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BANQUE B AN NQU QUE &

FINANCE F FINA AN NCE E LE MAGAZINE AGAZINE DE LAA PLACE FINANCIERE FINA ANCIERE SUISSE SE

N°115-1 115-116 116 Mai-juillet M i j illet 2012 012

CHF 12.- / 8â‚Ź

DÊcryptage Nouvelles règlementations et banques privÊes Droit & FiscalitÊ 7D[HUOHVWUXVWVOHGpÀIUDQoDLV Diriger Le leader et le changement

SPÉCIAL GENĂˆVE

Quel avenir pour la place financière?


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L’édito

Oui ou non, faut-il maintenir le taux plancher?

A

l’heure où nous couchons ces quelques lignes rejaillit - une fois de plus direz-vous!-, la question du taux plancher fixé par la Banque nationale suisse (BNS), le 6 septembre dernier. Et, disons-le tout net, les avis divergent fortement parmi les spécialistes des mécanismes monétaires. Qui trouve la mesure toujours adaptée, qui, en revanche, considère qu’il s’agit en l’espèce d’une mesure d’opportunité n’ayant désormais plus de raison d’être, tant la situation de la monnaie européenne s’éloigne chaque jour un peu plus de celle de l’époque. Et que loin de protéger, elle affaiblit. C’est, par exemple le cas d’Oswald Grübel, l’exDirecteur général d’UBS et de Credit Suisse. Pour lui, la BNS va forcément bientôt renoncer à ce fameux taux plancher. Et d’ajouter que «tout n’est qu’une question de temps». Dans les colonnes de Sonntag, il souligne l’urgence de ce réexamen, rappelant que plus ce taux restera en vigueur, plus le prix à payer pour la Suisse sera élevé. Alors, direz-vous, pourquoi attendre? Probablement parce que les choses ne sont pas aussi simples. Et qu’en abandonnant, dès demain, une mesure prise au sortir de l’été dernier, la Banque nationale Suisse prendrait le risque de fragiliser plus encore l’ensemble du système et pourrait même, aux yeux de certains, paraître se décrédibiliser. En outre, le maintien du taux plancher a des conséquences positives sur l’économie suisse. Cette stabilité « de fait » maintient le franc a un niveau qui le protège de son succès. Il ne s’apprécie pas face à l’euro et à même tendance à s’affaiblir face au dollar. Une situation intéressante en termes d’échanges internationaux et même d’investissement puisque ce taux de change permet aussi de maintenir des taux d’intérêt bas. Faites sauter le verrou et le franc risquerait de s’envoler, tant il est vu aujourd’hui comme une monnaie refuge par bon nombre d’Européens, notamment dans les pays du Sud de l’Union. Pour Jan-Egbert Sturm, l’homme qui pilote les travaux du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, il faut donc bien conserver la parité actuelle car profite à la Suisse. Qui a raison, qui a tort? Chacun se forgera sa propre conviction. La BNS, en tout cas, ne semble pas décidée à changer son fusil d’épaule. Pour Thomas Jordan, le successeur de Philipp Hildebrand, cité par Ats, «Même dans les conditions les plus difficiles, nous continuerons à l’avenir à défendre ce cours et axerons notre politique monétaire sur le maintien de ce plancher». Au moins, les choses semblent claires à l’intérieur de l’institution, même si elles le sont beaucoup moins à l’extérieur !  La rédaction BANQUE&FINANCE N°115-116 MAI/JUILLET 2012


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Sommaire

Genève, place financière

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n 115-116 °

Mai-Juillet 2012

évolution

Olivier Gauderon, Yvan Mermod Se réinventer pour rester leader

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La parole est à ...

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Banque privée

Guy de Picciotto La Suisse gardienne de la morale fiscale?

Jean-Christophe Hugon 2012-2013: Quel cap pour la banque privée?

Retrouvez votre magazine sur le webwww.banque-finance.ch Photo de Une © Stephen Finn - Fotolia.com

17

édouard Cuendet Pression réglementaire accrue. Réglementation et/ou compétitivité?

22 

banques étrangères

Raoul Oliver Wuergler Du financement du négoce au private banking

BANQUE &

24  Gérants indépendants

FINANCE

Patrick Dorner Les indépendants face aux nouveaux enjeux

LE MAGAZINE DE LA PLACE FINANCIERE SUISSE

26 

gérants de fortune

Norberto Birchler La surveillance prudentielle s’impose

31

Genève et l’économie

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Matières premières

31

34

à la tribune

Genève économie

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Formation bancaire

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le dessous des cartes

Jacques Jeannerat Tissu économique dense et dynamique

Mohammad Farrokh Genève et matières premières, les raisons d’un nouvel essor

Tissu économique: dense et dynamique En temps de crise, les perspectives de développement sont suivies de très près par les divers acteurs de l’économie. Le tissu économique genevois comporte quelques particularités qui rendent ce dernier résistant aux aléas de la conjoncture.

Jean-François Unger La polyvalence, une véritable force

Antonio Palma Quelle formation pour quel talent? Mohammad Farrokh L’avenir incertain de l’industrie du trust

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Sommaire Décryptage

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Sous la loupe

décryptage

Pierre-Emmanuel Iseux Nouvelles réglementations et banques privées

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actualité

48

actualité

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acteurs

66 Richard Morgan L’âge d’or de l’exploitation minière en Afrique

MATIERES PREMIERES

67 OLE S HANSEN Des craintes face à la flambée des prix de l’énergie

Pariez sur l’égalité professionnelle

Step

68 CHRISTIAN GERLACH Recherche potentiel inexploité

70 BERTRAND CARLIER

Nominations & promotions

52

Financement et nouveaux équilibres

sous les projecteurs zurichois

71 lIONEL PILLOUD Cuivre et développement des pays émergents

Hanz Van Swaay Private equity: retour de balancier

54

72 claude lixi

échos de bruxelles

Jacques de Watteville Le «facillitateur de dialogue»

L’avènement De La Volatilité

Opérationnel 56

droit & Fiscalité

Maître Philippe Lette, Maître Luisa Montoya Taxer les trusts, le défi français

60

enjeux & problématiques

Denis Quenon, Olga Britschgi Assurance des hauts patrimoines

62

si j’étais banquier

Jean Winkler J’essaierai d’expliquer à quoi sert un banquier

65

Investir 76

Manager

Vie privée

obligations high yields us

84

Daniel Varela Fenêtre d’opportunité ouverte en grand

Frederic Kohler Le leader et le changement: l’initier c’est bien, le réussir c’est mieux!

78

tête de série

86

se perfectionner

89

banque & internet

Jérome Sicard Cassiopée: le parfait alignement

79

hedge funds

Emmanuel Delley Une alternative à l’alternatif

Diriger

Michael Heijmeijer

82 investissement durable

90

cfinancials

Angela Dewolff Un marché toujours plus organisé

83 Le cocktail du gérant 2012, l’année où les doutes subsistent

insolite

99

tendances 2012

Bernard Pichon Australie. Le boom de Brisbane

Stephan Hoffman Former en continu le personnel face au défi de la concurrence et du vieillissement

Marc Barbezat Les ambassadeurs de votre e-réputation

80

98

solutions bancaires

Suzanne Kukkuk Attribution de performance: L’importance des benchmarks intermédiaires

Yves Burki Un taux de réponse de vos campagnes à plus de 50%, rêve ou réalité?

Klaus Stapel Dans la branche des voyages d’affaires

100

ma bibliothèque

102

coup de cœur, coup de griffe

Rémy A. Bersier

Fabio Bonavita

104

index

L’information financière et bancaire sur www.banque-finance.ch avec B3B

Partenaire de Banque&Finance, le site www.b3b.ch vous propose un accès simple et rapide aux faits marquants de l’actualité ainsi qu’aux nouvelles tendances. b3b est une cellule de veille stratégique et d’intelligence économique également accessible sur Twitter et Facebook.

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Dossier Spécial

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© Stephen Finn - Fotolia.com

Quel avenir pour la place financière de Genève?

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Evolution

Se réinventer pour rester leader olivier gauderon Maître Philippe Lette Associé KPMG SA

@ ogauderon@kpmg.com yvan mermod Maître Philippe Lette Associé KPMG SA

@

ymermod@kpmg.com

BANQUE&FINANCE N°115-116 MAI/jUILLEt 2012

La Place financière genevoise constitue un acteur majeur de l’économie locale (l’apport du secteur financier est estimé à 20% du PIB du canton), de même que l’un des principaux centres financiers dans le monde, spécialisé dans la gestion de fortune, mais aussi le financement du négoce international.

S

elon Genève place financière1, environ 140 banques sont actives à Genève, 2 800 intermédiaires financiers, ainsi que 800 gérants de fortune indépendants, qui représentent ensemble quelque 35  000 emplois directs dans ce secteur, en tenant également compte des assureurs, avocats et fiduciaires actifs dans ce dernier. Dans le classement «The Global Financial Centers Index 10 – GFCI10»2, Genève se classe à la 13e position des places financières mondiales (elle pointait en 9e position en 2009). Ce recul dans le classement ne découle pas d’une baisse générale d’attractivité de la Place financière genevoise, puisque l’indice global alloué à Genève progresse, mais bien d’une croissance plus importante de certaines places financières étrangères actives dans d’autres segments d’affaires. Genève pointe ainsi à la 2e position derrière Londres dans les métiers de «wealth management/private banking», devançant des places comme New-York, HongKong ou même Zurich. Si l’on considère uniquement la gestion de fortune de la clientèle privée, Genève joue un rôle prépondérant en regard des fonds en dépôt, estimés à 15% de la fortune privée mondiale déposée hors du pays d’origine. Genève a construit son renom sur la stabilité politique et du droit, la paix sociale, la bonne réputation de la Suisse comme place financière, sa position centrale au coeur de l’Europe, mais hors de l’Union européenne (UE), avec une expertise et des ressources qualifiées. Ces atouts sont aujourd’hui encore présents au sein de la place financière, mais cela ne suffit plus pour récolter du succès. En effet, la Place finan-

cière suisse, et genevoise en particulier, doit faire face à un nouvel ordre, notamment sous la pression internationale, et savoir se réinventer pour conserver sa place de leader face aux défis actuels. Il s’agit des pressions internationales sur les métiers de la gestion de fortune et du contexte de régularisation de la situation fiscale d’une certaine clientèle; de la période de morosité économique sur le plan international (mauvaises performances des marchés, manque de perspectives positives, endettement des Etats, etc.) et du taux de croissance nul ou très faible en Europe et sur la plupart des marchés matures; du cadre réglementaire en forte évolution et niveau d’exigence élevé; du franc suisse fort; du niveau de vie/coûts élevés dans l’Arc lémanique (difficultés à se loger, à trouver des écoles internationales, etc.), et des incertitudes sur la fiscalité de certains métiers. Pris dans le détail, ces différents défis concernent les métiers principaux des acteurs de la Place financière genevoise, à commencer par l’activité bancaire. Dans l’environnement actuel, les banques en Suisse et à l’étranger sont confrontées à un nombre important de défis, résultant principalement de la récente crise financière. Les établissements bancaires doivent ainsi s’adapter à une réglementation accrue, générant des coûts supplémentaires notamment en raison du développement des fonctions de gestion des risques, de compliance et de contrôle. En parallèle, la conjoncture internationale, l’environnement de taux d’intérêt historiquement bas, l’absence de perspectives positives dans les marchés et la force du franc suisse sont autant


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Evolution La volatilité du prix de certaines matières premières présente un risque pour les acteurs du trade finance

de contraintes pesant sur les revenus des banques suisses. Dans ce contexte, elles sont forcées d’examiner des mesures de réduction, ou du moins de stabilisation de leurs coûts, pour rester compétitives et attractives. L’activité bancaire déployée depuis Genève peut être regroupée en deux grandes catégories, qui sont la gestion de fortune (private banking) et les activités de banque de détail et commerciales. Gestion de fortune/Private banking: en pleine mutation Les banques actives dans la gestion de fortune font actuellement l’objet de pressions multiples sur leur modèle d’affaires. Elles sont donc contraintes de se réinventer de manière relativement fondamentale. Ce ne sont pas tant les services offerts qui sont remis en cause, dont l’utilité et la valeur sont reconnues, mais plutôt la typologie de la clientèle servie et la manière dont cette dernière est approchée. Dans le contexte actuel de fiscalisation des avoirs des clients, les banques vivent en effet un changement de paradigme important et subissent une grande pression pour modifier leur stratégie d’acquisition, afin de n’accepter à l’avenir que des clients ayant rempli leurs obligations fiscales dans leur pays de résidence («weissgeldstrategie»). En même temps, certaines mesures se révèlent très contraignantes, comme par exemple le «Foreign Account Tax Compliance Act –  FATCA» américain en cours d’élaboration, alors que d’autres mesures peuvent prendre une tournure plus raisonnable dans leur mise en oeuvre, comme la recherche d’accords sur l’impôt libératoire visant à régulariser le passé et permettre, à l’avenir, de continuer à servir une clientèle internationale en préservant la confidentialité de ses données privées. Toutefois, ces règles doivent aussi être proportionnées, dans la mesure où il serait contre-productif de fixer un niveau de contrôle et de sécurité que d’autres Etats n’exigent pas (la banque ne doit finalement pas devenir un contrôleur fiscal). Dans ce débat d’ordre fiscal, il convient également de rappeler que le secret bancaire vise avant tout à assurer une protection de la sphère privée, valeur à laquelle non seulement les banquiers, mais aussi leurs clients, sont attachés et qu’il est primordial de préserver. L’évolution d’une clientèle internationale (pas nécessairement fiscalisée) vers des avoirs fiscalisés entraîne également un changement important de l’offre de services des banques. Outre la performance après impôts qui intéresse bien sûr le client, l’établissement bancaire doit aussi être en mesure d’établir des relevés fiscaux pour sa clientèle, ou de traiter les demandes de récupération d’impôts anticipés prélevés dans plusieurs juridictions. Cette dimension est nouvelle pour la majorité des banques et nécessite des investissements informatiques, mais aussi en savoir-faire, tant les systèmes fiscaux des pays sont différents. Ce changement offre toutefois aux établissements qui le maîtriseront des perspectives

intéressantes pour se démarquer de la concurrence, et offrir un service réellement performant à une clientèle par nature toujours plus exigeante. Les banques de gestion de fortune ont historiquement, et à Genève en particulier, toujours été très ouvertes sur l’étranger. Elles servent une clientèle internationale qui apprécie la compétence et la stabilité de la Place financière suisse. Afin de continuer dans ce sens, elles doivent organiser leurs activités transfrontalières de manière à s’assurer du respect des règles en vigueur dans le pays du client. Cette problématique, aussi appelée «cross-border», est bien comprise par les acteurs de la place, mais peut se révéler difficile à mettre en oeuvre dans certains pays, avec des investissements requis pouvant être élevés. L’environnement protectionniste de certains Etats complique encore la mise en oeuvre d’une stratégie transfrontalière, et incite les banques à développer leur réseau local dans les pays stratégiques, étant donné les coûts induits par une présence in situ. L’��poque où l’on pouvait servir un client indépendamment de sa localisation est probablement révolue, et les banques doivent se concentrer sur un nombre limité de marchés clés. Finalement, le défi majeur des banques de gestion de fortune sera leur capacité à concrétiser ces changements pour être à même de fournir des services au sein d’un cadre plus rigide, et pour évoluer d’une gestion offshore vers un modèle multipays onshore, dans un délai très court. A ce titre, il est tout à fait possible que certaines banques choisissent un modèle où une partie de la chaîne de valeur est externalisée à des partenaires de référence, voire délocalisée dans des pays à moindre coûts. Par ailleurs, il est également probable qu’une certaine concentration se poursuive parmi les banques de petite et moyenne taille, tant les coûts et la complexité des solutions à mettre en pratique s’avèrent rentables qu’à partir d’une certaine taille. Le graphique ci-joint résultant d’une récente étude de KPMG sur le private banking montre clairement que les instituts sondés travaillent tous à une optimisation de leurs coûts, alors que les mesures visant à faire croître les revenus diffèrent d’une place financière à l’autre.

Sur le web geneve-finance.ch www.longfinance.net

Emplois 2 023 2 077 2 329 3 186

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Banques Intermédiaires financiers Fiduciaires, comptables Assurances études d’avocats, de notaires Gestionnaires indépendants Source: Genève Place Financière

Nombre d’entreprises 138 471 623 3 037

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Activités de banque de détail et de banque commerciale: la problématique des fonds propres L’activité de banque de détail et de banque commerciale évolue elle aussi dans un marché hautement compétitif, où la faiblesse des taux d’intérêt, l’abondance de liquidités liée à une frilosité en matière d’investissements, et des marges en érosion, mettent une pression importante sur les revenus. Du côté des risques, le marché interbancaire est encore dominé par des placements à court terme (peu rémunérateurs), en raison des incertitudes sur l’impact de la crise sur certains établissements. Au niveau du marché hypothécaire, les banques de la place doivent évoluer dans un environnement très compétitif, alimenté par une combinaison de taux faibles et d’objets immobiliers à un prix historiquement élevé, du fait de la forte demande et de l’offre limitée sur l’Arc lémanique. L’évolution du profil de risque du métier traditionnel des banques de détail doit aussi être appréhendée par les établissements dans leur stratégie et politique d’affaires. L’évolution réglementaire pour les banques commerciales et de détail est impor-

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Intermédiaires financiers Fiduciaires, comptables Gestionnaires indépendants Assurances études d’avocats, de notaires Banques Source: Genève Place Financière

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http://www.geneve-finance.ch/  he Global Financial Centers index T 10 est publié par «long finance» et analyse 75 centres financiers mondiaux selon différentes dimensions (diversité, connectivité et spécialisation). Le rapport est disponible sur leur site interne : http://www.longfinance.net/

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Evolution tante, avec une réglementation accrue en matière de fonds propres, résultant des exigences de Bâle III, mais aussi au niveau des liquidités avec les deux nouvelles exigences réglementaires «liquidity coverage ratio – LCR» et «net stable funding ratio – NSFR». En complément, et afin de corriger les risques potentiels présentés par le marché hypothécaire dans certaines régions, dont Genève fait partie, la FINMA et la BNS prennent des mesures complémentaires de renforcement des exigences de fonds propres pour les crédits octroyés en dehors de la politique commerciale habituelle (les fameux «exception to policy»). Le projet actuellement en discussion auprès de la FINMA, aura certainement une répercussion sur les banques de détail dont le niveau de fonds propres doit progresser, ou se maintenir pour remplir les nouvelles exigences. Les établissements actifs dans le financement du négoce international doivent, quant à eux, également affronter des exigences de fonds propres accrues, dans le cadre des accords de Bâle III. Les opérations couvertes par des couvertures de type marchandises (ou accréditifs) ne bénéficient ainsi pas de traitement de faveur dans le cadre de Bâle III, et sont très consommatrices de fonds propres. La capacité de ces établissements à renforcer leur base de fonds propres sera donc déterminante pour leurs activités, ces prochaines années. En parallèle, le refinancement des opérations peut également s’avérer plus compliqué, dans la mesure où la grande majorité des échanges réalisés se fait, soit en dollars américains (c’est le cas pour le pétrole), soit en euros. Compte tenu de la volatilité sur les devises, les banques actives dans ce segment, dont certaines ont une présence très importante à Genève, supportent dès lors le risque de change pouvant engendrer des coûts importants. D’une manière plus large, l’évolution de la réglementation internationale, avec des projets tels que FATCA, MiFiD, ou encore les aspects de protection des consommateurs, va nécessairement affecter les banques commerciales et de détail. Ces changements offrent également des opportunités aux banques qui, une fois qu’elles s’y seront conformées, pourront opérer dans un environnement susceptible d’inspirer à nouveau une plus grande confiance aux investisseurs et déposants. Les établissements genevois sont, de manière générale, bien positionnés pour faire face à ces nouvelles exigences, et pourront ainsi avoir un avantage concurrentiel sur d’autres établissements à l’étranger, pour

Optimisation des processus, IT et personnel pour réduire les coûts. % de réponses positives 100 80

91 % 81 %

81 %

lesquels l’adaptation peut s’avérer plus difficile, notamment au niveau des fonds propres. Asset management et fonds: modification du cadre réglementaire Dans le domaine de la gestion de placements collectifs, la région genevoise compte également un nombre très important de sociétés de gestion actives non seulement dans la gestion traditionnelle, mais également dans des stratégies alternatives. Le succès de cette activité de production est historiquement lié au développement de la gestion de fortune privée et institutionnelle, activité consommatrice de produits financiers. Pour des raisons fiscales notamment, la Suisse n’a pas eu l’opportunité de se développer comme un centre compétitif pour la production de placements collectifs de capitaux, ceci au profit d’autres places financières comme Luxembourg ou Dublin. Mais l’activité de gestion de fortune de ces placements collectifs s’est, elle, développée tant pour des placements collectifs suisses et étrangers qui requièrent des gérants soumis à une surveillance de la FINMA, que pour d’autres placements collectifs étrangers européens ou off-shore qui, pour leur part, n’exigent pas la surveillance des gérants. Dans ce domaine également, la crise financière a entraîné une modification du cadre réglementaire. Les Etats-Unis ont introduit des nouvelles règles prudentielles pour les gérants de fonds dans le cadre du Dodd-Franck Act, alors que l’UE a introduit sa nouvelle directive sur les gérants alternatifs, dénommée Alternative Investment Fund Managers Directive (AIFMD). Dans ce contexte de renforcement du cadre réglementaire international, la Suisse ne peut pas se permettre de rester inactive, notamment en raison de l’introduction de l’obligation pour les gérants de placements collectifs domiciliés, ou qui font l’objet d’un marketing dans l’UE, d’être soumis à une surveillance prudentielle. Le Conseil fédéral a donc initié une révision de la Loi sur les placements collectifs de capitaux qui prévoit, dans son projet actuel, la supervision de tous les gérants de placements collectifs, indépendamment du domicile d’enregistrement de ces derniers. Cette nouvelle disposition impliquera pour de nombreux gérants de fonds de choisir entre la mise en conformité de leur organisation, ou l’abandon de la gestion de placements collectifs. Indépendamment du processus de révision de

Nouveaux produits et services pour développer les revenus. % de réponses positives 100 82 %

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Source: KPMG Private Banking survey

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Asie

Suisse

Luxembourg

Autriche

Source: KPMG Private Banking survey

Asie


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Evolution

Focus

Développer les compétences Le succès de la Place financière genevoise passe aussi par une prise de conscience de l’importance de ce secteur d’activité pour le canton et la région, tant par les acteurs que par les milieux politiques qui doivent aussi s’intéresser à lui conserver des conditionscadre attractives et continuer à investir de manière importante dans le développement des compétences liées aux métiers de l’investissement, de la banque et du négoce international. L’expertise acquise par la Place financière genevoise doit ainsi continuer à se développer, et c’est en investissant sur les ressources et les compétences qu’elle se dotera des meilleures chances de succès pour l’avenir.

la LPCC, la FINMA a déjà publié, dans sa communication 34 du 23 janvier 2012, ses attentes pour les gérants de fonds autorisés en Suisse en matière notamment de gouvernance, de compétences et d’expérience des administrateurs, des dirigeants et des collaborateurs, de séparation de fonctions et de fonctions de gestion des risques et de compliance. Par son positionnement, la FINMA démontre sa volonté de compter à l’avenir avec des sociétés de gestion dotées d’une substance plus importante qu’aujourd’hui, ce qui correspond à la tendance internationale. A Genève, quelques sociétés de gestion de fonds, surtout européens, ont d’ores et déjà pris l’initiative d’avancer sur le dépôt d’une requête en autorisation d’exercer une activité de gérant de fonds sous la LPCC, notamment en soumettant une demande de création de placements collectifs suisses, en parallèle à cette requête. Dans ce domaine, les nombreuses sociétés de gestion de placements collectifs doivent aujourd’hui rapidement faire un choix sur leur modèle d’affaires futur, à défaut d’être dans l’incapacité de poursuivre tout ou partie de leur activité dès juillet 2013. Parmi ceux qui choisiront l’option de ne pas se soumettre à une supervision prudentielle, certains poursuivront une activité de gestion de fortune individuelle faisant aussi l’objet de défis, alors que d’autres pourront chercher une mutualisation des moyens en se regroupant avec d’autres gérants agréés, susceptibles d’être intéressés à diversifier leurs offres de produits. Si la Suisse n’a pas pu se positionner comme place de production, elle a désormais l’opportunité de se profiler, grâce à ses hautes compétences en matière de gestion, comme l’un des principaux centres de gestion d’actifs sur le plan international, notamment à Genève. Les défis pour cette industrie résideront dans la capacité de développer des produits d’investissement novateurs, couplés à des techniques modernes de gestion des risques. Parmi les facteurs clés de succès, une formation de pointe dans les différents métiers de la gestion d’actifs tiendra une place prépondérante. Petites structures sous pression Fortes du développement de l’activité de gestion de fortune à Genève, de nombreuses sociétés indépendantes s’y sont créées ces trente dernières années. Dans la Cité de Calvin, on dénombre actuellement environ 800 entités de gestion indépendantes, qui gèrent des actifs de clients privés et/ou institutionnels allant de dizaines de millions à plusieurs milliards de francs. Historiquement, il est vrai que la clientèle suisse et internationale était abondante, et les marges permettaient à des structures de petite à moyenne taille de développer des modèles d’affaires rentables. De nombreux gérants de fortune d’établissements bancaires se sont ainsi laissé tenter par la création de leurs propres structures. La question de la surveillance de cette activité para-bancaire a été abordée à maintes reprises, et est plus que jamais d’actualité. Si la FINMA n’a pas aujourd’hui pris l’initiative de surveiller directement ce secteur, elle reconnaît la surveillance par un système d’autorégulation prévoyant tant une surveillance du point de vue des règles liées à la prévention du blanchiment, que des mesures destinées à la protection des intérêts de la clientèle à travers un code de conduite pour la gestion de fortune. Dans le contexte de post-crise financière actuel, de

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L’environnement protectionniste de certains Etats complique encore la mise en oeuvre d’une stratégie transfrontalière

nombreux éléments sont venus perturber le fonctionnement de cette activité. Dans le domaine de la distribution de produits, des conflits d’intérêts potentiels ont ainsi été mis en évidence dans l’utilisation de produits financiers pas forcément adaptés à la clientèle, mais pouvant être rémunérateurs pour le gestionnaire. Ceci paraît d’ailleurs contradictoire avec l’avantage mis en avant par cette branche, soit son indépendance dans le choix des produits, gage de préservation de l’intérêt des clients. Dans le même ordre d’idée, la question récurrente de l’octroi de rétrocessions aux gestionnaires par des producteurs de produits financiers soulève des doutes, quant à la véritable indépendance des gérants. A cela s’ajoute, comme pour le secteur du private banking, les pressions internationales sur le secret bancaire et sur l’évasion fiscale. L’insécurité quant à l’évolution du cadre réglementaire suisse a déjà initié des départs de clients de tiers gérants vers d’autres domiciles d’enregistrement. De manière générale, ces pressions sur le système bancaire helvétique, combinées avec un accroissement des coûts réglementaires et une baisse marquée des marges, notamment en relation avec le maintien d’un niveau élevé de liquidités par leurs clients, amènent les gérants indépendants à s’interroger sur la viabilité à moyen et à long termes de leurs structures. Les plus grandes d’entre elles, gérant plus d’un milliard d’actifs de clients, pourront probablement survivre, tandis que les plus petites structures seront mises sous pression et devront évoluer dans leur modèle d’affaires. Nous avons déjà observé sur Genève le retour de gérants indépendants au sein d’établissements bancaires, et la création de plate-formes pour ceux permettant une mutualisation des coûts. Dans un avenir proche, il est donc fort probable que la très large communauté de gérants indépendants fera l’objet d’une restructuration, dont découlera un nombre moins important d’établissements de plus grande taille. Actuellement, il semble toutefois que la majorité des gérants indépendants se dit enthousiaste à l’idée d’accueillir des structures plus petites, dans l’idée d’atteindre une taille optimale en conservant leur caractéristique première, à savoir l’indépendance. Les critères de frein à la concentration les plus souvent mentionnés sont la perte d’indépendance, la structure d’actionnariat et le mode de rémunération, ainsi que la perte d’identité de la société. Trade finance: un rayonnement international Le deuxième pôle d’excellence de la Place financière genevoise, à savoir le négoce international, peut compter sur environ 400 sociétés de trading, représentant 8 000 emplois. Genève occupe ainsi régulièrement le premier rang dans le classement des places financières en ce qui concerne les transactions, par exemple sur le sucre, les céréales ou le coton. Par ailleurs, environ 1/3 du pétrole exporté se négocie à Genève, de même qu’environ 1/4 des mouvements sur produits secs affrétés (minerais de fer, charbon, grains, etc.). Ce développement des activités du trade finance a également des répercussions sur d’autres activités liées, à l’exemple des


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deux leaders dans le secteur du contrôle de qualité et de l’inspection ayant choisi la Cité de Calvin comme siège de leurs sociétés. Dans l’ensemble, cette forte présence des sociétés de négoce contribue au rayonnement international de la Place financière genevoise, et lui permet de se positionner dans la globalisation de l’économie mondiale. Cette attractivité sur le plan international, la Place genevoise l’a fortement stimulée par elle-même. En effet, les sociétés actives dans ce domaine ont leurs partenaires et concurrents à proximité, alors que de nouvelles sociétés viennent s’établir pour être au coeur du marché. La proximité des principaux établissements bancaires facilite également les émulations entre bailleurs de fonds et emprunteurs. Malgré le succès et le développement de ce secteur d’activité, la pression et les défis ne manquent pas. Tout d’abord, la volatilité du prix de certaines matières premières présente un risque pour les acteurs du trade finance, qui doivent absorber les risques en cas de variation des marchés. Par ailleurs, la conjoncture mondiale relativement morose dans les pays industrialisés met une pression sur les volumes échangés, et génère une surcapacité dans certains segments du shipping. Sur le plan fiscal, le statut de «société auxiliaire», qui limite le taux d’imposition sur le bénéfice de ces entreprises à 12%, soit un taux extrêmement attractif, contribue également à drainer des nouveaux acteurs. Au vu du succès de la branche, ce statut fait l’objet de critiques, et

Dans un avenir proche, il est fort probable que la très large communauté de gérants indépendants fera l’objet d’une restructuration

Evolution

pourrait être remis en question. Par une prise de conscience de l’importance de cette industrie et un investissement clair pour renforcer les formations professionnelles existantes, la Place financière genevoise, avec l’aide des acteurs du trade finance, se dote d’atouts certains pour assurer son avenir. La Place financière genevoise a su développer des métiers de pointe dans la finance, sur un plan international. Si Genève a pu bénéficier durant plusieurs décennies de conditions-cadres compétitives, qu’elles soient d’ordre fiscal ou juridique, elle doit aujourd’hui faire face à un tournant historique pour son secteur financier. Forte d’une expertise vieille de plus de 300 ans, la Place financière genevoise assurera sa pérennité grâce une prise de conscience des acteurs, qui seront amenés à repenser et à ajuster leur modèle d’affaires respectif. Les banques pourraient ainsi être amenées à développer des réseaux à l’étranger vers un modèle on-shore international, ou à fusionner. De leur côté, les gérants de fonds et les gérants indépendants pourront survivre s’ils disposent d’une masse d’actifs suffisante, obtenue par le biais de concentrations. Quant aux sociétés de négoce international, elles devront pouvoir conserver leur expertise et leur réseau.

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La parole est à ...

conformité

La Suisse gardienne de la morale fiscale? guy de picciotto Président du Comité Exécutif UBP

La nouvelle stratégie de l’argent propre, proposée par le Conseil fédéral, soulève un certain nombre de questions sur l’avenir de notre place financière suisse.

P

our tenter de régler le différend fiscal avec les Etats-Unis, qui menace plusieurs banques suisses, et conclure un accord global avec Washington, le Conseil fédéral ne s’est pas limité à l’adoption d’une loi sur l’assistance administrative. Il a également dessiné une nouvelle stratégie pour la place financière helvétique. Cette stratégie de l’argent propre, obligeant les intermédiaires financiers à n’accepter plus que de l’argent déclaré au fisc et exigeant des clients non résidents une déclaration de conformité fiscale (auto-déclaration), modifie profondément les conditions cadres de la place financière suisse. Si cette politique est inéluctable, elle soulève, légitimement, de nombreuses questions. Cette stratégie revient à exiger de la Suisse ce qu’aucun de ses concurrents ne lui demande ni n’est prêt à s’imposer pour lui-même! L’analyse des faits montre qu’aucune autre place financière dans le monde n’impose à ses clients une telle déclaration de conformité fiscale. La Suisse fait courir des risques majeurs à ses institutions financières en s’engageant dans cette voie solitaire marquée du syndrome du «meilleur élève», en acceptant d’être transformée en gardienne de la morale fiscale à l’échelle planétaire, en cédant aux pressions sans chercher à négocier des contreparties avec ses partenaires, voire en anticipant des demandes futures comme le cas des demandes groupées de l’OCDE en matière d’échange d’informations. Une telle stratégie risque d’avoir un impact très négatif sur la compétitivité de la place financière, pièce maîtresse de l’économie suisse. Cette crainte est encore renforcée par le fait que de telles mesures sont difficilement praticables en raison notamment des contrôles complexes et coûteux qu’elles imposeraient aux intermédiaires financiers suisses, ce qui ne manquerait pas de les inciter à délocaliser leurs activités de gestion de fortune.

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En outre, cette stratégie n’empêchera pas les concurrents de la Suisse de continuer à rappeler leur exigence d’un échange automatique d’informations entre administrations fiscales. Enfin, cette politique comporte une évidente contradiction avec les accords «Rubik» déjà négociés avec le Royaume-Uni et l’Allemagne et prévoyant le prélèvement anonyme à la source d’un impôt libératoire sur les avoirs des non-résidents. En affirmant de manière rigide et parfois naïve la primauté absolue du droit sur la prise en compte des intérêts nationaux, la Suisse ne risque-elle pas de porter atteinte à la défense des intérêts de ses entreprises et de ses citoyens? La manière dont elle se projette dans le monde et conduit sa politique à l’égard de sa place financière relève d’une approche essentiellement kantienne affirmant la supériorité du droit sur la force, par opposition à une approche hobbesienne des relations internationales basée sur les rapports de force. Certes la Suisse est un petit pays, mais elle dispose de nombreux atouts. Le plus petit n’est pas nécessairement toujours démuni face au plus grand. Il peut même l’emporter s’il sait négocier avec détermination, cohérence et habileté. Face au hard power de ses grands concurrents, qui s’appuient souvent sur les rapports de force et la guerre économique en s’abritant derrière la morale et le droit, la Suisse ne devrait-elle pas utiliser son soft power en les prenant au mot? Elle se déclarerait alors prête à s’engager à condition que ce qu’on lui demande devienne une norme internationale adoptée, respectée et appliquée par tous les Etats en même temps. En outre, la stratégie suivie par le Conseil fédéral ouvre également la porte à la remise en question dans l’ordre interne suisse de valeurs telles que le respect de la sphère privée, ainsi que le démontre le souhait de plusieurs cantons d’appliquer à l’égard des résidents suisses les mêmes règles que celles concédées au monde extérieur. Cette évolution ne manque pas d’inquiéter de nombreux citoyens car, comme l’indiquent plusieurs sondages d’opinion et études, l’attachement des Suisses au secret bancaire se fonde majoritairement sur la valorisation du respect de la sphère privée du citoyen face à l’Etat, et non sur des intérêts de nature fiscale.


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Banque privée

2012-2013: Quel cap pour la banque privée? Quels sont les enjeux stratégiques financiers, réglementaires et humains auxquels la banque privée devra prochainement faire face? Comment cette industrie pourra-t-elle répondre à ces changements? Le point de vue de différents spécialistes du secteur présentés notamment lors d’un séminaire organisé par la société Deloitte.

Jean-Christophe Maître Philippe Lette Hugon Senior Manager, Services financiers, Deloitte

@ jhugon@deloitte.ch

C’

est bien grâce à ses banques et plus particulièrement ses banques privées que la Suisse est devenue un acteur majeur de la sphère financière internationale. Ces établissements financiers jouent ainsi un rôle primordial à plusieurs niveaux. Tout d’abord en tant qu’employeurs, ils offrent une multitude de postes qualifiés (entre 5% et 10% de l’ensemble des actifs ces dernières années). En tant que contribuables, ils participent pour une grande part au financement des pouvoirs publics. Enfin, en tant que moteurs de la création de valeur, ils soutiennent activement l’ensemble de l’économie. Pourtant, depuis les derniers mois et suite aux derniers évènements qui se sont déroulés, les banques privées sont amenées à revisiter les fondements de leur succès ancestral. Un contexte économique peu réjouissant et une pression réglementaire accrue complexifient leur marge de manœuvre. Un contexte économique peu réjouissant Fin 2011, les perspectives économiques mondiales étaient peu réjouissantes. Les résultats du 4e trimestre du sondage mené par Deloitte1 auprès des directions financières de

grandes entreprises en Suisse étaient sans équivoque sur ces perspectives. En effet, entre le premier et le dernier trimestre 2011, la tendance s’est complètement inversée. En janvier 2011, les directeurs financiers pensaient à 79% que les perspectives économiques seraient positives dans les 12 prochains mois, alors qu’ils sont 79% au dernier trimestre à penser cette fois que les perspectives seront négatives pour les 12 prochains mois. La fragilité de l’économie mondiale et les problèmes macroéconomiques comme la crise de la dette souveraine européenne ont induit un ralentissement économique de certaines industries helvètes. La Suisse est pénalisée par la situation de ses voisins et par le franc fort qui freine les exportations et impacte les marges. Pour 2012, l’ensemble des observateurs s’accorde pour affirmer que les marchés financiers devraient être au mieux hésitants. Les chiffres publiés concernant la croissance du PIB avoisinent en moyenne le 1% (le Secrétariat d’Etat2 à l’économie - SECO l’estimant à 0,5%), certains anticipant même une récession (-0.4%3 pour l’Institut de macroéconomie appliquée de l’Université de Lausanne, le Créa) Par ailleurs, cette faible croissance associée à des changements démographiques, politiques, sociaux et

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Banque privée comportementaux a eu de nombreux impacts sur le comportement des clients de la banque privée. Il est difficile d’en évaluer précisément l’envergure, néanmoins, la faible propension à la prise de risque couplée à l’évolution des taux de change a eu un impact sur la rentabilité des banques. Cette pression continue sur les marges d’exploitation préoccupe particulièrement les directions financières qui s’attendent pour plus de 55% des personnes interrogées dans le dernier sondage Deloitte à une baisse de leur chiffre d’affaires sur les 12 prochains mois (plus de 55% des professionnels interrogés dans le dernier sondage Deloitte4).

Perspectives économiques 75 %

75 %

Positives

60 %

79 %

57 %

42 % 43 %

42 %

0

Négatives

3T 2009

4T 2009

1T 2010

2T 2010

3T 2010

4T 2010

1T 2011

% net des CFO considérants comme positives/négatives les perspectives économiques pour la Suisse au cours des 12 prochains mois.

2T 2011

3T 2011

2

Secrétariat d’Etat à l’économie - Décembre 2011

3

 REA - Prévisions pour l’économie Suisse C Octobre 2011  he Deloitte CFO Survey T Résultats du 4e trimestre 2011 Janvier 2012.

- 79 %

Pression réglementaire accrue Réglementation et/ou compétitivité? A ces perspectives économiques, s’ajoute une difficulté supplémentaire, celle de l’accroissement de la pression réglementaire. La palette des mesures prises s’avère très fournie, et certains textes obligent les acteurs de la banque privée à repenser leurs stratégies et modèles d’affaires. a grave crise financière, qui a secoué la planète en 2008, a laissé des traces en Suisse. L’environnement législatif et réglementaire, dans lequel évolue le secteur bancaire, ressemble à un vaste chantier. D’ailleurs, les nombreuses études consacrées à l’activité de «private banking», publiées récemment, mettent toutes en avant l’impact important de la réglementation sur les marges, et la nécessité de revisiter le modèle d’affaires des banques helvétiques. La dernière analyse en date, émanant du Département de l’économie publique du canton de Zurich et

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 The Deloitte CFO Survey Résultats du 4e trimestre 2011 - Janvier 2012.

4

- 56 %

© Deloitte CFO Survey - Janvier 2012

L

1

4T 2011

réalisée avec le concours de l’Institut BAK à Bâle, relève que le respect de contraintes réglementaires renforcées entraîne des coûts opérationnels et des besoins en capitaux supplémentaires. Ces deux facteurs pèsent sur les marges et conduiront probablement à l’abandon par les banques de certains pans d’activités. En outre, la recherche d’économies d’échelles entraînera probablement un phénomène de consolidation au sein du secteur financier. Mais cette vague réglementaire constitue-t-elle véritablement une fatalité, ou d’autres facteurs peuvent-ils contrebalancer son effet négatif? Le point de vue du Conseil fédéral... En décembre 2009, le Conseil fédéral a publié un rapport sur les «Axes stratégiques de la politique suisse en matière de place financière», aussi connu sous le nom de «Rapport Graber». Dans ce document, le gouvernement définit quatre axes stratégiques, à savoir le renforcement de la compétitivité internationale du secteur financier, la garantie et l’amélioration de l’accès au marché, le renforcement de la résistance aux crises du secteur financier, en particulier la résolution de la problématique des entreprises financières d’importance systémique, et la garantie de l’intégrité de la place financière. L’intégrité figure ainsi au coeur de l’action gouvernementale. Cela se voit dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent, dans lequel la Suisse a joué un rôle de pionnier. Plus récemment, notre pays a été l’un des premier à prendre conscience de la problématique des avoirs appartenant à des personnes exposées politiquement (ou «PEPs»). Cette volonté d’intégrité se manifeste également à travers la stratégie visant


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Banque privée à inciter les clients étrangers des banques suisses à régulariser leur situation fiscale. Cette stratégie doit être soutenue, mais il faut être conscient qu’elle entraîne des coûts. Il est donc essentiel que la compétitivité de la Suisse soit renforcée dans d’autres domaines. Il faut aussi se féliciter de la volonté du Conseil fédéral de renforcer la résistance aux crises de notre place financière. A cet égard, la politique suisse a été proactive. Preuve en est l’adoption en un temps record de la législation pour les banques dites «Too big to fail». En matière d’accès au marché, nous sommes régulièrement confrontés à la problématique des relations avec l’Union européenne (UE). Sa nouvelle Directive sur les gérants de fonds alternatifs (AIFMD) a imposé à la Suisse de réviser rapidement sa Loi sur les placements collectifs de capitaux (LPCC). A défaut, les opérateurs financiers helvétiques se retrouveront horsjeu. La question de l’accès au marché fait partie intégrante des accords fiscaux signés avec l’Allemagne et la GrandeBretagne. Quelques avancées ont pu être négociées dans ce contexte, mais, cas échéant, il conviendra de rester vigilant sur les modalités pratiques de ces améliorations. Sur le terrain de la compétitivité, la situation ne s’est pas améliorée au cours de ces dernières années. En appliquant certains standards internationaux, la Suisse a renoncé à certains avantages compétitifs. Ceux-ci devront être remplacés par d’autres mesures, sans quoi sa position concurrentielle sera péjorée. ... et celui de l’Association suisse des banquiers Dans cette réflexion sur l’antagonisme apparent entre réglementation et compétitivité, l’Association suisse des banquiers (ASB) a publié une étude intitulée «Le secteur bancaire en pleine mutation–Perspectives d’avenir pour les banques en Suisse». Elle souligne que les banques seront amenées à adapter leurs modèles d’affaires aux évolutions économiques et réglementaires internationales, à réorienter leur portefeuille d’activités, à analyser leurs priorités en termes de marchés, et à exploiter systématiquement les opportunités de croissance. L’ASB insiste sur l’impact des nouvelles réglementations en termes de coûts et expose que cette évolution peut «donner lieu à des décisions stratégiques ou opérationnelles radicales et mener en fin de compte à des changements structurels au sein du secteur bancaire suisse. Il incombe dès lors aux régulateurs d’être particulièrement attentifs à la mise en œuvre pratique des nouvelles règles». Cette association définit trois pistes pour contrecarrer le manque de croissance relatif à l’érosion des marges. Il s’agit d’exploiter les opportunités résultant du développement fulgurant de l’économie et de la prospérité dans les pays émergents, ainsi que dans certains segments de clientèle, de renforcer le positionnement de la Suisse comme place bancaire spécialisée dans l’Asset Management, et de développer le financement du commerce des matières premières (Commodity Trade Finance). Pas d’exclusion réciproque Le renforcement de la compétitivité de la Place financière suisse figure donc en tête des préoccupations du secteur

privé et du gouvernement fédéral. A cela s’ajoute la Loi sur la FINMA, prévoyant que la compétitivité de la place financière fasse partie des buts poursuivis par l’autorité de surveillance. Les textes réglementaires doivent notamment permettre le développement des activités mises en avant par l’ASB, dans l’étude précitée. Le défi est majeur. En effet, si l’on se réfère au «Global Financial Centres Index» (un classement de référence, publié deux fois par an par un institut anglais), les Places financières de Zurich et de Genève figuraient encore au 8e et au 9e rangs mondiaux, en septembre 2009. Deux ans plus tard, elles sont passées en 8e et 13e positions. Même si ce recul provient avant tout de la montée en puissance des places asiatiques, et même si ce classement reste un peu réducteur, il doit être pris au sérieux, ne serait-ce qu’à titre d’avertissement. Quel cap pour 2012-2013?

Edouard Cuendet Secrétaire général, Groupement des Banquiers Privés Genevois

@ cuendet@swissprivatebankers.com

Durant les derniers mois qui se sont écoulés, les dynamiques du changement ne se sont pas apaisées. Quel sera le cap pour 2012-2013? Toute prévision reste fragile. Pourtant, certains n’hésitent pas à affirmer que la banque privée helvétique doit se réinventer. Les derniers mois ont ainsi été marqués par différentes stratégies. Quelques-uns ont misé sur des stratégies expansionnistes, quand d’autres ont été contraints de poursuivre des stratégies défensives en réaction au marché, ou aux contraintes réglementaires. Plusieurs modèles d’affaires ont été repensés (quels sont mes clientscible et mes produits à mettre en avant), alors que d’autres établissements ont remis en question leur modèle opérationnel (quelle organisation mettre en place pour répondre aux attentes de mes clients et des régulateurs). Voici quelques exemples des différentes directions. - Repenser les modèles d’affaires a) Capter une nouvelle clientèle internationale «on-shore» Les attaques de l’administration fiscale américaine sur les avoirs non déclarés s’accentuent. Alors que certaines banques sont sous la surveillance des Etats-Unis, la Banque Wegelin & Co5 a été contrainte de céder sa clientèle non américaine à Raiffeisen pour protéger son activité en Suisse. La pression du fisc sur certains établissements demeure forte. Afin d’éviter toute inculpation pour incitation à la fraude fiscale, certaines banques ont dès lors adopté une stratégie visant à capter une clientèle «on-shore», et se sont installées dans de nouveaux pays. Ainsi, la Banque Gonet & Cie a investi à Singapour6. Les principaux banquiers privés (comme Lombard Odier et Pictet) continuent, quant à eux, d’investir dans leurs différentes implantations européennes. b) Attirer localement d’autres segments de clientèle Servir une clientèle internationale depuis la Suisse, en répondant aux exigences des régulateurs internationaux et en respectant la sphère privée du client, engendre des coûts toujours plus importants. En contrepartie de l’augmentation de ces frais et pour valoriser la qualité de service, une hausse des tarifs de gestion semble être inévitable pour certains établissements. La clientèle la plus fortunée (UHNWI7) peut s’avérer être la plus susceptible d’accepter cette

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Banque privée augmentation. Certains établissements se concentrent donc sur ce segment de clientèle. Des études rendent plausible cette stratégie. En effet, la Suisse devrait être le troisième pays avec la plus forte densité de millionnaires (24%) en 2020, derrière Hong-Kong et Singapour8. La clientèle américaine représente une autre opportunité. Alors que le fisc américain et le département du Trésor viennent de publier leurs «proposed regulations» sur FATCA, certains banquiers privés ont déjà mis en place des mesures visant à limiter, ou à s’abstenir de cette clientèle. A l’inverse, certains établissements comme la banque Syz & Co9 ou la Compagnie financière Roldolphe Hottinger10 se positionnent et développent une offre particulière, afin d’attirer les avoirs déclarés de cette clientèle. - Repenser le modèle opérationnel a) Une consolidation des acteurs de la banque privée Des établissements souhaitent proposer leurs produits à de nouveaux marchés et dans de nouveaux pays. Pour ce faire, plusieurs opérations de fusions et acquisitions ont été réalisées fin 2011. Nous avons ainsi pu observer la fusion entre UBP et les activités de banques privées d’ABN Amro. Autre exemple, le groupe Safra Suisse qui a acquis une participation majoritaire dans la banque Sarasin & Cie. Les centres d’activités géographiques de Sarasin et du Groupe Safra Suisse se complètent, ce qui permettra un accès à de nouveaux marchés et à une nouvelle clientèle. b)Viser l’excellence réglementaire Véritable stratégie de différenciation, certaines banques Rôle de la formation

Maintenir la compétitivité Une interview d’Antonio Palma, Associé & CEO Mirabaud et Président de la Commission Stratégique des compétences bancaires de Genève Place financière (voir aussi le texte d’Antonio Palma en page 36). De quels talents la banque privée aura besoin demain? Pour être franc, je ne sais pas vraiment de quels talents il s’agira. En revanche, son avenir reposera, entre autres, sur une gestion dynamique de sa capacité de production, à savoir ses femmes et ses hommes. Pour rester compétitive, la banque privée doit aujourd’hui servir une clientèle toujours plus internationale, ainsi que plus exigeante en matière de placements et de transparence. La qualité de la formation et de la gestion des talents représente des atouts pour que la Place financière suisse reste compétitive face aux autres places, également pendant d’éventuelles périodes de crise. Comment la Suisse peut se démarquer? En Suisse, notre talent est incontestable. Nous prônons la confidentialité et l’honnêteté, nous avons la compétence et nous jouissons d’une grande stabilité. De plus, notre pays dispose d’avantages compétitifs et de savoir-faire en matière d’allocation d’actifs, de produits alternatifs, d’ingénierie et de gestion patrimoniale. Le véritable enjeu de

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ces prochaines années vise donc à maintenir ces avantages, en mettant l’accent sur la performance de nos équipes. Le vivier de compétences genevois n’est limité que par la volonté des banques de le développer. Afin d’accroître et d’affiner leurs capacités à servir les clients, les banques ont trois solutions. Elles consistent à recruter un talent chez un concurrent, à former les collaborateurs déjà en poste, et à attirer de nouveaux talents de l’étranger. En se focalisant sur les deux dernières solutions et en plus à travers la formation continue, la Place financière genevoise pourra poursuivre le développement de son attractivité. A ce titre, des organismes de formations comme l’ISFB jouent un rôle très important dans le maintien de la compétitive de la Place financière Suisse. Comment retenir les meilleurs éléments? Nous ne pourrons conserver nos talents qu’à condition de leur offrir un environnement agréable, une organisation claire, une formation adaptée et continue, leur permettant d’évoluer régulièrement au sein de leur établissement et de perfectionner leurs connaissances. Ils recherchent également une rémunération et des avantages sociaux attractifs et, enfin, des possibilités de promotion à l’interne. C’est grâce à ces efforts que nous pourrons aborder l’avenir avec une plus grande visibilité.

comme Crédit Suisse (par l’intermédiaire de son CEO Brady Dougan) ont salué la réglementation bancaire11. Pour certains acteurs, la réglementation représente une réelle opportunité pour structurer et rationaliser certaines activités. A l’instar de l’excellence opérationnelle visant à optimiser son organisation et ses processus, certains dirigeants de banques parlent maintenant d’excellence réglementaire. c) Se concentrer sur la gestion de la relation client et externaliser tout ou partie des fonctions supports Les modèles organisationnels changent et s’ouvrent de plus en plus vers l’extérieur. L’externalisation des services back-office ou informatiques peut être perçue comme une opportunité, afin de sécuriser et d’améliorer les processus métiers. Néanmoins, l’achat des services, selon un modèle transactionnel, peut se révéler plus coûteux que l’achat et l’amortissement d’une organisation et d’une infrastructure maison. En revanche, les bénéfices d’élasticité et de réduction des risques de sur-approvisionnement (sous-utilisation), ou sous-approvisionnement (saturation), sont réels. Mieux averties et plus exigeantes, les banques n’hésitent plus désormais à mettre leurs prestataires en concurrence. Optimisme révolu, mais opportunités existantes Toute période aussi difficile soit-elle recèle des potentialités que certains exploiteront. Croissance sur les marchés d’avenir, lancement de nouveaux produits, concentration sur la qualité et l’innovation et transactions de fusions et d’acquisitions à l’étranger sont les principales opportunités identifiées par les directeurs financiers12, pour cette année. Peu d’observateurs peuvent cependant affirmer, aujourd’hui, qu’ils connaissent le choix stratégique gagnant. Néanmoins, les derniers événements amènent à observer que l’absence d’action et de gestion du changement constituent les principaux écueils face à ces différentes pressions externes.

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Communiqué de presse de la FINMA du 27 janvier 2012

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Le Temps – 5 décembre 2011

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Ultra High Net Worth Individual

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Le Temps – 5 décembre 2011

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Agefi – 14 février 2012

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Le Temps – 11 février 2012

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Source - Romandie News – 27.12.2011

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 he Deloitte CFO Survey T Résultats du 4e trimestre 2011 Janvier 2012.


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Banques étrangères

Du financement du négoce au private banking Il n’existe aucune rivalité entre les établissements bancaires étrangers de Zurich et Genève, les deux principales places financières de Suisse étant parfaitement complémentaires. A chacune sa spécificité en matière de prestations. Raoul Oliver Wuergler Secrétaire général adjoint, Association des banques étrangères en Suisse

@ wuergler@foreignbanks.ch

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L

a présence de la première banque étrangère à Genève remonte au XVe siècle, lorsque Cosme de Médicis créa son groupe bancaire international et ouvrit des comptoirs sur les principales foires européennes, dont celle de Genève. Les banques étrangères commencèrent alors à s’établir de manière durable à Genève, à la fin du XIXe siècle, toujours pour la même raison que Médicis au XVe siècle, à savoir le financement du négoce. L’essor de l’activité bancaire à Genève fut favorisé par l’évêque Adhémar Fabri qui affranchit les Genevois, en 1387, et leur accorda les droits et libertés anciennes, dont celui de prêter de l’argent contre intérêt. C’est toujours à Genève que s’établit, en 1872, la première banque étrangère en Suisse, présente encore aujourd’hui. La Banque de Paris et des Pays-Bas fut fondée simultanément en France, aux Pays-Bas et en Suisse; sa vocation est encore aujourd’hui de fournir des services de financement du négoce international. Elle fut suivie en 1874 par le Crédit Lyonnais, qui s’établit, lui aussi pour le financement du négoce, sur une des places de marché les plus importantes d’Europe, à l’époque et actuellement. Comme au XIXe siècle, le financement du négoce occupe encore aujourd’hui une place importante sur la Place financière de Genève. De nombreuses banques étrangères, grandes ou petites, sont actives dans ce domaine et mettent à disposition de leurs

clients leur réseau global et leurs connaissances spécifiques. Elles appartiennent à un cluster qui s’est créé à Genève, et comprend les nombreuses sociétés de trading, ainsi que les deux sociétés de surveillance les plus grandes au monde. Spécialisation géographique et par métier L’autre métier, pour lequel la Place financière suisse et particulièrement la Place genevoise sont connues, est celui de la gestion de fortune privée. D’après le Global Financial Centres Index1, Genève occupe la deuxième place, après Londres, pour le private banking, et les principaux groupes bancaires internationaux y sont présents avec des équipes hautement spécialisées. De nombreux établissements se concentrent sur la clientèle high- et ultra-high net worth en leur offrant des services sur mesure, qui vont bien au-delà de la simple gestion patrimoniale et ressemblent à ce que peut offrir un family office. Un atout particulier, que peuvent apporter les banques étrangères à leurs clients, est encore leur réseau global. Ceux-ci ont ainsi la possibilité non seulement de diversifier les investissements avec l’aide des professionnels présents sur les marchés respectifs, mais aussi d’utiliser le réseau global bancaire. Il est donc possible pour un client de recourir à des spécialistes locaux pour identifier les opportunités de placement sur les marchés émergents d’Afrique,


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Banques étrangères

De nombreux groupes bancaires étrangers coordonnent leurs activités internationales depuis Genève

par exemple, pour conna��tre les dernières nouveautés des hedge funds managers de Mayfair ou du Maine, ou pour trouver les récents développements sur le marché australien des matières premières. En même temps, une telle banque pourra, grâce à sa présence sur les principales places financières internationales, offrir à son client le choix de centres de comptabilité, d’exécution de transactions, ou de stockage de titres. Le client trouvera ainsi des interlocuteurs à travers le réseau global de sa banque, et pourra y accéder. Mais il pourra aussi bien coordonner ses activités globales à partir de son point d’entrée à Genève, avec son interlocuteur principal. Comme pour le financement du négoce, un cluster de la gestion de fortune privée s’est établi à Genève. Le Global Financial Centres Index confirme la force de la Place genevoise dans ce domaine. C’est un savoir-faire qui s’est constitué pendant une longue durée, et a attiré toujours plus de banques intéressées à offrir ce type de services à leurs clients. Il va de soi qu’au-delà des banques, un vaste réseau de sociétés spécialisées s’est implanté. Il comprend les conseillers juridiques et fiscaux étant à la disposition des clients bancaires pour des questions spécifiques, tout comme les sociétés d’infrastructure IT, de conseil et d’audit et de nombreux autres acteurs à la pointe dans leur propre domaine de spécialisation. Les banques étrangères en Suisse Il ne faut pas croire pour autant qu’il existe une rivalité entre Zurich et Genève, les deux principales places financières de Suisse, mais bien une complémentarité. Pour un groupe bancaire international, il s’agit dans un premier temps de s’installer sur la Place financière suisse. Puis, dans un deuxième temps, il décidera de s’installer à Zurich, Genève ou ailleurs. Ce choix est très souvent guidé par les activités sur lesquelles la banque étrangère envisage de se concentrer (la répartition d’activités des grandes banques étrangères en Suisse illustre très bien ce fait). De nombreux groupes bancaires étrangers coordonnent ainsi leurs activités internationales de private banking en Suisse, très souvent à Genève. En parallèle, elles maintiennent une présence à Zurich pour des activités comme le corporate et investment banking, la distribution des fonds de placement souvent orientée vers les investisseurs institutionnels, ou les

plateformes de distribution, ainsi que les activités relevant du domaine de la transaction des titres, voire des services de paiement. La plupart des grands groupes bancaires internationaux, ayant une présence de private banking importante à Genève, maintiennent ainsi des bureaux à Zurich pour leurs activités orientées vers la clientèle institutionnelle et les marchés. Parmi elles, se trouve le troisième prestataire le plus important de services en cash management en francs suisse. La Suisse à la croisée des chemins Il est sans doute important de préciser que les banques étrangères ne réduisent pas la répartition de leurs activités en Suisse à la simple distinction entre différents métiers. Des nuances s’imposent notamment dans le domaine du private banking où, traditionnellement, la présence des banques reflétait l’origine de leur clientèle. Ceci a été manifeste pour la clientèle européenne, avec les Allemands qui étaient généralement accueillis à Zurich, les Français à Genève et les Italiens au Tessin. Toutefois, la forte présence d’une grande banque allemande à Genève contredit cette théorie, laquelle a aussi été remise en question par l’implantation de plusieurs banques italiennes à Genève, ou à Zurich. Elle est mise à nouvelle épreuve aujourd’hui par les clients qui proviennent hors d’Europe. Pour eux, les affinités linguistiques et culturelles sont moins importantes. Par conséquent, ni les clients russes, ni ceux d’Amérique latine manifestent une nette préférence pour l’une ou l’autre des deux villes. Les dernières transactions des banques étrangères en Suisse confirment que cette distinction s’estompe de plus en plus. Des investisseurs d’Amérique latine sont positionnés en Suisse alémanique, tandis que d’autres du Moyen-Orient ont clairement choisi la Place financière suisse dans son ensemble, en réalisant des investissements à Genève et à Zurich.

1

Focus

L’internationalisation loin d’être finie A fin 2010, la BNS comptait 320 banques en Suisse; près de la moitié d’entre elles, soit 154 établissements, étaient des filiales ou succursales de banques étrangères, dont la plupart appartenait à un groupe bancaire international. Vingtcinq établissements avaient un actionnaire majoritaire étranger non-bancaire, souvent un investisseur privé. La majorité des banques étrangères étaient détenues par des actionnaires européens, mais les investisseurs d’Amérique latine et du Moyen-Orient ont renforcé leur présence, ces dernières années. Les derniers changements d’actionnaires dans les banques étrangères ont donc tous été à la faveur d’investisseurs de ces régions. Aussi, les récentes ouvertures de banques étrangères ont été réalisées par des banques du Brésil, de Chine et de différents pays du Moyen-Orient. RW

Global Financial Centres Index GFCI: http://www.zyen.com/activities/gfci.html

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Gérants indépendants

Les indépendants face aux nouveaux enjeux Tax crimes, argent propre, surveillance prudentielle, remise en cause de l’autorégulation: comment les gérants indépendants vivent-ils le «printemps» de la place financière suisse?

Patrick Dorner Directeur Association Suisse des Gérants de Fortune�ASG

@ wuergler@foreignbanks.ch

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l y a juste un an, dans le Banque & Finance de mai 2011, je plaidais pour une régulation prudentielle des gérants de fortune indépendants (GFI) et appelais à la mobilisation de la profession. Dans ce même numéro 109, sous le titre «Bête noire ou coqueluche», Madame la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf expliquait que «par sa stratégie d’argent propre, le Conseil fédéral vise clairement une place financière suisse intègre et axée sur une gestion de fortune respectueuse des règles fiscales». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en une année les choses ont bougé et vont encore bouger. C’est ainsi qu’au cours des dernières semaines, le GAFI, la «Weissgeldstrategie» et les propositions de régulation de la FINMA ont, tour à tour, fait la une des quotidiens. Etat des lieux sous l’angle de la gestion de fortune indépendante. Les normes révisées du GAFI Le GAFI a révisé, en février dernier, ses recommandations obligatoires sur le blanchiment d’argent, marquant ainsi une nouvelle étape dans la concurrence que se livrent les places financières pour l’acquisition de capitaux. Ces nouvelles normes n’exigeront que peu de modifications de notre droit national. En matière de «customer due dilligence» (CDD), notre réglementation fait figure de pionnier et va même, sur plusieurs points, au delà des normes révisées du GAFI comme, par exemple, lorsqu’il s’agit d’identifier et de connaître les ayants droit économiques de valeurs patrimoniales. Il conviendra d’étudier dans quelle mesure l’ancrage inter-

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national de l’approche fondée sur les risques permettrait des assouplissements dans la législation suisse actuelle. Tel pourrait notamment être le cas des obligations de CDD applicables aux GFI qui ne gèrent que des avoirs déposés auprès de banques suisses, elles mêmes déjà soumises à l’ensemble du catalogue des obligations de diligence. Certains doublons, aussi lourds qu’inutiles, pourraient ainsi être supprimés, du moins partiellement. La Suisse a, dans le passé, devancé sur de nombreux points la formalisation des normes internationales en vigueur en matière de prévention contre le blanchiment d’argent. Mais les normes révisées du GAFI comportent également un tout nouveau volet fiscal pour lequel une telle pratique ne serait pas justifiable: dorénavant, les délits fiscaux graves (Tax crimes) devront être considérés comme infractions préalables au blanchiment d’argent. Il est capital que la reprise de cette exigence en droit suisse se fasse avec circonspection afin de préserver un «Level Playing Field» avec les autres places financières. Il sera donc particulièrement important de déterminer, par une étude de droit comparé, comment les pays en concurrence avec le nôtre mettent en œuvre ce nouveau standard. Il apparait déjà que plusieurs grandes places envisagent de ne retenir que les infractions graves à leur propre droit fiscal national et de ne pas prendre en compte les infractions relevant du droit du domicile étranger du client ou de l’ayant droit économique. Les grandes places financières d’Amérique du Nord et d’Asie sont en position de force pour interpréter et appliquer le nouveau standard conformément à leurs intérêts. Les clients étrangers et les GFI Comme le montre le tableau ci-contre, certains GFI peuvent être particulièrement exposés à la clientèle étrangère et envisagent donc les débats sur la fiscalité avec davan-


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Gérants indépendants de ce modèle une alternative à l’échange automatique d’information.

tage d’inquiétude. Ainsi, à la question «Quel sera l’impact des discussions sur la fiscalité et de la question du secret bancaire sur le modèle d’affaires de mon entreprise?», 36  redoutent un impact négatif sous forme de pertes de clients et d’actifs gérés. Néanmoins, 73 estiment que les débats sur la fiscalité auront un impact nul ou réduit sur l’avenir de leur activité – et le cas échéant, un impact plutôt positif. Dans un contexte de concurrence internationale de plus en plus rude, la place financière suisse doit non seulement veiller à maintenir sa compétitivité mais doit d’urgence trouver des solutions pour l’améliorer. Il en va de dizaines de milliers d’emplois qualifiés possédant une forte valeur ajoutée et un impact fiscal conséquent.

Les propositions de la FINMA en matière de régulation des GFI En octobre 2010, la FINMA faisait, dans son rapport sur la distribution, un état des lieux de la réglementation applicable aux produits financiers destinés à la clientèle privée. Un des points concernait la surveillance de la gestion fortune indépendante et relevait, très justement, que la situation n’était pas satisfaisante. Entretemps, AIFMD et MiFID II ont clarifié, voire redéfini, les règles de jeu au niveau européen avec, notamment, des propositions de régime pour les Etats tiers. Depuis, le maître mot est devenu «eurocompatiblité» et la révision de la LPCC en est le premier signe concret. Le principe d’une telle harmonisation ne peut être que salué par les GFI, celle-ci étant la seule clé d’un éventuel accès au marché européen dont nombre d’entre eux dépend fortement. L’appel à la mobilisation de la profession, évoqué dans l’introduction de cet article, a donc été entendu et les diverses associations professionnelles se sont ralliées aux vues de l’ASG pour la mise en place d’une surveillance prudentielle. Reste à savoir si le prix à payer demeure raisonnable. Dans ses dernières communications, la FINMA a quelque peu radicalisé sa position. Elle souhaiterait, par le biais d’une révision de la loi sur les bourses, soumettre les GFI à une surveillance prudentielle étatique. L’autorégulation se verrait ainsi réduite, comme dans le secteur bancaire, à la mise en œuvre des aspects techniques de la LBA. La FINMA appelle également à la création d’une loi régissant les services financiers pour renforcer la protection de la clientèle. Elle entend ainsi réagir aux divers scandales financiers des dernières années. Ce faisant, elle semble toutefois pencher en faveur d’un concept «One-size-fits-all». Une telle approche uniformisée n’est pas acceptable. Les GFI n’ont pas à payer le prix fort des erreurs commises par l’industrie financière et les nouvelles règles doivent impérativement permettre la différenciation et prévoir des exceptions. Il en va de leur survie!

L’argent propre de la «Weissgeldstrategie» La stratégie d’argent propre préconisée par nos politiques va-t-elle dans ce sens? La solution de l’«auto déclaration», censée nous sortir de la ligne de tir des Etats-Unis, et plus largement de celle de l’ensemble de la communauté internationale, n’est malheureusement pas convaincante. La mise en œuvre d’une telle obligation de déclaration, et de l’inévitable question du contrôle qui en découle pour la banque - voire pour le GFI, se heurte à des problèmes pratiques auxquels aucune réponse satisfaisante n’a encore été proposée. Les nouveaux risques de responsabilité qu’elle engendre n’ont pas non plus été déterminés. Par ailleurs, la portée d’une telle déclaration ne serait, de par sa nature, que peu significative et donc peu crédible. Sur un plan international elle risquerait d’être perçue comme une «nouvelle spécialité suisse» avec, comme effet, un isolement encore accru de notre pays. Il faut néanmoins relever que le document de discussion du DFF fait référence à l’autoréglementation, laissant ainsi entrevoir une possibilité pour le secteur financier d’intervenir afin de ne pas être exposé à des mesures inapplicables ou trop dommageables. Le rôle éventuel des OAR resterait néanmoins à définir. Toujours est-il qu’actuellement, la seule solution pragmatique demeure celle de la retenue d’impôt. Il est essentiel que la Suisse poursuive ses efforts dans ce sens pour faire

Impact des discussions sur la fiscalité

Sur le web www.vsv-asg.ch

Origine (géographique) de la clientèle (plusieurs réponses)

«Quel sera l’impact des discussions sur la fiscalité et de la question du secret bancaire sur le modèle d’affaires de mon entreprise?»

55,8 %

73 Impact réduit,

nul, plutôt positif

36 Pertes (actifs, clients)

19,1 % Allemagne

28 Focalisation sur les fonds soumis à l’impôt

15 % Italie 14,8 % France 8,2 % Amérique du Sud

22 Etablissement/renforcement de la présence à l’étranger/ des contacts avec l’étranger

17 Perte d’image/d’attractivité/de confiance 16 Prospection d’autres segments de clientèle (p.ex. clients CH)

6,6 % Amérique du Nord

14 Extension du conseil (publication de valeurs patrimoniales) 10

5,4 % Moyen Orient 2,6 % Asie

Marge de manoeuvre plus étroite, réduction des marges

14 Plus grande importance accordée au service/

2,3 % Afrique

à la performance, recherche de nouvelles solutions/niches

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Nombre de réponses Source: VSV ASG

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Etat: date de clôture du bilan entre le 31.12.2009 et le 30.9.2010 Source: VSV ASG

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Gérants de fortune

La surveillance prudentielle s’impose La Place financière suisse doit évoluer en introduisant une surveillance prudentielle des gérants de fortune indépendants, afin de leur permettre de continuer à avoir accès aux marchés étrangers, et ainsi d’y faire toujours valoir leur excellence! Norberto Birchler Directeur et membre du Comité, Association Romande des Intermédiaires Financiers

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birchler@arif.ch

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a surveillance prudentielle des gérants de fortune indépendants (GFI) fait partie des standards des places financières en Europe et aux Etats-Unis. La directive MIFID règle au sein de l’UE leur surveillance. Aux USA, les GFI doivent s’enregistrer à la Securities and Exchange Commission. C’est cette tendance internationale de durcissement réglementaire qui pousse la Suisse à introduire une surveillance prudentielle des GFI. A ce jour, ces derniers sont soumis à surveillance au sens de la LBA, qui s’exerce soit par la FINMA (IFDS), soit par l’intermédiaire des organismes d’autorégulation (OAR) dûment autorisés et contrôlés par la FINMA. Les GFI sont en outre soumis à des règles cadres édictées par les OAR (le Code de déontologie à l’ARIF), qui définissent les exigences en matière d’obligation de loyauté, de diligence, d’information et de transparence de la rémunération. Le contrôle du respect de ces règles est également exercé par les OAR, sous la supervision de la FINMA. Il n’existe pas encore en Suisse une loi cadre spécifique qui soumette les GFI à un contrôle prudentiel. Dès lors, cette situation les handicape, puisqu’elle entrave leur libre accès au marché européen. En effet, la révision de MIFID actuellement en cours, comporte un chapitre spécifique à l’accès au marché européen pour des sociétés issues de pays tiers, dont la Suisse. Il y est prévu, entre autres, qu’un intermédiaire financier établi dans un pays tiers ne puisse offrir ses services, ou démarcher de la clientèle, que s’il est assujetti à une surveillance prudentielle équivalente dans son pays d’origine. Cadre législatif clair Le 15 février 2011, la FINMA a communiqué son intention de soumettre à une surveillance les activités jusqu’ici non réglementées. La question n’est donc à ce jour plus de s’interroger sur le bien-fondé de cette évolution réglementaire, mais de savoir sous quelle forme et à quel moment elle deviendra réalité. Une extension de la surveillance prudentielle aux GFI leur garantirait un cadre législatif clair et

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améliorerait globalement leur position sur le(s) marché(s), leur permettant ainsi de développer leurs activités en Suisse et à l’étranger. Les deux objectifs majeurs d’une telle évolution sont le renforcement de la protection des investisseurs et la reconnaissance d’une équivalence au niveau international. Cependant, les GFI ne sont pas des banques. Aussi, une surveillance inadéquate et générant des coûts trop importants aurait probablement pour conséquence une modification radicale de la structure même du marché de la gestion de fortune indépendante à Genève et en Suisse. La question d’une surveillance directe de plus de 3 000 GFI par la FINMA pose actuellement problème, car cette dernière ne dispose pas des moyens nécessaires. Les OAR, organismes de droit privé, pourraient donc être impliqués dans la surveillance prudentielle des GFI, ce qui faciliterait certainement leur acceptation et n’occasionnerait pas trop de dépenses supplémentaires. Le système des OAR (qui possèdent une expérience étendue dans le domaine de la surveillance des intermédiaires financiers) a fait ses preuves depuis plus de dix ans dans le cadre de la LBA, sans oublier que le GAFI a jugé le système de l’autorégulation équivalent à une surveillance étatique. Mais un système basé uniquement sur le droit privé n’obtiendrait sans doute pas d’équivalence ou de reconnaissance internationale, notamment dans l’UE, où toute surveillance doit être exercée par l’Etat. Les OAR pourraient donc rester des organismes de droit privé, mais avec une délégation des compétences de l’Etat pour exercer des tâches publiques. Ils seraient autorisés et contrôlés par la FINMA, et devraient bénéficier de la protection de l’Etat sous l’angle de leur responsabilités. Cette délégation nécessite la création d’une base légale et le maintien constant de la surveillance du secteur privé par l’Etat. Pour renforcer l’aspect étatique du modèle, on peut imaginer de supprimer la possibilité pour les intermédiaires financiers de se soumettre directement à la FINMA, ce qui éliminerait à l’étranger la perception d’un système à deux vitesses. Une surveillance exercée uniquement par les OAR démontrerait en revanche la confiance que la Confédération place en eux.


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Genève et l’économie

JACQUES JEANNERAT Directeur de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG)

Tissu économique dense et dynamique En temps de crise, les perspectives de développement sont suivies de très près par les divers acteurs de l’économie. Le tissu économique genevois comporte quelques particularités qui rendent ce dernier résistant aux aléas de la conjoncture.

L’

économie genevoise est-elle vraiment différente de ses voisines cantonales? A en croire les principaux analystes du canton, la réponse est évidente ... et affirmative. «Le tissu économique genevois a cela de particulier qu’il détient notamment le record mondial de la densité de postes de travail, souligne Jacques Jeannerat, directeur de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG), à savoir 2 emplois pour 3 habitants. La représentation des divers secteurs économiques est très inégale, en effet, on compte 1% des emplois pour le primaire, 14% pour le secondaire et 85% pour le tertiaire.» Une analyse partagée par Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes (FER): «L’économie du bout du lac se caractérise par une très forte présence du secteur tertiaire, puisque 255 000 personnes y sont employées, contre 44 000 dans le secteur secondaire et 1815 dans le secteur primaire. Elle est très internationale, avec près de 76 000 emplois qui dépendent d’entreprises multinationales et 18 000 qui se trouvent dans le secteur international public. On peut relever que si son secteur industriel a diminué, elle héberge de très beaux fleurons, notamment dans la métallurgie, la chimie et l’horlogerie.» Attractivité reconnue En période de crise, ce sont les atouts qui sont mis en avant pour faire la différence avec les autres régions suisses et

européennes. Des atouts qui ne semblent pas manquer à Genève, selon Jacques Jeannerat. «Les points forts sont les six pôles majeurs d’excellence: la finance, l’horlogerie, les arômes et parfums, les biotechnologies, le négoce international des matières premières (2e du monde) et l’omniprésence des multinationales.» La position du directeur de la FER est identique, même si elle souligne également une menace qui plane sur l’économie genevoise: «Les points forts tiennent à l’attractivité de la région, où il fait bon vivre, à la qualification du personnel, à son multilinguisme et à la présence d’instituts de recherche et d’enseignement de qualité, ainsi que pour les entreprises internationales qui s’y implantent, une fiscalité intéressante. Mais ce dernier point est maintenant remis en question, ce qui fait peser des menaces sérieuses sur le tissu économique du canton. La sécurité et l’insuffisance de certaines infrastructures routières et ferroviaires sont aussi devenues des problème. La question du traitement fiscal des entreprises sera cruciale, tout comme celle des infrastructures et de la sécurité. Or, en ces deux derniers domaines, nous sommes en perte de vitesse, et ce qui constituait un facteur positif par rapport à d’autres régions, a fortement diminué.» Une analyse que partage également le directeur de la CCIG: «Il faut une fiscalité avec un taux unique satisfaisant pour les multinationales implantées dans notre cité, car ce sont de grandes pourvoyeuses d’emplois. La mobilité est aussi un élément essentiel et le CEVA ne sera que la première pierre d’un développement harmonieux du Grand Genève qui

Fabio Bonavita journaliste

@ f.bonavita@banque-finance.ch

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Genève et l’économie devra être suivie d’une traversée du lac, sans oublier la croissance indispensable de notre aéroport.» Immobilier dynamique

Focus

Genève, une exception suisse? Et si le canton du bout du lac devait mieux résister que ses voisins à la crise qui commence à toucher la Suisse? C’est en tout cas ce que crois Blaise Matthey de la FER: «Grâce à un tissu diversifié, et à la base industrielle que j’évoquais, Genève devrait mieux résister que le reste de la Suisse. 2012 sera cependant une année à croissance très faible. Il est clair que l’on ne peut se passer d’aucun des secteurs qui s’y trouvent actuellement, sous peine de tomber dans une très grave crise.»

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Une fiscalité harmonieuse, une mobilité de qualité, sans oublier un marché immobilier dynamique, voici les trois axes forts pour que Genève tire son épingle du jeu dans les années à venir. «L’immobilier? Bien sûr, c’est l’un des éléments fondamentaux, ajoute Blaise Matthey. La crise que l’on connaît dans ce domaine est d’abord le fruit de l’inertie locale. Il est toujours facile de vouloir faire porter le chapeau à des tiers, en l’occurrence les entreprises multinationales, mais ce ne sont pas elles qui ont contribué le plus à la forte progression démographique de ces dernières années. Si elle perdure, cette crise affectera la capacité concurrentielle du canton. Il faut donc construire localement et durablement, pour toutes les catégories de population.» Au sein de la CCIG, on souligne l’importance fondamentale du projet Praille Acacias Vernets (PAV) qui est une mutation profonde du périmètre en un territoire urbain renouvelé, une sorte d’extension du centre ville. «Les accords bilatéraux permettent de considérer le développement économique de notre métropole sous l’angle du Grand Genève, affirme le directeur de la CCIG. C’est grâce à eux que Genève a pu vivre la croissance économique qui a été la sienne durant ces 10 dernières années. Par ailleurs, le projet PAV, de par son ampleur, permettra de créer un nouveau centre, c’est une opportunité unique!» Quel avenir? Ce projet soutenu par beaucoup, est l’une des clés de voûte du futur développement de l’agglomération genevoise. Un développement qui s’annonce radieux pour Genève, pour autant que ses pôles d’excellence soient maintenus et dynamisés. «A court terme, les exportations maintiendront un rythme de croissance dynamique malgré la force du franc. Et la croissance de l’horlogerie se poursuivra, assure Jacques Jeannerat. Cependant, Genève doit tout mettre en œuvre pour offrir les meilleures conditions cadres possibles aux six pôles majeurs d’excellence susmentionnés. A long terme, le développement de Genève doit passer par des infrastruc-

tures plus performantes et une prise de conscience de tous que nous sommes au centre d’une bataille mondiale des villes et que seules les plus dynamiques survivront! Nous avons tous les atouts pour réussir. A nous de ne pas jouer aux enfants gâtés et de faire le choix de la métropole internationale dynamique plutôt que celui du provincialisme décadent… Croyons en nous!» Un optimisme plus nuancé habite Blaise Matthey, le directeur de la FER: «Dans un canton qui a la dépense publique la plus élevée de Suisse, je suis toujours étonné de ce que l’on cherche à remettre en cause ce qui en fait la substance, à savoir le travail des entreprises. On devrait au contraire améliorer encore le cadre dans lequel elles évoluent. Si j’observe les tendances au plan européen et leurs incidences sur la Suisse, je suis prudent. Un franc fort nous pénalisera, tout comme une fiscalité des entreprises trop élevées. Les attaques sur la place financière ne sont pas là, non plus, pour m’inciter à l’optimisme. Or, une place financière forte, c’est la garantie d’un bon fonctionnement d’une économie tournée vers l’exportation, comme l’est l’économie genevoise. Il reste que j’espère que la population genevoise comprendra l’importance de conserver un tissu économique diversifié et prendra de bonnes décisions.» Dans tous les cas, tous s’accordent à dire que Genève a les cartes en mains pour être maîtresse de son destin, et dans le contexte actuel, c’est une chance suffisamment rare pour être soulignée... et appréciée.


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Matières premières

Genève et matières premières, les raisons d’un nouvel essor Mohammad Farrokh Chroniqueur

@ m.farrokh@banque-finance.ch

La vocation de Genève en tant que plaque tournante du commerce international des matières premières remonte aux années 1950. Tout comme Genève a dû son rôle de place financière à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 qui allait en faire le centre de la banque protestante française dès les années 1700, la révolution égyptienne de 1952 et l’arrivée au pouvoir de Nasser ont provoqué l’exil d’une importante communauté cosmopolite établie à Alexandrie et au Caire.

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armi les dizaines de familles séfarades arrivées à Genève, certaines étaient spécialisées dans le commerce du coton et elles allaient contribuer à faire de la ville un centre important dans ce domaine. En 1995 encore, on estimait que 10% du commerce international du coton passait par Genève. C’est dans ce contexte également que s’est inscrite la venue en 1956 de Cargill, négociant américain en céréales, mais aussi coton et autres soft commodities qui, aujourd’hui encore, occupe environ 600 personnes à Genève, toujours principal employeur du canton, il est vrai dans un secteur longtemps réputé pour son manque de transparence. Selon la Geneva Trade & Shipping Association (GTSA), fondée en 2006, le négoce des matières premières et l’ensemble des activités liées représenteraient 8000 à 9000 emplois répartis sur quelque 400 sociétés. Mais si les grandes banques actives dans le financement du négoce (trade finance) et quelques multinationales figurent au nombre des 30 membres fondateurs du GTSA, la plupart des sociétés actives dans les commodities sur la place de Genève, notamment russes, cherchent avant tout à ne pas attirer l’attention. «Les Russes étaient plutôt à Londres, et certains viennent maintenant à Genève notamment pour des raisons de discrétion», relève Celal Bayar, directeur

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exécutif de Baycorp SA. C’est l’une des quelques dizaines de sociétés de négoce spécialisées dans le pétrole et les produits pétroliers, qui ont pris le relais du coton comme moteur principal des activités de négoce à Genève. L’impulsion de 1981 Sans la victoire de la gauche aux élections présidentielles françaises en 1981, et l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand alors soutenu par le parti communiste, la ville ne serait peut-être pas le centre qu’elle est devenue puisque le tiers des échanges de pétrole libre au niveau mondial se traitent à partir de Genève. C’est la prise de pouvoir de la gauche qui incite les dirigeants d’un grand groupe bancaire français, Paribas, à «réveiller» Pargesa, une société inscrite à la cote de la bourse suisse, pour en faire une holding permettant à la filiale suisse de s’autonomiser par rapport au contrôle de Paris. Après avoir acquis une importance opérationnelle sans précédent, Paribas (Suisse) allait donner une impulsion nouvelle aux activités de financement du négoce pétrolier à partir de Genève. Les années 1980 correspondent aussi à une période d’extraordinaire émulation dans ce domaine, puisque les « anciens » de Paribas allaient bientôt se mettre


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Matières premières

au service d’autres banques de la place pour y développer des activités concurrentes en matière de trade finance. Très vite des sociétés venues d’autres pays se sont installées à Genève, le plus souvent dans la plus grande discrétion, notamment en 1982, Kofisa, alors filiale du groupe turc Koçpour, pour y pratiquer, entre autres activités, le financement du négoce pétrolier. Mais c’est l’installation d’Elf Aquitaine, vers la fin de la décennie, qui allait donner leur second souffle aux activités de trade finance. Depuis 2000, la filiale genevoise fait partie du groupe Total. Le relais russe Si l’impulsion initiale donnée au trading pétrolier est venue de Paris, il n’est pas exagéré de dire que l’importance nouvelle prise par les opérations sur commodities à Genève vient de Moscou. La chute du Mur de Berlin en 1989 a ouvert la voie à la venue des principaux acteurs du marché pétrolier russe, à commencer par Lukoil. Privatisé en 1993, le pétrolier russe allait créer en 2000 sa filiale suisse sous le nom de Litasco en tant que société de marketing et d’approvisionnement exclusive du groupe Lukoil. En mai 2000, Litasco ouvrait à son tour un bureau de représentation à Moscou pour gérer la logistique des exportations vers les pays tiers. A l’heure actuelle, on estime à 75% la part des exportations de pétrole russe passant par la Suisse. Car Litasco n’est pas restée seule: depuis l’ouverture de sa succursale à Genève en avril 2004, Gunvor international Limited est devenu un acteur incontournable parmi les entreprises de négoce actives dans la commercialisation de produits pétroliers. En 2007 déjà, on estimait à 1 million de barils 1/5_Mise par jour leen volume par Gunvor, chiffre qui AXIOM page traité 1 24.05.12 13:38unPage1

en ferait le plus gros trader de brut de Russie. Le conditionnel reste de mise car le milieu du trading pétrolier est excessivement discret, encore qu’une certaine évolution se dessine depuis quelques années. Litasco est par exemple membre de la Joint Chamber of Commerce qui réunit la plupart des pays de la CEI aux côtés de la Russie. Au niveau des commodities, l’espace russe est toujours une réalité, et l’arrivée des principaux acteurs de la commercialisation du pétrole russe a attiré les sociétés des autres républiques de la CEI. En septembre 2008, Socar s’est par exemple installée à Genève pour faciliter la commercialisation des ressources énergétiques de l’Azerbaïdjan. Un an plus tard, l’ouverture d’une nouvelle mission permanente dans une propriété située à Versoix, a confirmé l’importance de Genève pour les pays du Caucase. Le rôle des banques L’une des principales raisons de la présence à Genève de ces sociétés de négoce tient à l’existence d’un système bancaire très développé, avec des établissements tels que BNP Paribas qui reste leader sur le marché du trading pétrolier. Un marché qui, du fait de l’importance des montants en jeu (une cargaison mobilise tout de suite entre 50 et 100 millions de dollars), est réservé à des banques disposant de fonds propres considérables. C’est d’ailleurs parmi les banques actives dans le trade finance que se trouvent les rares établissements à préférer le statut de succursales, qui permet de tirer parti des fonds propres du siège lorsqu’il est situé à l’étranger, au statut de filiale, privilégiée par les banques de gestion de fortune.

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À la tribune

La polyvalence, une véritable force La Place financière est à Genève ce que le serment du Grütli est à la Suisse: indissociable et évident. Vous trouvez la comparaison audacieuse? Vous avez raison, mais elle a le mérite de rappeler que Genève jouit d’une tradition bancaire et financière vieille de plus de cinq siècles.

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pierre-François Unger Président du Conseil d’Etat

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a Place financière constitue l’un des pôles majeurs de compétence de notre économie. Dans le même temps, elle en représente une des conditions-cadre et contribue ainsi à la stabilité et au développement du tissu économique genevois. Elle a aussi l’avantage de présenter plusieurs facettes. Outre la gestion de fortune âgée de plusieurs siècles et le négoce de matières premières, la Place financière genevoise met un point d’honneur à soutenir la floraison et l’épanouissement d’autres domaines d’activités, et notamment celui de la finance durable. Et s’il est un secteur que le canton de Genève et la Suisse ont particulièrement choisi d’encourager, c’est celui des nouvelles technologies, source de bienfaits pour l’homme et la planète. Cette discipline financière, plutôt nouvelle dans ce paysage, appréhende plus largement les risques et les opportunités des entreprises, grâce à une prise en compte des facteurs économiques, de gouvernance et de durabilité. Elle permet ainsi d’offrir aux investisseurs des options particulièrement en adéquation avec les principes du développement durable. Mais si la polyvalence de la Place financière genevoise est une véritable force, encore faut-il l’entretenir. Les chiffres ont cet avantage de constituer un rempart contre la morosité. Genève compte près de 140 établissements bancaires, 2’800 intermédiaires financiers et 800 gérants indépendants, qui emploient au total quelque 35 000 collaborateurs. De quoi lui permettre de devenir une référence, mais aussi d’intégrer le club très fermé des dix principales places financières

globales. Mais il n’est pas question pour autant de se reposer. La concurrence est rude et les attaques sont nombreuses. La nécessité de se renouveler, d’innover est fondamentale. Car s’il faut préserver notre image et notre rang, Genève doit également défendre des emplois et des compétences. La finance a l’art d’offrir de nombreux débouchés professionnels comptant différents niveaux de qualifications, dont certains à très forte valeur ajoutée (comme dans l’ingénierie ou l’analyse financière). Nouveau pôle d’excellence Alors si la place financière représente un atout majeur pour soutenir et dynamiser notre canton, le service de la promotion économique de Genève se doit, lui, de veiller à accompagner son évolution. Et ce, pour lui permettre d’affronter les nombreux défis qui l’attendent. Cerner les opportunités, comprendre les mutations sont les missions de mon département, afin de maintenir l’attractivité de la Place financière genevoise, sa compétitivité et son rayonnement. Le développement de la finance durable permettra clairement de construire un nouveau pôle d’excellence pour Genève, en capitalisant sur son expertise traditionnelle de gestion de fortune. Cet axe ambitieux et résolument novateur accordera un supplément de performance et de cohérence à la place financière. En outre, il permettra de renforcer d’autres pôles de compétences typiquement locales, et de nourrir la complémentarité et la diversité qui font la force de l’économie genevoise. La prospérité est à ce prix, mais elle promet de très belles aventures.

La nécessité de se renouveler et d’innover est fondamentale


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Formation bancaire

Quelle formation pour quel talent ? En ce début d’année, nombreux sont les commentaires et analyses publiés sur les défis qu’affrontent la Place financière suisse, et sur celle de Genève en conséquence.

Antonio Palma Président de la Commission stratégique des compétences bancaires de Genève Place Financière

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ire que «les défis sont nombreux», découlant des impacts conjoncturels et structurels multiples qui frappent notre industrie, devient un truisme. Sans développer chacune, rappelons les incertitudes internationales, comme celles liées au cours de l’euro et du dollar, de la dette souveraine de certains Etats et donc la stabilité de la zone Euro, des évolutions des marchés financiers et des différentes classes d’actifs, comme celles plus spécifiques à notre industrie et relevant des pressions extérieures bilatérales (américaines notamment), ou multilatérales (Forum Global, GAFI, G20 notamment) et domestiques (réglementation successives et diverses). La réponse à ces défis peut se traduire par des stratégies variées selon les établissements. Si l’on prend le secteur de la gestion de fortune, activité dominante de la Place genevoise,elle se traduit par des modèles d’affaires fort différents, englobant ou non une présence à l’étranger, ou par une offre de produits et de services différents sur le marché domestique. L’appréciation de la concurrence est évidemment un facteur déterminant. Lorsque l’on parle d’industrie ou de secteur financier, c’est finalement la qualité des hommes et des femmes composant l’acteur financier même qui feront la différence, et permettront audit acteur de prospérer ou d’échouer. C’est ainsi que la gestion des ressources humaines et des compétences du personnel se pose avec toute sa force, car les établissements amenés à prospérer seront ceux qui auront géré dynamiquement leur personnel. Mouton à cinq pattes Pour l’entreprise, la ressource humaine doit être un talent, dont elle bénéficiera. Celui-ci doit bien sûr être détenteur

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des «valeurs de base» du personnel bancaire suisse, à savoir être strict sur les règles de confidentialité, honnête dans son comportement, prévisible dans sa personnalité et disposer de la compétence professionnelle. Mais ces attributs de base peuvent permettre à son «détenteur» d’en faire le meilleur usage, pour autant qu’ils soient mis au service d’une clientèle toujours plus internationale, exigeante et transparente, se démarquent du talent proposé par la concurrence et puissent relever le défi de la performance. Pour ce faire, sa compétence devra être optimale dans des domaines relevant de la gestion patrimoniale, soit l’allocation d’actifs, l’ingénierie patrimoniale et la connaissance des produits y compris alternatifs, sans transiger sur les qualités d’écoute et d’empathie avec la clientèle. Dorénavant, l’intervenant bancaire doit être une sorte de mouton à cinq pattes qui puisse disposer d’une haute technicité financière, respecter un fort niveau éthique et déontologique qui ne manqueront pas de jalonner sa carrière, savoir communiquer de manière persuasive, s’adapter aux changements nombreux et imprévisibles, disposer d’un esprit entrepreneurial et accepter de se former en permanence! Pour l’acteur financier, le défi consiste à trouver de tels talents dans l’entreprise même (et à favoriser leur éclosion), sur la place locale ou nationale, ou à aller les chercher à l’étranger (auprès d’employeurs actuels ou dans des hautes écoles spécialisées). Le pouvoir d’attraction d’un talent est évidemment influencé par la politique du personnel, qui offre un environnement agréable et challenging, définit une organisation et des responsabilités claires, et assure des rémunérations et des avantages sociaux attractifs, de même que des possibilités de promotion à l’interne. Fort de ce bagage de talents, l’établissement financier disposera d’un avantage concurrentiel pour affronter les défis précités.


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Lorsque l’on parle d’industrie ou de secteur financier, c’est finalement la qualité des hommes et des femmes composant l’acteur financier même qui feront la différence

Pour permettre aux établissements de la Place genevoise de travailler sur le maintien ou l’éclosion de ces talents, Genève Place Financière dispose de Commissions permanentes pour la formation, dans lesquelles siègent des spécialistes de ces questions, provenant de divers établissements locaux. Elle a aussi mis au point des supports didactiques pour renseigner les acteurs de la place sur les nombreuses filières de formation, les métiers, les référentiels de compétences, et les cours spécifiques dispensés dans la région lémanique. Ces outils ont été présentés plus en détail dans le numéro de février dernier de Banque &

Finance. Disponibles sur www.edubank.ch, ils sont à la disposition de l’ensemble des acteurs lémaniques, car les problématiques du secteur financier de tous les cantons romands sont finalement les mêmes que celles rencontrées au bout du lac Léman. Si André Malraux n’a (en fait) jamais déclaré que «le 21e siècle sera religieux ou ne sera pas», on peut en revanche affirmer que la Place financière genevoise tiendra son rang au 21e siècle, si elle continue à gérer avec intelligence ses talents et à les former en continu!

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Le dessous des cartes

L’avenir incertain de l’industrie du trust

A Mohammad Farrokh Chroniqueur

@ m.farrokh@banque-finance.ch

vec une douzaine d’années de retard, il pourrait arriver à l’industrie suisse du trust ce qui est arrivé à la place de Jersey: depuis le début du millénaire, le nombre de trust companies a été divisé par deux, et elles ne sont plus que 110 à l’heure actuelle. Depuis 1999 déjà, la loi prévoit que l’évasion fiscale étrangère est un acte constitutif de blanchiment. Dans ce contexte, la loi de finances pour 2011 est intervenue comme un coup de tonnerre: elle impose aux intermédiaires financiers français et étrangers la déclaration des trusts dont l’un des protagonistes, constituant ou bénéficiaire, au moins est français. Cette législation représente un coup d’arrêt à la création de trusts pour des Français et, si les spécialistes essayent encore de se consoler en évoquant les marchés extraeuropéens, l’évolution va beaucoup trop vite pour autoriser des plans d’avenir. Certes, le monde est plus vaste que la France, mais les soucis ne viennent pas que de Paris. Avec le projet de loi FATCA (Foreign Accounts Tax Compliance Act), qui doit théoriquement entrer en vigueur en janvier 2013, vient l’obligation pour les trusts de déclarer l’identité des bénéficiaires américains. Certains pays et pas seulement la France ont des velléités de suivre l’exemple américain: les gouvernements européens ont commencé tardivement à réagir aux prétentions d’étendre la loi américaine au monde entier, mettant leurs banques sous la tutelle directe de l’IRS (Internal Revenue Service). En février, parallèlement à la publication du règlement de l’IRS, le département américain du Trésor a publié une «déclaration commune» avec la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, préconisant une «approche intergouvernementale commune» destinée à améliorer la compliance fiscale internationale et à mettre en œuvre FATCA.

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Concrètement, les Etats-Unis se déclarent désireux de pratiquer la réciprocité dans l’échange d’informations sur une base automatique. Les obligations de FATCA, si elles doivent être mises en œuvre, le seront sur le principe de la législation équivalente. Les informations requises seront d’abord recueillies au niveau national, puis transmises à l’étranger. Juridiquement, les apparences seront sauves pour les pays européens mais, pour les intermédiaires financiers, en particulier pour l’industrie du trust, le résultat final est encore pire: d’abord la France, ensuite les Etats-Unis et les grands pays européens, demain le reste du monde. En effet, la création d’un éventuel registre des trusts, a été émise dans le cadre de l’OCDE. Encore faudrait-il pouvoir déterminer avec précision qui sont les bénéficiaires de trusts, et cela n’est pas toujours possible, d’autant que le trustee est investi d’un pouvoir discrétionnaire de choix parmi un groupe de personnes. Certes, le formulaire T qui existe en Suisse comporte la mention des bénéficiaires, mais de façon générique, par exemple les enfants ou les petits enfants du constituant. Les désigner tous nommément comme bénéficiaires dans un tel contexte, car l’objectif de la manœuvre est évident, aurait donc pour conséquence de les rendre redevables de droits pour une succession dont certains ne toucheraient jamais le moindre sou. Un projet paraît-il d’inspiration française qui témoigne d’une incompréhension fondamentale de la spécificité du trust et du caractère véritablement discrétionnaire des pouvoirs du trustee. Dans cette perspective, la création d’un trust pourrait à terme se retourner contre ses bénéficiaires potentiels...


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Middle East VIP intensifie son rĂŠseau au Moyen-Orient

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BANQUE &

FINANCE LE MAGAZINE DE LA PLACE FINANCIERE SUISSE


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Nouvelles réglementations et banques privées

© twixx - Fotolia.com

Décryptage

Devant l’évolution des règlementations gouvernementales et fiscales, comment les banques privées suisses devront-elle s’adapter pour garder leur position prédominante de gestion d’actifs ?

Pierre Emmanuel Iseux Head of Investment & Marketing La Compagnie Financière Rodolphe Hottinger SA

@ pierre.iseux@cfrh.ch

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L

es nouvelles cet hivers en terme de réglementations fiscales internationales auront été aussi refroidissantes que les températures en janvier et février. Tout le secteur bancaire Suisse est aujourd’hui témoin de surenchères réglementaires qui l’entraineront inévitablement à devoir s’adapter pour conserver sa place prédominante de gérant d’actifs. Le fisc américain et le Département du Trésor ont confirmé le 8 février leurs nouvelles propositions relatives à FATCA, dont un texte final est attendu pour l’été. Pas moins de 400 pages détaillent de façon très précise le trajet pour arriver au but final de mise en place de complaisance globale, prévue maintenant pour 2017. L’échelonnement proposé est le suivant: Reporting sur les opérations effectuées pour 2015, reporting sur les revenus pour

2016, reporting sur les gains en capitaux pour 2017. Utile est-il de préciser que les premières obligations commenceront dès 2013 avec la transmission des noms, adresses et numéros de contribuables. C’est d’ailleurs à cette même date que devrait aussi entrer en vigueur l’impôt libératoire avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, après ratification par leur parlement respectif. Notons que dans ces accords RUBIK est versé un impôt (libératoire donc) aux autorités fiscales étrangères sans toutefois dévoiler les noms des clients. Etonnamment, joint aux dernières propositions du 8 février, les autorités américaines annoncent un aménagement du FATCA avec cinq pays européens, à savoir la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Italie et l’Espagne. En effet, il est suggéré que les banques et autres institutions financières de ces pays communiqueront les renseignements prévu par FATCA à leurs gouver-


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Décryptage nements qui eux même les communiqueront à Washington. Il est important ici de souligner qu’en ce qui concerne leurs relations fiscales avec la Suisses les Américains et les Européens se parlent et apparemment s’entendent. Les différents fiscaux entre la Suisse et les Etats-Unis pourraient donc avoir un impact et des répercussions en Europe (La commission européenne a déjà mentionné qu’elle exigerait de la Suisse une égalité de traitement par rapport à ce qui se fait avec les Etats-Unis). De plus le Trésor Américain se dit être aussi en négociation avec un bon nombre d’autres pays. Suite à ces pressions fiscales, américaines ou autres accords sur les impôts libératoires anticipés, mais aussi suite aux multiples menaces sur le secret bancaire, chacun est en droit de s’interroger quant à l’impact de ces nouvelles régulations sur la banque privée en Suisse. En plus de la pression sur le cadre légal et fiscal, le secteur bancaire suisse souffre aussi de la diminution du volume d’affaire, du à la crise mondiale, ainsi que la dégradation du ratio charges/revenus en forte hausse et une rentabilité nette en baisse (charges libellées en Francs Suisse et pressions sur les marges). Tous ces éléments vont obliger les banques suisses à rapidement redéfinir leur stratégie. De

plus de 300 établissements financiers en Suisse aujourd’hui, combien survivront à ces nouvelles pressions? Les banques suisses doivent être prêtes à s’adapter. Elles devraient même considérer ce nouvel environnement économique et ces nouvelles régulations comme une véritable opportunité plutôt qu’une menace. Toutefois leur adaptation passera sans nul doute par: - Le respect du droit étranger: Il ne suffit pas d’agir en conformité avec le droit suisse mais aussi respecter la loi des pays ou les institutions financières suisses exercent leurs activités. Ces nouvelles réglementations ne sont pas pour autant synonymes de destruction de relations d’affaires pour les clients en régularité avec leurs autorités fiscales. Un individu américain a la possibilité d’avoir un compte dans une banque en Suisse, si celui-ci est déclaré, au même titre qu’un autre client européen par exemple. D’ailleurs, depuis plus de vingt ans déjà, la croissance de la place financière suisse provient de sources différentes de l’évasion fiscale. - La stratégie On-Shore: Une façon de contrer les nouvelles régulations gouvernementales est certainement le développement de stratégie On-Shore, consistant pour les banques .

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© dyoma - Fotolia.com

Décryptage

. à s’installer sur les sols domestiques, par exemple à Paris, Londres, Bruxelles, Francfort, ou encore Madrid ou New-York, sans oublier aussi l’Asie et le Moyen-Orient. Toutefois, cela nécessite une taille critique car les couts légaux, structurels et marketing sont non négligeables. - La redéfinition de la clientèle: de nombreuses études montrent que l’Europe n’est plus considérée comme l’un des principaux marchés de croissance par les banquiers suisses. L’Asie mais aussi l’Amérique du Sud (essentiellement le Brésil), l’Inde et quelques pays du Golf restent très attractifs. Pour beaucoup de ces pays, les régulations en terme fiscales sont souvent plus souples que les pays européens ou les Etats-Unis. Toutefois, la régulation en terme «investment suitability»est par contre beaucoup plus stricte en Asie, notamment Singapour et Hong-Kong. - L’adaptation aux nouveaux besoins de clients: outre les contraintes de nouvelles régulations, la crise financière a profon-

dément changé le comportement des clients. Bons nombres d’entre eux restent aujourd’hui beaucoup plus prudents tout en espérant toujours une performance nette positive et une préservation de leur capital. Sans avantage fiscal, un client sera plus sensible à la performance de ses gérants et aux couts de la gestion. Ils attendent aussi de plus en plus de transparence notamment sur le reporting de leurs activités financières. - L’innovation: Non seulement en matière de produits financiers mais aussi purement technologique telle que la protection des données, de middle ou back-office ou encore d’outil de gestion de risques. L’innovation en matière d’Asset Management (Gestion d’actifs institutionnels) qui offre des synergies significatives avec la gestion privés, dans laquelle l’expertise suisse reste unique. - Le Swiss Touch: la mise en avant des atouts incontestables, mais aussi incontestés, de la place financière Suisse, à savoir la

Principales raisons d’adaptation Rentabilité du client

Outils de gestion

Technologie

Regulations

Source: CFRH

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Décryptage Focus

FATCA? Le Foreign Account Tax Compliance Act a été adopté par le Congrès américain en 2010, a pour but de définir la collaboration du monde financier avec différents organes du gouvernement américain. En d’autre terme, c’est forcer tous les intermédiaires financiers à identifier et dénoncer les résidents fiscaux américains à l’IRS (Internal Revenu Service). En Suisse le montant des actifs de clients américains est difficile à évaluer. Toutefois, selon les autorités fiscales américaines, ce sont plus de trente milliards de dollars placés auprès d’une douzaine de banques.

stabilité politique, la solidité du franc, le savoir-faire et la qualité des services de la banque privée, jusque la toujours inégalée. Dans cet environnement, Il parait évident qu’une future consolidation du secteur se dessine, non seulement due aux couts importants de mise en place de ces nouvelles réglementations, toutefois difficiles à évaluer, mais aussi à la plus faible rentabilité de l’activité financière et à une concurrence de plus en plus forte. Enfin il est important de démystifier le secret bancaire: Bon nombre de clients privés ne dépendent en rien du secret bancaire et ne demande qu’à ce que la discrétion soit respectée. Même si le secret bancaire est dans notre pays un acquis destiné à protéger la sphère financière privée, les actifs fiscalisés, sont tout d’abord protégés. C’est en ces périodes d’incertitude économique, politique mais aussi sociale, que cette protection constitue pour de nombreux clients un atout essentiel pour le placement de leur fortune en Suisse. L’offre des services de gestion privée en Suisse relève d’une longue tradition et d’une véritable culture. La place financière suisse repose sur quelques valeurs primordiales à savoir Stabilité, Universalité, Responsabilités et bien-sur Excellence. Ce sont ces valeurs qui ont permit à la Suisse de se différencier et d’occuper une place de référence sur le plan international.

Bien que les pressions économiques et régulatrices poussent les banques suisses à s’adapter et à évoluer, il est crucial que celles-ci restent fidèles à leurs valeurs devenues aujourd’hui de véritables avantages compétitifs. Ainsi plus qu’une menace, l’environnement actuel peut constituer une formidable opportunité à l’industrie bancaire qui devra s’adapter pour devenir plus compétitives, innovantes, modernes et respectueuses des règles en vigueur, tout en considérant, comme elle le fait depuis déjà plus de 200 ans, le client comme son actif principal. La Compagnie Financière Rodolphe Hottinger, négociant en valeurs mobilières bénéficie d’une tradition bancaire privée de plus de deux siècles. Notre expertise s’étend de la conservation de titres pour tout client en situation fiscale régularisée (américain ou autre) à la gestion de fortune privée déclarée basée sur la préservation du capital et la performance absolue. Nous offrons aussi l’accès à un logiciel bancaire de gestion de clients des plus performants, ainsi qu’un service de Family-Office reconnu.

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Partenariat Pour une relation forte

En tant qu’Association Suisse des Gérants de Fortune, nous nous voulons le partenaire actif, réfléchi et créatif de nos membres, des prestataires financiers institutionnels, des autorités et du monde politique. L’action partenariale fait de notre association de professionnels pour les professionnels le leader dans son secteur.

13, avenue Krieg 1208 Genève Tél. 022 347 62 40 www.vsv-asg.ch


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Actualité

Pariez sur l’égalité professionnelle

L’

investissement socialement responsable (ISR) permet aux investisseurs de concilier une stratégie financière avec leurs valeurs morales. L’ISR exclue certains secteurs d’activité ou sélectionne les sociétés selon des critères relevant de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE). Depuis quelques années, les montants dédiés aux ISR ne cessent de croître. En 2010, l’association Eurosif (European Sustainable Investment Forum) évaluait, dans sa définition la plus stricte, à 1200 milliards d’euros le montant des actifs sous gestion en ISR en Europe (+20,7% en 2 ans), soit 10% des montants sous gestion. Trois critères prévalent généralement en matière d’ISR: la qualité de la gouvernance, le respect de l’environnement et la valorisation de l’humain. Cependant, de part leur activité, toutes les entreprises ne sont pas soumises de manière homogène aux critères de la RSE. En ce qui concerne la dimension environnementale, les compagnies d’assurance sont par exemple moins susceptibles de polluer que des entreprises chimiques. En ce qui concerne la gouvernance, les entreprises pétrolières sont plus susceptibles de pratiquer la corruption que des entreprises du luxe. De plus, les indicateurs composites manquent souvent de transparence et de lisibilité pour les investisseurs. La dimension sociale de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes constitue un critère important de la responsabilité sociale des entreprises et correspond à une problématique présente dans toutes les industries. Le pourcentage de femmes cadres est un indicateur simple et difficilement manipulable de la responsabilité sociale de l’entreprise. Pour un investisseur socialement responsable la question est de savoir s’il faut accepter une moindre rentabilité de ses investissements pour respecter certains principes éthiques ou s’il est possible de trouver des placements qui satisfont des critères de RSE tout en réalisant des performances financières significatives. L’interrogation implicite étant de savoir si l’économique et le social sont antinomiques ou complémentaires. Nous avons testé la rentabilité d’une stratégie investissement dans des actions d’établissements bancaires sur la base de la féminisation de l’encadrement sur une période de quatre ans (2007-2011) et de deux ans (2009-2011). La première commence avant la crise financière de 2008 et la seconde après. Entre janvier 2007 et janvier 2011, l’indice boursier de référence, le Stoxx 600 bank a baissé de 61,53% et a augmenté de 31,30% entre janvier 2009 et janvier 2011. La stratégie d’investissement a été testée à partir d’un panel de 44 banques de 13 pays de l’OCDE dont la féminisation de

l’encadrement varie de 20% à 60%. Un portefeuille composé des 44 valeurs a baissé de 34,83% entre janvier 2007 et janvier 2011 et augmenté de 43,15% entre janvier 2009 et janvier 2011. Un portefeuille composé des 10 banques dont l’encadrement est le plus féminisé a baissé de 41,81% de 2007 à 2011 (il surperforme le Stoxx 600 bank et sousperforme le panel) et augmenté de 60,59% entre 2009 et 2011 (il superforme et le Stoxx 600 bank et le panel). Un portefeuille composé des 5 banques dont l’encadrement est le plus féminisé a connu une baisse de 27,41% de 2007 à 2011 et une hausse de 73,15% de 2009 à 2011, superformant l’indice de référence et le panel sur les deux périodes. Un tel portefeuille se caractérise par une diversification géographique sur 3 pays (5 pour le portefeuille de 10 valeurs bancaires). De plus, l’absence de corrélation entre la féminisation de l’encadrement des banques et le coefficient béta signifie qu’une telle stratégie ne constitue pas une prise de risque particulière. Ainsi, parier sur l’égalité professionnelle ne nuit pas à la performance d’un portefeuille mais peut également y contribuer positivement. Quatre facteurs mis en évidence par des recherches en sciences sociales peuvent expliquer pourquoi l’égalité professionnelle contribue à la performance de l’entreprise. D’une part, en recrutant autant de femmes que d’hommes pour ses postes à responsabilité, une entreprise a une plus grande probabilité de recruter de meilleurs talents. La seconde est que les femmes représentent la moitié des consommateurs et qu’impliquer des femmes dans les processus de décision permet de mieux répondre aux attentes du marché. Le troisième est que la promotion des femmes est un facteur de motivation pour l’ensemble de cette population. Enfin, les femmes ont une attitude différente des hommes face au risque et la diversité des genres favorise une meilleure évaluation des risques, pratique qui au cœur de l’activité bancaire. L’exemple de la France illustre cette contribution de la diversité des genres. BNPParibas est la banque française dont l’encadrement est le plus féminisé (44%) et Dexia est celle dont l’encadrement est le moins féminisé (21%). Si la première a souvent été citée en exemple pour sa gestion des risques, notamment durant la crise des subprimes; la seconde a été la seule à recourir au soutien des pouvoirs publics puis à faire faillite en 2011. Entre 2007 et 2011, la valeur boursière de la première a baissé de 42,4% et celle de la seconde de 87,4%. Entre 2009 et 2011, la valeur de la BNPParibas a augmenté de 57,4% et celle de Dexia a baissé de 18,7% Le fait que la féminisation de l’encadrement des banques puisse contribuer à leurs performances constitue un argu- .

Pr Michel Ferrary Université de Genève, Dpt HEC / chercheur associé à Skema

@

Michel.Ferrary@unige.ch

Focus

ISR : pour des partenariats de recherche entre investisseurs et universitaires Identifier en quoi l’ISR peut se conjuguer avec une stratégie d’allocation rentable pose deux enjeux : 1. La disponibilité et la fiabilité des données. Les entreprises sont généralement réticentes à les communiquer et ne le font bien souvent que sous la pression des pouvoirs publics ou des actionnaires institutionnels. De plus, les données publiées doivent souvent faire l’objet d’interprétation car elles s’inscrivent dans des stratégies de communication des entreprises. 2. L’analyse des données. Pour mettre en œuvre leur stratégie d’ISR, les investisseurs doivent pouvoir s’appuyer sur de la recherche financière rigoureuse pour analyser les convergences existantes entre les critères de la RSE et les critères de performances financières. Des collaborations entre les institutions financières et les universités constituent une voie originale pour favoriser ce type de recherche et diffuser les meilleures pratiques.

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Actualité . ment pour les actionnaires activistes qui souhaitent inciter les dirigeants à mettre en œuvre des pratiques en faveur de l’égalité professionnelle. L’ISR permet de promouvoir certaines causes et d’influencer les dirigeants. Dans ce cas, la promotion des politiques de diversité ne relève pas que de la dimension éthique mais également de l’intérêt économique. A l’image de l’assureur Legal & General, un des plus importants investisseurs institutionnels britanniques, qui a décidé de voter contre la reconduction des membres des conseils d’administration lorsque les femmes y sont trop peu représentées, les investisseurs activistes peuvent promouvoir la diversité pour des raisons morales mais également pour favoriser des performances financières durables. L’ISR se développe d’autant plus facilement que se matérialise l’hypothèse que les entreprises respectueuses du dévelop-

pement durable et socialement responsables sont également plus compétitives et plus rentables sur le long terme. A cet égard, la recherche en ISR peut contribuer au débat social et orienter les stratégies d’investissement.

(Publi-information)

Step Suisse Romande

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éunir plus de 140 participants dès 08h15 au petit matin à l’hôtel Président Wilson de Genève en pleine incertitude financière, relève de l’exploit… Mais STEP Suisse Romande l’a fait ! Le 7 mai dernier à l’occasion de la conférence annuelle de notre association, nous avons pu constater avec grand plaisir l’intérêt que les intermédiaires financiers de la place portent à la qualité des évènements STEP. Il faut dire que la concentration d’expertise au sein de nos orateurs était d’une grande qualité. Nous avons eu l’immense privilège d’accueillir Richard Hay (Stikeman Elliott), JeanPhilippe Krafft (Rhône Trust & Fiduciary Services), Xavier Isaac (Investec Trust Jersey), Judith Chatoo (Coutts & Co), Mr. le Procureur adjoint Dario Zanni et Geneviève Berclaz (BRP Bizzozero & Partners). Quant à nos panels d’experts, ils étaient formés de «pointures» que l’on ne présente plus sur la place financière suisse. Stella Mitchell-Voisin (Summit Trust International SA), Benjamin Mushokoza Fanova SA), Michael Wells-Greco (Maitland), Luc Thévenoz (Université de Genève), Stéphanie Jarrett (Baker & McKenzie), Adrian Escher (Kendris) ainsi que Tracy Tepper Lombard Odier Darier Hentsch Trust Bermuda Limited) qui ont non seulement offert des solutions pratiques en matière de structuration patrimoniale mais également échangé leurs impressions avec des professionnels en quête de réponses à leurs nombreuses questions. Qu’à cela ne tienne. Le défi était réel. La situation de la Suisse en matière de gestion de patrimoine privé a fait et continue

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de faire couler beaucoup d’encre. Où en sommes-nous vraiment aujourd’hui ? Comment la Suisse réagit-t-elle à cette vague déferlante de changements ? Qu’en est-il des nouvelles règlementations, des implications fiscales, des échanges d’informations et des entraides judiciaires…. Quelles sont les responsabilités endossées par chacun et comment éviter les pièges ? Tous ces sujets ont été abordés et débattus et c’est avec des solutions claires que nous avons réussi à captiver notre audience. Les relations entre trustees, banquiers, intermédiaires financiers et clients sont devenus des terrains qui demandent des connaissances techniques très poussées face à la sophistication des planifications rencontrées et les nouvelles mesures applicables. Le temps est venu de clarifier la situation des trustees professionnels en Suisse et le besoin de réglementation de ces acteurs dans le secteur financier suisse a provoqué beaucoup de questions. Le débat est donc à suivre. Nous vous donnons rendez-vous le 29 avril 2013 pour la suite des évènements. La conférence a été un formidable succès pour tout le monde. Ce succès nous le dédions et le partageons avec tous les professionnels qui nous ont soutenus et aidés à obtenir un tel résultat. A commencer par l’organisateur de cet évènement VisionCompliance SA, ainsi que nos sponsors Hottinger Group Presenting Sponsor), Ace International (Gold Sponsor), Gam (Silver Sponsor), ApExecutive (Coffee Break Sponsor) et Swiss Life (Cocktail Sponsor). Nous tenons également à remercier Genève Place Financière pour son soutien, ainsi que le magazine Banque & Finance, notre partenaire média.


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Acteurs

Nominations &Promotions 1

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En accueillant Jean-Evrard Dominicé (1) au sein de sa structure, Semper renforce ses équipes et poursuit sa démarche active de développement. Semper poursuit sur sa lancée. En quelques mois, cette société de gestion de fortune genevoise a déjà communiqué l’obtention de la certification ISO 27001, l’ouverture d’un bureau de représentation à Shanghaï, puis l’engagement d’une gérante chinoise dont l’expertise vient renforcer celle de son team de gérants genevois. Semper annonce ainsi l’arrivée d’un nouvel associé, JeanEvrard Dominicé. En qualité de Chief Investment Officer, celui-ci aura pour responsabilité d’élargir la gamme de produits et services d’investissement offerts par cette société de gestion haut de gamme. En outre, il se voit confier la mission d’ouvrir un bureau de représentation à Londres. Agé de 39 ans, diplômé de l’Université de Saint-Gall et Chartered Financial Analyst (CFA), Jean-Evrard Dominicé a acquis ses compétences et sa profonde connaissance des marchés financiers et de la gestion alternative chez Warburg Dillon Read, à Zurich, puis au Credit Suisse First Boston, à Londres, qui l’a nommé sous-directeur de la division actions à 27 ans. Il conseillait alors hedge funds et grandes institutions anglo-saxonnes

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sur les midcaps européennes. KPMG a nommé Roger Neininger (2), jusqu’alors Head of Audit, membre de la direction et suppléant du CEO, au poste de CEO au 1er octobre 2012. Roger Neininger, associé et expert- comptable diplômé, a commencé sa carrière chez KPMG en 1984 et a depuis lors assumé la responsabilité de nombreux mandats de leadpartner mondial dans les domaines de la logistique, des biens de consommation et de la production industrielle. Par ailleurs, il a assuré la direction des secteurs Automotive et Logistics & Business Services. Roger Neininger a occupé différentes fonctions dirigeantes chez KPMG, dont celle, dernièrement, de responsable de la division Audit. Depuis 2011, il est également membre du comité directeur d’economiesuisse, la principale organisation faîtière de l’économie helvétique. Roger Neininger remplace Hubert Achermann, qui dirige KPMG Suisse depuis 2004 avec succès, en apportant des élans décisifs pour l’évolution de l’entreprise. Afin de renforcer encore le positionnement de KPMG en prévision de l’évolution des besoins du marché, d’importants aspects des

structures de l’entreprise et de sa direction seront adaptés dès le 1er octobre 2012: Jörg Walker (3) deviendra COO et, à ce titre, dirigera les finances et les activités opérationnelles. En outre, il sera suppléant du CEO. Jörg Walker, lic. iur. HSG et expert-comptable diplômé, est actuellement Head of Tax et membre de la direction. BNP Paribas annonce la nomination de Philippe de Gentile (4) en tant que Responsable du Métier Structured Finance en Suisse et Directeur Général de BNP Paribas (Suisse) SA depuis le 1er mai 2012. Il conserve également, à partir de la Suisse, ses fonctions actuelles de Responsable mondial d’Energy & Commodity Finance. Cette nomination illustre l’importance qu’accorde BNP Paribas au secteur du financement des matières premières dont il est un des principaux acteurs mondiaux. Le groupe réaffirme ainsi son engagement envers ses clients dans ce domaine d’activité et auxquels il offre des services intégrés à l’échelle internationale. La direction générale de la BCGE a décidé de confier la responsabilité du département Etat-major de la direction générale à Christophe Weber (5). Il succède ainsi à Madame Pierrette Jaton Klopfenstein, qui prend, à cette date, la tête du département

Logistique de la division Organisation, Informatique et Opérations. Christophe Weber était jusqu’à présent Chief representative and Chairman Personal Representative du World Economic Forum en Chine. Disposant d’une expérience confirmée dans le domaine de la gouvernance stratégique et de la politique internationale, M. Weber a occupé diverses responsabilités auprès du World Economic Forum à Genève en tant que successivement Head of Europe and Central Asia (2007-08), Head of Government Relations (200607), Senior Manager, Government Relations, Europe (2004-06) et Manager, Europe (2003-04). Auparavant, il a bénéficié d’une expérience au Parlement Suisse en qualité d’Assistant légal et conseiller politique. Fort de ses 20 ans d’expérience dans l’industrie financière, Reto Germann (6) pilotera le renforcement de la présence d’Unigestion sur les marchés clés que sont l’Allemagne et l’Autriche. Agé de 45 ans, Reto Germann est titulaire d’une licence en Sciences Economiques de l’Université de Zurich (1992). Il a débuté sa carrière en 1993 au sein du Groupe UBS, avant de rejoindre Barclays Capital en 2005, puis Crédit Suisse, en 2009. Tout au long de sa carrière, Reto Germann a travaillé étroitement avec des clients institutionnels, afin de leur proposer des solutions optimales au regard de leurs objectifs.


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Acteurs

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Gérard Haeberli (7) sera le nouveau Président du Conseil d’administration de Piguet Galland & Cie SA. Il succèdera à Olivier Steimer qui a occupé ce poste durant trois ans parallèlement à celui, qu’il conserve, de Président du Conseil d’Administration du Groupe BCV. Avec la récente nomination d’un nouveau CEO en la personne d’Olivier Calloud (8) et la mise en place de la nouvelle stratégie de développement des activités en Suisse romande, Olivier Steimer a estimé que le mandat qu’il avait accepté en 2009 et qui s’est achevé, lors de l’Assemblée générale de la Banque, était accompli. Le Conseil d’administration de Piguet Galland & Cie SA a dès lors proposé d’élire Gérard Haeberli à sa Présidence. Directeur général de la BCV et membre du Conseil de Piguet Galland depuis 2010, Gérard Haeberli est titulaire d’une licence en Sciences économiques de l’Université de Lausanne (HEC), il est également diplômé de l’International Bankers School à New York, de la Harvard Business School à Boston et de l’IMD à Lausanne. En sa qualité de Chef de la Division Private Banking de la BCV et riche de sa longue expérience dans la gestion de patrimoine suisse, Gérard Haeberli a le profil idéal pour guider Piguet Galland dans son développement. Thomas W. Paulsen (9) a été choisi comme nouveau membre

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du Conseil. Il a également été proposé à l’Assemblée générale de nommer Thomas W. Paulsen, Directeur général et CFO de la BCV comme nouveau membre du Conseil. Détenteur d’un doctorat en Sciences économiques des HEC de l’Université de Lausanne et d’un Master de la London School of Economics, ses qualités et sa fonction au sein de la maison-mère constituent une plus-value importante pour le déroulement de la stratégie de Piguet Galland & Cie SA. Société Générale Private Banking nomme Antoine Blouin (10), Chief Investment Officer de Société Générale Private Banking (Suisse) SA. Il succède à Olivier Aubenas nommé Directeur Commercial et membre du Comité Exécutif de la banque privée en Suisse. Antoine Blouin aura pour mission de gérer les équipes Investissement de la banque privée, de superviser le comité d’allocation d’actifs local et d’assurer la gestion et le développement de l’offre de produits et services destinée aux clients de Société Générale Private Banking (Suisse) SA et de ses filiales. Antoine Blouin a débuté sa carrière en 1999 à la Banque du Louvre, devenue

HSBC Private Bank France (Paris) comme Relationship Manager avant de prendre la responsabilité du Desk Grandes Entreprises, Investisseurs Institutionnels et Holding Familiaux. Il rejoint HSBC Private Bank Suisse (Genève) en 2005 comme Product Specialist et Responsable Marketing de la Gestion sous Mandat. Il rejoint Société Générale Private Banking en 2008 pour développer l’activité de conseil sur les fonds puis le Desk Conseil. Antoine Blouin est diplômé en Sciences Économiques et titulaire d’un Master en Marchés Financiers. Le Conseil de l’Institut Supérieur de Formation Bancaire est heureux d’annoncer la nomination du nouveau directeur de l’ISFB en la personne de Frédéric Kohler (11). Suisse, et âgé de 53 ans, Monsieur Frédéric Kohler est un spécialiste de la formation bancaire. Il a œuvré 13 ans en tant que Responsable de la formation auprès de deux prestigieux établissements bancaires de la place genevoise. Titulaire d’un bachelor en droit et d’un autre en sciences de l’éducation, il est passionné par la mise en place de stratégies de formation et de dévelop-

pement des compétences. Il dispose de très bonnes connaissances dans le management d’instituts de formation. Le Conseil de l’ISFB se réjouit de cette nomination qui contribuera à renforcer le rayonnement régional de l’institut. L’expérience de Monsieur Kohler lui permettra sans aucun doute de placer l’ISFB au cœur de la mutation des compétences dans les domaines bancaire et financier. Vontobel intensifie le développement stratégique des affaires Clientèle privée et nomme Georg Schubiger  (12) responsable Private Banking et membre de la direction du Groupe à compter du 1er septembre 2012. Economiste d’entreprise diplômé de la haute école de St-Gall, il dispose de grandes connaissances techniques et pratiques du secteur financier international. Ces dix dernières années, Georg Schubiger a assumé différentes tâches de management exigeantes au sein du Danske Bank Group danois, dont il était membre de la direction. Doté d’une compétence éprouvée en matière de stratégie et de management, il a une expérience directe des activités en Europe de l’Est et en Russie, deux marchés cibles définis du Groupe Vontobel. BANQUE&FINANCE N°115-116 MAI/JUILLET 2012


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Sous les projecteurs zurichois

hanz van swaay Associé chez Lyrique

Private equity retour de balancier Le private equity émerge plus mûr de la crise financière : certains segments de ce marché déclinent, d’autres ne demandent qu’à être attaqués.

Le commentaire Cyril DEMARIA

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our Hans van Swaay, «le private equity est rarement à l’équilibre. Certaines phases font apparaître un excès de capital pour un nombre limité d’opportunités de qualité. D’autres phases montrent un phénomène inverse. En ce sens, chaque situation est par définition temporaire. Toutefois, la période de croissance rapide du private equity est désormais terminée.»

Chroniqueur

Le private equity est un «accélérateur de l’histoire» économique indispensable au renouvellement, au renforcement et à l’adaptation du tissu entrepreneurial national. Relais de financement désormais arrivé à maturité, se posant parfois comme une véritable alternative aux marchés cotés, le private equity doit désormais revoir les mécanismes d’intéressement des gérants et renforcer l’alignement de leurs intérêts avec ceux des investisseurs. C’est une évolution normale pour ce secteur d’activité récent.

@cyril.demaria@gmail.com

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Les rendements du private equity sont un sujet de débat récurrent, entre indices de référence imparfaits (Cambridge Associates, Thomson, Preqin), comparaison avec les indices cotés, evaluation de rendements ajustés du risque et autres méthodes (PME+). Quelle est votre conclusion à ce sujet? Si le private equity était meilleur dans l’absolu, l’ensemble des capitaux serait investi dans cette classe d’actifs. Ce n’est bien évidemment pas le cas. Selon différentes études, le rendement moyen du private equity n’est pas très différent de celui du S&P 500. La vraie raison de choisir le private equity est d’investir au côté d’entrepreneurs, de diversifier son portefeuille et d’avoir accès au monde des entreprises non-côtées. Comparer les rendements du private equity avec ceux du marché coté est donc inutile. L’important est de gérer les allocations de manière dynamique. Dans ce cadre, la vraie difficulté réside dans la sélection des gérants car la différence de performance entre les meilleurs et les autres est vraiment très significative – et c’est ce qui différencie le private equity. N’est-ce pas le rôle des fonds-de-fonds de private equity? Ils semblent pourtant avoir des difficultés. Le rôle des fonds-de-fonds est important quand le marché est en croissance, pour donner accès aux non-initiés. Avec la crise et la maturité du secteur, ce rôle s’est amoindri. La vocation

des fonds-de-fonds est de réunir des investisseurs trop petits; ou s’il est nouveau dans la classe d’actifs (pour qu’il se familiarise avec les processus, le jargon et les actifs). Néanmoins, ce rôle est transitoire. Après une vie relativement facile, beaucoup de fonds-de-fonds sont les véritables victimes de la crise, et la consolidation est en cours. Avec la crise, il semble que le balancier soit reparti dans le sens des investisseurs en private equity, au détriment des gérants. Quelle est votre expérience à ce sujet ? C’est un fait, les investisseurs des fonds de private equity ont gagné en pouvoir. Il y a plus de demande que de capital disponible: les investisseurs ont donc le choix. En 2007, la situation était inverse. Néanmoins, le concept des frais de gestion et de carried interest n’a pas fondamentalement changé. Il est sans doute trop tôt pour voir si les frais vont baisser (le carried interest est vecteur d’alignement d’intérêts entre investisseur et gérant). Par contre les frais de transaction et de monitoring sont devenus peu acceptables. Comment investir en private equity aujourd’hui dans ce cadre? Il faut regarder la situation concurrentielle des gérants. C’est le plus important. La rationnalisation du marché du private equity prend du temps. La concurrence entre les gérants, qui ont toujours une grande partie de l’argent levé pendant les bonnes années, le «dry powder», va réduire les rendements moyens des fonds. Cependant, il existe toujours des opportunités dans les niches encore peu explorées. C’est avec les gérants ciblant ces niches qu’il faut apprendre à travailler pour générer des rendements attractifs. 


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Echos de Bruxelles

parcours Jacques de Watteville est né le 4 juin 1951 à Lausanne, où il a réalisé ses études (licence et doctorat en droit, licence en sciences économiques) et obtenu son brevet d’avocat. Il a notamment été délégué du CICR au Liban avant d’entrer au service de la Confédération, au Département fédéral des affaires étrangères, en 1982. L’ambassadeur connaît bien Bruxelles et la Mission de la Suisse auprès de l’Union européenne qu’il dirige depuis novembre 2007: il avait déjà été en poste à la Mission de 1988 à 1992, en qualité de conseiller chargé, entre autres, de la coordination des négociations sur l’Espace économique européen. Jacques de Watteville a occupé de nombreuses fonctions: secrétaire diplomatique du conseiller fédéral Pierre Aubert (1987-1988), chef de la division des affaires économiques et financières du DFAE (1987-2003) et ambassadeur de Suisse en Syrie (2003-2007), où il fut – modestement, insiste-t-il – un «facilitateur de dialogue» au Moyen-Orient et joua un rôle moteur dans la promotion de l’assistance humanitaire internationale aux réfugiés irakiens. A l’été de 2012, il quittera Bruxelles très probablement pour Pékin, en qualité d’ambassadeur de Suisse en Chine, en Mongolie et en Corée du Nord.

Tanguy Verhoosel Chroniqueur

@ tanguy@verhoosel.be

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jacques de watteville Chef de la mission suisse

Le «facilitateur de dialogue» En montagne, le chef de la Mission suisse auprès de l’Union européenne s’adonne aux joies de l’alpinisme. Au Plat pays, à celles de l’équilibrisme. Portrait.

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l se décrit lui-même comme un «facilitateur de dialogue», un rôle consistant à «faciliter la compréhension» entre des parties qui ne sont pas toujours sur la même longueur. Comprendre, expliquer, convaincre, cela prend du temps: Jacques de Watteville, le chef de la Mission (ambassade) de Suisse auprès de l’Union européenne, à Bruxelles, travaille souvent plus de 80 heures par semaine. Cela ne décourage absolument pas ce passionné de haute montagne, habitué aux difficultés de l’alpinisme. A Bruxelles, où il dirige une équipe de 43 personnes, dont 25 diplomates, les difficultés sont bien sûr d’un tout autre ordre. Les enjeux sont considérables, car deux tiers du commerce extérieur de la Suisse se fait avec l’UE, de loin le premier partenaire économique et politique du pays.«La Mission, c’est le trait d’union entre la Confédération et les institutions européennes. Notre fonction, c’est d’analyser ce qui se passe à Bruxelles, d’anticiper ce qui va se passer et d’en informer Berne, d’une part. D’autre part, nous défendons avec détermination les intérêts de la Suisse auprès de l’UE, sur base des instructions que nous recevons du Conseil fédéral» - la Mission participe à toutes les négociations entre la Suisse et l’UE. Tout cela est sans compter avec la préparation de rencontres à haut niveau, en Belgique ou en Suisse, et l’accueil quotidien de groupe de visiteurs venant de Suisse à la Mission. Il y a un dénominateur commun entre ces différentes fonctions: elles réclament toutes de la part de l’ambassadeur une

connaissance approfondie des rouages des institutions européennes, un bon réseau de contacts et une expertise des dossiers qui sont parfois très techniques. Pas question de rester dans le vague, au moment de prendre la parole devant des représentants du secteur helvétique de l’énergie ou lors d’une réunion avec de hauts fonctionnaires de la Commission spécialisés dans les affaires fiscales: Jacques de Watteville doit maîtriser tous les dossiers importants. C’est exigeant, mais la tâche n’est pas insurmontable pour lui, qui travaille depuis 25 ans sur les dossiers européens – il avait déjà été en poste à la Mission de 1988 à 1992, lors des négociations sur l’EEE, entre autres. Un quart de siècle au cours duquel il a dû gérer des situations délicates, tant sur les plans interne qu’externe, marquées par des négociations complexes mais aussi un manque de compréhension à Bruxelles à l’égard de la Suisse: «Peu de gens y ont une vision d’ensemble des relations entre notre pays et l’Union. Nous faisons face à des préjugés ou critiques contre notre pays qui sont souvent exagérées, inéquitables voire incorrects et qu’il importe de corriger.» Dans ce contexte, «défendre la place financière, c’est un grand défi», reconnaît Jacques de Watteville. «Nos partenaires européens veulent bien sûr toujours obtenir plus de concessions de la Suisse. Mais nous défendons fermement nos intérêts. Et nous sommes parvenus jusqu’à présent à atteindre des solutions mutuellement acceptables. Preuve en est l’accord sur la fiscalité de l’épargne.» A contrario, remarque l’ambassadeur, l’accord sur la lutte contre la fraude conclu en 2004 n’a toujours pas été mis en œuvre par de nombreux Etats de l’UE, alors qu’il l’a été par la Suisse. Il avait pourtant été présenté comme très important par l’Union. 


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Droit & Fiscalité

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Taxer les trusts, Le défi français

MaîtrePhilippe PhilippeLette Lette Maître Avocat aux Barreaux de Paris et de Montréal

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plette@lettepartners.com

Les Trustees: garants du respect des nouvelles règles fiscales visant les Trusts face à l’administration fiscale française. Maître Luisa Montoya Avocate aux barreaux de Paris et de Bogota Avocat Conseil de l’Ambassade de Suisse en France

@ lmontoya@lettepartners.com

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ingt ans après avoir signé (sans pour autant l’avoir ratifiée), la Convention de la Haye relative à la loi applicable au Trust1 du 1er juillet 1985), le législateur français a décidé d’encadrer fiscalement les trusts ayant un lien avec la France, afin de combler un vide juridique. Cette mise à jour de la législation fiscale n’est de toute évidence pas étrangère à la découverte d’une multiplicité de trusts mis en place par des résidents français et dont l’existence a été révélée par les documents informatiques volés à HSBC Suisse. La loi de finances rectificative pour 2011 (en vigueur depuis le 30 juillet 2011), crée une définition “Made in

France” du trust et met en place un régime fiscal spécifique. La définition française du trust reprend celle retenue dans la Convention de la Haye et pourrait éventuellement viser, outre les trusts de droit anglo-saxon, des structures analogues prévoyant une stipulation pour autrui, telles que les fondations. Cependant, en contradiction avec les dispositions de la Convention de la Haye, la loi ne fait pas de distinction entre un trust discrétionnaire ou non, révocable ou non. Le nouveau régime fiscal s’applique si l’une seule des trois conditions suivantes est remplie: (1) le constituant (“settlor”) de facto ou de jure est domicilié fiscalement en France; (2) un au

moins des bénéficiaires a son domicile fiscal en France; (3) un bien ou un droit détenu par le trust a son situs en France. Mécanisme des nouvelles dispositions En matière d’impôt sur les revenus, rien ne change. Les revenus distribués par les trusts sont toujours assimilés à des revenus de valeurs mobilières étrangères et imposables en France. S’il n’y a pas de distribution de revenus, il n’y a pas d’imposition sauf si les revenus proviennent d’un pays à fiscalité privilégiée2. En ce qui concerne les droits de mutation à titre gratuit (l’impôt sur les donations et les successions), l’impôt est désormais du en France lors du décès du constituant ou, en l’absence


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Droit & Fiscalité

de décès, lors du transfert des actifs du trust aux bénéficiaires, de la façon suivante (sous réserve des conventions fiscales applicables le cas échéant): •S  i le constituant était résident fiscal français, tout le patrimoine du trust sera soumis aux droits de succession en France. •S  i un ou plusieurs bénéficiaires étaient résidents en France, chaque bénéficiaire devra payer des droits de succession comme s’il avait reçu sa part de patrimoine du trust. •S  i un bien ou un droit se situe en France (i.e. immeuble, une créance sur un débiteur français), chaque bénéficiaire devra payer des droits de succession sur le bien ou du droit qu’il est censé recueillir (même si le bien reste dans le trust). En principe, les transmissions réalisées via un trust seront soumises aux droits de donation ou de succession selon le barème applicable dépendant du lien de parenté entre le constituant (défunt/donateur) et le bénéficiaire (héritier/donataire). Le taux marginal d’imposition étant de 45% pour les transmissions en ligne directe au-delà de 1,8M€. Ce barème n’est applicable que si la part revenant au bénéficiaire est déterminée à la date du décès. Dans le cas où la part revenant à chaque bénéficiaire ne peut être déterminée à la date du décès, des droits de succession ad hoc, au taux de 45%, seront dus au décès du constituant sur la part des biens et droits ayant vocation à être transmis à des descendants et au taux de 60% sur les autres biens, droits et autres valeurs non distribués restant dans le trust. Le législateur a cependant voulu viser large et envisager tous types de situation… Ce taux ad hoc de 60% est également appliqué lorsque: (1) la qualification de donation ou de succession ne peut être retenue, que les biens soient transmis au bénéficiaire au décès du constituant ou après (une disposition fourre-tout dont on perçoit mal les conditions d’application) ; (2) le trust est constitué après le 30 juillet 2011 par un résident fiscal français; (3) le trust est constitué avant l’entrée en vigueur de la loi dans un paradis fiscal. En ce qui concerne l’impôt sur la fortune, les droits et biens placés dans un trust seront toujours pris en compte dans le patrimoine du «constituant» (initial ou bénéficiaire d’un trust dont le constituant initial est décédé à la date de l’entrée en vigueur de la présente loi). La loi accorde le même traitement fiscal à tout type de trust (irrévocable ou non, discrétionnaire ou non). Il s’agit là d’un des nombreux points où les dispositions de la loi fiscale française font fi du droit anglo-saxon des trusts et des distinctions fondamentales qu’il opère par exemple entre les droits des bénéficiaires, de trusts discrétionnaires ou non discrétionnaires. Paradoxalement, la jurisprudence française antérieure aux nouveaux textes avait bien reconnu la distinction. Enfin, la loi crée une nouvelle taxe sur le patrimoine sui generis prélevée annuellement sur l’ensemble des biens et droits du trust au taux de 0,5% pour 2012. Cette taxe est due: (1) par les personnes physiques (constituants et bénéficiaires) ayant leur domicile fiscal en France, à raison des biens situés en France ou hors de France; (2) par les non résidents de France, à raison des seuls biens et droits, autres que des placements financiers, situés en France. L’obligation de déclaration et de paiement de cette taxe est à la charge du trustee. A défaut, chaque «constituant» (selon la définition très particulière donnée par la nouvelle loi) et les bénéficiaires (ou leurs héri- .

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Droit & Fiscalité

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. tiers), sont solidairement responsables du paiement de cette dernière. Il y a exonération si : (1) les biens ont été régulièrement déclarés et soumis à l’impôt sur la fortune, (2) si les nouvelles obligations déclaratives ont été respectées par les trustees et que la valeur des biens détenus par le trust est inferieur au seuil de taxation à l’ISF (1,3M€). Nouvelles obligations déclaratives à la charge du trustee et mode de fonctionnement du nouveau régime Le trustee subit dorénavant de lourdes obligations déclaratives si un constituant ou l’un des bénéficiaires est résident fiscal français ou si un des biens ou droits placés dans le trust est situé en France. Deux obligations sont ainsi mises à la charge du trustee, sous peine d’une amende de 5% de la valeur des actifs du trust, l’amende minimale étant de 10.000 €: • Une déclaration d’existence: le trustee doit déclarer la constitution, les modifications ou l’extinction du trust intervenues à compter du 31 juillet 2011 (d’après un avis donné par l’Administration fiscale le 23 décembre 2011 – Décision de rescrit n° 2011/37 du 23 décembre 2011); • Une déclaration annuelle relative à la taxe spéciale de 0,5% sur le

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patrimoine du trust : à compter du 1er janvier 2012, le trustee doit déclarer, au plus tard le 15 juin de chaque année, la valeur vénale au 1er janvier de l’année en cours des biens et droits placés dans le trust ainsi que les produits capitalisés entrant dans le champ d’application de la taxe de 0,5% sur les trusts. A moins de 2 mois de l’échéance de la première déclaration annuelle, le décret qui devait préciser les conditions d’application de cette nouvelle taxe ainsi que la portée des déclarations à la charge du trustee n’a toujours pas été dévoilé. Seul le rescrit fiscal («tax ruling») du 23 décembre 2011 est venu préciser les trusts exemptés de ces obligations déclaratives (trusts d’entreprise et trusts constitués en vue de gérer les droits à pensions) ainsi que la date d’entrée en vigueur des obligations déclaratives à la charge du trustee. Malgré l’effort acharné du législateur français pour décourager tout type d’apport ou de transfert de propriété via un trust, beaucoup de questions restent en suspens, notamment celle de la compatibilité de cette loi avec les conventions fiscales conclues par la France avec des pays anglo-saxons reconnaissant l’existence du trust ou encore avec ceux ayant ratifié la Convention de la Haye relative au trust, comme la Suisse. La nouvelle loi française sur les trusts face au droit suisse: La Suisse, qui a signé et ratifié la Convention de la Haye sur les trusts, a adopté dès 2007 une circulaire qui précise les principes applicables en Suisse en matière de fiscalité des trusts. En matière d’entraide administrative, le Tribunal administratif fédéral a statué à deux reprises, en mars et en juin 2011, sur des demandes d’entraides administratives présentées par l’IRS, s’agissant de contribuables américains bénéficiaires de trusts ayant des avoirs en Suisse. Par deux fois le Tribunal administratif fédéral a refusé l’entraide constatant que les bénéficiaires n’avaient pas

qualité d’ayant droit économique dans chacun des cas d’espèce. Il est intéressant de noter qu’il s’agissait, dans un cas, d’un trust discrétionnaire et irrévocable et, dans l’autre cas, d’un trust révocable. Le Tribunal administratif fédéral a fait une interprétation juste et judicieuse du droit des trusts, examinant attentivement la position juridique des bénéficiaires en appliquant également le critère «substance over form». A la lecture des commentaires publiés en France, il faut s’attendre à des recours judiciaires suivis de décisions qui corrigeront les dispositions tantôt imparfaites et tantôt excessives de la nouvelle loi. Au plan international, les demandes d’entraide émanant de la France se heurteront dans des nombreux cas au refus d’entraide de la Suisse, suivant les décisions du Tribunal administratif fédéral et, c’est à prévoir, d’autres pays, notamment les pays anglo-saxons qui ont une connaissance beaucoup plus approfondie du droit des trusts et de ses conséquences fiscales.

1

 a France a en effet signé le 26 novembre L 1991 cette convention, entrée en vigueur le 1er janvier 1992.

2

 iste actualisée des Etats et territoires L considérés non-coopératifs par la France, publiée en date du 29 avril 2011: Anguilla, Grenade, Liberia, Panama, Belize, Guatemala, Montserrat, Philippines, Brunei, Iles Cook, Nauru, Saint-Vincentet-les Grenadines, Costa Rica, Iles Marshall, Niue, Dominique, Iles Turqueset-Caïques, Oman

Références bibliographiques françaises : - Revue de droit fiscal N° 48, 1er décembre 2011: «Le nouveau régime fiscal français des trusts: une copie à revoir». Par JeanPierre Le Gall ; - Etudes fiscales internationales, «Régime fiscal des trusts en France: vers une extinction programmée du trust?». 5eme mise à jour du 15 aout 2011. Par Patrick Michaud; - Feuillet rapide, Editions Francis Lefebvre, FR n° 29 11. Pour une présentation synthétique en power point des nouvelles dispositions françaises visant les trusts, s’adresser à: plette@lettepartners.com


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Enjeux & problématiques

Assurance des hauts patrimoines Denis Quenon Responsable des ventes clientèle privée Suisse romande Nationale Suisse

Assurer un patrimoine essentiellement composé d’objets de valeur ne s’improvise pas. Cela nécessite un savoir-faire et des solutions adaptées aux biens et à la clientèle (High Net Worth Individuals).

B

Historienne de l’Art Responsable des Ventes Art Suisse romande Nationale Suisse

ien assurer un patrimoine immobilier, une collection d’œuvres d’art, des voitures anciennes ou de sport, des bijoux, n’est pas chose facile. La clé de voûte d’une bonne protection tient tant dans les solutions d’assurances que dans le service qu’offre la compagnie choisie. Si certains de ces biens entrent dans le champ de «l’inventaire de ménage», il apparaît bien rapidement que les solutions d’assurance du même nom montrent des limites en termes de protection et s’avèrent vite inadaptées. Elles doivent être complétées par une assurance objets de valeur. Cette sédimentation des contrats d’assurance reste contraignante et souvent insuffisante en terme de protection.

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La spécialisation des produits d’assurance

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denis.quenon @nationalesuisse.ch

Olga Britschgi

olga.britschgi @nationalesuisse.ch

Pour pallier à cet inconvénient que peut être la «sous assurance», les compagnies ont élaboré des produits d’assurance spéciaux couvrant individuellement les risques liés à ces

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objets de grande valeur en fonction du niveau de protection requis. A titre d’exemple, les détenteurs d’œuvres d’art agissant en qualité d’acquéreurs de pièces remarquables pour décorer un foyer et auxquelles ils tiennent matériellement et émotionnellement se voient recommander une assurance tous risques couvrant aussi bien les risques standards (incendie, éléments naturels, dégâts d’eau, et vol avec effraction) que des risques plus particuliers comme l’endommagement, le vol simple ou encore la perte. Cette tendance s’est confirmée et les compagnies ont sans cesse amélioré leur offre dans ce domaine avec des produits toujours plus spécialisés et adaptés aux cas particuliers. Tel est le cas des collectionneurs d’œuvres d’art possédant des collections non seulement aux murs, mais aussi stockées dans une pièce, un coffre bancaire ou un dépôt. Leur activité de collectionneur les fait acheter et parfois vendre des œuvres avec une certaine régularité, ce qui entraîne une variation

régulière de la collection. Les produits d’assurance d’art disponibles actuellement s’adaptent à cette collection en mouvement en proposant des couvertures prévisionnelles pour de nouveaux achats (assurance transport incluse jusqu’au domicile du client) ou encore la couverture des œuvres quand celles-ci sont temporairement chez le restaurateur, encadreur ou photographe. Ces deux exemples illustrent les enjeux et la complexité des problèmes soulevés par l’assurance d’oeuvres d’art. Or, le patrimoine d’une clientèle HNWI (High Net Worth Individuals) se caractérise souvent par son hétérogénéité et se compose d’un ou plusieurs biens immobiliers auxquels s’ajoutent des biens mobiliers de grande valeurs tels que des œuvres d’arts, des bijoux, des vêtements haut de gamme, des voitures ou de la haute horlogerie. La couverture de tous ces biens aboutit à une multiplicité de contrats d’assurance avec toute la complexité et les contraintes administratives qui en découlent.


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Enjeux & problématiques Sur le web www.art.nationalesuisse.com/

www.nationalesuisse.ch

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Les nouvelles tendances des assurances spécialisées Certaines compagnies spécialisées ont compris que ces clients HNWI ont des besoins spécifiques en termes d’assurance ce qui ouvre la voie à des produits répondant tant à des aspirations pratiques qu’à des services annexes nécessaires à une bonne couverture. L’enjeu pour une compagnie active sur ce marché de niche réside dans la capacité à offrir à sa clientèle des solutions «sur mesure» donc flexibles et modulaires. Depuis peu apparaissent des produits de couverture globale tenant compte de la diversité des objets de valeur d’un patrimoine HNWI tout en proposant une couverture maximum. Ces produits modulaires basés sur la catégorisation des biens et des couvertures sont très innovants puisqu’ils proposent une couverture tous risques (jusque-là rarement ou jamais proposée).

Mais ne nous y trompons pas: la mise en place de ces produits nécessite un grand sérieux et une préparation «administrative et juridique» rigoureuse. Le succès et la crédibilité de ces produits passent avant tout par la qualité du service que la compagnie d’assurance choisie est en mesure d’apporter. La qualité des services des compagnies d’assurance spécialisées: clé de voute de l’assurance des hauts patrimoines La clientèle HNWI est par tradition fidèle. Mais elle est aussi très exigeante en matière de services. Cette variable est essentielle tant lors de la conclusion du contrat d’assurance que lors de son exécution. Les compagnies spécialisées l’ont bien compris et investissent beaucoup dans la qualité des services à chaque stade du contrat d’assurance.

Tout d’abord pour garantir une bonne protection, il faut que la valeur du bien assuré soit la plus précise possible. Elle peut fortement différer s’il s’agit d’une valeur du marché, d’une valeur vénale dite actuelle, d’une valeur de reconstitution, d’une valeur agréée ou encore d’une valeur à neuf. Afin de déterminer la valeur du marché ou encore celle de reconstitution, on se tournera vers un expert. Certaines compagnies d’assurance, ayant une longue tradition dans ces domaines, disposent de spécialistes ou de réseaux de professionnels vers lesquels se tourner pour évaluer les objets. La tradition et la mise à disposition du savoir-faire de la compagnie dans ces domaines sont un «plus» indispensable et un gage de sérieux et de crédibilité particulièrement apprécié de la clientèle HNWI. La mise à jour des inventaires, la visite du domicile du client pour évaluer les mesures de sécurité ou les conditions d’exposition ou de stockage des œuvres d’art sont autant de services indispensables pour garantir un conseil de qualité, une protection individuelle et sur mesure des objets de valeur auxquelles le client est attaché. La disponibilité et la discrétion sont donc l’essence même d’une relation aboutie entre la compagnie d’assurance et son client HNWI. Ce dernier n’a pas le temps de faire des inventaires, retrouver les factures d’achats, se renseigner sur les prix actuels du marché. Néanmoins, accéder à la sphère privée de personnes de haut standing n’est pas évident. Mais une fois la confiance gagnée, l’assureur doit avoir accès à la totalité des informations relatives aux objets de valeur qu’il assure pour éviter tout problème en cas de sinistre. Il est donc dans l’intérêt des deux parties de gagner cette confiance réciproque.

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Si j’étais banquier JEAN WINKLER MOYARD S.A., MORGES

J’essaierai d’expliquer à quoi sert un banquier

L

parcours • 1941: naissance à Morges • Ecoles à Morges et à Lausanne • 1962: Licence HEC Lausanne • Stages en Allemagne et France • 1964: Entre dans l’entreprise familiale • 1969: Transformation en Moyard SA • 1984: Reprise d’une fabrique de meubles artisanaux à Louhans • 1998: Reprise du 100% du capital de Moyard SA • 2004: Mathieu Winkler 7ème génération rejoint l’entreprise

@ Jean_winkler@moyard.ch

orsqu’on m’a proposé de m’exprimer sur ce sujet, cela m’a surpris car pour moi cela me paraissait tellement anachronique que je n’en voyais pas l’utilité. Bien qu’ayant gardé de mes études les définitions de la banque, cela me semblait très lointain, d’autant que les relations que j’entretenais avec les banquiers étaient assez distantes car je n’en avais qu’une utilité réduite. J’ai pourtant dans ma famille proche deux directeurs d’établissement bancaire et j’ai des relations privées avec quelquesuns qui fréquentent tout comme moi des associations diverses. Je me rends compte aujourd’hui que je ne les ai côtoyé assez rarement de manière professionnelle si ce n’est pour l’établissement d’une hypothèque, l’étude d’un portefeuille ou lors d’un souci de virement international. Mes contacts ont plutôt été des relations personnelles privées et il en a été de même lorsque je les ai rencontrés en tant que fournisseur. La discrétion me semble être pour eux un modus vivendi, drapés dans leurs costumes sombres, enfermés dans leurs bureaux, à l’abri des regards, on ne les rencontre que rarement car même si l’on se déplace dans leurs banques, les employés, cachés derrière des vitres semblent avoir été remplacés par les distributeurs à billets anonymes. Je ne sais si c’est par pudeur, embarras ou peur d’un certain opprobre que le banquier ne dévoile pas son métier et ne dit pas ce qu’il fait de ses journées. Ils aiment par contre qu’on leur parle du nôtre, de nos passe-temps, de nos soucis! Pour ma part, «mon banquier» me rend visite une à deux fois l’an et l’entretien est vite expédié car il a reçu mon bilan et j’ai la chance de ne pas utiliser ses lignes de crédit! Ce n’est que récemment, l’âge de la retraite sonnant, que l’appétit des visites augmente et que les gérants de fortune viennent tour à tour se présenter! C’est en 1998 que je suis devenu alors propriétaire de mon entreprise, vieille de plus de 190 ans et me rappellerai toujours de la sagesse de mes parents d’être resté toujours très circonspect au sujet des crédits et un peu à l’image des sociétés orientales, nous avons toujours

investi dès que nous en avions les moyens de façon très pragmatique et il me semble que cela nous a toujours été favorable, surtout dans les périodes où les intérêts sont montés à des taux élevés. Que devrai-je donc dire si j’étais banquier alors que je ne les connais si peu. Je ne parlerai donc pas de ce que la littérature des quotidiens nous laisse en pâture, abus de puissance, illégalité parfois, bénéfices «coquets» étalages de sommes et de montants dont le simple quidam ne peut plus percevoir physiquement la valeur. Il nous devient alors très difficile de comprendre, d’appréhender et d’approuver ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de la finance. Si j’étais banquier, j’essayerai avant tout d’assurer une relation équitable et honnête entre mes clients, mon personnel et mes fournisseurs de quelque ordre qu’ils soient. J’essayerai de montrer plus de transparence, d’expliquer à quoi sert un banquier, de montrer les diverses facettes du métier car plus l’évolution contemporaine se développe, plus le caractère humain disparaît derrière des plaques de verre, des machines à sous et des formulaires à retournés signés! Le banquier, on l’oublie souvent, a un rôle social à jouer, c’est un «faciliteur» pour les personnes qui en ont besoin, le commerçant pour ses paiements et financements d’achats, l’industriel pour ses investissements, pour le simple citoyen qui a besoin de son compte ou d’une hypothèque et c’est ce service seul qui devrait être correctement rémunéré. Si j’étais banquier, je serai peut-être plus qu’un préteur sur gages, j’essayerai de comprendre davantage ceux qui font marcher l’économie par la production réelle de biens, ceux qui innovent, ceux qui maintiennent les emplois. La création de l’argent par l’argent n’a pas de consistance réelle et on le constate de nos jours par la rapidité avec laquelle les marchés financiers passent d’un continent à l’autre. L’argent devrait être un support et non une fin en soi. Issu de la grande tradition du bois et du tissu, j’ai toujours eu à cœur de transmettre la qualité de la belle œuvre ainsi que les valeurs que sont le bien le beau et le vrai. Je pense que cela pourrait être ma vision si je devenais banquier.

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© Franck Boston


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Sous la loupe MATIERES PREMIERES

MATIERES PREMIERES

Les changements de priorité vont s’imposer

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66 Richard Morgan L’âge d’or de l’exploitation minière en Afrique

67 OLE S HANSEN Des craintes face à la flambée des prix de l’énergie

68 CHRISTIAN GERLACH

Analyses

Recherche potentiel inexploité

70 BERTRAND CARLIER Financement et nouveaux équilibres

71 lIONEL PILLOUD Cuivre et développement des pays émergents

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72 claude lixi L’avènement De La Volatilité

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Sous la loupe

L’âge d’or de l’exploitation minière en Afrique MATIERES PREMIERES

En raison de l’évolution politique et structurelle récente du secteur, l’environnement a rarement été aussi favorable pour les investissements dans le secteur minier de cette région.

L

a Banque Mondiale prévoit une croissance économique en Afrique subsaharienne de 5,3% cette année et de 5,6% l’an prochain. S’ils ne rivalisent pas avec le taux de croissance de la Chine, ces taux suscitent sans doute l’envie de l’Europe et des états-Unis. La Banque Mondiale souligne que cette croissance sera en grande partie tirée par les ressources naturelles, en particulier minérales, de la région (minéraux solides, pétrole, gaz...). Ajoutons que cette croissance est essentiellement portée par la Chine et les autres grands pays émergents, tels que l’Inde, chez lesquels certains minéraux essentiels font défaut. La faiblesse des revenus par habitant bride toujours la consommation intérieure en Afrique subsaharienne (avec quelques exceptions notables, tels que les téléphones portables). Investir dans les ressources naturelles en Afrique subsaharienne constitue donc, selon nous, un moyen de profiter de la croissance des pays consommateurs les plus dynamiques du monde. En outre, si le placement est réalisé par le biais d’une société minière cotée sur une bourse occidentale et gérée par des professionnels ayant l’expérience technique et géographique requise, l’investisseur peut bénéficier de la croissance de la consommation en Asie tout en étant protégé par une gouvernance d’entreprise solide. Soulignons cependant que les produits minéraux ne sont pas une classe d’actifs homogène. La Chine dispose ainsi d’importants gisements de zinc, de plomb, de terres rares et de charbon thermique (même si elle est aujourd’hui devenue un importateur net de ce dernier), mais est manifestement à court de minerai de fer, de bauxite, de cuivre et de nickel de qualité. L’Inde est un exportateur de minerai de fer, mais ses importations de charbon thermique ne cessent d’augmenter. En outre, la participation des consom-

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mateurs de produits minéraux a profondément modifié les paramètres du secteur pour les investisseurs ces dernières années. Jusqu’à il y a environ une décennie, le secteur minier était caractérisé par le modèle suivant: l’exploration était réalisée par des petites sociétés qui, lorsqu’elles découvraient un gisement important, établissaient une co-entreprise avec un grand groupe minier ou lui

Richard Morgan Responsable de la recherche Secteur minier Mirabaud Securities LLP

@

richard.morgan@mirabaud.co.uk

vendaient directement le gisement. Les petits gisements étaient souvent exploités par elles-mêmes. Ce modèle a entraîné des dépenses d’exploration importantes pour l’or et les diamants, les besoins en infrastructures pour exploiter ces minéraux étant minimes. Pour les minéraux en vrac comme le minerai de fer, le charbon et la bauxite (et, dans une moindre mesure, le cuivre), l’exploration par les petites sociétés était beaucoup moins fréquente. En effet, le coût des infrastructures dépasse de loin leurs capacités financières et le découvreur d’un gisement risque par conséquent de devoir vendre à tout prix après sa mise en valeur, ce qui diminue son attrait. L’entrée en jeu de consommateurs clés (en particulier la Chine, mais aussi les producteurs d’électricité indiens, les aciéristes occidentaux et les producteurs d’aluminium du Moyen-Orient) comme investisseurs potentiels a complètement changé la donne, permettant aux investisseurs financiers de participer à la valorisation potentielle de ces projets généralement beaucoup plus importants. Ces investissements par les consommateurs visent à sécuriser leur approvisionnement à long terme, mais aussi dans certains cas à affaiblir les anciens oligopoles constitués par les grands groupes miniers, le secteur minier étant traditionnellement caractérisé par une plus faible concentration des consommateurs que des fournisseurs (qui sont donc en mesure d’imposer leurs prix). Si le secteur minier est aussi important pour la croissance économique de l’Afrique subsaharienne, c’est tout simplement parce que les ressources naturelles sont l’un des rares secteurs dans lequel l’Afrique dispose d’un avantage concurrentiel. Les facteurs à l’origine du manque d’avantages concurrentiels de l’Afrique subsahariens sont, en fonction du pays, le manque de main-d’œuvre qualifiée, la médiocrité des infrastructures et de la gouvernance et la corruption. Mais dans le secteur des ressources naturelles, ces facteurs sont soit moins pénalisants (les grands groupes miniers ou pétroliers peuvent absorber le coût des infrastructures


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Focus Le niveau relativement important de l’exploration sur le territoire du géant économique qu’est l’Afrique du Sud au cours des 30 dernières années explique en partie pourquoi nous privilégions d’autres parties de l’Afrique subsaharienne. Par ailleurs, bien que l’Afrique du Sud dispose toujours des meilleures infrastructures et compétences du continent, l’amélioration est beaucoup plus rapide ailleurs. C’est ce taux d’amélioration qui offre aux investisseurs la possibilité d’investir à moindre coût pour rentabiliser leurs investissements dans un délai convenable. Les données de la Banque Mondiale semblent conforter ce point de vue, puisque le fait d’exclure l’Afrique du Sud des prévisions de croissance pour 2012 augmente le chiffre pour le reste de l’Afrique subsaharienne de 5,3% à 7,1%. En outre, la détérioration de certains paramètres en Afrique du Sud (hausse des coûts de l’énergie, conflits salariaux et augmentation associée des coûts, alourdissement de la bureaucratie, monnaie forte...) pourrait dissuader les investissements dans les minéraux dont l’exploitation est fortement consommatrice d’énergie et/ou de main-d’œuvre (or et platine profonds, ferro-alliages). Cependant, le potentiel nous paraît encore intéressant dans certains secteurs miniers, comme le charbon.

et de la formation), soit plus que compensés par les opportunités qu’offre le continent en termes de ressources naturelles. Ressources gigantesques L’exploitation minière est donc importante pour l’Afrique subsaharienne. Mais l’inverse est-il vrai? Nous répondrions par l’affirmative pour deux raisons principales. Premièrement, du point de vue des fondamentaux, la zone a hérité de ressources naturelles gigantesques, dont une grande partie reste sous-exploitée par rapport aux puissances minières du 20e siècle (Australie, Canada, états-Unis et Chili). Bien sûr, l’Afrique du Sud a également été l’un des principaux producteurs de minéraux au cours de cette période (et le reste), et a été explorée de façon relativement méthodique, notamment parce que pendant la période de l’apartheid, les sociétés sud-africaines n’étaient pas les bienvenues dans le reste du monde et donc contraintes de recycler leurs bénéfices dans leurs pays (cf. barre latérale). La deuxième raison pour laquelle l’Afrique subsaharienne est importante pour l’exploitation minière est que le continent est largement ouvert et favorable aux acteurs du secteur. Ceci s’explique non pas pour des raisons culturelles ou historiques, mais plutôt parce que, l’Afrique a besoin de l’exploitation minière. Un obstacle à l’investissement qui semble préoccuper de nombreux non-spécialistes est le risque politique. Nous estimons que le risque réel est souvent plus faible que le risque perçu. Cela

pour deux raisons. Tout d’abord, les perceptions ont été influencées par l’histoire récente, et jusqu’à la fin de la guerre froide, une grande partie de l’Afrique subsaharienne a été le théâtre d’une guerre Est-Ouest par procuration, suivie dans les années 1990 et au début des années 2000 par un désintérêt croissant des superpuissances qui a laissé éclore des guerres civiles alimentées par les armes que ces dernières ont laissé derrière elles. Une grande partie des zones touchées sont maintenant stabilisées, et en voie d’amélioration. Bien sûr, comme il y a plus de 40 pays, il y a des exceptions (certaines régions de la Corne de l’Afrique, le nord du Niger et le Zimbabwe), et les investisseurs doivent faire preuve de prudence dans ces zones. Notons qu’un pays peut être en proie à une guerre civile sans que cela n’affecte notablement ses voisins, en raison de l’absence soit de liens ethniques, soit d’infrastructures reliant les pays. Deuxièmement, nous estimons que le risque politique est plus important que celui de rebelles armés d’AK-47. Notons que la perte d’actifs, pour des raisons politiques ou financières, a été plus fréquente dans certaines régions de l’ex-Union soviétique. De nombreux pays africains ont certes cherché à obtenir ou menacé de prendre une part plus importante des recettes après le renchérissement des matières premières, mais ils ne sont pas les seuls à réagir ainsi (cf. les impôts exceptionnels imposés récemment sur les ressources naturelles au Royaume-Uni et en Australie), et cette réaction était pratiquement inévitable après l’augmentation cyclique des prix des produits de base.

Craintes face à la flambée des prix de l’énergie Le prix du pétrole risque d’affecter la reprise américaine. Les métaux précieux ont le vent en poupe, alors que la forte demande de la Chine dope le soja et le cuivre.

E

n mars 2011, le printemps arabe était responsable de la flambée des prix de l’énergie. Le baril de pétrole s’échangeait à 127 dollars, après le retrait du pétrole brut libyen du marché notamment. Les produits du secteur de l’énergie occupent toujours une place prépondérante dans l’économie mondiale. Ainsi, toute hausse majeure des prix du pétrole agit comme un impôt direct sur les consommateurs. Force est de constater que l’histoire se répète aujourd’hui avec une nouvelle hausse des prix du

brut hors des limites de confort des consommateurs. Son impact sur les économies européennes en difficulté se fait déjà sentir. Le bras de fer entre l’Occident et l’Iran a provoqué un regain d’incertitude, concentrant à nouveau l’attention sur les problèmes d’approvisionnement. Alors que les prémices d’une reprise américaine laissaient espérer une augmentation de la demande, la flambée des prix du pétrole risque de faire dérailler cette hypothétique reprise et la récession pourrait s’installer. Quant à l’Asie qui affiche la plus forte croissance de la demande, .

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MATIERES PREMIERES

Sous la loupe


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Sous la loupe elle se taille actuellement la part du lion du pétrole iranien et pourrait être pénalisée en cas d’interruption de l’approvisionnement. En effet, 20% de l’offre mondiale de pétrole transite par le Détroit d’Ormuz. Or, 85% de ce pétrole se dirige vers l’Asie, révélant les risques auxquels la région est confrontée.

MATIERES PREMIERES

Métaux précieux, soja et cuivre se portent bien La poursuite de l’injection de liquidités dans le système financier par les banques centrales, conjuguée à une inflation en hausse du fait des prix élevés de l’énergie, est un atout pour les métaux précieux. L’or et surtout l’argent sont les matières premières les plus performantes depuis le début de l’année, après la sévère correction intervenue fin 2011. L’argent, qui bénéficie à la fois de la demande des investisseurs et des utilisateurs industriels, tend à surperformer l’or dans les deux cas. La demande des investisseurs via les fonds indiciels cotés a été forte pour les deux métaux, en particulier pour l’or qui a atteint un nouveau record de plus de 2400 tonnes métriques. Les autres matières premières intéressantes à suivre dans les mois à venir sont celles dont l’offre est restreinte et dont la demande devrait rester ferme. Plusieurs matières premières réunissent ces caractéristiques. Parmi elles, on trouve principalement le soja et le cuivre.

La baisse de la production en Amérique du Sud, imputable à la sécheresse en période de croissance, a offert de nombreux débouchés à l’export pour le soja américain. La Chine, principal importateur mondial, et en principe gros acheteur auprès du Brésil et de l’Argentine, pourrait se tourner vers le soja américain afin de satisfaire ses besoins, à moins que le Brésil ne soit disposé à privilégier les exportations aux stocks à mesure que la production diminue. Pour que les agriculteurs américains soient incités à planter plus de soja au détriment du maïs au cours de la prochaine saison des semailles, il faut que les prix restent élevés.

Ole S Hansen responsable de la stratégie matières premières, Saxo Bank

Enfin, le cuivre bénéficie du même atout car la demande en provenance de Chine, premier consommateur mondial, devrait rester forte. La construction de logements sociaux va en effet continuer à s’accroître en passant de 5 millions d’unités estimées en 2012 à presque 10 millions en 2013. Parallèlement, les producteurs ont connu des difficultés d’approvisionnement chroniques, conséquences de conflits sociaux, des mauvaises conditions climatiques et d’une baisse des niveaux de qualité des mines existantes. Tant qu’une nouvelle production ne sera pas mise sur le marché, les cours du cuivre devraient rester élevés et s’échanger bien au-dessus de son coût marginal malgré le risque d’un éventuel ralentissement de l’économie lié à la hausse des prix de l’énergie.

A la recherche d’un potentiel inexploité Seule une partie du marché des matières premières est aujourd’hui exploitée dans la gestion de fortune en dépit des importantes possibilités de diversification qui existent.

L

e prix du pétrole grimpe en flèche parce que l’Iran menace de fermer le détroit d’Ormuz. Le platine a le vent en poupe, car les grèves en Afrique du Sud compromettent la production. La situation du maïs est tendue en raison des intempéries. Malgré le flot quotidien d’informations relatives aux matières premières, les réflexions fondamentales font parfois

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défaut. Il importe notamment de s’interroger sur l’opportunité et les possibilités de diversification d’un portefeuille de matières premières. La répartition judicieuse de ses avoirs entre plusieurs classes d’actifs est un principe indiscutable. La dispersion des risques, plutôt que la chasse effrénée au rendement, semble l’approche la plus sérieuse pour de nombreux investisseurs, afin de faire face aux aléas du marché financier. Selon l’opinion généralement répandue, la seule certitude réside dans le fait que l’avenir reste incertain. Les investisseurs sont donc bien inspirés de réduire les risques grâce à un portefeuille largement diversifié.

Diversification de façade Aucune contestation jusque-là. Pourtant, même ce consensus théoriquement séduisant présente des inconvénients pratiques. En effet, il s’avère difficile de procéder à un recensement «neutre» des divers risques du marché. Bon nombre de marchés qui pourraient passer à juste titre pour des sources de revenus diversifiées sont souvent mal définis. C’est le cas des placements en matières premières. D’autres, à des fins de marketing, sont considérés après-coup comme une classe d’actifs liquide. L’inefficacité de cette diversification de façade se vérifie malheureusement en année de crise, comme le fut 2008.


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L’origine de nombreux et graves malentendus réside dans la définition souvent erronée de ce qu’est en réalité une classe d’actifs, ainsi que dans la supposition fallacieuse que le mot diversification signifie toujours la même chose. Si une multitude d’investisseurs s’obstinent à atteindre le même type de diversification avec les mêmes instruments, la diversification recherchée des risques peut se transformer en une concentration dangereuse de ces derniers. Une diversification réfléchie du portefeuille est par conséquent capitale, mais elle exige souvent l’exploration de domaines d’investissement généralement inconnus ou nouveaux. Contrats à terme de longue durée généralement ignorés Il est intéressant de noter que les matières premières constituent une classe d’actifs mal définie. Des contrats à terme très liquides, mais de longue durée dans le pétrole ou le maïs, ne sont pas considérés, par exemple, comme faisant partie du marché global. Les fonds se mesurent presque exclusivement aux contrats mensuels à court terme portant sur un type de matière première. Sur la majorité des marchés mondiaux, cette durée de contrat représente pourtant moins de la moitié du volume négocié chaque jour. Et l’investisseur ne sait souvent rien des revenus potentiels tirés de tous les autres contrats liquides à terme, bien que Christian Gerlach Portfoliomanager jB Commodity Fund Swiss & Global Asset Management

les échéances à plus long terme réduisent la volatilité et accroissent le revenu potentiel moyen.

Focus

Il convient de se demander pourquoi une bonne partie de l’industrie des fonds s’inspire d’indices vendus aux investisseurs sur le marché global mais ne représentant en fait qu’un marché partiel. Résultat, les investisseurs ignorent systématiquement le véritable profil chances/risques de cette classe d’actifs. Cela permet, à vrai dire, aux fournisseurs de fonds de dissimuler la performance d’un produit par rapport à l’évolution du marché global : il est relativement facile d’obtenir une surperformance en s’écartant de l’indice de référence et en investissant une petite partie du portefeuille avec des échéances plus longues. Cette plus grande diversification améliore en général, à terme, la performance relative. Elle n’exige certes aucune compétence spécifique, mais est vendue à l’investisseur comme de la gestion active de portefeuille. Cependant, seuls des programmes d’investissement actifs, totalement ouverts aux opportunités liquides du marché global, offrent une véritable plus-value.

Si des investisseurs s’intéressent à l’ensemble du marché et souhaitent diversifier leur engagement aussi bien dans le choix des matières premières que dans la durée des échéances, la sélection de l’indice de référence est déterminante. Le Rogers International Commodity Index® EnhancedSM TR (RICI® EnhancedSM TR) est un des indices de matières premières les plus largement diversifiés. Il englobe au total 36 composantes, dont des produits énergétiques, des matières agricoles et des métaux précieux et industriels.

Engagement ciblé dans les matières premières cycliques et défensives En plus de la dispersion des risques par le biais d’un échelonnement des échéances, les avantages d’une diversification supplémentaire entre matières premières cycliques et non cycliques apparaissent clairement en période de volatilité accrue. Les matières telles que les denrées agricoles et l’élevage sont en général plus défensives, car le contexte de la demande est différent de celui des matières premières cycliques. Le marché agricole est très sensible aux variations de prix liés aux intempéries. La sécheresse ou les pluies persistantes peuvent sensiblement diminuer les récoltes et provoquer de fortes hausses des prix. Par ailleurs, des conditions de récolte idéales aboutissent fréquemment à de fortes réductions des prix. Il est important de savoir que, sur ces marchés, l’évolution des prix n’a pas grand-chose à voir avec l’économie mondiale proprement dite. En revanche, la valeur des matières cycliques, dans le secteur des métaux et de l’énergie, est fortement influencée par les appréciations que suscite la situation globale de l’économie. Cette sensibilité se remarque pour le cuivre ou le pétrole, dont le prix réagit fortement aux perspectives de croissance. L’or s’avère un cas particulier : grâce à sa qualité de protecteur contre la déflation, il offre une assurance intéressante au portefeuille.

La pondération des différentes matières premières dans le RICI® EnhancedSM TR se fonde sur l’importance économique escomptée ainsi que sur la liquidité du marché à terme. Elle fait l’objet d’une vérification annuelle. En outre, les pondérations sont également soumises à un rééquilibrage semestriel. Autre avantage du RICI® EnhancedSM TR : l’indice se base sur un processus d’ajustement optimisé des contrats à terme. Par rapport aux autres indices de matières premières, il investit donc non seulement dans les durées courtes, mais aussi à moyen et à long terme.

inexploitées par la majorité des portefeuilles. Une stratégie active permet cependant d’en faire une utilisation très efficace. Le choix du benchmark devrait notamment porter sur un indice très large, tenant compte également des contrats à long terme (cf. encadré). Les spécialistes expérimentés peuvent ensuite mettre l’accent sur certaines matières premières par le biais d’une sous-pondération ou d’une surpondération. En effet, selon l’appréciation et la situation du marché, une pondération plus ou moins forte de certaines matières premières ou de certains secteurs pourrait s’avérer opportune. En fin de compte, une gestion active et des investissements dans un très large éventail de risques (échéances à court et à long terme, matières premières cycliques et non cycliques) se révèleront payants. Le défi à relever pour l’investisseur consiste à intégrer dans le portefeuille ce nouveau champ d’investigation inconnue, à titre d’élément de diversification.

Saisir les occasions Les matières premières offrent donc de vastes possibilités de diversification, pourtant encore

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MATIERES PREMIERES

Sous la loupe


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Sous la loupe

MATIERES PREMIERES

Financement et nouveaux équilibres L’année 2011 s’est caractérisée par l’accentuation de la fracture entre mondes développés et émergents. Aux conséquences de cette évolution, les politiques devront énoncer des solutions puis conduire des réformes. Cependant, la voie paraît grande ouverte au maintien des incertitudes: nervosité et volatilité resteront donc présentes. Cet environnement, dans une perspective à long terme, ne peut être qu’hostile à l’investissement.

Bertrand Carlier Responsable taux et Matières premières Crédit Agricole Suisse Private Banking.

L

es matières premières requièrent cependant des financements de plus en plus importants, car si les ressources existent, leur coût d’extraction ne cesse d’augmenter. Prospection, réponse technologique puis extraction et transport sont effectués et mis en œuvre dans des conditions de plus en plus difficiles. En effet, le pétrole est extrait dans des couches de plus en plus profondes, le gaz est produit dans des zones aux climats difficiles (comme l’arctique pour ne citer que cet exemple) et l’or est extrait dans des conditions toujours plus extrêmes. Ces défis techniques auxquels les ingénieurs font face doivent pourtant être financés dans un contexte où, d’une part, les banques des pays développés réduisent leurs bilans et sont donc moins aptes à participer aux financements de ces projets et, d’autre part, les banques des pays émergents ne se sont pas encore entièrement substituées à ces dernières. D’autres solutions apparaissent cependant : alliances entre opérateurs sur des projets spécifiques, comme celui de la Mer de Barents par exemple, fusions de plus en plus importantes dans une optique de diminution des coûts en amont (telle celle de Glencore et Xstrata), prise de contrôle afin de garantir l’accès aux ressources, par des entreprises chinoises ou indiennes notamment et finalement, recours aux marchés obligataires afin de profiter de rendements longs exceptionnellement bas. La liste n’est pas exhaustive et le bouleversement du secteur des matières premières est loin d’être achevé. Les montants en jeu pour mettre en production ces ressources sont colossaux (250 milliards de dollar permettront de développer les champs pétroliers «off shore» brésiliens) et appellent quelques remarques. Plus de consommateurs pour moins de ressources Plus de consommateurs, plus de besoins à satisfaire, mais moins de ressources à disposition; une équation simple et presque heureuse aujourd’hui. En effet, une hausse conjointe des croissances dans tous les pays, qu’ils soient émergents ou matures, se traduirait par un véritable choc dont

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l’ampleur se rapprocherait de celui de 1974 ou de 1979. Les producteurs ont mal anticipé la montée et surtout la rapidité des besoins des populations «émergentes». Ces derniers, avec leurs capacités de financement issues de leurs excédents commerciaux, participent dorénavant à l’exploitation de nouvelles ressources qui ne seront disponibles que dans quelques années! En attendant, la hausse des prix généralisés de toutes les matières premières est devenue l’un des régulateurs de l’économie mondiale et pour l’instant, la source principale de l’inflation. Les prix montent, la demande fléchit: c’est simple. Restent les thèmes du prix et celui de la substitution. La rentabilité des investissements est directement liée aux prix. Il faut donc qu’ils restent élevés. Ce sont les tensions géopolitiques qui viennent immédiatement à l’esprit et qui les soutiennent. En la matière, on peut s’interroger, à court terme, sur la capacité à mettre en œuvre des sanctions. En effet, l’Inde et la Chine peuvent ainsi se procurer pour l’instant du brut à moindre prix. La suite est incertaine. A plus long terme, deux évolutions en matière de substitution se dessinent: La première est géographique et voit la montée en puissance de nouveaux producteurs. Le Brésil pourrait être ainsi le quatrième producteur mondial d’ici 2030, réduisant de facto la menace d’un Moyen Orient instable. De même, la part grandissante du pétrole canadien dans la consommation américaine permet d’imaginer qu’une politique énergétique plus isolationniste est possible, avec pour conséquence une moindre implication des Etats-Unis dans sa politique extérieure. La deuxième évolution se trouve dans l’arrivée des gaz de schiste dans la consommation, qui conforte à la fois l’indépendance énergétique mais permet aussi de réduire les coûts de production d’une économie énergivore. La manifestation la plus évidente en sera la montée du taux d’équipement des voitures en GNL (gaz naturel liquéfié)!


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Sous la loupe

L’essor rapide des marchés émergents s’est accompagné d’une hausse des besoins en métaux industriels.

minium, moins cher, sont très limitées. Une autre spécificité tient au fait que les projets de nouvelles mines mettent beaucoup de temps à se concrétiser. La dernière grande mine à être entrée en service était Escondita en 1991. Depuis, on ne compte que quelques nouvelles mines de petite et moyenne taille («greenfield») ou l’extension de mines existantes («brownfield»). Entre la détection d’un gisement et la production de cuivre, il peut s’écouler plus de dix ans.

lIONEL PILLOUD Manafing Director Banque Vantobel SA

Boom de la demande dans les pays émergents et industrialisés A elle seule, la Chine représente presque la moitié de la demande mondiale de cuivre (voir graphique), illustrant l’urbanisation et l’industrialisation galopantes des marchés émergents. Le potentiel est considérable dans la mesure où cette évolution génère d’immenses besoins en immobilier, en systèmes d’irrigation et de drainage ainsi qu’en réseaux d’électricité et de transport. La demande croissante en métaux industriels a dopé les prix des matières premières et propulsé au firmament de nombreuses entreprises du secteur au cours de la dernière décennie. Ce phénomène a également des retombées positives sur les fournisseurs, sous-traitants ou producteurs qui transforment les matières premières et couvrent donc d’autres maillons de la chaîne de création de valeur. En termes de consommation, le cuivre occupe la troisième place derrière le fer et l’aluminium. Excellent conducteur d’électricité, malléable et résistant à la corrosion ce métal est présent sur toute la planète. Les principales réserves se situent au Chili et aux Etats-Unis avec environ 20% des gisements mondiaux. Chaque année, en plus de la production mondiale existante, il faudrait environ 700 000 tonnes de cuivre pour maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande qui augmente au rythme de deux à trois pour cent par an. Le cuivre est beaucoup plus difficile à produire que l’aluminium ou l’acier. Même si les prix grimpent fortement, les producteurs ne peuvent pas réagir aussi simplement en élargissant leur offre comme c’est habituellement le cas pour nombre d’autres matières premières. De même une hausse du prix du cuivre ne se traduit pas obligatoirement par une baisse de la demande, d’autant que les possibilités pour les acheteurs de se tourner vers l’alu-

Principaux pays consommateurs de cuivre Banques 48 % UE 13 % USA 8% Japon 6% Corée du Sud 3% Taiwan 2% Inde 2% Russie 3% Reste 15 %

Les prix du cuivre sur une courbe ascendante? Il existe diverses possibilités d’investir sur le marché mondial du cuivre. Il convient toutefois de bien prendre en compte les spécificités de chaque solution. En optant pour les instruments financiers dérivés l’investisseur participe à l’évolution de la matière première par le biais de contrats futures dont la durée est limitée. Il est dès lors confronté à la problématique liée au coût de renouvellement régulier de ces contrats dans le temps. Ce processus peut en effet engendrer des pertes si le future à échéance plus lointaine cote au-dessus du future arrivant à échéance (situation dit de contango). En revanche, si la courbe à terme est inversée, le marché se trouve en situation de backwardation. Les investisseurs obtiennent dans ce cas un rendement supplémentaire car la matière première coûte moins cher à une date de livraison ultérieure. Le nouveau certificat indiciel sur le Vontobel Copper-Strategy Index prend en compte ces spécificités du marché des matières premières. Selon la formation de la courbe à terme du cuivre, il reproduit en alternance l’évolution des contrats futures sur le cuivre (situation de backwardation) ou des dix plus grandes entreprises actives dans le secteur du cuivre (situation de contango). L’allocation est effectuée chaque mois de manière automatique. Cette stratégie répond ainsi efficacement à la problématique du coût de renouvellement et permet d’atteindre une bonne corrélation avec le prix du cuivre.

Source: Bloomberg. World Bureau of Metals Statistics

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MATIERES PREMIERES

Cuivre et développement des pays émergents


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Sous la loupe

L’avènement de la volatilité

MATIERES PREMIERES

Claude Lixi, senior fund manager du fonds Galena Energy, livre son analyse sur les grandes évolutions qui ont guidé le marché du pétrole ces dernières années. Quelles similitudes établissez-vous entre 2008, où le baril de Brent avait approché les 150 USD, et 2012 où ce même baril semble repartir vers des niveaux record? Comme en 2008, la croissance des pays émergents, et par la même celle des flux de biens liés à la globalisation, a dopé la demande de produits énergétiques qui s’est rééquilibrée avec l’offre. La différence principale vient du fait qu’à l’époque, la montée des prix était liée à un manque de capacité de raffinage qui avait laissé un déficit de produits raffinés, alors qu’aujourd’hui le déficit se trouve dans l’offre de pétrole brut.

Jérôme Sicard Créafinance

Les cours du pétrole grimpent alors même que la demande affiche une baisse sensible depuis 2008. Comment intégrez-vous ce paradoxe dans la gestion du Galena Energy Fund? En dehors de toute considération géopolitique, pensez vous que la demande accrue dans les pays émergents justifie à elle seule la hausse des cours? Si la demande en OCDE est effectivement plus faible qu’en 2008, la croissance de la demande des pays émergents et celle des pays producteurs a, quant à elle, explosé et donc globalement nous avons aujourd’hui une demande à peu près 2mb/j plus élevée. Dans le même temps, l’offre a augmenté aussi mais une grande partie de celle-ci vient de pays qui ont été secoués par le printemps arabe et qui reste une région instable de nos jours. Comment gérez-vous aujourd’hui la volatilité sur le marché des dérivés Pétrole & Energie? La gestion du risque est devenue de plus en plus importante depuis 2008, et la discipline autour de celle-ci est fondamentale. Les mouvements de marché nous ont aussi imposé de prendre des positions plus limitées que par le passé et de traiter de façon plus active. Comment expliquez-vous l’avènement d’une si forte volatilité depuis 2008? Est-elle liée à l’apparition de nouveaux fondamentaux? Plusieurs facteurs sont derrière ce mouvement, je crois. Tout

Claude Lixi Senior fund manager du fonds Galena Energy

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d’abord, nous avons vécu depuis deux ans dans un monde turbulent que ce soit en termes macro-économiques (crise de l’Euro) ou géopolitiques (Printemps Arabe, situation dans la péninsule arabique). Mais ces événements extérieurs aux marchés financiers ont été amplifiés par la baisse de la capacité de prise de risque des intervenants. Depuis 2008, on voit en effet l’utilisation de VaR dans les banques s’amoindrir, ce qui a pour effet de leur imposer de se couvrir dans les marchés de leur business clients de façon plus immédiate qu’avant. Quel est l’impact des fermetures de raffineries en Europe et aux Etats-Unis? Tout d’abord nous observons plus de capacité globale de raffinage qu’avant, nous en avons même aujourd’hui plus que d’offre de pétrole brut. De fait, l’augmentation de la capacité de raffinage dans les pays émergents (plus particulièrement en Inde et en Chine) dépasse de beaucoup la perte enregistrée en OCDE. Ceci étant dit cela veut dire que certaines zones géographiques sont en déficit (l’Europe, l’est des Etats-Unis) ce qui pourrait créer des dislocations de temps en temps.


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Sous la loupe d’une perception par les investisseurs de la situation macro-économique. Le deuxième est un risque relatif sur la différence de prix entre deux qualités de pétrole brut ou entre le même produit dans deux régions du monde. Ce type de risque est, lui, directement lié aux fondamentaux du marché physique. C’est sur ce dernier que nous pensons avoir un avantage concurrentiel.

Le pendant Hedge Fund de Trafigura Dirigée par Jeremy Weir, Galena Asset Management, est la filiale Hedge Fund de Trafigura, l’une des plus importantes sociétés indépendantes de négoce en pètrole et matières premières au monde. Galena Asset Management gère plus de CHF 2 milliards en se positionnant principalement sur les produits dérivés Métaux, Pétrole et Energie. Etablie à Genève depuis le printemps 2010, l’équipe compte une trentaine de collaborateurs. Son principal avantage réside dans sa capacité à tirer profit des informations et des analyses propriétaires que lui transmettent les spécialistes de Trafigura. Galena se retrouve ainsi en mesure d’identifier et de saisir les opportunités qui se présentent selon les fondamentaux et les flux de matières premières. Au total, Galena gère ainsi huit fonds: un fond discrétionnaire en dérivés sur métaux, fermé à ce jour, un fond discrétionnaire en dérivés pétrole, deux fonds en dérivés metaux indexés (long only), un fonds «Trade Finance», un «Special Sits», un feeder fund et un macro «matières premières».

Galena Asset Management est la filiale «gestion alternative» de Trafigura, l’un des plus grands traders de pétrole au monde. A la différence de Trafigura, les fonds de Galena ne traitent pas de sous-jacents physiques. De manière générale, comment voyez-vous aujourd’hui les interactions, sur le secteur des matières premières, entre marchés physiques et marchés dérivés? La spécificité des marchés dérivés sur le pétrole vient du fait qu’ils sont justement liés à une activité physique. Donc, même si nous pouvons trouver des incohérences dans une courbe de prix à terme d’un produit ou d’un crack, nous savons qu’il y aura une convergence avec la situation physique. On ne peut par exemple pas avoir une courbe en contango et des stocks vides, un jour ou l’autre il faudra retrouver les bases physiques.

En quoi ce fonds profite de votre proximité avec Trafigura? Comme je disais précédemment, notre particularité dans le fonds Energy, comme la plupart des fonds Galena, est de pouvoir travailler sur différentes stratégies en simultané et de passer d’un positionnement directionnel à un positionnement plutôt neutre en beta mais qui parie sur des arbitrages entre les produits dérivés du baril (‘Relative Value’). Dans ce sens, notre proximité avec un des leaders mondiaux du trading en pétrole nous permet de bénéficier d’un flux informationnel privilégié concernant les marchés physiques. Puisque nous ne traitons pas de physique, il est important de maintenir un lien avec les fondamentaux, surtout dans le contexte des marchés de ces derniers temps.

Depuis plus de dix ans que vous travaillez sur le pétrole et ses marchés dérivés, quel regard portez-vous sur l’évolution de ce secteur? Comme je le disais plus haut, une des évolutions les plus radicales est celui de la volatilité. De plus, le pétrole étant le marché de commodités le plus liquide, il a attiré depuis quelques années beaucoup d’intervenants sans rapport direct avec le marché du pétrole. Il est devenu très courant par exemple

Comment parvenez-vous à gérer un fonds aussi technique alors que les cours sont principalement dictés en ce moment par des facteurs géopolitiques impliquant une forte part d’imprévisible? Il faut distinguer deux types de risque. Le premier est celui du prix absolu du pétrole, qui varie en fonction d’une situation géopolitique donnée et

pour un gérant d’actions d’acheter du pétrole pour se couvrir contre un risque d’inflation ou, en ce moment, contre un risque géopolitique. C’est aussi devenu un marché qui est devenu plus intéressant pour les grands fonds macros, en tant que proxy de l’économie globale. Tous ces facteurs extérieurs ont permis l’apparition d’opportunités de trading en valeur relative, que ce soit autour des marges de raffinages ou des spreads calendaires.

Le différentiel entre le prix du baril européen et celui du baril US s’est disloqué dans le courant de l’étét 2010, créant ainsi différentes opportunités en termes de positionnement «relative value». Cette dislocation a entraìné une forte hausse de la volatilité qui s’est élevée à plus de 30% avant de corriger fin 2011.

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MATIERES PREMIERES

Quel est le principe du fonds Galena Energie? Le fonds est spécialisé dans le secteur des hydrocarbures traitant principalement le baril et ses produits dérivés en des positions à la hausse comme à la baisse. Il a une approche définie comme étant multi-stratégique car elle vise à extraire le maximum d’alpha en utilisant un mix optimisé de stratégies directionnelles, d’arbitrage de volatilité et de ‘Relative Value’. La capacité de se positionner en ‘Relative Value’ est très importante car elle est commune à la plupart des fonds gérés par Galena Asset Management.


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Investir

Notre sélection pour l’investisseur

© archerix - Fotolia.com

76 Obligations High Yields US Fenêtre d’opportunité ouverte en grand

78 Tête de série Cassiopée: le parfait alignement

79 hedge funds Une alternative à l’alternatif

80 c financials 82 Investissement durable Un marché toujours plus organisé

83 cocktail du gérant 2012, l’année où les doutes subsistent

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Investir

Obligations High Yields US

Fenêtre d’opportunité ouverte en grand

Dans la classe Fixed Income, les obligations High Yields US bénéficient d’un contexte exceptionnel qui les rend particulièrement attrayantes en ce moment Ce fut pour les investisseurs un long soupir de soulagement. Au cours du 1er trimestre 2012, les marchés Actions ont profité d’une embellie de taille. Entre début janvier et fin mars, les progressions enregistrées ont atteint des niveaux qui n’avaient pas été relevés depuis plus d’une décennie. Sur 3 mois, le S&P 500 a grimpé ainsi de 12%, une performance appréciable qu’il n’avait plus approchée depuis 1998. Même s’il s’agit d’un rebond attendu, en réponse aux chocs excessifs encaissés en 2011, cette reprise a salué les politiques interventionnistes menées de part et d’autre de l’Atlantique. Le contrôle des taux bas de même que les injections de liquidités initiées par la Fed - et dûment répliqués par la BCE - ont soulagé le système financier puis apaisé les investisseurs. Les marchés Actions ne sont pas les seuls à avoir bénéficié de ce retour en grâce. Sur le front du Fixed Income, les segments Corporate Investment Grade et High Yield ont également eu droit à un traitement de faveur. Victimes collatérales, courant 2011, de la crise de la dette en zone euro, et ce malgré leurs solides fondamentaux, ils se sont joliment rétablis au 1er trimestre 2012 avec des afflux de capitaux qui se sont élevés à 25 milliards de dollars. Dans un marché obligataire perturbé par les soubresauts de la dette européenne, les emprunts d’entreprise, Investment Grade ou

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high Yield, figurent parmi les rares options à susciter l’intérêt des investisseurs.

l’économie US et à la santé recouvrée de ses entreprises. Remontée prématurée

Tensions inflationnistes Pour ces derniers, les perspectives liées à cette classe d’actifs semblent en effet plutôt limitées. Le contexte actuel, avec des taux planchers laissant craindre des rendements négatifs pour peu que l’inflation se mêle de la partie, n’encourage guère à se tourner vers les emprunts d’états. Les tensions inflationnistes ne semblent pas menaçantes dans l’immédiat et les banques centrales vont très vraisemblablement poursuivre leur politique de taux bas pour garantir la relance. Sur le moyen terme, ce type de scénario privilégie donc les emprunts Corporate – et plus spécifiquement les obligations High Yield américaines dont l’attrait s’est renforcé au cours des mois précédents. Leur rendement a déjà baissé ces derniers mois, mais ils restent attractifs à des niveaux moyens de 8 à 9% compte tenu de taux de défaut relativement bas. Les opportunités d’achat qui leur sont associées paraissent d’autant plus intéressantes qu’elles s’inscrivent dans un contexte porteur. Comparées aux High Yields européennes, elles encourent des risques moindres eu égard aux choix stratégiques de la Fed, à la croissance modérée mais sensible de

Si la Fed a écarté début avril la probabilité d’une troisième tranche de Quantitative Easing afin de s’épargner des craintes de stagnation à la japonaise, elle a cependant rappelé sa ferme intention de maintenir les taux longs à des seuils planchers. Ces tauxréférences, comme peut l’être le Libor en Europe, conditionnent bon nombre d’activités aux Etats-Unis, à commencer par l’établissement des taux hypothécaires. Leur remontée s’avère donc quelque peu prématurée. Comme l’ont laissé indiquer, début avril, des chiffres de l’emploi en demi-teinte, la relance de l’économie américaine semble encore un peu trop chancelante pour supporter une tension exagérée sur ses taux à 30 ans. Quitte à recourir à des opérations de stérilisation pour ne pas augmenter la taille de son bilan, la Fed juge préférable de poursuivre le rachat de ses Treasuries. Pour les High Yields, il s’agit là d’un environnement particulièrement propice, d’autant qu’aucun changement majeur de politique monétaire ne devrait intervenir au cours de ces 18 ou 24 prochains mois. Le maintien de cette politique accommodante pourrait donc provoquer de nouveaux excès d’optimisme sur ce segment ainsi

daniel Varela Chief Investment Officer Piguet Galland & Cie

Avis d expert Investir dans les obligations High Yield Eviter les défauts reste un élément clé de la performance quand on prend en compte le niveau élevé des coupons et le taux de récupération en cas de faillite qui est historiquement de 41%. Seule l’étude approfondie des sociétés permet de prédire quelle société s’expose à des problèmes de liquidités ou de refinancement. D’où l’importance de confier cette gestion à des spécialistes et d’investir au travers de portefeuilles diversifiés. Depuis la reprise des marchés boursiers de 2009, nous sommes investis dans des fonds High Yield de papiers américains de maturité courte. De manière plus tactique, nous avons fait des incursions dans le secteur plus risqué du High Yield de maturités longues. Au sein du Piguet Global Fund – International Bonds, la proportion de Corporates s’élève à plus de 50%. Ce bloc comprend 40 % de Corporates US dont 10 à 15 % de High Yield US, le reste étant alloué avant tout aux marchés émergents.


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Investir

qu’une exagération à la baisse des primes de risque. Car à ce tableau macro plutôt avantageux s’ajoutent à présent des fondamentaux en amélioration. En quelques années, les entreprises américaines sont parvenues à réduire leur endettement et à assainir leur bilan. C’est d’abord le cas des banques et des compagnies d’assurance qui ont pâti en premier lieu de la crise financière. Orchestré par la Réserve Fédérale, le plan de recapitalisation qui a suivi leur a permis de s’en extraire sans encombre, voire même de dégager des bénéfices sur les opérations de carry-trade! Indépendamment des effets sur

la monnaie, ce programme a eu le mérite d’accélérer la sortie du credit crunch qui a grippé l’économie américaine deux ans durant. Depuis quelques mois, on assiste ainsi à une nette augmentation des prêts bancaires, en termes de volume ou de variation, aux particuliers et aux sociétés. Ce desserrement du crédit a pour principal effet de faciliter plus encore le financement des entreprises qui disposent par ailleurs d’une importante marge de manoeuvre. Dans l’ensemble, les résultats qu’elles ont affichés au deuxième semestre 2011 ont été supérieurs aux attentes des analystes et leurs situations de trésorerie sont plus que satisfaisantes.

Taux des Fed Funds et prime de risque High Yield Spread High Yield-Treasuries Fed Funds (Avance de 20 CM) (ECH droite) 22 20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0

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La politique monétaire accommodante et le maintien des taux bas orchestrés par la Réserve Fédérale peut avoir pour effet une exagération à la baisse de la prime de risque High Yield. Produit attrayant aujourd’hui, le premier signal de retrait en sera donné lorsque la Fed se décidera à remonter ses taux.

Les taux de défaut dans le secteur devraient donc se maintenir à des niveaux historiquement bas. Or, à fin janvier, le taux de défaut implicite anticipé par les spreads entre les rendements du secteur High Yield et le taux sans risque était d’environ 6%. Même en cas de récession, une majorité d’analystes s’accorde pour estimer que les taux de défaut n’atteindront pas la moitié du chiffre de la précédente récession (environ 11%). Ils fondent en partie leur jugement sur les faibles besoins de refinancement exprimés par la plupart des sociétés à haut rendement. Toutes les conditions sont ainsi réunies pour faire des High Yields US la bonne opportunité du moment dans la classe Fixed Income. Le timing est encore bon. Il ne le sera pas toujours. De par leur nature, les High Yields restent trop volatiles pour justifier d’une allocation permanente en portefeuille tout au long d’un cycle. Maintenant, sur ce même segment des High Yields, le panorama diffère sensiblement dans une Europe souffrant par rapport aux EtatsUnis d’un décalage qu’on pourrait qualifier de «debt lag». Encore secouée par la crise de la dette souveraine, déclenchée au printemps 2010, l’économie européenne attend toujours les premiers effets bénéfiques des opérations de refinancement à long terme (LTRO) initiés par la Banque Centrale

Européenne. Malgré plus de mille milliards d’euros qui leur ont été alloués, les banques européennes sont placées aujourd’hui dans l’obligation de réduire leur voilure. Il leur faut mener de front plusieurs chantiers. Elles doivent à la fois nettoyer leur bilan et augmenter leurs fonds propres pour répondre aux exigences de Bâle III. Pour cela, elles n’ont d’autre choix que de fermer le robinet du crédit, voire même de se résoudre à céder une partie des lignes qu’elles ont déjà consenties. Il est donc peu probable que l’Europe puisse échapper au credit crunch qui a sévi après 2008 aux Etats-Unis, à cette nuance près que, en matière de financement, les entreprises européennes sont bien plus dépendantes à l’égard des banques que leurs consoeurs américaines. S’ajoutant à un contexte économique plus incertain, cette contraction du crédit devrait se traduire par des taux de défaut nettement plus élevés qu’aux Etats-Unis et nous estimons que le surplus de rendement offert par les obligations High Yields européennes ne compense pas le supplément de risque. Il faudra faire preuve d’un minimum de patience avant que les emprunts Corporate européens bénéficient de circonstances aussi favorables que celles rencontrées actuellement par les High Yields américaines.

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Investir jérome sicard

Tête de série

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Cassiopée: le parfait alignement

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Lancé en 2003, souscrit aujourd’hui à hauteur de 420 millions de francs, le fonds Cassiopée géré par Michel Dominicé et son équipe s’est attiré ces dernières saisons les louanges de la profession. Si l’on regarde ses performances sur cinq ans, Cassiopée présente un rendement annualisé de 10,8%. Depuis sa création, ses résultats sont encore plus marquants: 14,1% de rendement annualisé contre 2,7% au S&P 500 - pour une volatilité contenue à 10%. Du «Absolute Return» dans toute sa splendeur!

Cassiopée en Chf

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B&F: Quelle est la performance annualisée du fonds depuis son lancement? M.D.: 14.1% par an en dollar et 12.4% par an en franc suisse, tous frais compris. Il faut préciser que le fonds a été lancé en 2003 mais que la stratégie a été homogène que depuis le 1er mai 2004. La mesure de performance commence donc ce jour-là et est indiquée au 29 février 2012.

Les étoiles de Cassiopée

Maîtrise de la volatilité

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B&F: Comment le fonds exploite-t-il la corrélation ou décorrélation - entre les marchés et leur volatilité? M.D.: C’est là où réside notre savoir-faire. Disons que nous construisons notre portefeuille de façon à minimiser les risques liés aux fluctuations par nature erratiques et imprévisibles des bourses. La myopie

B&F: Cette hausse de la volatilité ces trois dernières années vous a-t-elle d’ailleurs amené à modifier votre stratégie de gestion? M.D.: Elle nous a obligés surtout à être beaucoup plus actifs et à développer un processus d’investissement plus systématique et extrêmement discipliné.

Avis d’expert

B&F: L’étiquette «hedge fund» est elle toujours un frein à la promotion et du fonds Cassiopée chez les investisseurs? M.D.: Oui. Depuis la crise les hedge funds ont mauvaise presse. On les accuse de toute sorte de méfais. Notre stratégie n’a rien à voir avec ces accusations puisqu’elle tend à corriger un comportement irrationnel des investisseurs qui déstabilise les bourses. En outre, beaucoup de hedge funds ont déçu car ils n’ont pas montré de réelle capacité à être totalement décorrellés des bourses. Cassiopée au contraire a toujours eu une performance positive sur un horizon temps de douze mois.

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B&F: En quoi se distinguet-il des fonds versés dans l’arbitrage de volatilité? M.D.: Nous ne cherchons pas à exploiter comme beaucoup des torsions temporaires dans les prix des options mais à exploiter un biais comportemental systématique des investisseurs.

B&F: Dans quelle mesure la hausse de la volatilité de ces trois dernières années a-t-elle contribué à la performance de Cassiopée? M.D.: Le fonds Cassiopée est assez robuste au scénario boursier. L’histoire l’a montré, nous pouvons obtenir de bons résultats aussi bien dans des années catastrophiques comme 2008 que dans les années positives et peu volatiles. Il n’y a en fait aucune corrélation entre nos résultats et ceux de la bourse ou du niveau de la volatilité.

B&F: Faut-il juger de la performance du fonds au regard d’un benchmark en particulier? M.D.: Non. Le fonds fait de la pure performance absolue.

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B&F: Quel est l’univers d’investissement du fonds? M.D.: Le fonds investit mondialement, il comprend les dérivés – options et futures – sur les grands indices boursiers et sur les indices de volatilité.

des marchés actions nous permet d’extraire une prime sans nous exposer à leur risque.

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Banque&Finance: Quel est le principe du fonds Cassiopée? Michel Dominicé: Depuis des années, je cherchais à mesurer et à comprendre les biais comportementaux qui régissent les fluctuations des marchés financiers et notamment les bourses. Ayant découvert ce que j’appelle la myopie des marchés actions, j’ai eu l’idée de lancer un fonds qui exploiterait systématiquement ce biais comportemental.

Au delà de son seul rendement annualisé, 12,4% en franc suisse, le fonds Cassiopée se distingue également par sa volatilité moindre puisqu’elle s’établit autour des 10% alors que celle du S&P 500 se situe aux alentours des 15%.


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Investir Emmanuel Delley Responsable de la clientèle institutionnelle Suisse Romande ING Investment Management

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hedge funds

Une alternative à l’alternatif

emmanuel.delley@ingim.com

Focus Lors de notre analyse semi-annuelle de l’industrie des hedge funds, il apparait que cinq coefficients suffisent à expliquer la performance globale des hedge funds (HFRI) (positions en date du 29 février 2012): Russell 2000 (-0.82%) MSCI Emerging Markets Equity (+11.69 %) US Dollar Index (+1.29%) VIX Volatility Index (-2.60%) DJ UBS Commodity Index (+12.80%) Nous révisons les coefficients chaque six mois, et leur poids chaque mois.

étant donné leur risque favorable à long terme et leurs caractéristiques de performance, les hedge funds constituent un complément intéressant à un portefeuille. Souvent considérés comme étant réservés à une élite fortunée, de grands fonds de pensions ou des assureurs, en réalité, leur rendement est accessible à un coût intéressant aux investisseurs, et ce à travers des fonds dont l’objectif est de refléter la performance des investissements de ce secteur. Les réplicateurs de hedge funds – ou alternative beta funds comme ils sont souvent appelés, car ils visent à répliquer le «bêta» ou performance générale du marché des investissements alternatifs – présentent un excellent bilan en ce qui concerne leur capacité à produire des rendements similaires ou meilleurs que les indices investissables de hedge funds. En effet, ces fonds sont capables de générer des performances comparables aux indices de hedge funds car les rendements moyens

de ces derniers sont, dans une large mesure, guidés par le mouvement général du marché et des primes de risque systématiques, comme la direction du marché des actions, les taux d’intérêt, les taux de change et la volatilité. La sensibilité implicite à ces facteurs peut être captée en investissant («long» et «short») dans des instruments qui offrent une exposition à ces primes de risque. En utilisant un éventail d’instruments financiers liquides pour répliquer les rendements des indices de hedge funds, on peut donc écarter les désavantages potentiels, comme un manque de transparence ou de liquidité. Les produits de réplication de hedge funds sont intéressants pour les investisseurs institutionnels, car un portefeuille de hedge funds performant et bien diversifié n’est pas toujours facile à obtenir, ce qui peut se traduire par un sous-investissement relatif dans ce secteur.

du marché, ou investissements bêta, additionné «d’alphas» plus risqués, ou des stratégies visant à surperformer les marchés dans la partie satellite. Les produits de réplication de hedge funds peuvent donc être utilisés pour créer un cœur constitué d’investissements alternatifs, et entouré de sélections réalisées par des gestionnaires dans la marge, ce qui peut se traduire par une association optimale d’alpha et de bêta. In fine, si les investisseurs sont certains d’être capables de sélectionner les meilleurs gérants de hedge funds et de distinguer les valeurs anormales, alors ils peuvent investir directement dans des gestionnaires individuels. Mais s’ils ne sont pas sûrs de leurs compétences en ce domaine, et qu’ils veulent capter tout de même le retour sur investissement le plus élevé du secteur, alors ils devraient tourner leur attention vers les produits de réplication de hedge funds. Accès facile

Double couche

La performance globale des Hedge Funds ING (L) Invest Alternative Beta (I, USD, Net) HFRI - Hedge funds fermés 120 110 100 90 80 70 60 50

HFRX - Hedge funds ouverts HFRI - Fonds de hedge funds

Les alternatives que sont les fonds de fonds – impliquant une double couche de commissions – ou la simple sélection de hedge funds par des gestionnaires, requièrent une analyse substantielle. Investir dans une stratégie de réplication, en revanche, résout ces deux problèmes tout en offrant transparence et liquidité. Certains investisseurs institutionnels utilisent une approche «cœur/satellite», ou approche dite «barbell», dans leur allocation d’actifs: le cœur de leur portefeuille se concentrant dans le suivi

Ils bénéficieront ainsi de la stricte surveillance du marché (fonds conformes aux exigences de la directive UCITS) et d’un accès facile à leur argent, découlant d’investissements dans des instruments sous-jacents liquides. Cela contraste fortement avec les périodes d’immobilisation et l’illiquidité de certains hedge funds individuels. Des contraintes qui rappellent les dernières lignes de la célèbre chanson des Eagles, Hotel California: «Vous pouvez régler la note quand vous le voulez, mais vous ne pouvez jamais partir.»

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Investir Cfinancials.com un accès simple et gratuit à tous les produits financiers. Un accès à 98% des produits financiers, soit 9,5 millions d’instruments financier.

Top 5 Issuers of Structured Products in March 2012 in Switzerland: ISSUER NAME 1 - Bank Vontobel 2 - UBS 3 - Zurcher Kantonalbank 4 - EFG Financial Products 5 - Bank Julius Bär

NB OF PRODUCTS 1 603 1 039 656 219 175

Structured Product Type in March 2012 for Switzerland: NAME

NB OF PRODUCTS

1 - Warrant 2 - Warrant with Knock-Out 3 - Mini-Future 4 - Barrier Reverse Convertible 5 - Discount Certificate 6 - Bonus Certificate 7 - Express Certificate 8 - Reference Entity Certificate with Yield Enhancement 9 - Tracker Certificate

Top 20 underlyings in Structured Products in Switzerland: NAME 1 - SMI Index 2 - EURO STOXX 50 PR Index 3 - Roche GS 4 - Credit Suisse Group N 5 - ABB N 6 - Novartis N 7 - Nestlé N 8 - Gold fix PM 9 - Zurich Financial Services AG 10 - UBS N 11 - Holcim N 12 - Swiss RE AG 13 - Silver 14 - S&P 500 Index 15 - Syngenta N 16 - DAX Index 17 - Richemont A Aktien 18 - Adecco SA 19 - Swiss Life Hldg. N 20 - Swatch Group I

10 - Capital Protection Certificate with Coupon 11 - Outperformance Certificate 12 - Miscellaneous Participation Certificates

NB OF PRODUCTS

13 - Reverse Convertible

1 474 1 445 1 404 1 268 1 257 1 224 1 210 1 043 1 029 991 910 892 891 807 749 618 574 524 508 507

14 - Twin-Win Certificate 15 - Barrier Discount Certificate 16 - Miscellaneous Yield Enhancement Certificates 17 - Capital Protection Certificate with Participation 18 - Miscellaneous Leverage Certificates without Knock-Out 19 - Miscellaneous Capital Protection Certificates 20 - Bonus Outperformance Certificate 21 - Reference Entity Certificate with Conditional Capital Protection 22 - Barrier Capital Protection Certificate

1 904 852 592 515 53 40 40 32 27 22 20 9 7 6 6 5 4 2 2 2 1 1

Structured Products Innovation DE: VONCERT OPEN END auf den Vontobel Copper-Strategy Index (CH0141500113) EN: VONCERT OPEN END on the Vontobel Copper-Strategy Index DE: VONCERT in CHF auf einen «Emerging Markets Local Currencies» Bondbasket (CH0141499977) EN: VONCERT in CHF on an «Emerging Markets Local Currencies» Bond Basket DE: Floored Floater auf den CHF 3-Monats LIBOR Zinssatz mit Referenzanleihe Clariant, Minimum Coupon (Floor) von 1.00% p.a. (CH0141499639) EN: Floored Floater on the CHF 3-months LIBOR interest rate with Reference bond Clariant, Minimum Coupon (Floor) of 1.00% p.a.

BANQUE&FINANCE N°115-116 MAI/jUILLEt 2012


81

Michael Heijmeijer

Investir

CEO

@ management@cfinancials.com

La société est privée et indépendante des émetteurs de produits. Les analyses de produits financiers sont objectives et basées sur un traitement informatique des données.

Sur le web www.cfinancials.com

Structured Products with the highest AVG Buy Volume in March 2012 Barrier Reverse Convertible (European Knock-In)

6.75 BVG/SYNN 12

CH0123837210

Banque Cantonale Vaudoise

Barrier Reverse Convertible (European Knock-In)

7.25 BVG/UHR 12

CH0123837228

Banque Cantonale Vaudoise

Barrier Reverse Convertible (European Knock-In)

8 BVG/AIR 12

CH0123837236

Banque Cantonale Vaudoise

Barrier Reverse Convertible

7.10 BVG/ 12

CH0123907385

Banque Cantonale Vaudoise

Barrier Reverse Convertible

9.82 BVG/DD 12 /Z

CH0142977286

Banque Cantonale Vaudoise

Barrier Reverse Convertible

7.28 BVG/APPL 12 /Z

CH0143379284

Banque Cantonale Vaudoise

Capital Protected Note (capped)

RAGRI RBSPLC C 03/14

CH0112791980

Royal Bank of Scotland

Put-Warrant

VTDAEO VON P 12/13

CH0122116384

Bank Vontobel

Put-Warrant

VTDAFD VON P 06/12

CH0125194453

Bank Vontobel

Put-Warrant

VTDAFK VON P 06/12

CH0125194511

Bank Vontobel

Call-Warrant

VTCSBJ VON C 03/12 /Z

CH0132117281

Bank Vontobel

Kapitalschutz mit Coupon

0 ZKB/ 16 /Z

CH0132601615

Züricher Kantonalbank

Put-Warrant

VTDAPS VON P 02/12 /Z

CH0142981692

Bank Vontobel

Call-Warrant

VTDAXJ VON C 04/12 /Z

CH0147462870

Bank Vontobel

Put-Warrant

VTDAJU VON P 04/12 /Z

CH0147463100

Bank Vontobel

Put-Warrant

VTDAXV VON P 05/12 /Z

CH0147474263

Bank Vontobel

Put-Warrant

VTSMAB VON P 01/12 /Z

CH0141420569

Bank Vontobel

Call-Warrant

VTSMVF VON C 02/12 /Z

CH0142981049

Bank Vontobel

Call-Warrant

VTSMCQ VON C 04/12 /Z

CH0147462755

Bank Vontobel

Put-Warrant

VTSMAH VON P 03/12

CH0127384052

Bank Vontobel

Put-Warrant

VTDAXC VON P 06/12

CH0147461682

Bank Vontobel

Barrier Reverse Convertible (European Knock-In)

8.90 BVG/CFR 12

CH0124048056

Banque Cantonale Vaudoise

Put-Warrant

VTDADL VON P 12/12

CH0119523956

Bank Vontobel

Put-Warrant

SMIHY VON P 12/12

CH0104756876

Bank Vontobel

Call-Warrant

VTNOVA VON C 09/12

CH0139639485

Bank Vontobel

Call-Warrant

UBSJG JB C 12/12

CH0126644183

Bank Julius Bär

Sprinter Warrant Put

SBUNN VON P 06/12 /Z

CH0148727974

Bank Vontobel

Call-Warrant

NOZKC ZKB C 06/12

CH0124691491

Züricher Kantonalbank

Put-Warrant

UBSKN ZKB P 06/12

CH0129898323

Züricher Kantonalbank

Call-Warrant

NESKT ZKB C 06/12

CH0124691731

Züricher Kantonalbank

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Investir

Angela Dewolff

Investissement durable

Fondatrice et directrive de Conser Invest. Elle est également la présidente de l’association Sustainable Finance Geneva et coorganise avec european investor relations le Geneva Forum for Sustainable Investment.

Un marché toujours plus organisé L’investissement durable a pris ces dernières années une dimension majeure. Le point avec Angela Dewolff, co-organisatrice du Geneva Forum for Sustainable Investment. Banque&Finance: Depuis plus de dix ans que vous travaillez dans le domaine de l’investissement durable, comment avez-vous vu évoluer le comportement des investisseurs en la matière? Angela Dewolff: L’enthousiasme presque insouciant des premières années a fait place aujourd’hui à une approche plus rationnelle. A la fin des années 80, quand la finance durable a commencé à se développer, beaucoup d’investisseurs s’y sont intéressés sans trop en maîtriser le mode d’emploi. Il y a donc eu une longue période d’apprentissage pendant laquelle les gens se sont rendus compte qu’il n’était pas forcément si facile de faire rimer durable et rentable. Depuis une dizaine d’années, nous sommes rentrés dans une phase plus mature et professionnelle. Les investisseurs abordent la finance durable avec un regard plus construit et pragmatique. Leur philosophie d’investissement repose davantage sur des objectifs de long terme basés sur une analyse fondamentale des entreprises une gestion globale des risques intégrant les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) B&F: Que représente aujourd’hui le marché de l’investissement durable? A.D.: Aujourd’hui, les fonds recensés dans le domaine de l’investissement responsable couvrent un univers suffisamment large pour permettre la construction d’un portefeuille diversifié, 100 % «durable». Selon

BANQUE&FINANCE N°115-116 MAI/jUILLEt 2012

EUROSIF, un observatoire de référence de cette industrie, ce type d’investissement représente en Europe une masse de 5 000 milliards d’euros C’est environ 10 % du marché européen de la gestion institutionnelle et privée avec des perspectives de croissance soutenues. Evidemment, la finance durable regroupe des styles et des méthodologies d’investissement très diverses, Les approches peuvent varier selon les pays, les cultures, mais, dans l’ensemble, la transparence et la qualité des processus s’améliorent garantissant un marché toujours plus organisé. B&F: Quels en sont les principaux acteurs? A.D.: Chez Conser Invest, nous avons répertorié et qualifié plus de 1100 fonds qui sont actifs sur ce marché. Il faut cependant distinguer différents types d’intervenants. Il y a d’une part les acteurs qui se concentrent à 100% sur l’investissement durable. Je pense notamment à Symbiotics, qui se concentre sur l’Impact Investing et sur des projets qui favorisent un développement social équilibré dans des zones défavorisées. Il y a d’autre part les généralistes qui se positionnent sur ce segment et l’insèrent dans leur offre globale. Certains s’y emploient en plaçant l’investissement durable au coeur de leur stratégie. C’est notamment le cas de la banque Sarasin qui a complètement intégré l’investissement durable dans les grilles d’allocation d’actifs destinées

à sa clientèle privée. D’autres peuvent avoir une démarche plus opportuiniste à l’image de PIMCO qui propose désormais un produit obligataire «durable». B&F: Quels sont les profils des investisseurs intéressés aujourd’hui par l’investissement durable? A.D.: Le secteur reste dominé par les grands investisseurs institutionnels qu’il agisse de fonds souverains, de caisses de retraite ou de fonds de pension. Dans la mesure où leur stratégie d’investissement se fonde sur une vision à long terme et une gestion du risque exigeante, la finance durable prend des proportions de plus en plus importantes dans leurs portefeuilles. Mais il est vrai que nous voyons davantage de fondations ou de grandes fortunes s’engager dans cette voie dans la mesure où elles souhaitent donner plus de sens et de cohérence à leurs investissements. B&F: Quelle est la raison d’être de Conser Invest que vous avez créée en 2007? A.D.: Conser Invest est un conseiller et un gérant qui se consacre exclusivement à l’investissement durable. Notre cabinet accompagne des investisseurs dans cette démarche, il prend en compte leurs valeurs et contraintes financières et leur trouve les solutions les mieux adaptées. Nous avons créé Conser Invest afin de garantir un travail totalement indépendant et proposer à nos clients un choix le plus étendu possible.

Avis d’expert GFSI En moins de dix ans, la demande des investisseurs suisses pour des produits d’investissement durables a été multipliée par dix pour atteindre, en 2009, CHF 34 milliards. Organisé par european investor relations, Conser Invest et Sustainable Finance Genava, le Geneva Forum for Sustainable Investment a été créé afin de permettre aux spécialistes de l’industrie de mettre en valeur leurs expertise et produits. “Nous avons surtout voulu sortir du champ de la théorie, souligne Angela de Wolff, et présenter des cas concrets avec des solutions pragmatiques, investissables de suite. Nous avons souhaité également montrer la pluralité de l’offre et son évolution.” Geneva Forum for Sustainable Investment Vendredi 8 juin, hôtel Métropole, Genève Plus d’infromation : www.gfsi.ch


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Investir Le cocktail du gérant

2012, l’année où les doutes subsistent L’année 2011 va rester dans nos mémoires comme l’année de la crise de la dette européenne. Cette crise n’est de loin pas résolue. Les risques pour 2012 c’est que la crise européenne se propage aux pays européens et affectent dans son élan les pays émergents, comme la Chine ou le Brésil.

d’aide financière du FMI et de l’Union européenne et provoquerait de fortes turbulences dans l’économie globale et une profonde récession à travers le monde. Les prévisions économiques difficiles n’affectent pas uniquement les pays en crises. Les prévisions pour une récupération de l’économie mondiale ne paraît pas évidente.

Qu’observe-t-on sur les marchés?

Crainte du pire

La crise économique se manifeste actuellement par la crise des dettes souveraines. Mais il est important de se rappeler que la crise a commencé en 2008 avec la crise des subprimes aux Etats-Unis. La dette souveraine des pays industrialisés a atteint son apogée en raison de la crise des marchées financiers et à l’injections de sommes exorbitantes par les gouvernements dans les économies respectives. La baisse des recettes d’impôts due à un ralentissement de l’activité économique en général n’a fait qu’amplifier la situation de ralentissement global. Les gouvernement ne sont plus en mesure de mettre en place des politiques traditionnelles keynésiennes de relance des économies à travers des dépenses gouvernementales. En ce qui concerne, le récent accord avec la Grèce, les avis sont partagés. Dans un premier temps il a bien été salué par les marchés et dans un deuxième temps le scepticisme s’est propagé. on l’a vu notamment la manchette du Financial Times sur les doutes en relation avec cet accord. Une crise qui affecterait les grands pays européens excéderait la capacité

A la fin de l’année dernière on a pu croire que l’économie américaine pouvait éventuellement se trouver sur le chemin de la récupération. Mais il manque encore une base solide pour une croissance économique soutenue. L’économie américaine souffre d’une dette publique et privée plus importante que celle des pays européens. Il serait important de réduire les déséquilibres du commerce extérieur qui se manifestent dans de nombreux pays et affectent négativement les perspectives du commerce international. Une grande partie de la croissance économique en Chine dépend du maintient de son surplus commercial qui implique un déficit dans d’autres régions. Dans le passé les Etats-Unis ont contribués au surplus commercial chinois. Avec la récession aux Etats-Unis la Chine est confrontée à trouver d’autres pays d’exportation notamment avec les pays émergents dont le Brésil.

Dans se contexte de forte volatilité des marchés nous recommandons une extrême prudence dans l’allocation d’actifs. Pour un portefeuille équilibré nous recommandons l’allocation d’actif suivantes :

Liquidité Obligation Action Placement alternatif Or

10% 40% 35% 8% 7%

Liquidité 10%: Les rendements en cash sont inintéressants pour les investisseurs. La liquidité est investie en monnaie market fund avec un AAA ratings et évoluera en fonction des perspectives économiques durant l’année 2012. Obligation 40%: Les prix des obligations corporatives sont restés relativement stable en 2011 et paraissent attractifs si on les compare aux bons du trésor américain et allemand qui ont servis de valeur refuge en 2011. Les obligation gouvernementales américaines et allemandes nous paraissent relativement valorisées et sont a éviter dans les portefeuilles obligataires. Dans la dette des pays émergents on a profité de nouvelles émission de

débiteurs brésiliens comme Banco do Brasil et Banco Bradesco pour renforcer la dette high yiel des pays émergents. Action 35%: nous recommandons une approche combinées de valeurs de rendement traditionnelles, de valeurs de croissance et des entreprises orientées à l’exportation. Notre partie actions a été augmentée de 5% au dernier trimestre 2011 en diminuant nos liquidités. La prime de risque systémique pesant sur les marchés s’est considérablement reduite. Les nouvelles mesures pour contrer la crise pourrait permettre de réduire l’aversion au risque et d’augmenter le potentiel de performance du marché des actions. Placements alternatifs 8%: Les placements alternatifs ont fortement souffert en 2011. Le redressement des cours des actions en fin d’année a pesé sur les performances des gérants qui avaient misés sur une baisse des marchés. Les gérants long/short equity ont tiré profit du ressement des cours des actions. L’assouplissemrnt des conditions d’octoi du crédit et l’amélioration du climat sur les marchés ont joué en faveur des stratégies event driven. Or 7%: Nous avons profité de la hausse de l’or en 2009, 2010 et 2011 pour prendre nos profits et le pourcentage de l’or a été réduit dans nos portefeuilles de 10% à 7%. au dernier trimestre 2011. Nous pensons que toute correction est une nouvelle opportunité d’achat. L’or devrait conserver sont attrait à moyen et long terme.

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Diriger

frederic kohler Diricteur de l’institut supérieur de formation bancaire

Le leader et le changement: l’initier c’est bien, le réussir c’est mieux! Le leader est celui sans qui le changement n’aurait pas eu lieu. Sa capacité à l’initier dépend de son talent. Mais elle est contreproductive s’il n’est pas aussi capable de le mener à bien.

L

PAR Dorothée Thénot journaliste

@ d.thenot@banque-finance.ch

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a gestion de projet s’est emparée depuis longtemps de la conduite du changement. Mais elle n’aborde que rarement sa dimension humaine. Management et RH, ont quant à eux globalement fait l’impasse sur cet enjeu, s’en remettant bien souvent à la maîtrise d’ouvrage pour traiter le sujet. Il n’est donc pas étonnant d’obtenir aujourd’hui des résultats plus que décevants en matière de changements organisationnels. Une enquête récente* a montré que seuls 25% des réorganisations étaient jugées à postériori par leurs initiateurs comme des succès et que le facteur humain était à 57% la cause principale d’échec. Pourtant, le nombre et la fréquence des changements n’ont jamais été aussi important. On peut même parler de frénésie ou de turbulence tant le retour à la stabilité semble être devenu

illusoire. Il en résulte une explosion du ressentiment des collaborateurs et des managers sur trop de changement, ou que les dirigeants ont perdu la maîtrise des changements organisationnels qu’ils initient. Jusque dans les années 80, les réorganisations consistaient en des adaptations, répondant à des pressions internes de dirigeants en quête d’une meilleure prospérité. Depuis près de vingt ans, les causes du changement sont devenues externes, qu’elles soient technologiques, économiques, politiques ou sociales, elles donnent aux acteurs l’impression d’une perte de contrôle et de sens, la foi dans le progrès semblant avoir été définitivement perdue. Il ne s’agit plus de faire plus ou mieux, mais bien de faire autre chose. Nous sommes passés d’un besoin d’adaptation à une nécessité de rupture. Ces changements

sont caractérisés par l’éclatement, différents projets poursuivant des objectifs propres et parfois contradictoires, rendant la cohérence du tout aléatoire et peu visible. S’y ajoute la simultanéité de ces changements, chaque acteur se retrouvant au cœur de plusieurs projets, renforçant encore le sentiment de ne plus avoir le temps de bien faire quoique ce soit. Le monde n’est plus seulement compliqué, il est devenu incertain et imprévisible. C’est cette complexité qui met en échec notre façon de gérer le changement et remet en cause nos modèles organisationnels et managériaux. Nos organisations reposent globalement sur le positivisme, c’està-dire la croyance dans une vérité unique, et le déterminisme, autrement dit que le futur est « écrit ». Or, ces deux postulats s’avèrent dépassés dès lors qu’ils tentent de s’appliquer aux organisations humaines. L’organisation néo-taylorienne de nos entreprises et leur management «scientifique» se sont révélés incapables de mener


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Diriger

à bien les changements complexes. Il est plus qu’urgent d’accepter la complexité du monde et des individus pour l’intégrer dans notre pratique de la gestion du changement. CHANGER SOI-MÊME POUR MIEUX CONDUIRE LE CHANGEMENT «Pour gérer des choses complexes, il faut renoncer à la simplicité des vieilles solutions» Le management actuel empreint de cartésianisme est focalisé sur le quoi et le comment en partant du principe que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Or, pour tout ce qui touche à l’humain, rien n’est moins vrai. Il convient désormais d’analyser l’organisation comme un système vivant ou règnent les lois de la causalité circulaire et de «l’effet papillon». Il faut cesser de se focaliser sur la cause du problème car cela aide bien peu à trouver la solution. Au-delà de son inefficacité, le management a perdu de vue le «pourquoi». Il est donc prioritaire de redonner du sens au changement. L’approche constructiviste est une réponse puisqu’elle présuppose que demain s’écrit aujourd’hui et que nous construisons la réalité du futur. En cela, elle redonne du sens et réfute le fait que les choses sont inévitables. Les acteurs du changement deviennent alors une solution potentielle au problème. Il existe 2 types de changement. Celui qui consiste à optimiser le système, à faire plus ou mieux de la même chose, et celui qui marque une évolution du

système lui-même, qui impose de faire désormais autre chose. Dans ce cas, le décalage fréquent entre la décision de changer et le changement provient toujours d’une méconnaissance de ses 3 dimensions. Le plus souvent, seule la dimension organisationnelle est traitée par l’équipe projet. Or, aucun changement de ce type ne peut réussir sans la gestion simultanée des transitions individuelles et collectives. La transition, c’est cette phase d’inconfort durant laquelle l’individu ou la communauté n’a pas renoncé à l’ancienne situation parce qu’il ne perçoit pas encore les bénéfices de la nouvelle. Les étapes de la transition s’apparentent à la courbe du deuil. Il est impossible de passer à l’étape suivante sans avoir «digéré» la précédente. C’est bien souvent la négation de cette réalité et le refus d’accompagner la transition qui génèrent les résistances au changement, ces dernières s’avérant une fois advenues, quasiment insurmontables. Changer impose aussi l’acquisition des compétences requises par la situation nouvelle. Le plus souvent il s’agit d’une formation mais dans le cas d’un changement de type 2, seule l’adoption de nouveaux comportements permet d’espérer la réussite pérenne du changement. Un tel apprentissage requiert du temps et des moyens, en un mot un accompagnement. Dans l’entreprise, leaders et managers sont complémentaires. Le manager dispose d’une autorité formelle, permanente et institutionnelle, celle du leader est fonctionnelle, informelle et temporaire. Le manager est le

garant du présent qu’il lui est difficile de remettre en cause pour préparer demain. Le leader est à même de conduire le changement puisque cela revient à bousculer un présent dont il n’a pas la responsabilité. Pour cette raison, il est toujours préférable de confier la conduite du changement au leader et l’accompagnement de la transition au manager. D’autres acteurs doivent prendre part au changement. La RH qui adapte rapidement son fonctionnement à la nouvelle organisation et apporte sa connaissance des dimensions humaines. La Direction qui ne se contente plus de décider le changement et s’implique de façon permanente et visible durant tout le projet, l’exemplarité étant une des clés du succès. Enfin, les collaborateurs, puisque ce sont eux qui vont bâtir et mettre en œuvre le «comment» du changement, le leader n’étant garant que du «quoi».

L’accoucheur Avec l’élévation globale du niveau d’éducation, nous devons faire le pari de l’engagement et de la responsabilité. L’époque n’est plus à la coordination mais bien à celle de la coopération. Il ne s’agit plus tant de convaincre les acteurs de la nécessité du changement que de les motiver à devenir acteur de ce changement. Le leader est l’accoucheur de cette motivation. Il est comme ce chef d’orchestre qui ne jouant d’aucun instrument, garantit l’harmonie et la performance de l’ensemble.

Pour terminer, encore et toujours communiquer. Communiquer c’est mettre en commun pour agir, s’enrichir et coopérer. On présente souvent la capacité à parler en public comme l’apanage des leaders. Il est pourtant plus important de provoquer la bonne réponse que d’envoyer le bon message. Seul le dialogue efficace produit le changement. Communiquer, ce n’est pas informer mais bien établir un espace permanent d’échange et de confiance où tous les acteurs tiennent un discours honnête et direct. Cependant, ceux-ci devront surtout assurer la cohérence entre paroles et actes, seul vrai gage de réussite du changement..

BANQUE&FINANCE N°115-116 MAI/jUILLEt 2012


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Se perfectionner

Former en continu le personnel face au défi de la concurrence et du vieillissement

L

stefan hoffman Responsable Développement Formation Membre de la Direction Association suisse des banquiers

@ stefan.hoffmann@sba.ch

e secteur bancaire compte parmi les secteurs dont la valeur ajoutée et la compétitivité dépendent dans une large mesure des connaissances et du savoir-faire de ses collaborateurs. Or, on constate que le nombre de diplômés d’une formation de base diminue et qu’en parallèle, l’âge moyen du personnel augmente. Les banques sont ainsi confrontées à deux défis: premièrement, s’imposer dans la concurrence avec d’autres branches en ce qui concerne la lutte pour le recrutement de la relève et deuxièmement, former leur personnel en permanence. Apprendre tout au long de la vie, telle est la devise des banques. Lors du recrutement de la relève, les banques sont déjà en concurrence avec d’autres branches. Il a y deux ans, l’Association suisse des banquiers (ASB) et ses banques membres ont par conséquent lancé une communication faîtière commune dans le do-maine de la formation de base. Le site Web SwissBankingIFuture1 en constitue l’élément principal. Il a récemment été élargi à une composante de formation continue et constitue à présent un portail de formation très complet dans le domaine Banque et Finance. La com-munication faîtière vient compléter les outils de communication des instituts et vise à ac-croître

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l’attractivité de la branche Banque. L’ASB influe non seulement sur la conception de la formation bancaire de base mais également sur la formation continue. Il serait audacieux de vouloir influer sur l’ensemble des offres. L’ASB se positionne ainsi par rapport aux filières de formation qu’elle estime importantes dans le cadre d’une stratégie de formation continue clairement définie. De plus, elle s’efforce d’accroître la transparence sur le marché et d’améliorer ainsi l’information pour les candidates et les candidats potentiels dans les banques2. Notre stratégie de formation continue est axée sur une formation non universitaire, de niveau ter-tiaire spécialisée dans la Banque et Finance. Cette formation continue se fait à un premier niveau par les deux voies principales que sont a) l’Ecole Supérieure spécialisée en Banque et Finance (ESBF) et b) les Hautes écoles spécialisées avec la filière Bachelor of Science en économie d’entreprise avec approfondissement Banking + Finance. L’apprentissage tout au long de la vie gagne également en importance. Il s’agit de per-mettre aux collaborateurs expérimentés de planifier leur carrière et leur avenir profession-nel de manière réaliste par une formation continue systématique et d’empêcher qu’une partie des employés plus âgés n’«abandonne» en quelque sorte ou

ne se sente plus à la hauteur, et ce avec les risques et les coûts que cela implique pour les banques. Une formation continue adaptée à l’âge des personnes formées et un bon mélange de collabora-teurs plus jeunes et plus âgés peuvent contribuer à ce que des collaborateurs en place depuis longtemps restent compétents et novateurs. Dans le secteur bancaire justement, il s’avère qu’une combinaison judicieuse de jeunes talents et de collaborateurs expérimen-tés fournit les meilleurs résultats. Une pratique réussie de l’apprentissage tout au long de la vie renforce de plus l’attractivité des banques en tant qu’employeur. Outre les connaissances bancaires, la culture générale (p. ex. langues, mathématiques), les aptitudes à gérer les incertitudes ainsi que les compétences à s’informer et à ap-prendre seront encore plus importantes à l’avenir. La formation continue gagnera donc encore en importance. La validation d’une formation initiale n’est donc que la fin d’un début en somme, rien de plus. La voie suivie ensuite est quant à elle décisive et une voie cou-ronnée de succès passera dans tous les cas par un apprentissage tout au long de la vie, un engagement et une grande ouverture d’esprit.


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Banque & Internet

Sur le web www.b3b.ch www.twitter.com/b3b

Les ambassadeurs de votre e-réputation Focus

Focus

Associée ou non aux règles d’utilisation d’internet, une charte permet de clarifier la stratégie de communication que l’établissement souhaite refléter sur les réseaux sociaux. Elle règle les bonnes pratiques attendues des collaborateurs sur ces derniers: conditions d’accès et d’utilisation, principes d’expression (nétiquette), notion de propriété intellectuelle, liste des sanctions en cas d’abus, mesures de prévention de fuite d’informations confidentielles, etc. Sur le web

http://bit.ly/ApZSvV

marc barbezat Créateur et éditeur de b3b

@

marc@b3b.ch

La gestion de la réputation en ligne des établissements financiers ne peut ignorer, aujourd’hui, le rôle joué par leurs employés sur les réseaux sociaux. Pour le meilleur et pour le pire.

G

râce à leur convivialité, les réseaux sociaux sont devenus un moyen banal de communication, comme l’était le téléphone il y a quelques dizaines d’années. Les réseaux possèdent néanmoins une caractéristique intrinsèque particulière, faisant de chacun de leur noeud un nouvel émetteur potentiel et, en conséquence, un puissant outil de contagion virale de l’information. Fini le temps où la diffusion de l’information était l’apanage des agences de presse et des chargés de communication de la banque. De nos jours, chaque collaborateur peut devenir un maillon de ce réseau de communication, grâce à internet et aux réseaux sociaux. La décision des banques et des établissements financiers de figurer ou non sur les réseaux sociaux ne leur appartient plus. Ce pouvoir relève dorénavant du clavier de chaque internaute. Ce “printemps des banques” apporte donc de nouveaux risques pour la réputation de chaque établissement, mais surtout de nouvelles opportunités. Les collaborateurs, ces nouveaux ambassadeurs Qu’une banque clame haut et fort être le meilleur employeur de la place,

par le biais de communiqués officiels, n’aura pas la valeur d’un témoignage personnel d’un collaborateur vantant, sur les réseaux sociaux, le plaisir qu’il a de travailler pour cet établissement. Mais la critique peut également y être présente. Aussi, le défi consiste à intégrer le collaborateur dans sa stratégie de communication et d’en faire un ambassadeur de sa marque. Il convient donc d’apporter des conseils et des principes de comportement, qui se résument au sein d’une charte d’utilisation des réseaux sociaux entre la banque et ses employés. Il ne s’agit pas d’interdire, mais bien d’accompagner la diffusion d’informations, afin qu’elle soit la plus en ligne avec la stratégie de communication de l’établissement, et la plus exacte possible. Sensibiliser plutôt qu’interdire Même si chacun est responsable de ses écrits sur internet, il est indispensable d’édicter des principes et des règles de comportement attendu sur les réseaux, en vue d’éviter de mettre à mal la réputation en ligne de l’établissement ou du collaborateur lui-même. Internet n’oublie rien et un mot ou une opinion fâcheux peut avoir des effets négatifs rémanents à l’encontre de leur auteur. La sensibilisation face aux menaces

issues d’internet, comme par exemple l’agrégation d’informations sensibles sur internet combinée à des actes d’ingénierie sociale, doit faire partie des mesures préventives accompagnant l’établissement d’une telle charte. Certes, un comportement éthiquement responsable, une “nétiquette”, est le pré-requis minimum attendu de chaque employé sur la toile: ne pas diffuser des contenus répréhensibles, incorrects, imprécis ou inexacts, être soi, parler pour soimême, être poli, ne pas chercher l’affrontement, etc. L’adoption d’une telle charte repose essentiellement sur la vision commune de l’acceptable et du répréhensible, gage du partage des mêmes valeurs et d’une communication réussie sur internet.

Retrouvez également sur notre site internet, www.banque-finance.ch le flux d'informations en continu fourni par notre partenaire www.b3b.ch

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Solutions bancaires

Attribution de performance: L’importance des benchmarks intermédiaires Mettre à disposition des évaluations de performance détaillées pour des rapports de qualité à la clientèle privée.

A Susanne Kukkuk Business Analyst, temenos

@

skukkuk@temenos.com

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ujourd’hui la possibilité de décomposer et d’expliquer des résultats de performance est une nécessité pour permettre aux institutions financières de rester compétitives. Avec davantage de pression réglementaire interne et externe, et des clients de plus en plus sophistiqués demandant davantage d’informations sur la performance des investissements, les gérants de portefeuilles ont besoin d’un aperçu journalier du compte d’exploitation et de la performance en fonction des domaines d’activités, marchés, géographies etc. L’attribution de performance donne un aperçu de qualité des origines de la performance du portefeuille et est un instrument utile pour évaluer en interne les décisions d’investissements des gérants de portefeuilles. Elle permet en outre d’identifier les stratégies d’investissements les plus performantes et de comprendre les raisons de leur performance de façon à ce qu’elles puissent être répliquées à davantage de portefeuilles. Les benchmarks intermédiaires sont un outil puissant pour isoler et mesurer l’impact de certaines décisions d’investissements spécifiques de manière individuelle et indépendante. L’attribution de performance va devenir de plus en plus importante pour le reporting à la clientèle externe. Aujourd’hui, les résultats de l’attribution de performance sont directement mis à la disposition des clients institutionnels et des gérants de sociétés de

gestion de patrimoine. Ceci est essentiellement dû au fait que la compréhension des chiffres de l’attribution de performance requiert une certaine compétence financière du client et que le patrimoine du portefeuille doit être assez important pour permettre une adaptation fréquente de la stratégie d’investissement. Etant donné que les connaissances des investisseurs privés à propos des marchés financiers ont tendance à augmenter, nous nous attendons aussi à une demande croissante pour une analyse de performance détaillée de la part des clients privés.

vraiment requis mais il est très peu probable qu’elle permette de gagner plus que le marché. Cependant avec un mandat de gestion actif, l’objectif du gérant de portefeuille est de battre la performance du benchmark en prenant des décisions d’investissement de façon à dévier de la composition de ce référentiel. Chaque décision d’investissement peut être considérée comme un «pari» pour investir dans les «bons» marchés et titres. Si la décision du gérant de portefeuille est juste il gagnera son pari et dès lors contribuera de façon positive à la surperformance générale.

Style de gestion passif / actif

Le modèle Brinson

Un pré-requis de l’attribution de performance est l’analyse de contribution, c’est-à-dire l’éclatement de la performance en segments de marchés. L’attribution de performance compare les rendements des segments de marché individuels par rapport aux différents indices de performance de marchés. Dans un portefeuille géré de façon passive le gérant de portefeuille répliquera un indice de marché, c’est-àdire la pondération des instruments dans le portefeuille sont identiques à leur pondération respective dans l’indice. Ceci veut dire que la performance du portefeuille va suivre de façon précise la performance de l’indice. Le coût de cette stratégie est, de façon générale, peu élevé, étant donné qu’aucun travail de recherche n’est

L’histoire de l’attribution de performance a commencé en 1986 avec le modèle Brinson. Brinson et Al ont montré que le rendement du portefeuille supérieur au benchmark peut être séparé en deux composants : l’allocation de marché (effet de la sélection du marché) et la sélection du titre d’investissement (effet de sélection d’actions). A partir du moment où le gérant de portefeuille dévie par rapport au benchmark en surpondérant les segments du marché pour lesquels il s’attend à une performance supérieure à la moyenne, ceci est considéré comme l’effet de sélection de marché. S’il arrive à obtenir un rendement plus élevé par segment de marché en sélectionnant des titres spécifiques lesquels surperforment le benchmark de ce marché, ceci est


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Solutions bancaires considéré comme l’effet de sélection d’actions. Pour mesurer ces effets, Brinson et Al ont utilisé le concept d’un benchmark intermédiaire qui a la même pondération de segment de marché que le portefeuille mais les mêmes rendements pour les segments de marché que le benchmark original. Construire des benchmarks intermédiaires pour un processus à plusieurs niveaux Les décisions d’investissement sont souvent prises dans une approche top-down. Par exemple, au niveau le plus élevé de la structure du marché se détermine la pondération entre actions et obligations. Les marchés actions et les marchés obligations sont dès lors gérés par des équipes dédiées qui prennent des décisions sur la pondé-

ration des différents sous-marchés (par pays, devises, secteurs etc.). Au final un spécialiste de chaque sous-marché est responsable pour la sélection des titres. Le modèle Brinson peut être étendu dans ce cas, en construisant des benchmarks intermédiaires à chaque niveau afin d’en isoler les différents effets. Ceci permet de mesurer l’impact de chaque décision individuellement et indépendamment des autres décisions prises pour arriver à déterminer quelle équipe et sous-marché ont généré la plus grande contribution à la surperformance totale. Étant donné que les portefeuilles actions sont généralement gérés par pondération, les gérants de portefeuilles à taux fixe se concentrent sur la duration du benchmark. Ces décisions d’investissements sont basées sur les attentes concernant la hausse ou la baisse des taux d’intérêts dans

un marché en général (déplacement parallèle de la courbe de taux) ou par rapport à certaines échéances (déplacement non parallèle de la courbe de taux). L’approche du benchmark intermédiaire peut être étendue à cette situation en adaptant la construction de benchmarks intermédiaires de façon similaire. L’attribution de performance est un instrument performant pour améliorer les processus d’investissement en identifiant les sources importantes des rendements. Le concept de benchmarks intermédiaires permet l’analyse de décisions d’investissement consécutives de différentes natures. Parce que les clients de la banque privée disposent de davantage d’informations et que leur niveau d’attente est plus élevé, il y a un besoin croissant de présenter les rendements, de décrire les politiques d’investissement

utilisées et de quantifier les risques encourus en mettant en œuvre ces stratégies. En mettant à disposition ces informations, les institutions financières ont la possibilité de démontrer leur savoir-faire et de se différencier par rapport à la concurrence en produisant des rapports sophistiqués pour la clientèle ce qui leur permettra de garder les clients existants et d’en attirer de nouveaux. Les banques qui ne réussissent pas à mettre en œuvre des compétences avancées d’analyse de la performance risquent de perdre des clients parce qu’elles n’auront pas réussi à démontrer correctement les facteurs du succès de leurs stratégies d’investissement et ne pourront pas évaluer et prouver leur performance d’investissement à leurs clients. 

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Solutions bancaires

Un taux de réponse de vos campagnes à plus de 50%, rêve ou réalité? Yves Burki Head of Business Line Banking Suisse chez ELCA Informatique SA

Comment augmenter le taux de réponse de vos campagnes marketing? Vu les taux terriblement bas traditionnellement constatés, la question est légitime. Malgré les avancées technologiques, on constate peu d’améliorations dans ce domaine depuis des décennies. Une nouvelle méthode – l’Approach Management – pourrait cependant révolutionner leur efficacité.

D

epuis les années 90, les outils technologiques et méthodologiques à l’appui des campagnes marketing sont sans cesse optimisés. Que ce soient des outils analytiques pour mieux catégoriser ou segmenter les clients, ou opérationnels afin d’aborder et suivre les clients de manière personnalisée lors d’activités de masse, les taux de réponse restent généralement inférieurs à dix pour cent. Force est de constater que les outils et les processus applicatifs, si optimisés soient-ils, n’apportent que des améliorations minimes de l’efficacité. Dès lors, une remise en question du processus s’impose ouvrant la voie à de nouvelles approches. Le concept de l’Approach Management Les concepts et processus relatifs aux campagnes de marketing n’ont guère changé depuis des années. Par exemple, l’application de gestion de la relation client (CRM) analytique se limite souvent de facto à la création de groupes cibles pour des activités de marketing direct, à la segmentation de clientèle et à l’évaluation statistique

du succès des campagnes. Parfois elle sert aussi à identifier les clients enclins à un service complémentaire («NextProduct-Recommendations») ou menaçant d’infidélité. Contrairement aux activités de CRM analytique, opérationnel et stratégique qui sont souvent bien intégrées, les activités de marketing et de ventes sont souvent organisées en divisions distinctes et indépendantes. Alors que ces deux activités s’adressent dans la pratique aux mêmes clients, elles collaborent à peine entre elles. Le cloisonnement fonctionnel et technique (base de données) en silos qui existe au sein des entreprises est manifeste entre le marketing et la vente. Dans quelques rares cas la coordination des activités de promotion et de communication avec le CRM analytique semble fonctionner. La prochaine grande évolution doit être une coordination et une automatisation orientées processus de l’ensemble des activités marketing et ventes en intégrant le CRM analytique dans tout le cycle de vente. C’est dans ce contexte que le concept d’«Approach Management» prend tout son sens: mettre en œuvre une approche et des processus intégrant l’identification des cibles, le marke-

ting et les ventes, le tout de manière systématique. Le Business Case: le comportement des clients en point de mire L’Approach Management est une méthode visant à identifier systématiquement les opportunités de vente potentielles. Au lieu de se concentrer sur un produit du portefeuille et d’analyser qui achète quoi, où et quand, cette démarche prend en compte le comportement des clients comme point de départ et le schématise sous forme de Business Cases – le fondement de l’Approach Management. Un Business Case est une hypothèse de vente partant du constat que les clients remplissant certains critères ont une forte probabilité d’effectuer un achat. Par exemple un client qui change d’adresse et de canton est donc enclin à déplacer ses biens gérés dans sa banque régionale vers sa nouvelle localité. L’identification et le traitement systématique des clients remplissant ces critères (changement d’adresse et client d’une banque régionale localement éloignée) permettent d’adresser le bon message au bon .

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Solutions bancaires

. moment au bon client. Le comportement type d’un client à fort potentiel est défini sous la forme d’un modèle de données générique. Un Business Case commence par une définition du marché cible auquel ce cas peut être appliqué. Il comprend avant tout des règles métier et critères d’exclusion très stricts pour déterminer le profil type du client à fort potentiel. Le Business Case comprend également une multitude d’activités, qui peuvent être dépendantes l’une de l’autre comme dans la séquence (cf. Illustration 1) «si l’activité 1 est un succès, on passe à l’activité 2, voire à l’activité 3 si tel autre critère est aussi rempli». Une activité se compose d’une offre, d’un canal et d’une cible précise. La cible porte sur les clients pour lesquels cette activité est effectuée et – point décisif – peut-être effectuée en appliquant des règles simples, des modèles de prévisions complexes ou des combinaisons de ces éléments. L’algorithme de sélection est ainsi découplé des applications métier pour éviter les problèmes liés à l’utilisation de «Data Mining». Une offre se compose d’un ensemble de produits et de prestations, d’un prix, d’un message et de supports de promotion. Les supports de promotion peuvent être des scripts d’appel si le canal est le téléphone ou des brochures produits et guides d’entre-

tien de vente s’il s’agit d’un entretien avec un conseiller. Le produit ne doit pas obligatoirement être un produit classique du catalogue produit mais plutôt un «objet» avec lequel on souhaite familiariser le client. Le message - à la fois important et très souvent omis - transmet l’argument incitant le client à accepter l’offre. Le portefeuille de Business Case est un concentré de savoir-faire métier La pratique a montré qu’en réalité, quasiment toutes les activités client envisageables peuvent être reproduites schématiquement sous forme de Business Case. Le Business Case est donc un instrument formidable pouvant être enrichi régulièrement d’informations sur les facteurs déclenchant les ventes pour une offre donnée. Dans le secteur de la finance ce savoir est rarement enregistré ailleurs que dans la tête des meilleurs conseillers ou gestionnaires. Contrôle et optimisation continus Le portefeuille de Business Cases fait l’objet d’un suivi continu et sa performance est évaluée systématiquement afin d’assurer que leur mise en œuvre opérationnelle et leurs résultats soient bien en ligne avec les objectifs stratégiques. Pour chaque Business Case un conseiller client ou un agent de centre d’appels donne un feedback explicite

Structure d’un Business Case

dien et le taux de conclusion constaté supérieur à 50%. Comment expliquer les meilleurs résultats de l’«Approach Management»? D’une part les campagnes de suivi classiques ne sont pas adaptées à la clientèle de niche, d’autre part, une campagne classique menée sur une période restreinte n’adresse que les prospects disposés à acheter durant cette période. Le but de cette nouvelle approche est de s’adresser au bon client en lui transmettant le bon message via le bon canal, au bon moment.

Traitement efficace des marchés de niche

Comment faire évoluer votre infrastructure informatique?

L’Approach Management permet d’assurer le suivi systématique et efficace d’une multitude de groupes de niche de faible ou de très faible importance et ce avec un investissement limité. L’approche est particulièrement adaptée au modèle «Long-Tail» présenté en 2004 par Chris Anderson et largement utilisé par des acteurs tels qu’Amazon ou iTunes, Si l’on considère un portefeuille composé de plus de 2 millions de prospects, les Business Cases aboutissent généralement à l’identification de quelques clients potentiels chaque jour. Cela étant, les Business Cases peuvent générer des chiffres de vente considérables à moyen et long termes car ce résultat est quoti-

Les systèmes d’Approach Management sont très évolutifs et comprennent différents modules qui peuvent être utilisés individuellement ou de manière complémentaire afin de répondre à des besoins divers. La mise en œuvre d’un tel système n’a pas pour objectif de remplacer les systèmes existants. Une architecture de plug-in permet d’intégrer les composants manquants dans l’environnement informatique en place et d’automatiser certains processus. Afin d‘assurer le succès de votre projet il est recommandé, d’une part, de miser sur un intégrateur global expérimenté et d’autre part d’accorder une grande attention à la gestion du changement sur le plan organisationnel.

Déroulement du processus d’un système d’Approach Management

MIS (controlling, reporting, gestion)

Objectifs métiers

Définition Business cases

sur le déroulement du cas. D’autre part, le comportement observé du client et les enregistrements dans le CRM opérationnel permettent d’analyser comment chaque cas client a été traité. Ces informations constituent des indicateurs de suivi en temps réel permettant d’évaluer l’impact de la méthode. Elles sont également utilisées pour optimiser les Business Cases en continu. Si au cours de son cycle de vie un Business Case devient moins efficace, il doit être ajusté ou totalement remplacé.

Génération des leads

Système opér. Filiales Call-Center Internet

Mesures Analyses Backend KPI

Business Case

Marché cible

Base données client

Offre

Workflow

Activité 1

Activité N

Canal

Cible

Systèmes sources hétérogènes Rapports Existant Nouveau: AMS Infrastructure

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98 ( Insolite Sur le web www.singaporeair.com

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Pratique

PAR Bernard Pichon Chroniqueur

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AUSTRALIE

Le boom envié de Brisbane

La capitale du Queensland vise une croissance à 4%. Au pays des kangourous, le nouvel Eldorado substitue à son passé colonial un étonnant visage de métropole high-tech. Des Mercedes et des bicyclettes.

Brisbane by night

E

n ces temps de crise, Brisbane pourrait bien faire figure d’exemple. Alors que les nations européennes encore bien cotées tremblent pour leur triple AAA, l’Australie exhibe fièrement la note miracle. Mais qui parle chez nous du bon élève des Antipodes, en dehors de ses stars sportives - Cadel Evans, Ian Thorpe, Mark Webber ou Casey Stoner ou des ravages météorologiques: incendies géants dus à la sécheresse, inondations catastrophiques? Qui relève un taux de chômage de la population active à la lisière des 5% et la bonne maîtrise de l’inflation au dernier trimestre 2011 ? Les ressources minières et gazières de la partie occidentale de l’Aus-

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Gratte-ciel à bord de l’eau

tralie - le Qatar du Pacifique - sont immenses. Elles constituent un confortable bas de laine. Contrecoup à cette conjoncture favorable: un dollar australien qui crève le plafond pour se retrouver quasiment à parité avec son homologue américain. Certes, comme en Europe, les banques procèdent bien à quelques coupes dans leurs effectifs. Mais qu’importe: à Brisbane, la météo reste au beau fixe - no worries! - et on entend bien en profiter tous azimuts. Qualité de vie Les restaurants de Boundary Street et Hardgrave Road ne désemplissent pas. En avril et mai, les manifestations diverses et colorées feront aussi le

© Fotolia.com

Queensland Museum

plein: marathon, festival du film gay, fête de la communauté grecque, défilé des yachts et autres compétitions équestres. Brisbane se situe à mille lieues des préjugés entretenus sur un supposé Far West océanique. Ici, pour célébrer l’alchimie entre l’ancien et le nouveau, les flèches des églises victoriennes et les palmiers se mirent désormais dans les façades bleutées des buildings, au pied desquels s’étendent des parcs exubérants. La métamorphose ne date pas d’hier : en 1988 déjà, l’Exposition mondiale a initié une architecture respectueuse de l’environnement et des méandres naturels de la rivière traversante. On visite un campus universitaire si plaisant qu’on s’y remettrait volon-

tiers aux études, on s’étonne du lagon artificiel - version nettement plus fun de la traditionnelle piscine municipale -, on admire une falaise naturelle, entièrement dévolue aux amateurs de grimpe, on visite une ancienne usine électrique astucieusement reconvertie en galerie d’art contemporain. Enfin, en se régalant dans un Chinatown qui ne manque pas de piquant, on comprend mieux pourquoi, lors d’un récent sondage sur la qualité de vie, l’Australie est apparue en tête des destinations faisant fantasmer les Helvètes.


( Business travel

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TENDANCES 2012

Dans la branche des voyages d’affaires Malgré de sombres perspectives économiques, conséquence de la crise au sein de la zone euro, les prévisions pour le volume des voyages d’affaires en 2012 sont stables. C’est l’une des conclusions de la dernière étude de gestion des voyages d’AirPlus International qui a été effectuée auprès 1’701 responsables de voyages de vingt pays dont la Suisse. Klaus Stapel, Directeur d’AirPlus International Suisse, livre dans l’interview ci-après un aperçu et des vues détaillées sur le marché des voyages d’affaires.

En bref

Klaus Stapel est Directeur d’AirPlus International SA (Suisse), un prestataire majeur de solutions pour la gestion quotidienne des voyages d’affaires et proposant des solutions de service allant du paiement à l’évaluation des frais des voyages d’affaires. Sur le web

www.airplus.com/ch/de B&F: Monsieur Stapel, 2011 est considérée comme une année record pour les voyages. En Suisse, le nombre des voyages aériens comptabilisés par AirPlus International en 2011 a même augmenté de 11 pour cent. Quelles en sont les raisons profondes? Klaus Stapel: En 2010, les entreprises se sont ressaisies beaucoup plus rapidement de la crise que nous aurions pu nous l’imaginer dans nos rêves les plus audacieux. En automne 2010, les budgets nécessaires ont à nouveau été mis à disposition et, en 2011, un plus grand nombre de voyages d’affaires a été de ce fait possible. Le recul de près de 20 pour cent observé dans le secteur des voyages d’affaires en 2009 a été ainsi déjà entièrement compensé. Les économies au sein des entreprises sont-elles terminées? On ne peut pas le dire ainsi. De nombreuses entreprises ont renforcé leurs achats pendant la crise mais l’on ne doit pas oublier qu’on voyage à nouveau beaucoup en avion mais à des prix moins élevés en moyenne. Dans quelle mesure les Suisses continuent-ils à négocier des rabais d’entreprises et des tarifs sociétés? Dans notre dernier sondage, les entreprises suisses indiquent que c’est surtout dans le secteur hôtelier qu’ils attendent davantage de rabais. En ce qui concerne les vols, les attentes à cet égard stagnent pour la première fois. L’étude montre qu’un nombre

toujours plus important d’entreprises utilisent des outils professionnels pour analyser les frais de voyages. D’où vient le tournant et quel effet cela aura-t-il à long terme? En 2009, année de crise, de nombreuses entreprises ont constaté qu’il leur manquait des informations importantes. Nous voyons aujourd’hui qu’au sein de nombreuses entreprises la gestion des voyages est intégrée dans l’approvisionnement, à savoir dans l’acquisition de biens ou de prestations. On y trouve des acheteurs professionnels qui savent comment utiliser les systèmes et les instruments adéquats. A cet égard, les outils proposés par AirPlus correspondent tout à fait à la tendance. Comment jugez-vous l’évolution qui fait qu’un nombre toujours plus important de compagnies aériennes perçoivent des taxes pour les réservations par carte de crédit? C’est une évolution qui, à l’origine, a été lancée par les compagnies aériennes dites low cost. Les autres compagnies aériennes n’ont fait que suivre cette tendance. A tout le moins dans les pays qui autorisent cette manière d’agir. Personnellement, je suppose que ces taxes vont évoluer encore plus dans la direction du «principe de causalité». Les taxes actuelles ne correspondent pas aux divers frais des différentes cartes de crédit. Comment la situation se présentet-elle en 2012 avec les taxes supplémentaires qui sont déjà

monnaie courante aux Etats-Unis? Sont-elles partie intégrante de la planification budgétaire? Aux Etats-Unis, les compagnies aériennes réalisent aujourd’hui déjà une part considérable de leurs revenus de cette manière. Tôt ou tard, les compagnies aériennes des autres pays vont suivre cette tendance et ne vont pas laisser échapper les revenus supplémentaires qui y sont liés. L’une des tendances majeures en 2012 sont les technologies mobiles. Quels avantages ces solutions fournissent-elles vraiment aux voyageurs d’affaires? Le monde évolue en général en direction des technologies mobiles. Avoir en tout temps un regard et un accès sur d’importantes informations est aujourd’hui déjà dans de nombreux domaines un élément clé. Nous ne devrions pas nous fermer à cette tendance. En tant que prestataires de solutions pour la gestion des voyages d’affaires, nous devons mettre à disposition des clients toutes les informations requises sur les appareils adéquats. Les entreprises clientes définissent ellesmêmes les avantages qu’elles entendent en tirer. Le smartphone comme carte de crédit – une tendance qui va s’imposer? A cet égard, je suis très impatient. Nous voyons en tout cas que l’infrastructure nécessaire s’est développée dans une mesure considérable et est déjà partiellement utilisée. Dans ce domaine, le développement ne cesse de se poursuivre et est très rapide.

Quel rôle le thème de la responsabilité sociale des sociétés joue-t-il au sein des entreprises suisses? La responsabilité sociale des sociétés (Corporate Social Responsibilty) joue surtout un rôle au sein des plus grandes entreprises car la protection du climat y est devenue depuis longtemps déjà un thème stratégique et constitue même en partie un élément de la politique en matière de voyages. Les résultats de l’étude de l’année dernière montrent que, par rapport à 2010, l’affinité avec ce sujet a plutôt diminué au sein de toutes les entreprises. Malgré tout, je suis fermement convaincu que, de nos jours, aucune entreprise ne peut se dispenser de réfléchir à sa responsabilité à l’égard de l’environnement. AirPlus propose des possibilités professionnelles d’intégrer ce thème dans le secteur des voyages d’affaires. Comment la demande se présentet-elle dans le secteur MICE? AirPlus va bientôt se montrer très active dans ce domaine car nous sentons une forte demande. Les entreprises réclament des outils semblables à ceux que nous proposons déjà dans le secteur des voyages d’affaires. Il s’agit surtout d’optimisation des processus ainsi que des informations concernant la gestion. De nos jours, de nombreux clients cherchent vainement un outil qui leur montre de manière simple l’ensemble des frais de réunions et de manifestations.

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100 ( Ma bibliothèque @ o.habel@banque-finance.ch PAR odile habel journaliste

RÉMY A. BERSIER,

CEO PRIVAtE BANKING SUISSE ROMANDE Et MARCHÉS FRANCOPHONES, BANQUE jULIUS BAER «Premier de cordée», «La Condition humaine», mais aussi de nombreux ouvrages économiques… Rémy A. Bersier est un lecteur passionné et curieux.

PARCOURS Rémy A. Bersier (55 ans) a rejoint la Banque Julius Baer en 2006, en tant que CEO Private Banking Suisse romande et Marchés francophones. Membre de l’Executive Board de la Banque Julius Baer, il occupe le poste de CEO du Private Banking Méditerranée Est, Moyen-Orient, Afrique, France, Belgique et Monaco. La carrière de Rémy Bersier l’avait précédemment conduit au sein du Groupe Credit Suisse.

Banque&Finance: Le mot qui résume votre bibliothèque? Rémy A. Bersier: «Economie». Depuis de nombreuses années, je lis les best sellers de l’économie, de Jacques Attali à Charles Gave, en passant par Alan Greenspan et John Maynard Keynes. B&F: Quel genre de lecteur êtes-vous? R.A.B.: Un lecteur tantôt appliqué qui souligne des passages, tantôt rêveur d’un monde meilleur. B&F: Où achetez-vous vos livres? R.A.B.: Chez Payot à Genève, lieu que j’affectionne tout particulièrement. Mais également à l’aéroport, je musarde systématiquement au «Relay» le plus proche. Moment volé entre deux voyages d’affaires. Les rayons sont agencés pour vous faire acheter plusieurs livres à la fois! B&F: Comment rangez-vous votre bibliothèque? R.A.B.: Sans priorité et sans sélection particulière. Je classe uniquement mes ouvrages par langue. D’un côté, le français et de l’autre, l’anglais. La littérature allemande ou italienne fait plutôt partie du registre de mon épouse. B&F: Votre bibliothèque idéale? R.A.B.: Celle qui me permet de retrouver des références et de garder une vision évolutive sur les grands événements. J’aimerais pouvoir retrouver tout ce que j’ai lu et mémorisé au sein d’une tablette ipad, avec la possibilité de tomber rapidement sur mes notes et commentaires.

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B&F: Le livre qui a marqué votre jeunesse? R.A.B.: «Premier de cordée» de Roger Frison-Roche, l’histoire captivante de la vie des guides de montagne et leur environnement souvent magique, parfois hostile. Être le premier de la cordée, n’est-ce pas la fierté de se sentir accepté par les guides, et d’être rendu responsable de la vie de ses compagnons? Etant moi-même né à la montagne, j’ai été sensibilisé par la lecture de ce roman, où les valeurs humaines émergent avant tout. B&F: Celui que vous relisez jusqu’à le connaître par cœur? R.A.B.: Je ne relis que peu de livres, mais j’en mémorise de nombreux passages et anecdotes. Le premier qui me vient à l’esprit est «La Condition humaine» d’André Malraux. La singularité de ce roman vient de la coexistence de la conscience de l’absurde avec la certitude de pouvoir triompher de son destin. Mais il s’agit surtout, à mes yeux, d’un roman précurseur, anticipant les désordres. Il précède les romans d’après-guerre français, le mouvement des existentialistes. Si je ne devais retenir qu’une citation, je choisirai: «On ne connaît que son propre destin». B&F: Celui dont vous n’avez jamais dépassé la 20e page? R.A.B.: De façon générale, tous les livres reprenant les propos entendus chaque jour dans les émissions télévisées, ou les discours politiques en période préélectorale.

B&F: L’écrivain avec qui vous voudriez refaire le monde? R.A.B.: Charles Gave, un écrivain qui n’a pas peur des mots et qui a le mérite de s’exprimer d’une manière directe, mais pertinente. Il a l’art de vulgariser les données macroéconomiques pour que tout le monde les comprenne, dans un style où il ne manque ni sel ni poivre! Proche de Metin Arditi dans le cadre de la fondation de l’Orchestre de la Suisse Romande, j’ai beaucoup d’admiration pour la dimension culturelle et philosophique qu’il exprime dans son dernier ouvrage «Le Turquetto». B&F: Le livre que vous offrez spontanément à un ami? R.A.B.: Par exemple, celui imprimé à l’occasion d’une exposition à la Fondation Gianadda à Martigny, ou au Kunsthaus à Zürich.

dernier livre lu «Rien ne s’oppose à la nuit» de Delphine de Vigan, que j’ai pu lire à Quiberon lors de mes dernières vacances. Ce roman, qui n’a rien à voir avec le milieu bancaire, dépeint les valeurs de la famille et les enjeux de la vie. Il me vient également en tête deux romans: «Le saut de l’Ange» et «Une veuve à géométrie variable», écrits par mon ami Jean-Louis Guiramand pour sa famille et ses proches. Il m’a gratifié d’une copie dédicacée, et cela m’a beaucoup touché!


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102 ( Coup de cœur, coup de griffe TENDANCE

@

COUP DE CŒUR

f.bonavita@banque-finance.ch PAR fabio bonavita journaliste

S

elon une étude du New York Times, la finance n’aurait plus vraiment la cote auprès des jeunes diplômés américains. Suite aux diverses crises qui ont secoué Wall Street, les universitaires auraient tendance à se diriger vers d’autres carrières. Le point positif est que cela permettra à de nouveaux entrepreneurs de voir le jour. Les étudiants en écoles de commerce autrefois attirés par les prestigieuses banques d’investissement sont, en effet, de plus en plus nombreux à préférer se tourner vers les nouvelles technologies. En 2008, dernière année de recrutement avant la crise, 28% des étudiants de Harvard partaient travailler dans la finance. En 2011, ce nombre est tombé à 17% au moment où le secteur n’est plus aussi prometteur. Le

La finance ne fait plus rêver modèle d’aujourd’hui, celui qui fait rêver, s’appelle Mark Zuckerberg. Un sondage réalisé l’an dernier auprès de 6700 jeunes professionnels montre que Google, Apple et Facebook se classent aux trois premières places des entreprises les plus prisées pour leur cadre de travail alors que Goldman Sachs, première banque citée, n’est que 41e! Ce type d’étude aura forcément des impacts et permettra aux diverses banques américaines de se remettre en question, notamment en matière d’images renvoyées au grand public. Une aubaine… FB

LIVRE

COUP DE GRIFFE

Les économistes médiatiques débusqués?

L

aurent Mauduit n’y va pas avec le dos de la cuillère lorsqu’il se décide à écrire un livre sur les experts de l’économie qui interviennent sur tous les plateaux télévisés et à la radio en France ou en Suisse. Le titre de l’ouvrage ne laisse planer aucun doute: «Les Imposteurs de l’économie». Au fil des pages, l’auteur et cofondateur du site Mediapart fustige le manque d’indépendance de ces intervenants médiatiques en tentant de mettre en lumière les liens étroits entre ces

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derniers et le monde de la finance. Ce qui aurait pour conséquence directe un maintien au premier plan de la pensée libérale dans la presse. Laurent Mauduit décortique les différents types d’intervenants. On retrouve l’expert ou présenté comme tel qui dirige une société financière, par exemple. Il y a aussi l’universitaire-businessman, l’économiste (ancré à gauche ou à droite) ou encore le normalien brillant. Les deux plus connus, Jacques Attali et Alain Minc, sont mis en lumière comme indignes représentants

d’une élite qui cumule inexactitudes et attaques personnelles. L’auteur pose une question qui suscite le débat: «Peut-on sereinement analyser les folies du monde quand on en est au pire un des agents, au mieux l’un de ses pions?». Une parole qui fait également douter le lecteur puisque le site Mediapart est très ancré à gauche, de quoi remettre parfois en doute, la parole même de son auteur. Reste que l’ouvrage permet de dégager quelques pistes intéressantes, et c’est le premier à traiter le sujet. FB


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103

( Communiqué

@

prossi@mgiluxury.com

Par Patrick Rossi Président du Comité JRSM et de la SAQ Section Nord-Romande

FOCUS JRSM et SAQ

Qualité et Finance: que de similitudes! La 8ème Journée Romande des Systèmes de Management (JRSM) aura lieu le 28 juin prochain. Le moment idéal pour s’interroger sur les liens entre Qualité et Finance.

D’

La Journée Romande des Systèmes de Management est la manifestation annuelle de la SAQ francophone. Elle offre la possibilité de partager des expériences et d’entretenir des contacts privilégiés avec les acteurs de la Suisse Romande, préoccupés par la nécessité toujours plus cruciale de s’améliorer face à une concurrence toujours plus forte. Depuis 1965, la Swiss Association for Quality (SAQ) a pour vocation la promotion de la Qualité et du Business Excellence en Suisse. En tant qu’organisme faitier, elle se veut d’être une plate-forme d’échange, de compétences et de formation autour du management de la Qualité. Les sections de GE, VD, VS, et Nord-Romande (NE, FR, JU et JU-BE), représentent la SAQ francophone.

www.saq.ch/fr et www.jrsm.ch

un point de vue méthodologique, y a-t-il des analogies entre un expert de la finance et un expert de la mécanique? Les différences sont probablement nombreuses laissant penser, à tort ou à raison, qu’il ne peut y avoir de points communs majeurs entre ces deux activités. N’est-il pas vrai que les normes de management Qualité considèrent la Finance comme un monde à part? Malgré cela, il est au moins un élément sur lequel nos deux experts trouveraient de quoi discuter: augmenter l’efficience. Dans la littérature courante, cet anglicisme (efficiency) régulièrement utilisé définit la qualité d’un rendement à atteindre un objectif, tout en optimisant au mieux les ressources engagées. Et la Qualité? Usuellement, un produit ou une prestation qui répond à des attentes, implicites ou exprimées, se dit pourtant de «Qualité» et non pas «efficient». La Qualité est l’aptitude à répondre aux attentes et exigences du client, exprimées ou intrinsèques, pour un coût ou un rendement optimal. Les éléments que nos deux experts redoutent le plus sont probablement l’incertitude et la variabilité. Dans les deux cas, le souhait de chacun serait de pouvoir prédire l’évolution des marchés ou la prochaine rupture d’outil. De ce vœu pieu, certains mathématiciens et statisticiens (Pareto ou Shewhart par exemple) ont développés des théories qui ont permis la mise au point d'outils d'analyse des fluctuations, afin de pré-

dire certains événements dans le temps. Vus du mécanicien, ces outils lui permettent de suivre les fonctions vitales du procédé, avec des alertes d’intensités différentes. Par observations régulières, il sera à même de déterminer si son procédé subit un «Trend», un «Run» ou une situation de «tiers médian», selon les tolérances, les limites de surveillance ou d’alertes. Il pourra pronostiquer quand la non-conformité sera produite. Au fur et à mesure de l’évolution de l’état de santé de son procédé, il décidera un arrêt (de production), selon sa capabilité ou son efficience. C’est la base de la maîtrise statistique des procédés, utilisée par tout analyste. Nouvelle édition de la JRSM L’exemple cité sert à illustré qu’à l’heure actuelle, une multitude de méthodologies et d’outils gravitent autour du monde de la Qualité et du Management, avec autant de noms barbares, pour atteindre le Graal du Qualiticien : augmenter l’efficience par l’éradication de la non-conformité! Basés sur des concepts et une ingénierie éprouvés, il n’est pas toujours aisé pour tout un chacun, d’en percevoir les réels enjeux, d’en exploiter les avantages ou de les appliquer dans les situations appropriées. De plus, à quoi pourrait bien servir concrètement de tels concepts ? Soucieux de cette interrogation, le Comité de la JRSM organise sa journée

annuelle, le 28 juin 2012, au Parc Scientifique et Technologique d’Y-Parc, à Yverdon. La thématique sera «LA QUALITÉ CONCRÈTEMENT!». En partenariat avec l’Association Suisse pour Systèmes de Qualité et de Management (SQS), les Montres EBEL, Girod Instruments et MAS «Quality & Strategy Management» de la HES-SO, cette 8ème édition veut concilier les conférences plénières, qui illustreront les situations réelles, les expériences vécues et les résultats éprouvés, avec des ateliers pratiques animés par des experts des domaines du «Lean» et du «Change Management». Le facteur humain étant souvent sous-estimé, il sera également évoqué l’impact que tout changement suscite. Une vingtaine d’exposants seront également présents, afin de compléter cette manifestation par la présentation de leurs produits et de leurs services, en relation avec la thématique de la journée. En conclusion, le domaine de la Qualité est vaste, diversifié et complexe. Pour nous éclairer un peu plus, la JRSM propose un programme riche en sessions et en ateliers divers, pour illustrer les bonnes pratiques appliquées dans des secteurs aussi variés que l’industrie, les services, le médical, l’horlogerie, le tourisme et l’hôtellerie. I www.jrsm.ch


104 CONTRIBUTEURS & PERSONNES CITEES

Rédaction Marc Barbezat Fabio Bonavita, Cyril Demaria, Mohammad Farrokh, Odile Habel, Bernard Pichon, Tanguy Verhoosel Edition Promoédition SA Editeur délégué Roland Ray Production Maryse Avidor Secrétariat de rédaction Fabio Bonavita, responsable Rédaction et administration Banque&Finance Rue des Bains 35 Case postale 5615 1211 Genève 11 Tel. +41 22 809 94 60 Fax +41 22 781 14 14 E-mail: info@ banque-finance.ch Publicité Médiapresse Pub SA Rue de la Vigie 3 1001 Lausanne Tel. +41 21 321 30 77 Fax +41 21 321 30 69 Responsable: Roye Yarden Pages Partenaires Media Live SA Ruchligweg 101 Case postale 52 4125 Riehen-Basel 2 Tél. + 41 61 561 52 80 E-mail: ap@medialive.ch Responsable: Lila Maalem Abonnements E-mail: abo@banque-finance.ch CCP: 12-17931-5 1 an d’abonnement (6 numéros) CHF 60.2 ans d’abonnement (12 numéros) CHF 90.Banque&Finance paraît six fois par an et publie un numéro hors-série © Promoédition SA, Genève - 2012

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B Rémy A. Bersier,  Norberto Birchler,  Antoine Blouin, Olga Britschgi,  Yves Bürki, 

100 26 51 60 93

C Olivier Calloud,  Bertrand Carlier,  Edouard Cuendet, 

51 70 19

D Emmanuel Delley,  Angela Dewolff,  Patrick Dorner, 

79 82 24

G Olivier Gauderon,  Philippe de Gentile,  Christian Gerlach,  Reto Germann, 

8 50 69 50

H Gérard Haeberli,  Ole S Hansen,  Stefan Hoffman,  Jean-Christophe Hugon,  I Pierre Emmanuel Iseux,  J Jacques Jeannerat,  K Frédéric Kohler,  Susanne Kukkuk, 

51 68 86 17

42

29 51, 84 90

L Maître Philippe Lette,  Claude Lixi, 

ENTREPRISES CITÉES 56 72

M Yvan Mermod,  Maître Luisa Montoya,  Richard Morgan, 

8 56 66

N Roger Neininger, 

50

P Antonio Palma,  Thomas W. Paulsen,  Guy de Picciotto,  Lionel Pilloud,  Q Denis Quenon,  S Georg Schubiger,  Jérôme Sicard,  Hans Van Swaay,  U Pierre-François Unger, 

20, 36 51 14 71

60

51 72, 78 52

B BCGE,  BNP Paribas,  C Créafinance,  Crédit Agricole Suisse Private Banking, 

72, 78 70

D Deloitte,  Jean Evrard Dominicé, 

17 50

E ELCA Informatique SA, 

93

I ING Investment Management, 

79

J JB Commodity Fund Swiss & Global Asset Management,  Julius Baer SA, 

69 100

K KPMG SA,  L La Compagnie Financière Rodolphe Hottinger SA,  Lyrique,  M Mirabaud,  Moyard SA,  N Nationale Suisse, 

34

50 50

P Piguet Galland & Cie SA, 

V Daniel Varela, 

76

W Jörg Walker,  Jacques de Watteville,  Christophe Weber,  Jean Winkler,  Raoul Olivier Wuergler, 

S Saxo Bank,  Semper,  Société Générale Private Banking SA, 

50 54 50 62 22

T-U-V Temenos,  UBP,  Unigestion,  Vontobel SA, 

8, 50

42 52 20, 66 62 60 51, 76 68 50 51 90 14 50 51, 71

ANNONCEURS Aberdeen Asset Managers Switzerland  AirPlus  Alfred Rochat & Fils  ASG – Association Suisse des Gérants de Fortune  Atelier a+a  Audi  Axiom  BNP Paribas  Caceis  Cargill  Carla  Compactus & Bruynzeel  Devillard  Excellence Concept  Fidelity 

C2 99 53 46 95 16 33 39 63 74 96 97 15 96 11

Finnova  59 Frédérique Constant 2 8 Genève Panoramique  101 Golden Care  C3 High Tech Bridge  C4 ISFB – Institut Supérieur de Formation Bancaire  35 Julius Bär  37 Manotel  92 Mazda  55 Middle East VIP  40, 41 Mirabaud  21 MIT – Micro Informatique & Technologies  45 Nicolas Duc  91 Omnitrade Services  96 Plexus Art Gallery  95

Rentes Genevoises  Salon RH Suisse  Saxo Bank Schofield & Partners  Scoach  SGS  Swisstarget  Symbiotics  Synergy Partners / Xanthos Solutions  Transpose  UBP – Union Bancaire Privée UBS  Université de Genève / Executive MBA 

2 87 27 13 57 49 30 88 64 96 31 4 43


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