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Lu si… Opiniâtrement, paisiblement, à la folie, tendrement...

Édition mai-juin 2017 — n° 11


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À

LUCIE RENAUD

Ce magazine porte ton prénom, par hasard. Un hasard qui nous avait fait sourire et que nous avons laissé faire. Nous en avons ri… Lire, écrire t’allaient si bien. Ensemble, nous avons créé

, tu savais ajouter la nuance qui manquait, faire avancer les

projets endormis. Tu t’enthousiasmais pour un auteur, tissant des liens particuliers avec lui. Lorsque la maladie s’est annoncée, nous avons failli arrêter cette aventure commune ; les dés du hasard en ont décidé autrement. Début 2016, tu étais présente lors notre assemblée générale grâce à Internet, tu as appuyé les projets. Tu as toujours été si présente.

Comment aurions-nous pu penser que tu ne serais plus avec nous un an plus tard... Ton absence était si cruellement tangible à toutes les étapes du façonnage de ce Ta sagacité, la musicalité du français à laquelle tu étais si attachée mais surtout tes rires et ce pragmatisme, une certaine idée du bon sens nous ont manqués, m’ont cruellement fait défaut. Ce numéro t’est dédié et, tant que l’aventure

continuera, nous

conserverons l’esprit d’excellence, d’enthousiasme, d’ouverture aux autres et de curiosité que tu nous as transmis. Caro Mennesson Llerena

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LE

MOT DE LA RÉDACTION

Pour les nouveaux lecteurs de Lu si…, un petit rappel de l’esprit de notre activité. L’association Autour du court est née en mai 2011. Nos activités se sont développées autour de la nouvelle, d’abord avec le fanzine Lu si… puis, au fil des ans ,d’une sélection de nouvelles, des ateliers d’écriture, de la création sonore autour de textes courts... Néanmoins notre cœur bat avant tout pour l’écriture à travers les appels à textes et les ateliers. Ce numéro a pour sujet des textes inspirés en grande partie de tableaux et de photographies mettant en scène des lecteurs ou des lectrices. Certains auteurs se sont laissés emporter par l’image, d’autres ont construit un univers autour d’un personnage irréel. L’importance d’éléments de narration infimes ou plus présents, le déroulé du récit, l’homogénéité du style, l’élimination du superflu, composante essentielle au genre littéraire court, et bien d’autres aspects sont les bases de la phase de réécriture. À nos yeux, cette étape est indispensable et nous avons toujours privilégié un travail de polissage et d’écoute de l’écriture de chacun, permettant ainsi aux auteurs, novices ou expérimentés, de publier leurs textes côte-à-côte.

Bonne lecture ! Caro Mennesson Llerena - Rédactrice en chef de Lu si…

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MODE

D’EMPLOI

Un auteur, un texte, une illustration. Certains des auteurs ont choisi d’utiliser une

illustration comme matériau de base de leur nouvelle. Si l’auteur s’est basé sur une œuvre, il suffit de cliquer sur l’illustration qui accompagne le texte pour découvrir le tableau derrière les mots. Saurez-vous reconnaître l’œuvre derrière la nouvelle à sa seule lecture ? À vous de vous laisser emporter par les mots et de découvrir l’envers du décor.

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SOMMAIRE

L’échappée

Fabienne Botto-Rivayran

p

10 - 11

Métamorphoses

Irène Ceglinsky

p

12 - 13

Vestiges

Noëlle Corno

p

14 - 15

Virgule

Laetitia David

p

16 - 17

Fabrice Deprez

p

18 - 19

Femmes à Dresde

Charles Duttine

p

20 - 21

Déchirures

Michelle Faucher

p

22 - 23

L’arbre

Sabine Huchon

p

24 - 25

De l’amour et des livres

Philippe Leroyer

p

26 - 27

Que pensez-vous des livres de Mutto ?

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Lire contre la barbarie

Armelle Mabondzo

p

28 - 29

Coup de blush

Caro Mennesson Llerena

p

30 - 31

Mise à la page

Marie Paraire

p

32 - 33

Pierre Sureau

p

34 - 35

Un livre

Corinne Saint-Mleux

p

36 - 37

Lire

Vincendières

p

38 - 39

La bonne recette

Anne Voyer

p

40 - 41

Liseuse à la fenêtre

Michel Westrade

p

42 - 43

Dictée par l’orage

H. Wizett

p

44 - 45

500 mots qu’elle ne liera pas

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Fabienne Botto-Rivayran

L

es coudes posés sur la table, le dos légèrement voûté, les sourcils froncés, elle lit. Elle est tout entière attentive à son livre. Elle lit à en oublier la rue, les gens, le bruit. Elle lit à en oublier le soleil, le vent, la pluie. Elle lit à en oublier l’heure, à en oublier le monde. Elle lit avec appétit, elle lit avec énergie. Elle lit avec une fièvre qui peut surprendre. Comment peut-on à ce point se laisser emporter si loin de son quotidien par quelques grammes de papier ?

Elle lit comme on dévorerait un premier repas complet après une longue maladie. Comme on ferait l’amour, à corps perdu, sans retenue. Elle lit parce que c’est vital, parce qu’une journée sans lire est une journée perdue, parce qu’elle étouffe, littéralement, si elle ne lit pas. Ce n’est plus un plaisir, c’est un besoin. Manger, respirer, lire. Lire pour tromper l’attente, pour éponger l’ennui. Lire pour changer de peau. Lire pour briser les barreaux, lire pour s’enfuir. Lire pour ne plus avoir peur. Lire pour être libre.

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Elle sursaute, lève la tête, cherche du regard la pendule murale. Ses lèvres s’arrondissent dans une exclamation muette. D’un geste vif et doux à la fois, elle corne le coin de la page et referme le livre. Ses yeux, pour quelques secondes encore, s’attardent sur la couverture. Libre de revenir à la réalité ?

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Irène Ceglinsky

E

h bien, ma chère, lança Léon, affalé dans un fauteuil qui l’absorbait presque entièrement.  Vous n’êtes pas encore lasse de votre Ovide ? 

 Certes non, répliqua Marthe sèchement. Vous feriez bien, vous aussi, de lire au lieu de vous perdre dans vos bois et d’en revenir crotté comme votre chien. Cet animal répand une odeur épouvantable. » Socrate, lui aussi tourné vers l’âtre, poil hirsute et boueux, dormait en alternant ronflements et grognements selon la qualité de ses rêves. Marthe, agacée, tourna une page. Elle y caressa une aubépine diaphane. C’était peu après leur rencontre. Maximilien l’avait cueillie dans une haie et une épine robuste l’avait blessé. Il avait alors déclaré avec feu : « Je verserais mon sang pour vous, Madame ! » Nul ne lui avait jamais parlé ainsi. Puis il lui offrit Les Métamorphoses, qui allait devenir le complice de leur idylle. Elle aima en palper le cuir souple. Oh, et cette rose cramoisie coquettement piquée à son corsage, tandis que les doigts de l’homme quittaient la dentelle pour effleurer délicatement son sein et déclencher en elle une onde délicieuse. Elle l’avait remercié, le regard mouillé. La rose, glissée dans le livre, y avait déchargé sa sève en un large cercle rougeâtre. Aujourd’hui d’un brun sinistre, elle se contentait de masquer quelques mots comme une sorte de tavelure du texte. Marthe soupira. Les fleurs s’étaient succédé à un rythme endiablé jusqu’à ce qu’elle cédât, culbutée dans une grange, comme une fille de ferme, lors d’une promenade estivale chargée de parfums capiteux. Les sens bouleversés, l’esprit en fièvre, elle avait songé, sous les caresses habiles où elle s’abandonnait à une volupté jusque-là ignorée, à s’enfuir avec cet amant qui lui promettait un eldorado d’ivresses. 12


Mais les rendez-vous commencèrent à s’espacer sous des prétextes divers, les bouquets aussi. Ils devinrent rares. Elle continuait, néanmoins, de parcourir Ovide, sans pour autant s’intéresser au texte, uniquement attachée aux souvenirs qu’il abritait, dans la frustration de ses émois contrariés. Elle contemplait avec mélancolie toutes ces fleurs accumulées au fil des pages, qui annonçaient la fin d’un herbier. Elle reçut le coup de grâce, le jour où il lui offrit une imposante corbeille de légumes que la cuisinière, affirma-t-il gaiement, accommoderait à merveille. Il les accompagna de l’annonce de ses fiançailles. « Comprenez, chère amie, c’était inévitable, le nom doit se transmettre. » Elle chancela sous la violence du choc. Il lui sembla que la vie se retirait d’elle. Toutefois elle parvint à se reprendre et, au dîner, elle proclama un dégoût sans appel pour les patates douces qu’elle renvoya à l’office. Les visites de Maximilien s’espacèrent ; un jour, le couple ne le vit plus. Dès lors elle ouvrit Les Métamorphoses pour se nourrir du passé. Léon se leva, suivi du chien, et s’approcha de son épouse. Penché au-dessus de sa nuque, il feuilleta quelques pages au hasard et s’écria : « Je ne vous savais pas herboriste ! Accompagnez-moi dans la nature, je vous ferai découvrir des plantes insolites. » Socrate s’approcha du livre. Son souffle haletant déstabilisa une relique, la fit voleter jusqu’au tapis où elle s’écrasa comme une mouche fatiguée et s’y brisa. Marthe ne chercha pas à la recomposer. De la pointe de sa chaussure, elle l’acheva et referma son recueil. Lentement elle se leva et quitta la pièce sans un mot pour Léon, son pas s’alourdissant déjà. La métamorphose était en marche.

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Noëlle Corno

S

ourde à l’appel des sirènes, Louise résiste encore aux mirages des réseaux sociaux, où chacun, libéré de toute frontière, physique, intellectuelle ou morale, peut mettre en scène sa vie avec une vacuité souvent abyssale. Non pas qu’elle se sente particulièrement intéressante, mais après plus d’un demi-siècle passé en solitaire, Louise désire laisser une trace, autrement, pour qui aurait envie de savoir… *** Au début de la nouvelle ère, où la vie humaine se concentrait sous les eaux de l’unique océan terrestre, des secousses sismiques de très forte amplitude avaient fait apparaître une terre qui s’agrandissait sans relâche. Les fréquentes irruptions volcaniques attestaient la gestation d’un continent. Le gouvernement ne souhaitait plus financer la création de nouvelles bases sous-marines pour contenir la population mondiale qui venait de dépasser les cinq cents millions d’individus. Aussi, le ministère du Développement terrestre était-il chargé de coordonner toutes les disciplines savantes dans le but de déployer des colonies sur ce territoire émergent. Lors des premiers prélèvements des strates géologiques, un crâne humanoïde avait été mis à jour. Il avait été décidé d’interrompre provisoirement les travaux d’excavation et de permettre un plan de fouilles de sauvegarde sous la responsabilité de Pollina Chom. Scientifique de renom, référence incontestée des civilisations antédiluviennes, elle avait émis l’hypothèse d’une adaptation des humains au monde sous-marin, évolution nécessaire à 14


leur survie après l’immersion totale des terres. Elle tenait sa conviction de ses lectures d’enfance sur la légende de l’Apocalypse : « … Un nouveau ciel et une nouvelle terre émergeront, car le premier ciel et la première terre s’en sont allés… ». Les explorateurs avaient débarqué en terra incognita, bardés de capteurs. Leurs données seraient étudiées depuis la base mobile stationnée à quelques lieues sous la mer. Travaillant d’arrache-pied malgré les risques d’infestation à l’air libre, ils exhumèrent les restes d’une collection d’objets hétéroclites rangés dans des casiers, dont l’élément le mieux conservé était un manuscrit. Un miracle ! Pollina Chom espérait avoir trouvé la clé d’accès à ce monde antique. Décrypter ce texte en langue vernaculaire permettrait de comprendre la civilisation de laquelle il était issu et d’expliquer les mystères de sa disparition. Si elle apportait ainsi la solution pour une possible reconquête des terres, sa mission serait un succès. *** … Louise a entendu parler du Grenier du siècle, aménagé dans une ancienne biscuiterie où chacun peut déposer ce que bon lui semble. La place sera scellée le premier janvier du nouveau millénaire pour être rouverte dans cent ans. Une éternité ! L’idée lui plaît, aussi se décide-t-elle à participer à cette œuvre de mémoire et à laisser dans ce cénotaphe une relique de sa jeunesse, un roman jamais publié. 15


Laetitia David

o

ù vont les mots ? Que font-ils exactement dans le délicat bruit des feuilles, enfermés dans l'écrin que nous appelons sobrement un livre ? Ils volent, ils caressent, ils cassent, ils se métamorphosent  et encore, je ne suis qu'à la lisière de leur possible.

Quand un livre s'ouvre, ma femme s'envole dans un autre univers, elle tourne délicatement les pages dans un chuchotement qui me semble presque une provocation. Je parle, une fois, deux fois, trois fois, elle lève enfin la tête avec un semblant d'encre sur les lèvres, le reflet d'une virgule dans ses cheveux. Magnifique, et sur son front encore quelques lignes qui virevoltent, un peu comme au réveil lorsque les oreillers sont encore aplatis de notre sommeil et qu'ils dessinent sur nos joues nos rêves et nos cauchemars. Quand un livre s'ouvre elle s'évade au-delà des mondes connus. Elle visite des contrées faites d’un papier quelconque et d'une typographie noire. Plusieurs fois j'ai tenté de la rejoindre, rien à faire, je ne suis pas invité dans cette sorte de dimension mystérieuse qui s'ouvre au sexe féminin. Cette aura dont elle nimbe chaque mouvement, même infime. Il y a quelque chose de profond dans cette sorcellerie, une recette ancienne et alchimique entre une femme et le livre. Lorsque je passe devant eux, je ne peux m'empêcher de les détailler afin de saisir leur mystère. Lui, il est ce qu'on appelle un livre de poche, ce qui est ridicule de nos jours, il est là tranquille, 16


paisible en attendant les doigts délicats qui tourneront ses pages. Je l'observe. Il ne me rend pas mes regards.

Il est neuf et sent encore l'imprimerie, grand format, acheté récemment, couverture noire et rouge, un thriller qui la fera frissonner même par trente degrés. Beaucoup se tiennent là sages sur l'étagère. Parfois ils dorment sur le canapé, lâchés négligemment par sa main qui donne et reprend comme une reine de son royaume. Dans ces moments-là, je me sens extraordinairement chanceux de pouvoir me saisir de sa main et de la suivre. Il y a ceux qui ont vu ses chagrins d'adolescente, le stress des examens, ceux qui sont barrés de signes cabalistiques au crayon ou au stylo de couleur, il y a ceux qui ont été offerts, ceux qui ont connu les étés et les glaces avec quelques grains de sablescoincés dans la reliure. Certains ont étés lus et relus, écornés, malmenés par des petites mains en quête d'une histoire. Puis il y a celui sur sa poitrine, sur lequel elle a fermé ses yeux. La virgule dans les cheveux et un paragraphe sur ses lèvres. Il reste une dizaine de pages que je vais lui lire à haute voix. Et je m'en irai peut-être moi aussi au royaume des lettres.

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Fabrice Deprez

L

e fameux Mutto ! Ce vieux machin carré poussiéreux qui a complètement détraqué la tête de notre Stéphanie. Il parait que ça s’appelle un « livre ». Le pire : Stéphanie ne s’est pas arrêtée à ce Mutto. Elle a continué avec des « livres » de plus en plus gros, de plus en plus complexes... Une vraie folle, elle ne parle plus qu’avec des mots abstraits comme compassion ou humanisme. Pourtant, nous l’avons prévenue des dangers de la lecture. Stéphanie est devenue vraiment bizarre. J’ai eu honte pour elle, lors de son premier scandale dans ce restaurant gastronomique. Pourquoi a-t-elle refusé de manger de l’humain ? Pour nous sentir vivants, ne devons-nous pas rechercher des sensations de plus en plus extrêmes ? Elle a aussi refusé d’effectuer un treizième kill-book, un suicide en direct sur Netbook, avec nous. La Mort violente puis une entière recomposition médicale : il y a rien de mieux pour se sentir vivant, non ? Pourquoi remet-elle désormais toujours tout en question ? Ma parole, elle est devenue une vraie Bolos, notre Stéphanie ! C’est quoi ces mots dont elle nous parle tout le temps : beauté, tendresse, poésie… Ça veut vraiment dire quelque chose ? Ce n’est pas juste des trucs de son monde à elle et de ses 18


« livres » ? D’ailleurs, il faut être aussi cruel et trash que cette chienne de vie pour survivre. La réalité est loin de ressembler à un roman, pauvre Stéphanie ! Comment peut-on encore lire ces antiquités ? Allo ! Quoi ! On est quand même à la fin du 21e siècle ! Quelle perte de temps en plus. Il ne faut pas vivre par procuration. Il faut tout expérimenter soi-même. Lire calmerait ses angoisses. Elle rêve d’une autre société, plus humaine. Dans cette décharge qu’est le monde, elle est à la recherche d’une fleur d’espoir. Elle ne s’intéresse surtout qu’au coquelicot fragile qui fleurit sur ce tas de fumier. Le mal, elle ne veut plus le voir. Elle cherche à adoucir son âme avec de la beauté. Une Bolos quoi ! Elle est foutue notre Stéphanie.

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Charles Duttine

E

lle était là, dans cette ville pour quelques jours. On lui avait dit : « Change un peu d’horizon, cela te fera du bien, visite l’Italie ou l’Europe centrale, tu y trouveras des trésors cachés. » Des proches lui avaient offert un coffret-voyage. Elle pouvait choisir parmi de nombreuses destinations. Et elle avait opté pour Dresde ; une amie l’accompagnait. Il pesait sur la ville un ciel de novembre, bas et gris. Pourtant, elle était belle, cette cité. Elle avait dû surtout être très belle ; les stigmates de la guerre étaient toujours visibles au hasard des rues. Malgré les efforts de reconstruction, les visiteuses sentaient que cette ville avait eu son lot de souffrances. Bombardée comme elle l’avait été dans les derniers mois de la guerre, elle semblait encore meurtrie. Lors de cette nuit tragique, la ville accueillait des réfugiés, femmes, enfants, vieillards fuyant l’avancée inéluctable de l’armée ennemie. Une nuit terrible pendant laquelle furent déversées des tonnes et des tonnes de bombes incendiaires ; il fallait faire plier le pays, l’agenouiller, qu’il cesse au plus vite les combats et tant pis si le prix à payer se comptait en civils ! Une logique de guerre cynique et cruelle. C’est ce que s’étaient raconté les deux amies. Elles visitaient la Gemäldegalerie. Et notre personnage s’était arrêté devant un tableau. Elle n’arrivait pas à s’en détacher. Curieux tableau que cette Jeune fille lisant une lettre à sa fenêtre. Peinture de 20


Vermeer, dit Vermeer de Delft. Notre visiteuse détaillait cette toile. Une grande table sur laquelle avait été laissée en désordre une corbeille de fruits, à la symbolique mystérieuse. De riches tentures, rouges et vertes, et cette fenêtre ouverte qui venait illuminer la jeune fille lisant. Elle semblait tout absorbée par la lettre. Yeux baissés, mains tenant haut ce courrier, visage impassible tendu vers la missive. Pas de joie, pas de tristesse, une simple et très forte concentration vers ce bout de papier annonçant peut-être une terrible nouvelle. Une œuvre qui dévoilait l’intimité de la lectrice et qui suggérait son bouleversement. La lettre devait lui annoncer quelque chose qui la bousculait intérieurement. Comme ces fruits éparpillés sur la table, les sentiments se brouillaient certainement en elle. Mais rien ne transparaissait vraiment. On devinait ce trouble de la jeune fille lisant à un je ne sais quoi et à un presque-rien. Notre personnage ne pouvait s’empêcher de penser à ce qu’elle avait vécu elle-même et qu’elle essayait de fuir ici, le temps d’un week-end. Elle aussi avait reçu une nouvelle. Ce n’était pas une lettre mais un simple texto. Elle aussi s’était penchée sur les quelques mots affichés qui disaient la rupture brutale. Mais peut-on échapper à ce qui vous a fait souffrir ? Par cette toile miraculeusement épargnée de la folie des hommes, dans cette ville autrefois martyrisée, deux femmes se rejoignaient par-delà les époques. Vermeer tissait une mystérieuse, secrète et irréelle sympathie entre la jeune liseuse et la voyageuse, grâce à la magie d’une œuvre d’art. 21


Michelle Faucher

E

nfin seule. Je suis arrivée à les semer. Lassés de m’appeler en vain, ils sont partis aux champs, pour terminer la moisson.

J’ai onze ans. La campagne, c’est pas mon truc, y’a mieux à faire, surtout que ma cousine Josette me fait la gueule depuis que je suis arrivée. Alors en plus ramasser les bottes de foin en suant comme un baudet sous le regard ombrageux de ma grand-mère, non merci ! « Qu’est-ce qu’elle a encore ta fille à bouder ?, se plaignait-elle auprès de ma mère. Tu la gâtes trop celle-là ! » Je sais que ma cousine est la préférée. Elle est jolie, brune au teint mat, les yeux sombres. Elle est malléable elle, moi non. Je rue dans les brancards, claque les portes à la moindre contrariété. Alors je m’isole et je lis. Non, je dévore les livres.

D’abord, je les caresse, je les renifle. J’aime leur odeur de papier, d’encre, de neuf. Ils me procurent un bien-être qui apaise mon esprit. Le dos calé contre les bottes de paille de la grange, c’est à peine si je sens les brindilles qui traversent le tissu léger de ma robe. Je me tortille un peu afin de bien me caler, puis reprends ma lecture. Page 37. Ah voilà, j’y suis ! Je savoure pour la deuxième fois la lecture de ce passage interrompue par tous ces casse-pieds. 22


Le silence est quasi-total. Autour de moi, seuls les cris des hirondelles le font vibrer lorsqu’elles frôlent ma tête dans un va et vient continu, pour nourrir leur progéniture. Je mouille mon doigt pour mieux tourner les pages. Page 89. Mince ! Quelqu’un approche ! Ah c’est toi Pataud qui viens me rendre visite ! Chut, couche-toi, ne me fais pas repérer. Les heures s’égrènent. La cloche de l’église toute proche me rappelle à la réalité. Plus que quelques pages, des voix se font entendre. Le charme est rompu. « Ah, on peut dire qu’elle exagère. Même pas capable de nous donner un coup de main, c’est bien une fille de la ville celle-là ! » Je bondis et quitte précipitamment ma cachette, secouant les brins de paille collés à ma robe et… échappe mon livre. Je me retourne. Trop tard ! Il est déjà entre leurs mains. Je ne connaîtrai pas la fin de l’histoire, ils dé-chi-raient mon livre ! Les points serrés, des larmes de rage, énormes, chaudes, roulent sur mes joues. Je me mets à hurler :

Quand je serai grande, vous verrez, moi, j’écrirai des histoires ! 23


Sabine Huchon

H

ier encore, j’étais un arbre de grand vent, couvert de feuilles. Souvent, une jeune femme lisait, assise à mes pieds. Elle sentait la lavande. Quand ses jolies mains tournaient les pages, je rêvais d’être un livre.

Aujourd’hui, je le suis. Hélas ! Mais mon malheur m’a offert une grâce. Je la sens encore, je la vois. C’est elle qui me tient, qui tourne mes pages. C’est elle qui me regarde, qui me lit et me relit encore. Parfois elle s’énerve, me maltraite. Que cherche-t-elle dans mes pages ? Elle a changé d’arbre, puisque je n’existe plus. Elle lit sous un jeune platane vigoureux, l’infidèle. Hier soir, elle m’a même oublié au pied de l’arbre. Ingrate. Que je pleure, que je souffre… 24


EXTRAIT

DU JOURNAL RÉGIONAL

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Philippe Leroyer

S

i l’on savait… Ce serait trop facile, me direz-vous. Et puis quelle saveur aurait la vie ? Qu’est-ce qui me l’a fait aimer ? Son charme, son intelligence ? Allez savoir. Les deux, j’en suis persuadé. Rame après rame, le métro disparaissait dans le tunnel sans qu’elle n’y monte. J’ai fait de même. Elle lisait. Je la regardais avec ravissement. Seuls s’activaient ses doigts tournant les pages. Parfois un souffle dans sa chevelure en cascade me dévoilait son visage de madone iconique de l’ère Gutenberg. Nous embarquâmes finalement sans nous inquiéter d’aucune destination. Le voyage fut doux. Les commentaires dont elle enluminait sa lecture reléguaient les autres passagers dans un ailleurs médiocre. Il faudrait nous dire… « Vous auriez préféré un mode d’emploi ? », ricanerez-vous. Pauvre amant ! Il me fut si facile de l’idolâtrer. Je n’ai pas choisi, l’amour l’a fait à ma place. Il me suffisait de la regarder et le temps s’évaporait. Il n’avait aucune pesanteur. Les heures que me volait David Foenkinos ou Olivier Adam n’auraient su éroder ma passion. Seul vivait en moi son profil vermeerien qu’un Velux ciselait parfois d’une lumière crue. Peu m’importait qu’elle ne me fît pas partager ses voyages intérieurs. Tel un roi mage, je me laissais guider vers elle par les titres des livres qu’elle enchaînait. Qu’elle fût ailleurs quand nous faisions l’amour, pas tout à fait déprise de ses héros de papier, j’en avais parfois l’intuition. Pourtant le mystère qui embrumait son regard jusque dans la pâmoison me troublait trop pour que j’en prisse ombrage. 26


Il aurait fallu me mettre en garde… « Auriez-vous été prêt à entendre ? », persiflerez-vous. Plus qu’aveugle, l’amour rend sourd. Pourquoi le miracle s’est-il mué en remugles ? Est-il possible que l’exaspération prît sa source au même prétexte qui me l’avait fait aimer ? Je me fustigeais. Se pouvait-il qu’un moment je me sentis liquéfié de tendresse pour ce visage que me dérobait la « Blanche » de Gallimard quand l’instant d’après je m’agaçais de ne pouvoir l’en détourner ? Quel mépris dans son zèle littéraire ! J’en étais venu à guetter le moindre frémissement de ses cils, signe annonciateur d’un regard qu’elle m’accorderait peut-être. J’espérais. Rien ne se produisait. Je restais suspendu à mon espoir. Je rageais. Je me désagrégeais. Je haïssais ses amants de papier qui me la ravissait volume après volume.

Un cendrier alourdi par ma hargne mit fin à l’insupportable. Ni toi ni moi de Camille Laurens s’écorna en tombant de ses mains, me livrant enfin ses yeux. Un étonnement naïf leur procurait une teinte émouvante. Puis la douleur et le sang s’écoulant de sa tempe crispèrent ses traits de terreur. Finalement jamais elle ne me parut aussi vivante qu’en cet instant, son visage agonisant agité par une houle de sentiments obscurs. Parfois l’issue dépasse l'intention. J’avais voulu regagner son attention, c’est de sa disparition dont je devrai me consoler en détention. Pour saisir ce qui me la ravissait il me faudra y dépecer ses livres, seuls légataires de ses songes.

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Armelle Mabondzo

U

ne femme. Une chaise. Un livre. Ils sont tous partis. Elle reste seule. Sereine.

Elle ouvre le livre : « Il y a un temps pour tout… » Et elle se revoit quelques années auparavant. La ville est en ruines : ils sont arrivés, ont tout cassé, pillé. Tué les hommes, violé les femmes, terrorisé les enfants. Pourquoi a-t-elle été épargnée ? Trop vieille, sans doute, flétrie, fanée. Peu importe. Son grand âge faisait peut-être d’elle la doyenne de la communauté, elle n’en était pas moins forte dans sa détermination. Déterminée à rebâtir, à restaurer. Les rues, les maisons. Panser les plaies, celles du corps, celles de l’âme. Mais pendant que les survivants se relèvent lentement, elle voit plus loin. L’homme ne se contentera pas de pain seulement. Je ne vois pas où tu veux en venir, mais je suis d’accord ! Il faut nourrir l’esprit. Des écoles, rien à espérer. Réduites en gravats par les bombes. Livres et cahiers ne sont que cendres. Alors, elle installe une chaise au seuil de sa maison et sort les quelques textes qu’elle a réussi à préserver. Elle interpelle les enfants désœuvrés pour qui les ruines sont devenues terrains de jeu. Ils s’arrêtent et écoutent les histoires qu’elle leur raconte. Elle trouve certaines dans les livres. Quand ceux-ci ne suffisent plus, elle brode, invente, imagine. Sur de vieux papiers, elle invite les enfants à poursuivre ce jeu d’invention, de création. Et puis, elle harcèle les autorités. Le désastre humain a ému le monde extérieur qui envoie des vivres, des cahiers, des crayons, des 28


livres. Les livres, elle les garde, n’en a jamais assez, en demande encore. Sa maison devient source de mémoire, d’identité et d’avenir. Et l’on revit. La ville renaît de ses cendres. Les maisons vibrent de l’enthousiasme des enfants qui lisent, écrivent, et lisent encore. Écrivent la douleur de la guerre, la souffrance de la perte, l’espoir de lendemains possibles, de familles réunies, d’innocence retrouvée, d’innocence et de jeux. Alors, quand l’invasion menace de nouveau. Quand l’ennemi approche et que parents et enfants quittent leur maison pour se réfugier dans le pays voisin, elle confie les livres aux uns et aux autres. Elle ne partira que sa mission achevée. Bientôt, il ne reste plus rien. Elle reste seule. Ils l’ont suppliée de partir avec eux. Ils avaient si peur de la perdre. Mais pour quoi faire ? Elle leur a concédé d’emporter ses quelques meubles. Pour les rassurer. Pour qu’ils croient qu’elle les rejoindra. Mais elle se sait trop vieille, trop fatiguée pour survivre à la longue marche. N’a-t-elle pas été fidèle à l’essentiel, la dignité et l’intelligence de l’homme ? Assise sur la chaise qu’elle a tenu à garder, celle des contes, celle des rêves, alors que se rapproche les tirs des mitraillettes, elle poursuit sa lecture : « Un temps pour naître, et un temps pour… » la balle interrompt sa voix pour l’éternité. 29


Caro Mennesson Llerena

I

l est dix-neuf heures. Elle doit m’attendre. Elle s’applique à se faire belle. Elle arrange ses cheveux, mêle des couleurs improbables, sacrifie à une mode censée l’avantager. Elle se maquille. Non pas qu’elle ne le fasse jamais. Sa main, d’un geste sûr, ajoute une touche de blush et dessine avec application le contour de ses lèvres pleines, charge un peu le rimmel et le mascara au bout de ses longs cils sombres. Elle me dit parfois que le noir est mystère. À 19 h 30, elle s’affole. Parce qu’elle n’est jamais prête. Dès qu’elle s’en approche, le temps se désordonne. Elle ne trouve plus les bas clairs qu’elle déteste mais qui semblent me plaire. Elle désespère de pouvoir attacher seule son bracelet d’argent. Me maudit de ne pas être là, de ne jamais lui avoir proposé cette vie côte à côte qu’elle désire, sans l’avouer. À 19 h 45, l’inquiétude la gagne. Si je ne venais pas. Si je ne voulais plus de nous. Elle saisit le téléphone, compose les premiers chiffres de mon numéro, hésite puis finalement renonce. Pour se donner une contenance, elle arrange les fleurs que je lui ai offertes mercredi et pose le vase sur ce guéridon qu’elle affectionne. Elle s’arrête, attrape le livre qui traîne près de l’ombre du bouquet. Elle le soupèse, frêle porte-bonheur qu’elle glisse chaque matin dans son sac. Il lui tient compagnie entre deux stations de métro. À la terrasse d’un café, il gomme ce temps d’ennui quand l’autre  moi  tarde ; lorsque je débarque, elle se moque et me surnomme l’impécunieux de la ponctualité. La cloche de l’église voisine égrène sans états d’âme ses sept coups ; les portes se referment sur la messe, un samedi soir. J’avais dit : Je serai là à 18 h 30, sois prête, nous sortons. Elle revisite les offices de son enfance, le premier chant timide et glacé. Elle se refuse à penser que l ’eucharistie 30


approche, elle détourne la tête de l’horloge de la salle à manger et serre contre elle le mince fascicule. Perdue, elle sent monter la crainte, la colère et cette folle tendresse qu’elle dissimule sous de brusques accès d’indépendance et d’éloignement. M’attendre avec cette douleur sourde dans la poitrine ou bien oublier cette blessure qu’inconsciemment je ne cesse de lui infliger. Je ne suis jamais là. Elle presse encore plus fort son talisman de papier, essuie furtivement cette larme qui pointe et désordonne sa beauté. Elle cherche une chaise, s’assoit fébrilement, ouvre les pages, le signet tombe sur le tapis. Vers 20 h, je l’ai appelée, plusieurs fois. En vain. Le répondeur m’a interpellé sèchement, coupant court à mes excuses d’un bip subit. Je l’ai alors devinée, enfouissant l’incertitude de notre relation dans ce livre qui l’attendait. Immobile, accoudée, sa tête brune légèrement penchée. L’odeur tenace des roses. Les mots avaient dû la happer aussitôt. Je suis là, derrière la porte et j’hésite à brusquer sa quiétude, à l’embarquer dans la nuit, au milieu des bruits du dehors. Comment l’enlever à ce monde d’encre et de silence où elle aime à respirer. Oser lui prendre le bras, faire quelques pas dans la rue animée jusqu’à cette terrasse où nous siroterons, un martini pour elle, une pression pour moi. Je frappe, un silence. Je perçois sans l’entendre le livre qui se referme lentement, des pas tranquilles, une clé qui brusque la serrure. Oui, je veux l’emporter avec moi dans ce pas de deux que nous pratiquons souvent avec tant de maladresse. 31


Marie Paraire

M

es sandales, je les ai oubliées sur les marches. Ce n'est pas bien grave, elles ne tenaient pas à mes pieds et je n'y tenais pas non plus. C'est curieux, d'ailleurs, je dois être sacrément habituée à me passer de chaussures, parce qu'il m'a bien fallu parcourir un kilomètre pour me rendre compte que j'allais pieds nus et que je ne reverrais certainement jamais ces sandales. Non seulement parce que je n'avais aucune idée de l'endroit où je les avais laissées, mais aussi parce que je n'avais pas la moindre intention de partir à leur recherche. D'ailleurs, j'ai tout oublié, ce jour-là. Je n'avais rien de particulier à faire, et j'errais nonchalamment dans une ville que je ne connaissais pas, avec ce drôle de livre dans la besace. Alors je m'étais assise sur des marches quelconques, il faisait un temps splendide, et je m'étais plongée dans la contemplation de cet objet. Un livre, relié et tout, comme un vrai livre, mais avec des pages blanches. Un cadeau. La nana, une vieille copine perdue de vue depuis, m'avait dit : « Si tu t'ennuies, tu peux toujours l'ouvrir et y écrire ta journée, ou tes rêves, ou ta liste de courses. » Mais moi, je n'avais aucune envie d'écrire. Alors, jusqu'à présent, j'y lisais. Les gens qui passaient derrière moi devaient me prendre pour une folle, mais je préférais projeter des tas de trucs sur ces pages blanches, plutôt que de les salir de mes pattes de mouche. J'y lisais ce qui m'était arrivé, j'y lisais les dialogues que j'aurais souhaité entendre, les réparties que j'aurais aimé avoir. J'y lisais des solutions miracles à tous les problèmes du monde, et mes sourcils se fronçaient 32


presque pour m’aider à les déchiffrer. J'y lisais l'étendue des possibles, les souvenirs de livres chéris, les scènes de films adorés, j'y voyais les silhouettes se dessiner des personnages de bandes dessinées qui m'avaient accompagnée et m'accompagnaient toujours. Je ne voulais pas figer cet espace, je préférais le laisser vierge, accueillant, infini, ardoise magique perpétuelle au creux de mes mains d'éternelle enfant. C'est comme si je refusais de voir mes histoires bridées, lacées, enfermées, achevées du talon à la pointe des orteils, surtout. Je les fuyais comme les chaussures. Pieds nus, on est toujours tellement plus libre. Mais peut-être qu'on va moins loin. Pendant que j'étais sur ces marches, perdue dans la contemplation du rien, j'essayais d'oublier, et j'y suis parvenue. J’ai oublié mon train. Mon téléphone, aussi. Je l’ai cherché partout jusqu’à ce qu’il se mette à sonner. La réalité m’a rattrapée et, quand j'ai eu sa voix juste au creux de ma main, j'ai oublié le temps, les rues et mes sandales. Mue par un instinct un tantinet vandale, j'ai griffonné la page que j’avais sous les yeux et me suis dit « Merci ! », j'arrête de lire ma vie dès aujourd'hui.

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Pierre Sureau

E

lle sait lire le ciel quand de sombres nuages viennent voiler le Soleil, elle sait aussi ce que dit la Lune, elle sait quand semer sans blesser la terre, elle sait l ’instant précis où il faut libérer le fruit de sa branche, quand la noix va s’extraire de sa gangue… Elle sait lire le mystère de la nuit et chacune des étoiles, elle sait lire le chemin de tous les animaux de la forêt, de l’infime moucheron, de l’escargot à pointe des bois au grand cerf… Elle sait qu’il ne faut pas abattre l’arbre mort, arracher ses racines, pour que les lucanes et le rhinocéros viennent enfin à naître, après des années de gestation, dans le printemps finissant… Elle sait lire le peuple du frais ruisseau où elle glisse ses pieds avec sensualité, parle à l’hydrophile, à la phrygane dans son costume de bois, à la grenouille rieuse et au triton palmé… Elle connaît mille langages silencieux, mille signes de ceux qui n’usent pas de la parole… Elle sait lire chaque parfum de fleur, les plantes qui soignent et celles qui tuent, les sauvages et les simples, ne sait pas ce qu’est une herbe mauvaise... Elle sait guérir les blessures, les bleus à l’âme et quelques petites brûlures… Elle sait lire le merveilleux chant du merle mais préfère celui de l’accenteur mouchet… De tous les arbres de la contrée, elle sait le nom de baptême… Elle ne sait pas lire le temps des horloges mais sait toujours l’heure qui sonne, l’heure des crépuscules, de l’aube blême, du zénith, de la faim et de l’amour qui vient torturer son corps d’albâtre… Elle sait lire les 34


hommes et leurs misères, elle sait lire de la femme le jour où l’enfant naîtra, s’il sera petit homme ou petit bout de fée…

Elle sait lire les murs des maisons qui ont vécu, celles et ceux qui les hantent, l’objet vieilli, la porte close sur le passé, la larme séchée devant la croix de pierre… Elle devine la joie, même cachée, le mensonge et la traîtrise aussi. Elle sait pourtant qu’elle ne peut rien contre la haine… Elle sait me lire, elle sait me consoler, me donner courage, me faire relever la tête devant l’adversité… Elle sait lire tous mes désirs, mes envies qui ne vont que vers elle. Elle sait me faire taire quand je lui dis qu’elle est trop belle pour moi avant de faire vibrer ce pauvre corps. Elle sait aimer comme personne, du vilain crapaud au prince esseulé, mais ne sait pas orthographier le verbe « aimer ». Elle sait lire tout cela et bien plus encore… Elle sait lire, elle sait lire,… Elle ne sait pas lire les mots, les noms et les verbes, les mots des journaux et des livres, du code civil et du dictionnaire… Quel besoin en aurait-elle, celle que j’aime ? Celle que je couvre de mes mots silencieux quand elle a froid. 35


Corinne Saint-Mleux

I

l doit être deux heures de l'après-midi. L'été, lourd et écrasant, approche de sa fin. Les jours raccourcissent. La terre desséchée de l'oliveraie attend impatiemment les pluies d'automne.

Mais Marguerite, un joli chapeau de paille sur la tête, se laisse bercer par la brise légère qui souffle à l'ombre d'un olivier millénaire, assise à même la terre ocre rouge. À ses côtés, un panier d'osier blanc recueille mille fleurs des champs, ramassées plus loin, avant qu'elle ne s'installe au pied de cet arbre majestueux. Peut-être s'est-elle assoupie et rêve-t-telle. Ou alors voyage-t-elle au gré des signes, des mots, des phrases rencontrés dans son précieux livre. Parcourt-elle cet ouvrage pour la première fois ? Non, elle ne s'est pas endormie. Marguerite tourne une page, doucement, puis une autre, sans jamais s'arrêter, savourant pleinement le texte. Soudain elle lève la tête. Imagine-t-elle une scène de son livre, les yeux tournés vers le ciel ? Puis elle reprend sa lecture. Un merle chanteur achève ses vocalises non loin d'elle. 36


Le temps passe, inexorablement, et avance à son rythme infaillible. Plusieurs heures se sont écoulées depuis le moment où elle s'est assise contre le vieux tronc noueux de son olivier. Enfin, elle semble tourner la dernière page, émue, puis referme le livre. Elle a fini. Le soleil étend ses longs rais de lumière entre les branches des arbres tortueux, allongeant les ombres fantasmagoriques sur le sol. Le merle est parti. Marguerite semble mélancolique. Elle porte sa main à son visage pour essuyer une larme timide. Elle songe, son regard porté au loin. Que s'est-il passé à la fin de son livre ? L'histoire a-t-elle mal fini ? Fut-ce un drame, une tragédie ? Ou au contraire, un dernier chapitre débordant de bonheur qu’elle aurait bien vécu ? Car vivrait-elle sa vie par procuration dans les livres ? Peut-être que sa vie n'aurait pas été pleinement comblée ? Que fait-elle ici, seule, dans cette oliveraie ? Marguerite se lève et réajuste son corsage. Ses fleurs ont triste mine. Combien de temps estelle restée assise ici. En tous les cas, assez de temps pour que ses fleurs dépérissent. Amèrement, elle les jette au sol. Puis elle marche pour disparaître au loin derrière une petite hutte de berger en pierres blanches. Et le soleil s'enfuit lentement, laissant derrière lui dans le ciel ses roses étendus sur l'oliveraie qui s'endort. 37


Vincendières

O

n rentre. Où ? En général on dit chez nous, avec cette paisible assurance de ceux qui regagnent leur petit confort quelques jours délaissé, qu’ils cajolent en esprit et chauffent de leurs rêves, immuable, de toute éternité. C’est à ça qu’il doit penser là, debout devant la fenêtre ouverte, à tirer sur son clope avec la mélancolie qui s’impose, car ça pose son homme une fenêtre et une cigarette… Et à suivre du regard les trains qui passent – charme de l’Hôtel de la gare… Il ne s’est même pas dévêtu. Pas rafraîchi. Rien. Non que je désire et surtout à cette heure le voir en caleçon, mais la longueur du trajet, la chaleur, tout cela fripe sans pudeur visage et chemise… Moi, j’ai trop chaud. Il aspire une bouffée. Lentement, comme s’il réfléchissait, puis il recrache la fumée. Il va briser le silence. Car il se fiche que je lise ou fasse semblant. Il va me répéter ce qu’il m’a déjà expliqué trois fois au cours du trajet, dans ce compartiment poisseux et assez fort pour que les autres passagers puissent entendre : que c’était somme toute une belle cérémonie… « À la fois, vois-tu, prodigue et retenue… » Il se délecte de ses mots, qu’il fait mine de chercher, alternant hésitations et brusques envolées inspirées. « …pleine de cette conscience de supériorité qui fait notre sang… On a quêté mes avis, loué mon sérieux, la probité dont je fais preuve… Et au fond le choix que j’ai fait pour ma fille de cet entrepreneur à peine enrichi, et que nous allons dorénavant appeler notre gendre, ce choix dis-je, qui pouvait sembler 38


un peu audacieux, est sans conteste le meilleur que j’aie jamais fait… » Il tira une nouvelle fois longuement sur sa cigarette. « Me voilà le tronc solide d’une fière et prometteuse lignée dont ils n’auront, notre fille et lui, pas à rougir. Et dont ils pourront même s’enorgueillir… » Il continue, mes oreilles bourdonnent… Le voyage sans doute. J’ai l’impression d’entendre encore le tumulte du train et je sens même, quoique consciente d’être assise immobile sur mon fauteuil, son écœurant roulis… Mes oreilles bourdonnent, mon esprit s’évade et, alors qu’il continue de s’écouter, docte et satisfait, je songe que c’est sans doute comme cela que l’on voyage dans la vie, glissant sur les rails, d’une gare à l’autre des saisons. Sanglé. Dans un complet bien choisi et des mots taillés comme il faut, qui tombent bien, sans ourlet apparent… Pas comme ce que je lis, ou fais mine de lire pour retarder les moments où il va me parler. Car quand on lit ce sont des mots de vérité. Des mots nus. Comme seule la littérature en fait. Des phrases veinées, sèches ou charnues, des phrases qui respirent et râlent, majuscules dans la boue des morts, cadences au ciel… Des mots nus. Parce qu’on est nu si l’on y songe. Dans le voyage de la vie, pauvres bêtes que nous sommes. Nus à la naissance froide du matin. Devant le crépuscule sans route. Nus au midi plein de bruit. Au midi devant tes mots que je n’entends pas, ne comprends pas, devant ta main qui cherche moite la mienne. Et le soir aussi, la nuit, qui digère sans un mot nos gargouillantes animalités…

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Anne Voyer

V

oyons voir ce que nous dit ce vieux grimoire : Un chaudron, une cuillère en bois, un alambic, un entonnoir, un chinois, une vieille bouilloire

Voici pour les accessoires ! Par une nuit de pleine lune Prendre 3 pincées de poivre noir, les piler jusqu’à n’en plus pouvoir 3 gingembres frais émincés

3 bâtons de cannelle émiettés 3 noix de muscade râpées 1 quade de rosée de printemps Amener à ébullition, retirer de la flamme dès les premiers sursauts. Faites-vous un thé, et pensez à un être aimé, votre vieux chat peut faire l’affaire.

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Lorsque la préparation a refroidi. Ajouter : Une poignée de pétales de rose blanche en disant « Amour » Une poignée de pétales de rose jaune en disant « Toujours » Une poignée de pétales de rose rouge en disant « Amour » Distiller ! Aux premières lueurs de l’aube, transvaser dans un flacon bleu nuit, laisser reposer pendant 28 jours sous la mousse, au pied d’un vieux chêne. Stocker à l’abri de la lumière en évitant les écarts de température. Cet élixir peut se conserver 50 ans et 2 jours. 50 ml dans un vin partagé vous liera pour l’éternité « Le premier qui passera sera le bon… Hi hi hi !» 41


Michel Westrade

F

usant de la fenêtre plantée devant moi, le soleil dore les murs de ma chambre, les courtines du lit, les fruits reposant sur la couverture aux motifs turcs.

La lettre me brûle les mains. Voilà deux jours que, de bon matin, je l’ai prise sur ce meuble, dans le couloir d’entrée de la maison. Je n’ai jamais fait ça. Cet après-midi, je n’y tiens plus. Je l’ouvre ; elle reçoit le soleil en pleine page. C’est comme si un mélange d’odeurs, poivre, cannelle, muscade montait vers moi. Cette lettre vient de Malacca, écrite il y a presque un mois. Il décrit son installation là-bas, en ces terres lointaines de nos Indes orientales, pour laquelle il a embarqué au début du printemps. Dieu, quel climat ! On y étouffe d’une chaleur moite, des insectes peuvent ramper sous votre peau et la garnir de pustules, la végétation luxuriante recèle des arbres précieux, mais aussi des fauves redoutables. Je préfère mon plat pays, ses immenses prairies veinées de cours d’eau, son ciel gris, même si j’y perds en couleurs, en odeurs et s’il n’y a pas ici d’oiseaux au plumage d’arc-en-ciel. Et tout à coup, il me faut m’asseoir sur la courtepointe. Suis-je encore ici, devant la fenêtre à meneaux aux vitres traversées de filets de plomb, sur laquelle une tenture rouge repose nonchalamment ? Je dois continuer à lire. 42


Et maintenant, Greta, il te faut m’entendre, car j’ai besoin de te dire ces sentiments que tu as éveillés en moi, ce pourquoi je n’ai plus de repos. Tu n’as pas à t’offusquer de ce que toi-même as fais naître. Mais peut-être m’as-tu deviné par mes regards, mon comportement, mes empressements ? Je brûle pour toi et tu es la première à avoir éveillé en moi ce sentiment. T’écrivant, je revois tes yeux gris, ton front dégagé, tes cheveux blonds en chignon ou retombant, frisottant pour encadrer ton visage. Et il n’existe pour moi figure plus délicate. Tu m’as souvent vu affligé de tristesse et en semblais étonnée. Maintenant, tu connais la cause de cet état. Ma vie est à toi. Il dépend de toi de me rendre heureux ou le plus à plaindre des hommes. Réponds-moi. Si tu ne le fais pas, je te croirai fâchée et ne le supporterai pas. Mon cœur est à toi, ma vie est à toi et il n’y a pas de passion plus ardente et en même temps plus pure que la mienne. Le vent du Nord s’est levé, le soleil commence à baisser. Revenant du port, des marins passent devant la maison et j’entends leur verbe haut et rauque. Mais suis-je encore ici ? Cette lettre me brûle les mains. Je la tiens maintenant contre ma poitrine, des larmes me viennent. Que vais-je faire de cette lettre envoyée à ma sœur, morte il y a quinze jours ?

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H. WIZETT

U

n après-midi d’orage. Je ne pouvais rêver mieux pour éveiller la colère enfouie au fond de moi, la divulguer à cette terre, à ce bout de bled perdu enfin recouvré. Tempérer l’amour, la haine, des sentiments qui se mêlent aux éclats spontanés des enfants dans l’arrière-cour. Désir inespéré, me perdre corps et âme dans ce somptueux prélude de la pluie qui s’unit au soleil. La fenêtre est grande ouverte. Un lourd voile ocre recouvre le paysage. Les ombres des arbres ondulent sous la puissance du Sirocco. Le temps commence à se gâter. Tant mieux ! La nature est en rage d’inspiration, le fait savoir, sans subterfuge. Une « complicité » tombée du ciel telle une faveur inattendue, brute et curieusement réconfortante. Une aubaine qui s’accorde harmonieusement à mes sensations. Des éclairs fendent la pénombre de la chambre, larguent à intervalles des étincelles d’espoir. Le tonnerre bienveillant rend un hommage assourdissant à notre histoire, à tes cruels aveux, à tes mots insensés. Exquise solitude. Consolatrice. Rien ne semble arrêter le souffle libre, entêté du vent. Il se pose sur mes épaules dénudées, me rafraîchit, me libère subtilement de toute oppression. Je suis retournée au pays. J’avais besoin de lumière, de chaleur, de quiétude, de cette précieuse poussière qui effleure amoureusement la peau… J’avais besoin d’Afrique tout simplement. La grisaille de Montréal a fardé mon cœur d’idées obscures, m’a changée. Je suis peu à peu devenue une ombre perfide, échappée des rues glacées. Une âme morte déambulant, sur le chemin de mes désillusions. 44


J’ai tenté de me persuader que tout cela n’était qu’un long cauchemar. Fuir, ne plus jamais revenir. Oublier pour toujours l’uniformité des jours de givre, mes stupides prières, cet exil, mes âpres tourments. Je n’ai rien emporté avec moi, à part ce livre que tu n’as vraisemblablement jamais ouvert. Je l’ai pris la veille de mon départ. Le hasard a voulu que je choisisse entre tant d’autres cette ancienne édition du Comte de Monte-Cristo. La couverture en cuir singulièrement intacte a d’abord attiré mon regard puis l’odeur particulière de ce vieux manuscrit a définitivement mis un terme à mes hésitations. J’y ai découvert avec surprise un papier jauni, froissé… une lettre datée de plus de quarante ans. Elle commence par : « Ma petite Maman chérie… ». Son contenu déconcertant, un secret qui a ton âge, me bouleverse encore. Depuis plusieurs jours, j’accomplis, assise derrière la fenêtre, ce rituel nouveau de relire toutes ces lignes invraisemblables. Tu n’en sauras jamais rien. Tu ne mérites pas de connaître la vérité. J’ai vécu des années dans le mensonge. C’est maintenant ton tour. Tu n’es et ne seras jamais ce que tu prétends être. Ta vie n’est qu’un chapelet de tromperies, de lâcheté, d’aberrations. Cette sentence suspendue au crépuscule de ta vie est ma revanche à moi. Quels mots étranges ! Je ne te pardonnerai jamais. Ce n’est pas un vol, encore moins une profanation. C’est une simple vengeance dictée par l’orage.

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LES AUTEURS Fabienne Botto-Rivayran Depuis 2007, Fabienne Botto-Rivayran consacre à l'écriture le temps qu'elle parvient à voler à ses activités professionnelles. Elle aime particulièrement le rire de ses filles, la première tasse de thé dans le silence de l'aube, le vin en bonne compagnie et la douce présence des livres sur sa table de nuit. Elle a publié six ouvrages et plusieurs nouvelles en recueils collectifs. Tout est là : https://atelierfabeli.jimdo.com/

Irène Ceglinsky Irène Ceglinski, ex-professeur de langues : née d 'un père polonais qui affirmait qu'en Russie les nuages sont plus grands qu'ailleurs et amoureux de la forêt de Chichkine qu'il m'a transmise en imaginaire, et d'une mère portraitiste et parisienne à la mondanité d'un Jacques Emile Blanche. Pas d'enfants. Un goût tout personnel pour les mots malgré l'avertissement de Queneau à travers le perroquet Laverdure : « Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire. »

Noëlle Corno Elle aime créer des univers qui lui offrent la possibilité de transposer des expériences vécues sur des personnages fictifs. Quelles traces laisser ?... Quelles traces chercher ?... Éternelles questions, fil rouge de cette histoire. Deux femmes, à deux époques éloignées l’une de l’autre, tentent, chacune à sa façon, de faire face à l’obsédante fuite du temps qui passe. Noëlle Corno réside près de Nantes depuis vingt ans. Elle pratique cette rigoureuse discipline qu’est l’écriture de nouvelles, exercice qui rend tangible la difficulté à réaliser cet art de la concision. 46


Laetitia David J'ai toujours écrit mais j'ai jamais pensé à être écrivain, ça me semblait beaucoup trop ambitieux. Donc à défaut je me suis dis que je serai un grand écririen. Je n'ai pas ce labeur nécessaire ni cette rigueur qui habille l'écrivain. Je suis hédoniste. « J'ai été Homère ; bientôt, je serai Personne, comme Ulysse ; bientôt, je serai tout le monde : je serai mort. » L'Aleph de Jorge Luis Borges .

Fabrice Deprez Membre de l’association Poètes en Berry. Acteur amateur dans la compagnie Maléluka. Enfant, il n’aimait ni les cours de français ni la lecture. Mais il a eu un véritable déclic, en seconde lorsqu’il a participé au Prix Goncourt des Lycéens. S’intéressant d’abord à la Science Fiction, en mûrissant il s’est ensuite tourné vers la poésie. « Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter. » Cioran

Charles Duttine Charles Duttine enseigne les lettres et la philosophie, partagé entre la fantaisie littéraire et la rigueur parfois cristalline de la pensée. Depuis peu, il se passionne pour la fabrique artisanale de l’écriture, celle de textes brefs, nouvelles, courts romans, et de temps à autres la manufacture d’articles sur ce qu’il aime. Plusieurs recueils collectifs, revues ou sites ont bien voulu l’accueillir. https://www.facebook.com/charles.duttine

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Michelle Faucher Mon premier est le mobilier le plus douillet de ma maison. Mon second est la charpente épousant la forme de la carène d'un bateau. Mon troisième est la boisson la plus réconfortante, froide comme chaude. Mon tout représente ce qui m'est le plus cher au monde après ma famille. 1- lit - 2- ber - 3- thé - LIBERTÉ

http://www.aneguenillou.fr/

Sabine Huchon J'ai 48 ans, je suis née « Chti », mais suis devenue normande, un peu écolo sur les bords, amoureuse de la mer et des livres. Aujourd'hui je suis donneuse de voix pour : http://www.audiocite.net/ Je fais aussi des corrections de textes normands pour l'association : https://www.la-piterne.fr/ Et du tricot pour les prématurés… Et de la gravure sur œufs… Il faut sans discontinuer que mes mains soient en activité. Mes sites : http://jattendsdoncjelis.unblog.fr/ http://petiteshistoirespourlesenfants.unblog.fr/

Philippe Leroyer Mon père, confondu par les extravagances de la connerie humaine, laissait parfois tomber « Il faut de tout pour faire un monde » tandis que ma mère me pressait de finir mon riz parce que des enfants aux antipodes mouraient de faim. Aussi comment aurais-je pu ne pas souhaiter que la noirceur du monde laisse place à l’harmonie et au bonheur ? Pour autant, si l’humanité avait suivi cette voie, où aurais-je trouvé matière à écrire mes petites histoires ?

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Armelle Mabonzo Je m'appelle Armelle Mabondzo. J'aime entre autres les livres, la musique, la langue française et les langues étrangères. « Prenez un mot prenez-en deux faites-les cuir' comme des œufs (...) saupoudrez de quelques étoiles poivrez et puis mettez les voiles où voulez-vous en venir ? À écrire Vraiment ? à écrire ??? » Raymond Queneau

Caro Mennesson Llerena J’écris depuis… des années. Poèmes jusqu’à ce que la fiction prenne le pas sur l’écriture poétique. Quelques prix, des publications et des rencontres, des ateliers d’écriture, la création d’un journal de fiction brève avec une tribu d’amis illustrateurs, écrivains, autres. Se frotter à des imaginaires différents. Et toujours l’interrogation sur l’écriture et sur ce qu’elle transmet, émotion et lien avec l’autre. Le Nord de ma boussole. Ou le Sud. http://lesheuresdecoton.canalblog.com/

Marie Paraire Autrice en permanent devenir, je procrastine la tenue d'un blog  https://youpiland.wordpress.com/  et l'achèvement d'un premier roman (qui traitera de la timidité). Écrire est probablement une des choses que je fais le mieux, mais remettre au lendemain cette saine activité est sans conteste mon domaine d'excellence, j'y réussis admirablement. J'encourage donc chacun-e à me houspiller par tous les moyens à sa disposition pour remédier à ça, car j'ai bien l'intention d'émouvoir et de faire rire avant que de mourir, car... tout a une fin, sauf le saucisson qui en a deux (proverbe danois). 49


Pierre Sureau Il avait un tel souci de ne pas causer de dérangement qu’il referma la fenêtre derrière lui, après s’être jeté dans le vide du haut du sixième étage. Univers zéro et autres nouvelles  Jacques Sternberg Le rêve, « dieu des sauvages », disaient les anciens missionnaires, comme un mercure subtil a toujours glissé entre mes doigts. Triste tropiques  Claude Levi-Strauss J’aime les écritures qui coulent, qu’elles soient hiératiques, ésotériques, perverses, polymorphes ou unilatérales. H. Miller

Corinne Saint-Mleux Attirée très jeune par les arts plastiques, elle pratique le modelage et le dessin. Après une expérience d'infographiste, elle décide de s'éloigner de l'univers des start-up pour installer, en 2006, son atelier dans le Cher où elle travaille la céramique. Parallèlement, elle perfectionne la technique de la linogravure, du dessin d'illustration jeunesse, et s'exerce également à l'écriture.

Vincendières Gilles. Alpes. L’art vrai parle sans doute aux hommes sous le ciel immense. L’écriture ? Une respiration entre deux pierres ; une échancrure sur la lisière ; quelque chose comme la brise parlant en sourdine d’eaux vives et d’herbes sèches, plus intelligible toutefois que les braillements en costumes du monde… 50


Anne Voyer Écrire, quelle drôle d’idée ! Petite, je devais lire beaucoup pour écrire mieux. C’est ce que me recommandaient mes institutrices. Alors j’ai lu énormément, j’ai appris par cœur mais l’écrit restait compliqué. Maintenant, je sais que je suis dyslexique, alors, les mots, je n’en mets pas beaucoup dans mes textes. Mais je les mets quand même. « Il faut cultiver son jardin . » Candide ou l’Optimisme  Voltaire

Michel Westrade Michel Westrade, originaire de Tournai, est auteur de nombreux recueils de poésie et de nouvelles fantastiques :  Noirs quarts d'heure  Éditions Chloé des Lys  De pluie, de Bretagne et d'elle  Éd. Les Pierres  Suite bretonne  Éditions Chloé des Lys. Tournai  Isa-Breizh  Éditions Les Pierres. Tournai. 2005  Ethers noirs  Éd. Chloé des Lys. Novembre 2013  Numéro Zéro  en collaboration avec Jean-François Van Haelmeersch Il nous a quittés en décembre 2016. Il était membre d’Unimuse.

H. Wizett J'habite et je travaille en Algérie. Férue de littérature, toutes époques confondues, je m'adonne de temps à autre à la poésie, une passion qui me libère divinement du lourd poids des contraintes. L'écriture, la lecture, sont pour moi essentielles. Une citation d'Elsa Triolet me vient logiquement à l'esprit et illustre de manière claire ma pensée : L'écriture, la plus noble conquête de l'homme. 51


L’ÉQUIPE RÉDACTRICE EN CHEF Caro Mennesson Llerena

ILLUSTRATRICES Bénédicte de Sousa IsaR

PHOTOGRAPHE Val Tilu

CORRECTEURS Jean-Claude Laplanche Caro Mennesson Llerena Isabelle Mennesson

MISE EN PAGE Caro Mennesson Llerena Flora Mennesson Isabelle Mennesson Anne Voyer 52


COMPTABILITÉ Anne Voyer

SECRÉTARIAT—COMMUNICATION IsaR

WEBMESTRE Oscar Lacayo

LOGO Fabian Latorre

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Lu si…

Édité par Autour du court, association régie par la loi 1901. Le Pain Perdu 18340 Plaimpied Givaudins

ass.autourducourt@gmail.com

http://assautourducourt.canalblog.com

https://www.facebook.com/ass.autour.du.court/

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Profile for autourducourt

Lu si ... 11  

Lu si ... 11  

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