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J A R D INS FA MIL IAUX E T LOG E M ENTS COLLECTIFS approche architecturale et paysagère pour concilier densité urbaine et qualité de vie


Aziz Temel Enoncé théorique de Master EPFL 2012-2013 | Janvier 2013 Impression & Reliure Alfaset, La Chaux-de-Fonds Réalisé sous la direction de: Emmanuel Rey, Directeur pédagogique | Jeannette Kuo, Professeur | Sophie Lufkin, Maître epfl


J A R D INS FA MIL IAUX E T LOG E M ENTS COLLECTIFS approche architecturale et paysagère pour concilier densité urbaine et qualité de vie


1 | Introduction Perceptions de la ville Perceptions de la nature

9 10

2 | Histoire des jardins potagers en ville Moyen Age et Jardin monastique

17

Révolution industrielle et Jardin ouvrier

19

Post-industrielle et Jardin familial

23

3 | Enjeux et attentes actuelleS Enjeux de la ville

32

Attentes de la nature

35

Enjeux du jardin potager comme outil de qualité de vie

39

4 | Etudes de cas Plain-pied

47

Vertical-farming

55

Epaisseur de façade

63

Toit-terrasse

71

Synthèse des études de cas

79


5 | Analyse urbaine Clé de lecture urbaine

87

Neuchâtel et son histoire

91

Porosités et successions des rives

97

Natures urbaines neuchâteloises

103

Espaces verts publics et jardins potagers

105

Synthèse et relation à la ville

119

6 | Analyse du site retenu Le quartier de la Maladière et son histoire

127

Densité du bâti

131

Equipements à proximité

133

7 | Hypothèses de développement du projet Contexte de logements

136

Démarche

139

Scénario d’intervention

144

8 | Conclusion Notes rétrospectives

156


IN T R OD UC T ION ĂŠtalement urbain et nature en ville


Agnes Denes, Wheatfield, 1982, New-York

8 | INTRODUCTION


Ville et nature La ville a toujours entretenu des rapports ambigus avec la nature. Tantôt elle l’a exclue, tantôt elle l’a englobée, redéfinissant par la même occasion la notion de ville ainsi que celle de ses limites, comme en témoigne l’évolution des formes urbaines et des jardins de nos sociétés. C’est ainsi que de formes compactes, les villes se sont progressivement étendues et diluées dans l’espace environnant. Bien que générée par de multiples raisons, cette transformation de morphologie urbaine est également révélatrice d’une relation ville-nature changeante: « La ville fermée la repoussait, la ville ouverte l’a découverte, la ville étalée l’enserre, la ville de demain s’en inquiète et s’y projette »1, peut-on résumer. De ce fait, la ville d’aujourd’hui a besoin de repenser sa relation à la nature pour faire face aux nouvelles dynamiques contemporaines, dont elle subit les pressions.

Perceptions de la ville Depuis une trentaine d’années, un processus de déconcentration de la population a progressivement engendré une urbanisation périphérique des villes, qui n’est pas sans conséquence. Ce phénomène est visible par trois points de vue : l’étalement, la fragmentation et la mobilité2. La notion d’étalement s’illustre par une extension urbaine vers la campagne, estompant la limite avec cette dernière. Par une utilisation intensive du sol, elle crée une urbanisation beaucoup plus diffuse et moins dense. Quant à la fragmentation, elle se ressent par une discontinuité du bâti, tant physique, fonctionnelle, que sociale. On retrouve ainsi des zones industrielles, des centres commerciaux, des zones de villas, juxtaposés les uns à cotés des autres dans un environnement dont on ne tient plus compte des spécificités locales et naturelles. Enfin, ce phénomène profite également de l’engouement croissant aux innovations liées à la mobilité, notamment la mobilité individuelle offerte par la voiture. La démocratisation de cette dernière a provoqué une contraction de l’espacetemps, offrant à ses usagers la possibilité de découvrir de nouveaux territoires.

1 «Vers une nouvelle alliance entre ville et nature : 7ème rencontre franco-suisse des urbanistes », Les ateliers de la ville durable, Lausanne, 2010 2 « Les métamorphoses de la ville. Régimes d’urbanisation, étalement et projet urbain » , Urbia les cahiers du développement durable, N°1, Lausanne, 2005

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Au final, cette conquête de nouveaux territoires se traduit par une fuite des habitants de la cité vers des espaces situées aux abords de la ville, voire même à la campagne. Ainsi, il se développe de plus en plus de quartiers résidentiels en dehors des centres urbains. Ce phénomène donne naissance à une ségrégation fonctionnelle de nos modes de vie, en séparant distinctement les lieux d’activités (ou de travail) des lieux de résidences, elle remet en question le statut actuel de la ville. A terme, ce nouveau mode de vie peut prendre la forme de « cités-dortoirs» et engendrer de fortes migrations pendulaires rendues possibles par l’usage de la voiture. Elle permet ainsi aux d’habitants d’être liés à la ville sans pour autant y habiter, c’est-à-dire de bénéficier de ses qualités sans devoir en subir ses défauts. Tout en interrogeant la notion de ville ainsi que celle de ses limites, ce processus de dédenfication met en évidence les faiblesses de notre tissu urbain actuel; ceci tant sur ses qualités que sur sa morphologie. Néanmoins, on constate que cette urbanisation périphérique apporte également certains atouts pour ses habitants, en leur offrant notamment un cadre de vie à proximité d’espaces de « nature à vivre ». De la sorte, une perception nouvelle de la nature pourrait ouvrir de nouveaux champs de réflexions pour la ville, en vue de limiter l’étalement urbain. De plus, quelle qualité urbaine peut faciliter l’acceptation de la densité ?

Perceptions de la nature Afin de limiter cet étalement urbain et ses nuisances qui remettent en cause la durabilité de nos villes, il s’impose de repenser l’espace urbain en le densifiant, de reconstruire la ville sur elle-même. Le problème de cette démarche est qu’elle est souvent ressentie comme une baisse de la qualité de vie pour les habitants. L’une des hypothèses serait de faire appel à la « nature en ville », thème qui redevient d’actualité depuis quelques années, pour qu’elle devienne un facteur clé d’une nouvelle urbanité, d’une nouvelle qualité urbaine attractive. Pour certains, la nature est uniquement perçue comme réserve foncière et convoitée pour son potentiel d’espace constructible. Pour d’autres, la nature symbolise un véritable espace urbain de qualité. En effet, les espaces verts et ses équipements 10 | INTRODUCTION


sont recherchés par une majeure partie des citadins pour pratiquer leurs activités de loisirs ou se rencontrer. Ils peuvent revêtir plusieurs fonctions sociales, récréatives ou pédagogiques, et ainsi participer grandement à l’amélioration quotidienne du cadre de vie. D’après une enquête menée par le LASUR-EPFL3, c’est d’ailleurs un des critères essentiels de choix de localisation résidentielle. Cependant, ces espaces verts se raréfient de plus en plus au centre-ville et les modes de vie actuels tendent à les dissocier de l’habitat. C’est ainsi l’une des raisons de départ des citadins vers la périphérie des villes ou la campagne, qui correspondent dorénavant plus à des attentes bucoliques de nature: accéder à la maison individuelle dotée d’un jardin privatif, jardiner, exercer des activités en plein-air, bénéficier d’un style de vie plus proche de la nature, faire usage de la mobilité douce, autant d’activités qui sont les éléments clés d’un modèle d’habitation recherché par beaucoup de citadins. Dès lors, à travers le thème de « nature urbaine », comment serait-il possible d’encourager les familles à renoncer à la villa périurbaine? En relation à ce thème, quelles sont les nouvelles typologies urbaines à concevoir en synergie avec le végétal, entre logement et jardin? Quels sont les intérêts pour la ville elle-même? A ces hypothèses, qui renvoient aux aspirations des citadins face au contexte actuel de la ville, quelques éléments déjà présents en milieu urbain donnent l’impulsion à des pistes envisageables pour la suite : arbres d’ornement, jardins de poche, agriculture urbaine, parcs publics novateurs, toitures végétalisées etc, autant d’éléments qui tentent de répondre à la quête des usagers en terme de nature à pratiquer ou à préserver. A cela s’ajoute de nombreux interstices, espaces résiduels ou délaissés, à travers lesquels se développe une végétation urbaine « sauvage » et entretient une biodiversité nécessaire. Ainsi, il serait bénéfique d’intégrer la ville comme partie prenante de cette approche architecturale, pour tenter de réconcilier la densification urbaine avec l’aspiration de ses citadins. Du territoire jusqu’au balcon fleuri, de l’espace public jusqu’à l’espace privé, mêlant les intérêts de l’un comme de l’autre. Par cette méthode, notre champs de réflexion pourra s’étendre et prendre toute l’ampleur qu’elle mérite. Quelles sont donc les enjeux environnementaux, socioculturels et économiques de la nature en ville?

3 KAUFMANN V., PATTARONI L., THOMAS M.-P., Laboratoire de sociologie urbaine de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, « Vers un urbanisme qui comprend les modes de vie et en tient compte », La Revue Durable, N°45, 2012

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Parmi ces différentes formes de nature, à différentes échelles, ce travail propose de se concentrer sur un élément particulier de nature urbaine, il s’agit du « jardin potager urbain » et ce pour de multiples raisons. Alors que l’étalement urbain poursuit son chemin vers la couronne agricole des agglomérations dont elle remet en doute l’exploitabilité, le jardin potager urbain se veut entre autres une réponse de proximité aux problèmes de production alimentaire. Mais bien plus que cela, c’est l’espace du jardin au sens large qui est si convoité par le citadin actuel. Aujourd’hui, on le retrouve généralement à la sortie de nos villes et quelques fois même en milieu urbain. Appelés communément « Jardins familiaux », « Jardins ouvriers » ou « Jardins partagés », ils profitent d’une aura émanant de la notion « d’agriculture urbaine » qui se définit comme « la culture, la transformation et la distribution de produits agricoles (alimentaires et non alimentaires) à l’intérieur (intra-urbaine) ou à la périphérie (périurbaine) d’une métropole »4, requestionnant leurs situations et leurs formes actuelles. Outre ses fonctions vivrières qui peuvent être source d’économie et facteur de sécurité alimentaire, le jardin potager urbain offre surtout différentes qualités spatiales, sociales et culturelles qui méritent d’être développées. Comment et sous quelles formes recréer le jardin d’aujourd’hui pour qu’il intègre toutes ses fonctions, notamment de jardins potagers urbains? Serait-il le thème adéquat de nature urbaine pour concevoir nos villes de demain? Depuis quelques années, les préoccupations de développements durables ont ainsi encouragé les pouvoirs publics à reconsidérer le thème du jardin potager en ville. Cette dernière, tout en offrant les qualités d’un espace vert, a le mérite de favoriser les dynamiques urbaines en puisant directement dans les ressources locales. L’histoire nous prouve que cette conception d’une nature potagère urbaine n’est pas nouvelle. Au contraire, elle est ancienne et en évolution constante. On peut l’illustrer par l’histoire des jardins en ville comme reflets des sociétés. « Le rôle et la forme de ceux-ci dans la ville sont de précieux révélateurs de la société qui les conçoit, les crée, les aménage, les gère et les pratique »5. Par conséquent, comment concilier actuellement densité urbaine et qualité architecturale, à travers le thème du jardin?

4 MOUGEOT L., « Agropolis », 2006 5 GARDIOL M., « Parcs et Nature en ville : Reflets des sociétés ? », Institut de géographie, Université de Lausanne, 2010

12 | INTRODUCTION


Dans un premier temps, par une analyse historique démontrant le passé commun de la ville et du jardin potager, les différents archétypes et leurs valeurs d’usages conçus à différentes époques seront mis en évidence, afin d’en comprendre les enjeux passés. Puis, il s’agira d’appréhender le thème du jardin potager urbain à travers une vision contemporaine en prenant compte des enjeux et attentes actuelles. Par la suite, une série d’études de cas mêlant logements et jardins potagers permettra de dresser une liste d’applications possibles du végétal et de ses qualités de vie. Cette première partie permettra ainsi une reformulation claire des hypothèses initiales sur le jardin, avant d’aboutir sur la seconde partie consacrée au périmètre d’étude retenu pour la conception de logements collectifs. Cette dernière partie, par différentes analyses urbaines, se proposera d’esquisser un scénario d’intervention. De cette manière, il sera possible de dresser une série d’hypothèses sur le type de logement envisageable pour le site, en recherchant une synergie avec le thème du jardin potager, afin de concevoir une approche architecturale et paysagère.

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H ISTO IR E D E S J A R D IN S P OTAGERS EN VILLE évolution des formes et valeurs d’usage


Maître anonyme du Haut Rhin, La Vierge au Paradis avec les saints, vers 1410

Maître à la Vue de Sainte-Gudule, La Vierge à l’Enfant avec donatrice et Marie Madeleine, XVe siècle 16 | HISTOIRE


Différentes époques et différents jardins Bien que le jardin potager eut existé auparavant en milieu urbain, l’analyse historique s’est concentrée sur trois périodes jugées intéressantes à propos de ce dernier, soit le Moyen Age, la Révolution industrielle et Post-indrustrielle. A travers ces différentes périodes, l’accent s’est porté sur l’évolution des pratiques et les solutions apportées par le jardin, afin de percevoir « comment différentes sociétés se sont projetées dans l’aménagement de leurs parcs et comment la végétation urbaine en général reflète les préoccupations d’une époque »6, jusqu’aux enjeux actuels.

Moyen Age et Jardin monastique A l’époque du Moyen Age, l’agriculture était le plus important secteur économique, 9 personnes sur 10 exerçant la fonction de paysan. Sans pour autant être dans l’indépendance alimentaire, les villes moyenâgeuses se nourrissaient donc essentiellement des récoltes de ces derniers, sans se priver d’importer quelques denrées qui ne pouvaient être cultivées dans le climat local. Outre ceci, on distinguait déjà à l’époque deux types d’agriculture, l’agriculture de plein champ et l’agriculture de jardinage. Cette dernière était perçue comme une activité plus féminine et se pratiquait intra muros, tandis que l’agriculture de plein champ se tenait hors des murs de la citadelle, tout en y restant à proximité. En milieu urbain, les jardins étaient ainsi déjà présents, mais relativement rares. De formes rectangulaires subdivisées géométriquement par des allées transversales, ils étaient enclos dans des murs et se cultivaient par plates-bandes. Austère et de taille moyenne, le jardin-type du Moyen Age s’est surtout développé par l’essor des monastères et des abbayes, pour devenir jardin monastique. Ainsi, il a été organisé et défini en 3 espaces par les moines : l’herbularius (contenant les plantes médicinales et aromatiques), l’hortus (potager et verger) et le Jardin de la Marie (ornemental et spirituel, dédié à la Vierge et au recueillement. Faute de place, l’espace à l’intérieur des remparts de la ville étant précieux, il était possible de retrouver le potager et le verger à l’arrière du château.

6 GARDIOL M., « Parcs et Nature en ville : Reflets des sociétés ? », Institut de géographie, Université de Lausanne, 2010

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Plan du monastère de Saint-Gall, IXème siècle

18 | HISTOIRE


Au VIIIe siècle, alors qu’on s’efforçait d’élever le niveau intellectuel par l’étude des simples dans les écoles religieuses pour que les moines puissent soigner les malades, Charlemagne7 avait dressé une ordonnance royale, appelé le Capitaulaire de Villis, prescrite à ses domaines royaux. Cet acte légal donnait un certain nombre de recommandations à ses gouverneurs, notamment sur l’intérêt de la culture de 94 plantes (73 herbes, 16 arbres fruitiers, 5 plantes textiles et tinctoriales)8. De la sorte, le jardin monastique revêtait différentes qualités: médicale et pédagogique ( enseignement pharmaceutique, étude des plantes), utilitaire (se vêtir, teindre, colorer), alimentaire (potager et verger) et onirique (lieu de prière renvoyant à l’image du paradis, lieu de rêverie). Autant de qualificatifs qui ont permis au jardin idéal de l’abbaye médiévale d’être codifié, à l’image du plan de l’abbaye de Saint-Gall (vers l’an 802) qui reprend très précisément les différentes parties du jardin. Ce plan a la particularité d’être la plus ancienne et la plus riche représentation conservée d’un complexe de bâtiment du Moyen Age. Il a été imaginé en respectant la règle bénédictine qui souhaitait un monastère regroupant les fonctions religieuses, économiques et sociales de la vie quotidienne, sans avoir besoin d’en sortir. Ce modèle historique a ainsi nommé les différents espaces verts dévolus aux moines en les situant dans l’espace et définit leurs attributions en détaillant à plusieurs endroits leur contenu. Plus qu’un monastère, c’est donc un morceau de ville autonome délimitée par une enceinte, avec ses rues, ses maisons et ses jardins, qui a été projetée.

Révolution industrielle et Jardin ouvrier A la fin du XVIIIe siècle, par la mécanisation de la production, les villes ont été marquées par d’importants changements de statut. D’une société agricole, elles ont évolué vers une société de production de biens non-alimentaires, non sans conséquence pour l’espace urbain. En effet, par l’implantation massive des premières industries textiles, minières et métallurgiques à proximité des sources d’énergies,

7 de 742 à 814 apr. J.-C. 8 BILLEN C., « Jardin Urbain, Agriculture urbaine, Prise de Recul Historique », Centre d’écologie urbaine, Bruxcelles, 2002

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Paysge industriel du Nord de la France, frontière belge, 1906

Carte postale éditée par la ligue du Coin de Terre, env. 1920

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des matières premières, des nœuds de communication, la ville a subi un éclatement de son cadre urbain traditionnel. Ceci a provoqué une urbanisation accélérée hors des murs de la cité médiévale. Par cette forte croissance, la révolution industrielle a déplacé la main d’oeuvre de la campagne à la ville, provoquant par la même occasion un exode rural. A l’époque, ce flux de personnes a généré une soudaine hausse démographique en ville sans précédent dans l’histoire, entraînant une dégradation inévitable des vieux quartiers et la construction de nouveaux logements très bon marché. A savoir, on appliquait la méthode industrielle à la construction des logements pour les ouvriers, sans leurs apporter grands soins, mais en n’omettant pas de les placer proches de l’usine. En réaction à l’insalubrité des logements, à laquelle s’ajoutait les conditions de travail très dures, la dégradation des conditions sanitaires, une nutrition malsaine et insuffisante, un mouvement hygiéniste s’est petit à petit instauré en vue de planifier l’espace urbain. Cette doctrine hygiéniste s’est remarquée en ville par l’avènement de l’espace vert pour la collectivité publique, mais était le fruit d’une perception bien particulière de la nature, soit purificatrice, hygiéniste, qui permettait d’aérer l’espace, mais dénuée de sens, de fonctions et d’aménités. « Sous une apparence de démocratisation et de dispersion des ressources et de l’espace, se cachait une politique de contrôle des masses. Ainsi se met en place, une conception romantique d’une vie familiale saine dans un espace vert, avec l’objectif de la pacification du père de famille, élément potentiel de révolte et d’alcoolisme. Dans sa maison et son jardin, le père de famille se voit davantage responsabilisé. Ce principe de “famille-habitat-jardin” s’est profondément incrustré dans la culture (...) »9. Dans ce contexte historique où apparaissaient des théories qui souhaitaient améliorer la qualité des villes avec la végétation, notamment les fameuses cités-jardins d’Howard Ebenezer10, c’est le jardin ouvrier qui s’est profilé comme réponse aux fléaux de l’époque.

9 GULINK H., « L’ensemble régional des jardins privé en Flandre et ses rapports avec l’agriculture urbaine », Université de K.U Leuven, Belgique 10 EBENEZER H., concept de cité-jardin apparu pour la première fois dans « Tomorrow, A peaceful path to real reform », 1898

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Société des mines de Lens, premières notions de botaniques, jardins scolaires, 1906

Société des mines de Lens, enseignement ménager, jardins scolaires, 1906

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Vers 1860, un docteur allemand nommé Daniel Gottlob Moritz Schreber posait les jalons du jardin ouvrier. Son but était d’éduquer la population et d’améliorer la santé publique. A travers ses qualités, le jardin ouvrier donnait entre autres une nourriture plus saine et abondante. De plus, il permettait l’exercice d’une activité de loisir en plein air, face à la longueur des journées épuisantes de travail, tout en suggérant un arrière-goût du pays natal par un élément fragile qu’est la cabane de jardin. « Mais c’était également une idée des patrons des industries pour fixer la main d’oeuvre dont on avait grandement besoin »11. Ainsi, pour compenser la piètre qualité des logements standardisés, alignés les uns à coté des autres, on leurs ajoutait un jardin à proximité, afin que les ouvriers puissent le cultiver. De cette manière, on empêchait également les ouvriers de se rendre au bistrot ou de se révolter. Au fil des années, ce jardinage populaire se répandait dans plusieurs pays avec la création de différentes ligues nationales qui avaient comme but commun de défendre les intérêts du jardin ouvrier. En Suisse, la « Fédération suisse des petits jardins» a ainsi vu le jour en 1925, actuellement nommée « Fédération suisse des jardins familiaux »12. Mais c’est véritablement lors des deux guerres mondiales, par souci d’approvisionnement de nourriture, que le phénomène du jardin ouvrier a pris de l’ampleur grâce à son utilité alimentaire reconnue. En 1940, s’instaurait en Suisse le Plan Wahlen en vue de doubler les surfaces agricoles, allant jusqu’à exploiter les terrains engazonnés de football.

Post-industrielle et Jardin familial Quelques années auparavant, alors qu’il connaissait son heure de gloire, le jardin ouvrier allait perdre de sa valeur utilitaire après la Deuxième Guerre Mondiale. Outre le meilleur approvisionnement en légume, ce ralentissement était le témoin d’une nouvelle aire, celle de la reconstruction économique des pays dévastés, provoquant une croissance industrielle, le plein emploi et une hausse démographique. Cette période de prospérité, appelée les Trentes Glorieuses, a permis le transfert d’une

11 BILLEN C., « Jardin Urbain, Agriculture urbaine, Prise de Recul Historique », Centre d’écologie urbaine, Bruxcelles, 2002 12 « Fédération suisse des jardins familiaux », http://www.familiengaertner.ch, novembre 2012

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Inauguration du jeux de boules à la section Renard, Lyon

Thiais, région Île-de-France, 1989 24 | HISTOIRE


société de production à une société de consommation. Cette révolution, plus silencieuse que la Révolution industrielle, allait cependant induire de nouveaux changements économiques et sociaux. Ainsi, de nouvelles politiques sociales faites de reprises massives de terrains en ville pour la réalisation de grands ensembles d’habitation et l’implantation d’utilité publique, marquaient la fin du jardin ouvrier en milieu urbain et le début du mouvement moderne. Il existait visiblement un conflit entre la modernité et le jardin potager, une divergence entre une vision rationnelle de la ville et un idyllisme recherché. Petit à petit, il était rejeté vers la périphérie des villes, ce qui allait lui donner une nouvelle dimension, un nouveau statut d’ordre beaucoup plus social. En effet, « progressivement, au fur et à mesure que s’améliorait le niveau de vie et que se popularisaient les loisirs, le coin de terre devenait surtout pour la famille un moyen de libération accomplie par son effort personnel, dans le cadre d’une liberté aussi grande que possible »13. De cultural à culturel, le jardin ouvrier était devenu jardin familial. Comme à l’époque du Moyen Age, le jardin potager prenait une dimension polysémique. Même si cet aspect était déjà présent auparavant, c’est véritablement à cette époque qu’il resurgissait. On voit apparaître ainsi des jardins sous différentes formes, notamment scolaires qui servaient à l’enseignement des premières notions de botanique, mais aussi ménagères. Cette nouvelle forme de jardinage a impacté certaines classes de personnes délaissées en ville, en particulier les familles. Insatisfaits des conditions de vie en appartement, les habitants de ces derniers allaient trouver dans le jardin familial le refuge nécessaire à leur épanouissement en pleine nature ainsi qu’à celui de leur imaginaire, en particulier grâce à la cabane de jardin. Cet élément fragile du jardin ouvrier fait de bric et broc, appelé parfois tonnelle selon sa forme, devenait progressivement cabane de jardin en dur, jusqu’à devenir presque une seconde résidence où l’on pouvait y séjourner de jour comme de nuit, à l’image d’une datcha14. Par conséquent, cet « espace de liberté qui procurait

13 CABEDOCE B., PIERSON P., « Cent ans d’histoire des jardins ouvriers », Paris, 1996, p.68 14 En Russie, sorte de résidence secondaire à la campagne. Elle est souvent assez simple, sans chauffage, ni eau courante, elle sert surtout à la belle saison

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Deux saisons de jardins farmiliaux en Autriche

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l’illusion mais aussi les joies de la propriété »15 devenait une nouvelle alternative de vie plus communautaire et d’intégration, ce qui a permis au « jardin de prendre une fonction sociale et morale de plus en plus forte, qui venait se superposer à la fonction alimentaire traditionnelle du jardin potager »16. Il se revêtait ainsi de multiples atouts, devenu le lieu social, rythmé par les fêtes de jardins dans une atmosphère de sympathie, mais également l‘espace d’expérimentation de la nature, de détente, d’insertion, le terrains d’échanges et de transmissions de savoir. Autant de qualités vécues qui faisaient défaut en ville jusqu’en 1975, où une prise de conscience des défenseurs de l’environnement et des urbanistes a surgi pour requestionner la nature en ville et le jardin urbain.

15 CABEDOCE B., PIERSON P., « Cent ans d’histoire des jardins ouvriers », Paris, 1996, p.71 16 CABEDOCE B., PIERSON P., « Cent ans d’histoire des jardins ouvriers », Paris, 1996, p.70

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Morphologie urbaine

Moyen Age

RĂŠvolution industrielle

Post-industrielle

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Archétype du jardin

Jardin monastique onirique médical passe-temps culte du savoir utilitaire alimentaire

Jardin ouvrier hygiéniste compense l’insalubrité des logements productif alimentaire

Jardin familial social intégration communautaire substitut de la maison de campagne alimentaire

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ENJ EUX E T AT T E N T E S ACTUELLES différentes valeurs d’usage possibles


Enjeux de la ville A travers l’aperçu historique des jardins potagers et de ses différentes valeurs d’usage, on retient plusieurs notions communes. L’une est la fonction alimentaire, productive, inhérente au jardin potager malgré l’évolution constante des formes et des pratiques. En effet, bien que la production de denrées de l’ensemble des jardins ait progressivement diminué, notamment par l’évolution des générations et la perte graduelle d’un ancien souci de culture d’auto-approvisonnement, elle demeure toujours intacte. L’autre notion peut se résumer par la « valeur spatiale » occupée par le jardin potager, dont les multiples qualités ont su s’adapter aux différents contextes et morphologies urbaines. Cette valeur spatiale est d’autant plus importante, car elle a la possibilité de participer en tant qu’ingrédient à la construction de la ville contemporaine aux enjeux actuels. Jusqu’aux environs de 1970, alors que la modernité se répandait dans l’espace urbain, profitant d’une période de reconstruction pour imposer une certaine vision rationnelle de la ville, un important choc pétrolier survenu en 1973 allait mettre fin à ces années prospères. Le problème est que l’on constate à ce jour encore une permanence de certaines logiques poursuivies par l’environnement construit durant la période dite des Trentes Glorieuses et qui influence encore aujourd’hui de multiples pratiques et usages néfastes en relation au territoire bâti. De la sorte, la qualité de nos villes s’en fait ressentir. Le constat est que « l’éclatement des conurbations européennes en juxtaposition de périphéries indéfinies et caractérisées par un aménagement souvent chaotique, engendre en effet de multiples effets négatifs au niveau aussi bien environnemental que socioculturel et économique »17. Ce bilan est la conséquence notamment du processus d’étalement urbain, visible depuis une trentaine d’années et qui peut s’expliquer par trois raisons : la mobilité résidentielle, les stratégies de localisation des entreprises, ainsi que celles d’ordre institutionnel et fiscal18. Chacune de ces raisons peuvent être vues comme la résultante de facteur de répulsion du milieu urbain et d’attraction des zones périurbaines. En ce qui concerne la mobilité résidentielle, on peut mentionner la

17 FREI W., REY E., « Climats », « Du territoire au détail constructif », les conférences de Malaquais, Infolios, Gollion-CH, 2012, p. 443 18 CAMAGNI R., GIBELLI M-C. , RIGAMONTI P. « Formes urbaines et mobilité : les coûts collectifs des différents types d’extensions urbaines dans l’agglomérations », Revue d’économie régionale et urbaine, N°1, 2002.

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faible qualité de vie qu’offrent les centres urbains, le taux insuffisant de logements vacants, le prix élevé du mètre carré élevé, l’absence d’espaces verts, les typologies de logements jugées trop pauvres, comme facteur de répulsion. A l’inverse, on peut citer la recherche d’un cadre de vie plus agréable, le marché immobilier plus souple, la diversité du parc de logements proposés, l’attractivité des zones de loisirs en périphérie urbaine, la volonté d’acquérir une résidence individuelle dotée d’un jardin. Quant à la localisation des entreprises en zones périurbaines, il s’agit fréquemment de raisons économiques et fonctionnelles. Elles sont de moins en moins dépendantes du centre ville, notamment lorsqu’il s’agit d’usines-entrepôts. A cela s’ajoute le prix du mètre carré élevé et l’accessibilité difficile du centre-ville par le flux des travailleurs journaliers. Enfin, l’étalement urbain profite surtout des pouvoirs publics et de leurs décisions, notamment celles d’ordre institutionnelles et fiscales. Les principes de planification territoriale appliqués encore aujourd’hui, dits de «zoning»19, encouragent une fragmentation territoriale en zones de résidences, d’activités, de commerces et de loisirs. A terme, cette intense utilisation du sol représente un gaspillage du territoire, ainsi qu’un dommage qualitatif sur notre paysage. La division fonctionnelle du territoire, par l’augmentation des distances, amène à une dépendance de plus en plus forte à la mobilité individuelle, induisant une consommation importante d’énergie, des problèmes de congestion urbaine, de nuisance sonore et de pollution atmosphérique. « D’un point de vue socioculturel, l’urbanisation dispersée apparaît donc comme une structure globalement fragile, en contradiction avec une vision d’équilibre à long terme. Pour une population globalement constante, une agglomération dispersée se trouve en effet confrontée à des disparitions sociales accrues et un coût de fonctionnement alourdi. Face à ces constats, les politiques publiques de la majorité des pays européens visent depuis plus d’une décennie à promouvoir des stratégies territoriales basées sur des processus de densification urbaine (...) Au niveau de l’habitat, il s’agit par ailleurs de développer des typologies susceptibles d’offrir en milieu urbain et suburbain une alternative crédible à l’habitat individuel périurbain, tout en intégrant d’autres enjeux environnementaux et socioculturels inhérents à l’architecture durable »20.

19 Planification urbaine qui divise le territoire en zones et détermine pour chacune une affectation d’usage 20 FREI W., REY E., « Climats », « Du territoire au détail constructif », les conférences de Malaquais, Infolios, Gollion-CH, 2012, p. 444

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Urban farmers, Detroit, 2011

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Attentes de la nature Dans ce contexte, se sont développés au même moment certains mouvements réactionnaires, tel que les « urban farmers », « community gardens » ou « green guerillas »21. Dans la ville de New York, vers 1970, touchés par la crise économique, des bâtiments entiers sont rasés suite à l’abandon de leurs habitants et au refus de la ville de les entretenir. « Les villes sont constituées ainsi de nombreux espaces délaissés ou résiduels, en somme des espaces sans affectation ni usage défini, souvent à prédominance minérale et pouvant être source de nuisances »22. Sans pour autant avoir été mis à disposition des citadins, ces espaces perdus vont être le lieu d’une prise de conscience collective, ce qui va se traduire par une réappropriation de ceux-ci afin d’y pratiquer une culture potagère. De la sorte, les habitants expriment ce qu’ils veulent faire de leur environnement, ceci est encore visible actuellement avec les jardins potagers aux pieds de nos immeubles. D’ailleurs, cet exemple n’en est qu’un parmi d’autres. On peut également citer Détroit, autrefois capitale mondiale de l’automobile, la ville a perdu en quelques années plus de la moitié de ces habitants suite à la crise qui a touché son industrie, provoquant ainsi la pauvreté des familles dépendantes de celle-ci et l’abandon de nombreuses parcelles. Ici, la spontanéité des jardins potagers créés dans les espaces délaissés de la ville a surtout été une stratégie de survie et un nouvel horizon économique et social pour les habitants, les « urban farmers», de sorte qu’ils sont devenus pionniers en matière d’agriculture urbaine aujourd’hui. Cette renaissance du jardinage, fruit d’une culture émergente de durabilité, est ainsi le signe clair d’une volonté de vouloir réinstaurer des relations tangibles entre nature cultivée et ville densifiée. Elle ne doit certainement pas être comprise comme une solution de crise, mais comme un réel élément urbain dont on devrait prendre en compte toutes les spécificités pour projeter la ville de demain. Dans ce contexte, le jardin potager se propose de requalifier l’environnement urbain, par la création d’espaces pluri-fonctionnels (productifs, socials, loisirs), en mesure de répondre à des enjeux environnementaux, socioculturels et économiques. Certaines villes exemplaires témoignent déjà de cette démarche, telles que Tokyo, Montréal ou Chicago.

21 Débuté en 1973 à New-york, il s’agit d’un mouvement d’activisme politique, utilisant le jardinage comme moyen d’action environnementaliste, pour défendre le droit à la terre, la réforme agraire, la permaculture. source : http://www.greenguerillas.org/history 22 GAILLARD H., chargée de projets, « Equiterre», « Les jardins de poche, pour plus de nature et de convivialité en ville ! », Lausanne, 2010

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Hanami, Uenoken Ă  Tokyo, 2011

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En outre, « dans cet élan de «reverdissement », en parallèle à une densification imposée, on est en droit de s’interroger sur l’efficacité des solutions végétales nouvelles (façades et toitures végétales) par rapport à celles plus traditionnelles (parcs, jardins publics, alignements d’arbres »23. Laquelle de ces deux solutions implique-elle réellement plus le citadin qu’un jardin potager? Ce dernier mérite que l’on élargisse son champ de réflexion, afin que de simple production alimentaire le jardin participe à la création de nouveaux paysages urbains et profitent à tous. Dans quelle mesure ces espaces de jardins potagers peuvent-ils être également des espaces de nature pour la ville? Tout en contribuant à une plus-value qualitative des logements, sous quelles conditions pourraient-ils être rendus accessibles aux citadins? A Tokyo par exemple, les potagers remplissent déjà le rôle d’espaces verts urbains. En consacrant seulement 5% de sa surface aux parcs publics, la ville est donc très minérale24. Avec 2,9m2 de parcs par personne, elle est loin des 27m2 de Berlin, mais cela ne l’empêche pas de renvoyer une émotion de quiétude et d’atmosphère de jardin. En effet, dans la culture japonaise, le rapport à la nature est très différent de l’Occident, on y voue une adoration, notamment à son caractère éphémère. Son image la plus traditionnelle est peut-être celle du «Sakura», le cerisier en fleur répandu dans toute la ville, dont on apprécie la beauté des fleurs (hanami) et qu’on a coutume de fêter début avril. La ville se vit ainsi à travers ses festivals et fêtes, au gré des saisons et de la nature25. C’est pourquoi, il est inconcevable de pouvoir détériorer l’activité potagère dans un tel contexte. De cette poésie, il faut retenir que l’usage d’un lieu peut être étroitement lié à sa nature comme révélatrice des changements des saisons ou d’un climat. On peut même sous-entendre que la prospérité de la nature est en soit la prospérité de tout un peuple, il y a sans doute beaucoup à retenir de cette sensibilité japonaise. Cette ville démontre que des espaces potagers en ville ne sont pas une aberration, mais qu’ils répondent à une attente réelle.

23 MUSY M., « Quelle végétation urbaine pour la ville de demain ? », Vers une alliance entre ville et nature, les ateliers de la ville durable, Lausanne, 2010 24 NIWA N., « Tokyo, mégalopole agricole », article paru dans « La Revue Durable », n° 43 L’agriculture regagne du terrain dans et autour des villes, France, octobre 2011 25 Travail personnel « La nature, critère de l’urbanité japonaise. Permanence et Impermanence », réalisé dans le cadre du cours, « Urbanisme en Asie », Ruzicka-Russier M., Ferrari B., Epfl, Lausanne, 2012

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Enjeux du jardin comme outil de qualité de vie Avec de tels exemples, il est aisé de reconsidérer le thème du jardin potager comme espace urbain de qualité, avec un fort potentiel esthétique, capable d’embellir la ville, tout en étant en mesure d’assumer plusieurs fonctions à hautes valeurs sociales et culturelles. Ainsi, le jardin potager, comme « nature urbaine », peut répondre aux enjeux environnementaux, socioculturels et économiques suivants26: Environnemental: Améliore la qualité de vie des villes et les rendent plus attractive pour les personnes rêvant de campagne, synonyme de nature bucolique. Retient les citadins, empêche l’étalement urbain, une surexploitation du sol, l’usage accru de mobilité individuelle. Offre des habitats variés pour la faune et la flore, une grande biodiversité. Capable d’utiliser les espaces résiduels. Perméable à l’infiltration des eaux, au même titre que les espaces verts. Socioculturel: Définit l’identité des quartiers, devient repère spatial. Améliore sensiblement le bien-être des habitants et favorise la santé27. « L’homme a un besoin plus vital d’arbres, de plantes et d’herbes que de béton, de pierres ou de bitume »28. « Sa fonction est aussi psychologique dans l’inconscient collectif, elle symbolise la salubrité, la santé »29. Synonyme de relaxation, stress, zen, lumière naturelle, stimulations sensorielles, expériences esthétiques positives (aménités). Encourage l’activité physique, marche, vélo, roller. Favorise les interactions entre les habitants. Augmente l’utilisation des espaces publics par la présence d’espaces verts. Induit la mixité et les échanges sociaux. Économique: Produit des fruits et légumes. Économie sur le coût du panier de la ménagère. Auto-entretien du paysage urbain, moins coûteux que les parcs et jardins publics. Augmente l’attractivité de la ville, améliore le cadre de vie, donc facteur de localisation non négligeable pour les entreprises et ménages. Impact favorable sur la santé physique et mentale des habitants, donc diminution du coût de la santé. 26 BARBET B., GAILLARD H., « Les jardins de poche, pour plus de nature et de convivialité en ville », équiterre, lausanne, 2010 27 « Health Impact Assessment of greenspace : A Guide », Greenspace Scotland, Stirling University, 2008 28 SAINT-MARC P., « Socialisation de la nature », éditions Stock, Paris, 1971, p. 393 29 « Le jardin en ville : typlogies et pratiques sociales », Vers une nouvelle alliance entre ville et nature : 7ème rencontre franco-suisse des urbanistes, Les ateliers de la ville durable, Lausanne, 2010

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En définitive, la « nature urbaine » est bénéfique tant pour la ville que ses habitants. Mais, le jardin potager est en mesure de devenir un outil de qualité de vie, plus pointu et précis, facteur de sécurité alimentaire, de réserve de paysages et de biodivisersité, dont les qualités spécifiques à retenir sont les suivantes: Agrément: Permet d’admirer l’évolution d’une plante, depuis le semis jusqu’à sa récolte. Aménités procurées par la contemplation des plantes offertes à la vue de tous. Esthétique de la ville, du quartier ou de la maison. Arbres d’alignement, d’ornement qui peuvent être fruitiers. Ecologique: Sensibilise aux relations possibles avec l’environnement. Permet entre autres un circuit court entre producteur et consommateur, fait intervenir les ressources locales. Non-usage d’engrais chimiques. Compost collectifs urbains. Offre la possibilité d’avoir une emprunte positive sur le territoire. Biodiversité: Richesse de la faune et la flore, notamment par la présence de micro-jardins qui poussent entre différents interstices aux conditions climatiques idéales. Nouvelles faunes animalières attirées par le jardin potager, par exemple les oiseaux attirés par les arbres fruitiers. Gestion des eaux: Permet l’infiltration des eaux, comme les espaces verts, mais avec une réutilisation intelligente de l’eau de pluie pour sa propre irrigation, notamment par la présence de réservoir d’eau. Pédagogique: Jardins éducatifs, lieux d’enseignement à la botanique, cycles de formation en agronomie avec des écoles à proximité, ateliers tout public, sensibilisation à l’environnement, l’art, la culture et les sciences. Apprentissage et pratique du jardinage.

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Intégration: Lieu promoteur de liens entre les habitants eux-mêmes, rompt l’isolement, favorise l’activité physique, renforce l’estime de soi. Jardins d’insertion encadrés par des professionnels ou bénévoles, pour personnes en voie de réinsertion professionnelle et qui peinent à retrouver un rythme régulier de travail. Productif: Cultures de légumes, de fruits, d’herbes aromatiques, de fleurs odorantes entre autres, destinées à sa consommation personnelle ou à la vente, l’échange. Permet aussi de découvrir de nouveaux légumes ou fruits. Économique: Apport ménager pour certaines personnes défavorisées.

«Quand un homme

a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner le poisson»30. Épicerie commune possible, entraide selon les récoltes et affinités du voisinage.

30 Proverbe de Confucius

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E T UDE S D E C A S logements et jardins potagers


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Clé de lecture urbaine Face aux enjeux des villes actuelles, d’un point de vue environnemental, socioculturel et économique, il convient d’utiliser les multiples atouts précédemment cités du jardin potager comme outil de qualité de vie, afin de concevoir une nouvelle approche architecturale et paysagère du territoire. De la sorte, il est possible d’envisager le jardin comme espace d’interactions entre la ville et ses habitants, permettant de définir de nouvelles relations possibles entre ces deux derniers. En se référant aux critères qualitatifs du jardin, comme clés de lecture, d’analyse, il convient de développer un sens critique et pertinent pour envisager un nouveau type d’environnement bâti. Dans cette analyse, par une série d’études de cas, mêlant logements et jardins potagers, le but est de dresser une liste d’applications possibles du végétal. Ainsi, chaque projet a été analysé à travers les critères qualitatifs énoncés du jardin potager, en rapport à la qualité apportée réciproquement à l’espace public de la ville et l’espace privé du logement. A travers cette grille de lecture, cette partie permet de comprendre concrètement les avantages ou les défauts des exemples retenus par rapport à leurs applications du végétal. Sans devoir forcément reproduire une même situation, elle permet d’affiner et de reformuler certaines hypothèses initiales, en vue d’esquisser par la suite les premiers traits d’une démarche, sous la forme d’un scénario d’intervention, en relation au thème et au contexte du périmètre d’étude. De par la sélection des exemples, il a été possible de distinguer quatre typologies de jardin: le jardin de plain-pied, le « vertical-farming », l’épaisseur de façade, le toit-terrasse. C’est pourquoi l’analyse s’est répartie en quatre parties et regroupe pour chacune d’elles deux études de cas exemplaires par leur typologie de jardin développé pour le logement. En puisant dans ces études de cas, tout en y développant un sens critique, cette étape nous permettra ainsi d’imaginer à notre tour de nouvelles formes et typologies architecturales, entre logements collectifs et jardins potagers.

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Bedzed, Londres, 2002

Bedzed, Londres, quelques annĂŠes plus tard

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Plain-pied : Bedzed

Londres, Zedfactory architects

Construit dans la banlieue sud de Londres, à Beddington, le village de Bedzed (contraction de « Beddington Zero Energy Development ») est le résultat de recherches visant à réduire au maximum l’impact de l’habitat sur l’environnement tout en poursuivant un but social. Ainsi, les concepteurs ont procédé à une analyse de cycle de vie, qui consiste à évaluer l’impact environnemental de la vie d’un produit, depuis sa réalisation jusqu’à sa mise en service31. De la sorte, la typologie du quartier et des logements est pensée majoritairement en terme d’efficience énergétique. De plus, le projet prévoyait à l’origine 82 logements, de nombreuses surfaces de bureau, ainsi que de multiples espaces communautaires tels que crèche, café, restaurant, salle communautaire, salle de spectacle, centre médico-social, espaces verts publics et privés et complexe sportif. Par un jeu de relations multiples, le projet combine densément logements, bureaux, jardins de plain-pied, jardinets en terrasse, ce qui évite une surexploitation du sol, tout en offrant une typologie d’habitat relativement riche en interaction directe avec des espaces de jardin. Malgré cette disposition variée qui a le potentiel d’offrir de l’espace à la culture potagère, il est à regretter la situation périphérique au quartier des lieux réellement dédiés aux jardins potagers. Leurs manifestations dans les jardins de plain-pied et terrasses sont donc ponctuelles.

31 « Bedzed, une cité-jardin » tiré de : http://www.millenaire3.com/uploads/tx_ressm3/Bedzed.pdf

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Agrément: La situation des jardins aux rez-de-chaussées, ainsi que ceux en terrasse, permet au public de les contempler et procure ainsi un cadre de vie agréable dans le quartier au niveau de la faune et la flore. Toutefois, l’aspect « écolo-technique» de l’architecture mis en avant prend le dessus sur le végétal et assume la réelle identité du quartier, notamment par les cheminées colorées de ventilation passive. Écologique: A leur arrivée, les habitants se voient offrir de l’équipement de jardinage, afin de les encourager à cultiver eux-mêmes une partie de leur nourriture. Les habitants disposent d’un jardin, et peuvent en principe faire la demande d’une parcelle de terre sur le site même de Bedzed. Biodiversité: Bien qu’il soit dense, le projet concilie l’équilibre entre espaces construits et paysage naturel. Il encourage la biodivsersité à travers une variété d’espaces verts, chaque unité de logement/poste de travail a accès à son propre jardin, terrasse ou balcon. Gestion des eaux: Il est prévu que la consommation quotidienne de Bedzed provienne de l’utilisation de l’eau de pluie, collectée des toitures et stockée dans des cuves placées sous les fondations32. De la même manière, des réservoirs d’eau permettent d’arroser les jardins. Or, le fait que tous les jardins ne soient pas au rez-de-chaussée diminue une infiltration possible des eaux de pluie dans la nappe phréatique. Pédagogique: Malgré la présence d’espaces communautaires, notamment de crèche, l’aspect pédagogique possible du jardin n’est pas utilisé. A titre informatif et unique, les arrivants sont invités à un stage d’information au jardinage, non ouvert au public.

32 « Retour d’expérience, quartier Bedzed », tiré de : http://www.lausanne.ch/Tools

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Intégration: Le site mélange plusieurs catégories sociales, mais le projet ne se sert pas du jardin potager pour promouvoir de nouvelles interactions, tels qu’en disposant des jardins d’insertion. Ceci peut s’expliquer par le caractère privatif des jardins qui sont en relation directes avec les logements. Productif: A titre informatif, on encourage les usagers à la culture de plantes aromatiques et tolérantes à la sécheresse tel que la lavande et le romarin. Les fruits et légumes ne sont destinés qu’à leur propre consommation, ils font office de compléments. Économique: Le projet prévoit la mise en place d’un réseau d’agriculteurs fournissant aux résidents des aliments locaux et de saison, sans toutefois communiquer un quelconque avantage sur le prix. Certes, il permet de redynamiser l’industrie agricole locale, mais ne contribue pas au coût du panier de la ménagère, qui se limite à son auto-production.

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Plain-pied : Siedlung Westhausen

Francfort, Ernst May

Dans un contexte de pénurie du logement, Ernst May, architecte et urbaniste en charge de l’aménagement urbain de Francfort, regroupe une équipe d’architectes afin de concevoir un programme d’habitation à plus large échelle. En périphérie des centres villes, on conçoit ainsi des quartiers tout entier dotés de logements compacts et relativement indépendants, équipés d’espaces verts, aires de jeux, d’écoles et autres espaces communautaires. A travers le thème du jardin, on se projette dans une version bucolique d’une vie familiale saine dans un espace vert, retranscrivant un principe de famille-habitat-jardin. Entre 1925 et 1930, se construit ainsi la Siedlung Westhausen, l’un des quartiers les plus connus parmi tant d’autres construits à la même époque. De formes simples, épurées, les logements traduisent une volonté de fonctionnalisme, avoir le même accès au soleil, à l’air, au jardin et aux parties communes. Dans un contexte d’instabilité politique, cette façon de projeter l’habitat manifestait l’envie d’un certain égalitarisme recherché pour tous. On retrouve une séquence rue-entrée-logement-jardin commune à tous les logements, dont l’une des qualités est d’être praticable dans le sens inverse. De la sorte, l’espace du jardin privé prend un caractère semi-public, profitant largement à la vue de tous les passants.

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Agrément: Par des formes simples revêtus de blanc, la Siedlung met en valeur le charme de la nature. Ainsi le jardin devient réserve de paysage, dans un joli contraste entre pureté du bâti et variété de la nature, pour profiter largement à la vue de tous. Ici, l’architecture répétitive peut sembler silencieuse, or, elle souligne la beauté des jardins qui définit l’identité du quartier et devient des repères spatiaux. Écologique: A l’époque de la construction, pas de réels enjeux écologiques recherchés Biodiversité: Hormis les haies végétales communes, le quartier bénéficie d’une grande biodiversité. Au gré de chaque habitant, elle s’épanouit à travers les divers jardins plantés et entretenus. Du grand jardin au sud, jusqu’au bac à fleurs à l’entrée Nord. Une large place est donc laissée aux usagers du quartier qui animent l’environnement bâti. Gestion des eaux: Étant donné que tous les espaces de jardins potagers se trouvent au rez-de-chaussée, ils permettent une bonne infiltration des eaux de pluie pour tout le quartier, et favorise une bonne culture maraîchère arrosée naturellement. Pédagogique: Excepté la pratique familiale du jardinage, notamment soutenue par la situation du jardin en prolongement direct du logement, il n’y a pas d’autres attentions particulières. Intégration: Les relations de voisinage sont encouragées par les jardins contiguës les uns aux autres. Grâce aux haies végétales, il est possible de varier les hauteurs de taille et réciproquement le niveau d’intimité recherché par chacun. Une interaction semble possible entre les voisins par l’espace du jardin, qui peut entre autres faire office d’entrée et lieu d’accueil de ses hôtes.

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Productif: La taille et les proportions adéquates du jardin potager permettent une bonne production familiale en fruits et légumes, notamment grâce au bon ensoleillement recherché par la typologie du quartier.

Économique: A l’époque, les jardins potagers produisaient quotidiennement sans doute un apport nutritif non-négligeable, profitant d’une relative autonomie par rapport au centre urbain. Aujourd’hui, par l’avènement des centres commerciaux et de la mobilité individuelle, la production potagère ne dépend plus que du bon vouloir de ses habitants. Toutefois, la typologie des jardins favorise la production.

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Vertical-farming : Mini-fermes Urbaines

Paris, SOA architectes

Dans le cadre de leur recherche sur l’argriculture en milieu urbain, SOA propose différentes solutions de fermes verticales implantées dans la ville de Paris, ainsi qu’en banlieue. Les architectes se réfèrent au concept de « vertical-farming »33, conçu en 2005 par le professeur Dickson Despommier, de l’université Columbia à New York. Ce dernier insiste sur une prise de conscience au niveau de la hausse de population mondiale et un risque de pénurie des surfaces horizontales. Son idée souligne l’importance de produire une grande quantité de fruits et légumes en milieu urbain afin de nourrir la ville. Pour ce faire, il s’est appuyé sur diverses données de la NASA34 quant à l’estimation de la surface utile pour nourrir une seule personne, soit de 27.87m2. Ainsi, le concept se veut une réponse spontanée à « la politique agricole qui s’oriente vers les marchés globaux, se déconnectant par la même occasion de la politique urbaine et de la planification de nos villes. Pire encore, le zonage urbain empêche la production alimentaire et cherche à l’exclure de leur conception idéale de la ville propre, hygiéniste et moderne »35. Le point commun de tous les projets reliés au «vertical-farming», est qu’ils traduisent les hypothèses d’un scénario. « Certains scenarii sont raisonnés, d’autres accentuent la disparition de l’homme au coeur du système agricole, d’autres montrent une ville dénaturée au profit de la culture de l’entertainment, du marketing »36. Ici, leur scénario propose des « mini-fermes », composées de petites exploitations, allant de deux à trois étages, implantées au sein d’îlots ouverts. Leur fonctionnement s’appuie sur la mise en place d’un réseau de coopératives. En outre, le projet tente de construire l’espace urbain, en créant des alignements et des rues commerçantes.

33 notion tiré de : « http://www.verticalfarm.com » 34 « National Aeronautics and Space Administration » , http://www.nasa.gov 35 GORGOLEWSKI M., KAMISAR J,, NASR J, « Carrot-city», The Monacelli Press, 2012,p.12 36 « Entretien, les fermes urbaine de SOA» tiré de : http://www.lecourrierdelarchitecte.com/article_1662

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Agrément: Bien qu’en mesure d’être des repères spatiaux visibles au loin, les « petites tours» n’apportent pas de réels aménités au public, ainsi qu’aux résidents du quartier. Toutefois, il est possible que les commerces de détail placés au rez-de-chaussée aient un certain charme, notamment par les couleurs, odeurs des fruits et légumes exposés sur les étalages. Écologique: Le projet propose un circuit extrêmement court entre producteur et consommateur. Étant donné que l’espace de production est attenant à l’espace de vente, cette disposition permet de faire l’économie d’autres intermédiaires. Cet espace de vente peut prendre la forme d’une épicerie de quartier. Biodiversité: La typologie hors-sol des jardins ne permet pas une grande biodiversité à cause de l’environnement contrôlé pour la production. De plus, il nécessite un entretien accru. Gestion des eaux: En faisant l’économie du territoire horizontal, les mini-fermes urbaines ne contribuent pas à l’infiltration des eaux de l’espace public. Le système proposé ne prévoit pas une utilisation des eaux de pluie pour la culture maraîchère. Pédagogique: Mise à part l’espace de vente en contact direct avec la rue, les plateaux de culture ne sont pas viables car ils sont étroits, voire dangereux. Ils ne sont pas adéquats pour devenir des espaces pédagogiques favorables à la transmission de la pratique du jardinage.

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Intégration: La typologie fonctionnelle des tours a un statut relativement indépendant vis-à-vis de la ville et des logements aux alentours. Elle est peu attractive en terme de qualité de vie et ne profite donc pas à l’intégration du voisinage comme promoteur de liens possibles. Productif: L’efficience productive du système mis en place semble être l’atout majeur des mini-fermes urbaines. En effet, la superposition de plateaux aux proportions méticuleusement réfléchies pour la production, a le mérite de générer une production agricole importante. Économique: Le projet ne profite pas au panier de la ménagère. En effet, le système promeut une autonomie fonctionnelle relative à la vie du quartier. De plus, il semble peu envisageable que les tours de jardins soient entretenues par les résidents locaux.

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Vertical-Farming : The Living Skyscraper

Blake Kurasek

Dans un même ordre d’idée, le projet de Blake Kurasek poursuit l’idée du « vertical-farming » , mais sur plusieurs dizaines d’étages mêlant logements et cultures. Partant du principe que les gratte-ciel devraient subvenir aux besoins des habitants, l’architecte propose une ferme verticale auto-suffisante. Ainsi, la situation sur l’eau est justifiée afin de la prélever et la redistribuer pour irriguer les cultures. La première grande différence avec l’exemple précédent, réside dans l’utilisation de la culture aéroponique37. En effet, les contraintes structurelles qu’engendrent l’utilisation de terre ou de bacs d’eau sont trop grandes pour être appliquées dans un bâtiment de cette taille. De plus, ce genre de tours nécessite une gestion informatisée qui permet un fonctionnement optimal du système. Au niveau programmatique, le bâtiment offre une mixité des usages et une diversité des cultures. Autour d’un noyau dur qui regroupe les fonctions de distribution verticale (ascenseurs, escaliers, monte-charge pour la ferme), se développent en périphérie et en alternance, des plateaux d’appartements, jardins suspendus, ainsi que surfaces dédiées à l’agriculture urbaine. Le rez-de-chaussée de la tour comporte un marché dans lequel les produits cultivés pourrait être vendus aux habitants de la tour, voire à une population plus large. Au niveau architecturales, les tubes hydroponiques utilisés dans les plateaux dédiés à la culture, se retrouvent également dans une façade double peau, jouant le rôle de protection solaire. La démarche tente d’offrir une mixité d’usages possibles, notamment à travers les jardins suspendus qui pourraient être des lieux où s’épanouissent les enfants, tandis que les adultes se verraient acheter leur salade directement à l’endroit de production.

37 En aéroponie, les fonctions nutritives du sol et l’approvisionnement en eau, sont assurées par des « supports de plantes » et par des vaporisations permanentes de solutions nutritives à base de sels minéraux tournant en circuit fermé au moyen d’une pompe. Cette technique est comparable à son ancêtre, l’hydroponie, sauf que les plantes ne sont plus dans un substrat inerte, irrigué à intervalles réguliers. Ainsi, il devient possible en aéroponie de maîtriser tous les paramètres du milieu nutritif (concentration des éléments nutritifs et de leur proportion respective, pH, température, etc.) afin d’obtenir les meilleurs résultats de culture. Tiré de : http://fr.wikipedia.org/wiki/Aéroponie

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Agrément: A l’échelle de la ville, la tour peut devenir un monument important, mais elle offre peu de qualités ornementales ou d’agréments à l’échelle de quartier. Pour les citadins, il n’est par exemple pas possible de suivre l’évolution d’une plante ou de pouvoir l’admirer, l’a contempler. Écologique: De l’échelle globale jusqu’à l’échelle du détail architectural, le projet tente au maximum de réduire son impact environnemental, pour devenir à contrario productif en terme d’énergie. Il comporte notamment un système de récupération d’eau par sa colonne vertébrale pour irriguer les cultures. De plus, des éoliennes placées dans la tête du bâtiment produisent de l’énergie, sans compter les gains énergétiques apportés par la double peau de la façade. Biodiversité: Malgré l’importante quantité de plateaux qui peuvent accueillir de nombreux genres de légumes et fruits, le projet ne profite pas qualitativement à la biodiversité naturelle. Ceci s’explique par l’environnement naturel entièrement contrôlé et qui ne permet pas à la faune et la flore sauvage de s’y développer. Gestion des eaux: Le système de récupération d’eau permet certes l’irrigation des plante, mais le projet en soit ne participe pas du tout à l’infiltration des eaux de pluie dans le sol de la ville. Pédagogique: La tour offre des espaces de jardins suspendus à l’usage des familles et enfants. Par contre, aucune précision n’est donnée à propos de l’accessibilité des espaces de cultures de potagère à ces derniers. Bien qu’ils soient envisageables de concevoir des jardins éducatifs, des lieux d’enseignement à la botanique etc, le caractère privé de la tour compromet un usage public des lieux dits.

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Intégration: Pour son concepteur, il s’agit de faire de ce lieu non seulement un endroit ou l’on produit des aliments, mais aussi d’en faire un outil de changement social radical. Mais on est en droit de s’interroger sur l’image d’une tour si imposante, comme barrière sociale à l’espace public urbain. Dans un élan d’optimisme, le projet semble peu viable, au risque de paraître utopique. Productif: Grâce à l’efficacité de son système aéroponique et les importantes surfaces dédiées à la culture, la tour offre un très bon rendement en terme de production alimentaire (qualitatif et quantitatif). Économique: Étant donné que le projet concilie agriculture urbaine, logements et marché, il est possible qu’il soit un apport nutritif pour les familles. Mais le concepteur ne précise pas si les surfaces agricoles sont dédiées aux résidents de la tour ou si elles sont la propriété d’une exploitation externe.

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Epaisseur de façade: Party-Wall

Athènes, So-IL architects

Dans le quartier du centre-ville de Kerameikos et Metaxourgeio à Athènes, SO-IL a conçu un projet de logements urbains. Il a été initié en 2009 et s’oriente vers une proposition de construction de logements pour étudiants. Au lieu du modèle bâti à cour classique répandu dans la ville, avec un espace commun isolé derrière le bâtiment, « Party Wall » déplace la masse du bâtiment sur un des côtés du site, en l’alignant sur le ​​ mur mitoyen, il propose la perspective d’un nouvel espace communautaire conçu comme un jardin le long du site. Cette typologie génère ainsi un éventail de possibilités. Une cour étroite de 4.5 mètres permet à l’espace urbain de devenir une partie intégrante de l’expérience de vie offerte, tout en offrant une zone communautaire, comme tampon entre les sphères publiques et intimes de la vie, une dilatation de l’épaisseur de la façade. Cette conception propose un nouveau type de logements poreux - à concevoir comme un filtre plutôt qu’une barricade - une dilatation qui s’étend d’une paroi épaisse contenant les espaces cloisonnés de la sphère privée, jusqu’au mur d’ossature légère et végétal au bénéfice des espaces communautaires donnant sur l’espace urbain. Ainsi, à travers le thème du jardin suspendu, se développe du sol en toiture une multitude de valeurs d’usages publiques / privés. Cette qualité est mise en avant par un jeu de plateaux reliés par un escalier permettant de relier tous les étages jusqu’à la toiture commune. SO-IL insiste sur les ambitions de la démarche qui permet d’exposer la vie, rétablir la rue, créer de l’intimité, favoriser les relations, offrir une identité, donner de l’espace pour célébrer,pour se concentrer, vivre avec le temps et le climat, en somme de vivre le jardin, la maison et la ville. Cependant, le projet n’évoque pas de solutions précises relatives au thème du jardin potager, malgré les réponses envisageables par le potentiel du jardin au sol, la végétation accrochée au filtre, la culture en pot et la générosité de la toiture.

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Agrément: A travers ses parois végétales, le projet devient un très bon repère spatial à l’échelle du quartier et contribue à lui donner une bonne identité visuelle. Ici, la typologie du jardin contribue tout autant à la qualité de l’espace urbain qu’à celle des logements. En outre, la proximité du jardin permet de l’admirer agréablement. Écologique: « Party Wall » ne donne pas de réponses précises en terme d’écologie. Néanmoins, la forte présence de la nature, l’encouragement à l’usage des espaces extérieurs profite à une sensibilisation des résidents à l’environnement extérieure. Biodiversité: La typologie de la paroi végétale, le jardin au sol et la végétation en pot ou en toiture, sont d’autant de lieux aux conditions climatiques très différentes et offrent le potentiel d’une nature à forte biodiversité. Gestion des eaux: En participant à la construction de l’espace urbain par le thème du jardin, le projet offre une surface naturelle permettant en conséquence l’infiltration des eaux de pluie. Pédagogique: Aucun programme n’est communiqué à propos d’un quelconque lieu d’enseignement à la botanique ou jardin éducatif. Toutefois, le projet est à considérer comme un potentiel d’interactions possibles entre public/privé, du rez-de-chaussée, aux plate-formes suspendues, jusqu’à la toiture accessible par l’escalier commun. Intégration: En relation au thème du jardin et du logement, le projet propose des espaces communautaires qui promeuvent les liens entres les résidents, rompent l’isolement, favorisent les activités extérieures. En outre, ils s’enrichissent d’interactions possibles avec l’espace urbain. Par conséquent, c’est l’un des points forts de cette typologie. 64 | ETUDES


Productif: Contrairement à d’autres projets, notamment « The Living Skyscraper » ou les « Mini-fermes urbaines » où l’aspect productif devient un leitmotiv, les architectes ne traitent pas le thème du jardin comme une culture potagère « intense ». Elle se résume à une activité de plaisir, d’entretien. Économique: Parallèlement au critère « productif », la solution proposée ne contribue pas à un réel apport nutritif, malgré un certain potentiel non-exploité.

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Epaisseur de façade : Agro-Housing

Knafo Klimor architects

Selon ses concepteurs, le projet «Agro-Housing» se veut comme une réponse directe aux problèmes d’urbanisation auxquelles est confrontée la ville de Wuhan, en Chine. Tendant vers un modèle social et urbain, le bâtiment mise sur une mixité programmatique qui regroupe des logements, une crèche et de l’agriculture urbaine. Ici, l’agriculture verticale, comprise dans une épaisseur de façade, est offerte aux habitants sous forme d’espaces appropriables où ils peuvent eux-mêmes cultiver en fonction de leurs aptitudes et envies. A travers cette proposition, les architectes soutiennent l’idée que les habitants ont la capacité d’être indépendants des réseaux alimentaires habituels, voire même pour certains d’entre eux tirer un profit, en relation aux problèmes de transport de denrées alimentaires et de pollutions indirectes. De ce fait, la sensibilisation des habitants aux questions environnementales est possible, étant donné qu’ils sont directement impliqués dans une gestion durable de leurs productions alimentaires. Au niveau programmatique, les fonctions se répartissent comme suit : une serre verticale placée au sud du bâtiment offre des plateaux de culture hydroponique naturellement ventilés et éclairés. Autour de cette colonne vertébrale, s’organisent des logements. La façade nord est percée d’espaces extérieurs pouvant accueillir des arbres fruitiers et devenir le prolongement des logements. Quant à la toiture, elle dédie une large surface à la culture, tout en offrant un espace commun pour le voisinage. Le projet tire profit également de plusieurs solutions techniques pour amortir son impact environnemental, il comporte un système de récupération des eaux pluviales, des eaux grises et de l’évapo-transpiration des plantes ainsi qu’un système de production d’énergie générée par la biomasse des plantes. En outre, la typologie de cour intérieure en plus des espaces extérieurs situés au nord, permet une ventilation naturelle du bâtiment par un effet de cheminée.

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Agrément: Les plateaux de culture sont visibles depuis les logements, ainsi ils sont admirés par les habitants directement depuis leur salon. De plus, la façade sud dédiée à la culture potagère devient une façade urbaine, elle peut être contemplée depuis l’extérieur. Toutefois, on se questionne sur la réelle qualité esthétique d’un environnement contrôlé et voué à de l’agriculture urbaine, sans parler de la faible contribution à l’espace urbain. Écologique: Le projet développe une série de systèmes qui prédestinent le bâtiment à réduire au maximum son impact environnemental, voire même de devenir autonome. Le fait que les usagers soient directement impliqués dans la production permet également une sensibilisation aux questions environnementales. Biodiversité: La biodiversité se limite à ce qui est possible d’être cultivé dans les plateaux hydroponiques, en plus de la végétation plantée dans les espaces extérieures des logements. Par conséquent, la biodiversité est relativement faible, elle s’explique par l’environnement contrôlé qui offre des conditions climatiques destinées à la culture. Gestion des eaux: De manière intrinsèque, le bâtiment se dote d’un bon système de récupération des eaux qui permet une réutilisation intelligente destinée à l’usage domestique et irriguer les plantes. Or, le bâtiment ne participe pas à l’infiltration des eaux de pluie présentes dans l’espace public, étant donné que les jardins se trouvent sur des plateaux.

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Pédagogique: L’énoncé du programme prévoit une crèche. Cette dernière profite ainsi des espaces extérieurs et des surfaces dédiées à la culture potagère, de sorte qu’ils peuvent prendre la forme de jardins éducatifs. Cependant, les jardins ont un caractère privé, ainsi on s’imagine mal un apprentissage et une pratique publique du jardinage, notamment sous la forme d’ateliers destinés à autrui.

Intégration: Hormis les surfaces dédiées à l’agriculture urbaine commune, les autres espaces font parties de la sphère privé du logement. Bien qu’ils puissent contribuer à de bonnes relations de voisinage pour les habitants de l’immeuble, les espaces de jardin ne s’offrent pas à l’usage public. En outre, de façon similaire au critère d’ « agrément », un doute est émis sur la qualité d’usage d’un environnement contrôlé pour la culture potagère. Productif: L’approche des architectes, par le biais de plateaux superposés et dédiés à la culture, permet un rendement important de produits alimentaires. C’est d’ailleurs l’un des points forts du projet. Économique: La typologie de jardin encourage les usagers à devenir eux-mêmes producteurs de denrées alimentaires, notamment par une relation de proximité recherchée entre les logements et les serres de culture. Par conséquent, elle contribue très favorablement à la nutrition des familles installées dans l’immeuble, ce qui permet une économie non-négligeable pour ces dernières. Elle devient ainsi un atout majeur, en plus du critère « productif ».

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Toit-terrasse : Fermes sur les toits

Seine Saint-Denis, SOA architectes

Cet exemple retenu dans nos études de cas, est le second de SOA architectes. Il se différencie des autres projets par son concept additif à une structure et à un contexte existant. Situé sur un plateau de Seine Saint-Denis, le projet se développe dans le territoire de Romainville, à proximité de la ville de Paris. Le quartier se caractérise par un environnement bâti dans les années 50, typique des grands ensembles de cette époque. De grandes barres de logements et quelques plots se placent dans un tissu urbain hétérogène, qui peine à trouver une relation au centre historique de la ville. L’intervention des architectes se compose d’une ferme contrastant avec les barres de logements existantes, elle propose ainsi une nouvelle interprétation de l’ensemble existant. De ce fait, le skyline morcelé de la ferme enrichit l’horizon urbain, tout en conservant une certaine régularité, il préserve l’identité de la partie basse du bâtiment. Le programme de la ferme agricole comporte trois catégories principales: les zones de culture, les locaux de travail et les locaux techniques. Les zones de cultures et les locaux de travail se développent sur les toits des bâtiments existants. Quant aux circulations et aux locaux techniques, ils se placent à l’extrémité nord du bâtiment38. L’accès à la ferme se fait donc par le rez-de-chaussée, depuis l’espace urbain, par un ascenseur et un escalier qui relient la ferme de bas en haut. Les serres offrent trois types de culture aux conditions climatiques différentes, elles sont rendues possibles par la mise en place d’écrans thermiques mobiles, ainsi que d’un ordinateur central pour la gestion de l’énergie et du climat intérieur. Étant donné que les bâtiments existant ne peuvent supporter une telle surcharge, la ferme s’appuie sur un portique en béton qui enveloppe l’existant. De cette manière, cette nouvelle structure se propose aussi d’offrir une extension à chaque logement sous la forme de balcons et de jardins d’hiver. D’après les concepteurs, la réunion d’une ferme et de logements dans un même bâtiment encouragerait ainsi les échanges possibles des deux programmes.

38 informations tirées de : http://www.soa-architectes.fr/fr/projects/show/90

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Agrément: La forme chahutée des serres en toiture contribue à la skyline, elle devient ainsi de loin un repère spatial et donne une identité au quartier. Toutefois, elle n’améliore pas beaucoup le cadre de vie des résidents, il y a peu d’interactions possibles avec la nature mise en place. Écologique: Comme la plupart des projets traitant d’agriculture urbaine, la démarche des architectes propose plusieurs systèmes techniques qui permettent de minimiser l’impact écologique du bâtiment, notamment par la récupération des eaux. De plus, par sa proximité avec les logements situés au-dessous, elle peut jouer un rôle de sensibilisation. Biodiversité: L’environnement intérieur de la serre contrôlée, n’étant pas en contact avec l’air extérieur, ne favorise pas une grande biodiversité. Gestion des eaux: Étant donné que le projet se place en toiture, il ne contribue pas à l’infiltration des eaux de pluie, comme pourrait le faire un espace vert public. Pédagogique: Malgré qu’il soit accessible depuis le niveau de la rue, l’usage de la serre horticole comme un éventuel lieu d’enseignement à la botanique (formation, ateliers tout public, sensibilisation, pratique du jardinage), paraît ponctuel, voire minime. Intégration: La typologie du jardin en toiture relié par un escalier commun paraît intéressante, dans le but de devenir un lieu communautaire. Or, l’usage pour lequel il a été conçu ne favorise pas forcément les liens entre les habitants-mêmes.

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Productif: La démarche visant à interroger le potentiel d’une toiture plate existante est pertinente. Par ailleurs, elle souligne la question de l’accès vertical qui est habilement traité ici. Ainsi, les larges surfaces horizontales profitent à une culture potagère intense. Économique: Selon les architectes, la réunion d’une ferme et de logements dans un même bâtiment encouragerait les échanges possibles des deux programmes. Il est donc possible d’envisager une culture pour sa propre auto-consommation ou de bénéficier d’un tarif avantageux.

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Toit-terrasse : Jardins sur les toits de New York Depuis quelques années, de plus en plus de potagers fleurissent sur les toits de certaines villes. Ce genre de solutions se proposent de mettre en place une culture locale et de favoriser les circuits courts de production, notamment en installant un jardin sur le toit d’un immeuble. Au centre des grandes métropoles, cette idée acquière de plus en plus d’adeptes, on pense notamment à New-York. Cette ville est pionnière du concept des jardins sur les toits et profite d’un élan de reverdissement sur ses toits depuis quelques années. Un photographe américain, Alex MacLean, a publié un livre de photos aériennes, comme témoignage de ces toits-jardins et du potentiel exploitable de cette « 5ème façade ». En effet, la superficie totale des toits représente 20% de la surface de ville new-yorkaise, c’est pourquoi le plan de développement durable de cette dernière propose des avantages financiers aux acteurs de cette démarche de reconversion. Ceci s’explique par le choix d’une toiture végétalisée comme bon isolant thermique, capable d’absorber une partie des eaux de pluie, favoriser la biodiversité et embellir les sommets des villes densément peuplées.

Ainsi, un potager géant s’est développé sur le toit d’un ancien bâtiment industriel à Brooklyn, il a nécessité à l’aide d’une grue le transport de 500 tonnes de terre et d’engrais au sommet des six étages. Les fruits et légumes cultivés sont par la suite distribués sur les marchés et approvisionnent les paniers des New-Yorkais. Cet exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres, vu le nombre croissant d’adeptes à la consommation de produits frais, locaux, bio et de saison. Mais certains de ces espaces végétalisés permettent aussi aux citadins de se reposer, ils offrent une alternative de vie au contexte minéral de la ville, devenant parfois des lieux de rassemblement. Néanmoins, ils sont parfois exclusifs ou alors l’accès vertical demande une connaissance préalable des lieux recherchés.

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Agrément: Les toits-jardins offrent une alternative de vie dans les grandes métropoles. Dans une ville comme New York, ils sont appréciables depuis les hauteurs. Par l’embellissement du sommet de certains gratte-ciel, ils permettent de donner une seconde idendité à ces derniers. Toutefois, le caractère exclusif de certains lieux restreint le potentiel esthétique à quelques privilégiés. A l’inverse, la prolifération de ces espaces de nature se démocratise de plus en plus. Écologique: Les solutions de ferme urbaine mettent en place des circuits courts de productions. Ils contribuent à sensibiliser tous les New-Yorkais sur les enjeux de l’environnement. En outre, les toitures végétalisées offrent des avantages énergétiques nonnégligeables. Biodiversité: La multitude des toits-jardins (hauteurs, conditions climatiques différentes) n’accueille pas que des plantes vertes, elle héberge aussi une faune locale en hausse. Cette dernière bénéficie de lieux aux conditions de vie très différentes, selon le type de building exploité. Gestion des eaux: Dans un contexte de tours, les toits végétalisés absorbent une partie conséquente des eaux de pluie. Pédagogique: En participant bénévolement à des actions potagères, les New-Yorkais acquièrent des notions de jardinage et de botanique.

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Intégration: De nombreux restaurants, discothèques, cafés et piscines, se développent conjointement à travers les toits-jardins. Ainsi, ils se proposent comme nouvel espace de rencontre, à l’abris du tumulte de la ville, en offrant un cadre de vie bucolique recherché par les citadins. Il convient néanmoins de rappeler la question de l’accès vertical à ce type d’espace, dans le but d’en faire bénéficier le plus de personnes. Productif: En relation aux nombreuses surfaces de toiture d’une ville comme New York, les fermes en toiture offrent une production potagère importante. Économique: L’approvisionnement en fruits et légumes des citadins dépend du caractère public/ privé des jardins potagers. S’ils sont gérés par une exploitation, la production serait vendue dans des marchés, ou sous forme de paniers ménagers. Mais il est également envisageable que ces surfaces de culture soient uniquement bénéficiaires des résidents de la tour, profitant de la totalité de la production. En résumé, si la ferme est entretenue uniquement par ses résidents dans un but d’auto-alimentation, le lieu risque de devenir privé et vice-versa.

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Plain-pied espace vert public lieu d’accueil accès aire de jeux contemplatif alimentaire

Vertical-farming autonome nutritionelle fonctionelle technologique alimentaire

Epaisseur de façade filtre interactif prologement alimentaire

Toit-terrasse Belvédère solarium compense la densité productif alimentaire 78 | ETUDES


Synthèse des études de cas A travers les études de cas, il nous vient à l’esprit une question essentielle à propos du jardin potager, elle permettrait de pondérer certains critères qualitatifs énoncés auparavant. Il s’agit de la question inhérente du beau et de l’utile. « Que nous restaitil à faire? A répudier toutes les formes perverties, à démasquer tous les non-sens, toutes les aberrations, et à retrouver les formes essentielles de la maison, de la table, de la chaise, du lit et de ces objets indispensables à notre vie journalière» aurait dit Henry Van de Velde39, mettant en garde contre les pièges de l’ornementation futile dans laquelle risquait de sombrer l’Art Nouveau, en revendiquant justement cette question de l’unité du « beau et de l’utile ». Dans une tentative de faire une synthèse du rationnel et du formel, on remarque que certains projets ont évacué la relation forme-fonction. En se fixant comme point de départ divers scénarios de crises socio-économiques, qui sont certes des menaces réelles car basées sur des observations mathématiques, mais elles demeurent rationnelles: Comment nourrir une population planétaire en constante hausse, alors que les surfaces arables diminuent, et que le changement climatique aura des conséquences dont on ne connaît que les hypothèses? A ceci s’ajoute, comment répondre aux problèmes de la ville, sous-entendus par une densification urbaine imposée et une qualité de vie sociale à offrir? C’est ici que la question de la forme intervient pour certains dans la première question, pour d’autres dans la deuxième. Quelle doit être la forme de nos villes, de nos campagnes, de nos maisons? En tant qu’urbanistes, paysagistes, architectes, nous occupons un rôle primordial dans ce débat qui a lieu d’être. Alors que la « nature urbaine » est un argument de bien-être, du territoire jusqu’à la maison, ne pas se contenter du critère ornemental et la compléter par le cultivable aurait pu rendre la cause environnementale plus profonde et la définition de cette nécessité écologique plus pertinente. Mais la nature est-elle belle parce qu’elle est utile? Est-ce dans la résolution exacte de ce binôme que nous, architectes, serons en mesure de projeter l’espace de nos sociétés futures ?

39 RICHARD L., « Comprendre le Bauhaus», éd. Infolio collection Archigraphy, 2009

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Ce qui est beau émeut. Le voile chaud de l’été qui caresse notre visage, les feuilles dorées emportées par le vent tumultueux d’automne, les premières neiges qui tapissent d’une couverture semi-transparente les prairies verdoyantes, le chant des oiseaux à l’aube du printemps. Est-ce possible de rationaliser de telles événements? Ainsi, il faut s’interroger sur notre hypothèse initiale qui était « Comment concilier aujourd’hui densité urbaine et qualité architecturale, à travers le thème du jardin potager? » Est-ce une solution envisageable que de concilier le beau et l’utile, point par point, d’égal à égal, pour projeter une alternative à l’idéal pavillonnaire qui se répand dans les zones périurbaines? Ce préambule nous permet de nous apercevoir des convictions différentes entre deux pratiques du « jardin potager », malgré certains projets qui tentent maladroitement de combiner les deux. D’une part, il y a ce que l’on peut nommer « le jardinage potager », d’autre part « l’agriculture urbaine ». On se retrouve ainsi confronter à deux différents extrêmes et modes de vies proposés. L’un, préconise les solutions simples et se résume par: l’importance du contexte, le travail de la terre, l’art de vivre, l’hédonisme, l’ouverture sur le monde extérieur, un environnement attractif, un espace au bénéfice de l’espace public et privé, une qualité de vie sociale et un complément alimentaire en bonus. A l’inverse, l’autre se doit d’utiliser des solutions plus complexes et se traduit par: la décontextualisation du site, une culture aéroponique, une solution technologique, un environnement clos et peu attractif, au bénéfice de l’espace privé et de l’autonomie fonctionnelle. Alors que ce travail de réflexion tentait de valoriser le jardin potager comme « nature urbaine » tangible à concilier la densité urbaine et qualité de vie, un doute est émis sur la capacité de l’agriculture urbaine à porter ce lourd statut répondant aux attentes de la nature et à une densification urbaine imposée. L’agriculture urbaine dans son intégration aux systèmes bâtis peut-elle qualifier les problèmes de la ville future, tout en devenant un système complémentaire de l’agriculture urbaine traditionnelle? Bien que l’agriculture urbaine pourrait très certainement devenir productrice de nouveaux usages par la création de circuits extrêmement courts par exemple, responsabiliser la population aux enjeux environnementaux, pourrait-elle pour autant remplacer le plaisir du jardin et le plaisir de la terre ?

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Bathtub garden

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A notre rôle d’architecte, il incombe la tâche de faire du contexte social autant que morphologique la véritable valeur d’un programme, tout en réconciliant les hommes et l’environnement. Par conséquent, il semble que l’activité du jardin doit tendre vers la notion de plaisir et non vers autonomie alimentaire, sans quoi elle serait démunie de tout ce qui fait les qualités de sa valeur spatiale. Ainsi, l’activité potagère ne doit pas s’orienter vers un usage mono-fonctionnel, sans quoi elle perdrait tout ce qui a fait sa polysémie, qui contribue à la qualité de l’espace public et des habitants. En devenant le reflet de nos sociétés, elle doit nous réunir au lieu de nous séparer. Toutefois, la pratique du jardin potager ne doit pas non plus omettre le travail de la terre qui fait sa particularité historique. En effet, c’est ce qui permet au jardin potager de se différencier des autres espaces verts ou jardins publics. Sous prétexte de jardin potager, le « jardin cultivé » peut alors devenir le « jardin habité ». De cette vie-là, il offrirait les conditions idéales d’agrément, de biodiversité, d’écologie, de pédagogie et d’intégration. Tout en contribuant à l’enrichissement des typologies actuelles du logement, le jardin pourrait entretenir une relation positive également avec la ville sous la forme d’une symbiose, grâce à ses enjeux et ses atouts. De la sorte, il participerait à l’élaboration de logements qui respirent l’art de vivre du jardin potager, l’hédonisme, l’ouverture sur le monde extérieur, en faisant la part belle à des éléments de jardins tels que la cuisine d’été, le lavabo extérieur, la terrasse, le réservoir d’eau apparent, la chaise longue ou même le four à pizza... Le lieu de vie de ceux qui mangent tard et se couchent dehors. Un espace de vie qui offrirait la possibilité à chacun de revendiquer son identité et de la mettre en pratique. Ainsi, il serait une façon de quitter le contexte de la ville actuelle, ne serait-ce qu’un instant, pour se plonger dans la cité rêvée, la ville idéale, le lieu indiqué pour faire ce qu’il n’est plus possible de faire en ville, le coin de liberté, le jardin comme « hétérotopie40 ». De par son statut et sa forme, il serait une limite sociale perméable, située à cheval entre espace public et espace privé, qui pourrait contribuer fortement à la qualité de vie en milieu urbain. Mais de quelle manière pourrait-on activer cette relation publique/privé, afin de la rendre durable et belle pour les deux parties? Et finalement, être en mesure de répondre aux problèmes de densification? 40 FOUCAULT J.-M., Dits et écrits « Des Espaces Autres », Architecture, Mouvement, Continuité, N°5, 1984, pp. 46-49

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A N A LYS E UR BA INE jardins potagers urbains et espaces verts publics à Neuchâtel


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Clé de lecture urbaine Après la première partie consacrée au thème, on comprend dès lors que le jardin potager ne doit pas être un but, mais un vecteur qui tend vers la création d’un nouveau modèle urbain, une valeur spatiale qui correspond à un idéal de vie doté de nombreux atouts, mais qu’il faut savoir nuancer au risque de perdre ce qui fait ses qualités. Le jardin potager devrait être perçu comme le lieu d’accueil d’un imaginaire, auquel il donnerait la place de se concrétiser. Par son échelle, plus humaine qu’un parc ou un jardin public, il propose une redéfinition de l’environnement extérieur par ses usages, ainsi qu’à une extension de l’environnement bâti dans l’espace public. En résumé, il contribuerait à la qualité de l’espace public et permettrait simultanément de développer de nouvelles typologies de logements. Par cette synergie, le jardin permettrait la densité urbaine, tout en offrant une qualité de vie, il serait ainsi le seuil entre la maison et la ville, du plus privé au plus public, de l’intérieur jusqu’à l’extérieur et réciproquement. Cette partie du travail propose de mettre en scène les idées conçues dans un quartier de la ville de Neuchâtel. Par une analyse urbaine à deux échelles, celle de la ville, puis celle du quartier, un scénario d’intervention sera esquissé, en vue de proposer de nouvelles typologies de quartier et de logements, dans un espace retranscrivant le principe de habitat-jardin-ville. Cette analyse n’a aucunement la prétention de retracer toute l’histoire du développement urbain et ses conséquences sur l’environnement neuchâtelois. Elle se veut un regard sensible dans la continuité du thème « entre nature urbaine et densité », en recherchant une résonance contextuelle. A l’échelle de la ville, il s’agit de localiser le site en rapport aux espaces verts publics et jardins potagers urbains, afin d’en comprendre ses enjeux. Pour ce faire, les points de vue suivants ont été choisis pour leur pertinence relative au thème et à la ville, ils seront traités dans l’ordre suivant : Neuchâtel et son histoire, porosités et rivages successifs, espaces verts publics et jardins potagers urbains. Puis, dans la seconde partie à l’échelle du quartier, il sera possible de re-préciser les objectifs par rapport au quartier-même. Elle se fera à travers les éléments d’analyses suivants : densité du bâti, équipements à proximité. Finalement, le travail tentera de proposer une nouvelle lecture du quartier en relation à notre thème.

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Appellations d’hier à aujourd’hui: Novum Castellum Novum Castrumau Neocomum Neufchastel Neufchatel Neuchâtel

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Gentilé: les Neuchâtelois Population: 33 054 hab. (31 décembre 2010) Densité: 1 826 hab./km2 Coordonnées: 46° 59’25’’ Nord 6° 55’ 50’’ Est Altitude: 725 m (min. : 427 m) (max. : 1 174 m) Superficie: 1 810 ha = 18,1 km2 Index de la ville 0

50

100 mètres

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Neuchâtel vers la fin du XVIIIe , dessin de Châtelet, gravée par Née, paru en 1780

Les stades d’évolution de la ville, Jacques Beguin

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Neuchâtel et son histoire La ville est située dans le canton éponyme qui se trouve au centre de l’arc jurassien, près de la frontière française. Le lac avoisinant tient son nom. Un regard historique sur Neuchâtel nous permettra de localiser le site, mais également de comprendre son développement urbain en relation à la nature. Aux environs du XIe siècle, une petite bourgade prenait racine sur une colline calcaire contournée au nord et à l’est par la rivière du Seyon. Par son statut de promontoire naturelle, elle protégeait ses habitants des invasions ennemies, tout en offrant une vue imprenable sur les Alpes depuis la cité. Elle était enclavée par deux frontières naturelles. Au nord, la bourgade était entourée d’interminables forêts, dont on craignait la flore et la faune animalière. Au sud, le lac s’étendait sur tout l’horizon et se changeait en marais à ses extrémités. De ce fait, la ville était perçue comme un lieu impénétrable, munie de fortifications. Elle était née au sein d’une nature à la fois sauvage et généreuse. Certaines représentations témoignent d’ailleurs de cette nature parfois crainte. Quelque peu exagérément, elles traduisaient la relation des habitants avec la nature avoisinante qui était perçue comme mystérieuse et hostile. Cependant, ses habitants allaient rapidement se sentir à l’étroit à l’intérieur des fortifications. Ainsi, ils ont décidé de franchir le Seyon, permettant à la ville de s’étendre vers l’est. Au XIIIe, la cité se développait le long d’une ruelle nommée « Neubourg » , ce qui a nécessité la construction de nouvelles fortifications. Plus tard, on décidait également d’assécher une partie du delta du Seyon, pour y construire de nouvelles maisons. Ainsi, la ville débordait en dehors de ses limites, jusqu’à remettre en cause l’existence de ses remparts, afin de continuer de s’étendre vers l’est. Vers le XVIIIe, à l’exception de quelques maisons modestes, se parsemaient sur ces nouvelles terres de somptueuses maisons, dotées de grands jardins fleuris qui menaient au lac (pour exemple, le Palais du Peyrou et son jardin construit en 1770). Au nord, se trouvaient de vastes étendues de vignes que l’on cultivait pour presser le vin.

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Plan de la ville de Neuchâtel pris à vol d’oiseau, J.-J Berthoud, 1769

Gravure de Neuchâtel, Mathieu Merian , 1593-1650

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Durant les siècles suivants, cette situation idyllique allait malheureusement être bouleversée par de profonds changements. Au cours des XIXe et XXe siècles, la ville en plein essor, gagnait peu à peu des terrains sur les coteaux et des surfaces sur les eaux du lac. Paralèllement à cela, le Seyon et ses humeurs se voyaient payer un lourd tribu à cause de ses multiples débordements. Ainsi, on a décidé de la détourner et de la canaliser, faisant progressivement disparaître la rivière du paysage urbain. Au XIXe, d’autres interventions humaines transformaient une nouvelle fois l’image de la ville, notamment par l’arrivée des chemins de fer. Placée sur une ancienne colline arasée pour l’occasion, la gare attirait de plus en plus d’habitants dans les quartiers avoisinants qui se voyaient gravir la pente menant à la montagne de Chaumont, jusqu’en lisière de forêt. A l’époque, la construction de la gare avait produit une énorme quantité de terre qu’on allait exploiter pour remblayer les dernières berges naturelles du lac. Ainsi, on a comblé au sud une partie de l’eau devant le Faubourg du Lac et l’actuel Jardin Anglais. Alors que des maisons populaires s’installaient au nord du vallon du Seyon et près de la gare, de riches commerçants se faisaient construire de prestigieuses demeures le long du faubourg. Elles étaient dans une situation privilégiée par rapport aux autres, offrant la vue sur le lac et les Alpes, ainsi que la proximité au centre ville. Par la suite, le développement de la ville étant limité par la forêt, différents grands travaux de remblais se sont succcédés jusqu’en 1951. Couche après couche, la ville s’est offerte de plus en plus de terrains sur l’eau. Mais malgré cela, à l’aube du XXIe siècle, la ville de Neuchâtel porte encore les traces de son passé, une mémoire qui a pris la forme de nouveaux ensembles bâtis, de parcs, de jardins publics et de promenades. Quelle est le statut du site par rapport à cette mémoire du passé? Dans quel contexte se trouvent les espace verts publics et les jardins potagers urbains en relation au site?

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La ville de Neuchâtel et le projet de construction du port, du nouveau quartier des Beaux-Arts et de la création de l’Avenue du Premier-Mars

Plan du quartier du Mail et de la Maladière en 1896

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Les rives du kac aux Saars, 1910 | 95


1776 1873 1951 Actuelles Rives du lac de Neuchâtel

1776

1873

1776

Allée

Jardin

Jardin

d’arbres

Anglais

Desor Relation aux rivages succesifs

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Porosités et sucessions des rives Par l’histoire, on comprend que le développement de la ville est fortement limité par la topographie de son site, au nord par la forêt et au sud par le lac. C’est pourquoi le développement urbain s’est essentiellement étendu en longueur, notamment à l’est, et par la conquête de territoire sur l’eau. En plaçant le site de la Maladière en gris sur une carte retraçant les différents rivages successifs, on remarque qu’il se trouve sur les anciens rivages de 1776 et 1873. En effet, la rue de la Maladière qui longe la face nord du site, suit exactement la courbure du rivage de 1776, elle en est devenue la trace historique. Alors qu’au sud, la Rue de la Pierre-à-Mazel est rectiligne, elle ne donne aucun indice sur son origine passée. Hormis le fait qu’il soit excentré du centre, on comprend que le quartier avait auparavant le privilège d’être au bord de l’eau. Quelles sont donc les manifestations actuelles de ces anciens rivages pour le quartier de la Maladière? Malgré les différents remblais consécutifs, l’accès au bord du lac est-il encore mis en valeur aujourd’hui? De plus, les remblais consécutifs ont donné de l’espace nécessaire à la création de nouveaux programmes. Sous l’initiatives de M. Du Peyrou, une allée d’arbres est plantée près des berges en 1776. A cette même époque, la ville était pourvue d’un jardin nommé « Jardin Desor »41 à l’extérieur de la ville, se trouvant justement sur la pointe du quartier de la Maladière en question. Ce jardin offrait un cadre enchanteur en ville, mais le site n’existe plus tel quel. Il était composé de deux parties, l’une d’inspiration française, l’autre d’inspiration romantique. La première partie offrait à ses promeneurs de larges perspectives lacustres, par le biais de plantations et de cheminements réguliers. L’autre partie tirait profit de la présence des calcaires. Ces derniers avaient étés joliment aménagés durant les siècles passés. On y trouvait un étang, des bancs de pierres offrant aux neuchâtelois un charmant lieu de détente. C’est la construction du Gymnase Cantonal, vers 1950, qui fit disparaître le Crêt et son environnement, laissant comme seul témoin le grand cèdre situé aujourd’hui à l’ouest de l’école. Quant à l’allée de M. Du Peyrou, la plantation s’étendait quelques années plus tard à l’est, devenant par la suite une grande promenade, puis l’actuel Jardin Anglais en 1873. 41 du nom du célèbre naturaliste et archéologue neuchâtelois, Pierre Jean Édouard Desor ( 1811-1882 )

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Promenade du Jardin Anglais, début du XXe siècle

Aménagement du Jardin Anglais, 1996

Jardin Desor, Ecole de Commerce et Université, vers 1935

98 | ANALYSE URBAINE


Jardin Desor, 1895

Cèdre séculaire de l’Avenue du Premier-Mars, anciennement dans le Jardin Desor, 1996

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PorositĂŠs transversales vers le lac

100 | ANALYSE URBAINE


Près d’un siècle plus tard, le remblais de 1951 a permis la construction d’un vaste projet de logements. Il est constitué de deux îlots donnant sur sur l’Avenue du Premier-Mars et de deux barres plus opulentes en bordure des quais. Par la suite, ce quartier s’est prolongé par la construction de plusieurs édifices publics, entre autres le gymnase cantonal, la faculté de droit, l’école de commerce ainsi que l’église catholique. C’est ainsi que l’Avenue du Premier-Mars s’est développée, devenant un des axes urbains principaux, reliant le centre ville au quartier de la Maladière, telle une nouvelle entrée vers la ville. Par conséquent, le site se trouve dans une affiliation historique de parcs et de jardins publics, tout en étant à proximité de grands ensembles bâtis. Pour l’anecdote, il est singulier de remarquer que l’on a détruit un jardin à l’époque pour construire la ville, alors qu’aujourd’hui on tente de la construire à travers le thème du jardin. De plus, selon les endroits de la ville, ces différents rivages peuvent être perçus différemment. Ils peuvent soit être intégrés habilement dans le tissu urbain, soit constitués de véritables ruptures dans la continuité topographique. Bien que la ville se développe de manière longitudinale est-ouest, de nombreux cheminements allant de la forêt jusqu’au lac traduisent le besoin d’une relation transversale. A neuchâtel, il s’agit généralement de routes piétonnes, assez raides, arpentés par les citadins pour parcourir transversalement la ville. Ces chemins offrent généralement une vue soit sur la forêt, soit sur le lac permettant aux arpenteurs de se positionner dans la ville. De nos jours, plusieurs chemins transversaux sont praticables, ils se répartissent du centre historique jusqu’à l’extrémité de notre site d’étude. Mais une disparité existe tant sur la quantité que sur la qualité des parcours possibles. En effet, bien que notre site dispose d’une bonne situation par rapport au lac et la la gare des chemins de fer, il ne propose qu’une seule liaison relativement pauvre au public, bloquant ainsi l’accès au lac. Ce constat peut s’expliquer par le dénivelé provoqué par les remblais consécutifs et qui ont sans doute été mal absorbés par le site. La nature actuelle des bâtiments et leurs usages y sont également pour quelque chose. Par conséquent, il sera nécessaire de donner une réelle porosité à ce site, afin qu’il puisse retrouver un peu de sa mémoire lacustre et participer aux porosités transversales de la ville. | 101


Floraison discrète entre les pavés de l’esplanade de la Collégiale

Corbeilles-d’or à la rue de l’Evole

102 | ANALYSE URBAINE


Natures urbaines neuchâteloises Dans la ville de Neuchâtel, la nature urbaine se retrouve à différentes échelles, sous la forme de micros-jardins, d’arbres d’alignements ou isolés, de milieux de substitution, d’espaces verts publics ou de jardins potagers. Micros-jardins: A l’échelle des micros-jardins, les conditions naturelles exercent une action sélective sur la flore et contribuent à une bonne biodiversité. Elles se manifestent notamment par la floraison de « certaines mousses spécialisées (...) qui vont pouvoir s’implanter et développer des coussinets qui seront particulièrement efficaces pour piéger l’eau de pluie ainsi que les poussières diverses »42. Mais elles peuvent également se retrouver dans les fissures ou les éventuels reliefs d’une paroi rocheuse. D’un point de vue relatif à la biodiversité et à l’infiltration des eaux de pluie, cet élément reflète l’importance du choix d’un matériau ainsi que sa mise en place lors d’une construction. Arbres d’alignements ou isolés: « Dans le cadre de l’élaboration d’un plan d’aménagement de la ville, un inventaire des arbres a été entrepris (...) Les arbres ont été répertoriés principalement pour leur silhouette marquante dans le paysage, mais leur rareté botanique et leur situation isolée dans un quartier peu arborisé ont aussi été prises en comptes »43. En dehors des aspects se référant à la biodiversité, les arbres en ville permettent de définir également des axialités principales et structurent l’espace public. On les retrouve notamment sous la forme de promenade le long des anciens quais de Léopold-Robert datant de 1951, mais également sur la route qui mène à la gare depuis le centre-ville. D’autres, plus isolés, deviennent de véritables repères spatiaux, en témoigne le cèdre séculaire de l’Avenue du Premier-Mars. En outre, ils agissent sur les façades des bâtiments comme filtre végétal. Ils permettent ainsi d’ombrager les bâtiments exposés au rayonnement solaire et participent à un certain degré de confort visuel.

42 BUTTLER A., AYER J., BERNARD C., MONNIER M.-F., BONGARD M., « Coup d’oeil sur la nature en ville de Neuchâtel », Neuchâtel, 1996, p. 42 43 BUTTLER A., AYER J., BERNARD C., MONNIER M.-F., BONGARD M., « Coup d’oeil sur la nature en ville de Neuchâtel », Neuchâtel, 1996, p. 42

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Allées d’arbres qui structurent l’espace du quai Léopold-Robert

Forêt de l’échangeur autoroutier de Champ-Coco, reconstituée avec des essences indigènes

104 | ANALYSE URBAINE


Milieux de substitution: Malgré les différents impacts négatifs sur le paysage, la construction de l’autoroute de Neuchâtel a également participé de sa manière à la nature urbaine. L’aménagement de ces nouveaux espaces autoroutiers, inaccessibles au public, a permis la plantaison d’une flore typique de la région. De la sorte, sans aucun entretien nécessaire, ces nouveaux espaces verts sont économiques, participant à une perception naturelle.

Espaces verts publics et jardins potagers Cette dernière forme de nature urbaine renvoie directement à notre thème du jardin potager que l’on souhaite participer à l’espace privé du logement et à l’espace public de la ville. Par leurs échelles, les espaces verts publics et les jardins potagers permettent différents usages à ses habitants, ce qui les distinguent des autres formes de nature urbaine. Ainsi, ils méritent un intérêt et une analyse plus approfondie à travers différents éléments de représentations graphiques. Par une approche territoriale en plan et coupe, cette partie met en relation les espaces verts publics de la commune de Neuchâtel et les jardins potagers de ses habitants. Ici, il s’agit de les identifier et répertorier pour les situer dans l’espace urbain, afin de visualiser par la suite le site d’intervention. Cet inventaire se réfère à la base de données du Service d’Infrastructure et Energies de la ville de Neuchâtel44 pour ce qui est des espaces verts publics, ainsi qu’à un travail d’expérimentation personnelle concernant les jardins potagers (il est donc non-exhaustif). Les chiffres paires correspondent aux jardins potagers urbains en jaune, tandis que les chiffres impaires renvoient aux espaces verts publics en vert ou en gris. La forêt, certains alignements d’arbres ou d’autres sujets isolés, complètent ce travail de représentation graphique. Dans un second temps, l’analyse de ces représentations a été faite selon les points de vue suivants : situation, échelle, usage, relation au bâti.

44 sitn.ne.ch, http://www.2000.neu.ch/index0.php?id=770

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106 | ANALYSE URBAINE


0

50

100 mètres

Espaces verts publics et Jardins potagers | 107


2

1

4 6

3 5

8 10 12

7

108 | ANALYSE URBAINE

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11 13

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Jardins Potagers

A A

0

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41

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45

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49

51

50

100 mètres

Espaces verts publics | 109


511.4

482.7

479.3 469.2

452.8

29

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9

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7

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3

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2

24

10

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26

14

20

12

15

8 6

110 | ANALYSE URBAINE


site d’étude

439.1 433.5

432.5

431.4

49

25

23

51

4

41

5

17

43

1

37

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35

21

19

13

56

27

31

429.3

11

0

25

50 mètres

Coupe A territoriale | 111


Jardin potager, Chaussée de la Boine (24); Jardin potager, Rue des Parcs / Escaliers de la Rue de l’Industrie (12,14)

Jardin potager, Escaliers des Bercles (28)

112 | ANALYSE URBAINE


1. Parc de l’Evole, Promenade des zig-zags 2. Jardin potager, Rue des Parcs 3. Place de jeux, Collège des Parcs 4. Jardin potager, Rue de Jehanne-de-Hochberg 5. Place de jeux, Baie de l’Evole 6. Jardin potager, Rue de l’Ecluse 7. Jardin du Prince 8. Jardin potager, Rue des Parcs 9. Place du château 10. Jardin potager, Rue de l’Ecluse / Escalier de la rue de l’Industrie 11. Place du marché / Coq-d’Inde 12. Jardin potager, rue des Parcs / Escalier de la rue de l’Industrie 13. Esplanade du Mont-Blanc 14. Jardin potager, Rue des Parcs / Escalier de la rue de l’Industrie 15. Centre de loisirs, place de jeux / sport 16. Jardin potager, Rue de Comba-Borel 17. Place Pury 18. Jardin potager, Rue de l’Ecluse / au nord de l’Hôtel de l’Ecluse 19. Place du Temple-Bas / Place Coquillon 20. Jardin Potager, rempart du Château de Neuchâtel 21. Place du Collège latin 22. Jardin potager, Chemin de la Boine 23. Place Numa-Droz 24. Jardin potager, Chaussée de la Boine 25. Place du Port 26. Jardin potager, Rue de la Côte 27. Jardin du Palais du Peyrou 28. Jardin potager, Escaliers des Bercles 29. Jardin Botanique de l’Université de Neuchâtel

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Jardin potager, Rue de l’Ecluse / Escaliers de la Rue de l’Industrie (10)

Jardin potager du Vieux-Châtel, Rue Edmond-de-Reynier (50)

114 | ANALYSE URBAINE


30. Jardin potager, Rue de la Côte 31. Jardin Anglais 32. Jardin potager, Rue de la Côte 34. Jardin potager, Rue de la Côte 33. Esplanade Leopold-Robert 35. Place de jeux, Rue des Beaux-Arts 36. Jardin potager, Chemin du Pertuis-du-Sault 37. Place de jeux, Rue des Beaux-Arts 38. Jardin potager, Rue Louis-Favre 39. Place Gérard-Bauer 40. Jardin potager, Rue de la Serre 41. Place de l’Université 42. Jardin potager, Faubourg de la Gare 43. Parc des Jeunes-Rives 44. Jardin potager, Faubourg de la Gare 45. Jardin de l’Hôpital de Pourtalès 46. Jardin potager, Rue de Fontaine-André 47. Place de jeux, Rue de la Maladière 48. Jardin potager, Rue des Fahys 49. Place de la Maladière Est 50. Jardin potager du Vieux-Châtel, Rue Edmond-de-Reynier 51. Place de sport, Quai Robert-Comtesse 52. Jardin potager, Rue des Fahys 54. Jardin potager, Avenue de Bellevaux 56. Jardin potager, Rue de la Maladière 58. Jardin potager, Chemin de Belle-roche 60. Jardin potager, Chemin de Bel-Air 62. Jardin potager, Rue Jacquet-Droz 64. Jardin potager, Chemin de Bel-Air

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Espaces verts publics Situation: La plupart des espaces verts publics se situent en aval de chemins de fer, hormis le Jardin Botanique de l’Université de Neuchâtel (29). Plus précisément, ils se trouvent près des bords du lac (5, 13, 21, 23, 25, 33, 45, 51) avec notamment une concentration près du centre-ville ainsi qu’à l’est, à proximité du Parc des Jeunes-Rives (43). Par leur situation urbaine, ils sont donc généralement proches des centres d’activités, des commerces et des zones de loisirs. Echelle: Par leur taille, ils sont conçus à l’échelle de tout un quartier, voire même de la ville (31, 43) et entretiennent souvent un rapport visuel avec le lac. Usage: Les espaces verts se présentent sous la forme de parcs, de jardins ou de places minérales à caractère végétal. La valeur de ces derniers invite majoritairement à la détente dans le secteur du centre-ville. Les autres espaces verts existants sont soit utilisés à plus courte durée, soit plutôt utilisés comme lieux de passage. Certains proposent tout de même quelques usages actifs ou manifestations occasionnelles, on peut citer par exemple la Place du Marché / Coq d’Inde (11) qui accueille le marché quelques jours par semaine, le centre de loisirs doté de barbecues (15), le Parc des Jeunes-Rives avec quelques restaurants, terrains sportifs et l’usage ponctuel pour Festi’Neuch ou les forains. Ils comportent des équipements de parcours, ainsi que des places de jeux, des bancs publics, des tables de pique-nique. Mais l’offre d’équipements en terme d’usage social est pauvre et peu définie. Relation au bâti: La relation aux bâtiments est mineure, elle ne génère pas de fortes interactions avec l’environnement construit que ce soit au niveau de typologie de quartier ou de logement. En effet, ils agissent plutôt comme des espaces de respiration dans la ville, permettant ainsi une densité urbaine. Toutefois, il existe quelques exceptions comprenant des bâtiments scolaires et une église, ces dernières sont placées dans un contexte de parcs ou de jardins, notamment sur la Place de l’Université (41) et le Jardin de l’Église Rouge. 116 | ANALYSE URBAINE


Jardins potagers Situation: Les jardins potagers se situent en amont des chemins de fer, avec notamment une forte concentration autour des voies ferrées, profitant des espaces résiduels générés par celles-ci, mise à part quelques exceptions (4, 20, 28, 50). De la sorte, ils sont proches de la forêt et s’égrainent dans des quartiers de maisons. A cause de leur situation, ils n’ont qu’une faible relation avec le centre-ville et les autres zones d’activités. Échelle: Leurs proportions sont limitées à l’échelle d’une maison, ainsi ils n’entretiennent qu’une relation visuelle avec le voisinage ou les passants. On remarque tout de même deux cas contraires, le jardin potager de l’Escaliers des Bercles (28) et celui du Vieux-Châtel (50). Ces deux derniers occupent un espace à l’échelle d’un quartier. Usage: Par leur taille, ils permettent aux usagers de se les approprier. On remarque qu’en dehors de l’activité potagère, le jardin potager sert de terrasse, de cabanons de jardin, de cuisine d’été, de lieu d’activités physiques, d’espace de rencontre pour les jardiniers/usagers du quartier. Dans le cas du jardin potager de l’Escaliers des Bercles, et celui du Vieux-Châtel, il s’agit de jardins communautaires45 gérés par des associations. Relation au bâti: Les jardins potagers se retrouvent fréquemment aux pieds des maisons et immeubles éloignés du centre-ville et donc des espaces verts publics. Ils proposent des usages variés dans un environnement extérieur qui manque parfois de définition. Par cette proximité, ils sont utilisés comme une pièce à vivre en plein air, permettant l’activité du jardinage. Lorsqu’il n’est pas dans la continuité d’une maison (28, 50), le jardin potager sert comme maison de quartier à l’échelle d’une population plus grande, à l’image d’une maison de campagne offrant de riches interactions avec l’environnement extérieur.

45 « Ensemble de lopins individuels qu’un groupe de jardiniers gère collectivement, chacun s’acquittant d’un modeste loyer» . Définition tiré « La Revue Durable », N°43, l’agriculture regagne du terrain dans et autour des villes, 2011, p. 56

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Terrain abrupte substitut de la maison observatoire lieu de détente alimentaire

Friche ferroviaire lieu privé caché alimentaire

Exception extension de la maison aire de jeux lieu de sociabilisation alimentaire

118 | ANALYSE URBAINE


Synthèse et relation à la ville L’histoire du développement urbain neuchâtelois a provoqué la disparition du Jardin Desor vers 1950 qui se trouvait sur le site de la Maladière. Aujourd’hui, nous tentons de reconstruire la ville par le thème du jardin, faisant ainsi un clin d’oeil à cette mémoire. Bien qu’il semble éloigné du centre-ville, le site se trouve dans l’axe transversal de la gare, pouvant ainsi profiter des activités de cette dernière. Par ailleurs, l’Avenue du Premier-Mars qui sert d’entrée vers le centre-ville, contribue également à renforcer le statut urbain du quartier qui est très fréquenté. De par les remblais successifs sur l’eau, plusieurs terrassements ont eu lieu à Neuchâtel, engendrant parfois des dénivelées entre plusieurs routes parallèles. Alors qu’ils ont été assez bien absorbés vers le centre, notamment vers le quartier du Jardin Anglais (31), le quartier est une blessure dans une tentative de relier le lac depuis la forêt. En effet, il ne propose pas de cheminements aisés pour le public, ce qui pourrait contribuer à renforcer l’axe transversal forêt-gare-lac, et attirer des personnes autres que ceux qui se rendent vers le centre-ville. En recherchant des porosités, le quartier de la Maladière offrirait des qualités d’espace public, tout en retrouvant aussi d’une certaine manière sa relation historique avec le bord de l’eau. L’analyse des espaces verts publics et des jardins potagers, nous apprend les conséquences d’une différence d’échelle de « nature urbain », celles-ci se remarquent surtout à travers les usages possibles et les relations entretenues avec l’environnement bâti. Dans son livre « L’architecture de la ville »46, l’architecte Aldo Rossi nous expliquait l’urbanisme d’une ville comme un environnement devant être perçu comme quelque chose de construit au fil des années, dans laquelle l’architecture en tant que monument donnait une structure urbaine. D’un point de vue « nature urbaine », si l’on suppose que les espaces verts publics sont nos monuments, par leur capacité à devenir espaces de respiration et repères visuels, le statut des jardins potagers peut sembler à priori bénin. Or, les jardins potagers participent également à une compréhension globale de la ville et de sa nature à sa manière. Du fait de leur taille et des usages offerts, ils apportent une qualité de vie en milieu urbain et la rende cohérente à différentes échelles.

46 ROSSI A., « L’Architecture de la ville », éd. Infolio, 2001 | 119


120 | ANALYSE URBAINE


En ce qui concerne le quartier de la Maladière, il se place dans une zone intermédiaire entre les espaces verts publics et les jardins potagers. Par conséquent, il a la possibilité de jouer un rôle de catalyseur et de mettre en scène les pratiques du jardin. De plus, le quartier est dans la prolongation du Jardin-Anglais (31), d’ailleurs il occupe à peu près une même superficie. La proximité de plusieurs espaces publics tels que le Jardin Anglais (31), le Parc des Jeunes-Rives (43) et la Place de l’Université (41), comme respiration urbaine (lieu de détente, contemplation, passage), offre la possibilité au quartier de se densifier davantage. Toutefois, le quartier va également devoir se distinguer de ces derniers, en faisant valoir les différents atouts et usages du jardin potager à hautes valeurs environnementales, socioculturelles et économiques. Ainsi, l’activité potagère mise en place pourrait contribuer à la création de nouveaux programmes urbains publics, tout en favorisant une qualité de vie pour le quartier (nouvelles formes urbaines, nouvelles typologies de logements, hybridations logements-jardins). Sous la forme de cafés, crèches, restaurants, maisons de quartier, lieux d’insertion, espace s communautaire ou lieux de culture, différentes hybridations seraient possibles avec la valeur spatiale du jardin potager, tant sur la forme que sur l’usage. Elles permettraient de donner une dynamique de vie au quartier ainsi qu’à l’espace urbain, profitant de sa proximité avec différents centres d’attractions, le quartier de la Maladière offrirait une palette d’usages variés dans l’espace du jardin potager, il proposerait ainsi une offre d’activités que l’on ne retrouve actuellement pas dans les espaces verts publics, pour faire de ce lieu un morceau de ville. Cependant, il reste à décider du type de logements à concevoir par une analyse du quartier.

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A naly se du site retenu quartier de la Maladière


Quartier de la Maladière

124 | ANALYSE DU SITE


Altitude: 434.7 m (min. :433.5 m) (max. : 438.5 m) Superficie: 21 135 m2 Index du quartier

0

25

50 mètres

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Le quartier de la Maladière à l’époque La Rue de la Pierre-à-mazel est une voie sans issue, le site est occupé par une usine à gaz

Les anciennes tuileries

126 | ANALYSE DU SITE


Le quartier de la Maladière et son histoire Dans l’analyse urbaine, on retient que la ville de Neuchâtel s’est développée dans un premier temps de manière concentrique autour de son centre historique. Puis, elle a été restreinte par deux barrières naturelles, c’est-à-dire la montagne de Chaumont et le lac de Neuchâtel. C’est pourquoi elle s’est étendue par la suite paralèllement au lac, à l’est et à l’ouest, prenant une forme urbaine allongée. Étant donné que la topographie du secteur ouest était plus tumultueuse, Neuchâtel s’est majoritairement étiré à l’est, lui conférant une croissance asymétrique. En plus du centre-ville et de la gare, ce secteur est donc aussi devenu un pôle d’activités par son développement. A l’origine, le quartier se trouvait à l’extérieur de la ville, où se logeaient quelques bâtiments près des coteaux de vignes formées sur la colline du Crêt, la présence de maisons n’y était que ponctuelle. Le quartier était surtout remarquable car on y trouvait l’Hôpital Pourtalès47 (1808), la Chapelle de la Maladière (1827), ainsi que la Promenade du Crêt et le Jardin Desor. Mais au fil des années, en conquérant de plus en plus de terrains sur l’eau, la ville a permis à ce site de devenir le terrain d’accueil de plusieurs équipements nécessaires au développement urbain. En effet, bien avant la création du port de la Maladière et celui du Nid-du-Crô, le quartier s’est vu doter d’un port marchand qui servait d’interface aux industries avoisinantes. En effet, notre quartier d’étude était composé d’une ancienne usine de gaz et de tuilerie, en plus de divers entrepôts. Tout en ayant un statut industriel, le quartier était déjà relativement éclectique où se côtoyaient industries, lieux de culte et jardins. En 1906, dotée d’une population catholique en hausse, on décidait de construire l’Église Catholique de Notre-Dame48, considérant que la Chapelle de la Maladière était devenu trop exiguë pour ses fidèles. D’inspiration néo-gothique, elle se caractérisait à l’époque par son béton teinté rouge, qui lui a valu plus tard le nom « Église Rouge» donné par les Neuchatelois, l’église est encore aujourd’hui remarquable comme signal d’entrée la ville. En ce qui concerne la Chapelle de la Maladière, elle était devenue la propriété de l’Hôpital Pourtalès dont elle était la voisine.

47 Construit grâce à la donation de Jacques-Louis de Pourtalès en 1808 48 Oeuvre de l’architecte neuchatelois Guillaume Ritter (1835-1912)

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La construction de l’église Notre-Dame dans la continuité du quartier des Beaux-Arts A gauche, la colline du crêt ou se trouve l’actuel Lycée Denis-De-Rougement

Le corps principal de l’hôpital Pourtalès, la volumétrie et les façades extérieures ont été conservées

128 | ANALYSE DU SITE


Parallèlement à cela, on avait construit l’Académie49 (1828) et l’École de Commerce. Cette série de constructions consacrées à l’enseignement enrichissait le quartier d’un nouveau statut, venant s’ajouter aux autres. Cette phase de développement scolaire s’est d’ailleurs traduite par la perte de l’ancienne Promenade du Crêt et du Jardin Desor, notamment à cause de l’édification du gymnase en 1950. Quelques années plus tard, on profitait également de construire une série de logements sur ce terrain vague au sud et à l’est de l’« Église rouge ». C’est à cette époque-là que le quartier proposait ses premiers ensembles d’habitations. En 1968, on construisait la première version du stade de la Maladière, il ne proposait à l’époque qu’un terrain de football muni de gradins. Quelques dizaines d’années plus tard, en 2007, un nouveau projet de stade remplaçait l’ancien qu’on avait décidé de démolir, jugé insuffisant. Le nouveau stade se compose d’un grand volume posé dans le quartier, il accueille à la fois un parking, un centre commercial et un terrain de football en hauteur. Alors que le quartier était suffisamment hétérogène, la construction de ce dernier fragilisait une nouvelle fois l’identité de ce lieu, engendrant de nouveaux flux et de nouvelles fonctions sans réels dialogues avec le contexte de proximité. Quelques années auparavant, en 2004, l’agrandissement de l’Hôpital Pourtalès et l’achèvement de la tour de l’Office Fédérale de la Statistique50 dans le quartier de la gare, renforçaient l’attractivité du secteur est de la ville de Neuchâtel. En résumé, le quartier de la Maladière a subit un développement successif important, provoquant parfois une mutation importante en terme de fonction dans le quartier. Ainsi, le quartier tel qu’on le voit aujourd’hui se remarque par son éclectisme qui ne bénéficie pas d’une planification minutieuse. Il se compose de bâtiments hétérogènes et n’entretien pas de bonnes relations communes. Malgré ce développement urbain hétéroclite, les façades du corps principal de l’Hopitâl Pourtalès, la Chapelle de la Maladière, et l’Église Catholique Notre-Dame sont présents pour préserver la mémoire du passé.

49 L’actuel faculté de Droit 50 Oeuvre du bureau d’architecture « Bauart » (1994-2004)

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R

R+1

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0

130 | ANALYSE DU SITE

R+8

50

R+10 R+12 R+15

100 mètres


Densité du bâti Autrefois à l’extérieur de la ville, le quartier de la Maladière s’est vu rattrapé par un développement urbain croissant depuis plusieurs dizaines d’années. C’est pourquoi il est composé de divers tissus urbains. Au nord, mise à part quelques objets ponctuels, notamment le quartier de la gare structuré par le projet Ecoparc51 et l’hôpital Pourtalès, le tissu est de type pavillonnaire dont la hauteur d’étages varie entre deux et trois étages. Sur le secteur est, allant de l’extrémité est de la Rue de la Pierre-à-Mazel jusqu’à la Route des Falaises, le quartier comporte des bâtiments plus denses de cinq à six étages occupant une surface au sol plus grande. Au sud et à proximité du site, le tissu urbain est très varié où l’on peut énumérer plusieurs sous-catégories. Au sud-ouest, les îlots du quartier des Beaux-Arts forment une entité bâtie de trois à cinq étage. Plus au sud de ces derniers, on trouve un ensemble de barres s’élevant de trois à quatre étages qui bordent le quai Léopold-Robert. Ainsi, ces deux derniers ensembles sous la forme d’îlots et de barres structurent la rue, définissant des espaces côtés cours et côtés rue. Plus à l’ouest, plusieurs gros bâtiments de trois à cinq étages occupent une surface imposante au sol, on peut citer entre autres le stade-centre-commercial et la Patinoire du Littoral qui apparaissent hétéroclites dans le quartier. Concernant notre périmètre d’étude à proprement parlé, les coefficients d’occupation du sol (COS) et d’utilisation (CUS) calculés pour notre aire d’analyse sont alors de 0.46, respectivement 1.47. Toutefois, ces résultats sont à nuancer étant donné qu’on peut distinguer deux tissus urbains différents sur le site. En effet, la partie ouest est relativement dense et recherche une continuité urbaine avec le tissu peuplé du Faubourg du Lac. De plus, elle est occupée par deux tours, respectivement de huit et douze étages. Quant à la partie est, le tissu urbain est peu dense et très diffus, il accueille notamment des objets imposants en surface d’occupation du sol mais très peu élevés (essentiellement des bâtiments constitués d’un unique rez-de-chaussée voire ou d’un étage. Seule exception, le bâtiment Arc-Info (sur trois étages). 51 Plusieurs constructions étalés sur le temps (1994-2012), réalisées par le bureau d’architecture « Bauart »

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Commerce

Restau- Ecole ration

Loisir

0

132 | ANALYSE DU SITE

50

Santé Culture

100 mètres


Equipements à proximité La rue commerçante de la Rue de la Pierre-à-Mazel constitue le principal secteur d’activité de notre périmètre, où l’on trouve par ailleurs le centre commercial de la Maladière et quelques petits commerces avoisinants. Hormis la rue de la Pierre-àMazel, le site peut compter également sur le quartier de la gare comme zone commerciale qui dispose de nombreux petits magasins. Ainsi, dans le cas où le projet comportait des surfaces commerciales, il faudrait prendre en compte ces éléments et prévoir un type de commerce particulier ne se trouvant pas dans l’offre actuelle voisine. En terme d’équipements, le quartier se distingue par deux catégories fortement présentes. Pour la première, il s’agit d’équipements destinés à la formation comptabilisant des écoles, des bâtiments universitaires, un lycée dans le quartier, attirant par la même occasion un flux important d’étudiants. Ainsi, l’une des hypothèses serait de réaliser des logements étudiants dans notre périmètre qui bénéficie d’une proximité à la fois avec les écoles, les commerces, la gare et les rives du lac. Le deuxième type d’équipements récurrents est celui lié à la santé. A proximité, on trouve notamment l’Hôpital Pourtalès, le Foyer Handicap, l’Institut d’Anatomiepathologie, pour ne citer que ceux-ci. Sans vouloir faire d’amalgame rapide, les seniors nécessitent souvent un traitement ou un suivi médical continu. C’est pourquoi il leur serait adéquat d’être à proximité de ces équipements. Par ailleurs, ils profiteraient des mêmes avantages que les étudiants qui sont liés à la proximité des commerces, de la gare et du lac. Par conséquent, cette mixité démographique, du plus jeune au plus âgé, serait à voir comme une richesse sociale qui favoriserait les interactions possibles entre ces deux groupes de la population neuchâteloise.

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H ypoth èses de dev eloppement de projet vers un habitat qui concilie jardin potager et densitÊ urbaine


Contexte de logements

Dans un contexte de développement, on remarque une urbanisation neuchâteloise qui se généralise. Entre forêt et lac, l’extension urbaine se poursuit aux extrémités du territoire pour y conquérir de nouveaux espaces, dont certaines surfaces agricoles en périphérie. Au lieu d’interroger la capacité de la ville à se construire vers l’intérieur, en apportant notamment une qualité de vie par la nature urbaine, cette pression immobilière provoque une urbanisation diffuse aux qualités éphémères. Au final, ce processus génère plusieurs raisons de répulsion du milieu urbain et l’attraction des zones périurbaines, notamment avec l’essor de la villa périurbaine. Dès lors, on voit de plus en plus de maisons individuelles se construire dans les communes avoisinantes de la ville de Neuchâtel, telles qu’à Peseux, CorcellesCormondrèche, Marin, Saint-Blaise, dont les infrastructures ne sont parfois pas à même d’accueillir de nouveaux habitants. Dans le cadre de cet énoncé, il s’agit de proposer un regard afin de concilier densité urbaine et qualité de vie par le thème du jardin potager. Les analyses précédentes ont permis de disntiguer ces qualités susceptibles de contribuer à de nouvelles typologies de logement ainsi que de requalifier l’environnement public neuchâtelois. De ce fait, l’hypothèse serait de freiner la fuite des familles de l’espace urbain, en quête de logement correspondant plus à leurs attentes. Un bilan sur la question du logement à Neuchâtel souligne les lacunes du type de logements recherchés par les ménages. Dans le canton de Neuchâtel, au cours du XXe, le nombre de ménages a fortement augmenté, stimulant parallèlement une hausse de la quantité de logements. Ce phénomène peut s’expliquer par deux raisons, la croissance de la population ( multipliée par 2,2) ainsi que la réduction de la taille des ménages (de 4.2 à 2.2 personnes par ménage, soit 1.9 fois moins)52. Toutefois, depuis 2010, le taux de vacance des logements est quand même relativement faible (1.3%)53, notamment lorsqu’on le compare au taux de l’année 2000 (1.84%). De plus, « le taux de vacance des logements diminue en fait avec le nombre de pièces, passant en 2010, de 2.9% pour les logements d’une pièce, à 1.7% pour les deux pièces, 1.5% pour les trois pièces, 1.1% pour les quatre pièces, 0.75% pour les cinq pièces et 0.4% pour les six pièces

52 MOREAU A., « Perspective de ménages, 2010-2040 : population active et demande de logements, canton de Neuchâtel», Satistique Vaud, 2011 53 Selon l’Office Fédéral de la statistique, Neuchâtel, 2010

136 | HYPOTHESES


ou plus»54. Par ailleurs, les types de logements quatre et cinq pièces sont ceux qui ont subi la plus forte hausse du loyer. Désormais, ils semblent être une priorité pour le canton de Neuchâtel. Ces taux de vacance relatifs à la taille du logement révèlent les types exactes de logements les plus recherchés sur le littoral. Ainsi, la demande de logements correspond dans un ordre croissant de priorité à des quatre pièces, trois pièces, cinq pièces et des deux pièces. Actuellement, les petits logements se retrouvent majoritairement en ville, alors que les grands logements s’étalent dans le reste du canton. Malgré la taille décroissante des ménages, les familles restent les premières victimes de ces phénomènes. C’est pourquoi des logements adaptés en taille, aux loyers plus modérés, seraient idéaux pour l’épanouissement des ménages familiaux en ville, leurs permettant de s’y installer (ou d’y rester).

54 MOREAU A., « Perspective de ménages, 2010-2040 : population active et demande de logements, canton de Neuchâtel», Satistique Vaud, 2011, p.25

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138 | HYPOTHESES


Démarche Appuyés par les recherches théoriques et les analyses à différentes échelles, il est désormais possible d’envisager une stratégie de développement cohérente en rapport au thème et au site. Tout en considérant les enjeux du jardin potager, le rapport au contexte urbain de Neuchâtel et au quartier de la Maladière, cette partie propose un scénario qui met en valeur l’activité du jardin potager par rapport à la ville et ses habitants, par le biais de la création d’un nouveau genre de quartier de logements. Il ne s’agit pas ici d’imaginer un projet architectural fini, mais de prendre en compte ces différents paramètres afin de concevoir une approche sensible aux divers intérêts privés et publiques à retrouver. En vue d’améliorer l’actuel site du quartier de la Maladière, cette intervention a comme objectifs une mixité sociale et fonctionnelle, et une densité, en puisant dans notre thématique de recherche. En tirant profit du jardin potager, comme seuil entre l’espace urbain et le logement, la question du type de la démarche du projet semble essentielle, afin que la ville soit partie intégrante du projet tout autant que ses résidents. En vue de sensibiliser la plus large population au devenir du territoire, une approche participative semble cohérente. A travers la centralité du jardin potager, une telle stratégie permettrait par plusieurs étapes (information-connaissance, sensibilisation-conscientisation, identification, organisation-programmation, formation thématique, suivi-évolution, auto-évaluation) à ces différents espaces projetés, vécus ou officiels, d’aboutir à une appartenance par les différents programmes qu’ils offriraient. Ainsi, sous l’impulsion de cette démarche, le scénario tente de réagir à la complexité du site et au thème à travers différents programmes répartis en trois groupes: l’espace privé du logement, le jardin potager comme seuil et l’espace public de la ville. Toute la richesse de cette démarche vise à créer le plus grand nombre de relations possibles avec le jardin, afin qu’il contribue à la qualité de vie d’un quartier relativement dense. De cette manière, ces trois parties à priori distinctes en formeront plus qu’une, celle de l’identité d’un quartier construit dans une atmosphère de jardin. Dans un premier temps, un travail d’énumération des différents espaces à concevoir a été rédigé. Dans un second temps, un diagramme programmatique relatant les différentes interactions à concevoir entre ces derniers a été imaginé, du privé jusqu’au public. Enfin, une esquisse en coupe permet d’avoir une première approche d’implantation.

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C

Quartier de la Maladière

B

140 | HYPOTHESES


B

C

Altitude: 434.7 m (min. :433.5 m) (max. : 438.5 m) Superficie: 21 135 m2 | 141


438.6 435.0

440.0

433.5

439.0 433.5

142 | HYPOTHESES

432.8


439.0 435.8

433.7

Coupe B

432.4

431.5

431.4

Coupe C

0

10

20 mètres

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Scénario d’intervention Alors qu’il était auparavant à l’extérieur de la ville en tant que site industriel, le quartier de la Maladière s’est vu rattrapé par le développement urbain de la ville de Neuchâtel et mérite un regard sur le potentiel constructible de son périmètre. Son coefficient d’utilisation du sol (CUS) est actuellement de 1.47 et ne comporte que peu de logements. A l’heure d’une densification imposée par la ville55, ainsi que par le souhait de ce travail conciliant densité urbaine et qualité de vie, un coefficient d’utilisation du sol de 2 serait une des premières hypothèses à considérer. La surface du périmètre d’étude de 21’135m2 permettrait d’accueillir environ 400 logements, soit environ 800 personnes. Alors qu’il est densément bâti à ses abords directs, le site se caractérise par la faible cohésion des bâtiments aux programmes singuliers que l’on peut regroupés en deux groupes. A l’est, on trouve le « Garage Senn » et les locaux de travail d’«Arc-info», ces deux ensembles de bâtiment à vocation utilitaire ne participent pas qualitativement à la construction de la ville. D’ailleurs, on y remarque une très grande partie de surface dédiée à des parkings, notamment par le biais de plates-formes à différents niveaux qui accueillent des voitures. Tout en étant une rupture dans la continuité du sol urbain, le caractère privé de ces bâtiments empêche les usagers du quartier de les traverser. Leur présence est donc douteuse dans la poursuite d’une démarche de projet. A l’ouest, le caractère du bâti est plus nuancé, on y trouve du programme privé et public, notamment une tour d’habitation située dans l’axe de l’Avenue du PremierMars (« tour Firestone »), des barres de logements, une deuxième tour plus haute que la première, ainsi que de multiples locaux professionnels et des espaces consacrés à l’enseignement universitaire. D’une certaine manière, la complexité du lieu, qui s’est vu superposé plusieurs programmes, couche après couche, allant jusqu’à occuper l’espace de la quasi totalité de la cour intérieur, témoigne de l’insalubrité du lieu, la faible interaction avec le milieu urbain environnant. Ce secteur mérite une clarification de notre part, par la démolition et/ou le maintien de certains bâtiments.

55 Plan d’aménagement communal de Neuchâtel, coefficient d’utilisation du sol pour le quartier du Crêt

144 | HYPOTHESES


Dans une conception globale, le site offre tout de même des atouts et des intérêts qu’il convient de mettre en avant. Il se trouve bien connecté aux infrastructures de transports publics, avec une ligne de bus qui longe sa face nord et une autre sa face sud. De plus, il a la caractéristique de se trouver à proximité de la gare, du lac et de divers équipements urbains. Mais le quartier ne semble pas utiliser à bon escient le contexte urbain pour se connecter à la ville. Un point important est la proximité au stade de la Maladière. En effet, elle représente la façade perçue pour plus de la moitié du site. Ce dernier peut donc être la cause de certaines nuisances qu’il conviendra de traiter dans le projet. A l’inverse, une attention particulière est à donner aux bâtiments et aux symboles historiques, tels que la Chapelle de la Maladière, l’Église Notre-Dame, l’ancien Hôpital de Pourtalès ou encore le cèdre séculaire. De ce fait, plusieurs types de logements et différents programmes sont adéquats avec le contexte et le thème. La démarche de projet vise à concevoir un quartier dans une approche totale, contrairement à l’actuelle fragmentation apparente, la question du niveau du sol doit être définitivement résolu une bonne fois pour toute et permettre une continuité en longueur dans le quartier. De plus, la démarche doit faire l’étude des porosités transversales, comme accès entre lac-gare-forêt, afin de tirer profit de ce parcours pour stimuler la dynamique urbaine de la vie du quartier. A travers une démarche participative, le projet tient compte du contexte urbain, du thème, en mettant l’accent sur les relations qualitatives à concevoir entre l’espace privé du logement et l’espace public de la ville, notamment par le biais de la création de nouveaux programmes architecturaux en lien direct avec le jardin potager. Ces derniers ne doivent pas être conçus dans un seul but productif, mais imaginés comme valeur spatiale susceptible d’enrichir la typologie des logements, de requalifier l’espace environnant et devenir des vecteurs sociaux du quartier, accueillant une multitude d’usages possibles. Ce scénario propose des logements estudiantins, des logements seniors, des logements familiaux, ainsi que de nombreux programmes communs intégrant la ville dans l’espace du jardin potager, de sorte qu’il devienne générateur d’activités pour tout le quartier. Ces différentes parties du programme ne doivent pas être pensées séparément, mais réfléchies dans une démarche de mixité et d’échanges. | 145


Logements estudiantins: La proximité de nombreux équipements scolaires et universitaires offrirait un cadre de vie idéal pour la vie estudiantine. Tout en étant à proximité de différents secteurs d’activité, ces derniers participeraient fortement à l’identité collective du quartier. Pour les étudiants, l’activité potagère permettrait de se nourrir convenablement avec des légumes frais et bon marché, tout en s’appropriant les espaces extérieurs du quartier. Ainsi, ils participeraient à l’entretien et à la vie du paysage urbain. La typologie des logements estudiantins permet un degré d’innovation architectural intéressant en lien avec le jardin potager, grâce notamment aux nombreux espaces communautaires à projeter. Ces logements pourraient prendre la forme d’appartements destinés à une seule personne ou à la collocation. Ils comporteraient une série d’espaces communautaires, soit salle de travail, un salon et une cuisine partagés, couverts à bicyclette, salle de sport en relation directe avec le jardin potager. Logements seniors: Pour les seniors les interactions sociales permettraient de rompre la solitude. Elles pourraient se faire sous la forme d’activités de loisirs ou physiques qui leurs occuperaient la journée. C’est pourquoi l’activité du jardinage serait idéal pour eux comme espace d’échange, qui leur permettraient de continuer une vie active. La proximité des équipements liés à la santé, aux commerces, aux rives ou transports publiques, leurs offriraient un cadre de vie facilité. Comme pour les logements estudiantins, cette typologie de logements permet également une grande hybridation possible avec le jardin potager. Ce type de logements serait à imaginer comme un petit appartement regroupant toute les fonctions nécessaire à la vie du résident mais avec de nombreux espaces communs, lieux d’activités et de détente. Une attention particulière serait exigée pour les distributions verticales qui devraient être facile d’accès.

146 | HYPOTHESES


Logements familiaux: Avec des logements essentiellement de quatre et trois pièces, c’est-à-dire relativement grands, le projet développerait une recherche de typologie en lien avec le thème du jardin potager. De la sorte, il serait une alternative à la villa périurbaine dotée d’un jardin. Ils offriraient aux parents et aux enfants les espaces de vie nécessaires à l’épanouissement de leur ménage. Ceci se retrouverait notamment dans les logement par des prolongements extérieurs (ou semi-extérieurs) jusqu’au jardin, des aires de jeux destinées aux enfants. Ce type de logements serait d’autant plus important étant donné que les enfants animeraient le quartier et ses jardins. En résumé, mis à part l’aspect qualitatif du logement, on trouverait une cuisine d’été, des prolongements extérieurs ou semi-extérieurs, loggias. Programmes communs: Etant donné la taille du site, la population estimée, la volonté de faire entrer l’espace urbain dans le quartier, plusieurs programmes communs seraient à développer en se référant aux jardins potagers. Ces différents espaces occuperaient une place de choix dans la démarche participative, étant donné ils proposeront une réelle mixité sociale et d’usage du quartier. Par conséquent, la plupart de ces programmes s’adresserait tout autant aux résidents du quartier qu’aux personnes extérieures. Il faudrait imaginer une maison de quartier pour planifier l’organisation des jardins partagés attribués aux résidents, des cabanes de jardins individuelles, un café et un restaurant qui proposeraient une carte de mets constitués des aliments cultivés dans le quartier, une crèche sous la forme d’un jardin éducatif pour enfant, une épicerie tenue par un maraîcher professionnel profitant d’un espace de culture qui lui serait cédé gracieusement (en contrepartie duquel, il formerait les résidents à la pratique du jardinage par des ateliers publics une fois par semaine), un jardin d’insertion social tenu par les personnes en difficulté professionnelle conjointement à des bénévoles ou professionnels de la ville, un petit jardin botanique complémentaire de l’actuel et placé sous la tutelle de l’Université, un lieu de culture public qui pourrait prendre la forme d’un théâtre de verdure en lien avec le potager.

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Jardin p

Espace privé du logement

1. Logements étudiants

8. Salles de travail

12. Jardins

4. Prolongements extérieurs

5. Séjours partagés

9. Cuisines communes

6. Couverts à bicyclette

10. Buanderies

13. Maraîchage

2. Logements familiaux

14. Cabane

7. Loggias 3. Logements seniors

148 | HYPOTHESES

13. Maison

11. Salle de fitness


potager

Espace public de la ville

23. Jardins d’insertion

15. Aires de jeux 19. Théâtre de verdure

s partagés

e professionnel

16. Crèche-jardin

21. Restaurant-potager

de quartier

24. Jardin botanique

18. Lieux d’activités

22. Café-potager

es de jardin 17. Espaces de détente

24. Ateliers publics

Diagramme programmatique | 149


435.0

440.0

439.0 433.5

150 | HYPOTHESES

432.8


435.8

Coupe B

432.4

431.5

431.4

Coupe C

0

10

20 mètres

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Atmosphère du jardin

152 | HYPOTHESES


« Un paysage ne peut être aimé sans qu’on s’en lasse s’il n’est riche de joyeux travail humain, de demeures nombreuses, charmantes et soignées, s’il ne résonne de voies animées par la vie. L’air ne paraît pas doux si le silence y règne, il n’est doux que par un accompagnement de sons confus: trilles d’oiseaux, murmures, cris d’insectes, voies graves d’hommes, voies aiguës et mutines de l’enfance. Quand on aura appris l’art de la vie, on s’apercevra enfin que toutes les choses charmantes sont aussi choses nécessaires: la fleur sauvage au bord du chemin aussi bien que le grain cultivé, les oiseaux sauvages et les créatures des forêts comme bétail des étables, parce que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toutes les merveilles de la parole de Dieu et de son oeuvre inconnaissable » John Ruskin, «Unto this last», essai sur l’économie paru dans le mensuel «Cornhill Magazine», Londres, 1860.

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conclusion notes rĂŠtrospectives


Ces bribes de projet ne sont pas à retenir par leurs formes, mais par leurs intentions, c’est-à-dire de donner une place centrale au jardin comme un générateur d’activités, définissant l’identité de tout un quartier. Dans une certaine mesure, il en est de même pour les idées de programmes. Comme l’a si joliment écrit John Ruskin, « les choses les plus charmantes sont aussi les plus nécessaires ». Ainsi, c’est l’atmosphère véhiculée qui importe, « l’art de la vie » du voisinage. Dans une tentative de devenir un seuil, une limite entre la maison et la ville, la poésie du jardin ne serait-elle pas plus belle que si cette frontière est floue? Au final, l’hypothèse de projet qui a été élaboré fait appel aux deux perceptions différentes du jardin potager, respectivement le « jardinage potager » et l’« agriculture urbaine ». L’activité du jardinage, telle une pratique de plaisir ou un lieu d’échange, interagit directement avec les logements ou le sol. Quant à l’activité maraîchère, elle profite de la toiture au bénéfice d’une surface plus large et mieux protégée. Dans ce travail, au souhait de faire profiter le jardin potager urbain à chacun le plus durablement possible, cette complémentarité permet de rendre la cause plus sensible à travers un but commun, tout en relevant les qualités de l’une comme de l’autre. Alors qu’on pourrait s’inquiéter de l’entretien de tous ces jardins, la mixité de population envisagée (familles, étudiants, seniors, personnes extérieures, ville), ainsi que la démarche participative donnent des éléments de réponses claires. La mixité participe à un auto-entretien du paysage urbain, de sorte que chaque classe sociale y trouve son compte à travers des intérêts différents et différés sur un même lieu; que ce soit pour se nourrir de légumes frais et croquants à petit budget et travailler dehors, pour rompre la solitude et échanger quelques belles paroles avec un voisin croisé sur le palier ou pour s’épanouir en famille et contempler ses enfants jouant gaiement en bas de la maison, chacune de ces personnes aux modes de vies distincts participent séparément dans un but collectif à former l’identité du quartier de la Maladière. Pourquoi serait-on forcé d’obliger quelqu’un à tondre un pauvre gazon public, alors que nous serions à même de prendre part personnellement à l’embellissement de nos villes ? Ne serait-ce pas cela, construire la ville de demain à son image? En laissant à chacun la possibilité d’exprimer son identité, ce thème a le mérite de participer grandement la conscientisation de ses usagers.

156 | CONCLUSION


A travers l’enjeu de la densification urbaine, en repensant la relation de la ville à la nature, le jardin potager permet de faire l’économie de territoire, en requestionnant parfois certains espaces verts qui manquent quelque peu de clarté et d’usage. En outre, plus à l’écoute des attentes des citadins, le jardin potager contribue favorablement à la recherche de nouvelles typologies architecturales permettant la densité. Un siècle auparavant, Howard Ebenezer soulevait déjà quelques unes de ces questions dans son livre «Les Cités-jardins de demain»56, en imaginant bâtir une cité nouvelle pour réconcilier la ville et la nature. Bien qu’elle ait le mérite d’être une ville compacte, la « nature urbaine » évoquée par Ebenezer est imaginée dans une plus large échelle, sous la forme de grand square, parcs et jardins publics, ne faisant que nous re-questionner sur notre point de vue analytique des espaces verts actuels. En séparant distinctement ces deux parties, ville et nature, l’enrichissement apporté à l’habitat urbain est relativement pauvre en terme d’espaces vécus. Au risque d’uniformiser une ville, au lieu de laisser la place à chacun d’y exprimer son identité, l’échelle du jardin potager paraît adaptée dans un dialogue dont les intervenants seraient la ville et ses habitants. A l’inverse d’un jardin public préconçu et contrôlé, le jardin potager ne se dessine pas directement sur papier, il se conçoit directement avec ses usagers qui lui donneront vie, à la manière d’un « jardin en mouvement » expliqué par le paysagiste Gilles Clément, « ces formes changent au fil du temps. Ce jardin existe toujours, ses figures diffèrent selon les saisons. Parfois, le jardin ressemble à pas grand-chose parce que les plantes sont fanées; parfois, il est en pleine floraison»57. Ces dernières années, plusieurs actualités ont fait ressurgir le thème du jardin potager dans le canton de Neuchâtel. La ville du Locle a développé un projet de jardins coopératifs d’insertion, partant du constat d’une sous-occupation des parcelles qu’elle met à disposition de la population sous condition de location pour la culture des jardins. De cette manière, l’initiative s’inscrit dans un développement local en revivifiant des liens sociaux de proximité. A Neuchâtel, dans le quartier du VieuxChâtel, les jardins partagés de la Rue Edmond-de-Reynier sont menacés pour faire place à un nouveau projet immobilier fin 2013. Bien qu’utilisé par les résidents du

56 EBENEZER H., «Les Cités-jardins de demain», éd. Sens & Tonka, 1999. 57 CLEMENT G., « Climats », « Les jardins de la résistance », les conférences de Malaquais, Infolios, Gollion-CH, 2012, p. 53

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quartier, le jardin est la propriété de la ville et elle souhaite mettre un terme à cet usage uniquement privé. Placé idéalement à proximité de la gare et sur un axe de mobilité douce, la situation de ce lieu n’est pas à déplaire dans un contexte de densification urbaine. Les résidents du voisinage s’opposent à ce projet en craignant de voir se défigurer ce qui faisait le charme de leur quartier. Ainsi, la commune de Neuchâtel a opté pour une démarche participative concernant ce futur projet. En s’appuyant sur « Equiterre », elle essaie d’être à l’écoute des attentes des résidents du quartier tout en poursuivant l’achèvement de son projet. Ces quelques actualités démontrent l’importance du rôle à jouer pour la ville, dans un le cadre d’un projet de jardins à cultiver. C’est pourquoi un projet qui souhaite à la fois construire la ville, tout en répondant aux attentes des citadins, ne pourrait être bénéfique que s’il est imaginé par le biais d’un dialogue interactif. Reste à moi-même d’enfiler mon tablier d’étudiant en architecture pour imaginer un projet à la hauteur des attentes et des enjeux, afin que notre métier participe à l’enrichissement d’un thème aussi évocateur de rêves que ce dernier, cherchant à nous réunir dans un environnement meilleur.

158 | CONCLUSION


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Remerciements Je tiens à remercier sincèrement toutes les personnes qui ont participé d’une manière ou d’une autre à ce travail. Mon groupe de suivi: le professeur Emmanuel Rey, la professeure Jeannette Kuo, la maître EPFL Sophie Lufkin, pour leur disponibilité, leur patience et leurs remarques toujours avisés. Malgré leurs agendas chargés, une synchronisation a été possible et très bénéfique à ce travail. Antonio Gallina, pour ses conseils apportés sur la lecture de la ville de Neuchâtel. Pascal Châtelain, pour le temps accordé à la réalisation de cet ouvrage. Güley et Hüseyin Temel, pour m’avoir transmis leur sensibilité relative à la vie du jardin. L’ensemble de ma famille et de mes amis pour leur soutien et encouragement tout au long de ce semestre d’étude.

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Bibliographie Littérature Buttler Alexandre, Ayer Jacque, Claude Bernard, Monnier Marie-France, Bongard Michel, « Coup d’oeil sur la nature en ville de Neuchâtel », Ligue neuchâteloise pour la protection de la nature et Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, Suisse, 1996 Clément Gilles, « Le Jardin planétaire: réconcilier l’homme et la nature », Albin Michel, Paris, 1999 Collectif/Direction scientifique : Mandoul Thierry, Fol Jac, Lefebvre Virginie, Hertweck Florian, « Climats: Les Conférence de Malaquais », Infolio, Gollion, 2012 DONADIEU Pierre, « Les paysagistes ou Les métamorphoses du jardinier », Actes Sud, Arles, 2009. Ebenezer Howard, « Les Cités-jardins de demain », Senk & Tonka, Paris, 1998 Faure Alain, « Les premiers banlieusards. Aux origines des banlieues de Paris (1860-1940) », Créaphis, Paris, 1991 Gorgolewski Mark, Komisar June, Nasr Joe, « Carrot city: Creating places for urban agriculture » Monacelli Press, New York, 2011 JELMINI Jean-Pierre, « Neuchâtel 1011-2011: Mille ans - mille questions - mille et une réponses », Attinger, Hauterive, 2011 Jodidio Philip, « Landscape architecture now », Taschen, Köln, 2012 MacLean Alex, « Sur les toits de New York. Espaces cachés à ciel ouvert », La Découverte, Paris, 2012

162 | BIBLIOGRAPHIE


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Périodiques La Revue Durable, « L’agriculture regagne du terrain dans et autour des villes », n°43, 2011 Tracés, «Gros légumes, Petits potagers », août 2010

Filmographie VASSELIN Pierre, « Prochain arrêt Montréal » (3/5), Arte France, 2012, 26 min, version originale KALBFUSS Pierre, « Le jardin des délices », Temps Présents, Radio Télévision Suisse, 2002, 55 min, version originale

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Sitographie Centre d’écologie urbaine de Montréal. Agriculture urbaine à Montréal http://www.ecologieurbaine.net/agriculture-urbaine Centre d’écologie urbaine, Bruxelles http://www.urban-ecology.be Equiterre: htto://www.equiterre.ch Equiterre sur Jardins de poche http://www.jardinsdepoche.ch/ Foodurbanisme http://www.foodurbanism.org/fr Institut bruxellois pour la gestion de l’environne http://www.bruxellesenvironnement.be Institut de géographie et durabilité (IGUL-UNIL) http://www.unil.ch/igul/ Laboratoire d’urbanisme agricole http://www.lua-paris.com Potagers urbains http://www.potagersurbains.ch Rat des villes, rat des champs: Quand le rural refonde l’urbain: http://www.pirve.fr/projet/36/ Terres en villes, L’intranet de l’association des élus et responsables agricoles http://www.terresenvilles.org/

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Iconographie Page de titre : HOMMA Takashi, « sans titre » for Our Legacy, Collection 2012 p.18 Plan du monastère de Saint-Gall, IXème siècle, extrait de: La base de donnée internationale du patrimoine du génie civil http://fr.structurae.de p.20-26 Photographies extraites de : CABEDOCE Béatrice, PIERSON Philippe, « Cent ans d’histoire des jardins ouvriers », Créaphis, Paris, 1996 p.28-29 Illustrations de l’ateur p.34 Photographie extraite de : little house on the urban prairie http://littlehouseontheurbanprairie.wordpress.com p.36 Photograhie extraite de: http://rikasanpo-hon.blog.so-net.ne.jp p.46 Photographies extraites de: Zedfactory architects: http://www.zedfactory.com p.50 Photographies extraites de: http://farm4.staticflickr.com/3199/3011029539_45dd5bb388_o.jpg http://farm4.staticflickr.com/3153/3011863550_b0e47c8bbd_o.jpg http://farm4.staticflickr.com/3068/3011868692_2916dde417_o.jpg p.54 Illustrations extraites de: Atelier SOA architecture http://www.ateliersoa.fr

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p.58 Illustrations extraites de: Blake Kurasek architect http://blakekurasek.com p.62 Illustrations extraites de: SO-IL architects http://so-il.org p.66 Illustrations, plans, coupes extraits de: Knafo Klimor architects: http://www.kkarc.com p.70 Illustrations et coupes extraites de: Atelier SOA architecture http://www.ateliersoa.fr p.74 Photographies (en haut, en bas à gauche) extraites de : Gorgolewski Mark, Komisar June, Nasr Joe, « Carrot city: Creating places for urban agriculture » Monacelli Press, New York, 2011 Photographie (en bas à droite) extraite de: MacLean Alex, « Sur les toits de New York. Espaces cachés à ciel ouvert », La Découverte, Paris, 2012 p.78 Illustrations de l’auteur p.82 Photographie extraite de: http://farm3.staticflickr.com/2492/4112977532_4948ce00f9_o.jpg p.88-89 Imagerie Google 2012

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p.90 Plans extraits de: BEGUIN Jacques, « Le château de Neuchâtel », La Baconnière, Boudry, 1948 p.94 Plans extraits de: SCHNETTY Jürg, « Neuchâtel il y a 100 ans », Edition de l’auteur, Auvernier, 1994 p.95 Photographie extraite de: Buttler Alexandre, Ayer Jacque, Claude Bernard, Monnier Marie-France, Bongard Michel, « Coup d’oeil sur la nature en ville de Neuchâtel », Ligue neuchâteloise pour la protection de la nature et Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, Suisse, 1996 p.96 Illustrations de l’auteur p.98 Photographies (en haut à gauche et en bas) extraites de: Brochure « Parcs et Promenades de Neuchâtel, 125 ans», Ville de Neuchâtel, 2010 Photographie (en haut à droite) extraite de: Buttler Alexandre, Ayer Jacque, Claude Bernard, Monnier Marie-France, Bongard Michel, « Coup d’oeil sur la nature en ville de Neuchâtel », Ligue neuchâteloise pour la protection de la nature et Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, Suisse, 1996 p.99 Photographie extraites de: Buttler Alexandre, Ayer Jacque, Claude Bernard, Monnier Marie-France, Bongard Michel, « Coup d’oeil sur la nature en ville de Neuchâtel », Ligue neuchâteloise pour la protection de la nature et Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, Suisse, 1996 p.100 Illustration de l’auteur p.102-104 Photographies extraites de: Buttler Alexandre, Ayer Jacque, Claude Bernard, Monnier Marie-France, 168 | BIBLIOGRAPHIE


Bongard Michel, « Coup d’oeil sur la nature en ville de Neuchâtel », Ligue neuchâteloise pour la protection de la nature et Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, Suisse, 1996 p.106-111 Illustrations de l’auteur p.112-114 Photographies de l’auteur p.118 Illustrations de l’auteur p.124 Imagerie Google 2012 p.126 Photographie (du haut) extraite de: CHARLET René, COURVOISIER Jean, « Neuchâtel Rétro à travers des cartes postales », Ruau, Saint-Blaise, 1988 Photographie (du bas) extraite de: BURKHALTER Didier, « La Maladière, un sentiment d’éternité », Gilles Attinger, Hauterive 2007 p.128 Photographie (du haut) extraite de: http://www.kevicar.com/cartes-postales Photographie (du bas) extraite de: http://www.kevicar.com/cartes-postales p.130-132 Illustrations de l’auteur p.140 Imagerie Google 2012 p.142-152 Illustrations de l’auteur | 169


Aziz Temel Enoncé théorique de Master EPFL 2012-2013 | Janvier 2013 Impression & reliure, Alfaset, La Chaux-de-Fonds Réalisé sous la direction de: Emmanuel Rey, Directeur pédagogique | Jeannette Kuo, Professeur | Sophie Lufkin, Maître epfl


Mémoire, Projet de Diplôme, EPFL