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LE MAGAZINE

N°105

DE LA

PLACE FINANCIERE SUISSE

Septembre / Octobre 2010

CHF 12.– / 8€

Edward Hopper © Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney Museum of American Art.

PATRICK ODIER – ASB «Nous avons commis des erreurs!»

BERNARD DROUX – GENÈVE PLACE FINANCIÈRE La cohésion et l’union pour gagner!

RENÉ-GEORGES GAULTIER – GAULTIER COLLETTE «La marque doit porter une image sociétale»

MATIÈRES PREMIÈRES

Le grand retour de l’or


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éDitorial Rédacteur en chef: Olivier Vacherand o.vacherand@promoedition.ch

Portrait-robot d’investisseurs

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Conseiller éditorial: Marian Stepczynski Rédaction: Véronique Bühlmann, Mohammad Farrokh, Odile Habel, Nicole Kunz, Pierre Marquis, Didier Planche, Jaona Ravaloson. Ont collaboré à ce numéro: Mes Jean-Yves De Both et Erol Baruh, Thierry Chatenet, Yvan Hayoz, Patricia Meunier Edition: Promoédition SA Editeur délégué et Directeur de publication: Roland Ray

OLIVIER VACHERAND Rédacteur en chef

Production: Maryse Avidor Maquette: Dominique Berthet Mise en page: Ursula Brugger Photos: François Filliettaz Relecture: Viviane Cattin Impression: Atar Roto Presse SA Site internet: www.banque-finance.ch Rédaction et administration: Banque & Finance 35, rue des Bains Case postale 5615 1211 Genève 11 Tél. +41 22 809 94 60 Fax +41 22 781 14 14 E-mail: info@banque-finance.ch Publicité: Médiapresse Pub SA 3, rue de la Vigie Case postale 1119 1001 Lausanne Tél. +41 21 321 30 77 Fax + 41 21 321 30 69 Responsable: Roye Yarden Abonnements: E-mail: abo@banque-finance.ch CCP: 12-17931-5 1 an d’abonnement (6 numéros) CHF 60.2 ans d’abonnement (12 numéros) CHF 90.Banque & Finance paraît six fois par an et publie un numéro hors-série. © Promoédition SA, Genève, 2010

SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010

Nier le traumatisme lié à la crise financière en comptant sur des conditions de marchés plus favorables pour regagner la confiance des clients constituerait une erreur stratégique majeure.

is-moi comment tu investis et je te dirai qui tu es. C’est un peu la promesse faite par le sondage publié cet été par LGT, la banque de la Maison Princière du Liechtenstein. Cette enquête, menée par l’Université de Linz auprès d’investisseurs fortunés en Suisse, Autriche et Allemagne, apporte un certain nombre d’éclairages sur leurs comportements, leur psychologie et leurs états d’âme. Les résultats sont intéressants à plusieurs titres. Ils montrent notamment combien le traumatisme lié à la crise financière reste profond chez les clients privés. Le nier en comptant sur des conditions de marchés plus favorables pour regagner leur confiance constituerait une erreur stratégique majeure.

importante avec 32% dans le portefeuille moyen, les sondés s’accordent à dire que la crise financière les a éloignés des dérivés, des actions, des placements alternatifs et des fonds de placement. Ils ont privilégié des actifs plus compréhensibles et, à leur sens, moins risqués comme les matières premières, l’or et les autres métaux précieux, et, surtout, les liquidités. Celles-ci constituent désormais la deuxième catégorie d’actifs avec une part atteignant 29%. Et la tendance semble durable puisque plus des deux tiers des clients suisses interrogés affirment vouloir éviter, à l’avenir, les produits de placement complexes et difficilement compréhensibles. Reste à savoir jusqu’à quand les bonnes résolutions seront tenues.

L’effet UBS

Prise de risque

Les chiffres sont particulièrement parlants. Plus de 80% des personnes interrogées sont d’avis que les banques ont pris des risques trop importants pour des gains à court terme. Et presque la même proportion d’entre elles pense que les systèmes de bonus ont créé de fausses incitations. La crise de confiance apparaît même plus marquée en Suisse que chez nos voisins allemands et autrichiens. Autre chiffre édifiant à méditer: seulement 25% des sondés estiment que les banques ont tiré les leçons de la crise. Pour autant, et cela apparaît presque paradoxal, les trois quarts (73%) des clients privés suisses se disent satisfaits, voire très satisfaits, de leur banque principale. Mieux encore, les banques privées semblent même avoir conservé, voire accru, la satisfaction de leurs clients pendant la crise financière (95% de satisfaits). Comme si la mauvaise opinion manifestée envers le secteur bancaire s’était cristallisée sur les seules mésaventures d’UBS, épargnant ainsi les autres établissements.

Si, globalement, la prudence semble être devenue le leitmotiv, les adeptes du risque restent tout de même assez nombreux. 24% des personnes interrogées dans le cadre du sondage disent avoir le goût du risque. Et certaines catégories de sondés affichent une propension au risque supérieure à la moyenne. Les investisseurs sont d’autant plus prêts à prendre des risques qu’ils sont suisses, hommes, clients de grandes banques, d’âge et de patrimoine moyen ou encore chefs d’entreprise. Au contraire, les femmes et les particuliers très fortunés sont particulièrement peu enclins au risque. L’enquête met également en évidence le fait qu’un niveau élevé de connaissances en matière d’investissement était souvent couplé à un comportement de placement irrationnel et très risqué. Enfin, sans pour autant opérer un raz-de-marée d’opinions positives, le secret bancaire jouit d’une forte approbation (61%) parmi les clients private banking en Suisse et 58% d’entre eux considèrent la charge fiscale appropriée. Autant de données que les acteurs de la place financière pourraient trouver bénéfice à méditer. ■

Valeurs sûres Même si les actions restent encore la catégorie de placements la plus

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sommaire ÉDITORIAL 1

Portrait-robot d’investisseurs par Olivier Vacherand, rédacteur en chef

NEWS 5

P. 22

© LA — FOtOLIA.cOm

INTERVIEW Thierry Francq – AMF «Les marchés financiers ne doivent plus être laissés à eux-mêmes»

64 Fiscalité «Amnistie» fiscale ou compromis «à la suisse»?

L’actualité de la place financière

MANAGER 8

63 BBGI Group Des indices pour la clientèle privée

Bernard Droux – Fondation Genève Place Financière La cohésion et l’union pour gagner!

L’INTERVIEW 10 Patrick Odier – ASB «Nous avons commis des erreurs!»

66 Audit interne bancaire Le port du casque est obligatoire, mais… 68 Gestion de l’image Hello Dorian, goodbye Oscar! 70 Gestion de l’image Welcome to Syzerland

HISTOIRE 72 Affaire Interhandel L’UBS réalise la spéculation du XXe siècle

INTERVIEW 22 Thierry Francq – AMF «Les marchés financiers ne doivent plus être laissés à eux-mêmes»

FONDS DE PLACEMENT 24 Le palmarès Morningstar Repères du marché de la gestion collective

SOLUTIONS BANCAIRES 74 Progiciels bancaires mutualiser les produits et services pour abaisser les coûts 76 News L’actualité des solutions bancaires en bref 87 Entreprises citées

P. 38

FONDS DE PLACEMENT Elite Advisers In vino performance

27 Nouveaux fonds On n’arrête pas le progrès!

À LA UNE MATIÈRES PREMIÈRES Le grand retour de l’or Le niveau actuel de l’or reflète des évolutions fondamentales: revirement historique de la politique des banques centrales et retour de l’or dans les portefeuilles. Pour les investisseurs à long terme, la phase de faiblesse de l’été a été l’occasion de se repositionner sur le métal jaune, qui devrait bénéficier d’un mouvement de reprise important dès le début de l’automne. A cet égard, la direction du marché est claire, sinon l’ampleur de la hausse, encouragée par les achats d’or physique pour la bijouterie, caractéristique des retours de vacances. De plus, la tendance haussière s’inscrit dans un contexte fondamentalement favorable à l’or.

OPINION 88 Comme la corde tient le pendu par marian Stepczynski

36 Fonds de fonds La zen attitude à la conquête des pics verts 38 Elite Advisers In vino performance 40 Marchés frontières Le ciel est la limite 42 Fonds alternatifs sectoriels Un vert très alléchant

ART DE VIVRE 80 VOYAGE Chine Shanghai, la ville caméléon

82 DÉCOUVERTE Single malt écossais Près de 200 ans de tradition

84 AUTOMOBILE Audi A8 L, Infiniti FX 30d, Renault Wind Limousine de prestige, diesel haut de gamme et mini cc original

86 LIVRES 83 PEINTURE

DOSSIER MATIÈRES PREMIÈRES P. 40

FONDS DE PLACEMENT Marc-Etienne Rouge – Delman Marchés frontières: le ciel est la limite

45 Matières premières Un fond de faiblesse 46 Dominique Casaï – Uram SA Le grand retour de l’or 49 Pierre Glauser – Crédit Agricole (Suisse) SA «Le pétrole représente 80% de nos activités de trade finance»

JURIDIQUE 52 Dodd-Frank Act Quelles conséquences en Suisse et en Europe?

ENJEUX P. 60

ENJEUX Philippe Sednaoui – Barclays Wealth Privilégier le private investment banking

SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010

L’envers du rêve américain par Edward Hopper

56 Stratégie Société Générale: profil bas 60 Philippe Sednaoui – Barclays Wealth Privilégier le private investment banking

L’art dans B&F – Pour cette édition, Banque & Finance présente les œuvres de l’exposition Edward Hopper qui a lieu à la Fondation de l’Hermitage de Lausanne jusqu’au 17 octobre 2010. En couverture: Edward Hopper, Second Story Sunlight (Soleil au balcon), 1960 , huile sur toile, Whitney Museum of American Art, N.Y., achat financé par l’association Friends of the Whitney Museum of American Art © Whitney Museum of American Art. Photo Steven Sloman

L’information financière et bancaire sur www.banque-finance.ch avec B3B Le site www.b3b.ch, partenaire de Banque & Finance, vous propose un accès simple et rapide à l’information bancaire qu’il vous faut. B3B propose des flux d’information continus, personnalisables en fonction de vos centres d’intérêt, et des newsletters thématiques.

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news Syz se développe à Hongkong Le groupe bancaire suisse Syz & Co poursuit son développement en Asie, en étendant les activités de son bureau de Hongkong. Ainsi, en complément de la gestion institutionnelle alternative proposée depuis janvier 2007, Syz & Co assurera désormais également la promotion et la distribution de ses solutions de gestion institutionnelle et de ses fonds de placement Oyster. Pour tenir compte de

cette nouvelle orientation, l’entité sur place changera sa raison sociale de 3A Asia Ltd. en Syz & Co Asia Ltd., après l’accord des autorités. Pour mener à bien ce nouveau projet, Daniel Ghirardi assumera la responsabilité de la région à compter du mois de septembre 2010. Il possède une connaissance étendue de l’Asie et de Hongkong en particulier, puisqu’il y a travaillé plusieurs

Nouvelle organisation pour ING Investment Management ING Investment Management (Suisse) SA a changé de statut juridique et exerce désormais ses activités depuis son siège de Zurich. Les cinq membres de l’équipe dirigée par Alfonso Papa représentent l’éventail des fonds de placement d’ING enregistré en Suisse. Ils en assurent la distribution et entretiennent des relations d’affaires avec des partenaires de vente de renom dans la Suisse entière. ING Investment Management (Suisse) SA est, d’une certaine manière, le distributeur direct de l’organisation internationale chargée de la gestion d’actifs du groupe ING, dont les avoirs administrés se montent à quelque 485 milliards de francs. Cette nouvelle organisation est marquée également par l’arrivée de Marion Koob. Elle était jusqu’alors en fonction chez Fortis Investment Management en qualité de responsable de la vente et des comptes-clés pour la Suisse alémanique et le Liechtenstein. Marion Koob a également travaillé chez ABN Amro Asset Management, UBS et Rothschild Bank AG Zurich. Chez ING Investment Management (Suisse) SA, elle sera notamment chargée des transactions pour le compte de clients tiers (b2b) en Suisse alémanique et au Liechtenstein. ■

EN BREF Reyl Singapour, la filiale du groupe Reyl, poursuit sa stratégie de développement à l’international avec l’obtention de la licence Capital Markets Services (CMS) of Fund Management délivrée par l’Autorité Monétaire de Singapour (MAS). Charles Bok, membre du comité de direction de Reyl & Cie, en est nommé Chief Executive Officer. Cette entité asiatique est dédiée à la gestion de fortune pour High Net Worth Individuals et Ultra High Net Worth Individuals, particulièrement nombreux dans la région. Mansa Moussa Glod Coins SA, filiale suisse de la société malienne éponyme, commercialise depuis la Suisse une pièce d’or commémorative des cinquante ans d’indépendance du Mali. Cette pièce est présentée dans une carte sécurisée infalsifiable et comprend 34 grammes d’or fin 24 carats. Une partie des bénéfices de cette vente sera utilisée pour participer au financement d’œuvres de développement économique et social du Mali. L’entreprise est dirigée par Aliou Diallo (photo).

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Venture Finanzas opère désormais sous la marque Mirabaud en Espagne. Le banquier privé genevois est entré récemment dans le capital de la société espagnole à hauteur de 25%. Depuis lors, les deux entités ont travaillé pour intégrer l’offre de Venture Finanzas dans celle de Mirabaud afin de pouvoir offrir, développer et lancer de nouveaux produits et services sur le marché espagnol. En contrepartie, Mirabaud distribuera l’offre de l’entité espagnole à une clientèle de grands investisseurs internationaux, notamment l’analyse et la recherche sur le marché espagnol. Mirabaud Espagne a des bureaux à Madrid, Barcelone et Valence. Son objectif: une croissance annuelle de 15% des actifs sous gestion.

années au sein du groupe UBS. Avant de rejoindre Syz & Co, Daniel Ghirardi a créé, entre 2007 et fin 2009, l’activité de vente institutionnelle à Genève du groupe Massena, un multi-family office basé à Luxembourg. Précédemment, il a travaillé chez Prudential Bache et Harcourt Investment Consulting à Zurich et a été le responsable pour la Suisse de Pioneer Global Investments. ■

Chaises musicales au Credit Suisse Paul Calello a été nommé Chairman d’Investment Banking et Eric Varvel, déjà Chief Executive Officer (CEO) par intérim d’Investment Banking, a été nommé CEO d’Investment Banking. Fawzi Kyriakos-Saad, actuellement CEO pour la Russie, les pays de la Communauté des Etats indépendants et la Turquie, et coresponsable du Global Emerging Markets Council, succédera à Eric Varvel en tant que CEO pour la région Europe, Middle East and Africa. Antonio Quintella, actuellement CEO pour le Brésil et coresponsable du Global Emerging Markets Council, devient CEO pour la région Americas, prenant la succession de Robert Shafir, qui a assumé cette fonction en plus d’être CEO d’Asset Management. Robert Shafir demeurera CEO d’Asset Management et concentrera ses efforts sur le développement de ces activités stratégiquement importantes. Paul Calello et Robert Shafir resteront basés à New York, Eric Varvel et Antonio Quintella s’installeront à New York et Fawzi Kyriakos-Saad s’installera à Londres. Tous sont employés de Credit Suisse depuis plusieurs années. ■

Eric Varvel

Antonio Quintella

Robert Shafir

Fawzi Kyriakos-Saad

Rectificatif Des erreurs se sont glissées dans la description des fonds Groupama récemment agréés en Suisse (cf. B&F 104, page 29). Euro Capital Durable est un fonds ISR et non un fonds ISF, et le fonds Groupama Euro stock investit sur la zone euro et non sur l’Europe occidentale.

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l’aCtUalité De la PlaCe FinanCière CARRIÈRES Louay Al-Doory est nommé responsable du développement pour la gestion privée, les fonds de placement et les ser vices de private office auprès du groupe Reyl. Entre 2004 et 2010, Louay Al-Doory a dirigé le département Global Investment Funds d’UBS Wealth Management.

tional de BNP Paribas, fait son entrée à l’Union Bancaire Privée en tant que directeur général de sa division Private Banking. Il siégera, entre outre, au Comité exécutif de l’établissement. Fort de sa solide expérience dans la zone AsiePacifique, Michel Longhini aura comme mission principale d’ouvrir de nouveaux marchés en Asie, au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, tout en continuant de faire croître l’ensemble de l’activité Private Banking de la Banque.

Shiv Khazanchi est nommé à la direction des opérations de Sarasin Alpen (India) Private Limited en Inde, filiale de la banque privée suisse Sarasin & Cie SA. En plus de ses fonctions de directeur de Sarasin Alpen en Inde, il supervisera les activités d’Alpen Capital India Private Limited, la banque d’investissement associée à Sarasin Alpen. Les activités du groupe bâlois en Inde ont démarré en juillet 2009 avec l’ouverture de bureaux à Mumbai et à New Delhi. Sarasin Alpen (India) Private Limited opère en tant qu’institution financière non bancaire. Avant d’entrer chez Sarasin Alpen, Shiv Khazanchi était directeur général à la Standard Chartered Bank et responsable du marché indien à Londres.

Patrick Ségal, directeur de la Banque Privée Edmond de Rothschild SA, à Genève, membre du Comité exécutif, en charge du secteur Marché des capitaux et responsable d’une cellule de gestion a pris sa retraite à fin juin. Désormais, la supervision du secteur Marché des capitaux est confiée à Luc Baatard, directeur, membre du Comité exécutif, tandis que la responsabilité de la cellule de gestion est confiée à Florian Nguyen, directeur. Tous deux travaillent dans la banque depuis de nombreuses années.

William Birkbeck est nommé adjoint de la direction de la ligne client Amérique latine au sein de la Société Générale Private Banking. Il a débuté sa carrière en 1984 chez St James Capital Trust, avant de rejoindre, en 1989, United Scientific Holdings PLC en tant que Senior Finance Manager. En 1995, William Birkbeck a rejoint le groupe Société Générale à Londres comme directeur associé dans le financement structuré de matières premières, puis il a été nommé directeur et Country Manager Groupe Amérique latine chez Société Générale Americas Securities LLC à New York, avant de devenir, en 2004, directeur principal et responsable du groupe Amérique et Asie chez Société Générale Corporate and Investment Banking. Michel Longhini, ancien responsable de l’activité Wealth Management Interna -

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Patrick A. Weber est nommé au sein de Credit Suisse au poste d’attaché à la clientèle chargé des fonds de placement traditionnels, alternatifs et des ETF’s pour la Suisse romande et le Tessin. Il s’occupe notamment de la distribution de ceux-ci auprès des banques et des sociétés financières, mais aussi du marketing et de l’organisation d’événements pour les clients. Il a travaillé auparavant chez BlackRock, Deutsche Bank (DWS) ou encore Julius Bär. Rob Jones vient d’être recruté par l’Union Bancaire Privée (UBP) en qualité de responsable de sa nouvelle équipe Actions européennes, qui sera basée à Londres. Rob Jones, qui prendra ses fonctions le 1er novembre prochain, gérait jusqu’alors des fonds en actions pour le compte de Threadneedle, société dans laquelle il est resté quatorze ans.

Larry Morgenthal vient d’être nommé Chief Executive Officer (CEO) d’UBP Asset Management, la branche Etats-Unis du Groupe UBP. Il assumera également la fonction de Chief Investment Officer (CIO) de l’unité alternative. Larry Morgenthal a une expérience de dix-huit ans dans le développement des activités alternatives, et, notamment, en matière d’investissement. Il a commencé sa carrière en gérant des actifs pour deux grands fonds de pension basés aux Etats-Unis, NCR Corporation et Asea Brown Boveri (ABB). Il a occupé des postes de haut de niveau au sein du groupe d’investissement alternatif de Bank of America, auprès de la société Opus Capital Group ou encore d’Ivy Asset Management (BNY Mellon), où il a assumé les fonctions de COO, puis de CEO. Edouard Gueudet est nommé vice-président de la banque Hottinger & Cie. Il entre également au capital de la maison de banquiers privés fondée à Paris en 1786 après avoir gravi les échelons au sein de l’établissement qu’il a rejoint en 2007 en tant que chargé d’affaires. A 34 ans, Edouard Gueudet affiche un cursus universitaire solide en France et aux Etats-Unis. Claude-Alain Margelisch remplacera Urs Ph. Roth au poste de CEO de l’Asso ciation suisse des banquiers (ASB) à l’issue de la prochaine Journée des banquiers. Titulaire d’un brevet d’avocat et de notaire, Claude-Alain Margelisch a travaillé pendant plusieurs années au sein d’un cabinet d’avocats avant de rejoindre l’ASB en 1993. Vice-CEO depuis 2001, il est considéré comme l’un des architectes de la nouvelle stratégie pour la place financière. Marco Siero est nommé Managing Director du bureau Suisse de RBC Dexia (Zurich). A ce poste, il sera chargé de piloter le développement des opérations en Suisse. Marco Siero, qui affiche plus de vingt ans d’expérience dans la finance, est entré chez RBC Dexia en 2008 et travaillait jusqu’à présent à Luxembourg. Auparavant, il a été en poste chez Citigroup puis Morgan Stanley au Luxembourg.

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manaGer BernarD DroUX – GenèVe PlaCe FinanCière

La cohésion et l’union pour gagner! Président de la Fondation Genève Place Financière depuis le 1er juin dernier, le banquier Bernard Droux souhaite davantage resserrer les liens entre tous ses acteurs, afin qu’ils s’expriment d’une seule et unique voix. mieux communiquer ses nombreuses compétences, tant auprès de la clientèle suisse qu’internationale, constitue l’une de ses autres missions. Pragmatique et opiniâtre, le Gruyérien Bernard Droux compte bien atteindre ses objectifs au cours de son mandat renouvelable de trois ans. Didier PLANCHE

l

a crise financière et économique mondiale et les difficultés du géant bancaire UBS – parmi d’autres – ont accru la méfiance des clients vis-àvis des banques, toutes catégories confondues. Comme nouveau président de la Fondation Genève Place Financière, Bernard Droux va tout mettre en œuvre pour regagner la confiance de la clientèle, qui constitue la base même de toutes les relations d’affaires avec les banquiers. «Les banques privées de gestion de fortune, qui forment le cœur de l’activité financière à Genève, ont été nettement moins prises dans la tourmente que les banques universelles, car elles n’octroient pas de crédits commerciaux et n’étaient pas exposées aux subprimes, ni, à ma connaissance, à d’autres produits toxiques. Il convient encore de relever que les banquiers privés sont indéfiniment et solidairement responsables sur l’ensemble de leurs biens et que la majorité des banques de gestion privée applique des stratégies conservatrices.»

Déficit d’image Et le nouveaux président de la Fondation d’ajouter: «Il n’empêche que le secteur bancaire pâtit effectivement d’un déficit d’image, même si les établissements helvétiques en souffrent moins que d’autres à l’étranger, à l’exception peut-être d’UBS. Pour restaurer la

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«Notre place genevoise a une carte importante à jouer dans l’implantation de nouvelles activités financières et dans l’optimisation d’autres, comme la gestion institutionnelle ou la gestion patrimoniale» BERNARD DROUX GENÈVE PLACE FINANCIÈRE

confiance, la Fondation Genève Place Financière informe de manière didactique sur les causes de la crise financière que nous venons de traverser et ses répercussions sur quelques acteurs bancaires et financiers, surtout étrangers, qui ont mal évalué les risques de certains placements. Cette information pour les clients bancaires et le grand public leur permet de comprendre les distinctions entre les catégories de banques selon leurs métiers et leurs opérations, avec les risques encourus. Enfin, elle sert à les rassurer sur la situation financière des établissements genevois, donc sur leur solidité et leur solvabilité», commente le président Bernard Droux, associé gérant de Lombard Odier à Genève, en charge de la stratégie d’investissement. Ce quinquagénaire a auparavant travaillé pour UBS (Zurich, Genève, Londres, New York) avec, notamment, la responsabilité du département Trading & Sales, avant de rejoindre Lombard & Odier en janvier 2001, puis LODH dès la fusion des deux établissements.

Marge de manœuvre restreinte Au chapitre des conséquences des attaques frontales menées contre la place financière suisse, le président de la Fondation Genève Place Financière se montre préoccupé par l’érosion du secret bancaire, même si la confidentialité demeure pour la clientèle. Autre souci majeur: les nouvelles réglementations contraignantes sur la fiscalité de l’épargne, qui nuisent inexorablement à la compétitivité du secteur bancaire helvétique. Comme cette activité, pourtant pré-

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BernarD DroUX Son bras droit Steve Bernard (52 ans) dirige la Fondation Genève Place Financière depuis juin 2003, qui inclut désormais l’Association pour le développement des compétences bancaires. A ce titre, il est membre de la Commission des affaires publiques de l’Association suisse des banquiers, du Conseil stratégique de la promotion économique et du Conseil de l’Institut supérieur de formation bancaire. Précédemment, il a été respectivement secrétaire économiste de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève (1988-1994), secrétaire général de la Fondation «Un avenir pour Genève» (1994-1998), puis directeur du Centre d’accueil de la Genève Internationale (1998-2003).

pondérante dans notre économie, ne peut pas toujours compter sur l’appui de nos autorités fédérales qui ont tardé à réagir et adoptent un profil plutôt bas, Bernard Droux doit agir de concert avec ses partenaires de l’Association suisse des banquiers et autres représentants de la corporation

«Je me suis fixé comme finalité intermédiaire de réussir à fédérer l’ensemble des composantes de la place» BERNARD DROUX GENÈVE PLACE FINANCIÈRE

pour riposter aux tirs croisés d’une poignée de pays européens ou membres de l’OCDE qui, comme par hasard, protègent leur place financière en quête de nouvelles parts de marché. «Malheureusement, notre marge de manœuvre se révèle restreinte, puisque nous ne pouvons pas négocier à la place du Conseil fédéral ou de ses hauts fonctionnaires en charge du système bancaire et financier. Par conséquent, les organisations faîtières des banques doivent se contenter de rechercher le dialogue au plus haut niveau, afin d’apporter leur contribution aux négociations menées par nos autorités. Pour être véritablement efficaces, nos positions et interventions sur l’enjeu de la place financière suisse et de ses

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Directeur exécutif de la Fondation Genève Place Financière, Steve Bernard a la charge de l’opérationnel. Ses tâches concernent la coordination des activités et des actions mises en place, la gestion du budget et du personnel, l’organisation des réunions du Conseil, les relations avec les différentes instances et autorités financières, économiques et politiques suisses et étrangères, ainsi qu’avec le public et les médias, etc. «Steve Bernard est mon bras droit et l’homme-orchestre de la Fondation, entouré d’une équipe motivée de collaborateurs. Il connaît particulièrement bien le milieu bancaire suisse et international, ainsi que le tissu économique genevois et ses représentants. De plus, il maîtrise les spécificités et les finesses des difficiles négociations en cours. Cet homme, que j’apprécie beaucoup, se caractérise par son caractère affable, sa précision, son sens du service et du travail bien fait», relève Bernard Droux.

acteurs doivent être assurément coordonnées et unifiées. De même, nous devons constamment nous entretenir avec les politiques, par exemple pour leur expliquer les avantages du modèle d’impôt libératoire à la source prélevé sur les avoirs déposés en Suisse par des clients étrangers, que nous préconisons», argumente Bernard Droux, qui s’offusque quasi quotidiennement du traitement inégal réservé aux différentes places financières mondiales.

Soutien indéfectible Connue historiquement et qualitativement pour la gestion de fortune privée qui représente son activité de prédilection, la place financière genevoise a aussi réussi, en quelques années, à se hisser au rang de deuxième leader mondial du négoce des matières premières, grâce à l’essor rapide des activités de trading, shipping, controlling et de financement. Ce positionnement compétitif encourage le président de la Fondation à attirer d’autres industries financières à forte valeur ajoutée dans la Cité de Calvin, ou sa région. «Compte tenu d’un cadre fiscal devenu moins intéressant dans certains pays, plusieurs gérants de hedge funds, par exemple, sont attirés par Genève. Cette tendance se poursuit, car ils considèrent notre fiscalité encore supportable, trouvent les compétences professionnelles correspondant à leurs besoins, constatent le bon fonctionnement de nos infrastructures et de notre organisation en général, et apprécient notre qualité de vie. Notre place genevoise a donc une carte impor-

tante à jouer dans l’implantation de nouvelles activités financières et dans l’optimisation d’autres, comme la gestion institutionnelle, la gestion patrimoniale au sens large du terme avec ses ramifications successorales et fiscales, l’ingénierie financière, etc., voire l’assurance», s’enthousiasme Bernard Droux, qui souhaite continuer à développer des filières de formation pointue dans le cadre de la Fondation, afin de mieux répondre aux attentes de l’industrie financière, en particulier des activités novatrices qui envisageraient de se délocaliser à Genève. Pour atteindre ses objectifs ambitieux, le président de la Fondation Genève Place Financière a besoin du soutien indéfectible de toutes ses composantes. «En amont de toute initiative stratégique qui va exiger beaucoup d’énergie pour être efficace, je me suis fixé comme finalité intermédiaire de réussir à fédérer l’ensemble des composantes de la place. J’ai d’ailleurs commencé à recueillir les souhaits et priorités de chacun des membres du Conseil de la Fondation, ainsi que leurs doléances, et je les ai interrogés sur leur niveau d’engagement en temps et en moyens. C’est seulement en réunissant les forces éparses que la Fondation parviendra à représenter efficacement les différents acteurs de la place», analyse Bernard Droux, qui croît dur comme fer à la stratégie de la cohésion des différents membres de la Fondation pour rendre la place financière genevoise encore plus attractive et forte. ■ D.P.

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JoUrnée Des BanQUiers PatriCK oDier – asB

«Nous avons commis des erreurs!» Président de l’Association suisse des banquiers (ASB) depuis septembre 2009, le Genevois Patrick Odier s’est donné pour objectif de mobiliser les forces du secteur bancaire helvétique dans une optique résolument offensive, qui passe notamment par l’exigence et le respect d’une parfaite «conformité» sur le plan fiscal. Débarrassée de cette épine, la place financière suisse n’aura, de l’avis de cet associé senior de Lombard Odier, rien à craindre de la concurrence des places tierces, bien au contraire. Patrick Odier nous a accordé cet entretien dans la perspective de la Journée des banquiers, qui se tiendra le 16 septembre prochain à Interlaken. Propos recueillis par Marian STEPCZYNSKI

Banque & Finance: Un banquier privé alémanique a récemment parlé de «changement de paradigme» pour qualifier ce qu’est en train de vivre la place financière suisse. Le mot n’est-il pas un peu fort? PATRICK ODIER: Non, je pense qu’effectivement, il y a changement de paradigme, dans le sens où nous avons longtemps, trop longtemps peut-être, bénéficié de l’acquis d’une place financière qui, par définition, parce que jouissant d’une réputation de stabilité, de solidité monétaire, etc., devait attirer les capitaux étrangers et qui se retrouve aujourd’hui, par des pressions extérieures de diverse nature, à devoir presque se «rejustifier». Se «rejustifier» ne veut pas dire trouver d’autres arguments. Cela veut dire revenir aux valeurs clés du secteur et s’interroger au fond sur les raisons pour lesquelles on vient en Suisse, quand on est un investisseur ou un épargnant étranger. B&F: Qu’est-ce qui a fait si soudainement basculer de perspective? Votre prédécesseur à la tête de l’ASB, Pierre Mirabaud, affirmait, il y a quelques mois encore, que le secret bancaire était inébranlable, qu’il était inscrit dans le marbre pour l’éternité ou presque… P.O.: Le fait que la Suisse n’ait pas voulu figurer dans le peloton de queue de ceux qui

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allaient se raccrocher au train de la coopération en matière de lutte contre l’évasion fiscale, et qu’elle a, pour cette raison, décidé d’adhérer aux standards de l’OCDE, a quand même créé un choc. Les milieux bancaires auraient probablement dû euxmêmes, à un moment donné, prendre l’initiative. Il est bien sûr toujours facile de critiquer après coup. Il n’empêche que, si l’on se replace dans la situation qui était la nôtre il y a cinq ou six ans, on aurait pu agir un peu plus tôt, et cela aurait peut-être créé une transition plus souple.

«Les milieux bancaires auraient probablement dû eux-mêmes, à un moment donné, prendre l’initiative» Un autre élément à prendre en considération, c’est que la crise financière a eu pour conséquence qu’une partie des promesses faites par les milieux financiers internationaux – promesses d’une contribution efficace, saine, sereine au développement de l’économie – n’ont pas été tenues. Elles ont même été plutôt démenties par une contribution négative, à travers les effets de chaîne que vous connaissez, entraînant ce qu’on pourrait appeler une sorte de «victimisation» du secteur, qui se sent aujourd’hui injustement attaqué. C’est cela qui crée ce changement de paradigme, accompagné de mesures de défense parfois assez peu coordonnées.

B&F: On s’est longtemps crus très forts, inattaquables, juridiquement protégés, et puis tout d’un coup… P.O.: … mais on est toujours assez forts. Il faut reconnaître en toute humilité que l’on a commis des erreurs et que notre crédibilité doit maintenant être reconstruite par des bonnes propositions. Il faut que nous devenions une force de proposition et que nous arrêtions de réagir négativement à chaque renforcement de la réglementation. Faisons valoir au contraire qu’une réglementation équilibrée est un argument de vente supplémentaire pour une place financière. Cela étant, il faut savoir où s’arrête une bonne réglementation, pour des raisons objectives. Une banque centrale ou une autorité de supervision peut avoir raison quant à la direction à suivre, mais il est tout à fait possible et raisonnable de lui faire remarquer qu’elle risque d’aller trop loin si elle va jusqu’au bout de ses propositions. Il faut juste étayer le propos, procéder de manière dépassionnée, parfaitement professionnelle. C’est exactement là que nous nous trouvons aujourd’hui. B&F: Vous aviez, il y a quelque temps, évoqué l’idée que les banques devraient demander à leurs clients de produire une sorte de certificat de conformité fiscale. Vous semblez estimer aujourd’hui que ce n’est pas là une voie à explorer… P.O.: Ce que j’ai dit, et je le maintiens entièrement, c’est que les banques suisses doivent s’orienter dans le sens d’un développement des affaires qui soit conforme

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PatriCK oDier sur le plan fiscal. A ce moment-là, personne n’était vraiment dans cet état d’esprit, et je me suis fait un peu attaquer de partout. Mon intention était simplement d’ouvrir le débat, pour ne pas dire les yeux. Ensuite, on m’a demandé comment la chose serait possible. J’ai répondu qu’il y avait plusieurs pistes de réflexion, dont l’une consisterait à faire en sorte que le client puisse montrer, par une certaine forme de déclaration, qu’il est conforme sur le plan fiscal. C’est peut-être là une fausse bonne idée, mais elle sous-tend un élément très important, à savoir que ce n’est pas à la banque, mais au déposant, qu’incombe la preuve de cette conformité fiscale. Et cette idée-là s’est trouvée confirmée de mois en mois dans les débats et les propositions qui ont suivi. Le plus important est que les banques suisses puissent continuer à faire confiance à leurs clients, et non se méfier d’eux. S’il importe qu’elles continuent d’appliquer un processus de connaissance du client qui soit professionnel, elles ne doivent pas pour autant se substituer à l’autorité fiscale en matière de preuve de la conformité fiscale. Ce qui ne signifie pas qu’elles ne puissent pas changer d’attitude lorsqu’elles disposent d’indices clairs laissant supposer que ces dépôts ne sont pas fiscalement conformes. C’est là, précisément, que se trouve une partie du changement aujourd’hui. Certaines banques introduisent petit à petit des manières de faire qui les amènent, en présence d’indications laissant clairement supposer qu’il s’agit de fonds non déclarés, à répondre aux déposants concernés qu’elles sont bien désolées, mais que, dans les circonstances d’aujourd’hui et même si, en Suisse, elles auraient légalement le droit de les accepter, elles estiment que ce serait leur rendre un bien mauvais service que de les accepter. Nous devons aujourd’hui aider nos clients, non seulement en tenant nos promesses quant à la confidentialité, mais aussi en les aidant à se régulariser. Il se peut que, durant une période de transition, on se retrouve dans la situation, un peu désagréable, de savoir par certaines informations que ce que nous acceptons aujourd’hui le plus légalement du monde peut devenir illégal demain. Si nous étions intelligents – intelligents au sens professionnel du terme –, nous trouverions de bons outils qui per mettraient à ces clients de venir chez leur

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«Les banques suisses doivent s’orienter dans le sens d’un développement des affaires qui soit conforme sur le plan fiscal» PATRICK ODIER – ASB

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JoUrnée Des BanQUiers banquier pour résoudre le problème, plutôt que de le laisser empirer.

P.O.: Oui, c’est le modèle de l’imposition à la source.

B&F: Comment faire pour permettre aux gens de s’en sortir? Car j’imagine qu’il y a là un gros problème pour une partie de la clientèle… P.O.: De manière générale, il ne faut pas exagérer le problème. Pour la banque suisse, il s’agit certes là d’une clientèle importante, traditionnelle, proche culturellement, etc. Mais vous savez comme moi que cette clientèle s’est considérablement réduite ces dernières années en termes de proportions, à force de démarchages actifs dans les régions

B&F: Dans ce modèle, les revenus d’un dépôt bancaire sont taxés à la source, sans que pour autant l’identité de la personne soit communiquée au fisc… P.O.: Quand, dans une négociation, on offre quelque chose à un pays partenaire, je crois qu’il faut être à la fois intelligent et raisonnable. Et être raisonnable, c’est se demander si l’offre va nécessiter un tel changement de philosophie, de mentalité ou de loi qu’elle ne sera d’emblée pas acceptable. Je cite volontiers cet élément de 19 pays sur 27 connaissant l’imposition à la source pour qu’on ne vienne pas me dire, du côté européen, que l’imposition à la source est un outil que l’on ne connaît pas.

«Nous devons aujourd’hui aider nos clients, non seulement en tenant nos promesses quant à la confidentialité, mais aussi en les aidant à se régulariser»

du monde où se créent désormais des fortunes qui n’ont rien à voir avec des considérations fiscales et beaucoup plus avec des intérêts de protection des capitaux. Cela étant, oui, c’est difficile. Il y a des outils, à commencer par ceux que l’Association suisse des banquiers essaie de proposer en suggérant de régler une fois pour toutes le stock du passé – je ne vais pas vous refaire l’article sur l’impôt à la source libératoire. Mais, je vous l’assure, on avance, on avance. L’Abgeltungssteuer – imposition à la source – que nous mettons en place est un outil qui permettra de régulariser la situation de clients auxquels on pourra dire: «Aujourd’hui, vous n’êtes pas, demain vous serez; et dans l’intervalle nous vous assurons, tout en préservant votre confidentialité, que vous pourrez acquérir un certificat fiscal des autorités suisses grâce auquel vous serez dans cinq, six, dix ans, quand vous voudrez rentrer en France, en Allemagne, en Italie ou ailleurs, en mesure d’apporter la preuve que vous avez acquitté votre impôt et, par conséquent, ne pourrez plus être considéré comme un citoyen de deuxième catégorie. Cela, c’est un moyen. B&F: Vous avez écrit quelque part que ce modèle est déjà pratiqué par dix-neuf pays de l’Union européenne…

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B&F: Mais ceux qui la pratiquent connaissent pour la plupart l’identité du client… P.O.: C’est bien là la difficulté. Il faut convaincre les esprits. Mais tout est question de temps. Si l’on préserve l’identité du client aujourd’hui pour le régulariser, une fois qu’il le sera, … B&F: … il acceptera plus librement que son identité soit connue des autorités fiscales de son pays. Mais encore une chose à propos de l’imposition à la source: si le mécanisme est connu, largement pratiqué, etc., il ne renseigne pas sur le montant des capitaux en cause. Or, c’est cela qui intéresse beaucoup les fiscs nationaux… P.O.: Cela pourrait toucher le capital, si le pays avec lequel nous négocions impose le capital. B&F: La solution serait donc appliquée de manière différenciée, en fonction de la pratique fiscale de chaque pays? P.O.: Exact. Ce n’est pas une solution standard, contrairement à ce que certains de nos amis professeurs de droit ont cru au départ. Vous êtes ministre des Finances d’un pays européen (je prends un exemple au hasard) et je vous dis: «Monsieur le Ministre, nous nous engageons, banques suisses, à mettre en place une infrastructure à nos frais qui permette à chaque banque d’appliquer exactement les mêmes assiettes et les mêmes taux que ceux que vous appliquez à vos contribuables résidents, et cela à partir du moment où nous signons. Il nous faudra douze à dix-huit mois pour mettre en place

cette infrastructure, mais vous avez la garantie que ces capitaux seront taxés exactement comme ils le seraient s’ils étaient chez vous.» B&F: Vous sentez que les pays de l’Union européenne se rendent compte peu à peu des avantages du système? P.O.: L’Union a vraiment envie de solutionner le problème, parce qu’il est embêtant comme tout de devoir traîner ce boulet aujourd’hui que les choses ont changé, comme je le relevais tout à l’heure. Réglons donc ce problème sans trahir nos clients, pour pouvoir retourner aux affaires productives. Cela étant, vous savez que l’une des raisons pour lesquelles nous faisons ce pas est d’offrir une alternative à ce que veulent par ailleurs certains autres pays, qui est l’échange automatique d’informations. A cet égard, l’ASB a fait un bon travail au cours des dix derniers mois. Il n’y a plus un pays, sinon au monde du moins en Europe, qui ne connaisse pas notre position. C’est clair une fois pour toutes que la Suisse ne peut pas et ne veut pas aller dans ce sens. C’est clair aussi qu’il va falloir parfois passer par des négociations difficiles pour imposer cette alternative. Mais, encore une fois, c’est une alternative à l’échange automatique d’informations.

«Un modèle d’affaires basé sur un volume d’argent non déclaré est voué à l’échec»

B&F: Cet échange automatique est-il une menace qui s’éloigne ou, au contraire, qui se rapproche? P.O.: Elle est stationnaire. Dans la mesure où deux pays de l’Union ne connaissent pas l’échange automatique, il ne constitue pas un standard européen. La formule a été testée par les Américains, qui envisagent d’aller dans cette direction – mais pour les Américains, l’échange automatique ne fonctionne que dans un sens… Bref, il y a des difficultés dans certains cas et des progrès dans d’autres. B&F: Vous évoquez quelque part la voie possible de la prescription comme alternative au modèle Rubik. Qu’entendez-vous au juste par prescription dans ce contexte?

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JoUrnée Des BanQUiers P.O.: Encore une fois, il ne faut heurter ni les politiques, ni les cultures, ni les philosophies des pays avec lesquels on négocie de bonne foi. Il y a certains pays avec lesquels on peut discuter assez facilement de l’avenir, mais pas du passé, et il y en a d’autres avec lesquels il est moins facile de discuter de l’avenir que du passé. Nous devons trouver une combinaison des deux aspects. Prenons l’exemple d’un pays qui ne connaît pas l’imposition à la source: ce pays discutera plus facilement du passé que de l’avenir, car il va s’intéresser au stock des fortunes qui, depuis des générations, ne lui sont pas connues. Ce stock représente une manne financière qui lui échappe et qu’il aimerait bien pouvoir récupérer. On discute donc avec lui d’une assiette, d’un taux et d’une durée. Cette durée est, en général, fonction de la prescription. Or, certains pays pourraient accepter de faire des concessions sur la

prescription. Et décider, par exemple, de la ramener de vingt ans à dix ans. Puis on calcule, sur la base du capital moyen dans la période de dix ans, l’assiette de l’impôt sur le capital et on détermine un rendement, par exemple 5%, auquel s’appliquera un certain taux d’imposition. D’autres pays nous feront remarquer qu’ils ne peuvent s’accommoder d’un mécanisme de cette nature pour le passé, car il en résulterait, en quelque sorte, un traitement de faveur pour ceux qui n’ont pas respecté leurs obligations. Par contre, pour le futur, en admettant, par exemple, que la prescription s’applique chez eux au bout de sept ou dix ans, ils seraient disposés à construire pour cette période un système d’imposition à la source, qui fait qu’à l’échéance la prescription s’appliquerait. B&F: C’est donc jouer uniquement sur la prescription… L’ART

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P.O.: C’est utiliser la prescription pour se défaire de ces problèmes du passé, dans certains cas où il n’est pas possible de trouver une entente sur le passé. B&F: Comment appréciez-vous le risque posé par la tentation à laquelle succombent parfois ceux qui en viennent à voler des données pour essayer de les monnayer? P.O.: Il n’y aurait aucun intérêt à négocier des données fiscales en présence d’un système d’imposition à la source. Cela ne servirait à rien, sauf à constituer simplement du piratage économique. B&F: Le problème se règle de lui-même… P.O.: Oui, il disparaît. B&F: La clientèle résidente en Suisse, qui continue de bénéficier du système actuel, doit-elle craindre que la distinction entre soustraction (Steuerhinterziehung) et

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Edward Hopper, Cars and Rocks (Automobiles et rochers), 1927, aquarelle et crayon graphite sur papier, Whitney museum of American Art, N.Y., legs de Josephine N. Hopper © Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney museum of American Art. Photo Steven Sloman

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JoUrnée Des BanQUiers fraude (Steuerbetrug) fiscale finisse là aussi par disparaître? P.O.: La situation est très différente entre la Suisse et l’étranger. Ici, qu’on le veuille ou non, le système fiscal est assez enchevêtré, et suffisamment enchevêtré pour que, si l’on faisait disparaître cette distinction, une partie de l’ordre juridique et fiscal existant tombe et fasse l’objet d’une révision fondamentale. Je ne pense pas que l’on soit prêt à accepter sans autre, par exemple, l’élimination de l’impôt anticipé. Personnellement, je trouve que l’on devrait se mettre au travail

«Une banque centrale ou une autorité de supervision peut avoir raison quant à la direction à suivre, mais il est tout à fait possible et raisonnable de lui faire remarquer qu’elle risque d’aller trop loin si elle va jusqu’au bout de ses propositions»

sur la réforme globale de notre système fiscal, qui est un défi à long terme. Mais pas le faire par la petite porte de la suppression: je préférerais que la suppression soit la conséquence, et non la cause, de la révision de notre système fiscal. Deuxième raison, nous ne nous trouvons pas, à la différence de certains pays, dans une situation telle qu’il nous faille absolument courir un tel risque politique pour aller chercher cet argent-là. Je ne prétends

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pas que la Suisse n’aura jamais de problème budgétaire, mais elle ne connaît pas l’énorme dette publique qu’affrontent aujourd’hui certains pays. Troisième élément, je reste convaincu, bien que je ne sois ni naïf ni angélique, que la Suisse connaît une justice fiscale qui est meilleure que celle de bien d’autres pays. On ne peut dire des Suisses qui, par ailleurs, votent leurs impôts, qu’ils ne paient pas leurs impôts et qu’il faut donc absolument changer de système. B&F: Le Jura est assez satisfait de sa petite amnistie… P.O.: Oui, on pourrait organiser en Suisse une amnistie, comme dans les années 60. Celle-ci avait assez bien fonctionné. B&F: On pourrait même coupler les deux: décréter une amnistie générale, puis changer de système… P.O.: Je le répète: pas maintenant. Je préfère que l’on conduise au préalable une bonne réflexion. Il y a d’ailleurs ici, à Genève, de bons professeurs de droit qui s’intéressent à la question. Et ils avancent des propositions intéressantes. Là, le système fiscal pourrait gagner en efficacité. B&F: Tout ce que vous venez de dire à propos des solutions que la Suisse propose à ses partenaires européens suppose évidemment de la part des banques énormément d’efforts, de contrôles, de moyens, etc. On imagine une envolée des coûts, à laquelle certains établissements pourraient ne pas survivre… P.O.: Les coûts vont augmenter ici et ailleurs, ne serait-ce qu’avec le développement de la réglementation internationale.

Mais vous devez savoir que nous cherchons à mutualiser ces coûts. B&F: En développant des produits standards que les banques n’auront plus qu’à appliquer? P.O.: Absolument. Ainsi, par exemple, le système d’imposition à la source est un système que nous allons construire, de la même façon que nous avons construit SIX Telekurs ou d’autres infrastructures, pour les mettre à disposition de l’ensemble du secteur bancaire. Il y a même des consultants qui ont évalué les coûts qui pourraient résulter de la création d’un tel système. B&F: Vous avez déjà une idée de l’investissement global que cela pourrait représenter? P.O.: On ne l’a pas chiffré dans le détail, mais on imagine que cela pourrait être plusieurs centaines de millions. B&F: Millions qui se répartiraient en fonction de la taille des établissements? P.O.: Cela pourrait être une clé calculée en fonction du chiffre d’affaires ou d’autres critères qui paraîtraient plus justifiés, fonction par exemple aussi des affaires menées dans les pays concernés. Il est, en tout cas, certain que les petites banques ne pourraient pas se permettre d’appliquer toutes seules le système. B&F: Certaines des banques qui ont bénéficié d’importants afflux de fonds en provenance d’UBS au moment de la crise offrent une qualité de service d’une indigence et parfois d’une incompétence proprement effarantes. Or, nous nous engageons dans un monde qui devient de plus en plus compliqué, et même si vous n’offrez que des

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PatriCK oDier produits standardisés, la réglementation qui se développe impose des exigences de plus en plus sévères, en matière de formation du personnel notamment, et la clientèle en général, mieux informée, devient de plus en plus exigeante. Est-ce que tout cela ne va pas contribuer à une certaine concentration, à une disparition du tableau d’établissements plus fragiles que d’autres? P.O.: Personne ne prendra beaucoup de risques en disant qu’il faut s’attendre à une certaine concentration des banques. Mais est-ce une réflexion qui nous amène très loin? La place financière suisse présente malgré tout une telle diversité de compétences qu’elle continue à attirer bien sûr les capitaux, mais aussi des acteurs qui seront eux-mêmes des facteurs de renouveau et peut-être, quelque part, de professionnalisme accru. Comme vous le savez, il y a 156 banques étrangères en Suisse. Ce chiffre est resté extrêmement stable ces dernières années, malgré toutes sortes de concentrations. B&F: Certaines banques partent, d’autres arrivent… P.O.: Et pourquoi arrivent-elles? Parce que, on ne le répétera jamais assez, le marché suisse offre toutes les compétences du monde de la banque. Alors oui, c’est vrai qu’il y a 24 banques cantonales offrant toutes le même système de prestations, de prêts immobiliers, de crédit aux petites entreprises. Ce qui n’empêche que, tout d’un coup, l’une d’elles – la BCZ – se déve-

«La Suisse connaît une justice fiscale qui est meilleure que dans bien d’autres pays»

loppe et s’installe à Pékin, ce qui donne à réfléchir. Et pourquoi le fait-elle? Parce que, très intelligemment, elle mène depuis des années des affaires dans le domaine du trade finance, du financement du négoce, qu’on n’imagine pas dans une banque cantonale mais qui va néanmoins très bien avec une banque cantonale, surtout sur une place telle que Zurich ou Genève, et qui fait que, par stratégie commerciale – et compte tenu bien entendu de sa taille, qui est très importante –, elle a pu se diversifier dans

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cette direction-là. Oui, je pense que l’on va assister à une certaine concentration, mais la place financière suisse va continuer à attirer de nouveaux acteurs. Il y aura surtout une concentration dans les métiers où les aspects de compliance, de risque juridique, vont monter en flèche. Ce sont là les domaines de la gestion de fortune, et certains segments de l’investment banking. B&F: Vous voyez donc plutôt un certain roulement dans le type d’établissements présents en Suisse qu’un mouvement de concentration? P.O.: Et un certain renouveau. Je dirais que les plus petites affaires dépendant de la gestion de fortune vont devoir se consolider, parce que cela devient très cher, et parce que le «product mix», la composition des portefeuilles, est moins rentable pour le prestataire. B&F: Vous êtes donc d’accord avec ceux qui prétendent qu’un modèle d’affaires basé exclusivement sur le secret bancaire est condamné? P.O.: Non, je ne suis pas du tout d’accord. Car on est en train d’impliquer que le secret bancaire est synonyme de secret fiscal. Je dis simplement qu’un modèle d’affaires basé sur un volume d’argent non déclaré est voué à l’échec. Ça, c’est clair. Mais je ne veux surtout pas affaiblir l’idée selon laquelle le secret bancaire, la protection de la sphère privée, est quelque chose d’essentiel à notre modèle d’affaires à tous. B&F: Est-ce pour cela que l’on rencontre de moins en moins souvent, dans les prises de position et les discours officiels, la notion de secret bancaire, et de plus en plus celle de secret professionnel du banquier? P.O.: Oui, c’est juste. Le secret a pris une telle couleur aujourd’hui qu’il ne fait penser qu’à l’aspect fiscal, autrement dit à l’aspect désagréable. Ce que j’ai déjà répété à 20 000 reprises, c’est que la Suisse doit se vendre en faisant valoir qu’elle protège, mais ne cache pas. B&F: On fait souvent référence à des places telles que Singapour ou le Delaware. Ces places devront-elles également évoluer à l’avenir? P.O.: Certainement. Le Delaware a moins de raisons de le faire que Singapour, puisque c’est tout de même le plus grand qui parle.

Singapour a développé ces dernières années une stratégie absolument remarquable, puisqu’elle est partie de rien pour devenir une bonne place financière, mais encore loin évidemment de concurrencer la Suisse. Cette concurrence ne nous fait en rien peur, au contraire je l’encourage. Mais

«On va assister à une certaine concentration, mais la place financière suisse va continuer à attirer de nouveaux acteurs» Singapour ne peut pas faire l’économie des standards internationaux dans son développement. Parce qu’elle dépend trop de la communauté internationale et n’a pas l’appui d’un grand protecteur comme Hongkong l’aurait. Singapour se trouve un peu à mi-chemin entre la Chine et les EtatsUnis en la matière, et a tout intérêt à prendre le meilleur de ces standards pour les appliquer assez vite. D’ailleurs, c’est ce qu’elle va faire. Ceux qui suggèrent que la place financière de Singapour va concurrencer la Suisse omettent de faire remarquer qu’elle va concurrencer autant la Suisse que Londres, New York ou Francfort, et c’est très bien comme cela. Cette situation n’est ni grave ni négative pour la Suisse. B&F: Quel est, selon vous, l’avenir des gérants indépendants? P.O.: Les gérants indépendants auront probablement des choix assez complexes à faire dans les années qui viennent, choix qui ont surtout trait à la nature de la clientèle qu’ils entendent développer. Sur le fond, on aura toujours besoin de gérants indépendants, qui sont des vecteurs, des promoteurs du vrai service que leur taille leur permet d’avoir. Le fait de se concentrer uniquement sur l’accompagnement du client, au-delà même de l’infrastructure et des autres aspects administratifs auxquels le banquier a souvent à se confronter, représente un réel atout. Et là, il y aura toujours besoin de gérants indépendants. Je crois que ces derniers vont de plus en plus se muer en conseillers, plutôt qu’en gérants discrétionnaires et, en ce sens-là, la valeur du conseil va prendre de l’importance. C’est vrai aussi pour les banques, mais ce sera plus facile à

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JoUrnée Des BanQUiers faire par les gérants indépendants, qui auront également des choix intelligents à faire et devront se demander, en particulier, sur qui s’adosser pour ne pas avoir à affronter le casse-tête administratif et réglementaire. Maintenant, le devoir de conformité du gérant indépendant va lui aussi s’accroître. Je suis, pour ma part, un fervent avocat de la soumission du secteur des gérants indépendants à la supervision de la FINMA. Non pas que j’estime que les organes d’autorégulation soient insuffisants, loin de moi cette idée, mais nous aurions tous à gagner

«Je trouve dommage que les politiciens suisses n’arrivent pas à se mettre d’accord, de manière à ce que l’intérêt de la place financière suisse soit traité de façon un peu plus constructive et ne fasse pas l’objet d’un grand déballage de linge sale sur une question aussi importante pour l’avenir du pays» d’être sous la même autorité de tutelle, d’appliquer les mêmes standards et ne pas jouer les uns contre les autres, ou en tout cas ne pas avoir de doutes sur la question de savoir à qui telle ou telle réglementation s’applique. Le problème, c’est que nous n’avons pas encore eu la pression politique nécessaire en Suisse pour forcer la FINMA à accepter une responsabilité qu’elle ne veut pas assumer aujourd’hui. B&F: Et pourquoi? P.O.: Parce qu’elle ne dispose pas des ressources nécessaires. Et demande dans ces conditions qu’on ne la force pas à le faire. Tant que les politiciens ne le lui auront pas demandé, elle n’aura évidemment pas ces ressources. Je milite donc personnellement pour que nous puissions le plus vite possible avoir une place financière crédible également sous cet angle-là. En résumé, il y a un avenir, y compris pour les gérants indépendants; il est celui d’une clientèle de plus grande taille, avec une activité davantage

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orientée sur le conseil que sur la gestion discrétionnaire. B&F: Dans le dernier – et quatrième – «rapport de suivi» de la Suisse publié par le GAFI en octobre 2009, il est, sauf erreur, relevé que notre pays ne ferait pas beaucoup de progrès dans la suppression des comptes numérotés… P.O.: C’est un mythe, les comptes à numéros! Je connais de nombreux clients, parfaitement déclarés et tout à fait connus, qui préfèrent voir figurer un numéro plutôt que leur nom sur l’en-tête! Dans une organisation où, parce qu’il y a beaucoup de travail administratif, on n’a pas forcément la capacité en tout temps de pouvoir préserver des regards indiscrets les noms des clients, cela fait partie du service que d’offrir cette possibilité. Ce qui est important, ce n’est pas l’intitulé du compte, mais l’identité du bénéficiaire. B&F: N’empêche que le GAFI revient toujours sur cette «lacune»… P.O.: C’est fort possible, mais, je vous le répète, il s’agit d’une «non issue». Si cette manière de procéder pour assurer à l’interne la confidentialité des données disparaissait d’un coup, cela ne changerait pas d’un iota la profitabilité de la place financière. La seule chose que cela ferait serait de diffuser une fausse image de ce que nous sommes en train de faire. «Ah, la Suisse abandonne les comptes à numéros, c’est donc qu’ils en avaient et qu’ils faisaient des choses interdites!» Vous savez que le GAFI va introduire la notion d’évasion fiscale en tant qu’acte préalable au blanchiment. Il y a là, à mon avis, un vrai enjeu et j’estime que nous devons, en tant que banquiers et gérants responsables, faire comme si aujourd’hui déjà cette norme était en vigueur. Car elle va dicter au banquier un comportement très différent. Sachant que, désormais, l’évasion fiscale constitue un acte préalable au blanchiment (reste évidemment toute la question de sa définition, que l’on va effectuer, je l’espère, de façon sensible), j’aurai dans la tête, à chaque fois que vous viendrez ouvrir un compte, l’idée que, si je me trompe sur la conformité fiscale qui est la vôtre, je deviendrai ipso facto «criminalisable»! C’est donc très, très important. Je vais devoir mettre mes gérants, habitués depuis dix, quinze, vingt ans à une certaine manière de travailler,

dans un mode de réflexion qui leur fasse réaliser que la banque devient potentiellement complice d’un acte criminel s’ils n’appliquent pas de manière stricte ces standards de connaissance du client. On sait que la décision sera prise formellement en 2011, et mise en œuvre en 2013. Voilà un enjeu véritable du GAFI. Je ne me réjouis pas que cela devienne obligatoire, car je trouve que c’est quelque part confondre les choses que de mélanger fiscalité et criminalité. Mais, d’un autre côté, c’est comme ça, et il faut qu’on s’y adapte. B&F: Et c’est la même règle pour tout le monde… P.O.: En effet, et là au moins, on est au clair. B&F: Quelles sont vos plus grandes préoccupations à l’heure actuelle? P.O.: Ma première préoccupation est de trouver le moyen de faire rapidement en sorte que l’ennemi de notre secteur financier ne soit pas un «ennemi de l’intérieur». J’ai le sentiment qu’il y a aujourd’hui quelques pressions, auxquelles nous résistons mal, qui font que nos propres milieux sont parfois vecteurs d’éléments négatifs et extrêmement dangereux pour le développement de notre place financière. J’en veux pour preuve cet exemple relativement simple: lors d’un récent voyage, j’ai dû, à plusieurs reprises, répondre à des représentants du gouvernement chinois qui me disaient avoir entendu que nous avions des questions très importantes au sujet de nos grandes banques, et donc que nous devions avoir des problèmes. Autrement dit, le fait que nous ayons des débats aussi publics et antagonistes que ceux que nous avons vécus ces derniers mois, notamment sur

«J’aimerais m’assurer que notre Association suisse des banquiers soit une force de proposition, et non plus une force de réaction» l’accord UBS, avec ces volte-face des partis absolument inadmissibles, me fait, entre guillemets et sans émotion vraiment négative – c’est un constat –, penser que l’ennemi peut se retrouver aussi dans nos propres rangs. Faisons attention. Je trouve dom-

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JoUrnée Des BanQUiers mage que les politiciens suisses n’arrivent pas à se mettre d’accord, de manière à ce que l’intérêt de la place financière suisse soit traité de façon un peu plus constructive et ne fasse pas l’objet d’un grand déballage de linge sale sur une question aussi importante pour l’avenir du pays. Cela est aussi vrai pour les rémunérations, et cela va l’être également pour les fonds propres puisque la Suisse a déjà bien œuvré dans ce sens-là. Vous allez voir, le débat va être très chaud ces prochaines semaines. Cela fait à présent une année que je travaille à établir des liens avec les milieux politiques, l’administration et les autorités de régulation, et je pense que cela se passe très bien. Je suis très content que les choses continuent de se développer dans un aussi bon état d’esprit. Par contre, le climat politique s’est à ce point détérioré qu’il nous crée une image allant parfois à l’encontre de nos intérêts globaux. Mon deuxième souci touche à nos milieux. J’aimerais m’assurer que notre Association L’ART

suisse des banquiers soit une force de proposition et non plus une force de réaction. J’aimerais m’assurer que nos forces, nos intelligences, nos esprits non seulement s’unissent, mais se concentrent pour développer un esprit offensif de promotion et de développement de notre place financière. B&F: Vous pensez y parvenir, dans une association où l’on retrouve des banques tellement différentes? P.O.: Il y a, bien sûr, des aspects commerciaux qui font que, à court terme, les intérêts parfois divergent. Les banques Raiffeisen connaissent, par exemple, une très belle vague de succès, qu’elles font valoir dans leur publicité, même si cela va peutêtre, parfois, à l’encontre d’autres catégories de banques. Et là où la garantie de l’Etat existe, on est tenté de la faire valoir contre celle des banques qui va mal. De manière générale, notre but est d’assurer un équilibre entre les intérêts des banques liées au marché domestique et ceux des banques

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Edward Hopper, Le Bistro ou The Wine Shop, 1909, huile sur toile, Whitney museum of American Art, N.Y., legs de Josephine N. Hopper © Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney museum of American Art. Photo Geoffrey clements

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liées aux marchés internationaux, plutôt que de les antagoniser. C’est vrai que nous marchons un peu sur des œufs, car, au fond, la seule critique qui peut se révéler fondée, et désunir notre secteur, est le coût qu’implique, pour les banques qui ne sont pas concernées par le développement international, la mise à niveau des normes et des contraintes qui lui sont liées. Il faut que ces banques y trouvent une contrepartie, et cette contrepartie, c’est le combat et la promotion que nous faisons en faveur des conditions cadre internes, qui préservent les plus petites, les plus locales et les plus régionales de l’hégémonie des grandes, et qui donnent sa chance à tout le monde. Autrement dit, c’est faire en sorte que le gâteau s’agrandisse, et non se réduise. Enfin, troisième préoccupation, je crois que nous avons les moyens d’être offensifs. Plus je voyage et plus je me rends compte de la qualité de réputation et de service dans le domaine financier dont nous pouvons malgré tout nous prévaloir. Cette qualité est proprement inégalée. Que le moindre problème surgisse dans les nouveaux métiers, qu’ils soient à Londres ou à New York, à qui pense-t-on immédiatement? A la Suisse! Et ce n’est pas parce qu’on y paie moins d’impôts, ce n’est pas parce que les 30 000 livres payées de plus par le hedge fund manager lui font mal (question personnelle sur laquelle je ne me prononce pas, même si je trouve cela assez incroyable) qu’il vient chez nous. C’est parce qu’il sait que, en Suisse aussi, il y a tout l’environnement nécessaire, réglementaire et de vie, qui permet l’éclosion et le développement d’une profession nouvelle. Ma dernière préoccupation, à laquelle j’attache une très grande importance, ayant eu le privilège d’être proche, depuis pas mal de temps, des milieux industriels, c’est le chemin commun qui reste à faire entre l’industrie et la place financière. J’ai la chance de bien m’entendre avec les pourfendeurs les plus actifs du secteur financier, et là, le dialogue est en train de s’améliorer. Mais il faut que cela soit un objectif pour nous tous. Or, si nous devons expliquer à un jeune à quoi sert le secteur de la finance, il y a encore beaucoup de progrès à faire. Aussi, ma priorité pour l’année prochaine est-elle de mettre en exergue et de faire comprendre les avantages pour l’économie entière d’un système financier qui soit sain et solide. ■ M.Si

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l’interView tHierrY FranCQ – amF

«Les marchés financiers ne doivent plus être laissés à eux-mêmes» Fondée par la Loi de sécurité financière du 1er août 2003, l’Autorité des marchés financiers (AmF) veille à la protection de l’épargne et au bon fonctionnement des marchés financiers en France. Pour éviter tout nouveau krach aux effets dévastateurs, elle appelle de ses vœux la création d’une autorité de marché européenne dotée de vrais pouvoirs. Pour l’heure, l’AmF privilégie la prévention des risques et prône une réglementation proactive. Propos recueillis à Paris par Didier PLANCHE

Banque & Finance: Quels enseignements en matière de régulation, de surveillance et de contrôle des marchés, l’AMF a-t-elle tiré de la crise financière? THIERRY FRANCQ: A l’instar des autres régulateurs, l’AMF considère que les marchés financiers pris dans leur globalité ne peuvent plus être laissés à eux-mêmes et fonctionner selon leur libre arbitre, mais doivent faire l’objet d’une régulation forte et coordonnée, afin de prévenir toute nouvelle crise. D’où la mise en place, notamment, de réglementations européennes et américaines sur les hedge funds, la supervision des principaux marchés de gré à gré et plus spécifiquement celle des marchés de dérivés, considérés comme opaques et porteurs de risques systémiques. Dans le cas précis des marchés de gré à gré, il s’agit de favoriser au maximum la compensation et de la rendre obligatoire pour les contrats standardisables. Cette mesure devrait réduire le risque systémique et permettre aux superviseurs un meilleur encadrement de ces marchés. Les dirigeants du G20 ont avalisé les analyses et recommandations des régulateurs, en reconnaissant que l’ère de l’autorégulation des marchés financiers était terminée. Pour éviter les excès du passé, une approche har-

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monisée au plan international sur l’ensemble de ces problématiques s’impose. L’Europe, pour sa part, n’a pas été épargnée, puisqu’elle a subi certains effets pernicieux de cette globalisation financière via, entre autres, la commercialisation de produits toxiques. La priorité est désormais de restaurer la confiance des investisseurs et des épargnants. Par conséquent, une régulation plus stricte est nécessaire par le biais d’une surveillance et de contrôles plus efficaces notamment, de même que par une amélioration de la transparence en matière

«L’ère de l’autorégulation des marchés financiers est terminée»

d’information. Etre unis et avoir des règles européennes harmonisées rendra également plus aisée la coordination avec nos homologues américains et asiatiques. Dans cette optique, l’AMF défend avec force et conviction la création d’une autorité européenne de régulation de marchés financiers, l’ESMA, qui serait dotée de vrais pouvoirs, y compris celui de définir des normes techniques. B&F: Cette autorité de marché européenne risque d’amoindrir la souveraineté des Etats membres de l’UE. Sa création relève donc d’une utopie?

T.F.: Non, en aucun cas. D’ailleurs, des discussions au niveau du Conseil et du Parlement européens sont en cours, car les Etats membres ont tous pris conscience de l’intérêt d’homogénéiser la réglementation du marché financier au plan européen, afin de mieux sécuriser les marchés et de mieux protéger les investisseurs et les épargnants.

Contrôler les risques systémiques B&F: Pourquoi les autorités de surveillance, dont la vôtre, interviennent si tardivement dans l’application de mesures préventives visant à empêcher toute nouvelle crise financière, autrement dit, pour quelles raisons n’ont-elles pas anticipé les conséquences potentielles, mais prévisibles, de la mondialisation financière et de sa dérégulation inhérente, à considérer comme la cause principale des excès et des dérapages? T.F.: Je vous l’accorde, cette attitude est profondément regrettable, mais si caractéristique du comportement humain! Les signaux lancés par les marchés financiers auraient effectivement dû convaincre les régulateurs d’intervenir avec célérité. Mais lorsqu’ils ont été mis sous pression, les événements négatifs se sont succédé à un rythme effréné, provoquant un véritable emballement des marchés financiers. Puis, la situation s’est irrémédiablement dégradée, en particulier aux Etats-Unis, dépassant même tout entendement. Les réglementations désormais

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tHierrY FranCQ mises en place et prochainement coordonnées devraient prévenir une autre crise financière d’une telle ampleur. B&F: Au plan européen, des mesures sont en cours d’adoption pour contrôler les risques systémiques des hedge funds et des produits dérivés échangés de gré à gré, en particulier. Qu’en est-il du «high frequency trading», qui repose sur des opérations boursières algorithmiques à haute fréquence susceptibles d’être utilisées à des fins manipulatrices? T.F.: Au plan européen, des textes sont effectivement en cours de discussion pour assurer une saine régulation des dérivés échangés de gré à gré, ainsi qu’en matière de supervision de la compensation. La nouvelle réglementation devrait être effective dès janvier 2012, sauf impondérables, et complétée par un reporting précis et quotidien sur ces transactions. En ce qui concerne le «high frequency trading», il y a des stratégies qui peuvent nous amener à nous demander si elles ne relèvent pas de l’abus de marché et s’il existe des zones grises. De fait, il est possible de s’interroger dans certains cas sur la stratégie conduite qui serait le fruit de la manipulation, dès lors contraire aux intérêts des clients. En outre, cette pratique en vigueur peut conduire des opérateurs n’ayant pas accès à cette technologie à se détourner des marchés réglementés au profit

«L’AMF va créer un observatoire des produits d’épargne et renforcer les exigences, en particulier pour les produits complexes»

des marchés de gré à gré, donc vers des zones d’ombre, ce que l’AMF ne souhaite pas. Au final, cette pratique, qui compte déjà pour plus de la moitié des volumes de transactions aux Etats-Unis et près d’un tiers en Europe, peut se révéler inquiétante, car elle est susceptible d’engendrer des distorsions de concurrence, donc de nuire au bon fonctionnement et à l’efficacité des marchés. B&F: Que pouvez-vous faire à l’AMF? T.F.: A son niveau, l’AMF collabore avec des chercheurs pour étudier scientifiquement

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«L’AMF considère que les marchés financiers doivent faire l’objet d’une régulation forte et coordonnée, afin de prévenir toute nouvelle crise» THIERRY FRANCQ – AMF

l’impact du trading haute fréquence, afin d’évaluer ses avantages, ses inconvénients et leurs effets sur les marchés financiers, ainsi que sur leurs opérateurs. Dans le cadre de la révision de la directive sur les marchés d’instruments financiers, l’AMF souhaite que la future autorité européenne ESMA puisse fixer des règles de marchés au niveau européen, s’il se vérifie que la pratique du «high frequency trading» rend sa régulation obligatoire. Par exemple, il faut certainement avoir la capacité d’intervenir, si nécessaire, sur la durée des ordres de quelques microsecondes qui peut engendrer des effets pervers, en rendant obligatoire un timing minimum plus long. Un cadre réglementaire permettrait ainsi de réagir rapidement à chaque défaut et menace constatés.

Surveiller les innovations financières B&F: Sur un plan général, une réglementation proactive semble incontournable? T.F.: Effectivement, une réglementation proactive au plan européen, renforcée par un comité des risques européen, autorisera

une meilleure surveillance des innovations financières avec leur palette de produits complexes mal maîtrisés, surtout dans le cadre de la commercialisation de certains d’eux, ou «retailisation», susceptibles de gravement léser les investisseurs et les épargnants. Au plan national, l’AMF va aussi créer un observatoire des produits d’épargne et renforcer les exigences, en particulier pour les produits complexes. B&F: Estimez-vous que les mesures de régulation et de surveillance envisagées permettront de prévenir et même d’enrayer véritablement un nouveau krach financier? T.F.: Je l’espère, dès qu’elles seront effectivement toutes mises en place et appliquées. Cependant, il faut savoir que les cycles financiers sont toujours plus prononcés que ceux de l’économie réelle, car ils anticipent les situations de stress. Par conséquent, les mouvements boursiers demeurent inéluctables. En fait, la régulation sert essentiellement à limiter les effets erratiques et pernicieux des marchés financiers, qui peuvent déboucher sur une forte inefficacité des marchés, voire sur des pertes importantes pour les investisseurs. ■ D.P.

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FonDs De PlaCement REPÈRES DU MARCHÉ DE LA GESTION COLLECTIVE Palmarès sur un an des catégories de fonds avec au moins 5 fonds Moyennes des catégories MORNINGSTAR

Perf. en % sur 1 an

Perf. en % annualisée sur 3 ans

Volatilité annualisée sur 3 ans

Perf. en % annualisée sur 5 ans

MEILLEURES PERFORMANCES DES CATÉGORIES MORNINGSTAR - FONDS ACTIONS & MIXTES

Actions Russie Actions turquie Actions Amérique Latine Actions Asie-Pacifique Autre Actions Brésil Actions Suède Petites et moyennes cap. Actions malaisie Actions Afrique du Sud et Namibia Actions Europe Emergente Actions Secteur métaux Précieux

40.71 33.97 28.29 27.42 25.63 25.58 25.21 23.99 23.58 22.57

-14.60 -7.47 -3.26 -3.04 -2.05 -10.20 -1.10 -4.57 -17.21 -0.23

43.00 48.69 34.52 29.34 38.90 31.15 20.72 30.83 37.18 34.79

8.07 6.59 14.80 10.73 18.29 5.68 8.54 7.00 2.04 13.38

MOINS BONNES PERFORMANCES DES CATÉGORIES MORNINGSTAR - FONDS ACTIONS & MIXTES Actions Italie Actions Secteur Energies Alternatives Actions Portugal Actions Espagne Actions Grèce

-7.61 -8.76 -9.91 -10.62 -29.97

-22.17 -19.61 -23.09 -15.12 -30.77

26.36 31.48 27.80 27.02 34.82

-8.38 -2.23 -2.40 -0.41 -10.90

MEILLEURES PERFORMANCES DES CATÉGORIES MORNINGSTAR - FONDS OBLIGATAIRES Obligations à Haut Rendement Dollar Obligations Globales Islamiques Obligations à Haut Rendement Livre Sterling Obligations et Liquidités Dollar Australien Obligations marchés Emergents Obligations à Haut Rendement Euro Obligations en Yen Obligations Asie Obligations Privées Dollar Obligations Privées Livre Sterling

14.61 14.05 12.32 11.57 11.31 9.76 9.31 8.44 7.15 6.67

-0.38 1.35 -6.96 3.18 0.91 -1.91 6.90 0.72 0.84 -8.22

17.38 11.81 21.52 14.46 15.15 19.71 14.55 11.81 11.78 16.37

0.77 2.39 -1.15 4.33 2.50 1.12 1.51 1.04 0.24 -3.04

MOINS BONNES PERFORMANCES DES CATÉGORIES MORNINGSTAR - FONDS OBLIGATAIRES Obligations Europe Obligations Euro Diversifiées Obligations Euro Indexées Obligations d´Etat Euro Obligations à ct Euro

-4.04 -5.48 -6.34 -6.83 -8.78

-2.82 -2.17 -2.10 -1.00 -3.80

9.46 8.75 9.83 8.52 8.01

-0.61 -0.21 -0.72 0.27 -0.69

FUND PROFILE: ANALYSE DE FONDS: «METROPOLE EURO» – FR0007078753 La catégorie «Actions Zone Euro Grandes Cap.» fait partie des catégories de fonds faiblement valorisés. Banque & Finance vous propose de prendre connaissance de l’analyse morningstar sur ce fonds. Nous pensons que metropole Euro est une de valorisation, puis ceux jugés intéressants décembre 2009, l’exposition au secteur de offre de qualité dans cette catégorie. Nous sous soumis à un examen minutieux de leur l’énergie était marginale et il n’y avait apprécions, en premier lieu, l’équipe de valeur intrinsèque, à l’aide de méthodes aucune valeur espagnole dans le portegestion en charge du fonds. Elle compte sept plutôt pragmatiques (comparaison de ratios, feuille. Le fonds a aussi manqué une partie gérants actions très expérimentés sous la multiples de transaction). L’équipe retient de la hausse des marchés en 2006 et 2007 direction d’Isabel Levy. Actionnaire et souvent le scénario le moins optimiste et lorsqu’ils étaient tirés par les valeurs plus membre fondateur de metropole, Isabel Levy l’analyse est complétée par la recherche de cycliques et celles liées aux matières prepossède plus de vingt ans d’expérience dans catalyseurs de revalorisation. Les gérants mières, écartées du portefeuille dès 2006. Il l’industrie. Elle a bâti l’équipe au fur et à portent une attention particulière à cette a, en revanche, mieux résisté que ses pairs mesure de la progression des encours de la étape afin d’éviter d’investir dans des lors de la correction qui s’en est suivie. société de gestion et l’a organisée d’une valeurs décotées mais amenées à le rester. Les investisseurs doivent donc être prêts à manière peu habituelle puisque la prise de cette stratégie solide, commune à l’ensem - supporter des périodes de sous-perfordécision est ici véritablement collégiale. Les ble des fonds actions européennes de mance en phase d’excès de valorisation sur gérants ne sont pas répartis formellement metropole, a fait ses preuves depuis son lan- les marchés, mais nous pensons qu’ils par industrie ou zone géographique, et cement en 2002. Sur ce fonds dédié à la devraient continuer à bénéficier de la stratécontribuent à l’ensemble des dossiers. zone euro, investi majoritairement dans les gie sur le long terme. Nous apprécions la cette organisation ne semble pas nuire à grandes capitalisations, le portefeuille est, société de gestion métropole, dont le coml’efficacité de la gestion, bien au contraire. toutefois, relativement moins concentré avec portement est globalement favorable aux L’équipe est soudée derrière une philosophie 35 à 45 titres contre 25 sur les autres intérêts des investisseurs, et le fonds reçoit d’investissement très claire, orientée vers la mandats de l’équipe. La surperformance du la note «Supérieur». recherche de titres sous-valorisés, sans fonds, quoique nette, est donc moins imporaucune référence aux indices. Afin de détec- tante. L’approche, focalisée sur les valorisater les titres décotés, l’équipe filtre l’en- tions, conduit à des expositions sectorielles mathieu cAQUINEAU, semble de l’univers sur des critères simples et géographiques très marquées. A fin Analyste, morningstar France

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Metropole Euro vs Catégorie Morningstar Time Period: 01/08/2005 to 31/07/2010

155 150 145 140 135 130 125 120 115 110 105 100 95 90 85 80 75 70 65 60 55

2005

2006

2007

Metropole Euro

2008

2009

2010

85.38

Europe OE Eurozone Large-Cap Equity

84.78

calcul de la performance en cHF, dividendes réinvestis, arrêté au 31/07/2010 Source © 2010 mORNINGStAR, Inc. tous droits réservés.

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rePères Les plus grandes catégories de fonds passées au crible du 1er quartile Time Period: 01/08/2005 to 31/08/2010

195

Asia-Pacific ex-Japan Equity

133.53

187.5 180

Europe Large-Cap Blend Equity

87.68

172.5

Global Large-Cap Blend Equity

88.51

165

U.S. Large-Cap Blend Equity

157.5 150 142.5 135

78.32

CHF Aggressive Balanced

100.1

CHF Cautious Balanced

105.03

127.5 120 112.5 105 97.5 90 82.5 75 67.5 80 52.5

2005

2006

2007

2008

2009

2010

Le graphique ci-contre indique l'évolution des catégories de fonds sur cinq ans. Dans chaque numéro, Banque & Finance vous présente également une sélection de fonds. Découvrez avec nous les rares produits qui réussissent à se hisser dans le premier quartile sur toutes les périodes analysées. Nous publions au maximum les cinq premiers fonds sur un an.

Sur 103 fonds de la catégorie MORNINGSTAR «Actions Suisse Gdes Cap.», 8 fonds restent dans le 1er quartile sur 6 mois, 1 an et 3 ans. Actions Suisse Gdes Cap. Nom du fonds

Promoteur

Code ISIN

SVm Value SL iFunds (cH) Equity cH (cHF) UBS (cH) mgr Sel Eqs Switzerland Xt2 B DWS (cH) - Swiss Equity Plus A UBS (cH) mgr Sel Eqs Switzerland Xt1 B Moyenne

SIF Swiss Investment Funds SA Swiss Life Funds AG UBS State Street Fondsleitung AG UBS

cH0013610248 cH0023989467 cH0015312546 cH0022012717 cH0015312512

Perf. en % sur 6 mois

Perf. en % sur 1 an

11.37 8.47 5.67 4.20 5.05 3.00

26.72 26.45 23.46 22.67 22.16 18.72

Perf. en % annualisée sur 3 ans -7.04 -9.85 -8.57 -6.82 -9.75 -11.34

Volatilité annualisée sur 3 ans 19.16 18.07 16.26 18.60 17.57 17.94

Etoiles MORNINGSTAR ★★★★★ ★★★★ ★★★★★ ★★★★★ ★★★★★

Sur 41 fonds de la catégorie MORNINGSTAR «Actions Suisse Petites & Moy. Cap.», 4 fonds restent dans le 1er quartile sur 6 mois, 1 an et 3 ans. Actions Suisse Petites & Moy. Cap. Nom du fonds

Promoteur

Code ISIN

UBS (cH) EF Small caps Switzerland P DWS (cH) - Small&mid caps Switzerld BGF Swiss Small & mid cap Opps A2 cHF UBS (cH) IF Small & mid cap Eqs cH IB Moyenne

UBS State Street Fondsleitung AG Blackrock (Luxembourg) S.A. UBS

cH0004311335 cH0025038479 LU0376446257 cH0011764310

Perf. en % sur 6 mois

Perf. en % sur 1 an

8.33 4.82 4.43 4.45 1.96

26.15 24.90 24.79 22.61 16.52

Perf. en % annualisée sur 3 ans -8.16 -3.39 -2.17 -6.78 -9.83

Volatilité annualisée sur 3 ans 24.99 23.66 21.75 22.88 23.38

Etoiles MORNINGSTAR ★★★★ ★★★★★ ★★★★★ ★★★★

Sur 132 fonds de la catégorie MORNINGSTAR «Actions Europe Gdes Cap. Mixte», 15 fonds restent dans le 1er quartile sur 6 mois, 1 an et 3 ans. Actions Europe Gdes Cap. Mixte Nom du fonds

Promoteur

Code ISIN

Reyl (LUX) GF European Equities B Invesco European Growth Equity A threadneedle Pan Eurp Inst Net EUR UBS (cH) IF Eqs Europe (ex cH) IX Schroder ISF European Special Sit A Moyenne

Reyl & cie (France) Invesco Global Asset management Limited threadneedle Investments UBS Schroder Investment management Ltd.

LU0160155981 LU0194779913 GB0030810682 cH0023761494 LU0246035637

Perf. en % sur 6 mois

Perf. en % sur 1 an

-0.03 0.71 4.84 -0.38 1.11 -2.63

11.62 11.58 10.08 9.12 9.02 3.29

Perf. en % annualisée sur 3 ans -12.74 -14.52 -9.58 -13.52 -13.11 -15.88

Volatilité annualisée sur 3 ans 23.97 24.27 21.72 26.09 22.93 24.47

Etoiles MORNINGSTAR ★★★★★ ★★★★ ★★★★★ ★★★ ★★★★

Sur 119 fonds de la catégorie MORNINGSTAR «Actions Etats-Unis Gdes Cap. Mixte», 8 fonds restent dans le 1er quartile sur 6 mois, 1 an et 3 ans. Actions Etats-Unis Gdes Cap. Mixte Promoteur Nom du fonds

Code ISIN

Reyl (LUX) GF North Amer Equities B LGt multi manager Eq North Amer USD B cONNEct Equity USA GREEN I cONNEct Equity USA RED I UBS (cH) IF2 Equities USA Passive IB Moyenne

LU0160156013 LI0026536560 cH0027988838 cH0027988796 cH0022985938

Reyl & cie (France) LGt capital management credit Suisse Asset management credit Suisse Asset management UBS

Perf. en % sur 6 mois

Perf. en % sur 1 an

7.41 5.08 5.57 2.79 2.63 0.45

15.62 13.79 12.13 10.57 10.52 7.16

Perf. en % annualisée sur 3 ans -9.84 -8.73 -6.28 -10.97 -10.77 -12.80

Volatilité annualisée sur 3 ans 22.76 22.07 26.10 21.85 21.85 22.84

Etoiles MORNINGSTAR ★★★ ★★★★★ ★★★★★ ★★★★ ★★★★

Sur 120 fonds de la catégorie MORNINGSTAR «Actions Asie-Pacifique hors Japon», 10 fonds restent dans le 1er quartile sur 6 mois, 1 an et 3 ans. Actions Asie-Pacifique hors Japon Nom du fonds

Promoteur

Code ISIN

Aberdeen Global Asian Smaller cos D2 templeton Asian Growth A YDis $ Vontobel Far East Equity A t. Rowe Price Asian ex-Japan Eq I AXA Rosenberg Ac AsPac ex Jap A USD Moyenne

Aberdeen Am (Lux) Franklin templeton Investment Funds Vontobel Holding AG t. Rowe Price Global Inv. Services Ltd AXA Rosenberg management Ireland Ltd

LU0231459958 LU0029875118 LU0084450369 LU0266341725 IE00B03Z0P68

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Perf. en % sur 6 mois

Perf. en % sur 1 an

22.11 11.03 16.39 9.50 8.96 6.14

39.05 23.96 22.68 20.23 19.21 10.46

Perf. en % annualisée sur 3 ans 3.97 -5.23 -5.18 -4.85 -5.85 -8.92

Volatilité annualisée sur 3 ans 23.72 34.15 24.01 36.55 29.48 29.18

Etoiles MORNINGSTAR ★★★★★ ★★★★ ★★★★★ ★★★ ★★★★

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FonDs De PlaCement noUVeaUX FonDs

On n’arrête pas le progrès! Le UcIt III est très prisé par les gérants de stratégies alternatives. comme le rappelle Fabrice cuchet, responsable des investissements alternatifs de Dexia Am, ce n’est pas une panacée et il faut s’attendre à ce que les performances de ces nouveaux fonds soient inférieures à celles des hedge funds traditionnels. Outre l’alternatif, la FINmA a autorisé des fonds très intéressants dans le secteur de l’immobilier, un secteur qui continue d’avoir la faveur des investisseurs. Les matières premières, les devises et les convertibles paraissent également très en vogue. On aurait pu croire que tous les gérants étrangers avaient déjà investi le marché suisse, au grand dam des gestionnaires locaux de petite taille qui doivent faire des pieds et des mains pour distribuer leurs produits en Europe. De fait, début juillet, la société Rotschild & cie Gestion est venue s’installer à Zurich avec huit nouveaux fonds et, parmi eux, des «animaux» qui ne manquent pas d’élan.

L’information financière et bancaire sur www.banque-finance.ch avec B3B Le site www.b3b.ch, partenaire de Banque & Finance, vous propose un accès simple et rapide à l’information bancaire qu’il vous faut. B3B propose des flux d’information continus, personnalisables en fonction de vos centres d’intérêt, et des newsletters thématiques.

SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010

SECTEUR/MATIÈRES PREMIÈRES BCV Diapason Commodity Systematic Alpha (CHF) NOM DU GÉRANT: Diapason Commodities Management SA, Lausanne FORTUNE: CHF 3,1 millions (21.07.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Le fonds vise une croissance à long terme avec une volatilité moindre et une certaine décorrélation par rapport aux indices du secteur. Le gérant investit en contrats à terme sur matières premières et métaux précieux. Les positions sont acheteuses ou vendeuses selon les anticipations favorables ou non de l’évolution des marchés. L’exposition aux matières premières est effectuée principalement par des dérivés et, accessoirement, par des parts de placements collectifs et/ou des produits structurés. Les obligations et autres titres ou droits de créances, les avoirs à vue ou à terme, les instruments du marché monétaire ainsi que les parts de placements collectifs sur ces mêmes sousjacents servent de collatéraux aux dérivés (futures) sur commodities et/ou métaux précieux. Les couvertures de risques de change sont effectuées par des dérivés (forwards). INDICE DE RÉFÉRENCE: n.c. FRAIS DE GESTION: 1,90% PERFORMANCE DEPUIS LANCEMENT: –1,58% (24.07.2010) DATE DE LANCEMENT: 14.06.2010

DB Commodity Booster Light Energy Benchmark ETF NOM DU GÉRANT: Deutsche Bank AG FORTUNE: n.c. INDICE DE RÉFÉRENCE: L’indice suivi, le Deutsche Bank Commodity Booster Light Energy, comporte 24 matières premières qui représentent les cinq principaux sous-secteurs du domaine, à savoir, l’énergie, les matières premières, les métaux de base, l’agriculture et le bétail. Les sous-jacents de l’indice sont des contrats à terme. Lorsqu’ils approchent de leur date d’expiration, ils sont remplacés par d’autres contrats ayant une expiration plus lointaine, ce que l’on désigne par «rolling». Pour ce faire, un mécanisme d’optimisation des rendements est utilisé pour chaque composant de l’indice, mécanisme qui permet de maximiser les gains sur les marchés en backwardation et de minimiser les pertes sur ceux en contango. INDICE DE COMPARAISON: S&P GSCI Light Energy Euro Index. Une comparaison de cet indice avec le DB Commodity Booster depuis 2000 montre un très net avantage pour ce dernier, qui a doublé de valeur alors que le S&P est revenu à 100. PERFORMANCE DEPUIS LANCEMENT: –0,31% (31.05.2010) COMMISSION ANNUELLE MAXIMALE: 0,95% DATE DE LANCEMENT: 2.04.2009

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FonDs De PlaCement URAM Gold Allocator NOM DU GÉRANT: URAM SA, société indépendante créée en 2007 par deux gestionnaires qui offrent plus de trente-cinq ans d’expérience cumulée dans le domaine des ressources naturelles et un historique de performances reconnu et récompensé par Citywire (rating A), Morningstar (5*), Lipper et ARC. URAM est un des plus importants acteurs en Suisse dans son domaine, avec sept fonds «long-only» sous conseil, couvrant toute la gamme des investissements dans le secteur des ressources naturelles. URAM a participé, en février 2008, à la création du premier fonds de placement au monde offrant une gestion active, à la fois dans l’or physique et les mines d’or, et, en mars 2010, à la création du premier fonds de placement au monde se concentrant sur les métaux rares et stratégiques nécessaires aux technologies vertes. Dominique Casaï est actif depuis 1985 dans la gestion de portefeuilles investis dans le secteur des ressources naturelles, en particulier des métaux précieux. Avant de cofonder URAM SA, il a travaillé pour la Société de Banque Suisse, Pictet & Cie, l’Union Bancaire Privée et Bearbull (Suisse) SA. Il a développé plusieurs fonds dans le secteur des matières premières (Share Gold, Share Energy, BBGI Commodities, Valresources, …) Patrick Pittaway est diplômé en géologie et titulaire d’un master en Mining Finance; il est actif depuis 1998 dans l’analyse et la gestion de portefeuilles investis dans le secteur des ressources naturelles, en particulier l’industrie minière. Il a géré le fonds IAM Gold et Metals pendant plus de quatre ans. Patrick Pittaway a commencé sa carrière en qualité de géologue pour BHP Billiton en Afrique du Sud, puis a collaboré dans les équipes d’analyse minière de l’UBS et de la Deutsche Bank à Londres avant de rejoindre URAM SA en 2007. FORTUNE: USD 61,7 millions (juin 2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: A long terme, le fonds vise à battre l’indice FT Gold Mines avec une volatilité plus faible, par le biais d’investissements dans l’or (via des certificats ou des ETFs sur l’or) ainsi que dans des sociétés actives dans l’exploration et la production d’or et d’autres métaux précieux (argent, platine, palladium). Le fonds applique une stratégie d’investissement bidimensionnelle: d’une part, une allocation tactique entre or et mines d’or et, d’autre part, un processus de sélection de valeurs basé sur une analyse fondamentale. La devise de référence est le dollar, mais il existe également des parts en euros. En juin 2010, les dix principales positions représentaient 53% des actifs du fonds (9,2% pour Goldcorp Inc et 8,3% pour Barrick Gold Corp). INDICE DE RÉFÉRENCE: FT Gold Mines Index PERFORMANCE YTD À JUIN 2010: 9,3% vs 7,7% (indice) RATIO DES COÛTS TOTAUX: 2,69% (commission de gestion: 1,60% + commission de performance). DATE DE LANCEMENT: 16.12.2009

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SECTEUR/IMMOBILIER Lyxor ETF MSCI World Real Estate (USD) NOM DU GÉRANT: Lyxor Asset Management (35 milliards d’euros sous gestion) FORTUNE: USD 25 millions (31.05.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: L’ETF réplique l’évolution du MSCI World Real Estate. Cet indice est composé de 80 grandes et moyennes capitalisations mondiales réparties en trois sous-secteurs: les sociétés d’investissement immobilier, les sociétés de promotion immobilière ainsi que les sociétés de services. Par pays, les principales pondérations vont aux Etats-Unis (36%), à Hongkong (17%), au Japon (14%) et à l’Australie (11%). Le poids de tous les autres Etats est inférieur à 5%. INDICE DE RÉFÉRENCE: MSCI World Real Estate Index FRAIS DE GESTION ANNUELS: 0,45% PERFORMANCE DE L’INDICE 1 AN (AU 10.05.2010): 16,92% DATE DE COTATION: 10.05.2010

Realitim SCPC NOM DU GÉRANT: MK Realitim Management SA (MKRM). Le groupe MK est actif depuis trente ans dans l’immobilier et depuis dix ans dans le secteur de la promotion immobilière. FORTUNE: n.c. (souscription dès septembre) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Realitim est une société en commandite de placement collectif et le premier véhicule de placement collectif multiprojets et multi-investisseurs du développement immobilier en Suisse romande. Destinée à des investisseurs qualifiés, cette SCPC a pour objectif d’investir en direct dans la promotion immobilière et, en particulier, sur la valorisation des droits à bâtir. Fiscalement plus avantageuse, la SCPC offre une rentabilité supérieure de 40 à 60% par rapport aux alternatives existantes, tout en permettant une bonne diversification. Sur la base d’un horizon de sept ans, Realitim vise une rentabilité nette, après impôts et commissions, de 10 à 15% par an. Sa stratégie consiste à capturer la valeur essentiellement avant la phase de construction, donc à travailler à partir d’un terrain «vert» pour l’étude et l’achat de zones en friches, intermédiaires à développer ou encore de plans partiels d’affectation ou de plans de quartiers. Le gérant MKRM a pour mission d’organiser les

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noUVeaUX FonDs projets de façon optimale. Grâce à une méthode de gestion et des processus innovants, il devrait être en mesure de réduire drastiquement le temps de gestation des projets, de même que par une politique de rémunération incitative envers les architectes, urbanistes, notaires, géomètres et ingénieurs. Une étude mandatée par Realitim et réalisée par Wüest & Partner montre que le développement immobilier en Suisse occidentale, et en particulier sur l’Arc lémanique, possède un fort potentiel. Ces dix dernières années, le volume annuel moyen d’investissement de développement pour les cinq cantons romands pris en compte par Realitim SCPC s’est élevé à 4 milliards de francs suisses, les régions Genève et Lausanne représentant plus de 40% du volume analysé. Les réserves constructibles (zones à bâtir) sont de l’ordre de 17 à 24%. Au niveau des friches industrielles, les cantons de Genève, Vaud et Valais offrent un potentiel estimé à 83% du total romand, soit plus d’un million de m2 en surface brute de planchers. Pour Wüest & Partner, les facteurs clés de succès qui distinguent les acteurs du développement sont le savoir-faire, l’indépendance, la connaissance des marchés régionaux et la fiscalité. En outre, la capacité à réduire la durée des étapes en amont, où se trouve la plus grande partie des risques, est primordiale pour influencer les rendements.

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En ce qui concerne la SCPC, un comité consultatif de trois à cinq membres assure le lien avec les investisseurs et supervise la gestion de MKRM, tandis que des experts indépendants sont consultés lors de tout investissement ou désinvestissement ainsi que pour l’établissement de la valeur nette d’inventaire.

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FonDs De PlaCement Swisscanto (CH) Real Estate Fund Swiss Commercial NOM DU GÉRANT: Swisscanto, dont les actifs sous gestion dans l’immobilier s’élèvent à 5 milliards de francs. FORTUNE: CHF 200 millions (totalement souscrit) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Destiné aux investisseurs qualifiés, le fonds investit directement dans des biens immobiliers commerciaux en Suisse. Lesquels, grâce à des contrats de location à long terme et indexés, ainsi qu’à des coûts de gestion moindres, offrent des perspectives de rendement plus élevées que celles des immeubles d’habitation. DATE DE LANCEMENT: 18.06.2010

STRATÉGIES ALTERNATIVES Absolute Insight Currency Fund NOM DES GÉRANTS: Dale Thomas et Max Wahl, Insight Investment Funds Management Ltd FORTUNE: GBP 245 millions (31.05.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Le fonds vise des rendements positifs quelle que soit la situation des marchés. Le gérant prendra une exposition diversifiée à tout un éventail de devises, soit par des positions directionnelles sur les devises, soit par des positions sur leur volatilité. Le fonds possède une classe livre sterling et une classe euro. Depuis son lancement, il affiche une volatilité de 5,40% et sa perte maximale a été de –5,45% (–2% pour le mois le plus négatif en mai 2008). INDICE DE RÉFÉRENCE: 3 months GBP LIBID PERFORMANCE P.A.DEPUIS LANCEMENT: 6,7% vs 3,6% (indice) (31.05.2010) DATE DE LANCEMENT: 28.02.2007

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Absolut Insight – UK Equity Market Neutral Fund NOM DES GÉRANTS: Andrew Cawker, Richard Howarth et Iain Brown (fonds noté AA par Standard & Poor’s et A par OBSR) FORTUNE: GBP 435,6 millions (31.05.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Le fonds vise des rendements positifs, indépendamment des marchés. Sa stratégie se compose de deux volets. D’une part, elle vise une appréciation du capital en investissant en actions ou dérivés d’actions britanniques ainsi que dans les indices de ce marché. D’autre part, le gérant peut se positionner sur le marché monétaire ou quasi monétaire. Pour atteindre son objectif, le gérant cherche à minimiser le risque de marché (bêta) et à isoler l’alpha de chaque titre (utilisation de la technique dite de «pairing»). Toutes les positions à découvert seront prises à travers des instruments dérivés alors que l’exposition longue sera effectuée au moyen d’achat de titres ou de dérivés. INDICE DE COMPARAISON: FTSE All Share INDICE DE RÉFÉRENCE: GBP Libid 3 mois PERFORMANCE P.A. DEPUIS LANCEMENT: 4,4% vs 3,6% (indice) PERTE MAXIMALE: –1,15% DATE DE LANCEMENT: mars 2007

Car Long Short NOM DES GÉRANTS: Edward Golosov et Ajay Jain, Barclays Capital Fund Solutions FORTUNE: GBP 548 millions (06.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: La stratégie CAR L/S (Cross Asset Rotator Long Short) vise à dégager de l’alpha à travers un processus de réallocation mensuel basé sur des facteurs fondamentaux et des facteurs techniques. Le fonds peut investir dans diverses classes d’actifs et ce, dans le but de diminuer le risque non systématique. Le modèle de gestion, développé en interne, est conçu de manière à éviter des investissements importants dans les secteurs les plus volatils: il est basé sur une optimisation de la moyenne-variance qui permet de construire un portefeuille optimal doté d’un profil rendement-risque spécifique. Selon les situations, le gérant aura recours aux marchés monétaires en euro pour réduire la volatilité. INDICES DE RÉFÉRENCE: HFRX Macro Index, DJ Euro Stoxx 50 Index PERFORMANCE AU 31.05.2010: –5,86%. Selon un back test effectué sur cinq ans, la stratégie CAR L/S aurait dégagé un rendement annualisé de 8,2% contre 1,9% pour l’indice HFRX Macro et 0,9% pour le DJ Euro Stoxx 50 et ce, avec une volatilité de 6,5% (9,4% pour l’indice HFRX).

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ACTIONS EUROPÉENNES

Dexia Diversified Futures NOM DU GÉRANT: Dexia Asset Management FORTUNE: EUR 17,79 millions (31.05.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Fonds UCITS III français (CTA) qui vise une appréciation du capital à long terme associée à une volatilité maîtrisée (l’objectif est de surperformer Eonia). Le programme de trading, fondé sur de nombreux modèles quantitatifs propriétaires, est appliqué à un univers d’investissement très diversifié (indices actions, taux d’intérêt courts, obligations d’Etat, devises, matières premières). Sur les cinq premiers mois de 2010, les contributions à la performance (–2,9%) par classe d’actifs ont été les suivantes: matières premières (–4,1%), devises (–0,1%), indice (–3,1%), taux long terme (2%) et taux court terme (2,4%). INDICE DE RÉFÉRENCE: Eonia PERFORMANCE DEPUIS LANCEMENT: –3,71% DATE DE LANCEMENT: 16.11.2009

Dexia Long Short Credit NOM DU GÉRANT: Dexia Asset Management FORTUNE: EUR 22,16 millions (au 25.05.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Fonds visant une performance absolue et qui exploite les opportunités d’investissement sur les marchés de crédit. Le gérant utilise des stratégies d’arbitrage et des stratégies directionnelles (à l’achat comme à la vente) sur les obligations d’entreprises et les produits dérivés de crédit. Son univers couvre l’ensemble des obligations (notation minimale CCC+) d’Europe, d’Amérique du Nord et du Japon. INDICE DE RÉFÉRENCE: Eonia PERFORMANCE DEPUIS LANCEMENT: 3,05% vs 0,20% (indice au 25.05.2010) DATE DE LANCEMENT: 27.10.2009 Dexia a également lancé le fonds Long/Short Emerging Debt, fonds d’arbitrage sur la dette des marchés émergents, ainsi qu’un fonds Long/Short European Equity dédié aux marchés actions européens. Selon Fabrice Cuchet, responsable des investissements alternatifs de Dexia AM, les fonds UCITS III du secteur gestion alternative représentent un complément «plus liquide et mieux réglementé» mais, «les Newcits ne sont pas une panacée et il est très probable que la performance Fabrice Cuchet, responsable des moyenne des fonds alternatifs de investissements alternatifs de type UCITS III soit inférieure à Dexia AM. celle des hedge funds». Cela tient à leur environnement réglementaire plus contraignant et au fait que certaines stratégies et formes d’investissement, et donc des sources de plus-values potentielles, leur sont interdites.

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DJD Indextracker Plus – Euro Stoxx 50 Index NOM DU GÉRANT: DJD Partner TreuUnternehmen reg. FORTUNE: EUR 30 millions (28.05.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Le fonds vise à dégager une surperformance par rapport aux différents segments inclus dans l’indice de référence. Pour ce faire, le gérant investit passivement et de manière indirecte dans un portefeuille d’actions diversifiées (par exemple, par le biais d’ETFs ou de certificats sur indice). Le but de ce portefeuille est de répliquer l’évolution d’un indice donné. En outre, à travers des options d’achat et/ou de vente, le gérant vise à obtenir une performance optimisée. A fin mai 2010, la part des actions dans le portefeuille s’élevait à 51% et celle des liquidités et des dépôts à terme à 30%. 12% des actifs étaient investis en produits structurés. INDICE DE RÉFÉRENCE: DJ Euro Stoxx 50 PERFORMANCE DEPUIS LANCEMENT: –4,07% vs –23,2% (indice) PERTE MAXIMALE: 22,43% VOLATILITÉ P.A.: 20% DATE DE LANCEMENT: 15.07.2005

DJD Partner propose une stratégie similaire sur le SMI depuis juillet 2005. Depuis cette date, elle a réalisé une performance de –6,84% contre –2,14% pour le SMI.

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noUVeaUX FonDs Elan Euro Valeurs NOM DU GÉRANT: Rothschild & Cie Gestion FORTUNE: EUR 465,44 millions (au 26.07.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Actions de la zone euro, toutes tailles de capitalisations confondues. Géré de façon opportuniste, le fonds est concentré sur 40 à 50 valeurs, chacune d’entre elles pouvant représenter de 2% à 10% du portefeuille. Il dispose également d’une poche de liquidités qui peut atteindre 30% de ses actifs. Cette «réserve de liquidités» permet au gestionnaire de saisir de nouvelles opportunités d’investissement sans avoir à réaliser de ventes de valeurs au préalable. Le fonds a pour objectif de surperformer, sur moyen-long terme, son indice de référence – le DJ Euro Stoxx – avec une volatilité maîtrisée. A fin juin, le fonds était totalement investi. Par zone géographique, la France, avec près de 62% des actifs, était largement surpondérée (+29,9% par rapport à l’indice). Par secteur, les écarts à l’indice étaient moindres, les services étant surpondérés (+6,3% par rapport à l’indice) alors que l’énergie et les produits de base étaient souspondérés (–11,9%/indice) INDICE DE RÉFÉRENCE: DJ Euro Stoxx PERFORMANCE 1 AN (AU 26.07.2010): 17,42% vs 10,19% (indice) PERFORMANCE 3 ANS: –7,36% vs –36,38% (indice) DATE DE LANCEMENT: 09.05.2005

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Outre ses fonds actions, Rothschild & Cie Gestion a également obtenu l’agrément de la FINMA pour la distribution de deux fonds obligataires, Elan 2013 (gestion obligataire à échéance), et R Obligations Privées (gestion obligataire crédit investment grade, toutes maturités, zone euro). Le gérant offre également un fonds en obligations convertibles, Elan convertibles Europe, ainsi que deux fonds diversifiés, à savoir Elan Club (gestion diversifiée d’allocation flexible, exposition actions comprise entre 20 et 80%) et R Valor (gestion diversifiée d’allocation flexible, exposition actions comprise entre 0 et 100%). Début juillet 2010, Rothschild & Cie Gestion a annoncé l’ouverture d’une succursale à Zurich afin de développer la clientèle locale institutionnelle. Ce bureau sera dirigé par Konstantin Nikiteas, nommé directeur Europe du Nord en mars dernier.

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FonDs De PlaCement Elan Sélection Europe NOM DU GÉRANT: Rothschild & Cie Gestion (actifs sous gestion: EUR 20 milliards) FORTUNE: EUR 78,22 millions (au 26.07.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Actions de l’Union européenne et au maximum 10% d’actions de pays d’Europe de l’Est. La sélection des titres s’effectue sans aucun a priori sur la taille des sociétés, sans aucune contrainte en termes de style de gestion. Le portefeuille est concentré sur 30 à 40 valeurs qui reflètent de fortes convictions. L’objectif est de battre le DJ Stoxx 600 sur le moyen terme. A fin juin, le fonds était totalement investi. Par zone géographique, la France, à 47% des actifs, était le pays le plus fortement surpondéré par rapport à l’indice, les plus fortes sous-pondérations allant au Royaume-Uni, à la Suisse et à l’Europe du Nord. Par secteur, les écarts par rapport à l’indice étaient moins marqués, sauf pour l’énergie et les produits de base (6,7% des actifs), nettement sous-pondérés. INDICE DE RÉFÉRENCE: DJ Stoxx 600 PERFORMANCE 1 AN (AU 26.07.2010): 18,90% vs 17,05% (indice) PERFORMANCE 3 ANS (AU 26.07.2010): –8,68% vs –31,35% (indice). Depuis trois ans (années civiles), le fonds a systématiquement battu son indice, affichant une volatilité de 26,6% à peu près similaire à celle de l’indice. DATE DE LANCEMENT: 03.06.1996

ACTIONS MARCHÉS ÉMERGENTS Uni-Global Minimum Variance Emerging Markets NOM DU GÉRANT: Unigestion SA FORTUNE: USD 17 millions POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Le fonds vise à obtenir une performance à long terme supérieure ou égale à celle de l’indice MSCI Emerging Markets avec une volatilité inférieure. La gestion est effectuée selon une méthode quantitative visant à constituer un portefeuille «minimum variance», c’est-à-dire le portefeuille optimal ayant le risque estimé le plus faible. L’univers d’investissement est le MSCI Emerging Markets. Le fonds offre des parts en USD et en EUR, le risque de change est systématiquement couvert. A fin juin, le portefeuille était réparti sur 80 positions et 71% des actifs étaient investis dans des capitalisations de taille moyenne. Les principaux secteurs étaient les télécommunications (18%), l’agroalimentaire (13%), les ordinateurs (9%) et l’électricité (9%). Sur le plan géographique, Taïwan venait nettement en tête avec 21% des actifs, les pondérations de l’Inde, de la Corée du Sud, de la Chine, de Hongkong, de l’Afrique du Sud et du Mexique variant entre 11 et 7%. INDICE DE RÉFÉRENCE: MSCI Emerging Markets Net TR USD PERFORMANCE DEPUIS LANCEMENT: –2% vs –6,7% (indice) (30.06.2010) RATIO DE COÛTS TOTAUX: 1,5% DATE DE LANCEMENT: 24.03.2010

ACTIONS ASIE OBLIGATIONS Melchior Asian Opportunities Fund NOM DU GÉRANT: Dalton Strategic Partnership LLP (DSP), Londres, Henrietta Luk, Managing Director, Dalton Capital (Hongkong) Ltd. La gérante possède vingt-et-un ans d’expérience dans le secteur, dont dix-neuf en tant que gérante de fonds. Avant de rejoindre DSP, elle a été l’une des cofondatrices d’Eva Asset Management et gérante du fonds Eva Sharholders’ Value Fund. FORTUNE: USD 89 millions (05.2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Le fonds couvre la zone Asie hors Japon, toutes capitalisations confondues. Les titres sont sélectionnés sur la base d’une analyse fondamentale pour former un portefeuille relativement concentré: à fin mai 2010, les dix premières positions représentent près de 30% des actifs du fonds. En 2009, le fonds a largement surperformé l’indice, réalisant une progression de 94% contre 69% pour l’indice. Mais, depuis le début 2010, il a pris un certain retard, perdant 13% contre –6% pour l’indice. Dans son dernier commentaire, la gérante constate que la performance du fonds a été influencée négativement par sa surpondération des titres de la Grande Chine. Certaines petites valeurs ont été particulièrement affectées du fait de leur relative illliquidité, laquelle les a rendues vulnérables aux mouvements de remboursements de parts de fonds en actions asiatiques. INDICE DE RÉFÉRENCE: MSCI AC Far East ex Japan Total Return Index PERFORMANCE ANNUALISÉE DEPUIS LANCEMENT: 7,71% vs 10,37% (indice) (05.2010) DATE DE LANCEMENT: 05.04.2005

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AgaNola European Convertibles NOM DU GÉRANT: AgaNola AG, société suisse de gestion indépendante, détenue par sa direction, est spécialisée dans les obligations convertibles. Opérationnelle depuis avril 2008, la société occupe actuellement huit personnes. Elle est dirigée par Stefan Hiestand, actif dans l’industrie financière depuis vingt-cinq ans. En 1993, Stefan Hiestand a rejoint Jefferies (International) à Londres puis a fondé, deux ans plus tard, Jefferies (Switzerland) à Zurich. Il est à l’origine du département de gestion des convertibles de Jefferies International. FORTUNE: EUR 65,6 millions (fortune de l’ombrelle – juin 2010) POLITIQUE D’INVESTISSEMENT: Le fonds investit en obligations convertibles émises par des débiteurs étatiques ou privés. Il se définit comme pratiquant une stratégie multi-actifs, à savoir actions, crédit et volatilité, stratégie qui vise des rendements «durables» ajustés au risque. Actuellement, le fonds est réparti sur 34 positions (environ 45% des actifs sur les dix principales). Depuis le lancement, sa volatilité annualisée est, à 13%, nettement inférieure à celle de l’indice (18%). INDICE DE RÉFÉRENCE: UBS Convertible Europe Focus (EUR) PERFORMANCE DEPUIS 12 MOIS: 18,37% vs 15,68% (indice – juin 2010) PERFORMANCE DEPUIS LANCEMENT: 4,45% vs 3,31% (indice) DATE DE LANCEMENT: 27.08.2008

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FonDs De PlaCement FonDs De FonDs

La zen attitude à la conquête des pics verts côté performances, l’investissement vert est tentant. côté volatilité, il est dissuasif. Grâce à une gestion dynamique très structurée, la société de gestion genevoise Peak Partners est en mesure de proposer un fonds de fonds capable de surfer sans trop d’à-coups sur le développement des énergies renouvelables, des technologies d’efficience énergétique et du secteur de l’eau. Propos recueillis par Véronique BÜHLMANN

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leur taille encore limitée, souvent inférieure à 10 millions de dollars. Même de grands noms de la gestion alternative qui gèrent plusieurs milliards ne sont, généralement, pas parvenus à lever des actifs importants pour leurs véhicules «verts». Malgré cette

ompte tenu de la demande des pays émergents comme des pays industrialisés, le secteur vert devrait connaître une croissance supérieure à la moyenne du marché, ce qui a d’ailleurs été le cas au cours des dix dernières années. Alors que l’indice actions monde n’a pas encore retrouvé son niveau de décembre 2000, l’indice regroupant les quelque 80 principales entreprises actives dans les énergies nouvelles est en progression d’environ 15%. Quant à l’indice «eau», composé d’une cinquantaine de titres, il a connu une très forte croissance et se situe à près de 2,5 fois au-dessus de son niveau de 2000. Pour Robert Seiler, gérant du nouveau fonds vert de Peak Partners, la montée en puissance de ces secteurs ne fait aucun doute et représente l’une des opportunités d’investissement les plus attractives à un horizon de cinq à dix ans. Banque & Finance: Peak Partners proposait jusqu’ici uniquement des fonds de hedge funds. Avec le Green Peaks, vous proposez un fonds de fonds long only visant un rendement absolu. Pourquoi ce choix? ROBERT SEILER: Il s’explique essentiellement par trois raisons. La première est que l’univers investissable des hedge funds dédiés aux secteurs «verts» est encore très réduit. Les fonds entièrement dédiés aux thèmes qui nous intéressent sont peu nombreux et

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«L’univers investissable des hedge funds dédiés aux secteurs “verts” est encore très réduit» ROBERT SEILER – PEAK PARTNERS

rareté, nous sommes tout de même parvenus à identifier un univers composé d’une cinquantaine de hedge funds «green». La deuxième raison tient aux caractéristiques propres de l’univers d’investissement que nous avons sélectionné et qui se reflète dans le Peak Partners Green Index, composé, à parts égales, du Wilderhill New Energy Global Innovation Index et du Palisades Global Water Index. Réparti à peu près également sur l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie, le premier est composé essentiellement de sociétés du secteur technologique de petite et de moyenne capitalisation et son comportement ressemble à celui d’indices tels que le Nasdaq ou le Russell 2000. Il a, en outre, présenté des phases de minibulles, comme cela a été le cas de l’éthanol en 2006 ou du solaire en 2007, que l’on pourrait qualifier de «maladies de jeunesse». Le second indice est moins volatil puisque composé à parts égales de sociétés de services aux collectivités, de titres de «substance» et de fournisseurs industriels, la part des sociétés de haute technologie étant nettement moins importante que dans l’indice Wilderhill. Néanmoins, le Green Index ayant tendance à présenter des phases de hausse fulgurantes (notamment lors des reprises boursières), une gestion de type long/short n’est pas optimale pour suivre ce type de marché. La demande des investisseurs institutionnels représente la troisième raison de notre choix. L’un des problèmes du secteur «green» réside dans sa forte volatilité et les investisseurs qui y sont rentrés en 20062007 n’ont toujours pas retrouvé leur mise initiale, ce qui a rendu plus prudent tout investisseur intéressé à ce thème. Après la

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FonDs De FonDs débâcle de 2008, il est clair que la demande des investisseurs institutionnels va vers des produits de type long only, dotés d’une excellente liquidité. Et s’ils sont assortis d’un système de gestion des risques visant à limiter les baisses, leur intérêt devient beaucoup plus concret. B&F: Vous avez mis en place une stratégie d’allocation dynamique qui vise à minimiser les baisses et qui s’appuie sur une approche systématique, la structuration multipolaire, développée par James Medou, membre du Comité de conseil de Peak Partners et fondateur et CEO de Kandas Capital SA1. Pouvez vous décrire votre processus d’investissement? JAMES MEDOU: Dans le principe de la structuration multipolaire, un ensemble de composants différenciés, les pôles, définit une structure de dépendance stable dans la durée compte tenu d’un univers de sousjacents et d’un objectif fonctionnel donnés. Pour simplifier, le portefeuille-produit est une composition de sous-portefuilles optimums traitant chacun, spécifiquement, une des multiples dimensions de l’objectif à atteindre. Ainsi, le Green Peaks Long Only, dont l’objectif d’investissement est une performance absolue avec limitation de la volatilité et réduction des baisses extrêmes, est composé de quatre pôles: un sous-portefeuille à objectif relatif par rapport au Peak Partners Green Index, un sous-portefeuille à objectif absolu, un sous-portefeuille d’ETFs short et un sous-portefeuille monétaire. Une stratégie de composition assure l’allocation dynamique entre les quatre pôles. Typiquement, dans les phases de reprise des marchés, l’allocation dynamique privilégiera la stratégie relative, la mieux à même de surperformer l’indice. En revanche, en cas de baisse extrême, le pôle des ETFs short permettra de prendre des positions inverses à la tendance du marché. Dans les phases de volatilité modérée notamment, c’est le pôle monétaire qui prendra le rôle de stabilisateur. En outre, en fonction des vues macroéconomiques, tout le portefeuille peut être orienté plus ou moins agressivement. B&F: Cette approche se distingue-t-elle nettement des stratégies d’allocation traditionnelles? JAMES MEDOU: Absolument. En général, les fonds de fonds ne proposent pas de straté-

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«Nous proposons une stratégie d’investissement quantitative et systématique dont le processus d’allocation optimale à horizon prospectif intègre la gestion du risque des marchés» JAMES MEDOU – KANDAS CAPITAL SA

gie d’investissement clairement formalisée. Nous proposons une stratégie d’investissement quantitative et systématique dont le processus d’allocation optimale à horizon prospectif intègre la gestion du risque des marchés. Ce dernier, de fréquence hebdomadaire, repose sur une modélisation économétrique des processus de rendements les plus réalistes (distributions stochastiques conditionnelles, i.e. conjonction GARCH adaptatif et Monte-Carlo Semi-Paramétrique, au contraire des approches moyennevariance qui postulent notamment une distribution normale des rendements) et intègre les contraintes d’investissement réelles (limites d’exposition réglementaires, turnover, coûts transactionnels). Décisive par ailleurs, la qualité prédictive de la stratégie d’investissement est validée par backtest itératif «out of sample» sur plusieurs années, avant sa mise en production. B&F: Concrètement, quels résultats peut-on attendre de la stratégie mise en œuvre dans votre fonds? ROBERT SEILER: Sur la période juillet 2006juin 2010, nos back-tests ont démontré une performance annualisée du fonds de 10,13% (nette, exprimée en dollars), soit un résultat bien supérieur à celui de l’indice Green, à

–3,53%, ou encore à celui de l’indice MSCI monde (–4,67%). A 21%, la volatilité annualisée du fonds est similaire à celle de l’indice monde mais très inférieure à celle de l’indice Green (32%), et la baisse maximale sur la période a été ramenée à 37% pour le fonds contre 65% pour l’indice Green et 56,5% pour l’indice monde. B&F: Les résultats des back-tests sont toujours très alléchants, la réalité s’avère souvent moins rose… ROBERT SEILER: Effectivement, c’est la raison pour laquelle nous avons testé notre stratégie «out of sample», ce qui signifie qu’à chaque allocation, les décisions d’investissement étaient uniquement basées sur l’information disponible à cette date. Par conséquent, les résultats de cette méthodologie sont nettement plus robustes du point de vue statistique que les simulations pro forma ou les back-tests in-sample2. ■ V.B.

1 Les fondements de cette approche ont été présentés dans Banque & Finance mars-avril 2008, pp. 53-54, Fonds de hedge funds: les défis de l’allocation d’actifs. 2 A propos de back tests «out of sample», cf. Out of sample back testing is the ultimate way to compare risk models, Olivier Le marois, www.riskdata.com/news/year/2010.html

B&F

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FonDs De PlaCement elite aDVisers

In vino performance Avec son fonds Nobles crus lancé il y a deux ans, la société luxembourgeoise Elite Advisers allie la technicité d’un véhicule de placement prometteur et la passion suscitée par les plus grands vins de la planète. Un actif décorrelé des marchés, performant, peu risqué et… liquide. Avec le rêve en plus!

r

arement roadshow n’avait entraîné un tel engouement à Genève. Et c’est tout juste si la grande salle de l’hôtel Métropole est parvenue à accueillir tous les participants. Une affluence record pour un fonds qui reste, avec ses 25 millions d’euros d’actifs, un produit de niche. Son secret: un sous-jacent mythique et facilement compréhensible qui allie plaisir, passion et luxe, tout en conjuguant un certain nombre de qualités que bien des classes d’actifs pourraient lui envier. En termes de rendement tout d’abord. «Les grands vins, notamment les plus réputés, affichent des performances très intéressantes et régulières. Selon différentes études publiées, ce rendement atteint, en moyenne, près de 15% par an», souligne Christian Roger, le gérant de Nobles Crus, qui dispose d’une solide expérience financière et d’une passion dévorante pour les grands vins. Il existe même un indice spécialisé, le General Wine Index (GWI), qui permet de suivre l’évolution des prix. Superposée à celle des indices des marchés actions, la courbe du GWI affiche clairement la couleur: entre 1996 et 2009, l’indice a surperformé le Russel 3000 et, surtout, a démontré une

Comparaison de la performance de avec le cAc 40 et Liv-Ex 100

grande capacité de résistance durant les phases de marchés baissiers. Une décorrélation à la baisse et une faible volatilité difficile à trouver dans les classes d’actifs traditionnelles. Reste que l’investissement dans le vin est affaire de spécialistes. «Les vins de Bourgogne et du Rhône ont un beau potentiel, mais ils sont peu liquides (et donc plus volatils). Il est important d’être très sélectif. Les bordeaux affichent une évolution très homogène et un risque qui reste très modéré. Soulignons aussi que les vins les plus chers ont tendance à surperformer, mais ils apparaissent plus sensibles à la crise», insiste Christian Roger. Ajoutez à cela des paramètres comme le millésime, les conditions de transport et de stockage, les critiques des œnologues influents et vous obtenez un mix tout aussi difficile à appréhender que pour des classes d’actifs classiques. «De plus, renchérit Christian Roger, les grands vins sont évalués sur la base de la qualité du contenu de la bouteille. Un Mouton Rothschild 1945 vaut environ 10 000 euros, tandis que le millésime 1944 ne vaut que 600 euros.» D’autre part, le vin est régulièrement consommé; ce qui réduit le stock disponible. «Contrairement à d’autres biens, les quantités ne peuvent pas s’adapter à Nobles Crus (%) la demande, la seule

2008

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25 millions d’euros en cave A l’heure actuelle, Nobles Crus compte environ 25 millions d’euros d’actifs, soit près de 13 000 bouteilles précieusement entreposées aux Ports Francs de Genève dans un lieu hautement sécurisé et spécialement aménagé pour le stockage du vin. Près des deux tiers des bouteilles sont notées entre 98 et 100 par Robert Parker, l’œnologue américain qui fait la pluie et le beau temps sur le marché. Parmi elles, près d’un quart de Romanée Conti, des LafiteRothschild, Yquem, Mouton-Rothschild, Petrus, Montrachet… Bref, le meilleur du meilleur dans les plus beaux millésimes (1900, 1921, 1945, 1967, etc. en fonction des châteaux). 80% des vins en portefeuille proviennent de France, d’Espagne et d’Italie. 20% d’autres pays. Pour rendre le fonds encore plus tangible et passionnel, il est possible de rentrer par un apport de vins et de sortir, après un an, en débouchant des bouteilles mythiques. Passion, quand tu nous tiens… ■ Olivier VACHERAND

Déc. 2009

2009

+32,18%

La répartition du portefeuille par pays

Déc. 2008

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variable d’ajustement est le prix», note encore Christian Roger, qui concentre ses achats essentiellement sur les valeurs sûres et recherchées afin d’assurer la liquidité du fonds.

+20,39%

20 10 -1,11%

0

Italie

61% 38%

55% 41%

Bourgogne

-10

-14,56%

-18,08%

-20

Bordeaux

-33,88%

-30 -40

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déc.

oct.

nov.

sept.

juil.

CAC 40

août

juin

avr.

Nobles Crus

mai

fév.

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jan.

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août

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mai

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-50

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France

LIV-EX 100

France 87% Italie 2% Autres (Espagne…) 1% Liquidités 10%

Autres (Alsace, Champ. Rhône)

1%

Piémont

Toscane

Autres (Camp. Friu, Omb, Ven)

1%

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FonDs De PlaCement marCHés Frontières

Le ciel est la limite mené par un trader au bénéfice de plus de vingt-cinq ans d’expérience, entouré d’une solide équipe d’hommes de terrain, agréé par la FINmA qui a fourni un important travail de contrôle des risques, le African Energy Resources Fund possède tous les atouts pour atteindre ses objectifs de performance, de l’ordre de 20% en moyenne annuelle sur les cinq prochaines années. Véronique BÜHLMANN

l

es marchés frontières «font l’objet d’un intérêt croissant de la part des investisseurs à long terme, qui recherchent des pays ayant le potentiel nécessaire pour devenir la prochaine génération de marchés émergents […] De nombreux pays frontières d’Afrique offrent dès aujourd’hui des opportunités à long terme très intéressantes […] pour les investisseurs en mesure d’identifier des potentiels de croissance prématurément», écrivaient récemment les analystes du Credit Suisse. C’est précisément sur ce créneau que se situe le African Energy Resources Fund que la société Delman SA s’apprête à lancer sur le marché suisse. Ce fonds de droit suisse est unique en son genre puisqu’il se concentre sur un continent, l’Afrique, et sur un secteur, l’énergie. En effet, la plupart des fonds sont, soit des fonds sectoriels axés sur l’énergie et donc avec une exposition marginale aux producteurs africains, soit des fonds régionaux qui couvrent tout le continent mais dont l’exposition à l’énergie est limitée. Par exemple, dans le Lyxor ETF Pan Africa, la part de l’énergie (pétrole, gaz) s’élève à 20%. Elle se limite même à 4% dans le BB African Opportunities (données juin 2010).

Des réserves prouvées et sûres L’univers du African Energy Resources Fund se compose d’une centaine de sociétés des secteurs pétrole, gaz et charbon. Ces dernières peuvent être actives aussi bien dans la production que dans la distribution. Des investissements dans les secteurs des énergies alternatives et renouvelables sont également possibles, mais ils font l’objet d’une

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B&F

«En Afrique, le risque politique n’est pas aussi important qu’on veut le croire» MARC-ETIENNE ROUGE – DELMAN

étude au cas par cas. Ultérieurement, il n’est pas impossible que le fonds étende son univers à l’ensemble des ressources naturelles et, notamment, aux sociétés minières. «Mais, précise son gérant, c’est musique d’avenir.» Une autre caractéristique originale du fonds réside dans le fait que le gérant se concentre sur les sociétés en forte croissance. Il sélectionne les sociétés qui possèdent des gisements aux réserves prouvées et sûres et qui vont démarrer, ou sont en phase de démarrage de leur production. En effet, investir plus en amont, par exemple au stade des forages préliminaires, représenterait un risque trop élevé. Pour l’essentiel, les entreprises prises en compte sont cotées en Bourse – la part des sociétés non

cotées étant limitée à 10% des actifs du fonds. Quoique déployant leur activité en Afrique, la plupart de ces entreprises sont cotées à Londres, Sydney ou au Canada – des marchés qui offrent une bonne liquidité et une transparence nettement meilleure que les Bourses locales africaines, un plus non négligeable pour l’investisseur. Les entreprises sont sélectionnées sur la base d’un horizon d’investissement de l’ordre de trois à cinq ans. Un horizon qui correspond à la phase de montée en puissance de leurs capacités de production, ce qui, sur le plan financier, se traduit par une augmentation très rapide de leurs capacités bénéficiaires. En termes de capitalisation boursière, la majeure partie de l’univers se situe entre 500 millions et 2 milliards; il

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marCHés Frontières s’agit donc essentiellement de capitalisations moyennes. Le portefeuille du fonds sera composé d’une vingtaine de titres, les sociétés les plus liquides et les plus importantes en termes de capitalisation pourront avoir des pondérations de l’ordre de 10-15%, ces positions étant gérées de manière dynamique afin de tirer parti de leur volatilité.

Des risques maîtrisés En ce qui concerne les risques, le premier auquel on pense en Afrique est le risque politique. Comme le précise le gérant Marc-Etienne Rouge: «Le risque ne se produit jamais là où on l’attend, nous l’avons vu avec la crise des subprimes, avec UBS ou avec BP. A mon avis, le risque politique n’est pas aussi important qu’on veut le croire.» «Ces dernières années, les pays africains ont connu une vague de démocratisation qui s’est traduite par une multiplication des élections libres. Avec l’augmentation progressive du niveau de vie et donc des exigences de la population, cette tendance à la démocratisation ne peut que se renforcer», renchérit l’analyste Daniel Connor, de Ocean Finance, qui précise: «En investissant dans des sociétés locales de taille moyenne, le fonds est relativement moins exposé que s’il se concentrait sur les majors; lesquelles, du fait de leur taille, sont plus exposées au risque politique.» Pour ce qui concerne la politique de gestion des risques, la diversification par pays, par

ressource et par type de société devrait permettre de limiter la volatilité, qui devrait se situer aux alentours de 15%. Le risque de change vis-à-vis du franc suisse, monnaie de référence du fonds, est essentiellement un risque livre sterling, dollar canadien et australien, et sera couvert de manière dynamique. Durant les phases de forte baisse, Marc-Etienne Rouge utilisera de préférence le cash, dans la mesure où il n’existe pas d’indice adapté à l’univers spécifique d’investissement du fonds et donc des dérivés qui permettent d’obtenir une couverture efficace.

Une équipe solide Aux côtés de Marc-Etienne Rouge, gérant du fonds, l’analyse fondamentale des sociétés sera fournie par Ocean Finance, société financière spécialisée dans les ressources naturelles et en particulier dans le financement de jeunes sociétés. Le gérant bénéficiera également de l’expérience d’un «advisory board», composé de personnes actives depuis de nombreuses années dans le secteur énergétique. Ainsi, depuis 1982, Ethelbert J.L. Cooper développe et gère des projets liés aux ressources naturelles en Afrique. En 2003, il a fondé Afren plc, société cotée à Londres depuis mars 2005 et qui est l’un des principaux producteurs de pétrole indépendants d’Afrique de l’Ouest. Manuel Lamboley, fondateur de Ocean Finance SA et de Eastern Capital Fund, dispose d’une expérience de

A propos de Delman Fondée en mars 2000, Delman SA est une société de gestion indépendante, spécialisée dans la création de produits financiers innovants destinés aux investisseurs privés et institutionnels. toute sa philosophie est basée sur le concept de «gestion déléguée»; ce qui signifie que la valeur ajoutée de la société vient essentiellement de sa capacité de sélection de gérants ou de produits ainsi que de son réseau de sociétés partenaires. La société occupe actuellement cinq personnes et elle est dirigée par marc-Etienne Rouge. En novembre 2007, Delman SA a lancé le fonds Dm Swiss Equity Asymmetric, dont elle a confié la gestion à Urs Heinimann et Adrian Peter de la Banque mirabaud & cie. ce fonds en actions suisses, qui vise, en premier lieu, à protéger l’investisseur contre les baisses, combine les ventes à découvert (max. 30% du portefeuille) et les positions longues. Géré sur la base d’une analyse fondamentale et de sélection des titres, il a pour objectif un rendement annuel moyen de 8% sur cinq ans. Depuis son lancement, il a réalisé une performance annuelle de 2,13% contre –9,42% pour le SPI et ce, grâce à l’excellente résistance dont il a su faire preuve en 2008. Alors que l’indice reculait de 34%, le fonds parvenait à dégager un résultat positif de 3,74%. En 2009, sa progression de 7% paraît très en retrait d’un indice en hausse de 23%, mais, comme le souligne marc-Etienne Rouge, ce résultat est tout à fait logique au vu des contraintes de volatilité du fonds. En effet, depuis le lancement, sa volatilité annuelle s’inscrit à 4% contre 18,6% pour le SPI. Pour les six premiers mois de 2010, le fonds a baissé de 5% (contre 4% pour l’indice). marc-Etienne Rouge estime cependant qu’il y a de bonnes chances qu’il termine l’année avec un résultat positif. Depuis mai 2010, Delman a obtenu le statut de «gestionnaire de fortune de placements». ■

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«En investissant dans des sociétés locales de taille moyenne, le fonds est relativement moins exposé que s’il se concentrait sur les majors» DANIEL CONNOR – OCEAN FINANCE

vingt ans dans la banque d’investissement. Il a créé et participé au financement initial de nombreuses entreprises du secteur des ressources naturelles dans les marchés émergents des pays de l’Est et en Afrique. Julien Balkany, responsable des investissements de Nanes Balkany Partners LLC depuis janvier 2008, est également directeur et vice-président de Toreador Resources Corp. depuis janvier 2009. Il siège en tant que président au comité consultatif de Stellar Energy Ltd. Enfin, Ennio Sganzerla a œuvré pendant trente-cinq ans au sein de ENI; il y a notamment mené d’importantes opérations de fusion. Il est actuellement directeur non exécutif de Tristan Oil, société active dans l’exploration et la production au Kazakstan, ainsi que de la société canadienne Straticenergy. ■ V.B.

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FonDs De PlaCement FonDs alternatiFs seCtoriels

Un vert très alléchant cinq thèmes d’investissement liés à l’environnement, une stratégie long/short sur actions qui vise à maximiser l’alpha et à diminuer de moitié la volatilité traditionnelle de ce secteur, un objectif de rendement annuel de 15 à 20%, telles sont les caractéristiques du premier fonds proposé par la société britannique the Environmental Investment Partnership (tEIP), fondée à Londres par quatre Suisses.

l’

énergie propre, l’eau et la gestion des déchets, l’efficience énergétique et la conservation de l’énergie, les ressources environnementales et le transport propre ainsi que les carburants à faible teneur en CO2 sont les cinq thèmes retenus par TEIP pour assurer à son nouveau fonds un parcours serein dans l’univers très dynamique et parfois chaotique de l’environnement. Au total, TEIP a sélectionné un univers investissable de près de 500 entreprises qui représentent une capitalisation boursière totale d’environ 3000 milliards de dollars. Outre la diversification thématique qui joue un rôle de stabilisateur, la stratégie long/ short vise à maximiser la génération d’alpha dans un secteur caractérisé par une forte dispersion des rendements. Sur les douze derniers mois, pour le secteur énergie propre, l’écart de performance entre les cinq meilleurs titres et les cinq titres les moins performants a été de 194%. Il s’est élevé à 101% pour le secteur eau et à 103% pour celui des matières premières agricoles. En ce qui concerne le processus d’investissement, il repose sur un système développé en interne. Il prend systématiquement en compte des critères sectoriels et thématiques, des critères de qualité des entreprises et de leur management, des critères d’analyse financière et, enfin, des critères d’analyse technique. Chaque société du portefeuille ou candidate au portefeuille est également modélisée par l’équipe de ges tion. Ce système représente la formalisation d’une expérience des onze années passées sur les marchés d’Alexander Ivanovitch (gérant principal) et des dix années passées en banque d’affaires de Gaetano Zanon (cogérant). Comme le précise Gaetano Zanon, «ce système est en, quelque sorte, une

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“check list”, un processus de due diligence systématique de notre stratégie et de nos prévisions. C’est également un bon outil de gestion du risque». Rappelons que le fonds, quoiqu’ayant un biais «long» en général, est construit de manière à limiter les baisses dans leur amplitude comme dans leur durée.

Une équipe émergente Un produit simple et bien construit, une communication très transparente sont des atouts certains pour ce fonds environnemental. En revanche, la jeunesse de la société de gestion, créée en septembre 2009 à Londres, et la taille de l’équipe de gestion peuvent susciter quelques interrogations. En effet, la performance de la gestion repose

«TEIP a sélectionné un univers investissable de près de 500 entreprises qui représentent une capitalisation boursière totale d’environ 3000 milliards de dollars»

essentiellement sur Alexander Ivanovitch qui suit les secteurs environnementaux depuis six ans. Il a initialement été actif chez BNP Paribas, département Asset Management et Banque Privée Suisse, où il avait la responsabilité de gérer un portefeuille d’actifs de 400 millions d’euros et supervisait la partie actions technologiques pour l’essentiel de la gestion discrétionnaire de BNP Paribas en Suisse. Il a ensuite créé deux

franchises de recherche-actions sur les secteurs des énergies renouvelables et de l’agriculture, successivement pour Bryan Garnier et Singer Capital Markets a Londres. En 2008, il a été nommé 2e meilleur analyste pour le secteur énergies nouvelles par ThomsonReuters Extel Survey. Au regard de l’univers d’investissement du fonds, la spécialisation du gérant principal pourrait être perçue comme un désavantage. De fait, ce biais est corrigé par Gaetano Zanon, expert dans les secteurs de l’agriculture et des «utilities». De plus, grâce à son expérience au sein d’une banque d’investissement, le Credit Suisse Londres, Gaetano Zanon apporte une connaissance intime des rouages internes des entreprises (IPOs, fusions/acquisitions, LBOs). En outre, l’équipe s’est adjointe les services de deux conseillers externes, dont le rôle est de l’assister dans le suivi des tendances macroéconomiques et des développements sectoriels. Ces conseillers sont des ténors dans leurs domaines respectifs. Eric Lonergan est gérant de hedge funds macro chez M&G Investments (environ 3 milliards de dollars dans sa stratégie) et a été conseiller auprès de la Banque d’Angleterre ainsi que de la Banque Centrale Européenne. Alan Chaytor, courtier actif depuis plus de vingt ans sur les marchés de l’huile végétale et des matières premières agricoles, est actuellement directeur exécutif et actionnaire de New Britain Palm Oil, et possède la société de trading Pacific Rim, spécialisée dans les matières premières. Autant d’arguments qui ont convaincu deux fonds de fonds genevois de participer au lancement de ce fonds qui a levé un peu plus de 13 millions de dollars depuis son lancement le 1er mars 2010. ■ Véronique BÜHLMANN

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Dossier matières Premières

Un fond de faiblesse La résilience du pétrole et le niveau élevé de l’or cachent les faiblesses d’un marché dont l’évolution reflète étroitement les anticipations sur la croissance économique. Explications.

Des fluctuations contradictoires Cette croissance relativement molle a ravivé les craintes d’une récession en W, ou «double dip». Si les indices de matières premières ne sont pas en mesure de donner un signal clair, le net repli du Baltic Dry Index au début de l’été est plus inquiétant, encore que l’extrême volatilité de cet indice, qui mesure l’évolution du fret maritime hors pétrole, relativise quelque peu l’interpréta-

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© DIEGO cERVO - FOtOLIA.cOm

l

a corrélation entre les indices de matières premières et les marchés boursiers s’est plus que jamais vérifiée ce printemps. Corrélation ou plutôt anticipation, car le retournement de tendance sur les principales commodities, en particulier le pétrole mais aussi les métaux, a précédé de quelques semaines l’accès de faiblesse des indices actions début mai. Le rôle précurseur des matières premières, déjà mis en évidence par Kondratieff dans les années 1920, est pourtant insuffisamment pris en compte par les conjoncturistes, lorsqu’il l’est. Or, à l’heure actuelle, l’évolution des prix des matières premières peine à fournir des indications claires sur les perspectives de l’économie mondiale. A fin juillet, le trend sur douze mois est encore positif, avec une hausse de 10 à 15% des prix sur les segments les plus significatifs, notamment les métaux. En revanche, la baisse des commodities depuis le début de l’année approche les 10%, malgré une sensible reprise depuis le début de l’été, de l’ordre de 5% sur un mois. Que conclure de ces fluctuations apparemment contradictoires? Elles reflètent en fait assez bien l’évolution trimestrielle du PIB américain depuis une année, marquée par la nette reprise du second semestre 2009, qui culmine avec la hausse de 5,6% du dernier trimestre. La croissance du PIB s’est encore inscrite à 3,7% au premier trimestre 2010, avant de s’essouffler à 2,4%, sous l’effet, notamment, du ralentissement de la consommation américaine.

Un marché qui reflète les incertitudes de la conjoncture. tion de ses fluctuations. Il reste que les prix des matières premières industrielles sont loin d’avoir retrouvé leurs plus hauts d’avant la crise financière, et que même la résilience du pétrole a été mise en question début mai, alors que le prix du baril tombait d’environ 20 dollars en quelques jours, avant de se reprendre par la suite. Compte tenu de la baisse généralisée de la production, et surtout de la croissance phénoménale de la consommation en Chine, le prix du pétrole devrait, au contraire, s’afficher en nette hausse, si bien que la stabilisation du baril aux environs de 80 dollars n’est qu’à moitié rassurante. «A plus long terme, le scénario est favorable aux matières premières qui s’inscrivent dans un grand cycle haussier», analyse Alain Freymond, fondateur de BBGI Group, à Genève. A court terme cependant, les prix pourraient connaître des accès de faiblesse dans un scénario de ralentissement économique qui toucherait également le pétrole,

entraînant le baril aux environs de 60 dollars. «Mais pas plus bas», précise Alain Freymond, qui estime que les métaux industriels devraient plus fortement souffrir de la baisse prévisible de la demande. Dans une telle perspective, les soft commodities seront également à la peine et il n’y a guère que l’or qui devrait bénéficier de cette situation. «L’or est à la fin d’une phase de correction et devrait rebondir», anticipe Alain Freymond. L’ampleur de ce rebond dépendra également du retour de l’inflation, le scénario le plus défavorable étant celui d’une stagnation économique en 2011, accompagnée d’une flambée des prix. Un scénario d’autant plus réaliste que banques et gouvernements n’ont plus guère de leviers d’actions, avec des taux d’intérêt déjà très bas et des niveaux d’endettement qui rendent illusoires de nouveaux programmes de relance. Un scénario peu brillant qui est surtout favorable à l’or… ■ Mohammad FARROKH

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Dossier DominiQUe CasaÏ – Uram sa

Le grand retour de l’or Pour Dominique casaï, le niveau actuel de l’or reflète des évolutions fondamentales: revirement historique de la politique des banques centrales et retour de l’or dans les portefeuilles des investisseurs. Fondateur en 2007 de Uram SA, à Genève, Dominique casaï se profile par la clarté de ses analyses et la justesse de ses anticipations sur les principales matières premières. Il avait, notamment, anticipé la hausse du pétrole à 100 dollars le baril alors qu’il se traitait encore aux alentours de 30 dollars. savoir quels sont les actifs susceptibles d’y figurer. Depuis vingt ans, le choix des actifs qui peuvent être retenus ne cesse de se réduire, si bien que la pondération de chaque compartiment devient plus élevée. Mais on ne peut tout de même pas réserver la moitié d’un portefeuille aux obligations de débiteurs souverains! Quant aux actions, longtemps la catégorie d’actifs la plus privilégiée, elles ont perdu beaucoup de leur attractivité. Dans ce contexte, la restructuration des portefeuilles profitera à l’or. Le changement de politique des banques centrales est d’ailleurs un signe qui ne trompe pas.

Propos recueillis par Mohammad FARROKH

Banque & Finance: Quelle est la situation actuelle du marché de l’or? DOMINIQUE CASAÏ: Il se situe dans une phase de correction. En juillet, on a assisté à la liquidation des positions longues, après que le cours de l’or ait échoué à décoller du niveau des 1263 dollars l’once. De telles prises de bénéfices ont aussi été accélérées par un effet de compensation des pertes sur d’autres actifs financiers. En juin, les indices boursiers ont ainsi perdu 10% en l’espace d’une semaine. Pour les investisseurs à long terme, la phase de faiblesse de l’été aura aussi été l’occasion de se repositionner sur le métal jaune, qui devrait bénéficier d’un mouvement de reprise important dès le début de l’automne. A cet égard, la direction du marché est claire, sinon l’ampleur de la hausse, encouragée par les achats d’or physique pour la bijouterie, caractéristique des retours de vacances. De plus, la tendance haussière s’inscrit dans un contexte fondamentalement favorable à l’or. B&F: Vous faites allusion à l’environnement actuel des marchés au sortir de la crise financière? D.C.: Il faudra dix ans à l’économie mondiale pour se remettre vraiment de la quasi-faillite du système financier international de 2008/ 2009. Les investisseurs à long terme sont conscients des défis qui attendent les marchés, à commencer par le vieillissement de la population et ses effets structurels sur la croissance. Dans cette perspective, on peut s’attendre à une poursuite de la dégradation des finances publiques et des déficits.

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«La phase de faiblesse de l’été aura aussi été l’occasion de se repositionner sur le métal jaune, qui devrait bénéficier d’un mouvement de reprise important dès le début de l’automne» DOMINIQUE CASAÏ – URAM SA

B&F: En quoi une telle évolution est-elle favorable à l’or? D.C.: Il y a beaucoup de portefeuilles sans or, à un moment où se pose la question de

B&F: Pourtant, les banques centrales ont plutôt eu pour politique de réduire leurs réserves en or… D.C.: Cette politique n’est pas d’actualité. Les banques centrales n’ont vendu que 1,8 tonne d’or depuis septembre 2009, alors même que leur quota annuel a été fixé à 400 tonnes en 2009. La Suisse n’échappe pas à cette évolution, même si elle a encore vendu 137 tonnes d’or de septembre 2007 à septembre 2008, après en avoir liquidé 1170 tonnes entre 1999 et 2004. Sur les 2600 tonnes d’or de la Banque Nationale Suisse, il en reste environ 1000 tonnes, ce qui ne représente plus que 30% du total de ses réserves, moins que d’autres banques centrales européennes. Désormais, la tendance s’inverse: en 2009, on a assisté pour la première fois depuis des décennies à des achats d’or de la part des banques centrales, et 2010 devrait confirmer ce retournement de politique. B&F: L’arrêt des ventes des banques centrales européennes suffit-il à soutenir le cours de l’or?

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matières Premières B&F: Qu’en est-il des actions de sociétés aurifères qui ne paraissent pas pleinement profiter de la vague actuelle de l’or? D.C.: Les sociétés du secteur sont peu considérées en tant que vecteur attractif et une telle désaffection se vérifie toujours, empêchant la sous-valorisation de ces titres

B&F: Il reste à savoir concrètement comment se positionner sur l’or, autrement que par l’achat de lingots, peu maniables et difficiles à détenir… D.C.: Les investisseurs n’ont plus guère confiance dans le compte métal qui se comporte comme un compte libellé en or, d’où l’absence de garantie en cas de défaillance de la banque. La plupart des détenteurs de comptes métal les ont convertis, soit en dépôts physiques, soit en actifs ségrégés, distincts de ceux de la banque qui devient un simple dépositaire de valeur. Beaucoup d’investisseurs ont, par ailleurs, acheté des ETFs qui détiennent désormais 1900 tonnes d’or dans le monde, alors même qu’ils n’existent que depuis 2004 et que leur vogue ne remonte qu’à l’été 2006. Le scénario actuel pourrait bien se révéler favorable à l’or. B&F: Les ETFs représentent-ils donc un moyen attractif et sans de se combler. A terme cependant, deux risque de se positionner sur l’or? facteurs devraient venir relancer l’intérêt D.C.: La crainte des investisseurs est que pour ces valeurs. Au niveau actuel de l’or, les parts émises ne soient pas intégraleces sociétés génèrent des dizaines de milment couvertes par de l’or physique. Il n’est liards de cash-flow qui leur permettent de tout simplement pas possible de savoir si pratiquer une politique d’acquisition plus cette crainte est fondée. Le succès de ces agressive. D’autre part, on peut s’attendre à fonds est particulièrement grand dans les une augmentation des dividendes, et ces pays où il n’est pas possible de détenir de deux éléments devraient susciter un regain l’or physique. D’où le succès phénoménal d’intérêt pour les actions du secteur. Dans de cette forme de titrisation du métal jaune.

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cette perspective, l’erreur serait de se concentrer exclusivement sur les titres les plus connus, car beaucoup de petites sociétés ont les projets qui font défaut aux grandes. Il faut donc ne pas se limiter aux seules Newmont ou American Barrick qui n’ont pas fait grand-chose depuis dix ans. Les investisseurs sont pour ainsi dire sortis du marché, à force d’être déçus par ces titres. Mais il suffirait d’un détonateur, par exemple qu’une grande société relève fortement son dividende, pour relancer l’intérêt. Car la valeur est là. © FABIEN APFFEL - FOtOLIA.cOm

D.C.: Il n’y a pas que les banques centrales européennes: en moyenne, les banques centrales mondiales ont seulement 10% d’or dans leurs réserves et certaines n’en ont que 2% ou 3%. Elles doivent acheter, alors qu’on assiste à un changement de cap sans précédent. Dans le cadre de son enquête annuelle, en juin, l’UBS a mis en évidence ce nouvel état d’esprit. Si 45% des répondants estiment que le dollar sera encore la principale réserve des banques centrales ces vingt prochaines années, la proportion de ceux qui voient dans l’or la principale monnaie de réserve atteint maintenant 25%.

B&F: Le niveau actuel de l’or n’est-il pas exagéré, dans la mesure où il intègre des anticipations inflationnistes excessives, voire des craintes géopolitiques liées à l’éventualité d’un nouveau choc pétrolier? D.C.: Même si l’or est, en principe, favorisé par la perspective d’une forte inflation ou d’un conflit, le niveau actuel n’intègre aucune anticipation de ce genre. L’économie se trouve, au contraire, dans une situation de quasi-déflation et ce n’est certainement pas l’argument de l’inflation qui fait monter le cours. La réalité est que l’or est en passe de retrouver son statut de monnaie et que les investisseurs réorganisent leurs portefeuilles dans une telle perspective. B&F: Que dire de la corrélation entre l’évolution du prix des matières premières, notamment du pétrole, et les indices boursiers? D.C.: Depuis le début de l’année, les fondamentaux n’ont eu presque aucune influence sur le cours du pétrole, qui a surtout fluctué sous l’effet de facteurs exogènes. Sur le premier semestre, la baisse de l’indice Goldman Sachs des matières premières s’inscrit aux alentours de 11%, tout comme celle de l’indice mondial des actions MSCI World. ■ M.F.

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Dossier

matières Premières

Pierre GlaUser – CréDit aGriCole (sUisse) sa

«Le pétrole représente 80% de nos activités de trade finance» Pierre Glauser est, depuis 1998, directeur général de crédit Agricole (Suisse) SA, en charge de l’activité commerciale. Il est responsable au niveau mondial des activités de financement transactionnel de matières premières de la grande banque française. Précédemment, ce spécialiste du commerce international a, notamment, travaillé chez Paribas et à la BSI. Propos recueillis par Mohammad FARROKH

Banque & Finance: Quel est votre rôle sur le marché des matières premières? PIERRE GLAUSER: Le rôle des banques actives dans ce domaine est de financer les flux de marchandises entre pays de production et de consommation. Nos clients, les négociants, assurent la commercialisation et le transport de matières premières et nous les accompagnons dans l’exercice de leur activité. A titre d’exemple, les producteurs de pétrole n’acceptent de charger leurs marchandises que s’ils sont sûrs d’être payés. A cette fin, la banque émettra une garantie de paiement, assortie de certaines conditions. Elle financera ensuite la cargaison jusqu’à sa livraison dans une raffinerie, où elle sera vendue à un distributeur. B&F: Vous parlez essentiellement de pétrole. Etes-vous actifs sur d’autres matières premières? P.G.: Le pétrole représente aujourd’hui environ 80% de nos activités de commodity finance. Cette proportion est nettement plus élevée qu’en 1998, alors que le pétrole s’inscrivait à 50%, le solde provenant des transactions sur les métaux et les matières premières agricoles. Une telle évolution est liée à une volonté stratégique et à l’évolution des prix: en 1998, le baril valait 10 dollars, si bien qu’il fallait 10 millions de

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«A l’heure actuelle, le prix de 75 à 80 dollars reflète assez bien l’équilibre entre l’offre et la demande» PIERRE GLAUSER – CRÉDIT AGRICOLE (SUISSE) SA

dollars pour financer une cargaison qui, en Méditerranée, est typiquement de 1 million de barils. Au prix actuel du pétrole, il faut compter entre 75 et 80 millions pour financer la même cargaison. B&F: Au vu de tels chiffres, les exigences de ces transactions au niveau des fonds propres ne sont-elles pas très importantes?

P.G.: C’est un fait, et le Crédit Agricole (Suisse), qui est la deuxième banque en importance sur ce marché, vient en 4e position au classement des banques étrangères en Suisse par la taille de ses fonds propres. Pour Crédit Agricole, Genève est le centre mondial de cette activité en nette progression depuis une dizaine d’années. Créée en 2006, la Geneva Trade & Shipping Asso-

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Dossier © VIc - FOtOLIA.cOm

matières Premières Un métier entre banquiers et négociants

Environ 30% des cargaisons de pétrole brut échangées dans le monde sont financées à partir de Genève.

ciation (GTSA) regroupe déjà une soixantaine de banques et de négociants, signe de l’importance prise par ce secteur. Environ 30% des cargaisons de pétrole brut échangées dans le monde sont financées à partir de Genève. B&F: Que penser de l’évolution du prix du pétrole et de ses perspectives? P.G.: L’envolée du prix du baril au début de 2008 s’inscrivait dans la perspective d’une forte croissance asiatique, à un moment où

prévalait encore l’opinion que les subprimes étaient un phénomène spécifique au marché américain. Ensuite, l’accès de faiblesse du baril, tombé à 40 dollars au plus fort de la crise, a été compensé par la demande en provenance de Chine et d’Inde. A l’heure actuelle, le prix de 75 à 80 dollars reflète assez bien l’équilibre entre l’offre et la demande. C’est un prix accepté par le marché et qui laisse de la marge aux producteurs pour développer de nouveaux champs pétroliers.

Le temps du pétrole bon marché est révolu même si la demande de produits pétroliers de la part des pays développés est faible et va le rester, le prix du baril ne devrait pas tomber notablement au-dessous des niveaux actuels. car le temps du pétrole facilement accessible est révolu, comme le montre l’accident de la plate-forme Deepwater, qui fait apparaître les risques liés aux forages à des profondeurs toujours plus grandes. Le baril marginal, le nouveau, vient du sous-sol marin ou de sables bitumineux, plus du derrick traditionnel. A plus long terme cependant, la demande pétrolière, donc le prix du baril, ne devrait pas croître de façon importante, car des sources alternatives se profilent. Il y a le nucléaire, alors que le Parlement suédois vient, par exemple, de décider de renouveler un parc de centrales dont l’avenir paraissait pourtant compromis. «D’autres matières premières qui ne sont même pas traitées sur les marchés internationaux se profilent, notamment le lithium», relève Dominique casaï. En effet, les véhicules électriques et hybrides ne se conçoivent pas sans piles au lithium, alors même que l’offre aura de la peine à faire face à l’explosion prévisible de la demande. A l’heure actuelle, les trois quarts du lithium exploitable se trouvent au chili, en Argentine et en Bolivie, notamment dans les lacs salés de l’Altiplano. ■

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Le métier de négociant exige des compétences multiples qui vont de l’origination à la commercialisation en passant par la logistique, le financement et la gestion du risque de prix. Il nécessite une interaction avec de nombreux acteurs externes tels que courtiers maritimes, sociétés de surveillance et banques. Les négociants vont de grandes sociétés intégrées qui assurent la commercialisation des produits de leur groupe aux sociétés indépendantes qui jouent le rôle d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs. L’intervention des banques repose, entre autres, sur le connaissement maritime qui représente un droit de gage sur la marchandise, comparable à une hypothèque dans le domaine immobilier. Outre leur capacité de crédit, les banques mettent à disposition de leurs clients leur compétence en matière de montages structurés, de change et d’instruments documentaires. Les spécialistes du trade ou commodity finance doivent avoir une très bonne connaissance de l’anglais, voire de l’espagnol ou du russe, en plus de la formation bancaire de base. ce profil en fait des professionnels recherchés sur un marché où banques et négociants sont en concurrence pour des compétences très voisines. ■

B&F: Le pétrole semble, en effet, assez stable. Mais que penser de l’excès de faiblesse de l’indice Baltic Dry? P.G.: Le pétrole a son évolution propre, aujourd’hui dissociée de celle des autres matières premières. Le Baltic Dry Index reflète l’évolution du prix du transport des produits secs, notamment métaux, charbon et céréales. Aujourd’hui, le recul de cet indice s’inscrit dans un contexte de relative faiblesse de la demande de la part de l’Europe et des Etats-Unis. Mais cette évolution s’explique aussi par une surcapacité en matière de transport maritime. Compte tenu de délais de livraison de deux à trois ans, de nombreux bateaux mis en chantier alors qu’on anticipait une évolution quasi exponentielle du commerce international arrivent maintenant sur un marché qui n’est plus aussi demandeur. La situation devrait toutefois progressivement s’assainir et l’indice remonter, pour autant que les échanges internationaux se raffermissent et que l’Europe sorte de la récession. ■ M.F.

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JUriDiQUe DoDD-FranK aCt

Quelles conséquences en Suisse et en Europe? Une étape significative dans la refonte des règles encadrant les marchés financiers a été franchie le 21 juillet dernier. La loi sur la réforme de Wall Street, ou Dodd-Frank Act – du nom des deux membres du congrès ayant œuvré à son adoption – a été promulguée par le président Barack Obama. Elle ouvre la voie à plusieurs innovations ayant pour objectif de restaurer la confiance des investisseurs et de favoriser la détection précoce de futures crises. La portée de ces mesures dépasse les frontières américaines. Elles influeront aussi sur les acteurs suisses et européens. tour d’horizon. Jean-Yves DE BOTH et Erol BARUH, avocats Schellenberg Wittmer, Genève, Zurich www.swlegal.ch

l

e Dodd-Frank Act est une loi de réaction à la crise financière. Elle débute, sans surprise, par des mesures de protection du système financier. Les entreprises trop grandes ou trop «interconnectées» seront désormais soumises à une procédure de liquidation particulière (démantèlement facilité, responsabilité accrue des dirigeants). Les frais de liquidation seront prélevés auprès des autres établissements financiers, par un système comparable à notre garantie des dépôts. En amont, les activités ou entreprises susceptibles de déstabiliser les marchés financiers seront surveillées par le nouveau Federal Stability Oversight Council (FSOC). Celui-ci aura, notamment, la possibilité de durcir les exigences prudentielles applicables aux acteurs les plus importants du marché. En Suisse, des propositions analogues sont actuellement examinées par la commission d’experts mandatée par le Conseil fédéral pour analyser la problématique des entreprises «too big too fail». Dans son rapport intermédiaire, celui-ci indiquait, notamment, étudier l’opportunité de transposer en Suisse les dispositions assurant, en cas d’insolvabilité, la poursuite de certaines

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activités bancaires par leur transfert à une banque relais (bridge bank).

Règle de Volcker La «règle de Volcker» a fait l’objet d’une large couverture médiatique. Dans sa version originale, elle prévoyait que les banques et leurs entités affiliées ne pourraient se livrer à des activités de négoce pour compte propre (proprietary trading) et investir dans ou participer à la promotion de fonds alternatifs ou de private equity. Seule une version édulcorée a trouvé grâce aux yeux du Congrès américain. Certaines opérations sont exemptées (prise ferme, market-making, hedging, investissement seed dans un fonds, seuil d’investissement toléré de 3%, activité de gestionnaire pour le compte d’un fonds autorisée). La règle de Volcker ne s’applique pas aux entités bancaires étrangères, dans la mesure où leurs opérations pour compte propre interviennent en dehors des Etats-Unis. Le délai transitoire avant la mise en œuvre effective est relativement long. Ce délai de grâce n’a pas empêché certains établissements de prendre d’ores et déjà les devants en préparant la scission de certains pans d’activités dans des structures conformes à la nouvelle loi. Les collaborateurs actifs dans le négoce pour propre compte apparaissent, il est vrai, spécifiquement courtisés. Une généralisation de ces limitations d’investissement pour compte propre sur le plan international apparaît peu probable.

L’Europe est divisée à ce sujet. En Suisse, la commission d’experts «too big to fail» a annoncé qu’elle rejetait cette idée. Il en va de même d’une autre mesure phare préconisée par l’administration Obama, soit la limitation de la taille des grandes banques. Cette mesure a finalement été mise de côté aux Etats-Unis.

Titrisation d’actifs, agences de notation Considérant que des abus dans le domaine de la titrisation d’actifs (asset-backed securities) étaient un facteur déclencheur majeur de la crise financière, le Congrès américain a légiféré sur la question. Tout émetteur de produit tel qu’un CDO (Collateralized Debt Obligation) devra retenir une portion (5% au

«Les agences de notation ont été montrées du doigt pour avoir systématiquement sous-évalué les risques liés aux produits structurés complexes»

moins) du risque de crédit lié aux actifs auxquels les titres sont adossés (règle dite «skin in the game»). Par ailleurs, l’émetteur sera tenu de fournir de plus amples informations sur la qualité de ces mêmes actifs. Ces inno-

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arBitraGe réGlementaire vations font d’ores et déjà l’objet de critiques, notamment en Europe. Les agences de notation ont été montrées du doigt pour avoir systématiquement sousévalué les risques liés aux produits structurés complexes. La surveillance à leur égard se resserre, tout comme les règles visant à éviter les conflits d’intérêts. Le droit des investisseurs d’attraire ces agences en justice est élargi.

Protection des investisseurs Les conditions pour être considéré comme un high net worth individual – soit actuellement tout investisseur privé disposant d’avoirs à hauteur de 1 million de dollars et qui bénéficie ainsi d’une protection moindre – ont été durcies. La valeur de la résidence principale n’est plus prise en compte pour déterminer si le seuil légal est dépassé. Le pendant de cette notion en droit suisse (celle de «particulier fortuné») est d’ores et déjà Dodd-Frank-compatible. N’entrent dans cette catégorie que les investisseurs disposant d’au moins 2 millions de francs suisses en placements financiers, calcul excluant notamment les biens immobiliers. Citons encore, sans pouvoir être exhaustif, l’instauration d’un programme de protection des whistleblowers. Il permettra à la SEC d’allouer à un dénonciateur un pourcentage des sanctions monétaires infligées à un établissement surveillé. Certains y voient une conséquence lointaine de l’affaire Madoff. Des critiques avaient, en effet, été adressées au régulateur américain pour avoir ignoré les avertissements transmis pas un informateur, Harry Markopolos, plusieurs années avant que la fraude ne soit découverte.

«Les entreprises trop grandes ou trop interconnectées seront désormais soumises à une procédure de liquidation particulière» JEAN-YVES DE BOTH – SCHELLENBERG WITTMER

Produits dérivés OTC Les pertes enregistrées sur des dérivés de crédits, notamment par AIG Financial Products et Lehman Brothers, ont mis en lumière (a) l’absence de régulation (et de surveillance des risques) sur ce marché, (b) l’ampleur des conséquences de la défaillance d’une institution bancaire majeure et (c) le manque de transparence en rapport avec ces produits. En septembre 2009, le G20 avait appelé de ses vœux un renforcement de la législation applicable aux produits dérivés. Le DoddFrank Act met en œuvre cette recommandation, pour les Etats-Unis. La loi définit la notion de dérivés de manière large (options

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JUriDiQUe put, call, cap, floor, swaps, credit default swaps et combinaison de ces produits). Ceux-ci sont regroupés sous le terme de «swap». Des règles particulières (ex. limites de position) doivent, par ailleurs, être adoptées en relation avec les dérivés sur certaines matières premières (ex. agriculture). L’innovation majeure tient à la mise en place d’une centrale de compensation à laquelle les acteurs du marché sont tenus de recourir, tout du moins pour les contrats suffisamment standardisés. Le fait d’intercaler, pour ces opérations, une contrepartie régulée et présentant des gages de solidité réduit notablement le risque de défaillance. La loi prévoit bien évidemment des exemptions. Avant d’être un objet pouvant se prêter à la spéculation, les dérivés sont des outils de contrôle et de couverture des risques. Les entreprises commerciales qui procèdent à des transactions isolées dans cette optique sont soumises à un régime plus léger. Ces opérations pourront, comme aujourd’hui et à la discrétion de l’entreprise concernée, être compensées de manière bilatérale (le coût de l’opération étant, a priori, moindre). La loi impose tout de même aux deux parties de fournir des garanties (marges) à la conclusion du contrat, puis tout au long de sa durée. Les entreprises actives plus régulièrement sur ce marché seront, quant à elles, soumises à une surveillance prudentielle. Sur nombre de points, la législation américaine en matière de dérivés est très proche des projets actuellement discutés au niveau européen. Le Parlement européen a adopté, le 15 juin 2010, une résolution sur les actions politiques futures de l’Union en la matière. La plupart des règles du DoddFrank Act s’y retrouvent. La FINMA soutient les initiatives internationales en matière de compensation et de règlement des produits OTC. Son activité dans ce domaine se limite toutefois à la surveillance des opérateurs suisses qui participent au négoce de ces produits, aucune centrale de compensation n’entrant dans son champ de compétences.

Gestionnaires de fonds alternatifs Le Dodd-Frank Act renforce la réglementation entourant les fonds alternatifs (hedge funds) et les fonds de capital-investissement (private equity). Le devoir imposé aux gestionnaires de ces fonds de s’enregistrer auprès de la SEC est étendu. Cette évolution était inévitable; un consensus international

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arBitraGe réGlementaire existe désormais sur la nécessité de soumettre ces acteurs à un niveau minimal surveillance. L’obligation d’enregistrement a été étendue. Jusqu’ici, les gestionnaires offrant leurs services à un nombre limité de clients – moins de 15 – échappaient à toute surveillance

«Le Dodd-Frank Act met en œuvre un renforcement de la législation applicable aux produits dérivés»

(private adviser exemption). Un fonds était considéré comme un unique client. Cet angle mort de la surveillance, que la SEC avait, en vain, tenté d’éliminer par le passé, est désormais aboli. Il est remplacé par une exception plus étroite accordée au gestionnaire de fonds en capital-risque (venture capital fund adviser exemption). S’y ajoute une exception de minimis en faveur des gestionnaires de fonds privés ayant une masse sous gestion inférieure à 150 millions de dollars aux Etats-Unis (private fund adviser exemption). Un régime spécial s’applique aux gestionnaires basés à l’étranger. Ils sont libérés de l’obligation de s’enregistrer s’ils ont moins de 15 clients ou investisseurs dans des fonds privés aux Etats-Unis et ne disposent pas d’AuM à hauteur de 25 millions de dollars attribuables à des clients ou des investisseurs dans des fonds privés aux Etats-Unis. Contrairement à l’ancien droit, chaque investisseur individuel compte, dans ce cadre. Des exemptions de même nature (seuil minimal d’AuM, fonds en capital-risque) sont actuellement discutées sur le plan européen. Les gestionnaires enregistrés devront périodiquement établir des rapports sur chacun des fonds qu’ils gèrent à l’attention de la SEC. Ces rapports rendront, notamment, compte du montant des AuM, du niveau de levier, de la stratégie, des méthodes de valorisation, ou encore des «side letters» et autres arrangements passés avec certains investisseurs. Au sein de l’Union européenne, les discussions relatives à la directive sur les gestionnaires de fonds alternatifs (AIFM) doivent reprendre en septembre. La question de l’accès au marché européen pour les gérants

hors-UE demeure au centre des préoccupations. Sur ce point, les intérêts de la Suisse et des Etats-Unis sont alignés. Pour l’heure, les contours de surveillance des gestionnaires américains apparaissent moins contraignants que ceux discutés en Europe. Qu’en est-il de la Suisse? La FINMA souligne que la question de l’équivalence des réglementations se posera de manière accrue à l’avenir. Elle s’est fixée pour objectif d’assurer la reconnaissance internationale de la réglementation suisse, afin de remplir d’éventuelles conditions préalables à l’accès illimité aux marchés étrangers. Une révision de la loi sur les placements collectifs de capitaux ou des règlements annexes apparaît donc annoncée, une fois les tra vaux sur ce sujet achevés à l’échelon européen.

De nouveaux coûts Les nouvelles normes américaines, européennes et suisses en matière de dérivés OTC et en matière de fonds alternatifs illustrent parfaitement la tendance actuelle en matière de réglementation bancaire. Dans le premier cas, les législations sont conformes et cohérentes, dans l’esprit des discussions menées dans le cadre du G20. Le second cas s’est transformé en un sujet plus politique, avec des différences d’approche entre les autorités de régulation.

«Le devoir imposé aux gestionnaires de hedge funds et de fonds de private equity est étendu»

Ce dernier schéma pourrait se répéter de plus en plus fréquemment, au moment où les évolutions en matière de régulation sortent du champ des déclarations de principe pour entrer dans celui de la mise en œuvre réglementaire. Pour chaque participant au marché financier, s’assurer de la conformité aux nouvelles règles a un coût. Des différences, même minimes, dans la réglementation peuvent ainsi, suivant les cas, se transformer en désavantage compétitif pour une juridiction. La notion d’arbitrage réglementaire est à nouveau sur toutes les lèvres. ■ J.-Y. DE B. & E.B.

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stratéGie

Société Générale: profil bas Si l’on en juge par les profits du premier semestre 2010, le secteur bancaire européen est sorti non seulement de l’enfer mais aussi du purgatoire. Les comptes de la première moitié de l’année confortent, fort opportunément, l’annonce, fin juillet, des résultats du stress test mené par les superviseurs européens sur la solidité des principales banques du continent. La Société Générale, un des plus grands établissements français, ne fait pas exception à la règle. Cinq ans pour se reconstruire Jaona RAVALOSON (05/08/10)

s

auf qu’à la différence de ses pairs, au moins jusqu’au début de l’automne, elle ne pourra véritablement clore la divine tragédie de la crise financière, dans l’attente du verdict, prévu le 5 octobre, du procès de son ancien trader Jérôme Kerviel. On se souvient, en effet, qu’en janvier 2008, au plus fort des turbulences sur les marchés financiers et dans un contexte d’explosion des risques systémiques, la Société Générale s’est tiré une balle dans le pied et s’est offert une petite facétie spécifique, ayant occasionné une perte de trading de 4,9 milliards d’euros. A l’instar des accidents d’aéronefs, la recherche de responsabilités hésite entre les erreurs humaines individuellement identifiées et les défaillances mécaniques liées à l’appareil. Sans préjuger des prochaines décisions de justice, la direction générale de la banque veut tourner la page et a, d’ores et déjà, opté pour un profil de risque, d’organisation et d’attitude nettement moins flamboyant, mettant un terme aux pratiques et stratégies des années folles. Cette vision, marquée par la modération et la modestie, et synthétisée dans Ambition 2015 – le nouveau plan d’affaires récemment adopté par le groupe –, suffira-t-elle pour traverser le Styx en sens inverse et pour permettre à la Société Générale de préserver son intégrité? L’enjeu ultime étant l’indépendance du groupe, dans un univers bancaire mondial en constante recomposition.

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B&F

En concevant et en mettant en œuvre Ambition 2015, la Société Générale affirme sa volonté de tirer les leçons de la crise et de s’adapter à un nouveau contexte marqué par une faible croissance en Europe, par la rareté du capital et des liquidités, et une réglementation plus stricte en termes d’effet de levier et d’exposition risque. Les deux principaux objectifs affichés par ce plan montrent bien, toutefois, les limites de cet exercice de rédemption. Le premier porte sur une redéfinition du contour de la base d’activités du groupe et le second sur les intentions en matière de performance financière. Concernant le premier aspect, l’idée consiste en un recentrage autour de trois

piliers: banque de réseau France, banque de réseau à l’étranger et banque de financement et d’investissement. Les deux autres métiers traditionnels du groupe (services financiers spécialisés et assurances, banque privée et gestion d’actifs) ne sont plus considérés comme prioritaires et verront leur développement sous conditions. Ils pourront être arbitrés au bénéfice d’un renforcement par croissance interne ou acquisition des métiers de base. D’où la cession d’ECS (filiale spécialisée dans le pilotage de systèmes d’information), l’apport de la gestion d’actifs à Amundi (un joint-venture avec le Crédit Agricole où la Société Générale n’est plus qu’un partenaire minoritaire), le rachat de 20% du Crédit du Nord pour être à 100%

Parts de revenus des réseaux bancaires français HSBC; 2%

Autres; 4%

La Banque Postale; 8% Crédit Agricole; 29% BNPParibas; 10%

Société Générale; 13%

BPCE; 21% Crédit Mutuel; 13% Source: Société Générale, Trapeza

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soCiété Générale dans le capital de ce réseau de banques régionales et la négociation pour la reprise de la Société Marseillaise de Crédit par le Crédit du Nord (un investissement de 872 millions d’euros, qui incrémente la part de marché du groupe de 30 points de base au niveau national, avec un renforcement de position dans le sud-est de l’Hexagone), le développement de Boursorama (banque en ligne), la création d’un réseau de premier plan en Russie et en Europe centrale et de l’Est, etc. Mais la question se pose de savoir si le recentrage sur le réseau France n’est pas à contre-tendance. Ces cinq dernières années, les banques françaises ont enregistré une croissance de leurs revenus en France située, selon les cas, entre 14% et 22%, ce qui est considérable, et la Société Générale, aux côtés de BNP Paribas, a réalisé la meilleure performance dans ce domaine.

«Si la transformation de la physionomie du groupe n’est pas encore visible, le redressement des comptes est, en revanche, palpable dès le premier semestre 2010» Cette tendance n’est pas extrapolable, à moins de réaliser des croissances externes. La Société Générale est mal placée pour en faire, autrement qu’à la marge (comme c’est déjà le cas avec le Crédit du Nord et la Marseillaise de Crédit). Quatrième réseau français, avec une part de marché en crédits de 8,3% auprès des particuliers (10 millions de comptes) et de 12,6% auprès des entreprises, elle sera confrontée à une économie moins dynamique mais aussi à une recrudescence de la concurrence qui mise, également pour sa part, sur l’ancrage domestique pour se refaire une santé. Le taux de croissance économique ne dépassera pas 2% en moyenne entre 2010 et 2015 en France et en Europe. La croissance sera nettement plus rapide en Afrique et en Europe centrale et orientale ainsi qu’en Russie, mais ce ne sont pas les zones les plus prometteuses et les moins risquées dans le monde. Le choix géographique du groupe comporte ainsi des aléas et l’adop-

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Répartition objectifs de profit 2012 de la Société Générale (Euros 6 milliards) Autres 15%

Banque d’investissement 43%

Réseaux France 25%

Réseaux Internationaux 17%

Source: Société Générale tion d’un modèle de «banque universelle», afin d’occulter la prépondérance de la banque de financement et d’investissement, risque de ne pas se matérialiser. Ceci se reflète dans les contributions-cibles de chaque division aux résultats attendus. Pour mémoire, les objectifs de profit ne vont pas jusqu’en 2015, en dépit de l’horizon du plan d’affaires, mais s’arrêtent à miparcours en 2012, preuve que la visibilité est faible sur le moyen/long terme. Au-delà des effets mécaniques dus à la non-récurrence d’éléments liés à la crise financière, l’incidence des nouvelles options stratégiques est difficile à anticiper. L’objectif de ROE du groupe pour 2012 est, donc, de 14%-15%, un décrochage par rapport à la fourchette de 19%-20% à laquelle la Société Générale avait habitué le marché avant la crise. En tant que tel, ce n’est pas irréaliste. Le seul bémol est la poursuite de la forte dépendance à l’égard de la banque de financement et d’investissement. Sur les

«La question se pose de savoir si le recentrage sur le réseau France n’est pas à contre-tendance» 6 milliards d’euros de profit net attendus en 2012, entre 2,3 et 2,8 milliards d’euros proviendraient de ce métier qui, en dépit d’une réduction de l’appétit pour le risque, d’un accent sur les activités clientèles, aux dépens du trading pour compte propres, et d’une diversification des segments d’activités, est marqué par le sceau de la volatilité

et le coût élevé du capital. Une telle contribution de 38% à 47% de la banque de financement et d’investissement reste supérieure à celle observée dans les autres banques universelles françaises.

Un bon début grâce au premier semestre 2010 Si la transformation de la physionomie du groupe n’est pas encore visible, le redressement des comptes est, en revanche, palpable dès le premier semestre 2010. Publié début août, le résultat net de la première moitié de l’année est supérieur aux attentes des prévisionnistes. Les facteurs à l’œuvre ont été la bonne tenue de l’activité banque de réseau en France, la stabilisation de la banque de détail dans les autres pays et un retournement de la banque d’investissement, dû non pas à une véritable reprise des marchés mais à la baisse des provisions, dépréciations et moinsvalues. Les actifs toxiques que le groupe continue à porter, même si le portefeuille est en extinction graduelle, généraient 1,2 milliard d’euros de provisions par semestre depuis début 2008. Ils n’ont coûté plus que la moitié lors du premier semestre 2010. Les perturbations causées par la crise des dettes souveraines (l’exposition sur la Grèce est significative en raison de la filiale Geniki) et la volatilité des marchés actions ont affecté également les activités concernées en banque d’investissement, mais la diversification et l’élargissement des opérations aux financements structurés ont exercé un effet positif. Au total, après un résultat pratiquement nul au premier semestre 2009, le groupe a réalisé un profit net de 2,1 milliards d’euros sur la même période de 2010, soit un ROE de

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stratéGie

soCiété Générale

Contribution des métiers au résultat net des 1ers semestres 2010 et 2009 Euros millions Réseaux France Réseaux internationaux Services financiers spécialisés Banque privée-Gestion d'actifs Banque de financement et d'investissement Autres Total groupe

9,7%. Ce fort rebond met les 3 milliards de bénéfice net espérés pour l’ensemble de 2010 à portée de main. Frédéric Oudéa, nommé à la tête de la banque suite à la débâcle qui a entraîné le départ de son prédécesseur, trouve dans ces chiffres et pour la première fois, matière à réconfort et de quoi restaurer la confiance des investisseurs. Il faut dire que le scandale Kerviel et les fortes expositions risques du groupe ont été lourdement sanctionnés par les marchés. Le cours de Bourse a, dès lors, retrouvé un peu de couleurs ces temps-ci.

Une solidité financière éprouvée par le stress test Les investisseurs sont d’autant plus rassérénés que la structure financière du groupe s’est renforcée: le ratio Tier One est passé de 9,5% fin juin 2009 à 10,7% fin juin 2010, dont 8,5% de core Tier One. On sait, à travers les résultats du stress test conduit par les régulateurs européens, que cette solidité du bilan de la Société Générale rend le groupe apte à affronter des scénarios peu favorables. Le «scénario macroéconomique adverse» correspondrait, dans une première phase, à une hypothèse de dépression macroéconomique extrêmement sévère et sans reprise immédiate. Dans un tel contexte de double dip, la croissance chuterait fortement. L’hypothèse de croissance dans le scénario stressé est: pour la zone euro de –0,2% en 2010 et –0,6% en 2011; pour la France, de 0,7% en 2010 puis –0,1% en 2011. Pour la France, ce scénario adverse correspond à une perte de croissance cumulée sur l’horizon du stress de 2,1 points de PIB par rapport à un scénario central. Le niveau du taux de chômage envisagé dans le scénario stressé est proche du pic historique observé depuis 1975. Le taux d’intérêt de court terme atteindrait les niveaux observés au cours de la crise financière de 2007-2008, tandis que les taux d’intérêt de long terme s’approche-

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S1-10 591 239 162 129 951 75 2147

S1-09 514 247 53 89 707 -1579 31

raient des niveaux du début des années 2000. Le retournement du cycle immobilier serait, quant à lui, très sévère. En outre, parce que les marchés ont exprimé des inquiétudes sur les dettes publiques de certains Etats de la zone euro, le scénario adverse a été aggravé par une phase 2, avec des hypothèses très dures d’un choc sur les expositions souveraines détenues dans le

«Que pèsent, en définitive, un risque de dépression ou une menace de défaut sur les dettes souveraines face aux 4,9 milliards d’euros qu’un seul trader incontrôlé et incontrôlable est capable de perdre?»

portefeuille de négociation des banques et des crédits au secteur privé enregistrés dans le portefeuille bancaire. La méthode a consisté à appliquer des taux de décotes – de 4,2% à 23,1% selon le pays considéré – sur les expositions souveraines détenues dans les portefeuilles de négociation des banques et des pertes supplémentaires sur le secteur privé dans les portefeuilles bancaires de chacun des pays européens.

Les quatre principales banques françaises ainsi que 80 banques européennes ont passé ce test avec succès, dans la mesure où leur ratio Tier One post-scénario de stress n’est pas descendu en dessous de 6%. L’Autorité de contrôle prudentiel française salue et explique ces résultats en faisant l’éloge des «facteurs de résilience des banques françaises», notamment: – une bonne tenue de leurs revenus, même en situation de stress adverse sévère, tirée en partie par les revenus «d’intérêt», liés à leur activité de transformation, une politique de gestion actif-passif prudente et une maîtrise des frais généraux; – les caractéristiques de leurs expositions sur crédit immobilier domestique, dont la structure apparaît saine et le coût du risque afférent, faible; – leur bonne résistance au choc additionnel souverain, dont il apparaît que le portefeuille est souvent suffisamment diversifié pour ne pas subir de plein fouet les chocs importants appliqués […]. Aucun des établissements français n’est exagérément exposé sur le risque souverain. La qualité du portefeuille d’activités de la Société Générale en particulier est démontrée avec un ratio Tier One sous stress à fin 2011 estimé à 10%, le niveau le plus élevé parmi les établissements français. Tout ça est très rassurant. Cela étant, la répercussion cumulée des deux chocs hypothétiques, macroéconomique et souverain, sur les fonds propres Tier One du groupe n’est négative que de 4,4 milliards d’euros. Que pèse, en définitive, un risque de dépression ou une menace de défaut sur les dettes souveraines face aux 4,9 milliards d’euros qu’un seul trader incontrôlé et incontrôlable est capable de perdre? Plus que d’un environnement de marchés normalisé, la Société Générale a surtout besoin de se prémunir des fantômes de son passé et de réaliser une révolution culturelle en matière de risque et de contrôle. ■ J.R.

Synthèse des résultats du stress test européen pour les banques françaises Ratio T1 12/09 SG 10.70% BNP Paribas 10.10% BPcE 9.10% crédit Agricole 9.70% Moyenne arithmétique 9.90%

Impact Phase 1* -55.4 -43.5 -45.7 -54.9 -49.9

Impact Phase 2** Ratio T1 2011 -18.1 10.00% -8.8 9.60% -15.0 8.50% -21.6 9.00% -15.9 9.28%

* Scénario macroéconomique adverse ** Stress souverain Impact exprimé en points de base Source: Autorité de Contrôle Prudentiel — France

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enJeUX PHiliPPe seDnaoUi – BarClaYs wealtH

Privilégier le private investment banking Barclays Wealth ambitionne de devenir l’un des leaders de la gestion de fortune privée dans le monde, grâce notamment aux synergies avec sa maison mère, le puissant groupe bancaire britannique Barclays. Implantée en Suisse depuis 1986, Barclays Wealth est représentée par Barclays Banque (Suisse) SA. Actuellement, Barclays Wealth investit de façon importante dans sa plateforme genevoise, qui couvre notamment les marchés européens, africains et du moyenOrient. Propos recueillis par Didier PLANCHE

Banque & Finance: Quelles sont actuellement les principales spécificités de Barclays Wealth? PHILIPPE SEDNAOUI: Barclays Wealth est la division de gestion de fortune du groupe bancaire britannique Barclays. A la fin 2009, sa masse sous gestion s’élevait à 151,2 milliards de livres sterling et son total des revenus dépassait les 145 millions de livres. Barclays Wealth emploie 7000 collaborateurs répartis dans une vingtaine de pays du monde, dont les quatre pôles principaux de Genève, Londres, New York et Singapour. Genève gère une masse sous gestion de 16 milliards de francs, pour une clientèle essentiellement européenne, africaine et du Moyen-Orient. Notre activité de gestion de fortune s’articule autour d’une systématique de marché. Cela signifie que l’approche des clients s’effectue directement depuis leur marché domestique, tandis que la gestion de leur patrimoine est réalisée depuis différentes places financières, selon leurs besoins. Nos marchés clés sont, bien sûr, la Grande-Bretagne, où Barclays Wealth est le plus important gérant de fortune privé, la Suisse pour ses nombreuses grandes fortunes étrangères résidentes ou non, le Moyen-Orient, ainsi que l’Europe occidentale et orientale. Pour des raisons historiques, Barclays Wealth est aussi très présente en Afrique avec une

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prédilection pour l’Afrique du Sud, où notre établissement détient une participation majoritaire dans le groupe bancaire sud-africain Absa. Barclays Wealth est également implantée dans plusieurs pays africains de la côte orientale du continent et au Nigeria, en Afrique de l’Ouest, soit dans la plupart des anciennes colonies de l’Empire britannique. Globalement, la clientèle de Barclays Wealth comprend les catégories des Ultra High Net Worth Individuals, High Net Worth individuals et Intermediaries que sont les family offices et les gérants indépendants.

internationaux. Historiquement, Barclays Capital est spécialisée dans les marchés de capitaux et de changes, des commodities, des dettes souveraines et d’entreprises, et fortement dans le marché des Equities depuis le rachat de Lehman aux Etats-Unis. En recourant aux synergies entre les activités de private banking et celles d’investment banking, Barclays Wealth privilégie effectivement le private investment banking, qui se focalise sur la gestion patrimoniale au sens large du terme avec son florilège d’opérations stratégiques, y compris les M & A et les IPO, par exemple. Le private investment banking répond parfaitement aux besoins de la nouvelle catégorie de jeunes et fortunés clients internationaux à la tête d’entreprises et de groupes industriels, qui peuvent ainsi faire coïncider leurs affaires privées avec leurs affaires professionnelles.

«La transparence accrue dans les opérations financières et les placements est devenue l’un des éléments primordiaux de la refonte de la gestion de fortune»

Regain d’intérêt pour les changes

B&F: L’optimisation de vos activités de gestion de fortune pour ces clients passe aussi par le private investment banking? P.S.: Barclays Wealth a, en effet, développé une relation de proximité avec la banque d’investissement du groupe Barclays Capital, qui est plus ancienne sur le plan historique et très importante de par sa taille, avec ses 25 000 collaborateurs répartis dans les plus grands centres financiers

B&F: Les pressions fiscales et réglementaires qui affectent le secret bancaire suisse vous obligent-elles à revoir vos stratégies de wealth management? P.S.: L’ambition renouvelée du groupe Barclays en matière de gestion de fortune est assez récente, puisque Barclays Wealth a été créée en 2006. Nous avons donc pu anticiper la dynamique du changement de cette juridiction. De plus, nous nous sommes rapidement adaptés à cette nouvelle situation, sans que les mesures réglementaires prises nuisent à notre clientèle et

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BarClaYs wealtH aux stratégies de notre plan d’affaires. B&F: Compte tenu des répercussions de la crise mondiale, des perspectives économiques incertaines et de la situation précaire de la zone euro, entre autres, avez-vous revu à la baisse les objectifs financiers de Barclays Wealth en Suisse pour cette année? P.S.: Clairement non. Notre budget 2010 se situe en hausse par rapport à l’exercice précédent et nous avons même lancé un programme global d’investissement sur cinq ans d’un montant de 350 millions de livres, qui s’ajoute aux investissements de 350 millions de livres déjà programmés. La banque sera ainsi encore plus performante en matière de gestion. Dans cette optique, nous avons déjà planifié le recrutement de spécialistes des placements et des marchés. Au cours du premier semestre de cette année, nous avons encore augmenté nos revenus et nos profits, à l’instar d’ailleurs de chaque exercice de Barclays Wealth depuis sa création en Suisse. B&F: La diminution des marges de rentabilité des actifs gérés, due au recul des revenus et des transactions ainsi qu’au retour à des catégories d’actifs plus traditionnels, a-t-elle eu une influence sur Barclays Wealth? P.S.: Les postes de revenus ont, de fait, subi une mutation, à commencer par les revenus des liquidités qui ont baissé à cause de la diminution des taux d’intérêt. Quant au choix de la clientèle en matière d’actifs, elle privilégie nettement les produits traditionnels au détriment des plus sophistiqués, comportant davantage de risques. Nos revenus ont ainsi fortement augmenté dans les activités de changes, grâce à un net regain d’intérêt pour les grandes monnaies occidentales. A Genève, nous avons donc, entre autres, mis l’accent sur les produits structurés liés aux changes, afin d’accroître les revenus des clients dans cet environnement de taux d’intérêt bas. Bien sûr, nos placements, qui visent l’équilibre entre le market performance et l’absolute performance, correspondent au profil d’investissement de chacun d’eux, surtout en termes de risques.

Transparence accrue B&F: Sur quels marchés, Barclays Wealth cherche-t-elle désormais sa croissance organique? P.S.: Barclays Wealth souhaite davantage se

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«Le private investment banking répond aux besoins de jeunes et fortunés entrepreneurs internationaux, qui peuvent ainsi faire coïncider leurs affaires privées avec leurs affaires professionnelles» PHILIPPE SEDNAOUI – BARCLAYS WEALTH

développer aux Etats-Unis en plus de son implantation dans quatorze villes américaines, pour y devenir l’un des principaux leaders de la gestion de fortune privée. Nous renforçons également nos positions sur le marché anglais, qui reste encore très fragmenté. A l’international, Barclays Wealth se focalise toujours sur les grandes fortunes internationales depuis ses pôles financiers de Genève et de Singapour, le premier pour couvrir l’ensemble des marchés mondiaux hors Etats-Unis, Grande-Bretagne et Asie, et l’autre spécifiquement axé sur la région Asie. B&F: Barclays Wealth prône-t-elle une approche plus transparente dans la gestion de fortune? P.S.: L’industrie financière a amorcé une transformation structurelle de forte ampleur depuis plusieurs années, laquelle a été accélérée avec la récente crise mondiale. Plusieurs acteurs majeurs ont rencontré des difficultés importantes, qui les ont amenés à repenser en profondeur leurs modèles de gestion de fortune internationale, tant en

Suisse qu’en Europe et aux Etats-Unis. La transparence accrue dans les opérations financières et les placements est ainsi devenue l’un des éléments primordiaux de cette refonte de la gestion de fortune. D’ailleurs, les exigences de la clientèle convergent avec cette orientation. B&F: Comment voyez-vous l’évolution de la sphère financière, sachant que les événements négatifs se multiplient et qu’une prochaine crise mondiale n’est nullement à exclure? P.S.: La capacité de l’épargne mondiale, qui a permis de financer certains passifs, s’essouffle. Mais il existe encore des pertes importantes dans certains pans du système financier qui n’ont pas été pleinement identifiées. Ceci pourrait provoquer des ruptures et, en tout cas, engendrer des changements de taille. Sur la base d’analyses fondamentales des événements, chaque banque doit tenter de les anticiper, puis adapter ses stratégies en conséquence. ■ D.P.

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enJeUX BBGi GroUP

Des indices pour la clientèle privée La société genevoise BBGI a créé trois indices spécialement dédiés à la clientèle privée. Des outils particulièrement intéressants pour comparer les performances des gérants et pour gagner en transparence. mais l’initiative est accueillie avec circonspection par les banques de la place.

«a

u plus fort de la crise, les investisseurs ne pouvaient que constater, jour après jour, l’ampleur du désastre sur la performance de leurs placements. Pendant cette période de fortes turbulences, il leur était extrêmement compliqué d’évaluer objectivement les performances réalisées par les gérants sans aucun point de comparaison objectif», explique Alain Freymond. C’est dans ce contexte que le cofondateur de BBGI Group a imaginé la création d’outils de comparaison qui n’existaient jusqu’alors que pour les investisseurs institutionnels; lesquels confrontent systématiquement les performances à un benchmark. «Avec nos indices, insiste Alain Freymond, ces outils sont désormais accessibles aux clients privés. Ils constituent un moyen unique pour la clientèle privée de comparer la performance de leur gérant.»

Mais l’initiative ne fait pas que des heureux sur la place financière. Elle a même été accueillie plutôt froidement par certains établissements, pas toujours à l’aise lorsqu’il s’agit de benchmarker la performance des portefeuilles de leurs clients. «On comprend facilement les raisons pour lesquelles aucun indice dédié à la gestion privée n’a été développé par les banques. Il y a encore des progrès à faire en matière de transparence», souligne Alain Freymond.

d’actifs divisées en deux segments: les actifs traditionnels (obligations suisses, obligations internationales, actions suisses, actions internationales, immobilier international) et les actifs non traditionnels (matières premières, placements alternatifs et private equity). L’allocation globale des indices comprend essentiellement des actifs traditionnels (entre 95% pour l’indice low risk et 80% pour l’indice dynamic risk).

Simple, gratuit, transparent Trois profils de risque Pour coller au plus près à la réalité, BBGI a créé trois indices calqués sur la typologie adoptée par la plupart des institutions bancaires suisses et internationales: low risk, medium risk et dynamic risk. «Notre objectif était de créer des indices véritablement représentatifs», explique le dirigeant de BBGI Group. Pour ce faire, ils intègrent huit classes

PRIVATE BANKING INDICES: Performance – Juillet 2010

A l’instar des portefeuilles proposés aux clients, le segment obligataire représente une très large proportion (65%) de l’indice low risk et seulement 25% de l’indice dynamic risk. L’exposition privilégiée aux actifs domestiques varie de 65% dans le cas de l’indice low risk à 45% pour le dynamic risk. «L’indice de référence low risk est donc largement centré sur des placements à revenu fixe et privilégie les actifs en francs suisses», commente Alain Freymond. Et le dirigeant de BBGI Group d’ajouter: «Nous voulions proposer un outil simple, gratuit, transparent donc calculable par tous ceux qui le désirent. Ces indices permettent aussi de professionnaliser la discussion entre le client, qui est mieux informé, et son gestionnaire.» Les indices BBGI sont calculés chaque mois. Ils sont disponibles auprès du département recherche de BBGI, dans la presse spécialisée et sur Bloomberg. ■ Olivier VACHERAND

BBGI Group Private Banking Indices – Allocation des actifs par type de risque Objectif de rendement et risque

BBGI GROUP PBI «risque faible» BBGI GROUP PBI «risque modéré» BBGI GROUP PBI «risque dynamique»

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Obligations suisse

Obligations internationales

Actions suisse

Actions internationales

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Hedge Fund

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50.0% 35.0% 20.0%

15.0% 10.0% 5.0%

15.0% 20.0% 25.0%

10.0% 15.0% 20.0%

0.0% 2.5% 5.0%

0.0% 2.5% 5.0%

5.0% 7.5% 10.0%

5.0% 7.5% 10.0%

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«Amnistie» fiscale ou compromis «à la suisse»? Au premier janvier 2010, la Suisse a introduit de nouvelles dispositions légales visant, d’une part, à simplifier la procédure de rappel d’impôt en cas de succession et, d’autre part, à promouvoir la dénonciation spontanée non punissable. Alors que le premier volet de cette réforme démontre un allégement notoire des conséquences fiscales et devrait être couronné de succès, le second laisse planer un sentiment d’inachevé. En effet, nous pouvons présager que seul un petit nombre de contribuables à la mémoire lacunaire partent en quête de repentance. Etat de situation. Yvan HAYOZ Directeur International Private Clients Responsable Suisse romande Avec Lenka PEKARKOVA

Simplification du rappel d’impôt en cas de succession Pour les successions ouvertes avant le 31 décembre 2009, lorsque les héritiers découvraient que le défunt avait soustrait des éléments imposables aux autorités fiscales, le droit prévoyait une procédure de rappel d’impôt s’étendant sur les dix années précédant le décès. En d’autres termes, les taxations des dix périodes fiscales antérieures au trépas étaient révisées par l’autorité fiscale qui introduisait les éléments de revenu et de fortune n’ayant pas été diligemment déclarés. A la reprise d’impôt en tant que telle, s’ajoutaient également des intérêts moratoires. Ainsi, cette procédure était relativement lourde et onéreuse. Notons à ce propos que, suite à une décision de la Cour européenne des droits de l’homme du 29 août 1997, la Suisse avait dû mettre un terme à sa pratique visant à infliger une amende à l’héritier d’un défunt ayant commis une infraction fiscale, telle que la dissimulation d’avoirs. La problématique de la reconstitution des revenus et de la fortune sur une période de dix ans ainsi que celle inhérente à la production des éléments justificatifs étaient des facteurs parfois dirimants à une bonne réalisation de ladite procédure. En effet, cet exercice avait lieu en l’absence du principal intéressé, le défunt.

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La nouvelle législation a pour vocation de simplifier la donne dans le cas où le décès est intervenu après le 31 décembre 2009. Le changement majeur, introduit par les nouvelles dispositions, a trait à la période soumise à la procédure de rappel d’impôt. En effet, celle-ci se voit réduite aux trois exercices fiscaux précédant le décès. Trois ans en lieu et place de dix. La simplification est majeure. Si une amende ne pourra certes pas être infligée aux héritiers, les intérêts moratoires sont, quant à eux, maintenus. Afin de pouvoir revendiquer l’application L’ART

de cette procédure simplifiée, chaque héritier, et il est important de le souligner, indépendamment des autres, devra prouver que les conditions suivantes sont satisfaites: 1. aucune autorité fiscale ne doit avoir eu connaissance de la soustraction d’impôt commise par le défunt avant le dépôt de la demande; 2. l’héritier devra collaborer sans réserve avec l’Administration afin de déterminer le montant du rappel d’impôt; 3. les héritiers s’efforceront de régler les montants rapidement.

DANS

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Edward Hopper, Two Trawlers (Deux chalutiers), 1923-1924 aquarelle et crayon graphite sur papier feuille: 35,2 x 50,6 cm New York, Whitney museum of American Art Legs de Josephine N. Hopper, 70.1091 © Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney museum of American Art, N. Y. Photo Steven Sloman

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FisCalité Il sied de remarquer que les héritiers demeurent solidairement responsables du paiement des impôts dus dans le cadre de la procédure de rappel d’impôt, jusqu’à concurrence du montant de leur part d’héritage. En d’autres termes, le fait d’hériter d’un aïeul négligeant ses obligations fiscales ne pourra pas contraindre son héritier à faire usage de ses propres deniers afin d’honorer la dette fiscale du défunt. Ainsi, contrairement à ce que disait La Fontaine, le trépas ne vient pas tout guérir, les dettes fiscales peuvent y survivre. Notons finalement que nonobstant l’effort demandé aux héritiers quant à un prompt règlement des montants dus, l’administration fiscale conserve la latitude de leur accorder un sursis au paiement d’impôt rappelé, dans le cas où ces derniers seraient dans l’incapacité financière de s’en acquitter immédiatement. Cela pourrait notamment être le cas lorsqu’un actif réapparu n’est pas immédiatement réalisable.

Dénonciation spontanée en cas de soustraction d’impôt Le deuxième volet des nouvelles dispositions prévoit la dénonciation spontanée en cas de soustraction d’impôt. Sous l’égide de l’ancienne législation, lorsqu’une personne physique ou morale ayant jadis soustrait des montants d’impôt se dénonçait spontanément auprès de l’Administration fiscale, ladite administration procédait à un rappel d’impôt s’échelonnant sur les dix années précédentes. Elle prélevait, outre les intérêts moratoires, une amende variant entre 20% et trois fois le montant éludé. La nouvelle législation se limite ainsi à supprimer cette amende pour les contribuables se dénonçant spontanément pour la première fois et ce, pour autant qu’ils satisfassent aux trois mêmes conditions susmentionnées: soustraction non connue de l’Administration fiscale, collaboration sans réserve du contribuable et paiement du montant rappelé. Peut-on pour autant véritablement parler d’amnistie fiscale en cas de dénonciation spontanée? La signification littérale du mot amnistie est le pardon total. Il tombe sous le sens que les dispositions susvisées sont bien éloignées du grand pardon. Il s’agit tout au plus d’une parodie de la procédure ordinaire de rappel d’impôt. Si les dispositions applicables aux héritiers découlent du bon sens et permettront sans doute de nombreuses régularisations de situation,

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Pays

Période de reprise fiscale en cas d’annonce spontanée (impôt sur le revenu)

Suisse France Autriche Italie Allemagne Belgique Espagne

10 ans 3 ans1 7-8 ans2 4 ou 5 ans 4 ans3 3 ans4 4 ans

1. En cas d’activité professionnelle occulte, la période de reprise fiscale passe à six ans. 2. Si les déclarations d’impôt n’ont pas été régulièrement déposées, la période de reprise fiscale passe à dix ans. 3. La période de reprise fiscale passe à dix ans en cas d’évasion fiscale. 4. La période de reprise fiscale passe à sept ans en cas de fraude démontrée par l’Administration fiscale.

celles relatives à la dénonciation spontanée laissent un sentiment d’inachevé. Ce manque d’ambition ou de persévérance du législateur fait place à un constat froid: la procédure d’annonce spontanée est, en l’état, un échec. La pratique démontre, en effet, que depuis son entrée en vigueur il y a maintenant plus de six mois, les contribuables aux velléités de régularisation ne se bousculent pas aux portes des administrations. Pire encore, certains d’entre eux, ayant un âge plus avancé, se demandent s’il n’est pas fiscalement préférable d’attendre le jour où leurs héritiers pourront profiter de conditions de régularisation plus favorables. Ces nouvelles dispositions ouvrent donc pour d’aucuns la porte à une planification fiscale teintée d’une certaine morbidité. Face à ce constat, certains cantons, dont notamment le Jura et Genève, ont décidé ou proposé des mesures plus généreuses. Le canton du Jura a mis sur pied une nouvelle procédure allégée depuis le 1er janvier 2010. Ces dispositions novatrices prévoient, notamment, des taux d’impôts fixes très incitatifs intégrant les intérêts moratoires (au total 4%, 13% ou 23% selon le type de contribuable), un rabais à la célérité en cas d’annonce en 2010 (20%) et en 2011 (10%), et la promesse de décision dans les trente jours. Quant à Genève, les discussions portent sur un allégement significatif de sa procédure. En effet, le rappel d’impôt serait réduit de 70% si l’annonce de dénonciation spontanée intervient avant le 31 décembre 2011 et de 60% si elle a lieu avant le 31 décembre 2013. Ces nouvelles dispositions devront encore faire l’objet d’un référendum populaire qui aura vraisemblablement lieu en 2011.

Un mérite non négligeable des dispositions fédérales aura néanmoins été de suggérer de vraies vocations auprès de certains cantons. En comparaison internationale, il est intéressant de remarquer, à tout le moins sur le continent européen, que la Suisse demeure l’un des pays à la mémoire fiscale la plus longue. En effet, si nous prenons l’exemple de la procédure en rappel d’impôt concernant l’impôt sur le revenu, tous nos voisins directs ont une période de repentance plus courte, s’échelonnant entre trois et huit années (voir tableau ci-dessous). Ainsi, dans des cas comparables, il y a une forte probabilité qu’une annonce spontanée en Suisse soit plus onéreuse qu’en France ou en Espagne par exemple. A la lumière de ce qui précède, si la nouvelle procédure destinée aux héritiers peut être saluée, celle destinée aux contribuables prêts à se repentir est décevante. Le but de la présente contribution n’est pas de prendre position sur la moralité des avantages octroyés aux contribuables indélicats désireux de régulariser leur situation. Cependant, si le dessein est d’inciter les contribuables visés à effectuer une dénonciation spontanée, il s’agit alors de se doter des instruments nécessaires à l’atteinte de cet objectif. Il s’agit probablement d’un énième compromis «à la suisse», méthode qui a certes fait ses preuves dans certains domaines, mais qui, au regard de l’actualité récente, démontre son inadéquation. Certains plats ne peuvent tout simplement pas se manger tièdes. ■ Y.H.

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enJeUX aUDit interne BanCaire

Le port du casque est obligatoire, mais… Le Groupement de réviseurs bancaires fête ses 25 ans: c’est l’occasion de faire le point sur un métier méconnu. Il faut, en effet, des Kerviel et autres empêcheurs de banquer en rond pour que l’auditeur interne connaisse les feux de la rampe. Dommage pour un métier passionnant et une fonction essentielle à la pérennité des établissements! Un défi permanent

Véronique BÜHLMANN

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ort d’une centaine de membres pour un secteur de l’audit interne dont on peut estimer la population romande à quelque 300 personnes, le Groupement des réviseurs bancaires (GRB) est une association à but non lucratif dont le siège est à Genève. Il se distingue d’autres organismes similaires en ce qu’il est organisé par des praticiens pour des praticiens. Il représente une originalité purement «romande» car il n’existe pas d’association similaire en Suisse alémanique et, contrairement à l’Association suisse d’audit interne, le groupement n’a pas vocation à prendre position ou travailler à l’élaboration des normes. Constitué en 1985 par une poignée de professionnels, le GRB s’est donné pour mission essentielle de nouer des liens entre les professionnels et d’élargir les connaissances de chacun d’entre eux. Dans ce but, il organise deux types de manifestations, à savoir des séances de travail réservées aux membres et des conférences «grand public», autant d’outils d’aide à l’action indispensables pour un métier qui, comme le précise le président du GRB, Christophe Morel, est «un métier de généralistes». Et d’ajouter: «Lors d’une mission d’audit, il nous est impossible de connaître la matière de manière aussi approfondie que celui qui est contrôlé. Ce qu’attendent de nous les organes dirigeants de l’entreprise, c’est notre capacité à prendre du recul, notre esprit analytique, notre méthode, notre capacité à travailler en toute objectivité et en toute indépendance.»

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«Par contrôle interne, on entend l’ensemble des structures et processus de contrôle qui, à tous les échelons de l’établissement, constituent la base de son bon fonctionnement et la réalisation des objectifs de la politique commerciale» CHRISTOPHE MOREL – GRB

Pour illustrer le caractère généraliste de la profession, il suffit de se pencher sur les thèmes des séances de travail les plus récentes. Ainsi, côté informatique, les participants se sont intéressés à la manière d’intégrer l’audit des processus informatiques normalisés selon COBIT (norme internationale) dans une démarche d’audit. Côté trading, ils se sont penchés sur l’analyse des risques de la table des changes et, en particulier, la détection et la prévention de la fraude. Ils ont également planché sur le négoce international qui, du fait de son expansion à Genève, représente «un nouveau défi pour l’auditeur». En ce qui concerne les gérants externes, suite à un récent arrêt du Tribunal fédéral, les praticiens ont abordé la problématique des rétrocessions et de la responsabilité des banques. Et côté Internet, ils ont travaillé sur les thèmes de la veille et de l’actualisation des connaissances, ainsi que sur la gestion du risque de réputation sur ce nouveau medium. La diversité des thématiques auxquelles sont confrontés les auditeurs se décline également à travers des intitulés des dernières conférences organisées par le GRB. Si certaines peuvent effectivement intéresser un large public, comme la représentation et la distribution de fonds de placement en Suisse, ou plus récemment l’état des lieux et l’avenir de la gestion alternative, d’autres paraissent plus techniques, comme la mise en œuvre des circulaires FINMA. En général, ces manifestations sont très suivies et attirent entre 50 et 150 personnes.

Du bon sens et du flair Si la fonction d’auditeur interne est encore relativement mal connue, c’est qu’elle est

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aUDit interne BanCaire Contrôle interne: définition Par contrôle interne, on entend l’ensemble des structures et processus de contrôle qui, à tous les échelons de l’établissement, constituent la base de son bon fonctionnement et la réalisation des objectifs de la politique commerciale. Le contrôle interne ne comprend pas uniquement les activités de contrôle a posteriori, mais également celles en rapport avec la gestion et la planification. Deux points clefs: • Il incombe au conseil d’administration […] de réglementer, d’instaurer, de maintenir, de surveiller et de valider régulièrement un contrôle interne approprié. ce dernier doit être adapté à la taille, à la complexité, à la structure et au profil de risque de l’établissement. • L’indépendance des contrôleurs est assurée par le fait que la révision interne est directement subordonnée au conseil d’administration. Pour accomplir efficacement leur mission, les réviseurs internes disposent d’un droit de contrôle illimité au sein des établissements dans lesquels ils œuvrent […] Extraits de la circulaire FINMA en vigueur depuis le 1er janvier 2009. ■

L’audit interne, un acteur essentiel du contrôle

Source: Ernst/Young, Agefi, Haute Finance, novembre 2003. Entre-temps, la FINMA a remplacé la CFB.

relativement récente. Comme le précise Christophe Morel: «Il y a vingt-cinq ans, le métier n’était pas normé comme il l’est aujourd’hui.» En effet, un cadre référentiel formel sur l’audit et le contrôle internes ne s’est véritablement développé que depuis les années 80 et il est réglé par la FINMA. Selon Christophe Morel: «Le changement le plus marquant a été l’évolution exponentielle des réglementations, une évolution qui exige de notre part, un constant effort de mise à niveau. Un autre changement vient de l’informatique. Il y a vingt-cinq ans, les contrôles étaient effectués de manière aléatoire. Aujourd’hui, il est possible de collecter toutes les données et de les soumettre à une analyse, et donc à une vérification systématique. Cet accès facilité aux données rend le métier plus intéressant puisqu’il permet de mieux orienter les contrôles en fonction des risques analysés.»

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Les compétences des auditeurs ont, elles aussi, évolué. «Il est essentiel de posséder un esprit analytique qui permet à la fois de considérer les choses dans leur ensemble et de descendre jusqu’au niveau des transactions individuelles. Cela signifie qu’il faut être capable de dialoguer aussi bien avec les plus hautes instances des entreprises qu’avec les exécutants de premier niveau. Un bon service d’audit interne est un service pluridisciplinaire sur le plan des compétences. Il rassemblera

des juristes, des mathématiciens (gestion des risques), des informaticiens, des banquiers ou encore des spécialistes de l’économie bancaire», souligne Christophe Morel. En effet, l’audit interne travaille en étroite collaboration avec les responsables de la gestion du risque ou ceux de la compliance. «Fondamentalement, il faut posséder du bon sens et l’expérience permet, en quelque sorte, de développer un flair pour les procédures qui ne seraient pas conformes et/ou représenteraient un risque», explique Christophe Morel. Quel est l’impact de la crise actuelle sur l’audit interne? «Notre métier peut être qualifié d’anticyclique puisque, durant les périodes instables, l’augmentation des risques se traduit par une nécessité d’accroître les contrôles et donc de renforcer les équipes d’audit. Concrètement, nous constatons une augmentation des mandats spécifiques confiés soit par le conseil d’administration, soit par la direction, les auditeurs jouant, en quelque sorte, un rôle de conseillers internes. Cette évolution est très positive dans la mesure où elle accroît la reconnaissance de la fonction de contrôle et de son utilité. Au gré des audits, nous acquérons une connaissance intime des rouages de l’entreprise, une connaissance très précieuse lorsqu’il s’agit de mettre en place de nouveaux processus ou de nouvelles structures», précise Christophe Morel. Pour comprendre la fonction de gestion du risque et par conséquent les enjeux du contrôle, il n’existe pas de meilleur moyen que les études de cas. Baring, LTCM et autres font l’objet d’une analyse que l’on trouve sur le site www.erisk.com/Learning/ERiskCaseStudies. asp. Pour ce qui concerne le cas Kerviel, le rapport Green 2, rédigé par l’inspection générale de la Société Générale (20 mai 2008), est également très intéressant. Voir http://erwinmayer.com/2008/06/25/missiongreen-deuxieme-rapport-interne-de-la-societegenerale/ Groupement des réviseurs bancaires: www.grb-romand.ch ■ V.B.

L’Association suisse d’audit interne Fondée en 1980, l’Association suisse d’audit interne (ASAI – IIA Switzerland) est l’organisation professionnelle suisse pour l’audit interne. Elle a pour but la promotion et le développement de la profession (promotion de la réputation et de la confiance en l’audit interne, application et respect des normes internationales, relations avec les organisations professionnelles) ainsi que la formation des auditeurs. Signe des temps, le prochain séminaire organisé conjointement avec l’ISAcA et le cLUSIS en septembre prochain à pour thème: «tout savoir sur le vol de données»! ■

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Hello Dorian, goodbye Oscar! L’image crée la réalité, affirmait l’auteur du Portrait de Dorian Gray. continuant de se mirer dans leur propre longévité, stabilité et sécurité, nombre d’établissements bancaires se conduisent comme Narcisse et se contentent de «réclame». Aujourd’hui, pour fonctionner, la marque ne doit plus seulement refléter une certaine qualité; elle doit être porteuse d’un message sociétal, explique René-Georges Gaultier, le fondateur de l’agence de communication Gaultier collette. Propos recueillis par Véronique BÜHLMANN

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image des grandes banques internationales serait-elle en danger? Telle est la question que pose Emmanuel Mendy, directeur associé de la société de conseil Foresight Finance1. Il se demande si l’on a réellement mesuré l’impact de la crise sur l’image des banques. René-Georges Gaultier, qui a œuvré pour les plus grandes enseignes bancaires françaises (Crédit Agricole, Crédit Lyonnais, etc.) et qui gère la communication d’un certain nombre d’établissements suisses, se montre extrêmement sceptique vis-à-vis de la communication de l’industrie dans son ensemble.

Banque & Finance: Malgré la crise des subprimes et les différentes affaires qui ont secoué l’industrie financière, celle-ci semble revenue au temps du «business as usual». Certains n’hésitent pas à qualifier cette attitude de «provocatrice». Quel est votre sentiment? RENÉ-GEORGES GAULTIER: Tous les secteurs de l’économie ont développé des stratégies anticrise et se sont adaptés à l’évolution des besoins des consommateurs: la grande distribution, par exemple, a élargi sa palette de produits «1er prix». Seule la banque n’a fait aucun effort et tout se passe comme si ce secteur se situait «au-dessus de la mêlée».

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B&F: Cet immobilisme caractérise-t-il tout le secteur? R.-G.G.: Non, il faut distinguer les banques de réseau et les banques mutuelles d’un côté, des banques d’affaires et des banques privées, de l’autre. De tout temps, les premières ont été ouvertes à la communication, et la distance entre le banquier et son client y est bien moindre que dans les secondes. Par exemple, BNP, une banque qui «pense» réseau, a réagi en réorientant tous ses efforts vers le dialogue direct avec sa clientèle

«L’Association suisse des banquiers aurait pu prendre les choses en main en matière de communication ne serait-ce que pour rassurer la clientèle étrangère» RENÉ-GEORGES GAULTIER – GAULTIER COLLETTE

plutôt qu’à travers des campagnes publicitaires impersonnelles. Le Crédit Agricole a suivi une voie similaire. En revanche, UBS, qui, elle aussi, possède un réseau de banques, ne peut être rangée dans la catégorie «banque de réseau»: elle semble vouloir ignorer ce qui fait le quotidien d’une grande partie de la clientèle, à savoir l’art de joindre les deux bouts. A l’instar de la banque privée, seule la gestion de patrimoines, celle d’un monde à part, semble l’intéresser.

B&F: Contrairement aux secteurs de production ou de distribution de biens tangibles, n’est-il pas difficile, dans les services et dans la banque en particulier, de se singulariser sur le plan de la marque? R.-G.G.: La notion de marque a évolué. Il y a peu, une marque était synonyme d’une certaine qualité. Aujourd’hui, il faut aller plus loin: la marque se doit d’être porteuse d’un message sociétal. Derrière la marque, l’entreprise a une «mission». Pour prendre à nouveau un exemple dans la grande distribution française, Leclerc s’est donné pour mission de défendre le consommateur. Observez le paysage bancaire aujourd’hui: quelle banque s’est donné une mission? Aucune, à l’exception de HSBC. La défense d’une marque repose sur trois piliers: la notoriété (achat d’espaces publicitaires), la crédibilité et la valeur ajoutée qui, elle-même se scinde en arguments tangibles et intangibles. C’est sur ce dernier axe que les banques se montrent particulièrement faibles et, a contrario, HSBC particulièrement efficace. Côté valeur ajoutée tangible, elle met en avant sa présence partout dans le monde; côté intangible, elle défend l’ouverture d’esprit, en montrant la multiplicité des échelles de valeur et de points de vue: le jeans déchiré qui est, pour l’un, symbole de vétusté, sera, pour l’autre, produit de mode. Or, dans leur très grande majorité, les banques ne parlent que d’ellesmêmes, de leur longévité, de leur sécurité, 1 L’image des grandes banques internationales seraitelle en danger? Emmanuel mendy, Foresight Finance, Paris, www.foresight-finance.com

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Gestion De l’imaGe recommandations. Un deuxième problème émane du flou des produits et du fait que, souvent, les conseillers vendent des produits qu’ils ne comprennent pas…

de leur qualité, du fait qu’on peut leur faire confiance. Elles se contentent de faire de la «réclame»: elles limitent leur communication à illustrer une évidence qui n’est autre qu’une «dette» vis-à-vis du client, à savoir confidentialité, service, pérennité, alors que le client est à la recherche d’un «don» qui fera la particularité de cette marque. B&F: Les difficultés actuelles n’ont-elles rien changé à cette approche? R.-G.G.: J’ai bien peur que non. Une communication doit toucher et créer de l’émotion, de manière à générer une empathie avec la marque. Les banques font tout, sauf cela. B&F: Ne pas communiquer représente également une stratégie de communication, surtout lorsqu’un établissement a été particulièrement malmené par les événements. Cela n’explique-t-il pas la position de certains établissements? R.-G.G.: Tout à fait. Mais ceux qui ont été relativement épargnés n’ont rien fait alors qu’ils auraient pu éviter d’être éclaboussés par toutes les affaires qui ont secoué le monde financier. Tout se passe comme s’ils continuaient de croire en leur sacro-sainte image: la clientèle vient chez moi parce que je m’appelle «untel». Des entretiens récents au sein d’établissements renommés m’ont montré qu’il existe une grande réticence au changement. On craint par-dessus tout de choquer, comme si l’on ignorait totalement le fait que le monde, les tendances, les ressentis évoluent et que ce qui aurait pu choquer hier représente la norme aujourd’hui. En outre, sur chaque marché, il existe une association faîtière des banques. Or, ces associations n’ont, en général, pas réagi non plus. En ce qui concerne la Suisse, vu la dégradation de l’image de la place à l’étranger, il me semble que l’association aurait pu prendre les choses en main, ne serait-ce que pour rassurer la clientèle étrangère. B&F: Selon Foresight Finance, «cette crise accélère le mouvement vers un pilotage plus fin de la marque et de la communication.» Ne s’agit-il que d’un vœu pieu de consultant? R.-G.G.: Absolument, à moins que, pour les banques, «pilotage plus fin» signifie précisément ne rien faire. Cette tendance est peutêtre renforcée par le fait qu’aujourd’hui, grâce à l’information gratuite en ligne, accessible à tous, n’importe qui peut faire comme s’il était un expert. Hier, les publici-

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«UBS semble vouloir ignorer ce qui fait le quotidien d’une grande partie de la clientèle, à savoir l’art de joindre les deux bouts» RENÉ-GEORGES GAULTIER – GAULTIER COLLETTE

taires étaient des gens qui possédaient une culture solide, aujourd’hui ce sont d’abord des gens qui savent manier un ordinateur. Or, pour toucher son public, il faut posséder des connaissances, de l’expérience, une culture. Le monde de la publicité, c’est un monde d’idées, de réflexion personnelle, d’expérience à gérer tel problème dans tel secteur, ce n’est pas un monde de «cliqueurs-copieurs-colleurs»! Pour en revenir à la banque, je pense que son problème fondamental réside dans sa déconnexion par rapport à l’économie réelle. Ayant travaillé au sein d’une société cotée, j’ai vécu au quotidien cette dichotomie entre la vie de l’entreprise au jour le jour, et les errements de ses cours de Bourse, lesquels reflètent l’ignorance de beaucoup d’analystes qui se contentent de regarder quelques chiffres des bilans pour établir leurs

B&F: Quelles seraient vos «recettes» pour revivifier l’image des banques suisses? R.-G.G.: Dans le domaine de la banque privée, je pense qu’il serait important d’humaniser les rapports avec la clientèle, de parler vraiment aux gens à qui l’on s’adresse, de parler à leurs émotions. Les banques cantonales le font et sont effectivement assez proches de leur clientèle. Mais plus les banques sont importantes, moins elles connaissent leurs clients: par exemple, tous les établissements organisent des cocktails dînatoires à Paris alors, qu’en France, la majorité des achats de Ferrari se fait en province. Néanmoins, aucun établissement ne semble penser qu’il pourrait être utile de se déplacer en province… En ce qui concerne les banques d’affaires, il paraît souhaitable qu’elles fassent preuve d’un intérêt réel pour leurs clients, les entrepreneurs. S’ils ont beaucoup d’argent à placer, le rapport est correct, mais lorsqu’ils demandent un crédit, le dialogue est rompu: ceux qui gèrent ce type de services ne veulent prendre aucun risque et ce, parce qu’au fond, ils méconnaissent totalement les besoins des chefs d’entreprise et la vie réelle des entreprises. B&F: Avoir une valeur ajoutée, définir une mission… Quel autre élément vous paraît nécessaire? R.-G.G.: Eduquer les gens au b.a.-ba de l’économie. Grâce au jargon financier, il est très facile pour un banquier d’impressionner son client: l’asymétrie d’information est clairement en sa faveur. Une des missions de la banque est donc d’aider la clientèle, toute la clientèle, de l’accompagner et de l’aider à grandir. A l’heure actuelle, tout se passe comme si les banques étaient chasses gardées de quelques happy few. Or, tout le monde ne naît pas millionnaire et le client de demain peut avoir commencé petit aujourd’hui. Il est temps de montrer un peu plus de respect pour les clients… La communication est un véritable métier qui, partant de l’insight des clients, peut permettre de valoriser tant ce dernier que l’émetteur du message. Messieurs les banquiers, changez d’air pour changer d’ère! ■ V.B.

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Welcome to Syzerland Volontiers iconoclaste au niveau de son image, le groupe Syz se démarque très clairement du groupe des banques privées suisses, dont les deux principaux axes de communication demeurent la qualité, ou «suissitude», et la personnalisation du service. Ricardo Payro, responsable de la communication du groupe, nous livre sa vision du paysage bancaire et nous dévoile la face cachée de quelques-unes de ses campagnes. Véronique BÜHLMANN

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a communication selon Syz obéit essentiellement à deux lois: le décalage par rapport à la concurrence et l’adaptation à l’humeur du moment, tout en restant fidèle aux valeurs fondamentales du groupe. Car il ne suffit pas d’être «décalé» pour être efficace. Quand une grande banque comme l’UBS communique sur le thème «You & Us» pour sa division private banking, le message paraît peu crédible, du simple fait de la taille et des multiples métiers de la banque. De même, certaines banques privées très traditionnelles ne peuvent guère se permettre d’écarts au niveau de leur communication: cela équivaudrait, pour elles, à s’affubler du nez rouge du clown. Quand tout va bien, il est relativement facile d’être iconoclaste, mais, en phase de crise financière, ce décalage pourrait être perçu comme de l’arrogance. «Il faut trouver le point d’inflexion, la juste limite entre le clin d’œil et la provocation. Avant 2000, en pleine phase de hausse boursière, notre communication était relativement agressive. En 2001-2002 (bulle tech), nous avons nettement réduit la voilure. De même, en 2008, en plein cœur de la crise, nous avons opté pour une campagne plus légère, plus consensuelle et plus orientée sur l’esthétique. Aujourd’hui, nous sommes revenus à des messages plus directs: la campagne actuelle, I love HF, n’aurait pas été adaptée il y a une année et demi en arrière», explique Ricardo Payro.

Ennemi numéro un: le régulateur Outre le choix ou la sensibilité des banques, le conformisme en matière de communica-

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«Nous arrivons à ce point d’inflexion où la banque suisse va de nouveau reprendre confiance en elle-même» RICARDO PAYRO – SYZ & CO

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Gestion De l’imaGe Back to Switzerland

Le groupe Syz, une communication un brin décalée. Mais jusqu’où peut-on aller trop loin?

tion est favorisé par la réglementation. Comme le rappelle Ricardo Payro: «Des années durant, nous avons communiqué sur les performances de nos fonds, ce qui est devenu plus difficile aujourd’hui. Si nous voulons parler de performance, nous sommes tenus de présenter également les résultats d’un indice représentatif de la classe d’actifs et ce sur trois périodes définies par la réglementation.» La communication devra donc contenir au moins 6 chiffres, une contrainte lourde du point de vue d’un message publicitaire. «Par conséquent, poursuit Ricardo Payro, nous ne communiquons plus sur la performance.» Malgré tout, sur le plan réglementaire, la Suisse reste relativement libérale, ce qui n’est pas le cas d’un certain nombre de pays européens. En France par exemple, la performance ne peut pas représenter l’argument principal d’un gérant et chaque publicité doit être soumise à l’approbation de l’AMF (l’équivalent de la FINMA en France). La Belgique se montre aussi quelquefois très pointilleuse. «Nous n’avons pas le droit d’utiliser le terme “famille” pour désigner toute la palette des fonds Oyster. Depuis deux ans, nous avons le sentiment que chacun, désireux de protéger son marché intérieur, interprète la directive MiFID à sa manière. Et lorsque vous êtes un acteur de petite taille, on vous fait rentrer dans le rang», explique le responsable de la communication du groupe bancaire.

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Sur le plan de la communication, le groupe Syz paraît donc assez peu affecté par la crise de 2008. «Je crois que 2008 a montré que toutes les banques n’étaient pas égales dans la tempête. Avant 2008, des arguments tels que l’absence d’actifs engagés dans les métiers à risque ou la convergence d’intérêts entre les propriétaires/dirigeants des banques et les investisseurs, étaient perçus comme appartenant à un discours marketing plutôt qu’à une réalité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ces arguments sont à nouveau considérés comme de véritables avantages compétitifs», analyse Ricardo Payro. L’activité locale occulte toujours l’activité internationale. «Cela signifie, entre autres, que l’étranger est beaucoup moins focalisé que nous ne le sommes sur les problèmes qu’a connus l’UBS. En outre, dans bien des pays, la crise de confiance est beaucoup plus vaste, elle touche non seulement les banques mais aussi la monnaie et les gouvernements. Et l’un dans l’autre, la Suisse s’en sort plutôt mieux, à tel point que je pense que l’on peut parler d’un retour de la confiance en notre place financière», note Ricardo Payro. «Pendant des années, les banques ont affirmé que le succès de notre place n’était pas uni-

quement dû au secret bancaire. Personne n’y croyait, mais nous avons aujourd’hui la preuve du contraire», ajoute le responsable de la communication du groupe. Par exemple, l’amnistie fiscale italienne a été un grand succès puisqu’elle a porté sur quelque 90 milliards d’euros. Mais selon les chiffres publiés par la banque centrale d’Italie, 60% des personnes qui ont rapatrié leurs avoirs ont procédé à un rapatriement juridique et non pas à un rapatriement économique. Cela signifie que ces investisseurs sont prêts à payer les impôts dus, mais ils préfèrent néanmoins rester en Suisse pour la gestion de leurs avoirs. «Par ailleurs, j’aimerais rappeler que dans la plupart des grandes banques privées, la part institutionnelle des actifs sous gestion est importante, voire prédominante. Or, pour ces acteurs, le secret bancaire n’est pas déterminant, leur choix est essentiellement basé sur la qualité de la gestion. La Suisse a fait un certain nombre de pas en avant et offre un discours plus cohérent et plus clair: je crois que nous arrivons à ce point d’inflexion où la banque suisse va de nouveau reprendre confiance en elle-même», conclut Ricardo Payro. ■ V.B.

Communication du groupe Syz: décryptage Dans la communication du groupe, chaque visuel est conçu de manière à offrir plusieurs niveaux de lecture. Les intentions initiales qui se cachent derrière certains textes clefs s’avèrent assez surprenantes. A propos des fonds: • «Spirit of performance» fait référence au premier avion à avoir traversé l’Atlantique, lequel avait été baptisé «Spirit of St-Louis». • «Smart money»: sont «smarts» les investisseurs qui agissent les premiers. Ils appartiennent, en quelque sorte, au cercle des initiés. comme le souligne Ricardo Payro, «les investisseurs de nos fonds Oyster qui, à 80% ne sont pas une clientèle captive, se sont montrés particulièrement “smart”. En 2008, plus de la moitié des sorties ont été effectuées au 1er semestre, donc avant la baisse et, en 2009, plus de la moitié des entrées se sont faites au 1er trimestre, bénéficiant ainsi de la hausse; par deux fois, un très bon timing.» A propos du private banking: • «Future ready» s’inspire de la mention HD-ready (adapté à la haute définition) que l’on trouvait sur les téléviseurs. traduite du point de vue de la banque, cette mention signifie: quoiqu’il arrive, nous sommes prêts. • «Private banking reloaded» représente un clin d’œil au film Matrix Reloaded, suite du premier Matrix. Par là, la banque suggère qu’il existe une nouvelle génération de banque privée, de nouvelles manières de faire. A propos des hedge funds: • «culture alternative» (avec fond de fleurs) représente une référence évidente à la contreculture, son côté non conventionnel, que le groupe Syz cultive dans sa démarche marketing mais surtout dans sa manière d’aborder l’investissement. ■

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Histoire

Interhandel: l’UBS réalise e la spéculation du XX siècle L’histoire de Interhandel, ancienne holding suisse de la IG Farben, dont le rachat a permis à l’UBS de devenir, dans les années 1963-1967, la plus grande banque de Suisse. Mohammad FARROKH

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e 8 mai 1940, la direction de IG Chemie se réunissait à l’Hôtel Bellevue de Berne pour trouver une solution au problème de sa filiale américaine, la General Anilin & Film Corporation (GAF). A l’époque, une partie des actions de la GAF était déposée aux Pays-Bas, qui allaient être envahis deux jours plus tard dans le cadre de la grande offensive allemande à l’Ouest. Encore neutres, les Etats-Unis allaient prendre des mesures économiques contre les intérêts allemands, et les responsables de IG Chemie avaient toutes les raisons de se sentir visés, en raison des liens que IG Farben conservait avec sa holding suisse, créée à Bâle en 1928. Alors que la Wehrmacht envahissait les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique et la France, la direction de IG Chemie mettait placidement à exécution son plan de séparation d’avec la IG Farben. En 1928 déjà, cela avait été pour mettre de la distance avec ses participations américaines que IG Farben, née en 1925 de la fusion des grandes sociétés de la chimie allemande, dont BASF, Bayer, Hoechst et Agfa, avait suscité la création de IG Chemie. Le 19 juin 1940, l’opération allait se solder par le paiement de 25 millions de francs à IG Farben par sa holding helvétique. Ignorée par la presse qui avait manifestement d’autres soucis, l’helvétisation de IG Chemie ne devait pourtant pas échapper aux Américains, qui allaient la considérer avec une suspicion pour le moins compréhensible.

Une helvétisation discutable Devenue Interhandel en 1945, l’incertitude sur le caractère helvétique de l’ancienne IG Chemie allait longtemps peser sur les rela-

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tions avec les Etats-Unis, avant de refaire surface au moment de l’affaire des fonds en déshérence. Publiée en 2001 à l’enseigne de la Commission Bergier, l’étude de Mario König a fait le point sur Interhandel, dénouant les fils complexes d’une histoire qui s’inscrit, à certains égards, dans celle de la place financière suisse. D’une part, les Américains allaient toujours soupçonner IG Farben de s’être réservé une clause de rachat tenue secrète. D’autre part, les liens de proximité entre la direction de IG Chemie et IG Farben étaient difficilement dissimulables. IG Chemie avait été

«Rendu le 7 mars 1946, son rapport de révision, fort de 536 pages, allait rester bloqué par le Conseil fédéral jusqu’en 2002»

fondée par Hermann Schmitz et par Eduard Greutert, installé depuis 1920 à l’enseigne de Greutert & Cie. Le banquier privé bâlois était notoirement proche de BASF. Hermann Schmitz, lui, allait prendre la tête de IG Farben de 1935 à 1945, avant de se retrouver au banc des accusés, condamné à quatre ans de prison par les Alliés après la guerre. Eduard Greutert, mort en septembre 1939, avait été remplacé par Hans Sturzenegger, la banque devenant Sturzenegger & Co, mais la méfiance des Américains au sujet de IG Chemie persistait. L’enjeu était réel: General Anilin était, en 1941, le principal producteur de colorant kaki, le numéro 2 sur le marché américain de l’équipement photo, derrière Eastman, et le 3e sur celui de l’ensemble des colorants, après Allied Chemical et Du Pont. Chez IG Chemie, on était bien conscient des limites de la crédibilité de l’helvétisation de la holding, si bien que d’autres mesures

furent prises pour éviter que les filiales n’aient à souffrir du peu de considération des Alliés. En 1943 par exemple, les actions de la société zurichoise Agfa Photo AG, jusqu’alors détenues par la IG Chemie, étaient transférées aux directeurs suisses de la firme.

Un rapport tenu secret En Suisse, l’heure de vérité pour IG Chemie allait sonner le 16 février 1945, date du blocage des avoirs allemands. Pour Berne, la question allait être de savoir si, à ce moment-là, IG Chemie devenue Interhandel était encore sous contrôle allemand. Une révision approfondie des comptes commença le 5 novembre 1945 sous la direction d’Albert Rees. Celui-ci allait quitter le service public en 1949 avant de fonder sa propre fiduciaire. Mais il restait soumis à un strict devoir de réserve comme devait le lui rappeler, dans les années 1980 encore, l’administration fédérale, pour lui interdire de se présenter comme témoin devant un tribunal allemand. Rendu le 7 mars 1946, son rapport de révision, fort de 536 pages, allait rester bloqué par le Conseil fédéral jusqu’en 2002! C’est dire si la question posée en 1945 était, jusqu’à il y a peu, encore très délicate. L’affaire Interhandel n’avait, en effet, pas été réglée par l’Accord de Washington de mai 1946, dans la mesure précisément où les Américains ne considéraient pas l’ancienne holding suisse de IG Farben comme une société helvétique. Pour eux, IG Chemie était, au contraire, le cas école en matière de camouflage d’intérêts allemands, et il n’était pas question de rendre à la société bâloise sa participation dans GAF. Conscient de la situation, le Conseil fédéral avait, de son côté, le 30 octobre 1945, décidé le blocage provisoire des actions Interhandel, qui n’allait être levé qu’en janvier 1948, au moment où Berne déclarait officiellement suisse la holding de Bâle.

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aFFaires interHanDel L’incertitude n’empêchait pas l’intérêt spéculatif pour les titres Interhandel. Les 1408 actionnaires suisses de 1945 étaient devenus 2000 en 1949. En 1952, la société n’avait pas moins de 2214 actionnaires domiciliés en Suisse. Lesquels détenaient ensemble 42,6% du capital, à un moment où les perspectives de récupération de la participation dans GAF étaient toujours très incertaines.

Une obstination payante Dans un premier temps, les Américains avaient proposé à Interhandel le versement de 14 millions de dollars pour sa participation dans GAF. Finalement, dans les années 1963-1965, les Etats-Unis allaient verser 122 millions de dollars, une somme qui équivalait à quelque 500 millions de francs de l’époque. Ces fonds allaient revenir à l’UBS lors de sa fusion avec Interhandel en 1967, lui permettant de devenir la plus grande banque de Suisse. Le 14 janvier 1958, Hans Sturzenegger s’était retiré du conseil d’administration de Interhandel à un moment où l’UBS semblait avoir déjà acheté beaucoup d’actions. Mais il n’était pas clair si la grande banque agissait pour elle-même ou pour le compte d’un client, peut-être un groupe américain. Vers la fin de 1957, l’UBS contrôlait quelque 14 à 15 000 actions au cours d’environ 2200 francs, soit une participation de 32 millions. Avant cette phase

ricains, l’affaire allait ensuite s’enliser incitant la Suisse, le 2 octobre 1957, à saisir la Cour internationale de justice (CIJ). Les relations entre la Suisse et les Etats-Unis en étaient affectées. Mais différentes personnalités, dont Gottlieb Duttweiler, le fondateur de Migros, tiraient la sonnette d’alarme, pour plaider en faveur d’une certaine compréhension de la position américaine. La patience était de mise, même s’il devenait évident que la Suisse n’avait rien à attendre de la CIJ qui, dans un arrêt du 21 mars 1959, se contentait de renvoyer Interhandel devant les tribunaux américains.

La situation s’enlise Parallèlement, on commençait sérieusement à évoquer une solution négociée, donc extrajudiciaire, sur la base d’une restitution ou indemnisation partielle des actions GAF. Il avait d’abord été question de 35%, puis de 50%. En fin de compte, ce pourcentage allait être de 40%, le reste étant retenu à titre de dédommagement. L’élection de John Kennedy allait initier une phase d’incertiL’ART

tude, incitant notamment le Crédit Suisse et la SBS à se retirer du capital de Interhandel, en juin 1961. Alfred Schaefer, le président de la direction générale de l’UBS, se rendait à Washington pour rencontrer Robert Kennedy, alors ministre américain de la Justice. La visite allait ouvrir la porte à une reprise des négociations pour un arrangement extrajudiciaire qui devait aboutir en février 1963. La mise en œuvre de l’accord, qui allait se faire attendre jusqu’en mars 1965, avait des conséquences pour la place financière suisse. «L’afflux massif de moyens faisait de l’UBS la grande banque suisse la plus riche en capitaux, la projetant à un niveau élevé qui devait déboucher sur les spéculations hasardeuses des années 1990 et sur la fusion pas tout à fait volontaire avec la SBS», concluait Mario König. C’était en 2001 et, depuis lors, la crise financière de 2008 et le quasi-sauvetage de l’UBS par la Confédération sont venus confirmer la pertinence de cette analyse. ■ M.F.

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«Ces fonds allaient revenir à l’UBS lors de sa fusion avec Interhandel en 1967, lui permettant de devenir la plus grande banque de Suisse»

de rachats d’actions, le cours se situait aux alentours de 1275 francs. A partir de juin 1960, une nouvelle vague de spéculation allait le porter à 5450 francs. Pourtant, aucune solution dans le conflit juridique avec les Etats-Unis ne paraissait en vue. Le 4 mai 1948, la légation de Suisse à Washington avait demandé la restitution à Interhandel des avoirs séquestrés, ce que le département d’Etat allait refuser le 26 juillet 1948 déjà. Portée devant les tribunaux amé-

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Edward Hopper, Cobb’s Barns and Distant Houses (Les granges de Cobb et maisons lointaines), 1930-1933, huile sur toile, Whitney museum of American Art, N.Y., legs de Josephine N. Hopper © Heirs of Josephine N. Hopper, licensed by the Whitney museum of American Art. Photo by Steven Sloman

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solUtions BanCaires ProGiCiels BanCaires

Mutualiser les produits et services pour abaisser les coûts Dans un monde économique qui ne cesse d’imposer son orientation vers les services, presqu’aucun secteur n’investit autant dans les nouvelles technologies de l’information que les banques. De fait, on s’attend à ce que celles-ci, modifiant en profondeur leurs structures, préservent, voire renforcent, par là même leur position dominante. Or, il apparaît que la plupart des banques n’ont pas, à ce jour, mis pleinement à profit les perfectionnements considérables des technologies de l’information alors que ces dernières peuvent induire un pilotage des coûts de très haute efficacité. Thierry CHATENET Finnova AG Bankware

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ans les faits, les dispositifs informatiques évoluent – on devrait dire se cantonnent – à l’intérieur de structures figées au lieu de s’avérer en prise directe sur les besoins concrets du monde financier. Une telle inadéquation rend les établissements financiers peu réactifs, et donc insuffisamment efficaces lorsqu’il s’agit de relever des défis réglementaires ou macroéconomiques inédits. Tous les domaines d’activités sont aujourd’hui largement perfectibles, les gisements d’efficacité étant identifiables, analysables et exploitables de manière somme toute assez simple et rapide. La voie «royale» pour y parvenir? Des équipes non plus uniquement techniques mais pluridisciplinaires, dont les membres, issus de l’intérieur ou de l’extérieur des établissements financiers, coordonnent leurs actions, dans une finalité commune, en remportant plusieurs étapes avec chacune leur objectif: l’implantation de modèles idéaux car d’une efficacité prouvée, la définition de modèles nouveaux car générés par la force créatrice, leur mise en œuvre adéquate car fondée sur l’empa-

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thie clients, le management du changement réussi car pleinement vécu par les membres des unités d’organisation. Les forces contraires ne manquent pas: crise financière et, dans sa mouvance, nouvelles réglementations – déjà bien contraignantes et qui le seront de plus en plus –,

«Un outil informatique moderne est la clé de l’avenir, en ce sens qu’il permet l’élaboration d’une stratégie basée sur un ou plusieurs nouveaux modèles d’affaires adaptés soit au marché de prédilection de la banque soit à ses nouveaux positionnements»

levée partielle, voire totale, du secret bancaire sont autant de facteurs susceptibles de compromettre la prédominance actuelle des banques. Celles-ci, évidemment, réagissent, en accélérant et en approfondissant les grandes mutations de leurs structures.

Exactitude, fiabilité, rapidité Maîtriser les impacts et les incidences de tous ces changements n’est pas une mince affaire, surtout s’ils sont consécutifs à l’intégration d’un nouveau progiciel bancaire. Il s’agit, en effet, pour une banque de composer une symphonie dont les harmoniques sont sa culture, sa vision stratégique, ses modèles d’affaires, ses processus et les missions intrinsèques du progiciel. Ce qui s’avère impossible sans une sensibilité fine et commune des exécutants. Et, en pratique, des déceptions quant à l’organisation ou aux opérations sont inévitables. La qualité d’un progiciel bancaire intégré se mesure, tout d’abord, à l’exactitude et à la fiabilité des données qu’il fournit, à la rapidité avec laquelle elles sont disponibles ou accessibles, à l’aisance de leur mise en œuvre. Cette première exigence étant remplie, les banques doivent se rendre à l’évidence: un outil informatique moderne est la clé de l’avenir, en ce sens qu’il permet l’élaboration d’une stratégie basée sur un ou plusieurs nouveaux modèles d’affaires adaptés soit au marché de prédilection de la banque soit à ses nouveaux positionnements. Il permet, en effet, de conjuguer des forces apparemment contraires: d’une part, des processus souvent remodelés jusque dans leur essence et qui en deviennent autant de puissants générateurs d’efficacité commerciale et, d’autre part, de tout aussi puissants réducteurs de coûts.

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FinnoVa La forte tendance à la standardisation et, par là même, à «l’industrialisation» des produits et des services informatiques bancaires a débuté il y a plusieurs décennies déjà. N’en est que plus étonnante l’angoisse d’un grand nombre de banques à l’idée de faire le pas, de se doter d’un progiciel qui, pourtant, est tout autant facilitateur d’affaires et pourvoyeur de valeur. Pourquoi donc ne pas faire de nécessité vertu?

Mutalisation des ressources Le progiciel Finnova présente l’avantage de la capacité multiclients: configuration originale, unique sur le marché, parfaitement adaptée aux petites et moyennes banques privées, source de grande efficacité en termes d’externalisation de l’hébergement et de la gestion applicative (Application Services Providing ASP) et d’externalisation des processus d’affaires (Business Process Outsourcing BPO). De la capacité multiclients découlent de considérables possibilités d’économies de frais d’exploitation, de traitement des processus et de maintenance globale. Concrètement, l’avantage précité se traduit par la mutualisation des ressources – matérielles ou logicielles, qu’elles soient internes ou externes –, l’exploitation partagée d’un centre de calcul unifié, la concentration de la gestion des applications et, enfin, si les banques partageant la plateforme multiclients le désirent, la mise en place d’une centrale de services à finalité d’externalisation. Ce train de mesures ramène les coûts d’exploitation globaux du système informatique à leur niveau incompressible. La plateforme multiclients, dotée d’une base de données et d’un code unique, permet la surveillance centralisée de l’exploitation, la tenue des différentes données, la mise en place en commun de correctifs et surtout l’exécution des indispensables tests fonctionnels et de non-régression nécessaires lors du déploiement d’évolutions. Dès 2004, Finnova maîtrisait pleinement la technologie de la plateforme multiclients. Celle-ci est parfaitement conforme aux prescriptions légales et s’adapte à leurs nombreuses modifications. Elle est acceptée par les différentes sociétés d’audit, qui exercent aujourd’hui des pressions accrues sur les fournisseurs de progiciels à travers des révisions pour le moins systématiques des dispositifs informatiques bancaires. Les réflexions et les analyses portant sur la

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sécurité globale dans le secteur d’activités de la finance doivent englober non seulement les aspects techniques, mais aussi les éléments fonctionnels, l’organisation de l’établissement financier et ses mécanismes, ainsi que, et peut-être surtout, la culture de la banque. Pour les concepteurs de Finnova, le respect du secret bancaire et la sécurité des données – y compris leur anonymisation – vont de soi, ce qu’ils traduisent dans les faits aussi bien techniques que fonctionnels.

Implémentation facilitée Dans cette perspective d’abaissement du coût total de possession du progiciel (Total Cost of Ownership TCO), Finnova a conçu – en coopération avec ses partenaires régionaux, à taille humaine et proches des clients – une méthode de migration brève et à faible risque, à prix ferme et à délai dûment fixé. Il s’agit d’un projet standardisé. Il intègre la majeure partie des processus actuels de banque privée qui y sont préparamétrés. En conséquence, la banque cliente peut, durant la phase de projet, se consacrer en toute tranquillité au paramétrage de la faible partie restante du progiciel qui correspond à ses exigences particuL’ART

lières. La migration n’en est que plus sûre et rapide. En fonction de l’évolution de son modèle d’affaires, ou si elle se dote d’un modèle d’affaires nouveau, la banque peut adapter en conséquence tout ou partie des larges possibilités offertes par le progiciel Finnova installé chez elle. La finesse des paramétrages prévus et la simplicité des modifications à opérer lui facilitent très sensiblement la tâche. Les nouvelles technologies de l’information ainsi décrites permettent la planification détaillée et la réduction subséquente des coûts, la régulation rigoureuse et le contrôle idéal des outils informatiques, l’ajustement précis des investissements et, en synthèse, la parfaite adéquation entre le dispositif informatique et les enjeux réglementaires ou macroéconomiques d’aujourd’hui et de demain. Peuvent profiter de ces avantages aussi bien les établissements de grande taille, avec leurs exigences multiformes, leurs spécificités très élaborées et leurs ressources internes nombreuses, que les banques de taille plus modeste, pour lesquelles la mutualisation et l’externalisation des services informatiques sont les fondements de forts potentiels. ■ T.C.

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Edward Hopper, South Carolina Morning (Matin en Caroline du Sud), 1955 huile sur toile, Whitney museum of American Art, N.Y., donné en mémoire d’Otto L. Spaeth par sa famille © Whitney museum of American Art. Photo Sheldan c. collins

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solUtions BanCaires Un nouveau SmartClient chez Avaloq L’éditeur d’Avaloq Banking System vient de finaliser une nouvelle interface utilisateur plus conviviale pour son progiciel bancaire. La nouvelle interface adaptée à l’environnement Office renforce l’efficacité d’utilisation en offrant un accès simplifié et accéléré à toutes les données et fonctions essentielles pour leur activité. Au niveau technique, SmartClient s’appuie sur la plateforme Microsoft. NET. L’IntegrationServer entre le serveur UNIX d’Avaloq et SmartClient supporte tous les mécanismes d’authentification courants (LDAP, Kerberos/NTLM, X.509 et SecurID). De plus, il étend les possibilités d’intégration puisque, grâce à. NET, le raccordement à des solutions Microsoft Office ou de communications unifiées est possible. En termes d’aspect et d’utilisation, SmartClient se rapproche d’une application Office et est, dès lors, bien accueilli par les collaborateurs des banques. Le nouveau Quick Access et une liste de favoris facilitent la recherche des données et fonctions les plus fréquemment utilisées. Les employés de banque peuvent, par conséquent, établir des rapports individuels en toute simplicité. Les tâches de routine peuvent être accomplies de manière simple et rapide grâce à un traitement intégré par lots. Les fonctions accessibles à chaque collaborateur dépendent du rôle qui lui est assigné dans la banque. La langue du système peut également être changée à loisir en appuyant sur un simple bouton. ■

Sterci s’allie avec Systar pour développer son offre BAM Sterci, le spécialiste des solutions SOA pour le STP installé à Genève, annonce aujourd’hui la signature d’un accord de partenariat avec Systar, leader des solutions logicielles pour le pilotage de la performance des processus informatisés. Selon les termes de cet accord, Sterci commercialisera auprès des banques et des institutions financières internationales la solution de supervision de la messagerie financière de Systar, reposant sur BusinessBridge, sa plateforme de Business Activity Monitoring (BAM). Sterci mettra également en place un centre de compétence autour de BusinessBridge ainsi qu’un service de support destiné au logiciel de Systar. La solution de supervision de la messagerie financière éditée par Systar fournit une vision globale et en temps réel de la performance métier, nécessaire à l’anticipation et la résolution de problèmes potentiels tels que les cut-offs manqués, les retards de notification ainsi que les risques liés aux SLA, avant qu’ils aient un impact sur l’institution financière et ses clients. En outre, la société genevoise annonce la certification par Avaloq de Stelink, sa solution de messagerie financière. La certification de l’adaptateur Stelink pour Avaloq est une garantie pour le client que les deux produits respectent la même architecture avec une connectivité standard et restent compatibles dans le futur à travers leurs évolutions respectives. ■

IBM agrandit son centre informatique de Genève-Meyrin Depuis 2005, IBM exploite à Genève un centre informatique recouvrant une surface de 900 m2 que les agrandissements commencés fin juillet vont faire passer à 3200 m2. Les travaux doivent se terminer en décembre et l’espace supplémentaire être opérationnel dès le premier trimestre 2011. L’agrandissement du centre répond aux besoins actuels du marché qui souhaite, par exemple, pouvoir disposer de services de racks managés ou d’espaces dédiés. Ces éléments permettront également une exploitation plus efficace de l’infrastructure, d’autant que les performances vont désormais atteindre de 2 à 5 kilowatts (kW) par mètre carré. Les espaces clients dédiés seront protégés par des mesures de sécurité avancées, associées à des contrôles d’accès électroniques et biométriques. Les locaux clients privés font, quant à eux, l’objet d’une sécurité encore plus serrée puisqu’ils sont isolés physiquement par des parois en dur et par des systèmes d’accès individuels. ■

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Finnova AG a créé une filiale à Luxembourg L’éditeur suisse de progiciels bancaires Finnova AG a ouvert une filiale à Luxembourg pour servir les banques et les sociétés actives sur la place financière du Grand-duché. Cette ouverture s’inscrit dans la stratégie de développement international de Finnova, en particulier au Liechtenstein, en Allemagne et au Luxembourg donc. La succursale luxembourgeoise de Finnova AG est installée au 15, rue Edward Steichen, Luxembourg-Ville. Elle est dirigée par Ingo Fritzen, Managing Director, et Fabrizio Romano, Manager Business Development & Sales. Ingo Fritzen dispose d’une expérience de nombreuses années dans les domaines de l’économie et de la finance. Avant de prendre la direction de la nouvelle filiale luxembourgeoise, il dirigeait les activités internationales de Finnova AG. Fabrizio Romano, né au Luxembourg, a une excellente connaissance du marché du Benelux. Il a exercé, notamment, des fonctions de direction au sein de Deloitte Consulting Luxembourg et de cadre dirigeant de Fernbach-Software pour le Benelux. ■

Un accord entre SIX Telekurs et Teleinvest SIX Telekurs et Teleinvest International AG ont signé un accord afin d’intensifier leurs efforts communs en matière de ventes et de marketing, notamment en combinant leurs offres respectives pour les applications front-office. Teleinvest International est un fournisseur de systèmes de négoce électronique de renom. SIX Telekurs élargit son offre de fourniture de données mondiales en se rapprochant de partenaires experts dans ce domaine, afin de proposer à ses clients des solutions à valeur ajoutée. Cet accord de partenariat commercial vise à améliorer l’accès aux données. La récente fonctionnalité «profondeur de marché» du produit Predator de Teleinvest International, qui s’appuie sur les données en temps réel de SIX Telekurs couvrant les places boursières internationales comme d’autres marchés, permet de rendre encore plus pratique l’utilisation de données pertinentes par les utilisateurs. ■

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Vos Partenaires Vos Partenaires

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Art de vivre Shanghai, la ville caméléon

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st-ce son incroyable énergie? Sa boulimie de vivre? Son mélange unique d’architecture, où cohabitent gratteciel modernes, édifices Art Déco ou néoclassiques, et le dédale de lilong où la foule se presse? Ses étroites ruelles et ses marchands ambulants de dim sum, dont l’odeur est à elle seule annonciatrice de mille plaisirs gastronomiques? Impossible à dire. Ville caméléon où chaque jour est synonyme d’ouverture de nouveaux chantiers, Shanghai se réinvente

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Une ville en perpétuel chantier.

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La mythique et sulfureuse Shanghai des années 20 a cédé la place à une mégalopole moderne, vibrante et fascinante. mais, entre les tours à l’architecture futuriste, Nanjing Road – les champsElysées de Shanghai –, les palaces Art Déco, le Bund, la vieille ville et les lilong, habitats collectifs desservis par un réseau de ruelles, l’inoubliable Shanghai de l’écrivain Wang Anyi n’est jamais loin. à chaque seconde en séductrice aussi insaisissable que captivante. L’atmosphère du Shanghai d’avant-guerre flotte encore un peu sur le Bund, la célèbre promenade de deux kilomètres longeant la rivière Huangpu, dernièrement rouverte après plus de trois ans de rénovation, et dans la vieille ville, marquée d’une enceinte ovoïde, où subsistent des maisons de style ancien, le jardin Yu et son pavillon du thé, et le temple de Confucius. Le Bund, mot anglo-indien désignant un quai établi sur une

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VOYAGER, DéGUStER, AcHEtER, SORtIR, SE DétENDRE


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berge boueuse, était l’endroit où débarquaient les voyageurs au milieu du XIXe siècle. A l’époque des concessions étrangères, il était le cœur commercial et financier de la cité. Les magnifiques façades néoclassiques ou Art Déco témoignent de cette richesse qui se poursuivra jusqu’au début du XXe siècle.

Style années 20 Le jardin Yu, qui occupait quatre hectares lors de sa création en 1578 contre deux aujourd’hui, est une représentation du monde en miniature. Le Bund offre une superbe vue sur les tours de Pudong et la promenade offre quelques balcons donnant sur le fleuve, d’où contempler le spectacle des péniches. L’ancienne concession française aux rues bordées de platanes et aux maisons et immeubles Art Déco, dont plusieurs construits par l’archi-

© KARINE BAUZIN

tecte français Paul Veysseyre dans les années 20, est un lieu idéal pour flâner entre la résidence de Zhou Enlai, qui devint le bureau du PCC à Shanghai de juin 1946 à mars 1947, la Maison de Sun Yat-sen où résida, de 1920 à 1924, le premier président de la République chinoise, et la Ruijin Guest House, qui hébergea de nombreuses personnalités officielles étrangères. Un passage au People’s Park, situé près de Nanjing Road, où se tient une étonnante agence matrimoniale en plein air. Avec le développement rapide du pays et du business, certains «cols blancs» ont de moins en moins de temps à consacrer à leur vie affective. Ils se retrouvent vite complètement pris par la vie professionnelle, sans avoir pu chercher un partenaire. Les parents ou membres de la famille de ces «compétents» célibataires les aident alors à trouver un conjoint idéal en établissant une liste précise de critères: niveau d’études, nationalité, originaire

Les traditions chinoises ne sont jamais loin malgré la modernité de la ville.

de telle ou telle région chinoise, critères physiques, salaire minimum – pour les hommes – et, éventuellement, possession d’un bien immobilier… Une sorte de Meetic d’un autre temps, dicté par l’importance que l’on accorde aux relations et au réseau dans la culture chinoise. Quelqu’un présenté par une relation ou un ami sera toujours plus intéressant – en tout cas dans un premier temps – qu’un internaute totalement inconnu. Changement de décor avec le quartier de Pudong, où se dressent notamment le Shanghai World Financial Center – haut

Art contemporain chinois: Lorenz Helbling, l’homme de Shanghai Le galeriste d’art contemporain chinois le plus célèbre de Shanghai est Suisse. Lorenz Helbling est l’âme de la galerie ShanghArt, qui a été la première galerie chinoise à avoir participé aux grandes foires internationales comme Art Basel ou la FIAc. Ancienne friche industrielle, le 50 moganshan Lu est devenu, à partir du début des années 90, le quartier de l’art contemporain à Shanghai. ce labyrinthe de ruelles abrite des ateliers d’artistes, dont celui de Ding Yi, l’un des plus importants peintres abstraits chinois, ainsi que plusieurs galeries d’art. c’est là que le Suisse Lorenz Helbling a ouvert, en 1996, la galerie ShanghArt. Découvreur de talents, il représente une quarantaine d’artistes parmi les plus pointus, travaillant avec des médias différents aux limites de la peinture, de la sculpture, de l’art vidéo et de la performance.

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Issu d’une famille d’artistes, Lorenz obtient son diplôme en histoire de l’art à l’Université de Zurich avant de partir étudier le chinois à l’Université de Fudan, à Shanghai. «Je n’avais pas trop réfléchi, avoue-t-il. Je me suis dit: le

chinois? Pourquoi pas!» c’est à cette époque qu’il développe un vif intérêt pour l’histoire chinoise et le cinéma. Il retourne en Suisse en 1987 afin de poursuivre ses études de cinéma, puis travaille dans une entreprise informatique avant de partir à Hongkong pour faire du cinéma. «J’ai changé d’avis une fois sur place, dit-il. J’ai trouvé

l’art contemporain beaucoup plus intéressant. Au début, je ne savais pas comment le traiter, mais après, j’ai réalisé que la bonne méthode consiste à oublier tout ce qu’on sait de l’Europe. Si l’on prend l’exemple des œuvres de Ding Yi, que j’ai exposé, l’utilisation qu’il fait de la croix est révolutionnaire dans le contexte culturel et politique chinois où l’art doit avoir une signification. En peignant des croix, Ding Yi bouleverse complètement cet ordre établi.» A la fin des années 90, ShanghArt est la première galerie à présenter les mouvements d’avant-garde comme le political pop et l’art abstrait, et à promouvoir les artistes locaux qui organisaient des happenings, des performances et des expositions chez des privés. c’est à Lorenz que l’on doit, notamment, l’arrivée sur la scène internationale du peintre Zhou O.H. tiehai. ■

© KARINE BAUZIN

Pause gastronomique dans les rues de Shanghai.

Art de vivre

Une étonnante agence matrimoniale en plein air.

de 492 m – et la Pearl Tower avec ses 483 m et son ascenseur ultrarapide permettant d’accéder au belvédère. L’ambiance enivrante de la Shanghai du business. ■ Odile HABEL

Infos Y aller Shanghai accueille du 1er mai au 31 octobre l’Exposition universelle. Swiss, partenaire officiel de l’Expo, propose une liaison quotidienne directe entre Zurich et la métropole économique chinoise. Avec ces liaisons sur Shanghai, la compagnie renforce sa position dans un marché en pleine extension touristique et économique. Réservations: tél. +41 848 700 700 www.swiss.com Voyage à la carte Installée depuis plusieurs années en Suisse et bénéficiant d’une solide expérience dans le tourisme et l’événementiel, Wei Ching organise des séjours sur mesure en Chine, en fonction de différents thèmes: tourisme, gastronomie, sports, bien-être… et même business. Tél. +41 79 436 62 76

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Art de vivre VOYAGE sinGle malt éCossais

Près de 200 ans de tradition

Le single malt écossais the Glenlivet continue son expansion avec la construction d’une nouvelle distillerie au nord-est de l’Ecosse. Des installations modernes qui visent à développer la production tout en entretenant la tradition et le mythe.

l

e Glenlivet, le single malt mythique, poursuit son expansion depuis près de deux siècles déjà! Son lieu d’origine est situé à près d’une 1 h 30 en voiture au nord d’Aberdeen, dans le Speyside, dans les Highlands d’Ecosse. Dans cette région très verte, parsemée de forêts, est élaboré un des pionniers parmi les malts. Un whisky au style fruité et floral, qui a fait son chemin depuis le début du XIXe siècle et qui a inspiré toute une région de grands whiskies. Au niveau mondial, le Glenlivet poursuit aussi son succès: elle est la deuxième marque de Single Malt la plus consommée dans le monde, avec plus de 600 000 caisses de 9 litres vendues chaque année. En juin dernier, la marque vient d’ailleurs d’inaugurer une nouvelle distillerie pour poursuivre son développement. Le prince Charles s’est déplacé pour l’occasion. Le bâtiment a été bâti en collaboration avec les autorités afin de respecter certaines

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ART DE VIVRE

normes historiques et ainsi, de se fondre dans le paysage en alliant modernité et tradition dans sa construction. Par exemple, il comporte de nombreuses vitres sur ses façades. Le complexe, dont le coût avoisine les 10 millions de livres sterling, permettra d’augmenter de 75% la production et de répondre à la demande croissante sur le marché international.

L’histoire d’un breuvage Au tournant du XIXe, 200 chaudières illégales tournent dans la vallée de la rivière Livet, car le gouvernement s’oppose fermement à la distillation d’alcool dans la région. Comme la fabrication de whisky est illicite, les habitants ont cherché à établir des lieux de fabrication dans des endroits situés un peu à l’écart. La région de Speyside leur a tout naturellement convenu. Un peu perdue, elle permet de voir venir l’ennemi de loin. L’aventure Glenlivet commence véritablement en 1824 lorsque

mation de l’amidon en sucre. Refroidi, le liquide est additionné à de la levure. La fermentation peut commencer: le moût obtenu sera versé dans des cuves en pin d’Oregon. Une seconde distillation Des équipements ultramodernes dans des alambics en mais une tradition intacte. cuivre permet l’obtention George Smith obtient officielle- d’un alcool fin, reversé ensuite ment le droit de produire son dans des fûts en chêne blanc, single malt. Par la suite, il sera avant de vieillir pendant pluimité par de nombreuses autres sieurs années pour obtenir des maisons de whiskies, qui ten- saveurs douces et équilibrées. tent d’utiliser le nom de Glen- Et, bien sûr, une robe ambrée livet pour attester de la qualité très recherchée. La gamme se décline en une colde leur produit. lection de différentes éditions. Le 12 ans d’âge offre un résultat Un single malt pionnier Le Glenlivet est élaboré selon équilibré aux saveurs notamun savoir-faire unique que pra- ment de fruits tropicaux. Le tique Alan Winchester, son 15 ans d’âge, un single malt plus maître d’assemblage, dont la structuré et complexe, et le tâche est de poursuivre la tradi- Nàdurra de 16 ans d’âge protion. Ce dernier trempe l’orge posent un liquide naturel. Enfin, issu de la région de Speyside le 18 ans d’âge constitue un dans de l’eau de source riche digestif parfait. Au sommet de en minéraux. Ensuite, l’orge la marque, les 21 ans et 25 ans malté est concassé et mélangé à d’âge, des malts pour les collecla même eau, chauffée cette tionneurs. ■ fois-ci, pour activer la transforPatricia MEUNIER

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PEINTURE

Art de vivre

L’envers du rêve américain par Edward Hopper Quelque vingt ans après la très remarquée rétrospective du musée Rath à Genève, la Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, porte un nouveau regard sur l’œuvre d’Edward Hopper, en partenariat avec la collection du Whitney museum de New York, dépositaire de plus de 2500 dessins, aquarelles, gravures et huiles du peintre américain.

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rofondément ancrée dans la culture américaine, l’œuvre d’Edward Hopper (1882-1967) est loin d’être purement documentaire. A travers ces vides infinis, ces intérieurs théâtraux, ces personnages perdus dans le vide de leur existence, il dépeint une société certes portée par le développement économique de ce continent dès la fin du XIXe siècle, mais également laissée à quai par la rapidité de ces mutations radicales. L’artiste, contrairement à Monnet, Degas et autres Toulouse-Lautrec, dont il admire les tableaux lors de ses séjours en Europe, porte sur l’univers américain un regard qui radiographie la solitude, le mal de vivre, les failles béantes de cette société où les individus ne communiquent plus. A l’instar des photographes – qui admiraient son travail –, Edward Hopper peint avant tout la lumière. Celle-ci baigne les scènes, diurnes comme nocturnes, d’une présence artificielle mettant en relief les architectures, remplissant les espaces vides, comme dans un film ou au théâtre. Immobiles, semblant englués dans une ineffable mélancolie, les personnages de Hopper ressemblent aux acteurs des films noirs: quelque chose va ou vient de se passer, cristallisé dans cet instant de tension révélé par la lumière étrange, peut-être seule véritable protagoniste de la

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scène. Cet aspect artificiel n’a pas échappé aux réalisateurs tels qu’Alfred Hitchcock, Billy Wilder, et plus tard Michelangelo Antonioni, Wim Wenders ou David Lynch, fascinés qui par l’atmosphère inquiétante, qui par l’impossibilité de communiquer avec son partenaire.

ment lorsqu’il peint des salles de spectacles désertes, où seule demeure une femme enfermée dans ses pensées. Il ne reste alors au spectateur

Vertige du vide La place prépondérante laissée aux espaces vides dans ses œuvres, peintes ou graphiques, reste la principale signature de Hopper, un lien qu’il tisse de ses premiers à ses derniers travaux. Par des artifices de points de vue, il réussit toujours à reléguer l’objet principal dans un coin du tableau ou de la toile pour ouvrir le paysage vers l’infini. Cieux gris, rues déser tes, obscurité dense, ce vide est pourtant tangible, sans doute car il est imprégné de lumières différentes selon les sujets. Même dans les espaces confinés d’un appartement, l’artiste ouvre une fenêtre vers l’extérieur, pour laisser s’échapper le regard ou pour faire entrer les rayons du soleil comme une seule présence bienveillante. La solitude est exprimée égale-

que l’architecture magnifiée de ces cinémas qui pourtant étaient très fréquentés, comme peuvent l’être les lieux d’évasion d’une réalité sans relief, marquée par la crise économique et existentielle. Les architectures de façades ne sont pas celles du rêve américain, mais de ces demeures cossues et désuètes de la fin du XIXe siècle.

Là aussi l’artiste nous fait participer à la fin d’un rêve. Replacée dans le contexte de son époque – où l’abstraction se posait comme principale expression de l’art contemporain –, Hopper est resté fidèle à son inspiration et à son style, même si on lui reconnaît, à travers les aplats de couleurs et la stylisation, une parenté formelle avec l’abstraction. Cette volonté de ne pas se conformer aux courants imposés par ses contemporains ne l’a pas empêché de connaître un succès important dès les années 40, marquées par de nombreuses ventes à des privés et des musées qui ont reconnu en lui un porte-parole de l’esprit américain, jusqu’à le choisir comme représentant des EtatsUnis à la IXe Biennale de Sao Paolo en 1967, quelques mois avant sa mort. Et depuis, son succès public n’a plus tari. ■ Nicole KUNZ

Fondation de l’Hermitage, Lausanne, jusqu’au 17 octobre 2010. Infos sur www.fondation-hermitage.ch

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Art de vivre aUDi a8 l, inFiniti FX 30D et renaUlt winD

Limousine de prestige, diesel haut de gamme et mini cc original

t

rès rapidement après la présentation de la luxueuse berline A8, Audi propose son navire amiral, l’A8 version longue. Cette voiture de chef d’Etat est proposée en cinq motorisations de 250 à 500 CV. Avec un W12 de 500 CV, l’A8 L entre dans le cercle très exclusif des berlines de pres-

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tige. Sa puissance et ses performances lui permettent de rivaliser sans peine avec de puissantes sportives, le 0 à 100 km/h étant avalé en 4,9 secondes. Très agréable à conduire, on apprécie, hors autoroute, sa facilité à dévorer les routes sinueuses malgré un poids dépassant 2 tonnes et une longueur de 5,27 m. De ligne classique, cette élégante limousine propose ce qu’il se fait de mieux tant dans le domaine de la conduite, du high-tech que du confort. Voluptueux sièges ventilés ou massants, repose-pieds réglable électriquement, glacières… Côté sécurité, on retrouve, entre autres, l’assistant vision de nuit, l’Adaptative Cruise Control et de nombreux sys-

tèmes de sécurité destinés à réduire le nombre d’accidents et leurs conséquences. Bref, tout ce que l’homme exigeant attend d’une voiture de prestige. Seul le chauffeur ne fait partie de la liste des équipements. Début des livraisons en Suisse, dès décembre 2010.

238 CV confère au FX un beau tempérament. Pour preuve, un couple de 550 Nm à 1750 tr/min qui permet de franches accélérations et reprises. Le 0 à 100 km/h est franchi en

Infiniti fait rapidement évoluer sa gamme et propose désormais son crossover FX en version diesel, complétant ainsi les motorisations V6 et V8. Le modèle GT se veut luxueux, alors que le S affirme une connotation sportive. Les deux conservent un long capot, une ligne de caisse musclée et ce look original et racé qui attire les regards. Ce nouveau groupe diesel V6 de

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AUTOMOBILE preuve d’efficacité sportive. Vif et agile, il se conduit avec un réel plaisir. Dans les courbes serrées, il reste stable et collé à la route. Pour exploiter totalement les qualités du châssis, l’ESP de série est déconnectadiesel va permettre au FX de devenir rapidement le bestseller de la marque, dans un marché suisse qui apprécie les SUV haut de gamme.

8,3 secondes, la vitesse de pointe dépassant 210 km/h. Le FX 30d reçoit une transmission à quatre roues motrices efficace sur sols glissants, mais ce SUV n’aime guère s’évader hors du bitume. La version GT dispose d’un équipement très complet, avec, par exemple, un revêtement cuir, une caméra de parking, une installation audio perfectionnée ou des roues en alliage de 20 pouces. La version S offre des sièges au maintien efficace, un système de suspension avec contrôle continu des amortisseurs et un système de roues arrière directionnelles qui améliore la stabilité et l’agilité. La gamme Premium propose, entre autres, un régulateur de vitesse intelligent et un avertisseur de collision. L’arrivée de cette version

Conçue dès l’origine comme un roadster deux places à toit rigide, les designers de Renault ont pu, sans contrainte, lui donner un look sportif et agressif sur un petit gabarit de 3,83 m. Capot plongeant ou ceinture de caisse haute confèrent à la Wind dynamisme et efficacité. Son toit pivotant fait partie de l’originalité de ce roadster. Il ne pèse qu’une vingtaine de kilos contre plus de 100 pour un CC classique. De plus, il ne met que 12 secondes pour s’ouvrir ou se fermer. Autre qualité de ce système de toit, il laisse libre le volume du coffre (270 dm3), ce qui permet d’embarquer sans souci un sac de golf! Un volume rare dans le segment des petites voitures. Le cockpit multiplie les références sportives et le plaisir de conduire. Deux motorisations sont au programme, un 1,2 TCe de 100 CV et un 1,6 16V de 133 CV. Ces deux groupes, placés sur une plateforme de Clio RS, démontrent le savoirfaire de Renault Sport pour développer un petit CC faisant

ble. Bien équipée dès sa version de base, la Wind se présente comme petit coupécabriolet le plus «fun» du moment. ■ Pierre MARQUIS

TABLEAU DE BORD ■ Test européen des tunnels 2010-07-29 Avec quinze clubs partenaires, le TCS a testé 26 tunnels routiers européens dans le cadre du programme EuroTAP. Le vainqueur de ce test est le tunnel Duplex sur l’A86 près de Paris. Les tunnels suisses testé, répondent globalement aux critères d’examen. Le Mont Terri (A16 Bienne-Boncourt) a obtenu la mention bien. La mention très bien a été décernée à Murgwald (A3 Bâle-Flums) et Witi (A5 Bienne-Soleure).

■ Belle progression pour Ford Suisse Avec 8622 voitures de tourisme vendues, Ford Suisse se place au 2e rang devant Renault et derrière Volkswagen. La marque à l’ovale bleu gagne deux places et augmente sa part de marché de 0,5% à 5,84%. Ford a progressé de 22,2% par rapport à l’année précédente. Le modèle le plus vendu en Suisse est la Fiesta.

■ Du nouveau à la tête du Fiat Group Automobiles Switzerland Alexander Bleuel, Managing Director, était jusqu’à présent responsable des marques Alfa Romeo et Lancia. Dès à présent, il reprend la gestion de Fiat afin d’assurer la continuité de la plus importante marque de volume du groupe. Guy Nelson, nouveau Brand Country Manager, prend la responsabilité des marques Alfa Romeo, Lancia et Abarth. Il a, auparavant, œuvré pour Fiat à divers échelons et sur différents marchés avant de rejoindre, en 2004, le siège de Turin. Franz Wermelinger continue à assumer la fonction de Brand Country Manager pour Fiat Professional.

■ Euro NCAP, de nouvelles étoiles Le TCS et ses partenaires ont testé la sécurité des occupants, des piétons et les systèmes d’assistance à la conduite de huit nouvelles voitures de tourisme. L’Alfa Romeo Giulietta, la BMW Série 5, la Saab 9-5 et la Toyota Verso ont décroché les très convoitées cinq étoiles. Les modèles Kia Venga, Seat Exeo et Nissan Cube ont obtenu quatre étoiles.

■ Christian Stucki choisi Skoda Le meilleur lutteur de Suisse actuel, Christian Stucki, a adopté pour ses déplacements une Skoda Superb Combi. Pour Skoda, ce partenariat souligne l’attachement de la marque aux valeurs traditionnelles suisses et confirme l’esprit de son slogan «Skoda – made for Switzerland».

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Art de vivre LIVRES Les murmures du tombeau Août 1209, dans le Languedoc. Une femme de haute lignée se dirige vers les Pyrénées. Elle se retrouve bloquée à Béziers alors que les Croisés assiègent la ville. Lors du massacre qui s’ensuit, blessée, elle s’échappe de la cité martyre. Elle se réfugie dans une grotte pour y mourir après y avoir dissimulé ce qu’elle transportait sous sa robe. Paris aujourd’hui: un oncle disparu, un ami tué, un appartement sens dessus dessous, une fliquette à ses trousses. S’il ne sait pas encore à qui il a affaire, Maxime Langelot va vite saisir l’essentiel: ses ennemis ne sont ni des tendres ni des débutants. Mais que lui veulent-ils exactement? En fait, le héros est au cœur d’un conflit religieux remontant au début du XIIIe siècle. De trahisons en revirements de situation, Maxime Langelot n’est pas au bout de ses peines. Et malgré tout, l’amour n’est jamais bien loin. P.J. Lambert livre un thriller historique palpitant deux ans après son livre Le vengeur des catacombes, couronné par le Prix quai des Orfèvres 2008. ■ Les murmures du tombeau, P.J. Lambert, éditions First, Paris, 2010.

Le bonheur n’est pas au bout du PIB Devant les énormes écarts entre les revenus de l’aristocratie industrielle et les salaires de la grande masse des travailleurs, le schéma marxiste d’une révolution est-il à nouveau d’actualité? Ou bien est-ce à un chaos mondial qu’il faut s’attendre? Voilà les questions que se pose Jan Marejko, journaliste, chroniqueur et écrivain, dans son dernier ouvrage, intitulé Le bonheur n’est pas au bout du PIB. En vérité, personne n’a les réponses. «Nos démocraties, si fières de s’affirmer maîtresse de leur destin, nous racontent-elles des coquecigrues?» interroge l’auteur. La crise économique actuelle le suggère. Dans ce livre à contre-courant des théories dominantes, l’intellectuel aborde les questions économiques sous un angle radicalement nouveau, à la fois théologique et philosophique. Il nous emporte dans ses théories en poussant son lecteur à la réflexion… Pour ceux qui veulent prendre un peu de hauteur! ■ Le bonheur n’est pas au bout du PIB, Jan Marejko, éditions Slatkine, Genève, 2010, CHF 35.–

Le déluge 2018: un effroyable déluge s’abat sur la Terre et 85% de la population périt. Curieusement, les survivants ont tous ceci en commun: ils ne convoitent ni les biens ni la bonne fortune d’autrui, et ils ne croient en aucune divinité ni en une hypothétique vie après la mort. A l’approche de 2012 – année de la vraie fin du monde –, Jon Ferguson pose cette passionnante équation et ses corollaires: que se passera-t-il maintenant? Ce nouveau commencement va-t-il permettre de créer un monde meilleur? L’humanité est-elle condamnée à revivre la même histoire? Le narrateur, celui-là même qui a orchestré le déluge et qui se défend avec véhémence d’être Dieu, va mener le lecteur d’îlots en îles jusqu’aux rivages de ce qui fut, jadis, le lac Léman. Un roman à l’usage des dépravés tant du point de vue moral que technique comme le souligne la première page de l’ouvrage traduit de l’américain par Patrick Moser, également éditeur de l’ouvrage. ■ Le Déluge, Jon Ferguson, éditions Castagniééé, Vevey, 2010.

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Ethiopie Loin des grandes routes du tourisme de masse, l’Ethiopie offre une destination d’une grande diversité ethnique et culturelle. Des villes trépidantes aux paysages bibliques, en passant par les déserts de sel, les reliefs façonnés par un volcanisme actif ou les lacs et savanes du sud-ouest, qui abritent une faune et une flore extraordinaires, le voyageur passe de découvertes en étonnements. Luigi Cantamessa, l’auteur du guide, compte parmi les meilleurs connaisseurs du pays. Suivez-le les yeux fermés, mais néanmoins grands ouverts, dans la vallée du Rift, aux origines même de l’humanité. Parmi les innombrables vestiges culturels, on peut relever les ruines du royaume d’Axoum et les magnifiques églises rupestres de Lalibela, sans oublier Harar, si chère à Rimbaud. Les amateurs de grands espaces et de nature seront également comblés: en plus des vallées du Nil Bleu et de l’Omo, l’Ethiopie compte plusieurs parcs nationaux d’une beauté exceptionnelle, tel le Hausien. De nombreux plans et cartes, un index détaillé ainsi qu’une importante bibliographie font de ce guide un document très complet. ■ Guide Olizane Ethiopie, Luigi Cantamessa avec la collaboration de Marc Aubert, éditions Olizane, Genève, 2010, 336 pages, CHF 38.–

Ouragan A la Nouvelle-Orléans, alors qu’une terrible tempête est annoncée, la plupart des habitants fuient la ville. Ceux qui n’ont pas pu partir devront subir la fureur du ciel. Rendue à sa violence primordiale, la nature se déchaîne et confronte chacun à sa vérité intime: que reste-t-il en effet d’un homme au milieu du chaos, quand tout repère social ou moral s’est dissout dans la peur? Voilà le point de départ du dernier roman de Laurent Gaudé, Prix Goncourt 2004 pour Le Soleil des Scorta. Seul dans sa voiture, Keanu fonce vers les quartiers dévastés, au cœur de la tourmente, en quête de Rose, qu’il a laissée derrière lui six ans plus tôt et qu’il doit retrouver pour, peut-être, donner un sens à son existence. Dans un saisissant décor d’apocalypse, Laurent Gaudé met en scène une dizaine de personnages qui se croisent ou se rencontrent. Ouragan mêle la gravité de la tragédie à la douceur bienfaisante de la fable pour exalter la fidélité, la fraternité, et l’émouvante beauté de ceux qui restent debout. ■ O.H. Ouragan, Laurent Gaudé, éditions Actes Sud, Paris, 2010.

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Banque & Finance N° 105 – Les entreprises citées ENTREPRISES

PAGE

ABN Amro Asset Management

5

Avaloq

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ENTREPRISES

PAGE

ENTREPRISES

PAGE

Harcourt Investment Consulting

5

Reyl & Cie

5

Hottinger & Cie

5

Rothschild Bank AG

5

Bank of America

5

HSBC

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Sarasin & Cie SA

5

Banque Franck Galland

5

IBM

76

Sarasin Alpen (India) Private Limited

5

Banque Privée Edmond de Rothschild SA

5

ING Investment Management (Suisse) SA

5

Singer Capital

42

Ivy Asset Management

5

SIX Telekurs

76

Julius Bär

5

Société Générale

Barclays Wealth BBGI Group BlackRock

60 45-63 5

Kandas Capital SA

36

Société Marseillaise de Crédit

KPMG

64

St James Capital Trust

5

Standard Chartered Bank

5

BNP Paribas

5-42-49-56-68

Boursorama

56

Lombard Odier

Bryan Garnier

42

M&G Investments

BSI

49

Citigroup

5

Crédit Agricole

49-56-68

Crédit du Nord

56

Credit Suisse Delman SA Deutsche Bank Elite Advisers Finnova AG

5-40-42 40 5 38 74-76

5-56-66

8-13

56

42

Sterci

76

Massena

5

Systar

76

Mirabaud Banquiers Privés

5

Syz & Co

Morgan Stanley

5

Teleinvest International AG

76 42

5-70

New Britain Palm Oil

42

The Environmental Investment Partnership

Ocean Finance

40

UBS

Opus Capital Group

5

Union Bancaire Privée

5 5

Pacific Rim

42

United Scientific Holdings PLC

Peak Partners

36

Uram SA

Pioneer Global Investments

5

Fortis Investment Management

5

Prudential Bache

5

Groupama

5

RBC Dexia

5

5-8-46-68-70

46

Venture Finanzas

5

Les annonceurs de Banque & Finance N° 105 AD Galerie

53

Finnova AG Bankware

55

Schweizerische Post

43

AMX Arocom

16

Gambit Financial Solutions SA

21

Scoach Schweiz AG, Six Swiss Exchange AG

29

Compagnie Générale de Navigation sur le lac Léman 18

Gerifonds SA

26

Shorex

55

Coninco Wealth Management SA

Jetfin

48

Six Telekurs Ltd.

C2

12

Devillard

7

Loterie Romande

15

Stigma + Partners (Switzerland) SA

C3

Eri Bancaire SA

3

Mit-Micro Informatique & Technologies SA

33

Sungard (Switzerland) SA

39

Fil Investments International

35

Partenaires B&F

Finance Forum

44

Reyl & Cie SA

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62-77-78-79 C4

The Royal Bank of Scotland n.v. Ams, Zrh Branch World-Check

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B&F

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oPinion Comme la corde tient le pendu

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ieu que la sortie de crise est difficile! Et que les moindres propos tenus de travers, quand ils ne sont pas simplement mal interprétés, peuvent déclencher d’effroyables vents de panique! Dernier exemple qui nous revient à l’esprit, le rapport semestriel de la Banque centrale européenne sur la stabilité financière (Financial Stability Review), paru en juin. Dans cette publication évidemment truffée de considérations liées au risque et versant, par conséquent, plus souvent dans le probabilisme pessimiste que dans l’optimisme béat, il est relevé à plusieurs reprises que les banques européennes vont devoir faire face, d’ici deux ans, à d’importants besoins de refinancement de leur dette obligataire. La proportion atteignant même plus de 60% pour la médiane des LCBG («large and complex banking groups», dans le jargon euphémistique de la BCE) évoluant à l’intérieur de la zone euro, soit l’équivalent, au début mai 2010, de quelque 800 milliards d’euros de dettes à long terme parvenues à maturité et devant être refinancées d’ici la fin 2012.

Besoins immenses Alors même que l’Institut d’émission rappelle la chose depuis des semestres («As already highlighted in previous issues of the FSR», prend-il soin de noter préliminairement), des journalistes ayant pris la peine de lire le rapport jusqu’au bout (fait suffisamment rare pour mériter d’être relevé) ont jugé ces bribes d’information suffisamment sensationnelles pour les jeter, sous des titres accablants (comme: Crisis Awaits World’s Banks as Trillions Come Due), à la une des grands journaux de la presse anglosaxonne. Du coup, la nouvelle a fait le tour de la planète, rebondissant des colonnes du New York Times sur celles du Wall Street Journal, avant d’être reprises par Asso ciated Press pour atterrir finalement sur le site de Boursorama et de quelques autres compilateurs de dépêches financières. Pour le coup également, certaines considérations contenues dans le dernier Global Financial Stability Report du Fonds monétaire international (avril 2010) ont refait

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Effets d’éviction

«La maturité moyenne de ces emprunts est de plus en plus courte, et cela aussi bien aux Etats-Unis qu’au Royaume-Uni et dans l’Eurozone comme dans le reste de la sphère bancaire, ce qui en dit long sur les changements d’attitude en cours dans le système financier» MARIAN STEPCZYNSKI

surface, telle celle, véritable vérité d’évidence, qui veut que les banques vont devoir «réexaminer leurs modèles d’affaires, continuer de relever le niveau de leurs fonds propres, réduire la part de risque dans leurs bilans, et stabiliser leur refinancement», considérations assorties d’un diagramme sur les colonnes duquel on peut suivre, pas à pas, les besoins de refinancement des dettes obligataires des banques respectivement américaines, britanniques, eurozoniennes et d’autres régions du monde arrivant à échéance pour chacune des années comprises entre 2010 et 2015.

D’où il ressort, naturellement, que ces besoins sont immenses, de l’ordre de 1800 milliards de dollars au total en 2010 comme en 2011, pas loin de 1600 milliards en 2012, presque 1000 en 2013, plus de 900 en 2014, et à peu près 600 milliards en 2015. Mais le fait important, non relevé par les médias, c’est que la maturité moyenne de ces emprunts est de plus en plus courte, et cela aussi bien aux Etats-Unis qu’au Royaume-Uni et dans l’Eurozone comme dans le reste de la sphère bancaire, ce qui en dit long sur les changements d’attitude en cours dans le système financier. Si les banques se refinancent de moins en moins à long terme, c’est pour partie que leurs obligations d’emprunt, crise oblige, ont peiné à trouver preneurs, mais c’est aussi qu’après leurs excès de titrisation, elles se sont remises à courtiser la clientèle classique des déposants, et davantage encore – fait, lui, plutôt inquiétant – qu’elles se sont tournées massivement vers les marchés monétaires sur lesquels, anomalie qu’il faudra bien corriger un jour, l’argent à court terme coule à flots grâce aux largesses des banques centrales. BCE comme FMI mettent l’accent sur la collision qui risque de se produire entre les besoins accrus d’emprunt des gouvernements et ceux des établissements bancaires qu’ils ont sauvés, les uns liés aux autres comme la corde tient le pendu. En effet, si la confiance ne revient pas suffisamment vite sur les marchés (la quantité d’épargne disponible, elle, est amplement suffisante), il y a un risque que les Etats, tous en quête de financement et de refinancement d’une dette publique en forte augmentation, produisent un effet d’éviction («crowding out») sur les emprunteurs privés, banques en tête, qui verraient alors leur rentabilité, déjà amoindrie par la basse conjoncture et la concurrence, encore entamée par la rémunération en – forte – hausse des fonds étrangers qu’elles devront lever par centaines de milliards. Aïe! ■ Marian STEPCZYNSKI

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