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DOSSIER FEMMES ET PATRIMOINE

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vendredi 10 août 2018

Une gestion plus prudente de l'argent

La gestion du patrimoine n'est plus une «affaire d'homme» comme cela a été le cas pendant plusieurs décennies. Les femmes, elles aussi, savent comment placer leur argent et le faire fructifier.

A

voir de l'argent et le gérer soimême a été une revendication majeure des femmes au XXe siècle. Pendant longtemps, elles ont été considérées comme «des mineurs», mais qui tenaient les cordons de la bourse du ménage. Elles devaient demander l'autorisation à leur père puis à leur mari pour pouvoir gérer l'argent comme elles le souhaitaient. Depuis ces cinquante dernières années, la société a évolué, elle lutte contre toutes les formes de discrimination et d'inégalité. Pourtant, les femmes semblent encore trop souvent se refuser à gérer le patrimoine de la famille. Cette «affaire d'hommes» peut pourtant être rondement menée par une femme. Généralement, dans un couple, l'homme gère le patrimoine jusqu'à ce qu'il trépasse, l'épouse, qui a une espérance de vie plus longue, doit prendre la suite. D'après Viviane Clauss, responsable du programme «Femmes et patrimoine» à la Banque de Luxembourg, «la plupart des femmes actives gèrent le patrimoine». Cependant, le véritable enjeu dans la gestion de ce patrimoine, c'est de «préparer la retraite». Les femmes ayant des évolutions de carrière «moins linéaires» que ces messieurs, «si elles n'anticipent pas, il y a un écart important» entre le niveau de vie actuel et celui au niveau de la pension.

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Une approche moins spéculative

Une femme et un homme font face aux mêmes options : investir dans l'immobilier, dans des placements plus ou moins risqués, épargner. Ce qui les différencie, c'est leur comportement face à la gestion de ce patrimoine. Pourtant, gérer ce que l'on possède, c'est aussi simple que de s'acheter une nouvelle paire de chaussures. Il suffit juste de se faire expliquer le jargon en obtenant sa traduction dans un langage plus compréhensible par tous. «Les femmes en général se sous-évaluent dans leur connaissance fi-

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Photo : didier sylvestre

De notre journaliste Aude Forestier

nancière», observe Viviane Clauss. Elles sont plus prudentes qu'un homme. Un avis partagé par Gaëlle Haag, entrepreneuse ayant travaillé de nombreuses années dans le monde financier (voir ci-dessous). Selon elle, «les femmes qui investissent sont en moyenne de meilleurs investisseurs. Elles ont une approche moins spéculative», souligne-t-elle. Pourquoi les femmes font-elles preuve de prudence lorsqu'il s'agit de gérer leur argent? «Je pense qu'il y a une dimension culturelle», dit Viviane Clauss. L'indépendance financière étant encore récente, elles ont sans doute plus conscience de la valeur de l'argent qu'un homme. «Dans les entretiens (NDLR : avec les gestionnaires de patrimoine), les hommes ont davantage une compréhension technique du produit», assuret-elle. Elle poursuit : « Elles aiment avoir une relation de confiance avec une personne qui peut les comprendre et les accompagner.»

Une maîtrise des émotions

À la question de savoir quels types d'investissements sont privilégiés par les femmes, Viviane Clauss répond que leurs besoins sont sensiblement les mêmes que ceux des hommes. Même si elles ont tendance à privilégier «des investissements socialement responsables. Les femmes se tournent vers des projets qui ont du sens. Elles sont à la recherche de placements qui correspondent à leur projet de vie.» Elles investissent donc dans une logique de projet à long terme. Mais il y a un autre élément important à prendre en compte : les émotions. Comme le dit Gaëlle Haag, «l'investisseur n'est pas rationnel, c'est un être humain qui a des émotions». Il faut donc apprendre à gérer les émotions liées à la gestion de son patrimoine et accepter les éventuelles pertes. Et la transmission de ce patrimoine, est-ce un tabou? Apparemment non. Selon Viviane Clauss, les femmes sont «prévoyantes». Même si l'éducation des enfants repose encore beaucoup sur leurs épaules, «il y a moins d'ego dans la transmission» par rapport à un homme. «Elles transmettent des valeurs, un mode de vie, des avoirs financiers», ajoute la responsable du programme. En gros,

Viviane Clauss, la responsable du programme «Femmes et patrimoine» à la Banque de Luxembourg, constate que les femmes ont tendance à privilégier des investissements socialement responsables. le patrimoine n'est pas qu'une simple accumulation d'argent et de biens (meubles et immeubles), cela englobe aussi une dimension psychologique.

Un programme adapté

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e programme «Femmes et patrimoine» de la Banque de Luxembourg, dirigé par Viviane Clauss, existe depuis 2011. Son but est d'écouter les clientes et de leur prodiguer des conseils personnalisés et adaptés à toutes les étapes importantes d'une vie (mariage, naissance d'un enfant, divorce, pension, décès). Ce concept a été élaboré par une dizaine de femmes de la banque.

http://startalers.com/

La manière de gérer l'argent est liée au niveau d'éducation financière des personnes.

Diversification, adaptation et maîtrise des émotions

StarTalers : la meilleure amie financière

Voici quelques principes à suivre pour bien gérer son patrimoine.

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Photo : anne lommel

Ayant travaillé comme consultante pendant sept ans chez McKinsey et à la banque KBL, Gaëlle Haag a décidé de créer StarTalers, une application qui aidera les femmes à investir, une sorte de «meilleure amie financière». Pour la jeune femme, l'industrie de la banque ne s'intéresse pas vraiment à l'investissement au féminin. «On est ignorées comme cliente de banque privée», dit-elle. Pourtant, le pouvoir financier des femmes est bien réel. «Les femmes sont naturellement des investisseurs beaucoup plus responsables», continue-t-elle. Associée à Thierry Smets, l'ancien PDG de Puilaetco Dewaay, la banque privée belge spécialisée dans la gestion de patrimoine, elle travaille sur le projet «à plein temps» depuis janvier. La version bêta de l'application est en cours de développement, elle sera testée par «un panel de testeuses», affirme-t-elle. StarTalers est destinée à toutes les femmes âgées de 35 à 55 ans. «Le grand ami, c'est le temps. Quand on est à plus de cinq ans de la retraite, c'est plus compliqué.» Car la pension, ça se prépare jeune, même si dans cette période de la vie, on n'y pense pas vraiment. L'idée aussi, c'est de «faire tomber les barrières qui empêchent les femmes d'investir. Dans notre application, on met l'accent sur l'éducation financière. On fait de la gestion conseillée», dit-elle. L'objectif étant de faire entrer la gestion «dans le quotidien». Gaëlle Haag parle également de l'aspect communautaire de l'application. «L'idée est de créer une communauté de femmes» qui leur permettra d'échanger entre elles sur le sujet.

Photo : afp

Le Quotidien s'intéresse à la relation entre les femmes et le patrimoine. Il semblerait qu'une femme ait une approche moins spéculative qu'un homme et qu'elle se tourne plus vers des investissements responsables.

Gaëlle Haag lance une application qui aidera les femmes à gérer leur patrimoine.

ue l'on soit une femme ou un homme, les règles d'or pour bien gérer son patrimoine sont les mêmes. Cela paraît évident, mais il faut tout d'abord définir son profil d'investisseur. Et pour cela, on doit distinguer sa capacité à prendre des risques et la volonté de le faire. La capacité à prendre des risques dépend de l'horizon d'investissement, de la «surface» patrimoniale et des dépenses futures liées à son projet. La volonté, elle, relève de la perception individuelle. Diversifier son portefeuille est un principe de base. Cette diversification peut être géographique ou porter sur la classe d'actifs (actions ou obligations par exemple). Un portefeuille diversifié résiste mieux aux périodes de crise qu'un portefeuille ne contenant qu'une seule catégorie d'actifs. En outre, il faut aussi adapter la composition de

ses avoirs en fonction de sa situation de vie. Investir à long terme est la meilleure des options, car cela limite les effets de crise. Et investir régulièrement est la meilleure façon de se constituer un patrimoine sur le long terme «dans les phases de hausse comme de baisse, ce qui permet d'avoir un prix d'achat moyen», explique un document de la Banque de Luxembourg. La maîtrise des émotions a aussi son importance. Si à un moment donné le marché est baissier, il ne faut pas se précipiter pour tout vendre, il faut attendre que cela remonte. Suivre la mode, investir dans des valeurs à succès n'est pas la meilleure chose à faire. C'est le meilleur moyen de «s'exposer à un risque de perte définitive en capital». Enfin, cela paraît logique, il faut surtout comprendre dans quelle solution on investit. Et les actifs doivent être de qualité, il ne faut pas non plus les surpayer.

Femmes et Patrimoines - Le Quotidien - 10/08/2018  
Femmes et Patrimoines - Le Quotidien - 10/08/2018