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Flying roof

Regard du quartier Ce quartier semble se construire autour du vide. Au-delà des alignements sur rue étonnement bien respectés, le reste semble être établit selon un heureux, ou malheureux, concours de circonstances. La preuve en est cette récurrence du mitage informe produit par les constructions de fortune au cœur des «ilots», si on peut les nommer ainsi, en tous cas en retrait des axes principaux. Le paradoxe est alors flagrant entre cette apparente flottaison des éléments constituant ce tissu et les «blocks» ou «ilots» parfaitement formés, où le découpage parcellaire rigoureux est de mise. Ils rappellent d’ailleurs ces «blocks» de Los Angeles s’étendant à perte de vue, constituant un tissu uniformément rigoureux prônant l’orthogonalité absolue, bref la «grille urbaine». Pourtant, de nombreux éléments rattachent ce quartier – car il s’agit bien ici d’un quartier qu’il convient de considérer dans son ensemble – à des formes urbaines profondément ancrées dans un occidentalisme renaissant


Lorsque l’on observe la forme des éléments bâtis constituants les blocks, on note que de nombreux décrochés, retournements orthogonaux, ainsi que l’orientation de certains bâtiments esseulés, forment une dynamique convergente en un lieu central. Ce lieu que nous appellerons place centrale est encore plus lisible lorsque les ilots que nous devinons intuitivement présents sont complétés. Il ne s’agit pas ici d’imaginer des continuités fantasques qui apparaîtraient cependant rassurantes au regard de la dissolution des éléments bâtis dans ce secteur. Non, il est bien question de lecture de

l’existant et de matérialisation de limites urbaines déjà esquissées au travers des installations bâties présentes. Alors donc, cet espace central intuitivement perçut prend forme. Et c’est alors que nous apparaît le modèle de composition de la Renaissance, le trident et sa spectaculaire mise en scène de l’espace urbain à toutes les échelles. Loin de nous l’idée de marquer le projet d’une empreinte néo colonialiste déplacée, voulant absolument chercher dans un concours de circonstances urbaines le génie occidental écrasant et dominateur.


épices

fleurs

fruits&légumes

produits de la mer

viande

journaux

café

Au contraire, nous pensons que cette lecture participe de ce que Siza appelle « l’évidence ». Imaginer l’évidence. Le dessin et le regard intuitifs poussent à accrocher le projet à des éléments profondément attachés au site dans lequel il se trouve. D’autant plus ici que le territoire nous est inconnu. Alors le projet paraît une évidence finale en tant que réponse à des problématiques soulevées par le site. Guidé par cette démarche et cette recherche de continuité «naturelle» des espaces urbains – bâtis ou vides – font de nouveau

apparaître cette logique de la place et offrent même des enchaînements spatiaux intéressants. C’est cet enchaînement spatial qui motive le reste de la démarche du projet. De l’échelle du quartier à l’échelle du bâtiment lui-même.Oublierions nous le lien du projet à l’identité marocaine dans l’urbanité de Casablanca ? sans doute pas. Notre modèle commun du souk ne représente-t’-il pas lui-même une multitude d’enchaînement spatiaux, au travers desquels le promeneur, touriste et autre négociant se trouvent plongés dans d’innombrables univers sensoriels ?


Chaque croisement de rue n’offre-t’-il pas saveurs, odeurs, atmosphères, lumières différentes voire radicalement opposées ? Il semble que oui. Alors la rue tient le premier rôle. Son gabarit dans le souk la rapproche plutôt de la galerie mais son rôle social et spatial tient les devants. C’est à la fois le lieu du mouvement – des foules – de la contemplation – des marchandises – des échanges – humains et matériels – du repos – le thé, le gâteau, la chicha… Puis le temps entre dans la partie. Le temps rapide de l’achat, de la négociation, du choix des produits,

des regards sur l’autre. Et puis, le temps semble ralentir voire se suspendre au détour d’une rue. Parce que le calme est revenu, parce que la lumière n’est plus la même, parce qu’on ne négocie pas, on discute, parce qu’on partage – un thé ou une chicha ou les deux. Et alors le regard sur l’espace qui nous entoure change. On est sur une place. Si petite soit-elle, elle tranche radicalement avec la spatialité, parfois si oppressante, de la rue du souk. Elle est alors une respiration urbaine, une oasis, où tout est différent.


implantation recouvrant l’angle et marquant le croisement

L’espace vert développé par le rythme de la structure

Le front bâti est complété

Le marché continue son développement par contagion

En plus d’être un lieu de rencontre, c’est un lieu où l’on se sent bien car c’est ombragé. Salutaire par temps de grande chaleur. La place a montré une importance accrue dans les tissus urbains denses traditionnels du Nord de l’Afrique, notamment dans le M’Zab. Là, l’espace de vie communautaire se partage entre le continuum des toitures plates et la place intimiste, percée au cœur d’une masse bâtie qui semble n’être qu’une seule et même pièce urbaine.

Alors voilà, ce premier regard lance des pistes identifiables comme l’importance de la rue et de la place, l’enchaînement spatial et temporel, le continuum bâti, qui forment ilots et cohérence du projet dans toutes ses échelles, du quartier au bâtiment. BUMP !



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