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ESPERANZA T-M asbl Editeur responsable: Belgique -België PP. Trimestriel n° 4 - 2017 Jérôme de Roubaix —————— ChemindeGabelle 5 BE74000025773607 4500 HUY 4500 Huy P20 22 94 esperanza-tm.blogspot.be


EDITO De longue date, je fais partie d’un collectif liégeois, les

Alter’actifs, lié de près à l’ONG Entraide et Fraternité, liée, elle-même, d’assez près, à l’église catholique. Il y a peu, notre groupe s’est vu refuser la possibilité d’organiser une journée de festival dans une association de la Cité Ardente qui nous connaît pourtant assez bien. Voici leur explication : ‘’Nous avons décidé de ne pas réaliser de partenariat avec vous à l'avenir. La raison n'est pas du tout liée à la programmation que vous proposez habituellement dans le cadre de votre festival. Ce type de programmation a, au contraire, tout à fait sa place dans nos murs. La raison est toute autre. Nous nous sommes en effet rendu compte que vous avez d'évidents atomes crochus avec des partenaires et organisations liés à un culte religieux, et c'est la raison pour laquelle nous ne réaliserons pas ce partenariat. Lors de notre rencontre l'année passée, je n'avais pas perçu ce détail et je ne m'étais pas du tout renseigné à ce sujet.’’ Bien sûr, chacun est libre de choisir avec qui collaborer mais je ne peux m’empêcher de trouver cela regrettable et, dans une certaine mesure, symptomatique. Il y a peu, j’ai découvert un très bon documentaire; ‘’Un racisme à peine voilé’’. On peut y voir comment médias et politiciens ont contribué à monter en épingle une problématique autour d'une question religieuse.

TABLE DES MATIERES . EDITO

p. 2

. 'PUCKLLAY ARTE Y COMUNIDAD' p. 3 . 'RED BIBLIOTECAS RURALES'

p. 4

. DES LIVRES ET DES NUAGES

p. 5

. 'GRUFIDES'

pp. 6-7

. QUE PASA EN COLQUECHACA ? pp. 8-11 . SAUL CONTRE GOLIATH

pp. 12-13

. HONDURAS YA NO QUIERE JOH pp. 14-15 . MAPUCHES COMO PALESTINOS pp. 16-17 . LA IMPORTANCIA DE MARICHUY MARICHUY  pp. 18-19

Le débat sur le fait de savoir si une religion, quelle qu'elle soit, est cause ou prétexte de violence est aussi intéressant que complexe. Ma conviction est que les catégories cloisonnantes, les stéréotypes identitaires simplificateurs sont assurément néfastes et contribuent, bien souvent, à nous détourner des problèmes fondamentaux d'oppression et d'injustice. A Esperanza, nous défendons des valeurs sans dogmatisme mais avec conviction, avec diversité mais en évitant de vendre notre âme au diable. Nous soutenons, pour cela, des personnes variées sans utiliser leur foi comme critère mais bien celles et ceux aux côtés desquel-le-s elles luttent ! Feliz y prospero (no solo materialmente) año nuevo, que viva el 2018 ! Thomas


Puckllay arte y comunidad - Lima Puckllay Arte y Comunidad, école d'arts dans un quartier populaire du nord de Lima est une initiative que nous, Esperanza, connaissons de longue date. Cependant, les collaborations et la relation ne s'est pas limitée à des envois d'argent (en l’occurrence très ponctuels). Des contacts avec des architectes et artistes belgo-péruvienn-es ont permis de réaliser de bien belles choses ces dernières années. L'association traverse, malgré tout, des moments difficiles. C'est pourquoi nous avons décidé de leur apporter un modeste soutien financier. Ils nous ont écrit il y a peu :

En premier lieu je souhaitais vous exprimer un profond remerciement de ma part et de la part de toute l'école. Merci beaucoup. Je voulais vous raconter qu'après le cycle d'été les activités de l'école ont été à l'arrêt parce que nous n'avons obtenu aucun financement pour cette année. Actuellement, nous dynamisons une initiative de jeunes leaders et reprenons nos activités d'habilitation et amélioration de l'école avec tous les jeunes et leurs familles avec pour objectif que l'été soit rempli d'animation et énergie. Un des enjeux est de parvenir à couvrir d'un toit la scène (vu les chaleurs estivales importantes). La nouvelle d'un soutien de la part d'Esperanza arrive donc à un moment clé et nous remplit de joie. Nous vous raconterons ,prochainement les avancées et résultats obtenus avec votre apport. Encore merci, Anabelí Pajuelo

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reseau de bibliotheques rurales - cajamarca Recevez nos salutations fraternelles au nom de l'équipe centrale du Réseau de Bibliothèques Rurales de Cajamarca et de tous compagnons, compagnes des communautés qui forment notre famille. En plus de vous saluer nous voudrions vous faire connaître les activités que nous avons réalisé cette année : 1. Entretien, amélioration et agrandissement de certains espaces de nos locaux, avec l'apport d'Esperanza et le travail communautaire de nos coordinateurs. 2. Réédition et publication des vingt fascicules de notre série ''Et autres contes'' (présentés le 16 novembre 2017).

Toujours attentifs à vos consultations et reconnaissants pour votre appui, nous vous embrassons au nom de notre équipe centrale à Cajamarca, Lola Paredes Saldaña Coordinatrice Interne Pour vous faire une idée visuelle de la réalité de la Red nous vous conseillons un magnifique documentaire de Paolo Giarolo : « DES LIVRES ET DES NUAGES » et un article de la revue XXI, à ce sujet, illustré avec talent par Sheina Sylamka. La page ci-joint a pour but avoué : vous donner l'envie de découvrir ces deux productions artistiques.

3. Investigation (thèse de doctorat) sur notre travail dans les communautés rurales que réalise la professeur Nathalia Quinterio, de nationalité colombienne, volontaire au sein de notre organisation et qui dirige actuellement le secrétariat technique. 4. Intensification de la création de bibliothèques, via des accords avec des institutions éducatives : ouverture de bibliothèques dans des écoles de certaines provinces de Cajamarca ainsi que dans une nouvelle zone (dans le département de La Libertad). 5. Suite des processus permanents du Réseau: rencontres d'autonomisation, assemblées générales, voyages de coordination, visites aux bibliothèques, entre autres... 4


DES LIVRES ET DES NUAGES

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Dans les Andes péruviennes, les livres circulent avec les hommes. On les lit, on les tache avec la terre, et on marche avec des heures durant, pour les prêter au voisin. ''Les gens m’ont tout de suite ouvert leur porte. Ils m’ont logé, m’ont fait participer aux réunions de la communauté et aux soirées lecture au coin du feu !''Il est convaincu de tenir une histoire mais le documentaire peine à trouver des producteurs. Le tournage n’a lieu que deux ans plus tard, en 2013, et ne dure que cinq semaines. ''J’ai dû écrire en partie le déroulé du film, au sens où j’ai Pier-Paolo Giarolo entend parler pour la 1ère fois des bibliothèques rurales au Pérou en 2011, dans un reportage du célèbre journaliste italien Ettore Mo. Il écrit au réseau, dont le directeur lui répond que pour venir les filmer, il devra attendre l’accord des membres de l’AG. Le réalisateur patiente, patiente… et 6 mois plus tard, il reçoit un courriel avec, en pièce jointe, une lettre signée à la main par 30 personnes ! essayé d’inclure des événements survenus deux ans auparavant. Mais c’est un monde si riche, si intense, que bien sûr je n’ai pas eu besoin d’inventer quoi que ce soit !'' Un documentaire qui se regarde comme une histoire : une caméra objective, sans voix off, sans commentaires ni analyses. On suit le quotidien de gens et on se met dans leurs pas. Il se rend alors au Pérou et reste un mois dans le département de Cajamarca, à 850 kilomètres au nord de Lima. Il suit partout Alfredo, l’animateur du réseau, qui lui présente les campesinos et instaure une confiance mutuelle. * Extrait de l'article ''Des livres et des nuages'' paru dans le n°32 de la revue XXI.

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Grufides - cajamarca Nom de l'organisation bénéficiaire: Groupe de Formation et d'Intervention pour le Développement Soutenable - GRUFIDES Fonds: Donation de l'organisation Esperanza Tiers-Monde Montant de la donation: 2.000 euros Objet: Appui logistique pour la défense et promotion des droits fondamentaux Période d'utilisation des fonds : janvier - février 2017

CONTEXTE Ces dernières années, nous vivons des situations de conflits assez aigües à Cajamarca. La situation est tendue, en particulier depuis 2012, avec la décision de l'État et l'entreprise Yanacocha d'imposer l'éxecution du projet minier Conga dans une zone de grande importance hydrique. De grandes mobilisations ont eu lieu autant dans la ville de Cajamarca que dans les provinces de Hualgayoc et Celendín, face auxquelles la réponse du gouvernement a été particulièrement répressive, recourant aux forces armées et policières, décrétant des états d'urgence et essayant de dissuader la population via la force publique. La conséquence a été divers affrontements entre la population, la police et l'armée avec le regrettable bilan de 5 décès, plusieurs blessés graves, des dizaines de détenus et des centaines d'inculpés pour leur participation à ces protestations. Une fois l'étape la plus forte du conflit passée, la situation de tension s'est maintenue et en particulier les procès de criminilisation et persécution contre des leaders populaires ont continué. C'est pourquoi, en ce moment, le travail dans le domaine légal continue d'être ardu surtout dans le camp de la défense. Il a égalemment fallu entamer des actions légales stratégiques à la fois pour chercher des voies institutionnelles au conflit et pour dénoncer de sérieuses violations des droits durant cette période. Il est important de souligner que, de façon complémentaire à ce travail, des actions ont été réalisées pour générer du débat et placer ces thèmes dans l'agenda public.

1. Assistance juridique dans les cas de criminalisation de la protestation sociale Durant la phase aigüe du conflit il y a eu non seulement des dénonciations multiples contre des leaders sociaux1 mais aussi des offensives extrêmement violentes, ignorant toute norme de droit. Une fois terminée cette phase aigüe, le gouvernement a continué avec cette politique de criminalisation. Toutefois, la stratégie la plus développée dans ce scénario est la persécution légale avec des plaintes judiciaires. 1

Certains leaders sont arrivés à avoir entre 30 et 40 plaintes en même temps, lesquelles ont augmenté une fois passée l'étape la plus dure du conflit.

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Deux des bastions de la résistance dans le conflit Conga ont été les province de Celendín et Cajamarca. L'État comme l'entreprise ont entrepris de multiples procédures légales, parmi lesquelles de nombreux cas sont encore en cours, malgré non seulement des accusations inconsistantes et absurdes, mais aussi un manque absolu de preuves. Depuis le pôle légal de GRUFIDES, nous continuons à apporter un soutien dans tous ces cas qui nécessitent un suivi constant. Nous vous décrivons ci-dessous un des cas emblématiques qui, après 4 ans, a été gagné, en obtenant l'absolution des leaders inculpés: Procès Pénal Nº 1645-2014, contre Milton Sanchez Cubas et 15 dirigeants, pour délits de séquestration et d'outrage contre les symboles de la patrie, au détriment de l'État et du gouverneur de Sorochuco. Le Ministère Public demande 36 ans de prison pour chacun de ces leaders. Ils sont jugés pour avoir participé à une réunion publique à Sorochuco où la population a remis en question ses autorités pour être en faveur du projet minier Conga2. Le gouvernement a fait usage de moyens légaux très graves pour rendre viables ces procédures judiciaires. Les plaintes pour séquestration sont les plus utilisées dans ce contexte pour poursuivre des leaders sociaux et prétendre des peines de prison ferme de plusieurs années. Cela nous amène à faire face à des défense chaque fois plus complexes qui requièrent une assistance légale minutieuse et constante.

2. Incidence Parmi nos activités nous pouvons mentionner l'actualisation de notre site internet via l'Observatoire de Conflits: www.grufides.org/paginas/observatorio-de-conflictos-cajamarca et l'actualisation des nouvelles en lien avec nos thèmes de travail à travers la gestion des réseaux sociaux.

3. Evaluation du travail DIFFICULTÉS: dans un contexte de post-conflit, le pôle légal continue à avoir des faiblesses à

l'heure d'accomplir ses fonctions: manque de personnel (seulement deux avocates) et des moyens restreints pour pouvoir se mobiliser et suivre tous les cas qui se présentent. SUCCÈS: il est important de souligner que, malgré les difficultés signalées en ce moment,

nous avons obtenu certains résultats importants surtout dans le domaine légal. Cela est aussi du à l'important travail réalisé au niveau de différents secteurs.

C'est tout ce que nous avons à vous communiquer,

MIRTHA VASQUEZ Coordinadora del proyecto

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Que pasa en colquechaca ? Le travail à Colquechaca se divise en 2 parties, la partie sociale qui comprend les actions entreprises sous l’angle de l’amélioration des conditions de vie, là où les gens s’adressent à nous en dernier recours (c.à.d. quand la mairie ne peut pas prendre leur demande en considération) et la partie pastorale qui est le travail spécifiquement paroissial.

PARTIE SOCIALE : C’est dans ce travail social que nous employons les fonds que nous pouvons recueillir grâce à l’aide de gens qui collaborent depuis l’extérieur, comme si un volontaire belge venait travailler à la Paroisse pour réaliser ce que la mairie ne fait pas pour divers motifs. Dans ce cas-ci, ce volontaire et le prêtre chargé de la Paroisse ne font qu’une seule personne, le prêtre étant aussi médecin et ayant travaillé pratiquement 40 ans comme volontaire dans l’aide au développement. DOMAINE MÉDICAL  Il y a beaucoup de malades sans ressources à aider pour des opérations, des examens médicaux en ville, car l’hôpital à Colquechaca ne s’occupe que des accouchements et des pathologies infantiles fréquentes (diarrhées, infections respiratoires). Les médecins et infirmier(e)s sont en effet payés par l’Etat, et il y a par ailleurs une assurance de l’Etat (un genre de mutuelle) pour les femmes enceintes, les accouchements et césariennes, les maladies des enfants jusque l’âge de 5 ans et l’aspect nutritionnel dans la croissance de l’enfant. Il y a également une aide pour les personnes âgées, certains transports en ambulance, et l’assurance d’une caisse de sécurité sociale pour les personnes affiliées comme les mineurs travaillant dans la mine. Il n’y avait rien de tout cela avant sauf pour les travailleurs affiliés, mais même pour ceux-ci, la médecine n’était que rudimentaire.

Nous avons beaucoup travaillé en équipe depuis le début (1978) jusqu’à 2004 et maintenant nous avons passé la main, pour ce que fait l’Etat. Mais à l’hôpital il n’y a que les médicaments de première nécessité, il y a beaucoup d’administration qui prend un temps fou pour les patients qui souffrent parfois intensément, et les gens préfèrent venir à la Paroisse où un infirmier travaille très efficacement. Personnellement, je ne m’occupe plus que des cas difficiles, tant au point de vue médical qu’économique, mais je dois avouer que l’économie ne suit plus. Mon infirmier n’étant pas payé par l’Etat, c’est à moi que revient cette responsabilité.


DOMAINE AGRICOLE Les projets d’irrigation suivent leur cours avec les difficultés de facteurs climatiques, de communication et d’organisation que cela représente. Il faut beaucoup de patience pour tout réaliser dans des conditions difficiles. Mais les résultats sont excellents. Nous essayons aussi de passer la main à la mairie, mais les budgets deviennent chaque fois plus serrés, et je n’accepte plus que les mini-projets pour des gens ou des zones marginalisées qui ne sont pas prises en compte par les autorités locales. Il y a 2 projets qui n’ont pas encore été financés. Nous espérons que ce le sera, mais ça devient chaque fois plus difficile. Beaucoup a cependant déjà été réalisé, avec des clubs de Rotary et de Lion's et aussi des personnes particulières très humbles et dévouées, exemples de service aux autres, sans qui rien n’aurait pu se faire.

DOMAINE INFRASTRUCTURE - Construction, en un temps record, d’un pont piétonnier de 22m de long favorisant, surtout, des enfants (grâce à l’aide du Rotary de Mariemont). La personne clef, qui connaît la Bolivie et par qui le financement a été trouvé nous a aidés, auparavant, pour des projets d’irrigation. Avec bonne volonté et obstination, bien de choses peuvent se faire. - Nous avons pu entreprendre, par le passé, avec une ONG luxembourgeoise, divers travaux d’utilité publique : un pont piétonnier de 100m de long dans un endroit isolé (avec l’aide, à dos d’homme, des gens de la région), des postes de santé, des projets d’irrigation, d’eau potable, d’artisanat, de panneaux solaires, etc. Nous terminons, pour l’instant, avec cette ONG, un projet d’irrigation dans deux régions aux rudes conditions d’accès. 9


- Des locaux ont été construits également avec l’aide d’associations et de gens dévoués. Ces locaux servent pour des réunions et garantissent donc la bonne marche des communautés. Nous incluons, ici, également, la construction d’internats. - La mairie possède maintenant les machines nécessaires pour l’ouverture et le maintien des chemins. Là aussi, nous avons passé la main. Avant, nous aidions avec pelles, pioches et dynamite les communautés qui voulaient qu’un chemin arrive jusqu’à leur village. Ces chemins ont, ensuite, été améliorés par la mairie avec leurs machines. Désormais, les produits agricoles peuvent être évacués plus facilement pour leur vente, les matériaux pour des travaux d’infrastructure peuvent entrer plus aisément, les instituteurs ont moins de distance à pied à parcourir, etc.

PARTIE PASTORALE : Ici, nous n’injectons pas de fonds de l’extérieur pour rester sur un pied d’égalité avec les autres prêtres boliviens qui n’ont pas la possibilité d’avoir des contacts avec d’autres pays, bien que certains, plus débrouillards et utilisant internet, arrivent à trouver de l’argent pour l’infrastructure. Beaucoup de célébrations et bénédictions sont demandées et aussi là où les prêtres des paroisses voisines ne veulent pas aller pour des raisons d’isolement et de difficultés géographiques surtout. Certains n’ont pas la bonne santé dont je jouis. J’ai pris des risques cette année-ci, surtout quand je sors des sentiers battus : endroits dangereux, escalades sans aide humaine ou matérielle, rivières en crue à traverser… je dis chaque fois que je ne ferai plus ça, surtout pour ne pas avoir de rechute avec un dos fragilisé, mais les circonstances sont là pour me contredire.

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On demande une présence du prêtre dans les fêtes et les coutumes religieuses. Accompagner les gens dans ces coutumes est très valorisant, ils sont très reconnaissants de l’amitié qu’on leur donne et nous font chaque fois plus confiance. Un grand défi est de combattre de l’intérieur les sectes évangéliques aliénantes. Il faut avertir du danger et dialoguer avec les gens plus ouverts qui y sont rentrés surtout pour des motifs de coutumes qu’ils veulent abandonner, comme les boissons alcoolisées. [...] L’alcool supprime la peur et il faut savoir que la religion incaïque était une religion ou dominait la peur des châtiments des dieux, qui exigeaient par ailleurs des sacrifices. On continue actuellement, sans le savoir, avec la mentalité sacrificielle visà-vis des saints protecteurs. Un grand travail est de montrer un aspect positif des coutumes et d’arriver chaque fois plus à la croyance d’un Dieu amour qui attend une réponse libre sans la crainte d’un châtiment hypothétique pour une coutume non réalisée [...]

Nous insistons sur l’aspect ''engagement à aider l’autre dans le besoin de manière désintéressée'', sur des thèmes comme : ''ne pas devenir esclaves des faux dieux et des idoles que l’on se crée, comme l’argent, le pouvoir, les plaisirs de ce monde'' . Nous partageons nos expériences avec d’autres groupes, d’autres paroisses. Nous sommes occupés à construire une grande église qui abrite le saint protecteur du village (tête du Christ sur pierre). Le culte de cette image est un facteur d’unité pour tous les habitants actuels de Colquechaca et ceux qui sont dispersés dans le pays. Beaucoup de pèlerins ont aussi accouru au sanctuaire marial de Surumi. Ils arrivent de notre province, de la province voisine, mais aussi de Cochabamba, d’autres endroits de Bolivie, et même d’Argentine. Le problème est que la route arrive maintenant au sanctuaire, beaucoup de monde arrive en voiture, en car. Je suis seul pour bénir chaque voiture. Il y a tellement de véhicules qu’on ne trouve même pas de passage à pied. Il est difficile de régler la circulation. En plus, on m’offre une cannette de bière pour chaque voiture bénie et j’ai un acolyte qui doit me suivre avec un grand sac pour y mettre toute cette bière. Il y a plus d’une centaine de voitures à bénir pendant plusieurs heures. Heureusement il ne faut pas boire, d’un coup, toutes ces cannettes. Pour terminer, bonnes fêtes de fin d’année, un grand merci à tous ceux qui collaborent à notre action dans cette région qui connaît un certain progrès de la part des autorités publiques mais où la pauvreté est encore très présente. André Verheyleweghen 11


saul contre goliath Rencontre intimiste avec Saul, paysan et guide de montagnes, emporté dans le combat d’une vie pour la préservation de ses terres contre les affres d’un réchauffement climatique dont beaucoup continuent de nier la réalité malgré l’accumulation d’évidences scientifiques. Saul Luciano Lliuya est un paysan péruvien et guide de montagnes dans ces magnifiques paysages des Andes qui l’ont vu naître il y a 37 ans ! Avec sa famille, son épouse et ses deux enfants, Saul vit près de Huaraz dans le Nord du Pérou. Son petit village s’appelle Llupa, 350 habitants, une poignée de petites maisons à flanc de collines, entourées de terres cultivées. Le rêve pour beaucoup d’entre nous. Saul est fier de faire visiter ses terres et ses cultures : des pommes de terre, du quinoa, du blé, du maïs, de l’orge,… Sa maison modeste a une vue imprenable sur les sommets voisins et les glaciers. Saul est né ici et est un des premiers témoins de la fonte dramatique des glaciers des Andes. Quand il était enfant, les sommets étaient tout blancs 365 jours par an. ''En quelques années, les glaciers des Andes ont perdu 40% de leur surface et le phénomène s’accélère'', confie-t-il tristement ! Ces dernières années, Saul est devenu un symbole de la lutte contre le réchauffement climatique et surtout de cette réalité très injuste : les pays développés sont les gros pollueurs de la planète, et les pays les plus ''pauvres'' souffrent en première ligne des conséquences de leur mode de vie.

Un cynisme qu’il est important d’exposer. Saul, sa famille, les 350 habitants de Llupa, les villages voisins et les quelques 50.000 habitants de Huaraz vivent avec une menace constante au-dessus de leur tête. La fonte des glaces fait peser le risque d’une gigantesque inondation de toute la vallée, sans compter le risque de pénurie d’eau potable qui est déjà une réalité, car moins de glace en montagne offre moins d’eau dans la vallée alors qu’elle est la richesse première de ces peuples dont la subsistance dépend essentiellement du travail agricole. Ils vivent à la montagne, avec la montagne et ses rythmes ! Alors, Saul a voulu réagir. Il a décidé, avec l’aide de l’ONG allemande Germanwatch, de poursuivre en justice RWE, un gros groupe énergétique allemand, propriétaire du plus gros parc de centrales à charbon d’Europe. ''RWE est le plus gros émetteur européen de C02'' selon les responsables de Germanwatch, ''il est responsable d’environ 1% de toutes les émissions de gaz à effet de serre industrielle''. Il représente donc un symbole contre lequel Saul a décidé de mener une lutte. 12


Son combat à la 'David contre Goliath' est une grande première sur le sol européen. Pour montrer un exemple concret, Saul et sa petite fille de 7 ans nous conduisent sur le glacier Churup, situé à 4450m d’altitude, à deux heures de marche, en montée et à bout de souffle évidemment ! Outre les témoignages directs et les relevés scientifiques, la fonte des glaces se voit à vue d’œil, les lacs de montagnes, magnifiquement endormis au pied des sommets, gonflent d’années en années et menacent de craquer en déversant un tsunami d’eau et de boue dans les vallées environnantes. Pour Saul, il n’y a qu’un seul responsable : les industries émettrices de gaz à effet de serre. Il faut donc qu’elles en assument la responsabilité. Saul Luciano Lliuya demande à la compagnie RWE de s’engager financièrement (0,5% du budget global) dans des travaux d’urgence de sécurisation des lacs de montagnes qui menacent de déborder. Le défi est grand et la partie est encore loin d’être jouée.

Saul espère pouvoir gagner ce combat, même s’il se rend bien compte que ce ne sera pas facile. Débouté en 1ère instance, son cas sera réétudié en appel devant la Haute Cour Régionale de Hamm en Allemagne. Si nécessaire, il se tournera vers la Cour fédérale. En venant plaider sa cause, Saul a découvert la vie occidentale en Allemagne à plusieurs reprises. Il a découvert une vie « ultra connectée et déconnectée de la nature », mais pour lui, la nature fait partie intégrante de son existence : ses champs, ses animaux, ses montagnes, elle lui donne cette énergie folle pour se battre pour la survie de sa région et de sa famille. Son mot de la fin est à la fois simple et factuel : « si personne ne fait rien, dans quelques années, il n’y aura plus de glaciers » ! Et ainsi disparaîtront, dans l’indifférence des masses, nombre de lieux uniques et leurs communautés.

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honduras Ya no quiere j.o.h.. ! * Depuis ce néfaste jour de juin 2009 où l'armée et la police honduriennes, suivant les ordres de Washington, ont capturé le président Mel Zelaya et ont pris le contrôle du gouvernement, la démocratie a cessé d'exister. Un après l'autre, les présidents qui ont succedé à Zelaya (Micheletti, Lobo et l'actuel Hernández) peuvent être considérés comme légitimes héritiers de cette action violente et illégale contre un gouvernement élu par le peuple. C'est pourquoi on ne peut être surpris de ce qui arrive en ce moment où, à travers un coup d'état électoral, on prétend imposer la réélection de l'actuel mandataire Juan Orlando Hernández, que la grande majorité des hondurien-nes nomment, avec mépris, JOH. Le Honduras n'est pas un pays de plus d'Amérique Centrale. Toujours, depuis les sombres époques de la United Fruit Company jusqu'à ces années des bases militaires de la 'contra' nicaraguéenne, le territoire a servi de soutien aux violences politiques militaristes des Etats-Unis. [...] Un des visages de cette agression est bien l'ambassade des USA, qui, ces heures-ci, est un bouillonnement de consultations entre dirigeants ‘officialistes’ et chefs locaux de la CIA. Avalisant cette histoire d'intromissions, le gouvernement actuel montre, à nouveau, son visage fait d'impunité mais aussi de violence. Tout est valable pour défendre une réélection répudiée par la majorité. Ils ont été nombreux ceux qui, en pleine campagne électorale du candidat Salvador Nasralla, de l’Alliance d’Opposition contre la Dictature (nom on ne peut mieux choisi) ont commencé à entrevoir que la tâche qui les attendait serait plus que difficile. Le futur rendez-vous électoral sentait la fraude de partout [...] La sagesse des hommes et femmes du Conseil des Organisations Populaires et Indigènes (COPINH), la combative organisation à laquelle appartenait Berta Caceres jusqu’à son assassinat, dénonçait le fait que se rendre aux urnes dans ces conditions n’assurait rien de bon pour les secteurs populaires. Et finalement, l’avertissement s’est vérifié à la lettre. Nasralla gagne, indiscutablement, les élections mais le régime manipule grossièrement le Tribunal Suprême Electoral pour que le comptage des votes se voit pratiquement paralysé et une semaine après le vote, il utilise le manque de résultats définitifs pour proclamer ‘la victoire’ de l’actuel président. De cette façon ils consolident la fraude à la lumière du jour et devant une bonne quantité d’observateurs internationaux […] Dans ces circonstances le peuple hondurien, la véritable victime de ces infractions répétées, n’a pas d’autre choix que l’insurrection face à un pouvoir criminel. Il y a les morts de ces dernières heures, mais aussi pour les dizaines d’assassiné-es sous le mandat de JOH, durant lequel des dirigeants populaires, des étudiants, des paysans, des journalistes sont tombés sous les balles de corps policiers militarisés comme ceux qui la nuit de vendredi ont exécuté la jeune Kimberly Dayana Fonseca, pendant qu’elle dénonçait la fraude. * Article traduit du site d'info: http://www.resumenlatinoamericano.org

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Il ne s’agit pas d’un peuple de plus quand on parle de l’hondurien. C’est le même qui, pendant presqu’un an (depuis le renversement de Zelaya), n’a cessé de se mobiliser un seul jour, bloquant des routes et organisant des protestations gigantesques qui ont surpris le monde entier, un peuple qui a su s’unir en un Front de Résistance et qui n’a commencé à perdre de la force que lorsqu’est apparu à l’horizon la tentation du chemin électoral. Maintenant, il insiste à nouveau dans cette voie et, une fois de plus, l’empire (le véritable gestionnaire de ce que pense et fait sa marionnette JOH) a démontré qu’il n’est même pas disposé à laisser passer une instance modérée d’opposition, que le Honduras est sa colonie et que, s’il doit recommencer à massacrer comme aux temps de la United Fruit, il n’hésitera pas à le faire. C’est pour cela que ceux qui luttent dans les rues contre la morgue policière-militaire (eux tous, le Parti Libre, les suiveurs de Nasralla, le COPINH et même le Parti Libéral de Luis Zelaya) savent qu’ils n’ont plus rien à perdre et qu’il jouent, une fois de plus, leur vie dans ce bras de fer. Ils sont en train de montrer au continent qu’il n’est pas l’heure de reculs ni de tergiversations face à une poussée droitière re-colonisatrice qui cogne à chaque porte. Les Etats-Unis, son Comando Sur, ses multinationales et ses avancées paramilitaires y vont à fond. Ils cherchent à imposer une matrice qui veut ‘honduriser’ le continent, comme le soutient un référent des Droits de l’Homme de ce pays. Qu’ils y arrivent ou pas dépendra de la résistance qu’ils trouvent sur le chemin. Le peuple hondurien donne, en ce sens, un exemple de ce qu’il faut faire. Les rues sont sa meilleure scène pour que la fraude ne passe pas inaperçue, pour donner à voir à un niveau international ce qui constitue la ‘démocratie’ de JOH et sa mafia et aussi pour repenser, à la lumière des évènements électoraux, quel type de projet de pouvoir est nécessaire pour que la Patrie de Morazan renaisse entre ses propres mains. Comme en 2009, dans les quartiers et les routes bloquées par des milliers de manifestants, on réentend ce slogan devenu hymne : ‘’Ils ont peur parce que nous n’avons pas peur’’, suivi d’un autre plus actuel : ‘’Dehors JOH, dehors JOH’’. Qu’attendons-nous pour faire sentir la chaleur de la solidarité de peuple à peuple avant qu’il ne soit trop tard ?

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Rien qu'en Argentine il y a 36 nations indigènes [...] A Chubut, une des provinces de Patagonie, le 17 octobre dernier on a retrouvé le cadavre de Santiago Maldonado. Cet épisode qui a suscité l'émoi de la société argentine, a permis de dévoiler la situation de peuples qui se sont toujours régis par la spiritualité, le territoire et une identité connectée á la pachamama. Moira Millán, leader mapuche, explique que face à l'emballement d'un gouvernement “criminel et homogénisateur” le mouvement mapuche incarne la voix de ceux qui misent sur la sauvegarde de la vie et la démocratie directe.[…] Représentante des Femmes Originaires pour le Buen Vivir, Millán réclame que les mouvements altermondialistes se rappellent cette maxime selon laquelle “les privilèges de quelquesuns peuvent constituer la misère de beaucoup d´autres”. A 47 ans, cette weichafe (guérillère) pacifique croit que la lutte mapuche peut être une source d'apprentissage pour un changement de gouvernance dans le monde.

Les mapuches sont les La persécution s'est durcie avec gouvernement conservateur de Macri ?

le

Elle a toujours existé, que ce soit avec des mécanismes subtils ou via l'intégration forcée, qui a souvent dérivé dans des pratiques génocidaires. Il n'y a pas eu que la cooptation qui équivaudrait à séduire le Comment débute ton implication dans la peuple. Ce que font les gouvernements, lutte pour les droits des mapuches ? surtout les progressistes, c'est promouvoir C'est à travers une visite à mes parents qui les droits individuels en mettant à mal les vivent dans un village mapuche. Là, je vais collectifs, éliminant les secteurs dissidents. comprendre que mon identité était liée à la Quels sont les intérêts liés à cette terre. Alors, avec mon frère Mauro, nous répression continue ? sommes allés défendre les droits des habitants de Chubut, là où sera assassiné Les mapuches sont les palestiniens Santiago Maldonado. La lutte mapuche est d'Amérique du Sud, situés sur un territoire très dure parce qu´en Argentine règne la qui va du Pacifique à l'Atlantique. Nous culture europeo-centrée qui nie l'existence structurons 60% de l'économie argentine et chilienne vu que nous avons d'impor-tants des peuples indigènes. gisements de pétrole et autres matières fossiles, raison pour laquelle les * Article traduit de la revue catalane La Directa: https://lundi.am/ 1 https://www.pagina12.com.ar/61147-maten-a-uno-indios-de-mierda-los-vamos-a-cazar

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multinationales et secteurs oligarchiques veulent exploiter la terre. 'Mapuche' veut dire 'GENS DE LA TERRE', cela signifie développer un style de vie qui interpèle radicalement l'actuel système néolibéral. Vous mettez en cause cette logique ? Nous estimons que l'autodétermination nous devons la construire sur la réciprocité avec d'autres peuples. C'est pour ça que l'Etat nous persécute, étant donné que nous suggérons que l'horizon de croissance exige de rétablir les cercles de relation en harmonie avec l'humanité et la nature. Et cela est en contradiction avec la logique dominante, qui est raciste, anthropocentrique, matérialiste, individualiste et patriarcale.

palestiniens d'AmErique ! Il faut repenser notre façon d'entrer en relation avec le monde? Longtemps le capitalisme nous disait: “Répartissons le gâteau en portions selon la capacité d'accumulation”. Après, le communisme proposait de répartir le gâteau en parts égales. Au lieu de cela, les mapuches nous disons: “NOUS NE VOULONS PAS LE GÂTEAU, MAIS BIEN PÉTRIR ET ENFOURNER UN NOUVEAU PACTE PARCE QUE LES INGRÉDIENTS DE CE GÂTEAU NE NOUS PLAISENT PAS”. Cette vision

questionne l'establishment argentin, qui a toujours favorisé l'extractivisme. Pas seulement l'extractivisme des ressources naturelles, mais bien aussi celui de nos corps et de notre spiritualité.

L'assassinat de Santiago Maldonado a donné de la visibilité à votre lutte? Maldonado symbolise un pont entre le peuple mapuche et la société argentine, chose que le gouvernement n'a pas compris. Sûrement parce qu'il s'agit d'un gouvernement rudimen-taire qui importe des modèles répressifs appliqués au Pays Basque par l'État espagnol et aux peuples originaires durant la dictature de Pinochet. Benetton, Lewis et d'autres multinationales sont entrés sur des territoires mapuches avec le soutien de l'État et de groupes paramilitaires. Il est possible de résister et créer un contrepouvoir ? Nous avons besoin de solidarité, parce qu'aucune insurrection ne peut triompher isolée. De même la lutte armée ou l'autodéfense ne peuvent servir face à l'assymétrie que nous avons avec un État qui a présupposé notre mort. Malgré cela, je suis optimiste, parce que le réveil est évident. Il nous faut continuer à être créatifs et, depuis de la désobéissance civile, continuer la stratégie mapuche du pouvoir mariciweu qui dit:

POUR CHAQUE PERSONNE QUI TOMBE DEUX AUTRES SE LEVERONT.

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La importancia de marichuy !

Il semble exister un consensus sur le fait que nous avons besoin d’un changement, pratiquement, en tout. Le chemin ne passe pas nécessairement par les urnes. Pas celles qu’il y a. Mais les apparences sont trompeuses, tout le monde ne souhaite pas le changement. Les élites et leurs satellites justement prétendent que les choses suivent leur cours, bien que cela nous conduise à un abîme dont elles espèrent sortir avec des profits. Ailleurs, chez la plus grande partie des mexicains, se généralise la certitude qu’on ne peut faire confiance aux partis ni aux gouvernements. L’électorat, qui devrait accueillir tous les adultes mais n’en accueille qu’une partie, se divise artificiellement. Les uns se résignent à ‘más de lo mismo’ (plus du même), les autres cherchent le changement (au moins de mains) par le même chemin. D’autres encore, une quantité non comptée mais significative de mexicains, vit une réalité très différente, crue et concrète, où les termes actuels du présupposé changement politique sont bullshit, pardonnez l’anglicisme. En tant que nation, les mexicains nous devons affronter de sérieux démons (vu que nous les avons) et comme disait un célèbre procureur qui a mal fini, les démons marchent librement et ont triomphé. Pour un changement nous devons nous débarrasser des fantômes d’hypocrisie rageuse : racisme, sexisme, violence domestique, corruption par habitude, prédisposition à se taire et tenir bon. La société majoritaire – celle qui ne se considère pas indigène – est daltonienne, elle ne distingue pas les couleurs, sa gamme se limite au clair obscur, et sans sourciller elle s’aligne au côté clair de l’identité (réelle ou fantasmée). Les stéréotypes collectifs et publicitaires de respectabilité, intelligence et beauté le promeuvent et garantissent. 18


Confrontés quotidiennement aux menaces de pillage, militarisation, division, expulsion, empoisonnement goutte à goutte et destruction de l’habitat, une partie importante des mexicains peut témoigner de la réalité de vivre agressés et la détermination de ne pas se laisser faire. La lutte continue à être de classes par la faute, non de ceux d’en bas, mais de ceux d’en haut. [...] Ils ont tous une histoire sombre. Ils accaparent, écrasent, cooptent, détruisent. L’argent, l’eau, l’énergie, la terre et le vent les intéressent plus que notre souveraineté, les gens et les communautés, où leurs griffes avancent et se plantent. On continue à se heurter au vieux capitalisme. Dans ces peuples et leurs millions d’esprits la vie n’admet pas de capitalisme, toute lutte qu’ils entreprennent sera anticapitaliste. Maria de Jesús Patricio, porte-parole du Congrès National Indigène et son Conseil Indigène de Gouvernement, prend pour cible ce principe au cœur des fantômes et des démons. Elle ne promet pas, elle convoque à faire. Elle demande un soutien explicite, pas un vote secret. Elle met l’accent sur ce qui importe. Indigène, femme, mère, activiste, au service de la communauté. Aussi simple que ça. En excellente compagnie, Marichuy fait face à une intempérie dominée par des canailles prêtes à la boucherie médiatique que la ‘particratie’ adore. Sa condition de femme et son discours démasquent les tromperies de cette candidate conjointe du président qui nous a déclaré la guerre, éduquée dans le phalangisme, conservatrice de carrière et potentiel plan B pour les élites, les commandements et leurs campagnes pour les masses. Dans le Mexique patriarcal et violent, les femmes représentent visiblement un défi, on les dégrade, on leur fait mal et on les assassine comme sport. A la fois, pour le Mexique classiste et raciste, les indiens incarnent un défi qui tenta d’être insurmontable. Le soulèvement armé de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) il y a 23 ans a, non seulement, inauguré l’expérience collective d’autogouvernement la plus durable et formidable de notre histoire, mais semé dans la conscience de millions d’indigènes mexicains une empreinte qui ne se dissipe pas et a grandi beaucoup culturellement. Les sondages ne lui sont pas favorables. La brutalité (ou est-ce de l’ignorance raciste ?) de l’autorité électorale prédispose l’effacement médiatique, l’habituelle invisibilité des indiens, la faible considération envers les femmes quand elles ne servent pas de chair à canon, la cécité face aux conditions objectives de la population rurale, des quartiers et migrante. Marichuy vient de là et c’est de là qu’elle parle. Les ‘indigenas’ peuvent n’être que 25 pourcent de la population nationale : ils sont des millions et constituent 25 pourcent de la population indigène de toute l’Amérique. L’impact de sa voix, l’aspect inclusif de son discours non électoral ni électoraliste devront atteindre de larges secteurs de ce Mexique blessé. Elle et toutes celles et ceux qui sortent à sa suite parlent avec la réalité, quelque chose d’extraordinaire dans un pays en simulation perpétuelle. Hermann Bellinghausen

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SOUPER BEAUFAYS ''Amoureux de la solidari té''

SAMEDI (souper en solidarité vec la Bolivie) 10 FEVRIER 2018 'Espace Beaufays' (19h) Voie de l'Air Pur 227

MARCHE ADEPS LAVOIR

DIMANCHE

18 MARS 2018

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Journal 4 2017  

Pour finir l'année en beauté un numéro avec plein nouvelles d'initiatives amies et de l'actu latino-américaine. Un numéro où on essayé de te...

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