNE GRANDE ANNÉE PERSONNELLE ET PROFESSIONNELLE POUR VOUS… Oui, c’est l’année de parution du premier numéro du Journal de l’île de La Réunion. C’était le premier journal illustré, c’était la force de Monsieur Cazal d’avoir compris avant les autres que c’était ce qu’il fallait faire. On suivait les compétitions sportives, on était partout. Puis, je suis allé demander la main de Raymonde à Monsieur Garçonnet, un moment pas facile. Nous nous sommes fiancés en septembre et mariés en décembre. (Raymonde) Le photographe a perdu toutes les photos, on a dû refaire plus tard la photo de mariage en studio avec ma robe froissée ! Et nous sommes partis en voyage de noces à l’hôtel des Salazes à Hell-Bourg, un endroit superbe !

C’ÉTAIT LA BELLE ÉPOQUE … Oui, nous allions danser souvent. (Raymonde) Chacun organisait son bal, il y en avait tout le temps, bal des pompiers, bal de la gendarmerie et il y avait surtout le bal de l’hôtel de ville dans la belle salle du premier étage. Jean faisait le reportage et ensuite, nous dansions.

ARRIVE L’EXPIRATION DE VOTRE CONTRAT QUE VOUS N’AVEZ PAS VOULU RENOUVELER ? Au départ, j’avais signé un contrat d’une durée de cinq ans. Tout se passait bien, je m’entendais bien avec Monsieur Cazal. Puis, il a fait venir un nouveau directeur pour moderniser l’outil et on ne s’est pas entendu, sa jalousie envers moi l’égarait. J’ai préféré m’en aller. C’est là que j’ai décidé de retourner en Alsace. (Raymonde) Nous commencions à peine à nous installer, Jean apprenait le traitement des photos en couleur, une place se libérait Aux Dernières Nouvelles d’Alsace, j’avais trouvé un emploi à La Poste et le télégramme est arrivé, papa venait de décéder, nous sommes rentrés en urgence.


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VOUS CRÉEZ ALORS VOTRE PREMIER STUDIO… (Raymonde) Mon père tenait une quincaillerie en bas de la rue Alexis de Villeneuve. Il y avait un local vide, c’est là que nous avons installé le Studio Colbe, c’était le premier laboratoire climatisé de l’île ! (Jean) Personne ne pensait que ça marcherait, et nous avons eu un succès fou dès le départ. Je faisais les photos de mariage, les photos officielles et les commandes. (Raymonde) Moi, je travaillais à la Poste à la Direction des Ressources Humaines et le soir, le week-end, je m’occupais de la comptabilité et de tous les petits travaux. Nous avions pris mes trois petites sœurs avec nous et ma mère qui était malade. Puis, notre fils aîné, Christian, est né en 1958 et notre cadette, Corinne, en 1960.

VOTRE REPORTAGE LE PLUS DIFFICILE ? J’ai été le premier photographe à couvrir une marche sur le feu. Les Malbars n’étaient pas contents, ils disaient que ça portait malheur, que j’allais mourir dans l’année. Le directeur de l’usine de la Mare, Monsieur Lagourgue, m’avait demandé de faire ce reportage. Ensuite, les Malbars sont venus au studio demander les photos et c’est passé dans les mœurs. Et puis, en 1959, la seconde visite du Général de Gaulle. C’était une folie, il a fallu tirer des milliers de photos,


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tout le monde voulait sa photo souvenir ! `

ENSUITE, VOUS VOUS INSTALLEZ AU BARACHOIS… Oui, il n’y avait rien à l’époque, c’était un désert. Nous avons ouvert le « Studio J. Colbe » au rez-de-chaussée du nouvel immeuble qui venait de se construire et nous avons pris un appartement au dernier étage. Puis, Air France s’est installé et petit à petit, les autres sont arrivés. On avait fait les choses en grand, un beau magasin avec un comptoir fait sur-mesure. Il y avait le laboratoire, le studio et le magasin. J’étais représentant exclusif de Kodak, Polaroïd et Nikon. Nous allions tous les quatre ans au salon mondial de Cologne. Nous avons beaucoup voyagé. Puis, les reportages se sont multipliés. Je travaillais, entre autres, pour Émile Hugo, le patron des Sucreries de Bourbon, il m’emmenait dans son avion prendre des photos aériennes. Je travaillais beaucoup sur l’urbanisation croissante de Saint-Denis, pour la SIDR, pour l’Équipement…jusqu’au moment où j’ai pris ma retraite. Le numérique, ce n’est pas pour moi !

Les derniers mots du couple :

« ON A EU UNE VIE BIEN RÉUSSIE !!! »


H O R I Z O N S AU VAG E 路 46

MO ZAMBIQUE

PHOTOGRAPHIE

eRic LaGaRGue


V OYAG E V OYAG E · 48

© Christophe Boisvieux

TEXTE

FRancine GeoRGe

© Roland Beaufré


T A N G E R la muse intemporelle


© Roland Beaufré

PREMIER REGARD ET INTUITION

De nombreuses légendes accompagnent la naissance de Tanger. Fondée en 900 avant Jésus-Christ par les Phéniciens, elle devient romaine en 706, puis arabe jusqu’en 1471, date à laquelle les Portugais s’en emparent. Espagnole, puis Portugaise à nouveau, elle finit sous le joug des Anglais en 1661. Champ d’action privilégié des puissances étrangères européennes, Tanger prend le statut de ville internationale de 1923 à 1956, gouvernée par tous les pays occupants et un représentant du sultan. Période faste qui a attiré de nombreux artistes, diplomates, espions, hommes d’affaires, voyageurs, aventuriers, escrocs, tous…à la recherche d’un eldorado. Tanger, à la croisée des mondes, est depuis toujours le théâtre des rêves les plus fous. Pourtant, elle a su harmoniser ses contrastes. De tout temps, elle a inspiré les plus grands peintres, écrivains, musiciens et vit aujourd’hui des mythes qu’ils ont créés. Le cinéma n’est pas en reste et sa toute nouvelle cinémathèque, anciennement le cinéma RIF, en garde précieusement la trace. Balade littéraire et cinématographique dans cette ville mythique, rendez-vous des civilisations.

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En traversant le détroit de Gibraltar, les voyageurs qui arrivent en bateau s’extasient devant cette vue panoramique à nulle autre pareille, comme le souligne l’Italien Attilio Gaudio : « Là où les eaux bleues de la Méditerranée se mêlent aux eaux vertes de l’Océan, dans ce détroit qui est un des carrefours les plus fréquentés du monde depuis des millénaires, une ville blanche s’étale en amphithéâtre, offrant aux spectateurs une des plus belles scènes naturelles du continent africain. » Alexandre Dumas, fasciné, lorsqu’il s’approche de cette première escale africaine, écrit dans Véloce : « Il y a dans ce mot Afrique, quelque chose de magique et de prestigieux qui n’existe pour aucune des autres parties du monde ». Tandis que Pierre Loti souligne la proximité géographique de l’Europe tout en s’étonnant de ses différences : « Elle est tout près de notre Europe, cette première ville marocaine posée comme vedette sur la pointe la plus au nord de l’Afrique (…) ici, il y a quelque chose comme un suaire blanc qui tombe, éteignant les bruits d’ailleurs, arrêtant toutes les modernes agitations de la vie. » Tanger est donc un monde de contrastes, le point de rencontre entre le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident, l’Europe et l’Afrique, une « ville monde » qui a suscité toutes les convoitises et connu son apogée lorsqu’elle acquiert le statut de zone internationale.


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IMAGINAIRE FASCINANT

LUMIÈRE D’UNE RARE INTENSITÉ

Tous ceux qui décrivent Tanger, plus d’une centaine de peintres, photographes et tout autant d’écrivains, s’extasient sur cette lumière si particulière qui baigne la ville et ses rivages : « En fait, ce qui n’a pas changé à Tanger quatrevingt-dix ans après la première visite de Matisse, c’est la lumière. », écrit Tahar Ben Jelloun dans Chambre 35, célèbre tableau peint à l’hôtel Villa de France où le peintre avait pris ses quartiers. Presqu’un siècle plus tôt, Eugène Delacroix, invité en mission diplomatique, « découvre aussi la lumière du sud qui va l'aider à faire de ses tableaux une fête pour l'œil. » Dans son journal, il décrit cette grande histoire d’amour avec Tanger qui se traduit par de nombreux dessins, esquisses, aquarelles, tableaux tel La noce juive. Eugène Delacroix, à l’écriture sensible, parle aussi de ses rencontres émerveillées avec les Tangérois : « Ils sont plus près de la nature de mille manières : leurs amis, la forme de leurs souliers. Aussi, la beauté s’unit à tout ce qu’ils font. Nous autres, dans nos corsets, nos souliers étroits, nos gaines ridicules, nous faisons pitié. La grâce se venge de notre science. »

L’écrivain américain Paul Bowles - un des auteurs les plus emblématiques du Tanger cosmopolite s’y installe définitivement pour se consacrer à la littérature, laissant au passé son talent de musicien. Dans Mémoire d’un nomade, il décrit son coup de foudre pour Tanger : « Si je dis que Tanger me frappa comme une ville de rêve, il faut prendre l’expression dans son sens littéral. Sa topographie était riche de scènes oniriques : des rues couvertes semblables à des couloirs, avec de chaque côté, des portes ouvrant sur des pièces, des terrasses cachées dominant la mer, des rues qui n’étaient que des escaliers, des impasses sombres, des petites places aménagées dans des endroits pentus, si bien que l’on aurait dit les décors d’un ballet dessiné au mépris des lois de la perspective, avec des ruelles partant dans toutes les directions. » À l’entrée de la médina, le Grand Socco – le grand marché – est décrit par quelques auteurs comme Joseph Kessel : « Aujourd’hui comme autrefois, du matin jusqu’au soir, marchands, acheteurs et curieux se rencontrent en plein soleil, en plein vent, sur le Grand Socco, parmi les guenilles aux cent couleurs et la rumeur aux mille cris. » Le roi Mohamed V a choisi la place du Grand Socco pour prononcer son discours historique appelant à la réunification du pays. En 1956, Tanger sera rattachée au Maroc devenu indépendant et, pour éviter une trop grande fuite des capitaux, elle est dotée d’une zone franche en 1960. Lieu foisonnant de scènes captivantes, où toute la corruption s’y donne rendez-vous, les écrits sur le Petit Socco ou le Chico Socco sont prolixes. L’Américain Truman Capote dans Impressions de voyage, décrit l’ambiance et l’effervescence des lieux : « Il n’y a pas un seul moment du jour ou de la nuit où le Petit Socco ne soit surpeuplé. C’est là pour les prostituées un terrain de manoeuvre, pour les trafiquants de drogue, une gare de triage. Et c’est encore un nid d’espions. C’est enfin, tout simplement, l’endroit où l’homme de la rue vient prendre l’apéritif du soir. »


© Michel Denancé

ENIGMATIQUE ET ENVOÛTANTE, TANGER VEDETTE DU SEPTIÈME ART

En 1934, Jean Genet écrit dans Journal du voleur : « J’aurais voulu m’embarquer pour Tanger. Les films et les romans ont fait de cette ville un lieu terrible, une sorte de tripot où les joueurs marchandent les plans secrets de toutes les armées du monde. De la côte espagnole, Tanger me paraissait une cité fabuleuse. Elle était le symbole même de la trahison. » Paradis fiscal, charmes mauresques, opulence occidentale, refuge ou havre de paix, Tanger montre ce qu’elle est tout en gardant sa part de mystère selon Pierre Malo : « Nulle ville au monde n’est plus séduisante, et dans un sens, plus mystérieuse. Changeante, multiple, insaisissable, toujours prête à vous accueillir, assoiffée d’or, gorgée de légendes, Jardin des Hespérides (…) Tanger ne semble se donner que pour mieux se reprendre. » Depuis le départ, Tanger est la trame idéale des films d’espionnage ou des films policiers comme La môme vert-de-gris avec Eddie Constantine, Le lion et le vent avec Sean Connery, ou tout dernièrement Inception avec Leonardo di Caprio. Le cinéma d’auteur est aussi présent avec, par exemple, Un thé au Sahara, réalisé par Bernardo Bertolucci d’après le roman de Paul Bowles ou Loin, d’André Téchiné qui révèle le conflit intérieur de la jeune génération tiraillée entre partir ou rester.

Tanger, à la grande époque internationale, offrait une kyrielle de salles obscures, les premiers films muets étaient visionnés à l’Alcazar, les productions égyptiennes au cinéma Vox, les productions hollywoodiennes ou les westerns au Cinéma-américano, les films espagnols ou sud-américains au Cervantès, les films français au cinéma Paris … Aujourd’hui, presque toutes ces salles ont disparu. La rénovation en 2007 du cinéma RIF et transformé à l’occasion en cinémathèque, tient du miracle. L’architecte Jean-Marc Lalo a réussi l’alliance des techniques de pointe, décor rétro d’origine et rappel des couleurs de la rue. L’esprit des lieux a si bien été valorisé que les habitués d’une certaine époque ont l’impression que rien n’a été changé ! Lieu de vie et d’échanges, un passage intérieur a été transformé en café sous une longue verrière. Salle « Art et Essai » avec des films d’auteurs de tous les pays, la Cinémathèque dispose de deux salles (300 et 50 fauteuils). Elle anime un ciné-club pour enfants, des ateliers, des master-classes et dispose d’une salle de montage, et d’une bibliothèque.


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La Cinémathèque de Tanger

JEAN-MARC LALO, SPÉCIALISÉ DANS LES ÉQUIPEMENTS CULTURELS, EST DEVENU, LUI AUSSI, COMPLÈTEMENT AMOUREUX DE CETTE VILLE OÙ IL REVIENT CONSTAMMENT. IL NOUS PROPOSE CE VOYAGE CULTUREL ET ARCHITECTURAL VIA SA RÉALISATION, LA CINÉMATHÈQUE DE TANGER.


TEXTE

Jean-maRc LaLo micHeL denancé

PHOTOGRAPHIE

TANGER À LA POINTE

Tanger, passage mythique et lieu cosmopolite intense. Lieu fameux de villégiature d’artistes depuis longtemps, on y rêve dans cet entredeux d’Afrique et d’Europe. Durant ses heures de gloire, la ville était divisée en plusieurs zones internationales. Les présences étrangères font partie du paysage urbain. Aujourd’hui la ville s’agrandit, portée par le développement des activités industrielles s’entassant autour de cette porte. Un port de plaisance est en aménagement sur la baie de Tanger, le port industriel est déjà programmé à quelques kilomètres de là. Mais on traverse encore ces ambiances croisées : ici, les murs des maisons dans la kasbah ont des fenêtres, là, les maisons ont des corniches chargées de mouluration, et toujours ces rues étroites contrastant avec ces avenues de la ville moderne. Le travail de la photographe tangéroise Yto Barrada exprime cette puissance particulière des images de Tanger : oubli, évasion, abandon, reconquête. Les côtes de l’Espagne visibles à l’œil nu, espoir d’une autre vie dans un monde de l’autre côté.

Ville dense et dispersée dans ses étalements, les lieux publics sont urbains : des places, des murs de remparts, des cafés, la mer, et encore une fois, ces côtes de l’Espagne au loin. La création de la Cinémathèque de Tanger est un travail sur le mythe et l’identité. Le cinéma Rif existe depuis les années 40, fait partie d’une poignée de cinémas installés dans la ville. Son exploitation a été reprise par Yto Barrada, pour en faire une cinémathèque, en ouvrant le champ des films à l’ensemble de la production NordAfricaine et Moyen-Orientale, depuis le Maroc jusqu’à la Palestine. La cinémathèque, c’est aussi un formidable travail de programmation, avec Bouchra Khalili, artiste vidéaste marocaine, avec la Lanterne Magique pour les enfants, le public de demain. Une programmation destinée aux 2 salles de cinéma mais aussi hors les murs, pour des festivals, des rencontres, comme actuellement au Musée du Jeu de Paume à Paris pendant 2 semaines.


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LE CINÉMA RIF DEVIENT LA CINÉMATHÈQUE DE TANGER

Réaliser un projet culturel, pour un architecte, c’est formidable et éprouvant. C’est un travail de concrétisation d’un projet au service de l’art, avec des budgets toujours limités. C’est programmer dans le temps ce qui doit être fait maintenant, ou ce qui peut être fait plus tard en fonction des ressources. Il y a également une dimension onirique plus forte dans ces projets, dont on attend des émotions.

Et c’est là que la face mythique du lieu entre en résonance avec nos rêves. Un lieu anobli par le temps et non usé. Forcément, cela a des liens inconscients entre nous et ce bâtiment dans lequel on entre. Un lieu culturel, c’est associer des espaces destinés à l’œuvre artistique, et des espaces où l’on parle ensuite, on repense à ce que l’on a vu. Le café est ce sas entre ces mondes. Située sur la place du Grand Socco, la terrasse du cinéma est un belvédère, un cadrage sur une scène toujours en tournage. Les taxis se succèdent, les cireurs de chaussures sont présents, les enfants crient, un vendeur de musique marque sa présence par un haut-parleur dans un landau. Et la multitude des couleurs et des vêtements : caftans en laine, jeans, capuches pointues, babouches jaunes ou baskets. Lieu d’échange et d’influence, cette structure inédite dans le contexte marocain a trouvé un formidable écho à l’étranger. Saluée, entre autres, par la revue new-yorkaise NY Arts Magazine, la cinémathèque de Tanger fait tout récemment partie de l’annuaire « Art spaces directory » des 100 lieux de culture qui font bouger le monde, édité par le New Museum de New York.


ti

kok


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PORTRAIT Dans le rond Tikok est un roi. Et comme un roi, il est épié, redouté, envié, craint. Sa maison n'a rien d'ostentatoire. Une grande varangue pour les voitures, un petit escalier pour atteindre la cuisine et le salon, et une porte au fond. « Lé la ! » Un immense poulailler, parfaitement organisé, poules, chiens, boucs et une centaine de coqs dans des cageots individuels soignés. « Moin la entre 600 et 700 coqs en tout ! Et nena plusieurs cageots un peu partout mais di pas où hein ! Sa lé dangereux ! »

TEXTE

sYLvain GéRaRd

PHOTOGRAPHIE

& ILLUSTRATION

HippoLYte

« MI DI PA MON NOM, MI DI TIKOK ! LA PROFESSION ? MI FÉ RIEN QUE COMBAT DE COQS ! A LA RÉUNION TOULMONN I DI TIKOK C'EST LE MEILLEUR ! SA MI KONÉ PA… MAIS TOULMONN I DI. »


BATAY E K O K · 60

LA RENCONTRE

Comme beaucoup d'éleveurs, Tikok a grandi au milieu des coqs, dans le fond de cour. Et le week-end au rond, avec papa. Avant lui, son père en vivait déjà. Et tout jeune il a commencé à observer, à voir, à comprendre. Tikok a l'œil. Un œil sûr. Il sait reconnaître les bons coqs. Alors il achète, revend. Un coq dans sa main peut valoir dix fois plus cher que dans la main d'un autre éleveur. Une réputation construite au fil du temps et des victoires. Une vie de victoires. Sa maison est remplie de coupes. Partout ! Tikok est fier. « Et mi peu pas mettre toutes ! naurai point de place pour rien d'autre seulement ! » Il est un des rares éleveurs de La Réunion à vivre des combats de coqs. Pas un hasard. Tikok ne sait ni lire ni écrire, mais il sait compter. On le dit aussi rusé que joueur et beaucoup d'éleveurs veulent « se faire » Ti-Kok sur le rond. Lui observe tout ça. Ils observent les coqs dans son rond. Chaque jour avec la même passion. Il observe les victoires à venir. Avec le sourire.

Le tan té dou, le jour la navé poin la briz. Kank nou débark la kaz Ti-Kok, nou kroiz in vye monn trinn balèye le pti shemin. Sa son tonton, ayi ossi dann tan té fé Bataye Kok, ayi ossi té dann trin le ron paryaj èk bann zamatërdkok konbatan. Nou koz inn ti ninstan èk vye monn la, lu rakont anou le tan avan kank lu té dsann a pat « Park dé Prinse » dimansh matin pou fé konba. Té sa pa o tanp, té sa pa la mèss, té atann rienk lër le ron i rouv pou tante la shanse pou aranj la posh sinon sa pou ginye la shiass. Dann kozman vye monn la mi kap parèye in lassuranse, lu tienbo droite èk son balié pou fé troi-pat, le tan i pass... Ti-Kok i débark. Toudsuit pou toudsuit mi romark in nafèr, sé pak zot i rosanm, non, lé an missouk, dann son manièr, dann son kozé, néna parèye inn forse i kouv annsou kom son tonton, komsik na in nafèr i déssot toute bann jénérassion. Bataye Kok... Konbadkok... Paryaj... Ti-Kok la pa in békërdklé, lu fé rienk sa minm jour an jour, sa son métié, son sël travaye, la pa in passtan. Pluse ankor, ayi minm i di : « Le ronnkok sa lé kom inn drog, toultan ou lapré majine ayi, ou ginye pa sanpassé, lé komsa minm, lé pa otreman. »


Silence méditatif avant les tensions de l’entraînement qui fera le choix des coqs du prochain combat.

Ti-Kok i marsh pa son toussël dann ron parèye toute bann zamatër. Na son kouzin, na son garson, sonn ti nëvë, son lékip, toute dann minm trin. Askiparé pou lu jordu, lé pa fassil pou fé konba, fo fé soumin akoz nad boug lé krintif astër. Fok mi di ossi kank Ti-Kok i fé joué in kok, lu pèrd pa souvan, dizon prèske jamé. DANN KONBADKOK ? KISSA TI-KOK I LÉ ? TOULMONN I KONÉ...

Ce jour-là, il faisait beau, il n'y avait pas de vent. Lorsque nous arrivons chez Ti-Kok, nous rencontrons un Ancien en train de balayer la petite route. C'est son oncle, lui aussi faisait les Batailles Coqs dans le temps, lui aussi était dans le business des paris avec les professionnels des coqs de combats. Nous parlons un moment avec cet Ancien, il nous raconte le passé lorsqu'il allait au « Parc des Princes » à pied le dimanche matin pour faire combattre. Il n'y avait ni temple, ni messe, il y avait juste l'heure d'ouverture du « rond », que tous attendaient pour tenter la chance et arrondir les fins de mois ou pour avoir la poisse. Dans les paroles de cet Ancien, je capte une assurance, il se tient droit avec son balai dont il se sert comme d'une béquille, le temps passe...

Ti-Kok arrive. Spontanément, je remarque quelque chose, ils ne se ressemblent pas, non, mais il y a chez lui comme une force qui couve en-dessous semblable à celle de son oncle, c'est caché, dans ses attitudes, sa façon de s'exprimer, comme quelque chose qui transcende les générations. Batailles Coqs... Combats de Coqs... Les Enjeux... Ti-Kok n'est pas un oisif, il ne fait que ça tous les jours, c'est son métier, son unique travail, ce n'est pas un passe-temps. C'est plus encore, il le dit lui même : « Le Galodrome c'est une drogue, tu y penses tout le temps, tu ne peux pas t'en passer, c'est ainsi et ce n'est pas autrement. » Ti-Kok n'agit pas seul dans les « ronds » à l'instar de tous les professionnels. Il y a son cousin, il y a son garçon, son petit neveu, son « staff », tous avec le même objectif. Il semble que pour lui, aujourd'hui, cela devient difficile de trouver des combats et il est obligé de passer par des « sousmains » parce qu'il y a des gens qui le craignent à présent. Je dois préciser aussi que lorsque Ti-Kok fait « jouer un coq », il ne perd pas souvent, disons-le, presque jamais.


63 · AU F I L D E S F E S T I VA L S

PHOTOGRAPHIE

TEXTE FRancine GeoRGe LauRent capmas/FestivaL du FiLm de La Réunion

Ce n’est pas un hasard si ce festival des premiers et seconds longs métrages a obtenu depuis deux ans le label de Manifestation Artistique de Qualité. Fabienne Redt a toujours cherché à aller au-devant des publics. Ainsi, « le festival se mobilise contre l’isolement » et se déplace dans les prisons, les hôpitaux, les maisons de retraite. Nathalie Baye, marraine de cœur, est venue soutenir cette initiative. Une expérience inédite où elle partage son émotion d’être là, après la projection du film. Ce festival est aussi l’occasion pour les scolaires de rencontrer acteurs et réalisateurs, tout comme les professionnels dont les ateliers sont ouverts à tous. Et puis, la carte blanche sur la plage des Brisants, offre, gratuitement, les joies du cinéma en plein air. Cette année, François Berléand, avec qui nous nous sommes longuement entretenus,en prend les commandes.

LE PALMARÈS DU JURY

2012

Le président du jury, Lucas Belvaux, souligne « qu’il faut beaucoup d’audace, beaucoup d’engagement pour réaliser une première et une seconde œuvre. La deuxième œuvre, c’est presque comme un premier film, c’est sans doute le plus dur dans la carrière d’un réalisateur, le sas d’entrée ou de sortie définitive est là ! » Réalisateur et acteur, Lucas Belvaux est l’auteur de fictions exigeantes et engagées. Il filme la complexité humaine comme dans « 38 témoins » - basé sur un fait divers avec la volonté viscérale d’interpeller le public pour que cela ne se reproduise plus. Un super président donc pour défendre avec « bienveillance » les six films en compétition. Les jurés, cette année, sont plutôt féminins, Natacha Régnier, Rachida Brakni, Anne Marivin, Amira Casar, Kelly Dargaud, accompagnées du réalisateur Fred Eyriey et du danseur réunionnais Éric Languet. Lucas Belvaux et son jury ont décerné à Mariage à Mendoza d’Édouard Deluc l’orchidée d’or du meilleur film, et l’orchidée passion de la meilleure interprétation féminine à Pamela Contreras. L’orchidée noire de la meilleure interprétation masculine est attribuée à Jean-Pierre Darroussin dans Rendez-vous à Kiruna d’Anna Novion.


LA CARTE BLANCHE 2012 Aux Maldives, François Berléand a pris beaucoup de plaisir à regarder des films en plein air : « L’ambiance est gaie, c’est une façon différente d’aborder le cinéma. » Et lorsque Fabienne Redt lui propose la carte Blanche, il accepte volontiers. Trois films à choisir dont deux dans lesquels il joue. Tout d’abord, il nous offre naturellement « son film de chevet », Bienvenue Mister chance, un des derniers rôles de Peter Sellers. Il l’apprécie tellement qu’il apporte le DVD à chaque fois qu’il est invité, comme on apporte des fleurs à la maîtresse de maison. Il souhaite aussi donner une deuxième chance Aux âmes câlines de Thomas Bardinet qui eut le malheur de sortir en même temps qu’Harry Potter ! Un échec cuisant pour un film où il tient l’un de ses premiers grands rôles. « La solitude du réalisateur est épouvantable dans ce cas-là ! »

Puis, François Berléand nous convie à revoir « Mon idole » de Guillaume Canet, le rôle qui l’a propulsé en tête du box-office. L’occasion de lui demander quel acteur est son idole et lui, de répondre sans hésiter : « Michel Serrault. » Il semble en suivre la trace ! François Berléand nous raconte qu’à l’époque où il cumule les seconds rôles, son agent lui disait « L’inconvénient avec toi, c’est que tu peux tout faire… » et quelques années plus tard, le succès aidant et perdurant, il s’entend dire « L’avantage avec toi, c’est que tu peux tout faire ! » Et c’est exactement ce que l’on peut dire de Michel Serrault, excentrique, drôle, sombre, mystérieux, dramatique… et excellent dans tous les registres ! SÉANCE TRANSAT AVEC FRANÇOIS BERLÉAND

Installé face au lagon, il se livre à bâtons rompus sur son métier. D’une grande gentillesse, il aborde l’entretien avec beaucoup de simplicité. Il plaisante souvent, un brin cynique, pour masquer une sensibilité à fleur de peau ! Sourire esquissé de l’acteur charismatique, François Berléand nous confie que plus jeune, il était « très lunaire » et l’âge aidant, il est devenu « normal – agressif – parisien ! » Il doit sa longue et belle carrière à un traumatisme d’enfance qu’il raconte dans une sorte d’autobiographie « Le fils de l’homme invisible », parue en livre de poche. Il explique qu’à onze ans, il reçoit cette

sentence brutale de son père, sous l’emprise d’un peu trop de vodka. Oui, son père est russe. Doux rêveur, l’âme d’un poète, il s’inventait des mondes, se gardait, bien évidemment, le rôle du héros et conviait souvent les adultes dans son univers d’enfant en imaginant les scénarios les plus improbables. Cette révélation crée des situations ubuesques où, par le hasard des choses, il arrive à se prouver qu’il est « invisible ». Sauf que, dans la réalité, lorsqu’il se déshabille en plein milieu de la classe, il est effectivement nu, devant tout le monde ! Mais le petit Berléand n’abandonne pas et récidive dans ses expériences qui finissent par le conduire chez un psychiatre : « Je ne le sais pas encore, mais cette homme vient de fracasser mon enfance. » Les années passent et au hasard des circonstances, il entre dans un cours de théâtre. LA révélation ! « C’est ça la vie ! » se dit-il, émerveillé et déterminé. Il entame alors sa vie d’acteur, d’abord de second rôle avec une palette large de personnages, hypocrites, lâches ou bourrus, parfois sympathiques. « C’est plus amusant de jouer les méchants ! » Il aime bien « les personnages lunaires » qui le ramènent à sa vraie nature. Quand il joue aux rebelles, c’est toujours avec humour, ce qui lui fait dire « je suis un cynique optimiste ! » Il aime la vie, « les femmes, le vin et la bonne chère ! » et le cynisme est, pour lui, une forme de défense. LE PIMENT DE LA TOILE

Il prend de plein fouet l’ère de l’internet et la propagation en un éclair de ses moindres faits et gestes. « Un jour mon fils m’appelle » - Ah oui, François Berléand évoque brièvement, mais affectueusement sa famille, il est le papa de deux fils de 26 et 30 ans et plus récemment de deux jumelles de quatre ans – « Papa, c’est très bien, tu ne vas pas voir les putes ! » Il reste interloqué ! En fait, François Berléand habite Pigalle. En sortant de chez lui, il dit bonjour à ces dames, en tant que voisines, et décline poliment d’un petit signe de la main leur invitation d’usage. Mais quelqu’un, sans doute très bien intentionné, a filmé la scène sur son portable et l’a postée sur le net ! Sauf qu’il n’y avait rien à voir !


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Quant aux dérapages médiatiques, il en a subi quelques-uns. Un jour à la radio, il plaisante sur François Bayrou quelque peu malmené la veille lors d’un débat avec Jean-Marie Le Pen. Une avalanche de commentaires le fait passer pour le soutien officiel du candidat à la présidentielle ! Récidive avec Eva Joly. Il voulait simplement s’élever contre le fait qu’il lui semblait bizarre de briguer la Présidence de la République en gardant la double nationalité, française et norvégienne. Et puis, c’était aussi sa façon de témoigner sur l’intégration, sa « babouchka » - sa grand-mère - parlait avec un accent russe, mais son père avait fait l’effort de parler sans accent. Dans le même temps, Patrick Besson fait un éditorial très moqueur. La toile s’emballe et il reçoit un océan d’injures. « J’ai dû faire des tonnes de démentis ! » Puis, le verdict des urnes est tombé : « Elle a fait 2,5%, ce n’est quand même pas de ma faute ! » Un retournement de situation étrange, car dans le film de Claude Chabrol, L’ivresse du pouvoir, basé sur l’affaire Elf, il incarne Loïk Le Floch-Prigent et Isabelle Huppert, la juge d’instruction Eva Joly...

Une belle surprise aussi avec Les choristes. « À l’origine, personne n’avait misé sur ce film ! C’était un remake d’un film désuet La cage aux rossignols. Rien n’allait au départ. On a changé deux acteurs, le chef opérateur. J’étais parti à l’île de Ré, ils me rappellent sur le tournage et puis on a tracé. Le film est sorti et a eu le succès que l’on connaît.» A contrario, son plus mauvais souvenir ressemble encore aujourd’hui à un cauchemar, que ce soit avant, pendant ou après le tournage : « Je n’arrivais pas à terminer le scénario et je n’avais aucune envie de faire ce film. Je me suis fait piéger parce que j’ai du mal à dire non. Les choses ont traîné en longueur et finalement, je me suis retrouvé embarqué dans cette galère. J’étais d’une humeur de chien ! Il y avait des acteurs vachement biens, je leur demandais ce qu’ils faisaient là et la réponse invariable était « parce que tu as accepté de le faire ! ». « Tout le monde avait honte ! Impossible d’en rire ! » Ce qui décide François Berléand à faire un film c’est avant tout « le scénario, le rôle et les partenaires. »

LES RENCONTRES INOUBLIABLES

L’HOMME DE THÉÂTRE

Sa plus belle rencontre au cinéma, c’est effectivement avec Claude Chabrol. « On faisait partie de la famille, sa femme s’occupait du script, son fils de la musique, d’autres étaient comédiens, il tournait toujours avec la même équipe technique ! Je l’ai connu tard et je n’ai tourné que deux films avec lui, mais c’est devenu tout de suite un grand ami. Il nous donnait une énergie incroyable, et puis c’était un bon vivant, complètement fou de son métier.» Il y a eu plein d’autres rencontres, mais il revient sur la belle surprise que fut le film Mon idole de Guillaume Canet. « Je le connaissais bien, un sportif émérite. Il avait la tête du gendre idéal, pas assez tapé par la vie. C’était une période où je tournais beaucoup de courts-métrages et j’en avais marre. Je lis le scénario et j’accepte de faire le film. J’ai été très surpris, Guillaume a beaucoup de talent. Pour son premier film, il choisit de jouer en même temps, ce qui n’est pas facile pour diriger les acteurs, mais il est très doué, il s’en est bien sorti. »

Il accepte volontiers de jouer dans un premier film parce qu’il y a « toute une énergie » qui est mise en mouvement. Il défend avec beaucoup de conviction le premier film de Patrick Ridremont - Dead man talking - dans lequel François Berléand joue un directeur de prison pressé d’en finir. « Un film sans budget réalisé avec beaucoup de talent. Le traitement de l’image est magnifique. Il y a une ambiance. » Le public et le jury des jeunes lui ont décerné le prix du meilleur film. Après tout ce beau parcours, longs-métrages, télévisions, courts-métrages, théâtre, quelle est finalement la préférence de François Berléand ? « Le théâtre, sans hésiter une seconde », nous répond-il ! Les circonstances ont fait qu’il a dernièrement enchaîné film sur film et, sans raison particulière, se sentait « triste, presque dépressif ». Puis, une opportunité est arrivée, et en montant sur scène pour les répétitions, tout est apparu limpide : « Le théâtre me manquait ! »


P U B L I - R E P O RTAG E BAT ’ C A R R É · 66

PHOTOGRAPHIE

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Saint- Pierre 34, rue du Four à Chaux T. 0262 27 41 07 9h30 - 13h / 14h30 - 19h

www.opti-kreateur.re Thierry Lasry

Eye Witness

Tim Van Steenbergen


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FRancine GeoRGe Jean-noëL eniLoRac

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PASCAL MONTROUGE ET BERNARD FAILLE, DEPUIS QU’ILS ONT REPRIS LA DIRECTION DES TEAT NOUS OFFRENT, AVEC UNE BELLE CONSTANCE, UNE PROGRAMMATION DE GRANDE QUALITÉ. DE PLUS, ILS SONT PRÉSENTS À TOUS LES SPECTACLES POUR ACCUEILLIR LE PUBLIC, CE QUI FAIT QUE, MAINTENANT, ON SE SENT CHEZ SOIAU THÉÂTRE DE CHAMP FLEURI. LE PUBLIC ÉTAIT AU RENDEZ-VOUS POUR LE TROISIÈME FESTIVAL TOTAL DANSE QUI A OFFERT, TOUT AU LONG DU MOIS DE NOVEMBRE, 45 REPRÉSENTATIONS SUR TOUTE L’ÎLE.

danse le G.U.I.D. à la rencontre de tous les publics


L’ILLUSTRE BALLET D’ANGELIN PRELJOCAJ

Angelin Preljocaj est considéré comme l'un des chorégraphes les plus importants de notre époque. Basé à Aix-en-Provence, il dirige depuis 1985 le ballet Preljocaj composé de 26 danseurs permanents. En 1996, il s’est installé au Pavillon Noir, « écrin » architectural dédié à la danse contemporaine dont il est le directeur artistique. Primé et reconnu dans le monde entier, le ballet Preljocaj se produit sur les plus grandes scènes internationales, du Japon aux États-Unis en passant par toute l’Europe. À La Réunion, nous avons la chance de pouvoir l’accueillir pour la seconde fois cette année. Et pour le festival Total Danse, accompagné du G.U.I.D. (Groupe Urbain d’Intervention Dansée) qui va à la rencontre du public et se produit dans la rue en couvrant le répertoire des spectacles du Ballet Preljocaj de 1985 à aujourd’hui. Une belle philosophie que de donner à la danse contemporaine ses lettres de noblesse en allant à la rencontre de tous les publics. Angelin Preljocaj n’est pas seulement un chorégraphe qui a atteint le seuil de l’excellence, il est aussi un maître dans l’art de la transmission. Il a mis au point le dispositif des Affluents pour ses danseurs, afin de leur donner la possibilité de créer une première œuvre, et le G.U.I.D. destiné à mettre une image sur le concept de danse contemporaine.

GROUPE URBAIN D’INTERVENTION DANSÉE Les six danseurs du G.U.I.D. vont se produire au mois de novembre sur toute l’île, rue piétonne, cour d’école, marché forain, place de la mairie... Le répertoire n’est pas écrit pour la rue, le directeur artistique Guillaume Siard a dû l’adapter en fonction des espaces, une sorte de réécriture. Véronique Ascencio, professeure de Guillaume Siard à l’époque, a été nommée pour assurer l’encadrement des répétitions. Et c’est avec joie que les deux amis, dont les chemins se croisent depuis trente ans, se sont retrouvés sous le ciel réunionnais. Guillaume Siard explique qu’il n’est pas évident de se produire dans le brouhaha de la rue, où tout le monde n’est pas happé par le spectacle. Un coup infligé à l’égo des danseurs, mais aussi à leur concentration. La rue est un exercice physiquement éprouvant, le rebond de la scène laisse place à l’irrégularité du béton qui peut entraîner des chutes accidentelles. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé au cours des répétitions, un des six danseurs s’est blessé et il a dû prendre l’avion de retour. Un autre est arrivé pour le remplacer, mais les premières représentations se sont faites à cinq. LE


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De quoi déstabiliser toute l’équipe. D’un tempérament enthousiaste, Guillaume Siard a gardé son stress pour lui et c’est avec un grand calme qu’il a convoqué l’équipe tôt le matin pour redessiner les contours de chaque extrait afin de trouver, à cinq, la coordination qui fonctionne le mieux. On n’imagine pas le travail, le courage, l’endurance nécessaires à ces quelques pas de danse. Il n’y a pas d’improvisation possible, tout est pensé, répété et exécuté au geste près. Parfois, les corps se heurtent et le « porté » accroche, il faut tout recommencer. Derrière l’enchaînement parfait, il y a aussi les caractères, « le danseur, à l’inverse des autres artistes, n’a pas d’objet pour s’exprimer, il est donc mis à nu avec uniquement son corps pour développer son art », souligne Véronique Ascencio.

Responsables pédagogiques, titulaires du C.A. de formateur, le plus haut niveau de diplôme pour les danseurs, ils se retrouvent tous les deux sur le terrain de l’exigence, mais insistent aussi sur le poids des responsabilités : « On peut, en une heure, dégoûter une personne à vie. » D’autant que les vocations se décident très jeunes, à huit ans Guillaume Siard voulait être « danseur et professeur pour pouvoir monter des spectacles avec mes élèves » ; quant à Véronique Ascencio, c’est à l’âge de sept ans qu’elle décide d’être danseuse étoile au hasard d’une circulaire d’inscription au conservatoire. UNE EXTRAORDINAIRE PERFORMANCE

DANS LA RUE Seize heures, il fait encore chaud. Deux calicots du TEAT sont posés pour délimiter l’espace restreint dans lequel les cinq danseurs vont évoluer. Quelques chaises, de part et d’autre, laissent à penser que nous sommes au spectacle. Pas de lever de rideau, pas de lumière qui s’éteint pour marquer le début de la représentation.

Les danseurs du G.U.I.D. Déborah Casamatta, Julie Dariosecq, Solène Hérault, Benjamin Forgues et Martin Mauriès. Directeur artistique : Guillaume Siard Chorégraphie : Angelin Preljocaj


Ils entrent en scène, tout de noir vêtus ; un cri et les mouvements s’enchaînent, un autre et ils se délient, toute la scène est ainsi composée du cri, annonciateur des mouvements suivants. Les formes de leurs cinq corps s’aimantent à la manière d’un rubicube que l’on désarticule pour trouver le bon alignement. À présent, Hélikopter, les cinq danseurs évoluent dans le vrombissement du moteur, la jambe est tournée comme une pale d’hélice rappelant les vieux films d’aviateurs… Mermoz, Howard Hughes, l’esprit s’évade et les images se croisent. Là encore, les danseurs ont la faculté et la grâce de changer de tableau, de s’habiller ou de se déshabiller à une telle vitesse que l’on n’a pas le temps de s’en apercevoir. Des imperméables kaki viennent virevolter, mouvements amples et volontaires, le ton est guerrier. La foule, dense, en ce samedi après-midi, rue du Maréchal Leclerc, s’écoule au ralenti derrière les calicots. Certains cherchent à forcer le passage avec leur poussette, d’autres pouffent de rire, d’autres encore s’étonnent, mais continuent leur chemin et d’autres s’arrêtent, interloqués. Il est vrai que certaines scènes particulièrement acrobatiques sont à couper le souffle. Beaucoup de spectateurs ne s’y sont pas trompés et assistent à toute la représentation, une longue demiheure, sans même bouger ou chuchoter…

Maintenant, assis sur une chaise, les danseurs semblent en découdre avec un livre qui prend toutes les postures sauf celui de la lecture, « ils m’ont tapé sur la tête… », les pages sont rageusement tournées, elles sont blanches, pas d’écrit donc ! Séquence étrange, le début de la fin, qui marque une pause dans le rythme soutenu des corps propulsés entre ciel et terre. Sans avoir le décodage de ce que chaque scène a le dessein d’exprimer, ni la maîtrise de la danse contemporaine, chacun vit ce spectacle à sa mesure, avec son imaginaire, l’important restant de simplement vibrer à ce déferlement stupéfiant de figures parfaitement coordonnées. Autre tableau dans le jeu de l’attirance et du rejet, les danseurs livrent leur dernier souffle d’énergie tandis que retentit, tonitruante, la musique de fin. C’est vrai que jusqu’à ce stade, la musique était en repli, laissant toute la place à la danse. Temps des applaudissements. Rappel sans effet. L’émerveillement se lit sur les visages, on voudrait tous que ça continue, mais le rêve s’achève et les premières gouttes de pluie dispersent les spectateurs qui se sont, peu à peu, massés autour des danseurs du G.U.I.D.


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PHOTOGRAPHIE

pieRRe cHoukRoun

Recette de l’Atelier de Ben

Recette pour 5 personnes

LES INGRÉDIENTS Pour le foie mi-cuit 1 lobe de foie gras (environ 600 g) 10 cl de vin jaune 1,5 l de graisse d’oie ou de canard 14 g d’assaisonnement

Pour le chutney d’abricots 200 g d’abricots secs 200 g d’abricots surgelés 3 cuillères à soupe de miel 1 gousse de vanille 3 cl de vinaigre de Xérès grains de poivre de Sechouan le jus d’un citron amandes, pistaches, ou pignons concassés


1. Déveiner le lobe. Assaisonner dessus et dessous. Arroser avec le vin jaune et rouler dans un film alimentaire en serrant bien. Percer de deux trous. 2. Mettre la graisse à chauffer dans une cocotte pouvant aller au four. L’amener à 80°C. Immerger le foie dans la graisse et enfourner à 80°C. Le foie doit atteindre 38°C à cœur, cequi représente environ 30 minutes de cuisson. Sortir le foie gras du bain. Laisser refroidir 10 minutes. Le filmer à nouveau bien serré et l’envelopper dans du papier d’aluminium. Mettre au réfrigérateur pendant 48 heures. 3. Le chutney d’abricots : Dans une cocotte, chauffer le miel jusqu’à ce qu’il mousse. Ajouter les abricots secs émincés et la gousse de vanille fendue et grattée. Au bout de quelques minutes, ajouter les abricots surgelés en quartiers et les grains de poivre de Sechouan enfermés dans un petit sac de gaze. Laisser compoter à feu doux. En fin de cuisson, ajouter le vinaigre. Lorsque le chutney est froid, ajouter le jus de citron. Au moment de servir, ajouter les amandes, pistaches ou pignons concassés. Pour accompagner dignement ce foie gras mi-cuit La cave de La Victoire vous conseille le champagne Le Mailly grand cru blanc de noirs. Le chef Benoît Vantaux nous reçoit dans la cuisine de son restaurant situé au 12, rue de la Compagnie à Saint-Denis.

www.batcarre.com Retrouvez cette recette filmée sur notre site dans la rubrique Café coulé


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TEXTE

& PHOTOGRAPHIE

RodoLpHe & niRina sinimaLé

pour contacter Rodolphe et Nirina : enlightened.paths@gmail.com

Ichi Ichigo ich ichie 1

// DEUXIÈME ÉPISODE


La tornade qui vient de s’abattre sur Tokyo disparaît tout aussi soudainement qu’elle était apparue. Elle emporte avec elle la pluie, et notre fatigue. Au-dessus, la voûte céleste et ses millions d’étoiles bienveillantes. Sur nos visages, le sourire ! Par le pouvoir du temps – et par la force du détachement - nos sacs à dos sont passés d’un pénible 30 kg à un modeste… 10 kg. Nos seules possessions sur Terre, désormais ! Ainsi plus nous voyageons et plus nous nous rapprochons de l’essentiel… Nous reprenons nos sacs et avançons, décidés, vers l’inconnu nippon, trempés jusqu’aux os, mais heureux d’être ici. Notre odyssée prend alors la forme d’une jeune femme lunaire. Immense chevelure noire et lisse qui danse joyeusement dans le vent, balayant délicatement de frêles épaules d’une blancheur stupéfiante. D‘un air amusé, la tokyoïte nous offre le plus beau sourire que la Terre ait jamais porté : « Konnichiwa ! Ogenkideskasu ? 1 » Sur quoi Nirina répond, à ma (très) grande surprise et le plus naturellement du monde, un inattendu (et néanmoins pertinent) : « Konnichiwa ! Hai okagasama-de ikaga desu ka ? Eigo ga hanasemasu ka ? 2 » : S’il est bien une raison de promouvoir le voyage, c’est bien celle de l’acquisition de nouvelles langues, et je dois avouer que Nirina possède un véritable don pour cela… À moins que cela ne soit finalement que résurgence de vies passées ? Réincarnation ou pas, nous apprenons en quelques secondes que notre divine rencontre porte le nom de l’une des quatre directions cardinales : « Minami » - soit « le sud », en français. Elle est journaliste, et elle vient tout juste d’interviewer une très grande star du reggae ici, Matisyahu 3. Elle en a encore les mains qui tremblent ! Minami parle un anglais parfait, et c’est donc dans la langue de Shakespeare que nous lui racontons ensuite nos premières aventures tokyoïtes et pluvieuses : l’invraisemblance du métro, les subdivisions infinies et labyrinthiques de la mégalopole, les taifus dansants et autres daschungs ténébreux.

Je m’exclame : « Finalement, s’il est une seconde chose que le voyage nous apprend, c’est que tout est très relatif en ce bas monde ! » Nirina et Minami acquiescent, sans trop vraiment savoir pourquoi, puis nous disparaissons dans la nuit claire et moite. « Toute rencontre est importante, car elle est unique. »

1 « Bonjour ! Comment allez-vous ? » « Bonjour ! Ca va bien, merci. Parlez-vous anglais ? » Matisyahu (« Gift of Gods ») est un chanteur Américain très célèbre au Japon, notamment pour ses remix de chants traditionnels hébreux mélangés avec les riffs langoureux et hypnotiques du reggae jamaïcain. 4 « Gaijin » signifie « non-Japonais », ou « étranger ». Ce mot est en réalité composé de deux termes Kanji : « gai », qui signifie « dehors »; et « jin », qui veut dire « personne ». 2

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Le visage malicieux et plein d’empathie, elle nous montre une étrange maison, juste derrière nous : une courte façade faite de petites briques rouges, une étrange porte sans poignée ni nom, de microscopiques fenêtres… C’est la guest house tant recherchée ! Ainsi nous avons marché des heures, sous la pluie, en passant et repassant encore devant notre destination, sans le savoir ! Je me souviens alors de ce que m’avait dit un vénérable et sage moine bouddhiste, quelque part au nord de la Thaïlande : « La Vérité, ô voyageur, est souvent trop proche de nous pour que l’on puisse seulement l’apercevoir. » « Il est tard, nous dit Minami, et le quartier est peu sûr ! Il y a eu récemment une recrudescence de problèmes, certainement liés à la crise qui touche notre pays. Venez à la maison, vous êtes mes invités ! » « Peu sûr, Tokyo ? », me dis-je en mon for intérieur. Je me remémore alors avec une étrange nostalgie ce « crime », qui avait défrayé la chronique et mis en émoi la population, et dont on pouvait lire les faits dans un journal destiné aux Gaijins 4 : « La Police de Tokyo a indiqué jeudi que deux écolières ont été attaquées par un homme, qui leur a coupé les cheveux. Selon la Police, l’une des victimes, âgée de 17 ans, a été attaquée par l’homme alors qu’elle traversait un parc, sur le chemin de l’école : « L’homme s’est arrêté devant moi et m’a coupé les cheveux ! » Une nouvelle attaque qui fait suite à celle qui avait touché une autre étudiante, un peu plus tôt le matin-même. L’homme – dans la trentaine et aux cheveux bruns - a utilisé semble-t-il des ciseaux de coiffeur. »


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VERTICALEMENT

HORIZONTALEMENT B

Mises à mal

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Trônai. Formations

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Diriger. On le recharge

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Gardées. Préposition savante. Maussade

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Inventes. Fait l’appel

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Centres de pilotage. Mets d'hellène. Réserve d’images

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Personne. Condiment

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Qui s’est fait corriger. Plaça. Surprendre

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Cosmos. Article de fond

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Elle charme. Inédit. Lettre de l’étranger

G Jus de fruits. Fin de rêve

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Dépouillé. Brut

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Ferrure. Exilé. Badiné

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Un bel emplumé. Policé. Fait son choix

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Dégrisé

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Couchée. Émotionné. Menaces aériennes

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Cri d’abordage. Dieu cathodique

10 Obtenir. Détenir. Plis indéniables

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Volcan

11 Mauvaise humeur. L’art de Stendhal

L

Flotte Britannique. Métal et étalon

M Complète. Ne reconnut pas N

Décochai. Ras

O Lac près de Luchon. Ébranchoir P

Donneur de leçons

Q Fit reconnaître le manque. Crochet au collet


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DIFFICILE

La grille du jeu est composée de 9 lignes, 9 colonnes et de 9 régions (les 9 carrés). La grille du jeu contient toujours des chiffres de 1 à 9 et des cases vides, le but est donc de remplir entièrement la grille de manière logique. La règle du jeu est simple : chaque ligne, colonne et région ne doit contenir qu’une seule fois tous les chiffres de un à neuf. Formulé autrement, chacun de ces ensembles doit contenir tous les chiffres de un à neuf. La plupart du temps, le jeu est proposé sous la forme d’une grille de 9×9, et composé de sous-grilles de 3×3, appelées « régions ». Quelques cellules contiennent des chiffres, dits « dévoilés ». Le but est de remplir les cellules vides, un chiffre dans chacune, de façon à ce que chaque rangée, chaque colonne et chaque région soient composées d’un seul chiffre allant de 1 à 9. En conséquence, chaque chiffre dans la solution apparaît une seule fois selon les trois « directions », d’où le nom « chiffre unique ». Lorsque qu’un chiffre peut s’inscrire dans une cellule, on dit qu’il est candidat.


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M OYEN

N O S PA RT E N A I R E S NOUS TENONS À REMERCIER NOS PARTENAIRES QUI SOUTIENNENT NOTRE PROJET AVEC UNE BELLE CONSTANCE :

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Bat'Carré N°7  

En un clic, Bat’carré nous plonge dans l’océan Indien à la découverte de ce carrefour d’influences à découvrir, à savourer, à partager… Bat’...

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