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le magazine impertinent

qui cause de bulles et de pixels

Jean-Mi répond à HS 02

Une lecture attentive et critique du rapport du MOTif sur l’offre numérique illégale en bande dessinée...


BDZ Mag

Les publications

B.D.Z - Le mag - HS#01 - Février 201 2 © BDz Mag Team 201 2


Jean-Mi, le monsieur coup-de-gueule du BDZ mag, a décidé d’analyser l’extrait de l’étude du MOTif (l’observatoire du livre et l’écrit de la Région Ile-de-France) sur les BDZ(1 ), intitulée « L’offre numérique illégale des livres français sur Internet en 2011 : focus sur le piratage de la BD ». Extrait rendu public quelques jours avant le salon d’Angoulême… Depuis sept ans, notre Jean-Mi sillonne avec sa citrouille les routes escarpées du scan et suit toutes les offres légales. On peut dire sans flatterie que c’est un spécialiste de la question. Il va vous dire des vérités qui vont en fâcher certains : on s’en moque, il est temps d’arrêter les pseudo-études qui utilisent un protocole fantasque. Vous voulez la vérité. On va vous la dire. Pour commencer, je vous rappelle que la première étude du MOTifsur la question, celle de 2009, évaluait entre 2000 et 3000 le nombre de titres de BD pirates sur le net. Les recherches avaient manifestement été faites sans vision profonde des choses, ce qui a donné un résultat totalement erroné. Dans leur dernière étude, ils s’apercoivent qu’il y a en réalite près de 40000 scans. Cherchez l’erreur ! Les scanners ont dû chauffer dur en trois ans  ! Nous ne comprenons pas le but de ce genre d’etude. Peut-être est-elle réalisée pour justifier des propos comme ceux de Philippe Ostermann, directeur général des éditions Dargaud  ? Copie de notre échange sur facebook : BDZ Mag (question posée directement à Dargaud) :

« Pour l’industrie de la bande dessinée, le piratage représente évidemment un manque à gagner. "Les revenus des éditeurs, mais aussi ceux des auteurs vont baisser de 20%", assure Philippe Ostermann, directeur général adjoint des éditions Dargaud au micro d’Europe1 . » Pouvez-vous expliquer ce chiffre, et comment Monsieur Ostermann l’a obtenu ? Dargaud :

En réalité, il a dit sur Europe 1 que le piratage pour le moment était faible, mais que, lorsqu’il représenterait 20% des ventes, il ne fallait pas oublier que cela affecterait les auteurs, à hauteur (forcément) de 20% de leurs droits aussi... (Notons que l’interview en question n’est plus accessible… aucun moyen donc de vérifier)

1. http://www.lemotif.fr/fichier/motif_fichier/352/fichier_fichier_le.motif.ebookz3.2.pdf page 3


BDZ Mag :

A tout évidence Monsieur Ostermann maîtrise un peu l’arithmétique... Quand le piratage sera à 1 0%, il y aura une baisse de 1 0%, et à 20%, une baisse de 20 %... La logique est bonne, mais il y a un point qui doit être mis en évidence : le nombre de téléchargements d’un scan peut déjà atteindre facilement l’équivalent de sa version papier et même la surpasser suivant les cas. Et cela depuis nombre d’années. À l’heure actuelle, il n’y a aucun moyen de mesurer une perte des ventes due aux téléchargements. Donc dire qu’il y aura une baisse des revenus des auteurs quand ça atteindra 20%, c’est une manière d’escroquer ces mêmes auteurs en faisant reporter sur les pirates la baisse de leurs revenus. La crise qui touche les auteurs de BD n’est pas due au piratage, loin de là, tous sont unanimes sur ce point. Le piratage est la parfaite excuse des ayants-droits pour justifier des actions drastiques (je ne donne pas d’exemples, il y en a trop).

Suite à cette remarque, le sujet a été effacé de mur de Dargaud... Sans le savoir, Philippe Ostermann a fait une première. Eh oui ! C’est le premier qui considère qu’il a un manque à gagner à cause du piratage. Bravo, il fallait bien un premier pour oser le dire  ! Alors, avec mes petits yeux perçants, je me suis attaqué à l’étude du MOTif. Mon premier sentiment était partagé  : d’un côté, l’auteur de l’étude dépeint les teams comme une mafia organisée, et de l’autre il minimise les répercussions de ce piratage. Que croire  ? Si j‘étais parano, je dirais qu’il y a dans cette étude une volonté sournoise de démontrer aux auteurs de BD qu’ils sont des victimes des méchants pirates, sans parler du buzz qu’elle a engendré, surtout en étant rendue publique à la veille du salon d’Angoulème. Mais je me trompe sûrement. L’auteur de l’étude est Mathias Daval (d’Edysseus Consulting). Enchanté. Moi c’est Jean-Mi (de BDZ mag).

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Les présentations sont faites. Commençons... L’angle d’étude : Que trouve à télécharger un internaute moyennement expérimenté dans le secteur de la BD piratée ? Les circuits de diffusion pirate étudiés : a) eDonkey : le peer to peer (P2P) via le réseau eDonkey (ed2k) : analyse détaillée des 32 000 fichiers du principal agrégateur. b) Torrent : le P2P via le résea u torrent : analyse des 5 600 résultats du principal moteur de recherche. c) téléchargement direct (direct download ou DDL) : échantillon de 311 fichiers publiés entre septembre et décembre 2011. d) Streaming : lecture en ligne de mangas, ou scantrad.

On voit d’abord que l’internaute « moyennement expérimenté » est capable de trouver des scans sur du torrent, du direct download, en passant par le streaming et emule. L’internaute décrit ici n’est pas moyennement expérimenté : c’est déjà un internaute aguerri, qui sait exactement là où il doit aller pour télécharger... Le Jean-Mi a fait un test, juste pour rire, en se mettant dans la peau d’un internaute novice qui veut de la BD numérique pour remplir la magnifique tablette qu’il a reçue à Noël. Il est donc allé voir son meilleur ami, monsieur Google, et a lancé une recherche avec « bd numerique ». Voici les résultats :

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Bien sûr, les offres légales apparaissent en premier. Mais si cela ne lui convient pas, on est sûr qu’il ira vers l’offre pirate, puisque l’info sur le piratage de la BD est si bien référencée. Il est vrai que depuis 2009 et l’arrivée des offres légales, le buzz autour du piratage des BD l’a fait exploser... Eh oui ! C’est surtout l’arrivée des tablettes, et la faiblesse de l’offre légale qui a créé une demande... Et les études du MOTif ont mis le partage en pleine lumière alors qu’avant il était confidentiel. C’était vaguement une sous-rubrique dans les forums généralistes (loin derrière les DiVX et les MP3), une zone presque morte, alors que maintenant c’est devenue une section très vivante. Pour les offres légales, il serait peut-être temps de réfléchir à être plus performants avant que le train passe. Il sera dur de courir jusqu’à la prochaine gare...

UNE MULTITUDE DE TEAMS ORGANISÉES Contrairement aux ebooks en général pour lesquels il n’existe en France qu’une poignée de teams (équipes) véritablement organisée et produisant régulièrement des releases (diffusion) de qualité, on trouve une multitude de teams dédiées à la BD.

Ça commence très fort : dans la BD, je précise BD franco-belge et comics (hors manga), le nombre de teams ne dépasse pas les doigts d’une main... Il y a quelques électrons libres par-ci par-là, mais c’est insignifiant. Et je voudrais bien savoir où l’auteur a pu en trouver une « multitude » ! Sur quoi ce fonde-t-il pour faire cette affirmation ? Peut-il les nommer ? Les a-t-il contactées ? J’ai vraiment le sentiment qu’il s’agit là d’une remarque gratuite, uniquement faite pour justifier le nombre de BD pirates en circulation... où alors il confond teams et forums... ce qui serait encore plus grave...

SCANTRAD : UNE ÉVALUATION DE LA DEMANDE La BD se prête particulièrement bien à la lecture en streaming. C’est un modèle qu’ont développé la plupart des plates-formes légales de BD numérique et qui se retrouve également sur les plates-formes illégales de scantrad. La lecture en ligne est une pratique ancienne et structurée (en sites, teams, etc.) pour le manga piraté, ce qui n’est pas le cas pour les autres types de BD.

Qu’est-ce qui lui permet d’affirmer que « La BD se prête particulièrement bien à la lecture en streaming »... sinon parce que « c’est un modèle qu’ont développé la plupart des plates-formes légales de BD numérique » ? Si aucune team de BD ne fait de streaming, c’est que cela exige des serveurs, une visibilité, des fichiers accessibles... que si l’on veut des images de qualité, leur poids interdit une lecture fluide de page à page. En fait, ça n’a aucun intérêt : la demande est d’avoir du contenu stockable et transportable, qu’on peut consulter n’importe où, avec ou sans connexion. Certes il précise à la fin qu’il ne parle que du manga, mais la confusion est faite. D’ailleurs, au sujet du streaming, je tiens à signaler que Delcourt a récemment quitté « izneo » (streaming) pour se tourner vers Hachette (vente de PDF en téléchargement), ce qui en dit long. Et bien que j’estime que le choix de Hachette n’est pas le meilleur, il est intéressant de noter cette décision...

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Agrégateurs généralistes : peuvent aller d’une énorme plate-forme de scantrad regroupant plus de 800 séries de mangas réalisées par 200 teams différentes, à une plate-forme moyenne avec 50 à 200 séries provenant d’une vingtaine de teams, en passant par une multitude de sites personnels indexant quelques dizaines de mangas chacun.

Encore de l’exagération, comme pour les teams de BD franco-belge ! S’il existe un max de 50 teams dans le manga, et je suis généreux, c’est vraiment le bout du monde ! Il suffit de taper « liste scantrad » sur Google pour s’en rendre compte.

Les fichiers illégaux sont de très bonne qualité, et produits par de nombreuses teams pirates très organisées et composées de passionnés. Les fichiers (PDF et JPG ; pas d’epub) ont une taille moyenne de 30 Mo. Nous ne constatons pas de « crackage » de fichiers numériques légaux ; le piratage de la BD reste donc une pratique par scannage.

Quand je lis ça, je ne peux que me pose deux questions : Dans un premier temps, quelles compétences a l’auteur de l’étude pour juger la qualité des fichiers ? et dans un deuxième temps, qu’est-ce qui lui permet de différencier un fichier cracké d’un scan ? Pour comprendre la qualité des différents scans, il faut les classer par genre (ce qui manque affreusement dans cette étude qui englobe tout dans le terme de « BD ») : 1 . manga : teams qui privilégient la production de quantité à la qualité, ce qui donne des scans bruts, juste lisibles dans la grande majorité des cas, avec des tailles d’image allant de 1 000 pixels environ pour la simple page à 2000 pixels pour les doubles (le gros de la production : les albums étant scannés double-page ouverte sur la vitre) 2. la BD franco-belge : beaucoup de scans ne datent pas d’hier (le scan a débuté il y a près de douze ans) ce qui donne une grosse quantité de fichiers de 1 280 pixels (les premiers) en passant par du 1 600 (il y a quatre ou cinq ans) en allant au 1 920 pixels (les plus récents). L’ensemble de la production est lisible a 80 %. La très bonne qualité, c’est 20 % de l’ensemble... et encore, comme je suis très à cheval sur la qualité, je dirai même1 0 %. 3. le comics : comme pour la BD franco-belge, beaucoup de scans datent, la résolution varie entre 1 024 pixels et 1 600 pixels. La quasi-totalité est lisible. Au lieu de dire très bonne qualité, je dirai qu’il y a du bon et du moins bon. Les offres légales ne sont pas de meilleure qualité, alors qu’ils disposent normalement des scans originaux destinés aux imprimeurs. Pour plus d’infos, voir le BDZ mag numéro 0 et numéro 3 (1 ) Pour ce qui est des formats, aucune team ne fait du PDF : le PDF est réalisé par des utilisateurs ou des rediffuseurs qui n’ont rien compris au scan. Seuls les CBZ et CBR (archives de fichiers JPG) sont utilisés. Pour ce qui est de l’epub, j’ai vu seulement un test fait par un utilisateur sur des manga, mais aucune suite n’a été donné à cet essai, qui, à lors actuel, n’ajoute rien aux lecteurs traditionnels de CBZ/CBR.

1 . http://issuu.com/b.d.z.mag/docs/bdz-mag-00 et http://issuu.com/b.d.z.mag/docs/bdz-mag-03 page 7


Petite anecdote amusante : sur le « kobo » de la fnac : il ne prend en charge, pour les BD, que les formats Comic Book Rar (.CBR) et Comic Book Zip (.CBZ) ! En cherchant un peu sur le site, on apprend que « Les BD au format AVE sont lisibles sur fnac.com ainsi que dans les applications Fnacbook sur iPad, iPhone et Android », tandis que « Les BD au format DAE [izneo] sont lisibles uniquement sur fnac.com pour le moment ; elles seront bientôt disponibles à la lecture dans l’application Fnacbook sur iPad ». A l’inverse, n’oublions pas « my comics », le lecteur d’ave comics qui permet, lui aussi de lire le cbr et cbz bien avant qu’il existe la moindre offre légale (aux USA) qui en vende... Pour plus d’info, lire le numéro 2 du bdz mag, et le dossier « lecture numérique » (1 ). Pour ce qui est du crackage, là, il a presque de la chance... je dis presque, parce qu’effectivement il n’y a pas de crakage à proprement dit, mais quelques webrips (captures d’écran) commencent à apparaître sur les réseaux : même le streaming de BD ne garantit pas la sécurité, puisque l’image doit bien s’afficher à l’écran... Pour plus d’informations, lire notre « webmetropolitan » (2). Le seul mot à retenir dans ce paragraphe de l’étude, c’est le mot « passionné » ! Il est vrai que les membres des teams (pas si nombreuses que ça) le sont tous, sinon ils ne feraient pas ça... Je pense d’ailleurs que si le nombre de BD pirate a été si longtemps sous-estimé, c’est qu’il semblait aux spécialistes totalement improbable que des gens passent des jours à scanner des albums et à retoucher les fichiers...

Sur l’ensemble des circuits de diffusion pirate, on constate que les mangas best-sellers, les séries européennes d’albums classiques (Lucky Luke, Astérix…) et quelques séries phares de ces dernières années (Walking Dead) constituent la très grande majorité

Pour les séries classiques, il ne faut pas sortir de St Cyr pour comprendre : ce sont justes les plus anciennes, et elles sont en ligne depuis des années... Elles sont donc le plus téléchargées...

UNE OFFRE GLOBALE ACCESSIBLE DE 8 000 À 10 000 TITRES Notre estimation compte de 35 000 à 40 000 titres de BD piratées, dont 8 000 à 10 000 réellement accessibles (liens de téléchargement et sources P2P actifs, à la portée d’un internaute moyennement averti). Sont exclues les BD disponibles seulement sur des réseaux privés, accessibles par une connexion sécurisée, et dont il est impossible d’évaluer la quantité. Les chiffres présentés ci-dessus sont donc forcément conservateurs.

Là, notre auteur ne prend pas de risque ! Il ne faut pas oublier que le tracker torrent utilisé pour l’étude est privé et que le site de direct download utilisé est fermé aux inscriptions... donc on rentre déjà dans le privé. 1 . http://issuu.com/b.d.z.mag/docs/bdz-mag-02 2. http://issuu.com/b.d.z.mag/docs/webmetropolitan_01 page 8


Donc, son I.M.A trouve 40000 scans... Là, ce n’est pas préciser par Mathias, mais il parle de la totalité des genres disponibles, et pas uniquement des BD franco-belges. Il n’y a d’ailleurs pas d’estimation par genre dans l’extrait de l’étude, mais heureusement que je me tiens informées des news du net sur la question pour combler ce manque... voici la réponse de notre petit gars sur « bedeo » (1 ). « étant l’auteur de l’étude que vous mentionnez, je tenais à apporter quelques précisions : - "le chiffre fait peur" : au contraire, 8 000 à 10 000 BD pirates réellement disponibles, c’est à la fois beaucoup et peu, devant le discours de certains d’éditeurs pour qui "tout est piraté". - Quant à la répartition comics/mangas/albums, elle est très difficile à évaluer, mais en ce qui concerne les BD françaises, elle est à titre indicatif sur 10000 titres plutôt proche de 6000 albums, 2000 comics et 2000 mangas. - quant aux titres, vous trouverez davantage de précisions dans l’étude complète qui sortira à l’occasion du Salon du Livre.

Mathias Daval » Alors, qu’en est-il ? Le chiffre, plus au moins juste à 5 500 prés, c’est 40 000. Le reste, c’est de la spéculation et forcement, après la fermeture de megaupload, c’est allé à la baisse. Les seules personnes qui sont capables de quantifier la production de scan fr, ce sont les rares bibliothèques virtuelles qui existent. Ne les cherchez pas, vous ne les trouverez pas... même si vous êtes un internaute très aguerri. Voici les chiffres des sauvegardes de tous les scans qui ont était faits depuis douze ans. Une partie est disponible en p2p (sauf torrent), 20 % à peine en direct download avant la fermeture de megaupload. J’ai arrondi à la dizaine supérieure : - BD franco-belge : 20 300 - comics : 1 0 200 (scantrad compris) - manga : 8 200 (tomes complets, pas de chapitres) - magazines de BD : 3 700 - petits formats : 3 1 00 Résultats : 45 500 Le chiffre peut paraître énorme, mais regardons d’un peu plus près ces chiffres, et surtout à quoi ils correspondent exactement : les magazines BD sont de vieux magazines introuvables, même chez les bouquinistes. Le nombre de scans est insignifiant si on le compare à ce qui a existé en papier. Même chose pour les petits formats. Pour les comics, jusqu’à ce que Panini ouvre son site (c’était prévu le 25 janvier, mais on attend encore), aucune offre légale n’existe en numérique ! Pour les manga, près de 70 % n’ont pas eu de parution en France. Enfin, les BD franco-belges, les séries classiques et les nouveautés datant de un à deux ans mises à part, beaucoup sont de vieilles BD ou des fonds de catalogue datant d’avant 1 980, dont les éditeurs euxmêmes non pas de sauvegarde numérique, non réédités pour la plupart, et introuvables en papier. C’est pour cela que, même avec de tels chiffres, le piratage n’est pas l’ennemi des offres légales, mais un complément. Ou l’équivalent d’une bibliothèque populaire. L'idée est d'ailleurs reprise dans l'article « Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (2)

1 . http://www.bedeo.fr/actualites-bd/un-rapport-sur-le-piratage-de-la-bd-1 05240 2. http://www.lekti-ecriture.com/bloc-notes/index.php/post/2008/11 /23/Portrait-du-pirate-en-conservateur-de-bibliotheque-2/3 page 9


L’analyse de ce panel best-seller le confirme : les dernières nouveautés en rayon sont nettement moins piratées que les best-sellers des 2 dernières années : 8 % de la sélection Datalib est piratée contre respectivement 22 % et 26 % pour les sélections ACBD et Livres-Hebdo.

Rien d’étonnant à ça : il y a un accord tacite entre scanneurs des teams pour ne pas scanner des BD récentes. Certaines teams se sont fixé un délai de 6 mois avant de diffuser une BD à partir de sa date de parution. Personnellement, je trouve le délai encore trop court : un à deux ans serait idéal. Pourquoi cet accord ? Tout simplement parce que le piratage des BD est une catégorie a part dans le milieu « warez » : ce sont effectivement des passionnés, qui respectent les auteurs et leur travail (moins celui des éditeurs il est vrai) : il est important de laisser aux albums papier le temps de se vendre, pour permettre aux auteurs de vivre de leur boulot. Au bout de ce délai, combien d’albums sont d’ailleurs épuisés, passés au pilon... ou bradés chez les soldeurs dans le meilleur des cas… BDZ mag a d’ailleurs fait une action de sensibilisation sur le sujet en 2011 sur les réseaux. Mais comme on est dans le piratage, il y a toujours des brebis galeuses qui ne respectent rien... en général un utilisateur qui a scanné les dernières news à l’arrache pour se faire mousser sur un forum. Les teams (je ne parle que pour la BD franco-belge) respectent cette entente dans l’ensemble.

Le peer to peer (Ed2k + Torrent) est le circuit de diffusion comprenant le plus de titres piratés, suivi par le DDL et le streaming (ce dernier diffusant uniquement les mangas de notre panel). Si, comme le montrent les études sur le piratage des biens numériques, le DDL tend globalement à se substituer progressivement au P2P en matière de téléchargement, celui-ci reste encore couramment utilisé par les pirates de BD.

Bon là, je vais être sympa : il a raison sur le p2p, bien qu’émule soit presque mort. Le torrent n’est pas un diffuseur, mais un re-diffuseur, le DDL est en passe de mourir lui aussi depuis les événements de megaupload. De toute façon, l’utilisation du DDL est une connerie: nous avons dénoncé bien des fois son utilisation, qui engendre du fric pour les uploadeurs et les forums (1 ) Depuis des années l’usage de système crypté, privé pour le scan est habituel. Et la fermeture de megaupload n’a rien changé pour les purs et durs du scan... et une conséquence de la fermeture des site de direct download est la migration des forums sur des systèmes cryptés. À noter qu’une fois dans le privé, les communautés ne sont plus enclines a diffuser en public. Ce qui est une bonne nouvelle pour les éditeurs finalement ! Et ce phénomène va aller en s’amplifiant dans les mois à venir, j’en suis certain !

Pour conclure, j’ai lu récemment, cette news sur « actuabd » : « La fermeture de Megaupload est une bonne nouvelle pour les auteurs et les éditeurs de BD » (2) Il faut lire les commentaires très intéressants, on voit bien tout le mal que peut faire ce genre d’étude (mais c’est peut-être l’effet voulu)...

1 . pour comprendre, lire : http://fr.readwriteweb.com/201 0/06/04/a-la-une/direct-download-cancer-du-pirate/ 2. http://www.actuabd.com/+La-fermeture-de-Megaupload-est-une+#forum36634 page 1 0


On voit ressurgir l’argument qu’un téléchargement égale une vente de perdue, argument qui ne tient pas la route on la vu bien des fois : celui qui télécharge est forcement un amateur de BD et le scan a pour objectif de découvrir une série ou de détenir sa copie numérique. Au nom du droit de copie privé, on peut estimer qu’en ayant acheté une série papier, on n’a pas à repayer pour sa version numérique. Les éditeurs ont, il y a bien des années, opté pour des couvertures cartonnées, ce qui fait de l’album de BD un objet de collection (et à ce titre, la relation des lecteurs face à leurs albums de BD franco-belge n’a rien à voir avec celle devant les mangas ou les comics). Le numérique ne peut remplacer cela aux yeux de beaucoup de gens. Autant je crois que l’e-book a tout à gagner avec la numérisation, autant je crois que la BD a tout à perdre si les éditeurs continuent dans la voie qui consiste à présenter de simple copie des albums papier. Il y a surproduction. Les auteurs se plaignent du peu de temps mis en rayon des BD. Le numérique pourrait palier ce problème. Il y a déjà eu des publications uniquement numériques, mais si peu. La création pure numérique doit être mise en avant, repensée en terme de mise en page par rapport à la version papier. Oui, je sais ça coûte moins cher de faire un scan : je suis au courant. Actuellement le piratage ne peut enlever que des ventes sur le numérique, mais est-ce vraiment un mal ?... vu les problèmes qu’engendre le numérique sur les droits d’auteurs... Jusqu’à preuve du contraire, l’économie de la BD est basée sur le papier. Si les éditeurs ne veulent plus de piratage, c’est simple : il suffit de faire une offre gratuite en streaming avec de la pub, avec ou sans limitation de lecture sur l’ensemble du catalogue proposé, ça ne servira plus à rien de scanner dans ce cas... et ce fera une vraie publicité pour les albums...

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