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BEAUDET AURELIE Université Catholique de l'Ouest Institut des Sciences de la Communication et de l‟Education d‟Angers Année universitaire 2009 - 2010 MASTER 1

MEMOIRE DE RECHERCHE SPECIALITE : Information et communication Parcours : Information et communication dans l‟espace local et régional

Internet peut-il être désigné comme le nouveau médiateur entre candidats et citoyens, tant sur le plan informatif que participatif, dans le cadre des élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire ?

Directeur de mémoire : Jean-Michel SAILLANT Session : Septembre 2010


Charte de non-plagiat

Je, soussignée Aurélie BEAUDET, étudiant(e) à l'ISCEA en 2009-2010, certifie que le texte présenté comme dossier (validé officiellement dans le cadre d'un diplôme d'Etat) est strictement le fruit de mon travail personnel. Toute citation (sources internet incluses) doit être formellement notée comme telle, tout crédit (photo, illustration diverse) doit également figurer sur le document remis. Tout manquement à cette charte entraînera la non prise en compte du dossier.

Fait à Angers le 1er septembre 2010

Signature Aurélie BEAUDET


Remerciements

Je tiens tout particulièrement à remercier chaleureusement Jean-Michel SAILLANT pour ses précieuses pistes de réflexion, son implacable et subtile pédagogie qui ont su me conduire vers un raisonnement de plus en plus élaboré, son infinie patience, sa curiosité toujours en éveil, sa grande humanité et son extrême gentillesse. Merci d’avoir toujours su trouver les mots et le temps pour me guider.


Problématique

BEAUDET AURELIE Université Catholique de l'Ouest Institut des Sciences de la Communication et de l‟Education d‟Angers Année universitaire 2009 - 2010 MASTER 1

MEMOIRE DE RECHERCHE SPECIALITE : Information et communication Parcours : Information et communication dans l‟espace local et régional

Internet peut-il être désigné comme le nouveau médiateur entre candidats et citoyens, tant sur le plan informatif que participatif, dans le cadre des élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire ?

Directeur de mémoire : Jean-Michel SAILLANT Session : Septembre 2010

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Table des matières Introduction ........................................................................................................... 3 Chapitre 1 : L‟usage du Web 2.0 en politique suscite des interrogations ............. 5 1.1 La terminologie « Web 2.0 » : un Web « participatif » ? ............................................... 5 1.2 Rapport entre politique et nouvelles technologies : une relation déjà ancienne ............ 8 1.3 Les élections américaines de 2008 : une véritable innovation des pratiques politiques vers une participation des électeurs sans précédent ? .......................................................... 10 1.4 Référendum de l‟Union européenne face au cinquième pouvoir des citoyens : un semblant de bottom up ? ...................................................................................................... 14 1.5 Présidentielles françaises de 2007 ponctuées par la professionnalisation des pratiques Web .............................................................................................................................. 17 1.6 Elections européennes de 2009 : volonté des hommes politiques à communiquer en réseau ? .............................................................................................................................. 21 1.7 L‟avènement perpétuel du web à chaque campagne électorale ................................... 25

Chapitre 2 : Méthodologie................................................................................... 29 2.1 Rappel de la problématique .......................................................................................... 29 2.2 Choix méthodologique et recueil de données .............................................................. 29 2.2.1 Positionnement méthodologique : une approche empirique ................................. 29 2.2.2 Choix des objets étudiés ........................................................................................ 30 2.2.3 Méthode de recueil des données ............................................................................ 32 2.2.4 Analyse des données et questionnement ............................................................... 33 2.2.5 Les différentes interrogations à analyser ............................................................... 34

Chapitre 3 : Entre questionnements et confrontation au terrain.......................... 35 3.1 Web et message de fond des politiques : quelle est la place accordée aux contenus ? 36 3.1.1 Le site de campagne des candidats : un outil qui apparaît essentiel pour chaque parti. Qu‟en est-il de son usage, et plus particulièrement de son contenu ? .......... 38 3.1.2 Une présence importante des candidats sur les réseaux sociaux. Mais ces derniers incluent-ils également du contenu institutionnel ? ................................................ 43 3.2 Internet réalise t-il la vieille utopie selon laquelle chaque citoyen, quel qu‟il soit, puisse participer à la prise de décision en donnant son avis ou avoir un accès précis à l‟information, comme le supposerait l‟usage du Web ? ...................................................... 52 -1BEAUDET Aurélie


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3.2.1 Le site internet des candidats : un outil participatif? ............................................. 53 3.2.2 Une présence importante des candidats sur le Web 2.0, dit « participatif ». Mais qu‟en est-il réellement de cette participation ? ...................................................... 57

Conclusion : d‟un Web 2.0 vers une participation politique française Web 2.0 65 Bibliographie ....................................................................................................... 68 Annexe.................................................................................................................... I Annexe 1 : Analyse de la présence sur Facebook et Twitter de Christophe Béchu et Jacques Auxiette (en date du 16 mars 2010) ......................................................................... I

Résumé .................................................................................................................. 1

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Introduction En 2008, les élections présidentielles américaines ont montré tout l‟intérêt de l‟emploi des réseaux sociaux dans les stratégies politiques : une possibilité de mobiliser, fédérer les internautes vers un avenir commun. En France, sphère politique et internet se sont intimement rapprochés lors du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe en 2005, notamment par les partisans du « non ». Aujourd‟hui, cette même sphère politique a su entièrement s‟emparer du Web, que se soit via les blogs, les sites internet, et plus récemment les réseaux sociaux. Le propos de ce mémoire sera justement d‟analyser l‟usage du Web lors des élections régionales de 2010, plus précisément à travers les candidatures au sein des Pays de la Loire de Christophe Béchu (Union pour un Mouvement Populaire) et Jacques Auxiette (Parti Socialiste). Puisqu‟au fond, à quoi sert internet dans la sphère politique ? À tendre vers une meilleure visibilité, un terrain supplémentaire sur lequel se doivent d‟être présents les candidats ? Ou plutôt à tendre vers un modèle idéal, celui d‟un forum romain, où les internautes ont la possibilité de faire remonter leur regard, leur opinion, leurs idées afin de proposer aux candidats politiques une meilleure administration de la cité ? Dès lors, la véritable question serait de se demander ce que recherchent les utilisateurs, c‟est-à-dire les candidats, dans le cadre d‟élection, à travers l‟usage de ces réseaux et systèmes d‟information qui permettraient une grande interactivité entre sphère politique et citoyens. Ces réseaux permettent-ils ainsi de mieux informer ? De favoriser une meilleure influence auprès des candidats ? D‟améliorer la participation des internautes aux pistes de réflexion des candidats ? Autant de questions qui soulignent déjà la difficulté de définir les modalités, les motivations de ces candidatures en ligne. Aujourd‟hui, cette société de l‟information et de la communication est composée de citoyens recherchant du sens, des explications concernant les actions effectuées autour d‟eux, une transparence des actes de leurs élus. Ainsi, internet seraitil ce nouveau médiateur, entre hommes politiques et citoyens, qui permettrait de favoriser un meilleur échange, une transparence plus grande ? L‟objet de cette étude vise à mieux saisir, à mieux identifier l‟usage du Web par les hommes politiques. C‟est donc dans un contexte d‟élections régionales que ces recherches se -3BEAUDET Aurélie


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sont effectuées, via l‟étude de deux candidatures : Christophe Béchu et Jacques Auxiette. Ainsi, après être revenu sur la lente émergence du Web au sein de la sphère politique et avoir analysé l‟ensemble des usages en ligne des candidats, étudiés dans le contexte des élections régionales, cette étude questionne sur le véritable usage que font ces hommes politiques de ces nouveaux supports. Il s‟agit donc de comprendre comment les candidats envisagent l‟usage du Web via la question suivante: Internet peut-il être vu comme le nouveau médiateur entre candidats et citoyens, tant sur le plan informatif que participatif, dans le cadre des élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire ? Nous débuterons cette étude en analysant la progression de l‟usage d‟internet par les hommes politiques au fur-et-à-mesure des années : d‟un Web citoyen lors du référendum de 2005 jusqu‟aux élections américaines de 2008 majoritairement tournées vers Internet. Dans un second temps, il sera de rigueur de présenter la méthodologie utilisée tout au long de cette étude afin de mieux cerner le cheminement de la réflexion et les hypothèses qui en ont découlé. Après avoir posé les principes de cette réflexion, cette dernière partie est accordée à l‟analyse de notre objet d‟étude : l‟usage du Web par les candidats aux élections régionales de 2010. Entre analyse de leurs usages et les ressources dont internet regorge, nous analyserons la dichotomie entre les possibilités que propose internet et la réelle utilisation faite par les candidats lors des élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire.

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Chapitre 1 : L‟usage du Web 2.0 en politique suscite des interrogations

1.1 La terminologie « Web 2.0 » : un Web « participatif » ?

Ces dernières années, la terminologie « Web 2.0 » émane de toutes les bouches, à tous les coins de rues, dans toutes les discussions. À tel point qu‟on ne peut aujourd‟hui parler d‟internet sans sa ritournelle « Web 2.0 ». Lors des précédentes élections, les européennes de 2009 ou les élections présidentielles américaines de 2008, pour ne citer qu‟elles, internet s‟implante de plus en plus au sein des coutumes et us politiques de l‟ensemble des candidats, en prônant l‟utilisation de ce fameux « Web 2.0 ». Mas qu‟est-ce que le Web 2.0 ? Il paraît pertinent d‟analyser cette phraséologie, si récente mais pourtant tellement imprégnée au sein des mœurs et langage quotidiens de chacun.

Le « Web 2.0 » est un terme évoqué pour la première fois en 2003 par Dale Dougherty, co-fondateur de O‟Reilly Media, société d‟édition américaine. Néanmoins, le « Web 2.0 » a véritablement été répandu et promu en 2004 par Tim O‟Reilly. Ce dernier, éditeur spécialisé en technologies internet et organisateur de séminaires pour les développeurs informatiques, a rédigé un article décrivant la conférence portant sur le Web 2.0. Cette conférence avait pour but principal de guider une industrie encore perturbée par l‟éclatement de la bulle internet en 2001. Initialement, le Web (appelé Web 1.0) proposait des pages statiques et rarement mises à jour. Mais en 2005, la terminologie « Web 2.0 » s‟est véritablement popularisée. Tim O‟Reilly définit le Web 2.0 ainsi : « Web 2.0 is the network as platform, spanning all connected devices; Web 2.0 applications are those that make the most of the intrinsic advantages of that platform: delivering software as a continually-updated service that gets better the more people use it, consuming and remixing data from multiple sources, including individual users, while providing their own data and services in a form that allows remixing by others, creating network effects through an "architecture -5BEAUDET Aurélie


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of participation," and going beyond the page metaphor of Web 1.0 to deliver rich user experiences. »1 En d‟autres termes, le Web 2.0 regroupe un ensemble d‟applications qui accélère l‟échange et la notion de réseau. Le Web 2.0 repose essentiellement sur des applications dites « d‟intelligences collectives » : la gestion, la compréhension et la diffusion de données produites par les internautes en temps réels. Les applications en réseau sont l‟un des sous domaines de cette intelligence collective recherchée : « Beaucoup de gens comprennent aujourd’hui cette idée dans le sens du «crowdsourcing», à savoir qu’un grand groupe de personnes peut créer une œuvre collective dont la valeur dépasse de loin celle que peut produire n’importe quel participant individuel. Le Web dans son ensemble est une merveille de crowdsourcing, comme le sont les places de marchés telles qu’eBay et Craigslist, les collections de divers médias tels YouTube et Flickr, ou encore les vastes collections de flux d’activités personnels que l’on produit sur Twitter, MySpace et Facebook. »2 C‟est là le principe majeur du Web 2.0 : un Web participatif et collaboratif. Outre cette intelligence collective, le Web 2.0 est considéré comme une plateforme d‟échange entre les divers internautes, ceux du monde entier : « Quand nous avons lancé les rencontres “Web 2.0″, nous affirmions que “le Web est une plateforme”. Depuis, des milliers d’entreprises et des millions de vies ont été changés par les produits et services reposant sur cette plateforme. Mais 2009 marque un tournant dans l’histoire du Web. Il est temps de tirer parti de la véritable puissance de la plateforme que nous avons construite. Le Web n’est plus une industrie en soi, le Web est dorénavant le monde lui-même. »3 Considérer le Web comme le monde lui-même semble peut être relativement prétentieux, néanmoins il est vrai que cet outil de communication réussit à regrouper sur des plateformes, au sein de réseaux sociaux divers et variés, un grand nombre d‟internautes du monde entier.

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O‟REILLY, 2005 O‟REILLY Tim, 2009, p.4 3 O‟REILLY, 2009, p. 12 2

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Ces internautes participent eux-mêmes à la création de données, que se soit sur les sites encyclopédiques tels Wikipédia ou ceux du e-commerce collaboratif tels Ebay ou Amazone : ces sites restent toutefois des sources de données inaltérables, régulièrement alimentées et qui ne cessent de s‟accroître au-fur-et-à-mesure que les gens l„utilisent. Les utilisateurs deviennent ainsi des co-développeurs à cette intelligence collective en ligne. C‟est véritablement ce qui caractérise la terminologie « Web 2.0 ». Les internautes sont ainsi devenus auteurs et acteurs des réseaux : entre site personnel, blog, profil sur Facebook ou compte sur Twitter, l‟internaute dispose d‟une large liberté d‟action sur le Web 2.0. Bien que les outils collaboratifs aient existé déjà avant 2004, leur utilisation était encore complexe pour un utilisateur lambda. Le Web 2.0 a simplifié leur utilisation et favorisé ainsi l‟usage des espaces collaboratifs. Les flux RSS sont également issus de ce Web 2.0. Ils permettent à l'internaute de choisir ses fils d'informations et de les recevoir instantanément.

Ainsi, le fameux Web 2.0 est avant tout une avancée technique, qui décuple certaines applications (blogs, wiki, tags, réseaux sociaux...) déjà préexistantes pour certains sur internet. Loin de n‟être qu‟un simple spectateur, inactif, sur le Web, l‟internaute devient à la fois auteur et acteur de ces plateformes collaboratives. Le Web 2.0 permet une plus grande mise en commun des connaissances, des savoirs, de l‟information. Pour autant, ce nouveau Web suppose également d‟être quelque peu sélectif face à la protubérance de ce savoir : il convient de nuancer ce qui relève du savoir fondé scientifiquement à la doxa, l‟opinion perçue comme véritable. Cet espace dit « collaboratif » devrait ainsi permettre une plus grande facilité pour les internautes de s‟exprimer sur de nombreuses thématiques, et plus particulièrement celles concernant la politique. Le Web 2.0 laisserait alors entrevoir la possibilité de s‟exprimer librement avec les élus, dans une logique de proximité et de citoyenneté, favorisant une communication bottom up. Mais est-ce vraiment ce bottom up qui est présent aujourd‟hui au sein de la sphère politique ? Certes, le Web 2.0, ou Web participatif, laisserait supposer une possibilité donnée à l‟internaute de pouvoir s‟exprimer librement, clamer haut et fort ses convictions politiques, critiquer ou soutenir un parti ou des propositions, proposer des idées, bref, il pourrait s‟exprimer librement et directement. Or, en 2010, on pourrait se demander si ce Web est si participatif que le laisserait supposer Tim O‟reilly lorsqu‟il a introduit la notion

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de Web 2.0. Bref, cet aspect participatif est-il présent dans la sphère politique comme pourrait le permettre si facilement aujourd‟hui le Web 2.0 ?

1.2 Rapport entre politique et nouvelles technologies : une relation déjà ancienne

Force est de constater que l‟usage des réseaux sociaux a considérablement évolué, tant au niveau technique qu‟au niveau du nombre de profils crées au cours de ces dernières années. Pour autant, les réseaux existent aujourd‟hui via internet mais il n‟en demeure pas moins que ces mêmes réseaux étaient également présents dans les années 1980: l‟aspect participatif était-il déjà présent dans l‟esprit de ces concitoyens ? Certes, ils n‟étaient pas autant partis intégrants du quotidien de chacun. Lorsque l‟on parle de réseau social, on pense directement à internet, à ces réseaux tels Facebook ou Twitter. Mais déjà à l‟origine, internet était un réseau militaire, nommé Arpanet (Advanced Research Projects Agency Network), créé en 1969. Par la suite, ce réseau se divisa en deux : Milnet (Military Network) d‟un côté et universitaire (NSF net) de l‟autre. Aujourd‟hui, tout semble être issu d‟internet, peu de choses semblent avoir existé auparavant : ce n‟est aucunement le cas des réseaux. En effet, la technique de communication télématique que représente le minitel avait familiarisé quelque peu les français au clavier, aux sites ainsi qu‟à la possibilité d‟échanger via des messages. Ainsi, les notions de réseau et d‟échange ne sont pas si récentes que laisserait le supposer le phénomène internet. Il en est de même pour la politique : le rapport étroit entre technologie et politique remonterait non pas dans les années 2000 mais bien au milieu des années 1980. En effet, des responsables politiques étaient présents sur les réseaux dès les années 1985. Ce fut notamment le cas de Michel Rocard, homme politique français, que le réseau télématique « Convaincre » avait pour objectif de soutenir lors des présidentielles de 1988. Edifiés au niveau national en 1985, les Clubs Convaincre avaient pour objectif premier de soutenir Michel Rocard au sein du Parti Socialiste. Cependant, ce dernier ne fut jamais candidat. Le projet demeura ainsi inexistant. Pour autant, Michel Rocard parla de “socialisme interactif”. N‟est-ce pas là une preuve d‟un souci de modernité ? De 1983 à 1987, une autre expérience liée au réseau et à la politique a été réalisée : le programme ASPASIE (Association pour -8BEAUDET Aurélie


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l‟autogestion par des systèmes informatiques éclatés), à Marne-la-Vallée, mis en place dans un but démocratique. Leur objectif était de créer un environnement quotidien permettant l‟épanouissement démocratique des six communes de la ville du Val Maubuée. ASPASIE était un réseau d‟environs 100 acteurs locaux, disposant d‟une liberté et d‟une responsabilité éditoriale totale. ASPASIE participait à un renouveau de la vie locale en s‟appuyant sur la maîtrise des TIC.4 Néanmoins, l‟objectif de ce projet n‟a aucunement été atteint : la cible atteinte par ASPASIE était trop minime et leurs attentes démocratiques ne coïncidaient pas entièrement aux attentes démocratiques de la société dans son ensemble.

Ainsi, les réseaux sociaux, bien loin d‟avoir été inventés dans les années 2000, ont déjà été utilisés par les hommes politiques auparavant. Ces derniers étaient donc précurseurs quant à l‟usage d‟un moyen de communication devenu aujourd‟hui indispensable. Les hommes politiques des années 1980 possédaient donc une relation déjà ambiguë avec la nouvelle technologie. L‟utilisation de nouveaux médias est loin d‟être un fait nouveau. Le recours aux nouvelles technologies et aux réseaux n‟est-il pas dans un objectif aujourd‟hui de moderniser les moyens traditionnels ? De favoriser un aspect participatif ? De créer une relation privilégiée avec les internautes ? Autant de questions qui pourraient souligner l‟intérêt porté sur les nouvelles technologies et les réseaux sociaux par les hommes politiques d‟hier mais aussi d‟aujourd‟hui : le souci d‟user de ces outils ne soulignerait-il pas un désir profond de la sphère politique ? Un désir peut-être d‟échange et d‟interaction ? Ou est-ce celui de la modernisation ?

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CORBINEAU Bernard, 2001, p.4 -9-

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1.3 Les élections américaines de 2008 : une véritable innovation des pratiques politiques vers une participation des électeurs sans précédent ?

Les élections présidentielles américaines de novembre 2008 ont focalisé l‟attention générale sur l‟utilisation des réseaux sociaux dans la stratégie communicationnelle en politique. Ainsi, Barack Obama figure comme le principal représentant et symbole d‟un renouvellement des pratiques de communication politique. Il s‟est, semble t-il, appuyé sur une série d‟innovations majeures via les réseaux sociaux. Force est de constater que ce n‟est aucunement grâce à l‟usage stricto sensu des réseaux sociaux et du Web en général que le candidat démocrate a gagné les élections présidentielles américaines en 2008. Cette stratégie de communication trouve également son poids à travers un renouvellement du pouvoir : après huit ans de gouvernance du côté républicain avec Georges W. Bush, c‟est un candidat démocrate noir, « post racial », qui a été élu. Par ailleurs, la longue crise économique, éclose aux Etats Unis durant l‟été 2007, a joué un rôle fulgurant puisqu‟elle a provoqué, chez les citoyens américains, une volonté de changement face à cette situation apparue inextricable pour ces derniers. L‟étude intitulée Moderniser la vie politique : innovations américaines, leçons pour la France, menée par Terra Nova, sous la direction d‟Olivier Ferrand (président de Terra Nova) présente, outre le rôle d‟internet, le contexte défavorable des Etats-Unis en 2008 ainsi que la personnalité charismatique du candidat Barack Obama : « La campagne ne fait pas tout, bien sûr. Les Démocrates bénéficiaient pour cette élection d’un fort avantage conjoncturel. D’abord, les Républicains détenaient le pouvoir présidentiel depuis 2000, à travers les deux mandats de George Bush. Il est exceptionnel qu’un parti conserve la Maison Blanche trois mandats de suite. […] Enfin, le bilan négatif des mandats Bush (deux guerres impopulaires, une image dégradée de l’Amérique dans le monde, les affaires de corruption au Congrès) est encore alourdi par la crise économique : John McCain est définitivement lâché dans les sondages le 16 septembre, avec l’annonce de la faillite de Lehman Brothers et le début du krach. Au total, 90%

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des Américains (contre 8%) pensent que les Etats-Unis vont dans la mauvaise direction. »5 Face à un contexte de crise économique majeur, à l‟image d‟une Amérique qui se ternit, le message de grande cause, celui du changement et de solidarité, autour de la création d‟une « communauté Obama » prôné par le candidat s‟est révélé efficace : Barack Obama a su ainsi se démarquer de ses adversaires, Hillary Clinton, lors des Primaires puis de son opposant républicain, John McCain. Barack Obama a ainsi trouvé ses appuis au sein des diverses populations américaines : « vote for change », « Yes we can » sont les leitmotive tout au long de ses discours, ses meetings et ses rencontres auprès des divers électeurs. Toutefois, il serait erroné d‟omettre l‟usage stratégique de l‟ensemble des moyens de communication existants au sein de cette campagne présidentielle. Le Web 2.0, plus particulièrement, semble avoir trouvé son apogée lors de ces élections américaines. La campagne de Barack Obama est définie comme une campagne de mobilisation, provoquant ainsi un mouvement militant sans précédent aux Etats Unis. Les nouvelles technologies ont participé à ce mouvement de mobilisation autour de la « communauté Obama ». En effet, la stratégie de communication lors de la campagne électorale de Barack Obama a su réunir et organiser les militants grâce à internet pour les faire participer, de manière coordonnée, sur le terrain. Pour autant, l‟usage du Web reste un outil de mobilisation et de recrutement. Il n‟a aucunement été utilisé dans le cadre d‟une communication vers les internautes mais plutôt comme un moyen de les coordonner sur le terrain : « Les outils internet sont utilisés avant tout pour recruter les sympathisants et organiser le militantisme, moins pour communiquer aux électeurs. Par exemple, la campagne Obama n’envoie jamais un SMS ou un e-mail à une personne qui ne les leur a pas expressément donnés. »6 On constate alors que la relation à travers les réseaux a véritablement fonctionné aux Etats Unis. Ces réseaux ont cependant moins servi à transmettre un message, des contenus, bref moins à communiquer mais davantage à mobiliser, regrouper les militants et leur donner le rôle de prêcheurs de bonne parole. On pourrait alors se demander si cette innovation lors des 5 6

FERRAND Olivier, 2009, p.9 FERRAND Olivier, 2009, p.12 - 11 -

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élections présidentielles américaines est applicable dans n‟importe quelle élection (présidentielle, régionale, etc.) et dans n‟importe quel lieu, notamment la France. Concernant internet, Barak Obama a principalement appuyé sa stratégie sur son site de campagne : MyBo. Ce site, créé par l‟un des fondateurs de Facebook, Chris Hughes, a été conçu comme un véritable réseau social, dans la même lignée que Facebook : possibilité de créer son profil, son blog, des groupes, ou poster des messages. Il permet aussi de connaître les informations liées à la campagne (meetings, évènements, discours, visites, etc.). Le site permet également aux militants internautes de s‟organiser, coordonner leurs actions entre eux afin de militer plus efficacement sur le terrain. Un ensemble de moyens est mis à leur disposition via le site internet : tracts, affiches, mais aussi programme de porte-à-porte ou listes téléphoniques, téléchargeables sur le site. En résumé, un vaste dispositif de moyens favorise l‟action des militants sur le terrain, tout ceci via le site MyBo: « Structurés en groupes géographiques (DC for Obama…) souvent très locaux (Prince William County for Obama…) ou thématiques (Students for Obama, Lawyers for Obama…), ils disposent de moyens d’actions : des kits de formation, un « package » de documentation de campagne, un programme de porte-à-porte (programme

neighbor to Neighbor, qui fournit des listes de démarchage de

terrain), des listes téléphoniques pour faire du phoning, etc. Chaque militant a le sentiment d’être son propre directeur de campagne, avec un tableau de bord qui agrège les indicateurs de ses actions ou de celles de son équipe : combien d’argent récolté, combien de personnes approchées, combien de militants recrutés... Mais ce reporting, qui permet de laisser une grande autonomie aux groupes pour organiser leur travail, permet également un contrôle serré de leurs actions par le staff de campagne. »7 Ce type de mobilisation, de communication prônant la participation de chacun des électeurs le désirant, ne serait-il pas applicable en France ? Cette mobilisation et ces actions des militants au profit du candidat Barack Obama ne supposent-elles pas une concrétisation et une explication claire du programme, des propositions du candidat pour servir son pays ? En clair, l‟usage d‟internet afin de mobiliser et organiser les militants ne favorise t-il pas une baisse de l‟absentéisme en développant une communication de proximité avec les électeurs ?

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Le site internet permet ainsi à chaque militant internaute de se sentir acteur de la campagne, au cœur du militantisme et de la grande cause de changement prônée par le candidat démocrate. À titre indicatif, le site internet MyBo réunissait deux millions de profils au cours de la campagne. Internet permet donc aux électeurs de pouvoir eux-mêmes militer, participer à la campagne et recruter d‟autres militants via le site MyBo, tout ceci de manière beaucoup plus efficace, rapide et à moindre coût. Dans cette perspective, les internautes militants étaient ainsi véritablement autonomes et responsables d‟un message à transmettre, d‟une cause de changement à faire partager. Outre l‟utilisation du site internet dans une perspective d‟organisation plutôt que de communication, Barack Obama a également investi les réseaux sociaux : Facebook (avec environs trois millions de supporters), Myspace, Twitter mais également les réseaux communautaires tels BlackPlanet, AsianAve au sein desquels jamais aucun candidat ne s‟était inscrit auparavant. C‟est près de cinq millions d‟internautes qui ont ainsi été recrutés via des réseaux. Barack Obama dispose de son propre réseau social MyBo mais investit également les réseaux sociaux préexistants. En s‟intégrant à ces réseaux sociaux, c‟est un impact plus massif au sein des différentes populations constituant les Etats Unis. Cette stratégie ne permettraitelle pas ainsi de toucher, voire de mobiliser, davantage de personnes, tout âge et communauté confondus ?: « Chaque mobilisation préexistante est utilisée pour mobiliser pour Obama. La campagne peut toucher rapidement des millions d’internautes. Ils n’ont plus qu’un simple click à faire pour mettre un pied dans la campagne : on a baissé au maximum les barrières à l’entrée. ».8 Ainsi, le Web a été utilisé à la fois comme un vecteur de recrutement mais également moyen d‟organiser les militants sur le terrain. Internet a été une véritable « épine dorsale » comme le caractérise Benoît Thieulin, responsable de la netcampagne de Ségolène Royal pour les présidentielles 2007 et concepteur du site Désirs d’Avenir : le Web a permis de former, de coordonner, d‟organiser des milliers de leaders militants appelés les « Field Organizers » qui eux-mêmes forment, organisent et orientent à leur tour les militants et autres volontaires sur le 7 8

Id., p. 13 FERRAND Olivier, 2009, p.12 - 13 -

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terrain. De même, les mails, blogs, SMS, généralement utilisés dans une optique de publicité, de communication, de marketing politique ont aussi été utilisés en tant que moyen d‟organisation. En somme, la stratégie communicationnelle de l‟équipe de campagne de Barack Obama était d‟investir de manière constante les réseaux dans l‟optique, certes de communiquer, mais surtout dans l‟idée et le souhait de susciter une mobilisation et un engagement massif de la part des internautes. Dans ce contexte, l‟innovation repose, entre autre, sur la possibilité via internet de mobiliser en masse efficacement, rapidement et à faible coût. Cette stratégie de communication électorale sans précédent semble avoir été efficace. Certes, le contexte dans lequel se sont déroulées les élections présidentielles américaines était favorable à ce message de changement tant prôné par Barack Obama. Dans ce cas, face à la crise économique actuelle en France, pourrions-nous développer une stratégie similaire à celle de Barack Obama : investir l‟ensemble des réseaux sociaux préexistants, créer des réseaux sociaux propres aux candidats, mobiliser les internautes, les faire participer de manière indirecte à la campagne présidentielle ? L‟usage du Web 2.0 et des réseaux sociaux aurait-il autant d‟impact en France au point de mobiliser des internautes, de les organiser afin qu‟ils aillent prêcher le programme des candidats ? Ce recours aux réseaux sociaux et à internet en général ne serait-il pas de nature à changer l‟image des hommes politiques, de leur rôle, de leur proximité avec le citoyen?

1.4 Référendum de l‟Union européenne face au cinquième pouvoir des citoyens : un semblant de bottom up ?

L‟usage des technologies en ligne Outre-Atlantique a la réputation de préfigurer celui utilisé en France. Toutefois, l‟usage d‟internet dans le cadre d‟une campagne électorale française a déjà été réalisé lors du référendum en 2005. Ce référendum portait sur la ratification du traité, établissant une Constitution pour l'Union européenne, signé à Rome le 29 octobre 2004. L‟étude menée par Franck Ghitalla, maître de conférences en sciences de l'information à l'université de technologie (UTC) de Compiègne et Guilhem Fouetillou, doctorant à l'UTC, présente le fort activisme des opposants au traité lors du référendum de 2005. Plusieurs éléments importants sont ressortis de cette étude. Tout d‟abord, les sites - 14 BEAUDET Aurélie


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partisans du « non » (66%) étaient majoritaires face à ceux du « oui » (34%). C‟est d‟ailleurs le « non » qui l‟a remporté avec 54,57% des voix. D‟autant que les défenseurs du « non » étaient liés entre eux par des liens URL permettant à l‟internaute de naviguer sur les différents sites prônant le « non ». On constate donc une fédération autour du « non » sur la toile. Un véritable débat sur le traité a eu lieu sur le Web, d‟après les études menées par ces deux chercheurs. Outre ces constations, Franck Ghitalla et Guilhem Fouetillou relèvent que les sites les plus visités lors des ces élections européennes étaient non pas les sites tenus par les médias traditionnels, ni ceux des partis politiques mais bien les sites militants et ceux des citoyens lambdas. Ainsi, on retrouve des inconnus tels Etienne Chouard ou Thibault de la Hosseraye, dont les sites personnels font partis des plus fréquentés lors des élections européennes : on constate l‟émergence de personnes inconnues du public qui, face aux médias traditionnels, ont réussi à faire changer les tendances en faveur du « non ». Cette campagne de 2005 a ainsi montré le renouvellement des pratiques politiques de manière plus collective et délibérative : on assistait donc là à une émergence d‟une communication bottom up, de bas en haut, des électeurs vers les hommes politiques. Suite à cette campagne européenne, les chercheurs ont relevé les points à améliorer lors des campagnes électorales en ligne tels qu‟une meilleure interaction, plus vive, plus présente entre les hommes politiques et les internautes : « Il faut tisser ce lien organique que les meilleurs auteurs de blogs par exemple arrivent à développer avec leur lectorat. Mais il y a plus : dans bien des cas, on considère internet comme un simple répertoire dans lequel on viendrait consulter du contenu à partir d'une adresse, comme un numéro de téléphone ou une adresse e-mail. Or, ce qui fait la richesse du web, et la force de certaines communautés qui le colonisent, c'est la capacité à fédérer des ressources et à susciter des relations transversales. C'est précisément le cas pour le camp du « non ». Les modalités d'une véritable campagne politique sur le Web restent encore à inventer, c'est là un territoire peu défriché et celui qui saura l'exploiter intelligemment pour la présidentielle de 2007 aura un avantage important sur ses concurrents. C'est aussi l'une des grandes leçons de l'élection présidentielle aux Etats-Unis : être présent

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sur internet ne suffit pas, il faut aussi le considérer comme un territoire qui mérite d'être aménagé politiquement. »9 En effet, la force et la richesse du Web seraient cette possibilité donnée à chacun de pouvoir s‟exprimer librement, prôner ses convictions, ses opinions. Internet permettrait enfin aux hommes politiques d‟entendre sans medias quelconques la voix du peuple, celle des électeurs. Via les réseaux, ce sont des barrières en moins et des possibilités offertes d‟approcher plus facilement l‟ensemble des internautes. Néanmoins, ce référendum de 2005 semble souligner la réelle volonté des internautes de pouvoir s‟exprimer librement. Cette première tentative, somme toute payante, de bottom up aura été la seule ces cinq dernières années. Ce désir participatif de certains internautes est donc présent. La question qu‟il faut aujourd‟hui se poser est la suivante : ce désir est-il aujourd‟hui assouvi ? Ce Web 2.0 est t-il véritablement enclin à favoriser la participation des internautes ? Dans le cas du référendum de 2005, l‟espace public a agi comme un espace alternatif où chacun a pu s‟exprimer et défendre ses convictions. L‟autre point négatif relevé lors de cette campagne en 2005 est le manque de contenu au sein des sites et blogs des hommes politiques et le manque d‟actualisation de ces sites. Alors qu‟en est-il aujourd‟hui ? Assistons-nous à un usage stricto sensu des moyens de propagande traditionnels et modernes de manière marketing afin de vendre un programme, un candidat ou y a-t-il véritablement un contenu prôné via ces outils ? Le Web 2.0 dispose t-il aujourd‟hui de davantage de contenus qu‟en 2005 ?

Lors de ce référendum, les sites politiques sont restés assez discrets, effacés. Ces sites n‟attirent pas encore beaucoup d‟internautes. Fabienne Greffet, Maître de conférences à l‟Université Nancy II, a établi un bilan de ce référendum de 2005 et l‟usage qu‟il en a été fait d‟internet, à travers l‟interview menée par la journaliste Juliette Rengeval: « Internet devient un média de masse mais, pour l’instant, les sites politiques restent assez confidentiels. Ils n’attirent qu’une petite minorité des internautes. Ils permettent d’affirmer l’existence d’un groupe ou d’une communauté et ne deviennent très fréquentés qu’au moment des campagnes électorales »10. Ainsi, l‟usage du Web semble être ni rentré dans les mœurs des internautes 9

Netpolitique, interview de Franck Ghitalla et Guilhem Fouetillou, 2005. Juliette Rengeval, 2005 - 16 -

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lambdas, ni dans celles des hommes politiques français. Fabienne Greffet conclut ainsi : « ceux qui sauront utiliser intelligemment l’Internet auront un avantage incontestable lors de l’élection présidentielle de 2007. »11

Le référendum européen de 2005 représente le premier élan du grand public concernant l‟usage d‟internet. Néanmoins, force est de constater qu‟il ne s‟agissait principalement que de mails envoyés à répétition et démultipliés par le système de chaîne “Envoyez ce message à X autres personnes ». Ainsi, l‟usage du Web lors de ce référendum ne se réduisait qu‟à un type de propagande, diffusé à peu de frais. Pouvons-nous en tirer les mêmes conclusions en 2010 ? Internet n‟est-il qu‟une simple modernisation des moyens de propagande traditionnels ? Ne manque t-il pas de contenu ?

1.5 Présidentielles françaises de 2007 ponctuées par la professionnalisation des pratiques Web

Les élections présidentielles de 2007 s‟inscrivent dans un tout autre contexte que le référendum sur le traité Constitutionnel de 2005. En effet, l‟électeur n‟a pas à choisir de manière stricto sensu entre « oui » ou « non » : il a le choix entre douze candidats. Par ailleurs, les principes d‟équité et d‟égalité, obligatoires entre les candidats, permettent l‟expression de chaque parti politique au sein des médias audiovisuels. C‟est à ce niveau précis que les stratégies de communication diffèrent entre 2005 et 2007. Et pour cause, ce qui a fait la force d‟internet en 2005 n‟apparaissait plus de façon aussi évidente deux ans plus tard : il n‟y a pas eu de cinquième pouvoir, de tribune Web favorisant la prolifération du « non » face au « oui » des médias traditionnels. Du côté UMP, Loïc le Meur a créé debatsarkozy.fr qui offre un aspect participatif à la campagne de Nicolas Sarkozy, en plus du site de campagne sakozy.fr et supportersdesarkozy.com. Côté PS, desirsdavenir.org dirigé par Benoit Thieulin a eu du mal à gérer les 135 000 contributions des e-militants. Ségolène Royal dispose également d‟un site nommé segosphere.net.

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Juliette Rengeval, 2005 - 17 -

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Les campagnes menées dans le cadre des élections présidentielles laissent néanmoins entrevoir deux grands axes dans l‟utilisation du Web selon Thierry Vedel, chercheur au CEVIPOF et Yves-Marie Cann, directeur d'études au Département Opinion et Stratégies d'entreprise à l‟Ifop: « Il ne s’agit plus simplement pour les candidats de créer un site Web, mais d’organiser et d’optimiser à partir de celui-ci leur visibilité dans l’espace numérique. Le but est de jouer des interrelations du Web de façon à ce que les internautes se retrouvent inévitablement en contact avec le message ou les arguments du candidat, quand bien même ils se désintéressent de la politique et ne fréquentent pas de sites partisans. Un autre objectif est de crédibiliser le discours politique en le débarrassant de ses habits officiels et en le faisant porter par de simples citoyens. Cette stratégie d’occupation systématique du territoire numérique a d’abord consisté à bâtir, autour du site officiel du candidat (souvent baptisé site amiral), une galaxie ou flotte de sites de soutien dans laquelle on peut repérer plusieurs cercles : -

Les sites annexes à vocation thématique ou fonctionnelle comme les supporters de Nicolas Sarkozy, site destiné aux électeurs souhaitant soutenir le candidat et reprenant une esthétique footballistique, ou la Ségosphère, site destiné aux jeunes soutenants Ségolène Royal au style résolument branché.

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Les sites ou blogs de soutien expressément affiliés au candidat (sites des sections du parti ou des comités de soutien locaux) ;

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Le troisième cercle est composé pour l’essentiel de blogs indépendants produits par de simples particuliers sympathisant du candidat. » 12

Ainsi, être présent sur la toile suppose de rentrer directement ou non en contact avec les internautes. Ce n‟est pas tant la visibilité qui est importante pour les hommes politiques mais plutôt de créer un réseau de militants capables de diffuser le message du candidat, stratégie employée par Barack Obama un an plus tard, en 2008. L‟activisme sur internet permet également de générer une régularité dans la transmission du message. Les internautes, membres ou non d‟un parti, se voient proposer en fonction de leurs compétences et de leurs activités la possibilité de participer à cet activisme en ligne via les forums de discussion, les mails à transmettre à son carnet d‟adresse, etc. C‟est ce qui a été réalisé lors de ces élections présidentielles en 2007. On voit donc apparaître ce souci de la part des hommes politiques de

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donner un rôle significatif aux militants. La parole est donnée aux internautes. Un semblant de bottom up est ainsi mis en place en 2007.

Néanmoins, internet durant les élections de 2007 est apparu comme une source d‟information politique encore vague. En effet, le principal média à travers lequel les électeurs se sont tenus informés est la télévision : d‟octobre 2006 au second tour du scrutin, plus de quatre électeurs sur cinq ont déclaré utiliser la télévision pour s‟informer en matière politique. C‟est ce qu‟ont relevé Thierry Vedel et Yves-Marie Cann dans leur article intitulé « Une communication électorale de rupture ? » : « Dans la hiérarchie des médias, il n’apparaît qu’en cinquième position et lors du dernier mois de la campagne présidentielle, seulement 13% des électeurs ont utilisé l’internet comme première ou seconde source d’information. On constate toutefois un intérêt plus fort pour l’internet après le second tour, 21% des électeurs déclarant alors l’utiliser comme première ou seconde source d’information politique. Cette augmentation traduit peut être une appétence nouvelle pour l’internet du fait même de la campagne, les électeurs ayant découvert lors de celle-ci tout ce que l’internet pouvait leur apporter. »13 Bien loin d‟être utilisé de manière régulière, les électeurs disposant d‟internet se sont toutefois tournés vers ce dernier afin de se renseigner ponctuellement. On constate cependant que les réseaux sociaux tels Facebook ou Twitter ne sont aucunement utilisés durant ces élections présidentielles : et pour cause, ils étaient encore méconnus. Le réseau social Facebook ne regroupait que 35 000 internautes en juin 2007. Aujourd‟hui, on comptabilise 15 millions d‟internautes sur ce même réseau en ligne. Par ailleurs, les élections présidentielles de 2007 constituent le premier scrutin durant lequel la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP) a créé une rubrique spécifique pour les frais liés à internet. Cette rubrique est apparue au Journal Officiel du 27 juillet 2007. Elle révèle qu‟internet a pris de l‟importance : un budget plus important a été consacré à cet outil, au détriment de la « propagande audiovisuelle » telle que les spots télévisuels. Force est donc de constater qu‟internet dispose malgré tout d‟une certaine considération : « 2007 est le scrutin de la professionnalisation de 12 13

VEDEL Thierry, CANN Yves-Marie sous la direction de PERRINEAU, P., 2008, p.56 VEDEL Thierry, CANN Yves-Marie sous la direction de PERRINEAU, P., 2008, p.64 - 19 -

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la communication politique sur le Net, de la prise au sérieux. […] le dispositif est complètement intégré au dispositif de campagne. Pour tous les candidats. »14 Cette prétendue arrivée en force du Web au sein des élections présidentielles 2007 s‟explique par la prise de conscience lors du référendum de 2005 : Le soutien au « non » par les différents militants et blogueurs ont favorisé la méfiance des électeurs, des hommes politiques et des médias quant à l‟influence du Web sur le vote de chacun.

Durant ces élections en 2007, tous les principaux outils de promotion et de communication Web ont été abordés, à travers les blogs, les forums, les flux RSS, les podcast audio et vidéo ainsi que les liens sponsorisés. Cette campagne a été le théâtre de quelques innovations en termes de politique en ligne : « s’il est irréaliste de conclure catégoriquement qu’internet a eu un rôle décisif dans cette campagne, il est tout aussi difficile de ne pas s’apercevoir de l’impact à long terme de cette net-campagne sans précédent sur la communication politique. […] On peut estimer en réalité que la net-campagne aura surtout permis de défricher le terrain de la nouvelle communication, ou plutôt des nouvelles opportunités de communication données aux institutions mais surtout aux citoyens, internautes, publics-cibles, bref, aux gens. »15 Les élections présidentielles de 2007 ont donc souligné l‟usage des outils de communication en ligne, de la part de l‟ensemble des candidats. Ces usages ont favorisé l‟apparition d‟un nouveau type de communication politique, avec de nouvelles possibilités offertes. En effet, les élus peuvent ainsi s‟adresser aux citoyens et électeurs sans intermédiaires quelconques (tels les médias), de manière directe, simplifiée et authentique. Mais les internautes peuvent-ils à leur tour se faire entendre des hommes politiques de manière directe ? Certes, on se rend compte de la montée en puissance de l‟usage de net au cours de ces dernières années au sein de la sphère politique. Pour autant, qu‟en est-il de l‟intérêt hormis une présence de plus au sein d‟un média supplémentaire, ce dernier étant considéré comme moderne et révolutionnaire ? Pouvons-nous imaginer que l‟objectif sous-jacent serait d‟éviter l‟absentéisme en rendant concret les processus de décision, en illustrant le rôle de ces hommes politiques, en faisant preuve de visibilité, de

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RAFAL Olivier, interview de CLEMENT Jean-Philippe, 2007. Netpolitique, 11 septembre 2007 - 20 -

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transparence et d‟écoute auprès des citoyens via les réseaux sociaux, les sites internet, bref, via le Web 2.0? Pour résumer, ces élections présidentielles françaises de 2007 marquent l‟obligation officieuse des candidats à marquer leur présence sur le Web via le blog ou le site internet. Force est de constater que ces élections étaient véritablement top down, malgré la volonté des candidats à créer des réseaux. Seule Ségolène Royal et son site Désir d’Avenir ont exploité les potentialités intuitives par la volonté de créer un réseau, une blogosphère politique où chacun des internautes est libre de contribuer. Malgré une émergence de l‟utilisation du Web dans une logique politique, tant du côté des candidats que celui des citoyens, cet outil de communication demeure toutefois dans une utilisation vague, floue et encore trop peu experte pour l‟ensemble des internautes et des hommes politiques.

1.6

Elections européennes de 2009 : volonté des hommes politiques à communiquer en réseau ?

Deux ans après les élections présidentielles françaises, 2009 marque l‟année des élections européennes et surtout de la constitution d‟un nouveau parlement européen. Internet était inévitablement présent lors de ces élections. Les candidats aux Européennes 2009 se sont surtout tournés vers un nouveau moyen de communiquer : les réseaux sociaux, sous l‟influence de Barack Obama. En effet, l‟actuel président américain a eu un succès considérable suite à sa campagne en ligne lors des présidentielles de 2008: « Derrière cet engouement pour les « SocNet » (social networks), se profile bien évidemment le précédent de My.BarackObama.com, la fameuse plate-forme au cœur de la campagne victorieuse d’Obama, systématiquement citée dans chaque article accompagnant le lancement d’un autre réseau partisan. »16 C‟est la raison pour laquelle on constate une recrue d‟essence sans précédent de la part des candidats politiques français vers le social networking. L‟ensemble des réseaux sociaux tels Myspace, Facebook, Twitter Flickr, Dailymotion ou Youtube ont été

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Netpolitque, 11 septembre 2009 - 21 -

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très sollicités (au point qu‟un référencement total de l‟activité liée aux élections européennes 2009 semble impossible à effectuer). Facebook est devenu un outil incontournable lors des élections 2009, encore trop méconnu mais pourtant existant lors des élections présidentielles de 2007. Le PS dénombre 3 470 “fans” le 11 juin 2009 tandis que lʼUMP et son groupe intitulé « Fédération Numérique » dénombre 3 186 “membres”17 : « Rapportés aux effectifs de ces partis et aux comptes Facebook, on peut en conclure que la place du militantisme de parti demeure très marginale. »18 Ainsi, bien que les réseaux sociaux soient investis par nombre de citoyens, militants et surtout hommes politiques, leur effectif demeure, somme toute, relativement faible. Néanmoins, l‟usage de Facebook par Europe Ecologie semble plus pertinent. Avec 9 045 membres19, Europe Ecologie utilise la simplicité dans sa page « groupe » et propose différents groupes Facebook selon les différentes régions. Entre modernité et tradition, on assiste à travers l‟usage de Facebook, par Europe Ecologie, à une alliance originale et efficace des diverses régions. Quant au parti du Modem et son candidat François Bayrou, ce dernier dispose de 7 214 membres20 malgré l‟usurpation de son identité à plusieurs reprises lors de la campagne. L‟ensemble des profils Facebook de ces quatre partis référencés n‟est pas très populaire chez les internautes. Au sein de ce réseau, Comment s‟effectue l‟échange ? Le contenu est-il présent dans ces réseaux ? Ces groupes Facebook n‟apparaissent-ils pas davantage comme des vitrines, dans un souci de visibilité ? La participation des internautes semble pourtant inexistante. Quant aux blogs, apparus en 2002, ils apparaissent démodés, sans intérêt véritable. Les blogs, à faible notoriété, semblent avoir laissé place à ces réseaux sociaux, véritables facteurs d‟échange et de militantisme, comme le souhaitent tant les hommes politiques. Pourtant, pas moins de 44 000 blogs dits « européens » ont été recensés en juin 2009 : ce ne sont que des sites en langue française. Cette mobilisation sur la Toile a pour objectif de mobiliser les internautes en les fédérant, en les motivant, en les dirigeant afin qu‟ils prêchent la bonne parole, comme a su le concrétiser Barack Obama. Mais le modèle Barack Obama est-il applicable en France ? Lors de ces élections européennes, force est de constater que les différents partis disposent à la fois d‟un profil sur chaque réseau social mais également d‟un site internet (incluant une plateforme d‟échange) : un lien entre 17

MICHEL Jean-Luc, 2009, p.4, 5 Id. 19 MICHEL Jean-Luc, 2009, p.5 18

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ces deux outils majeurs est inexistant : chaque outil est exploité mais aucun lien n‟est effectué entre les deux pour les réunir. Par ailleurs, la notion d‟interaction semble réduite à sont strict minimum lors de ces élections. Certes, la possibilité était offerte à l‟internaute de pouvoir poster un commentaire ou publier une actualité. Néanmoins, ce dernier ne pouvait aucunement interagir, discuter, débattre avec un autre membre. Qu„en est-il donc de l‟aspect participatif tant prôné par le Web 2.0, tant développé en 2005 lors du référendum ? Là encore, le désir participatif démontré en 2005 lors du référendum, prouvé en 2008 lors des élections américaines est-il réellement assouvi aujourd‟hui en 2010 ?

Le réseau social Twitter est un autre outil utilisé par les candidats aux élections européennes de 2009. La grande nouveauté de cet outil est la possibilité de communiquer en temps réel, en quelques clics. À partir d‟un simple téléphone portable, blackberry, PDA ou autres, les candidats peuvent émettre des messages de 140 caractères maximum. Cette communication est top down: du one to one ou du one to the mass. Cet outil est-il perçu comme un outil de proximité ou un outil de mass media? L‟objectif est de faire partager le quotidien des candidats, leurs actions, leurs sentiments, leurs déplacements et rencontres, etc. Néanmoins, force est de constater que Twitter est certes un lien avec les candidats mais ces derniers n‟abordent en aucun cas la thématique européenne à travers leurs messages. Ce nouveau réseau délaisserait-il le contenu au profit de la modernité simple de l‟outil ? N‟assisterions-nous pas peut être davantage à un outil de façade plutôt qu‟à un outil de communication politique à proprement parler ?

Par ailleurs, une multitude de liens était proposée sur les sites internet de chacun des partis : liens vers les photos des meetings et autres réunions sur Flickr, vers les vidéos publiées sur Dailymotion ou Youtube, accéder aux blogs thématiques ou aux actualités relatives aux partis respectifs, vers les agendas des prochains évènements ou la possibilité de consulter le programme. Une fois de plus, on assisterait à une communication top down des candidats à destination des internautes : parmi ces innombrables informations, à aucun moment on entrevoit un internaute ou un groupe diffuser une quelconque information relative au candidat, sur la page principale du site internet. En somme, pouvons-nous véritablement 20

MICHEL Jean-Luc, 2009, p.5 - 23 -

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parler de réseau social ou communautaire au sein même d‟une communication qui tend davantage vers le top down ? Seuls les démocrates semblent proposer un forum de discussion et la création possible d‟un blog pour chaque internaute le souhaitant. En ce qui concerne l‟UMP et le PS, on relève principalement des outils internet. Ces derniers semblent davantage prêcher la bonne parole aux internautes plutôt que de les convaincre et les informer. Jean-Luc Michel, professeur en sciences de l‟information et de la communication à l‟Université Jean Monnet (Saint Etienne) analyse l‟usage des nouvelles technologies des élections européennes 2009 comme une supposée démultiplication des moyens de communication du côté des candidats : « On peut résumer le rôle des réseaux sociaux en deux grandes familles. Dans la première, la démultiplication des moyens de propagande traditionnelle par lʼintermédiaire des relations presse avec les blogs de journalistes, la création de blogs personnalisés, une présence active sur les réseaux sociaux du moment comme Facebook, MySpace, Second Life, et la production de vidéos décalées susceptibles de déclencher du buzz. Dans la seconde famille, des tentatives de botom up, de participation plus active des citoyens, électeurs ou militants aux processus dʼinformation, de prise de décision et de suivi de ces décisions. Les outils en sont aussi les blogs qui assument plusieurs fonctions comme toute technologie interactive, un peu Facebook et partiellement Tweeter. A l'exception des grands sites des partis, cette forme de communication, demeure peu pratiquée par lʼensemble du personnel politique mais se trouve en augmentation très rapide. »21 On retrouve donc, au cours de cette élection, l‟usage d‟outils déjà utilisés auparavant et devenu banals en 2009 : c‟est le cas notamment des blogs. Les réseaux sociaux ont, quant à eux, fait leur apparition, mais leur usage semble encore peu exploité. Ces réseaux devraient développer l‟interactivité, l‟échange concernant les programmes, le rôle du parlement européen, etc. Au lieu de cela, on assiste, lors de ces élections 2009, à un ensemble de moyens de propagande, à des fins ni plus ni moins d‟exhibition politique, démuni d‟un quelconque message de fond et d‟une quelconque volonté de partager les informations et les prises de décision des hommes politiques, illustrant de manière concrète le rôle du parlement européen dans la vie quotidienne de l‟Europe et des citoyens européens. Ne serait-ce pas en donnant du

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contenu sur le rôle des élus, sur leurs missions aux électeurs que ces derniers pourraient se sentir davantage intégrés à ces problématiques politiques, au service d‟une démocratie plus participative ?

1.7 L‟avènement perpétuel du web à chaque campagne électorale

Toujours est-il qu‟à chaque élection, depuis maintenant près de six ans, on proclame l‟avènement de l‟outil internet à l‟occasion des campagnes électorales. À chaque nouvelle élection, les commentateurs (journalistes, blogueurs ou autre) expliquent qu‟il s‟agit de la première élection Web 2.0. Or, l‟accaparement du Web par les hommes politiques s‟est fait, certes, de manière plutôt lente mais demeure aujourd‟hui un media récurrent de la sphère politique. Ainsi, lire ou entendre aujourd‟hui qu‟internet s‟installe progressivement dans les campagnes électorales est prétendre renier toute l‟évolution qui a eu lien entre le couple politique et internet jusqu‟ici. Comme on a pu le voir auparavant, internet est véritablement installé en politique depuis 2004 en France. Aux Etats-Unis, on donne véritablement naissance à l‟union politique et Web lors des élections présidentielles en 2004 : Howard Dean, homme politique du parti démocrate et candidat aux primaires démocrates en 2004, a été le premier à donner un rôle central à internet dans une campagne électorale. C‟est grâce à son réseau « Meet Up » que les internautes ont pu échanger et s‟organiser aux Etats Unis. Il est évidemment nécessaire de rappeler qu‟internet a subit des évolutions depuis: blogs, sites internet puis apparition du Web 2.0 ou Web dit participatif qui se manifeste à travers les réseaux sociaux entre autre. Afin d‟illustrer ces propos, prenons l‟exemple des réseaux sociaux. Comme il a été dit précédemment, les réseaux sociaux sont apparus dans le quotidien des internautes français en 2006/2007. Un article de Marie Maurisse, en date du 4 août 2008, dans le journal Libérations titre « Twitter, la nouvelle arme des politiques » : « Ce nouveau réseau de communication instantanée incarne le Graal des élus : s’adresser directement aux citoyens sans passer par les journalistes... ». On constate alors qu‟en 2008, Twitter était donc déjà existant dans le panel des outils de communication utilisé par les hommes politiques :

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MICHEL Jean-Luc, 2009, p.15 - 25 -

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« Après avoir ouvert des blogs, découvert le tchat, et diffusé de la vidéo en ligne, les hommes politiques se lancent dans l’aventure des réseaux sociaux. Twitter est le dernier outil en vogue expérimenté par leurs communicants. "Je pars à Strasbourg en session. Au menu jeudi, le gros malin [Nicolas Sarkozy, ndlr] qui se vante d’avoir rendu inoffensives les grèves dans son pays. " Ou encore : " Ne saisis pas pourquoi le Parlement européen est ceinturé par les CRS avant la venue de Sarkozy. Croyais les grèves dorénavant inoffensives… " Ce genre de messages, l’eurodéputé (PS) Benoît Hamon en envoie plusieurs fois par jour à toute sa communauté. »22 Pourtant, on relève le même type d‟article à l‟amorce de la campagne électorale des régionales de 2010. En date du 12 décembre 2009, Boris Manenti, journaliste de l‟actualité hight tech pour le Nouvel Obs, titre dans ce même magazine : « Twitter, nouveau média citoyen incontournable » : « En trois ans d'existence, Twitter est devenu un réseau social incontournable... et les politiques l'ont bien compris. Nombre d'entre eux se ruent sur ce puissant outil de communication, proche des plus jeunes. "Moi aussi je réagis sur Twitter, je suis moderne", lance un certain Jack Lang.»23 Dans cet article, l‟auteur souligne l‟assaut des hommes politiques sur cet outil de communication que représente Twitter. Néanmoins, cette volonté politique d‟être présent sur ce réseau social n‟est pas un fait d‟actualité, comme on peut le constater dans l‟article de Marie Maurisse, plus d‟un an auparavant. De même, le Parlement européen lui-même propose un article, en date du 5 mai 2010, intitulé « Les nouveaux réseaux sociaux, aubaine pour la démocratie européenne ». Cet article commence l‟article ainsi : « Les nouveaux réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) préfigurent sans doute ce à quoi ressemblera la sphère publique à l'avenir. »24 Plus loin dans l‟article, l‟auteur insiste encore sur la nouveauté des réseaux sociaux, pourtant utilisés par le grand public et les médias en 2007 : « Les nouveaux réseaux sociaux offrent des plateformes de débat largement utilisés par les jeunes. Ils peuvent non seulement s'y informer mais aussi 22

MAURISSE Marie, 2008, Libérations. MANENTI Boris, 2009, Le Nouvel Obs. 24 Parlement européen, mai 2010. 23

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répondre et partager l'information. Un nouveau paradigme et de nouveaux horizons s'ouvrent pour la communication politique. La sphère publique européenne tant espérée passera-t-elle par là ? » 25 Ainsi, l‟avènement des plateformes sociales est vraiment porté en tant que nouveau phénomène, sans cesse remis au devant de la scène, chaque année. Autre avènement récurrent : les réseaux sociaux propres aux divers partis politiques. En 2009, en prenant pour référence le succès de Barack Obama en 2008 grâce à son réseau social Mybo, les partis politiques français se tournent eux aussi vers les réseaux sociaux afin de recruter, mobiliser et organiser les internautes comme a su le faire l‟actuel président américain. Ainsi, pour les élections européennes, chaque parti dispose d‟un réseau social. C‟est ce que relate Michael Pierlovisi, ancien journaliste hight tech et actuel directeur Europe de l'expertise Digital de MS&L (Publicis Groupe) au sein de son article « Élections européennes, la valse des réseaux sociaux. » Publié en avril 2009 à l‟occasion des élections européennes, l‟auteur recense avec précision l‟ensemble des réseaux sociaux propres à chaque parti politique: « Après le succès (et les énormes retombées) de la campagne de communication Online de l’ex candidat Barack Obama, l’approche des élections européennes (7 juin 2009) est l’occasion pour les principales forces politiques françaises de se lancer dans le social networking (réseau social en bon français). L’UMP, le PS, le MoDem et le mouvement Europe Ecologie ont donc dégainé leur plateforme afin de soutenir leurs listes. » On constate donc la prolifération des plateformes sociales des divers partis à l‟occasion des élections européennes de 2009. Ces réseaux permettent de participer au financement de la campagne, s‟informer sur les programmes des partis, être acteur de la campagne en interagissant avec les autres membres du réseau. Changer l’Europe (PS), UMP 2009, les démocrates, Europe-écologie sont autant de réseaux tentant de favoriser la mobilisation des militants et internautes plus largement. Cependant, en décembre 2009, à l‟occasion de la campagne électorale des régionales de 2010, l‟Express titre « Les réseaux sociaux entrent en politique ». Les journalistes, Marie Amélie Putallaz et Thierry Dupont, ouvrent leur article ainsi : « Ces réseaux sociaux sont les nouvelles armes Web des partis. ». Certes, on relève que 25

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ces réseaux sociaux sont de nouvelles plateformes, créées à l‟occasion des régionales de 2010. Pour autant, ce phénomène de plateforme n‟est aucunement un fait moderne et inédit. Certes, les noms des plateformes ont changé : Coopol (PS), Epicentres (le nouveau centre) ou Les Créateurs de Possibles (UMP). Néanmoins, les objectifs et les outils restent les mêmes : mobiliser les militants et internautes. Voici un avènement supplémentaire d‟un phénomène déjà existant. On pourrait alors s‟imaginer que lors des prochaines présidentielles dans deux ans, les journalistes et autres blogueurs prôneront l‟apparition de ces outils de communication, certainement inconnus du public et des candidats politiques auparavant.

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Problématique

Chapitre 2 : Méthodologie 2.1 Rappel de la problématique Comme il a été constaté auparavant, l‟usage systématique du Web 2.0 au sein de la sphère politique a supposé une longe émergence depuis les années 1980 mais plus particulièrement à partir du début des années 2000. Il semblerait ainsi que les hommes politiques et leurs partis aujourd‟hui, soient experts dans cette technicité que suppose le Web. Le Web est cet outil qui permet l‟interaction entre plusieurs internautes, quel que soit le lieu, le moment, voire même le niveau social : chaque internaute est libre de s‟exprimer sur la Toile. Il peut ainsi avoir un accès plus direct à l‟information, au savoir, à la communication. Dès lors, c‟est via des forums ou des sites de campagne qu‟un internaute peut échanger avec un candidat ou d‟autres internautes, dans un contexte politique. Cette possibilité d‟échanger avec un candidat ou un homme politique permettrait de partager les idées de chacun, faire connaître les opinions des citoyens, leur quotidien, leur réalité afin d‟avancer vers une meilleure perspective d‟avenir pour chacun d‟eux. Cet échange favoriserait également une meilleure connaissance du candidat, de ses projets, du rôle dont il disposera. Autant d‟éléments qui soulèvent cette question centrale : Internet peut-il être vu comment le nouveau médiateur entre candidats et citoyens, tant sur le plan informatif que participatif, dans le cadre des élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire ? Cette question soulève ainsi deux notions importantes : la notion de participation et d‟échange entre internautes et candidats et la notion de contenu informatif au sein des sites de campagne et réseaux sociaux.

2.2 Choix méthodologique et recueil de données 2.2.1

Positionnement méthodologique : une approche empirique

N‟ayant défini que l‟objet de mon mémoire sans pour autant disposer d‟une problématique précise, c‟est à travers une stratégie empirique que je me suis engagée dans - 29 BEAUDET Aurélie


Problématique

l‟analyse de mes objets d‟étude. Cette approche semblait la plus pertinente dans un contexte de recherche encore trop peu défini. Mon travail initial portait sur l‟étude des moyens de communication des candidats UMP et PS lors des élections régionales 2010 dans la région des Pays de la Loire. Ces moyens de communication sont aussi bien des moyens de communication traditionnels que ceux issus du Web. Néanmoins, le choix d‟une approche empirique tient de l‟importance de l‟observation. Cette observation du terrain possède toute son importance, à l‟image de la célèbre anecdote d‟Isaac Newton et de la pomme tombée du verger : "Pourquoi une pomme tombe-t-elle et pourquoi la Lune ne tombe-t-elle pas ? ». La véracité de cette anecdote, transmise de boucheà-oreille, peut être remise en question. Toutefois, la logique d‟observation puis de questionnement semble appropriée à cette étude des outils de communication utilisés par les deux candidats : Christophe Béchu et Jacques Auxiette.

En questionnant les usages des outils de communication des candidats sans objet encore véritablement défini, la possibilité de récolter le maximum d‟informations semble davantage favorable. C‟est à travers une analyse précise et au cœur même de l‟actualité qu‟il m‟a été donné de pouvoir tirer un grand nombre d‟informations, même si cela supposait d‟en délaisser par la suite. Ainsi, l‟objectif de cette méthode était de constater la réalité : partir d‟une étude de terrain véritablement définie, avec des objets précis à étudier, pour pouvoir ensuite en tirer des questionnements, des réflexions. Ces interrogations soulevées ont ensuite guidé mon travail d‟analyse et de réflexion, entre observation, questionnement et analyse des données.

2.2.2

Choix des objets étudiés

En partant dans l‟analyse de l‟ensemble des moyens de communication de Christophe Béchu et Jacques Auxiette lors de ces élections régionales de 2010, l‟objectif était de tenir un journal de bord sur une durée de quinze jours précédant le second tour des élections.

Les élections régionales tombaient à point nommé. En effet, le sujet de mon étude était l‟usage des moyens de communication par les hommes politiques. Etudier l‟usage de ces - 30 BEAUDET Aurélie


Problématique

moyens à travers les élections régionales était ainsi propice à une étude concrète, dans un contexte précis et spécifique. Pourquoi avoir alors choisi ces deux candidats que sont Christophe Béchu et Jacques Auxiette ? L‟idée de n‟étudier que deux candidats semblait raisonnable : cela permet une comparaison entre deux objets d‟étude précis. D‟autant plus que ces candidats sont issus du parti majoritaire pour l‟un et celui de l‟opposition pour l‟autre (UMP et PS). Il semblait que ces candidats soient les deux seuls candidats au second tour. C‟est en tout cas ce que relatait l‟ensemble des sondages. D‟un côté, Jacques Auxiette, président de la Région des Pays de la Loire de 2004 à 2010 représentait le Parti Socialiste. De l‟autre, Christophe Béchu, président du Conseil Général de Maine-et-Loire, surnommé « Bébé Sarkozy » représentait l‟Union pour un mouvement populaire.

Il est vrai que cette étude peut paraître trop précise : deux candidats seulement sur les huit candidats au sein des Pays de la Loire; deux candidats également sur les 255 candidats dans l‟ensemble de la France et les DOMTOM. N‟étudier la communication qu‟au sein des Pays de la Loire semble davantage approprié puisque moi-même suis issue de cette région : je peux donc étudier avec rigueur l‟ensemble des outils de communication utilisé, et ceci en temps réel. Le choix de restreindre une étude qu‟à ces deux seuls candidats réside dans le fait que tous deux disposent d‟une campagne de communication similaire, aussi dense l‟une que l‟autre lors de ces régionales, à la différence des six autres candidats, peu présents sur la scène médiatique. Certes, ces candidats dépourvus d‟une campagne de communication conséquente sont également à prendre en compte : Si l‟objectivité est le principe fondamental de ce mémoire de recherche, il en conviendrait d‟offrir une étude prenant en compte l‟ensemble des données, à savoir les six autres candidats. Néanmoins, à travers ce travail de recherche, l‟objectif était de centrer mes recherches sur les deux candidats sortants du second tour. Ce second tour présentait ainsi les deux candidats sortants, ceux qui ont obtenu les votes des électeurs, ceux qui ont inévitablement usé d‟une stratégie de communication précise et non dissimulée. Outre le facteur du second tour, mon choix réside également dans le fait que ces deux candidats sont représentatifs des partis dominants de la politique française actuelle. Ainsi, cela sous-entend que les moyens de communication ne sont évidemment pas omis. A contrario, ils sont au centre même de la campagne des deux candidats choisis pour mon étude. Analyser la communication des candidats du second tour, appartenant aux deux partis - 31 BEAUDET Aurélie


Problématique

dominants de la politique française, permettait d‟avoir un regard plus précis sur les possibilités données à une élection locale d‟user de la nouvelle technologie en parallèle des moyens de communication traditionnels.

2.2.3

Méthode de recueil des données

La méthode d‟observation du terrain tient de la volonté de traiter de faits concrets, dans un contexte précis. Dans le cadre de mon sujet portant sur l‟usage des moyens de communication par les hommes politiques, les élections régionales étaient véritablement appropriées : elles me permettaient d‟étudier ces usages lors d‟un scrutin de proximité, beaucoup plus accessible pour cette étude. Néanmoins, ce n‟est pas une méthode d‟observation au sens strict du terme : je ne pense inclure de la subjectif dans cette méthode. En effet, cette étude relève, certes, de l‟observation, mais surtout de la méthode de recensement. Pour résumer, la méthodologie employée pour approcher mon terrain se situe entre observation et recensement des divers éléments liés à mon sujet d‟étude. Le but de cette méthode est de recueillir l‟ensemble des actions, des faits liés à la campagne de communication de Jacques Auxiette et Christophe Béchu pendant les trois semaines précédant le scrutin final du 21 mars 2010. Pourquoi cette méthode et non l‟entretien avec les responsables des campagnes de communication des deux candidats respectifs ? Il paraît dénué de toute objectivité de s‟adresser aux principaux acteurs de cette campagne. Certes, ils semblent les mieux placés pour faire part de la communication dont ils usent. Pour autant, c‟est à travers leurs regards, leurs attentes et leurs objectifs que l‟entretien aurait été orienté. Entre les objectifs qu‟ils se sont fixés et la réalité des moyens utilisés et leur efficacité, une distance demeure. C‟est la raison pour laquelle l‟observation et le recensement me semblaient davantage orientés vers une objectivité plus grande de mon étude. Le recensement et l‟observation se traduisent de la manière suivante pour les deux candidats : -

Recensement des articles de presse dans la presse quotidienne régionale relatant leur programme, leurs meetings, leurs visites et tout ce qui a eu trait aux candidats

-

Observation des affiches placardées

-

Recensement des émissions de radios dans lesquelles ils sont interviewés - 32 -

BEAUDET Aurélie


Problématique

-

Recensement des émissions télévisées dans lesquelles un reportage leur est accordé ou lorsqu‟ils débattent

-

Recensement et observation des tracts distribués par les militants

-

Observation et recherche de leur présence sur les réseaux sociaux en ligne (Facebook, Twitter, Flickr)

-

Observation de leurs sites de campagne en ligne, de l‟actualisation de ces sites

-

Observation de la plateforme sociale (mise en place par Christophe Béchu)

Ainsi, un nombre relativement important d‟éléments déterminants a été observé, ceci quotidiennement et retranscrit chaque jour. Les articles de presse ont été conservés mais aussi les vidéos des débats et les tracts. L‟objectif initial était de suivre le mouvement de ces moyens de communication au fur-et-a-mesure de l‟évolution de la campagne, de la diffusion des sondages et à l‟approche du scrutin final.

2.2.4

Analyse des données et questionnement

Dans cette étude, j‟accorde une place importante à mes observations et recensements. C‟est à partir de ce terrain observé et étudié que des interrogations se sont soulevées. Cette méthode semble être la seule qui puisse permettre d‟englober l‟ensemble des moyens de communication utilisés, de manière exhaustive. Ces données récoltées sont retranscrites informatiquement chaque jour. Au terme de cette observation, une comparaison entre les deux candidats semble de rigueur. L‟objectif est d‟analyser individuellement l‟usage des moyens de communication puis les comparer. Ces analyses lors des élections, pendant l‟étude des données, et la comparaison, ont suscité et abouti à de nombreuses questions concernant un sujet plus précis : l‟usage du Web par les hommes politiques à travers un contexte plus affiné : les élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire. En effet, force était de constater qu‟une attention toute particulière était donnée à la campagne de communication en ligne : de nombreux outils ont été déployés et mis en place dans le cadre spécifique de ces élections régionales. L‟histoire du Web au sein de la politique ainsi que l‟analyse et l‟observation du terrain ont permis de dégager un certain nombre d‟interrogations à l‟occasion de ces régionales 2010. À partir de ces interrogations générales, il s‟agissait d‟en dégager une réflexion pertinente et scientifique - 33 BEAUDET Aurélie


Problématique

en corroborant ces analyses par les données relevées lors des élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire.

2.2.5

Les différentes interrogations à analyser

Aux diverses questions relevées à travers l‟histoire du Web précédemment présentée s‟ajoutent les analyses et observations issues du terrain lors des élections régionales 2010 dans les Pays de la Loire. La problématique porte sur les possibles prémices d‟une politique française Web 2.0 ouverte et participative. Tout le travail est de valoriser cette problématique à travers un ensemble de questions et d‟hypothèses. L‟objectif est ainsi de présenter l‟état actuel de l‟usage du Web dans la sphère politique. Bien loin de prétendre une nouvelle fois l‟avènement du Web 2.0 comme ont coutume de le faire les médias à chaque élection politique, il s‟agira d‟exposer l‟état actuel de l‟usage du Web et d‟en tirer une analyse générale. Cette analyse s‟articule autour de deux grands axes. Le premier axe s‟attache à analyser la part de contenu proposée par les hommes politiques dans leur campagne en ligne. Le second axe étudie l‟aspect participatif supposé par le Web 2.0 mais loin d‟être si évident au sein de la sphère politique. Voici les thèmes :

-

Thème 1 : Web et message de fond des politiques : quelle est la place accordée aux contenus ?

-

Thème 2 : Internet réalise t-il la vieille utopie selon laquelle chaque citoyen, quel qu‟il soit, puisse participer à la prise de décision en donnant son avis ou avoir un accès précis à l‟information, comme le supposerait l‟usage du web ?

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Problématique

Chapitre 3 : Entre questionnements et confrontation au terrain

À l‟occasion des élections régionales de 2010, l‟opportunité m‟a été donnée de dégager deux types d‟interrogation portant sur l‟utilisation du Web lors des campagnes électorales. En prenant pour terrain les élections régionales dans les Pays de la Loire, plus particulièrement les candidats Christophe Béchu et Jacques Auxiette, l‟objectif est de répondre le plus objectivement possible à ces questions soulevées. Ces interrogations sont ainsi découpées en deux thèmes : la participation en premier lieu et les contenus issus du Web dans une campagne électorale en second lieu. À travers ce mémoire, l‟objectif est de montrer que malgré la richesse du Web, peu d‟éléments sont exploités afin de proposer aux citoyens une politique démocratique et participative sur le Web. La richesse d‟Internet réside dans la possibilité donnée à chaque internaute de pouvoir s‟exprimer librement sur diverses thématiques politiques, donner son point de vue de citoyen ou d‟usager, faire part de ses questionnements ou de son histoire personnelle pour exprimer une réalité. L‟internaute peut également s‟informer sur les candidats, sur les élections pour lesquelles ces derniers concourent, sur le rôle qu‟auront les élus, les missions qui incombent à chacun, le travail déjà réalisé ou en cours de réalisation, le rôle que possède chaque citoyen dans cette réalité politique. Autant de possibilités qui permettraient à chacun, hommes politiques comme citoyens, de trouver l‟utilité du Web dans une sphère politique où les frontières entre politique et citoyen sont très prononcées. Dans le cadre des élections régionales de 2010, force est de constater que peu de citoyens se sentent concernés par ces élections. Et pour cause, les frontières apparaissent trop prononcées, les citoyens se sentent peu concernés. Ainsi, voyons comment est exploité internet pour informer et rendre participatif cet outil qui offre tant de possibilités d‟échange, si toutefois cela s‟inscrit dans les objectifs sous-jacents des candidats.

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Problématique

3.1 Web et message de fond des politiques : quelle est la place accordée aux contenus ? L‟usage du Web s‟accompagne inévitablement d‟un contenu. En effet, internet joue le rôle de contenant. Cependant, qu‟en est-il de ce contenu ? Que proposent véritablement les hommes politiques à travers cet outil qu‟est internet ? À travers deux principaux questionnements, l‟objectif est d‟étudier précisément le contenu proposé à travers l‟outil Web. La société de l‟information, de la communication, du savoir dans laquelle chacun évolue aujourd‟hui est encline à une exigence d‟explications sur les éléments qui les entourent, sur les personnes qui les gouvernent, les décisions qui construisent leur avenir à court mais aussi à long terme. Somme toute, les citoyens recherchent aujourd‟hui du sens, des éclaircissements quant aux actions des hommes politiques qui gouvernent le pays. Ils sont ainsi plus exigeants et pointilleux sur les décisions politiques prises. Force est de constater que la responsabilité citoyenne et la volonté de s‟informer passent également par l‟outil de communication que représente internet. Le Web est un moyen supplémentaire de communication au panel d‟outils existant déjà dans la pratique politique. Ce moyen de communication permet ainsi vraisemblablement de proposer, de manière évoluée et moderne, un nouveau type de message politique. Internet, le contenant, suppose évidemment un contenu. Dès lors, qu‟en est-il de cette contenance ? Internet est un media. Etymologiquement, media est le pluriel de medium, qui signifie moyen, milieu, lien. Internet est effectivement un moyen de communication, un moyen d‟échange. C‟est un milieu où l‟on se rencontre, où l‟on crée du lien. Autrement dit, Internet n‟est pas simplement un support. C‟est également un moyen de favoriser l‟interaction. C‟est là que réside la force du Web : il permet l‟échange entre l‟ensemble des internautes. Loin d‟un outil statique, immobile, internet est aujourd‟hui un outil riche de possibilités : possibilité d‟échanger, de communiquer, de s‟informer, d‟aller au-delà de cette notion stricto sensu de support. C‟est au sein même de cet échange que réside toute l‟importance du contenu. Indéniablement, les partis politiques ont progressivement pris part à ce phénomène internet. Si l‟utilisation d‟internet ne date pas des élections régionales de 2010, elle a toutefois atteint une ampleur et une diversité sans précédent en France. Et pour cause, le dernier scrutin, les - 36 BEAUDET Aurélie


Problématique

élections européennes de 2009, méconnaissait encore le phénomène Twitter. Ainsi, depuis 2004, tous les candidats quel qu‟ils soient, ont peu à peu rejoint la Toile, que se soit via les blogs personnels, les sites internet, et plus récemment les réseaux sociaux. Cette évolution des pratiques coïncide inévitablement avec l‟évolution des outils Web proposés aux internautes. D‟un Web statique via les blogs aux réseaux sociaux où chacun peut potentiellement participer, l‟évolution est considérable. Pour les candidats politiques, il est inimaginable aujourd‟hui de n‟être aucunement présent sur le Web. C‟est la raison pour laquelle depuis 2004, on a vu apparaître de plus en plus d‟hommes politiques sur internet. La majorité des candidats aux dernières élections européennes, en juin 2009, disposait chacun d‟un site internet et était également présent sur les réseaux sociaux tels Facebook ou Twitter_ néanmoins, outil encore trop peu utilisé à cette période. Prendre place sur le Web sous-tend plusieurs objectifs : dynamiser un jeune électorat trop loin des problématiques qui le concernent, présenter son modernisme en affichant sa présence sur les derniers outils de communication en vogue, monopoliser l‟ensemble des canaux de communication existants, tout cela à « la manière Obama ». En effet, l‟ombre du succès de Barack Obama dans sa stratégie communicationnelle lors des présidentielles américaines en 2008 plane au dessus de chacun des candidats politiques français. Chacun souhaite réaliser la mythique mobilisation qu‟a su accomplir Barack Obama via les canaux de communication utilisés. Ainsi, on constate aujourd‟hui la présence des divers candidats sur la Toile. À l‟occasion des élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire, il en a été de même. Que se soit Jacques Auxiette ou Christophe Béchu, tous deux étaient présents sur le Web. Pour clarifier la communication en ligne de ces candidats, voici les présences exhaustives de ces deux candidats sur internet, que se soit sur les réseaux sociaux ou sur leur site de campagne respectif.

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Problématique

3.1.1

Le site de campagne des candidats : un outil qui apparaît essentiel pour chaque parti. Qu‟en est-il de son usage, et plus particulièrement de son contenu ?

Côté PS, Jacques Auxiette dispose inévitablement d‟un site internet, intitulé

« Auxiette2010 :

la

gauche

en

action

pour

les

Pays

de

la

Loire »

(http://www.auxiette2010.fr/). Sur ce site, sont proposées diverses rubriques : - Actualités : régulièrement renouvelées (tous les deux à trois jours), l‟actualité présente les articles retraçant visites ou meetings de Jacques Auxiette. - Agenda : cette rubrique était vide du début à la fin de la campagne - Programme : les onze grands axes du programme de Jacques Auxiette sont présentés. À cela s‟ajoute également au sein de cette rubrique les 57 propositions du candidat. - Enjeux : au sein de cette rubrique, on dénombre treize sous-rubriques (culture, sport, jeunesse, etc.). À l‟intérieur de chacune, il est rappelé le rôle de la Région, les actions, les exemples emblématiques et les chiffres clés accomplis jusqu‟ici sous le premier mandat de Jacques Auxiette, en tant que président de la Région. - Candidats : cette sous-rubrique recense l‟équipe du candidat ainsi que les différentes équipes selon les départements. L‟ensemble des élus sont listés. - Médias : il regroupe les communiqués de presse et les vidéos en ligne. - outils militants : ce sont 23 fiches thématiques et 27 tracts locaux et des documents de campagne, téléchargeables par les internautes. Jacques Auxiette ne restreint donc pas son site internet en une vitrine strictement marketing favorisant le « votez pour moi ». On retrouve sur son site internet son programme clairement défini, point par point et résumé en 57 propositions. Par ailleurs, il a défini treize enjeux dans lesquels il décrit le rôle de la Région pour chacun d‟eux, les actions emblématiques réalisées jusqu‟à la fin de son mandat et également les chiffres clés. Son site présente également les informations de campagne (meetings, évènements, déplacements) bien que ces rendez-vous ne soient aucunement explicités dans la rubrique destinée à cela, à savoir la rubrique « agenda ». Le contenu semble ainsi tout à fait convenable à des novices en matière politique. Toute personne ne connaissant aucunement le rôle de la Région se voit ainsi quelque peu satisfait s‟il parcourt le site internet du candidat PS : il présente tout à fait précisément les propositions émises par le candidat. Par ailleurs, on peut clairement démontrer qu‟il existe - 38 BEAUDET Aurélie


Problématique

deux types de contenu à partir du site de campagne de Jacques Auxiette: les contenus dits « immobiles » tels que les pages « adhérez », « contactez-nous » qui ne changent aucunement du début jusqu‟à la fin de la campagne : ils occupent de manière classique un menu figurant en haut de la page. L‟autre type de contenu est un contenu dit « d‟actualité », visible sur la majorité de la page d‟accueil. Ces contenus sont organisés en cascade sur le site de Jacques Auxiette. Ce type de mise en page de contenu n‟est pas sans rappeler la mise en page des sites d‟actualité et d‟information sur le Web. Sans cesse mis à jour, ce contenu est en actualisation permanente. Par ailleurs, la mise en page des contenus du candidat PS s‟assimile aux mises en page des sites d‟actualité sur un autre aspect : précédemment, les sites internet des candidats aux élections servaient de relais aux communiqués de presse. Aujourd‟hui, on assiste sur le site de campagne de Jacques Auxiette à un panel d‟outils d‟information non pas institutionnel mais bien d‟actualité tel la carte des déplacements du candidat, ou ses différents rendez-vous, ceci en temps réel. Ces éléments, partie intégrante du contenu, ne font-ils pas ainsi simplement office de vitrine, d‟outils pseudo- transparents où l‟ensemble du quotidien du candidat est relayé? En est-il de même pour les autres outils utilisés par Jacques Auxiette dans le cadre d‟une campagne électorale ? 

Du côté de l‟UMP, Christophe Béchu suit également la révolution suscité par Barack

Obama. En effet, le site de Christophe Béchu s‟apparente véritablement à la technique utilisée par l‟actuel président américain et son site de campagne MyBO. L‟outil principal de cette campagne est, sans conteste, pour Christophe Béchu, son site internet ou plutôt ses sites internet. Et pour cause, le candidat UMP dispose pour cette campagne de trois sites internet : - un réseau social : www.bechu-regionales.fr/reseau - un site d‟information et de contribution : www.agir-vraiment.info - le site de campagne : www.bechu-regionales.fr Son site de campagne : « Agir vraiment avec Christophe Béchu » se divise en plusieurs parties : - Agenda : actualisé quotidiennement et retraçant les évènements passés, les meetings, les visites ou encore des actions de communication (tractage, campagne téléphonique)

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Problématique

- Projet : cette rubrique proposait le projet de Christophe Béchu dans sa campagne aux élections régionales de 2010. - Equipe : elle présentait l‟équipe de Christophe Béchu mais également l‟ensemble de sa liste dans les quatre autres départements. On constate, dans le cas du candidat UMP, une approche plus moderniste et technique de l‟outil Web que Jacques Auxiette. Et pour cause, le candidat UMP propose aux internautes, militants ou non, différentes possibilités d‟accéder au site du parti UMP de la région des Pays de la Loire. Il intègre la notion de site internet, autrement dit son site de campagne. Outre ce premier site, le site d‟information et de contribution offre, quant à lui, la possibilité aux internautes de se renseigner sur l‟ensemble du programme de Christophe Béchu ainsi que ses listes selon les départements. Enfin, l‟équipe de campagne de Christophe Béchu a crée son propre réseau social, outre les réseaux sociaux préexistants tels Facebook ou Twitter. Le site de campagne « Agir vraiment avec Christophe Béchu » dirige l‟internaute vers le réseau social du candidat UMP, via un lien URL clairement visible. Ce réseau social s‟assimile véritablement à Facebook : un profil établi par l‟internaute lui-même si ce dernier est membre, la possibilité de poster des commentaires ou d‟échanger avec d‟autres internautes de la région. Ce réseau social a été peu utilisé par les internautes lors de cette campagne. Cet insuccès s‟explique surtout par l‟obligation pour l‟internaute de s‟inscrire et devenir membre du réseau afin d‟accéder à son contenu. L‟inscription oblige donc l‟internaute à fournir des données le concernant ainsi que des identifiants, ce qui ne motive très certainement pas les internautes souhaitant accéder à ce site internet. Ainsi, peu de membres ont été dénombrés : ils ne dépassent pas la vingtaine. Sur ce réseau, quelques questions ont été posées sur les différentes propositions ou actions du candidat : seuls les membres du site internet répondaient entre eux. En aucun cas ces internautes ne furent renseignés par une quelconque personne liée directement à la campagne de Christophe Béchu. Outre le réseau social du candidat UMP, le site de campagne fait, quant à lui, circuler les informations telles que les meetings, les déplacements et visites du candidat, les reportages réalisés par les divers médias, etc. On voit apparaître le même type de site internet que Jacques Auxiette : un site plutôt d‟actualité qu‟institutionnel. Sur ce même site, divers moyens d‟action sont proposés afin de soutenir et agir pour le candidat: un kit de campagne avec des bandeaux Web et des tracts sont à télécharger, un comité de soutien en ligne avec diverses - 40 BEAUDET Aurélie


Problématique

orientations à prendre telles que la possibilité de publier et communiquer sur le réseau social de Christophe Béchu, rejoindre des groupes et participer à des évènements, organiser ces mêmes groupes ou ces mêmes évènements et envoyer des e-mails à l‟entourage. Cette dernière technique d‟envoyer des e-mails à l‟entourage a pour but de développer au maximum le réseau de personnes prospectées tout en évitant une possible intrusion dans la vie de chacun. En effet, un email envoyé par un ami est toujours mieux reçu qu‟un email envoyé par une personne étrangère à son réseau. D‟autant plus qu‟un email envoyé par un ami peut être davantage influant. Ainsi, c‟est via cette méthode, précédemment utilisée avec succès par Barack Obama que Christophe Béchu a tenté de prospecter un maximum de personnes vers son site internet et plus particulièrement vers ses propositions. Un autre moyen est également utilisé et non des moindres : le don en ligne ou le financement privé via internet. Cette action constitue pour les électeurs un moyen de s‟impliquer plus amplement à la campagne. Ce financement privé, donné aux partis politiques par les internautes, est régi par les articles 11 à 11-8 de la loi du 11 mars 1988, relative au financement de la vie politique. Ces dons consentis aux campagnes des partis par des personnes physiques sont soumis à des restrictions particulières : - Tout don en espèce ne peut excéder 150 euros - Tout don de plus de 150 euros doit donc être versé soit par chèque, soit par virement, prélèvement automatique ou carte bancaire - Une même personne physique ne peut effectuer annuellement des versements excédant 7.500 euros au profit d‟un même parti politique et des organisations territoriales ou spécialisées qui en dépendent. Le don en ligne est aussi l‟un des moyens utilisé par Barack Obama à travers son site internet MyBo. Ce type de contenu favorise la création d‟un lien avec la communauté de soutien de Christophe Béchu. L‟internaute, via ce contenu, peut se sentir mieux intégré et véritablement investi par l‟objectif de soutenir ce candidat : il devient désormais acteur de la campagne. La donation est proposée sur le site internet de Christophe Béchu. Il y a réellement une volonté de motivation autour d‟un désir d‟avenir commun. Par ailleurs, Christophe Béchu propose aux internautes la possibilité de s‟inscrire à la réception de ses flux RSS. Néanmoins, force est de constater que les flux RSS de son site internet ne fonctionnent pas, et ce tout au long de sa

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Problématique

campagne électorale. De plus, des liens pour chaque département dirigeaient l‟internaute vers la liste spécifique des candidats propres au département ainsi qu‟à leurs projets respectifs. Certes, Christophe Béchu a développé des moyens de communication considérables dans l‟optique de remporter ces élections régionales. Entre don en ligne, réseau social personnel, site internet de campagne, sa présence sur le Web est développée au maximum. Cependant, le contenu reste toutefois d‟actualité, de mobilisation, d‟incitation à participer à la campagne. Mais il ne renseigne aucunement les internautes des décisions régionales, des propositions faites illustrées par des exemples concrets, le rôle de la Région, les actions menées qui toucheront directement les citoyens. Bref, l‟ensemble de cette présence sur le Web demeure pour le moment forte en visibilité mais pauvre en renseignements concrets sur ces élections.

Ainsi, ces deux candidats aux élections régionales ainsi que leurs communicants ont tenté de s‟implanter au mieux, au maximum sur internet. À travers leurs sites internet respectifs, ils n‟ont aucunement mis de côté l‟aspect visuel de leur candidature : une véritable vitrine virtuelle. Par ailleurs, l‟ensemble des moyens de communication ont été mis en place au sein des deux partis, même s‟il est davantage significatif côté UMP. Certes, l‟aspect « actualité » est considérablement mis en valeur des deux côtés : cela a pour effet de complètement estomper le côté institutionnel de ces élections et de ces candidatures mais de maintenir régulièrement informés les internautes de chaque fait et geste des candidats. Ainsi, les candidats jouent davantage sur le plan de la rapidité et de l‟intimité (actualité du candidat) plutôt que de l‟interactivité (à travers l‟échange et l‟apprentissage à destination de chaque internaute du rôle de la région et des propositions précises de chacun des candidats). Le contenu se restreint strictement aux propositions des candidats, sans toutefois développer davantage leurs arguments et leurs différentes pistes de réflexion. Certes, l‟usage du Web est pleinement opéré. Toutefois, cet usage n‟aura nullement laissé la possibilité aux internautes de s‟exprimer et surtout d‟échanger avec le candidat sur ses pistes de travail. Les internautes sont donc quelque peu exclus dès qu‟il est question de s‟exprimer, moins pour promouvoir. Cette absence de réponses aux divers questionnements, ce manque d‟échange est l‟une des conséquences de l‟absentéisme massif lors de ces élections (51,77% au premier tour et 48,22% au second tour). Outres ces sites internet, chacun des deux candidats ont également envahi les réseaux sociaux préexistants, que se soit Facebook ou Twitter. Qu‟en est-il du - 42 BEAUDET Aurélie


Problématique

contenu sur ces réseaux ? Ces réseaux sont-ils eux aussi utilisés davantage en tant que vitrine en ligne? Sont-ils au contraire informatifs et institutionnels ?

3.1.2

Une présence importante des candidats sur les réseaux sociaux. Mais ces derniers incluent-ils également du contenu institutionnel ?

Les deux partis, UMP et PS, ont ouvert des espaces au sein de certains réseaux sociaux en ligne, dits participatifs. Naturellement, Facebook, le réseau social qui dispose de la plus forte notoriété26, a été très ciblé, avec plus de 15 millions de comptes ouverts sur Facebook en France. De même, avec 127 500 utilisateurs actifs27 en France, le réseau social Twitter, quatrième réseau social en plein développement a également été visé lors de cette campagne électorale, malgré le faible nombre d‟actifs. Facebook est devenu l‟acteur majeur lors des campagnes électorales, à l‟image du succès rencontré par Barack Obama en 2008 ou plus récemment en France lors des élections européennes de 2009. De plus en plus de militants, et plus largement d‟internautes, nichent au sein de ces réseaux sociaux préexistants. Le nombre d‟inscrits ne cesse encore de s‟accroître. C‟est la raison pour laquelle la campagne de chaque candidat investit également ces réseaux : en usant des réseaux sociaux les plus « viraux », l‟objectif est de mobiliser et séduire une large échelle d‟internautes, tel Obama. Outre cette perspective de mobilisation et de séduction, pouvons-nous déceler une once de contenu institutionnel et informatif au sein de ces réseaux sociaux? 

Outre le site de campagne de Jacques Auxiette, un lien dirigeait également les

internautes vers le compte Facebook et le compte Twitter du candidat. Cette position institutionnelle au sein des réseaux sociaux a pour objectif de créer du réseautage sur ces réseaux. C‟est la raison pour laquelle les réseaux Twitter et Facebook ont été investis : ce sont deux réseaux sociaux dominants actuellement en France. Alors qu‟en 2004, lors des précédentes élections régionales, ni Facebook, ni Twitter n‟existaient, aujourd‟hui, ces réseaux sociaux sont incontournables pour les élections régionales de 2010. Jacques Auxiette dénombrait sur son profil officiel Facebook environs 757 fans durant l‟entre-deux tours des 26 27

IFOP, 2010, p. 3, 4, 5 Sysomos, 2010 - 43 -

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Problématique

régionales tandis que son compte officiel Twitter est suivi par 282 abonnés. Outre ce profil à l‟initiative du candidat, d‟autres groupes de soutient ont été crées par des supporters et des militants sur Facebook. On dénombre ainsi deux autres groupes supportant Jacques Auxiette incluant 297 membres pour l‟un et 157 membres pour l‟autre, durant l‟entre-deux tours. Toutefois, en se restreignant à la page officielle du candidat du PS sur Facebook, on relève la simplicité de ce profil. Les informations nécessaires sont données (le parti, la région). Cependant, il n‟y a pas de détails concernant le candidat lui-même. Quant à son « mur », lieu où sont postés les messages, il donne très peu d‟informations précises : il présente les meetings à venir, le bilan de ces meetings, les visites qu‟il effectue et ses actions en tant qu‟actuel président de la Région. Peu d‟informations valorise donc les questions essentielles se référant aux régionales. Le but de la campagne de Jacques Auxiette est vraisemblablement d‟assurer une présence permanente sur les réseaux sociaux en ligne. Il est clair que l‟objectif a été atteint. Cependant, les internautes ont dû se restreindre à une occupation strictement statique : en aucun cas le principe même de participation et de partage de contenus qu‟insufflent les réseaux sociaux n‟a été exploité. Au final, cette présence sur Facebook a surtout servi de compte-rendu du quotidien de Jacques Auxiette, dans la même logique que son site Internet : celle de relater l‟actualité du candidat avant tout. Il semblerait d‟ailleurs que cette actualité de Jacques Auxiette (agenda, déplacements, etc.) prime sur l‟élément principal d‟une campagne, celui du message de fond. Verrions-nous alors une primauté donnée à l‟actualité du candidat au détriment de son véritable message de fond, à savoir le sésame rationnel pour séduire le lectorat ? Toujours est-il que le message de fond n‟est pas présent. Tout internaute souhaitant avoir réponses à ses questionnements concernant les régionales devra se renseigner ailleurs que sur le profil de Jacques Auxiette. En effet, le profil Facebook du candidat PS ne fournit aucunement un quelconque message de fond, une quelconque information, même pas une seule de ses propositions. Ce profil Facebook fait surtout office de rapport de l‟actualité du candidat. Facebook semble apparaître ainsi comme une « vitrine virtuelle » faisant la promotion de son produit : Jacques Auxiette. Facebook s‟assimile à une affiche, qui évolue au jour le jour, mais qui reste somme toute statique dans l‟interaction, l‟information et la communication avec les citoyens et internautes. Ainsi, qu‟en est-il de ce Web 2.0 ? Est-il - 44 BEAUDET Aurélie


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réellement exploité ? N‟est-ce pas une modernisation, en adéquation avec les nouvelles technologies, des moyens de communication traditionnels ? En somme, on pourrait avancer l‟idée que ce profil Facebook ne fait guère gagner de militants : il peut tendre à les rassembler autour du candidat. Toutefois, il n‟aura su les convaincre par des messages lourds de signification, les écouter et leur proposer des éléments concrets de réponses. Aucune information en lien direct avec les élections régionales ne sont émises hormis les dates des différents meetings, rendez-vous du candidat et passages dans les divers médias existants. La logique de séduction n‟est donc pas mise en place puisque l‟outil Web ne se restreint qu‟à une forme d‟affichage moderne, telle une publicité mise en ligne. On constate surtout une apparente démultiplication des moyens de communication traditionnels à destination des internautes : affichage permanant sur la Toile, tract en ligne, invitation aux meetings du candidat, article de presse relaté sur Facebook, etc. Bref, les informations, le débat de fond, l‟émergence d‟idées sont absents de Facebook à travers le profil du candidat PS. La connivence, la proximité, la complicité que suppose le réseau social Twitter peut-il apporter le contenu absent du profil Facebook de Jacques Auxiette ? 

Twitter supposerait une plus grande complicité avec l‟internaute. Cependant, qu‟en

est-il dans les faits ? Lorsque l‟on observe le compte Twitter de Jacques Auxiette, intitulé « auxiette2010 », on relève d‟emblée une faiblesse dans la pratique de l‟outil. En effet, peu de tweets, c‟est-à-dire de messages, sont crées au cours d‟une journée. Ce réseau social en temps réel permet d‟écrire en 140 caractères ce que le candidat souhaite faire partager. Dès lors, Twitter contraint les candidats, et plus généralement les internautes, à concentrer leurs messages pour exprimer l‟essentiel. La majorité des tweets posté par Jacques Auxiette sert à diffuser les mêmes informations présentées sur Facebook : meetings, visites, etc. Ainsi, le candidat partage son quotidien, ni plus ni moins. L‟usage de Twitter est-il pertinent en termes de contenu ou demeure t-il lui aussi une vitrine en ligne, en plus de Facebook ? Certes, les internautes ont connaissance des déplacements et visites de Jacques Auxiette, dans la même logique que le site de campagne ou Facebook. Néanmoins, il paraît difficile de ne pas connaître le quotidien de ce candidat tant son planning est affiché à la fois sur le site de campagne, sur Facebook mais également sur Twitter. À ce stade, on peut se demander quelle - 45 BEAUDET Aurélie


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est la pertinence de ces outils de communication Web 2.0 ou vraisemblablement Web participatif si ce n‟est pour transmettre l‟actualité du candidat. L‟usage de Twitter est un usage de proximité, une relation privilégiée et quelque peu exclusif avec le candidat. Mais l‟objectif majeur, à savoir les différents thèmes de la campagne régionale, sont-ils abordés à travers Twitter ? Évidemment, la réponse est clairement négative. Cette pratique des réseaux sociaux par le candidat PS est dépourvue d‟échanges, de chiffres, de propositions, de suggestions. Twitter n‟est pas pertinent dans son utilisation si l‟objectif recherché est de délivrer un message de fond. Le candidat pourrait se servir de Twitter pour transmettre ses idées, ses propositions, ses questions aux internautes. Au lieu de cela, on constate, outre la mise à jour constante de son actualité, une quasi-abstention de Jacques Auxiette sur Twitter. Par ailleurs, la pauvreté du contenu des messages proposés sur son profil ne semble pas favoriser une quelconque complicité : l‟internaute est simple spectateur et récepteur d‟un contenu strictement informatif. Il n‟est aucunement renseigné, guidé, orienté dans ses choix si ce n‟est celui de participer à telle ou telle réunion, visite ou meeting en présence du candidat PS. Dès lors, Jacques Auxiette apparaît tel un produit marketing vendu aux internautes grâce aux différents outils web. Le message de fond n‟est aucunement présent sur les deux réseaux sociaux que sont Facebook et Twitter. Ces réseaux sociaux semblent, à travers le candidat Jacques Auxiette, seulement faire office de vitrine, sans toutefois exploiter la possibilité qu‟offre l‟usage du Web. Par conséquent, l‟usage du Web 2.0 ne semble pas exploité par Jacques Auxiette. Aucun échange n‟est possible avec ce candidat. Certes, on relève du contenu pertinent sur son site internet de campagne. Hormis le site, Facebook et Twitter apparaissent comme des outils de vitrine, d‟apparence. Le discours doit pourtant être direct, le dialogue devrait être présent. Ainsi, on peut toutefois souligner que la place des contenus dits institutionnels, véritablement politiques, dans le cadre des élections régionales, demeure tout à fait dérisoire en ce qui concerne la candidature de Jacques Auxiette. Seule son site Internet présente ce côté institutionnel qui donne à connaître davantage sur les propositions du candidat. Pour ce qui est des réseaux sociaux, entre actualité et vitrine, peu d‟éléments sont pertinents dans cette communication politique de campagne. De ce fait, tout au long cette campagne électorale, le candidat PS n‟aborde jamais de points concrets susceptibles d'apporter des lumières sur les - 46 BEAUDET Aurélie


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questions telles que celles portées sur l‟aéroport de Notre-Dame-des-Landes, que se soit sur son site internet que sur les réseaux sociaux. Et lorsqu‟un internaute tente une ébauche dʼanalyse ou ose poser une question, il ne reçoit aucun écho d‟un quelconque représentant du Parti Socialiste des Pays de la Loire. Le Web ne semble ainsi voir aucunement émerger un contenu précis, concret où toutes les questions posées sont éclairées, où chaque élément de la campagne est donné. Le rôle de la Région, de son candidat, les propositions, l‟intégration et le rôle du citoyen dans ses prises de décision ne sont que trop peu dévoilés, juste abordés brièvement sur le site internet. Pourtant, les internautes, militants ou simples citoyens indécis, osent poser ces fameuses questions : preuve que le contenu n‟est pas assez clairement exprimé, explicité et donné à connaître aux électeurs. Par ailleurs le contenu du site internet et des réseaux sociaux pourraient supposer une certaine connivence proposé par le candidat aux internautes. Prenant ainsi une distance avec le discours politique et institutionnel, le candidat et son équipe de campagne rendent la discussion et l‟échange d‟arguments, de questions plus accessibles aux internautes. Pourtant, le contenu se restreint aux propositions offertes de manière très institutionnelle via les fiches thématiques. Quant aux outils Web, loin de proposer une certaine connivence avec les internautes, ils offrent surtout une riche actualité du candidat, mise à jour très régulièrement, totalement dépourvue d‟un contenu informant l‟internaute des propositions ou tout autre élément ayant trait directement à la Région des Pays de la Loire. Rendre concret les processus de décision de la région, les propositions émises par le candidat, montrer la complexité des décisions que suppose la gouvernance des Pays de la Loire sont autant de contenus qui devraient figurer sur le site de Jacques Auxiette et ainsi informer l‟ensemble des internautes et citoyens. En est-il de même pour Christophe Béchu ? Le candidat UMP profite t-il des réseaux sociaux en tant que simples outils de propagande ou transmet-il au contraire un contenu riche d‟information sur la région des Pays de la Loire ? 

Christophe Béchu a également investi les réseaux sociaux Facebook et Twitter. La

présence du candidat UMP sur les réseaux sociaux lui permet à la fois de faire preuve de modernisme, dynamisme et d‟action mais également de diffuser des informations concernant sa campagne à une large cible, de manière extrêmement rapide. D‟ailleurs, durant l‟entre-deux tours, Christophe Béchu avait 3 339 amis sur son profil officiel. À cette présence sur - 47 BEAUDET Aurélie


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Facebook s‟ajoute également un certain nombre de pages non officielles, soutien à Christophe Béchu : on dénombre ainsi cinq autres groupes ayant simplement trait aux régionales de 2010, deux pages « fan » et un seul autre « profil ». Toutes ces pages non officielles comptabilisent à elles seules environs 1 600 internautes. Quant à Twitter, le profil officiel du candidat regroupe 174 abonnés lors de l‟entre-deux tours. Ainsi, on remarque un certain nombre de soutiens à Christophe Béchu en général, et plus particulièrement lors des régionales 2010. Lorsqu‟on analyse plus précisément le profil officiel du candidat sur Facebook, on relève tout de suite la différence de taille avec le profil de Jacques Auxiette. Ce dernier n‟autorisait seulement sur son profil que ses propres publications. L‟internaute ne pouvait simplement que réagir à ses publications mais ne pouvait en aucun cas diffuser des photographies de meeting, des articles de presse, des messages de soutien ou toutes autres publications. Au contraire, Christophe Béchu laisse libre chaque internaute de diffuser une quelconque publication de leur choix. Ces internautes peuvent donc diffuser les photographies ou les vidéos des meetings, créer eux-mêmes des articles de soutien ou diffuser les articles parus dans la presse. Bref, il semble évident que le contenu du profil de Christophe Béchu est beaucoup plus riche et interactif que celui de Jacques Auxiette. Et pour cause, chacun des internautes peut y ajouter sa touche personnelle dans le soutien au candidat UMP. Cette affluence d‟opinions, de soutiens divers et variés permet d‟offrir à chaque internaute un contenu davantage informatif. Pour autant, ce contenu n‟est aucunement une réponse directe à des questions portant sur les propositions ou les pistes de réflexion ayant trait aux régionales. Ainsi, si un internaute pose une question sur l‟une des propositions, il ne trouvera sa réponse que grâce à l‟intervention des autres internautes. Une fois de plus, ni le candidat ni son équipe de campagne ne répondront à cette question. Ces derniers gèrent simplement les messages de rassemblement pour les meetings et transmettent chaque jour l‟agenda du candidat, de la même manière que Jacques Auxiette. Cependant, des photos de chaque meeting, un rapide bilan des visites et autres réunions sont montrés aux internautes de manière régulière. Seul le côté strictement institutionnel, favorisant une meilleure connaissance du rôle de la Région et l‟intérêt que pourrait apporter l‟UMP est négligé à travers l‟outil Facebook. Ainsi, Christophe Béchu suit la logique de Jacques Auxiette : celle de relater l‟actualité avant tout. Là encore, Facebook demeure un outil d‟affichage en ligne, permettant de faire connaître aux internautes l‟actualité du candidat. Au-delà de cette perspective, le contenu reste invisible. Seul le candidat, - 48 BEAUDET Aurélie


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véritable produit marketing, est valorisé à travers images, vidéos ou tout autre support de communication. Christophe Béchu ne mobilise donc en aucun cas ses supporters grâce à Facebook. Il peut les séduire, certes, mais ne leur expose nullement d‟éléments concrets sur son programme, via Facebook. Si un internaute n‟est pas militant ou supporter de Christophe Béchu, il ne se sentira aucunement intégré et séduit pleinement via le profil Facebook du candidat. Outre la multitude de petites touches personnelles de chaque internaute, le profil de Christophe Béchu se résume surtout à un pêle-mêle de toutes les possibilités de communication (affichage online, tract online, photo et vidéo de chaque évènement, des remerciements et des soutiens, etc.). Ainsi, la connivence entre le candidat et les internautes n‟est pas évidente. Aucun des deux groupes protagonistes n‟a dialogué, ni échangé ou interagi entre eux. La proximité que permet l‟usage du réseau social Facebook n‟est donc aucunement assouvie. Voyons si la campagne de Christophe Béchu est exploitée au mieux à travers l‟outil Twitter. 

Outre ses trois sites internet et son profil officiel sur Facebook, Christophe Béchu

dispose également d‟un compte Twitter. L‟outil Twitter suppose une certaine connivence avec l‟internaute. Comme dit précédemment, 140 caractères suffisent pour diffuser un message sur Twitter. Ainsi, à quel fin Christophe Béchu utilise t-il Twitter ? À la différence de son principal opposant, Christophe Béchu utilise presque deux fois plus l‟outil Twitter. Pourtant, le candidat UMP possède beaucoup moins d‟abonnés à son profil que Jacques Auxiette : presque 110 internautes de moins que le candidat PS, soit 174 abonnés. Toujours est-il que le contenu reste toutefois similaire à Jacques Auxiette. L‟outil Twitter serait-il simplement un outil faisant office d‟agenda ? En tout cas, les abonnés au profil « Béchu2010 » sont renseignés quotidiennement sur les meetings du candidat UMP, ses visites dans les différentes villes, ses rencontres avec les citoyens, ses débats à la radio et à la télévision, etc. En un mot, Twitter sert une nouvelle fois d‟outil permettant de retranscrire l‟actualité du candidat. C‟est une communication axée sur l‟information en temps réel des déplacements et rencontres du candidat. Tout comme Jacques Auxiette, cet outil de communication est simplement une possibilité supplémentaire offerte au candidat de communiquer une nouvelle fois sur son agenda. Cet usage s‟apparente véritablement à une vitrine en ligne faisant la promotion du candidat et favorisant au maximum la transparence, l‟honnêteté, la sincérité pour ainsi toucher - 49 BEAUDET Aurélie


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au mieux les citoyens. Pour autant, une nouvelle fois, aucunes informations institutionnelles ne sont relatées, transmises, diffusées : ni propositions, ni idées ne sont exprimées. Twitter s‟inscrit donc dans la même logique que Facebook et les sites de campagne : une actualité précise, transparente et efficace du candidat UMP ainsi qu‟une présence inévitable sur l‟ensemble des réseaux sociaux déjà préexistants. Au-delà, le contenu est quasi inexistant et l‟information première qui pourrait influencer les électeurs, à savoir les idées et propositions sont totalement omises parmi ces réseaux sociaux. Ainsi, tout comme Jacques Auxiette et son usage des réseaux sociaux, Christophe Béchu utilise également ces mêmes réseaux pour diffuser son actualité. Toutefois, les internautes n‟auront aucunement trouvé un quelconque message de fond.

Ces réseaux sociaux, aussi bien Facebook que Twitter, sont donc utilisés non pas comme terrain de recrutement à la différence de Barack Obama, mais plutôt comme terrain de séduction, de promotion à destination des internautes. Ce sont bien les candidats UMP et PS qui viennent auprès des internautes via les réseaux sociaux. Ces célèbres réseaux sociaux permettent de toucher un maximum de personnes. Chaque mobilisation des utilisateurs de Facebook est utilisée afin de mobiliser et soutenir le candidat. Ainsi, la campagne peut toucher un grand nombre d‟internautes en un temps minime. Il y a simplement un simple click sur Facebook pour devenir l‟ « ami de » ou le « fan de » et ainsi intervenir dans la mobilisation et le soutien du candidat souhaité. Cependant, il faut toutefois souligner que le réseautage et la séduction à travers l‟outil Facebook peut s‟avérer quelque peu difficile, à la différence des autres outils. Pour cause, les internautes français ont tendance à répugner l‟affichage de leurs préférences politiques à la vue des tous, même de leurs amis. Ainsi, il paraît peu habituel de voir les préférences politiques de chacun des membres de Facebook. C‟est l‟une des raisons qui peut freiner la logique de séduction via Facebook, tant sollicitée par le candidat. D‟autre part, les réseaux sociaux, restent et demeurent, dans le cadre de ces élections régionales 2010, des outils peu exploités. Certes, ils permettent une grande visibilité auprès des internautes : c‟est un outil d‟affichage non négligeable sur internet. Par ailleurs, cet outil favorise une importante transparence dans l‟actualité du candidat, que se soit Christophe Béchu ou Jacques Auxiette. Pourtant, ces deux seuls intérêts sont minimes par rapport au véritable usage que pourrait faire de ces réseaux sociaux les candidats. En effet, à l‟image de - 50 BEAUDET Aurélie


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Barack Obama, c‟est une possibilité de fédérer les internautes, de leur transmettre des messages de fond pertinents et accrocheurs. Ainsi, les candidats UMP et PS auraient pu chacun développer une stratégie pertinente de communication les positionnant à la fois comme candidat mais également comme intégrateur d‟informations et de contenus sur le large sujet des régionales et les spécificités que comporte ce mandat. Une communication en ligne intégrant des informations consisterait à mettre à disposition une partie des contenus riches dʼinformation dégageant un gain pour les régionales, illustrant de manière réelle le rôle de la Région dans la vie quotidienne, passée ou d‟un avenir proche. L‟électeur aurait ainsi été davantage intégré au sein de cette élection, du fait de sa connaissance sur le sujet. Ce positionnement utopique de l‟électeur aurait très certainement pu éviter une si importante abstention. Grâce aux réseaux sociaux, un dialogue de proximité peut être mis en place entre candidats et citoyens. Qu‟en est-il de cet échange entre les deux protagonistes de ces élections régionales ? Pouvons-nous concevoir un dialogue collaboratif, informatif, constructif entre candidats et citoyens ? Comment fonctionne cette communication ?

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3.2 Internet réalise t-il la vieille utopie selon laquelle chaque citoyen, quel qu‟il soit, puisse participer à la prise de décision en donnant son avis ou avoir un accès précis à l‟information, comme le supposerait l‟usage du Web ? Par définition, le Web 2.0 est le Web participatif, où chaque internaute peut s‟exprimer, qu‟il soit simple internaute ou expert en informatique : toute personne disposant d‟un ordinateur et d‟un accès à internet peut s‟exprimer de diverses manières qu‟il soit sur le Web. Internet est aujourd‟hui une sphère où l‟univers de la « lecture seule »28 dans lequel l‟internaute est simple spectateur, immobile, statique, est révolu. Aujourd‟hui, internet fonctionne davantage entre lecture et écriture : chacun est acteur et spectateur, l‟internaute s‟exprime librement sur un quelconque sujet de son choix. Ce sont ainsi des outils tels que les blogs, les sites internet personnels, les profils Myspace, puis Facebook et Twitter qui ont éclos au-fur-et-à-mesure de ces dix dernières années. La voix citoyenne a ainsi pris progressivement place, plus ou moins pertinente mais toujours présente sur la Toile. Ce sont des personnes devenus progressivement connues et reconnues telles Etienne Chouard ou Thibault de la Hosseraye qui ont influencé la réflexion et le vote de nombre de français lors du référendum portant sur la Constitution européenne en 2005. Internet est aujourd‟hui un outil riche de possibilités : possibilité d‟échanger, de communiquer, de s‟informer, d‟aller au-delà de cette notion de simple outil de communication. Depuis toujours, l‟homme a cherché un espace de débat ou chacun puisse s‟exprimer, donner son avis. Le Web est un formidable outil dans ce domaine. Il offre la possibilité à tout internaute, où qu‟il soit, quel qu‟il soit, de pouvoir partager une opinion, un avis, une idée ou une réflexion. L‟objectif au sein de cette rubrique est d‟examiner, à travers ces régionales, quelle est la part de participation offerte au citoyen, quelle est la place accordée à l‟information et à l‟échange avec l‟internaute. Ainsi, durant ces élections régionales 2010 au sein des Pays de la Loire, voyons si les candidats Christophe Béchu et Jacques Auxiette ont favorisé la participation du citoyen comme le supposerait l‟usage du Web à travers les réseaux sociaux et leurs sites de campagne? Ces candidats ont-ils accordé un échange riche de sens et de réflexion sur le Web

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Termes employés par Lawrence Lessig, professeur de droit à l‟université de Stanford : « read only internet » par opposition à « read write internet » - 52 BEAUDET Aurélie


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aujourd‟hui comme il était d‟usage il y a des siècles au sein du forum romain ? Les candidats et leur équipe de campagne ont-ils été présents tout au long de ce scrutin pour donner accès à l‟information, aux débats, aux échanges d‟idées ou autre ? Comme vu précédemment, aussi bien Jacques Auxiette que Christophe Béchu disposent à la fois d‟un site de campagne et d‟une forte présence sur les réseaux sociaux préexistants. Voyons à travers ces deux types de communication de quelle manière est traitée la participation ainsi que l‟échange dans la stratégie communicationnelle en ligne de leur campagne.

3.2.1

Le site internet des candidats : un outil participatif?

Le site intitulé « Auxiette2010 », dispose d‟innombrables outils marketing pour vendre

son produit : Jacques Auxiette. Comme il a pu être constaté auparavant, les informations concernant surtout l‟actualité du candidat ne manquent pas. De même, vingt-trois fiches thématiques sont accessibles aux internautes afin que ces derniers aient connaissance des propositions faites par le candidat PS selon les différents thèmes. Mais qu‟en est-il de l‟aspect participatif de ce site internet représentant le candidat du Parti Socialiste ? Incontestablement, internet est un outil qui permet aujourd‟hui de pouvoir échanger avec n‟importe quel internaute dans le monde. Cet outil permet d‟informer chacun en temps réel, de donner la parole à l‟élu, au candidat ou au citoyen, de créer la confrontation ou le soutien de diverses opinions par rapport à une idée, de comparer les propositions, d‟éclairer les méconnaissances sur différents sujets, d‟apprendre et connaître sur un parti, le rôle d‟un élu, le travail déjà réalisé précédemment. Bref, internet est le principal outil qui permet aujourd‟hui de connecter l‟ensemble des citoyens et favoriser un nouveau forum, un nouvel espace public où chacun puisse apporter sa touche personnelle afin de mieux administrer la cité. Comment est donc orientée la stratégie du Parti Socialiste dans l‟usage de ce site Web et son interaction avec le citoyen ? L‟élément le plus marquant et déterminant dans cette campagne est le manque de participation directe, d‟échange, de dialogue entre le candidat et les internautes. En effet, aucune page Web ne donne accès à un forum, à une boîte à idées ou une quelconque possibilité donnée à l‟internaute de s‟exprimer. Seuls deux liens peuvent laisser pressentir à l‟internaute la possibilité de participer, d‟écrire. Sur le site internet « Auxiette2010 », - 53 BEAUDET Aurélie


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l‟internaute reste quelque peu spectateur, statique face à l‟information de ce site. Ce n‟est pas ce contenu strictement immobile qui favorisera un quelconque intérêt de l‟internaute envers le candidat et son programme. Seul participation envisagée sur le site internet de Jacques Auxiette : la rubrique « outils militants ». À travers cette rubrique, l‟internaute peut se sentir acteur de la campagne. Différents outils sont proposés tels que la participation au financement de la campagne grâce au don en ligne. De plus, un document regroupant les listes de Jacques Auxiette, le bilan de son premier mandat de président de la Région ainsi que les diverses propositions faites pour ce scrutin des régionales sont téléchargeables sur le site : le rôle de l‟internaute est de le distribuer dans son entourage, à un maximum de ligériens. En dernier lieu, cette rubrique « outils militants » propose différentes adresses Web portant sur la campagne des régionales 2010. Ce sont les adresses de réseaux sociaux (Facebook et Twitter) mais également de son blog (http://www.auxiette.net/, dans lequel seulement un billet est posté en rapport avec les régionales, en date du 11 mars) qui sont communiquées aux internautes. L‟équipe de campagne intervient non pas pour échanger ou renseigner l‟internaute mais pour seulement et uniquement prendre « contact avec vous [l‟internaute] pour discuter des modalités de votre participation à la e-campagne »29. Néanmoins, aucun échange n‟est possible avec le candidat ou le parti au sein de cette rubrique. L‟internaute est acteur, certes, mais il demeure simple supporter du candidat sans pour autant se questionner, remettre en question les idées qu‟il doit promouvoir, sans débat ni partage d‟opinions. L‟internaute est donc ni plus ni moins un militant à travers ce site internet. Dès lors, l‟objectif premier de cette e-campagne pour les élections régionales est non pas de donner un sens et des explications à des électeurs en mal de connaissances sur le sujet des régionales, ils sont au contraire strictement militants et acteurs tels que le désire l‟équipe de campagne. Pour peu que l‟internaute souhaite un éclairage sur une proposition ou une idée, il n‟est aucunement satisfait dans sa démarche. Cette stratégie de campagne peut ainsi engendrer un absentéisme lors du scrutin, un désintérêt davantage marqué envers la politique ou une désillusion à l‟égard du parti. Avant d‟étudier l‟usage du Web 2.0 dit participatif à travers les réseaux sociaux préexistants, voyons de quelle manière le principal opposant de Jacques Auxiette

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Dans la rubrique « Outils militants », au sein du paragraphe La campagne sur le Web- le site de campagne de Jacques Auxiette pour les élections régionales de 2010. - 54 BEAUDET Aurélie


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organise sa stratégie communicationnelle Web dans la logique participative. Ainsi, qu‟en estil de l‟aspect participatif de la campagne de Christophe Béchu à travers ses sites internet ? 

Comme il a pu être constaté précédemment, Christophe Béchu ne dispose pas que d‟un

unique site internet, tel Jacques Auxiette, mais bien de trois sites internet : un site d‟information et de contribution, un site de campagne et un réseau social créés à l‟occasion des élections régionales de 2010. Chacun de ces trois sites ont-il alors une approche participative, différente, nuancée ? En premier lieu, le site d‟information et de contribution offre du contenu aux internautes. Effectivement, ce site informe militants, internautes et citoyens sur l‟ensemble des propositions du candidat UMP, thématique par thématique ainsi que par département. Dans cette perspective, l‟internaute ne peut en aucune façon participer : ce n‟est qu‟un contenu strict, figé, sans aucune interactivité. Tel que l‟était le Web 1.0, ce contenu ne peut être qu‟une lecture seule, avec un internaute strictement spectateur. Pour autant, il semble possible de déceler une once de logique participative au sein du site de campagne de Christophe Béchu. En effet, trois rubriques permettaient aux internautes de participer activement à la campagne, tel un véritable acteur : « comité de soutien », « kit de campagne », « faire un don ». Dans la même logique que Jacques Auxiette, Christophe Béchu propose aux internautes de participer au financement de la campagne ou de distribuer tracts et autres documents aux ligériens. La rubrique « comité de soutien » offre la possibilité à ces mêmes internautes de se regrouper avec d‟autres afin d‟aider au développement de la campagne sur le terrain, tels de véritables militants. Toujours est-il que dans cette optique, la participation à la codécision, voire même l‟interaction entre le parti et l‟internaute sont une fois de plus inexistantes. Tout comme Jacques Auxiette, la stratégie communicationnelle de l‟UMP et de Christophe Béchu n‟inclut aucunement un Web interactif, participatif, où l‟échange, le débat et les explications sont de rigueur. Toutefois, il ne faut guère omettre le troisième site de Christophe Béchu : son réseau social. En d‟autres termes, ce réseau social suppose une forte interaction, un échange voire même un débat entre internautes ou entre équipe de campagne et internautes. Ce réseau social permet à l‟internaute de créer son profil, échanger avec les autres internautes et poster des messages. Force est de constater que ce réseau social a peu fonctionné puisqu‟il n‟y avait qu‟une vingtaine de personnes inscrites à ce réseau. La principale cause est due à l‟obligation pour l‟internaute de s‟inscrire une fois de - 55 BEAUDET Aurélie


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plus sur un site internet. Or, aujourd‟hui, de plus en plus de sites supposent que l‟internaute s‟inscrive, ce qui peut sans doute le rebuter dans sa démarche. Par ailleurs, un certain nombre de questions étaient posées sur ce réseau social concernant la campagne des régionales côté UMP, des questions portant sur diverses propositions. Face à ces quelques questions d‟internautes, soit un autre internaute répondait précisément à la question, soit ils émettaient une liste de réponses plausibles, soit la question restait irrésolue. Si l‟objectif de ce réseau était de fédérer les individus, de les lier entre eux et coordonner leurs activités sur le terrain, c‟est un échec considérable. Dans le contexte de la France, fédérer des individus dans le cadre d‟élections régionales n‟apparaît pas si évident. Avant d‟envoyer une équipe d‟individus sur le terrain, faut-il déjà que chacun connaisse le rôle de la Région dans les moindres détails, le bilan des précédentes régionales, chaque proposition du candidat, etc. L‟objectif judicieux de ce réseau social aurait été d‟user de cet outil comme une possibilité pour l‟internaute de poser toutes les questions qu‟il souhaite concernant les régionales, le rôle du futur président de Région ainsi que toutes les propositions. Rendre interactif ce réseau aurait un avantage : offrir la parole aux internautes favorise ainsi la curiosité et la réflexion de ces derniers et développe une possible volonté de soutenir le candidat. Solliciter ainsi les idées et opinions des uns et des autres aurait permis de rendre plus concret et intéressant le réseau social et plus généralement, ces élections régionales. Ainsi, aucun des deux candidats n‟offre un lien direct entre leur équipe de campagne et les internautes : cet échange nuit à la participation de ces internautes, aux réponses à toutes leurs interrogations ou idées. Aucun des deux n‟a jugé pertinent d‟inclure une certaine interactivité au sein de leur site internet. Pourtant, c‟est en donnant un rôle significatif au citoyen, en l‟incluant dans les débats, les explications, les échanges d‟idées, que ce dernier mesure toute l‟importance et l‟intérêt de ces élections. D‟autant que sur internet, les individus ont un rôle plus actif que face à une télévision ou une radio car ils cherchent leurs propres informations. Par ailleurs, la relation one to one qu‟offre internet peut être davantage privilégiée : cela permet à chaque internaute de trouver la clé de leurs interrogations à travers une relation privilégiée avec un membre de l‟équipe de campagne ou le candidat lui-même. Cela favorise également une notion de connivence, une meilleure proximité avec le candidat ou le parti. Néanmoins, si cette recherche d‟information ne se trouve aucunement - 56 BEAUDET Aurélie


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satisfaisante, sans une quelconque relation avec les intéressés, la vocation première du Web participatif s‟en trouve insignifiante. Alors qu‟en est-il du Web 2.0 dit participatif via les profils des deux candidats sur les réseaux sociaux préexistants ?

3.2.2

Une présence importante des candidats sur le Web 2.0, dit « participatif ». Mais qu‟en est-il réellement de cette participation ?

Outils devenus incontournables au sein de la sphère politique depuis 2008 précisément, les réseaux sociaux ne sont donc aucunement mis de côté durant ces élections régionales 2010 par les candidats Christophe Béchu et Jacques Auxiette. Entre Facebook et Twitter, les « amis » et « abonnés » aux profils virtuels de ces deux prétendants au poste de Président de Région des Pays-de-la-Loire ne cessent de s‟accroître au fur-et-à-mesure de la campagne. L‟usage de ce Web 2.0, autrement dit « participatif », à travers Facebook et Twitter supposerait, de toute évidence, que les candidats laissent la libre expression des opinions, des idées et des questions émanant des internautes. Ainsi, les candidats seraient tout à fait à l‟écoute de ces internautes, dans une relation de proximité, de connivence comme le désignerait l‟usage de ces outils Web. Cette participation supposée, favorisée par les réseaux sociaux est-elle au rendez-vous de cette campagne des régionales 2010 ? 

Du côté PS, les 757 fans du profil officiel du candidat sur Facebook laisserait croire

que chacun d‟entre eux trouve un intérêt dans l‟usage de ces réseaux sociaux, y compris dans une logique participative. Qu‟en est-il alors de cette participation ? Les candidats favorisentils davantage l‟aspect interactif que sur leur site internet ? Les internautes en mal d‟explications trouvent-ils réponse sur les réseaux sociaux des candidats ? Pour rappel, la logique participative est très présente dans l‟outil Facebook : la participation peut s‟effectuer via les messages instantanés ou les messages dits « inbox » (c‟est-à-dire en privé). Ainsi, ces messages ne sollicitent pas une réponse quelconque dans la minute mais dans la journée ou le lendemain. En ce qui concerne le profil de Jacques Auxiette, il de rigueur de rappeler que seul le candidat peut poster des messages à destination de l‟ensemble de ses « amis ». En aucune façon l‟internaute peut poster un quelconque message de soutien directement au candidat : cette particularité a été choisie par l‟équipe de campagne de Jacques Auxiette. Dès lors, - 57 BEAUDET Aurélie


Problématique

l‟internaute ne peut seulement s‟exprimer qu‟à travers la rédaction d‟un commentaire au message de Jaques Auxiette. Ainsi, la participation des internautes à la vie et l‟interaction du profil Facebook de Jacques Auxiette est déjà fortement limitée par l‟impossibilité de rédiger des messages sur son « mur ». Du 1er mars au 21 mars, Jacques Auxiette a posté en tout et pour tout vingt messages sur son profil. La rétroaction, autrement dit la réponse directe ou indirecte des internautes aux messages du candidat, est appliquée à chaque fois. C‟est au minimum deux personnes qui répondent au message et environs quatorze personnes au maximum. Toujours est-il que la rétroaction est constante dès qu‟un message est posté de la part du candidat PS. Ainsi, les internautes sont très impliqués et explicites dans leur liberté d‟expression. Ce nombre important d‟internautes répondant aux messages prouve que ces derniers marquent un intérêt à l‟échange, l‟expression d‟un soutien ou d‟une idée ou simplement d‟une question. Pourtant, l‟interaction entre candidats et internautes est très peu présente : ce sont surtout les internautes qui échangent entre eux ou donnent tout simplement leur opinion à propos d‟un message posté par le candidat. A contrario, il est très rare que Jacques Auxiette réponde à une question posée par un internaute : le silence est généralement de marbre. À l‟exception du 3 mars 2010, suite au message rédigé par Jacques Auxiette : « en séance exceptionnelle du Conseil régional. Nous votons 20M€ pour lutter contre les effets de Xynthia, après une minute de silence qui a réunit membres du Conseil régional et membres du Conseil économique et social régional ». Suite à ce message un internaute a posé la question suivante : « C'est très bien mais je me pose 2 questions, au niveau de la région comme du gouvernement : la première c'est que je m'étonne que l'on sorte du chapeau une telle somme en si peu de temps. La seconde c'est bien entendu pourquoi maintenant ... ». Ce n‟est qu‟à cette unique question que Jacques Auxiette a répondu durant sa campagne. Hormis cette réponse directe à l‟internaute, à aucun moment Jacques Auxiette a favorisé une participation plus interactive, un échange plus pertinent et développé. Toujours est-il que trop peu d‟échanges ont eu lieu avec le candidat, malgré la praticité de l‟outil Facebook, outil véritablement participatif, voire collaboratif. À titre d‟exemple, le 28 février 2010, Jacques Auxiette poste un lien vers un article de presse : « la Région auprès de ceux qui s‟engagent pour la biodiversité ». Face à cette article, une internaute a commenté : « Pensez-vous que le projet d'aéroport à Notre Dame des Landes est conciliable avec l'écologie? Quel est votre point de vue sur ce projet - je ne trouve pas d'information dans votre tract. ». Ce commentaire - 58 BEAUDET Aurélie


Problématique

a été l‟unique. À aucun moment cette internaute a obtenu une réponse. Personne n‟a répondu à son interrogation, que se soit par un membre de l‟équipe de campagne que par un citoyen, partisan du PS. Ce type de questions dépourvu de réponses se répète à plusieurs reprises sur le mur de Jacques Auxiette. Néanmoins, une seule fois un commentaire fut posté par Jacques Auxiette. Hormis ce commentaire, seuls des liens et des messages ont été diffusés durant cette campagne. Le principe même du réseau social n‟est pas exploité par le candidat et son équipe de campagne. Employer un outil sans user de son principe premier qu‟est la participation apparaît donc inutile, dépourvu de sens si ce n‟est celui de figurer sur le réseau afin d‟être visible et fédérer un maximum de personnes autour du candidat. C‟est là le principal intérêt qui semble être exploité par le candidat. Malgré cette réponse du 3 mars, aucun autre éclairage, échange, débat d‟idées ont été à l‟honneur sur le profil Facebook de Jacques Auxiette. Ni lui ni son équipe de campagne ne rentrent en contact avec l‟internaute. Toujours dans la visibilité en ligne, Jacques Auxiette ne néglige pourtant pas les efforts pour être toujours davantage présent sur internet. Il a ainsi recours aux outils participatifs, les réseaux sociaux, sans pour autant les utiliser au maximum de leurs possibilités. Une fois de plus, à défaut d‟un contenu pertinent et informatif sur les réseaux sociaux, les internautes ne sont également aucunement satisfaits du manque d‟opportunités qui leur sont offert concernant la participation. Côté UMP, comment Christophe Béchu use t-il des outils participatifs tels Facebook dans cette campagne électorale ? 

Outre les sites internet, Christophe Béchu s‟appuie également sur son profil officiel

Facebook, véritable outil participatif du Web aujourd‟hui. Grâce à cet outil, le candidat et l‟équipe de campagne tentent de séduire un maximum d‟internautes mais répondent-ils véritablement à leurs attentes ? Avec 3 339 amis, le profil de Christophe Béchu sur Facebook suppose un grand nombre de participation de la part des internautes et de Christophe Béchu. Surtout qu‟à la différence de Jacques Auxiette, Christophe Béchu offre la possibilité à tout internaute étant « ami » avec lui de publier un message, une vidéo, une photographie, un lien vers un site internet ou un article de presse. Ainsi, la participation est, du côté UMP, beaucoup plus prononcée grâce à cette possibilité donnée à l‟internaute. Ce dernier peut ainsi informer les autres internautes d‟un lien intéressant portant sur les régionales, sur le candidat UMP ou bien sur une information encore inconnue des autres internautes. Pouvons-nous alors parler - 59 BEAUDET Aurélie


Problématique

d‟un bottom up ou d‟un véritable échange entre le candidat et les internautes, une participation active des deux côtés ? Christophe Béchu lui-même publie régulièrement des messages : messages d‟information pour les différents évènements (meetings, visites, débats dans les médias, etc.), messages de bilan sur les évènements précédents (meetings, etc.). Ce que l‟on constate surtout sur le profil de Christophe Béchu, c‟est le nombre considérable de messages de soutien au candidat. À deux reprises est effectuée une rétroaction de la part du candidat. La première est un simple remerciement à une internaute: « boitage hier de 700 tracts pour vous Christophe !!! Encore 200 ce jour à mettre !!! Voilà, mission accomplie !un peu mal aux pattes ! Mais j'espère la victoire au bout !!! », postés le 7 mars 2010. L‟autre rétroaction de Christophe Béchu est le 11 mars suite au message d‟un internaute : « de tous cœur avec vous en espérant que le résultat sera à la hauteur de nos espérance et certains autres partis arrêteront de tirer sur vous à boulet rouge comme hier à Nantes, il ferait mieux de critiquer le programme du sortant », Christophe Béchu réplique « L'agressivité est toujours un signe de faiblesse ... Et c'est la preuve qu'ils sont beaucoup moins surs d'eux que ce qu'ils disent! En avant! ». Ce sont là les deux seuls commentaires que Christophe Béchu a rédigé à destination directe d‟un internaute durant toute cette campagne. Force est de constater qu‟à la différence de Jacques Auxiette, Christophe Béchu a une réelle volonté de répondre au mieux aux militants afin de les motiver et les fédérer. Malheureusement, cette relation de proximité, de connivence avec le candidat est rare et ne s‟est seulement manifestée qu‟à deux reprises. Toujours est-il que l‟effort est accentué, contrairement à Jacques Auxiette. Cependant, il réside également des questions en suspend côté UMP. Ainsi, plusieurs internautes se retrouvent avec des questions sans réponses sur le profil du candidat Christophe Béchu. À titre d‟exemple, ce sont des questions portant sur la possibilité de faire davantage de débats durant l‟entre-deux tours. Somme toute, Christophe Béchu a tenté d‟échanger, de dialoguer, d‟informer durant cette campagne. Même si les tentatives sont peu nombreuses, l‟effort est bel et bien présent. L‟objectif serait donc de concentrer ces efforts vers une plus grande possibilité d‟échange, de participation aussi bien par le candidat que par les internautes. La volonté d‟échanger était existante sur le profil Facebook du candidat : il ne reste donc qu‟à exploiter cette idée afin d‟intéresser toujours davantage les internautes sur des questions qu‟ils ne maîtrisent pas toujours, de les informer sur le rôle de cette Région, en quoi cela les concerne. Cette action permet de véritablement les intégrer dans le programme électoral, dans - 60 BEAUDET Aurélie


Problématique

cette élection, de susciter chez eux de l‟intérêt et une meilleure connaissance des élections auxquelles ils participent. Facebook a eu un usage quelque peu différent entre le candidat UMP et le candidat PS : entre une participation active et une faible rétroaction pour Christophe Béchu et une faible participation et une absence de feedback pour Jacques Auxiette. L‟autre réseau social fortement utilisé lors de ces élections régionales est Twitter. Bien que Twitter soit moins connu que Facebook, ce dernier dispose néanmoins d‟un certain nombre d‟abonnés. Qu‟en est-il de la participation sur le réseau Twitter ? La participation peut-elle être envisagée de la même manière ? Est-ce un outil véritablement participatif pour tous ?

Twitter, jeune réseau social diffusant les messages en temps réel a également été utilisé par les deux candidats lors des élections régionales. Ce réseau social adapté à la mobilité est a priori un formidable outil de communication type one to one : cela permet-il ainsi une meilleure connivence entre candidats et internautes ? Néanmoins, il s‟avère que dans la pratique, il est davantage utilisé en tant que mass media : une multitude de messages du candidat à destination de l‟ensemble des abonnés de son compte Twitter. Grâce à Twitter, les internautes peuvent suivre leur candidat, être au courant de l‟actualité en temps réel de ce dernier_ actualité présente également sur le site internet et le profil officiel Facebook. Suivre en temps réel l‟actualité de Christophe Béchu ou Jacques Auxiette s‟assimile à entrer quelque peu dans leur vie, en tant qu‟observateur privilégié, témoin de son parcours. 

Avec 282 abonnés sur le profil de Jacques Auxiette, la participation aurait semblé

animée. Pourtant, sur les 87 tweets que Jacques Auxiette a posté seulement cinq étaient des réponses à des internautes. Concernant les autres tweets, ils relatent tous l‟activité du candidat. Autant dire que l‟outil Twitter a davantage été utilisé comme un outil de promotion et de visibilité plutôt qu‟un outil favorable à un meilleur échange avec les internautes. Tout de même, il semble important de souligner la difficulté pour les internautes de pouvoir s‟exprimer ou s‟adresser à leur candidat. L‟outil ne s‟y prête pas si le candidat n‟utilise pas la technique de l‟ashtag : mot clé qui indique un thème de discussion (dans le cas présent « Auxiette2010 » par exemple), précédé du symbole « # ». En aucun cas, Jacques Auxiette l‟a utilisé lors de sa campagne. Cette technique aurait permis de regrouper, tel un forum, - 61 BEAUDET Aurélie


Problématique

l‟ensemble des messages se référant aux élections régionales 2010 de Jacques Auxiette, tel un forum. En somme, l‟outil Twitter semble n‟être aucunement adapté à un véritable échange, une réelle participation entre internautes et candidat. 

Côté UMP, Christophe Béchu a également usé de l‟outil Twitter. Avec 174 abonnés,

soit moins que Jacques Auxiette, les tweets ont été plus nombreux : 155 tweets postés du 1er mars au 21 mars. À noter que Christophe Béchu a été le seul des deux candidats a usé des hastags en imposant systématiquement #regionales et #bechu sur ses messages, ce qui est plutôt pertinent et cohérent avec la logique de Twitter. Christophe Béchu a favorisé un véritable échange sur son profil Twitter. Pas moins d‟une trentaine de messages ont été des réponses du candidat à destination des internautes. Ce sont surtout des messages portant sur l‟actualité du candidat mais également des messages critiquant les arguments et propositions faites par Jacques Auxiette. Entre actualité et critique de l‟opposant, le profil Twitter de Christophe Béchu est relativement animé et la participation y est plus grande que côté PS. Néanmoins, on remarque une fois de plus que Twitter n‟est aucunement un outil approprié pour véritablement aborder les problèmes de fond : il ne permet qu‟une visibilité constante et une transmission rapide des tweets. Toujours est-il que Twitter ne sera nullement un forum, tel à l‟ère des romains, tant le principe même du message concis de 140 caractères maximum ne se prête pas à l‟exercice. Cependant, Christophe Béchu dispose d‟un autre compte Twitter : celui en tant qu‟élu (Député européen et Président du conseil général de Maine-et-Loire). Cette double position apparaît tel un désavantage puisqu‟il va à l‟encontre de sa capacité de recrutement de nouveaux abonnés pour son profil d‟élu (profil gardé sur un long terme) alors que le compte Twitter des régionales n‟a plus eu sens à partir du 22 mars. Ce dernier est depuis tombé en désuétude. Il aurait été plus judicieux de réunir les abonnés sur un seul et même profil, ce qui aurait simplifié l‟animation et la participation des deux comptes Twitter. En somme, les profils Twitter des deux candidats renvoient du trafic sur différents sites internet, sur les sites de campagne, sur les profils Facebook mais ne sont en aucun cas porteurs d‟une quelconque possibilité de participation. Ils fonctionnent ainsi davantage comme des flux RSS personnalisés plutôt qu‟un réseau social ouvert et participatif.

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Problématique

En d‟autres termes, les sites internet et les réseaux sociaux s‟inscrivent dans une perspective régionale 1.0, c‟est-à-dire une logique davantage de mass media, tant les équipes de campagne ne sont au fait des questions essentielles, moins factuelles. La stratégie optimale, dans la volonté d‟user du Web 2.0, aurait été de faire participer le citoyen, l‟électeur, le militant à la vie du candidat UMP ou PS, à ses interrogations, ses décisions, ses propositions. C‟est en scénarisant leur vie (méthode marketing connu également sous le nom de storytelling) que Christophe Béchu ou Jacques Auxiette auraient pu susciter de l'intérêt pour leur candidature, leur travail. L‟objectif aurait été de prendre de la distance avec le discours politique traditionnel, réservé aux sites officiels, et chercher à jouer sur une certaine connivence, que favorise l‟usage des réseaux sociaux. L‟usage utile de Facebook et Twitter aurait permis de donner une impression de codécision, de connivence et d‟intérêt portés aux interrogations ou idées des internautes. Cela aurait ainsi montré des candidats et des équipes de campagne soucieuses de répondre aux besoins régionaux des citoyens et pas seulement soucieuses de l‟unique fait de séduire les électeurs. Les tentatives de bottom up, à savoir les participations plus actives des citoyens, électeurs ou militants aux processus dʼinformation, de réflexion, de création d‟idées, de prise de décision se révèlent, durant cette campagne, insuffisantes. Les outils, tels les sites internet qui assument plusieurs fonctions, ou les réseaux sociaux que sont Facebook et Twitter, ne se distinguent que par l‟unique capacité que semblent leur conférer les candidats : celle d‟être uniquement visible sur le net. Cette forme de communication, semble véritablement nier toutes nouvelles technologies, toutes émergences du Web 2.0, d‟un Web participatif où le citoyen dispose enfin de la parole, d‟une possibilité d‟interagir avec les candidats. La douce utopie, celle dans laquelle les citoyens et élus bannissent toutes frontières entre sphère politique et sphère citoyenne, dialoguent et débattent jusqu‟à émergence d‟idées, travaillent ensemble, à l‟image du forum romain, demeure peu réaliste malgré la présence du Web, cet outil qui favorise plus simplement et largement les échanges entre toutes personnes. D‟autant que les internautes ayant rejoint le profil Facebook ou Twitter des candidats supposent déjà une adhésion ou une curiosité au profil du candidat. Pour qu‟un internaute ait accès à un profil, il faut déjà que lui-même l‟ait désiré. Ainsi, même si l‟aspect participatif était présent, il demeure toutefois important de souligner que cette participation se réalisera entre une communauté ayant des intérêts communs. - 63 BEAUDET Aurélie


Problématique

Christophe Béchu et Jacques Auxiette auraient dû développer une stratégie de communication où la place du Web 2.0 et ses outils tels les réseaux sociaux prennent tout leur sens dans une perspective entièrement participative, en se basant surtout sur la relation entre candidat et internautes. Ce Web 2.0 pourrait ainsi permettre de développer une relation de proximité, de lien, mais aussi d‟échange et de connaissance raisonnée afin de servir au mieux une Région toute entière : celle des Pays-de-la-Loire, et plus largement, l‟ensemble des régions de France.

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Problématique

Conclusion : d‟un Web 2.0 vers une participation politique française Web 2.0 On peut résumer le rôle d‟internet, entre sites de campagne électorale et réseaux sociaux, peu interactif lors des élections régionales de 2010 concernant l‟analyse de la stratégie communicationnelle en ligne des candidats Christophe Béchu et Jacques Auxiette. Il semble aujourd‟hui naturel de penser que les réseaux sociaux, en croissance exponentielle depuis maintenant une dizaine d‟années, sont devenus des moyens de communication horizontale où chacun des internautes peut s‟exprimer. Loin serait ainsi ce modèle originel du Web, celui du mass media, où seul les leaders d‟opinion auraient le pouvoir de communiquer. Aujourd‟hui, le Web favoriserait les blogs militants, les échanges collaboratifs que permettraient ces réseaux sociaux : chaque internaute aurait donc la possibilité de s‟exprimer, de transmettre des informations ou des idées, d‟adhérer à un débat ou interagir avec la sphère politique. De toute évidence, les élections régionales de 2010 auraient été un scrutin supplémentaire favorisant l‟échange avec les divers candidats grâce aux réseaux sociaux et autres sites de campagne. C‟est tout du moins ce qui aurait semblé logique, rationnel dans un univers technologique où le Web 2.0, c‟est-à-dire participatif, domine. Ces élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire, à travers les candidatures de Christophe Béchu et Jacques Auxiette, ont-ils favorisé un partage d‟informations pertinentes entre l‟ensemble des internautes? Ou bien ont-ils permis une superficialité et une retranscription d‟un ensemble d‟éléments factuels ? À la première question, la réponse semble d‟emblée négative. Effectivement, tout au long de cette campagne électorale, que se soit via le site de campagne ou via les réseaux sociaux Twitter et Facebook, ni Christophe Béchu ni Jacques Auxiette ont favorisé un échange collaboratif d‟informations pertinentes ayant trait à la Région. Les internautes n‟avaient donc aucune possibilité d‟obtenir une quelconque réponse lors de ces élections régionales (hormis trois cas d‟exception). On assiste, à travers ces profils 2.0, à une participation surtout passive aux messages des candidats de la part des internautes (via les fonctions de commentaire, de soutien). Facebook aurait pu être l‟outil clé du Web 2.0, cet outil permettant la participation et le débat, l‟échange de pistes de réflexion. Toutefois, il semble qu‟à travers ces régionales, on assiste davantage à une logique où internet, dans sa - 65 BEAUDET Aurélie


Problématique

généralité, est utilisé tel un mass media, une démultiplication des outils traditionnels déjà existants. Les profils et sites internet des candidats s‟apparentent à des vitrines, des affichages et des tracts en ligne, où le produit phare est mis sur le devant de la scène. Ces produits marketing, que sont les candidats Christophe Béchu et Jacques Auxiette, n‟ont guère proposé de contenu ayant directement trait aux régionales, aux propositions clairement explicitées, aux pistes de réflexion concernant certaines thématiques. Les messages émis par les deux candidats sont généralement factuels et ne s‟inscrivent que très rarement dans une logique participative, dans un discours politique lourd de sens. Dès lors, l‟absence de considération de Christophe Béchu et Jacques Auxiette pour le Web 2.0, outil véritablement collaboratif, n‟a certainement pas favorisé un intérêt massif des internautes pour les élections régionales : ils sont bien trop éloignés des prises de décisions. Pour conduire plus loin la problématique posée, il serait intéressant de se demander comment rendre moins distante cette sphère politique. Devant un déficit des échanges entre hommes politiques et citoyens, de participation et peut être indirectement d‟intérêt des internautes, comment devrait-être alors envisagé l‟usage du Web ? - Dynamiser la démocratie française et stimuler l‟intérêt citoyen pour l‟objet politique en rendant accessible, concret, explicite le rôle de la Région, du futur élu, ainsi que de l‟ensemble des procédures de prise de décision du Président de Région - User du principe premier du Web 2.0 : l‟aspect participatif. Avant les élections, il faudrait davantage donner la parole à l‟internaute et favoriser l‟échange entre l‟équipe de campagne, le candidat et les internautes soucieux d‟apporter une réponse, des solutions à la réalité qui les entoure - Le Web politique manque de contenus lors des campagnes électorales. Sans tomber dans la redondance et la complexité, expliquer clairement, simplement les informations. L‟équipe de campagne, qui intégrera des informations concrètes ayant trait aux élections, permettrait à l‟internaute de comprendre les différentes réalisations faites ou à faire par les candidats, inconnues jusqu‟ici du public. On peut alors envisager un Web entièrement collaboratif qui permettrait à la fois pour les candidats mais également pour les internautes d‟obtenir certaines informations sur les réalisations régionales. Les constructions urbaines réalisées seraient alors clairement

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Problématique

argumentées sans pour autant que l‟internaute découvre par lui-même, à travers la présence discrète d‟un logo sur un chantier, quelques années plus tard, ce qu‟a réalisé la Région. Il s‟agit là pour le moment d‟une belle utopie où chacun des deux protagonistes, candidat et citoyen, collaborerait sur des décisions futures. Ne serait-ce pas là l‟once d‟un changement pour le prochain scrutin, celui des élections présidentielles de 2012 ?

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Problématique

Bibliographie DOCUMENTS IMPRIMES : Un ouvrage, un auteur : Crouzet, T. (2007) Le cinquième pouvoir : comment Internet bouleverse la politique. Paris : Edition Bourin. Gerstle, J. (2004). La communication politique. Paris : Armand Colin. Un ouvrage, plusieurs auteurs sous la direction de : Perrineau, P. (2008). Le vote de rupture. Paris : Presses de Sciences Po. Un article de revue, un auteur : Beauvellet, G. (2007). Parti de campagne : militer en ligne au sein de « Désirs d‟avenir ». Hermès, 47, 155-156. Crouzet, T. (hiver 2004-2005). Quand la politique digère Internet. Terminal, 92, 1-170. Un article de revue, plusieurs auteurs : Bastien, F., & Greffet, F. (2009). Les campagnes électorales sur Internet : une comparaison entre France et Québec, Hermès, 54, 211-216. Lev-on, A. & Manin B. (2006). Internet: la main invisible de la délibération. Esprit, 40, 195-212. DOCUMENTS ELECTRONIQUES : Article de périodique électronique : Alliès, S. (2009). La stratégie Obama est-elle importable en France ?. Mediapart, consulté le 26 janvier 2010 sur http://www.mediapart.fr/journal/france/250109/la-strategie-obama-estelle-importable-en-france - 68 BEAUDET Aurélie


Problématique

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Problématique

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Problématique

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- 71 BEAUDET Aurélie


Problématique

Annexe Annexe 1 : Analyse de la présence sur Facebook et Twitter de Christophe Béchu et Jacques Auxiette (en date du 16 mars 2010)  Sur Facebook : Jacques Auxiette Rubrique « personne »

Rubrique « page »

- Jacques Auxiette 558 fans (Profil accessible)

Rubrique « groupe »

- Régionales 2010, les Pays de la Loire avec Jacques Auxiette : 281 membres (profil accessible géré par un tiers) - Les jeunes avec Jacques Auxiette : 157 membres (profil accessible géré par un tiers)

-IBEAUDET Aurélie

Christophe Béchu - Christophe Béchu 3 226 amis (Profil restreint) - Soutenez Christophe Béchu 88 amis (profil inaccessible) - Christophe Béchu 2 127 fans (profil accessible) - Les 14 et 21 mars, je sauve ma Région, je vote Christophe Béchu 71 fans (profil accessible mais peu actualisé) - Christophe BéchuRégionales 2010 349 membres (profil accessible géré par un tiers) - Les Régionales avec Christophe Béchu en 2010 472 membres (profil accessible géré par un tiers) - La Vendée avec Christophe Béchu- Régionales 2010 304 membres (profil accessible géré par un tiers) - Agir vraiment avec Christophe Béchu pour les


Problématique

Pays de la Loire 311 membres (profil accessible géré par un tiers) - Le 14 et 21 mars, je sauve ma Région avec Christophe Béchu 51 membres (profil accessible géré par un tiers) + 6 autres groupes

 Sur Twitter : Christophe Béchu

Jacques Auxiette

8à9

3

(Max. : 17 tweets le 17/04)

(Max. : 10 tweets le 17/04)

13

5

(Max. : 35 tweets le 10/04)

(Max. : 11 tweets le 10/04)

Moyenne des tweets postés

7

5

15 jours avant le premier tour

(Max. :9 tweets le 06/04)

(Max. : 12 tweets le 06/04)

Total des tweets postés

155

87

Moyenne des tweets postés durant l‟entre-deux tours Moyenne des tweets postés 7 jours avant le premier tour

- II BEAUDET Aurélie


Résumé Internet permet de nouvelles possibilités de participation et d‟échange entre internautes et hommes politiques. Ce présent mémoire vise à contribuer à la compréhension de l‟usage d‟internet par ces hommes politiques aujourd‟hui. Les ressources qu‟offre le Web participatif sont mises en relief et comparées à l‟usage qu‟en font les candidats politiques. L‟analyse des élections régionales de 2010 au sein des Pays de la Loire à travers les profils de Christophe Béchu (Union pour un Mouvement Populaire) et Jacques Auxiette (Parti socialiste) m‟ont permis d‟identifier cet usage du Web et prendre en considération l‟aspect participatif et informatif dans un contexte établi. C‟est via leurs candidatures en ligne, à travers réseaux sociaux et sites internet, que l‟analyse a pu être réalisée. Cette analyse souligne, qu‟en termes de participation, peu d‟opportunités sont données aux internautes soucieux d‟apporter leurs idées, leurs opinions pour une meilleure administration de leur cité. Cette étude présente également le manque de contenus informatifs proposés aux internautes. L‟objectif véritablement révélé serait surtout une visibilité en ligne.

Mots clés : réseau social ; Web participatif ; communication politique ; nouvelles technologies ; internet et politique ; démocratie électronique ; élections régionales ; politique française

Abstract Internet permits new possibilities of participation and exchange between Internet users and politicians. This present mémoire aims at contributing to the understanding of the usage of Internet by these politicians today. The resources offered by the participative Web are accentuated and compared with the usage made by the political candidates. The analysis of French regional elections, 2010 in Pays de la Loire through Christophe Béchu's profile (Union for a Popular Movement) and Jacques Auxiette‟s profile (Socialist Party) allowed me to identify this usage of Web and to consider the participative and informative aspect in a defined context. It is trough their on-line candidacies, trough the social networks and Web sites, that the analysis have been realized. This analysis underlines, in terms of participation, few opportunities are given to the Internet users worried of bringing their ideas, their opinions in order to have a better administration of their settlement. This study also presents the lack of informative contents proposed to the Internet users. The really revealed objective would be above all an on-line visibility.

Keywords: social network; participative web; political communication; new technologies; Internet and politics; electronic democracy; French regional elections; French Politics

Mémoire de recherche- master 1  

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