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« Mieux vaut que je me consacre à l'étude de l'autre grand mystère de l'univers… »

Les fans


Magazine Parole(s) - Numéro 4 Décembre 2012 Fondateur, directeur de la publication: Philippe Lesaffre / Rédacteur en chef: William Buzy Reporters: Floriane Salgues, Théophile Wateau, Guillaume Aucupet Crédits photos: ajaxofsalamis, Trace Meck, Yannick Croissant, Eco PTZ, Plenty R, Ludo 29880, Jean-Louis Zimmermann, Shordzi, Daveynin, TaxiArchos228. Parole(s) est soutenu par la Coopérative d'Aide aux Jeunes Journalistes (CAJJ). CAJJ, association loi 1901, déclarée en sous-préfecture de Langon le 26/06/2010 / Siège social: 508 Laville Ouest, 33500 Capian.

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Le fanatique et le connard Par Philippe Lesaffre, fondateur

Comment parler d’une formidable trilogie des années 80 dans un mensuel de 2012 ? La question s’est posée lorsque nous avons détecté, sur le Net, un résumé ludique en vidéo de Retour vers le futur. Ce visionnage nous a donné envie de partir aux quatre coins de France, à la rencontre d'inconditionnels de RVLF - ou BTTF, pour les intimes. Certains se plaisent à réciter - jusqu'à épuisement - des citations lors de dîners entre amis. D'autres les plus jeunes - se déguisent en leurs héros préférés au lycée. Découvrez leurs symptômes en lisant Parole(s). Ignorants, s'abstenir !

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Avec sa voix (très) grave mais chaleureuse, il nous a accueillis. Pendant plus de deux heures, Benjamin nous a présenté son récitchoc, "Comment prendre les gens pour des cons", qu'il voudrait absolument publier. « Cela pourrait faire un carton. Après tout, je tape sur mon ancienne entreprise, partenaire de Bleu Ciel-EDF », spécialisée en énergie renouvelable. Cet ex-téléprospecteur, qui a joué au «connard» pendant deux ans, l'admet volontiers, ce ne sera pas facile… En attendant, Parole(s) l'a lu : c'est drôle et décoiffant…


Sourds: jusqu'à quand la société fera-t-elle la sourde oreille? Apprendre à lire et à écrire, accéder au marché du travail, à l’information et à la culture ou encore communiquer avec le plus grand nombre : les sourds interpellent la société sur leurs difficultés. Mais est-elle prête à les entendre ? Par Floriane Salgues

Choisir son cursus scolaire, téléphoner à ses proches, son médecin ou la CAF, obtenir un entretien d’embauche, regarder la télévision… La vie, si quotidienne pour les entendants, s’apparente souvent à un calvaire pour les personnes atteintes de surdité. Bien sûr, l’époque pendant laquelle les professeurs attachaient les mains des enfants sourds derrière leur dos, pour les empêcher de signer, est révolue ; les


chaînes de télévision sous-titrent désormais leurs programmes et la loi "handicap" de 2005 a fortement favorisé l’accès à l’éducation et au monde du travail des personnes sourdes et malentendantes. Mais bien des progrès demeurent nécessaires pour intégrer la "communauté" sourde - plus de 300 000 personnes en France souffriraient d’une déficience profonde ou totale 1 - à une société qui doit apprendre à écouter les signes de son malaise.

« Délaissés par les établissements scolaires classiques » En trente années, l’éducation des enfants sourds semble avoir connu une véritable révolution. « La langue des signes a été interdite pendant près d’un siècle, de 1880 à la fin des années soixante, les sourds n’avaient pas accès à l’université », souligne Frédéric Brossier, directeur des études de l’Institut national des jeunes sourds de Paris (INJS). « Mais avec la loi Lang, dans les années quatre-vingt, nous avons observé un changement de pratiques dans la prise en charge des jeunes sourds. » • Charles-Michel de L’Epée, précurseur de l’enseignement spécialisé aux sourds-muets, dont le tricentenaire de naissance est célébré cette année •

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Enquête Handicaps-Incapacités-Dépendance de 2007


Pourtant, cette (r)évolution n’a pas, encore, réussi à mettre sur un pied d’égalité les élèves sourds et les entendants. « Avec l’ambitieuse loi de 2005, sur le handicap, les parents espéraient que leurs enfants sourds ne seraient plus stigmatisés et rejoindraient des établissements classiques, relève Frédéric Brossier. Or ce n’est pas si facile. Les instituts spécialisés, comme l’INJS, se remplissent aujourd’hui d’élèves délaissés par la filière classique et qui n’ont ni appris à lire, ni à écrire. » Pour le directeur des études de l’institut, les bases d’apprentissage - comme la lecture et l’écriture - qui n’ont pas été installées dès le début du parcours scolaire sont, par la suite, très compliquées à acquérir. Plus grave encore, ces lacunes pourraient provoquer, en parallèle, le développement de troubles du comportement.

« Il faut accompagner les parents »

Pour Jérémie Boroy, délégué général de l’association Aditus, qui promeut la conception et le développement d’outils d’accessibilité, visant à réduire la situation de handicap des personnes sourdes ou malentendantes, l’éducation des jeunes atteints de surdité est « catastrophique ».

© Floriane Salgues

« Beaucoup de sourds souffrent d’illettrisme », regrette-t-il, en pointant du doigt le manque d’accompagnement des parents. « Pour améliorer l’éducation des enfants sourds, il faut cibler les parents qui ne savent pas toujours comment faire face. Pourquoi ne pas instaurer un congé de travail spécifique pour former ces personnes à la communication des sourds ? », propose le cofondateur de l’association Aditus.


« Comprendre le manque d’appétence pour la langue française orale »

Faire comprendre à un jeune sourd, s’exprimant en langue des signes, que la langue française, orale et, plus que tout, écrite, sera essentielle dans sa vie privée et professionnelle n’est pas une tâche facile. C’est le défi que tentent de relever les enseignants de l’INJS, établissement public d'enseignement spécialisé, sous la tutelle du ministère chargé des personnes handicapées.

Cette école accueille 250 élèves, de la maternelle au BTS communication graphique. « Beaucoup de jeunes sourds, maîtrisant la langue des signes, n’ont pas d’appétence pour la langue française orale, constate Frédéric Brossier. Nous essayons de leur expliquer qu’ils doivent se concentrer sur l’écrit qui est très important pour communiquer de manière différente ». Pour écrire des e-mails ou envoyer des SMS, par exemple. Ou, même, téléphoner ! « Les interprètes permettent d’apprivoiser le téléphone » Joindre ou être contacté par un sourd, par téléphone, est une expérience aussi incroyable qu’elle devrait être banale. L’association Aditus a inauguré, fin juin, le premier relai téléphonique public parisien, afin de permettre aux personnes atteintes de surdité d’appeler un entendant mais aussi aux entendants de joindre une personne sourde. Jérémie Boroy se dit surpris de la « rapidité avec laquelle les personnes se sont emparées du dispositif, gratuit, mais limité à quinze minutes par appel ».

© Floriane Salgues

« 50 % des personnes, qui ont essayé, reviennent », affirme-t-il. Au centre d’un local, ouvert au public cinq demi-journées par semaine, une caisse de transport d’œuvre d’art, en bois, dissimule un ordinateur muni d’une webcam performante et de deux enceintes. Les usagers peuvent "appeler" par texte, via un vélotypiste, lisant en simultané ce que la personne sourde tape sur le clavier, mais aussi par vidéo via un interprète ou un codeur. Le sourd s’exprime alors en langue des signes devant la caméra : l’interprète retranscrit son discours, en français oral, à la personne entendante. Et donne les


codes d’un appel téléphonique. « Dire "Allo", quel est l’objet de l’appel, faire une différence entre le vouvoiement et le tutoiement sont des habitudes que ne possèdent pas encore tous les sourds. Les interprètes permettent d’apprivoiser le service », explique Jérémie Boroy.

© Floriane Salgues

Mais rien n’est acquis. Le relai téléphonique est en cours d’évaluation : six mois pour faire le point sur les besoins et éventuelles adaptations. Deux cabines fixes, pourraient, d’ici trois ans, être installées à Paris, et les horaires, élargis à cinq journées entières par semaine - amplitude horaire toujours aussi contraignante pour des salariés. Autant dire que, pour les sourds, le téléphone dans tous les foyers, ce n’est pas pour demain.

« Nous ne sommes pas des malades »

Le développement des centres relais téléphoniques est l’une des actions politiques menées aujourd’hui par la Fédération nationale des sourds auprès des pouvoirs publics. Mais ce n’est pas la seule, selon Philippe Boyer, président de cette Fédérations regroupant 3 500 personnes, dans toute la France. Il y a la réforme de l’éducation, bien sûr, le « point noir » de l’intégration des sourds, mais aussi la lutte contre le dépistage précoce de la surdité, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. « Actuellement, il existe une prise en charge ultra-médicalisée du sourd qui amène le médecin ORL à considérer la surdité comme une maladie, une maladie qu'il faut donc soigner, avec la pose d’implants, notamment. Or nous ne sommes pas des malades », conteste Philippe Boyer. Pour lui, « la dimension humaine et sociale de


l’enfant sourd n’est pas abordée » dans le processus de dépistage. Nous revendiquons d'être considérés comme des êtres humains avec une langue, une culture et une histoire. Les sourds sont une ethnie », prône-t-il.

« Pas de formation, pas de promotion interne… »

Quel est donc l’avenir de cette "ethnie", une "communauté" par son héritage culturel, qui rêve d’une vie "normale", comme d’autres d’une présidence normale ? Le soustitrage à la télévision, l’accessibilité des musées, de certaines administrations et des transports, et maintenant du téléphone représentent un pas de géant. Mais, aux dires de tous, l’éducation et l’accès au monde du travail pèchent encore, dans l’ignorance la plus totale des politiques et des médias. Pour le président de la Fédération nationale des sourds, Philippe Boyer, « malgré les incitations à l'embauche des personnes handicapées, les sourds sont massivement en recherche d’emploi ou victimes de discriminations sur leur lieu de travail : pas de formation, pas de promotion interne, communication réduite entre membres du personnel... » Le changement, c’est maintenant ? Un nouveau service, pour accompagner l’insertion des candidats sourds à l’activité, a récemment été inauguré par l’entreprise toulousaine WebSourd, spécialisée dans les services à destination de la communauté sourde et malentendante et partenaire clé du relai téléphonique parisien : le portail d’emploi JobSourd.

Ce site est désormais accessible aux candidats sourds grâce à la traduction d’offres, CV et fiches de métier en langue des signes. « 15% des sourds ont renoncé à l’emploi, et beaucoup s’autocensurent dans le choix d’un métier », relève la responsable du projet, Nahia Jourdy. « La plateforme JobSourd permet désormais à candidat sourd de lire une offre d’emploi, relancer une entreprise, d’apprendre argumenter sur la surdité et même d’obtenir interprète pour un entretien d’embauche. »

un de à un

Aux recruteurs de déposer leurs offres, moyennant un forfait variable, sur le site Internet. ERDF, Orange, la Macif ou la SNCF… ont déjà franchi le pas. A bon entendeur…


L'homme qui pompait du fric par téléphone Un inconnu, vous appelle pour « faire le point sur votre consommation d'énergie » : cela a dû vous arriver. C'était, pendant deux ans, la mission de Benjamin, un ancien téléprospecteur, conseiller partenaire d'EDF. Ce dernier offre, dans un livre, ses conseils pour enquiquiner toute personne qui vous sollicite au bout du fil. Et en profite pour descendre son ancien employeur, un «escroc».

Par Philippe Lesaffre

Il a raconté son calvaire au boulot. Pendant deux ans, Benjamin, 26 ans, a exercé un « métier à la con » et il a voulu témoigner par écrit afin de le « dénoncer ». Le jeune homme considère que son « emploi d'embobineur » de téléprospecteur consistait à «pomper du fric» à des gens qui n'avaient rien demandé. « Je jouais au connard », résume Benjamin, quand nous lui demandons ce qu'il faisait. Nous en saurons plus durant un entretien au cours duquel il nous a présenté son pamphlet "Comment prendre les gens pour des cons, le récit-vérité d'un conseiller partenaire de Bleu Ciel EDF".


• « Je travaillais pour une entreprise jetable » •

Son entreprise, Avenir Environnement, spécialisée dans les matériels thermiques (aérothermie, panneaux solaires), payait, comme la majorité de ses concurrents, une somme considérable à EDF « de l'ordre de 6 000 euros par mois » - pour qu'elle soit son "partenaire". Plus simple, forcément, pour attirer l'attention des particuliers. Mais cela n'a pas toujours marché, confie notre vis-à-vis : « Un jour, se souvient Benjamin, un particulier m'a lancé, au bout du fil, un "Avec tous les partenaires qu'il a, M. EDF doit avoir le Sida, non ?", avant de raccrocher. » Selon Benjamin, ce "client" avait raison : il travaillait pour « une entreprise jetable ». Et, au nom de cette dernière, il proposait de « faire gratuitement le point sur la consommation d'énergie » des particuliers bretons qu'il joignait au hasard, du matin au soir, depuis un centre d'appel à Lorient.

Il leur offrait un rendez-vous avec un technicien, censé leur démontrer qu'ils se trouvaient en situation de surconsommation - « Mais on exagérait forcément… » Et qu'ils payaient trop d'argent - plus de 10 euros le m². Afin de s'assurer qu'il avait déniché le bon client, Benjamin terminait toujours la conversation en lui demandant sa profession. « Officiellement pour garnir nos statistiques. »


Si l'interrogé ne convenait pas, Benjamin raccrochait sans lui donner le rendez-vous que le conseiller lui avait pourtant promis au départ. C'est qu'un « chômeur ou un handicapé » ne l'intéressait pas, se souvient Benjamin, qui reconnaît aujourd'hui que cela pouvait surprendre. Or, si l'interviewé était propriétaire (aisé) d'une maison de plus de deux ans, qui n'avait pas lancé, récemment, de rénovations d'isolation, Benjamin sortait son agenda pour qu'ils conviennent d'une date de rendez-vous. « Très mal payé » « Le technicien était, en réalité, un commercial qui n'avait, comme but, que de repartir avec une signature. » Soit le top-départ pour engager des travaux et installer un système d'énergies renouvelables au domicile des particuliers. Forcément «riches» puisque cela coûtait plus de 15 000 euros sur plusieurs mois. « Nos tarifs étaient 30% plus chers que nos concurrents », admet Benjamin, qui « connaî(t) le mot "galère", l'ayant vécu » durant son enfance - dans les « tours » de Vitry-surSeine. Selon lui, son patron s'en mettait plein les poches. Son boss bénéficiait d'une voiture de fonction, une Renault Mégane. Et il s'est offert, un peu après l'arrivée de Benjamin en 2009, une Porsche Cayenne. « Seule la tune l'intéressait, pas son équipe et le bon travail effectué », témoigne Benjamin, « très mal payé pour son job », même en CDI. « Des escrocs » « Les installations étaient bâclées, mal ficelées », dénonce le jeune homme. Lui se souvient, par exemple, de « ce vieil homme », qui était venu à l'entreprise, après avoir signé et payé un contrat, pour se plaindre : «Il m'avait fait de la peine, il n'avait plus de chauffage, l'eau de son robinet était à 70° et sa femme demandait le divorce.» Et, encore, il avait eu de la chance, analyse notre interlocuteur, dont l'entreprise n'a jamais eu de service après-client, ni de suivi des travaux au domicile des clients : «Avenir Environnement venait de se lancer et le numéro de téléphone s'affichait encore sur le combiné des particuliers. C'était facile de nous retrouver. Or, cela n'a pas duré.»


Le mot est lâché : «Les dirigeants de cette entreprise étaient des escrocs.» La preuve avec le nom de son ancienne boîte. Au début, on l'appelait "agence de l'environnement" mais « les gens la confondaient avec l'Ademe, l'officielle Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, un établissement public ». Rien n'à voir… Des plaintes ont été déposées et, du coup, le nom a changé et son entreprise est devenue "Avenir Environnement".

« Une dette envers vous »

Seulement quelques mois, puisque l'entreprise a dû mettre la clef sur la porte à l'été 2011. Même si sa mission lui plaisait au cours de ses six premiers mois, Benjamin, lui, en avait eu tellement marre qu'il a invoqué une « fausse dépression » pour arrêter de travailler - un peu avant la fermeture de l'entreprise - et « prendre (ses) employeurs pour des cons ». Une aubaine pour ce « précaire autoproclamé », qui ajoute, dans son récit, qu'il a « une dette envers » tous ceux qu'il a pu appeler pendant ces deux ans de travail. Comme chacun reçoit ce genre de coup de fil - «cela peut arriver à votre cousin, ou à votre père»-, il souhaite « donner des conseils ». Afin que chacun puisse prendre ces téléprospecteurs pour des cons, « leur clouer le bec et faire en sorte que les arroseurs deviennent les arrosés ». • « J'ai fabriqué un chauffage atomique » • Tout le monde, écrit Benjamin, peut mentir : « "Je fais le même boulot que vous" ou encore "Je déménage" ». Se moquer : « "Vous pouvez me rappelez à 15h ?" pourriez-vous demander tout en sachant que vous ne serez pas chez vous à ce moment là. » Benjamin, qui cherche actuellement un éditeur pour son ouvrage, vous propose de vous amuser encore plus. Oui, Benjamin veut « faire marrer » : « Faites vous plus bête que vous ne l'êtes et imitez l'ignare le plus débile que vous n'ayez jamais vu. » Exemple avancée dans son livre : « "J'habite un 890m² habitables, ce qui me fait 13,69 euros de facturation mensuelle. J'habite une maison de moins 200 ans avant J.C. avec un système de chauffage atomique, couplé à une pile à hydrogène que j'ai fabriqué." Dites que vous êtes isolé en bottes de paille ou en chanvre, que votre système de chauffage principal est thermonucléaire et que votre maison est en carton recyclé... Franchement, je ne donne pas cinq minutes à l'appelant avant sa mise à mort annoncée et la déception qui en découle. » A tester…


De retour du passé… Tout le monde connaît Retour vers le futur… Les rediffusions se succèdent à la télévision depuis plus de vingt ans. Au grand plaisir des milliers de fanatiques, venus du monde entier. Parole(s) en a rencontré quelques-uns, de tout âge. Par Philippe Lesaffre

Il connaît les répliques par cœur. Il les récite souvent, tel un enfant face au professeur. Et les écrit sur son petit tableau noir qu'il garde dans sa cuisine. Le jeu : changer de citation une fois par semaine, «pour rigoler, parler du film» avec son frère aîné, autre passionné de la trilogie. Dimitri, 24 ans, « adore » Retour vers le futur. « C'est toute mon enfance », précise l'Yvelinois qui a découvert les trois films de Robert Zemeckis, avec ses parents dans les années 2000. «Depuis, j'ai dû regarder chaque épisode des dizaines de fois. Et je ne m'en lasse pas. » Comme son père qui demande souvent s'il peut emprunter les DVD de son fils. C'est aussi par son père que Tom, 19 ans, a été « initié ». Le garçon du Nord, « vrai inconditionnel », raconte que la trilogie « a sauvé un nouvel an » : « Je me trouvais à l’hôpital et j'ai regardé les trois films à la suite. » Dimitri, en (très) bon collectionneur de goodies, possède de nombreuses affiches. Et ses amis lui ont offert le «tract de Marty en 1985 sur l'horloge de l'hôtel de ville». Il l'a encadré puis accroché au mur de son salon.


Pour son anniversaire, enfin, on lui a donné les fameuses chaussures du héros skateur, «fabriquées sur mesure». Des baskets qu'il enfile parfois en weekends. Et ses objets, il les partage avec ses amis. « Une fois, un pote a eu besoin de ma casquette pour son enterrement de vie de jeune garçon, explique Dimitri, et je lui ai envoyé un colis par la Poste, puisque je n'ai pu y assister. »

©Floriane Salgues

Se déguiser au lycée en Marty et Jennifer

Dans l'Eure, Parole(s) fait la connaissance de Rodolphe, 17 ans, et de son amie Justine, 16 ans, fous, euxaussi, de RVLF grâce à leurs parents. «Ma mère m'en avait parlé car elle avait vu les films au cinéma quand elle était jeune», explique Rodolphe, auteur d'une « fresque sur RVLF » qu'il a réalisée sur le mur de sa chambre. « J'avais trois ans quand ils me l'ont fait découvrir lors d'une rediffusion à la TV », confie, de son côté, sa copine, qui a ainsi « grandi en adorant Retour vers le futur ».


Les deux assurent s'identifier aux personnages Marty et Jennifer, qui ont un peu près le même âge qu'eux. A tel point qu'ils se sont déjà rendus au lycée « déguisés » en leurs héros : un blouson en jeans, une doudoune sans manche, des chaussures Nike ou des Converse, ainsi qu'un Tee-shirt "Hill Valley", du nom de la célèbre commune de la trilogie…

« J'étais plutôt en Marty version fille », rigole Justine, qui a également publié, sur son compte Facebook, une aquarelle qu'elle a réalisée sur les deux tourtereaux de la trilogie. « Je m'ennuyais », se justifie-t-elle. Ils ont créé une page "Fan de" sur Facebook pour échanger entre amateurs, publier des images découvertes sur le Net. Et pour mettre en ligne une fanfiction, un scénario dérivé de l'histoire de Retour vers le futur. Justine invente, sur le réseau social, la vie des deux personnages avant le premier volet, la rencontre entre Doc Brown et Marty Mc Fly.


En faveur d'un quatrième volet ? Emmanuel, 29 ans, a, lui, toujours «rêvé d'une suite» à la trilogie. Ce qui, souligne ce fan, qui a dû regarder RVLF plus d'une « bonne cinquantaine de fois », a peu de chance de voir le jour en raison de la maladie de l'acteur Michael J. Fox. Emmanuel souhaite, du coup, un film «principalement axé sur les personnages Jules et Verne, les enfants de Doc (ndlr: qu'on découvre dans le dernier volet de la trilogie), avec une petite apparition de Marty (quand même !) et d'Emmett. Le tout, emmené par Robert Zemeckis ainsi que Bob Gale. Et personne d'autre.»

En 2000, ce dernier a créé RVLF.com. Il y publie jeux, actus, et quizz pour les inconditionnels de la série. Mais c'est surtout le "forum" qui attire : il regrouperait 1000 membres, selon lui. Une plateforme qui permet à chacun, justement, de mettre en ligne ses idées de scénarios d'éventuelles suites. Pour ou contre un RVLF 4 ? Emmanuel a organisé un sondage parmi ses fans. Certains interrogés n'en veulent pas. Ils partagent l'avis d'un autre amateur de Retour vers le futur, Yan, la trentaine, également fondateur d'un site : Retour-vers-lefutur.com. « Ce serait un pari très risqué, 25 ans plus tard. L'idéal serait un bon livre car chacun pourrait fabriquer ses propres images, visages, attitudes, décors. »

Yan replonge dans ses souvenirs. Et fait part de sa première fois : « Suite au visionnage du premier opus, j'avais eu une discussion passionnante jusqu'à pas d'heure avec mon père, lui-même scientifique, au sujet du paradoxe temporel. Je m'en souviens encore parfaitement. » Concernant le second volet, au cours duquel les héros s'envolent vers le futur, « quel plaisir de découvrir un futur proche avec des "hoverboards", des "hydrateurs à pizza", des écrans géants dans le salon, le rêve de gains systématiques aux paris sportifs... et des voitures volantes ». Sur son site, Yan donne une place importante aux produits dérivés : « Ils sont, en 2012, le dernier lien "tactile" des fans avec la saga, précise-t-il, je m'efforce de suivre leurs sorties et de tester tout ce que je peux. »


Marty et Doc en dessins

Parole(s) fait aussi la connaissance de Pierre-Emmanuel Godet, qui vit en Espagne. Cet artiste réalise des portraits de personnages connus comme Emmett Brown ou encore Marty Mc Fly. De loin, on reconnaît les acteurs de Retour vers le futur, Christopher Llyod et Michael J. Fox. Et, de plus près, on découvre des dessins qui font référence aux trois films de la trilogie, «bien conçue», selon lui.

Pour en savoir plus sur ces dessins, allez voir le site de l'artiste.

« J'ai revisionné la trilogie afin de n'omettre aucun élément important dans les dessins », d'avril 2012. « Ce duo est assez atypique, explique Pierre-Emmanuel Godet, car il mélange le vieux génie passionné de physique et le jeune des années 80, qui a donné envie à tous de faire du skateboard, de jouer Chuck Berry à la guitare électrique et d'avoir une DeLorean, plus grand. »


Les maux du quotidien Episode 2 : Annonces trompeuses Vous avez déjà cherché, sans le moindre sou, un appartement dans notre chère capitale ? Notre Héros, après avoir rencontré moult soucis avec la LMDE, le mois précédent, vous raconte ses mésaventures immobilières.

C'est déjà une galère à l'origine. Chercher un appart. Ça l'est encore plus en région parisienne, où les prix explosent et où la concurrence fait rage. Quand en plus propriétaires et agences décident main dans la main d'en profiter, ça devient vite un cauchemar. Notre Héros en a fait l'amère expérience, quand il a appris que son bail ne serait pas renouvelé. Son proprio souhaite vendre. Comme il n’est pas millionnaire, il n’a évidemment pas les moyens de s’offrir ce petit deuxpièces qu’il occupe à Paris depuis 3 ans. Le voilà donc qui feuillète les journaux d’annonces immobilières, qui parcourt les sites spécialisés, qui reçoit par mail les dizaines de « nouveaux biens correspondant à [ses] critères » pour ne pas « passer à côté » de l’appart idéal.


Bobards Le temps passe, les recherches avancent, et Notre Héros poursuit son aventure. Les coups de fils à la chaîne, les dossiers toujours plus épais, les exigences drastiques des bailleurs, ou encore les files d’attentes pour des visites uniques, il s’y était préparés, ça fait partie du jeu. Mais les propriétaires ont également ajouté de nouvelles règles qu’il découvre, et qui le laissent pantois : l’annonce, sinon mensongère, au moins très imagée… Car il faut faire preuve d’une sacrée imagination pour voir en cette cabine de douche posée en plein milieu de la pièce unique la "sdb contemporaine", décrite dans l’annonce. Il faut quand même faire preuve d’une sacrée méconnaissance de la chose immobilière pour mettre en location "un trois-pièces bien agencé, composé d’une entrée, d’un grand séjour/chambre, et d’une kitchenette". Autrement dit un studio.

Mais la palme d’or revient à une agence du sud de Paris, qui publiait cette annonce : "Métro Tolbiac : 3 pièces 45m² en rez-de-chaussée, entrée, séjour avec cuisine US tout équipée, donnant sur cour privative de 8m², 2 chambres donnant sur une deuxième cours privative intérieure de 12m², sdb, wc séparés, box. Loué entièrement meublé."

Sans photo, cela n'a pas de prix…

Le tout à un prix raisonnable, 1 000 euros charges comprises. Notre Héros saute sur son téléphone. « Quels sont vos revenus ? », en guise de bonjour. Classique. Mais la première barrière est passée, Notre Héros aura droit à sa visite. Et il faut avouer que ça valait le coup, ne serait-ce que pour revoir la définition de certains mots, version "annonce immobilière". Parce que, dans cet appartement, un coin du séjour où sont déposés un mini-frigo et deux plaques électriques aux côté d’un évier, ça devient une "cuisine US tout équipée". Un balcon, ça devient une "cours privative". Et deux pièces de 7 et 9 m² qu’on hésiterait même à utiliser comme bureau deviennent des chambres. L’ensemble, "entièrement meublé", bénéficie en fait d’une table et de deux chaises, d’un lit d’une propreté douteuse, et d’une barre transversale fixée entre deux murs qui fera office de penderie. Notre Héros l’a bien compris, il faut éliminer les annonces sans photo. Quand on cherche un logement, il est primordial de se transformer en Saint Thomas.

Parole(s)  

Quatrième numéro du magazine Parole(s). Reportage, enquête, témoignage. Décembre 2012

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