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LOUVRE LENS L’ALBUM 2014 LA GALERIE DU TEMPS

Xavier Dectot Jean-Luc Martinez Vincent Pomarède


INTRODUCTION

Xavier Dectot Directeur du musée du Louvre-Lens La Grande galerie est le cœur du Louvre-Lens. Elle accueille des expositions conçues pour cinq ans à partir des œuvres confiées à la garde du Louvre et forme, en quelque sorte, la collection permanente du musée lensois. Comme toute exposition permanente, cependant, elle n’est pas immobile : à Lens, les respirations seront notamment marquées par des rotations annuelles, qui verront quelques œuvres partir pour être remplacées par d’autres. Ce qui fait surtout l’originalité de la première exposition qui s’y tient, la Galerie du temps, c’est le choix de présentation. Tirant tout le parti de la longue galerie conçue par SANAA, la muséographie élégante et astucieuse du Studio Adrien Gardère présente les œuvres dans un seul espace, selon une logique chronologique. Ainsi se trouveront confrontées des œuvres qui, dans tous les musées encyclopédiques du monde, se trouvent séparées parce qu’appartenant à des civilisations ou à des techniques différentes. Et pourtant le monde mésopotamien et perse est en contact permanent avec le monde hellénique et l’Égypte, et, au Moyen Âge comme au 16 e ou au 17e siècle, bien des artistes interviennent à la fois comme peintres, sculpteurs ou spécialistes d’autres techniques. La Galerie du temps offre donc aux visiteurs un aperçu unique de l’histoire de l’art, dans les limites qui sont celles des collections du Louvre, s’ouvrant avec l’invention de l’écriture en Mésopotamie au 4e millénaire avant notre ère et se terminant avec la révolution industrielle au milieu du 19 e siècle, au moment où commence l’exploitation charbonnière à Lens.


L’ANTIQUITÉ


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L’ORIENT ANCIEN AU TEMPS DE LA NAISSANCE DE L’ÉCRITURE

Girsu (aujourd’hui Tello), Mésopotamie (Iraq actuel) Vers  avant J.-C. Diorite Gudéa, prince de l’État de Lagash H. , ; l. , cm AO  Achat, 

Au 3e millénaire avant J.-C., dans la région traversée par le Tigre et l’Euphrate et qui s’étend vers le nord jusqu’en Syrie, se forment des petits États dirigés par un prince qui cumule toutes les fonctions : chef de guerre, de la justice, des constructions publiques, il est aussi l’intermédiaire entre le monde divin et celui des hommes. Les listes royales sumériennes donnent les noms de ces souverains mythiques, tel le héros Gilgamesh, roi d’Uruk, qui auraient régné après le Déluge. Plusieurs dynasties ont dirigé l’État de Lagash, plus au sud. Gudéa, qui régna vers 2120 avant J.-C., en est le prince le plus connu, car les fouilles de Tello ont révélé une vingtaine de statues le représentant, découvertes dans les sanctuaires qu’elles ornaient. Taillée dans une pierre dure, la diorite, importée de Magan (péninsule d’Oman), la statuette montre le roi coiffé d’un bonnet (de fourrure ?), les mains jointes, dans un style académique qui veut évoquer la force et la piété du prince.

. Girsu (aujourd’hui Tello), Mésopotamie (Iraq actuel) Vers  avant J.-C. Diorite Gudéa, prince de l’État de Lagash H. , ; l. , cm AO  Achat, 

Dès le 2e millénaire avant J.-C., dans une zone qui s’étend entre le Tigre et l’Euphrate et va vers le nord jusqu’en Syrie, se forment des petits États dirigés par un prince qui cumule toutes les fonctions : chef de guerre, de la justice, des constructions publiques, il est aussi l’intermédiaire entre le monde divin et celui des hommes. Les listes royales sumériennes donnent les noms de ces souverains mythiques, tel le héros Gilgamesh, roi d’Uruk, qui auraient régné après le Déluge. Plusieurs dynasties ont dirigé l’État de Lagash, plus au sud. Gudéa, qui régna vers 2120 avant J.-C., en est le prince le plus connu, car les fouilles de Tello ont révélé une vingtaine de statues le représentant, découvertes dans les sanctuaires qu’elles ornaient. Taillée dans une pierre dure, la diorite, importée de Magan (péninsule d’Oman), la statuette montre le roi coiffé d’un bonnet (de fourrure ?), les mains jointes, dans un style académique qui veut évoquer la force et la piété du prince.


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AUX ORIGINES DES CIVILISATIONS MÉDITERRANÉENNES

Syros (île des Cyclades), Grèce Vers - avant J.-C. Marbre Idole féminine nue aux bras croisés : divinité ? H. , cm MNE  Don de M. Cordesse, 

Par leur position géographique centrale entre l’Anatolie et la Grèce continentale, les îles des Cyclades voient l’émergence aux 4 e et 3 e millénaires d’une civilisation singulière, qui produit notamment une vaisselle et une sculpture de marbre, la toute première du monde grec. On ignore la fonction et le mode de présentation de ces curieuses statuettes tant admirées par les sculpteurs du début du 20 e siècle. L’idole féminine nue aux bras croisés s’apparente bien aux représentations préhistoriques de la déesse-mère en train d’accoucher. On connaît cependant quelques rares figurations de musiciens dans le même style, et certaines de ces œuvres ont été découvertes dans un contexte domestique, ce qui complique le débat sur leur usage. La simplification graphique (tête en forme de lyre, angle dessiné par les épaules servant de repère pour d’autres parties de l’anatomie) est toute relative : sur d’autres exemplaires conservés, des oreilles sculptées à l’arrière de la tête et peu visibles de face, et des traces de peinture pour les yeux et la bouche indiquent que ces œuvres n’étaient pas dépourvues de décor.


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L’ORIENT ANCIEN AU TEMPS DE BABYLONE

Civilisation de l’Oxus, Asie centrale (Afghanistan actuel) Vers - avant J.-C. Chlorite verte et calcaire Femme vêtue d’une robe-manteau de laine (« kaunakès ») : figure protectrice des vivants et des morts ? H. , ; l. , cm AO  Achat, 

Vers 2000 avant J.-C., au nord de l’Iran actuel, à la frontière de l’Afghanistan et du Tadjikistan d’aujourd’hui, la région traversée par le fleuve Oxus (de nos jours Amou-Daria) et appelée plus tardivement Bactriane développe une civilisation en contact avec l’Élam (Iran actuel) et la Mésopotamie. Celle-ci utilise des matériaux plus précieux et un répertoire décoratif qu’on a pu juger plus exubérant. Les statuettes découvertes montrent des génies masculins au corps recouvert d’écailles de serpent ou, comme ici, des « princesses » dites « de Bactriane », aux amples crinolines à mèches laineuses inspirées du kaunakès sumérien. Cette Femme vêtue d’une robe-manteau de laine taillée dans du calcaire et de la chlorite verte doit figurer une protectrice des vivants et des morts.


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L’ORIENT ANCIEN AU TEMPS DE BABYLONE

Butin de Babylone, Mésopotamie (Iraq actuel) Vers  avant J.-C. Diorite Portrait royal : le roi de Babylone Hammurabi ? H. , ; l. , ; pr.  cm Sb  Fouilles de J. de Morgan, Suse (Iran actuel), 

Après des « invasions barbares » venues de l’Ouest syrien, le royaume de Babylone parvient à reconstituer l’unité de la Mésopotamie à son profit. Au temps du roi Hammurabi, qui règne vers les années 1790-1750 avant J.-C., la cité devient la capitale politique, intellectuelle et religieuse d’un vaste empire. Célèbre pour son code de lois, conservé au musée du Louvre à Paris et comportant 282 articles touchant à tous les domaines de la vie privée et publique, Hammurabi est l’un des rares personnages historiques de l’Orient ancien connu du grand public. On a longtemps voulu reconnaître ses traits dans la petite tête de la statuette de diorite que le bonnet rond à haut bord désigne comme appartenant à un portrait royal. L’expressivité des traits fatigués, marqués par l’âge, contraste avec le traitement conventionnel et décoratif des sourcils unis et de la barbe calamistrée. Mais ce petit chef-d’œuvre de sensibilité est sans doute un peu plus ancien et doit, vers 1900 avant J.-C., représenter un souverain antérieur de la même dynastie.


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L’ÉGYPTE DES GRANDS TEMPLES

Assiout, Égypte Vers  avant J.-C. Bois peint Porteuse d’offrandes H. , ; l. , ; pr.  cm E  Fouilles du cimetière d’Assiout (Égypte), don de l’Institut français d’archéologie orientale, 

L’Égypte contemporaine des civilisations babylonienne et hittite connaît au 2e millénaire avant J.-C. son apogée : conquêtes territoriales qui repoussent les frontières sud et est du pays, au-delà de la première cataracte du Nil, vers la Nubie, pour remonter jusqu’en Syrie ; période de magnificence marquée par la construction des grands temples de la région d’Abydos, de Thèbes, d’Assouan ou d’Abou Simbel. Le plus souvent creusées dans le rocher, les tombes d’Assiout, en Moyenne-Égypte, et de Thèbes, en Haute-Égypte, ont livré un mobilier funéraire caractéristique de cette période : les statuettes de faïence bleue côtoient des modèles de bois peint des serviteurs du mort, véritables substituts en trois dimensions des décors peints des parois des chapelles funéraires. La porteuse d’offrandes au buste menu, aux seins dévoilés, aux formes mises en valeur par une longue robe ajustée est une œuvre colorée représentative de cet art funéraire plein de saveurs.


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L’ÉGYPTE DES GRANDS TEMPLES

Égypte - avant J.-C. Stéatite glaçurée La reine Tiy aux côtés du roi Aménophis III : fragment d’un groupe royal dont il ne reste que la reine H.  ; l.  cm E  Collection Salt,  : N . Don de la Société des amis du Louvre, 

C’est avec le Nouvel Empire (vers 1550-1069 avant J.-C.) que l’Égypte devient la première puissance politique et militaire de la région, poussant ses frontières, au sud jusqu’à la quatrième cataracte du Nil, englobant la Nubie tout entière, au nordouest en direction de la Libye et au nord-est jusqu’à l’Euphrate, aux confins de la Syrie et de la Turquie. C’est une époque brillante, celle des pharaons Thoutmosis, des Aménophis et des célèbres Ramsès, qui a laissé un art de cour d’un très grand raffinement. Le fragment de groupe en pierre émaillée représentant la Reine Tiy est un petit chef-d’œuvre datant du règne d’Aménophis III (vers 1391-1353 avant J.-C.). Il ne subsiste que le bras gauche du roi, tandis que la reine porte les attributs de sa fonction : couronne à plumes, dépouille de vautour sur la tête et sceptre dans la main. Le visage juvénile, les yeux en amande, la bouche charnue, la finesse du rendu de la lourde perruque et du vêtement transparent qui révèle le corps élancé en font un sommet de l’élégance de ce style Aménophis III.



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