Issuu on Google+

N° 1 fév 13

De l’écologie politique en mode échec… « La radicalité d'une politique écologiste se mesure non seulement à son intensité, mais également à la date à laquelle elle intervient ». Proposition pertinente s’il en est, et qui donne à comprendre pourquoi le choix stratégique d’une alliance de mandature avec le PS est en débat aujourd’hui au sein d’EELV. Non pas le choix d’aller « aux affaires » : cette posture a toujours été la nôtre. Mais si débat il y a, c’est que nous sommes nombreux à douter de « l’intensité » de l’accord passé avec le PS, nombreux à mesurer l’incapacité de nos dirigeants à remettre en cause un rapport aux temps sociaux qui est resté figé dans la sphère des « trente glorieuses ». Intensité d’abord. Celle d’un accord sans grand relief, qui ne bouscule en rien l’addiction de la gauche au nucléaire, qui occulte, quasiment ou presque, la protection de la nature, la biodiversité, la pollution, le littoral, la ville durable, le paysage, le bruit, la menace alimentaire. Bref, un accord qui oublie de décliner notre identité, d’appuyer là où ça fait mal, d’investir les lieux où les électeurs nous attendent. D’où les commentaires acerbes de la presse évoquant « Le lent naufrage de l'écologie politique » ou la perte progressive d’identité des «…Verts en voie de banalisation », au constat d’une campagne présidentielle résolument autonomiste mais néanmoins stérilisée par un accord teinté d’un réformisme de strapontin. Ce hiatus dénoue sans doute le fil d’Ariane qui a conduit nos ministrables à refuser explicitement d’exiger le Ministère de l’environnement, après avoir crié haut et fort que l’environnement, précisément, n’est pas le problème mais la solution… Intensité, donc force d’entraînement d’un tel accord. Faible, c’est le moins qu’on puisse dire. Le PS en s e r a - t - i l p l u s é c o l o ? Va - t - o n é c h a p p e r a u x bouleversements climatiques ou à la crise alimentaire qui s’annoncent ? Reste un groupe parlementaire à durée déterminée. Non renouvelable. Plus personne n’en doute. Rapport au temps, ensuite. Pour un écologiste, chaque jour qui passe aggrave davantage une crise environnementale et sociale sans précédent. Le temps joue contre nous et

nos dirigeants EELV l’ignorent ou ne veulent pas l’entendre. Ils se trompent d’époque et se laissent bercer par un temps révolu. Celui où les forces de progrès croyaient pouvoir inscrire leur action dans la durée. Ils sont loin aussi les mythes qui fondaient cette croyance. En d’autres temps, le capitalisme creusait lui-même sa tombe et la classe ouvrière était porteuse de vertus émancipatrices. Et cette émancipation promue à l’universalité était érigée en principe de réalité, c'est-à-dire conçue comme un processus doté d’une nécessité objective. Une finalité historique en quelque sorte. Un donné où l’avenir n’était rien d’autre qu’un cheminement progressif vers plus de justice sociale et d’égalité. L’avènement d’un monde meilleur étant jugé inéluctable, le temps – donc la durée – se résumait à une forme de patience bien comprise, dans l’attente de la victoire finale des forces de progrès. Or, toute l’histoire de la seconde moitié du 20e siècle démontre la vacuité irréductible de cette croyance. Et la cour des vieilles boussoles roses, convoitée par les dirigeants verts, n’est que l’écho fossile de ce passé révolu. Il y a donc urgence à rompre au plus vite avec une écologie qui est entrée en mode échec… Et dans cette écologie à teneur Bulletin d'information radicale molle, prisonnière d'Avenir Ecolo d’un rapport au temps Responsable de révolu, Notre Dame Des publication : Alexandre Landes (NDDL) cristallise Jurado. Maquette et mise l’abîme qui se creuse entre en page : Hugues l’ampleur des Stoeckel transformations portées par l'écologie politique Comité de rédaction : dans la vie des sociétés Philippe Debeire, Gilles humaines et la platitude Euzenat, Alexandre d’un pragmatisme à Jurado, Claudine vocation alimentaire de nos Parayre, Thierry Pradier, dirigeants. NDDL épingle Michel Rouyer, Hugues une vision de l’avenir Stoeckel , Isabelle Urban chevillée au cœur du Pour nous joindre : carcan productiviste, une contact@avenir-ecolo.fr vision accrochée aux


mythes d’une modernité qui nous plonge dans un destin aveugle. Renoncer à aller jusqu’au bout de la logique d’opposition à NDDL en quittant le gouvernement, c’est renoncer à la raison d’être de l’écologie, renoncer à son utilité sociétale, c’est se laisser piéger par la “stratégie d’étouffement” développée par le PS à notre égard.

… à l’écologie politique en mode hors-ligne. Peu enclins à épouser les thèses écologistes, et dans un rapport de force électoral en leur faveur, quelle autre stratégie, hors celle de l’étouffement, aurait pu motiver les socialistes pour offrir aux écologistes, sur un plateau, un groupe à l’Assemblée Nationale et au Sénat ? On se souvient des années 80 et 90 où le PC en est arrivé à renier ses propres valeurs, au profit des socialistes, pour conserver ses rentes électorales. Pourquoi EELV ne suivrait-il pas la même pente en ces années 2012-17 ? Pourquoi le PS abandonnerait-il une tactique qui a fait ses preuves ? Face à une droitisation générale du paysage politique, l'urgence pour les socialistes est d’occuper le centre droit. C’est tout l’édifice du bipartisme qui est en jeu. Durs et intransigeants avec leurs alliés, les socialistes acceptent un « pacte de compétitivité » où les entreprises reçoivent 20 milliards sans contrepartie, autorisent les forages et l'orpaillage industriel en Guyane après l’éviction de Nicole Bricq du Ministère de l’environnement, poursuivent les recherches sur le nucléaire (projet Astrid), maintiennent des travaux coûteux sur Fessenheim, ne prennent aucune mesure d’urgence pour la filière éolienne, augmentent la TVA, reportent l’interdiction du bisphénol A, s’adonnent aux violences policières à NDDL, poursuivent la chasse aux Roms, renoncent à une réforme fiscale pourtant promise ainsi qu'à une véritable proportionnelle, réduisent les dotations de l’Etat aux collectivités territoriales même pauvres, et s'apprêtent à précariser encore davantage le marché du travail après l'accord arraché à 3 syndicats minoritaires sur cette réforme… L’étouffement est à l’œuvre, et de renoncements en reculades, nous allons vers une écologie politique en mode « hors-ligne ». De sorte que la perspective de plus en plus probable, pour les prochaines échéances électorales, est le naufrage avec le gouvernement.

voilée au productivisme de gauche qui serait plus « fréquentable » qu’un autre – pose problème. Cette forme de démission interroge notre raison d’être et notre utilité en tant que mouvement politique. L’idéal d’égalité et de justice sociale, que nous partageons avec la gauche, ne peut pas s’incarner dans le carcan productiviste. Notre autonomie, et de ce fait notre radicalité doivent être mises en débat. Revisitées, refondées. Et ça n’a rien à voir avec un présupposé repli sur soi, rien à voir avec un manichéisme du tout ou rien, ou encore un soidisant refus d’aller dans les exécutifs et de faire des alliances. C’est tout le contraire. Il s’agit de s’imposer rigueur et méthode dans la nécessaire évaluation de nos partenariats quand nous sommes aux affaires, de tenir un langage de vérité sur les périls qui montent, en particulier sur l'inélucitable décroissance face à la décrue imminente des ressources de toutes sortes, de calibrer nos propositions et notre rapport au temps en fonction des urgences du moyen et long terme, de mettre un terme aux détournements de l’urgence écologique par des errements récurrents sur la croissance verte et le développement durable, de construire la résilience face à la crise qui vient et d'organiser la résistance face aux menaces qu’elle fait peser sur la démocratie. En n'oubliant pas de dénoncer les risques de conflits majeurs entre les classes, les générations et les peuples, conflits portés en germe par le sacrifice du partage et de la solidarité sur l’autel de la compétitivité, par la lutte entre individus et entre Etats pour les parts de marchés. Il s’agit enfin d’affirmer sans complexe que la préservation de la Nature n’est pas la maladie infantile de l’écologie, mais la source de ses fondements et de son projet. L’écologie porte en germe une nouvelle « ligne de partage » sur l’échiquier politique. Il va falloir assumer ce destin. C’est notre pérennité politique qui est en jeu. Alexandre Jurado

Le sursaut ou l’enlisement C’est tout l’enjeu du congrès prévu fin 2013. L’abandon progressif de notre capacité à aller à la racine des problèmes qui se posent à notre civilisation – capitulation qui se manifeste dans une allégeance à peine

OGM : de l’art de manipuler les statistiques… et les esprits ! L’étude de Gilles-Eric Séralini, qui a soumis des rats à un délicieux régime de maïs OGM arrosé d’une bonne pinte de

Roundup a fait grand bruit lors de sa publication. La réaction ne s’est pas fait attendre avec, en particulier, la remise en cause de la valeur statistique des résultats. Les statistiques…voilà l’argument imparable ! La messe était dite et les médias ne parlent plus maintenant que de la « contestée », voire « très contestée étude Séralini ».


Que voilà un bel exemple de manipulation des esprits. Car enfin à quoi servent les méthodes statistiques ? On réalise une expérimentation sur un échantillon d’individus pour ne pas exposer toute une population à un traitement qui peut s’avérer nocif… quoiqu’avec les OGM et les pesticides, nous soyons « tous cobayes ». Les statistiques sont utilisées pour se prémunir contre deux risques : le risque de ne pas observer un effet qui existe (faux négatif) et le risque de conclure à un effet qui n’existe pas (faux positif). Dans le premier cas, par exemple, on observe 3 individus malades sur une population de 30 rats. Avec un échantillon de seulement 10 rats, on a beaucoup de risques de ne pas observer d’effet délétère. Plus l’effet à observer est ténu, plus il faut un échantillon important. L’étude Séralini présente-t-elle un risque de faux négatif ? Manifestement non lorsque les rats traités meurent 2 à 3 fois plus que dans le groupe témoin.. Que serait un faux positif ? Vous avez 2 rats malades sur un échantillon de 10 rats et vous concluez à 20% de dégâts alors que si vous aviez pris 100 rats, vous auriez eu les mêmes 2 individus malades, pour une raison indépendante du traitement. Y a-t-il un risque de faux positif dans le cas de l’étude Séralini ? Peut-on raisonnablement penser que les effets observés n’étaient pas liés au régime des rats ? Est-il logique et sensé de parier, au vu des résultats, que la consommation du maïs Monsanto NK603 et/ou de Roundup est totalement sans risque ? C’est pourtant ce que l’on essaye de nous faire croire. Du beau travail tout en finesse. Détourner des arguments scientifiques et employer l’argument statistique en sachant que la plupart d’entre nous est incompétent en la matière, c’est du grand art. Aucune expérimentation n’est irréprochable mais celle-ci a été faite dans les règles de l’art. Ne nous laissons pas abuser. Les faits observés appellent des décisions fortes de la part des instances officielles et non la mise en cause systématique et pavlovienne du thermomètre, à laquelle on assiste. Ce, d’autant plus que si on autorise les OGM résistants au Roundup, les épandages de ce pesticide vont encore augmenter, polluant encore davantage les eaux que nous buvons. Les rats de Gilles-Eric Séralini n’y ont pas résisté… et nous ? Isabelle Urban

NDDL, les indignés de France Suite à la mobilisation des autorités policières fin novembre sur NDDL (opération César), le dossier de Notre-Damedes-landes prit une dimension réellement nationale. NotreDame-des-landes est aujourd’hui notre Larzac, notre Plogoff. Mais le passé ne se reproduit jamais à l’identique. Pour y passer assez souvent (en moyenne une fois par semaine), des jeunes et moins jeunes viennent de toute la France, voire d’Europe (exemple : des Isbas sont en construction par des militants russes sur zone quasi marécageuse). En fait il faut bien considérer l’ambiance particulière qui règne sur place, avec un mouvement qui s’apparente de plus en plus avec celui des indignés d’Espagne. Les indignés de notre République : de jeunes adultes qui ne trouvent pas leur compte dans cette société, qui intègrent avec difficulté le monde du travail. Plongée souvent difficile au cœur d’un monde qui leur semble bien trop libéral et matérialiste. Avec de surcroit une méfiance réelle vis-à-vis des politiques.

Refuser Notre-Dame-Des-Landes, c’est rompre avec l’idéologie « développementiste », cette foi irrationnelle en la croissance et dans les grands projets inutiles, chers à l’idéologie socialiste. NDDL focalise pour beaucoup d’écologistes toutes les frustrations, humiliations et couleuvres si souvent avalées. Oui, nous avons besoin de relever la tête ! De ne plus être des vassaux ! Pas seulement de simples opposants participant à une majorité. Nous travaillons dans une sorte de schizophrénie politique, à la recherche de compromis parfois si difficiles. Même si nous nous sommes engagés volontairement au départ dans des majorités puisque la Planète, elle, n’attend pas. Et si NDDL se fait, continuerons-nous à œuvrer dans la même majorité ? Que diront les paysans, les électeurs si NDDL se fait ? Et que ferons-nous lors des prochaines élections ? Repartirons-nous en alliance dans ces grandes collectivités qui participent à la construction et aux décisions du projet ? Ferons-nous comme si rien ne s’était passé ? Car c’est cette année que les expulsions devront-être prononcées. Ce n’est pas lorsque les carottes seront cuites


qu’il faudra dire un non aux budgets ou comptes administratifs dans les collectivités concernées.

devraient logiquement être programmées à partir de l’automne.

Ne faut-il pas avoir le courage de montrer au PS que nous n’avons pas à accepter de nous faire un harakiri électoral possible et prévisible dans les régions concernées ? De nombreux adhérents sont déçus et nous quittent. Les électeurs sont désorientés et nous le font savoir. Certains élus et collègues affirment : « il n’y a pas que NDDL en politique ! C’est vrai ! Mais il est parfois des symboles qui agissent comme des raz-demarée politiques et qui laissent une empreinte indélébile dans l’inconscient politique des électeurs. Une victoire à NDDL effacerait de beaucoup la somme des humiliations politiques accumulées.

Pourquoi alors ce refus de débat démocratique ? Quelle peur se cache derrière ? Serait-ce celle de laisser apparaître le Conseil Fédéral comme pouvant opposer un refus à cette motion ? (un simple amendement allant dans ce sens en novembre fut lui très largement rejeté, mais n’ayant pu être réellement défendu : deux interventions, une en contre et une autre en pour que je tentais très difficilement de défendre après 3 interruptions de mes propos en 3 minutes par la présidence de séance). Car nous savons tous très bien que cette motion ne sera pas redéposée en mars, car les échéances budgétaires seront terminées. Surtout que l’objectif de cette motion était de donner seulement une indication, un conseil aux élus sur les votes budgétaires. Elus qui conservent toute leur autonomie de décision en toute circonstance.

Car l’électeur voit bien que nous ne traitons pas d’égal à égal : menaces, communication à sens unique du PS sur NDDL avec les budgets de majorités EELV-PS. Quel sens cela prend-il ? Après-tout, qu’avons-nous à craindre là où nous avons des minorités de blocage au sein de majorités de grandes collectivités. Il est impensable que nous puissions repartir en alliance lors des prochaines élections municipales, départementales et régionales si NDDL se fait. Faire comme si rien ne s'était passé : impossible ! Je reste persuadé que nous devons avoir le courage politique d’aller jusqu’à nous opposer aux votes de budget et-ou aux comptes administratifs. Je repense toujours aux paysans qui eux vont perdre beaucoup plus que notre amour propre et nos petites indemnités de confort : leur terre. La terre ou le bitume ? Il faudra bien un jour choisir totalement. Alors dans ce contexte d’un dossier d’envergure nationale, le refus du Bureau Exécutif et du bureau du Conseil Fédéral (CF) d’accepter la présentation de la motion sur NDDL pour le Conseil fédéral des 19 et 20 janvier semble surréaliste. Malgré un nombre conséquent de signatures cette motion ne pourra plus être représentée car elle demandait au CF d’inciter les élus à prendre une position plus radicale vis à vis des budgets des collectivités concernées directement par NDDL. Passé ce CF, cette motion n’aura plus aucun sens à être tranchée car les budgets et comptes administratifs seront votés. Or les expulsions à NDDL

Il reste maintenant au niveau régional de Bretagne et Pays-de-laLoire, pourquoi pas réunis, de lancer le débat chez les adhérents et militants au sein d’une ou des AG sur toutes les questions relatives à EELV et NDDL : comment envisager l’avenir ? Beaucoup de militants ont eux aussi le désir de voir leur avis pris en considération. Nous avons besoin d’une victoire réelle pour sentir pleinement que nous avons une place, une écoute de la part du PS : qu’EELV ne lui soit pas un simple alibi ou faire valoir, partout où nous travaillons avec eux. Nous avons besoin de relever la tête : La terre ou le bitume ! Thierry Pradier


avenir ecolo 1 février 2013