Issuu on Google+

poumrak pansing WIN LYOWARIN


2

poumrak pansing TRADUIT DU THAI PAR MARCEL BARANG

© WIN LYOWARIN © MARCEL BARANG pour la traduction Edition internet 2008 | Tous droits de reproduction réservés

WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


3 1. poumrak pansing connaît la musique

Le prisonnier regardait à travers les barreaux. Quand il était petit et que sa mère le prenait et le mettait dans le lit à barreaux, il pleurait sans arrêt. Il ne supportait pas d’être ainsi emprisonné, mais il ne pouvait pas y échapper. Déjà un an en cage. Il devait se faire une raison. Ce matin-là, le matos lui a dit : — T’as de la visite. — Qui ? — T’inquiète, tu sauras bientôt. Ouais, « T’inquiète », merde alors ! Cinq ans de taule, c’était foutrement long. Et seulement une année de passée. L’envie de se faire la belle le taraudait. Pas étonnant que des condamnés profitent de la moindre occasion pour s’évader, même sans aucune chance de réussir. Il haïssait la moindre seconde dans cet enfer. Saloperie ! Pas de justice en ce monde, marmonna-t-il. Sinon, pourquoi qu’il moisissait ici ? Le visiteur inattendu était un homme de petite taille, POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


4 aux cheveux violets ébouriffés, vêtu d’une chemise vert bouteille et d’un pantalon orange fluo – un clown venu d’une autre dimension. Il resta un moment interloqué. L’homme en question lui lança : — Je m’appelle Poumrak Pansing, je travaille pour le service de révision des procès du ministère de la Justice, qui s’occupe de revoir les procès où les condamnés affirment qu’ils ont été victimes d’une injustice. C’est eux qui m’envoient. Le taulard le dévisagea. — Vous êtes avocat ? — Non, je suis détective. Le prisonnier éclata de rire. — Vous êtes sûr que vous êtes détective ? — Vous n’avez pas d’autre choix que de me croire si vous voulez sortir d’ici. Le service de révision des procès aide les innocents mis en prison. Je travaille à titre gracieux. Si ça ne vous plaît pas, je peux aussi bien aller aider quelqu’un d’autre. Le prisonnier hésita. — Je vous demande pardon. Tout cela est si inattendu. Et puis, vous ne… — Oui, je sais, je n’ai pas l’air d’un détective, mais peu importe. Bon. Entrons dans le vif du sujet. Je suis au courant de votre affaire, mais j’aimerais entendre votre version des faits. — Je suis innocent. WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


5 — Je crois aussi que vous êtes innocent. Ça fait des années que vous faites de la musique pour les pauvres et les enfants défavorisés. Je suis persuadé qu’un musicien aussi actif sur le plan social que vous ne pense pas à tuer quiconque. — Merci. Le prisonnier se sentit un peu mieux. — A deux heures de l’après-midi le mercredi 13 novembre de l’année dernière, où étiez-vous ? — Dans un cinéma à Siam Square. — Ce que vous dites contredit le rapport de la police, qui affirme que ce jour-là, à cette heure-là, vous conduisiez une moto et que vous avez percuté un jeune homme qui est mort devant la pâtisserie de la rue no 4 de Sukhumvit. — C’est faux. — Un des témoins de la scène affirme que vous l’avez percuté délibérément. — Pourquoi est-ce que je tuerais quelqu’un que je ne connais pas, en plein jour comme ça ? Le motocycliste était vêtu d’un blouson noir et portait un casque intégral. Ça pouvait être n’importe qui. La police a considéré le numéro minéralogique plutôt que l’identité du motard. Ça aurait pu être un singe et ils ont pensé que c’était moi parce que la moto m’appartient. — Si ce n’est pas vous, qui est-ce qui conduisait votre moto ? POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


6 — Le voleur qui me l’a prise, bien sûr. — On vous a volé votre moto ? — Oui. — Alors, dites-moi alors ce que vous avez fait. — Je suis allé donner une leçon de violon à un enfant rue Rouam Reudi, mais il était malade, alors je me suis payé une toile. Quand je suis sorti du cinéma, je me suis aperçu qu’on m’avait volé ma moto. Et quand je suis rentré chez moi, les flics m’attendaient. Celui qui a tué le gars en question, c’est celui qui a volé ma moto, mais c’est moi qui ai écopé. Ma moto a disparu. En plus, je me suis retrouvé en prison. Ils n’ont jamais entendu parler de vol de véhicule pour commettre un crime, ou quoi ? Plutôt que de se servir de son propre véhicule. — Bonne objection. — Mais le tribunal ne m’a pas cru et j’en ai pris pour cinq ans. Sans ma bonne conduite en préventive, ils m’auraient condamné à perpète. Poumrak Pansing sourit. — Du calme. Je suis persuadé de votre innocence. Sauf que vous n’avez pas eu de chance. — Et comment ! — Ça fait longtemps que vous enseignez le violon ? — Des années. — Vous devez être un virtuose, pour être capable d’enseigner ? — Je m’entraîne régulièrement. J’ai surtout appris par moi-même. WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


7 — Vous êtes doué. Moi-même, j’ai joué du violon pendant un moment, mais j’ai dû laisser tomber. Quand on n’a pas appris tout jeune, les articulations ne suivent pas. — Sans blague ! C’est bien la première fois que je rencontre un détective qui joue du violon. — En fait, je suis musicien professionnel. Détective, c’est un passe-temps. J’ai un groupe de musique folk. J’avais un violon dans le groupe, mais j’ai dû m’en séparer. — Pourquoi ? — Il était bougrement trop cher. Chaque fois qu’une corde cassait, ça coûtait une fortune, et ça cassait souvent. Plusieurs centaines de bahts chaque fois. Et souvent il fallait les changer toutes. Mille, deux mille bahts. C’était trop. Mieux valait se servir d’instruments moins onéreux. — Vous vous êtes fait avoir. La corde la plus chère, c’est la corde de sol, qui coûte soixante-quinze bahts seulement. — Vous utilisez quelle marque ? — Plusieurs marques. Si vous choisissez Paresto ou Dominant, c’est assez cher, mais moi j’utilise Frilente, une marque étrangère mais pas très chère, et résistante avec ça. — Merci du renseignement. Je vais reprendre un joueur de violon. J’aime ça. Ça convient bien aux chansons folks, ça les met bien en valeur. Mais je m’égare. POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


8 Dites-moi, l’an dernier, vous aviez combien d’élèves ? — Deux. J’avais un élève de l’Ecole internationale qui demeurait à Greenhouse Apartment, rue Rouam Reudi. Je le voyais tous les lundis, mercredis et vendredis de une heure à trois heures de l’après-midi. L’autre, je lui donnais des cours le samedi et le dimanche à Bang Rak. Ce mercredi-là, le môme était malade, je me suis retrouvé libre et je suis allé voir un film à Siam Square… Il secoua la tête. — Si ce jour-là je n’avais pas été au cinéma, je ne me serais pas retrouvé en prison. Poumrak Pansing lui tapota l’épaule. — Je vous crois. La seule façon de vous tirer d’affaire, c’est que je retrouve celui qui a volé votre moto. Si on peut prouver qu’il existe, vous serez innocenté. — Il existe à coup sûr. La police ne s’est vraiment pas foulée. Comme Poumrak Pansing repartait, le condamné l’appela : — Monsieur Poumrak… Celui-ci se retourna, sourcil levé. — Vous m’avez dit que vous êtes détective amateur ? lui lança-t-il. Poumrak Pansing sourit. — Vous avez peur que je ne sois pas à la hauteur ? Ne vous en faites pas. Il dévisagea le jeune prisonnier. — Rassurez-vous. C’est vrai que je n’ai pas l’air d’un WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


9 détective professionnel. Mais je ne suis pas si mauvais que ça. — Vous allez au bout de vos enquêtes ? — On peut dire ça comme ça. Mais je ne suis pas toutpuissant. Dans bien des cas, je n’aboutis à rien. Mais n’allez pas croire. Dans ce monde, il y a des tas d’innocents qui écopent injustement. Vous n’êtes pas le premier, ni le seul. Parce que notre système de justice repose sur l’apport de preuves. Si bien que, si vous ne pouvez pas faire la preuve de votre innocence, vous vous retrouvez en taule, comme vous en ce moment. Cela dit, votre cas n’est pas si grave. — Comment ça, pas si grave ! — J’ai connu des innocents condamnés à vingt ans qui sont morts en prison. J’ai connu des gens qui ont été tués et dont on n’a jamais retrouvé ou puni les meurtriers. Tenez, il y a deux mois, un homme a été condamné à vingt-cinq ans de prison pour avoir violé et tué une femme chez elle. Tous les indices l’accusent, mais je suis convaincu qu’il est innocent. J’ai fait tout ce que j’ai pu, mais je manque de preuves. Ce monde est d’une incroyable violence. — Je suis bien d’accord. Mais, dans l’affaire dont vous parlez, il n’y a pas assez d’indices pour l’innocenter ? — En fait, si. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une preuve suffisante. — Qu’est-ce que vous voulez dire ? — Un gâteau d’anniversaire devant la porte de la POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


10 femme qui est morte, ce qui est peut-être sans signification. Malheureusement, j’ai pris l’affaire en main deux mois après le meurtre de la femme, si bien que les seuls éléments dont je dispose ne sont que des photographies. J’ai dû reprendre l’enquête à zéro. Poumrak Pansik lui tapota l’épaule à nouveau. — Mais ne vous en faites pas. Votre cas est bien plus facile que le sien. Deux jours plus tard, Poumrak Pansing revint rendre visite au prisonnier. — Bonne nouvelle, jeune homme. Vous allez sortir d’ici. — Qu’est-ce que vous dites ? — J’ai retrouvé votre moto. Si la police ne l’a pas trouvée, c’est parce que celui qui s’en sert ne sort pas du pâté de maisons et ne s’aventure pas dans les grandes artères. Celui qui a volé votre moto la lui a revendue à bas prix. Le nom du voleur qu’il m’a donné, c’est Dam Tanone. — Qui ça ? — Dam Tanone. C’est un voyou. Il a plusieurs procès sur le dos, pour hold-up et meurtre et je ne sais quoi encore. Il a même pris la fuite après avoir écrasé quelqu’un. A présent, la police s’apprête à le faire inculper. — On va me relâcher ? — Sûr. — Quand ? — Pas plus tard que la semaine prochaine. La police, WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


11 cette fois, se remue de peur que la presse ne l’accuse d’avoir encore mis un innocent sous les verrous. Le prisonnier sourit et saisit la main de Poumrak Pansing. — Merci, merci beaucoup. Les miracles existent vraiment. — Oui, les miracles existent vraiment. Car j’ai aussi découvert de nouveaux éléments dans l’affaire de viol et de meurtre que je ne parvenais pas à résoudre. — L’affaire de cet innocent qui est en prison dont vous me parliez avant-hier ? — Celle-là même. — Qu’est-ce que vous avez découvert ? — Je ne sais pas si je dois vous le raconter. — Racontez-moi. Je suis si seul ici. Je m’emmerde. Si ça se trouve, je vous aiderai à réfléchir. Poumrak Pansing hocha la tête. — Quand vous achetez un gâteau ou qu’on vous apporte un gâteau, est-ce que vous le posez par terre ? — Quel genre de gâteau ? — Un gâteau d’anniversaire. — Certainement pas. Personne ne pose un gâteau d’anniversaire par terre. — C’est justement ce qui m’a permis de résoudre l’énigme. Comme je disais, ce gâteau posé par terre était le seul indice que j’avais, mais la police ne s’y intéressait pas. J’étais le seul à croire à l’innocence de cet homme. — Pourquoi croyez-vous qu’il est innocent ? POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


12 — Parce que c’est l’amant de la femme qui a été tuée. — Je ne vois pas ce que ça a d’extraordinaire. Des amants qui s’entretuent, ce n’est pas ce qui manque. — Pas dans ce cas. Le carton contenant le gâteau était sur le sol devant la porte de l’appartement de la victime… — Et alors ? — Sur le gâteau, il y avait écrit : « Happy birthday Lek ». — Peut-être que quelqu’un a envoyé le gâteau à la femme qui a été violée parce que ce jour-là c’était son anniversaire. — Ce jour-là n’était pas son anniversaire. Elle ne s’appelait pas Lek. Lek, c’est le nom de son amant, et le jour où elle est morte c’était son anniversaire à lui. Elle avait commandé ce gâteau pour lui. C’est vraiment triste, cette affaire, parce que Lek est allé chez elle le soir pour fêter son anniversaire et ce qu’il a trouvé, c’est son cadavre. Et qui plus est, il s’est fait arrêter. — Vous m’avez bien dit que c’était un immeuble d’appartements, n’est-ce pas ? Pourquoi ne pas vérifier les entrées et sorties ? — Malheureusement, l’immeuble n’a pas de gardien au rez-de-chaussée. Dans ce genre d’immeuble, il n’y pas de gardien d’ordinaire. Il n’a que quatre étages. — Il y a d’autres détails ? — Son appartement a deux pièces. Selon le rapport de la police, il n’y avait pas de traces d’effraction, ce qui montre que le meurtrier était quelqu’un qu’elle connaisWIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


13 sait ou jugeait inoffensif, si bien qu’elle lui a ouvert la porte. Et, détail important, il n’y avait pas d’autres empreintes que celles de Lek et les siennes. — Et les traces de viol, alors ? — Il y en avait. Vérification faite, le sperme de Lek correspond aux traces de sperme trouvées dans le vagin de la victime. — Alors, c’est bien lui le meurtrier. — J’en doute. Il n’y a pas de meurtrier qui, ayant violé et tué quelqu’un, va lui choisir une alliance et revient pour se faire arrêter. — Il lui a acheté une alliance ? — Oui. — Peut-être qu’il l’a fait pour détourner l’attention de la police. — Peut-être, sauf qu’il a passé trois heures chez le bijoutier pour la choisir. Pour y passer autant de temps, il fallait qu’il soit sous l’empire de l’amour. Croyez-moi. Ce genre d’histoire, je connais. — Et qu’est-ce que vous avez fait ensuite ? — Ce gâteau d’anniversaire pouvait m’apprendre bien des choses. Alors j’ai essayé de remonter la filière, mais c’était difficile, parce que le carton ne portait pas d’indication de son origine. J’ai dû faire toutes les pâtisseries dans un rayon de deux kilomètres autour de l’appartement. Et c’est là que le miracle s’est produit. La dernière pâtisserie où je suis allé était bien celle qui avait fait le gâteau. Il avait été commandé par une femme. Le POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


14 coursier l’a livré à son appartement le jour même où elle est morte. J’ai demandé à parler au coursier. La patronne m’a dit qu’il était mort écrasé. — Hum… — Percuté par une moto. — Et alors ? — Cette moto, c’était la vôtre. Poumrak Pansing dévisagea longuement le prisonnier. — A présent, vous savez pourquoi je suis venu vous voir… — Alors, vous ne venez pas de la part du ministère de la Justice…, dit le prisonnier d’une voix faible. — Non. Le service de révision des procès n’existe pas. J’ai suivi votre trace jusqu’ici. — Vous êtes en train de me dire que je suis impliqué dans cette affaire de viol et de meurtre ? Poumrak Pansing hocha la tête. — Exactement. — Mais vous m’avez dit que ça s’est produit il y a seulement deux mois. — Je vous ai raconté un bobard. Si je vous avais dit que cette affaire et la vôtre ont eu lieu le même jour, vous ne m’auriez rien dit. Pas vrai ? Le prisonnier, après un moment de silence, marmonna : — Qu’est-ce que j’ai à voir avec cette affaire, selon vous ? — Le coursier qui a livré le gâteau venait de la pâtisserie Bits & Pieces, de la rue no 4 de Sukhumvit. Une fois sa WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


15 livraison faite, il est retourné au magasin, mais juste avant d’y arriver il s’est fait renverser par une moto et il est mort. Le motard qui l’a percuté, c’est celui dont vous m’avez dit qu’il vous avait volé votre moto. — Je ne comprends pas. — J’ai suivi l’affaire du meurtre de la femme d’assez près pour savoir qui l’a tuée, mais je n’ai pas réussi à arrêter le meurtrier. Pour une raison bien simple : c’est qu’il ne se cachait nulle part ailleurs qu’ici, en prison… — Vous voulez dire… — Que ce meurtrier, c’est vous. Le prisonnier dévisagea le détective sans faire de geste. — Vous n’avez pas de preuve. — Avant de venir vous voir, je n’en avais pas. Mais c’est vous-même qui me l’avez fournie. — Qu’est-ce que je vous ai fourni comme preuve ? — Vous m’avez dit que vous enseigniez le violon à un élève de l’Ecole internationale résidant à Greenhouse Apartment, rue Rouam Reudi, tous les lundis, mercredis et vendredis après-midi. — Et alors ? — Est-ce un hasard si la femme qui a été tuée habitait le même immeuble que votre élève ? — Et alors ? — L’appartement de l’élève, c’est le 4B, celui de la femme le 3A, à l’étage en dessous. Pour grimper au quatrième, il faut passer devant l’appartement de la femme. POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


16 Poumrak Pansing eut un sourire en coin. — Je n’ai jamais cru au hasard. Vous êtes allé donner son cours au gamin et vous l’avez remarquée, elle. Elle vous a plu et vous avez tiré des plans sur la comète. — Quels plans ? — Ce mercredi-là, vous n’avez pas donné de leçon au gamin mais vous êtes quand même allé chez lui comme d’habitude, mais, au lieu d’aller au quatrième étage, vous vous êtes arrêté au troisième. Le prisonnier sourit. — Si c’était bien moi, comment est-ce que j’aurais pu entrer ? — Vous avez sonné à la porte. Elle vous a ouvert et vous a fait entrer sans problème, parce qu’elle vous a souvent vu monter donner des leçons de violon au gamin. Elle a résisté à vos avances, alors vous avez fait usage de la force. A ce moment-là, il était une heure de l’après-midi. Vous avez dû la tuer, parce qu’elle pouvait vous identifier. Le détective soutint le regard du prisonnier. — Le coursier a livré le gâteau vers une heure et demie. Il a dû entendre des bruits suspects. Malheureusement pour lui, dans votre frénésie vous n’aviez pas fermé la porte à clé. Il a ouvert la porte et vous a vu en train de tuer la victime. Il a pris peur, a laissé tomber le gâteau puis est parti à toutes jambes. Vous n’aviez pas d’autre solution que de lui régler son compte pour qu’il ne parle pas. Vous avez mis votre casque intégral pour WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


17 vous dissimuler entièrement et sauté sur votre moto à sa poursuite. Vous l’avez rattrapé et écrasé devant la pâtisserie. Il était alors deux heures de l’après-midi. Vous craigniez qu’il y ait des témoins, alors vous vous êtes débarrassé de la moto en l’abandonnant quelque part et en laissant la clé de contact. Si quelqu’un la volait ensuite, il deviendrait automatiquement suspect. Et justement, ce veinard de Dam Tanone passait par là et il a pris votre moto pour la revendre. Vous m’avez dit que ce jour-là le gamin était malade et que vous êtes allé voir un film, mais en fait vous n’êtes pas allé au cinéma. Même si le gamin était malade, vous êtes allé dans l’immeuble, mais c’était pour voir la femme. Le détective continuait de dévisager le prisonnier. — Vous savez comment elle est morte, n’est-ce pas ? Le prisonnier secoua la tête. — La femme a été étranglée avec une corde, mais cette corde on ne l’a pas retrouvée, jusqu’à ce que vous me le disiez. — Moi ? — Les traces d’étranglement montrent qu’il s’agissait de quelque chose d’extrêmement fin. Quand vous m’avez dit que vous jouiez du violon, j’ai su de quoi il s’agissait. Je suis allé chez vous et j’ai découvert qu’il manquait une corde à votre violon, la corde de sol justement. J’ai acheté une corde de sol de la marque Frilente que vous m’aviez conseillée, et je l’ai remise au laboratoire médico-légal. Avant que je vienne ici, le labo m’a POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


18 confirmé que les traces sur le cou de la morte correspondaient exactement à une corde de sol de cette marque. — Mais ça ne veut pas dire que c’est la mienne ! Poumrak Pansing lui adressa un large sourire. — Les témoins qui ont vu le motard percuter et tuer le coursier ont dit qu’il portait un blouson noir et un casque intégral. C’est grâce à ce blouson noir que le tribunal vous a condamné, et il est toujours entre les mains de la police. J’ai fini par l’obtenir pour l’examiner, et devinez ce que j’y ai trouvé… Le prisonnier ne dit mot. — Une corde de violon, la corde de sol de marque Frilente qui manquait à votre violon ! Vous avez tué la victime, fourré la corde dans votre poche et vous vous êtes rué à la poursuite du coursier de la pâtisserie pour le liquider, mais avant de pouvoir vous débarrasser de la corde vous avez été arrêté. A présent, le blouson noir va être présenté au tribunal dans un nouveau procès. — Mais les preuves de viol ? — Elles montrent seulement que Lek a fait l’amour avec sa petite amie le matin avant que vous ne la violiez. Vous avez utilisé une capote pour ne pas laisser de traces, mais vous l’avez violentée. Quand la police a trouvé des traces du sperme de Lek et les marques de violence dont vous étiez responsable, il s’est retrouvé en taule aussi sec. — Son vrai nom, ce n’est pas Lek ? — Non. Il s’appelle Korn. WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


19 Un temps de silence. Finalement, le détective dit : — Il y a une chose qui me tracasse. — Quoi ? — J’aime la musique. Aussi, je me demande bien comment quelqu’un comme vous, qui aime la musique, peut tuer de sang froid. Le prisonnier sourit froidement. — Vous croyez vraiment que les musiciens ne sont pas capables de tuer ? — Je crois que la musique nous aide à réduire la violence qui est en nous. — Vous me croirez si je vous dis que je l’aimais ? Je n’avais pas l’intention de la tuer… Poumrak Pansing ne dit rien. — Je lui ai donné des leçons de musique pendant un certain temps, jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance d’un autre type, ce Korn justement, et qu’elle me laisse tomber. C’était une torture que de les voir sortir ensemble et plus encore le fait que ce Korn est aussi prof de musique ; il enseigne le piano… Le prisonnier se tut un moment. — Ce jour-là, j’avais l’intention de la voir pour discuter avec elle, mais en montant j’ai croisé Korn, qui avait l’air aux anges. J’ai été pris de colère comme jamais dans ma vie… — Du coup, vous avez décidé de la violer… — Je n’avais pas l’intention de la violer. Si ce fumier POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


20 n’était pas allé la voir ce jour-là, je n’aurais pas été aussi furieux. J’ai détaché la corde de sol pour lui donner une leçon de musique pour la dernière fois. Le prisonnier regardait à travers les barreaux. Quand il était petit et que sa mère le prenait et le mettait dans le lit à barreaux, il pleurait sans arrêt. Cinq ans, c’était foutrement long. Un an s’était écoulé et il n’avait qu’une envie : se faire la belle. Il haïssait la moindre seconde dans cet enfer. Il demanda au maton : — Quand est-ce qu’on va m’exécuter ? Le maton sourit et répondit froidement : — T’inquiète. Tu sauras bientôt. » Nouvelle parue dans Courrier International, 4—24 août 2005

WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


21 2. un prêté pour un rendu

La brise marine était aussi douce que les chansons qu’il chantait. Les yeux de certaines femmes étaient fixés sur le crooner qui se produisait sur l’estrade en bord de mer, pantalons orange fluo, chemise vert bouteille, des guirlandes de fleurs autour du cou. Un sourire aux lèvres, le chanteur plongeait ses yeux dans les yeux de toutes les femmes, une à une. Son tour de chant terminé, certaines l’invitèrent à souper, mais Poumrak Pansing refusa avec doigté, car son ami flic l’attendait dans un coin de l’estrade. Le colonel de police Tchakrit était originaire du même village du Nord-est que lui ; sa carrière l’avait amené dans cette station balnéaire. Il le conduisit dans un troquet pour une soupe de riz. « Si tu reviens chanter ici de nouveau, tu repartiras plus jamais à Bangkok. Les nanas sur le retour te dévoreront tout vif. Les rombières ici ont les dents plus acérées que les requins, mon vieux. » Il n’était jamais venu chanter dans cette province jusqu’à ce que cet ami policier l’y invite. Tous deux bavardèrent POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


22 sur le passé qu’ils avaient partagé. Le colonel Tchakrit avait jadis travaillé à Bangkok dans le même poste que le commissaire Samit, un autre pote de Poumrak, mais il avait demandé à être muté en province en raison de l’état de santé de sa femme. « L’air est bien plus pur que dans la capitale. — Ah ça oui. Et les femmes sont belles. » Un jeune homme se dirigea tout droit vers lui. « Poumrak, tu te souviens de moi ? » Poumrak Pansing lui jeta un coup d’œil et s’exclama : « Et comment ! Sacré Kène. Qu’est-ce que tu fous ici ? — Je suis venu t’écouter chanter. — Je veux dire qu’est-ce tu fous dans cette ville ? T’as suivi un jupon ? — Tu parles ! Y a pas de jupons ici, rien que du poisson. Je bosse sur un chalutier. — Un gars de la rizière comme toi, tu sais nager ? — Quand j’ai quitté ton groupe, je suis venu ici aider mon frère à faire du commerce mais peu après il s’est fait suriner par un voyou, alors j’ai arrêté et décidé de partir en mer à la place. — Pourquoi t’es pas revenu me voir ? T’as un joli filet de voix, même si t’es pas aussi beau gosse que moi. — J’en avais ma claque. La mer, c’est mieux. — T’as une poule ici, j’en suis sûr. Quelqu’un comme toi peut pas se passer de femme. — Je tiens ça de toi. — Bien dit. Allez, viens. Je t’offre un verre. » WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


23 « Et c’est comment la pêche, Kène ? — Fatiguant, mais passionnant aussi. — J’aurais jamais cru que tu deviendrais pêcheur, vu qu’un fils du Nord-est comme toi ne bouffe pas de poisson. — Qui dit que j’en mange pas ? Je mange du poisson fermenté, oui. » Poumrak Pansing faillit s’étrangler dans son verre. « Très drôle : manger du poisson fermenté en pleine mer ! — A chaque sortie je me prépare ma tambouille, poisson fermenté, viande grillée, riz gluant… — Il est comment ton patron ? Il est bien ? — J’ai deux patrons. Un est bien, l’autre est un vrai tyran. — Laisse-moi deviner : tu as affaire au second. — Très juste. — C’est qui ? — Il s’appelle Poune. C’est le capitaine du bateau, surnommé Le Tyran. Il nous traite comme des esclaves et gueule après nous faut voir comme. Parfois il nous paie pas ce qu’il nous doit. L’autre s’appelle Song, c’est lui qui s’occupe du magasin. Lui, il est sympa. Il m’a rendu service plus d’une fois. Son seul défaut, c’est qu’il joue. — Si c’est comme ça, laisse tomber et viens avec moi. Y a pas de poissons, c’est vrai, mais il y a plein de sirènes sur l’estrade. Ça t’intéresse ? — Pas vraiment. — Tu dois avoir une nana dans le coin pour refuser de bouger. POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


24 — Avant peu, c’en sera fini de la pêche, de toute façon. — Pourquoi ? — Parce que le magasin va fermer. — Pourquoi ? — Song est mort. — Il est mort, soit, mais il reste l’autre patron. — Ça sert à rien parce que le magasin a changé de proprio. Song était un joueur invétéré. Il a perdu le magasin au jeu. En fait, le magasin appartenait à Poune et à Song en commun. Ils sont frères. Poune est l’aîné, mais il aime pas le commerce. Ce qui l’intéresse c’est d’aller en mer. Quant à son frère, Song, il aimait pas faire d’effort physique, aussi c’est lui qui s’occupait du magasin. Quand Poune a appris que son frère avait perdu le magasin au jeu, il est entré dans une colère noire et il a renié son frère. Quelques jours plus tard, Song est mort. — Il est mort comment ? » Le colonel de police Tchakrit intervint. « T’en fais pas : c’était pas un meurtre. Il était saoul et il est tombé à l’eau et un requin l’a gobé. — Comment ça ? Il n’aimait pas sortir en mer. Comment ça se fait qu’un requin… » Le policier dit : « Oui, pas mal de gens n’ont pas voulu le croire, parce qu’il n’était pas allé en mer depuis longtemps et voilà soudain qu’il l’a fait. Mais on a recueilli tous les témoignages qu’il fallait. » Kène dit : « En fait, Song se sentait coupable d’avoir perdu le magasin, alors il a suivi Poune pour s’expliquer WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


25 avec lui. Ils se sont violemment disputés. Ce soir-là, j’ai vu Song assis tout seul à se pinter au Mékong et puis tomber à l’eau. — Tu étais témoin ? — Poune et moi. J’ai entendu Poune appeler son frère pour qu’il aille le voir. À ce moment-là, les vagues étaient fortes. Song a titubé et, avant même d’atteindre la cabine, il est tombé à la baille. J’ai crié pour qu’on se porte à son secours, mais c’était trop tard. L’endroit grouillait de requins. J’ai vu, de mes yeux vu, un requin s’emparer de Song et disparaître. — Et ensuite ? — Poune nous a ordonné de chasser les requins, de les attraper et de les éventrer un par un. C’est dans le quatrième qu’on a trouvé le corps de Song. Après ça, on est retournés à la côte. — Cette fable nous enseigne qu’il ne faut surtout pas boire en mer… » Poumrak Pansing but une gorgée. « En somme, un accident. » Le colonel de police Tchakrit sourit. « Déçu, non ? — Qu’est-ce qui te fait croire que je suis un sadique qui aime voir les gens assassinés ? » Poumrak Pansing profita de l’occasion pour passer quelques jours au bord de la mer. Le dernier jour, comme il repartait au volant de sa voiture, une voiture de police se porta à sa hauteur et lui fit signe de s’arrêter. POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


26 Le colonel de police Tchakrit lui dit : « Désolé, Poumrak, mais il y a du nouveau : on vient d’arrêter Kène. — A quel sujet ? — Pour meurtre. — Comme si Kène pouvait tuer quelqu’un ! — Il a tué le capitaine du bateau. — Poune ? — Oui. — Pourquoi ? — Va voir toi-même. Il veut que tu l’aides. » Debout sur le bateau, Poumrak Pansing considéra le cadavre pendant un long moment. Le flic local dit : « C’est clair, non ? Poune a été empoisonné. — Ne tirez pas de conclusion hâtive. Ne dites pas qu’il a été empoisonné, mais qu’il a été victime d’un poison. — On l’a sûrement empoisonné, car il n’avait pas de raison d’avaler du poison pour se tuer. — Qu’en savez-vous ? — J’ai oublié de vous dire : tous les copains de Kène membres de l’équipage ont été empoisonnés eux aussi. Ils sont tous à l’hôpital. — D’autres morts ? — Non, parce qu’ils ont été empoisonnés après. Poune a mangé d’abord et a été victime du poison d’abord. Les autres n’ont pas été aussi fortement affectés parce qu’ils ont vu ce qui était arrivé à Poune. Encore heureux qu’ils WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


27 étaient pas loin de la côte, si bien qu’ils sont arrivés à l’hôpital à temps. — Ce qui veut dire que le poison se trouvait dans les aliments. — Oui. Et celui qui a fait la cuisine, c’est Kène. — Avez-vous trouvé du poison à bord ? — Non. Celui qui a tué Poune a dû le jeter à la mer. — Non, il ne l’a pas jeté à la mer. Le poison se trouve dans la poche de pantalon de Poune. » Il brandit un petit sachet qu’il tendit à son ami policier. « T’as vraiment les yeux en face des trous, Poumrak. — C’est que je m’entraîne à regarder les femmes. — Autant pour moi. Il ne m’est pas venu à l’idée que le poison pouvait se trouver sur le corps de Poune… » Il fronça les sourcils. « Ce qui me fait soupçonner Kène d’autant plus. Il a dû le tuer puis lui mettre le poison dans la poche pour faire croire que Poune s’était empoisonné lui-même. — Si c’est le cas, pourquoi est-ce qu’il aurait empoisonné les autres aussi ? — Peut-être qu’ils se sont partagés ce qui restait de la part de Poune. » Poumrak Pansing inspecta tous les recoins du bateau, puis rendit visite à Kène au poste de police. Il demanda à Kène : « Qu’est-ce qui s’est passé ? — J’ai rien fait. Ils disent que j’ai empoisonné Poune et les autres. Pourquoi est-ce que je ferais ça ? » POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


28 L’officier de police dit : « Vous l’avez dit vous-même : il vous exploitait, il vous traitait comme un esclave, il était un tyran. — Oui, mais je l’ai pas tué. — Alors, pourquoi êtes-vous le seul à ne pas être empoisonné ? » Poumrak Pansing intervint : « Tu peux le libérer. Ce n’est pas lui qui a tué Poune. » L’officier de police dit : « Mais les preuves sont claires, pourtant… — Ma preuve aussi est claire. — Quelle preuve ? » Poumrak Pansing posa une bouteille de whisky presque vide sur la table. « C’est une bouteille de Mékong qui est tombée au fond de la cale du bateau. C’est l’alcool que Song a bu au point d’être saoul et de tomber à l’eau. — Et alors ? — Sentez-la. » Le flic du coin prit la bouteille et la renifla. « Rien d’extraordinaire, du Mékong ordinaire. — Cette bouteille est tombée au fond de la cale et le whisky s’est répandu sur le bois. A cet endroit-là il y a des giclées de sang de poisson qui fourmillent de mouches et de fourmis, mais là où l’alcool s’est déversé il n’y a ni mouches ni fourmis… — Tu veux dire que… — L’alcool dans cette bouteille était empoisonné, mais WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


29 on ne peut pas le sentir parce que l’odeur de l’alcool est plus forte. Song n’est pas tombé à l’eau parce qu’il était saoul mais parce qu’on l’a empoisonné. — Mais rien ne dit que ce n’est pas Kène le coupable. — Je connais bien Kène. Song lui a toujours rendu service. Pourquoi Kène aurait-il tué quelqu’un pour qui il avait de la reconnaissance ? Celui qui a empoisonné Song c’est celui qui lui en voulait le plus, à savoir Poune, qui était furieux que son frère ait perdu le magasin au jeu. — Ce qui veut dire que Poune s’est ensuite tué parce qu’il se sentait coupable ? — Non. S’il s’était senti coupable au point de se suicider, pourquoi aurait-il empoisonné l’équipage ? — Dans ce cas… — Kène n’a pas été affecté parce que le poison se trouvait dans le poisson qui servait de nourriture. Kène ne mange pas de poisson frais, aussi il s’en est tiré. La question est de savoir qui a mis du poison dans le plat de poisson. — Qui ? — Je suis allé voir dans la cambuse et j’ai observé la chair de poisson qui reste. Même chose. Tous les morceaux de poisson étaient couverts de mouches, sauf un, un morceau qui restait de la nourriture préparée ce jourlà. — Es-tu en train de nous dire que… — Ce morceau est empoisonné. — Qui l’a empoisonné ? POUMRAK PANSING | WIN LYOWARIN


30 — Poune. — J’y comprends plus rien. Tu nous as dit que Poune ne s’était pas suicidé par le poison… — Exact. Poune ne s’est pas suicidé. Poune a tué Song. Song a été empoisonné et est tombé à la mer. Il a nourri un requin. Ce requin est mort empoisonné à son tour, au moment même où l’équipage l’a attrapé et lui a ouvert le ventre. L’équipage a dépecé le requin sur le bateau. Kène a gardé une part de la chair du requin pour en faire de la bouffe. Quand l’affaire de Song a été réglée, l’équipage est reparti en mer. Kène leur a fait à manger. Vous comprenez à présent pourquoi tout le monde s’est retrouvé empoisonné, sauf Kène, parce qu’un fils du Nord-est comme lui ne mange pas de poisson frais. » Le policier marmonna, « Brr – incroyable ! Un prêté pour un rendu. Même les morts peuvent se venger. » Kène joignit ses mains au-dessus de sa tête et salua Poumrak Pansing d’une profonde inclinaison du buste. « Je vais travailler avec toi de nouveau. Au moins, je serai en sécurité. — Avec moi, tu ne risques pas de mourir à cause de la bouffe, mais à cause de la bagatelle. »

WIN LYOWARIN | POUMRAK PANSING


poumrak pansing | win lyowarin