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Rien d’Important Yaël Maïm


Quoique moins agressif qu’un affront direct, le manque de respect peut revêtir une forme tout aussi blessante. Il n’y a pas d’affront, mais il n’y a pas de reconnaissance non plus : on n’est pas vu, pas perçu comme un être humain à part entière, homme ou femme, dont la présence importe. Richard Senett, Respect


veuillez patienter


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carte bancaire ma carte bancaire ma carte bancaire ma e ma carte bancaire ma carte bancaire ma carte bancaire ma carte bancaire ma carte bancaire ma carte bancaire caire ma carte bancaire ma carte bancaire ma carte bancaire ma carte bancaire ma carte bancaire ma carte


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J’insère dans la fente ma carte bancaire et tapote les touches lumineuses du clavier. J’inscris les dates d’anniversaire des mes trois sœurs en contrôlant la visibilité des informations qui s’impriment sur l’écran. Alors que mes yeux fixent la lucarne incorporée dans le mur, le haut de la fenêtre digitale se met à trembler. Des interférences encerclent le lieu et me font croire à un hold-up informatique. J’ai peur qu’on cambriole mes chiffres. Je les collecte avec amour et les classe dans des intercalaires cartonnés et des pochettes transparentes bordées de bandelettes pâles systématiquement trouées dont le format est légèrement plus grand que A4. L’ensemble est visité plusieurs fois par semaine car il requiert une attention particulière : les données numériques sont parfois timides. Elles ont tendance à rougir. Une silhouette, cheveux courts veste bombée sans manche, s’approche du bancomat situé en face de la porte vitrée coulissante. Elle va me voler au moyen de son téléphone portable et émettre des signaux cryptés pour transférer les données à ses complices qui se cachent dans le fourgon blindé que j’ai croisé au dernier carrefour. Les proies patientent. Je me retourne pour deviner quelle figure en vaut la peine : La doudoune bleue se demande si elle a des fuites. L’écharpe grise à fines rayures s’interroge sur le montant du dernier versement désire s’acheter des gants qui vont avec. Le trench brun foncé suppose que son découvert ne fera pas trop de bruit. On manipule les machines en silence. Les billets caressent nos doigts gelés. C’est bon quand ils sortent tout beaux repassés du ventre de la bête. J’attends que l’animal veuille bien me satisfaire. J’imagine heureuse assoupie rassasiée relâchée détendue que du liquide sort en profusion. Je me frotte avec comme si ça pouvait me réchauffer. Mais cette fois rien ne sort. Je fais semblant de retirer et recule l’air de rien.


notice d’entretien


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En marchant dans la direction des bureaux de l’insertion sociale l’idée de n’avoir rien à mâcher fraîcheur de vivre m’empêche d’avancer correctement. Vu ce qui précède, le Conseil d’État a l’honneur de proposer au Grand Conseil d’adopter les projets de lois ci-après. Avant de se rendre à un rendez-vous, il est conseillé de se rappeler quelques règles : Rincer légèrement la bouche Ne pas oublier son agenda Remplir-dater-signer la feuille verte chaque fin de mois Valoriser son interlocuteur Lui faire comprendre à quel point il est indispensable Prendre des nouvelles de sa famille Exprimer sa gratitude et demander pardon


mon nom est JAD


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je suis une facture impayĂŠe


Une enquête révèle des traces de situation financière illégale. Abonnée aux frais de rappel, j’ai l’obligation de montrer ma face. Les flics, au service de mes créanciers, me cherchent au sujet d’un acte de poursuite. Après n’avoir pas réussi à joindre la requérante, ils parlent à la personne responsable des locaux, qui leur répond qu’elle n’habite plus là. La présente loi a pour but de venir en aide aux personnes ayant des difficultés sociales ou dépourvues des moyens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine. LASV 850.051, Loi sur l’Action Sociale Vaudoise 850.051 du 2 décembre 2003, art. 1, al.1.

Ça arrive aux oreilles des


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Vous avez changez de domicile sans nous avertir ! Vous allez devoir rembourser ce qu’on vous a donné. Vous nous avez menti. C’est très grave. Maintenant vous allez tout perdre. Vous risquez de devoir payer une amende salée. Vous avez mis en péril votre formation. Pourquoi avez-vous fait ça ? Vous avez trahi notre confiance. Les agents sont sous pression : Elles évoluent dans un climat de suspicion. Elles me financent une formation qui se situe dans une autre région. Cette situation rend impossible l’accès à la liste des logements subventionnés. Il est inutile des souligner le dégoût des gérances pour les dossiers qui ne correspondent pas aux critères de solvabilité.


lutte anti-fraude


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Je fais partie d’une mini-brigade qui a pour mission de traquer les fraudeurs. La plupart des grandes villes de Suisse, où résident la majorité des bénéficiaires, disposent désormais d’enquêteurs de l’aide sociale. Face à ce phénomène, alimenté par des statistiques et des dénonciations, les pouvoirs publics serrent désormais la vis. C’est dans un contexte marqué par l’explosion des coûts sociaux que le problème des perceptions indues a émergé. La piste que je suis me mène dans un immeuble soigné proche des beaux quartiers de Lausanne. Je toque à la porte d’un locataire, le salue et lui demande des renseignements sur son voisin de dessous. J’aimerais savoir s’il habite seul. Toutes les informations obtenues figurent déjà dans mon journal de filature, où je consigne les étapes de la trentaine d’enquêtes dont je m’occupe. Au passage, je note le numéro d’une plaque de voiture stationnée devant l’immeuble. Avant de me lancer, téléphone en main, je préfère aller faire une autre vérification de terrain. Cette fois-ci à proximité d’un quartier nettement moins souriant de l’ouest lausannois. Je n’apprendrai là non plus rien d’important. Avec mes trois collègues exclusivement chargés de pister les fraudeurs, je suis fière d’avoir découvert 2,6 millions de francs d’indus suite aux enquêtes demandées cette année. Ceci pour des versements à titre de l’aide sociale qui se montent à près de 90 millions aujourd’hui, contre 10 millions en 1990. Cependant la majorité des cas concernent des bénéficiaires honnêtes. Aller plus loin dans la surveillance risquerait de leur porter atteinte. Même si, comme chacun de mes collègues, je n’ai affaire qu’à des dossiers de personnes soupçonnées d’avoir triché, je garde foi dans le système social suisse. C’est un dispositif de prévention et de répression proportionné, adapté au besoin et sévère. Les dénonciations de la part de privés et les demandes d’enquête adressées par les assistants sociaux lorsqu’ils soupçonnent un cas d’abus ne cessent de progresser. En 1999, première année de fonctionnement où j’étais la seule enquêtrice qui s’occupait de cette tâche, 32 investigations avaient été menées, contre 295 à fin novembre 2008.


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Je dispose d’une nouvelle arme, introduite par l’État de Vaud au début 2008 : la systématisation d’une signature d’une procuration générale qui autorise les fonctionnaires à se renseigner auprès des organes de l’Etat, des employeurs et surtout des banques afin de détecter d’éventuels comptes non déclarés. Je suis policière dans l’âme. Non plutôt détective. J’aime les dossiers épais et les photos passeport de mauvaise qualité qui parsèment mon bureau. Mon amie assistante sociale et moi-même sommes convaincues qu’une telle mesure est normale. Naturellement la procuration est utilisée uniquement en cas de doute sur la probité du bénéficiaire. Cet instrument a considérablement élargi nos possibilités. À la moitié du temps passé sur le terrain en filatures et surveillances s’ajoute donc une autre moitié consacrée à des coups de fil, des envois de courrier et à la rédaction de rapports. Mon amie a récemment exigé la signature de la procuration à une jeune bénéficiaire qui exprimait son désaccord, affirmant soi-disant que cette procuration permet une intrusion de l’État sans limites dans sa vie privée. La responsable lui a bien fait comprendre que si elle refusait, elle subirait de lourdes sanctions. Un an après la signature, la travailleuse sociale rend à la requérante une photocopie de la procuration, expliquant brièvement que les services publics n’ont pas le droit de la garder. En parcourant le « courrier » sur le net, je cherche à comprendre les raisons de ce retournement de situation : En février 2009, une bénéficiaire du RI obtient gain de cause devant le tribunal cantonal après avoir été sanctionnée : la procuration est considérée comme illégale.


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il existe des manières de vivre qui méritent d’être corrigées


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Le bureau trône au milieu de la pièce. Ça sent le règlement de comptes. Il y a Pitié, Autorité, Finance et Contrôle. Elles prennent la parole. Et montent les tons. Les combats se déroulent comme les langues qui tombent sur le bureau. La langue 4 surmonte la 3, qui surmonte la 2, qui surmonte la 1, puis qui me surmonte moi-même. Quatre figures sont présentes en face de moi. Je tente d’y mettre ma langue aussi. Madame Autorité me conseille de surélever mes fesses pour les tendre sur le plateau. C’est elle qui m’a appris à avoir le dernier mot. Je penche la tête pour mieux les observer. Molle, je me glisse sur le contreplaqué, ma chaise me quitte. La transition est silencieuse et se fige dans le temps. C’est vaporeux, presque sucré. De la cuisine moléculaire. Le mets : c’est moi. Elles vont me bouffer. Sans rien avaler.

À première vue je laisse crever mon bonsaï.

Suivre des cours SM pour changer de statut.


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Mes doigts ont la même taille que mes cuisses. Elles me dégustent comme on fait tourner du vin sous le palais.

Intégration. J’ai plutôt envie de me désintégrer. Si tu inspires Madame Pitié, c’est gagné. La carte-joker-problème-psychologique marche 9 fois sur 10. Elle va t’adorer.


Je remercie l’État de me donner la chance d’étudier. Je remercie l’État car j’ai gagné à la roue de la légitimité. Je remercie l’État de subvenir à mes besoins, car mes ressources personnelles ne me le permettent pas. Je remercie l’État de m’informer que je suis privilégiée. Je remercie l’État de bien vouloir m’insérer. Je remercie l’État car je n’accumule pas trop de critères de marginalité. Je remercie l’État de me montrer les priorités. Je remercie l’État de m’aider à vivre dans la dignité. Je remercie l’État de me juger non-autonome, en difficulté.


un tas d’enveloppes encore vierges


J’avale des antidépresseurs comme me l’a conseillé mon psychiatre. Le psychiatre que je suis allé voir comme me l’a conseillé mon assistante sociale.


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Les consultations chez le psychiatre sont prises en charge par la caisse d’assurance-maladie qui me poursuit pour cause de non-paiement.


ma colocataire est priĂŠe de signer la dĂŠclaration de non-partage du frigo


Lorsque 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 personnes faisant partie d’un même ménage se retrouvent au revenu d’insertion, leur forfait se réduit proportionnellement au nombre de partageurs de frigos. Par ménage, il faut entendre toute personne vivant sous le même toit.


je lui serre la main avec la mauvaise main


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Jeudi 8h33 Je fais un tour aux urgences psychiatriques. Dans la salle d’attente, je pose mon bras sur ma poitrine. Une infirmière vient me chercher. Je bois un verre d’eau. L’idée du vide n’est pas très loin. Ça pue à 10 kilomètres à la ronde. Je me bouffe le doigt et suçote le sang pour m’accrocher à quelque chose de tangible.


1 lit d’hôpital, 1 table basse, 1 paquet de mouchoirs, 3 chaises


Le docteur arrive. Il me pose pleins de questions orientĂŠes.


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Il remplit les cases pour son diagnostic : Attaque de panique et symptomatologie dépressive. Avez-vous des pensées suicidaires ? L’infirmière de santé publique doit se renseigner si ma caisse maladie paie une prise en charge ambulatoire. Il me tend un neuroleptique. Impossible de le sortir de sa capsule. Je lui retends. Il me l’ouvre pour moi. Le médicament commence à faire effet. Les cheveux se tortillent autour de mes doigts. On parle. De sensibilité horsnorme. D’histoires administraffectives. Il dit que même quand on n’est pas fragilisé, c’est difficile à gérer les problèmes financiers.


J’acquiesce pour lui faire plaisir.


Il m’envoie au Centre de Thérapie Brève.


les dossiers rangés côte-à-côte se serrent les coudes


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Jeudi 8h33 Je fais un tour au Centre de Thérapie Brève. Dans la salle d’attente, je pose mon bras sur ma poitrine. Une infirmière vient me chercher. Je bois un verre d’eau. L’idée du vide n’est pas très loin. Ça pue à 10 kilomètres à la ronde. Je me bouffe le doigt et suçote le sang pour m’accrocher à quelque chose de tangible.


1 table, 1 table basse, 1 paquet de mouchoirs, 4 chaises


La doctoresse arrive. Elle me pose pleins de questions orientĂŠes.


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Elle se renseigne sur l’adresse de la patiente, qui explique toutes les versions, domicile légal, contrôle des habitants, situation financière. Elles tirent une mauvaise tête, pourtant elles se donnent la peine de comprendre. Il faut vérifier si l’assurance paie pour une prise en charge semi-hospitalière. L’infirmière de santé publique et le médecin des urgences ont vérifié, c’est pour ça qu’ils l’ont envoyée ici ! Elles voudraient bien l’aider. Il vaudrait mieux faire appel à leur assistante sociale.


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L’assistante sociale arrive. Elle explique que la caisse maladie ne prendra rien en charge. Il faut résider dans la région pour pouvoir bénéficier de leurs soins. On appelle la cheffe de clinique. Elle arrive triomphante et demande de répéter.


รงa sent le foie gras


Une pièce nanotechnologique prend possession du corps de la jeune femme.


Je nĂŠgocie les termes de ma sortie.


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La cheffe de clinique propose de se revoir à 15h. Il faut appeler quelqu’un qui vienne me chercher car il est hors de question de me laisser partir dans cet état. Je sors mon téléphone et tente d’avoir l’esprit clair. Cette action est difficile à accomplir je vois trouble. Une complice arrive. Elle tend ses bras dans ma direction. Nous allons manger du poisson cru en attendant 15h. Il est 15h. Les deux médecins, l’infirmière et l’assistante sociale sont là. La cheffe présente la marche à suivre et explique qu’un rendez-vous est fixé à la Permanence Médicale Universitaire dans la région de mon domicile légal.


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1 certificat de non-travail jusqu’à après-demain 4 Zyprexa de 2,5 mg 1 liste d’adresses de psychiatres 1 rendez-vous à la PMU demain à 11h


1 rendez-vous auquel je ne me pointerai pas


annexes


La dépendance du Revenu d’Insertion (RI) d’un nombre élevé de jeunes adultes constitue une réalité sociale inquiétante. Plus de 2’000 jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans sont inscrits auprès d’un Centre Social Régional (CSR). Environ 70% d’entre eux ne disposent pas d’une formation professionnelle accomplie. Préoccupé par cette problématique aux conséquences sociales et financières majeures – il convient de rappeler qu’une année de RI pour une personne seule coûte en moyenne environ 25’000.- par année –, le Conseil d’État a décidé en 2006 du lancement du programme d’insertion des Jeunes Adultes en Difficulté par la Formation professionnelle (FORJAD) sous la responsabilité du Département de la Santé et de l’Action Sociale (DSAS), du Département de la Formation, de la Jeunesse et de la Culture (DFJC) et du Département de l’Économie (DEC). Ce programme prévoit l’entrée en apprentissage de jeunes adultes sans formation professionnelle issus du RI. La majorité suit une formation duale classique en entreprise. Les autres personnes se répartissent entre les écoles professionnelles publiques et privées ainsi que parmi les institutions spécialisées dans l’insertion de personnes en situation de handicap.


Table

7 veuillez patienter 11 notice d’entretien déclaration de revenus 17 je suis une facture impayée 21 lutte anti-fraude procuration générale simple 27 il existe des manières de vivre qui méritent d’être corrigées 33 un tas d’enveloppes encore vierges 37 ma colocataire est priée de signer la déclaration de non-partage du frigo budget RI 41 je lui serre la main avec la mauvaise main 49 les dossiers rangés côte-à-côte se serrent les coudes avis de sortie 65 annexes


Rien d’Important, Yaël Maïm, 2010 travail de diplôme Bachelor HEAD Genève http://yaelmaim.posterous.com



Rien d'Important