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Lu si…

Skavuisa

Opiniâtrement, paisiblement, à la folie, tendrement...

Édition 2020 — n° 13


2


LE

MOT DE LA RÉDACTION

Lu si… 13 enfin. Lu si… , une aventure qui a démarré en mai 2009 avec le lancement du N° 0 et qui s’arrête, en tout cas momentanément, sur le 13ème numéro. La difficulté de concilier la phase d’élaboration (correction, mise en page...) avec la vie quotidienne, une certaine lassitude sans doute, l’arrivée d’autres projets, qu’ils soient personnels ou associatifs, comme les ateliers d’écriture ou la microédition, ont amené à cette mise entre parenthèses. Peut-être de courageux adhérents feront-ils évoluer la formule… Pourquoi pas ? En tout cas, j’espère que vous prendrez plaisir à lire cet opus. Il est clair que nous sommes quelques-uns dans l’équipe à « quitter » à regret les auteurs dont la personnalité généreuse, le répondant, la plume et l’univers nous avaient conquis. Nous souhaitons à chacun de continuer son chemin d’écriture avec beaucoup de bonheur et de plaisir d’écrire. Bonne lecture ! Caro Mennesson Llerena – Rédactrice en chef de Lu si…

3


SOMMAIRE COMPTES

ET COMPTINES

Mystérieuse rencontre

Noëlle Chauvet

p 8 — 9

C’était un vendredi 13

Suzanne Granget

p

10 - 11

p

12 - 13

Évelyne Mennesson

p

14 - 15

Marie Paraire

p

16 - 17

Fabrice Deprez

p

20 - 23

Les filles-lions

Alberto Arecchi

p

26 - 27

Treize

Irène Ceglinski

p

28 - 29

Maboule de toi

Corine

p

La comptine des 13 petits cochons IsaR et Anne Voyer Les Treize Commandements de Papinou

Kyrielle et cie

EXERCICE

DE STYLE

13 façons de compter...

NOUVELLES

4


13 minutes

Ludovic Chaptal

p

Treize en cène

Arlette Chapuzet

p

Ce fichu 13

Rafael Ebatbuok

p

36 - 37

Le bus de la ligne 13

Michelle Faucher

p

38 - 39

L’anniversaire du roi

Noé Géric

p

40 - 41

Vive le sport

Philippe Godet

p

42 - 43

Forêt noire

Philippe Leroyer

p

44 - 45

Canal Saint-Martin

Bernard Marsigny

p

46 - 47

C’est la dernière fois

Caro Mennesson Llerena

p

48 - 49

13 à table

Jean-Pierre Mercier

p

50 - 51

Genèse 2.0

Végas-sur-Sarthe

p

52 - 53

Heureux qui comme Ulysse

Nathalie Ventura

p

54 - 55

Le seul moment

Vincendières

p

56 - 57

5


COMPTES

ET COMPTINES 6


7


Noëlle Chauvet

U bout de son parcours quand la lune s’efface, laissant poindre le jour, en ce nouveau printemps, ancrée dans mon esprit, une voix m’invective, et propulse mes pas, là-bas vers la pinède. J’espère bien croiser sur son vélocipède, un aimable galant, amoureux plein d’audace. En cette grande année avec ses treize lunes, vais-je marivauder malgré mes infortunes ? Je tressaille et distingue une ombre fugitive. Venu d’on ne sait où, droit dans sa carapace, Émerge, insolite, un gus d'un autre temps. Un bonhomme taquin, vêtu d’un vert pourpoint, s’en va vers la forêt qui doucement respire : − Bonjour toi, qui es- tu ? Je ne te connais point. − Je me prénomme Treize et on est vendredi, faut-il me vénérer ou faut-il me maudire, suis-je bon ou mauvais en cet après-midi ?

Skavuisa

− Eh bien très franchement, je ne saurais le dire. − Suis-je un porte-bonheur ou un porte-malheur, vais-je annoncer la mort ou bien la renaissance, jour où sourit la chance ou alors la malchance, causerai-je le rire ou l’effigie d’un pleur ? − Eh bien très franchement, je ne saurais le dire. − Qui vais-je donc croiser ici sur ce sentier, un ténébreux chat noir ou une coccinelle, 8


un trèfle à quatre feuilles ou une grande échelle cachés dans les taillis, tout près du noisetier ? − Eh bien très franchement, je ne saurais le dire. − Cueillerai-je sous peu, dans ce bois verdoyant, un bouquet de muguet sinon un chrysanthème, sous un bel arc-en-ciel tout en chemin faisant, peut-être des œillets, selon le stratagème ? − Eh bien très franchement, je ne saurais le dire. − Vais-je casser du verre ou un joli miroir, porter des habits noirs ou bien une amulette, renverser du bon sel ? Oh ! Quel grand désespoir, plutôt toucher du bois. Ah ! Saperlipopette ! − Eh bien très franchement, je ne saurais le dire. − Poserai-je le pain à l’envers sur la table, au-dessus de la porte un beau fer à cheval, serai-je bien heureux ou bien très misérable au cœur de ce bosquet au parfum estival ? − Eh bien très franchement, je ne saurais le dire. − Pas l’once d’un amant, pas du tout aguicheur, drôle de personnage à l’air vraiment étrange, au milieu des feuillus, suintant la fraîcheur, où l’on entend gaiement le chant de la mésange. Serait-ce un vil sorcier ? Serait-ce un féticheur ? − Au chant d’un freux corbeau, je me réveille enfin. Les yeux écarquillés je recherche un coquin. Ai-je rêvé soudain ou fait un cauchemar, est-ce réalité ? Sinon un canular ? − Eh bien très franchement, vous allez me le dire ! 9

IsaR

− Eh bien très franchement, je ne saurais le dire.


Suzanne Granget

C

’ÉTAIT un vendredi 13. Nous étions 12 randonneurs dont une femme qui peinait, se retenant à chaque arbre disponible.

C’était un vendredi 13. Cette femme aux pieds endoloris avait décidé de s’arrêter,

de s’asseoir sur un tronc récemment coupé alors que ses amis continuaient leur parcours. C’était un vendredi 13. Un bûcheron l’avait approchée et constatant sa fatigue, décida de l’aider à rejoindre les apôtres de la forêt. C’était un vendredi 13. Ils avaient réussi, en se découvrant l’un l’autre, en chantant, à rattraper le groupe indifférent. C’était un vendredi 13. Les promeneurs avaient accepté une 13ème silhouette : le bonheur.

10


11

Skavuisa


IsaR et Anne Voyer

BRACADRA,

patatras, méli-mélo, les doigts dans l’eau.

Porte de Trompette et pomme de terre, que le lavage se fasse à l’envers!

13 petits cochons pendus au plafond… Un servira de garniture aux marrons.

12 petits cochons en suspension au plafond... Deux feront de savoureux saucissons.

10 petits cochons solidement cramponnés au plafond du salon… Un deviendra un doux polochon.

9 petits cochons encore pendus au plafond du salon… Deux se transformeront en de tendres jambons. 12


7 petits cochons à l’âge de raison restent au plafond… Un se déclinera en de croustillants lardons.

6 petits cochons attachés au plafond… Deux me rapporteront plein de biffetons.

4 petits cochons éternellement collés au plafond… Un finira rôti comme un pauvre pigeon.

3 petits cochons tendrement accrochés au plafond... Deux choieront dans les rhododendrons.

Un dernier petit cochon bien seul suspendu au plafond par sa queue en tire-bouchon… Illustrations de IsaR

Attirera bientôt les moucherons.

13


Évelyne Mennesson

M

grand-père me racontait toujours des histoires abracadabrantes, censées me prodiguer conseils avertis et recommandations utiles. Lorsque j’étais encore un enfant sérieux et qu’il était encore de ce monde, cela me semblait normal de parler des Treize Commandements de Papinou avec désinvolture. J’étais destiné à devenir amer et aigri. Je ne croyais pas vraiment à tout cela, éduqué dans une bulle protectrice et étouffante. ON

Mon grand-père était un peu comme un oncle d’Amérique qui apportait des habitudes et des expressions originales, impossibles à adapter au vieux continent sur lequel je grandissais. Le personnage de Papinou, que je voyais pourtant régulièrement, garda donc une aura de mystère que je mis du temps à décrypter. Il me fallut grandir et apprendre de la vie ellemême pour enfin le comprendre, et partager avec lui ses lubies comme autant de principes quotidiens. Je compris que préserver les apparences d’un personnage digne de respect était une perte de temps et d’énergie. Qu’il était libérateur de s’octroyer du bon temps, non pas au détriment des autres, mais de soi-même. « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau », disait le philosophe grec Anaxagore. Sachant que nous ne sommes nous-mêmes que des pions qui s’agitent en tous sens dans l’univers, cohabitent et s’entrechoquent constamment, j’appliquai la théorie de Papinou selon laquelle tout peut changer en un instant. La maîtrise de l’improvisation n’est rien face à la fantaisie de la vie. Il pouvait énumérer ses commandements, telle une liste de recettes magiques. Voici ce dont je me souviens : 1. 2.

S’identifier à son personnage de bande dessinée préféré ‒ voir la vie comme dans une pièce de théâtre. Faire preuve de courtoisie ‒ politesse et respect en toutes circonstances. 14


Val Tilu photographie

3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13.

Foncer dans le tas ‒ néanmoins sans écraser ses voisins. Ralentir ‒ cela limite les risques. Envisager un nouvel angle de réflexion ‒ voir le monde en couleurs. Réfléchir à froid ‒ même si « time is money ». S’emporter sans réfléchir ‒ trop de réflexion. Prendre les choses avec humour ‒ le noir et blanc, c’est trop terne. Faire preuve de perspicacité, de ténacité, de persévérance, d’obstination ‒ on s’accroche. Ne pas procrastiner ‒ aujourd’hui est un autre jour. Faire bouillir sa matière grise ‒ sous les feux de la rampe. Garder son calme ‒ le célèbre self-control. Rester égal à soi-même ‒ après tout, on n’est que des humains.

Il était conscient que ces devises pouvaient se contredire. C’est pourquoi, une fois passée l’enfance et arrivé l’âge de raison, sa philosophie, qu’il se plaisait à commenter avec des anecdotes toutes plus originales et fantasques les unes que les autres, prit forme dans mon esprit : dans le fond, cela n’avait pas toujours de sens, mais cela rendait la vie nettement plus amusante. Maintenant que Papinou n’est plus de ce monde, je me rends compte à quel point il avait raison. Je suis passé de l’enfant sérieux qui ne l’écoutait qu’à moitié à l’adulte plein d’audace, d’humour et de fantaisie qu’il avait voulu que je devienne. Et je suis heureux de transmettre à mes enfants ce savoir hérité de leur aïeul. Nous rions beaucoup à l’évocation des devises de Papinou. J’espère qu’il se retourne dans sa tombe en nous observant, d’où qu’il soit, en train de refaire le monde, et que son rire résonne sous les cyprès, égayant le cimetière de son petit village de naissance. À bon entendeur ! Aujourd’hui, je ne souhaite qu’une seule chose : que cette philosophie soit universelle. 15


Marie Paraire

1.

Très envie qu’il nous accompagne et fasse le chemin avec nous

2.

Qu’il nous enveloppe de câlins et de papouilles pour nous porter dans la vie comme un gymnaste aguerri, avec force et élégance

3.

Qu’il souffle délicatement sur nos idées parasites pour les dissiper avec les brumes matinales

4.

Très envie de l’apercevoir, de le sentir et de le croire, ne serait-ce qu’un instant parfois

5.

De le dénicher où qu’il puisse se trouver, même s’il faut pour cela marcher dans du caca, pied gauche après pied droit

6.

Très envie de ne pas avoir à se poser la question de si l’on vit avec ou sans

7.

À se demander s’il va nous lâcher ou pas, comme le fer quitte le sabot du cheval à force d’usure et de clopinement douteux

8.

Très envie qu’il arrête d’être toujours accompagné du temps : fuyant, pressé, fugace, inconsistant

9.

Qu’il nous élève comme une échelle qui donne envie de passer dessous pour faire un fuck à la fatalité et envoyer se faire foutre les injonctions à la méfiance

10.

Qu’il nous montre notre verre en nous disant qu’il est à moitié plein

11.

Très envie d’être sûrs que si on le voit nu, offert, dans un champ de trèfles à quatre

16


Val Tilu photographie

feuilles, ça ne va pas nous piquer de lui rouler dessus avec le tracteur de la routine, de le moissonner sans y prêter sens ou attention, d’en faire une balle démembrée, emballée, posée et vite moisie, qui irait se ranger sur un des rayons immenses du supermarché de la loose 12.

Très envie qu’il terrasse haine, angoisse et culpabilité, qu’il porte un coup raide à la peine et fasse régner la gaieté

13.

Qu’il cesse de se poser en idéal inaccessible, en un plan cucul, en un fantasme mièvre érodé par les âges

On a tous treize envies de le voir, ce petit crétin de bonheur. Voire davantage. 17


EXERCICE 18

DE STYLE


19


Fabrice Deprez

C

ROYEZ-VOUS

comme le proclament, haut et fort, les scientifiques que les nombres, les maths soient, vraiment, un langage immuable, universel et transnational ? Désolé de les contredire, mais avec le calcul, chacun a sa propre façon de procéder, non ? Vous ne m’approuvez toujours pas ? Je vais vous le démontrer. Voici donc 13 exemples de méthode pour compter jusqu’à 13.

1 Pour l’armée Une, deux… une, deux… (etc.) …Treize fois 2 Pour un prof d’Éducation physique et sportive Un, deux, trois, quatre… un, deux, trois, quatre… (etc.)… Treize fois 3 Pour un kamikaze 13, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, BOUM !

4 Pour le club du troisième âge As, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, valet, dame, roi 5 Pour Stéphane Bern Louis I (le Pieux) Louis II (le Bègue) Louis III Louis IV (d’Outre-mer) Louis V (le Fainéant) Louis VI (le Gros) 20


Louis VII (le Jeune) Louis VIII (le Lion) Louis IX (Saint Louis) Louis X (le Hutin) Louis XI (le Prudent) Louis XII (le Père du Peuple) Louis XIII (le Juste) 6 Pour un cancre Bulletin du cancre. Relevé de notes pour l’année en maths : 0, 0, 2, 1, 5, 0, 3, 1, 0, 0, 0, 1, 0 Moyenne annuelle calculée par l’élève en question : 13/20 7 Pour l’informaticien (en binaire)

1, 10, 11, 100, 101, 110, 111, 1000, 1001, 1010, 1011, 1100, 1101 8 Pour le superstitieux 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 14 9 Pour Philippe Etchebest (Français, cuisinier et animateur de télévision) 1 litre de lait 2 sachets de levure 3 pommes de terre 4 le thermostat pour le four 5 poireaux 6 cuillères de crème fraîche 7 tranches de jambon coupées en dés 8 pincées de sel 9 olives dénoyautées 10 cl de vin blanc 11 cl de vermouth 12 œufs 13 minutes pour préchauffer le four 21


10 Pour des élections démocratiques dans une dictature Dépouillement : non, oui, nul, non, non, non, non, non, oui, non, non, blanc et non. Donc nous résumons pour ce référendum dans notre petit village : - 13 votants - 11 voix pour - 1 contre - 1 vote nul - Taux de participation : 92,32 % La décision de notre dirigeant bienfaiteur est donc approuvée ici à 96,12% 11 Pour l’entraîneur de rugby à 13 Arrière Ailier Gauche Centre gauche Centre droit Ailier droit Demi d’ouverture Demi de mêlée Pilier gauche Talonneur Pilier droit Deuxième ligne gauche Deuxième ligne droit Troisième ligne 12 Pour les chimistes (tableau périodique) Hydrogène Hélium Lithium Béryllium Bore 22


Carbone Azote Oxygène Fluor Néon Sodium Magnésium Aluminium 13 Pour une voyante (tarot divinatoire) L’arcane du Bateleur L’arcane de la Papesse L’arcane de l’Impératrice L’arcane de l’Empereur L’arcane du Pape L’arcane de l’Amoureux L’arcane du Chariot L’arcane de la Justice L’arcane de l’Ermite L’arcane de la Roue de Fortune L’arcane de la Force L’arcane du Pendu L’arcane de la Mort Après-propos J’invite les lecteurs qui ont aimé ce texte à consulter le livre Salle des machines de l’oulipien de Michel Espitallier. Dans ce livre, il y a « Histoire jusqu’à 15 » (dont je l’avoue, je me suis un peu inspiré pour ce texte-ci). N’hésitez pas, vous aussi, à vous amuser, comme moi, et trouver vous-même, vos propres 13 façons de compter jusqu’à 13. 23


NOUVELLES 24


25


Alberto Arecchi

N

de la nouvelle lune, dans la brousse africaine. Dans l’obscurité presque totale, le village dort. Treize ombres furtives passent la clôture épineuse et entrent dans une cabane. En quelques instants, la tragédie a lieu. L’odeur sombre de la mort remplit l’air. Treize silhouettes furtives sortent du village, laissant derrière elles de longues traces de sang et des empreintes de griffes. À la lumière pâle des étoiles, elles ne se déplacent plus comme des bêtes sauvages. Leur aspect rappelle la fourrure de chats, leurs empreintes sont celles des prédateurs, mais elles marchent maintenant sur deux pieds. Arrivé sur une colline, le groupe se retourne pour regarder. Les bêtes sauvages, échevelées, émettent des cascades de rires grossiers, pareilles à des hyènes ; pourtant on les dirait presque humaines... UIT

Il y a plus de trente ans, je vivais dans un pays d’Afrique centrale. Un jour, je lus le compte-rendu d’un procès criminel. Les accusées étaient des filles. Enlevées à leurs familles puis enfermées dans des cages pendant de longues années, elles avaient été dressées pour se comporter comme des bêtes sauvages. Habituées à ne manger que de la viande crue et sanglante, elles étaient contraintes de capturer leurs propres proies. Une fois leur dressage achevé, on les avait utilisées pour des assassinats. Elles apparaissaient, en groupe de treize, couvertes de fourrures de fauves, avec des griffes métalliques pointues à leurs mains et à leurs pieds. Il était difficile de déceler sur le corps de leurs victimes autre chose qu’une attaque de prédateurs… si l’on excepte cette caractéristique si humaine : les animaux sauvages, dans la nature, ne tuent que pour se nourrir ou pour nourrir leurs enfants. Combien de massacres, officiellement imputés aux animaux sauvages, pouvaient en fait être attribués à la secte criminelle des filles-lions ? 26


IsaR

Par la suite, mes rêves ont été traversés par la présence furtive de la secte des filles-lions, ou par celle de leurs « maîtres ». Pendant de longues années, j’ai essayé de toutes mes forces d’oublier tout ce qui pourrait me replonger dans les terreurs sombres de la forêt équatoriale. Il ne manque pas de délinquance, ni de meurtres, aujourd’hui, dans mon pays. Les treize victimes de la nuit dernière, cependant, étaient plutôt inhabituelles. Dans l’article, on pouvait lire que leurs blessures étaient par trop similaires à des déchirements provoqués par des griffes. La sensation de cauchemar hantait le récit du journaliste, comme aux temps passés, comme une blessure toujours à vif. Les filles-lions se sont transposées dans mon présent. Le journal a ajouté que des panthères avaient été signalées errant dans un parc public, et que les agents de sécurité étaient partis à leur recherche. Toutefois je crois reconnaître les auteurs de ce dernier massacre ; la chasse sera vaine. Mais qui me croirait si je rapportais ces angoisses anciennes ? Si je disais les cauchemars qui hantent mes souvenirs ? 27


Irène Ceglinski

T

REIZE

jours que j’attends un signe de toi, Yves.

Tu as bondi dans ma vie un vendredi 13, alors que je me déhanchais, en solitaire, fixant le DJ que je trouvais beau gosse. Je me le serais bien fait.

On est sortis, il était encore tôt, et on a filé chez moi. Direct, ma chambre. Pas superstitieux, tu as ricané en triturant d’une main habile mon soutien-gorge qui ne demandait qu’à craquer. « Treize, Pauline, allez ! Ce sera notre chiffre magique. » Tu avais mis en boucle — nostalgique de ta jeunesse, je suppose — Pour un flirt avec toi. Et tu pétrissais mes seins avec entrain, en chantant à tue-tête, sur fond de Delpech dont tu n’avais pas l’éclatant sourire : « Pour un petit tour au point du jour entre tes draps. » Le petit jour, tu ne l’as pas attendu, tu m’as renversée avec violence sur la couette et tu m’as prise. J’ai vu ton visage gonflé, yeux injectés, bouche ouverte, danser au-dessus du mien, déformé. Une gargouille. J’ai poussé un cri, pas de plaisir mais de douleur. Puis tu es retombé, trempé, le front sur mon épaule. J’entendais ton cœur cogner avec férocité contre ma poitrine écrasée. Je me suis lentement dégagée et j’ai léché ta nuque. Plus tard, apaisé, tu m’as dit : « Bibiche, je t’offre un festival. Je te ferai treize fois l’amour d’ici la fin du week-end. » J’ai ri. 28


Val Tilu photographie

Oui, ce fut un feu d’artifice. Mon corps ivre, secoué par toutes les voluptés que tu inventais, cahotait au creux du drap, entre nuit profonde, aube terne et après-midi poisseux. Une grosse mouche descendait régulièrement en piqué au-dessus de nous, t’en souviens-tu ? Je te voulais encore et encore, tu étais devenu mon abîme, je m’abandonnais à tes mains, à ton sexe, à tes mots. J’habitais une autre planète. Quand tu es parti, j’ai dû m’asseoir dans le bidet, chauffée à blanc comme une poêle Tefal. Là, j’ai fait le bilan. En t’en allant, tu m’avais lancé : « N’oublie pas Bibiche, 13 notre chiffre. » Tu n’as répondu à aucun de mes SMS, aucun de mes mails. Le treizième jour de ton absence est en train de finir. Toujours rien. Je ne comprends pas. Tu avais pourtant dit treize. Alors, je te demande : « Est-ce vraiment fini, nous deux ? » Ce courrier est resté sans réponse. 29


Corine

J

’EN suis encore tout tourneboulé ! Cela faisait plus de trois semaines que je pensais au costume que j’allais porter à cette soirée. Le mot d’ordre : punchy au maximum. J’ai envisagé tous les assortiments de couleurs possibles. Ma garderobe inspectée de fond en comble, j’ai fini par dégotter une chemise orange quasi fluo à laquelle j’ai ajouté un nœud papillon blanc. Parfait pour battre de l’aile ! Cerise sur la chemise, des empiècements de dentelle blanche du plus bel effet. Me voici assuré de faire une entrée fracassante tout en marquant des points. Sur la piste de danse, un quadrilatère sombre éclairé par un énorme plafonnier, je constate que les autres invités y sont également allés de leur originalité. Jaune canari, fuchsia, lie de vin, bleu roy ou encore outremer. Seule la maîtresse de maison arbore une tenue élégante et sobre d’un blanc immaculé. Je connais Babs depuis quelques années. Elle est entrée dans la boîte comme si elle devait dégommer tout le monde. Et c’est ce qu’elle a fait. Méthodiquement, avec acharnement presque, elle a viré celles et ceux qui lui mettaient des bâtons dans les roues pour rester seule en lice, incontournable. Nous nous sommes tous pliés à l’exigence de cette rentre-dedans qui sait obtenir ce qu’elle veut, avec les dents s’il le faut. Notre équipe a été ramenée à quinze après les purges auxquelles elle a procédé. Nous sommes maintenant une « team ». Tous resserrés dans un mouchoir de poche. Ce soir, comme pour nous rappeler son emprise, elle nous assène, d’entrée de jeu, un magistral coup. J’étais déjà habitué à ces préliminaires, mais là, elle frappe vraiment où ça fait mal. D’ailleurs, certains glissent 30


Pastelle

hors de la piste. C’est compter sans l’inébranlable détermination de Babs qui les poursuit dans les moindres recoins. Heureusement, nous sommes familiarisés avec ses méthodes quelque peu percutantes. Nous la laissons faire. Moi-même, je m’emballe et suis percuté par son puissant coup de reins. Je m’essouffle et me terre sur le bord de la piste. Celle-ci devient une véritable arène. Babs est déchaînée. Il n’y a plus aucune limite à ses débordements. Sans relâche, elle envoie ses partenaires au panier. Un beau noir, Jenkins, malgré sa taille imposante et son style chaloupé, est emporté à son tour. On dirait que la piste surchauffée se vide par à-coups. Nous ne sommes plus que cinq à pouvoir nous confronter au punch de cette diablesse. Mes compagnons ne résistent pas. Lorsque je suis frappé à mon tour, je n’ai aucune échappatoire. Je suis propulsé dans un trou noir. Impossible de refaire surface. La boule blanche reste seule sur le billard alors que moi, le 13, j’avais simplement essayé de la contrer. 31


Ludovic Chaptal

T

REIZE

minutes ! Enfoiré, salaud !

Treize minutes pour broyer le reste de ma vie ! Oui, Monsieur le juge, il a mis treize minutes. Le délai de prescription est dépassé depuis longtemps, mais ma mémoire, elle, ne s ’est pas effacée pour autant. Quand j’étais gamine, je ne rêvais pas de devenir ivrogne, moitié assistée, moitié névrosée. J’envisageais d’autres horizons que le Bar de la Gare. La prescription est dépassée, la justice ne sera pas rendue, ma vie non plus. J’étais jeune, j’avais à peine des seins, Monsieur le juge. Lui, c’était un con mais cela ne se voyait pas. Un soir, il m’a forcée, abusée, abîmée, détruite. Treize minutes ! Ses mains sur moi, son rire imbécile, ses doigts en moi, et puis ses mains sur ma tête, son souffle, sa peau et ses yeux sans larme, je me souviens de tout. Sa barbarie a duré treize minutes jusqu’à m’étouffer presque... et puis il m’a laissée là dans son hangar sordide où il m’avait traînée par le bras. J’avais peur, j’avais honte ! Il était fort, il était grand ! J’avais quinze ans. Il m’a volé mon corps, il a pris ce que j’étais, la fille que j’étais, la femme que je ne serai jamais, mon désir d’aimer, mon enfant, mon amant, la beauté du monde, il a tout pris en un instant, en treize minutes. L’existence est devenue laide, méchante, glaciale. À quoi bon construire quoi que ce soit puisqu’on me le volera ? À quoi bon être belle si c’est pour attirer les monstres ? Non, Monsieur le juge, je ne l’ai pas cherché comme ils disent pour se justifier. Non ! Je rentrais du lycée et j’allais acheter du pain. Je n’en mange plus du pain, je n’ai plus faim ! 32


Val Tilu photographie

J’entends que le délai de prescription est dépassé, Monsieur le juge, mais pour moi, c’est quand la prescription ? Enfoiré, salaud ! Comment cela, vous n’êtes pas juge ? Vous êtes qui alors, avec votre robe blanche et votre air bien pensant ? 33


Arlette Chapuzet

J

2022. Un mécène anonyme a octroyé une subvention royale à l’I.I.A., école de cinéma privée bien classée par Le Figaro, pour financer un concours interne de courtsmétrages. La production gagnante sera rapidement diffusée sur les chaînes TV à une heure de grande écoute. ANVIER

C’est Jean Lavayssière, ami du mécène et responsable pédagogique estimé de l’école, qui a été chargé d’organiser le concours et d’épauler les trois candidats présélectionnés. Nous le retrouvons dans son bureau, fier de son nouveau rôle, et étrangement fébrile. Il téléphone à ses élèves pour connaître l’état d’avancement de leurs projets. Il joint en premier Thierry Montiron, son préféré. Le garçon a l’aisance des gens bien nés ; il est brillant et talentueux. − Alors, cher Thierry, ce projet ? Rappelez m’en le sujet… − La percée d’un messie. Je vais revisiter l’histoire de « la bande à Jésus » et profiter de l’occasion pour remettre en cause certains codes cinématographiques. Un, mon film sera ultra-court et très dense ; il doit ébranler les esprits du début à la fin. Deux, il ne comportera pas de dialogue. Les gens en ont soupé des productions longuettes, bourrées de baratin. Il n’y a qu’à voir le succès, sur écran, des séries télé et, en politique, des tweets. Les mots sont équivoques. Ils parasitent l’image. Ma bande-son se cantonnera à une création musicale électro-acoustico-planante étudiée pour donner du peps au jeu des acteurs. − En somme, vous voulez réaliser un mégaclip à la gloire d’une équipe de cabochards prétendument idéalistes qui a voulu refaire le monde ! Comptez-vous vous inspirer de l’œuvre de Léonard de Vinci qui a immortalisé le Nazaréen et ses partisans ? − Oui ! À l’exception de quelques flashbacks qui feront référence aux premiers engagements du groupe en Galilée, l’action se déroulera à Jérusalem et montrera longuement mes treize personnages autour d’un buffet dînatoire. Ce que j’adore dans La Cène de de Vinci, c’est la disposition des acteurs, 34


Val Tilu photographie

tous du même côté de la table, comme pour une photo de famille. Je garde ! On voit ainsi l’intégralité de la troupe sous son meilleur angle, on peut s’attarder sur chaque visage. La brochette d’acteurs que je vais sélectionner sera à la hauteur de cette observation approfondie. Aucune tête connue ; treize nouveaux visages sublimes et charismatiques à souhait. − Franchement, j’ai bien peur que l’intérêt du public soit mince pour une histoire aussi éculée. La réputation de l’I.I.A… − (Thierry rit) Comment ? Les Évangiles ne seraient pas vintage ? Sérieusement : Déjà, ma version sera résolument contemporaine. Nous évoluerons dans une ville du sud quasi futuriste et nos jeunes gens arboreront des barbes de trois jours, des costumes Armani et des iPhone dernière génération. Armés d’une détermination de héros de fiction, ils garderont leur sang-froid en apprenant la trahison de l’un d’entre eux et le sort tragique promis à leur leader. Ils se comporteront en membres d’élite modernes, chauffés à blanc par la seule volonté, coûte que coûte, de réussir leur mission : gagner le pouvoir pour changer l’ordre du monde. Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que Jésus et ses disciples ont été sélectionnés au feeling par les forces supérieures de l’au-delà et cela, sans que personne, sur terre, n’ait eu son mot à dire. N’est-ce pas sidérant ? Gageons que cela peut interpeller, voire subjuguer des gens désemparés par l’incapacité de la société humaine à bien choisir ses guides. Et puis, enfin, ce programme ! Créer une onde de choc susceptible de faire dévier le chemin que suit l’humanité pour instaurer justice et bonheur… Il est très tendance !... Surtout depuis qu’on nous promet un avenir apocalyptique. 35


Rafael Ebatbuok

Y

EN

a qui ont calculé...

Enfin, je veux dire, y en a qui ont bien calculé, en considérant tout : les salaires des gardes de l’époque, tout ça, tout ça...

Et apparemment, en plus d’avoir foutu le bordel dans toutes les réunions de famille dès qu’on arrive à 13, j’aurais vendu le pote dont j’étais le trésorier pour l’équivalent de 1 300 euros actuels. Eh, on a beau dire, mais je voudrais pas passer pour encore plus con qu’on ne me considère pour l’éternité. D’abord, faut pas croire tout ce qui est écrit, les mecs, parce qu’on a compilé que les choses qu’on voulait bien compiler et qu’on a réécrit tout ce qu’on voulait bien réécrire. En plus, c’est pas de bol, 13, c’est mon chiffre fétiche. L’histoire n’a rien retenu, elle a juste pillé une ancienne légende sur David et joué sur un antisémitisme primaire. Rien retenu, je vous dis. Cette foutue histoire qui n’est écrite que par les vainqueurs ou les puissants. Je suis la malédiction du 13 à table. Ridicule ! 13, c’est mon chiffre fétiche, je vous dis. On était 13 dans la famille, 5 filles, 6 garçons, les parents. J’ai connu ma première femme à 13 ans et la seconde à 26. Et si l’autre là-haut m’en avait donné la possibilité, eh ben, c’est volontiers que j’aurais eu 13 enfants. Mais il n’a pas voulu. Non ! À l’époque des faits, je me contentais d’avoir deux mioches, de 13 ans tous les deux, des jumeaux, 36


IsaR

atteints d’un même mal étrange, une sorte de catatonie qui gagnait les enfants de parents migrants. Vous avez toujours ça par chez vous. C’est un mal de l’âme quand les enfants apprennent que leurs parents sont rejetés de la contrée dans laquelle ils se sont réfugiés. Deux enfants, donc. Et malades. Et vous savez combien ça coûtait une consultation chez un médecin ? 13 deniers. Et vous croyez qu’on fait une ristourne quand on envoie chez le médecin les deux jumeaux ? Eh ben, non, queud ! Alors, avec l’argent qui restait, je ne suis pas allé au temple pour rendre quatre deniers, et je ne suis pas mort non plus dans mon champ, les entrailles à l’air. Non, je ne sais même pas ce que j’en ai fait pendant que l’autre allait faire son chemin de croix. En plus, je veux pas dire, mais j’étais pas le seul à l’avoir donné. Et moi, au moins, j’avais l’excuse de vouloir faire soigner mes gosses. Et si ça peut vous faire plaisir de le savoir, sachez qu’ils ont été soignés mes gosses et qu’ensemble, eh ben, on a simplement disparu du champ de l’Histoire. J’ai rencontré d’autres femmes à 39, 52, 65 et 78 ans avant de mourir à 91, et à chacune, sauf la dernière, j’ai fait un enfant. Et paf pif, les générations aidant, les croisements se faisant, vous descendez tous de moi et certainement pas de Jésus qui n’a eu aucun gamin... Elle est pas un peu bizarre, la vie ? 37


Michelle Faucher

C

E

bus-là, Fanny le connaissait bien.

Elle appréciait son chauffeur, le vieux John qui la faisait sourire malgré elle lorsqu’elle rentrait le soir, épuisée par ses longues journées de ménage. Elle vivait dans une modeste maison cachée sous un grand sapin où elle partageait sa solitude avec Trésor. Elle eut soudain un sursaut en pensant à lui, elle venait de se rappeler qu’elle avait oublié de lui déposer sa gamelle de croquettes. Trésor est un chien. Un énorme et grand chien qu’elle avait recueilli un soir de grand froid où il grattait à sa porte. Elle se souvint de ce moment où son regard avait rencontré le sien, implorant et plein d’espoir… La voix de John la tira de ses pensées. − Eh, Fanny ! vous dormez ou quoi, vous êtes arrivée. − Oh, merci John, à ce soir ! Elle prit son cabas, descendit du bus et pressa le pas. Elle s’était justement dit que ce vendredi serait pire d’autant plus que c’était un vendredi 13. Ses employeurs voulaient tous avoir une maison rutilante à l’approche du week-end. Elle enchaîna les ménages, le repassage, alla chercher les enfants à l’école. À peine son repas avalé, elle fila chez les patrons suivants, des tyrans ! Madame lui fit encore lustrer le parquet du salon qu’elle voulait impeccable… L’heure avançait. La pluie s’était mise à tomber. Elle courut en direction de la station de bus 38


lorsqu’elle aperçut les feux rouges du véhicule. Raté ! Le prochain serait-là dans 13 minutes ! Elle s’assit et repensa à Trésor qui l’attendait au pied du sapin, elle frissonna. Le bus arriva enfin, John avait fini sa journée, dommage ; son collègue poinçonna son ticket. À l’avantdernière station, il lui demanda de descendre à cause de travaux routiers commencés dans la journée. Elle obtempéra mais tomba sur la chaussée et rouspéta ; seule dans la pénombre, elle devait finir le trajet sous une pluie battante. Lentement elle progressait, quand elle entendit des pas derrière elle. Elle accéléra les siens, le souffle court en raison de son embonpoint. Au loin, Trésor se mit à hurler à la mort… Il flairait à l’évidence un danger. L’homme derrière elle courait maintenant. Elle sentit son sang se glacer dans ses veines, son cœur cognait dans sa poitrine. Soudain, il fut sur elle, l’agrippa par les cheveux. Mue par un instinct de survie, elle cria : − Trésor ! Trésor ! À moi ! Surpris, l’homme se figea en voyant foncer sur lui, une bête folle, écumant de rage. La lutte était inégale, le chien s’acharnait sur ses mollets. Hurlant de douleur, il lâcha la pauvre Fanny et s’enfuit en claudiquant. Lorsqu’enfin elle reprit ses esprits, elle mit ses bras autour du cou de son chien, lui murmurant à l’oreille :

− Merci mon chien ! C’était un sale vendredi 13, mais toi, tu es vraiment mon « treize or » ! 39


Noé Géric

T

déprimait. Aujourd’hui, il fêtait ses treize ans. Contrairement à beaucoup, Tom n’aimait pas son anniversaire. La vie était courte, et chaque année passée le rapprochait un peu plus de la mort. La mort l’effrayait. Tom ne voulait pas quitter ce monde, et pourtant il se rapprochait à grands pas de l’heure fatidique. Treize ans était l’ultime échéance. OM

Tom n’avait pas attendu ses treize ans pour devenir sage. Il régnait déjà sur son royaume, composés de quelques idiots dociles, avec beaucoup de patience. Ses quelques sujets ne cessaient d’énumérer ses nombreuses qualités. La mère de Tom avait été reine avant lui. Son père, qu’il n’avait jamais connu, était un vagabond qui n’avait pas vraiment de but précis à part friser sa moustache dont il était très fier. Il n’était qu’un moins que rien... Au cours de sa longue vie, Tom avait fait tout son possible pour ne pas être oublié. Il voulait être quelqu’un, accomplir quelque chose. Il avait monté une petite armée, pour conquérir le sud du royaume. Un combat qui fut couronnée d’une éclatante victoire. Mais au plus profond de son être, Tom avait un seul regret : il n’avait jamais réussi à devenir père. Impossible pour lui d’avoir un héritier légitime qui ferait perdurer la lignée. Au tout début de son règne, après la mort de sa mère, les sujets de Tom s’étaient rebellés. Lors de cette violente révolte, ils lui avaient enlevé la faculté de donner la vie dans un terrible combat, dont le roi gardait encore la cicatrice. Ce jour-là 40


IsaR

Tom avait perdu beaucoup, mais pas sa sagesse. Ses sujets avaient finalement été maîtrisés et Tom leur avait pardonné cet acte odieux. Car il savait que la violence ne menait à rien. En treize ans, Tom avait l’impression de n’avoir rien accompli. Il était désormais vieux et las... Le roi avait consacré sa vie à la création d’un habitat douillet et organisé, il n’avait jamais manqué d’énergie ou d’imagination. Mais aujourd’hui, il se sentait plus fatigué que jamais alors que la fin approchait. « Treize ans... » Il se répétait cela sans cesse. Bientôt, il rendrait son dernier souffle. « Mais qui allait diriger mon royaume lorsque je serai parti ?, se demandait Tom. Mes sujets retrouveraient-ils un nouveau roi ? Deviendront-ils indépendants ? La monarchie serait-elle remplacée par une république ? » Tom n’osait pas y penser. Il avait tout fait pour trouver un digne successeur pour reprendre le flambeau : les plus grands champions du royaume s’étaient affrontés au cours d’un violent tournoi. Mais aucun d’eux ne semblait apte à prendre une position aussi importante que celle de roi. Le destin du royaume semblait scellé. Lorsque l’anarchie prendra place, Tom ne sera bien heureusement plus de ce monde. « Treize ans... », « Treize ans... » Le temps passe vite lorsque l’on est un chat...

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Philippe Godet

N

étions un samedi. C’était il y a longtemps. C’était un samedi ordinaire, il pleuvait. Un samedi de travailleur. Chacun sait que pour les gens qui travaillent il fait plus volontiers mauvais temps le week-end. Le matin je suis quand même allé au marché. J’ai été trempé. M’étais-je muni d’un parapluie ? Bien sûr que non, car comment tenir en même temps des paniers garnis et un ustensile à l’utilité contestable qui a tendance à se retourner à chaque coup de vent. Et quand il pleut, généralement il y a du vent, les deux vont de pair. OUS

Je crois bien que nous étions un samedi 13, mais qu’on n’y voit aucune référence à je ne sais quelle superstition. Chez nous on ne croit pas à ces sornettes. Et d’ailleurs samedi n’est pas vendredi. J’ai croisé les doigts. Il fallait que je me dépêche : l’après-midi nous avions basket. Le match que j’évoque opposait les adolescentes de deux équipes d’une obscure division départementale. Parmi les adolescentes en question officiait une de mes filles, d’où ma mission de taxi bénévole et ma présence sur le banc de touche. Nous n’avons pas eu de chance, ce jour-là. À plusieurs reprises j’ai dénombré les joueuses présentes ; je me suis frotté les yeux avec incrédulité. Non, je n’avais pas la berlue. Elles étaient effectivement 13. Deux fois cinq sur le terrain. Deux remplaçantes chez les adversaires et une seule chez nous. Allez organiser correctement les rotations dans ces conditions ! D’autant qu’à part encourager ma fille et ses équipières, j’étais complètement ignare en ce qui concerne le basket. Il se trouve que, par malchance, une bonne partie de l’équipe avait fait 42


IsaR

défection ce samedi-là, dont l’entraîneur ; avec la maman d’une autre joueuse, plutôt que de déclarer forfait, nous avons donc décidé de faire fonction de coach. Quelle bonne blague ! La dame ne s’y connaissait pas plus que moi bien entendu. Je me souviens de l’insistance des filles qui, tout en sautillant frénétiquement, promettaient de se comporter correctement sur le terrain, de donner le meilleur d’elles-mêmes, de perdre avec panache s’il le fallait. Nous avons consulté les feuilles de classement. Nos deux équipes marinaient de concert dans les profondeurs. On va rire, mais contre toute logique, j’y croyais. J’étais enthousiaste, galvanisé, tout me semblait possible. Et de fait notre équipe a gagné. Et même largement. Pourtant nous jouions à l’extérieur, et les locales, bien que peu nombreuses, étaient accompagnées de leur staff et de leurs bruyants supporters. Ainsi ce samedi 13, samedi de mauvais temps, la croix des travailleurs ordinaires, était donc un jour de chance ? Pardi : en sortant du gymnase j’ai pu constater qu’il faisait grand beau temps. Ciel bleu, pas un nuage, une luminosité parfaite. Bref un temps à rester enfermé dans un gymnase et à applaudir un sport dont on ne connait pas les règles. Il ne me restait plus qu’une petite heure pour prendre l’air avant la tombée de la nuit, après avoir ramené les gamines chez elles. 43


Philipe Leroyer

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le savait. Ça porte malheur. C’était la faute de Jean-Mi, aussi. Ils devaient être douze et il avait fallu qu’il vienne avec sa nouvelle pouffe. Une de perdue, dix de retrouvées… LLE

Vous savez, vous, comment couper une forêt noire en treize ? Non ? Personne, en fait. Déjà une forêt noire, après l’apéro, la choucroute et tout le toutim… Ça sera pas un peu lourd ? qu’elle lui avait demandé. C’est Josiane qu’a voulu l’apporter. Pour faire bonne impression, qu’il lui avait répondu, son con de frère, pour défendre sa nana. Ça ! pour faire impression, elle avait fait impression, sa poule, avec sa robe moulante qu’arrêtait pas de remonter comme un store à enrouleur automatique. Pas un mec qui n’ait reluqué ses cuisses. Voire entre. Avec ça, pas étonnant que les blagues aient volé bas avec les strasbourgs et les francforts. Leurs saucisses à eux devaient être plus raides que celles du plat. Les hommes, tous les mêmes, incapables de se tenir. Le pompon, évidemment, ç’avait été lorsqu’il avait fallu découper la pâtisserie. Ça ne pouvait être que Josiane : c’était elle qui l’avait apportée. Mais comment couper en treize ? Une sacrée prise de tête ! Là, c’était illico parti en vrille. Tout le monde y était allé de son conseil ou de son commentaire. Cathy acceptait de se sacrifier, d’ailleurs elle ne pouvait plus rien avaler. Jo, le boute-en-train de service, suggéra de couper le dessert en quatorze. Nullement envisageable pour la petite cervelle de la cruche qui n’avait pas compris que c’était une plaisanterie. Elle se mit à rouler des yeux, fallait voir ! Une vraie génisse. 44


Val Tilu photographie

Pierre, le môme d’Arlette, réclamait une grosse part, à quoi son père répondit par une baffe définitive, histoire de montrer son autorité. La grand-mère, jusque-là muette, prit aussitôt la défense du pauvre pitchou qu’un sort injuste accablait. L’oncle Ernest, pacifiste invétéré dont l’appareil auditif avait emmerdé la tablée durant tout le repas avec son grésillement survitaminé, voulut se lever d’un bond pour fustiger le père tyrannique. Fourbes, ses articulations arthritiques cédèrent sous l’effort. Tentant alors de se rattraper en prenant appui sur la table, il planta ses deux paluches dans le dessert de la zizanie. C’en était trop pour Josiane. Hystérique, elle s’en prit à son gros nounours d’amour en lui demandant dans quelle maison de fous il l’avait trainée. Comme il tardait à prendre son parti, elle lui jeta la pelle à tarte à la figure, le ratant d’assez peu. Par contre, le miroir hérité de l’arrière-grand-mère n’eut pas cette chance et se fracassa sous la violence du choc. C’est beau, un miroir qui se brise en mille morceaux. C’est beau, mais ça peut être assassin. C’est Marcel, le jules de Cathy, qui en fit les frais. Un éclat lui trancha net la carotide. Son sang gicla à gros bouillons, nappant la forêt noire d’un coulis du plus bel effet mais, finalement, fort peu appétissant. Pas grave. Plus personne n’avait faim.

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Bernard Marsigny

I

l ÉTAIT en pleine déprime. Il ne supportait plus les bruits qui circulaient sur lui. Alors, il avait décidé d’en finir. Il était monté sur la passerelle qui enjambait le canal Saint-Martin. À cette heure de la nuit il n’y avait personne. Il lui suffisait d’enjamber la balustrade et on n’entendrait plus parler de lui. − Vous n’allez pas faire ça ?, dit une voix derrière lui.

Il se retourna et la vit. Elle était rousse et lui sembla jolie. − Pourquoi ?, demanda-t-elle. − Je suis maudit. Tout le monde dit que je suis maléfique. Dès qu’il arrive un malheur quelque part, on me colle ça sur le dos. C’est systématique. En plus, je ne suis qu’un assemblage bâtard. Mettre un 1 à côté d’un 3 n’a jamais créé un ensemble harmonieux. Et pour compléter le tout, je ne suis divisible que par moi-même. C’est plutôt frustrant. − Je suis certaine que vous allez, pour justifier votre attitude, évoquer le « 13 à table ». − Évidemment ! Parce que ça me pourrit régulièrement la vie. Il faut toujours qu’un abruti s’exclame : « Je crois bien qu’on est 13 à table. Ça va porter malheur ! » La solution, c’est alors de trouver au plus vite un SDF affamé, de le ramener et d’annoncer triomphalement : « Avec lui on sera 14 !!! » C’est lamentable ! − Vous savez que j’aime bien au contraire le 13. Pour moi, vous êtes un nombre porte-bonheur ? − Ben voyons ! Vous êtes née un 13 à 13 heures ? Vous allez me parler des vendredis 13, je suppose ? 46


Skavuisa

− Pourquoi pas ? Sur ce plan vous êtes, à mon sens, totalement positif. Sinon comment expliqueriezvous qu’autant de gens attendent le vendredi 13 pour jouer au loto ? − Parce que là encore, ils fonctionnent sur le mode magique. Grâce à moi, combien gagnent et combien perdent ? Vous avez déjà fait le rapport ? Il penche plus du côté des moins que des plus. Et puis j’en ai marre de devoir attendre un vendredi 13 pour être mis en valeur. J’aimerais plutôt être à la place du 7. Lui au moins, on ne peut l’oublier, tout paré qu’il est des 7 péchés capitaux, des 7 piliers de la sagesse, des 7 Mercenaires. Je rêve aussi d’être le chiffre 4, avec ses 4 saisons, ses 4 cavaliers de l’Apocalypse, ses 4 points cardinaux. Comment voulez-vous que je lutte contre eux ? Dans la série des nombres, je suis un laissé-pour-compte. Mieux vaut en finir. Croyez-moi ! − Mais non, fit-elle. Je vais vous arranger ça. Il suffit d’un tout petit rien, d’une simple rectification. Laissez-moi faire !

À la nuit tombée, on vit souvent un homme d’une élégance extrême venir s’asseoir au pied de la passerelle. Une jeune femme rousse, serrée contre lui, l’appelait tendrement : « Cher Monsieur 31… » 47


C’EST

LA DERNIÈRE FOIS Caro Mennesson Llerena

J

suis allé sur ta tombe. J’ai posé sur la pierre un pot de géraniums éclatant de rouge, comme la célèbre barrière de corail qui n’existe plus. E

La première fois que je t’ai invitée à dîner, je t’ai offert un bouquet de roses. Je t’aimais déjà tant, j’essayais d’éviter tout faux pas. Tu m’as alors confié que tes fleurs préférées étaient les pélargoniums. Corail. Je suis devenu incollable sur le sujet. Il en existait des centaines. Pour certains, il n’en demeurait que quelques exemplaires, comme les cotyledonis que des chèvres voraces avaient décimés et que l’on ne trouvait que sur Sainte-Hélène. Pour d’autres, les voir fleurir tenait du miracle. J’ai sorti de ma poche le lapin en tissu pour le bébé qui n’était pas né. Adossée aux fleurs, la peluche veille. Je suis resté là, raide de solitude. J’avais eu si mal lorsqu’on t’avait emportée à l’hôpital, quand ils m’avaient dit qu’ils ne sauveraient pas l’enfant, et qu’ils étaient ensuite revenus m’annoncer que c’était fini, que je devais passer immédiatement au bureau Dψ832 pour les papiers, que l’on me contacterait pour tes effets personnels. J’allais les engueuler quand je les ai vus déjà affairés autour du brancard suivant, devant les dizaines de malades qui attendaient. Dans ce couloir blême, il n’y avait de place que pour la mort, à peine un peu d’espoir. Rien pour mon chagrin. Arrivé chez nous, j’ai cru crever. Il m’était insupportable de savoir que je ne te toucherais plus. Le cimetière va fermer. À toi, ma chérie, et à toi, notre enfant sans prénom puisque nous pensions avoir le temps d’hésiter, je murmure : « C’est la dernière fois. » Le décret final, le 390 – le déjà célèbre 13 fois 30 – vient de faucher ce qui reste de nos vies transparentes, plus sûrement que la voiture sombre qui t’a renversée. Esther, mon cœur, je fête une ultime fois ton anniversaire auprès de vos âmes que je veux croire encore présentes. L’ombre de chair que je suis depuis votre départ va vous quitter ; nos réunions de famille, toute de poussière, vont disparaître. Il est 18 h 23 et le gardien n’est pas passé. J’entends au loin la ville qui brûle, les hélicos qui patrouillent et, depuis ce matin, le bruit des chars. Il n’y aura plus de trente-et-un juillet. Dans la ligne droite de 48


Skavuisa

notre gouvernement, et de sa logique simplificatrice, chaque année comptera treize mois de 30 jours. On nous a expliqué avec application dans tous les médias et canaux sociaux que tout serait à l’évidence plus facile à gérer sans tous ces jours fériés, ces commémorations, ce monceau de dates inutiles. Sans passé ni avenir. 13 fois 30 jours qui ne colleront plus aux saisons mais qui tiendront bien carrés dans leurs 24 heures. Nous sommes à l’aube d’un monde net et sans bavure. Les émeutes ont aussitôt éclaté, les croyants sont sortis du bois, les groupes politiques, les superstitieux parce que treize, ça porte malheur, les travailleurs, tous ceux qui se taisaient lâchement. Après ce sursaut si humain, s’est aussitôt enclenchée la Grande Répression, autodafé de nos sentimentalismes et de nos croyances, fourgonnettes pleines à ras bord d’opposants filant vers des destinations inconnues et inquiétantes. Les décrets 13 fois 30 – pardon 390 – se sont alors multipliés. Dernière décision affichée sur mon phonepad ce matin alors que je m’apprêtais à vous rendre visite : ne fêtant plus les morts, exit les tombes ! Cela libérerait de la place pour les vivants. Esther, je n’ose penser à ce qui brûlera demain. Même désemparé, il me fallait vous voir. Tu connais, mon aimée, cette colère intense qui a toujours couvé en moi. Tu as vu à quel point elle m’avait érodé, une fois dépouillé de vous. Où est aujourd’hui la force qui m’avait animée? En traversant les combats de rue, croisant larmes et mourants, j’entends ta voix d’hier. Elle est revenue et murmure à mon oreille, comme lorsque je partais en reportage de guerre, « Et s’il n’en reste qu’un, tu seras celui-là ! »*. Tu me serrais alors fort dans tes bras et ma grande carcasse tremblait de tomber là-bas, loin de toi. Je repars, mes anges, à nouveau témoin, contre ce décret 13 x 30, ce ramassis d’aberrations qui arase notre humanité. Un jour, fauché par une mort quelconque, je vous retrouverai. * Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! – « Ultima verba », Victor Hugo

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À TABLE Jean-Pierre Mercier

J

roule depuis plus de quatre heures en direction du Jura. Nous sommes en plein été, une chaleur lourde annonciatrice d’orages. Je décide de m’arrêter au premier hôtel. J’aperçois sur la gauche de la route une plaque rouillée : « Hôtel Beau séjour 4 km », à côté « Auberge des… » – le nom est illisible. Quelques minutes plus tard, j’arrive à destination. Sur la porte d’entrée, une affichette manuscrite précise « Ouverture à 20 h 00 ». Que faire en attendant ? L’auberge… Je marche quelques pas dans la campagne environnante. Une plaque précise le nom de l’auberge : « Auberge des Quatre routes – 6 km ». Il n’y a qu’une petite route, je veux arriver avant l’orage. L’auberge est un bâtiment tout en longueur avec des fenêtres entourées de lierre. L’endroit est chaleureux. Je pousse la porte. Derrière le bar, un jeune homme souriant prépare l’apéritif. Dans une pièce voisine, les clients parlent fort. Une voix domine les autres : « Nous sommes treize à table ! » J’entre dans la salle à manger où une clameur m’accueille : E

« Ah ! Monsieur, c’est le Bon Dieu qui vous envoie, soyez le bienvenu, vous êtes invité à dîner avec nous. » L’ambiance explose de joie. Je ne m’attendais pas à un tel accueil. Lorsque le garçon nous sert l’entrée, je n’ai déjà plus faim. Au milieu du brouhaha, le téléphone de l’auberge sonne, le garçon s’écrie : « On demande le docteur Martin, le docteur Martin ! ». Un monsieur se lève, se dirige vers le comptoir et réapparaît quelques instants plus tard : « Je suis obligé de vous quitter, un accouchement prématuré. » Tout le monde est désolé. « Revenez vite ! » Le docteur s’en va. Mais la même voix de crécelle que tout à l’heure réussit à dominer toutes les autres : « On est encore treize à table, et ce n’est pas possible ! » Le silence se fait. Tous les regards convergent vers moi, je me sens gêné : « Désolé, Monsieur, vous pouvez comprendre... treize à table ! » J’arrive en héros, une heure plus tard on me chasse comme un lépreux ? Furieux, humilié et en colère contre cette superstition stupide, je m’en vais. Je croise le médecin qui revient. « Fausse alerte, je viens d’appeler la future maman, elle s’est inquiétée pour rien. » Le médecin a rejoint les invités. Au moment de partir, des personnes agitent leurs bras dans ma direction. Je m’approche de l’entrée. « Revenez Monsieur, nous sommes encore treize à table ! » Ils ne manquent pas d’audace ! Je leur adresse un bras d’honneur et je file le plus vite 50


IsaR

possible. Trempé jusqu’aux os, je suis vraiment heureux d’apercevoir de la lumière à l’hôtel. Je m’y précipite, une femme sans âge m’accueille : − Vous arrivez à temps ! − Les orages sont toujours aussi violents ?

− Oui et cette année, nous en avons tous les jours. − Je peux dormir chez vous ce soir ? − Vous serez le seul client. − Oh la la ! Que d’éclairs ! Malgré une nuit perturbée par l’orage, je réussis à dormir. Le lendemain matin, je pénètre dans la salle à manger au moment où l’hôtelière revient de je ne sais où, la mine décomposée : − Que se passe-t-il ? − Vous n’êtes pas au courant ? − Au courant de quoi ? − L’auberge… − Quoi l’auberge, l’auberge des Quatre vents ? − Non, des Quatre routes. La foudre est tombée dessus, tout a brûlé : les pompiers ont relevé treize morts, seul le garçon a échappé au feu. La terre semble s’ouvrir sous mes pieds, je blêmis. Treize à table… treize… je n’accepterai plus de dîner en étant treize à table ! 51


Vegas-sur-Sarthe

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était au septième jour, son jour à LUI, et IL avait souhaité en faire un jour de repos, une sorte de RTT avant l’heure. Mais quelle idée avait-IL eue de lancer à la cantonade « Soyez féconds, croissez et multipliez-vous ! ». N

Ah ça, nom de Dieu pour « croisser », ça croissait ; tout ce petit monde s’était mis à fort niquer et − sans vouloir blasphémer − des ornithorynques, des ayes-ayes, des zaglossus et des vélociraptors en rut, ça fait un boucan d’enfer.

Ses deux bipèdes n’étaient pas en reste et bramaient des « Toute première fois, toute toute première fois » que n’aurait pas reniées Jeanne Mas. Comme ils se chamaillaient au sujet du prénom du futur premier rejeton – l’un voulant Caïn et l’autre Caha – un serpent passa, désabusé aux pieds de son Créateur. Il était grand temps qu’IL rattrapât le coup en rectifiant son œuvre, comme une Genèse 2.0. IL fit donc le huitième jour et créa la pelle Prévert pour ramasser les feuilles mortes, les sentiments et les regrets aussi.

Au neuvième jour, lassé de se relever pour éteindre le grand luminaire, IL fit l ’interrupteur crépusculaire. Le dixième jour fut consacré au futile, à savoir : une feuille de vigne pour l’homo très erectus, ce qui remplacerait avantageusement ce paquet d’algues nauséabond qu’il traînait entre ses jambes, et pour elle, une paire d’escarpins en peau de loup-bouquetin puisqu’elle le valait bien. Le onzième jour fut consacré à la création de boules de cire de mouche à miel qu’IL nomma Quiés et IL vit que c’était bien. C’est ainsi qu’au douzième jour, IL s’éveilla dans un grand silence avec un sentiment de plénitude, la certitude de l’accomplissement d’un cycle enfin achevé. 52


IsaR

« Bon sang mais c’est bien sûr, s’extasia-t-IL, mes douze mois de l’année, les douze signes de mon zodiaque, les douze paires de côtes de mes bipèdes... » IL dut admettre malgré tout qu’ayant disloqué son Adam pour créer son Ève, il y avait là un os et que le compte n’y était pas tout à fait !

Toujours est-il qu’IL déclara ce nombre « saint » et, ne créant rien de plus qui vienne déranger cette belle harmonie, IL s’endormit. Des coups répétés frappés à l’huis, et à LUI seul, l’éveillèrent alors que son grand luminaire peinait à s’allumer. « Faites le tour », tonna-t-IL agacé, regrettant déjà d’avoir créé la porte, la bobinette qui choit et son introuvable chevillette, mais regrettant surtout de ne pas avoir créé un judas ! Le tour accompli, se présenta à LUI un petit être banal, solitaire et sale comme un peigne, un Robinson loin de mériter son A.O.C., l’Appellation d’Origine Chrétienne. « Qui es-tu ? Comment t’appelles-tu ? », demanda-t-IL. Le nabot répondit d’une voix de nabot : « J’ignore encore pourquoi mais ici on m’appelle Treize ». « Treize ?, reprit-IL, quel drôle de nom ». Et songeant à sa porte borgne : « Que dirais-tu de Judas ? » « Si j’avais le choix, j’aimerais mieux Vendredi », rétorqua le Robinson.

Ainsi fut fait, et IL se convainquit que c’était bien. 53


Nathalie Ventura

J

’AI tellement marché que mes chaussures semblent se fondre dans le bitume. Au-dessus de moi, un ciel bleu de chauffe, aux contours flous. Il est midi quand je me pose au Jardin de ville. L’impression d’avoir piétiné toute une journée. J’aimerais plonger mes pieds dans la fontaine, mais la canicule en a fait un réceptacle pour gosses hurlants, une sorte de verrue bétonnée grouillante. Si je m’approche, les mères vont sauter de leur banc, sortir les regards courroucés et les haut-le-cœur en mi bémol majeur. Il faut dire que j’ai tout du clodo en vadrouille. Aussi défraîchi que le gars, dreadlocks, chien miteux, bouquin de Bukowski jauni, avec qui je fais « platane commun ». Je lui roule deux clopes, il entame la conversation − T’as lu les Contes de la folie ordinaire ? Énorme le truc ! Prêté par un pote !

− Non. Je suis plus polar ou poètes anciens. − Tu rates un truc, mec. Tu rates un truc... Je le regarde s’éloigner, deux grandes jambes mouvantes dans un déséquilibre parfaitement maîtrisé. Drôle de société qui accouche de caissières spécialistes de Truman Capote ou de mendigots capables de résoudre des équations différentielles. Je sors mon plan pour rayer la rue Victor-Hugo. Dans la continuité il y a la rue Le-Corbusier, mais non, ça ne me tente pas. Je la trouve hideuse sa cité radieuse. Je me dirige sur Léon-Jouhaux, mon plan sous le bras et sa carte en main. Hier, quand je suis arrivé en gare, j’ai demandé s’il y avait une rue Francois-Villon, c’est un peu con mais, Flora, habitant 13 rue François-Villon, l’idée me plaisait. Dites-moi, en quel pays, est Flora la belle romaine…1 En quel pays, je sais. En quelle rue, c’est ce que je cherche depuis deux jours. Flora, lumineuse rencontre d’un jour de manif. Le soleil caressait son verre et je regardais ses doigts, en transparence, dessiner sur de petites cartes oubliées par le serveur. Elle m’a proposé de m’asseoir et je 54


Pastelle

me suis laissé porter, de longues minutes, par des sensations tout à la fois chaudes et légères. Elle riait en parlant. J’avais soudainement furieusement envie de vivre. Puis elle s’est levée, a dessiné un chat noir sur une carte, griffonné son adresse et refusé dans un sourire de me donner son numéro de téléphone. Elle repartait pour cette ville entre mer et montagnes. Elle m’a fait promettre de venir. Un jour. Ce jour, c’est aujourd’hui... ou demain. J’ai tellement serré la carte qu’elle est moite. J’enrage d’avoir renversé mon café sur le nom de la rue. Fin d’après-midi épaisse, oppressante. J’avance péniblement avenue Stendhal. Le soleil s’est couché mais la chaleur percute les corps à écraser toute volonté. Aux terrasses des bars, les gens semblent plus avachis qu’attablés. Je marche. Je sue. Je ferme les yeux pour retrouver la courbure de ses reins. Impasse des figuiers, une femme sans âge donne à manger à trois gros pigeons avec le regard attendri d’une mère couvant du regard ses enfants. La nuit tombe doucement. Par-dessus le mur d’un petit square j’aperçois une silhouette de chat noir accroché à hauteur de lampadaire. C’est un greffier famélique, au sourire un brin sardonique, en équilibre sur deux bobines de fil. L’enseigne d’une couturière visiblement. En face, le porche d’un immeuble. 13 rue Lamartine. 13 rue Lamartine. 13 rue Lamartine. Et sur l’interphone, enfin, son nom... 1

Citation de « Ballade des dames du temps », François Villon

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Vincendières

C

E texte est né d’une rêverie autour d’un poème de Gérard de Nerval qui commence par ces

mots : « La Treizième revient… C’est encor la première. » Ce sonnet du recueil des Chimères intitulé « Artémis » convoque de manière énigmatique les visages des saintes chrétiennes et des déesses païennes dans un temps cyclique qui associe l’amour à la mort, la mort à la renaissance, le tout sous la pluie immaculée des roses trémières...

À l’amant des étoiles

Treize minutes : le temps de la correspondance du soir pour l’express de Manargue lorsque l’on arrive de Labrune. Le temps nécessaire pour traverser la double voie sur le signal du chef de gare − il n’y a pas de passage souterrain −, pousser la porte vitrée de la salle d’attente, en respirer un instant l’odeur presque écœurante de chaleur confinée et de vieux bois, ressortir faire quelques pas sur le quai puis finalement s’adosser au mur – les deux bancs sont occupés – et ouvrir, comme par contenance ou par détachement feint, au hasard, cet exemplaire des Chimères maladroitement roulé au fond de la poche. Treize minutes, chaque jour de retour, qui creusent cette égratignure du temps dont la routine empêche de distinguer les lèvres ourlées d’oubli. Le TER vient de quitter la gare. Tu as senti son souffle faire frémir sur leurs tiges les grandes roses trémières qui poussent leurs feuilles rouille aux angles des murs. Puis, tu le sais, sa lanterne a décru progressivement avant de fermer tout à fait son œil rouge derrière le rideau d’arbres. L’air est plein d’un parfum métallique de solitude, de soleil et de ballast. 56


Pastelle

« La Treizième revient… » Tu te pinces les lèvres. Et lentement tu lèves les yeux de ton livre. Sur la page ouverte, la tête fragile d’une rose incline, sans qu’on la voie, son profil flottant. Sans y penser, ou peut-être parce que « C’est encor la première », tu te mets à avancer le long du quai. Tu vas d’un pas tout à la fois indécis et résolu, lent et appliqué, sans rien laisser paraître. Tu marches ainsi jusqu’au portillon métallique qui donne accès au bout du parking, là où, faute d’affluence, personne jamais ne se gare plus, et où le gravier ocre s’efface peu à peu sous les pétards d’herbes sèches. Çà et là quelques papiers délavés, mâchés par les pluies du printemps, un vieux billet jauni qui s’arrondit comme une tuile, une canette vide dont l’éclat blanc agite comme des doigts de feu. Puis au-delà, le maquis des taillis vrombissant d’abeilles, piqué d’ombres mêlées et de dards, où se tapit, c’est sûr, arc bandé et cheveux ceints d’étoiles, Artémis… Tu pousses le portillon hors d’âge. Son grincement griffe le soir. Tu avances au plus droit. Tu n’as pas peur de la morsure des épines ni de l’aube cruelle qui te jettera, front cornu, aux chiens. Demain sera, tu le sens dans ta chair, un autre jour ou bien le même. Tu n’entends pas le haut-parleur annoncer d’une voix monocorde et grésillante l’arrivée imminente du train.

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LES AUTEURS - LES ILLUSTRATRICES Alberto Arecchi Alberto Arecchi (né à Messine, Italie, le 8 novembre 1947) est un architecte italien qui a connu une longue expérience de vie et de travail en Afrique, de 1975 à 1995, comme professeur, expert en technologies appropriées, coopérant pour le développement de l’habitat. Il est le président de l’association culturelle Liutprand, de Pavie, qui édite des études sur l’histoire et les traditions locales, sans pour autant oublier les relations interculturelles (www.liutprand.it ). L’architecte Arecchi est l’auteur de plusieurs essais concernant l’architecture et l’histoire de l’art. Il s’amuse aussi avec l’écriture de nouvelles et de poésies, en plusieurs langues (italien, français, espagnol, portugais).

Irène Ceglinski Irène Ceglinski, ex-professeur de langues : un père polonais qui affirmait qu’en Russie les nuages sont plus grands qu’ailleurs et qui était amoureux de la forêt de Chichkine qu’il m’a transmise en imaginaire ; une mère portraitiste et parisienne à la mondanité d’un Jacques Émile Blanche. Pas d’enfants. Un goût tout personnel pour les mots malgré l’avertissement de Queneau à travers le perroquet Laverdure : « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire. »

Corine

Fabrice Deprez Membre de l’association Poètes en Berry. Acteur amateur dans la compagnie Maléluka. Enfant, il n’aimait ni les cours de français ni la lecture. Mais il a eu un véritable déclic en seconde, lorsqu’il a participé au Prix Goncourt des Lycéens. S’intéressant d’abord à la science fiction, en mûrissant il s’est ensuite tourné vers la poésie. « Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter. » Cioran

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Ludovic Chaptal Ludovic Chaptal, né en 1985. Poète-ouvrier. Membre du Centre d’Etudes Poétiques et Littéraires de Lozère, des Poètes en Berry et de l’Académie de la Poésie Française. Jasmin d’Argent de la ville d’Agen en 2018. Publications dans les revues Comme en Poésie, Souffles, La Plume Angevine, L’Albatros...

Arlette Chapuzet s’est consacrée, pendant quarante ans de sa vie, à sa fonction d’animatrice socio-culturelle en milieu scolaire, profession très prenante qui lui a, néanmoins, permis de s’enrichir de moult rencontres humaines, d’emprunter moult chemins créatifs et de rester fidèle à certaines valeurs héritées des mouvements de « l’éducation populaire ». Aujourd’hui retraitée (à taux plein), elle entend utiliser « pleinement » son temps à lire, chanter, danser, décorer, jardiner et… écrire, tout en auscultant quotidiennement, avec quelque effroi, l’évolution de la société à laquelle elle appartient. Elle participe aux activités d’un atelier d’écriture local et a fini de rédiger, depuis deux ans, un roman qui n’ayant été retenu ni par Grasset, ni par Albin Michel, ni par Acte Sud, dort désormais dans un tiroir.

Noëlle Chauvet Comptable et poète vivant en Lozère (48). Je suis une passionnée de poésie depuis ma plus tendre enfance car j’ai vécu en pleine nature dans le Nord Lozère (Fraissinoux, commune de Rimeize), où j’ai foulé ce territoire sauvage qui m’a laissé des images empreintes d’émotions d’un temps passé. Toute cette enfance m’a conduite à écrire au fil du temps des poèmes qui font partie de mon identité. Je vous livre ma passion avec bienveillance.

Rafael Ebatbuok Imaginaute derrière la porte verte. http://www.lapagedujour.net

http://www.youtube.com/ebatbuok 59


Michelle Faucher Dès ma petite enfance, les livres et la rêverie qui s’ensuivait ont fait partie de ma vie. Au primaire, l’écriture me fascinait, avec ses courbes et ses jolies majuscules. Les compositions écrites me ravissaient déjà dès le collège, puis les années ont passé, vite, très vite, m’amenant à l’âge de la retraite. Du temps, j’en avais désormais. Trois petits livres virent le jour avec Le Tour de France des ânes, puis Autour du Court est entré dans ma vie, épaulant désormais mes écrits, donnant plus de sens à mes expressions. Bref, je vous le dis, le bonheur est dans l’écrit !

Noé Géric Philippe Godet Depuis toujours je suis lecteur. Un lecteur impressionniste, car rien ne m’ennuyait plus, au lycée, que les explications de textes. À l’adolescence j’ai dévoré toute la Série Noire. Et puis je rêvais des voyages lointains que je n’ai jamais accomplis, alors j’écrivais des poèmes sur des tickets de métro. Des années plus tard, je pressentais toujours la beauté des paysages du monde, mais la vie m’avait meurtri avec son cortège d’insupportables douleurs. Alors il me fallut extirper de moi tout ce qui y bouillonnait, et que d’autres sûrement avaient déjà dit à leur façon. Voilà comment je suis devenu romancier.

Roseline Goerlinger Professeur d’arts graphiques à la retraite, elle est illustratrice pour le plaisir et publie des textes chez Az’art atelier (Toulouse). Sa dernière publication mêle graphisme et textes. Son titre : Petit manuel de désespérance ou comment se remonter le moral en laissant crever ses plantes. 60


Suzanne Granget Écriveuse depuis l’adolescence, je vagabonde un peu, beaucoup passionnément en poésie. Après avoir été présidente et co-animatrice de l’association Nanterre Poévie et publié un seul recueil à compte d’auteur en 2013, Écrits sur ma paume, installée à Touchay, depuis quatre ans, j’anime des « Nids d’écritures en Berry ».

IsaR Philippe Leroyer Mon père, confondu par les extravagances de la connerie humaine, laissait parfois tomber « Il faut de tout pour faire un monde » tandis que ma mère me pressait de finir mon riz parce que des enfants mouraient de faim aux antipodes. Aussi comment aurais-je pu ne pas souhaiter que la noirceur du monde laisse place à l’harmonie et au bonheur ? Pour autant, si l’humanité avait suivi cette voie, où aurais-je trouvé matière à écrire mes petites histoires ?

Bernard Marsigny Bernard Marsigny est né à Lyon dans une famille d’artistes. Après des études classiques, il devient professeur d’allemand et commence sa carrière au lycée de Firminy. Dans le même temps il fréquente l’École des Beaux Arts de Saint-Etienne. Toute sa vie il fera de très nombreuses expositions de peintures en France et à l’étranger. À la retraite il se fixe en Auvergne. En 2013 il découvre le plaisir d’écrire et participe à de très nombreux concours. À ce jour ses textes ont obtenu vingtquatre premiers prix.

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Évelyne Mennesson Évelyne aime les livres en papier et les bons vieux classiques, à déguster avec une tasse de thé au coin d’une cheminée...

Caro Mennesson Llerena J’écris depuis… des années. Poèmes jusqu’à ce que la fiction prenne le pas sur l’écriture poétique. Quelques prix, des publications et des rencontres, des ateliers d’écriture, la création d’un journal de fiction brève avec une tribu d’amis illustrateurs, écrivains, autres. Se frotter à des imaginaires différents.

Jean-Pierre Mercier Je suis né en 1946 dans un petit village nivernais situé aux portes du Morvan. J’ai trouvé mes premières sources d’inspiration sur les bords de la Loire, où je passais mes jeudis le temps où j’étais pensionnaire au Lycée Jules Renard à Nevers. Depuis mon arrivée dans le Berry en 1964, je m'investis dans la vie associative, sportive, syndicale, politique, touristique mais désormais essentiellement spirituelle et culturelle. Avec des amis, nous fondons en 1990 l’association Poètes en Berry d’où naîtra La Lettre des Poètes en Berry, le Café-poésie et depuis plus de vingt ans le Printemps des Poètes dont j’abandonne la programmation en 2020.

Nicole Moulin Retraitée lozérienne, j’adore la nature, le bricolage, customiser des meubles ou objets divers mais par dessus tout dessiner. Je prends un énorme plaisir à illustrer des textes ou des poèmes mais aussi à créer des paysages ou autre au gré de mon imagination.

Marie Paraire Les mots, les gens, la vie : voilà l’essentiel de ce qui m’intéresse. Entre les trois, la vaste étendue des conjugaisons possibles... et une certaine fascination pour les impossibles. D’où ma participation à ce numéro sous le signe du 13 malgré un certain rationalisme, ou un rationalisme certain, en fonction de la tête que prend Marc, du café, quand je le balade sous les plantes. https://leoupoldine.fr/ 62


Pastelle Lorraine d’origine, arrivée à Lyon il y a une quinzaine d’années après avoir vécu à différents endroits de France puis au Maroc, c’est la photo qui m’a permis d’apprendre à apprécier la ville, et de me réconcilier avec moi même. Un peu touche à tout, c’est cependant le portrait qui a ma préférence, et les photos qui racontent des histoires. Mais aussi la nature sous toutes ses formes. Cependant je ne me prends pas au sérieux, et mon but en photo est surtout de m’amuser.

Végas-sur-Sarthe Bourguignon de naissance, j’ai quitté les vignes de Gevrey Chambertin trop tôt à mon gré, c’est pourquoi j’y reviens parfois dans mes « bourguignonneries » émaillées d’un patois truculent. Au terme d’une carrière technique et francilienne bien remplie dans l’électronique, j’ai en 2007 découvert tout à la fois la retraite, ma plume latente et la « nationalité » sarthoise.

Éloigné de mes enfants et de mes petits-enfants expatriés à Las Vegas, l’écriture m’est apparue comme une évidence, une torture quotidienne que je m’inflige avec sadisme dans des alexandrins, des nouvelles et des brèves quotidiennes relayés sur un blog : vegas-sur-sarthe.blogspot.fr.

Nathalie Ventura

Vincendières Gilles. Alpes. L’art vrai parle sans doute aux hommes sous le ciel immense. L’écriture ? Une respiration entre deux pierres ; une échancrure sur la lisière ; quelque chose comme la brise parlant en sourdine d ’eaux vives et d’herbes sèches, plus intelligible toutefois que les braillements en costumes du monde…

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Val Tilu Photographe française, née en 1963 à Marseille, j’ai eu très tôt dans mon enfance un appareil photo dans les mains, la chasse aux images était alors un jeu, c’est devenu au fil de ma vie, une passion. J’ai appris la photo sur le tas, mais ma rencontre avec le club photo de Dijon, il y a quelques années, m’a permis d’approfondir et de perfectionner ma technique. Avec mes images, j’aime raconter des histoires imprégnées de nostalgie ou de rêve. Le monde de l’enfance et des contes et légendes m’inspire souvent. J’aime mettre en valeur la beauté de l’âme des lieux, des choses et des personnes. J’aime par-dessus tout, grâce à mes photos, ouvrir des portes dans la mémoire ou l’imaginaire des gens.

Anne Voyer Écrire, quelle drôle d’idée ! Petite, je devais lire beaucoup pour écrire mieux. C’est ce que me recommandaient mes institutrices. Alors j’ai lu énormément, j’ai appris par cœur mais l’écrit restait compliqué. Maintenant, je sais que je suis dyslexique, alors, les mots, je n’en mets pas beaucoup dans mes textes. Mais je les mets quand même.

Nicole Moulin

« Il faut cultiver son jardin. » Candide ou l’Optimisme − Voltaire

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RÉDACTRICE

L’ÉQUIPE

EN CHEF

Caro Mennesson Llerena ILLUSTRATEURS Bénédicte de Sousa Roseline Goerlinger, plasticienne IsaR Fabian Latorre PHOTOGRAPHES Pastelle

http://www.lumieresdelombre.com/

Skavuisa

http://vusardage.canalblog.com/

Val Tilu CORRECTRICES

Caro Mennesson Llerena Isabelle Mennesson MISE

EN PAGE

Caro Mennesson Llerena Isabelle Mennesson COMPTABILITÉ

Anne Voyer SECRÉTARIAT Evelyne Mennesson COMMUNICATION Fabrice Deprez WEBMESTRE

Oscar Lacayo 65


Lu si…

Édité par Autour du court, association régie par la loi 1901. Le Pain perdu 18340 Plaimpied-Givaudins

ass.autourducourt@gmail.com

https://www.facebook.com/ass.autour.du.court/

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Profile for autourducourt

Lu si N°13  

Lu si N°13  

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