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La MĂŠsopotamie au Louvre

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Musée du Louvre Jean-Luc Martinez Président-directeur Karim Mouttalib Administrateur général Valérie Forey-Jauregui Administratrice générale adjointe Vincent Pomarède Directeur de la Médiation et de la Production culturelle Sous-direction de l’Édition et de la Production Laurence Castany Sous-directrice Violaine Bouvet-Lanselle Chef du service des Éditions Christine Fuzeau Coordinatrice éditoriale Direction de la Recherche et des Collections Anne-Myrtille Renoux Chef du service des Ressources documentaires et éditoriales Suzanne Abou-Kandil Iconographe

La publication de cet ouvrage a bénéficié du soutien d'AG2R LA MONDIALE

Département des Antiquités orientales Marielle Pic Directrice du département des Antiquités orientales Ariane Thomas Conservatrice chargée des collections mésopotamiennes Salima Amann et Elisabet Goula Iglesias Documentalistes scientifiques

Somogy éditions d’Art Nicolas Neumann Directeur Stéphanie Méséguer Responsable éditoriale Béatrice Bourgerie et Mélanie Le Gros Fabrication Pauline Garrone Coordinatrice éditoriale François Dinguirard Conception graphique et mise en pages Larissa Roy Mise en pages Marion Lacroix Contribution éditoriale

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En couverture : Taureau androcéphale ailé gardant un passage (détail), 721-705 avant J.-C., relief monumental en albâtre gypseux, H. 420, L. 440, ép. 100 cm, musée du Louvre, AO 19858 ISBN Somogy éditions d’Art : 978-2-7572-1129-8 © Somogy éditions d’art, Paris, 2016 www.somogy.fr ISBN musée du Louvre : 978-2-35031-547-8 © musée du Louvre, Paris, 2016 www.louvre.fr Dépôt légal : octobre 2016

En application de la loi du 11 mars 1957 (art. 41) et du Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992, toute reproduction partielle ou totale à usage collectif de la présente publication est strictement interdite sans autorisation expresse de l’éditeur. Il est rappelé à cet égard que l’usage abusif et collectif de la photocopie met en danger l’équilibre économique des circuits du livre.

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La MĂŠsopotamie au Louvre De Sumer Ă  Babylone Ariane Thomas

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Remerciements À PYOGM L’auteur souhaite vivement remercier tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet ouvrage. Il faut d’abord citer Marielle Pic, directrice du département des Antiquités orientales du musée du Louvre, et Violaine Bouvet-Lanselle, chef du service des Éditions du musée du Louvre, cette dernière ayant vivement encouragé ce projet avec le soutien de la première. Chargée de l’édition de ce livre, Christine Fuzeau a patiemment veillé à toutes les étapes de sa réalisation concrète avec un dévouement expert. Les éditions d’art Somogy ont accompli un formidable travail de conception et nous remercions Nicolas Neumann, leur directeur, Pauline Garrone, remarquable coordinatrice éditoriale, ainsi que les graphistes François Dinguirard et Larissa Roy, sans oublier Marion Lacroix pour ses minutieuses relectures. Une grande reconnaissance va à toutes celles qui ont œuvré à l’iconographie : Suzanne Abou-Kandil, à la direction de la Recherche et des Collections, avec le soutien d’Anne-Myrtille Renoux, a su trouver des images rares qui enrichissent beaucoup cet ouvrage. Au département des Antiquités orientales, l’excellent travail de mise en forme éditoriale de l’iconographie par Salima Amann et le programme intense de prises de vue savamment conduit par Elisabet Goula Iglesias ont permis des illustrations inédites et de qualité qui doivent beaucoup à leur patiente rigueur et à leur enthousiaste gentillesse. Il faut aussi saluer le talent des photographes, en particulier celui de Raphaël Chipault, qui s’est chargé des photographies collectives les plus complexes. Toute notre reconnaissance va enfin à Agnès Spycket, Pierre Amiet, Yves Calvet et Béatrice André-Salvini, qui nous ont généreusement confié les clichés pris au cours de leurs séjours passés en Irak. Merci aussi à ceux, trop nombreux pour être tous cités, qui ont soutenu ce travail par leur bienveillante jovialité, leur patiente relecture ou leurs conseils avisés, au musée et ailleurs, avec une mention spéciale à François Bridey, Mahmoud Alassi, Ludovic Laugier, Vincent  Blanchard, Julien Cuny, Caroline Florimont, Michel  al-Maqdissi, Nicolas  Benoit, Marianne Cotty, Céline Marquaire, Ariane Aujoulat et Hugo Naccaro, sans oublier Anne-Caroline RenduLoisel, Martin Sauvage, Jonathan Taylor, Pedro Azara et tant d'autres.

Règles de transcription

u = « ou » (sauf pour Sumer ou Suse) ; e = « é » ; j = « dj » ; g se prononce « g(ue) » ; sh au lieu de š = « sh » ; i, a, u au lieu de ī, ā, ū ; s pour s et s ̣ « ts(e) » ; h pour h et h qui se prononce comme le « ch » allemand Le ‘ n’est pas prononcé et il n’y a pas de diphtongues. ˆ

Avertissements

Les sites sont indifféremment désignés sous leur nom antique ou sous leur nom moderne selon l’usage. Une liste de correspondances à la fin de cet ouvrage précise les noms antiques et modernes des principaux sites. Sauf mention contraire, les œuvres proviennent de sites mésopotamiens situés en actuel Irak. Lorsque la provenance exacte est inconnue, la mention « Mésopotamie », implicite, n’est pas indiquée. La mention du département des Antiquités orientales comme des autres départements du musée du Louvre à Paris est également implicite. Les datations des œuvres mentionnent les intervalles correspondant à l’époque ou aux années de règne du souverain durant lesquelles ces œuvres ont été créées. Une chronologie sommaire à la fin de l’ouvrage rappelle les noms des époques se rapportant à ces intervalles de temps. Les coupes opérées sur certaines des citations ne sont pas indiquées pour en simplifier la lecture.

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Préface La Mésopotamie, pays d’« entre les fleuves », le Tigre et l’Euphrate, se jetant dans la « mer Inférieure », est reconnue comme le berceau de la civilisation de la plus ancienne vie urbanisée. Elle s’inscrit dans notre mémoire collective par les textes grecs et bibliques ; ont été conservés les souvenirs du Déluge, de la tour de Babel, des rois d’Assur et de Babylone. La restitution de son histoire en fut perturbée ; cet ouvrage est l’occasion de donner à découvrir les recherches des assyriologues depuis deux siècles. Ce troisième livre de la série est comme un écho à l’historiographie des découvertes des civilisations antiques, car ce ne fut qu’à partir du xviie siècle que l’Europe de la Renaissance s’intéressa aux sources de sa propre civilisation gréco-romaine et biblique. Alors que l’art gréco-romain commençait à être connu par les grandes collections royales et que l’art égyptien avait été révélé par l’expédition d’Égypte, en 1798, les civilisations du Moyen-Orient n’étaient représentées que par les dessins d’aventuriersvoyageurs ou les quelques objets, rassemblés à la Bibliothèque royale. De fait, au xviiie siècle, l’effervescence scientifique autour des témoins de civilisations inconnues s’est développée au sein de la Bibliothèque royale et a été favorisée par l’abbé Barthélemy (1716-1795), le déchiffreur du phénicien. Le Louvre n’est alors qu’un palais royal, avant de devenir musée en 1793. Le Cabinet du roi, héritier des collections royales et princières, s’est enrichi des donations de savants antiquaires, collectionneurs érudits du xviiie siècle. Les premiers sceaux-cylindres mésopotamiens furent collectés par le comte de Caylus ; ils sont qualifiés d’amulettes apotropaïques conservées au temps des croisades dans les trésors d’église. La première inscription cunéiforme importante est donnée au Cabinet du roi en 1786, par le botaniste André Michaux : le caillou Michaux. La création du service des Missions en 1842, puis en 1874 de la Commission des missions permit d’encourager et de subventionner les voyages dirigés « vers des recherches physiques et géographiques ou des études appliquées aux langues, à l’histoire, à tout ce qui peut en général intéresser notre civilisation ». Il a fallu attendre les découvertes archéologiques du milieu du xixe siècle pour que l’art assyrien et mésopotamien ne fût plus considéré comme fruste et fût exposé au musée du Louvre à partir de 1847. La découverte des Sumériens par Ernest de Sarzec dans le Sud mésopotamien provoqua l’ouverture du département des Antiquités orientales en 1881. Cet ouvrage est un parcours initiatique au milieu des œuvres mésopotamiennes afin d’observer, dans l’antique Mésopotamie, le sens de la continuité et celui de l’unité dans la diversité des codes de représentation. Ces œuvres ont été confiées il y a plus d’un siècle au musée du Louvre selon des conventions de partage des trouvailles archéologiques. Depuis 2003, à la suite des destructions du patrimoine oriental, le musée du Louvre s’est engagé à œuvrer pour protéger et sauvegarder ce patrimoine en danger dans des pays situés dans des zones de conflit, aux côtés de l’UNESCO, et faire connaître notre histoire commune, l’histoire de l’humanité.

Marielle Pic Directrice du département des Antiquités orientales

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Sommaire

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Introduction CHAPITRE I

LE MONDE MÉSOPOTAMIEN 12 14 16

18 20 22 24 26 28 30 32

« Mésopotamie » : de quoi parle-t-on ? Du nord au sud, un territoire varié et variable défini par la culture et l’histoire Un monde urbain Un pays menacé et enrichi par les nomades La faune et la flore, le monde sauvage Un pays d’agriculture et d’élevage Un pays d’artisanats réputés et innovants Le pays de l’argile, mythes et réalités Un monde ouvert sur l’extérieur : un pays d’échanges Les voisins de la Mésopotamie La Mésopotamie vue par ses voisins et la vision de l’étranger en Mésopotamie

CHAPITRE II

UN PASSÉ PLURIMILLÉNAIRE 36

38 40 42 44 48 50 52 56 58 60 62 64 66 68 72 74 76

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Comment connaît-on l’histoire de la Mésopotamie ? La conception du temps en Mésopotamie et la méthode archéologique Les premiers villages et l’économie néolithique L’invention de la céramique Vers une hiérarchisation sociale : l’apparition de chefferies et la culture d’Obeid Uruk : les premières villes du monde L’invention de l’écriture : entre économie et histoire Sumer : les premières dynasties mythiques d’avant le Déluge Sumer : les dynasties historiques, échanges et rivalités Akkad : le premier empire de l’histoire Sargon le fondateur et Naram-Sîn le divin Renaissance et disparition du monde sumérien Gudea et la 2e dynastie de Lagash Les Amorrites au pouvoir, l’héritage suméro-akkadien et l’ascension de Babylone Hammurabi, fondateur de la renommée éternelle de Babylone L’époque dite « du Bronze récent » : Mitanniens et Médio-Assyriens au nord ; Kassites au sud L’empire conquérant des Néo-Assyriens Sargon II et Khorsabad Sennacherib, Assarhaddon, Assurbanipal, derniers grands rois assyriens

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La gloire néo-babylonienne Après la chute de Babylone, la disparition progressive de l’antique culture mésopotamienne L’influence de la Mésopotamie

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Musique et danse Jeux et chasse Le costume

CHAPITRE VI

CHAPITRE III

UN MONDE RELIGIEUX

LE LOUVRE ET LA MÉSOPOTAMIE 160

88 90 92 94 96 98 100 104 106

Cosmogonies, récits de création Le panthéon à travers le temps Divinités mineures, génies et démons Le roi intermédiaire des dieux et le roi divinisé Le temple, un complexe aux fonctions multiples Les ziggurats et la tour de Babel La prière et l’offrande Fêtes et rituels Calendrier, présages et divination : un monde régi par les dieux

164 166 168

ANNEXES 172 174 175 176

CHAPITRE IV

LE POUVOIR ROYAL 110 112 114 116 118 122 124

La redécouverte de la Mésopotamie et le musée du Louvre Du Musée assyrien au Grand Louvre « Assyriomanie », la Mésopotamie dans l’imaginaire moderne Principaux sites mésopotamiens au Louvre : Khorsabad, Tello, Larsa, Kish, Mari

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Glossaire Bibliographie Principaux sites Principales divinités Chronologie Cartes

Le pouvoir royal, origine et définition Gilgamesh et les grands héros de la royauté mésopotamienne Le roi de justice : lois et administration Le roi guerrier Le roi bâtisseur : constructions et reconstructions Décors et mobilier Jardins mésopotamiens, merveilles du monde

CHAPITRE V

VIVRE EN MÉSOPOTAMIE 128 130 132 134 136 138 140 144 146 148 150

Un monde multiculturel et une caste de lettrés Le corpus cunéiforme, un trésor extraordinaire de textes Sciences mathématiques et astronomiques Glyptique et identité La société mésopotamienne La famille Les femmes La maison Se soigner : médecine et magie La mort comme destin humain et l’au-delà Manger et boire, de la survie aux banquets

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LA MÉSOPOTAMIE AU LOUVRE

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Introduction

La Mésopotamie antique couvre un territoire défini par les fleuves Tigre et Euphrate qui traversent l’Irak actuel et une partie de la Syrie moderne, entre les piémonts Zagros et Taurus au-delà desquels s’étendent les plateaux anatolien et iranien. On fait débuter l’histoire mésopotamienne aussitôt après la fin de la très haute préhistoire dite « Paléolithique supérieur », c’est-à-dire après la fin de la dernière période glaciaire, quand le climat du Proche-Orient en général change et donne lieu à des évolutions humaines majeures. On estime qu’elle se termine près de dix mille ans plus tard, aux alentours de l’ère chrétienne, alors que l’écriture dite « cunéiforme », née vers 3200 avant J.-C., disparaît définitivement. D’autres la font cesser à la conquête d’Alexandre, vers 331 avant notre ère, après quoi la Mésopotamie s’hellénisa progressivement. On considère aussi parfois que c’est la conquête de ces territoires par l’Islam dans la première moitié du viie siècle de notre ère qui marque la rupture définitive avec cette très longue Antiquité mésopotamienne. S’il faut se garder d’attribuer à la seule Mésopotamie une inventivité et un dynamisme qui caractérisent plus largement l’Orient ancien, c’est bien en Mésopotamie que l’on a retrouvé les premières attestations, à ce jour connues, d’innovations fondamentales telles que la céramique, l’irrigation, les villes, les rois, l’écriture, la comptabilité et l’administration, la charrue, le tour de potier, la métallurgie et le verre, l’astronomie, l’astrologie, les mathématiques et bien d’autres savoirs. Quand on recherche les origines de nos civilisations, de nos mythes, de notre imaginaire visuel ou de notre inconscient collectif, ce sont bien souvent des témoignages mésopotamiens qui attirent notre attention. Au-delà d’un mésopocentrisme excessif, alors même que le nom « Mésopotamie » n’est qu’une appellation tardive désignant un territoire aux multiples facettes et souvent morcelé, ce pays et sa culture plurimillénaire semblent bien un ancêtre vénérable et admirable dont nous sommes tous les héritiers.

t Défilé de tributaires mèdes (détail), palais de Khorsabad, 721-705 avant J.-C., relief en albâtre gypseux, H. 165, L. 307, ép. 80 cm, musée du Louvre, AO 19887.

Les recherches en Mésopotamie ont aussi été le point de départ de la redécouverte de l’Orient ancien à partir du milieu du xixe siècle, à laquelle le musée du Louvre a apporté une contribution importante. Retrouvant les Assyriens puis les Sumériens et, enfin, la mémoire d’un passé préhistorique vertigineux, les fouilles ont alimenté la collection exceptionnelle du musée du Louvre, faite de pièces majeures ainsi que de séries archéologiques et épigraphiques, particulièrement importantes pour certaines périodes. Avec des chefs-d’œuvre et jalons de l’histoire comme la Stèle des vautours, le Code de Hammurabi ou les vestiges de la cour Khorsabad, nous espérons aider le public à redécouvrir la Mésopotamie au Louvre. Ce musée est en effet le premier musée moderne d’archéologie mésopotamienne et le plus fréquenté au monde, avec près de dix millions de visiteurs chaque année.

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LE MONDE MÉSOPOTAMIEN

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« MÉSOPOTAMIE »

De quoi parle-t-on ?

Bien qu’ils aient eu conscience d’être unis à la fois par leur histoire, leur culture et souvent de manière politique, les anciens « Mésopotamiens » ne se seraient pas particulièrement reconnus dans cette appellation tardive et étrangère dont la plus ancienne attestation ne remonte qu’au ive siècle avant J.-C. Beaucoup plus tard, le terme de Mésopotamie est à nouveau utilisé de manière officielle, au xxe siècle, lors de la création du mandat britannique de Mésopotamie dans l’ancienne province de l’Empire ottoman, avant l’indépendance du royaume d’Irak en 1932. Page 10 Lion passant provenant du décor mural de la voie processionnelle de Babylone (détail), 605-562 avant J.-C., briques émaillées, H. 105, L. 227 cm, musée du Louvre, AO 21118, dépôt du Vorderasiatisches Museum, Berlin, en 1936. 9 Une vue imaginaire des palais de Nimrud sur le Tigre (détail), dans Austen Henry Layard, A Second Series of the Monuments of Nineveh, Londres, John Murray, 1853, planche 1. t L’Euphrate près de Babylone. 0 Affiche publicitaire pour de l’extrait de viande Liebig, vers 1900, collection privée. L’antiquité mésopotamienne a inspiré de nombreuses publicités, des plus anciennes aux plus récentes, dans divers pays du monde, que ce soit pour la bière, la banque, l’assurance, des cahiers, de la viande ou encore des chocolats.

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Le pays d’« entre les fleuves »

Le nom « Mésopotamie » est une appellation des Grecs anciens pour désigner un pays littéralement situé « entre les deux fleuves » Euphrate et Tigre (du grec Μεσοποταμία/Mesopotamía, de μεσο/meso « milieu, entre » et ποταμoς/potamos, « fleuve »). Le terme grec viendrait lui-même d’une expression locale connue en akkadien puis en araméen (birit narim et beyn nahrim), qui signifie aussi « entre les fleuves ». De fait, le pays est bien traversé par ces deux fleuves, essentiels à l’établissement des hommes et à leur circulation. Dans le Nord, toutefois, le territoire se divise autour du Tigre, qui remonte vers le nord, tandis que l’Euphrate se développe à l’ouest vers la Syrie. La plus grande part du territoire correspond aujourd’hui à l’Irak moderne, une moindre portion se trouvant en Syrie ainsi qu'au sud de la Turquie et au Koweit.

Un pays, plusieurs peuples et cultures

Les anciens Mésopotamiens employaient plutôt des termes vagues, comme « le pays », ou de sens plus restreint, tels « Sumer », « Akkad », « Assur »… En dépit d’une unité culturelle, plusieurs entités ont coexisté au fil du temps. On reconnaît principalement les pays de Sumer et d’Akkad au 3e millénaire, correspondant à la Mésopotamie méridionale et centrale. Pour les 2e et 1er millénaires avant J.-C., on parle plus de « Babylonie » en Mésopotamie méridionale, laquelle recouvrait à peu près les anciens pays d’Akkad et de Sumer. Dans l’extrême sud du pays se situent le « pays de la Mer » ou la « Chaldée ». Ces régions s’opposent à l’Assyrie au nord, avec pour cœur le « triangle assyrien » entre le Tigre et deux de ses affluents, le Petit et le Grand Zab. L’ensemble historique, social et culturel désigné par le terme de Mésopotamie était avant tout pluriel, associant différentes populations et influences culturelles en un mélange original et particulièrement fructueux tout au long d’une histoire plurimillénaire.

Le paradis perdu ? Des quatre fleuves du paradis biblique, seuls l’Euphrate et le Tigre nous sont connus. Les anciens Mésopotamiens, à force de travail, ont transformé leur territoire, en particulier dans le sud du pays, en une terre fertile et accueillante, contrastant fortement avec l’aridité environnante, si bien qu’elle a été pour certains à l’origine du mythe de l’Éden.

q Nicolas Poussin (1594-1665), Le Printemps ou le Paradis terrestre, entre 1660 et 1664, huile sur toile, H. 118, L. 160 cm, musée du Louvre, INV 7303. Le paradis terrestre est situé entre quatre fleuves, dont le Tigre et l’Euphrate qui coulent côte à côte en Mésopotamie. Certains proposent même une étymologie sumérienne pour le terme « Éden ».

LE MONDE MÉSOPOTAMIEN

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DU NORD AU SUD

Un territoire varié et variable défini par la culture et l’histoire Dans son acception la plus large, la Mésopotamie recouvre un territoire varié composé d’au moins trois grandes régions distinctes par leur relief, leur climat, leur situation ou encore leur végétation. Du nord au sud, le terrain s’incline progressivement depuis des piémonts jusqu’à la mer à travers une grande plaine alluviale bordée de steppes pouvant servir de pâturages après les pluies. Le climat y est continental, avec de grandes chaleurs estivales (+ 40/50 °C) et des hivers parfois rigoureux avec de la neige, en particulier dans le nord du pays.

Le Nord mésopotamien, un pays enclavé

Au nord, le long du Tigre et de ses principaux affluents, le Grand et le Petit Zab, la région assyrienne, également appelée « haute Mésopotamie », est un vaste plateau irrigué par le fleuve et suffisamment arrosé par la pluie. Elle est enclavée dans les petits piémonts qui découpent le territoire avant de devenir les montagnes qui le limitent au nord, comme la steppe à l’ouest. Cette dernière zone désertique, nommée « Djezireh », se prolonge en Syrie actuelle jusqu’au long du moyen Euphrate.

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9 Dans le nord du pays, la région assyrienne est traversée par le Tigre jusqu’aux piémonts qui la ferment au nord et à l’est. Elle tire son nom de la ville d’Assur et du dieu Assur dont le propre nom dérive de ce site sacré. Situé au bord du Tigre, il reste dominé par les ruines de sa ziggurat.

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Le Sud, une plaine alluviale entre le Tigre et l’Euphrate

La Mésopotamie du Sud, ou basse Mésopotamie, correspond à une plaine alluviale d’une longueur de près de 200 kilomètres, que sillonnent le Tigre et l’Euphrate, fleuves capricieux au lit instable qui ont considérablement changé de cours au fil des siècles. Insuffisamment arrosé de pluie, ce territoire a été largement irrigué par des réseaux de canaux qui l’ont rendu très fertile. Cette plaine est particulièrement étroite au nord, soit au centre de la Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate. C’est là que débouche la rivière Diyala, le long de laquelle s’étend la vallée du même nom qui conduit aux Zagros et, de là, au plateau iranien. Voie directe d’échanges, cette vallée de la Diyala s’est développée en conséquence.

La steppe et les marais

9 Les marais du sud de l’Irak, au bord du Golfe, conservent un exceptionnel patrimoine naturel et historique, comme si le temps y était figé, avec des maisons en roseaux semblables à celles qui sont représentées à partir de l’époque d’Uruk et donc vieilles d’au moins cinq mille ans. r Dans le sud du pays, Uruk, première ville du monde et site gigantesque, fut occupée au moins plus de quatre mille ans. On y voit encore la silhouette de sa ziggurat.

À l’ouest de la plaine alluviale se trouve la steppe, désertique, sauf quand des pluies la fertilisent temporairement, ce qui la transforme en pâturage. Traversée par des populations nomades ou semi-nomades et peuplée d’animaux sauvages, elle apparaît comme l’antithèse du monde urbain et civilisé des Mésopotamiens. Par ailleurs, l’extrême sud du territoire est une zone côtière appelée aussi « pays de la Mer ». Au cours de l’histoire mésopotamienne, le rivage du Golfe, ou « mer Inférieure », a grandement fluctué de plusieurs kilomètres, laissant d’anciens ports bien loin du littoral ou dégageant des terres précédemment recouvertes par la mer. Depuis au moins le 3e millénaire, c’est aussi une zone de marécages parsemée d’îlots entre des roseaux, particulièrement développée au Moyen Âge et en partie asséchée sous Saddam Hussein.

LE MONDE MÉSOPOTAMIEN

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UN MONDE URBAIN Bien que très agricole et liée à la steppe, la Mésopotamie reste à ce jour le pays qui aurait inventé et développé la ville, ce lieu qui ne fonctionne qu’en relation avec l’extérieur à la différence d’un village. Dans la ville, où s’échangent marchandises et idées, les habitants ont d’autres fonctions bien plus spécialisées et diversifiées que celles des villageois paysans. Un lieu civilisé

La ville est le monde civilisé pour les Mésopotamiens : constituée par l’homme pour lui-même, par opposition à la steppe où règne, dans l’imaginaire mésopotamien, le chaos menaçant des animaux sauvages et des esprits malfaisants. C’est ce qui ressort notamment dans l’Épopée de Gilgamesh : Enkidu, l’homme sauvage créé par les dieux pour défier le roi d’Uruk Gilgamesh, ne devient un homme civilisé qu’après avoir été instruit par une prostituée qui l’emmène en ville et l’éloigne des bêtes sauvages dont il ne se différenciait pas jusque-là. En effet, la société mésopotamienne est avant tout sédentaire, répartie entre les habitants des villes et les paysans des villages organisés autour d’une ville. Création des dieux et des rois y résidant dans leurs temples et palais, la ville, qui concentre les pouvoirs religieux, politique et économique, ne peut qu’occuper une place prééminente.

r La ville fortifiée d’Arbèles, sur un relief du palais d’Assurbanipal, Ninive, vers 645 avant J.-C., albâtre, H. 130, L. 126 cm, musée du Louvre, AO 19914. q Reconstitution virtuelle de la ville d’Ur à l’époque néo-sumérienne, au bord de l’Euphrate et d’un canal artificiel. On distingue au premier plan un des deux ports fluviaux et, non loin, sur la droite, le secteur sacré dédié au dieu de la lune. w Plan de la ville de Nippur, tablette d'argile, environ 15 cm, vers 1500-1300 avant J.-C., Iéna, université Friedrich-Schiller, collection Hilprecht.

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La Mésopotamie au Louvre 2016 (extrait)